VOMIQUE
uelle. Il veut qu'on donne des médicamens agréables à l Archée , conformes au ^oùt de cet élre dont il fait une personne intelligente , qui se fâche , se calme , sic. , selon les circonstances. H ne veut pas qu'on saigne , tle peur de diminuer l'esprit vital dont le sang est le réservoir , et , si nous en croyons Gui Patin , il meurt phrénétique , pour n'avoir pas consenti à se laisser saigner dans une pleurésie violente dont il fut atteint : c'est pousser la foi médicale jusqu'au martyre.
Suivant Slhal, Vdme qui préside à tous les phénomènes de la vie , étant une puissance éminemment intelligente, qui veille à la conservation du corps, qui procède à ses opérations par raison et même par sj'Uogisrne (à ralione ou loyoi et a raliocinio ou ) , il ne faut pas s'étonner si se reposant sur ïaulocralie
de cet être, ce prince des anciens vitalistes aime à attendre dans le traitement des maladies et pour ainsi dire à regarder faire l àme. Un vitalisme exclusif serait la mort de toute thérapeutique vraiment positive scienlifique. En effet, comme nous ignorons la nature des lésions dans ce qu'elles ont de purement vital, on ne peut appliquer à cet élément de la maladie que des ayens dont l'expérience a démontré l'utilitc, mais dont la manière dagir nous est entièrement inconnue. Au contraue , ce qu'il y a de matériel , de sensible dans les maladies devient la source d'indications raisonuées. C'est ainsi que le traitement de plusieurs maladies dites chirurgicales, telles que les solutions de contiguïté et de conlmuité, les corps étrangers , etc. , est rigoureusement rationnel. Un certain nombre de mal.idies du ressort de la médecine proprement dite, peuvent aussi être traitées par des méthodes rationnelles. Est-ce, en effet ,une aveugle routine , un empyrisme pui- qui président à l'emploi de la saignée dans la pléthore, dans les maladies inflammatoires ? Est-ce par un aveugle empyrisme que chez les sujets atteinis de la gravelle , on proscrit l'abus des alimens azotés? Le repos , la diète et l'eau, ces moyens indispensables dans un traitement méthodique des grandes maladies inflammatoires , ne reposent-ils pas sur une base rationnelle ? Les préparations ferrugineuses dans la chlorose ne remplissent-elles pas une des indications rationnelles de la maladie Toutefois , nous ne chercherons point à exagérer ici la part de la thérapeutique rationnelle aux dépens de celle de la thérapeutique empyrique proprement dite. En eflfet, il existe dans un très-grand nombre de maladies cet élément neri'eux , djnamique , vilal , dont l'essence nous écliappe, et qui par conséîquent ne peut être attaqué autrement que par la méthotle einpyriLjue, plus puissante queli|iiefois que la méthode rationnelle elle-même. Certes, nous ne connaissons pas la manière d'agir du quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes, et cependant quel moyen plus héroïque que celui-là! Il faut espérer, d'ailleurs , qu'avec le temps , l'observation , cette féconde source de la vérité et du progrès, rationnalisera de plus en plus la médecine et la rapprochera par conséquent de plus en plus des autres sciences natuielles les plus
exaCLeS. ( J. BOUILLAUD. )
"VITILIGO. s. m. Mot latin francisé , dérivé de viiium , vice , ou de viiulus , veau, employé dans des acceptions variées et mal déterminées. Sous le nom de vililigo , Celse a réuni les descriptions incomplètes que les Grecs avaient données sous le nom d'alplios , de leucé et de mêlas, tandis que Batemann , sous le nom devitiligo, indique une maladie de la peau, à laquelle il assigne les caractères suivans : « Le vitiligo,dit Batemann ,est une maladie rare et peu connue : elle est caractérisée par l'apparition de tubercules blancs, lisses et luisans , qui s'élèvent sur la peau aux environs des oreilles, du cou, de la face, et quelquefois sur toute la surface du corps, et qui sont ordinairement mêlés de papules luisantes. Ces tubercules, quelquefois entièrement développés dans l'espace d'une semaine, ont alors la dimension d'une grosse verrue : ils s'affaissent ensuite progressivement, et au bout de huit jours, ils ne dépassent pas le niveau de la peau qui les entoure. Dans d'autres circonstances, leurs progrès sont moins rapides ; leur élévation est moins consitlérable , et leur caractère tuberculeux est moins distinct; mais , dans ce dernier cas, leur durée est plus longue- Ils s'étendent dans une direction déterminée, sur la face, par exemple , le lon^ des membres et impriment à la peau l'aspect blanchâtre de la chair de veau d'où est venue la dénomination de vitiligo. Les poils situés sur les parties affectées tombent et ne reparaissent plus. La peau de ces régions demeure molle lisse et luisante , et conserve cette blancheur morbide pendant toute la vie. Le vitiligo ne se termine jamais par ulcération ; quoiqu'il ne soit point accompagné de désordres fonctionnels des principaux viscères, il est d'une guérison difficile. On a essayé, mais sans avantage bien marqué, l'usage interne des acides minéraux et à l'extérieur l'application des caustiques étendus d'eau et des spiritueux. »
Dans cette courte description, Batemann a omis d'indiquer les caractères qui distinguent l'altération qu'il désigne sous le nom de vitiligo de la leucopathie partielle, du molluscum , de l'éléphantiasis des Grecs , des hypertrophies circonscrites de la peau , des plaques fo'liculeuses, et surtout d'une variété trèsremarquable de cancer disséminé de la peau, que j'ai fait connaître dans mon Traité des maladies de la peau.
Rasncn, sous le nom de léte de veau, a rapporté un cas d'élcphantiasis de la face. ( Journ. de méd. de Vandermonde , tora. v, pag. 392. ) ( P. Raïeu )
VOLYULUS. /^oj-ez Ileus.
yOMIOLE. Cette expression est presque entièrement tombée en désuétude aujourd'hui. On s'en servait autrefois pour désigner les abcès du poumon. M. Laennec pense que la vomique d' H ippocrate , ou celle des praticiens , est l'effet du ramollissement d'une masse considérable de matière tuberculeuse ( Auscult. méd. t. 1 ,pag. 406). 'Voici, d'ailleurs, textuellement ce qu'il a dit à ce sujet :
« On entend communément par vomique du poumon , une expectoration » subite et abondante de matière puriforme , survenue à la suite d'un état de 0 maladie qui, ordinairement, présente tous les sytaptômes delà phthisie » commençante Dans ces cas , on voit quelquefois , après une expectoration » tellement abondante que la quantité des crachats rendus en vingt-quatre » heures suffirait presque pour remplir un des côtés de la poitrine , la toux » diminuer progressivement au bout de quelques jours , l'expectoration suivre » la même marche , et le malade revenir peu-à peu à une santé parfaite et » durable ; mais le plus souvent après une amélioration momentanée dans les » symptômes, la plithisie suit sa marche, devient même plus évidente, et » conduit bientôt le malade au terme fatal.
» Ces cas, très-remarquables, lorsqu'ils sont caractérisés comme je viens de » l'indiquer, avaient fixé l'attention des médecins dès l'origine de l'art. Hippo- » craie en a longuement parlé dans plusieurs endroits de ses ouvrages. Il » considérait les vomiques comme de véritables abcès du poumon, et désignait » en conséquence, les malades sous le nom d'empjiques ou suppures (i/jlkjci) , » nom qu'il applique égaleuient à tous ceux qui sont attaqués d'une suppuration » de quelque partie que ce soit, mais dont les chirurgiens modernes ont res- 51 treint depuis la signification aux collections purulentes dans la plèvre. Il » })araît , d ailleurs , regarder ce cas comme différent de la phthisie pulmonaire. « 11 pensait que l'abcès pouvait s'ouvrir , soit dans les bronches , soit dans la » cavité de la plèvre. La première terminaison lui paraissait heureuse, et il » cherchait même quelquefois à la produire artificiellement en secouant forte- !• ment le tronc du malade. La seconde était, selon lui , la cause ordinaire de » l'empyèine plenrétique.
>i Ces itlées , fort inexactes sous plusieurs rapports , sont encore celles de » beaucoup de médecins étrangers aux recherches modernes d'anatomie pa- » thologique. Elles sont fausses sous un rapport trè;-iinportant , celui de « l'origine.... Je regarde les vomiques , telles que les connaissent les praticiens » et que je viens de les décrire , comme le produit du ramollissement d'une i> masse tuberculeuse d'un grand volume. L'abondante expectoration qui a » lieu ordinairement pendant quelques jours à la suite de leur rupture ne » peut être regardée comme formée uniquement par la matière tuberculeuse » contenue dans l'excavation. J'ai vu un malade qui, après avoir éprouvé, » peiulant plusieurs mois , une toux sèche accompagnée de dyspnée, de fièvre » hectique et des autres symptômes propres à faire soupçonner l'existence des » tubercules crus , expectora tout-à-coup , à la suite d'une violente quinte de » toux, près d'un verre de crachats puriformes, opaques et presque diUluens. » Pendant environ huit jours, il rendit toutes les vingt-quatre heures, environ » trois livres d une matière semblable. L'expectoration diminua ensuite, et » cessa enfin totalement ainsi que Jes symptômes qui l'avaient précédée , et le » malade sortit de l'hôpital parlailement gueri au bout d'un mois. Uneexpecto- » ration aussi abondante ne peut s'expliquer que par une sécrétion , et on » ne peut guère douter que celle dont il s'agit avait pour siège principal les » parois d'une excavation tuberculeuse très-vaste, et en outre les bronches » irritées par l'éruption de la matière tuberculeuse ramollie; il est également » probable que l'expectoration n'a cessé que par la cicatrisation de l'excavation.
« Au reste, le cas de médecine-pratique connu sous le nom de vomique et » que l'on regarde avec raison comme assez rare, ne diffère que par une in- » tensité plus grande de cas très-communs et que l'on peut voir souvent , si l'on )i examine d'une manière suivie et comparative , les crachats d'un grand .) nombre de phthisiques comme on peut le faire dans un hôpital.
Il Quelques autres affections ont été souvent confondues sous le nom de vomi- » ques avec celles dont il s'agit , et surtout l'abcès du poumon, celui du foieouvert » dans le poumon à travers le diaphragme et les épanchemens pleurétiques qui » viennent à se faire jour dans les br luches. » ( Ouv. cit., p. 690 et s., t. I. )
En traitant du catarrhe muqueux chronique , M.. Laennec dit aussi que: « dans quelques cas rares , l'expectoration devient tout-à-coup , et ordinairement sans cause connue , tellement abondante et puriforme qu'on pourrait croire à la rupture d'une vomique dans les bronches. » (Ouv. cit., p. 155-56, t. 1. )
M. Andral a considéré également comme constituant la véritable vomique l'expectoration puriforme succédant au ramollissement d'une grosse masse tuberculeuse, et il a rapporté un cas fort curieux d une mort par asphyxie chez un phthisique qui expectora ainsi toul-à-coup une grande quantité de pus. Cliniq. médic; art. lubercul. pulm, )
Dans ses recherches sur la phthisie , M. Louis ne s'est pas occupé de la question de la vomique.
Je n'ajouterai rien à ce qu'a écrit M. Laennec sur la vomique , dans le long passage que j'ai rapporté. Je ne pourrais , en effet , entrer dans de plus amples dévelopjiemens sans répéter ce qui a été dit dans d'autres articles de ce Dictionnaire auxquels je renvoie le lecteur. ( Voyez phthisie pulmonaire , pneumonie,
PLEURÉSIE , BROKCHITE , HEPATITE. )
Pour déterminer la véritable source du pus qu'un individu peut cracher tout-à-coup en grande quantité, il faut avoir suivi d'un œil attentif la marche de la maladie depuis son origine, avoir bien exploré tous les organes et bien pesé toutes les circonstances au milieu desquelles \ accident (expectoration puriforme ) est survenu. Ce n'est qu'en procédant ainsi qu'on pourra savoir si le pus provient, soit d'un véritable abcès aigu du poumon, ce qui est au moins infiniment rare, sinon impossible, -oit d'une excavation dite tuberculeuse, sorte d'abcès ou de suppuration chronique du même organe , soit d'un abcès du foie ou delà rate qui se serait fait jour à travers les poumons et les bronches , soit d'un épanchement pleurétique qui se serait frayé la même route. ( J. BouiLLAnD, )
VOMISSEMENT
VOMISSEMENT
VOMISSEMENT, f^omitus (physiologie pathologique). Contraction involon- > taire etconvulsive du tliaphragme et des muscles abdominaux, qui a pour but la compression de l estomac, et ordinairement pour résultat l'expulsion violente des matières qui y sont contenues.
Cette définition du vomissement , rigoureusement déduite de son véritable mécanisme, s'éloigne beaucoup des idées qu'on s'étaitautrefois formées de ce phénomène , idées que quelques ])hysiologisles arriérés soutiennent encore aujourd'hui.
Selon cette ancienne doctrine, l'estomac serait le principal agent du vomissement ; de même que par ses contractions péristaltiques, cet organe fait passer dans le duodénum les boissons et les alimenschymiliés, de même par une contraction subite et énérgique il peut lancer les matières qu'il contient dans l'œsophage, le pharynx et la bouche, et déterminer seul ou aidé par la contraction des muscles abdominaux leur expulsion définitive.
Il faut avouer que cette manière de concevoir le vomissement a le mérite d'être simple ; elle fait image et est facilement saisie par qui se contente d'énoncé superficiel : l'estomac, en efTet , est un organe contractile , ses contractions ont pour résultats habituels l'expulsion du chyme dans l'intestin grêle à travers le pylore, n'est-il pas tout naturel que dans certains cas ses contractions deviennent brusques , subites , convulsives, et que se dirigeant non plus vers l'intestin , mais vers le cardia , elles chassent les matières que contient l'organe dans cette direction.
Sans aucun doute, les choses pourraient se passer ainsi : au premier conpd'œil on n'y voit aucun obstacle, et voilà pourquoi cette doctrine scolastique du vomissement est si généralement répandue , et pourquoi de bons esprits ont peine à l'abandonner ; mais il importe peu au médecin de savoir si elle est simple et commode à comprendre, il faut avant tout savoir si elle est vraie ; or, les faits bien observés et les expériences directes, suivies et répétées avec la plus sérieuse attention, démontrent que cette théorie repose sur des bases controuvées.
Quiconque a observé une personne qui vomit a pu remarquer sans peine l'énergie, la violence des efTorls qui précèdent et accompagnent l'expulsion des matières rejetées ; ces matières ne sont pas seulement repoussées de l'estomac jusqu'à la bouche, mais elles sont lancées violemment, elles s'échappent pressées de toutes parts et font irruption dans toutes les directions , le vase destiné à les recevoir n'est jamais assez large, elles rejaillissent de son fond et éclaboussent tous les objets circonvoisins ; on peut juger par ces effets de la pression énorme qui a déterminé leur expulsion de l'estomac.
D'un autre côté , l'individu qui vomit éprouve un trouble profond : son abdomen , son diaphragme , se convulsent instinctivement et sans aucune direction de la volonté , et quand l'acte est une première fois consommé, on le voit se répéter de la même manière à des distances plus ou moins rapprochées , et cette succession d'efforts involontaires et convulsifs , est suivie de fatigue douloureuse dans tout le système musculaire , mais particulièrement dans les parois abdominales.
En envisageant sans prévention aucune, et avec la simple lumière du bon sens , cet ensemble de phénomènes , on peut bien croire, si on vous l'affirme , que l'estomac se contracte pendant le vomissement; mais il est difficile de ne pas être frappé du rapport qui existe entre la violence avec laquelle les substances vomies sont expulsées , et l'énergie des contractions musculaires qui accompagnent cette expulsion ; que si ces contractions ne sont qu'un aide , qu'un secours aux contractions de l'estomac , cet auxrliaire mérite une attention particulière, et ne doit pas être oublié dans le mécanisme du vomissement.
Nous arrivons maintenant au point fondamental de l'ancienne théorie du vomissement, savoir : que ce sont les contractions énergiques, brusques , de l'estomac qui déterminent principalement l'expulsion des matières vomies ; nous avons déjà dit qu'une telle contraction n'avait rien qui répugnât à l'esprit, et qu'au contraire elle s'y adaptait facilement ; mais en tous cas un phénomène de cette importance , et qui peut produire de tels résultats , ne doit pas être admis sur parole, mais bien d'après des preuves irrécusables.
Pour s'éclairer sur ce sujet , il faut s'adresser à la physiologie expérimentale, qui a étudié sous toutes les formes la contraction du canal digestif depuis la bouche jusqu'à l'anus. Voici sa réponse dont chacun peut aisément vérifier l'exactitude :
Le canal digestif possède deux genres de contractions dans sa couche musculaire : l'un se voit au-dessus du cardia, l'autre au-dessous de cet orifice; le premier, qui règne depuis la bouche jusqu'à l'extrémité inférieure de l'orifice de l'œsophage , est, sinon semblable , du moins fort analogue à celui des muscles volontaires : brusque, subit, il peut devenir très-énergique ; il est mis en jeu non-seulement par l'influence nerveuse durant la vie , mais encore après la mort par la piqûre, le pincement des nerfs qui la dirigent, par le courant galvanique, etc. Les parties où il a son siège, la bouche, le pharynx, l'œsophage palpitent sous le contact de l'air à l'instar des muscles de la locomotion, etc.
Le second mode de contraction qu'offre le canal digestif commence immédiatement à l'ouverture œsophagienne de l'estomac , et se prolonge sans interruption , mais non sans quelque modification jusqu'aux sphincters de l'anus, où se retrouvent les caractères du mode de contraction supérieure. Ce second mode est lent, graduel , dans aucun cas rapide ni énergique : il n'est que faiblement mis en jeu par l'excitation directe , même celle du galvanisme : c'est la contraction péristaltique qui s'exerce tantôt dans un sens, et tantôt dans le sens opposé; cette contraction a pour effet de déplacer doucement les matières liquides, molles ou même solides, que contiennent l'estomac ou les intestins;
de les faire cheminer de manière qu'elles parcourent successivement tout le canal intestinal depuis le cardia jusqu'au rectum, et de servir ainsi à l'accomplissement de l'acte digestif. 1
Mais dans aucun cas, abandonne à lui-même ou soumis à l'action des irritans , des caustiques les plus actifs, et d^ns toute l'étendue qui vient d'être désignée, le canal intestinal sous-diaphragmatique ne présente de contraction ; brusque , subite , violente , telles qu'en peut offrir la portion sus-diaphragmatique du même canal. !■
Ce résultat tranché de l'expérience a été constaté chez tous les mammifères, i et personne n'est en droit de supposer qu'il en soit autrement chez l'homme. L
Ainsi , en s'appuyant des faits physiologiques les plus positifs et que l'igno- E rance seule pourrait contester, il n'est pas même permis de soupçonner que I l'estomac puisse être le principal agent du vomissement, et au contraire tout I ce qu'on sait de la nature de ses contractions paraîtrait tout au plus faire croire j, qu'il pourrait y concourir comme un faible auxiliaire. j'
L'ancienne théorie du vomissement n'aurait pas même pu naître si la saine physiologie, celle qui est fondée sur des faits réels, l'avait précédée; car personne ne se serait avisé de placer une contraction violente et convulsive là où l'expérience irrévocable ne démontre qu'une contraction faible et péristaltique. Malheureusement, dans cette circonstance comme dans beaucoup d'autres, l'imagination des médecins a devancé de beaucoup les travaux des physiologistes expérimentateurs.
Mais si l'estomac ne peut , par la nature de ses contractions , être le principal organe du vomissement, quel est donc le mécanisme de cet important phénomène? quel en est ou quels en sont les véritables instrumens?
Pour arriver à la solution de ce problème, il faut se rappeler la position de l'estomac dans la cavité abdominale. Placé au-dessous du diaphragme et derrière les parois antérieures de l'abdomen, il suit, dans les circonstances ordinaires, les mouvemens de ces parties, descendant quand le diaphragme s'abaisse en poussant devant lui les parois abdominales, remontant suivi des mêmes parois quand le diaphragme se relâche et reprend sa forme voûtée habituelle. L'estomac se trouve donc entre deux puissances : en haut, le diaphragme, muscle très-énergique, et les muscles du larynx et de l'abdomen, capables également d'une puissante contraction. Si donc il arrivait que les muscles de l'abdomen et le dia|ihragrae, au lieu de se céder, et de se presser alternativement l'un l'autre, ainsi qu'il arrive dans la respiration, se fissent mutuellement j résistance, et tandis que l'un porte en bas l'estomac, les autres le poussassent j en haut, l'organe, entre ces deux forces opposées, éprouverait une pression qui pourrait avoir pour résultat l'expulsion des matières qu'il contiendrait. j
•£1 est donc mécaniquement et physiologiquement possible, que le vomisse- j ment dépende de la pression exercée sur l'estomac par le diaphragme et les j muscles abdominaux. '
Voyons , maintenant ce que nous apprend , sur cette intéressante question , l'expérience directe. i
Après avoir fait avaler à un chien quelques grains d'éraéfique ( tartrate anti- j monié de potasse), incisez la ligne blanche au dessous du sternum , de manière ^ à rendre visible une partie de l'estomac; examinez, touchez cet organe au moment des efforts de vomissement , et vous le verrez rester flasque et sans j mouvement. Cependant, après quelques contractions des muscles abdominaux > ' le vomissement aura lieu ; et si vous avez laissé un doigt sur l'abdomen , au moment de l'expulsion des matières vomies , vous aurez éprouvé une pression très-considérable sous l'influence évidente de laquelle l'estomac s'est en partie j vidé. I
Pour ajouter à voire conviction , excitez le vomissement par une nouvelle dose d émétique. Mais au lieu de laisser l'estomac dans sa position naturelle, tirez le tout entier hors de l'abdomen, vous aurez alors sous les yeux le spec- j tacle des plus violentes convulsions diaphragmatiques et abdominales ; mais ] comme l'estomac y est soustrait , rien ne sera vomi , repoussez l'organe dans l'abdomen , soumettez-le à la pression dont vous l'aviez éloigné , et vous verrez aussitôt le vomissement s'accomplir. |
J'ai fait autrefois , à ce sujet , une expérience qui a eu quelque retentissement dans le monde médical et qui y a excité de vifs débats : j'ai enlevé complète- ( tement l'estomac d'un chien , j'ai remplacé cet organe par une poche flexible , i mais inerte , que j'ai remplie de liquide. Ce préliminaire terminé et la plaie | faite à l'abdomen suturée, j'ai déterminé les efforts de vomissement par une injection de l'émétique dans les veines , et j'ai vu au bout de quelques instans ] l'animal vomir le liquide de l'estomac postiche. j
Pour contre-épreuve, j'ai paralysé , soit en coupant les nerfs qui s'y rendent , soit en les séparant de leurs attaches, le diaphragme et les muscles abdomi- j naux, et bien qu'ensuite j'employasse tous les moyens connus comme les plus : propres à produire le vomissement, jamais ce phénomène ne se montra. i
On peut donc , en toute assurance et sans crainte de s'abuser, regarder les muscles abdominaux et le diaphragme comme les principaux et, pour ainsi j dire , les seuls agens du vomissement , l'estomac n'y pi cnant qu'une part très- ; secondaire , et dans certains cas même pouvant y être presque entièrement ! étranger. i
Ce dernier fait peut être constaté chez l'homme: dans certaines maladies, j telles que la transformation complète de l'organe en tissu squirrheux , ou la paralysie générale des fibres longitudinales et circulaires avec distension con- j sidérable de l'organe par des liquides; bien qu'il soit dans l'un et l'autre cas entièrement incapable d'aucune contraction, cependant le vomissement se fait j avec facilité , à des intervalles plus ou moins éloignés , dès que les muscles ab-
VOMISSEMENT
VOMISSEMENT
dominaux se coniractent instinctivement de manière à produire l'expulsion des matières contenues dans l'estomac , qui représente ici, comme dans l'expérience citée, une poche inerte.
Un phénomène très-singulier , que j'ai eu maintes fois l'occasion de vérifier dans des expériences sur le vomissement , c'est que l'estomac, bien loin de se resserrer durant les efforts pour vomir, se gonfle et se remplit d'air qui y est apporté par les mouvemens de déglutition précédant le vomissement. Toutefois cet air , après avoir distendu fortement l'estomac , est expulsé mêlé aux matières solides ou liquides au moment des efforts définitifs de voraissemens ; mais 1 estomac ne tarde pas à se distendre de nouveau sous l'abord de nouvel air introduit par la déglutition involontaire qui accompagne le plus souvent les nausées.
Savoir la part que les muscles des parois abdominales prennent à la production du vomissement, n'est pas encore connaître entièrement le mécanisme de ce phénomène. Il reste encore à examiner quel rôle y joue l'œsophage.
Placé comme tube de jonction entre le pharynx et l'estomac , l'œsophage est encore peu connu quant à ses fonctions. Si on se le repre'sentait comme ayant pour unique usage de transporter par les contractions péristaltiques les alimens et les boissons de la bouche dans l'estomac , on aurait une idée fort incomplète de son mécanisme. Kon-seulement il préside à l'introduction des alimens dans 1 estomac, mais il a surtout pour fonction de les y maintenir, en s'opposant à leur ascension rétrograde dans sa cavité.
3 ai explique , dans un mémoire particulier imprimé dans mon Journal de phjsiolos,ie , comment l'œsophage remplit cet office. C'est à l'aide d'un mouvement périodique de contraction qui s'exerce dans son tiers inférieur et dont les intervalles de repos sont d'autant plus courts que l'estomac est plus distendu , soit par des alimens solides ou liquides, soit par des gaz; quand il arrive que la distension de l'estomac est très-lbrle, la contraction de l'œsophage devient, pour ainsi dire, permanente et met un obstacle invincible à toute régurgitation.
On peut s'assurer de la réalité de cet usage de l'œsophage sur un chien vivant, en poussant vigoureusement de l'eau ou de l'air dans l'estomac parle duodénum. Quelque force que l'on emploie , il est rare que l'on surmonte la résistance de l'ouverture cardiaque, fermée par la contraction de l'œsophage. Il arrive quelquefois en exécutant cette expérience que le liquide ou le gaz remonte dans l'œsophage à une certaine hauteur; mais il est aussitôt repoussé par une nouvelle contraction de l'organe qui le refoule ainsi vers la cavité de l'estomac.
Cette contraction périodique ou persistante de l'œsophage est placée sous l'influence des nerfs pneumo-gastriques : elle cesse dès que ces nerfs sont coupés, ainsi que je l ai prouvé dans le mémoire cité.
Il résulte de ces faits que l'expulsion convulsive des matières que contient l'estomac par la pression des muscles abdominaux et du diaphragme ou, en d'autres termes , que le vomissement ne saurait avoir lieu tant que l'œsophage remplit ses fonctions normales , c'est-à-dire qu'il s'oppose à toute introduction ascendante de ces matières dans sa cavité : aussi l'un des actes principaux du vomissement est-il le relâchement brusque et plus ou moins prolongé des fibres de l'œsophage. Pour peu qu'on se soit étudié soi-même et qu'on ait suivi avec quelque attention les diverses sensations désagréables ou mêmes douloureuses qui précèdent ou accompagnent l'action de vomir , on aura facilement reconnu qu'après un certain nombre de nausées, il y a un moment qui précède la contraction définitive des muscles abdominaux où on a la conscience du relâchement de l'œsophage et de l'entrée des matières dans l'orifice inférieur de ce canal.
Il existe dans le cheval une disposition organique, qui vient à l'appui des faits précédens. L'extrémité inférieure de l'œsophage dans une étendue de huit ou dix pouces , est formée d'un tissu élastique constamment resserré sur luimême , de manière à s'opposera tout reflux des alimens vers le pharynx : mais, comme ce tissu n'est point contractile à la manière des muscles, qu'il ne saurait se relâcher et qu'il clôt d'une manière invariable l'ouverture cardiaque , le vomissement est à-peu-près impossible chez le cheval. Et si cet animal fait des efforts pour vomir , comme ils sont d'une énergie effrayante, on voit alors s'effectuer des ruptures de l'estomac : le vomissement n'arrive que dans des circonstances exceptionnelles. Si le cheval avait, comme l'homme et la plupart des mammifères , la facidié de relâcher instinctivement son œsophage, de semblables accidens n'arriveraient point , ou tout au moins seraient beaucoup plus rares.
Toutefois , à l'instant où l'œsophage se relâche, les substances que confient l'estomac, pressées par les contractions diaphragmatiques et abdominales , trouvant tout-à-coup une issue libre , s'élancent dans ce canal , parviennent aussitôt à la bouche et s'échappent au-dehors. Dans ce cas, l'œsophage est en quelque sorte passif : il se laisse traverser, mais n'ajoute pas ses contractions à celles qui expulsent les matières destinées à être rejetées. Ce n'est qu'à la fin des efforts abdominaux et quand déjà l'estomac est presque entièrement vide et qu'une petite quantité de liquide doit encore être chassée , que le canal semble ajouter ses contractions à celle des muscles de l'abdomen véritable agent du vomissement.
Le mécanisme du vomissement se compose donc de deux ordres de phénomènes ; lo de la contraction des parois abdominales ; 2" du relâchement de l'œsophage. Ces deux conditions sont également nécessaires à la production de l'acte du vomissement : elles sont toutes deux dépendantes de l'influence ner-
DlCT. DE MÉDECIME ET DE ChIRXJRGIE PRATIQUES.
veuse sur le système musculaire , mais le mode de cette influence est différent dans l un et l'autre cas.
y omisspment volontaire de quelques individus. L'influence nerveuse particulière par laquelle nous relâchons certains muscles habituellement contractés, et en particulier l'œsophage , n'est pas soumise à la volonté : aussi ne pouvonsnous , sans des artifices connus , et qui se rattachent à cet admirable instinct par lequel nous dirigeons nos fonctions , nous forcer à vomir , de même que nous ne saurions nous en empêcher quand les causes habituelles du vomissement viennent à agir , et qu'elles ont l'intensité nécessaire. Il est quelques personnes qui font exception à cette loi générale : elles peuvent vomir quand il leur plaît, ou , pour parler plus exactement, vider leur estomac à volonté.
Plusieurs d'entre elles se sont habilement servies de cette faculté pour éclairer la théorie de la digestion, tels sont ; Gosse de Genève, Monlègre, Pinel, etc. ; mais , chez elles , l'acte par lequel elles désemplissent leur estomac n'est plus instinctif, convulsif et involontaire , il est au contraire dirigé tout entier par la volonté. J'ai assisté à plusieurs expériences de ce genre , et il m'a été facile de constater que , pour amener cette sorte de vomissement, il fallait d'abord contracter les muscles abdominaux et le diaphragme, et ensuite par un effort dont le moment est marqiré , il fallait relâcher l'œsophage ou du moins arrêter ses contractions périodiques. Ici les personnes que j ai vues vomir de cette manière n'avaient aucune idée du phénomène nerveux qui se produisait chez elles ; l'instinct seul les conduisait , ainsi qu'il nous arrive dans la plupart des contractions de nos muscles locomoteurs ou autres organes contractiles. J'ai vu plusieurs fois ces personnes presser fortement avec leur main la région épigastrique , afin d'aider les muscles abilominaux; Monlègre même, dans l'intéressant récit de ses essais, faisait un précepte de cette pression accessoire comme étant des plus favorables au but que l'on veut atteindre.
Bien que le vomissement volontaire ait le même résultat matériel que le véritable vomissement , comme il n'est précédé par aucune sensation désagréable , qu'il n'est accompagné d'aucune douleur et surtout d'aucun de ces violens efforts qui troublent la circulation et bouleversent toutes les fonctions , il n'est point suivi de la fatigue et de l'épuisement qui , d'ordinaire, succède au vomissement involontaire , mais aussi ne peut-il avoir pour conséquence ni les avantages , ni les inconvéniens de ce dernier. A dire vrai ce phénomène serait mieux qualifié règurs^italion volontaire.
Quel est le but physiologique du vomissement ? C'est évidemment l'expulsion plus ou moins rapide des matières vénéneuses et nuisibles qui , ayant échappé à l'exploration des sens de l'oilorat et du goût, se sont introduites furtivement dans l'estomac et y produisent une impression douloureuse ou tout au moins inaccoutumée. Ce but est atteint d'une manière si complète chez certains animaux , qu'il est presque impossible de les empoisonner. Dès qu'une substance vénéneuse est introduite dans l'estomac, mêlée aux alimens ou de toute autre manière, elle est aussitôt rejetée sans qu'il en résulte aucun trouble dans les fonctions digesfives j mais . par une sorte de métaphore ou d'analogie instinctive , toute espèce de gène, de douleurs , de pression , d'altération organique , qui se fait remarquer le long du canal digestif, détermine aussi les efforts de vomissement, quoique le plus souvent , au lieu d'être favorables comme dans le cas de l'expulsion d'un poison que contient l'estomac , ces efforts ne fassent qu'ajouter à la cause qui les détermine, ainsi qu'on en peut juger dans les vomissemens qui accompagnent les hernies étranglées , les péritonites , les métrites , les cancers de l'estomac, etc. , etc.
Le simple contact d'un corps étranger sur la luette ou l'entrée du pharynx produit une impression désagréable qui est bientôt suivie des efforts de vomissement. C'est à ce moyen qu'avaient recours les anciens Romains pour se vider l'estomac et recommencer sur de nouveaux frais le repas abondant qu'ils venaient de terminer ; on assure que quelques gourmands , ou plutôt gloutons , de notre époque, mettent encore cette pratique en honneur.
Une grande quantité de liquide avalée coup sur coup en causant une distension trop brusque et trop considérable à l'estomac produit une sensation pénible à l'estomac et est bientôt suivie du vomissement. Il en est de même des accès de toux qui se prolongent pendant quelques minutes.
Le trouble et les sensations inaccoutumées qui accompagnent les premiers temps et même souvent toute la durée de la grossesse , ont aussi la même conse'quence, au point que si une jeune femme éprouve quelques nausées, on ne manque point d'en conclure l'existence de la grossesse.
Par suite de l'extension physiologique dont nous parlions tout-à-l'heure, l'aspect ou simplement le souvenir d'un objet ou d'une scène qui nous répugne, détermine souvent le vomissement , et quand nous voulons peindre d'une manière énergique et concise, le déplaisir que nous cause une chose, nous disons qu'elle nous donne des envies de vomir.
En général , toute sensation interne désagréable conduit facilement au vomissement : c'est ce que nous voyons chez quelques personnes qui vont en voiture, qui se balancent sur l'escarpolette et la plupart de celles qui voyagent sur mer sans en avoir dès l'enfance contracté l'habitude. Ces effets dépendent sans aucun doute d'une cause physique, puisqu'on les observe aussi bien sur les animaux que chez nous.
Certains physiologistes s'imaginent expliquer tous ces phénomènes en disant qu'ils sont produits par le nerf grand-sympathique; mais en cela comme en beaucoup d'autres questions de vitalité, ils se paient de mots, et en réalité ils