‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 47 sur 311 · NOMS DES GAZ · texte numérisé non relu

NOMS DES GAZ

POIDS

spécifique

d'après Tliomson.

POIDS

spécifique d'après divers auteurs.

Air. .......

Gaz hydriodique.

Gaz ])htlio-silicique. .

Gaz chloroxi-carbonique.

Chlore

Deutoxide de chlore. .

Gaz phtoro-borique.

Gaz sulfureux.

Cyanogène

Protoxide d'azote.

Acide carbonique.

Gaz hydroclilorique.

Gaz liydrosulfurique.

Gaz oxigène

Deutoxide d'azote. .

Hydrogène percarbonc.

Azote

Oxide de carbone. .

Hydrogène perphos|)horé.

Hydrog. protophosphoré.

Gaz ammoniac.

Hydrogène protocarboné.

Hydrogène arsénié. . .

Hydrogène

Hydrogène tellure. . .

Protoxide de chlore.

Acide hydroséléuique. . .

POIDS

d'un décimètre cube à

IoetàO,n>76 de pression.

POIDS

de

100 pouces

cubes en graÎDs.

grammes.

Tous les gaz sont compressibles. Ils dégagent du calorique par le fait de! cette compression, ainsi que l'a prouvé M. Dulong. On avait même regardé] jusqu'alors l'oxigène , le chlore et l'air atmosphérique comme susceptibles^ de produire de la lumière par une pression forte et subite; mais il résulte! d'expériences récentes , dues à M. Thénard, qu'aucun gaz ne peut devenir lu-" milieux par la compression, et que le dégagement de lumière observé jusqu'alors provient de ce que l'on s'est servi de pistons de cuir imprégné de corps j gras et qu'il y a eu production d'eau ou d'acide hydrcchlorique pendant l'expérience. La compression des gaz est toutefois soumise à une loi tpie Boyle etl Mariotte ont fait connaître ; à savoir , qu'ils se resserrent tous en raison desj poids dont ils sont chargés , ou que le volume qu'ils occupent est toujours cbI raison inverse de la pression à laquelle ils sont soumis. Il suit de là que si unej colonne gazeuse supportant primitivement un poids égal à celui de latmosphère, vient à être comprimée par une pression double , son volume serai réiluit à moitié. Il résulte aussi des expériences de ces célèbres physiciens , quel tous les gaz sont parfaitement élastiques , en sorte qu'agissant sur un gaz à une i pression donnée, il est facile , par un calcul fort simple , de le ramener au vo» | lume qu'il occupe sous une autre pression.

Tous les corps gazeux sont dilatables par le calorique. MM. Dallon et Gay- Liissac ont démontré que tous se dilataient également en passant d'une température à une autre; que de zéro à 100" leur dilatation était de 0375 du volume qu'ils occupaient à 0° , c'est-à-dire d'un peu plus d'un tiers , en sorte qu'un litre d'air en passant de zéro degré à cent degrés occupe un litre et un tiers de litre ; (|uc la dilatation étant uniforme pour chacun des degrés , elle correspondait à un 0,00375 ou à un deux cent soixante-sixième el soixante cculièiiies du

GAZ

GAZ

voluaie qu'ils occupent à zéro. Soit donc un gaz à une température donnée , il est facile de savoir ce que deviendra son volume à un degré de chaleur plus ou moins élevé ou plus ou moins bas.

Tous les gaz peuvent se mêler quoique leurs poids spécifiques soient difTérens, et aucun fluide élastique plus léger ne peut rester sur un autre plus lourd sans que leurs particules ne se confondent. C est au moins ce qui résulte d'un travail de M. Dalton sur ce sujet. Voici un exem{)Ie frappant à l appui de celte loi qui intéresse le médecin sous le rapport des asphyxies. Si l'on prend deu.\ flacons , l'un rempli dlij'diogèue, gaz très-léger, et l'autre d'oxigène , corps seize fois environ plus pesant , si ou les réunit par un tube étroit d'un pied de lon- (gueur de manière à ce qu'ils communiquent entre eux, et qu 'on les place vci ti- |calemeut l'un au dessus de l'autre , eu ayant soin de ne pas les agiter , on reïmarquei a au bout de quelques heures que l oxigène a moulé contre son pi opre jpoids dans le flacon supérieur , I hydrogène étant descendu dans le flacon iuprieur, malgré le soin que l'on avait mis à le placer en haut. On constate le ^ait en approchant une .bougie allumée des deux flacons: ils détonnent tous (deux. S il n'en était pas ainsi , l'atmosphère que nous respirons occasionnerait jsans cesse des asphyxies , car tous les gaz délétères sont plus pesans que l'air at- Ijaosphérique, et nous citerons pour exemple l'acide carbonique , l'acide hydro- Isulfurique ( hydrogène sulfuré), l'acide sulfureux , l'acide liydrochlorique , le cyanogène et la plupart des vapeurs un peu actives.

11 est un certain nombre de gaz qui ne se bornent pas à se mêler, mais qui agissent les uns sur les autres de manière à donner naissance à des composés nouveaux. Ces phénomènes ont lieu tantôt à froid et tantôt à chaud. Il est trèsimportant de connaitre .les gaz qui ne peuvent jamais exister ensemble sans i'éagir chimiquement. Si des tables analogues avaient été dressées pour les sels, ^'analyse des eaux minérales en aurait probablement protilé , et I on ne verrait pas énoncées dans les résultais d un grand nombre d'entre elles une loule de substances qui ne peuvent réellement pas s'y trouver, et à l'existence desquelles ' Ml a cru parce que l'on avait suivi une mauvaise méthode d'opérer. M. Che- .•reul est un des chimistes qui ait fait le premier connaître l'état de la science iur celle matière , et M. Guibourl, l'un de nos collaborateurs , a été forcé de ie livrer à un grand nombre d'analyses nouvelles pour fournir à ce Dictionnaire m article exact sur les eaux minérales. Nous croyons donc devoir reproduire laus cet article les considératious chimiques suivantes , comme propres à être ;onsuUées toutes les fois qu'un médecin aura été chargé de procéder à l'analyse le l'air d'un lieu quelconque. L'expérience prouve que les gaz suivans ne peu- 'eiit jamais exister ensemble , ii ia température ordinaire j savoir :

1" Loxigène avec l'hydrogène perphosphoré , le deuloxiile d'azote, 1 hydro- [ène sélénié , du moins avec l intermède de l'eau , et de plus l'hydrogène pro- O|'liosplioré lorsque la pression est faible ;

'y L hydrogène prolocarboné avec le chlore humide sous l'influence soaiie ;

3 ' L'hydrogène , l'hydrogène bi-carboiié , l'oxide de carbone avec le chlore, nus l'influence solaire et probablement avec l oxoidc de chlore , dans toutes les ircoustances possibles ;

1" Ii hytlrogène arseuiqué , avec le chlore, l'oxide de chlore et l'acide sulfu- I eux : il est vrai que l'action est très-lente pour ce dernier gaz. I 5" L'ydrogène telluré avec le chlore, l'oxide de chlore, l'ammoniaque et pro- (ablement l'acide suUureux ;

6» L'acide hydrosulfurique (hydrogène sulfuré) avec le chlore , l'oxide de hlore , l'ammoniaque et l'acide sul!ureu.x ;

7" L'acide hydrosélénique , avec le chlore, l'oxide de chlore , l'ammoniaque, 'oxigène par l'intermédiaire de l'eau, et probablement l'acide sulfureux ;

8" L'hydrogène protophospboré , avec le chlore , l'oxide de chlore , l'acide lydriodique , l'oxigène sous une faible pression, et l'acide sulfureux ;

9o L'hydrogène perphosporé , avec l'oxigène , le chlore, l'oxide de chlore , acide hydiiodiquc et l'acide sulfureux;

10° Le proloxide d'azote , avec l'oxide de chlore , peut-être ;

11" Le dfcutoxide d'azote , avec l'oxigène , l'oxide de chlore , et avec le chlore brsqu'il y a le contact de l'eau ;

l2o Le chlore , avec le gaz hydrogène , oxide de carbone, sous l'influence ;olaire ; l'ydrogène bi-carboné , 1 hj^drogène sélénié, l'hydrogène sulfuré, hydrogèu.; telluré, l'hydrogène arsénié, l'acide hydrocyaniquc, l'ammoniaque lans foutes les circonstances ; avec le deutoxide d azote, le gaz acide sulfureux , lorsque ces gaz ont le contact de l'eau ; et avec l'hydrogène protocarboné , sous influence de l'eau et de la lumière ;

13" L'oxide de chlore , avec l'hydrogène , l'hydrogène carboné , l'hydrojène phosjihoré , l'ydrogène sulfuré , l'hydrogène sélénié , l'hydrogène arlénié , l'hydrogène telluré , l'oxide de carbone , le deutozide d'azote , l'acide ^ydrochlorique , l'acide hydriotique , l'ammoniaque, l acide sulfureux conlenant de la vapeur d'eau , et peut-être avec le protoxide d'azote et le |yanogène.

ï 14° L'acide sulfureux, avec l'hydrogène sulfuré, l'hydrogène phosphoré , l'hydrogène arsénié , l'acide hydriolique , l'ammoniaque , et probablement l'hy- Irogène sélénié ; de plus , avec le chlore et l'oxide de chlore, lorsque ces gaz pnt le contact de l'eau ;

S 15° L'acide hydrochlorique , avec l'oxide de chlore et l'ammoniaque ; I 16° L'acide phthoroborique , l'acide phthorosilicique , l'acide carbonique , et acide chloroxi-carbonique avec l'ammoniaque ;

17° L'acide hydriodique , avec le chlore, l'oxide de chlore, l'acide sulfureux, 'ammoniaque , le gaz hydrogène phosphoré ;

18° L'ammoniaque, avec le chlore, l'oxide de chlore, l'hydrogène telluré et tous les gaz acides ;

19» Le cyanogène , avec l'oxide de chlore ;

Enfin , tous les gaz sont plus ou moins solubles dans l'eau. On observe qu'un gaz se dissout dans ce fluide en quantité d'autant plus grande, que ia température du liquide est plus basse et que la pression à laquelle le gaz est soumis est plus forte.

Gaz délétères. A part l'oxigène , il n'existe pas de gaz capable d'entretenir la respiration. Mais tous les corps gazeux sont impropres à la respiration , sous le rapport qu'ils ne possèdent pas les propriétés de l'oxigène ; il en est un certain nombre qui sont déictères par eux-mêmes, c'est-k-dire, qu'ils réagissent sur 1 économie de manière à amener la mort , en vertu des propriétés dont ils sont doués. 11 est important de bien établir celte distinction entre les corps gazeux , et , afin de la faire bien comprendre , nous allons l'appuyer d'un exemple : que l'on place un oiseau sous une cloche remplie d'azote , gaz non délétère , ou sous une autre cloche pleine d'hydrogène arsénié, gaz le plus délétère , l'animal périra dans les deux cas; mais dans le premier il succombera parce qu'il n'existait pas avec l'azote d'oxigène capable d ent retenir la vie; tandis que dans le second la mort sera le résultat immédiat de l'action directe de l'hydrogène arsénié sur l'animal.

On peut encore établir cette seconde proposition générale qu'aucun des gaz purs , pris isolément, ne peut entretenir la vie des animaux; que tous ou la détruisent ou la laissent 3'y éteindre. L'oxigène ne peut pas même faire exception à celte règle , puisque c'est le plus stimulant de tous les corps gazeux.

Le mélange d'oxigène et d'azote dans les proportions où ils se trouvent dans l'air, ou bien peut-être le mélange dans les mêmes rapports d'oxigène et d'un gaz non délétère constituent seuls l'air respirabic.

Ces distinctions explic|ucnt assez la raison pour laquelle tous les gaz indistinctement ne se trouveront pas dans cet article, et que nous n'y exposerons que ceux qui exercent une aclion directe sur l'économie , laissant de côlé 1 histoire des gaz impropres à la respiration , et non délétères par eux-mêmes.

yjmmoniac ( gaz) , incolore , d'une odeur forte , piquante , ne provoquant pas l'éternuement , mais déterminant dans les fosses nasales la sensation d'un picotement douloureux , suivi île chaleur; cette odeur devient un des caraclcres essentiels de ce gaz , car aucun d'eux ne la possède ; il est près de moitié plus léger que l'air , puisque son poids spécifique est de U,5902 ; c'est le seul gaz (|ui verdisse le sirop de violette ; il est décomposé par la chaleur , le chlore , le souire , 1 iode , l oxigène et l'air; ces réactions ont lieu soit à froid, soit à chaud , suivant les corps que l'on emploie. L'eau en dissout 430 fois son volume , et celle dissolution lorme l'ammoniaque liquide [l'oj-ez au mot Ammoniaque) ; il produit avec les acides des combinaisons salines et il s'unit très-facilement avec eux ; aussi quand on approche un flacon qui dégage de l'acide hydrochlorique d'une éprouvelte d'ammoniaque , se produit-il immédiatement des vapeurs blanches très-abondantes d'hydrochlorate d'ammoniaque. Il est formé de trois volumes d'hydrogène et d un volume d'azote qui, en se combinant , ne forment plus ([ue deux volumes , ou en poids de 21,42 d'hydrogène et de 100 d'azote ; ou bien enfin de trois atomes d'hydrogène pesant 0,375 combinés avec un alome d'azote pesant 1,752,1=25, poids de l'atome d'ammoniaque. Quelques chimistes, et M. Bcrzclius est de ce nombre, le considèrent comme un oxide métallique , ou comme un composé d'oxigène et d'ammoniummétal. En efl'et, on peut très-bien expliquer toutes les réactions chimiques qu il opère avec celte supposition. Toutefois cette théorie n'est pas généralement adoptée. On obtient le gaz ammoniaque en mêlant parties égales d hydrochlorate d'ammoniaque et de chaux pulvérisée , et en chauffant le mélange, il est convenable de l'humecter un peu. On reçoit le gaz sur le mercure.

Le gaz ammoniaque est employé en médecine à l'état acriforme, quoique, pour l'administrer , on se serve constamment d'un flacon d'ammoniaque liquide , car c'est en abandonnant l'eau dans laquelle il est en dissolution qu'il vient agir sur les fosses nasales. C'est toujours comme stimulant qu'on l'administre , et sans revenir sur les cas dans lesquels il peut être convenable de le mettre en usage et dont l'énumération a été faite à l'occasion de l'ammoniaque liquide au volume déjà cité , nous appellerons l'attention du médecin sur la nécessité de le faire inspirer avec beaucoup de modération , attendu qu'il est souvent résulté des ozènes ou des affections catarrhales Irès-graves de son inspiration trop prolongée. Scarpa l'a employé pour combattre l'araaurose imparfaite.

Il tue en quelques secondes les animaux qui le respirent pur ; injecté dans les plèvres , il détermine une agitation générale très-grande , parfois même des mouvcmens convulsifs , et des cris douloureux. Cet état n'est que momentané . mais la respiration reste accélérée , et bientôt une pleurésie se dcclare. Elle donne lieu à la sécrétion de sérosité sanguinolente en plus ou moins grande quantité , et elle devient bientôt mortelle.

Nysleu considère cependant ce gaz comme susceptible d'être injecté en petite quantité dans le système veineux sans occasionner de symptômes funestes , mais pour peu que la dose de chaque injection soit portée à trente centimètres cubes , une mort très-prompte arrive par le fait de l'excitation portée sur les parois du cœur.

Ce gaz est un de ceux qui peuvent produire l'asphyxie des fosses d'aisances {uoj^ez Gaz des fosses d aisance ). Il est, suivant M. Dupuylren, la cause des ophlhalmies fréquentes des vidangeurs , ophthalmies que l'on appelle mite.

Les substances qui peuvent le mieux arrêter les effets de l'ammoniaque sont l'acide acétique et le chlore. Le premier , en se combinant à l'ammoniaque , forme un sel beaucoup moins stimulant que le gaz, et qui , très-solublc et très-

GAZ

GAZ

avide d'eau , se liquéfie facilement de manifre h occuper beaucoup moins d'espace que le gaz ammoniaque , et à permettre l'entrée d'une certaine quantité d'air dans les voies delà respiration. Le second décompose une partie de l'ammoniaque , lui enlève l'hydrogène pour former de l'acide liydroclilorique , et met à nu de l'azote , gaz inerte ; l'acide liydrochlorique une fois formé se combine à la portion de gaz ammoniaque non décomposé , pour donner naissance à de Ibydrociilorate d'ammoniaque , sel peu énei gique en comparaison du gaz qu'il remplace. Wous traiterons du mode d'emploi de ces deux agcns lors de l'histoire des gaz des fosses d'aisance.

Acide carbonique (gaz). Cette substance est abondamment répandue dans la nature; elle forme le treize centième ou le quatorze centième de l'atmosphère; elle se rencontre dans beaucoup de grottes dans le royaume de Naples. L'une d'elles , située près de Pouzzole , est généralement connue sous le nom de Grotte du chien. Les eaux minérales gazeuses acidulés en renferment en grande quantité. Presque toutes les eaux chaigées de sels de chaux en contiennent. Enfin , il existe dans la nature plusieurs carbonates qui y sont répandus en abondance. L'un d'eux, le carbonate de chaux, est un des principes constiluans les plus communs de la terre , car il forme les terrains de calcaire primitif, ceux de calcaire île transition , et les dilférentes couches de calcaire de formation tertiaire. C'est en décomposant le carbonate de chaux à l'état de marbre par les acides , et de préférence par l'acide hydrochlorique , que l'on obtient ce gaz. L'emploi de l'acide sulfurique a 1 inconvénient de former autour des fragmens de marbre une croûte de sulfate de chaux qui arrête le dégagement du gaz en s'opposant au contact de l'acide sulfurique restant avec la portion de marbre non encore décomposée.

A la température ordinaire et sous la pression habituelle de l'atmosphère, ce corps est gazeux, incolore, inodore, mais piquant, d'une saveur aigrelette; il est une fois et demie aussi pesant que l'air. La chaleur la plus forte ne le décompose pas. Il éteint les corps en combustion et précipite l'eau de chaux en blanc, précipité de carbonate de chaux , qui devient sohible dans un excès de gaz. Il se dissout dans l'eau. Ce liquide ne peut toutefois en absorber qu'un peu plus de son volume , à la pression ordinaire de l'atmosphère; mais si l'on agit sous une pression plus forte , il s'en dissout jusqu'îi cinq fois son volume. C'est sur celle propriété qu'est basée la préparation de l'eau de Sellz artificielle ; aussi suflit-il de diminuer la pression par la machine pneumatique pour produire dans celte eau le phénomène de l'ébullition , qui ne consiste réellement que dans le dégagement d'une certaine quantité d'acide carbonique. On produit encore le même effet en élevant de quelques degrés la température de celte eau.

Le gaz acide carbonique a été liquéfié par une pression de quarante atmosphères et à la température de zéro. C'est en décomposant le carbonale d'ammoniaque par un acide dans un appareil en verre très-épais et hermétiquement fermé , que M. Faraday est parvenu à ce résultat ; mais on l'obtient encore par le moyen d'une pompe foulante capable de produire une pression de trente-six atmosphères. Ces expériences sont extrêmement dangereuses , parce ([ue les parois des vases dans lesquels on les fait ne présentent presque jamais une i-ésislance assez grande à la force expansive du gaz et qu'elles se brisent le plus souvent. On n'a pas pu le liquéfier par un abaissement de température. Toutefois , ramené à l état liquide , il est très-lluide , incolore , transparent , réfractant moins la lumière que ne le fait l'eau. Il se réduit instantanément en gaz aussitôt que la pression vient à être diminuée. On est étonné de la puissance de la vapeur ; que serait-ce si l'on se servait du gaz acide carbonique liquéfié pour mettre en mouvement des machines ou des voilures! la vitesse de ces dernières deviendrait presque incalculable.

Il est dans la nature une foule de phénomènes qui sont dus à la présence de l'acide carbonique. Toutes les fermentations alchooliques dégagent ce gaz. C'est h sa présence qu'il faut attribuer le pétillement du vin de Champagne , du cidre , de la bière. C'est ce gaz qui se proiluit dans les cuves de vin en fermentalion et qui donne souvent lieu aux phénomènes do l'asphyxie. En un mot, toutes les fois qu'une matière végétale liquide contient du sucre et qu'elle entre en fermentation , l'acide carbonique s'en dé gage.

Le gaz acide carbonicpie a été long-temps regardé comme un gaz impropre à la respiration , mais non délétère. Ny.sien , qui s'est beaucoup occupé de l'action des gaz sur l'i-conomie animale , tout en énonçant ce fait que l'acide carbonique asphyxie au bout de (pielques minutes les animaux qui le l espircnt; tout en faisant remarquer ((ue c'est un accident commun chez les brasseurs ou chez les vignerons qui s'exposent à la vapeur des cuves en fermentation , ou bien encore chez les personnes qui ilescendent dans les cavités souterraines qui le dégagent spontanément, tout en n.'commandant de prendre les plus grandes précautions pour s'en garantir, ne le range cependant pas parmi les gaz délétères. Il en donne la preuve dans les expériences que nous allons citer.

Legazacide carbonique, dit-il, peut, en raison de sa solubilité, être injecté en grande qviantité dans le système veineux des animaux sans suspendre la circulation : il n'agit p;is primitivement sur le cerveau, et lorsqu'on en injecte beaucoup plus que le sang de rorcillctte et du ventricule pulmonaire no peut en dissoudre , il détermine alors la distension de ces parties et la mort. Il faut , pour faire périr de cette manière un chien de moyenne taille , injecter h la fois cent a cent vingt centimètres cubes de gaz, et faire un certain nombre de ces injections. Si l'on fait cesser la distension du cœur dès que l'animal ne donne plus signe de vie, en ouvrant rapidement une grosse veine , on le rappelle h la vie; ce qniprom-e éuidemmenl que le goz aci</e carbonique n'agit ici que dune manière purement mécanique.

Si l'on fait les injections avec ménagement et de manière à éviter la dislensio du cœur , on peut injecter jusqu'à mille centimètres cubes et plus de gaz acid carbonique , par quantité de cinquante centimètres cubes, sans donner lieu aucun accident primilif grave ; et il ne résulte même de la présence d'une aus grande dose d'acide dans le sang d'autre phénomène consécutif notable qu'un faiblesse musculaire qui cesse au bout de quelques jours.

Les injections de gaz acide carbonique dans le système veineux influent d'un manière marquée sur la coloration du sang , qui prend momentanément un( coideur brune.

Le gaz acide carbonique peut être injecté en petite quantité dans l'artèri carotide des animaux vivans, sans produire aucun elfet sensible sur les fonction cérébrales ;mais si l'on injecte à la fois une quantité considérable de ce gaz, oi détermine l'apoplexie et la mort.

Ces expériences , prises isolément, ne laissaient aucun doute sur l'innocuili de l'acide carboni(|ue ; mais rapprochées des asphyxies nombreuses survenue» pour avoir respiré pendant quelques instans le gaz qui s'échappe des cuves ei fermentation, elles devaient faire penser à beaucoup de physiologistes qu'ellei nécessitaient de nouvelles recherches, surtout lorsqu'on songeait que c'est l'u» des gaz de l'asphyxie par le charbon , et qu'il n'est pas douteux que les gaz pro; venant de la combustion du cliarbon ne soient délétères.

M. CoUard de Marligny a fait depuis une expérience qui nous paraît devoii meltre hors de doute les qualités délétères del'acitle carbonique. 11 a placé toui son corps dans un atmosphère de ce gaz qui se dégageait d'une cuve eu feu mentalion , en s'enveloppant d'un drap disposé en sac communiquant avec i< cuve , et il a continué à respirer de l'air à l'aide d'un tuyau adapté à sa bouche: tuyau qui se rendait dans l'air extérieur de la pièce où il était siliié. A pemi dix minutes étaient-elles écoulées qu'il a ressenti tous les symptômes de l'as phyxie par le charbon, et l'état syncopal dans lequel il allait tomber l'a forc^ de se faire retirer immédiatement du cellier où il se trouvait. L'absorptioi d'une quantité assez petite de gaz par la peau a donc suffi pour produire cettJ action délétère ; et c'est d'après cette expérience , qui nous paraît concluante que nous n'avons pas hésité à ranger l'acide carbonique parmi les gaz délétères ( f^oj'ez Gaz provenans delà combustion du charbon ).

L'action que le gaz acide carbonique exerce sur les qualités du sang a engagd plusieurs physiologistes à conseiller ce moyen comme agent thérapeutique dan quelques maladies inflammatoires. Je ne sache pas qu'aucun essai de ce genr ait été fait , et je ne le conseillerais pas sans employer les plus grandes pré cautions ; d ailleurs je le crois de peu d'utilité , surtout lorsqu'on réfléchit qu dans toutes les inflammations en général le sang veineux est d'un noir plu foncé que dans l'état naturel. Je sais bien que dans les asphyxies par le charbon ce liqLiide conserve plus long-lemps sa fluidité et c|ue cet effet ne peut être dû l'acide carboni([ue, mais il n'a rien de certain à cet égard ; car dans l'aspliyxi par submersion, la fluidité du sang est extrême, et cependant l'aspiration d cide carbonique est nulle : en résumé, la carrière du raisonnement nous élan seule ouverte pour donner quelques conseils à ce sujet , nous préférons nou abstenir et attendre que des tentatives dirigées par des hommas habiles puis sent nous permettre de nous étayer de l'expérience.

On est entré dans ce Dictionnaire ( voj ez ci-dessus au mot Chlore ) , dan des détails chimiques cjui restreignent cet article aux faits suivans. L chlore est un des gaz que l'on peut liquéfier soit par une compression forte soit par un abaissement de température. Ses caractères essentiels sont d'êtr coloré en vert , d'avoir une odeur suflocante, provoquant la toux et l'éterniie ment, de décolorer les matières colorantes végétales et par conséquent l'infusioi de tournesol ; de s'unir à l'hydrogène ii toute température, pourvu qu'il ait contact de la lumière diffuse, et de former del'acidc bydrochloriijue sans résidi d aucun gaz , si le mélange a été lait h volumes égaux.

Le chlore pur asphyxie les animaux en quelques instans. Injecté dans système veineux, il amène la mort très-promptement par l'irritation violent qu'il produit sur les parois du cœur. Si on l'introduit dans la plèvre du chien il en résulte des douleurs atroces, suivies d'une inflammation avec épanche ment de sérosité sanguinolente. Respiré, lorsqu'il est mêlé à l'air, il peut suivant les proportions du mélange, provoquer seulement la toux, suivie d'ui enrouement qui persiste pendant quelques jours, ou bien le crachement même 1 hémoptysie qu'une aphonie ou une phlegmasie de la trachée et de bronches ou même une pneumonie terminent. 11 est donc essentiellement ga excitant.

Si l'on était appelé à donner des secours à un individu placé sous l influenc du chlore, il faudrait lui faire respirer de l'ammoniaque (r)ojez ce que nou avons dit à l'égard de ce gaz); mais il serait nécessaire de ne l'employer qu'ave beaucoup de ménagement, parce qu'il est irritant par lui-même.

Chlore (gaz protoxide), combinaison de deux volumes de chlore et d'un vo lume d'oxigène, ou en poids de 100 parties de chlore et de 22,22 d'oxigèn Obtenu pour la première fois par Davy, et désigné d'abord sons les noms d'eu clilorine et de gaz aciile muriatique suroxigéné, il a toujours été extrait d chlorate tle potasse eu le décomposant à la température ordinaire par l'acid hydrochlorique; mais comme, dans cette opération, on l'obtient mêlé d chlore, il faut, pour le purifier, le meltre pendant quelque temps en contac avec du mercure qui s'emp ire du chlore sans loucher au protoxide. Ce gaz es d'un vert plus jaune que le chlore, il a une odeur qui lient h la fois et du suer brûlé et du chlore; il ne décolore la teinture de tournesol qu'après l'avoi rougie; il détonne à une température tellement basse que la chaleur seule d la main suffit quelquefois poui' produire ce phénomène. Ces caractères seraicr

GAZ

GAZ

déjà siiflîsans pour le distinguer du chlore gazeux ; il en est un qui, en démontrant sa composition, l'en isole cntifrement. Si l'on combine l'iiydrogcne avec ie protoxide de chlore, on obtient de l'eau et de l'acide hydrochlorique, tandis l-jue le clilore ne donne que de l'acide hydrochlorique. Cette expérience ne peut être faite que dans un eudiomètre.

On n'a pas fait d'expériences propres à établir quelle peut être l'action délétère du protoxide chlore; mais ses qualités physiques, sa composition , et l'impression stimulante qu'il détermine quand on en inspire quelques portions , tendent à faire croire que cette action est à peu près la même que celle du chlore.

Deutoxicle de chlore (gaz). C'est aussi du chlorate de potasse que l'on extrait ce gaz, en traitant ce sel par l'acide sulfurique, mais en agissant à une tempéirature très-basse et avec des proportions très-petites de chlorate, à cause de [l'explosion qui pourrait être la suite de son mélange avec l'acide sulfurique. Il se forme du sulfate de potasse et du chlorate oxigéné de potasse, j Ce gaz est jaune verdâtre, d une odeur qui a quelque chose d'aromatique, ^qui tient beaucoup moins du chlore que celle du protoxide de chlore, d'une faveur forte; il dcfoniieet il devient lumineux par la chaleur comme le protoxide, îeulement il faut que la chaleur soit forte. Il forme de l'eau et de l'acide hydrojphlorique en se combinant avec l'hydrogène, ce qui le distingue du chloie. II lie dilTcrencie du protoxide de chloie eu ce que, tandis que ce dernier gaz dé- :erraino la combustion du phosphore et du soufre à froid, le deutoxide de chlore

I'bepeut pas produire la combustion du soufre. Il est probable qu'il exerce sur l'économie une action qui se rapproche de ,:elle du chlore, mais il n'y a à cet égard aucune expérience directe connue. !j Cyanogène (ç^di). Ce gaz n'est connu que depuis 1814. Son nom vient de p«v«;, qui veut dire bleu, et de yn-jo/j-ai, j'engendre. C'est en elTet l'élément inilispensable à la formation du bleu de Prusse; sa découveite est due à M. Gay- Lussac. On se le procure en chaufl'ant du cyanure de mercure dans un appareil :'os. Le cyanogène se dégage, et le mercure, après avoir été en partie volatilisé, ,'ient se condenser dans le col de la cornue employée à l'opération. C'est touours avec une cuve à mercure qu'il faut faire celte opération, à cause de la solubilité du cyanogène dans l'eau. Il faut aussi se servir de cyanure de mercure |rès-sec, sans cela on obtient, outre le cyanogène, de l'acide hydrocyanique et (le l'acide carbonique.

î Les caractères qui le distinguent des autres gaz sont d'être incolores, d'avoir ne odeur vive, pénétrante, qui détermine sur les fosses nasales un sentiment e picotement , et qui affecte les yeux d'une manière particulière. Il est presque leux fois plus pesant que l'air , s'enflamme à l'approche d'un corps en combusjon , et brûle avec une flamme bleue mêlée d'une couleur purpurine II est oluble dans l'eau et surtout dans l'alcool. 11 ne peut supporter une pression de rois à quatre atmosphères sans se liquéfier. Il eu est de même d'un abaissement de température un peu considérable qui le transforme en un liquide inolore fluide à au dessous de zéro, et un peu moins pesant que l'eau.

L'action du cyanogène sur l'économie animale est inconnue. On est porté à »enser que ce gaz doit être délétère , par cette circonstance que tous les composés qui en dérivent jouissent en général de propriétés énergiques. ' Hjrdrogène arsénié (^Az), hydrogène arseiiiqué. Ce corps est le produit de ,3 réaction de l'acide hydrochlorique sur un alliage pulvérisé d'étain et d'arse- |iic; il suffit d'élever la température du mélange pour obtenir le gaz. Il se forme lu chlorure d'étain et de l'hydrogène arseniqué. M. Sérullas préfère le procédé uivant. On se procure un alliage d arsenic , de potassium et d'antimoine , en ihauffant ensemble une partie d'arsenic, deux parties de crème de tartre et leux parties d'antimoine métallique; on met cet alliage dans l'eau , et 1 hydrogène arsenic se dégage.

C'est un gaz incolore , d'une odeur infecte, qui se rapproche un peu de îelle de l'ail , mais qu'il est impossible de supporter long-temps. Il s'enflamme I l'approche d'un corps en combustion, brûle avec une flamme blanche, épaisse, ;l laisse sur les parois du vase une couche d'un noir foncé d'hydrure d'arsenic, Kil se dégage une fumée blanche d'acide arsenieux. Le chlore et le soufre le lécomposent. Le premier de ces gaz agit avec une telle intensité qu'il se dégage le la lumière, et les deux corps se transforment en acide hydrochlori(|ue et eu ;hlorure d'arsenic. Son odeur et sa combustion en constituent les caractères essentiels.

C'est de tous les gaz le plus délétère. La vapeur d'acide hydrocyanique tue ilus prompfement que lui, mais même quantité d'hydrogène assenié serait beut-être plus dangereux. Il suffit de retracer la fin de Gelden , professeur de 'académie de Munich , pour donner une idée frappante de son action. Gehlen Hait occupé à préparer ce gaz , et cherchait h juger par l'odeur le moment où jl se dégageait du tube, lorsqu'une heure après il fut pris de vomissemens , de céphalalgie, d'une faiblesse générale qui ne firent qu'augmenter jusqu'au neupeme jour, époque à laquelle il expira après a\ oir été en proie à des angoisses H à des convulsions horribles. Le gaz avait donc agi par absorption , et sa Quantité avait été infiniment petite. Du reste, on s'en explique facilement les iîffets; parmi les préparations arsenicales , comme en général par toute sorte jl empoisonnement métallique , celles où la substance vénéneuse se trouve dans Im état de division plus grande est la ])lus meurtrière, or, l'état gazeux est celui Ijui possède à un plus haut degré celle condition.

1 Mjdrogène carboné (gaz de l'éclairage). Aucune narration de cas d'axpliyxie Jour le gaz qui sert à l'éclairage n'a été faite, je crois , avant ce que nous avons oublié dans les Jnnales dliygiène et de Médecine Légale ; il y a plus, les méJepouvaient être autorisés à regarder l'hydrogène percarbonné comme un

DiCT. DE MÉDCCINE ET DE ClIllURCIF. PP..VTI',)I'E5.

gaz inerte, d'après ce qu'en avait publié Nysten , qui le regardait seulement comme impropre à la respiration. Le hasard nous a fourni l'occasion de vérifier l'inexactitude de cette assertion, et nous croyons devoir reproduire ici les principaux faits que nous avons fait connaître alors, afin que l'on puisse y ajouter de nouvelles observations qui infirment ou confirment celles que nous avons recueillies.

Le charbon de terre ou les huiles sont les matières premières avec lesquelles on prépare le gaz de l'éclairage. C'est toujours le charbon cle terre le plus pur que l'on choisit de préférence, parce que les frais de transjiort sont les mêmes ; qu'ils donnent une plus grande quantité de gaz , et que l'on a intérêt à renouveler, le moins souvent possible, la charge des cornes qui servent à la distillation. A Paris, quekjues usines se servent des huiles, et particulièrement de celles qui proviennent de la distillation des os, dans les fabriques de noir d'ivoire; mais elles ne sont le plus souvent employées qu'en hiver. En effet, elles donnent un gaz qui exige, pour être brûlé , un temps plus long ou qui produit très-probablement beaucoup plus de lumière. Ainsi , tandis que , pour éclairer pendant une heure, un bee ordinaire consomme trois pieds à trois pieds et demi cube de gaz provenant de la houille , le même bee , dans le même temps', ne bri'ile qu'an pied et demi cube du gaz résultant de la décomposition de 1 huile. En hiver, où quelques usines ont peine h suffire à la consommation, on prépare les deux gaz à la fois, et on les fait arriver dans le même gazomètre , où le mélange s'en opère. L'usine royale fournit, par exemple, quatre-vingts à quatrevingt-dix mille pieds cubes de gaz par jour , et l'on est obligé d'opérer la distillation pendant vingt-quatre heures pouf suffire à huit heures d'éclairage. A dater du l^r avril de chaque année, on ne se sert jdus que du gaz extrait de la houille, le temps de l'éclairage diminuant beaucoup.

Le gaz de la houille, autrement nommé gaz light , avant d'être purifié, contient lieaucoup de gaz hydrogène deutocarboué, du gaz hydrogène, de l'oxide de carbone , de l'azote , de l'acide hydro-sulfurique et de l'acide carbonique , libres ou combinés avec de l'ammoniaque, du sous-carbonate d'ammoniaque, du carbure de soufre, et, suivant Dalton, de l'hydrogène quadri-carbouné, que fournissent même les houilles les plus propres à l'éclairage ; enfin une quantité variable d'huile entraînée par le gaz. Quelques chimistes mettent en doute l'existence de l'acide hydrosulfurique et île I hydrosulfale d'ammoniaque : fait bien important pour le cas dont il s'agit. Cependant Payen assure que si l'on expose un papier imprégné de sous-acétate de plomb h l'action du gaz, il devient noir en quelques instans. Néanmoins il est démontré que la quantité de ces deux substances est bien faible en proportion de celle de l'ydrogène deutocarboué.

Purifié |)ar la chaux solide ou par la chaux en dissolution dans l'eau , le gaz provenant de la houille est composé d'ydrogène deuto et quadricarboné , d'ii^^drogène, d'oxide de carbone , d'azote , de carbure de soufre, d huile et d'une quantité Irès-faiblc d'acide carbonique et d'acide hydrosulfurique, libres ou combinés avec l'ammoniaque. Le carbure de soufre est peut-être la substance dont on puisse le débarrasser moins facilement : aussi , suivant que les houilles employées à sa confection contiennent plus ou moins de sulfure de fer, le gaz qui brûle donne dans les boutiques une odeur d'acide sulfureux plus on moins forte ; ce que beaucoup de personnes ont pu constater.

Mêlé à cinquante fois son volume d'air , le gaz light répand une odeur désagréable , due à l'huile qu'il tient en suspension ; en sorte qu'une fuite de gaz peut être facilement reconnue à l'odorat. Le gaz détonne aussitôt qu'il constitue la onzième partie de l'air dans lequel on met un corps en combustion.

Nous croyons que ces données suffisent pour bien faire comprendre les phénomènes physiques et chimiques de l'asphyxie par ce gaz.

Dans toutes les usines où l'on prépare le gaz à éclairage, un conduit principal part du gazomètre ( sorte de cloche renversée d'une dimension énorme et plongeant dans l'eau par sa partie inférieure, ainsi que cela a lieu dans les cuves hydro-pneumatiques ) , et se rend en se ramifiant dans les divers quartiers des villes ; un des tuyaux principaux longe les boutiques , et c'est à ce tuyau qu'est ajusté un petit conduit latéral qui pénètre dans chaque magasin. Deux robinets doivent être ajustés sur ce petit tuyau ; l'un en dehors, l'autre en dedans du magasin, de manière h ce que le vendeur et le consommateur puissent à volonté fermer l'arrivée principale du gaz; mais dans quelques usines on place seulement un robinet en dehors de la maison; il en résulte que la surveillance du consommateur est obligée de s'exercer sur tous les becs qui éclairent sa boutique, et qu'il se trouve exposé de cette manière à une fuite de gaz , pour peu qu'il ralentisse sa surveillance. C'est par le fait d'une disposition de ce genre que sont survenus les accidens que je vais décrire et retracer avec détails, afin que le lecteur soit plus à même d'apprécier quels peuvent être les effets de ce gaz composé.

Le 13 avril 1830 , entre onze heures et minuit , M. Despagnol , marchand de nouveautés, rue de Bussy, à Paris, sentit dans ses magasins une odeur forte de gaz ; il visite , avec le sieur Leroy , commis , les divers robinets des tuyaux conducteurs de l'intérieur , ils étaient bien fermés. Sur l'observation qu'on lui fit, qu'une pareille odeur se faisait sentir légèrement chaque soir et immédiatement après que les becs étaient éteints, il ne porte pas plus loin son attention, seulement il a la précaution d'ouvrir une porte du rez de-chaussée et une fenêtre au second étage ; puis il les ferme après un certain laps de temps. Vers minuit moins un quart il se couche : M. Mauté, commis , s'était couché h di^t heures et demi , au premier étage , M. Augé , à la même heure, au second , et lorsque MM. Despagnol et Leroy faisaient l'examen des robinets , déjà Bou^.

GAZ

( îlOG )

GAZ

lolte, garçon de magasin , était couché au rez-cle-cliaussée , et M. Fontenot , autre commis , au second ; c'est au même étage que Leroy passa la nuit.

Vers deux heures et demie du matin, Bourotle se réveille tout étourdi et suffoqué par une odeur forte de gaz : il entend Mauté qui poussait des cris plainlifs ; il l'appelle trois fois sans obtenir de réponse ; enfin il n'entend bientôt plus ni plaintes ni gémissemens. Il se lève . monte au premier , trouve Mauté sans connaissance, ayant de l écume à la bouche. Il le prend, le met sur son séant, et aussitôt quelques vomissemens ont lieu; ils étaient accompagnés (le moui'emens com'ulsifs et d'une raideur telle que, ne pouvant plus le soutenir dans ses bras , il le laisse pour aller au second éveiller les personnes qui s'y trouvaient couchées. M. Augé put seul répondre h son appel , se lever et descendre ; mais , sur le point d'aider Bourotle à transporter le jeune Mauté près la porte du rez-de chaussée, il tomba sans connaissance auprès de son lit. Alors Brouette éveille M. Despagnol , et ouvre toutes les portes et les fenêtres. En ce moment M. Mauté éprouvait des coin'ulsions époufenlables.

Le D'' Moulin, appelé immédiatement , dirigea ses soins sur M. Maulé , le plus malade. Il le trouva ne donnant aucun signe de connaissance , ofl'rant tous les caractères d'une forte congestion cérébrale, ayant de l'écume à la bouche, la respiration slertoreuse, la face fortement injectée, les pupilles dilatées. Il essaie de le saigner : cinq piqûres au bras ne donnent issue qu'à une quantité de sang infiniment petite : il lui applique alors vingt-cinq sangsues de chaque côté du cou ; elles se remplissent avec rapidité et au fur et à mesure qu'elles augmentent île volume les saignées donnent plus de sang. Au bout de quelque temps M. Mauté rcj)ris connaissance et se plaignit de ce qu'on était venu l'éveiller trop tôt; sa respiration était toujours extrêmement difiicile. Ce fut les seules paroles qu'il proféra. Son état resta slationnaire pendant quelque temps. Il eut encore des vomissemens entre cinq et sept heures du matin , et à huit heures il avait succombé.

A la voix de Bourotte , qui , à deux heures du matin , appelait du secours , M. Fontenot s'était éveillé ; il avait entendu crier : On se meurt! Il commença à exécuter des mouvemens désordonnés dans le but de sortir de son lit, se mit ensuite à pleurer , puis retomba sur son oreiller et perdit connaissance.

M. Leroy n'avait rien entendu ; il ne sortit de son évanouissement qu'après avoir été stimulé par plusieurs personnes qui lui faisaient respirer de l'eau de Cologne. Enfin Bourotte, qui avait été le moins influencé par le gaz, put aider M. Despagnol à ouvrir plusieurs fenêtres du second et du premier étage ; mais ;iprès avoir retiré la barre qui fermait la porte du rez-de-chaussée, ses forces l'abandonnèrent; il tomba à terre , se releva après quelques instans , et se traîna dans sa chambre au quatrième avec beaucoup de peine.

MM. Augé , Fontenot, Leroy et Bourotte furent saignés très-largement; ils reprirent peu à peu l'usage de leurs sens , et à di.t heures du matin ils ne con- .«iervaient plus qu'une tendance à l'assoupissement, avec une grande lassitude. Des lavemens purgatifs administrés à chacun d'eux déterminèrent des évacuations alvines abondantes et amenèrent une amélioration très-prononcée; on y j^oignit des bains de pieds sinapisés, des tisanes et des potions anodines et calmantes , et deux jours après l'accident ils étaient presque complètement guéris.

On peut établir que les personnes qui se sont couchées les premières, et qui étaient plus jeunes, ont été plus malades. Il pourra paraître surprenant que le garçon de magasin , couché au rez-de-chaussèe, là où la fuite du gaz avait eu lieu, ait cependant été le moins incommodé ; mais il est probable qu'il faut attribuer ce résultat : 1° à ce qu'avant de se coucher M. Despagnol avait ouvert pendant quelque temps une porte au rez-de-chaussée; 2° à ce que le gaz hydrogène percarboné est un peu plus léger que l'air; 3» que ce garçon de magasin était le plus âgé (quarante-trois ans).

L'ouverture du corps du jeune Mauté, faite trente heures après sa mort, nous a fourni les résultats suivans ■. il existe déjà des traces de putréfaction (avril) ; une plaque verte se fait remarquer à la région iliaque droite de l'abdomen ; le cadavre couché sur le dos a les membres supérieurs dcmi-fléchis , les membres inférieurs étendus, et rien n'indique que des convulsions aient accompagné ses derniers momens. Les doigts et la dorsale de la main gauche sont gonflés; ils ofl'rent une teinte violacée, lie devin, qui contraste singulièrement avec la teinte générale tie la peau dont la pâleur est très-prononcée , excepté au coté droit, et surtout en avant de la poitrine, de l'abdomen, de l'aine droite et de la partie supéiieure et antérieure de la cuisse droite, partici qui offrent une teinte légèi ornent violacée. Le tissu cellulaire de la main gauche est gorgé d'un sang noir, épais , qui s'écoule avec peine des incisions qu'on y pratique. Le derme de la peau des parties latérales droites du tronc i-5t fortement injecté. Un peu de sang est sorti par l'ouverture du canal de l'urètre.

La face est pâle, non tuméfiée, les lèvres décolorées et minces, les yeux Icrnes, les pupilles Irès-dilatées. Le cuir chevelu est gorgé de sang, surtout eu arrière. Tous les vaisseaux qui unissent la dure-mère aux os laissent écouler du sang après l'ablation de la culotte osseuse. Ceux de rarachnoidc sont trèsgorgés , surtout en arrière; en sorte que toute la surface du cerveau est lubrifiée de sang. La substance cérébrale est très piquetée ; les ventricules cérébraux ne contiennent que très-peu de sérosité.

Les poumons sont peu volumineux : le gauche est uni à la plèvre par quelques adhérences anciennes; sa couleur est blafarde dans le tiers antérieur de sa lace externe, cl légèrement violette dans les deux tiers postérieurs. 11 n'offre pas I a..pect ordinaire des poumons des personnes qui ont succombe à l'asphyxie par le charbon.

Le poumon droit pré>enlc sur presque toute sa surface une couleur violacée,

If

iiwii

iiijleii

itiiie, «m a

^ Ji, si I

feut-oi

Jtark liû/ai

ElIllIC!

ili|iejoi lnniin

sliiie à

al

qui contraste avec celle du poumon gauche. Le tissu cellulaire qui réunit les lobules pulmonaires est emphysémateux à la partie antérieure de ces organes. Aussi aperçoit-on très-distinctement un assez grand nombre de vésicules qui soulèvent la plèvre pulmonaire. Le tissu du poumon gauche est peu injecté et peu crépitant; celui du poumon droit est généralement rouge, gorgé de sang, principalement dans son lobe inférieur. Lorsqu'on le comprime , il laisse syinter beaucoup d'écume.

La trachée-artère vue extérieurement est blanche ; la membrane muqueuse qui revêt la base de la langue , l épiglolte et les cartilages du larynx , est blanche. Dans la cavité du larynx de la trachée-artère et dans le commencement des bronches, se trouve une quantité notable d écume d'un rouge sale; il en sort en abondance, en exprimant le tissu du poumon droit.

Dans la bronche droite existe un haricot de volume ordinaire. 11 est entier, Ji cuit , et provient très-probablement de l'estomac. La membrane muqueuse de la trachée ne présente d'injection qu'à partir de la division des bronches.

Le péricarde contient très-peu de sérosité limpide. Le cœur est un peu plus volumineux que ne semble le comporter l'âge du sujet (dix huit ans). Il est très-peu gorgé de sang, ainsi que les vaisseau.x qui s'y rendent. Le ventricule droit en renferme cependant plus que le gauche. Ce sang est enlièremenl coiigidê , dense, très-consistant ; en comprimant la veine-cave inféA-ieure il s'échappe sous la forme d'un cylindre.

Les intestins sont distendus par du gaz. Leur surface extérieure présente unei teinte rougeàtre , qui est due à l'injection d'un grand nombre de vaisseausi capillaires. Ils ne présentent à l'intérieur rien de remarquable. Les parois de l'estomac sont affaissées. On trouve dans ces organes quelques débris de haricots cuits et un liquide épais qui , pour lu couleur et la consistance , a de l'analogie avec celui qui formait l'écume de la trachée. (Le jeune Mauté avait mangé à son souper du gigot aux haricots. )

Le foie a totalement changé de couleur ; sa surface externe est d'un vert ardoisé; son tissu, plus dense que dans l'état ordinaire , offre l'aspect de lal terre d'Egypte. Les autres organes sont dans l'état naturel.

Les symptômes offerts par les malades et les altérations que l'ouverture du cadavre a fait connaître , démontrent évidemment une action délétère spéciale. Il s'agit de rechercher quel est , dans le gaz composé de l'éclairage, celui quilel k\m possède. Le gaz-lighl étant presque exclusivement formé d'hydrogène deutocar-i Lonc , il est naturel d'attribuer cette action à ce dernier. Or les expériences tentées sur les animaux avec ce gaz sont loin de le faire regarder comme délétère. 'Voici comment Nyslen s'exprime à so)i sujet :

« Il asphyxie les animaux à peu près dans le même temps et de la mêmet manière que le gaz hydrogène et l'azote. Il peut être injecté dan? les veines sans) déterminer d'accidens primitifs graves; il n'occasione la mort que lorsqu'il est^ injecté en quantité suffisante pour distendre le cœur pulmonaire et arrêter ainsi la circulation.

« J'ai injecté en neuf fois dans l'esiiace de trente minutes, quatre cent centimètres cubes de ce gaz dans la veine jugulaire d'un chien assez fort. Le tronc s'est renversé un instant en arrière, comme dans l'opisthotonos, et le pouls s'est! arrêté. Mais la circulation s'est promptement rétablie ; il n'est survenu aucune autre symptôme grave; et dans l'espace des trois jours qui ont suivi l'expé-i rience , l'animal n'a présenté aucun accident consécutif et paraissait aussi biea: portant qu'auparavant.

» Le gaz hydrogène percarboné, injecté dans le système veineux, donne momentanément une couleur foncée au sang artériel. »

D'après ces faits , Nysten a placé l'ydrogène deutoearboné au nombre des gazi qui ne nuisent à la respiration que parce qu'ils ne sont pas respirables ou propres à l'entretien de la vie, et non parmi les gaz délétères. Ils prouvent combien' les expériences sur les animaux peuvent quelquefois induire en erreur. Car à côté de l'hydrogène carboné se trouve placé par Nysten le gaz acide carbonique, que nous avons démontré être encore uu gaz délétère, exerçant sur l'économie* «lapu une action spéciale. Voici les principales considérations qui nous engagent à regarder l'hydrogtne carboné comme un gaz délétère, l" Cinq personnes soumises à son action sont toutes cinq malades et éprouvent des accidens analogues : un abattement général , une faiblesse très-marquée et un état comateux sont les symptômes doininans ; 2" l'une d'elles succombe , et le sang offre une coagulation toute particulière; altération que ne détermine pas , par exemple, l'acide carbonique, la vapeur du charbon. Dans ce dernier cas , le sang est trèsépais , mais il est très-rarement coagulé : il s'écoule lentement à l'ouverture du ventricule droit du cœur et des principaux vaisseaux , mais il ne s'y trouve jamais sous la forme d'un caillot d'un noir de jais et très-dense ; 3" la couleur du | foie a totalement changé; sa teinte rougeàtre est devenue celle d'une terre^ argileuse foncée, analogue à la couleur que donne la terre d'Egypte. Cette 1 coloration n'était pas superficielle ; elle aff'eclait la totalité de la substance du^j Ibie ; 4° les caractères de la mort par asphyxie s'observent à la main gauche et sur tout le côté droit du tronc ; cepend;uit le poumon , dans la bronche duquel ji il n'y avait pas de corps étrangers, n'est pas gorgé de sang ; loin de présenter! la teinte violacée qui s'observe presque toujours dans les asphyxies par le charbon, il est blafard; 5» le cerveaii paraît être le siège d'une congestion cérébrale plus marquée.

Ces diverses circonstances nous portent à penser que l'hydrogène carboné exerce sur l'économie une action spéciale ; qu'il modifie peut-être la nature dii sang, et qu'il agit principalement sur le cerveau et sur le foie; qu'il est délétère j pour l'homme, même quand il constitue moins d'un douzième de l'atmosphère : car une lampe est restée allumée pendant toute la nuit dans les magasins durez-

nii

(8,tl(l(

ilil i'asi maii ut et lia soflije «liie,. Cl feue, leaUtili lus ■ffltit, iimii.

iiéltrt illidiifii nktm h al ejf

mii

Page 1