‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 36 sur 311 · FROID · texte numérisé non relu

FROID

PROID.

certain temps et sans interruption , on détermine une sédalion remarquable , un resserrement permanent des vaisseaux de la partie , un abaissement notable de sa température , et souvent par suite une sédation générale. Mais toujours , au moment où l'on cesse l'application du froid , une réaction proportionnée à l'intensité et à la durée de cette application se manifeste , et doit être comptée dans son emploi thérapeutique.

Enfin le froid extrême , comme on 1 éprouve dans les contrées les plus septentrionales, ou comme on peut le produire partout par les moyens artificiels , agit comme la chaleur portée à un haut degré : il brûle et désorganise les parties vivantes ; et , pour compléter l'analogie , on voit les parties gelées , de même que les parties qui éprouvent un certain degré de brûlure , présenter une couleur blanche. D'ailleurs , les parties gelées comme les parties brûlées , subissent une mortiQcalion plus ou moins profonde , elles rentrent sous l empire des lois physiques , et se séparent des parties vivantes qui se comportent dans les deux cas absolument de la même façon. On ne peut s'empccher ici de s'arrêter un instant pour faire remarquer qu'il s'opère dans cette circonstance une véritable cautérisation dans laquelle , au lieu que le calorique apporté par un corps étranger se combine violemment au point de contact avec les parties vivantes , c'est le calorique contenu dans les parties qui , violemment attiré par le corps froid , fait irruption afin de se mettre en équilibre , et désorganise ce qui se trouve au point de contact. Ainsi donc , on pourrait , en calculant le degré de froid d'un corps , l'employer comme caustique , avec autant de certitude qu'on le fait pour les corps incandescens. Sans doute , on n'ira jamais user d'un moyen difficile quand on en a cent autres sous la main ; et je suis , moins que personne peut-être , disposé à conseiller des moyens bi/arres et nouveaux : mais l'objet de cette observation est d'établir d'une manière irrécusable la parfaite identité des phénomènes élémentaires, et de montrer que l'action des divers degrés de chaleur et de froid, appliqués à l'économie tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, se correspond dans ses effets , soit immédiats , soit thérapeutiques , d'une manière exacte et pour ainsi dire mathématiquement appréciable. Ainsi les deux extrêmes de la température amènent la désorganisation des tissus : quelques degrés de moins dans l'une et l'autre échelle, et vous obtenez une excitation locale et générale manifestée par des symptômes semblables. Rapprochez-vous de plus en plus du terme moyen , et vous verrez que de faibles degrés de chaleur et de Iroid agissent l'un et l'autre comme calmant , émoUient , adoucissant. Le passage brusque de l'un à l'autre peut seul donner lieu à des phénomènes sensibles. D'ailleurs , on ne peut rien établir de constant sur ce point, ])uisque le froid et le chaud sont toujours appréciés relativement à des points susceptibles de varier à chaque instant. La transition graduelle ne produit pas de réaction appréciable j mais ses effets, pour être doux , n'en sont pas moins précieux ; car ce ne sont pas toujours les secousses douloureuses dont les malades éprouvent le plus de soulagement.

Ces considérations doivent être méditées pour faire un emploi utile d'un d'un agent thérapeutique qui ne le cède en énergie à aucun autre , et dont les applications de détail sont si nombreuses, qu'il faudrait un livre entier pour les exposer toutes. Nous rappellerons seulement que l'action générale d'un froid modéré , et sur un individu sain , est stimulante et tonique ; qu'elle accélère la circulation , la digestion et la transpiration cutanée ; que l'impression du froid humide sur la peau, et surtout sur celle des extrémités, supprime la transpiration , et active d'autant l'exhalation intestinale et la sécrétion de l'urine ; que le froid vif , agissant sur les voies respiratoires , en détermine fréquemment 1 inflammation plus ou moins profonde , tandis que l'inspiration d un air modérément frais est au contraire utile dans ces mêmes infl.immalions.

Si le froid agit avec une certaine énergie , et d'une manière rapide sur tout le corps , on éprouve une sensation pénible de concentration et de resserrement, qui peut aller jusqu'à une légère douleur. Bientôt succède un mouvement f xcenlrique au moyen duquel l'équilibre est promptement rétabli j la circulation est un peu accélérée et les forces musculaires semblent accrues. Mais lorsque l'action du froid se prolonge , ses effets dcbilitans ne tardent pas à se manifester. Alors surviennent la pâleur , puis la teinte violacée de de la peau, le frisson dans tous ses degrés, enfin l'asphyxie qui peut se terminer par la mort , si l'on n'y porte un prompt remède.

11 n'est aucun des divers degrés de froid dont nous venons d'étudier les phénomènes qui ne puisse trouver une application plus ou moins fréquente , soit qu'on l'emploie sur une grande surface , soit au contraire qu'on borne son action à une partie plus ou moins circonscrite , qu'on la dirige sur les organes intérieurs ou sur la surface externe, enfin qu'on la fasse jagir pendant cjnelques inslans et par intervalles, ou bien d'une manière non inleri urapue.

Le froid léger qui ne fait éprouver qu'une sensation peu marquée de refroidissement , est aussi utile qu'agréable dans les affections aiguës ou chroniques , générales ou partielles , qui s'accompagnent de beaucoup de chaleur et de fièvre , et notamment dans les maladies de la peau et des membranes muqueuses dans lesquelles il existe une chaleur acre et prurigineuse , comme dans la brûlure. Alors le froid employé en bains, lolions , ajfusions , cataplasmes , injeciioiis , lavemens, boissons, etc., procure aux malades un soulagement , un calme plus grand , qu'aucune autre espèce de médication ne le saurait faire : il peut être considéré comme essentiellement calmant. Les malades le souhaitent d'ordinaire et l'appellent de tous leurs vœux • mais un préjugé profondément enraciné le leur interdit , et rien n'est plus d'iflicile

à obtenir qu'un verre d'eau fraîche, ou l'enlèvement d'une des couverture dont on a coutume de surcharger les patiens.

C est au moyen de la réaction plus ou moins énergique qui succède i son action, que le froid leplus intenseopère dans quelques cas ; et c'est de cett manière qu'on le voit agir utilement dans la congélation , par exemple , dan laquelle les frictions avec la neige ou la glace rétablissent par degrés la ciJ culation dans les parties , tandis qu'une application inconsidérée de chaleuj amènerait une décomposition immédiate. On utilise cette propriété excitantii pour déterminer des stimulations directes ou révulsives ; et , par ce moyenij on parvient souvent, soit à arrêter des hémorrhagies inquiétantes de l'utclj rus , ou des membranes muqueuses gastro-pulmonaires , à faire disparaîtW) des douleurs nerveuses et même rhumatismales ; enfin à faire cesser de/!, spasmes ou des convulsions, à modifier ou à suspendre des affections interl mittentes. Pour obtenir du froid des effets excitans , il faut que les applicatipntk en soient brusques , courtes et renouvelées ; il faut de plus , que la tempéra'[. ture des corps que l'on emploie soit aussi basse que possible. En procédaniï d'une manière toute inverse, on la rend capable de produire une autre séii d'effets , et on l'adapte pour ainsi dire à des besoins d'un autre genre. Daw le premier cas , il opère comme astringent puissant et sédatif; aussi produit-i de bons effets dans les hernies engouées, tant en ranimant la contractilit des parties qui ont subi une distension mécanique, qu'en diminuant le volume des matières liquides et gazeuses renfermées dans la tumeur. 11 ne s'est p» montré moins efficace dans des névroses opiniâtres , où des bains froids proi longés ont souvent amené des guérisons inespérées ; dans des anévrysmes e» ternes ; dans des phlegmasies aiguës ou chroniques des divers organes , mai principalement dans celles des organes encéphaliques et dans l'apoplexie. Mai dans ces cas graves , et dans lesquels la puissance de l'art semble quelquefois miraculeuse, il n'y a pas de succès à espérer d'une pratique empirique (| irréfléchie. Le médecin doit calculer promptement et avec certitude la forci du mal et celle du remède qu'il lui oppose ; il doit savoir que le froid n'auti' qu'un effet incomplet et peut-être même nuisible, si tandis qu'on s'oppose>! par son moyen, à l'établissement des congestions locales , on n'a pas soin ft' même temps de diminuer la pléthore générale par des évacuations suffisantes! comme aussi d'établir à la peau ou sur quelque autre organe sain des irrita;' tions révulsives proportionnées et susceptibles de concourir au résultat désiré car c'est de l'ensemble et de la proportion relative de ces diverses actions qU|' résulte une médication efficace. Une autre précaution indiquée par le raison: nement et avouée par l'expérience , consiste à ne pas appliquer de suite de corps très-froids , mais à procéder graduellement , et à apposer sur les partie malades , d'abord de l'eau tiède , puis de l'eau fraîche , de l'eau froide , ( enfin de la glace. Il n'est pas moins important de faire succéder sans aucu intervalle les applications réfrigérantes , faute de quoi des réactions fâcheust ne tardent pas à s'établir; et alors non-seulement on n'obtient pas les bor effets qu'on avait droit d'attendre , mais au contraire on contribue évidemmeo à augmenter le mal. Enfin , au lieu de cesser brusquement les application froides , lorsqu'on en a obtenu les effets désirés , il faut parcourir les mêraf degrés qu'on en a suivis en commençant leur emploi , car rien dans la natur. ne procède par sauts et par bons: et l'on ne doit attendre de succès qu'e observant et en imitant sa marche progressive. C'est pour cela que les applica tions froides , moyen très-énergique , ne réussiront jamais entre les mains d ceux qui les emploient , soit avec une folle témérité , soit avec une timidili aussi blâmable , parce qu'elle est aussi dangereuse pour les maladies. Ce* seulement de son emploi méthodique et raisonné qu'on obtient des résultai remarquables et salutaires.

L'usage externe du froid est souvent repoussé dans la pratique civile ; on e: redoute des accidens , sans doute parce qu'on en a vu souvent survenir à la suit d'une administration vicieuse. Ou est également prévenu contre son emploi l'intérieur , qui cependant est salutaire dans une Ibule de circonstances. L« boissons froides à divers degrés portent sur les organes digestifs uneimpressio. tantôt sédative , tantôt excitante, et capable d'aller même jusqu'à la douleur Des lavemens froids ont remédié à des constipations rebelles à d autres moyent Mais dans ces effets , le médecin expérimenté ne voit rien de spécifique , c qu'on ne puisse obtenir facilement d'une autre manière , si l'on se Irouvaii dépourvu des moyens de produire le froid.

Cela est, il est vrai, assez rare; et le froid comme la plupart des agen thérapeutiques véritablement actifs , est un de ceux qu'on a le plus à sa dispo)' silion. Qualité précieuse, et qui devrait toujours mériter la préférence! Sufi posez en elTet qu'on soit pris subitement au milieu de la nuit , d'un accès de ce crampes d'estomac si douloureuses et si énervantes. Assurément l applicatio' de linges chauds, une boisson très-chaude le feraient passer. Mais il fau beaucoup de temps pour préparer tout cela , et le mal est pressant. C'est le ca de recourir au froid , car on a toujours sous la main de l'eau froide avec laquell on peut faire des applications sur le ventre, ou de l'eau de Cologne ou tout autre liqueur spiritueuse qu'on peut y faire évaporer par la flabellation. Lorf qu'une brûlure vient d'avoir lieu, sans perdre un temps précieux à dépouille les parties des vêtemens qui les recouvrent , à chercher de la râpure de carotte ou de pommes de terre , et sans laisser au calorique le temps d'agir plus pro fondément , plongez les parties malades dans l'eau froide , dont vous abaissere la température par l'addition continuelle de la glace , maintenez continuelle ment cette application pendant six à huit heures suivant la gravité de I' brûlure ; et vous obtiendrez des succès remarquables. 11 n'est pas de moyen thérapeutique applicable à tous les cas , surtout si l'oi

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