‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 54 sur 311 · GLAUCOME · texte numérisé non relu

GLAUCOME

préparalions. Il est à peine nécessaire de dire qu'il entre dans une foule de composés médicamenteux fortifians, toniques , stomachiques , cordiaux , uervins; antispasmodiques, emmcnagogues , anti-arthritiques, etc. , tous oubhés aujourd'hui. On pourrait administrer la poudre, soit en élecluaire ou en pilules , à la dose de quatre à six grains , et même au delà , et l'huile volatile à la dose d'une ou deux gouttes, dans un véhicule approprié. (F. Ratieb.)

GLA.CE, i^lacies (thérapeutique). Nous avons exposé à l'article Fkoid les effets que produit sur l'économie animale la soustraction plus ou moins rapide, complète et soutenue, du calorique, et indique d'une manière générale les nombreuses applications thérapeutiques qu'on en peut faire: on trouvera d'adleurs dans les articles qui traitent des maladies les cas particuliers dans lesquels le froid peut être employé avec plus ou moins de succès. Il ne nous resterait donc ici, sous peine de tomber dans les répétitions, qu'à discuter les opinions des auteurs qui semblent attribuer à la glace des vertus particulières; et à démontrer que ses effets, tant dans l'état de santé que dans celui de maladie , ne différent en aucune manière de ceux que suscitent les autres moyens de réfrigération. Car la plupart de ceux qui se sont occupés de ce sujet semblent avoir eu une opinion dilférenle, et avoir considéré la glace comme un moyen à part, prélérable dans certains casa tous les autres, à raison d'un mode d'action qui lui serait propre. Mais si l'on examine avec attention leurs écrits , on verra facilement qu'en traitant des effets de la glace, ils n'ont décrit réellement que ceux du froid , lesquels sont identiques , quel que soit le moyen dont on se serve pour opérer la soustraction du calorique aux parties vivantes. La glace est d'ailleurs loin d'être un moyen supérieur à tous les autres du même genre. On peut produire une réfrigération très-suffisante avec l'eau à la température de l'atmosphère dans les saisons froides , et dans l'été avec l'eau de puits récemment tirée, et qui alors est relativement assez froide. D'ailleurs en renouvelant fréquemment les applications , on peut obtenir un refroidissement aussi considérable qu'on puisse le désirer. De plus , en supposant même qu'on pût avoir besoin d'une réfrigération plus active, ce qui est bien rare, u aurait-on pas à sa disposition des mélanges frigorifiques dont l'avidité pour le calorique est bien autrement considérable ? ( Foyez Réfbigékaks. )

Il faut convenir néanmoins que la glace, lorsqu'on peut se la procurer , est un moyen commode et efficace ; que de pelits morceaux de glace qu'on laisse fondre dans la bouche procurent aux malades que tourmente une soif ardente, \ine sensalion délicieuse de soulagement et de bien-être; que des glaçons plus volumineux sont fort utiles pour friclionner le corps dans diverses circonstances , pour introduire dans le vagin et même dans la cavité de l'ulérus clans ces hémorrhagies foudroyantes qui enlèvent les malades en quelques instans : mais il n'en faudrait pas conclure que , dans des cas pareils, on ne peut suppléer à ce moyeu , ni qu'on dût perdre à se le procurer au loin nu temps quelquefois si précieux.

On se sert de la glace h l'extérieur et h 1 intérieur. Dans le premier cas , on emploie des glaçons plus ou moins volumineux pour frictionner les parties malades ; ou bien , quand il s'agit des mains ou des pieds , on les plonge dans un vase reïnpîi de glace pilée , à laquelle on peut ajouter du sel gris pour obtenir un froid plus iniensc et plus durable. Il ne faut pas employer cette addition lorsqu'il existe ou des plaies ou des ulcérations. Enfin une vessie de cochon à moitié remplie de glace piléc et mêlée de sel est un moyen commode d'appliquer le froid sur des parties qui ne se prêtent pas à l'immersion. Cette méthode a d'ailleurs l'avantage de ])ouvoir circonscrire l'aclion du froid à un point plus ou moins limité; on renouvelle la glace à mesure qu'elle se fond.

Quant à l'usage iulerne de la glace, il est fort borné réellement ; car, lorsqu'on mange de la glace, on n'avale que de l'eau plus ou moins échaull'ée. 11 est donc naturel de penser que , si les malades qui ne supportaient pas bien les boissons glacées se sont bien trouvés de laisser fondre dans leur bouche de petits morceaux de glace , c'est que , dans le premier cas , une grande quantité de liquide froid , après avoir rapidement traversé la bouche et l'œsophage, parvenait en masse dans l'estomac et y opérait une trop prompte soustraction de calorique ; tandis que , dans le second , il ne par^ enait dans la cavité gastrique que de petites portions d'eau à une température moins disproportionnée : et d'ailleurs encore la glace avait produit un bon effet en rafi aichissant la bouche dans laquelle elle avait fondu. Il faudrait doue , pour qu'on pût véritablement parler des effets de la glace à l'inléricur , qu'on fit avaler aux malades, dans les circonstances où on le jugerait convenable, des morceaux déglace assez volumineux pour qu'ils ne fondissent que d.ins l'estomac, et aux dépens de son calorique. Autrement on observe les effets de l'eau à la température lic cinq ou dix degrés , et non pas ceux de la glace. Je crois que ce mode d'administration , auquel je ne sais pas qu'on ait eu recours encore , serait fort efficace , si j'en juge par une expérience que j'ai faite par hasard. J'avalai d'un seul coup la moitié d'une glace moulée ( elles sont , comme on sait , plus cousistaiitcs que les autres ), et j'éprouvai , pendant tout le temps qu'elle mil à foudre et pendant quelque temps encore après , une douleur d'estomac assez violente pour ne laisser aucun doute sur l'énergie du moyen.

( F. Ratier. )

GL.^NDE.S (Maladie de.,). (Foyez Foie, Mamei ■LES , Maxillaires , Ovaikls , Pancléas , Pabotioes , Reim , Testicules , etc. )

GLAUCOME, s. m., de v^kjzc; , vert d'eau, et de , œil; glaucomu , glaucosis , cttlararla virit/is , catiiracla glaucomalosa ; maladie qui a pour caractère principal la couleur vert de mer que prend le fond de l'ujil vu à travers la pupille.

On connaît fort peu sa nature et même le siège véritable du glaucùme, ce qui

tient sans doute à sa rareté. La plupart regardent celte affection comme un dégénération particulière du corps vilré. Mais 'Wenzel et Weller , qui ont ei occasion de disséquer des yeux affectés de glaucome, |>ensent qu'elle a soil siège primitif dans la rétine et le nerf optique Le dernier se fonde sur ce qu l'altération de couleur qu'a éprouvée le corps vilré est beaucoup moins iiileiis | que la nuance verdûtre que l'on aperçoit pendant la vie, en regardant le fon< de l'œil, tandis que cette coloration est, au contraire, plus évidente dans \ rétine que la dilatation de la pupille et les changemens de densité survenus dan les milieux transparens de l'œil permettent d'ailleurs de mieux distinguer: i fait enfin observer avec raison que si cette altération de couleur avait son siégi dans l'humeur vitrée , les malades devraient d'abord voir les objets colorés ce qui n'a pas lieu.

D'après ces remarques , le glaucome devrait donc être considéré comme uii' variété de l'amaurose , et il faut convenir que les premiers symptômes par les quels celte mal-adie se déclare sont à peu près les mêmes que ceux de la goutt sereine eu général. C'est seulement par la suite qu'elle se distingue de toute les autres espèces d amauroses; et c'est en ayant égard aux caractères qu'ell 1 evêt alors , c'est-à-dire en considérant la maladie à sa période la plus avancée que M. Demours dit que l'on peut définir le glaucome une inflammation cl périoste orhitaue, de la membrane muqueuse qui revêt les sinus frontaux, de capillaires sanguins et ly nq)liati(|ues du globe , suivie de paralysie de la réthi efrdu nerf optique ; de désorganisation du corps vilré et d'opacité du cri.stalliu j et qui entraine constamment la perle de la fonction de l'œil affecté. i

Les causes quj produisent le glaucome sont fort obscures. Beer et Welle pensent que les sujets affectés d'aj'thrids y sont plus exposés que les autres et ils paraissent le regarder comme une variété de ce qu'ils nomment l'amau rose arthritique. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes , et les yeu. Lruns ou bleus en sont plus coummunément atteints que les autres. Les circon stances qui, jointes aux prédispositions qui viennent d'être indiqués, semblen les plus |)ropres à favoriser le développement du glaucome, sont le froid hu mide et les fatigues e.xcessives du corps et de l'esprit.

La marche de celle maladie est lente. Elle commence très-rarement dans le deux yeux en même temps. Au début, le malade commence à apercevoir les ob jets comme entourés d'une fumée plus ou moins épaisse ; mais comme, ainsi qu'i vient d'être dit, un seul œil est d abord ordinairement affecté , ce ii'es^l souven que par hasard et quand il ferme l'autre , ou quand celui-ci est lui-même déj privé de ses fonctions , qu'il aperçoit disliuctement ce phénomène. Dans quel ques cas , c'est une sorte de poussière que le malade à son réveil aperçoit vol ligeant dans sa chambre : ces phénomènes sont d'aboril passagers et disparais sent pendant un temps plus ou moins long, pour reparaître ensuite ; ceux qi se manisfeslent au moment du réveil cessent souvent quand le malade a pri des alimens.

Cependant , après un temps variable , les symptômes deviennent permaiiens si le malade regarde une bougie allumée , la flamme lui en parait placée a centre d'un nuage ou d'un brouillard blanc bordé par un anneau préseulaut le couleurs de l'arc-en-eiel. L'orbite devient le siège des douleurs d'abord grava tives qui entourent le globe de l'œil et le gênent dans ses mouvemens. li'œi sain lui-même ressent promptement de la fatigue. Bientôt les douleurs don il vient d'être parlé s'accompagnent de céphalalgie susorbilaire ; elles devien ■ nent aiguës et lancinantes, et s'étendent peu à peu de lorhile aux partie ij voisines , à la pommette , au frout , à la tempe , et enfin jusqu'au sommet tie f ( tête et à la nuque. Elles sont plus forles le soir que le matin , et augmenten i pendant les temps humides ou lorsque les malades posent leur (ête sur de ; oreillers de plume. En même temps la pupille devient immobile et irrégulière \ elle se dilate ordinairement , et s'allonge souvent en travers par l'effet de I; \ contraction irrégulière de l iris ; mais quelquefois aussi elle se rétrécil : dan ^ i quelques cas son contour se renverse de manière à ce que son bord noir cessi' d'être apparent; à travers son ouverture on aperçoit une teinte vert d'eai I qui augmente peu à peu d'intensité, prend diverses nuances de gris et de ver; i el à la(]uellele cristallin , qui devient opaque et augmente de volume au poin| ( de faire quelquefois saillie vers la chambre antérieure de l'œil , finit par par; | lieiper : la vision se trouble de plus en plus et s'abolit ^enfin tout-à-fait, aiî , point que les malades ne peuvent plus distinguer la lumière d'avec les té i nèbres , bien qu'ils conservent la sensation d'une lueur blanche ou irisée quj > parait avoir son siège dans l'intérieur du globe oculaire. I

Des vaisseaux variqueux apparaissent sur la conjonctive et sur la sclérotique i ils sont d'un bleu noiràire; leaéseau qu'ils forment s'arrête brusquement à un | petite dislance de la circonl'érence de la cornée transparenle , de manièi e à lais.| ser entre elle et lui un cercle dans lequel on apperçoit le tissu de la sclèrotiqij ■: qui est d'un blanc sale. Les couleurs de l'iris s'eli'acent , l'œil devient lern"^ »

comme celui d'un cadavre ; il durcit , et finit par diminuer de volume au poin que les paupières se rapprochent et le recouvrent entièrement.

La marche de cette maladie peut présenter quel>jue vai iante , soit dans \ nature, soit dans la succession des phénomènes qui ont été indiqués. Ainsi quelques malades commencent par apercevoir des taches plus ou moins éleii dues, noires, brunes, ou blanches et resplendissantes et qu'ils coniparen alors à la couleur de la lune , qui leur cachent plus ou moins les objets , ai poiut qu'ils n'aperçoivent ])lus que ceux qui sont d'un grand volume; quel ques-uns voient des mouches ou des filamens voltigeans ; mais ces phénomène disparaissent à une période jilus avancée de la maladie. Chez d auties , le glau côme présente d'abord, et pendant un temps plus ou moins long , les syinpl j lûmes purs cl simples de l'amaurose, c'cst-;i dire la cécité el 1 immobilité d j i

GLOSSITE.

GLOSSITE.

' i pupille, sans coloration jaune veit du fond de l œil: quelquefois cette colo- ■ ation verte reste bornée au fond de Toeil et n'envahit ni le corps vitré ni le crislUin. Dans quelques circonsta)iccs l'apparition des vaisseaux variqueux est un es premiers phcnoiiiènes qui se manifestent : d'autres fois on ne les voit pas se cvelopper, bien que la maladie soit déjà avancée ; chez quelques individus la ureté <le l'œil suit t!e près l'amaurose et se déclare avant que la coloration du )nd soit altérée. Chez les uns , les douleurs sont continues ; chez les autres , lies reviennent par crises qui sont augmentées ou soulagées par le travail e la digestion. Enfin , tandis que dans la plupart des cas la maladie n'affecte l'abord qu'un seul œil, on la voit quelquefois se dévelo|)per simultanément ians les deux yeu.\.

D'après ce qui vient d'être dit , il est aisé de comprendre qu'à son début , le [laucùme est facile à confondre avec l'amauiose, et que même il pcutèlre dans beaucoup de cas impossible de distinguer l'une de l'autre ces deux affeclions. Cependant, dès que les douleurs et la coloration caraclérisliqucs surviennent, je diagnostic devient plus facile; on pourrait alors, en ne considérant que «aspect de la pupille, confondre la maladie avec une cataracte ; mais la nuance le la couleur , les douleurs , la dureté de l'œil , la perte de son brillant et de sa iiobilité, l'apparition de vaisseaux vari([ueux , sont autant de signes qui n'aplartiennent qu'au glaucome et qui le distinguent suflisarament de la cataracte, ï Le piononstic de cette affection est des plus graves, puisqu'elle entraîne presque nécessairement la perte de la vue. Demours dit positivement (pi il n'y I] plus d'espoir de guérison pour le malade lorsqu à son réveil il aperçoit déjà h brouillard dont il a été question , ou (|ue la flamme d'une bougie lui parait Invirounée d'un cercle irisé, c'est-à-dire lorsque l'œil examiné ne présente incore aucun signe objectif. Mais le pronostic est encore très-grave sous uu luire rapport ; c'est que le glaucome d'un œil est très-ordinairement suivi du léveloppement delà même affection dans l'œil qui était resté sain; dételle jorte que cette maladie , même bornée à un seul côté et encore peu avancée , îst 'l'annonce presque certaine d'une cécité complètement incurable et trcsiouloureuse.

T raiiement. Il résulte de là que le traitement du glaucome ne peut être que (alliatif. Il consiste à combattre par de )>elilcs saignées dérivalives les fluxions riflammatoires qui se font (juelqucfois sur l'organe affecté, et par l'usage exerne et interne des narcotiques, les douleurs atroces qui font le tourment les malades.

Mais quand la maladie est bornée à un œil , peut-on préser\ er l'autre ? C'est cela sans' doute que doivent tendre tous les efforts du praticien. Les moyens jui ont le miei .x réussi jusqu'à présent sont ceux qui ont aussi le plus d'eiïica- ;ité pour combattre l'amaurose. De petites saignées du pied réitérées de temps vautre, des révulsifs puissans appliqués aux bras , à la nuque , autour de la été et sur la muqueuse intestinale , tels sont les moyens qui constituent le iraitement le plus rationel et le plus eflicace. Cependant, il faut le dire, ils fchouent souvent ; aussi a-t-on cherché à en trouver d'autres. On a pensé rom- Ore 1 espèce d'action sympathique que l'œil malade exerce sur l'œil sain, en évacuant le premier ; mais cette opération a été faite sans succès. Il est probable fju'il en serait de même de l'extirpation complète de l'organe proposée par Saint-Yves. (L. J. Saksok.)

GLOSSALGIE, de yl WTTK , langue, et de «/ys?, douleur; névralgie de la langue. Les nerfs grand hy[)oglose et glosso-pliaryngien , rjui sont considérés fpomme donnant le mouvement et la sensibilité à la langue, paraissent être exclusivement le siège de cette névralgie. Elle se manifeste quelquefois d une panière directe, mais le plus ordinairement à la suite et comme conséejuence des névralgies qui affectent la branche sous-maxillaire du nerf trifacial. Dans le premier cas , la névralgie est presque toujours liée à une lésion de la langue , Iprovenant d'ulcères vénériens , cancéreux , ou autre solutions de continuité de jcet organe ; dans le second, elle résulte de l'extension de la névralgie sous- (orbitaire ou maxillaire jusqu'aux dernières ramifications du nerf trifacial. [ Du reste , les causes , les symptômes , la marche , la durée et le traitement de cette espèce de névralgie sont ceux des névralgies en générai; et ce serait nous exposer à des redites au moins inutiles que de les rappeler ici , lorsqu'elles doivent naturellement trouver place à l'article ]N'f.vb.i.lgie de ce Dictionnaire-

(P. J0t.LT.)

I GLOSSITE, s. {. , glossitis , de 7>t<j7T« , langue; inflammation delà langue. ; Peu d'organes sont plus vasculeux, plus sensibles, liés aux viscères abdojrainau.x par des sympathies plus étroites , et par conséquent, plus disposés que jla langue à contracter 1 inflammation. Uni au reste de la bouche par la même membrane muqueuse , ainsi que par la communauté des nerfs et des vaisseaux^ jcet organe participe en outre à la plupart des inflammations qui affectent les ! gencives , les joues , le palais ou les glandes salivaires. La langue participe donc à l'irritation toutes les fois que, par suite de lusage d alimens acres, de lin- I gestion de substances corrosives, de l'emploi immodéré du mercure, ou de [toute autre cause analogue, i'ai>pareil bucco-salivaire dont elle fait partie I s'affecte avec plus ou moins de vivacité. Il est presque inutile d'ajouter que les causes directes , comme l'impression des caustiques, les morsures , les solutions de continuité produites par des coups de feu , sont également susceptibles île déterminer des glossiles, qui à leur tour restent rarement isolées , et s'accompagnent presque toujours , au contraire , de l'irritation sécrétoire ou de la phlogose sanguine des gencives et des autres parties de la bouche.

Toutes les fois qu'elle est enflammée, la langue rougit à sa surface, devient douloureuse, se tuméfie de manière à remplir entièrement le cintre formé par les arcades maxillaires , et à recevoir sur ses côtés l'impression des dents. La

DiCT. DE MtDEClMJ ET UE CuiRL'liCIi: PRATIQUES.

déglutition et la parole deviennent difficiles et quelquefois impossibles. Souvent la surface de la langue exhale une mucosité sanguinolente qui s'y dessèche et la recouvre d'une croûte fuligineuse épaisse et tenace. Cbez la plupart des sujets , une salive abondante , mêlée à des mucosités buccales, acres, odorantes, ou même fétides , est incessamment versée au dehors. Enfin, il n'est pas rare d'observer , après un temps variable, quelquefois fort court, sur les côtés de la langue des érosions superficielles, gri^âtres, excessivement douloureuses, ordinairement placées le long de la ligne où la membrane muqueuse du dos de l'organe se contourne en bas, et devient moins épaisse pour tapisser sa surface inférieure. Ces ulcères acquièrent, en certain cas, une grande profondeur, s'entourent avec le temps de duretés squirreuses ; et, cntrenus par des causes permanentes, telles que la saillie inégale de quelques dents, revêtent tous les caractèi-es de l'état cancéreux.

Mais indépendamment de ces inflammations, idiopathiques on déterminées par le jeu des sympathies , et qui affectent spécialement les parties superficielles de la langue, cet organe est susceptible de présenter encore un autre état morbide , désigne sous le norn de glossite profonde, mais qu'il convient mieux de nommer congestion sanguine, ou congestion apoplectique. Delamalle et Louis ont observé cet élal cî'.cz des sujets atteints d'esquinancie compliquée d'une grande difficulté de respirer ; on l'a remarqué aussi pendant la durée de fièvres dites malignes ou putrides , ainsi que chez des sujets convalescens de ces affections; il compli([ue quelquefois aussi l'apoplexie, certaines asphyxies produites par le gaz acide carbonique , ou la strangulation : enfin , il a paru provoqué par par l'impression de matières délétères , telles que celles que fournit le charbon, et même , dit-on, parla bave du crapaud. Selon A. Paré, deux hommes, ayant bu du vin dans lequel ils avaient fait infuser de la sauge pour la laver, furent atteints de gonflement énorme de la langue, de vertiges, de défaillance , de vomissemens, puis d'une enflure de tout le corps, et moururent. M. Dupont rapporte avoir vu la langue se luméfier rapidement et menacer de pi oduire la sufFocation chez un jeune homme qui , par bravade , avait mordu à deux reprises snr nn crapaud, introduit dans sa bouche.

Cette variété de la glossite se déveIop])e presque instantanément, et acquiert en très-peu de temps un haut degré de gravité. La langue rougit et en un petit nombre d'heures, devient bleuâtre, puis brune et noire; elle acquiert souvent uu volume si considérable , que non-seulement elle remplit la bouche, refoule le voile du palais en arrière, applique sa base et l'épiglotte sur le larynx , et apporte un notable obstacle à l'entrée ainsi c[u'h la sortie de l'air pendant la respiration, mais qu'elle fait au dehors une saillie de plusieurs pouces à travers les mâchoires écartées et les lèvri's distendues. La congestion s'étend presque toujours alors au plancher de la bouche et à la face inférieure de la langue, de manière à produire sous la mâchoire inférieure un gonflement plus ou moms considérable et résistant. Par suite de cet état de turgescence, la déglutition est souvent impossible; la sulTocation devient imminente; le visage se gonfle, s'injecte , et la mort semble devoir bientôt résulter soit de la compression apoplectique du cerveau, soit delà suspension inévitable du mouvement respiratoire.

L'état qui nous occupe s'accompagne rarement de vives douleurs; les malades n'éprouvent guère que de l'embarras, de la gêne , et un sentiment local de chaleur et de distension. Le pouls est plein , dur et lent , plutôt que vif et accéléré. L'agitation est quelquefois Irès-grande ; mais elle dépend surtout de l'obstacle que la tuméfaction de la langue oppose à l'exercice de la déglutition et de 1-T respiration. La stase du sang dans le cerveau et ses membranes tend à déterminer un état comateux plus ou moins marqué , qui s'ajoute à l'asphyxie commençante . et rend l'innervation de plus en plus lente et difficile.

La glossite idiopathique, déterminée par des causes irritantes directes, telles que des blessures , l'action du calorique et des substances cautérisantes, n'est presque jamais une maladie grave. La texture de la langue et sa situation dans une cavité chaude , humide, incessamment baignée par la salive, sont autant de circonstances qui favorisent ia terminaison heureuse et prompte de son inflammation , ainsi que la rapide cicatrisation de sa plaie. Si cependant la rougeur était vive , la douleur intense, le gonflement considérable, la saignée générale et l'application des sangsues à la face inférieure de l'organe , seraient employées avec avantage pour combaltre ces accidens. Des collutoires éraolliens, l'usage exclusif de bouillons , de bouillies ou d'autres alimens mous , un silence absolu, sont autant de moyens propres à favoriser la tendance des mouvcmens organiques vers la guérison.

Si , malgré ces soins , nn abcès se formait , ce qui est rare , dans le tissu de la langue , il faudrait , après l'avoir laissé arriver au point de maturité , pratiquer sur sa partie saillante, une incision longitudinale suffisante pour obtenir l'évacuation du pus. Après celte opération , toujours fort simple, et dont le procédé est facile à comprendre, la plaie doit être abandonnée à elle-même , et de simples gargarismes, émoUicns , puis détersifs, suffisent pour en obtenir l'oblitération. J'ai extrait, après les journées de juin dernier, une dent canine qui avait été projetée par un coup de feu reçu à la bouche , jusqu'au centre de la substance de la langue. Le blessé était d'ailleurs guéri de toutes les lésions extérieures , lorsqu'il me fit voir sur le côté de cet organe, un point fistuleux d'où s'écoulait un peu de suppuration, et qui communiquait avec le corps étranger, lequel fut retiré après un léger débrideraent. La cicatrice était complète quelques jours après.

Lorsque la langue partage avec les autres parties de la bouche et les glandes salivaires un état inflammatoire plus ou moins grave, comme lors des salivations mercurielles, la glossite n'exige pas de traitement .spécial. Elle guérit par

GOITRE

ÔOITRË.

l'emploi des moyens que 1 on oppose à l'affeclion plus étendue dont elle fait partie. {Foyez Stomatite.)

Les "lossites sympathiques de l'irritation du pharynx , de Testomac ou des intestins , ne réclament d'autre traitement local que l'usage des gargarismes émolliens; leur guerison repose spécialement sur l'administration des moyens propres à combattre les afluctions plus importantes et plus prolondes qui les entretiennent. L'habileté pratique du médecin consiste, dans tous ces cas, à remontera l'origine de la maladie , à distinguer les cas où elle est subordonnée de ceux où elle a une existence propre ; ce point de diagnoslic étant une fois exaclemeut établi, le traitement devient manifeste et manque rarement son effet.

La congestion sanguine ou apoplectique de la langue constitue une affection plus effrayante que dangereuse , si le sujet est à portée de recevoir de prompts secours. Dans ces cas , dont la marche est si rapide , il ne faut pas craindre de pratiquer immédiatement sur la langue tuméfiée, brune ou noire et saillante, deux taillades profondes, étendue? de sa base à sa pointe, et qui pénètrent jusqu'au centre de sa substance. Il est rare que trois incisions soient nécessaires. Un écoulement de sang fort abondant succède à l'opération , et l'organe ne tarde pas à reprendre ses dimensions premières , ainsi que la liberté de ses fonctions. Tous les chirurgiens ont remarqué alors que, par suite de ce retrait des parties tuméfiées, les incisions les plus considérables et qui semblaient le jilus exagérées , se réduisent à de simples égratignures dont la guérison s'opère sans la moindre difficulté; on aide toutefois à cette guérison par l'usage intérieur des délayans et par l'emploi local de gargarismes acidulés et résolutifs. On peut considérer ce traitement comme spécifique dans les cas qui nous occupent : il ne manque presque jamais de produire un soulagement aussi rapiile que l'avaient été l'invasion et l'accroissement du mal lui-même. Mais pour qu'il produise ces heureux résultats , il faut que les incisions soient pratiquées aussitôt que la tuméfaction de la langue se manifeste à un degré considérable. Toute temporisation serait nuisible , d'abord parce que les résolutifs les plus puis- .sans ne feront pas obtenir en plusieurs jours ce que l'instrument tranchant, dont l'action est simple et sans le moindre inconvénient, procurera en quelques Leureî ; ensuite, parce que durant le temps que l'on perdra en stériles médications , ce gonflement peut faire des progrès et entraîner , ou la mort par suffocation , ou un tel désordre dans l'action cérébrale , que les incisions , tardivement pratiquées, ne puissent plus ranimer la vie du sujet. En supposant d'ailleui's que des résultats aussi graves n'aient pas lieu, le sang qui engorge le tissu de la langue, et qui , d'abord liquide et circulant, pouvait être aisément évacué par les taillades, se combine avec les élémens solides de l'organe et y détermine un état d'induration toujours lent et didicile à se dissiper. Quelquefois même l'inflammation aiguë succède à la congestion simple , et l'organe surpris en quelque sorte par l'irritation pendant que son tissu est ainsi affaibli et distendu , se trouve menacé de gangrène. On possède des exemples de sa mortification partielle produite par cette cause chez des sujets exposés à l'influence du CHARBON , ou coiivalcscens de fièvres malignes. Dans ces cas , les plus graves que la glossite puisse présenter , on doit ajouter aux larges incisions qui ne doivent pas être ménagées, l'application du cautère actuel sur le point que la tuméfaction charbonneuse afl'ecte , et qui est déjà atteint d'un commencement de gangrène. Des collutoires chlorure's ou aiguisés avec les acides minéraux , combinés avec les moyens que réclame l'état général de l'individu, constituent le traitement le plus convenable , le plus propre à arrêter les progrès du mal et à hâter sa marche rétrograde vers la guérison. (Foj-ez Charbon et Gan-

CnÈKE.) (L.-J. BÉGIN.)

GLUTEN, t^ojez Contrepoison.

GOITRE. Trachéocèle ; bosium ; gongroma ; thyrocèle, bronchocèle; gros cou; grosse gorge ; struma; nata ; tyropUraxis ; tliyroidite, guëguccbo ; guttur tumidum ; hernia gulturis.

Le goitre , proprement dit , consiste dans 1 hypertrophie , sans altération, du corps thyroïde; nous devons donc renvoyer a l'article Thyroïde toutes les considérations relatives à la structure, aux fonctions présumées de cet organe , et aux diverses lésions qu'il peut présenter , et qui offrent , avec la maladie qui nous occupe divers degrés d'analogie. Malgré les travaux nombreux oui ont été publiés sur ce sujet , nous ne pouvons donner ici qu'un tableau souvent incomplet : en effet , le goitre est fort rare à Paris , et peu de praticiens ont été à même de l'observer d'une manière suivie ; aussi l'appréciation juste , mais sévère, de ce qui a été écrit par nos devanciers et par ceux de nos contemporains qui se sont exercés sur celte ailcction , sera peut-être le seul service que nous puissions rendre à 'a science , dont les assortions hasardées servent si mal les intérêts. Car la pathologie d'un organe dont les fonctions sont presque inconnues , est naturellement peu avancée ; et la thérapeutique de ses afl'ections ne présente guère qu'une série de conjectures et d'expériences plus ou moins heureuses.

Bien qu'on ait assigné au goitre un assez grand nombre de causes , il en est peu qu'on puisse considérer coniuie le produisant d'une manière constante. Ainsi l'usage des eaux provenant de la fonle îles neiges ou chargées de sels cal- Ciiircs, I habitation des montagnes et des pays fi oids , humides et soumis à de fréquentes variations atmos|iliériques , ne sauraient être donnés comme des causes positives , puisqu'on voit le goitre être très-fréquent dans des lieux où régnent des conditions parl'ultoment inverses de celles qui viennent d'être indiquées.

Cependant, de l'examen attentif des auteurs qui ont écrit sur le goitre, est résultée pour nous l'opinion ([ue les lieux encaissés , dans lesquels l'air n'est pas renouvelé par les vcuts , et où règne constamment une température

assez douce et favorable à la culture des arbres fruitier.i , mais en même tem une grande humidité , sont les plus favorables de tous au développement tj rj goîlre. Tous les âges peuvent en être atteints , mais l'enfance et la jeunesse r, sont plus exposés. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes, et cet] |' différence est attribuée par quelques auteurs à l'usage où elles sont de port le col découvert. Ils donnent comme preuve de cette opinion que de jeun> femmes goitreuses ayant pris le costume monastique ont été débarrassées ( leur infirmité. Un médecin de Guatimala affirme que l'usage de la cravate y notablement diminué le nombre des hommes atteints de cette difformité qu' dans ce pays , d'ailleurs soustrait à l'influence des causes signalées plus hau mais placé de manière .t jouir d'un pi inleinps perpétuel, affecte toutes les class de la société , et s'étend même à quelques espèces d'animaux domestiques , l chiens et les chevaux , par exemple.

Il ne parait pas prouvé, quoi qu'on en ait pu dire, que le goitre soit plus fr qiient chez les sujets d'un tempérament lymphatique ; et l'opinion populaià Guatimala, en vertu de laquelle les jeunes filles dont le col est un peu lon{ trouvent diflicilement à se marier, parce qu'on craint de les voir devenir gc tixîuses à l'époque de l'accouchement , nous semble mériter un examen plus a profondi. Les scrofuleux même, qui n'en sont pas plus exempts que les autr individus , n'en sont cependant atleiats ni plus fréquemment, ni d'une m nibre plus grave que les autres. S'il est vrai que la pluralité des crétins soie affectés de goitre, il est également vrai qu'il y a des crétins non goitreux, surtout qu'il y a une foule de goitreux absolument étrangers au crét nisme.

L'influence des efforts sur la production du goitre est un peu mieux établii on en cite qui sont survenus après que les malades avaient soulevé des fardeai ou bien à la suite des cris et des contractions violentes au.xqnels donne lieu l'a eouchement. Quelques auteurs signalent anssi les passions vives et les chagrin comme causes déterminantes. Mais ne faut-il pas quelque chose de j)lus ? cari est de ces causes qui agissent partout : tandis que le goitre ne se montre q dans certaines localités , et d'une manière en quelque sorte endémique.

La misère et la malpropreté , si l'on en croit d'habiles observateurs , faV' risent puissamment le développement de la maladie : et néanmoins on la trou: fréquemment dans des familles aisées? où les lois de l'hygièue sont général ment observées. N'est-il pas bien difficile de prononcer, lorsque les opinio; contradictoires sont présentées par MM. de Humboldt et Magendie, MM. Coii det et Fodèré ?

L'hérédité du goitre est un fait plus facile h constater et sur lequel on trou' plus d'accord; en général , on a remarqué qu'il naissait des enfans goîtrei d'un père et d une mère affectés de goitre. Le père seul ou la mère seule tran mettent moins cette infirmité que cl ans lecas précédent. Il parait d'ailleu qu'elle se produit encore plutôt dans la ligne paternelle, et que cela a lieu d'à tant plus sûrement que deux générations successives ont été atteintes. On ma; que d'observations pour constater si l'hérédité a lieu seulement dans le pay. ou si elle est continue , malgré l'émigration. Le fait le plus positif qur résul de tout ce qu'on peut consulter sur ce sujet, est le caractère d'endémicité qu présente presque constamment. Le goitre sporadique est une affection vériti blement très-rare. Mais ce cjui fait le désespoir de lobservafeur exact, c'c qu'il se produit sous des influences locales souvent tout-à-fait opposées. Peu être que des recherches dirigées spécialement dans ce but amèneraient des ri sultats plus concluans , en montrant des différences réelles entre des lieux c l'on avait cru trouver jusqu'à présent une similitude parfaite.

Une tumeur plus ou moins dure , située à la partie antérieure et inférieui du col, et présentant en général la forme qu'on sait appartenir au corps Ihj roîde , constitue le symplôinc fondamental et caractéristique de la maladie qi nous occupe. Des phénomènes accessoires dépendant de la compression que . tumeur exerce sur les parties voisines, peuvent se manifester, et varient suivai sou volume, sa position et sa consistance. Il est rare que le goitre vienne d'une m nière rapide ; le plus ordinairement les malades ignorent l'époque de son début < ne s'en aperçoivent que quand il a déjà un volume assez considérable pour caus( quelque gêne ou quelque diflbrmi té sensible à l'œil. On en peut être atteint, dit oi à tout âge; mais le plus grand nombre des cas a été observé chez de jeunes sujet) quelques-uns même chez de très-jeunes enfans. Une fois développée, la tumeur fa des progrès d'une manière irrégulicre ; elle s'arrête dans son accroissement pendant un temps plus on moins long , et reprend ensuite un nouvel essor : el peut acquérir un volume très-considérable , et descendre jusque sur la poitrit et même sur le ventre. Mais ce sont des cas très-rares. D'aillenrs les divers* parties de la glande thyroïde s'hypertrophient inégalement : ce qui détermii! des variétés de conformation. On ne saurait dire , a priori , jusqu'il quel poir la maladie peut aller ; et elle s'arrête dans son progrès , sans qu'on puisse sai voir pourquoi elle devient stationnaire : comme on n'a pas su découvrir I cause de son origine. Lorsque l'accroissement maladif du corps thyroïde at teint uu certain degré , la compression qu'il exerce sur les parties voisines CD' traîne la gêne de la respiration et de la déglutition , l'altération de la voist quelquefois même une gêne dans le cours du sang : d'où résultent des congés lions plus ou moins graves vers les parties supérieures. Ces accidens sont d'ail tant plus graves que la tumeur, au lieu d'être extérieure, se rapproche davaiK tage de la colonne vertébrale. C'est la variété du goitre qu'on a désignée ps le nom de goitre en dedans.

A moins que le goitre n'ait subi une désorganisation intime, que l'inflammoi tion ne s'en soit emparée à l'occasion de circonstances diverses, il est ex<!m[ de douleurs; il est même insensible à une pression modérée. La peau qui 1

GOITRE

GOITRE

econvre est exempte d'allération ; elle conserve la couleur qui lui est propre, ;t subit seulement une légère distension qui semble l'amincir.

La durée de cette maladie est presque illimitée. Lorsqu'elle est arrivée à 'état stationnaire , elle constitue une infirmité encore plus désagréable que éellement incommode , et surtout assez dangereuse pour motiver des tentaives de giiorison souvent fimestes.

La résolution s'est quelquefois opérée par les seules forces de la nature, )u plutôt sans le secours d'aucun agent médicamenteux; et en examinant les aits dans lesquels a eu lieu cette heureuse terminaison , on est porté à croire ju'elle a été favorisée par le changement d'air : moyen dont 1 action inexpli- ;iiblc est cependant si efficace dans d'autres maladies encore ; d'autrefois , des naladies incitlentes ou les révolutions produites dans l'économie par les progrès de l'âge semblent en avoir été les causes déterminantes.

La suppuration se développe quelquefois aussi dans le goitre d'une manière ilus ou moins aiguë , et entraîne sa fonte partielle ou totale, laissant après soi ine plaie fisiuleuse qui peut être longue à guérir. Enfin , et c'est le cas le plus Ji'favoraLIc de tous , les parties malades peuvent subir une dégénératiou can- :ereuse dont il est facile de prévoir les sinistres conséquences. De toutes les crminaisons qui viennent d'être indiquées , la plus commune est la transfornation en une autre affection ; car nous n'appellerons pas terminaison par nduralion , suivant le langage de l'école , ce qui n'est pas une terminaison, est-à-dire la persistance de la maladie.

Le goitre atteint son terme, dans quelques circonstances rares, au bout de niquanle ou soixante jours ; délai bien court , si l'on observe que le plus souent la tumeur continue h prendre de l'accroissement pendant plus de vingt iHs; mais une fois arrivée h un certain point , elle s'arrête , et ne présente plus fue quelques alternatives d'augmentation et de diminution à peu près proporlonnelles , lesquelles coïncident , d'après les observateurs, avec le plus ou le lioins d'humidité de l'atmosphère.

i Be aucoup de tumeurs peuvent être au premier abord confondues avec le foître; et cette analogie d'aspect est peut-être la cause des mcpiises qu'ont |>ites plusieurs praticiens, et dont quelques-unes ont été funestes aux malades, jln anévrysmc peut être situé à la partie antérieure du col ; un paquet de san- (lions lymphatiques peut s'y être développé , de même qu'une tumeur graiseuse , un kyste hydalidique, un abcès par congestion , un œdème, enfin un lonflement emphysémateux. Chacune de ces tumeurs présente des phénomènes aractéristiques qui lui sont propres , et qui, joints à l'exploration générale et ux inductions commémoratives , doivent fournir des lumières suflisantes. Eu- !u, la tumeur formée par la simple h3'pertrophie de la glande thyroïde conerve généralement la forme qui est propre à ce corps, et suit les mouvemeus [u cartilage thyroïde auquel elle est intimement unie. Mais on conçoit que ce igue ne saurait avoir la valeur absolue, que lui veulent donner certains aueurs ; puisque , d'une part , le développement inégal des lobes peut changer otaiemeut la forme , et que , d'autre part , des tumeurs étrangères au goitre icuvent adhérer assez au cartilage pour se mouvoir avec lui ; enfin que , d'un utre côté , les mouvemens de totalité disparaissent quand le goitre est trop olumineux.

Sous le rapport du pronostic , l'expérience a montré que le goitre est une ffection assez peu grave quand elle est exempte de complication. Beaucoup de ujets le portent pendant toute leur vie sans en éprouver aucune incommodité, i ce n'est celle qui résulte de son volume et de son poids ; ils ne demandent ;uère à en être débarrassés qu'à raison de considérations toutes morales. On sait [ue dans quelques pays le goitre est même considéié comme un agrément. )uant aux transmutations qu'il peut subir , les chances qui en résultent sont xposées aux articles Piileomok et Cakcer, et peuvent être facilement préjuées d'après la structure et les fonctions des parties affectées. Relativement ux probabilités de guérison, soit spontanée , soit obtenue par le secours de 'art, elles sont d'autant plus grandes : 1° que le goitre est moins ancien; 2o qu'il 'est développé plus rapidement chez des sujets plus jeunes et non isssus de larens goitreux. Les tuineuis les plus volumineuses ne sont pas les moins failes à vaincre, pourvu qu'elles ne consistent que dans une simple hypertroihie. Enfin on a d'autant plus lieu d'espérer du succès que l'on est près de l'éloque de la puberté , et surtout qu'on peut faire abandonner au sujet les locaités dans lesquelles la maladie a commencé à paraître.

L'anatomie pathologique du goitre proprement dit est assez bornée. Le corps hyroide se montre alors hypertrophié d'une manière générale ou partielle ; les obes et les lobules dont il se compose sont plus volumineux ; les vaisseaux et es nerfs qui s'y rendent sont plus développés, et néanmoins toutes ces parties ic semblent pas éloignées de l'état sain D'autres'fois la tumeur incisée laisse couler un liquide jaunâtre et un peu visqueux assez abondant, et contenu dans ine foule de vésicules membraneuses demi-transparentes, qui paraissent être es granulations de la tumeur ayant acquis un volume anormal. Il n'est pas de tton sujet de décrire ici les lipomes, les squirrhes , les cancers , les hydatides, es kystes remplis de matières diverses; les concrétions cartilagineuses ou oseuses qui peuvent se rencontrer dans les tumeurs situées à la région thyroïlienne.

La thérapeutique du goitre ne présente qu'obscurité et qu'incertitude , mal- ;ré les assertions pompeuses des auteurs qui, prétendant avoir découvert le emètle spécifique de cette affection , multiplient les observations de succès, klais pour procéder méthodiquement et pour arriver à des résultats vraiment itiles , il faudrait une série de travaux qui n'ont pas encore été entrepris , et îans lesquels on commencerait par bien constater la nature de la maladie à la

quelle on a affaire , distinguant avec soin toutes celles qui, présentant des analogies de forme, sont cependant susceptibles d'une guérison simple et prompte. Les précautions hygiéniques recommandées généralement, et qui, en tout cas au moins, ne peuvent qu'être salutaires, sont celles que l'on a coutume de conseiller contre l'état lymphatique, auquel succède trop souvent l'affection scrofuleuse. 11 est tlifficile d ailleurs d'indiquer autre chose que des moyens généraux de ce genre lorsqu'on possède aussi peu de lumières sur la véritable caus<; de la maladie. La recommandation de transporter les sujets goitreux hors du pays où leur maladie est endémique , île faire nourrir dans les montagnes et par des femmes non goitreuses les enfans auxquels on aurait lieu de supposer une disposition héréditaire , est judicieuse et basée sur l'observation des faits. Il est également prudent de conseiller aux personnes placées dans ces deux catégories , d'éviter les efforts violons, les cris , le jeu des instrumens à vent et tout ce qui peut mettre les voies aériennes dans un état de distension qui a paru souvent avoir de mauvais effets. L'usage des \êtemens qui garantissent le col de rim]iression du froid doit leur être également recommandé d'une manière parliculière.

Le traitement proprement dit se compose de topiques divers appliqués sur la tumeur elle-même; de l'usage interne de certains médieamens, au moyen d<;3quels on espère agir sur la nutrition et sur l'absorption; enfin d'opérations chirurgicales par lesquelles on a enlevé le goitre en tout ou partie, ou bien on a tenté de le détruire sur place ; enfin par lesquelles on a voulu provoquer sa fonte suppuratoire ou amener son atrophie. Examinons ces divers procédés et les succès réels obtenus par chacun d'eux.

Parmi les moyens topiques , les uns fournissent à l'absorption des molécules médicamenteuses ; tandis que les autres , agissant principalement sur la peau , y exercent une irritation révulsive. Dans la première se placent les frictions mercurielles : moyen actif, mais que la salivation qui survient avec raj)idité empêche d'employer d'une manière suivie ; les onctions avec les linimens camphrés, ammoniacaux, opiacés , qui ont paru avantageux, dit-on , dans le goitre commençant , lequel , ainsi qu'on l'a vu , guérit assez souvent de lui-même • mais qui sont insudisans pour peu que la maladie soit ancienne et opiniâtre. On peut y ranger aussi les applications pulvérulentes par lesquelles on prétendait absorber les parties les plus liquides de la fumeur, et parmi lesquelle.'s le collier anti-goitreux de Morand , formé de folle-fleur de tan, de cendres et d'hydrochlorate d'ammoniaque, cousus entre doux étoffes, a joui d'une certaine réputation. Agissent-ils seulement en garantissant la tumeur du contact de l'air, ou bien à raison de quelques principes médicamenteux qui seraient absorbés? La première supposition parait la plus probable. C'est dans le même sens qu'opèrent les emplâtres de ciguë , de savon diabotanum , et même l'emplâtre de Vigo. Néanmoins , les assertions des auteurs, et l'expérience journalière s'accordent à faire regarder ces médications extérieures comme fort peu promptes dans leur action , et comme totalement impuissantes quand la nature ne fait pas en très-grande partie les frais de la guérison. On peut faire plus de fonds sur les vésicaloires appliqués à plusieurs reprises , et dont les plaies pourraient servir d'ailleurs à introduire quelques médieamens.

L'usage interne de divers médieamens auxquels on a reconnu ou supposé une efficacité particulière contre le goitre est fort généralement accrédité. Riais c'est surtout l'éponge calcinée qui a joui depuis long-temps d'une grande vogue ; on la donnait eii pastilles, qu'on recommandait de laisser fondre dans la bouche , dans la pensée, peu en rapport avec les connaissances anatomiques, et qui n'est pas non plus appuyée sur les faits, que l'absorption eu portait les principes actifs immédiatement sur les parties malades. D'ailleurs on y joignait le soin de tenir le col habituellement couvert , l'emploi réitéré des purgatifs , et l'émigration , moyeu puissant , et qui , à lai seul , compte des guérisons assez nombreuses.

Ce traitement suffit long-temps aux besoins de la pralique : il avait des succès, ou bien il faudrait accuser de mauvaise foi les auteurs; car sous son influence on voyait le goitre se dissiper en quinze à vingt jours (Fodéré). Il parait néanmoins qu'il n'en était pas toujours ainsi , puisqu'on a cherché des agens plus énergiques et plus sûrs. On n'y a pas réussi , et les essais faits avec les carbonates alcalins , les savons , le sulfure de potasse , n'ont pas répondu aux espérances des expérimentateurs.

Lorsque l'iode fut découvert, et qu'il eut été reconnu comme l'élément actif de l'éponge, on l'administra séparément et l'on en obtint de bons résultats. Les expériences de RI. Coindet sur l'iode , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur dans le goitre, ont eu des succès extrêmement remarquables, puisque, sur cent cas, plus des deux tiers furent terminés par une complète guérison. On verra dans l'article Iode la manière d'employer ce médicament, et les précautions qu'exige son administration. Nous ferons remarquer seulement ici que , très-fréquemment, il survient dans la tumeur un mouvement inflammatoire qui a une grande disposition à se terminer par la suppuration. En général, dans les cas favorables , après une huitaine de jours de traitement, la peau qui couvre la tumeur devient moins tendue et semble s'épaissir : celle-ci se ramollit d'abord avant que de diminuer. Quelques jours plus tard , le ramollissement devient plus évident. Les lobes du corps thyroïde deviennent plus distincts. Quelquefois des symptômes inflammatoires trop actifs viennent exiger l'emploi des antiphlogistiques ; mais quand ils ont cessé , la résolution a fait des progrès. Diverses préparations d'iode, soit simple, soit associé à d'autres médieamens, ont été employées; mais il n'y a pas eu d'e.xpériences comparatives assez précises pour motiver une préférence exclusive, que l'enlliousiasme et peut-être d'autres motifs auront voulu établir dans la pratique.

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