GIROFLE
utilement pour préparer quelques-uus des médicamens dont la gentiane forme une des parties constituantes. ( Martin-Solok, )
GEKMAWDREE vulgaire , Teucrium Chamœdrys ; didynamie gyinnosperinie , Ltnn. ; labiées, Juss. Cette plante semble faire exception aux propriétés générales des labiées, qui se distinguent par une grande proportion d'huile volatile. Elle est aussi commune que son usage médicinal est maintenant peu répandu , quoiqu'elle ait joui jadis d'une grande réputation d'efficacité. Elle croit, sans culture, dans les lieux secs et arides ; et ses tiges herbacées , un peu ligueuses, sont garnies de feuilles d'un aspect tellement semblables, dans leurs petites proportions , à celles du chêne , que cette ressemblance lui a valu le nom de petit chêne, qu'elle porte en beaucoup de langues. Ses fleurs purpu- Wnes sortent des aisselles des feuilles supérieures.
La germandrée est presque sans odeur; mais elle présente, dans toutes ses parties, une auiertume très-prononcée, et qui aurait dù la maintenir dans un |i"ang distingué parmi les amers. Les chimistes ne se sont pas occupés de cette iplanto, plus tligne néanmoins de leur attention qu une foule d'autres qu'ils in'ont pourtant pas négligé d'analyser. Il est probable (|ue , si l'on se livrait à Quelques recherches sur ce sujet , on découvrirait quelque principe cristallipable analogue à ceux qu'on extrait de végétaux exotiques et coûteux. On n'a pas constaté d'une manière plus exacte et i^lus scientifique son action sur 1 économie animale ; et c'est plutôt l'analogie et la probabilité qu'une observation dli ecte et régulière qui lui ont assigné la place qu'elle occupe dans la ma-
{ière médicale, et qui ont dicté les applications thérapeutiques qu'on en a aiîes dans une foule de circonstances ; sans parler même ici des vertus particulières qu'on s'est efforcé de lui reconnaître contre la goutte et d'autres affections. La germandrée peut être mise au nombre des toniques fixes , comme les tippellent les pharmacologistes ; c'est-à-dire, de ceux dont l'action sur nos parties i^st plus durable que rapide et stimulante. C'est dans ce sens qu'elle a été considérée comme stomachique , et employée avec succès dans les cas où l'in- «ppctence et la lenteur des digestions dépendent d'un état de débilité que les antiphlogistiques et la diète ne font qu'entretenir et aggraver.
Les anciens , féconds en expédiens pour varier les formes des médicamens , espérant par là en multiplier les propriétés salutaires, avaient plusieurs manières d'employer la germandrée. Ils faisaient infuser les sommités fleuries, comme du thé , dans l'eau bouillante , à la dose de deux , trois ou quatre pincées, et faisaient prendre par petites tasses cette infusion ; ou bien il mettaient macérer une demi-once de fleurs dans deux livres de vin , et composaient ainsi un vin amer qui n'était pas sans efficacité. Ces deux formes peuvent être maintenues. D'ailleurs la germandrée figurait, en proportion plus ou moins considérable , dans divers mélanges ou composés médicamenteux plus ou moins oubliés aujourd hui. Elle faisait partie des espèces amcres , et elle entrait dans la thériaque , l'orviétan , l'alcool général, la teinture amère et autres préparations de la pharmacie galénique. ( F. Ratier. )
GIBEOSITE , de gibbus, vSoç, d'où dérive aussi le mol bosse , saillie osseuse anoruiale de quelque partie du tronc , notamment du dos. Ce n'est évidem- Iment qu'un symptôme, qui appartient tantôt à la carie des vertèbres , tantôt ;à la simple déformation de ces os et des côtes, quelquefois à celle du sternum. |0n a voulu désigner exclusivement par cette expression la difformité qui réjsulte de la déviation , sans carie, delà colonne vertébrale. D'autres , au contraire, ont proposé de donner ce nom au mal vertébral de Pott. Ces distincttions sont purement arbitraires , et ces dénominations seraient fautives , en ce Iqu'clles n'expriment qu'un effet secondaire de ces affections. ( A'q/ez Orthopédie, Ostéite , Rachitis , Vertébrale ( colonne ). ( Bouvier. )
GIIVGEMBRE , zingiber officinale ; monandrie monogynie , Liwn. ; amomes , Jdss.; substance aromatique fort employée comme condiment, et qui figure cependant au nombre des médicamens , quoiqu'il soit maintenant assez peu usité. C'est la racine , ou comme le pensent quelques auteurs, la tige souterraine d'une plante originaire de Cayenne et transplantée avec succès dans rAmérique méridionale. On la trouve dans le commerce en morceaux du volume (lu doigt , aplatis , et présentant des espèces de jointures. Elle est d'un gris noirâtre, et sa surface externe est couverte d'un épidémie ridé , tandis que le dedans est d'un blanc jaunâtre et d une structure fibreuse. Le plus estimé , connu sous le jiom de gingembre blanc , a une couleur d'un blanc grisâtre ; l'autre, qui est d une couleur plus foncée, et qu'on nomme gingembre noir, est moins recherché parce qu'il a été desséché avec moins de précaution.
Le gingembre a une odeur pénétrante et agréable, avec une saveur chaude et aromatique, due à la grande proportion d'huile volatile qu'il contient et qu'on en peut extraire par la dislillati >n. L'analyse chimique y a fait trouver une huile essentielle qui est d'un bleu tirant sur le vert , de la résine et de la sous-résine, de l'acide acétique, de l'osmazôme, de la gomme et d'autres substances insignifiantes.
Son action sur les membranes muqueuses est telle qu'on peut l'attendre des élémens qui le composent. Sa poudre excite vivement l'organe de l'odorat. Lorsqu'on le mâche , il produit la sécrétion de la salive. Introduit dans l'estomac, il fait éprouver un sentiment de chaleur qui peut aller jusqu'à la douleur, mais qui, lorsque la dose est moyenne, se borne à une excitation salutaire. D'ailleurs la stimulation qu'il détermine ne paraît pas se diriger d'une manière particulière vers aucun organe, ni jouir d'une action spéciale contre aucune maladie: bien qu'en Angleterre on l'ail recommandé , pris à haute dose, dans du lait (quelle absurde combinaison !) comme un spécifique contre la goutte.
C'est parmi les excitans actifs que le gingembre prend place dans la matière
médicale , où il figure comme un élément important des préparations dites toniques , stomachiques , etc. On le donne soit en pouflre , de quatre à douze grains ; soit en infusion aqueuse , à la dose de deux gros pour deux livres d'eau. Un pharmacien de Paris a préparé un vin de zingiber , auquel des médecins des plus dsilingués n'ont pas rougi de donner les certificats les plus mensongers. On en fait une teinture spiritueuse.
Les Anglais se servent beaucoup du gingembre dans leur cuisine et aussi dans la préparation de diverses boissons. Le gengerbeer est une bière aromatisée avec cette substance , dont l'association doit être considérée comme fort utile. (F.Ratiek.)
GIROFLE ou Gérofle , Caryo/jhj^Uus ai omaiicus , Eugenia carj ophyllala ; polyandrie monogyuie, Likn. ; myrtes , Juss. On connaît sous le nom de clous de girofle les fleurs non épanouies et desséchées du giroflier , arbre exotique , originaire des contrées les plus chaudes de l'ancien monde , et transplanté avec succès dans les mêmes latitudes du nouveau continent. 11 est tout-à-fait étranger au but de cet ouvrage d'entrer dans de longs détails relatifs à son histoire, à sa culture et au commerce dont il est l'objet; il nous suflira de l'étudier sous le rapport de ses propriétés médicinales et des applications thérapeutiques qu'on en a faites; encore nous devons dire , en commençant , que son usage médicinal est maintenant bien restreint , puisqu'il n'entre guère que comme accessoire dans quelques préparations médicamenteuses, tandis cpie comme parfum et comme condiment il est d'un emploi journalier.
On trouve dans le commerce deux espèces de girofle, dont les propriétés sont analogues, mais qui diffèrent entre elles d'énergie. Celui des Moluques est préférable d'ordinaire; il est gros, lourd . de couleur brune , odorant et pourvu de sa tête. Il doit laisser paraître de l'huile lorsqu'on le raie avec l'ongle, et ofl're une saveur chaude , brûlante et amère, quoique agréable au premier abord. L'odeur et la saveur très-remarquables de cette substance, et son action sur l'économie animale, étaient trop remarquables pour n'avoir pas depuis long temps appelé l'attention des médecins et des chimistes. L'analyse faite par TromsJorft'a fait connaître que sur 1000 parties il en existe: huile volatile, 180; matière extractive , 40; tannin, 130 ; gomme, 130; ligneux , 280 ; eau , 180. Il est bien évident que l'huile essentielle contenue dans le girofle en est la partie principalement active; et l'exactitude de l'analyse n'est pas d'une importance absolue j)our l'appréciation des résultats thérapeutiques. Nous devons néanmoins dire , ])0ur ne rien omettre, qu'on a cru y reconnaître de l'acide benzoïque, et que M. Bonastre y a signalé une matière particulière cristallisable , qu'il a nommée caryophilline , et qui d'ailleurs ne présente pas de propriétés importantes coQime agent médicamenteux. Elle offre néanmoins un phénomène fort intéressant à signaler ; c'est que , comme la morphine , elle rougit par le contact de l'acide nitrique. C'est surtout dans les recherches de médecine légale qu'un fait de ce genre peut amener des résultats singuliers , et doit inspirer une profonde réserve dans les conclusions. D'ailleurs , l'huile essentielle qui existe, il est vrai, en plus grande proportion dans les fleurs non encore épanouies , se trouve dans les autres parties de la plante, d où l'on ne s'occupe jias de l'extraire.
Malgré la spécialité de son odeur el de sa saveur, l'huile essentielle de giiofle ne jouit pas de propriétés bien différentes de celles que présentent les autres huiles essentielles; seulement elle est une des plus actives. Ses effets sont ceux des subtances éminemment excitantes. Lorsqu'on l'applique, dans son état de pureté et de concentration, sur la peau et sur les membranes muqueuses , elle y détermine, suivant les circonstances, la rubéfaction et même la cautérisation plus ou moins profonde. Lorsqu'elle est administrée à l'intérieur, étant assez élenilue pour ne pas agir de la manière qui vient d'être indiquée , elle est absorbée , après avoir exercé sur les parties où elle a été déposée une légère stimulation , et elle va ensuite exciter toutes celles vers lesquelles la porte le torrent circulatoire, sans paraître, au moins évidemment, se diriger d'une manière spéciale vers tel ou tel organe.
Aussi l'application thérapeutique de ce moyen est-elle assez restreinte lorsqu'on ne se laisse point aller à une aveugle imitation des anciens et qu'on veut examiner les choses sans prévention. L huile volatile de girofle peut être employée pour faire des linimens excitans ou irritans , suivant la dose qu'on y fait entrer : linimens applicables , comme tant d'autres , au traitement , si varié et si souvent inefficace d'ailleurs, des paralysies , des névralgies, des rhumatismes. On peut s'en servir encore , d'après une pratique vulgaire , pour calmer, par une cautérisation superficielle du nerf dentaire , les douleurs produites par la dénudalion de ce nerf dans la carie des dents, li faut éviter d'ailleurs , ce qui arrive souvent aux personnes peu expérimentées, de répandre l'huile volatile sur les parties voisines de la dent malade, ce qui ajoute aux douleurs sans aucun profit. Administrée à l'intérieur , soit dans l'état d'association où la nature nous le présente dans le girofle en substance , ou dans des combinaisons artificielles, l'huile essentielle de girofle agit comme un tonique excitant; elle peut être employée à produire , suivant le besoin . des stimulations directes ou révulsives plus ou moins efficaces. Mais elle est surtout avantageuse et usitée comme condiment: elle relève diverses substances fades , ou bien elle favorise la digestion de matières animales réfractaires à l'action de . nos organes , telles que certaines chairs compactes el noires. D'après l'action connue de cette s\ibstance sur 1 économie animale , il est facile de concevoir qu'elle convient mal aux sujets sanguins et irritables , et qu'elle doit être expressément interdite à ceux qui sont affectés de phlegmasies locales des voies digestives et d'étal lébrile.
Autrefois le girofle était fort usité en médecine comme médicament proprement dit : maintenant on ne s'en sert plus guère que pour aromatiser diverses