‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 6 sur 311 · ÉTHERS · texte numérisé non relu

ÉTHERS

en médecine que l'éther siilfurique; les autres étaient assez mal connus. On ne savait pas , par exemple , que les clhers aisénique et phosphorique sont totalement identiques avec Pacule sulfurique, et ne retiennent absolument rien des propriétés vénéneuses des acides qui leur donnent naissance. Quant aux élhers acétique, hydroclilorique , benzoïque, l'ormique, etc., ils n'ont été administrés que fort rarement , et seulement à l'extérieur, à cause de leur extrême volatilité et de leur saveur désagréable.

.• L'éther hydratique (c'est par ce nom que l'on doit désigner désormais les cthers sulfurique , phosphorique et arsénique ) est le plus emplo^'é de tous ; et c'est à lui que peut être rapporté presque tout ce qui a été écrit sur les propriétés médicales des éthers , qui n'ont jamais été l'objet d'expériences bien directes et bien méthodiques. Lui seul a été jusqu'à présent administré à 1 intérieur.

Lorsqu'on applique de l'éther sur la peau saine, il n'y fait éprouver d'autre sensation qu'une fraîcheur plus ou moins vive; et qui dépend bien évidemment <ie ce que ce liquide volatil se vaporise , aux dépens du calorique des parties sur lesquelles il est déposé. Versé sur une plaie ou sur les membranes muqueuses, il y fait ressentir une chaleur acre et cuisante , mais peu durable. D'ailleurs, dans l'un et l'autre cas, il peut y avoir une réaction proportionnée à la durée de l'application et à la sensibilité des parties ; mais il est peu probable qu'il y ait absorption de l'éther en pareille circonstance. Les liquides très-volatiles sont dans une condition bien peu favorable pour être saisis par les vaissseaux absorbans j et s'il s'en introduit quelque peu par cette voie, c'est en si faible proportion, <[u'il y a peu à compter sur un semblable moyen thérapeuti((ue.

Lorsqu'on prend de l éther à l'intérieur, les organes digestifs étant sains , indépendamment de ce qu'il agit sur les organes de l'odorat et du goût, il fait aussi sur 1 estomac une impression stimulante agréable , quand elle n'est pas trop réitérée ni trop intense. L'éther, vaporisé par la température animale, remonte par l'œsophage; de plus, porté dans le torrent de la circulation , il imprègne tous les tissus, ainsi .qu'on a pu s'en convaincre dans des expériences sur les animaux. Dans ces expériences, qui n'ont pas été très-nombreuses , on a reconnu qu'à des doses assez fortes , I élher déterminait une inflammation des lissus , à la manière des poisons irritans; mais il faut que son action soit réitérée, cai^elle est très-superficielle. On ne possède pas d'exemples d'empoisonnement chez l'homme, au moyen de l'élher. Ses caractères bien tranchés empêchent toute méprise, et sa saveur chaude et vive s'opposerait à ce qu'on put même en avaler une grande quantité à la fois. Aussi le fait du chimiste Bouquet , qui était arrivé , par degrés , à prendre jusqu'à une pinte d'iither chaque jour, est-il resté unique jusqu'à présent; et ce fait même ne peut jeteraucunjour sur la question actuelle, puisque chez Bucquct une longue habitude avaitémoussé 1 impression du médicament, et que d'ailleurs la phlegmasie qu'on reconnut chez lui , à l'ouverture du cadavre , pouvait dépendre , eu partie du moins , de la maladie chronique du tube intestinal à laquelle il succomba.

En employant 1 elher de la manière accoutumée , c'est-à-dire à des doses peu considérables, et toujours fractionnées, son action est tout instantanée, et par conséquent peu profonde , l'exhalation éliminant presque de suite ses molécules , qui n'ont entre elles qu'une tres-faible cohésion.

De ces données à une application pratique raisonnable, la voie était courte et facile. Selon l'usage, ce n'est pas celle que l'on a suivie, et les explications théoriques venant se mettre à la place des faits , on a prêté à l'éther une foule de vertus qu'il n'avait pas, et l'on a bien rarement obtenu les bons effets qu'on avait droit d'en attendre. Essayons d'indiquer d'abord le parti qu'on en peut tirer, dans l'état actuel des connaissances acquises ; puis nous examinerons les faits transmis par les auteurs, et nous tâcherons d'apprécier l'influence de l'éther, dans les maladies dans lesquelles il a été administré.

A l'extérieur, l'éther fournit un moyen utile , sinon économique, de produire du froid {voyez Froid). En se vaporisant , il détermine un abaissement de température très-sensible , et qui peut amener du soulagement dans les plilegmasies cutanées où la chaleur est cuisante , pourvu toutefois qu'il n'y ait pas d'ulcération. Celte application peut être également salutaire dans les inflammations du cerveau et des méninges, où il est nécessaire d employer des refrigérans sur la tête, en même temps qu'on met aux extrémités inférieures des épilhèmes irritans. Les douleurs nerveuses et rhumatismales sont souvent calmées par l'apposition de linges imbibés d'éther, qu'on renouvelle à mesure qu'ils se dessèchent.

On peut aussi tirer parti de son action stimulante très-énergique dans les cas d'asphyxie, de syncope, d'afTection convulsive, apoplectique ou comateuse, pour faire revenir les malades à eux-mêmes. Pour cela , on présente sous leur nez un flacon d'éther, en ayant soin cependant de ne pas en répandre dans la bouche. D'ailleurs, dans celte circonstance, l'éther n'est pas essentiellement préférable à l'ammoniaque ou à tel autre excitant analogue , qu'il est souvent plus facile de se procurer.

Lorsqu'on a besoin de produire à l'inlérieur une stimulation vive , l'éther offre une ressource précieuse. On en fait un usage fréquentel avantageu.\ dans les douleurs nerveuses de l'estomac et des intestins , dans les affections hystériques et épileptiques ; en un mot, dans la plupart des maladies désignées par le nom de Maladies kervecses , telles que I'Asthme , les Névralgies , les Spasmes, etc. On se trouve même quelquefois bien de son usage dans le cas de douleurs liées à des affections organiques; et l'on procure, par son moyen, aux malades au moins quelque trêve à des souffrances qu'il n'est pas au pouvoir de l'art de guérir plus complètement.

Il faut remarquer dans l'emploi de l'éther que ses effets sont prompts et assez énergiques , mais généralement peu durables , et que souvent les accidens qu'il a dissipés se renouvellent au bout d'un temps assez court, si l'on n'a pas soin

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