‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 5 sur 311 · ÉTHER · texte numérisé non relu

ÉTHER

iÊTHERS.

laquelle on adapte une allonge qui se rend dans un serpentin. On adapte au bas du serpentin un flacon vide qui communique par le moyen d'un tube de Welter avec un aulre flacon contenant de l'alcohol. On introduit dans la cornue 2 parties d alcohol à 36 degrés et une partie d'..cide nitrique à 40. On chauffe l'eau du bain-niario jusqu'à faire commencer l'ébuUilion et l'on rafraîchit convenablement le serpentin et les deux flacons. Lorsque l'ébuUilion a cessé , on chauffe de nouveau , jusqu'à obtenir en tout , dans le premier flacon , les 5/6 de l'alcohol employé. Ce produit, agité deux fois avec un soluté saturé de sel marin et de borate de soude et mis ensuite eu contact avec un peu de magnésie calcinée , donne de I éllier nitrique très-pur , dont la quantité est égale à la moitié de l'alcohol employé. Cet éther ne doit pas être rectifié ; car cette opération loin de lui être profitable, l'altère et le décompose en grande partie. [Pharmacopée laisonnéc , t. 2 , p. 388. )

La théorie de la formation de l'éther nitrique est loin d'être parfaitement connue; ce qui est cerlain cependant, c'est que l'acide nitrique se trouve en partie désoxigéné et ramené à l'état d'acide nilreux que d'autres nomment hyponitreux. De cette action de l'acide sur les principes de l'alcohol résultent , entre autres produits, de l'eau et des acides acétique , nialique et oxalique. Ces deux derniers restent dans le résidu ; mais le premier agit sur une autre partie de 1 alcohol et forme de l'éther acétique qui passe dans le produit distillé. Enfin, l'acide uitreux agit également sur une dernière portion d alcohol et forme de l'éther nilreux , lequel , d'apiès les recherches de MM. Dumas et Boullay fils , parait être formé, non pas d'alcohol et d'acide nilreux, mais d'acide et d'élher hydratique. (.-Innales de chimie et de pliysique , t. 37 , p. 27.)

L'éther nitrique est un liquide jaune , très-mobiie , d'une saveur chaude légèrement sucrée , et d'une odeur de pomme de reinette. 11 marque de 23 à 24 degrés au pèse-esprit de Baumé (0,917 à 0,91 1 de pesanteur spécifique ) ; il brûle avec une flamme blanche et sans résidu; il entre en ébullitiou à 21 degrés centigrades , et bout sur la main en produisant un grand sentiment de froid. Il ne doit pas rougir le tournesol ; mais il est impossible de le conserver long-temps dans cet état , à cause de la réaction continue de ses élémens , qui ne cesse que lorsqu'ils sont réduits à l'état d'acides acétique , malique et oxalique.

Ether mtbeux alcoiiolisé , liqueur anodine nilreuse. — Ce médicament se prépare de la même manière que l'éther nitreux, en employant 2 parties d'alcohol rectifie et I partie d'acide nitrique à 33° , en retirant autant de produit qu'on a mis d'alcohol , et en conservant ce produit tel qu'il est, sans en retirer l'éther nilreux ; mais comme la proportion d'élher qu'il renferme est trèsvariable , il vaut mieux préparer cet éther alcoholisé comme les autres, eu mélangeant partie égale d'élher nitreux pur et d'alcohol rectifié. A l'avantage d'obtenir ainsi un médicament d une composition plus constante , on joint celui de conserver l'éther nitreux beaucoup plus facilement, que lorsqu'il est pur; car la grande volatilité de cet éther , jointe à la réaction de ses élémens, est cause qu'on peut à peine le garder dans les pharmacies , et que presque toutes en sont privées. Il est essentiel d'un autre côté de ne pas confondre Véiher nitrique alcoholisé ou liqueur anodine niV euse avec Vucide nitrique alcoholisé ou esprit de niti e tlulcijiè ; celui-ci est un mélange non distillé de I partie d'acide nitrique à 35o, et de 3 parties d alcohol à 36 : et bien qu'il s'y forme une certaine quanlité d'élher nitrique et d'élher acétique , et même , à la longue , des acides malique et oxalique , de même que dans la liqueur anodine nilreuse; cependant la dill'éreiice des proporlions et l'aoidilé toujours très-forte qu'il conserve ne permettent pas de 1 employer en place de celle dernière liqueur.

Éther oxali^ce. Cet éllier n'est pas employé dans la pratique ; et si nous en disons queUpies mots , c'est pour faire connailre la manière dont on obtient eu général les elhers formés par les acides végétaux et leurs propriétés.

Pour obtenir I élher oxalique, on dissout 30 grammes d acide oxalique dans 36 grammes d'alcohol pur; on y ajoute 10 grammes d'acide sullurique concentré , el l'on distille jusqu à ce qu'il se manifeste un peu d'élher sulfurique. Le produit disiillé ne contient que de l'alcohol légèrement éthéré. Le résidu est liquide, hiuu , très-fortement acide ; on l'cteiid d'eau , et c'est alors qu il laisse précipiter 1 élher oxalique que I on obtient pur après un ou deux lavages. Cet éther est plus dense, mais plus volatil que l'eau. Quand il est distillé, il est incolore; il est sans odeur et possède une saveur astringente. Il est un peu soluble dans l'eau, et tres-soluble dans l'alcohol ; la potasse caustique le décompose en alcohol el en acide oxalique qui s'unit à l'alcali.

On prépare de même les éthers cilnque et maliijue , et même encore de l'éther benzuique, en substituant toulefois l'acide hydrochlori(iue à 1 acide sulfurique.

ÉTHErx pHospHORiQUE Cct élher , résultanl de l'action de l'acide phosphorique sur l'alcohol , est d'une r.iéparalion difficile et très-coiiteuse. Il ne difiere pas d'ailleurs de l'éther sulfurique qui peut, dans tous les cas , lui être subslitué.

Éther seLFLRiguE. Pour préparer cet éthei on introduit dans une cornue de verre Uibuke 3 kilogrammes d'alcohol rectifié; on y ajoule peu à peu et en a"ilant chacpie lois, 3 kilogrammes d'acide sullurique concentré; on place "la cornue sur uu bain de sable préalablement chaulle ; on y adapte une allonge qui va se rendre dans un tube île porcelaine ou dans un serpentin entouré d'eau • enfin, au bar. du tube, se trouve un récipient lubulé muni d'un tube de sûreté plongeant dans l'eau. Cet appareil élanl disposé et luté , on continue de chauffer la cornue jus(pi a enirelenir la liqueur en ébullilion. A un cerlain terme de conceniralion . on inlro.luil dans la cornue, en plusieurs fois, el au moyen d'un enloniioir mvenlé par M. liuuU.iy , 2 autres kilogrammes d alcohol ; on fait réduire ce nouveau mélange au même point qu'auparavant , ou jusqu à ce qu'on aperçoive des vapeurs blanches s'élever dans la cornue , et des gouttes huileuses se condenser à sa partie supérieure.

L'éther qui provient de cette opération n'est jamais pur. Pour le purifier, il faut le laisser en contact pendant plusieurs jours avec de la potasse caustique liquide , le décanter et le rectifier à une chaleur très-modérée , au bain-marie , dans une cornue ou dans un alambic muni de son serpentin. Il est rare que cette première rectification suffise , et pour avoir d'ailleurs de l'éther parfaitement privé de goût étranger, on lui fait subir un second traitement par la potasse, et une seconde rectification. Alors l'éther marque de 60 à 62" à l'aréomètre de Baumé (pesanteur spécifique : 0,742 à 0,735) , et se volatilise avec une grande rapidité , sans laisser aucun goût désagréable après lui. Enfin en le rectifiant sur du chlorure de calcium ou sur de la chaux, on lui enlève un peu d'eau qu il contient, et on l'obtient d'une pesanteur spécifique de 0,729 (63 degrés ) , qui est le miniinun de densité que puisse acquérir l'éther sulfurique à la température de lO degrés centigrades.

L'éther sulfurique est incolore , d'une odeur suave et très-pénétrante ; il entre en ébullilion à 3.î degr. 0,66 centigrades, sous la pression atmosphérique; il s'enflamme très-facilement par l'approche d'un corps en ignilion, forme de l'eau, de l'acide carbonique , et dépose une grande quanlité de charbon.

Il s'unit en toutes proporlions avec l'alcohol, est soluble dans 10 à 12 parties d'eau, se mêle à l'ammoniaque liquide, dissout le deulochlorure de mercure, le perchlorure de fer, enlève le chlorure d or à son dissoluté aqueux, dissout le phosphore , le camphre, les huiles volatiles, les résines , les baumes, etc.

Il s'altère à la longue, surtout dans les flacons à demi remplis et que l'on ouvre de temps en lemps ; il augmente de densité, diminue de volatilité, devient acide et se trouve contenir de l'acide acétique et de 1 huile douce qui lui ôle de sa suavité. Alors il devient nécessaire de le rectifier de nouveau.

L'éther sulfurique est formé de telles proporlions d'hydrogène, de carbone et d'oxigène que sa composition peut être représentée, ainsi que nous l'avons déjà dit, par 2 volumes d'hydrogène bicarboné et un volume de vapeur d'eau ; , il est remarquable qu'en ajoulant deux fois la densité de l'hydrogène bi-carboné , qui est de 0,978, à 0,625 , densité de la vapeur d'eau, on ti ouve 2,581 qui est à très-peu près la densité de la vapeur de l'éther; de sorte qu'on doit en conclure que dans la formation de l'élher les trois volumes de ses composans se , trouvent condensés en un seul.

Quoi qu'il en soit, I alcohol pur est formé de volumes égaux d'hydrogène bicarboné et de vapeur d'eau , d'où l'on voit que l'éther n'en diffère que par la soustraction de la moitié de son eau. Ce fait, qui a fait été entrevu par les anciens chimistes, constituait presque à lui seul la théorie de l'éthérification donnée par Fourcroj et Vauquelin. Mais, dès celte époque, Dabit, pharmacien de Nantes, avait découvert que l'action de l'acide sulfurique sur l alcohol ne se bornait pas à lui enlever une partie de son eau , et qu il se formait un acide nouveau qui participait de la nature de l'acide sulfurique et de l'alcohol. Cet acide a reçu depuis les noms iVacide sulj'o-vinique et de sulfate acide d'iijdrogéne carboné^ et a été examiné surtout par M. Vogel ( Journal de pharmacie , tom. 6, pag. n, par M. Gay-Lussac ( Annales de chimie et de physique, tom. 13 , pag. 62) ; par M. Beunei {ibid. , tom. 35 , pag. 154); par MM. Dumas et Boullay fils (ibid. , tom. 36, pag. 294); par M. Serullas {ibid., tom. 39, pag. 152). Malgré d'aussi grands et d'aussi importans travaux , la théorie de la formation de l'éther el des produits qui l'accompagnent, n'est peut-être pas encore complètement connue; nous dirons cependant : l» que clans la réaction de l'alcohol et de l acide sulfurique, celui-ci détermine les élémens de l'alcohol à former de l'eau et de l'éther; 2° que l'éther se combine à l'acide sulfurique, et forme un sulfate acide d élher (\ui se décompose par l ébullion , d où résulte de l'éther qui le volatilise ; 3° qu'à une certaine époque l'excès d'acide sulfurique qui s'accumule dans la cornue , enlève à l'éther lui-même toute son eau , et le réduit au simple état d hydrogène bi-carboné, avec lequel il forme un composé huileux qui est l'huile douce de M. Hennel ou le sulfate neutre d'hydrogène carboné de M. Sérullas ; 4" que ce composé distille en partie et se mêle à l'élher produit; mais que par suite de l'élévation de température qui va toujours en croissant , il se décompose et forme de l'acide sulfureux , de l'hydrogène bi-carboné liquide {huile douce de M. Serullas), du gaz hydrogène bicarboné , et un dépôt de charbon qui colore en noir le liquide restant dans la cornue.

Éther sulfuriqde alcoholisé, liqueur minérale anodine d'Hoffmann. — Frédéric Hoffmann est un des plus anciens chimistes qui se soient, occupés de la préparation de l'éther, et il est antérieur à Frobenius , qui a passé pour en être l'inventeur. Il est vrai qu'Hoffmann distillait 6 parties d'alcohol sur une partie d'acide sulfurique, el qu'il n oblenail ainsi qu'un mélange d élher et d'alcohol. Quelques-uns ont pensé que la li(|ueur anodine d'Hoffmann n'était qu'une simple dissolution d'huile douce dans l'esprit de vin ; d'autres la préparaient avec le dernier produit de la distillation de 1 éther aucjuel on ajoutait surabondamment quelques gouttes d'huile douce. Aujourd'hui on entend généralement pdvliqueur d'HoJfmann un mélange à partie égale d alcohol à 36 ilegrés et d'élher bien rectifié. (Gbibourt.)

Éthers. ( Thérapeutique.) Les éthers sont des médicamens dont l'introduction dans la matière médicale fil nailre de grandes espérances. L'importance de leurs propriétés chimiques, leur grande volatilité, l'énergie de leur action dissolvante, devaient faire croire qu'ils ne seraient pas moins puissans contre les maladies qui affligent l humanité. Aussi leur a t on de tout temps attribué des vertus fort remarquables, et les a-t-on employés dans une foule de circonstances. Cependant, par un hasard assez singulier, on trouve peu de choses , dans les auteurs, sur leurs propriétés physiologiques et les applical ions thérapeutiques. D'ailleurs, jusqu'à ces derniers temps, on n'avait encore employé

Page 1