‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 306 sur 311 · VIRUS · texte numérisé non relu

VIRUS

à cette affection ou à toute autre cause ? Jusqu'alors nous n'avons parlé que de phénomènes coïncidens avec l'action immédiate du viol ; il est un certain nombre de symptômes consécutifs qui peuvent, dans quelques cas, devenir une preuve convaincante du crime, mais qui conduisent aussi très-souvent à l'erreur : ce sont ces symptômes que nous allons exposer. A leur tète nous placerons les écoulemens. On peut les considérer comme les indices les plus communs dans les cas de viol chez les jeunes enfaus. Ils se caractérisent par du pus épais, jaune-verdàtre, rassemblé surtout dans l'écartement des grandes lèvres, au-dessus du clitoris , tachant la chemise en arrière et en avant , avec plus ou moins de rougeur à la membrane muqueuse du vagin , présentant, en un mot, tous les caractères d'un écoulement vénérien. Il faut, pour se mettre en garde contre l'idée dominante de l'infeclion , savoir que les jeunes enfans de deux à six ans sont très-sujets à cette affection ; que dans les salles de l'hôpital des enfans , à Paris , il en existe toujours dix ou douze qui ont cette maladie ; qu'elle survient spontanément avec les apparences de la meilleure santé; qu'elle succède fréquemmentà la disparition d'un écoulement des yeux ou des oreilles, d'une teigne ou d'une affection de la peau; que l'habitude de la masturbation la développe aussi et la porte à un haut degré. Elle disparait alors sous l'influence de quelques bains de Barège et de lotions émollientes.

Il peut exister aux parties génitales des ulcérations. Sont-elles vénériennes? La solution de cette question est encore extrêmement délicate, puisqu'on a vu des vaginites être accompagnées de ce symptôme. Des excroissances peuvent aussi se rencontrer et être encore le résultat d'un développement indépendant de toute infection , ainsi que j'ai eu occasion d'en observer un exemple quej'ai rapporté dans mon ouvrage. Il en est de même des engorgemens qui surviennent aux aines; ils peuvent dépendre d'une excoriation au gros orteil ou d'un écoulement mal soigné, et ne pas constituer un bubon. On ne saurait donc prendre trop de précautions à cet égard. En général , il faut non-seulement questionner avec soin les parens ; mais encore examiner avec attention l'inculpé; car, s'il ne porte pas de traces de maladie vénérienne avec des symptômes qui entraînent la suppuration , toute idée d'infection disparaît. Il faut de plus chercher à préciser l'époque de l'invasion du phénomène morbide afin de voir si elle coïncide avec celle du viol. Il faut tenir compte de cette circonstance que des attouchemens seuls du doigt imprégné de pus pourraient les développer ; enfin, que la jeune fille n'a pas eu de rapports avec d'autres personnes infectées.

De tout ce qui précède on peut déduire les données générales suivantes : le viol peut être commis sur une personne de l'un ou de l'autre sexe. 11 peut être opéré à tout âge; mais il est plus commun depuis trois ans jusqu'à dix-huit ans. — Le médecin n'esljamais tenu de déclarer si le viol a ou n'a pas eu lieu , mais bien de préciser les désordres qu'il a observés et d'indiquer à quelle cause probable on peut les attribuer. — Les altérations matérielles du viol doivent être constatées dans les trois jours qui suivent la tentative présumée , au risque de perdre les indices les plus probans de ce crime. — Parmi ces altérations , la plus concluante est la défloration récente , qui acquiert une valeur qui approche de la certitude alors qu'elle est accompagnée d'excoriations aux petites et aux grandes lèvres, de rougeur , de gonflement de ces parties , de contusions superficielles aux parties génitales ou dans leur voisinage, de contusions aux poignets et aux seins , et surtout de l'existence du sperme en avant de la chemise et des deux espèces de taches de sang en arrière, l'une formée par du sang pur, l'auti'e par de la sérosité sanguinolente. — Il est presque impossible de rencontrer l'ensemble de ces faits sur une personne qui a simulé un viol. — Il ne pourra s'observer que sur une personne de quinze à dix-huit ans , au plus , parce que sa confection suppose d'abord l'intelligence de l'acte auquel le violateur veut se livrer et ensuite une force assez grande pour opposer une résistance puissante à cette tentative. — Chez les jeunes enfans, l'acte du viol n'aura presque jamais, pour ne pas dire jamais , été consommé par le membre viril. Il y a trop de disproportion dans les dimensions des parties génitales respectives. — Dans le plus grand nombre des cas , la tentative du viol n'aura pas entraîné la défloration. — Lorsque les femmes ont cohabité avec des hommes et à plus forte raison quand elles ont eu des enfans, on trouve très-rarement des traces matérielles de viol sur les parties de la génération ; il faut , pour qu'elles existent que les auteurs aient été aidés de complices. — Le viol peut être opéré pendant une syncope on pendant le narcotisme; il ne pourrait être produit pendant le sommeil que dans le cas où la personne violée aurait été placée par le fait du hasard , dans une situation complètement favorable à l'accomplissement immédiat et subit du crime. — Les moyens qu'une femme ou une fille pubère peuvent opposer au viol sont très-puissans ; il suffit qu'elles s'agitent ou se débattent pour opposer une résistance suffisante à des tentatives de ce genre. — De ce qu'une femme devient enceinte après la tentative de viol , ce n'est pas une raison de croire qu'elle ait consenli à cette tentative, puisqu'il ne dépend pas de sa volonté de concevoir. — La mort peut être la conséquence immédiate du viol, elle est due alors à une syncope qui provient de la honte et de l'horreur auxquelles une femme peut être en proie alors qu'elle a été violée.

Telles sont les données générales que nous avons cru devoir établir à ce sujet dans les limites d'un ouvrage tel que celui-ci. ( Ai.pii. Devergie).

VIOLETTE. FioLa. Plusieurs plantes de ce nom formaient d'abord un genre de la famille des cistes de Jussieu. Robert Bro'wn les en a retirées pour les placer dans une famille distincte , celle des uiolariécs , que l'on trouve dans la pentandrie monogynie de Linné. Elle donne à la médecine deux espèces, dont nous nous occuperons : la violette odorante , et la violette des champs , ou pensée sauvage.

Violette 0D0nAiîTE( v. odorata ou martia ). Il est peu de plantes qui soient

DlCT. DE MÉDtCIRE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

aussi connues que cette violette, qui fleurit au printemps dans les bois, où elle décèle sa présence par l'odeur suave qu'elle répand. On la cultive dans les jardins ; sa fleurse double par la culture , et présente pour la couleur des variétés pourpre et blanche. La racine de la violette est vivace, noueuse , articulée, brunâtre à l'extérieur , blanche à l'intérieur ; elle a une saveur nauséeuse et désagréable. Ses feuilles cordiformes sont connues de tout le monde , ainsi que ses fleurs à pétales irréguliers et à onglets. La dessiccation de ces dernières exige beaucoup de soins , si l'on veut qu'elles conservent la belle couleur et la saveur douce et agréable qui les distinguent. Les semences de la violetle sont assez nombreuses, petites et émulsives.

L'analyse chimique a démontré l'existence de divers principes colorans dans la violette. M. Boullay a fait connaître , en 1823 , que sa racine , surtout, contient un alcaloïde particulier qu'il a nommé violiiie , et qui parait avoir de l'analogie pour ses propriétés avec l'émétine. Seulement l'alcaloïde de l'ipécacuanha se trouve uni dans cette racine à l'acide gallique, tandis que celui de la violette est combiné avec l'acide malique.

On employait autrefois la racine de violette comme émétique , on lui préfère de beaucoup l'ipécacuanha. Les feuilles de violettes sont émollientes mais inusitées ; les fleurs sont également adoucissantes , elles entrent dans la composition des espèces pectorales et béchiques. On les prescrit fréquemment même en infusion; on en forme un sirop adoucissant. Les chimistes se servent de ce sirop pour reconnaître la présence des acides et des alcalis ; il rougit par le contact des premiers et verdit lorsqu'on le mêle aux seconds. Les semences de violettes pourraient servir à préparer des émulsions. Ou les a vantées comme lithontriptiques , mais elles sont complètement tombées dans l'oubli.

Violette des champs (pensée sauvage , v. arvensis ). Celte plante annuelle se trouve dans les champs sablonneux et au milieu des moissons. Ses fleurs sont blanchâtres mêlées de lilas et de jaune. La pensée des jardins ( v. tricolor) n'en est sans doute qu'une variété obtenue par la culture. Les Allemands la préfèrent, dit-on , à la pensée sauvage. Cette dernière donne à l'analyse une grande quantité de gélatine végétale. M. Boullay n'y a pas trouvé d'émétine.

En s'en rapportant à l'analyse chimique de la pensée sauvage , on ne devrait rechercher en elle que les propriétés d'une plante simplement adoucissante; il n'en est pas moins vrai que depuis Matthiole, plusieurs médecins l'ont recommandée comme un puissant dépuratif et comme un précieux anti-dartreux. D'autres praticiens lui ont contesté ces dernières propriétés. Cette plante est peut-être, en effet, un anti-dartreux lorsque l'affection cutanée est dans la période d'acuité, et que les adoucissans et les émolliens conviennent pour la guérir ; mais il est difficile de croire qu'étant à peine sapide, la pensée sauvage puisse être un dépuratif de quelque valeur. C'est en négligeant de faire connaître l'époque convenable de l'emploi des médicamens et les variétés des maladies contre lesquelles ils sont applicables , que l'on introduit en thérapeutique tant d'assertions hasardées et contradictoires.

On choisit, en général , de préférence la pensée sauvage à la pensée cultivée. On en donne le suc à la dose de quelques onces ; on la prescrit aussi sous forme d infusion , de décoction, de sirop et d'extrait.

, (Martin solon).

VIPERE. Foj-ez Piaies.

VIKUS. Expression consacrée dans le langage médical pour désigner un principe insaisissable, ordinairement inhérent à des produits de sécrétion morbide, et ayant pour propriété essentielle et caractéristique de produire sur un individu sain une affection parfaitement semblable à celle qui lui a donné naissance , affection qui , à sou tour, en détermine une pareille; de telle sorte que l'on peut comparer cette succession régulière de phénomènes à ce qui se passe dans la germination des semences végétales. Ce fait positif et incontestable a cependant souffert beaucoup de contradictions, et a surtout donné naissance à une foule de discussions oiseuses pour la plupart.

Nier les virus et en attribuer les résultats à l'irritation , telle a été la prétention de quelques médecins, auxquels on avait répondu suffisamment en leur proposant de se soumettre à l'inoculation. D'une autre part , soutenir que toutes les maladies étaient produites par un virus, et baser là-dessus la thérapeutique tout entière, a été l'idée fixe d'hommes qui n'ont pas su se maintenir dans les bornes de l'observation. On a été plus loin : théorisant en l'absence des faits, on a voulu que les virus , se cachant dans l'économie , y voyageassent comme des ennemis secrets commettant sur leur passage de nombreux et graves désordres.

De tout cela bien peu de chose a survécu, et cet article doit être court puisque nous en écarterons tout ce qui n'est pas positif et facile à constater. Ainsi , par exemple, nous disons qu'il existe dans quelques maladies un virus, principe dont les effets sont évidens et constatés par une innombrable multitude d'expériences. La vaccine, la variole, la rougeole, la scarlatine, la .syphilis, la pustule maligne et la rage sont bien évidemment le résultat de l'action d'un principe contagieux qui , tantôt fixe et tantôt volatil , transmet et perpétue une affection dont les caractères sont invariables. C'est aux articles spéciaux qu'il faut chercher les détails relatifs à la contagion et aux formes de ces maladies. La gale a été successivement attribuée à un virus, à un insecte, puis à un virus encore, et enfin c'est aujourd'hui l'insecte qui est en faveur. On n'est pas d'accord sur la nature de la peste, qui ne paraît pas avoir un virus inhérent à un produit sécrété. Pour les autres maladies l'existence d'un virus n'est point démontrée, non plus que celles d'animalcules, bien qu'on l'ait soutenue.

Dire qu'elle est la nature des virus est impossible dans l'état actuel de la

VITALÏSME.

VITALÏSME.

science. Ils sont inhérens aux produits de sécrétion morbide , mais ils en sont distincts , puisque du pus ou de la sérosité peuvent posséder ou ne pas posséder les propriétés couta<;ieuses qui caractérisent les virus proprement dits. Les anciens ont voulu expliquer cette nature par 1 électricité ; mais cette théorie, pas plus qu'une autre , n'aboutit à rien d'utile pour la pratique. D'ailleurs un fait , dont tout le aïonde convient, c'est que les virus sont toujours les mêmes, malgré de nombreuses transmissions , et que les descriptions les plus anciennes des maladies virulentes sont tout-à-lait conformes à ce qu'on observe de nos jours. On convient encore que les virus ne- sauraient être artificiellement produits : tandis qu'on peut susciter à volonté diverses espèces de maladies. On sait également qu ils ne se transmettent pas toujours d'une espèce animale à une autre- Il est bien plus important de savoir quejes virus sont d'autant plus actifs, en général, qu'ils sont recueillis a une époque plus rapprochée de l'invasion de la maladie; qu'a un temps plus éloigné il y a moins de chances que les inoculalions réussissent; qu enfin l'action de la chaleur et du froid, et souvent même l'influence seule de la lumière les décomposent et les anéantissent complètement.

Une autre observation, non moins importante, est la régularité parfaite et l'identité constanteque préienlentdansleur siège, dans leur marche, leur durée, leur terminaison et leurs conséquences les maladies virulentes, qui d'ailleurs, se manilcstent te plus ordinairement à la peau. Il faut remarquer encore que plusieurs all'ections virulentes n'atteignent les su jets qu'une fois , et semblent imprimer à l'économie une modification qui rend presque impossible une nouvelle atteinte.

Parmi les causes productrices des maladies les virus méritent d'être classés à part; en effet, tandis , que les poisons déterminent des résultats toujours proportionnés à leur énergie et à leur volume , que les lésions ainsi produites vont en diminuant à partir du moment où ils sont appliqués aux parties vivantes : on voit un atome de virus inaperçu dabord, donner naissance après quelques jours d'une sorte d'incubation à un phénomène morbide qui va se développant , et suscitant îles désordres tout-ii-fait hors de proportion avec l'exiguïté de la cause déterminante.

Non-seulement les virus déterminent un effet local primitif au point où ils ont été appliqués, mais encore ils amènent par suite de 1 absorption des effets généraux plus ou moins intenses et durables. Quelquefois , mais c'est le plus petit nombre des cas , les effets généraux se maniléstent tout d'abord.

De l'étude des virus et de leur manière d'agir doivent résulter des applications piaticjues. Sous le rapport de la prophylaxie , on doit isoler les sujets atteints d'aflèctions virulentes avec d'autant plus de soin que les miasmes sont plus volatils. Quand les virus sont inoculés on peut , dans la première période où l'affection qu'ils ont produite est encore purement locale , arracher en quelcjue sorte ce germe morbide avant qu'il ait eu le temps de se développer et de jeter des racines. ( f^oyez Prcphylaxie. )

Lorsque les virus ont produit les maladies qui leur sont propres et que ces maladies sont guéries, que deviennent-ils? 11 est peu problable que , comme le prétendent certains auteurs , ils séjournent cachés clans l'économie pour se manifester tôt ou lard par des effets fâcheux. Ce cjui est plus conforme h l'observation, c'est que ceux des virus qui sont susceptibles de produire des phénomènes secondaires les manifestent pendant la durée des symptômes primitifs ou peu de temps après leur disparition, et que quand ces phénomènes se sont dissipés , soit spontanémenfcv soit sous l'influence d'un traitement quelconque, le virus ne doit plus être l'objet ni d'aucune inquiétude ni d'aucune action thérapeutique.

La question des virus liée aux doctrines de l'humorisme avait été mise à l'écart pendant les dernières années qu'a régné presque exclusivement le solidisme ; depuis qu'on a accordé à l'altération des liquides l'attention qu'elle mérite, cette question n'a été que faiblement soulevée par les pathologistes. C'est que celte cause de maladies pour être distincte des autres , ne présente pas cependant de particularités bien réelles dans ses résultats , et ne donne naissance qu'à un petit nombre d'indications thérapeutiques.

Le virus vénérien lui-même, sur lequel les faiseurs de théories pouvaient fonder leurs plus belles espérances, dépouillé du merveilleux dont l'ignorance ou la mauvaise foi s'étaient plu à l'entourer, n'est plus qu'un agent morbifique fort actif sans doute, mais constant et régulier dans sa marche , conséquemment facile à connaître et à traiter , et non pas , comme on l'avait prétenilu , insidieux et se jouant à plaisir de l'observateur et du praticien. ( oy ez Syphilis. )

(F. Ratier. )

VITA.LISME. La question du vitalisme, fameuse entre toutes les questions de pathologie générale ou philosOj)liique , a perdu toutefois beaucoup de son importance, depuis qu'on a heureusement transporté dans l'étude de la médecine les méthodes aujourd'hui suivies dans l'étude des sciences exactes et positives, telles que la physique, la chimie , etc. Bien que cette question soit essentiellement théorique, elle a exercé une trop grande influence sur la pratique médicale elle-même, pour qu'il nous soit permis de la passer complètement sous silence dans ce Dictionnaire.

Le vitalisme pur n'est, à proprement parler, qu'une imitation de Vanimisme, que l'animisme /etoii/vje , pour nous servir d'une expression bien connue. Nous croyons avoir démontré , à l'article animisme de ce Dictionnaire, que Barthez, Chaussier et Bichat lui-même, avaient puisé dans \e stahlianisme ^ le principe fondamental de leur vittilisme. Mais il ne faut pas croire pour cela que la théorie de ces derniers physiologistes ressemblât sous tous les rapports à celle de Stahl. Certes, ce n'est pas l'auteur de Y Aiiatomie générale , qui aurait enseigné ,

comme l'a fait Stahl : qu'il faut bannir de l'étude de la médecine non-seulement la phjrsique , la mécanique et la chimie, mais l'analomie elle-même. Il n'était réservé qu'à feu M. Bérard (de Montpellier), parmi les modernes vitalistes , de professer que les organes ne sont qu'une sorte de superfétation , dont le principe vital pourrait , jusqu'à un certain point, se passer, renouvelant ainsi celle philosophie qui considère le corps comme une guenille et dont Molière a fait justice par le plus irrésistible des argumens , le ridicule. Mais parlons sérieusement, et pour cela, laissons de côté le vitalisme pur, exclusif.

Les partisans de ce qu'on appelle aujourd'hui l'organisme se partagent en deux classes : les uns enseignent c(u"il n'existe que des organes et des fondions et ne s'inquiètent pas le moins du monde de l'existence de forces ou de principes ayant pour attribut iVanimer , de viialiser en quelque sorte les organes. Les autres professent bien aussi qu'il n'y a pour les sens que des organes et des fonctions, lieu commun que le plus mince écolier ne saurait ignorer ; mais ils ajoutent que pour \p. fonctionnement des organes , Vesprit conçoit l'intervention de certaines forces ou de certains principes animateurs qui ne tombent pas sous les sens, qu'on ne peut ni mesurer, ni peser, ni tiucher, ni voir, mais agissant, de concert avec les organes, d'après des lois dont la détermination est un des points fondamentaux de la saine physiologie. Les vitalistes d'aujourd'hui sont précisément les organiciens de cette dernière catégorie, à laquelle appartient l'auteur de cet article. Ils procèdent dans leur science à la manière de ces physiciens , qui , pour l'explication des phénomènes , et pour ainsi dire des fonctions des corps bruts eux-mêmes , font intervenir certains agens qu'ils désignent sous le nom de fluides impondérables , tels que le calorique , l'électricité , etc.

Quoi qu'il en soit de cette hypothèse , à laquelle je n'attache pas plus d'importance qu'elle n'en mérite, et qui , je le sais , pour les vitalistes purs comme pour les organiciens purs est un sujet de plaisanterie de bon ou de mauvais goût, ce qu'il y a de certain , c'est que la physiologie et la pathologie ( qui n'est autre que la physiologie du corps malatle) comprennent deux choses distinctes , savoir: la connaissance des conditions physiques , statiques j analonnques et celle des conditions dynamiques ( quel que soit le principe ou la cause première de ces dernières). Du concours de ces deux ordres de conditions résultent les phénomènes et les fonctions des corps vivans , phénomènes et fonctions asservis à des lois éternellement constantes comme celles qui régissent les corps bruts. C'est là de la métaphysique , dira-t-on , et la métaphysique est fort déplacée dans un dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Je le veux bien , mais comment faire un article vitalisme sans s'engager un peu dans les obscures profondeurs de la métaphysique?

Quoi qu'il en soit, ce que nous disons ici de la constance des lois vitales est en opposition avec un préjugé physiologique vulgaire. Mais au fond cette opposition est plus apparente que réelle. C'est surtout, en effet , aux phénomènes du monde vivant que s'appli(|ue cette pensée de l'auteur de l'Esprit des lois : « Chaque diversité est uniformité , chaque changement est constance. «

Bien des gens s'imaginent que les esprits forts de la médecine sont ceux qui ne croient pas aux forces vitales , et que ceux là font acte d'une sorte de superstition physiologique ou médicale, qui admettent rationnellement de pareilles puissances. Assurément, et je l'ai déjà dit, dans ce Dictionnaire même ( voyez AncHÉisME ) , concevoir les forces ou puissances vitales, à la manière de Van Helmont et de Stahl , les séparer de l'organisme , c'est se^jerdre dans une sorte d abime mythologique ou dans les espaces sans bornes d'une mystique ontologie. Mais tel n'est pas le vitalisme dont nous faisons profession ; tel n'était pas celui des Haller , des Chaussier et des Bichat. Quant à ceux qui se piquent de ne croire à rien autre chose qu'aux organes , avant de consentir à les considérer comme les esprits vraiment forts de la médecine , nous désirons qu'ils cessent d'enseigner et d'écrire qu'on peut voir sans le secours des yeux, et que la nuque est en particulier une sorte (.Vœil magnétique qui peut dispenser des véritables yeux. Je trouve peu de force d ej/^7v« dans une telle croyance, et quand on croit à de pareils miracles , on aurait mauvaise grâce à taxer A' es^r'iis faibles et superstitieux ceux qui pour l'explication des phénomènes et des fonctions de l'économie vivante font intervenir des conditions dynamiques , àts forces vitales ou excitatrices.

Le système nerveux paraît être le dépositaire , et pour ainsi dire, le réservoir et le conducteur à-la-fois des principes excitateurs de l'organisme; mais nous ignorons complètement ou à-peu-près le mécanisme intime des centres nerveux et de leurs expansions. Tout ce qu'on peut dire, à titre de simple hypothèse, c'est que, sous un certain point de vue, le jeu de ce merveilleux appareil rappelle celui de certains appareils électro-moteurs.

Au reste, comme notre esprit ne se complaît ni dans les vagues conjectures, ni dans les pures suppositions , bien qu'il en sente la triste nécessité , nous renvoyons pour de plus amples développemens aux articles animisme et archéisme , et nous nous hâtons de terminer cet article par quelques réflexions qui ont Irait à la pratique.

S'il était vrai que , pour le traitement des maladies , rien ne fût plus indifférent que d'être vitaliste ou noti-vUaliste , certes , on aurait fait sagement que de s'abstenir ici d'un article vitalinne. Mais il est faux de soutenir , qu'en général , la pratique ne subit pas la loi , le joug de la théorie. Bichat l'a dit avec raison : tout système pathologique reflue sur la thérapeutique. Sous ce point de vue , toute grande question théorique se lie étroitement à la pratique; et doit être examinée dans un ouvrage essentiellement consacré à cette dernière.

Voyez à quelles conséquences pratiques Van Helmont fut conduit par sa théorie ou son système. Sa thérapeutique est une sorte de métaphore perpé-

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