‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 49 sur 311 · GENIÈVRE · texte numérisé non relu

GENIÈVRE

gomme. Lorsqu'oM l.i donne dans un véhicule abondant, comme dans la tiisane connue sous le nom d'eau de veau ou de poulet , elle passe inaperçue; et la jboisson purement aqueuse qui en résulte est destinée aux malades qui n'ont ))as [assez de raison pour boire de l'eau seule. Quand la solution est plus chargée , qu'elle est administrée chaude et en abondance, surtout quand on y ajoute de l'oseille ou quelque dose de sel neutre , elle agit comme la,\ative et peut être employée avec succès dans les cas où cette médication est nécessaire.

Mais il ne faut pas perdre de vue, dans l'emploi de la gélatine, sa disposition à l'acescence et à la l'ermentation putride. La plupart des malades dont l'estoraac est affecté, surtout chrouiquement, supportent mal les boissons gélatineuses. Elles leur pèsent et souvent sont rejetées, converties en grande proportion en acide acétique. Il est d'ailleurs à observer que les préparations gélatineuses se font généralement mal: qu'on ne débarrasse pas suffisamment les bouillons de fa graisse et autres substances étrangères à celle qu'on a en vue d'administrer. La meilleure manière, à mon avis, lorsqu'on a l'intention d'employer la gélatine, c'est de donner une dissolution plus ou moins chargée de gélatine parfaitement pure , comme est la colle de poisson. On a tout-^i-fait renoncé à la Velée de corne de cerf, aux tablettes d Hockiack , et autres substances dont la ,'élatine fait la base et qu'on se procurait à grands frais, depuis que la chimie moderne a démontré le peu de fondement de la préférence qu'on leur accor-

A l'extérieur , la gélatine est aussi usitée comme adoucissante, émollicnte , telâchante , etc. Les bains préparés avec l'eau de tripes , de fraise de veau , ou ;a solution plus ou moins concentrée de gélatine, sont avantageux; les premiers , outre la gélatine , contiennent une certaine proportion de graisse qui joute à leur eflicacité ; mais c'est une erreur de leur attribuer des propriétés joutes spéciales et qui ne puissent se retrouver ailleurs. Il est à peine nécestaire de dire dans quelles circontances ces sortes de bains peuvent être utilement employés , de même que les lavemens formés avec les liquides gélatineux et graisseux dont nous venons de parler.

i L'addition de la gélatine aux bains sulfureux artificiels, dans l'intention imiter l'eau de Barréges, est une de ces innovations que soutient l'autorité un grand nom, et dont l'utilité est au moins contestable. L'imitation est fort nparfaitc si l'on a eu l'intention d'imiter l'eau de Barréges ; dans l'autre cas, invention est malheureuse, car on veut un bain adoucissant ou un bain sliiul:int, et alors l'association de deux substances dont les effets se détruisent Rituellement, ne saurait être consiilérée comme logique. Un des usages externe* de la gélatine est la fabrication du taffetas d'Angle- 'i re , espèce de sparadrap adhésif employé pour réunir des plaies superûilIIcs. On étend avec un pinceau , sur du taiïetas , deux ou trois couches d'une ilution gélatineuse un peu épaisse et aromatisée d'ordinaire avec le baume de 'olu. ' Kous terminerons cet article par l'examen des propriétés fébrifuges de la ;llatine , qui a été vantée comme un moyen miraculeux dans le traitement des ièvres d'accès , comme étant le véritable principe actif du quinquina; opinion 3ut la chimie moderne a démontré la fausseté. Déplorons celte ridicule manie ' vouloir faire des médicamens de tous les corps de la nature , qui encombre cluimp lie la science d'idées fausses qu'il faut ensuite détruire à grande peine, ■ij'uiu proposait d'employer la gélatine dissoute dans l'eau, à la dose d'une irlie sur quatre , sucrée et aromatisée. Il en donnait de deux gros à une once demie. Mais cette méthode, expérimentée par M. Hallé au nom de l'Institut, it reconnue complètement inefficace contre les fièvres intermittentes qui élaient pas de nature à guérir spontanément au bout de six ou sept accès , et les marchands de fébrifuges ne manquent jamais de choisir pour leurs .périences démonstratives. Néanmoins il se trouva des médecins qui applaulent à l'emploi de ce moyen et qui fournirent des observations à l'appui ; car p faveur de quoi u'a-t-on pas fourni des observations ! Malgré cela, la gélatine, limrae fébrifuge , est totalement abandonnée , comme elle méritait de l'être.

^ ( F. Ratier. )

GELEE, médicament formé principalement de sucre et d'un principe gomeux ou gélatineux , liquide à la température de l'eau bouillante, mais sus- L'ptible de prendre une consistance tremblante en se refroidissant. Les gelées urlicipent des propriétés médicales des substances qui leur servent de base ; nsi , celles préparées avec les os des animaux , et spécialement avec la corne ; cerf râpée, doivent leurs caractères à la gélatine animale, et sont adoucis- ,nles et un peu nourrissantes ; celles de viandes de veau et surtout de bœuf de mouton, contiennent en outre l'osuiazome, principe savoureux qui leur ' bnne une faculté stimulante bien appréciable sur les individus faibles ([\ii en 1 ^ été privés depuis long-temps. La gelée de lichen est adoucissante et légèreént tonique ; celle de mousse de Corse est vermifuge ; celles de groseilles et \ pommes rafraichissantes , celle de coings astringente , etc. Les gelées se préparent généralement avec une décoction concentrée de la jbslance qui en fait la base, .\ laquelle on ajoute une quantité de sucre connable pour la rendre agréable et pour la conserver. Par exemple, Xa, gelée ^cornes de cerf se fait en soumettant à l'ébullition 8 onces de corne de cerf pée dans 4 livres d'eau; ajoutant au décoctum exprimé 4 onces de sucre inc, clarifiant avec un blanc d'œuf et le suc d'un citron , et faisant concenîr de manière à produire 8 onces de gelée. On obtient la gelée de coings et Ile pommes en faisant bouillir ces fruits bien mondés et coupés par moraux dans l'eau pure ( coings 6 livres , eau 10 livres , pommes 6 livres , eau ivres); passant sans expression; ajoutant 4 livres de sucre , clarifiant et fai- ;U cuire en consistance de gelée. La gelée de groseilles se prépare très-bien

en mettant sur le feu , dans une bassine, 15 livres de groseilles égrénces et entièj-es avec 12 livres de sucre concassé , et faisant bouillir jusqu'à ce que le liquide qui résulte de la solution du sucre dans le suc du fruit, se prenne en gelée par le refoidisseraent. On passe alors à travers un tamis de crin et l'on coule la gelée dans les pots. La gelée de lichen et celle de mousse de Corse se font par décoction avec lichen ou mousse de Corse 3 onces , sucre 4 onces , pour 8 onces de gelée ; mais cette dernière a besoin de l'addition d'une certaine quantité de colle de poisson pour prendre la consistance de gelée.

Tels sont en peu de mots les doses et le mode de préparation des gelées les plus usitées. (Guibocht. )

GENIÈVRE, Genévrier : juniperus commuiiis. Toutes les parties de celte plante ont une odeur pénétrante qui vient surtout d une huile volatile qu'on peut facilement extraire par la distillation. Indépendamment de celte huile , les baies du genévrier , qui sont la partie de celte plante où ses principes actifs paraissent le plus concentrés , donnent à l'analyse un extractif et de la résine.

Hygiéniquement , le genévrier a servi et sert encore à plusieurs usages. Ses baies , dans plusieurs pays , sont employées comme condiment : on eu met dans la choucroute. Les Lapons boivent un thé de genièvre, qui est aussi usité en Hollantle et dans diverses contrées marécageuses. Cette boisson préserve, dit-on ,les habitans de ces contrées des fièvres intermittentes et d'auti es affections qui y régnent endémiquement. On obtient par la fermentation des baies un vin de genièvre , et par la distillation de ce vin une liqueur forte qui , sous le nom d'eau-dc-vic de genièvre 1 1 de genévrette , est tort usitée dans plusieurs pays , et particulièrement en Hollande. La fumée des feuilles et surtout des baies du genévrier a été et est encore employée pour purifier l'air. Elle n'exerce aucune action chimique sur lui.

Thérapeutiquemc7it , on a préconisé l'aciion spéciale du genièvre sur l'appareil urinaire, les voies digestives, les membranes muqueuses, la peau, etc., etc., et contre certains cas d'hydropisie , de calculs urinaires, de catarrhe de vessie , de blennorrhagie , de goutte , de rhumatisme , de syphilis , de gale , de variole , de scorbut, de scrofules , d'asthme, de fièvres intermittentes, etc.

La faculté qu'ont les diverses parties du genévrier, et particulièrement ses baies, de provoquer la sécrétion urinaire, est la mieux établie de ses propriétés : admise par tous les auteurs, elle n'est contestée par aucun ; ce qui constitue une notoriété qui vaut presque une vérification expérimentale. Il est moins bien établi qu'après l'usage de ce médicament les urines sentent la violette. Administré à doses trop fortes ou trop prolongées, il détermine , suivant quelques auteurs, une irritation de l'appareil urinaire , qui peut aller jusqu'à l'hématurie.

L'administration des diverses préparations de genièvre produit sur l'estomac une impression qui, dans certains pays et chez certains sujets, contribue à rendre les digestions meilleures, à dissiper les flatulences et à exciter l'appétit. Sur ce point aussi il y a notoriété. Il est inutile de dire que les estomacs qui fonctionneraient mal, parce qu'ils seraient trop irrités ou trop irritables, repousseraient ce moyen.

Quant à ce qu'on a dit de l'action du genièvre sur les membranes muqueuses , qu'il fortifierait, qu'il exciterait à se débarrasser des matières qu'elles sécrètent ; sur la peau , en poussant à la sueur, et sur la matrice, en provoquant les règles, il faudrait, pour l'admettre ou le rejeter, de nouvelles expérimentalions.

On peut, à priori, d'après l'action bien constatée du genièvre comme diurétique et comme excitant, préjuger son utilité dans les hydropisies qu'une sécrétion plus abondante d'urine peut guérir ou améliorer, et ses inconvéniens dans celle où , par suite de l'état de l'estomac , des voies urinaires ou d'autres organes, les excitans ne conviendraient pas. C'est ce que l'expérience d'une multitude d'auteurs parait avoir confirmé. Il conviendrait toutefois qu'aujourd'hui, où l'on spécialise mieux les cas pathologiques et où l'on apporte plus de sévérité dans l'expérimentation, on reprît, pour le vérifier , ce que les anciens ont dit à ce sujet. Toutes les préparations du genièvre, ses cendres v comprises , ont été employées contre I hydropisie.

Ce que les auteurs rapportent sur les autres applications du genièvre au traitement des maladies ne peut avoir aujourd'hui de valeur que comme point de départ pour de nouvelles expériences ; et ainsi l'on peut rechercher si le genièvre pourrait faciliter la sortie de petits calculs , M. Demangeon et d'autres ayant rapporté des observations qui tendraient à le faire croire; s'il peut être utile dans le catarrhe vésical chronique ainsi que dans la blennorrhée , comme le pensait Hecker , qui la traitait avec le rob de genièvre à la dose d'un gros , tous les matins, dans huit onces d'eau; si, dans certains cas de goutte, on pourrait employer avec avantage le genièvre, Matthiole ayant vu en Bohême un grand nombre de goutteux , qui depuis long-temps élaient forcés de garder le lit , guéris promptement par des bains avec une décoction de bois de genièvre ; si l'infusion des baies aurait, dans certains rhumatismes chroniques, l'efficacité que quelques auteurs lui attribuent ; si , comme Musa, Brassavole, Jean de Léon et d'autres l'ont avancé , le bois du genévrier, ses baies et ses sommités, auraient contre la syphilis une action analogue à celle des bois sudorifiques ; si des lotions faites avec du vin blanc dans lequel on aurait mêlé des cendres de genévrier, seraient susceptibles de guérir, comme l'a dit Matthiole , des gales invétérées; si des bains avec une infusion de baies de genièvre pourraient être utiles , comme le prétend Monro , dans des cas de variole de mauvais caractère; enfin si réellement les baies de genièvre sont efficaces dans le scorbut, les scrophulcs, et si l'aspiration de leur vapeur peut soulager des asthmatiques.

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