GOUDRON
ou groupées , leur marche est inégale entre elles, et elles se succèdent quelquefois d'nne manière désespérante; nous en avons vu se reproduire successivement pendant des mois, des années. Nous en avons en ce moment sous les yeux, à l'hôpital , des exemples fort remarquables. La résolution termine rarement ces tumeurs. Nous dirons que ces abcès ne sont pas plus caractéristiques de la maladie syphilitique que les gommes avec lesquelles elles ont quelque rapport de marche et de terminaison, mais dont le siège est différent.
Quoi qu'il en soit de la manière d'envisager la nature intime de ces fumeurs , on a été jusqu'à présent dans l'usage de les attribuer au virus vénérien , et cela sans preuves plus positives que colles au moyen desquelles on prétend établir l'origine vénérienne des exosloses. Les auteurs mêmes s'accordent à les regar- <ler comme un signe d'infection ancienne et devenue constitutionnelle ; mais ce sur quoi ils n'insistent pas suffisamment, c'est qu'elles se manifestent le plus communément chez des sujets faibles et dont la constitution est détériorée par une maladie longue , opiniâtre , et contre laquelle on a employé infi uclueusement des agens thérapeutiques d'une grande énergie, et administrés d'une manière peu mesurée. Cirillo les attribue même positivement à l'abus du mercure; mais celte assertion n'est pas démontrée d'une manière plus satisfaisante que celles qui lui sont opposées.
Les tumeurs gommeuses débutent généralement comme des exostoses , par des douleurs plus ou moins considérables et auxquelles le malade, occupé d autres souffrances , ne donne pas toujours une grande attention. Elles occupent les parties des os qui , étant peu recouvertes de parties molles , sont par là plus exposés aux chocs extérieurs , comme à la tète, au sternum, aux côtes, aux avant-bras, aux jambes. Graduellement un peu de gonflement se manifeste, et l'on voit la peau se soulever , mais sans changement de couleur, et d'une manière circonscrite. La pression excite un peu de douleur, et fait sentir une fluctuation obscure, comme celle que produit un liquide épais renfermé dans un kyste.
La maladie qui rarement est bornée à un seul point, marche avec une extrême lenteur ; on la voit persister pendant des semaines et des mois entiers, à moins que des circonstances accidentelles ne viennent y activer l'inflammation et y déterminer , soit un mouvement de résorption , soit une fonte purulente complète et rapide. Quand l'affection est abandonnée à elle-même , le plus ordinairement la peau finit par s'amincir et s'user; alors ou elle s'ouvre spontanément, ou bien on pratique l'incision qui donne issue à une matière blan* châtre et comme mucilagineuse , ((ui n'est autre chose que cette lymphe plastique , base première des exostoses comme aussi du cal dans les fractures , laquelle d'ailleurs est plus ou moins altérée. Si l'on examine l'os que cette ouverture a mis à découvert, on le trouve quelquefois altéré; mais plus souvent peut-être, la lésion du tissu osseux n'a lieu que par suite du contact de l'air. Il est à peine nécessaire de rappeler les conséquences de cette maladie secondaire; mais quand la carie de l'os est primitive , au lieu de cette matière mucilagineuse, c'est du pus plus ou moins bien élaboré qui s'écoule de l'ouverture ."spontanée ou artificielle , et les divers moyens d'exploration font reconnaître la lésion dont l'abcès n'était que le symptôme.
11 n'est pas ordinaire , au moins aux médecins qui ont quelque expérience des affections dites syphilitiques , de laisser les choses en arrivera ce point; mais ils ont trop souvent encore à observer et à réparer les résultats d'un traitement mal dirigé. Telles sont des altérations plus ou moins profondes des os, d'où résulte la perforation des cavités importantes, des fistules difficiles à guérir, et d'autres accidens graves qui n'ont guère lieu sans que la constitution en soit plus ou moins détériorée.
Il n'entre pas dans le plan de cet article de décrire toutes les conséquences de celte affection ; on sent qu'elles peuvent varier suivant son siège , son étendue, son ancienneté , et les moyens thérapeutiques par lesquels on a tenté d'y remédier. Il suffit de dire qu'elles peuvent aller , dans quelques cas, jusqu'à produire la mort par l'enchaînement de maladies successives survenues chez des sujets généralement affaiblis.
Le diagnostic des tumeurs gommeuses considérées sous le rapport de leur nature , est facile à établir si l'on en croit les auteurs. « En effet , disent-ils , » elles sont toujours accompagnées d'autres symptômes de la maladie ; elles » coïncident avec des pustules cutanées de diverses espèces , des ulcères ronn geans à la peau , des exostoses , des engorgemens variés ; les malades sont » maigres , affaiblis ; les fonctions sont détériorées , le teint est pâle et plombé ; » tout l'individu est dans un état de souffrance. » Cependant ce signalement est plus qu'équivoque, et or. est obligé de convenir avec nous que les tumeurs dites gommeuses n'ont point de caractères tranchés et propres à signaler leur origine, puisqu'on est obligé d'invoquer des coïncidences bien incertaines et qui peuvent être toutes fortuites. Le succès du traitement mcrcuriel lui-même n'est plus une preuve aux yeux des observateurs éclairés et impartiaux. Il y a d'ailleurs peu »le maladies avec lesquelles on puisse confondre les tumeurs gommeuses; et il ne saurait guère y avoir d'équivoque importante lorsqu'on procède convenablement à l'examen des malades.
Le pronostic de lu tumeur gommeuse, isolément considéré, n'a pas beaucoup de gravité; lorsqu'elle est unique, qu'il n'y a pas de lésion de l'os sous-jacent, point de fistules ; que le sujet n'est pas dans des conditions fâcheuses de débilité et d'cpuisement, l i guérison est assez facile à obtenir, ce qui n'a pas lieu dans les circonstances opposées. Quant à l'indispensable nécessité du traitement mercuncl consacré par les auteurs les plus estimés, non-seulement elle est contraire à l'observation des faits, mais encore l'opinion qu'on s'en est faite dans la pratique a souvent eu les pUis funestes résultats.
Loin donc de dire que le mercure tant h l'intérieur qu'à l'extérieur doit toujours former la base du traitement des fumeurs gommeuses , nous pensons que s'il peut être quelquefois tenté , on ne doit pas y avoir recours de prime abord, moins encore l'administrer sans de grandes précautions. j
Le traitement général doit marcher en première ligne sans pour cela que le traitement local soit négligé. Employés l'un sans l'autre, ils ne sauraient avoii de succès ; c'est pour avoir méconnu cette vérité que les partisans exclusifs dt l'une et de l'autre méthode ont été si souvent trompés dans leurs espérances Le traitement général doit être établi d'après la disposition du malade, et aucun principe absolu ne peut être donné à ce sujet. Tel en effet , débilité par di longues souffrancesou par des médications intempestives, a besoin de toniques d'excitans , d'un régime substantiel , de l'exercice et du grand air ; tel autre en proie à un état inflammatoire plus ou moins aigu, réclame un traitemen dirigé d'après des vues tout opposées aux précédentes. Nous avons souveiij réussi, on nous conduisant ainsi, à guérir des malades qui avaient ete vaine ment traités par d'autres méthodes. D'ailleurs nous n'avons pas vu que les mé tbodcs dites spécifiques , par le mercure ou les sudorifiques , produisissent eij pareil cas ces améliorations rapides et durables que leurs partisans aveugles ni| cessent de proclamer, et que nous avons nous mème observées dans des af fections de nature syphilitique bien constatées. 11 faut savoir en somme, pouj apprécier avec justice les moyens thérapeutiques employés, que la maladie quj nous occupe est g;énéralGment de difficile guérison. Pour ce qui concerne lej tumeurs considérées isolément, des indications diverses se présentent au praj ticien. Dans les cas les plus simples , quand les tumeurs sont peu nombreuses ( que les symptômes inflammatoires s'y montrent assez énergiquement , le repoi l'application de quelques sangsues , de cataplasmes émolliens , ou même d'u ' emplâtre adhésif simple suffisent pour amener la résolution. Quand la tumeu est plus ancienne et indolente , des frictions excitantes, des emplâtres de mem, nature, des onctions mercurielles (employées ici comme moyen réactif ou enei gique ) , et des vésicaloires volans mis plusieurs reprises sur la tumeur , n sont pas moins utiles , bien que ces agens n'opèrent alors que d'une manieti lente. Lorsque l'on n'a pas pu éviter la suppuration , on y donne issue tanldj par une incision , tantôt par une applicaliou de potasse caustique, suivant qu' existe un amincissement plus ou moins considérable de la peau. Si après avo; ouvert le foyer on découvre une lésion de l'os , on y remédie suivant les pri ceptes exposés aux articles Carie et Nécrose, et que nous ne devons pas repr duiré ici. La plaie simple qui succède à l'opération a-t-elle dégénéré en fistul on emploiera, suivant les indications , les injections stimulantes , une comprei sion méthodique, des cautérisations superficielles pour obtenir une cicatrice qui peut être aussi bonne, aussi régulière et aussi solide que dans tout auti circonstance, pourvu que le sujet soit d'ailleurs dans des conditions favorable
(CULLERIER et RaTIER.)
GOKORRHiE, gonorrhœa , de yo-j-ij semence, et de pia, coule, flux c semence. Dénomination inexacte par laquelle on désigna long-temps la blenno rhagieque l'on considérait comme un flux de semence altérée. Une connai sance plus exacte des faits a proscrit cette expression absolument fausse ^ et mis à sa place d'autres noms qui , s'ils ne consacrent plus une erreur grossièri sont loin de représenter convenablement le phénomène auquel ils s'appliquen Quant au flux de semence , seminis pro/luvium , auquel appartiendrait le nOr de gonorrhée , l'usage si souvent contraire à la raison a consacré pour lui nom de pollution auquel on ajoute les épilhètes de diurne et de nocturne, pot le spécialiser. {F'ojez Blehkorrhagie , I'ollution.) (Ccllerier et Ratier.)
GORGERET, s. m. , canalis , duclor canaLiculalus ; instrument fort ec ployé en chirurgie, tantôt comme conducteur, comme lorsqu'il s'agit d'inlr troduire sur sa concavité la tenette destinée à aller saisir et extraire un calc' de la vessie , tantôt comme instrument tranchant , ainsi qu'on le fait dans taille latéralisée par le procédé de Hawkins ; tantôt comme moyen protecte des parties au devant desquelles on le place , tel que le gorgeret de Marche! i ■et de Desault pour l'opération de la fistule à l'anus. Il est aussi des gorgerei suspcnseurs , des gorgerets dilateurs , etc. Leur disposition et leur usage so, décrits aux articles consacrés aux opérations pendant lesquelles on les emploH (^oj-ez Ctstotomie et I'istule.) !
(L. J. BÉGiiî.) !
GOUDRON. C'est un produit de la combustion lente du bois de plusieul espèces de pins , et particulièrement du pinus marilima et du pinus syluestn Quand les troncs de ces arbres ont été épuisés de térébenthine , on dresse leui fragmens au dessus d'une fosse conique , puis on les couvre de gazon et oi met le feu. Le goudron s'écoule dans la fosse, et de là est conduit par un ca dans un récipient. Cette substance se compose de résine mêlée d'huile esseï tielle, le tout à moitié brûlé, d'acide pyroligneux et de beaucoup d'impureti
On s'est' servi du goudron en fumigations , en frictions , et pour la préparj tion d'une eau qu'on administre à l'intérieur.
Les fumigations de goudron ont été préconisées contre la phthisie pulml nairc. Le docteur Madge , médecin anglais , avait , en l"83, attribué les ava tages que quelques phthisiques retirent des voyages sur mer à la vapeur goudron qu'ils respirent à bord du vaisseau. Depuis cette époque, le docte Alex. Crichton a publié un Essai sur l'emploi de la vapeur du goudron coni la phthisie pulmonaire , dans lequel il rend compte des essais, quelquefois h( reux , tentés par lui avec ce médicament. Il tenait nuit et jour dans la chamb du malade un vase où le goudron , échauffé par une lampe , subissait une 1er cbullition. Tous les jours on nettoyait le vase et on renouvelait son contei Ayant remarqué que la vapeur de l'acide pyroligneux excitait la toux , le di j
GRATIOLE.
GRATIOLE.
fleur Crichton neutralisait cet acide en ajoutant une once de sous carbonate de |t)otasse à chaque livre de goudron.
l Un chirurgien anglais , nommé Colville, a rapporté en 1814, dans le Journal
If Edimbourg , c(u'une jeune fille avait clé délivrée d'une affection rhumalis- Dale par des frictions avec le goudron. Il a aussi publié l'observation d'une lévralgie faciale qui avait résisté à des moyens actifs , et que quelques frictions "aites sur la face , avec le goudron , ont promptement guérie. L'eau de goudron se prépare ordinairement eu faisant macérer pendant huit ours une once de goudron dans une pinte d'eau. On agite fréquemment ce ^mélange , puis on le philtre et on conserve ce liquide dans des bouteilles bien ^bouchées. Pendant cette maccralion, le goudron cède particulièrement à l'eau il'acide qu'il contient. Ainsi préparée, cette eau , dont la saveur est assez désagréable , se donne pure ou édulcorée , ou coupée avec du lait. Sa dose est depuis huit onces jusqu'à plusieurs livres par jour.
ji L'introduction de l'eau de goudron dans l'appareil digestif aurait pour effet fimmédiat chez les uns , d'exciter l'appétit , chez quelques autres de causer des ibause'es , des vomissemens et de la diarrhée. Elle provoquerait en outre la sc- Icï'élion des urines , la transpiration cutanée , et produirait une stimulation des {diverses membranes muqueuses.
jl Les auteurs ont particulièrement recommandé l'eau de goudron contre le [Icatarrhe chronique de la vessie, la bronchite chronique, l'asthme, la phlhisie (pulmonaire, certaines atTeclions chroniques delà peau, les syphilis invétérées, Jé scorbut, le rhumatisme, la dyspepsie , etc.
} C'est au docteur Erich Acharius qu'on doit les essais les plus suivis avec l'eau Ide goudron. 11 la préparait en mêlant deux livres de goudron et quatre livres hreau. Au bout de douze heures au moins , on décantait , et le liquide recueilli |était administré à la dose d'une h trois livres par jour. 11 l'employa , tant iiité- Irieurement qu'extérieurement, dans l'hôpital de Stockholm chez cinquante Imalades tous affectés de syphilides invétérées , comme ulcères rongeans , douleurs ostéocopes , exostoscs, périostoses , etc. ; vingt-quatre de ces malades ont «te radicalement guéris par ce seul remède; treize autres , à qui on avait administré précédemment lé mercure sans aucun effet, furent guéris par l'adjonction de l'eau de goudron à ce médicament. Chez sept autres , qu'on avait fruités en vain par l'acide nitrique et la pommade oxigénée , l'emploi combiné de ces ^agens et de l'eau de goudron atteignit parfaitement le but ; onze malades guéi is par l'eau de goudron furent ensuite soumis, par précaution, à un traitement mercuriel. Chez dix-huit malades, cette eau seule n'ayant pas suffi on dut avoir jirecours au mercure. Le docteur Acharius conclut de ses expériences que l'eau 'de goudron mérite la plus grande attention dans le traitement des syphilides inv étérées, soit comme moyen principal, soit comme auxiliaire des mercuriaux.
La nature de l'eau de goudron , et ce que les auteurs ont dit de ses propriétés, indiquent qu'elle a pu réussir et qu'on pourrait encore l'utiliser. L'abandon presque complet de ce médicament montre aussi qu'il a dû souvent échouer. Pour fixer sa valeur, il faudrait de nouvelles expériences qui prendraient leur point de départ dans les travaux antérieurs. Il conviendrait aussi de rechercher si l'addition directe à l*eau , de l'acide contenu dans le goudron , remplacerait avec avantage, comme Cullen et Reid l'ont prétendu, la préparation actuelle de l'eau de goudron. Il n'y a non plus aucune conclusion pratique à tirer, dans l'état actuel de la science , de ce qu'on a écrit sur les fumigations et les frictions faites avec le goudron. (Léop. Deslakdes.)
^ GOUTTE , subst. fém. , anhritis , ai'thrite. Comme son siège le plus orditnaire est aux pieds, on la trouve souvent désignée dans les auteurs, sous le nom podagre; mais elle a reçu en outre des noms particuliers pour chacun des sièges principaux qu'elle affiecte : aux mains, celui de chiragra, chiragre; à l'épaule, celui d'oma^ra , omagre ; au coude, celui de pechyagra , péchjagre ; au genou , celui de gonagra , gonagre ; au rachis , celui de rachisagra , rachisagre ; à la hanche, celui d'ischiagra , ischiagre ; et enfin dans le nerf sciatique, celui d^ischiatique ou sciatique. En raison de sa prédilection pour les gens riches , on l'a encore nommée morbus dominoj um ; et par une sorte d'antithèse emphali- [que, dominus morborum. Cette maladie consiste, ainsi que j"ai essayé de le démontrer à l'article Arthrite , en une surabondance de matériaux nutritifs dans le sang et tous les tissus de l'économie, dans la suranimalisatiou des tissus fibro-séreux des articulations , et dans l'inflammation de ces tissus. Foyez AatSBiTE. (L. Ch. Roche )
GRANULATION. Voyez Tubercui.e.
GRATIOLE, gratiola ojjîcinalis , Likn. , herbe à pauvre homme. — 'Vauquelin a trouvé dans le suc de celte plante une matière résineuse trés-amère , très-soluble dans l'alcool , peu soluble dans l'eau , mais le devenant beaucoup
ià la faveur des autres principes contenus dans le suc; principes qui sont une
3 matière gommeuse, une petite quantité de matière animale et quelques sels.
, C'est dans le principe résineux que paraît résider surtout l'activité de la gratiole. Il se trouverait plus abondamment , d'après les expériences de MM. Costa
I et Willemet , dans la racine que dans les autres parties de cette plante.
On peut dire que la gratiole n'a été administrée qu'intérieurement. Elle a été donnée par la bouche , en infusion , en décoction et en poudre; on l'a aussi donnée en lavement.
Cette plante produit sur l'appareil digestif une impression dont l'intensité varie suivant la dose du remède et la susceptibilité du sujet. A son moindre
I degré cette impression ne s'exprime que par quelques selles ou quelques vomissemens. A un degré de plus, ce sont des coliques fortes, des selles nombreuses et aqueuses , ou des efforts violens et réitérés de vomissement, avec ou sans résuUat. Souvent enfin la gratiole produit des snperpurgalions, des sya-
I copes , le refroidissement des extrémités , des vertiges , des crampes, etc. , et conséculivement l'inflammation des voies digestives, du péritoine, l'ictère, etc. Vu ces effets on a cherché à utiliser cette plante comme vomitif, comme purgatif et comme drastique.
C'est surtout la racine réduite en poudre fine qu'on a employée comme vomitif. On a voulu y voir un succédané de l'ipécacuanha. Morel et Kramer, médecins allemands , l'ont souvent donnée depuis douze jusqu'à quarante huit grains à la place de ce médicament , et assurent n'en avoir observé que de bons effets. Boulduc , qui a fait le même usage de la racine de gratiole , la regarde comme presque aussi bonne que l'ipécacuanha contre la dysenterie. Toutefois il'rcsultc d'expériences de MM. Coste et Willemet que, comme vomitif, la racine <le gratiole est un remède inconstant , inégal et susceptible d'aller bien au delà du but qu'on se propose. Aussi ne doit-on voir en lui qu'un pis-aller, et ne s'en servir comme vomitif qu'à défaut de l'ipécacuanha ou des principaux succédanés de ce médicament.
On s'est beaucoup servi , et les gens de la campagne se servent beaucoup encore, des feuilles de gratiole pour purger. Quelques médecins les ont considérées comme susceptibles de remplacer le séné. M. Bouvier (Jour, génér. de méd. , t. 54) , qui les a souvent ordonnnées , soit en poudre , à la dose de vingtquatre à quarante grains ; soit en décoction et dans leur verdeur, à des doses doubles, triples et même quadruples , avec addition de la poudre ou de l'infusion de canelle, d'anis ou de coriandre, assure que souvent il a eu lieu de se louer de ce moyen , et que jamais il ne lui a rien reconnu de plus dangereux qu'à beaucoup de remèdes dont on fait journellement usage. D'autres médecins tiennent le même langage. Cependant , quand on considère l'unanimité avec laquelle les auteurs parlent des inconvcniens de ce purgatif, on doit ne l'employer qu'à défaut de beaucoup d'autres, et qu'autant que l'état de l'appareil digestif et d'irritabilité du sujet ne s'y opposeraient pas.
Comme drastique, comme hydragogue, la gratiole est un moyen puissant. 11 vaut au moins la plupart des agens auxquels on attribue ces propriétés. MM. Cosle et Willemet , qui ont employé sept fois les feuilles en infusion de un à trois gros, ont vu l'effet hydragogue suivre sans irritation et sans fatigue. On n'est pas toujours , il s'en faut, aussi heureux ; mais enfin , quand on se décide à ordonner un drastique, on n'ignore pas qu'on emploie un remède violent. MM. Cosle et Willemet ont quelquefois ajouté avec avantage, d'un scrupule à un gros de racine, dans l'infusion ; ils regardent la gratiole comme un bon succédané du jalap , et pensent qu'on pourrait s'en servir pour préparer un médicament analogue à l'eau-de-vie allemande.
Ce que je viens de dire peut donner une idée des effets de la gratiole en lavement. Cependant il est essentiel de savoir que ces lavemens ont plusieurs fois déterminé chez des femmes une irritation forte de l'appareil génital et la nymphomanie ; c'est ce qui est établi par quatre observations de M. Bouvier, et par une autre que M. Delens a insérée dans la Bibliothèque médicale ( t. 52).
L'utilité thérapeutique de la gratiole parait dériver surtout de son action immédiate sur l'appareil digestif. C'est principalement contre les hydropisies qu'on l'a dirigée. Ainsi que d'autres drastiques , elle a dû en guérir , au moins momentanément. Les médecins allemands en ont particulièrement fait usage. Heurnius, Hartmann, Etmuller. etc., l'ont vue réussir. MM. Cosle et Willemet l'ont aussi donnée avec succès à des œdématiques. On conçoit que l'emploi de ce remède et de tous ceux qui agissent dans le même sens doit rencontrer des contre-indications nombreuses ; c'est un point de l'histoire des hydropisies qui aurait besoin de nouvelles observations. (Voyez Hydbopisie.)
Un médecin de Varsovie, le docteur Wolff", a cru avoir imité Veau médicinale de Husson , en faisant macérer une once d'herbe de gratiole et une demi-once de la racine de cette plante dans une pinte de viu d'Espagne. Bi«n que la ressemblance des deux liqueurs fut grande , on peut croire , aujourd'hui qu'il paraît établi que la colchique est la base de l'eau de Husson , que le docteur Wolff" s'abusa. Toutefois ce praticien aurait avec son vin de gratiole fait du bien à quelques goutteux.
On trouve encore dans les livres que les médecins ont combattu avec .succès , au moyen de la gratiole, des affections cérébrales non fébriles, comme apoplexie , manie, etc. Le D' Selig l'aurait adrainistrée>vec[avanlage unie à la belladonne , dans des affections mélancoliques déterminées par un désordre dans la circulation abdominale. {Bibliothèque médicale, t. 37. ) On lit dans le journal de Hufeland (juillet 1830), l'histoire d'un delirium tremens qui semble avoir cédé à l'administration de vingt -un grains d'extrait de gratiole donnés en sept fois , dissous dans de l'eau à demi-heure de distance. L'amélioration a , dans ce cas, précédé les évacuations , et paraît avoir été confirmée par elles. Le D>- Muhrbeck,qui rapporte ce fait, regarde l'extrait de gratiole comme sjiécifique dans le delirium tremens, et bien préférable à l'opium quand la maladie est violente et accompagnée de beaucoup d'irritation. (Reuue médicale , octobre 1830.)
Dans une dissertation sur la gratiole (Erlangœ, 1799) , le D' Delavigne rapporte plusieurs observations d'éruptions qualifiées de psoriques qui auraient été, sinon guéries complètement, au moins mises en voie de guérison par une décoction de gratiole. Cette décoction, qui était très-forte, fut donnée quinze jours de suite à un jeune homme , et plus long-temps encore à une femme , ainsi qu'à ses trois enfans : il n'en résulta aucun accident.
Plusieurs auteurs , et particulièrement Kostrzewski {Dissert.de grattolâ , etc. Viennce , 1775) , ont conseillé la gratiole dans les ulcères vénériens , les caries , les nécroses, les tuméfactions chroniques du testicule , les douleurs ostéocopes et autres accidcns semblables. Ils l'administrent en poudre à la dose de dis à
GR AVELL E.
GRAVELLE
trente 'trains , et en décoction dans l'eau ou en infusion clans le vin h celle d'un à deux''gros. Quelques-uns préfèient l'extrait qu'ils donnent en pilule uni avec une substance aromatique; d'abord à la dose de deux grains, malin et soir, puis successivement à une dose plus forte jusqu'à ce qu'il survienne des évacuations par le bas. Il paraîtrait qu'on a obtenu des succès à l'hôpital de Vienne par ce moyen,
La gratiole a été recommandée pour certains engorgemens abdominaux. Hufeland l'a trouvée efficace dans ce cas et dans des affections scrophuleuses. M. Bouvier s'est bien trouvé de ce remède uni à la digitale dans un cas de tumeur scrophuleuse de l'abdomen, et surtout dans un ulcère scrophuleux du pied. Ange Sala, Erhardt et Bouldec ont vu l'administration de la gratiole suivie de l'expulsion.de vers. Enfin nous avons vu que le dernier auteur a osé en donner la racine dans la dysenterie , el qu'il la regarde comme presque aussi bonne que l'ipécacuanha contre cette affection.
De tout ce qui précède, il résulte que la science est à peu près fixée sur les résultats immédiats de l'introduction de la gratiole dans l'appareil digestif, mais qu'il y a encore beaucoup d'expérimentations à faire avant qu'on puisse utiliser sans crainte ce dangereux médicament. (Léop. Deslandes.)
GRAVELLE, maladie dans laquelle un sable, le plus souvent rougeâtre, mais quelquefois blanc , jaune , etc., ou de petites pierres diverses , quant à la forme , au volume, à la composition chimique , etc. , s'échappent par l'urètre , chassées par l'urine. Cette affection est , en général , le premier degré des maladies calculeuses des voies urinaires.
Connue et décrite par les plus anciens auteurs, la gravelle est le partage des personnes d'un âge mûr et des vieillards. Elle attaque de préférence les riches, amis des plaisirs de la table, et surtout les grands mangeurs de viande , poisson, gibier, et autres alimens tirés du règne animal.
Il est des personnes travaillées par la gravelle qui n'en éprouvent ni gêne ni douleur, si ce n'est parfois un sentiment d'ardeur pendant l'émission de l'urine et des petites pierres qu'elle entraîne. Chez ces personnes, la gravelle est à peine une incommodité, mais ces cas sont rares; il est bien plus fréquent que l'expulsion des sables , graviers ou pierres , et surtout ces derniers , soit précédée et accompagnée d'un malaise général , avec pesanteur pénible dans la région lombaire; bientôt la fièvre s'empare du malade, des douleurs aiguës se font sentir dans les reins et les uretères , l'urine est supprimée ou bien elle est fortement teinte de sang, le sommeil disparait, toutes les fonctions sont troublées, le palient est dans nne anxiété extrême. Cet état se prolonge plusieurs jours , quelquefois plusieurs semaines , et ne cesse entièrement qu'après l'expulsion de sables abondans ou de pierres variables pour le nombre et le volume.
Accompagnée de ces accidens , la gravelle ne se montre pas ordinairement à des époques rapprochées ; elle est quelquefois une ou plusieurs années sans reparaître ; mais si, avec ces caractères , ses accès se renouvellent fréquemment , ou se transforment en un état habituel , elle devient une maladie grave qui compromet les jours du malade.
La gravelle a d'autant plus de droit à l'intérêt du médecin qu'elle n'est souvent que le début de plusieurs maladies graves qu'il est très-difficile de guérir et même de soulager; telles sont les calculs dans la substance tubuleuse du rein , les iiifundibuUims , le bassinet, les uretères, la vessie , l'urètre; el secondairement les néphrites calculeuses, la rétention d'urine , les abcès dans les reins et (Ltns le périnée , les fistules urinaires , l'hématurie , etc.
La physiologie expérimentale, cette belle science , si féconde en applications utiles à la médecine pratique, m'ayant conduit à des résultats qui jettent un grand jour sur les causes de la gravelle, et qui en dirigent d'une manière certaine et pour ainsi dire scientifique le traitement, j'ai publié, il y a quelques années , un ouvrage ex professa sur ce sujet ; mon intention était alors de faire un premier pas vers cette médecine expérimentale et positive, but où doivent tondre tous les efforts des hommes éclairés , et démontrer ainsi par un exemple irréprochable combien sont ridicules et déplorables tous ces systèmes qui, à la honte de notre profession, se partagent encore aujourd hui l'esprit du plus grand nombre des médecins.
Le temps a apposé son timbre indélébile sur ce point spécial de la science; désormais l'explication des causes de la gravelle ainsi que le genre de moyens par lesquels il faut combattre cette maladie ne seront plus sujets à ces vicissitudes qui fout de la médecine empirique une prétendue science dont les bases théoriques varient suivant les pays , les temps et les écoles , et ont rarement au delà de quelques années d'existence.
Je ne saurais donc mieux faire que de me laisser guider dans la rédaction de cet article par un ouvrage qui a reçu la sanction de l'expérience; mais j'aurai soin d'y ajouter tous les faits nouveaux et importans qui sont venus à ma connaissance depuis la publication de cet opuscule , en septembre 1828.
Idée générale de la manière dont se forme la grai'elle. L'eau a la propriété de dissoudre ou de fondre un grand nombre de substances solides. En général, elle les dissout d'autant mieux que sa température est plus élevée , que les substances dissoutes sont proporlionnellement moins abondantes , et qu'elle est agitée par un mouvement de transport ou autres.
Mais ce pouvoir de l'eau a un terme : c'est le point de saturation, c'est-à-dire le moment où elle a dissous d'une substance toute la quantité qu'elle en peut dissoudre. Ce point varie suivant les substances ; beaucoup sont trés-solubles , c'est-à-dire que l'eau peut en dissoudre une grande quantité avantd'être saturée, tandis que d'autres sont très-peu solubles , c'est-h-dire qu'il faut une quantité considérable d'eau pour en dissoudre une très-fuibie proportion. Si l'eau dans laquelle a lieu la dissolution vient à se refroidir, si les sub-
stances qu'elle a dissoutes sont en très-forte proportion ; si elle est en repos, ou! si son mouvement est uniforme et lent , bientôt les substances solides qu'elle tenait en dissolution s'en séparent, forment au fond du vase, soit des cristaux; si ce sont des substances susceptibles de cristalliser , soit de simples dépôts, si les matières qui se déposent ne sont point aptes à prendre la forme cristalline.
Ces faits que les usages ordinaires de la vie ont rendus familiers à chacun, el que l'on peut vérifier dans une foule de circonstances , expliquent la première origine de la gravelle.
En effet , notre urine est formée par de l'eau qui tient en dissolution un certain nombre de substances différentes qui ont plus ou moins de tendance à aban- i donner le liquide où elles sont dissoutes, et à se précipiter sous diverses formes. | C'est à cette source qu'il faut rapporter les dépôts fréquens qu'offre l'urine dan« l'état de la plus parfaite santé et ceux qui ont lieu dans les maladies. IjCS sables, graviers, petits calculs , les pierres urinaires ont une semblable origine. Ce sont des substances que l'urine devait tenir en dissolution , et qui se sont précipitées dans l'intérieur des voies urinaires.
f^olume j forme j consistance, couleur, etc. , des graviers rendus par les personnes atteintes de la gravelle. Les sables ou graviers rendus par les graveleux diflêrcnt sous plusieurs rapports importans.
1°. Le i^olume. Ils varient depuis la grosseur d'une petite noisette , jusqu'à l'état de poussière plus ou moins fine.
2". La forme. Il est des graviers sphériques , lisses à leur surface; il en est de fus formes dont la superficie est polie , ou plus ou moins inégale. D'autres sont des fragraens anguleux; la courbure de leurs faces fait aisément reconnaître qu'ils se sont détachés de calculs plus ou moins volumineux contenus dans les voies urinaires, et dont ils formaient l'une des couches concentriques. Cène sont pas, à proprement parler, des graviers, mais des fragmens de calculs vésicaux ou autres.
Le plus souvent, les graviers sont isolés et sortent successivement. Dans un petit nombre de circonstances, je les ai vus former des espèces de grappes,! étant attachés les uns aux autres par des poils.
3". La couleur. La plupart des gravelles sont d'un rouge fauve.
D'autres fois , les graviers sont d'u« hlanc tirant légèrement sur le jaune.
Certains graviers sont gris-cendré.
Très-rarement , la couleur des graviers est à peu près noire ou d'un brum foncé.
4o. La consistance. Elle varie depuis une </ure«e eariré/ne jusqu'à la fragililài à la moindre pression.
5° Enfin, la transparence ou l'opacité. Toutes les gravelles sont formées d'une matière opaque. Une seule fois j'ai rencontré des graviers formés d'une substance transparente.
Nature du sable et des pierres rendus par les graveleux , La connaissance ié la composition des matières qui constituent les sables et les pierres rendus pat les personnes attaquées de gravelle n'a pu être acquise qu'après la rénovation de la cliimie et les perfectionnemens apportés aux procédés d'analyse par le! chimistes modernes et pour ainsi dire nos contemporains. En effet , van Hel. mont, le chimiste du dix-septième siècle le plus enclin aux explications et au» applications des principes de sa science aux phénomènes de l'état de santé et dtii maladie , ne put arriver qu'à comparer la formation des graviers dans l'urine à celui du dépôt du vin ou à la formation du tartre. C'était peu , sans doute , rela* tivement à la science; mais c'était beaucoup si l'on a égard aux rêveries ridi-' cules que ses prédécesseurs avaient avancées. (Paracelse donnait à la matièrei des calculs urinaires le nom barbare de duélech; il la croyait formée de ré-s sine anim.ile durcie par l'esprit d'urine. Il est remarquable cependant qu'il comparait cette matière à celle des concrétions goutteuses; fait qui a été constat^ très-long-temps après par le D^ Woliasion.)
C'est Schèele qui, en 177G, commença à faire connaître la véritable nature des concrétions rendues avec l'urine ; il démontra qu'elles étaient le plus souvent! formées par un acide particulier qu'il nomma lithicjue , et qu'il reconnut poui un des élémens de l'urine.
Depuis cette époque , les travaux de 'Wollaston , de Fourcroy, de Vauquelin de Brande, de Marcel, de Proust, de Prout, de Lassaigne, etc., ont pleinçi ment confirmé la découverte de l'illustre chimiste suédois , et y ont ajouté plui sieurs faits importans : il est reconnu aujourd'hui qu'outre l'acide lithique Schèele, nommé maintenant, d'après Pearson , urique, les graviers contiennen encore du phosphate ammoniaco-magnésien , du phosphate, de l'oxalate di chaux , etc.
Dans l'ouvrage de feu le Dr Marcet , il est fait mention d'uue concrétion retii due par l'urètre , el qui était de nature fîbrineuse.
J'ai eu souvent l'occasion d'analyser moi-même, ou de faire analyser parles premiers chimistes de Paris, des graviers ou des pierres rendus par des grave Icux , et dans un grand nombre de cas , j'ai vu ces concrétions formées par l'aci urique uni à une petite quantité de matière animale ; cependant il en est d'au 1res où les graviers étaient formés d'oxalale ou de phosphate de chaux.
En résumant la composition chimique des graviers urinaires, nous trouvoni qu'ils sont formés : l" , et le plus souvent, par Vacide urique , uni à une peti quantité de matière animale.
2°. Par des sels qui appartiennent à l'urine dans l'état ordinaire et sain de Ci liquide , savoir :
A. Le phosphate nmmoniaco-magnésien.
B. Le phosphate de chaux uni à une petite proportion de phosphate de mi gncsie ou de carbonate dç la même base.
GRA VELLE
GRxiVELLE.
i 3". De substances qui sont presque toujours étrangères à l'urine, savoir : 1 A. OxaLile de chaux.
I B. Oxide cf s tique.
I C. — de Jibrine.
In. — de poils.
I Des diferses espèces de grai'elle. L'état présent de la science nous permet d'établir plusieurs espèces Je gravelle, dont la distinction jette une utile clarté ^ur la cure de cette douloureuse maladie.
i J'établis sept espèces principales de gravelle : 1" gravelle rouge ; 2» gravelle ilanche ; 3" gravelle pileuse; 4» gravelle grise ; 5" gravelle jaune ; 6" gravelle ransparente; 7" gravelle multiple.
iJe vais traiter successivement chacune de ces espèces, en commençant par a plus fréquente : la gravelle rouge.
De la gravelle rouge ou d'acide urique. Pour comprendre l'origine de cette espèce de gravelle , et pour établir les bases de son traitement, nous devons ilonner une histoire abrégée de l'acide urique, en faire connaître les propriétés , lit dire les circonstances qui en déterminent la présence parmi les élémens de "urine.
L'orine de 1 homme et celle de plusieurs animaux qui se nourrissent plus par- |:iculièrement d'alimens fortement azotés , tels que la chair de toutes espèces , |e poisson , les coquillages , les œufs, etc. , contient de l'acide urique. Sa pro- 'lorlion varie avec celle des aliraens azotés dont les animaux font usage : s'ils pC nourrissent exclusivement de matières animales, l'urine est abondamment .'hargée d'acide urique , et même peut en être entièrement formée , comme cela résulte des expériences de MM. Vauquelin et Wollaston sur les oiseaux. Cependant on ne trouve point d'acide urique dans l'urine du lion et du tigre , iTiais on y trouve de l'urée en grande proportion. Au reste, la quantité et la lature des alimens n'intluent pas seulement sur la production de l'acide urique, filais sur celles des autres subslances salines en dissolution dans l'urine ; fait jjui est de la plus haute importance sous le rapport de la production de la jjravelle.
j Si, au contraire, les animaux se nourrissent de végétaux, comme il arrive lux herbivores , l'urine ne présente aucune trace d'acide urique.
Dans une série d'expériences que j'ai présentées à l'Académie des scien- ;es, il y a quelques années , j'ai fait voir que si l'on prive , pendant un certain Lemps, un animal carnassier de toute nourriture azotée, et que si on le nourrit jivec du sucre, de la gomme, de l'huile, substances réputées nutritives, Ijui ne contiennent pas d'azole parmi leurs élémens , son urine, au bout de
lois ou quatre semaines , est entièrement privée d'acide urique. C'est ce qui iri'iva dans l'expérience suivante que j'extrais de mon mémoire. ( Mémoire sur jcj propriétés nuU itii'es des substances qui ne contiennent pas d'azote , la à
Académie des sciences , le 18 août 1816. ) « Un petit chien âgé de trois ans , gras et bien portant, fut mis à l'usage du
ucre blanc et pur pour tout aliment, et de l'eau distillée pour boisson : il iTuit de l'un et de l'autre à discrétion.
0 Les sept ou huit premiers jours , il parut se trouver assez bien de ce genre |le vie; il était frais, dispos, mangeait avec avidité et buvait comme de cou-
uaie. Il commença à maigrir dans la seconde semaine, quoique son appétit
lit toujours fort bon , et qu'il mangeât jusqu'à six ou huit onces de sucre en vingt-quatre heures. Ses excrétions alvines n'étaient ni fréquentes ni copieuses; i,;n revanche , celle de l'urine était assez abondante.
, » La maiij'reur augmenta dans la troisième semaine, les forces diminuèrent, [animal perdit la gaîté ; l'appétit ne fut pas aussi vif. A cette même époque , il îe développa , d'aboi-d sur un œil, et ensuite sur l'autre, une petite ulcération Ju centre de la cornée transparente ; elle augmenta assez rapidement, et, au ,boot de quelques jours , elle avait plus d'une ligne de diamètre ; sa profondeur s accrut dans la même proportion ; bientôt la cornée fut entièrement perforée, jGt les humeurs de l'œil s'écoulèrent au dehors. Ce singulier phénomène fut accompagné d'une sécrétion abondante des glandes propres aux paupières, j » Cependant l'amaigrissement allait toujours croissant; les forces se perdirent; et quoique l'animal mange.ît , par jour, de trois à quatre onces de sucre, la faiblesse devint telle, qu'il ne pouvait mâcher ni avaler; à plus forte raison, [tout autre mouvement était-il impossible. Il expira le trente-deuxième jour |(lc l'expérience. J'ouvris son cadavre avec toutes les précautions convenables ; jy reconnus une absence totale île graisse; les muscles étaient réduits de plus des cinq sixièmes de leur volume^ordinaii e ; Teslomac et les intestins étaient laussi très-diminués de volume et fortement contractés.
I » La vésicule du (îel et la vessie étaient distendues par les fluides qui jleur sont propres. Je priai M. Chevreu; de vouloir bien les examiner; il leur .trouva presque tous les caractères qui appartiennent à Vurine et à la bile des ^animaux herbivores , c'est-à-dire que l'urine , au lieu d'être acide., comme elle \lest chez les carnivores, était sensiblement alcaline , n'offrait aucune trace d'acide urique m de phosphate. La bile contenait une proportion considérable de pycromel , caractère particulier de la bile de bœuf, et en général de celle des herbivores. Les excrémens , qui furent aussi examinés par M. Chevreul , conr tenaient très- peu de matières azotées, tandis qu'ils en présentent ordinaijrement beaucoup. »
La même expérience a été répétée sur d'autres chiens avec I huile, le beurre, la gomme, etc. , et toujours les résultats ont été semblables ; les animaux n'ont vécu qu'un mois environ , leurs humeurs excrémentitielles avaient entièrement changé de nature, et étaient devenues à peu près ce qu'elles sont chez les animaux herbivores.
DlCT. DE MÉDECIME ET DE CHinCRGlE PBATKJUES.
Nous déduirons de ces faits et de ceux qui précèdent, la conséquence inipor-' tante pour le sujet qui nous occupe, qu'il existe une relation évidente entre le régime et la présence de l'acide urique dans l'urine; en d'autres termes , qu'il n'existe d'acide dans l'urine , qu'autant que les animaux se nourrissent de chair et autres alimens azotés. M. Chossat, qui a publié récemment un très-beau, travail relatif à l'influence des alimens, sur les propriétés physiques de l'urine, est arrivé à des conséquences entièrement confirraatives de cette théorie; il a trouvé, en expérimentant sur lui-même avec une attention et une patience dignes d éloge, que l'urine donne d'autant plus de résidu lorsqu'on la fait évaporer au bain-marie , que l'on prend plus d alimens , et que la quantité d'alimens restant la même, toutes choses égales d'ailleurs , le résidu est d'autant plus abondant que le régime est plus azoté. (Voyez mon Journal de Physiologie , tome 4. )
Jusqu'ici on n'avait point de données exactes sur la composition chimique de l'acide urique ; oh savait seulement qu'il contenait une grande proportion d'azote; mais cette proportion n'avait point encore été fixée d'une manière rigoureuse ; nous devons à M. Bérard , de Montpellier, une analyse récente de cet acide. Suivant cet habile chimiste, il est composé, sur cent parties en poids , de
Azote 39, IG
Carbone 33,62
Oxigène 18,89
Hydrogène 8.34
iuu,ou
Le même chimiste a fait une remarque qui peut devenir utile dans le traitement de la gravelle, c'est que l'acide urique a une très-faihle capacité de saturation, de sorte qu'il forme des sels qui en diirèrent pour la solubilité, quand il se trouve en contact avec de très-petites quantités de bases susceptibles de se combiner avec lui.
L'acide urique possède plusieurs propriétés qu'il est indispensable de relater ici. Lors(|u'il est dégagé de toute substance étrangère , il est solide , d"un jaune paie, plus pesant que l'eau. Sans saveur , sans odeur et sans action très-évidente sur la teinture de tournesol; il ne se décompose point à l'air, et, ce qu'il faut remarquer avec soin, c'est que l'eau, à la température de 15 à 16°, n'en dissout que -' — de son poids; bouillante, elle en dissout—-'-—, et le laisse déposer, par le refroidissement, sous forme de petites lames. L'acide urique est insoluble dans l'alcool; les sels qu'il forme avec les bases salifiables ne sont solubles d'une manière très-sensible , qu'autant que ces bases le sont ellesmêmes, et qu'elles sont en excès. Presque tous les acides sont susceptibles de les décomposer. En effet, si l'on verse un excès d'acide , qui ait tant soit pe u de force, dans une dissolution de sous-urate alcalin, l'acide urique en sera j'.récipité tout à coup. (A'oyes Thénard, Traité de Chimie, tome 3 , page 455.)
Telles sont les circonstances de l'histoire de l'acide urique, qu'il nous importait de rappeler; on va voir que c'est en grande partie sur elles que sont fondées nos idées sur l'origine et le traitement de la gravelle.
Causes de la gravelle rouge. D'après ce qui vient d'être dit , il est évident que l'acide urique , qui forme presque constamment les graviers et calculs des graveleux , n'e'it point une production accidentelle ou maladive de l'économie animale; mais que cet acide est un des élémens essentiels de l'urine de l'homme en parfaite santé; seulement dans l'état sain il est en dissolution dans l'urine , et dans la gravelle il se dépose dans les conduits destinés à charrier le liquide sécrété par les reins.
(M. Charles Coindut, dans un mémoire inséré dans la Bibliothèque universelle (tome 30), a émis l'opinion que la présence de l'acide urique dans l'urine de l'homme était toujours un effet pathologique ; mais les faits sur lesquels il appuie sa manière de voir ne nous ont pas paru susceptibles de modifier l'opinion généralement reçue à cet égard, et que nous partageons. La petite quantité d'acitle urique qui se trouve dans l'urine saine , un ou deux millièmes , par exemple , et qui , selon M. Coindet , pourrait être négligée , est en rapport avec le peu de solubilité de cet acide.)
Pour connaître les causes directes de l'espèce de gravelle qui nous occupe , il s'agit donc de rechercher les circonstances qui déterminent l'acide urique à se séparer de l'urine où il doit rester en dissolution dans l'état ordinaire.
Nous avons vu que l'acide urique est très-peu soluble , puisqu'il faut environ 1,100 partiesd'eau bouillanteet 1,800 parties d'eau à 16» pourdissoudre une partie en poids de cet acide ; l'urine de l'homme, en état de santé, étant à environ 30° , n'en peut dissoudre qu'environ t^'— de son poids , en supposant , ce que rien n'aflirme jusqu'ici, que les autres élémens de l'urine n'en favorisent pas la dissolution. Ceci posé , trois causes évidentes peuvent diminuer, d'une manière absolue ou relative, la propriété dissolvante de l'urine par rapport à l'acide urique.
lo. Augmentation de la quantité d'acide urique; la quantité de l'urine restant la même ou n'augmentant pas dans les proportions de l'acide.
2 ". Diminution de la quantité d'urine , celle de l'acide urique restant la même ou ne diminuant pas dans la même proportion que l'urine.
3". Diminution de la température de l'urine , soit que sa quantité ou sa nature restent les mêmes, soit qu'elles éprouvent les modifications ci- dessus indiquées.
Je suis bien loin de penser que ces trois causes réunies ou séparées sont les seules qui peuvent produire la gravelle rouge; mais dans l'état actuel de nos connaissances , elles doivent être considérées comme les principales.
GRAVELLE
GRAVELLE
La plupart de celles dont nous aurons oncasion de parler par la suite , ou bien ne sont qu'illusoires , ou bien doivent cire regardées comme accessoires relativement à celles-ci.
Circonslanccs qui augmentent la proportion d'acide wique et qui tendent à produire la i^ravelle rou^e. Au premier rang des causes qui augmentent la proportion d'acide urique dans l'urine , et qui par conséquent produisent souvent la gravelle , il faut placer une nouriiture succulente, l'habitude des tables somptueuses et des mets recherches , et particulièrement ceux qui sont prépares avec des substances animales ; en un mot le régime des l iches, amateurs (le bonne chère. J'ai été à même de faire cette observation sur un grand nombre de graveleux auxquels j'ai donné des soins ; la plupart étaient des gens du monde , d'un embonpoint considérable, ayant passé l'âge de l'énergie musculaire, grands mangeurs de viandes , de poissons, de gibier, toutes substances très-azotées , et propres en conséquence à former de l'acide urique : l'un d eux, croyant échapper aux inconvènicns d'une vie trop recherchée , s'était mis exclusivement à l'usage des œufs et du laitage ; mais ces substances alimentaires, tout aussi azotées que les autres substances nutritives animales, devaient avoir le même inconvénient.
Parmi les cas que je pourrais citer , le suivant me paraît propre à faire ressortir la liaison de la gravelle, ou, ce qui revient au même, de l'excès de l'acide urique avec le genre dévie et le régime. M. *'* , négociant dans l'une des villes anséatiques , jouissait, en 1814, d'une fortune considérable, vivait en conséquence , et avait une très-bonne table dont il usait avec peu de ménagement; il était en même temps tourmenté de la goutte. Arrive inopinément une mesure politique qui lui fait perdre toute sa fortune et l'oblige à fuir en Angleterre, où il passe plus d'un an dans un état voisin de la misère , ce qui l'oblige à de nombreuses privations ; mais sa gravelle a complètement disparu. Peu h peu il parvient à rétablir ses afl'aires ; il reprend son ancien genre de vie , et la gravelle ne tarde pas à se montrer de nouveau. Un second revers lui fait perdre en peu de temps tout ce qu'il a acquis : il passe en France presque sans ressources; son régime est en rapport avec ses moyens ])écuniaires ; la gravelle disparait. Enfin son industrie lui rend encore une existence aisée ; il se livre à son goût pour les plaisirs de la table, et avec eux reparait la gravelle ; ce fut alors qu'il me consulta. ( Cet individu était en même temps atteint de la goutte , qui , suivant constamment les phases de la gravelle , a toujours paru et disparu avec celle-ci.) On aurait soumis le sujet de cette observation à divers régimes pour constater leur influence sur la gravelle, qu'on n'aurait pu avoir un résultat plus prononcé, ni une expérience mieux faite et plus concluante.
Une nouvelle preuve de l'influence des alimens sur la proportion d'acide in ique peut se jjrendre chez les personnes qui , habituellement sobres , font un repas extraordinaire où elles mangent beaucoup plus que de coutume. Le len^ demain matin , et quelquefois le soir même , leur urine est fortement colorée et laisse déposer une grande quantité d'acide urique.
Si, avec une nourriture très-sub^tanlielle, on fait peu d'exercice, on mène une vie sédentaire , on exerce peu ou point le système musculaire, comme cela arrive chez les gens de lettres , les hommes de cabinet, les riches et la plupart des vieillards, les chances pour la production de la gravelle sont bien plus nombreuses. En etTet, le système musculaire est celui dont la nutrition est la plus rapide et qui consomme le plus de substances nutritives quand son action est souvent mise en jeu; aussi toutes les personnes qui exercent beaucoup leurs muscles ont-elles besoin de manger davantage et d'user d'alimens azotés, tels que les viandes. Si l'on fait usage des mêmes alimens et en quantité considélable sans faire agir les organes musculaires, ceux-ci ne s'emparent pas de toute la matière nutritive azotée , elle se trouve en excès dans l'économie , se dirige vers les reins , principal émonctoii e de l'azote , elle s'y transforme en acide ■jrique . et concourt ainsi à former la gravelle.
Tant que la quantité d'urine est sulilsante pour dissoudre l'acide urique formé, raugmenlatiou de la proportion de celui-ci n'a aucun inconvénient, et c'est sans doute ce qui ariive chez les personnes qui suivent le régime dont nous venons de parler, et qui cependant ne sont pas alTectées de gravelle; mais ii la proportion de l'urine ne suit pas exactement celle de l'acide , et si elle devient moindre, rien ne s'oppose \k.<:c que la gravelle ne se développe aussitôt.
llecher. bons donc les circonstances qui peuvent augmenter ou diminuer la qi;anlité de l'urine.
Circonstances qui augmentent ou diminuent la quantité de l'urine et qui sont favorables ou défui'orables au développement de la gravelle rouge. En faisant abstraction de la nature tiiimique des boissons , il est vrai de dire , en général, que plus l'on boit et plus l'urine est abondante; nous en avons à chaque instant la preuve. Cette proposition n'est plus exacte si l'on a égard à la composition chimique des boissons ; elle reste vraie pour l'eau, la bière, le cidre, le petit vin, et pour foutesles boissons en grande partie composées d'eau ; mais elle n'est plus aussi juste pour les vins généreux , qui contiennent une plus grande (|uantité d'alcool, cl elle devient lout-a-fait inexacte pour les liqueurs spirilueuses qui contiennent beaucoup plus d'alcool et bien moins d'eau. Cette même proposition n'est pas non plus entièrement applicable aux boissons chaudes, telles que le thé, le café , le punch ,etc. , qui ont la propriété d'exciter la trans])iration cutanée avec plus ou moins d'activité.
Si donc un grand mangeur de substances animales bo^t beaucoup d'eau , de vin léger, de vin mousseux , etc. ; la quantité de son urine sera plus que suflisante pour dissoudre l'acide urique formé par les reins , et il sera moins exposé à être attemt de la gravelle. Si au contraire il boit peu , ou s'il ne boit pas en rai.on des ahmens dont il use , ou bien encore, s'il boit beaucoup , mais que ce
soit des liquides chargés d'alcool, tels que les vins des pays chauds, l'eau-devie, les liqueurs fortes , etc. , son urine sera peu abondante et dissoudra par conséquent moins d'acide urique ; celui-ci tendra donc d'autant plus à se séparer et à former des gi'aviers.
S'il suflisait de boire beaucoup pour éviter la gravelle , les personnes qui y sont le plus exposées , je veux dire les grands mangeurs et les gastronomes , en souffriraient rarement, car il est rare qu'elles aient des scrupules sous ce rapport. Mais une cause particulière et encore peu connue agit chez eux en sens inverse ; je veux parler de la diminution de l'action des reins par l'usage de la nourriture animale.
Dans les ex|)ériences que j'ai faites sur les animaux, pour constater les effets comparatifs des alimens azotés et des alimens non azotés , j'ai reconnu que l'usage de ces derniers augmente sensiblement la quantité d'urine ; un chien, par exemple , nourri avec du sucre et buvant une quantité d'eau donnée en vingtcjuaire heures, urine incomparablement plus qu'un autre chien buvant la même quantité d'eau et nourri avec de la viande. J'ai souvent fait la môme obsei'vation sur l'homme. Les personnes qui mangent de la viande pour tout aliment, dans la vue de guérir certaines maladies , sont remarquables par la petite quantité d'urine qu'elles rendent. C'est le contraire pour les personnes qui, par régime, n'emploient que des substances végétales. M. Clouet, connu par ses travaux sur l'acier , ayant voulu juger des propriétés nutritives de la pomme de terre, se nourrit pendant un temps avec cette racine seule ; au bout de douze à quinze jours il fut pris d'un flux d'urine qui avait quelque analogie avec le diabètes. On aurait encore une preuve évidente de ce que j'avance en comparant la quan-' < I
tité de l'urine des animaux carnivores avec celle des animaux herbivores ; personne n'ignore qu'elle est très-considérable chez ces derniers; on peut opposer, sous ce rapport, un chat et un lapin à peu près du même volume , et j>ourtant le lapin ne boit pour ainsi dire jamais. Je reviendrai sur ce point h l'article dit traitement de la gravelle ; je me borne ici à établir comme fait , que l'nsage des viandes et de tous les alimens analogues tend à diminuer la quantité de l'urine, en même temps qu'elle y augmente la proportion d'acide urique ; ce fait important vient de recevoir une confirmation complète de l'intéressant travail dù M. Chossat (voyez Journal de Physiologie expérimentale , tome 4).
Il est pour ainsi dire inutile d'ajouter que toutes les causes connues pour diminuer la quantité de l'urine, telles que la transpiration cutanée abondante les sueurs , les évacuations liquides accidentelles , etc. , seront favorables à Is formation de la gravelle , en mettant plus ou moins d'obstacles à la dissolutior de l'acide urique
11 en est de même du séjour prolongé dans le lit , qui , soit en excitant la Irans piralion à la peau, soit en rendant plus lent le passage de l'urine du rein à 1 vessie , favorise la formation des graviers. Van-Swieten a vu un homme qui n'a vait jamais eu aucun symptôme de gravelle , être attaqué d'une colique néphré tique calculeuse peu de semaines après la gucrison d'ime fracture de cuisse pour laquelle il était resté couché deux mois et demi sans changer de situation Cet homme , après une forte douleur, rendit un petit calcul d'une surface iné gale, et devint sujet à la gravelle. Des efiets semblables pourront avoir lieu s l'on a l'habitude de conserver long temps l'urine dans la vessie , et si l'urine esr d'ailleurs disposée à laisser l'acide urique se solidifier
Injluence de la température de l'urine sur le développement de la gravell rouge. On vient de voir les principales circonstances qui donnent lieu au déve loppement de la gravelle à toutes les époques de la vie ; il eu est encore ua particulière aux vieillards , c'est la diminution de la chaleur animale à mesur qu'on avance en âge. Je me suis assuré en effet, par des expériences thermomé triques , cjue, passé soixante ans, la température du corps a en général baiss de plusieurs degrés; il est rare, par exemple, cju'clle s'élève au dessus d 30" centigrades, même à l'aisselle et à l'aine, qui sont les endroits les pli chauds de la superficie du corps, et qui suivent presque toujours la températur des cavités intérieures.
L'urine , qui n'a qu'une chaleur empruntée au sang et aux organes circonvoi sins , a donc nécessairement une température plus basse chez les vieillards qu chez l'adulte. Dans les expériences que j'ai faites à ce sujet, je l'ai raremei trouvée au dessus de 30° centig. , c'est-à-dire 8 ou 10» au dessous de la chaleu ordinaire; ainsi en supposant d'ailleurs toutes les auti'es circonstances sembla bles , par cela seul que son urine est moins chaude , le vieillard est plus expos à être atteint de la gravelle , puisque son urine est moins propre à dissoudi l'acide urique.
Peut-être l'action forte et souljenue du froid, en abaissant la température ns turelle du corps , concourt- elle, dans certains cas , à la production des graviers parce qu'elle abaisse celle de l'urine.
De la gravelle blanche. Après la gravelle rouge , celle qui va nous occupe! est sans doute la plus fréquente , car depuis la publication de la première édi tion de cet ouvrage, j'ai eu l'occasion d'en voir dix ou douze exemples.
La gravelle blanche se reconnaît, ainsi que le nom que je lui donne l'indiqn à la couleur blanche ou blanchâtre des matières qui la forment. Celles ci présentent sous deux aspects difTérens : l» celui de poussière blanche qui se d' pose en quantité plus ou moins considérable au fond du vase qui contient Turin" et quelquefois dans le trajet des voies urinaires , ou même sur les poils qui revd teut, chez la femme, les organes externes de la génération ; ?.o l'état de gn viers ou petits calculs , de forme anguleuse , irrégulière, et de consistance VJ riable
Les analvses que j'ai fait faire de cette espèce de gravelle m'ont donné po« résultat qu'elle est presque cnlicrcmcnt comjiosée de phosphate de chaux : dj
ÊRAVÈLLï;.
GRAVELLE
moins on ne rencontre avec ce sel qu'une faible proportion de phosphate de magnésie.
II est facile de reconnaître la nature chimique de la gravelle blanche. Elle se Jissout facilement dans l'acide hydroclilorique faible, et le phosphate de chaux ;n est précipité sans aucune effervesceuce par l'ammoniaque.
M. Prouta vu de petits calculs parfaitement blancs, mais qui différaient de ceux que je viens de décrire , en ce qu'ils étaient très-friabîes. Ils étaient composés presque en totalité par du carbonate de chaux. Il serait aisé de distinguer la nature de semblables graviers à l'efTcrvescence qui accompagnerait leur dissolution dans les acides. Je n'ai jamais eu l'occasion de rencontrer sur l'homme Cette espèce de gravelle, mais on sait que les calculs de carbonate de chaux sont ^réquens sur les animaux , et particulièrement dans le cheval.
Ainsi la gravelle blanche peut être formée par deux dépôts salins de nature jbien différente; l» le carbonate de chaux , mais ce cas est très-rare ; 2° par le phosphate de chaux , cas qui est beaucoup plus fréquent , puisqu'en res[)ace de ijuelques années j'ai eu l'occasion de l'observer une douzaine de fois, i Quant à l'origine du phosphate de chaux qui forme le plus souvent cette esipcce de gravelle, si l'on se rappelle ce que nous avons dit de l'influence d'une ^lourriture très-azotée sur la composition de l'urine , on trouvera que sa prc- [Bcnce dans l'urine saine est évidemment liée avec la nourriture animale ou azoitée, puisque si on prive un chien de cette espèce de nourriture pendant vingt
vingt-cinq jours , son urine ne présente plus de phosphates parmi les sels \\m entrent dans sa composition.
i En outre , toutes les circonstances que nous avons signalées comme propres f< favoriser la )n oduction de la gravelle rouge , s'appliquent également à la gravelle blanche formée de phosphate de chaux.
Il n'en est pas de même de la gravelle blanche formée par le carbonate de bhaux , puisque, d'une part , ce sel ne se trouve pas dans l'urine humaine à l'état pain, et que , de l'autre , la production du carbonate de chaux n« provient ccrfainement pas de l'expérience delà nourriture animale; elle serait plutôt en i-apport avec une nourriture exclusivement végétale , puisqu'on retrouve ce sel, proportion notable, dans l'urine des animaux herbivores. - ! De la gravelle pileuse. L'épilhète de pileuse , par laquelle je désigne celte i espèce de gravelle , indique assez son principal caractère ; la matière saline qui 1 la forme est en effet mélangée avec des poils jikis ou moins longs et plus ou moins abondans.
I Elle se présente , tantôt sous la forme d'une poussière blanchâtre avec lacpiclle 1 'sont confondus les poils, tantôt sous la forme de graviers de volume variables , > [velus h leur surface, et quehjuefois réunis en grappes les uns aux autres. I i Dans l'état pulvérulent, la gravelle pileuse est formée par une poudre bl.mf [che mêlée à une quantité de petits poils dont la longueur varie depuis une ligne jusqu'à un pouce et plus. Par des lotions dans l'eau on peut séparer les poils de ! ila poussière blanche qui les environne ; on reconnaît alors qu'ils diffèrent peu [des poils ordinaires ; ils sont seulement plus fins et d'une coulear gris-cendré. I La matière saline elle-même se dépose au fond du vase, et y forme une étouche I [plus ou moins épaisse; si on l y laisse quelque temps en repos , elle se prend , pour ainsi dire, en masse , et on ne peut plus la détacher qu'en lames de pluisieurs ligues d'étendue ; pour apercevoir les poils, il sufiit de rompre ces lames, !; et les extrémités des poils reparaissent sur les bords de la cassure, i Cette matière saline , analysée par M. Pelletier, a été trouvée composée en Jgrande partie de phosphate de chaux, d'un peu de phosphate de magnésie et ' de quehpies traces d'acide urique.
La première fois que j'ai eu l'occasion d'observer cette maladie , c'était sur un vieillard, professeur à l'ancienne université; il rendait une telle quantité de [cette matière saline pileuse qu'il en remplissait en quelques jours des boîtes de |la contenance d'un litre; ce qu'en avait produit en quelques années ce vieillard {était vraiment extraordinaire.
Le second cas de gravelle pileuse qui soit venu à ma connaissance , s'est offert sur un marin; il rendait par l'urètre non de la poudre pileuse, mais des concrétions velues à leur surface, et d'un volume considérable. Ces concrétions étaient friables, mais les parcelles qui résultaient de leur écrasement ne se séparaient pas entièrement; elles restaient attachées les unes aux autres par de petits poils.
Un médecin anglais dont je ne puis citer le nom parce que la lettre qu'il m'a fait 1 honneur de m'écrire s'est égarée , m'a envoyé plusieurs échantillons d'une nouvelle espèce de gravelle pileuse. Ici, chaque poil est placé au centre d'une cristallisation circulaire semblable à celle qui a lieu sur les fils qui servent, dans les laboratoires de chimie , î> favoriser la formation des cristaux dans les dissolutions salines ou autres.
Je n'ai point fait analyser cette variété , mais à la couleur et à l'aspect, je suppose que sa composition chimique est semblable aux autres gravelles pileuses. Je suis persuadé que si on introduisait dans la vessie d'un animal un certain nombre de poils , ils se i-evêliraient bientôt d'un dépôt salin , et formeraient aussi une gravelle pileuse artificielle , semblable à celle dont je viens de parler.
A quelle origine rapporter celte esj)cce de gravelle .î" D'après les faits que j'ai rapportes à l'article de la gravelle blanche , on pouvait jusqu'à un certain point rendre raison de l'excès des phosphates et de l'acide urique , et l'attribuer à un usage immodéré de la nourriture animale. Cependant les deux malades dont je viens déparier, et un troisième dont je parlerai à l'article du traitement, ne sefliblèrent pas avoir rien outré en ce genre , ils vivaient au contraire d'une manière très-sobre.
Quant à l'origine des poils qui donnent le principal caractère de l'espèce de
gravelle qui nous occupe, convenons franchement qu'il n'est pas possible, dans l'état présent de la science , d'en expliquer la formation ni la présence au milieu de la matière saline déposée par l'urine. Il en est de même des deux états dans lesquels se voit la gravelle. Pourquoi dans un cas est-elle en poudre fine? pourquoi dans un autre est-elle souo forme de gravier plus ou moins volumineux? On l'ignore.
De la gravelle grise ou de phosphate aniinoniaco-)nagnésien. Je n'ai jamais rencontre cette espèce de gravelle que sous l'état de graviers plus ou moins vo- -^umineux ; dans certains cas , lisses à leur surface et approchant de la forme d'olive ou de jiist.iche, et en ayant à peu près le volume. Dans d'autres cas, je l'ai vue formée par des graviers très-gros , à peu près sphcriques , et présentant nombre d'irrégularités anguleuses à leur surface. La section de ces graviers montre qu'ils sont composés de plusieurs couches concentriques , et par conséquent que leur formation doit être d une certaine lenteur; ce sont de vérilables calculs urinaires , mais pas encore assez volumineux pour no plus pouvoir s'échapper par l'urètre.
Ces graviers sont composés par le phosphate ammoniaco-magnésien uni à de la matière animale , en petite quantité, et à quelques traces d'acide urique.
Une telle nature chimique doit faire remonter l'origine de cette espèce de gravelle , d'ailleurs assez rare , aux mêmes causes qui , très-probablement , produisent la gravelle rouge ou d'acide urique, et les gravelles principalement composées par le phosphate de chaux. Mais à raison de l'ammoniaque qui entre en assez grande proportion dans sa composition , il est extrêmement probable qu'elle trouve sa principale source dans un régime fortement azoté, c'est à-dire composé de viande, )Joisson , fromage, etc. : du moins je n'ai jamais eu l'occasion tle l'observer que sur de véritables gastronomes.
Gravelle jaune ou d'oxalate de chaux. Cette gravelle doit être très-rare, car je n'ai eu qu'une seule fois 1 occasion de la rencontrer, et le malade n'avait rendu qu'un gravier unique; sa l'orme était allongée, aplatie sur deux faces, sa longueur de six à sept lignes en\ iion, sa largeur d'une ligne et demie à deux lignes, sa surface inégale, sa dureté très-grande; la couleur, d'un jaune-orangé, me fil croire d abord qu'il était composé d'acide urique; mais l'ayant fait analyser par un chimiste habile , M. DesiJretz , il se irouva composé à'oxalate de chaux pi'es(jue pur.
Surpris de trouver une pareille composition chez une personne qui réunissait dans sa corpulence, son âge, ses habitudes de table , des conditions favorables à la production de l'aciJe urique, je pris des renseignemens nombreux sur sou régime , et j'appris les particularités que je vais rapporter.
Won malade était un honime d'état , grand ami de la table. Il avait été cliargc, à une époque qui n'était pas très-reculée, d'une mission politique dans una contrée où le goût de la bonne chère est fort lépandu : il y avait reçu et y avait donné nombre de dîners officiels , où il s'était montré à la fois diplomate habile et gastronome éclairé.
Mais tandis qu'il s'efforce de remplir l'objet de sa mission, arrive un grand événement politique qui le fait rentrer dans la vie privée.
Dans sa nouvelle position , il réfléchit sur sa conduite passée; il trouve qu'il a trop fait pour soutenir sa réputation gastronomique, et surtout qu il a suivi un régime beaucoup ti^op excitant. Il veut y remédier par un nouveau régime qui le rafraîchisse ; en conséquence , il prend la ferme résolution de manger à lui seul, et tous les matins, un grand plat d'oseille, et lient parole pendant près d'un an. Au bout de ce temps, il éprouve de la douleur dans les reins et les uretères , et bientôt il rendit avec son urine le gravier dont j'ai donné tout k l'heure la description , et qui était composé, comme j'ai dit, d'oxalate de chaux. Ayant acquis tous ces renseignemens, il ne me fut pas difficile de remonter à l'origine de ce gravier, et de voir qu'elle devait être rapportée à l'usage immodéré de l'oseille. On verra k l'article du traitement de cette espèce de gravelle , C[ue je ne m'étais pas abusé.
De la gravelle transparente ou d'oxide cystique. Les graviers qui appartiennent à celte espèce de gravelle, qui est fort rare, et dont je n'ai vu qu'un seul exemple, sont d'une couleur jaune citrine; leur surface est couverte de j)etits mammelons cristallins d'un certain volume ; lorsqu'on brise ces graviers, ils ne paraissent pas composés de couches superposées ; mais ils semblent plutpt résulter de l'assemblage de petits cristaux amoncelés sans ordre. Ceux que j'ai vus étaient plats ; ils paraissaient de véritables cristallisations confuses placées entre l'oeil et la lumière; ils offrent une transparence qui rappelle celle de la topaze.
S'ils sont exposés à la flamme du chalumeau, ils brûlent et exhalent une odeur spéciale extrêmement fétide : ils sont solubles dans les acides et dans les alcalis. Ils sont donc formés par i'oxide cystique , dont la découverte appartient à M. 'Wollaston.
M. Lassaigne a pu analyser cette espèce de gravier, qu'il avait rencontré sur un chien ; il l'a trouvé composé de :
Carbonne 36,2
Azote 34,0
Oxigène 17,0
Hydrogène . 12,8
La nature chimique de cette gravelle la rapproche donc évidemment de l'acide urique , quant à son origine et à ses relations avec la nourriture animale.
On pourrait ajouter à ces six espèces de gravelle que nous venons de décrire, deux espèces de substances qui ont e'té rencontrées dans les concrétions uri-
GRl V ELLE.
GR A.VELLE
naires par M. Marcel , et dont Tune semble être 1j fibrine du sang , et Taulre une matière nommée par ce médecin acide xantique, parce forme un composé jaune avec l'acide nitrique ; mais comme ces variétés n'ont été vues qu'une seule fois , et qu'elles pourraient être de simples productions accidentelles, nous nous contenterons de les indiquer, afin qu'on puisse les reconnaître si par hasard on les rencontrait.
Ds quelques causes particulières de la grai'elle. — Je viens d'indiquer les circonstances qui, dans l'état présent de la physiologie et de la chimie, permettent de concevoir comment les matières solides qui forment les diverses espèces de gravelle ne restent pas en dissolution dans l'urine et se précipitent sous la forme de sable ou de calcul. Gai dons-nous de croire cependant que la théorie est entièrement satisfaisante sous ce rapport ; car nous voyons tous les jours des individus qui, par leur âge , leur régime , leurs habitudes , semblent dans les conditions les plus propres au développement de la gravelle, et qui n'en sont point atteints : il existe donc des causes encore inconnues qui facilitent la dissolution de l'acide urique et des matières salines dans les cas même où leur proportion est considérable dans l'urine , et pourraient, dans d'autres circonstances , produire la gravelle.
JNous voyons au contraire des personnes qui , par leur régime alimentaire et leur genre de vie, sembleraient ne devoir jamais être atteintes de la gravelle, et qui pourtant en souflrciit. Les exemples en sont trés-rares à la vérité, mais le fait n'en est pas moins certain ; tels sont les pauvres d'un district entre Tumbridge-Wels et Lewcs , dans le comté de Susscx ; la gravelle est fréquente parmi eux, bien qu'ils soient maigres et qu'ils se nourrissent presque exclusivement d'alimens végétaux et de bière dure (hard beer). M. Scudamore, qui rapporte ce fait , dit que la maladie épargne les autres habitans. Il aurait été à désirer que l'auteur eut constaté de quelle nature sont les graviers et s'ils contiennent de l'acide urique.
Telles sont encore les personnes qui rendent abondamment des graviers avec leur urine chaque fois qu'elles font un violent exercice auquel elles ne sont pas accoutumées. 11 n'est pas extrêmement rare de voir le même phénomène avoir lieu chez des personnes sobres et d'ailleurs bien portantes, si elles ont une digestion laborieuse, accompagnée d'éructations, de rapports amers ou acides, de pyrosis, etc. Je connais une dame qui rend environ deux gros de gravier rouge avec son urine le lendemain du jour où il lui est arrivé de manger de la salade. Béclard m'a rapporté l'histoire d'un individu qui expulse un ou deux petits calculs par l'urètre chaque fois qu'il fait usage de fruits crus.
Ces faits, ou d'autres analogues , n'ont pas échappé à la sagacité de plusieurs auteurs recommandables , et particulièrement aux médecins anglais ; mais c'est en vain , je crois , que ceux-ci ont cherché à en donner une explication satisfaisante ; en effet , est-on beaucoup plus avancé , sous ce rapport, en disant que , dans les cas cités , l'estomac est clan.i un état morbide , ou que les voies dii^estives sont surchargées d'acide , ou bien que le Joie ne fait pas ses fondions ? On est d'autant plus étonné de rencontrer ce langage dans plusieurs ouvrages anglais récens , qu'on y voit d'ailleurs avec plaisir la médecine se rapprocher de la marche expérimentale suivie maintenant dans la plupart des sciences naturelles.
Je ne considère pas comme cause de la gravelle la dyspepsie qui l'accompagne fréquemment , ainsi que plusieurs maladies chroniques , car tout porte à croire que la dyspepsie et la gravelle qui existent simultanément sur le même sujet sont deux effets qui dépendent des mêmes causes.
Le climat influe-t-il sur les productions des affections calculeuses en général? Les auteurs l'allirment. Depuis long-temps, en effet, on a remarqué que les habitans des pays tempérés et humides étaient plus sujets à la pierre, etc. , que ceux des pays froids et des contrées équatoriales ; il est très-rare , par exemple , de rencontrer un graveleux dans l'Inde : tous les médecins qui y ont exercé s'accordent sur ce point. Mais en décidant aussi affirmativement la question, a-t-on séparé comme il convenait , ce qui appartient simplement au climat de ce qui appartient au régime? Ne serait-il pas possible que l'absence des affections calculeuses , dans les pays chauds , tint en partie au régime végétal qu'on sait être plus particulièrement suivi dans ces contrées ? Je serais porté à le penser d'après le fait suivant que M. Orfila m'a rapporté.
Les habitans de l'ile de Minorque se nourrissent principalement de poissons et d'autres matières animales ; ils assaisonnent fortement ces substances avec du poivre et autres épiées ; leur boisson est un vin généreux dont ils miligent rarement la force avec de l'eau ; ils font aussi un assez grand usage d'eau-devic, de rum, de punch, etc. Pendant le séjour de M. Orfila dans cette ilc, en 1816, il a remarqué que les affections calculeuses y étaient très-communes et que l'urine des habitans était en général chargée d'une grande quantité d'acide urique qui sortait fréquemment sous la forme de calculs , après avoir causé de vives douleurs dans les reins et le trajet des uretères.
Combien d'erreurs ont été et sont encore répandues sur les causes de la gravelle! On a cru long-temps , par exemj)le, que les concrétions pierreuses de quelques fruits, les eaux séléniteuses , etc. , produisaient fréquemment cette maladie. Ces idées , souvent partagées par les auteurs les plus respectables, avaient pour fondement une prétendue similitude do nature entre les sels calcaires et les éléraens qui composent les graviers et les calculs ; mais les travaux des chimistes modernes ont détruit toute illusion à cet égard, en démontrant que la matière des calculs n'a , le plus souvent , aucune analogie avec les sels à base de chaux , et encore moins avec les concrétions des fruits. En effet les concrétions lapidiformes des fruits , cl particulièrement des poires, qui ont été regardées comme formées par de la terre calcaire , et à ce litre nommées pierres,
ne méritent point celte dénomination. Si on les observe au microscope , elles ne paraissent pas formées par des couches concentriques, mais par l'assemblage de particules dures, réunies par des filamens plus ou moins déliés. MM. Maquarl et 'Vauquelin les ont étudiées sous le rapport chimique, et ont reconnu qu'elles n'élaient composées ni par du carbonate de chaux , ni par du phosphate de chaux , ni par de l'acide urique, comme on l'avait soupçonné , mais par une matière ligneuse semblable à celle de l'arbre qui produit le fruit , confusément cristallisée , mélangée avec une espèce particulière d'amidon, y^insi les prétendues pierres des fruits ne sont en aucune manière capables de produire des calculs. J'ai pu constater d'ailleurs plusieurs fois qu'elles traversent le canal intestinal sans éprouver d'altération.
Les eaux chargées de carbonate de chaux ne sont pas plus de nature h causer la gravelle que ces concrétions dont je viens de parler. Haies était cependant persuadé que les eaux laissaient déposer des particules terreuses dans les vaisseaux excréteurs des reins, comme elles en déposent le long des canaux qui les charrient ; mais bien loin que l'observation confirme celte doctrine, il paraît au contraire que ces eaux sont utilement employées dans la cure des affections graveleuses, et qu'elles sont préservatrices de ces affections. Au rapport de Chopart et de Desault, qui ont pratiqué la chirurgie dans les plus grands hôpitaux de Paris , il est très-rare de trouver un calculeus ou un graveleux dans le village d'Arcueil, quoique l'eau y soit chargée de carbonate de chaux; quand on réfléchit en oulie que la matière des calculs n'a aucune analogie avec ce sel , il est impossible de ne pas rejeter l'opinion de Haies.
Ce qui vient d'être dit des sels calcaires est en grande partie applicable au sel de cuisine, regardé, par beaucoup d'auteurs, comme pouvant causer la gravelle; la différence de nature qui existe entre celte substance cl les graviers urinaires , suffit pour éloigner l'idée que son usage , son abus même puissent produire rien qui ressemble à la gravelle.
En résumantlout ce qui a rapport aux causes directes ou indirectes delà gravelle, nous voyons qu'elles se réduisent aux suivantes :
\°. L'âge mùr et la vieillesse ;
2°. Un régime trop nutiitif, principalement composé d'alimens contenant beaucoup d'azote ou de substances susceptibles de former dépôt dans les voies urinaires ;
3°. Le défaut d'exercice du corps, le travail de cabinet, le séjour au lit , etc. ; 4". L'usage de boire peu , quelle que soit la nature des boissons ; 5°. L'usage des vins généreux et des li((ueurs fortes;
G". La transpiration , les sueurs abondantes et toutes les évacuations séreuses survenant chez les personnes d'ailleurs disposées à la gravelle;
1°. L'habitude de garder long-temps l'urine dans la vessie.
80. Des causes particulières dont il est impossible de méconnaître les effets , mais dont on ne peut expliquer maintenant la manière d'agir.
Remarques sur les symptômes de la gravelle , et sur le lieu où se forment les graviers. — Le plus souvent celui qui doit être atteint de gravelle ressent, quelques Mois avant son apparition , un sentiment particulier de fourmillement, d'engourdissement dans la région des reins ; son urine est foncée en couleur et laisse déposer, au bout d'une ou deux heures, un sédiment rougeàlre plus ou moins abondant. Ordinairement on fait peu d'attention à ces premiers symptd«ii mes , cependant ils s'accroissent, le sentiment d'engourdissement des reins s change en une véritable faiblesse douloureuse qui varie d'intensité. Le lende main du jour où elle a été plus forte , une certaine quantité de sable est évacu' avec l'urine. Souvent ces évacuations se font sans douleurs; mais souvent aussi elles sont accompagnées d'un sentiment de chaleur et même de brûlure dans le trajet de l'urine. Dans certains cas plus rares , elles excitent des douleurs très vives dans la vessie et l'urètre; de la fièvre, de l'anxiété, de l'insomnie, etc., acciilensqui ne cessent ou se modèrent qu'après la sortie du sable rouge.
Tant que l'évacuation dont nous parlons n a lieu qu'à des époques éloignées,' une ou deux fois l'an, par exemple , ou n'est point encore réellement atteint dei la gravelle, on y est seulement disposé. Si l'expulsion du sable se fait plus fré quemraent , si elle revient plusieurs fois dans le courant du mois , par exemple qu'elle soit douloureuse ou non , la gravelle existe, mais elle n'est encore qu' son premier degré. Rarement les choses en restent là ; bientôt les douleurs reins prennent de l'accroissement et sont par instant intolérables ; souvent 1 malade a la conscience d'un corps étranger qui descend dans l'uretère, et qu' signale sa progression par une sorte de déchirure du canal qu'il parcourt. Près que toujours ce symptôme est accompagné d'envies fréquentes d'uriner, de la ré» traction du testicule , de crampes dans les membres inférieurs , de nausées et de vomissemens ; il y a impossibilité pour le patient de garder long-temps la nicuie position; il ne saurait se tenir debout et encore moins marcher, quelquefois même il ne peut supporter le mouvemenl d'une voiture bien suspendue. Ordinairement ces accidcns durent trente-six ou quarante-huit heures ; puis ils cessent tout-à-coup. Enfin , au bout d'un temps plus ou moins long, le plus souvent dans la même journée , le malade s'aperçoit , en urinant , qu'il existe dans l'urètre un corps solide que l'urine entraîne, mais qui gêne son cours et; finit cependant par s'échapper et tomber avec elle dans le vase qui la reçoit. Cï j corps solide, lancé quelquefois avec violence hors de l'urètre par la colonne d'urine qui le pousse devant elle, n'est autre chose qu'un calcul dont la luarcbt j douloureuse à travers les voies urinaiies a été d'autant plus lente et plus difli- , cile que son volume est plus considérable , sa forme plus irrégulière , et les ca- , naux parcourus plus étroits. \
Chez les femmes, le passage des calculs par l'urèlre présente moins de diflî culte à raison du peu d'éleniiueet de l'extensibilité de ce canal; mais leur Irajcl
GRA VELLE
GR A VELLE
ravers rm-etère n'est ni plus rajiide, ni moins douloureux que chez l'homme. jRareracnt les calculs rendus ainsi par l'urètre sont-ils solitaires , presque tou- |irs il en sort successivement plusieurs dont le volume est variable. Mon intention n'est point de décrire ici les symptômes particuliers à la gra- •Jle, car ils sont généralement bien connus; mais j'en ai dit assez pour tirer , itie induction importante dans le traitement de cette maladie , savoir : que la
IidiHcation de la matière des graviers se fait aussitôt que l'urine est formée , st-à-dire dans les bassinets, et peut-être même, comme semblent l'annoncer fourraillemens , les douleurs lombaires sourdes que ressentent les malades |ns la substance tubuleuse des reins , où chacun sait qu'on aperçoit aisément irine avant qu'elle n'arrive aux uretères.
S il était d'une bonne logique de conclure du particulier au général , on pourit considéier ce fait comme démontré; car j'ai trouvé dernièrement à l'hospice : la Salpêtrière , dans les reins d une femme âgée et sujette à la gravelle, de plits grains d'acide urique entre les fibres de la substance rayonnée. Le bassipt de ce rein contenait toutes les grosseurs de graviers depuis un sable très-fin squ'à des calculs allongés d'un pouce de long. Cliopart (Maladies des voies nnuires) dit aussi positivement avoir vu de petits graviers dans la substance jamelonnée et tubuleuse du rein. Plusieurs autres auteurs ont fait la même ;)servation.
Rien ne s'oppose cependant à ce que cette solidification se fasse soit dans l'nlere, soit dans la vessie , ou même au-delà ; car il peut se faire que certaines luses propres à la produire existent dans ces parties des voies urinaires , tandis ii'elles n'existaient point au rein lui même.
Une fois les graviers formés dans les bassinets ou ailleurs, ils s'accroissent en ;cevant à leur surface de nouvelles couches qui se précipitent successivement, pmrae il esl facile de s'en convaincre en les coupant transversalement; on rejnnait alors qu'ils sont presque tous composés de couches concentriques. Plus ur descente est lente et difficultueuse , plus il y a lieu à craindre que leur grosuir n'augmente , et réciproquement , plus leur volume est considérable , plus n doit redouter que leur marche ne soit lente , et par suite qu'ils n'acquièrent bs dimensions encore plus considérables.
Le sable, à raison de la facilité avec laquelle il parcourt en général'tout le i'ajet des voies urinaires, ne doit pas donner autant d'inquiétudes ; cependant
la quantité d'urine est peu considérable, le sable lui même ne descend vers urètre qu'avec une certaine lenteur; les particules augmentent de volume et eviennent de petits calculs qui peuvent ensuite se développer comme il vient 'êli e dit. >
Si à cause de son volume , de sa figure irrégulière , ou d'une disposition parculière des voies urinaires , u« calcul s'arrête dans un point quelconque du rajet de l'urine, il s'y accroît et met plus ou moins d'obstacle au passage des «très calculs ; c'est le plus souvent ainsi que commencent les calculs des reins t la plupart des pierres de la vessie.
I Les pierres dans les reins, dans les bassinets, les uretères et la vessie ne ont donc le plus souvent que des suites de la gravelle , ou si l'on veut, le troi- Sème degré de cette maladie, dont l'expulsion du sable serait le premier, et [lelle des calculs le second.
i Si les médecins se décident un jour à ne voir dans les maladies que des mo- [lifications des phénomènes de la santé , au lieu d'abstractions et d êtres imagiiiaircs, il sera sans doute nécessaire de réunir , soit pour l'étude des symplônes, soit pour le traitement, toutes les suites diverses de la solidification de liverses substances qui peuvent former de» calculs dans les voies urinaires.
Indications curatives et moyens généraux de traitement de la gravelle rouge m d'acide uritfue. D'après l'exposé que nous avons fait des causes et des sympômes de la gravelle rouge, il nous est facile d'établir les principales indications nirativos que présente cette maladie :
Diminuer la quantité d'acide urique que forment les reins ;
Augmenter la sécrétion de l'urine;
Empêcher la solidification de l'acide urique en saturant cet acide ; Les graviers et les calculs étant Jbrmés , favoriser leur évacuation et tenter 'eur dissolution.
Telles sont les quatre indications curatives les plus importantes qu'offre cette îspcee de gravelle. Nous allons les examiner successivement et faire connaître es moyens de les remplir.
§ I. Diminuer la quantité d'acide urique que forment les reins. L'existence le l'acide urique dans l'urine étant liée avec l'usage des substances animales ou 'égétales azotées, comme aliment, et la proportion de cet acide étant presque ioujours en raison de la quantité dalimens employés, pour diminuer la quantité d'acide urique , il suffit en général de diminuer la quantité des alimens iropres à le produire. Mais, dans ceriains cas qui ne sont pas rares, il faut iour ainsi dire supprimer entièrement l'usage de ces alimens et les remplacer ^ar des substances alimentaires qui, contenant peu ou point d'azote, ne sont pas de nature h exciter la formation de l'acide urique.
C'est surtout quand l'urine charrie du sable rouge, que le premier moyen est îfllcaee; j'ai souvent vu des personnes se guérir d'un semblable état, en cessant de déjeuner à la fourchette et en ne prenant plus le malin que du café, lu chocolat ou du thé. Huit ou dix jours après le changement de régime, on i aperçoit ordinairement que le sable commence h diminuer; il est rare qu'après l'ingt-cmq ou trente jours , l'évacuatjon de l'acide n'ait pas complètement cessé, pourvu qu'on ne mange pas au diner de manière à réparer et au-delà la privaion qu'on s'est imposée au déjeuner.
En s astreignant à ce régime , les personnes habituées à déjeuner solidement
DiCT. DE MÉDECINE ET DE CuiRUnCIE PRATIQUES.
I ne doivent pas s'inquiéter de l'espèce de malaise et de la faiblesse qu'elles I éprouveront les premiers jours ; ces accidens ne sont , pour ainsi dire , que factices , et sont bien plutôt l'effet d'une habitude rompue que de la privation des I alimens; la preuve est qu'ils cessent peu à peu et finissent par disparaître au bout de quelques jours, et qu'ils sont même souvent remplacés par un sentiment de bien-être , de légèreté , de liberté d'esprit qui n'existait pas auparavant.
Ce moyen n'est applicable qu'aux personnes accoutumées à déjeuner avec de la viande; il faut procéder autrement pour celles qui, comme cela est trèsfréquent, ne font qu'un repas. Il s'agit alors de les forcer à s'abstenir et à diminuer d'un quart ou de moitié la quantité habituelle de leurs alimens. Ce moyen fort simple et qui produit bientôt la cessation de la formation du sable, est très-diflicile à mettre en usage; le dîner est, pour bien des gens, surtout pour les vieillards, l'action la plus importante de la journée; c'est le moment d une véritable et positive jouissance; conseiller de la diminuer et de la rendre moins longue est souvent mal accueilli : ou bien, si , d'après l'exposé des suites de la gravelle, le malade consent à s'y soumettre et même en prend le matin la résolution , c'est tout autre chose quand il faut mettre le conseil en pratique; l'appétit et les mets sont en présence, un plaisir vif va être senti, les incoramoilités , le danger sont loin , le médecin a sans doute exagéré , comment résister? J'ai rencontré plusieurs fois des graveleux qui, persuadés des dangers qu'ils couraient, n'ont pas pu obtenir d'eux-mêmes de diminuer d'une once Ja quantité de leurs alimens, et cependant, sans exagération, ils mangeaient cinq ou six fois plus qu'il ne fallait pour se nourrir convenablement.
Le médecin n'éprouve pas tant de difilculté .î faire accepter ses conseils quand il existe des calculs : la douleur et les autres accidens qui accompagnent leur trajet dans les voies urinaires, parlent à chaque instant en faveur du régime, et souvent même rappellent vivement au malade à table la nécessité de se modérer.
Malheureusement cette diminution de la quantité d'alimens , suffisante pour faire cesser la formation du sable de l'urine, ne réussit pas aussi bien pour les calculs , pour peu que le volume et le nombre de ceux-ci soient considérables. Il faut alors recourir à des moyens plus énergiques, dont nous allons tout à l'heure parler.
J'ai cependant vu plusieurs graveleux améliorer sensiblement leur situation par le simple changement de régime. Tel fut entre autres un ecclésiastique belge , qui , tourmenté par une gravelle très-forte, au point de ne pouvoir marcher, ni aller en voiture, d'après mes conseils, diminua beaucoup la quantité de ses alimens. Après un mois de ce nouveau genre de vie , il marchait avec facilité , soutenait parfaitement sa voiture , et commençait à faire de petits voyages à cheval.
Une dame de Paris , âgée de soixante à soixante-cinq ans , sujette à la gravelle depuis plusieurs années , lit, dans un journal , une annonce inexacte où l'on me l'ait avoir trouvé le moyen de guérir la gravelle et la pierre par l'usage du sucre : sans autres informations , cette dame se mit à manger du sucre en quantité considérable ; souvent plus d une livre par jour. L'usage de cette substance la força h diminuer considérablement ses autres alimens, au point qu'elle s'en privait presque entièrement. Elle soutint ce régime pendant environ six semaines ; sa gravelle disparait complètement : elle cesse alors l'usage du sucre qui fatiguait beaucoup son estomac et reprend son premier genre de vie j au bout de trois mois sa gravelle reparut.
J'ai été consulté pour un vieillard qui paraît avoir éprouvé des effets analogues, après avoir suivi la même conduite. Chez lui l'usage du sucre avait aussi débilité l'estomac et rendu les digestions très-pénibles.
Mais, demandera celui qui veut s'astreindre au régime indiqué , n'y a-t-il pas , parmi les alimens, des substances qui puissent remplacer celles dont je me prive et qui n'aient point les mêmes inconvéniens?
Sans doute, le pain , surtout celui de seigle, la pâtisserie , les pâtes d'Italie , les légumes farineux, le riz, les pommes de terre, les légumes verts, le sucre, etc., peuvent être employés comme aliment avec avantage, surtout quand ils sont préparés au maigre : le malade pouri-a sans crainte en faire usage pour satisfaire son appétit. Cependant il n'en abusera pas; car, entre ces I substances, il y en a qui, telles que le pain de froment et la pâtisserie, contienj nent nne assez grande proportion d'azote.
En suivant ce régime, il faudra éviter les liqueurs fortes, le vin pur, et prendre beaucoup de boissons aqueuses. Ces liquides rendant l'urine plus abondante sans accroître la quantité d'acide urique, diminueront relativement la proportion de celui-ci.
Malgré toutes les précautions, Iroj) souvent la gravelle persiste, et si elle est très-douloureuse , si les calculs sont volumineux et multipliés, il est évident que la simple diminution des alimens azotés ne suffit point; il faut alors s'en priver entièrement, jusqu'à ce que la gravelle ait disparu ou au moins beaucoup %. diminué, à moins qu'on ne préfère recourir à d'autres moyens curatifs dont nous allons parler tout à l'heure.
Peu de personnes ont le courage de s'astreindre à cette manière de vivre , et de surmonter ainsi des habitudes quelquefois contractées dès l'enfance; cependant j'en ai vu plusieurs suivre ce régime à la rigueur pendant plus de six semaines; il est vrai que la gravelle qui les travaillait les rendait si soufTrans, qu'ils auraient fait toute espèce de sacrifice pour s'en débarrasser.
Pour donner une idée de ce que peuvent faire en ce genre les accidens de la gravelle , je citerai le passage d'une lettre écrite par un magistrat de province grand amateur de la table ; il était tourmenté de la gravelle, et je lui avais I conseillé le régime non azoté dans toute sa rigueur.
gravellî:.
GRAVELLE
« Le matin je prends en me levant une lasse de llié léger, el dans la matinée, de l'orgeat à l'eau froide; je dine à midi avec des légumes et des fruits , en buvant plusieurs verres d'eau mêlée avec du vieux vin blanc de Bordeaux, et au dessert, deux ou trois petits verres purs; l'après-midi , vers cincf Ijcures, je bois de Tcau sucrée ; le soir , je mange du riz ou de la bouillie de blé noir , et cjuel((uefois de gruau , le tout accommodé avec le beurre et l'eau ; je bois encore à ce repas du vin blanc coupé; avant de me mettre au lit, je prends un verre ou deux d'eau sucrée. Je n'ai pu me procurer du pain de seigle (ju'j compter du 1 1 septembre; c'est là la seule partie du régime qui me coûte un peu, attendu que j'ai toujours été un grand mangeur de pain blanc de froment, et que d'ailleurs celte année ( 1816) , le seigle ayant été récolté humide, la qualité du pain en souffre beaucoup.
" Sans doute, ajoutait le même malade, le régime est extrêmement sévère; mais si je suis assez heureux pour qu'il me préserve, par la suite, de celte maladie et des cruels accidens qu'elle entraîne , ce sera un bon marché; car, en définitive , si une bonne cuisine est un plaisir, la santé ne lui est-elle pas mille fois préférable ? »
Les souhaits de ce malade n'ont point clé déçus ; au bout de six semaines de régime, les graviers et les sables ont fini par disparaître, et je pense qu'ils ne se sont plus montrés depuis cette époque, car il ne m'a plus écrit.
Uu fait que je ne dois pas omettre, c'est qu'après douze à quinze jours du régime, l'urine était très-abondante et hors de proportion avec la quantité de boisson ; circonstance qui n'a pas peu contribué sans doute à faire cesser la maladie. Nous avons vu un phénomène semblable dans les expériences sur les effets de la nourriture non azotée chez l'homme et les animaux. Ceci nous conduit à parler du second moyen curatif de la gravclle.
§ n. Ài.gmcntcr la sécrétion de l'urine. — Le moyen le plus simple et qui se présente de lui-même poui- rendre l'urine abondante, c'est de boire beaucoup, surtout des boissons aqueuses connues pour être puissamment diurétiques. Ce moyen est en effet la ressource de la plupart des graveleux (pii, pour diminuer la quantité des graviers, ou pour favoriser leur expulsion , boivent abondamment et urinent à pro|)orlion. Plusieurs parviennent, par ce seul moyen, et sans changer de régime , à rendre les évacuations de calculs très-rares, et quelques-uns sont assez heureux pour les faire cesser entièrement.
Pour produire ces effets, ])eu importe d'ailleurs la nature des boissons, pourvu que l'eau en soit la base ; aussi y a-t-il un grand nombre de décoctions, d'infusions végétales, d'eaux minérales, etc. , vantées comme spécifiques des affections graveleuses ; telles sont la décoction de chiendent, celle de queue de cerise, celle de raisin d'ours, de pariétaire, de saxifrage, de pariera brava, de graine de lin , etc. , telles sont encore la bière légère pure ou étendue d'eau , les eaux de Spa , de Conlrexeville , de Luxeueil, de Bussang, etc. Toutes ces boissons, dans lesquelles on ajoute souvent du sel de nilre, excitent l'action des reins et rendent ainsi l'urine abondante. C'est probablement de la même manière qu'agissent les eaux naturelles ou artificielles Irès-chargées d'acide carbonique.
Ce n'est pas que ces diverses boissons puissent être indifféremment employées dans tous les cas , car telle convient an gout , à l'estomac de certains malades , et produit un effet diurétique prononcé, qui répugnera, sera indigeste, et point du tout diurétique pour d'autres. Il faudra donc faire un choix et s'iirrêlerde préférence à celle qui sera agréable au goût, qui ne pèsera point sur l'estomac et qui produira l'effet diurcliijue le plus marqué, sans avoir égard d'ailleurs à la nature de la boisson.
Une fois qu'on a trouvé le liquide qui réunit les qualités désirées, il faut que le malade en prenne en grande quantité. Cinq ou six pintes ne doivent point )iarailre trop , surtout si la gravelle est intense. La quantité pourra être moindre dans les cas où la gravelle ne se montrerait qu'à des intervalles éloignés.
L'inconvénient le plus à craindre dans le mode de traitement, c'est l'affaiblissement de 1 action des organes abdominaux ; l'appétit se perd, les digestions deviennent labo rieuses, une faiblesse générale s'empare du malade; ces divers accidens obligent de modérer la quantité de boissons et de choisir celles qui sont aromali(jues , et par conséquent moins débilitantes pour l'ebtomac.
J'ai plusieurs lois lait cesser les tlérangeniens produits par celte cause , en donnant les l'oissons à la glace.
Telle est la quantité d'acide urique formée de la plupart des cas de gravelle, et telle est le peu de solubilité de celle substance, que, quelle que soit l'abondance de l'urine, elle n'est jamais assez grande pour tenir en dissolution l'acide urique , et par conséquent pour prévenir la formation des graviers.
Ce fâcheux résultat scru d'autant plus senti, que le régime sera plus nutritif, et que l'acide urique sera en plus grande propoitiou. On a dit plus haut que ce régime a aussi pour effet de diminuer la quantité relative de l'urine, et l'on vient de voir tout à-l'heure que le régime végétal ou non azoté produit justement l'effet opposé , c'est-à-dire, qu'il augmente la quantité de l'urine indépendamment de la quantité de boisson.
Rappellerai-je ici ce que j'ai dit à l'article des causes de la gravelle ? c'est que les vins généreux , les liqueurs fortes de tous genres, le café, le thé, le punch, .-\cilent bien moins l'action des reins que les boissons aqueuses et les vins légers ; il faudra tenir compte de cette propriétédes boissons alcooliques dans les conseils qu'on donnera aux graveleux; on ne leur en permettra l'usage qu autant qu'ils consciilironl à les étendre d'une très-grande quantité d eau , et a les rendre ainsi plus propres à exciter la sécrétion de I urine.
i'our remplir la seconde indication curalive de la gravelle, il suffît donc de pi eiuîrc beaucoup de boi.sons aqueuses , de boire peu de vins généreux , de
liqueurs alcooliques, et de modérer la quantité des substances animales dans le régime, de les remplacer, autant que possible, par des substances non azotées.
Lorsque le régime peu azoté et des boissons abondantes ne suffisent poinl pour s'opposer avec succès à la solidification de l'acide urique dans les voies urinaires, il faut recourir à un moyen que la chimie et la physiologie ont fait connaître , et qui consiste à faire combiner l'acide avec des bases alca-i Unes ou terreuses , de manière à former des sels beaucoup plus solubles que ne l'est l'acide uricjue lui-même. C'est là le troisième moyen curatif de la gravelle rouge.
§ IIL Saturer l'acide urique , emploi des alcalis. — Chacun sait que certaines substances alimentaires ou médicamenteuses portées dans l'estomac, donnent très-promplemcnt à l'urine des qu.ililés particulières , qu'elles en altèrent l'odeur, comme les asperges, ou la couleur, comme la rhubarbe; plusieurs substances salines passent sans altération dans l'urine avec la même promptitude. Darwin ayant fait prendre à un de ses amis quelques grains de nitrate de potasse, examina son urine une demi heure après et y trouva le sel; j'ai souvent fait les mêmes observations sur l'homme et les animaux , soit avec le nitre, soit avec d'autres sels , tels que le prussiate de potasse, substance très-commode pour ce genre d'expérience, parce qu'il est très-facile d'en reconnaître les quantités les plus petites dans l'urine.
Mais des sels comme le nitrate , le sulfate , le prussiate de potasse , ([uoiqu'ijs passent rapidement par les voies urinaires , après avoir été introduits dans l'estomac , ne sont pas propres à saturer l'acide urique; l'affinité de leurs bases avec les acides y est trop grande pour qu'il arrive aucune décomposition lors-| |i qu'ils sont en contact avec ce principe. Il n'en est pas ainsi des carbonates al-; js câlins où les bases sont en excès, et qui offrent ainsi les condilions convenables n pour se combiner avec l'acide urique; en effet , lorsque ces sels se trouvent en h rapport dans l'urine avec cet acide, il y a une réaction chimique par laquelle jii les carbonates sont décomposés ; l'acide urique se porte tur l'excès des bases, ai u forme îles urates avec d'autant plus de facilité, qu'il faut une très-petile quan- li tité de bases pour le saturer. i ;
Lorsque l'acide urique sera saturé, toutes les craintes pour la formation àa j sable ou des calculs ne seront pas éloignées , car les urates ne sont solubles que dans un excès de bases , el sont décomposées par les acides les plus faibles ; iij faut donc entretenir un excès d'alcali dans l'uiine, si l'on veut que les urate» ne se précipitent et ne forment point une nouvelle espèce de gravclle qui n'aurait pas moins d'inconvéniens que la gravelle ordinaire.
Pour produire ce second effet, il ne s'agit donc pas seulement de faire parvenir les carbonates alcalins dans les voies urinaires , mais d'en faire arrivei la quantité suffisante pour que tous les acides de l'urine soient saturés , et qu'i y ait encore une certaine quantité de carbonate non décomposé. On reconualtr.! aisément que cet effet sera produit quand l'urine cessera de présenter les qualités acides, et deviendra au contraire alcaline.
Ce résultat important est facilement et promptement produit sur les aui^ maux carnassiers dont l'urine, semblable à celle de l'homme, est acide. J'ai vu plusieurs fois, par exemple , celle des chiens être sensiblement alcaline deuj heures après que ces animaux avaient avalé une certaine quantité de carbonate à base de chaux, de soude ou de potasse; le même phénomène n'est pas plus difficile à produire chez I homme.
Aujourd'hui on emploie de préférence le bi-carbonate, parce que l'on sail que l'acide carbonique favorise la dissolution des sels qui sont conlenus dans l'urine, et qu'on ])eut en pousser la dose fort loin sans irriter les voies urinaires
Non-seulement les carbonates produisent ce résultat, mais les alcalis pur; ont au3si le mémo avantage ; en effet, l'expérience a appris depuis long-temps, que la potasse et la soude pures, convenablement étendues d'eau , se combinent avec l'acide uriijue aussitôt qu'elles sont parvenues dans les organes urinaires; on obtient de semblables effets avec la chaux et la m^ignésie , mais eu général la vessie supporte moins bien les alcalis purs que les carbonates saturés.
La véritable théorie de l'influence des alcalis et des terres sur les acides t)f l'urine , et particulièrement l'acide urique , est duc à la nouvelle chimie ; mais le fait lui-même avait été constaté long-temps auparavant.
Le mode d'a<lministrer les carbonates est fort simple , mais demande cepen^ dant quelques c'claircissemens. Les carbonates de soude et de potasse étant solubles dans l'eau , en toutes proportions , peuvent indistinctement être donné: en dissolution dans une grande quantité de véhicule, en dissolution concentn-t-' et même sous la lorme solide; il n'en est pas ainsi du carbonate de cliaus' et du carbonate de magnésie , qui ne sont point solubles ; on est oblige de le-' f faire prentlre sous la forme pulvérulente ou de les suspendre dans l'eau aii^ n moyen d'un mucilage. Leur insolubilité les rend en général moins effîcaces qiie( i les précédens; c[uelquefois même ils ne sont point absorbes et forment, dans le canal intestinal, des concrétions qui peuvent causer des accidens graves.
La dose des divers carbonates ne doit pas être non plus la même ; celui dcj < chaux et celui de magnésie peuvent être portés à plusieurs gros en vingt-qualrc! « heures ; quelques personnes en prennent jusqu'à une once dans le même iiiter- :| valle. L'emploi des carbonates de soude et de potasse demande plus de cir-| ! couspection ; si la quantité dépasse vingt-quatre ou trente-six grains en vingt-' I quatre heures, le plus souvent l'estomac est di rangé de ses fonctions, elde:j voniisscmens surviennent quelquefois : il n'est d'ailleurs pas très-rare que ce.'! i accidens arrivent même quand la dose n'a pas été aussi considérable. '
Plus de précautions doivent encore être prises relativement à la soude etàl la potasse; ces deux alcalis , à raison de leur causticité, ne peuvent cire admi- '
GR AVELLE.
GR AVELL E.
,.iisli'cs f[u'éteiuliis il'une qunnlité d'eau assez grande pour qu'ils ne fassent seul^ir à la langue qu'une légère impression. Les malades peuvent prendre dans jn jour, jusqu'à une livre de celle dissolution sans aucun inconvénient.
La chaux pure s'adminis(re de la même façon ; mais la dose de sa dissuhi- I ion peut êlre élevée jusqu'à deux livres ; l'eau de chaux ordinaire est f)ropre à [pet usage.
■ Quant à la magnésie , dont M. Brande a plus particulièrement fait connaître es bons effets, quand les autres moyens ont échoué, elle peut être prise sous ouïes les formes et pour ainsi dire à toutes doses : en poudre , en suspension lans l'eau , en pasiilles ou en bols, depuis dix grains jusqu'à une once et plus m vingt-quatre heures.
Quoique plusieurs eaux minérales contiennent des carbonates terreux ou alcains , et qu'elles puissent être utilement employées pour combattre la gravelle, (1 est diflicile qu'elles puissent saturer entièrement l'acide urique, à raison de jii petite quantité de carbonate qu'elles contiennent. Aussi leur action la plus •videntc est-elle d'exciter la sécrétion de l'urine.
Cette réflexion ne s'applique pas à i'eau de Vichy, qui contient une forte loporlion de bi-carbonate de soude et qui rend promplemenl l'urine alcaline, jinsi qu'il résulte d'observations très-curieuses de mon savant confrère M. Dar- ^t. Aussi ces eaux sont-elles, à mon avis et depuis mon expérience, un des jioyens les plus eflicaces pour combattre les affections calculeuses et parlicu- 'èremenl la gravelle rouge.
On demandera peut-être laquelle des substances que je viens de désigner ;st préférable, c'est-à-dire a des effets plus prononcés et présente le moins d'ia- (pnvéniens. Il est didicile de répondre à cette question ; chacune compte des ssullals avantageux en sa faveur; mais il n'en est aucune qui n'ait dû être suseiiilue, soit parce qu'elle fatiguait l'estomac, soit parce qu'elle causait des vacualions alvines trop abondantes , soit enfin parce qu'elle excitait des dou- ;iirs vives dans les voies urinaires, et particulièrement dans la vessie et l'uèlre. L'art de les employer consiste à en continuer l'usage aussi long temps l'il est efficace , à le cesser aussitôt qu'il se manifeste quelque effet désavanlajux , et enfin à les remplacer habilement l'une par l'autre : car tel malade qui c pourra supporter quelques grains de carbonate de soude, s'accomuiodera ès-bien de celui de potasse , et de même pour les autres substances désignées, (ais quelle que soit celle que l'on emploie , il faut qu elle ait |)our effet évident ilcalinilé de l'urine , sans quoi on n'en pourra rien espérer pour la cure de la
avelle ; du moins elle ne produira aucun résultat dont la théorie rende raison, i elle produit quelque amélioration , il faut alors la considérer comme simple oyen empirique.
Sous le point de vue physiologique, les propriétés alcalines que prend l'urine )r l'usage des carbonates , des alcalis ou des terres , méritent île fixer l'attenjn. Toute la surface du canal intestinal étant enduite d'un acide assez fort qui y' renouvelle continuellement, il est d'abord difficile de concevoir comment s alcalis ne se combinent point avec cet acide , ei comment les carbonates ne
ni point décomposés ; ces combinaisons ont lieu en effet comme la théorie
udique , mais à raison de la petite quantité d'acide contenu dans l'estomac et iitestin grêle , et de la promptitude de l'absorption , la plus gi aude parlio des
ibonates ou des autres substances alcalines est absorbée et passe dans le sang
ant d'être attaquée par l'acide des organes digestifs.
Une fois mêlés au sang, il ne peut plus arriver aucune décomposition des ,1s ni de saturation des bases ; car le sang étant lui-même alcalin , n'offre auuie des conditions chimiques propres à produire un semblable résultat. 11 ne serait pas aussi facile d'expliquer le passage d'un acide de l'estomac à la ssie ; car dès que celui-ci est arrivé dans les veines et mêlé au sang, il doit ■cessairement se combiner avec l'excès d'alcali du sérum : aussi le fait du ssage des acides du canal intestinal dans l'urine est-il encore doutei»;. Les périenccs sur lesquelles les auteurs s'appuient pour l'admettre ne paraissent is suffisantes. En effet , de ce que l'on a extrait de l'acide carbonique de l'urine un homme qui avait bu de l'eau saturée par cet acide, il ne s'ensuit pas rigouusementque l'acide de l'urine était celui qui avait été porté dans l'estomac, car iiine contient naturellement de l'acide carbonique. Ce n'est pas que je regarile transport comme impossible, j'en voudrais seulement des preuves plus évi- :ntes. J'ai essayé plusieurs fois de faire cesser l'alcalinité de certaines urines i donnant aux malades soit des acides minéraux , soit des acides végétaux à ries doses 1 et je n'ai pu obtenir ce résultat d'une manière non équivoque. Toutefois , l'emploi des alcalis , comme moyen curatif de la gravelle , est un : ceux dont les effets sont les plus marqués et les plus prompts ; le soulagement l'il opère dans certains cas est étonnant : j'ai vu , par son secours , des accès : colique néphrétique calculeuse être calmés en quelques heures : il est encore oins rare que cet effet ait lieu du jour au lendemain ; mais il faut dire aussi le si le régime n'est point changé, que si en général les causes de la gravelle ; sont pas éloignées par les moyens indi((iiés , l'emploi d( s carbonates terreux I alcalins, des alcalis, etc., ne peut-être considère que comme un |Salliatif )nt les effets finissent même par devenir nuls au bout d'un certain temps. ^ IV. Favoriser rexffuLsion du sable et des calculs , et lenler ieur dissolulion, slle indication curalive de la gravelle rouge n'est pas moins impoitante que i précédentes, et quelquefois elle le devient bien davantage : c'est en effet irce que les sables et calculs ne sont pas facilement expulsés, que la gravelle iccompagne d'accidens graves, tels que douleur, lièvre , vomissement , supession d'urine , liémorrhagie , etc., et c'est parce que les concrétions sont tenues , soit dans les bassinets , soit dans les uretères ou la vessie , que celte jladie peut devenir mortelle.
Dès l'instant donc que l'embarras , la gène , la douleur dans la région lombaire, ou l'expulsion d'une petite quantité de sable , etc. , annonceront qu'il existe quelques concrétions urinaires formées dans les reins , il faudra mettre tout en œuvre pour en procurer l'expulsion; ce qui ne contrariera en rien les moyens à prendre pour prévenir la formation des nouvelles matières de ce genre, car les uns et les autres se favorisent réciproquement.
L'expulsion du sable rouge est celle qui présente ordinairement le moins de diflicullés : le volume médiocre des grains , la facilité de leur déplacement par une petite quantité d'urine, le peu d'obstacle que mettent à leur progression les inégalités ou l'élroitesse des voies urinaires, la propriété de rester en suspension dans l'urine, pourvu que celle-ci soit chaigée île mucus, etc., tout concoui t à favoriser leur évacuation ; aussi suffit-il , dans la plupart des cas , de boire une certaine quantité de boisson aqueuse ou même d'eau pure pour que leur expulsion ait lieu sans difficulté.
Beaucoup de graveleux obtiennent cet avantage en buvant, à différentes époques de la journée, mais particulièrement le soir et le matin, soit un grand verre d'eau pure , soit une égale quantité d'eau minérale diuiétique, telle que celles de Scitz . Luxeuil , Contrexeville , etc., soit un verre ou deux de bière légère, soit enfin du vin étendu de beaucoup d'eau.
Avec cette précaution très-simple, quelques-uns des malades dont je parle peuvent continuer un régime succulent, jouir de tous les plaisirs de la table , et en général s'exposeï- pour ainsi dire impunément aux causes qui produisent la gravelle ; mais il en est beaucoup qui ne sont pas aussi heureux, et qui doivent se modérer sur leur régime et en général suivre les moyens précédemment indiqués , pour diminuer la quantité d'acide urique.
S'ils ne suivent pas celle méthode, ils sont conlinucUement tourmentés par des douleurs dans les reins , une agitation , une inquiétude générale ; ils ne jieuvcnt ilormir, et cet état se prolonge des mois entiers. Quelques-uns retirent momentanément du soulagement des bains ordinaires , de l'application des sangsues, des saignées générales ; mais le véritable moyen de modérer, ou mieux encore de faire cesser ces accidens, c'est le changement de régime indiqué.
D'ailleurs si les mulades ne prennent pas ce parti salutaire , le sable n'est, plus la seule matière qu'ils évacuent ; les calculs se forment et produisent tous les iuconvcniens attachés à leur passage à travers les voies urinaires.
Certains graveleux , assez heureux pour que leur urine n'ait jamais formé que du sable, se croient en sûreté contre les calculs rénaux ou vésicaux, et contre les accidens fâcheux qui résultent de l'obstruction des uretères par les calculs , et prennent occasion de là de ne suivre aucun régime. Leur opinion n'est point fondée et leur sécurité peut leur devenir funeste ; il n'est pas rare que des calculs se montrent après plusieurs années de simple formation de sable ; et d'ailleurs on a des exemples authentiques de malades chez qui les uretères se sont complètement obstrués par la seule accumulation rie graviers très-lins.
S'il est important de favoriser l'expulsion du gravier, à plus forte raison doiton prendre tous les moyens possibles pour évacuer les calculs formés dans les voies urinaires : leur volume , leur nombre, les formes irrégulières qu'ils affectent quelquefois , les aspérités de leur surface, etc. , sont autant de causes qui rendent leur progression difficile et qui produisent souvent leur rétention.
On rencontre cependant des graveleux qui, depuis dix , quinze ans et même davantage, rendent périodiquement des calculs souvent même d'un volume assez «rand, et qui n'en sont pas beaucoup incommodés, si ce n'est une gène plus ou moins marcpiée ilans le cours de l'urine, au moment de la sortie du calcul; ces individus sont privilégiés; leurs uretères ont probablement une largeur considérable , ainsi que l'urètre ; les calculs qu'ils rendent ne sont point de forme irréfulière , et surtout il n'y a point chez eux celle susceptibilité nerveuse qui fait, d'une irritation légère, une véritable maladie , comme il n'est pas rare de l'observer chez d'autres malades.
Mais , lors même que les calculs sortiraient avec la plus grande facilité et sans causer de douleur, il est prudent de boire fous les jours une certaine quantité de liquide aqueux, qui rende l'urine plus abondante, car il peut se faire que, faute de suivre celte conduite , un calcul soit arrêté et cause des accidens.
Les graveleux qui sont dans le cas dont je parle, retireront aussi de l'avantage de l'exercice à pied ou à cheval, et dans des voitures un peu rudes ; les secousses qu'ils éprouveront seront favorables à la progression des calculs ; ces moyens ne sont pourtant applicables qu'autant que les graveleux ne ressentent pas de douleurs vives dans les reins ou les uretères, car alors l'irrilalion qu ils occasioneraient serait nuisible.
C'est pour produire un effet analogue qu'il faut conseiller aux graveleux de prendre de lemps à autre un vomitif. La pression forte et soutenue que les muscles abdominaux exercent sur les viscères de l'abdomen pendant les efforts pour vomir, doit, il est aisé de le concevoir, contribuer à la marche des calculs vers la vessie et l'urètre; l'emploi de ce moyen aura en outre l'avantage de remédier à la mauvaise disposition des organes digestifs, ou dyspepsie, qui se rencontre si fréquemment chez les personnes alleinles de gravelle.
Tous les graveleux sont loin de présenter cette évacuation non douloureuse des calcids ; le plus souvent elle s'accom.pagne des accidens que nous avons indiqués plus haut , c'est-à-dire de douleur très aiguë dans les reins et les uretères , lie fièvre , d'agitation , d'insomnies , d'efForls de vomisseraens , de crampes dans les membres inférieurs, de rétraction des testicules, d'envies fréquentes et infructueuses d'uriner et d'aller à la garde-robe, etc. , et tous ces accidens durent pendant le trajet des calculs à travers les bassinets et les uretères. Ici le médecin doit non seulemcnl favoriser la sortie des calculs par les boissons et les autres
GRAVELLE
GRAVELLE
moyens déjà indiqués, niais encore s'occuper de calmer les accidens d'irritation partons les moyens propres "a les combatire.
La diète la plus rigoureuse, les saignées générales, les sangsues, les ventouses scarifiées et non scarifiées , les bains locaux et généraux, les fumigations , les fomentations émoUientes , tels sont les principaux moyens à mettre en usage, en les proportionnant avec le plus grand soin à l'intensité du mal , à l'âge , au tempérament , aux forces du malade, etc.
Ordinairement leur emploi est promptement suivi d'un plein succès ; au bout de trente-six ou quarante-huit heui-es les accidens diminuent par degré, la fièvre s'apaise, la douleur diminue, le sommeil reparait , l'urine reprend son cours et entraîne avec elle nn ou plusieurs calculs; quelquefois aussi les accidens se prolongent davantage , dix et quinze jours par exemple , et nécessitent de continuer l'usage des moyens dont je viens de parler.
Jl est de la plus haute importance que la diminution ou la cessation des accidens soit accompagnée de l'expulsion d'un ou plusieurs calculs; car si le contraire arrivait , tout porterait à croire que les calculs produiront bientôt de nouveaux accidens aussi graves que les premiers, et qu'ils pourront devenir l'occasion d'accidens plus graves encore.
Si donc il n'arrive aucune évacuation de matière graveleuse, après un accès d'accidens néphrétiques, le médecin doit mettre tout en usage pour déterminer l'expulsion des calculs retenus ; les boissons diurétiques, les bains , les fumigations, seront continués ; on pourra yjoindre avec avantage des frictions sèches sur la région dorsale et l'abdomen , faites en général de manière à aider la descente d'un calcul à travers l'uretère ; on devra conseiller la promenade à pied, en voilure, et même à cheval si les douleurs du malade le permettent; les secousses qui accompagnent ces divers modes d'exercices aideront la sortie des calculs.
C'est dans la même intention qu'il faut conseiller un ou plusieurs vomitifs : on a vu plus d'une fois leur emploi produire l'expulsion de calculs qui avaient résisté à tous les autres moyens.
Si le siège de la douleur annonce que le calcul a parcouru l'uretère et s'est arrêté à son extrémité inférieure, il serait convenable alors d'essayer, par des moyens mécaniques , à le faire tomber dans la vessie. Ce résultat peut être ol)tenu , soit en introduisant une sonde métallique dans la vessie, soit en portant un doigt dans l'anus , de manière à imprimer quelques secousses ou dcplacemeus favorables au bas fond de la vessie.
Les mêmes moyens pourraient être employés avec succès, si un calcul d'un très-petit volume s'était engagé dans quelque excavation de la vessie et s'y trouvait retenu.
D'autres procédés devraient être mis en pratique dans le cas où le calcul se seraitarrêté dans l'urètre; des pressions méthodiques faites lelong de l'urètre, des injections huileuses et éraollientes dans ce canal, et surtout des boissons abondantes ont souvent suffi pour chasser le calcul; quelquefois aussi il a fallu recourir aux moyens chirurgicaux et extraire directement le calcul.
Malgré tous ces moyens , les calculs peuvent ne point être évacués et rester dans les bassinets , les uretères , la vessie , etc. , où ils ne tarderont pas à s'accroitre jiar l'addition successive de nouvelles couches d'acide urique ou de sels urinaires : le médecin n'a plus alors qu'à faire tous ses efiforts pour empêcher leur accroissement et même pour en produire la dissolution.
Jl sera d'autant plus important de ne pas négliger ces indications curatives secondaires, qu'en supposant l'urine parfaitement saine, la seule présence d'un corps étranger sur son trajet fait précipiter les sels qu'elle tient en dissolution , comme on peut le voir sur les sondes qui restent deux ou trois jours dans la vessie, et qui se couvrent d'une couche plus ou moins épaisse de matière saline.
On remplira en même tem|>s les deux indications : l" en mettant le malade au régime peu azoté , propre à prévenir l'excès de l'acide urique de l'urine ; 2° en maintenant l'urine alcaline par l'usage intérieur des carbonates terreux ou alcalins; et même par l'emploi direct des alcalis étendus de quantité suflisante d'eau.
Les calculs étant supposés formés d'acide urique, il n'est guère permis de douter de la réussite de ces moyens ; du moins aucune raison chimique ni physiologique ne les fait considérer comme incertains. Les expériences ont démontré qu'une masse d'acide urique plongée dans une urine dont les acides ont été saturés par la potasse ou la souile , avec un excès d'alcalis , et à la température de 2.5 à 35o centig. , et fréquemment renouvelée , finit par se dissoudre entièrement.
Nous n'avons point e.icore , il est vrai , de preuve positive de la dissolution d'un calcul rénal ; mais il existe un grand nombre d'observations de la disparition de néphrites calculeuses , par l'usage des alcalins, dans lesquelles la dissolution des concrétions peut être considérée comme ]>robable. Ainsi l'existence des lilhontriptiques n'est point vraie sans doute pour le plus grand nombre de pierres vésicales , et l'on s'en rend facilement raison ; mais cette idée n'a rien <iue de très-rationnel en la restreignant aux concrétions rénales et urétrales d'acide urique. Kicu n'empêche non plus de l'appliquer aux pierres vésicales lormces par le même acide ; il serait bien à désirer que l'on continuât les expériences à ce sujet , et surtout qu'elles fussent faites de manière à offrir des conclusions exr;niptes de ce vague en quelque sorte propre aux recherches des mé«lecins.
Toutefois, pour parvenir ;i ce but qu'on se propose, c'est-à dire la dissolution d'un calcul rénal logé dans le bassinet ou arrêté dans l'uretère, il faut de la persévérance dans le traitement ; si l'on n'entretient pas long-temps l'urine alcaline , rien ne pourra s'opposer â l'accroissement de ces concrétions.
En supposant même qu'on n'eut point l'espérance fondée de dissoudre les calculs d acide urique logés dans les bassinets ou les uretères , il n'en faudrait pas moins employer les alcalins; car depuis long-temps l'expérience a appris que c'est un des meilleurs moyens de calmer les douleurs et autres accidens des graveleux.
Traitement de la grauelle blanche. D'après ce que nous avons dit de cette i| espèce de gravelle, on sait que , sous le rapport de la nature chimique, elle offre deux variétés distinctes : l'une est formée par le phosphate de chaux , et l'autre par le carbonate delà même base.
Les véritables moyens curatifs de la gravelle étant fondés nécessairement sur la connaissance de la composition chimique des graviers , il est facile de prévoir que ces deux variétés doivent être traitées par des moyens difTérens.
La première variété , c'est-à-dire celle qui est formée par le phosphate de chaux , peut être avantageusement traitée : l» par le régime; 2o par les boissons dissolvantes.
Le régime qui convient aux personnes alTectées de la gravelle blanche de phosphate de chaux est justement celui que nous avons indiqué pour combattre la gravelle rouge : je veux dire l'usage des alimens peu ou point azotés. Nous avons vu , en effet, que les animaux carnassiers qui sont soumis à ce régime perdent, au bout de fort peu de temps , les phosphates que présentait leur urine avant qu'ils fussent soumis à l'expérience. Ainsi , ce que nous avons dit à l'arti» cle des moyens préventifs de la gravelle rouge , s'applique entièrement à la variété de la gravelle blanche qui nous occupe.
Le second moyen est l'usage des boissons chargées d'acide carbonique, qui, j prises en grande abondance, augmentent la quantité d'urine et concourent, par 'ï l'acide qu'elles contiennent, à la dissolution du phosphate de chaux.
On peut employer à cet usage l'eau de Seltz naturelle ou artificielle, l'eau deiM Contrexeville , de Kains , et même de Vichy prise sur les lieux , etc. \\
J'ai l'expérience qu'au moyen de ces deux bases de traitement , le régime vé-* gétal et les eaux acidulés, ou fait disparaître en quelques semaines la gravell€l|( blanche de phosphate de chaux. !|
C'est particulièrement contre cette variété de gravelle que les auteurs ontjjp proposé l'emploi des acides minéraux étendus d'une très-grande quantité d'eau ;i' et convenablement édulcorés ; je n'ai personnellement aucun fait à citer comme ^ témoignage de l'efficacité de ce remède; j'ai connu, au contraire, plusieurs gra- j veleux qui n'en ont retiré aucun avantage. ^\
Quant à la seconde variété de gravelle blanche, c'est-à-dire celle qui est for mée par le carbonate de chaux, je n'ai jamais eu l'occasion de l'observer, et par conséquent, les préceptes que je vais donner sont simplement puisés dani la théorie et non dans mon expérience.
11 faudrait d'abord remonter à la source probable qui fournit le carbonale'cfj chaux à l'urine, et celle source peut se trouver dans les alimeos et Ici boissons.
On recherchera donc si, parmi les substances alimentaires dont les graveleu font usage, il n'y en aurait pas qui continssent du carbonate de chaux en pro portion considérable ; et, d'après la composition connue des alimens, ce serai j)robablement parmi les végétaux qu'on les rencontrerait.
Il faudrait surtout avoir égard à l'espèce d'eau qui sert de boisson habituelle' Parmi celles dont on fait usage , il en est beaucoup qui , telle que l'eau d'Ai cueil à Paris , contiennent une assez grande quantité de carbonate de chaui qu'elles laissent déposer en abondance dans les conduits qu'elles parcouren Il ne serait donc pas impossible que ce sel se précipitât dans les voies urinaires et donnât lieu à la formation d'un gravier.
Du reste , le traitement d'une pareille affection serait très-simple : il consi: terait, d'une pari, à éloigner l'aliment ou la boisson qui contiendrait une tro forte-jîroportion de carbonate de chaux, si cette cause existait; et si l'on r trouvait rien dans le régime qui pût expliquer l'origine de la maladie, il fat drait recourir aux boissons fortement chargées d'acide carbonique, qui ont propriété de dissoudre les carbonates, ceux-ci étant solubles dans un exc d'acide carbonique.
Mais , je le répète , je n'ai aucune expérience personnelle du traitement i cette variété de gravelle.
Traitement de la grauelle pileuse. Le traitement de celte espèce de gravel est en grande partie empirique ; car si l'on peut , jusqu'à un certain point, rendre compte de la formation de la substance saline qui la compose, il est i toute impossibilité d'assigner même une origine probable aux poils abonda qui la distinguent des autres espèces de gravelle.
D'abord, sous le rapport du régime, il sera avantageux pour les malades n'user que d'une petite proportion d'alimens animaux; parce que, comme no l'avons déjà dit, les phosphates ne se trouvent que dans l'urine des anima carnassiers , et point dans l'urine des animaux herbivores, de sorte que si 1' soumettait un homme ou un animal carnassier au régime d'un animal herbivoi ou tout au moins à l'usage d'alimens qui se rapprochassent des végétaux parle nature , nul doute ( l'expérience l'a démontré) que les phosphates ne dispari sent plus ou moins promptement de l'ui ine.
J'ai eu l'occasion de traiter trois cas de gravelle pileuse ; j'en ai déjà par Les deux premiers , dont l'un était sous forme de gravier , et l'autre sous ce de poudre blanche , ont cédé assez promptement au régime végétal et à l'us; des carbonates alcalins. Le troisième a été plus rebelle , mais a cependant très-sensiblement amélioré ; et sans les circonstances défavorables et accid • telles qui accompagnaient cette gravelle , il est probable qu'elle aurait été ai promptement guérie que celles dont j'ai d'abord parlé.
GRAVELLE
GRAVELLE
Te possc'ile Une liisloire liès-iléUiillce île celle maladie, écrite par le malade i-iiicnu'.
Atteint depuis l'âge de dix ans des symptômes de la gravelle , et paraiss;int oirrentlu des graviers de nature diffrrente, le malade me consulta en 1827.
décrivait ainsi sa maladie : après avoir dépeint les souffrances aiguës qu'il .rouvait en urinant, il ajoutait : « Mais ce qui me frappa , comme une circonince tout-à-fait nouvelle de mon état , c'est que mes urines , assez claires au ornent où je les rendais, n'étaient pas plus tôt refroidies qu'elles déposaient le quantité prodigieuse de matière calcaire qui, parvenue à un étal de dessilion, ne présentait plus qu'une couche assez épaisse d'un sédiment gris-cendré, èi-friable , et dont les parties, quand on voulait les séparer, paraissaient se nir liées pur une injinité de petits poils , comme de la filasse , par exemple. <■ Je fis analyser la poudie pileuse qui me fut remise par ce graveleux ; elle se ouva composée, comme les deux autres gravelles pileuses citées, de phosphate ; chuux uni h une petite proportion de phosphate de magnésie. Je soumis ce malade à un régime peu azoté et à l'usage du carbonate de soude, son état fut bientôt beaucoup meilleur. Chose remarquable , les poils cessè- ■nl d'abord de se montrer dans le tiépôt, puis la quantité de phosphates dimila insensiblement. Sans un rétrécissement de 1 urètre qui forçait l'urine à journerdans la vessie, et qui rendait cet organe plus sensible à l'action des calis que dans l'état sain , il est probable que ce graveleux aurait été promptnent et complètement débarrassé de son infirmité.
Trailemenl de la gravelle s^rise ou de phosphate ammoniaco-magnésien. — ctic espèce de gravelle n'est pas très-rare ; elle est une des plus douloureuses t même des plus dangereuses ; parce que la surface des graviers souvent volumineux qui la forment, est presque toujours hérissée de nombreuses aspérités lus ou moins aiguës. La gravelle grise se rencontre le plus souvent chez les astronomes ; c'est une triste corn pensai iou des plaisirs auxquels ils mettent tant e prix.
Toutefois cette gravelle est susceptible d'être promptement guérie par le impie régime. Obligez l'amateur de la bonne chère à changer ses habitudes, iitcs-le déjeuner avec des fruits, des légumes , et du thé ou du café; faites uil n'accepte pas de dîners fins et recherchés, trucez-lui un régime simple ont il ne s'écartera pas , et souvent par ce seul changement il guérira de sa ravelle. J'en ai vu du moins plusieiu's exemples.
Si ce premier tlegré de changement du régime n'atteignait pas le but désiré, endez le régime entièrement végétal pendant six semaines ou deux mois, en y joutant des boissons diurétiques abondantes , les eaux alcalines gazeuses, enfin DUS les moyens que nous avons indiqués à l'article de la gravelle rouge ; et l'on )eiit être certain de conduire le malade à une guérison complète qui se souieiidra tant que le malade ne sera pas enlrainé de nouveau par ses goûts gasronomiques.
J'ajouterai que ces moyens curatifs ne sont pas accueillis avec faveur par le ,'eiire de malades qu'aft'ecte plus particulièrement la ^'rap-eZ/e g-i /ic, Plusieurs n'ont déclaré hautement qu'ils préféraient les douleurs les plus aiguës , mais > issagères, au régime sévèi e dont je leur soumettais le plan ; c'étaient, disaient- |ils,une mort anIicipée.Je dois eu convenir, pour certaines personnes qui ne Vivent réellement que pour manger, la transition est un peu brusque et doit se [faire vivement sentir; mais c'est un choix à faire, un parti à prendre : la guérison est d'un côté avec les privations , de l'autre la douleur, et inévitablemeut (a pierre dans la vessie, et toutes les tortures qui l'accompagnent. ! Ti ailemenl de la grat'elle jaune ou d'oxalaie de chaux. — Je n'ai vu qu'une fois cette espèce de gravelle ; j'ai rapporté les principaux détails de ce cas. On a vu que la personne qui l'a offert avait fait usage d'une grande quantité d'oseille, puisqu'elle en avait mangé un plat tous les jours pendant plusieurs mois. Pour faiie cesser la maladie, il était tout simple de discontinuer l'usage de l'aliment qui formait en partie la matière de la gravelle ; et en ctlet la seule suppression du plat d'oseille , suffit pour amener une parfaite guérison.
M. le professeur Laugier a ob.i-ervé , jl y a qi\elques années , un cas qui a beaucoup d'analogie avec celui que je viens de rapporter. Je vais citer la note qu'il a communiquée à l'Académie royale de Médecine ; on y verra , et l'auteur {a soin de le faire remarquer, une influence évidente, ou tout au moins probable, du régime sur la formation d'un calcul urinaire.
« Le père d'un célèbre artiste de Paris, à qui l'on avait persuadé que la chimie avait à sa disposition des remèdes cei'tains contre la pierre , vint me voir pour prendre mon avis ; il avait été sondé ; on avait constaté l'existence d'un calcul qui lui causait de vives douleurs. Je ne lui dissimulai pas que , dans l'élal où il était , je craignais que la chimie ne pût venir à son secours , et je lui conseijiai de recourir à l'optrittiou. A cotte ép*jque , deux personnes , septuagénaires comme lui, venaient d'être opérées par un iles plus célèbies praticiens de la capitale , et leur opération, avait eu le plus grand succès. Je le déterniinai ii prendre le même parti. 11 s'atlressa au même chirurgien , et s'en tira avec le même bonheur. Au bout de quel>jues mois , M. L. F. revint chez moi , pour me remercier, me dit-il, du conseil que je lui avais donné. Dans la crainte d'une rechute , il me demanda si la chimie n'avait pas , du moins , quelque moyen de prévenir le retour d'un calcul vésical. Pendant que j'hésitais à lui réprjndre , il tira de sa poche celui qui avait été extrait de sa vessie. C'était évidemment un calcul d oxalale de chaux. Dans l'inte^ition de le satisfaire , je le questionnai sur les mets dont il faisait le plus ordinairement usage. Monsieur, me dil-il , je mange presque tous les jours de l'oseille que j'aime beaucoup. N'en mangez plus, repris je, car cette plante renferme abondamment l'acide dont votre pierre est en partie formée, n
DiCT. DE MÉDKCISE ET DE CllinvnCIE PRATIQUES.
Trailemenl de la gravelle transparente ou d'oxidc Cjstiejue, — L'oxide cystique clant une production accidentelle de l'urine, et n'existant point ailleurs tîans la nature, il est impossible il'espérer que l'on trouvera la cause de sa présence dans les voies urinaires , soit dans les substances alimentaires , soit; dans les boissons. Je n'ai vu l'espèce de gravelle qu'il forme qu'une seule fois , et je n'ai rien aperçu dans les circonstances antérieures qui ait pu me mettre sur la voie de l'oi igine de celle maladie. On en pourra juger par le récit que m'a fait le malade , jeune étudiant en médecine, de mon hôpital.
u Né en 1807, d'un père sanguin et d'une mère lymphatique, j'ai été fort et vigoureux jusqu'à l'âge de huit ans. Jusqu'à cette époque appétit franc, gaité continuelle, état fjarfait île toutes les fonctions; mais tout à coup, en 1815, l'appétit se perd , ma gaité se passe , je ne mange |)lus qu'avec la plus grande répugnance, et les prières seules de mes parens peuvent me forcer à manger quelques friandises, que je trouve sans saveur, et que je suis souvent obligé de rejeter après les avoir avalées. Ma maigreur est extrême ; ma face , presque bouffie , était d'une pâleur effrayante ; mes yeux étaient ternes et cernés. J'étais du reste en proie à de fréquentes coliques , qui disparaissaient aisément au moyen de (|uelques lavemeus émolliens. De temps en temps on observait un mouveuieut fébrile. Mon père , qui est médecin , crut voir dans ces symplômes une entérite chronique; il me traita jiar les anliphlogistiques , et mon état sembla empirer. Le traitement cessa. Voyant quehjue temps après que , sans beaucoup soutl'rir, je dépérissais encore , on me prescrivit les toniques { le vin de quinquina ). On essaya un régime succulent , l'usage modéré des vins vieux du niidi , le tout sans succès. Malgré cet étal de laible>se, mon père m'obligeait à des travaux d'esprit qui me laissaient à peine une heure de récréation par jour; encore ne pouvais-je librement en jouir, car il m'était défendu de faire cent pas hors de la maison. On fit cependant comprendre à mon père que cette manière de vivre était la seule cause de mon ctat; il se décida à m'envoyer pa^ser deux mois de vacances à la campagne. J'en revins plus fort , mais je ne tardai pas à redevenir comme auparavant. Je passai cinq années dans le même état, qui ne me paraissait désagréable qu'à cause des nombreuses coliques dont j'étais atteint (ces coliques n'ont jamais clé regardées comiae néph/ étit/ues ). Mon père, enfin, craignant pour ma vie, changea tout-àtait ma manière de vivre ; il me fit travailler beaucoup moins , et me fit prendre beaucoup d'exercice , tantôt à pied , tantôt à cheval ; peu à peu mes forces revinrent , et à quatorze ans j'étais parfaitement bien portant. J'ai toujours fait usage depuis des vins et des liqneiirs altoholiques , mais sans excès. Je suis venu à Paris en 1825, où j'ai joui d une bonne santé jusqu'au mois de janvier 1827. Quelques coliques rares, mais violentes , m'ont tourmenté ; mais alors elles avaient leur siège dans la région lombaire. Au mois île février j'eus un épiplocèle qui fut, quelques jours après, suivi de douleurs atroces aux reins et à l'hypogastre; un bain calma ces douleurs, et le lendemain je rendis deux graviers ; l'un était de la grosseur d'un gros grain de blé , l'autre était plus petit; ils étaient, comme tous ceux que j'ai rendus depuis, de forme ovale ; ils semblaient être le produit de la réunion d'un grand nombre de petites pierres rugueuses. Ils présentaient la couleur jaune et transparente d'une pierre précieuse, la topaze. J'ai remarqué que , chaque fois que je buvais un peu plus que de coutume , j'avais mal au rein droit , j'éprouvais un sentiment de pesanteur dans la vessie , et, dans ce cas , j'étais toujours sur de rendre sous peu quelque gravier. Jusqu'au mois de mai ileniicr les douleurs de reins se sont renouvelées très-souvent, au moins tous les trois jours, quoique je n'aie l'endu que neuf ou dix graviers depuis les premiers. Je ne puis assigner de cause à cette affection; l'usage des boissons alcolioliques n'a jamais été excessif chez moi. Je remarquerai seulement que mou père a été souvent sujet à des coliques néphrétiques ; mais il n'a jamais rendu de gravier, et ses urines, comme les miennes, ont toujours été claires et limpides. Ayant, au mois d'avril de cette année, consulté M. Magendie, il m'a soumis à un régime "égélal : il m'a fait prendre une tisane de chiendent avec le bi-carbonale de soude, un deuii-gros d'abord , puis un gros ; et depuis le commencement de mai j'ai été exempt de toute espèce de douleurs. »
On a vu que, dans l'intention d'améliorer la position de ce jeune homme, je l avais souniis au régime végétal et à l'usage du bi-carbonate de soude, et quel heureux fruit il a retiré de ce traitement. Aujourdhui, 3U juillet, il n'éprouve plus aucune douleur du côté des reins, et il a cessé de rendre des graviers, il a entretenu son urine alcaline pendant trois mois ; il la maintient encore dans cet état. Sa santé n'en a éprouvé aucun désavantage.
Je me suis fondé , pour conseiller ce traitement , sur la nature chimique de l'oxide cyslique qui, d'après l'analyse de M. Lassaigne , contient 34 d azote pour 100. J'ai pensé qu'en diminuant l'azote des alimens on atteindrait la formation insolite d'un principe où il entre pour plus d un tiers; et, en conséquence, j'ai conseillé le régime végétal.
D'un autre côté , comme l'oxide cyslique est soluble à la fois dans les acides et dans les alcalis, j'ai pensé qu'en rendant 1 urine alcaline, au moyen d'un bi carbonate alcalin , je parviendrais à dissoudre l'oxide cyslique, en cas que l'uf-iiie en contint à l'etal solide. On a vu que l événement a semblé venir confirmer mes conjectures. Mais comme il faut se garder de jamais conclure d'un seul fait, je n'attacherai d'importance aux idées théoriques que je viens d'énoncer qu'autant qu'elles seront vérifiées par l'expérience.
Traitement des grai'elles multiples. — 'J'appelle ainsi les grqvellcs dont hs graviers sont dissemblables pour la composition chimique.
Il existe un certain nombre d'exemples de personnes qui ont rendu , à des époques plus ou moins rapprochées, des graviers de diverses natures. M. Proust parle d'un individu qui rendait des graviers de phos[diate de chaux et d'aqtres
GRAVELLE
GRENADIER
de caiLonale Je chaux. J'ai vu un graveleux qui rendait des poudres blanches de phospliale de chaux et de magnésie , et qui m'a assuré avoir rendu , quelque temps auparavant, des graviers arrondis et de couleur rouge, et qu'il était facile de rccoiinailre à ces caractères pour être formes par l'acide urique. Enfin, puisqu'on sait qu'il se forme dans la vessie des calculs composés de couches alternatives et de natures différentes, il est facile de comprendre l'existence des graveiles multiples. Il est fort probable que celte sorte de maladie est moins j-are qu'il ne le semble; mais les médecins n'attachant pas une importance suffisante h la composition des graviers, négligent souvent de les faire analyser, et de cette manière les cas (jui pourraient être les plus curieux et les plus instructifs , se trouvent perdus au détriment de la science et du soulagement de I humaiiilc.
Quoi qu'il en soit, le traitement d'une gravclle multiple qui serait formée de graviers d'acide urique , de phosphate de chaux, de phosphate ammoniacouiagnéiien, et d'oxide cystique , n'aurait rien d'embarrassant, puisque le régime végétal ou lion azoté pourrait, en attaquant la source des différons graviers , empêcher leur production. D'un autre côté, l'usage des alcalins étant iniliquc pour combattre chaque espèce de gravier en pai ticulier, il est fort probable que la maladie guérirait comme une gravelle simple , c'est-à-dire comme une gravelle dont les graviers seraient de nature chimique identique.
Le cas serait plus embarrassant si on avait affaire à une gravelle composée de graviers d oxalale de chaux et de graviers d'acide uri(|ue, ou bien à des graviers de pliosphate amraoniaco - magnésien et des graviers de carbonate de chaux : heureusement celte combinaison ne s'est jamais rencoiilrcc. Je ne connais que le fait cité ]>ar RI. Proust, dans lequel il existait à la t'ois des graviers de phosphate de chaux et des graviers de carbonate de la même base. Dans pareille circonstance il n'y aurait rien de mieux h indiquer que les boissons trcs-abonilanles, et surtout les eaux alcalines gazeuses, qui très-probablement dissoudraient les deux sortes de graviers.
Reniarcjucs sur les gravie/s qui prennent naissance d-jns la prostate. 11 se forme quelquefois dans les lacunes de la prostate, particulièrement chez les vieillards, de petits calculs qui, en s'cchappaiit par l'urètre, pourraient simuler une gravelle. Il est très-important de ne pas confondre ces deux maladies ; car les moyens curatifs seraient loin d'être les mêmes. Il est en général facile de guérir une gravelle, quaiul les malades veulent bien se soumettie au traitement, et les calculs qui siègent tians la glande prostate sont, par leur position même , très-difficiles à atteindre. En général, on distinguera ces deux maladies h la forme des graviers. Ceux de la prostate ne sont jamais plus volumineux qu'un ])elit pois ; ils offrent presque toujours des facettes régulières séparées par des aréles , ce qui annonce leur multiplicité dans la loge prostatique où ils ont pris naissance. D'autres fois ils sont arrondis et prcsenlent une espèce de prolongement terminé en pointe, et alors ils sonl uniques dans la cavité de la prostate qui les contient.
Trailement e/npii it/ue Je la grai^elle. T^ous sommes encore loin de l'époque où une saine théorie expliquera tous les phénomènes des maladies, ainsi que la niariièrc d'agir des moyens curatifs ; et si nous arrivons jamais à ce point, sans tloute qu'il se fera une grande révolution dans la manière dont on cultive depuis long-lcmps la médecine. Dans la presque universalité des cas, le médecin le plus insl^ruit et le plus sage ne peut se conduire que par un empirisme plus ou moins incertain; et s'il emploie tel remède, c'est qu'il en a obtenu de bons ( ffcts dans des circonstances analogues à celles qui se présentent. C est pour- (juoi , dans le traitement de la gravelle , maladie qui se prête jusqu'à un certain l)oinl à une explication , même sous le rapport des remèdes , on est souvent (ibligé de recourir à des moyens dont l'expérience a reconnu l'efficacilé , bien (jue la théorie n'en puisse d'aucune manière rendre raison.
La plupart des graveleux se trouvent bien, par exemple, de l'usage des moyens propres à combattre la dyspepsie qui accompagne souvent leur maladie; et pnrmi ces moyens , la magnésie h petite dose , la rhubarbe , le quinquina , ks eau.x sulfureuses prises à l'intérieur, réussissent Iréqiicmment. J'ai vu des purgatifs, répétés cl administres de manière à produire des évacuations considérables , avoir les résultats les plus heureux. En ceci, comme en beaucoup d'autres points, la gravelle se rappioche de la goutte, du rhumatisme , de l'hydiopisie , et autres maladies chroniques qui sont souvent améliorées par le même moyen. En AnglLterre, le médicament le plus en vogue pour produire cet effet est le mercure doux.
J'ai observé aussi plusieurs fois les bons effets des bains froids , des bains sulfureux , des frictions et 'oème des fumigations de vapeurs d'eau ou de soufre, telles qu'on les administre depuis quelques années dans plusieurs élablissemens de Paris. Ce genre de moyens, qui tous excitent l'action delà peau et rendent la transpiration et les sueurs plus abondantes, sembleraient, d'après la théorie, devoir être contraires à la gravelle et le sont en effet dans la plupart des cas ; mais ils deviennent très-avantageux- dans d'autres circonstances où la théorie se tait devant l'observalion.
Il en est à peu pics de même de la guérison subite de certaine gravelle, par le séjour à la campagne, un changement dans les habitudes , les occupations, les affections morales, etc. ; il est impossible d'entrevoir en ce moment aucune explication jjlausible d'un semblable phénomène.
De l'extraction des griii'icrs par des moj ens mécaniques. — Ce qu'on doit le plus désirer quand un gravier, formé d.ms l'un ou l'autre rein , est descendu il.ins la vessie , c'est qu'il sorte la ompleuient de cet organe et s'échappe au dehors ; son séjour dans la vessie , au milieu de l'urine qui y arrive sans cesse , a toujours des iuLonvénitiiô grave? ; il ,<i'y accroît promplcmcnl jiar le dépôt suc-
cessif des matières salines de l'urine ; sa surface devient moins lisse et par con scquent moins propre à glisser dans le canal de l'urètre; enfin, si son expulsion se fait attendre quelque temps, de simple gravier il devient un véritable calcul vésical , et la condition du malade est entièrement changée.
Ordinairement, dès qu'un gravier est tombé dans la vessie , il ne tarde pas tn sortir avec l'urine sans douleur, s'il est petit, rond et lisse, mais souvent avec des douleurs très-vives, des efforts violens , des hémorrhagies plus ou moins considérables , s'il est volumineux ou de forme irrégulicre. Tout se réunit donc pour désirer la sortie prompte des graviers.
Si donc des symptômes antécédens ont annoncé la descente d'un gravier dans l'urètre et sa chute dans la vessie , et si ce gravier ne sort pas par l'urètre au bout de quelques jours, il me paraîtrait indispensable de recourir aux moyens niécanic[ues que l'art possède aujourd'hui pour saisir les corps étrangers dans la vessie.
Si le gravier est peu volumineux , on devra se contenter d'employer une simple pince h extraction ; par exemple, celle de Hunter, instrument dont s'est servi récemment un célèbre chirurgien anglais pour extraire un grand nombre de petits calculs vésicaux.
Mais si, au contraire, le gravier a une certaine dimension , ou si sa forme n'était point arrondie, ce qu'on peut jusqu'à un certain point savoir en le tou chant ou le saisissant avec la pince , il faudrait recourir à l'instrument inventé i par M. Heurteloup et qu'il a nommé brise-coque ; au moyen de cet instrument on saisit promptement le gravier dans le bas -fond de la vessie, on l'écrase avec la plus grande facilité, et le résidu ne tarde pas à sortir avec l'urine ou avec l'eau d'une injection qu'on aura poussée dans la vessie ; de cette manière , on préviendra sûrement la formation d'un calcul vésical.
Il peut arriver qu'un gravier engagé dans l'urètre s'arrête dans le canal , soibi à cause de son volume trop considérable , soit à raison de sa forme irrégulière; soit enfin que, de forme allongée, il se trouve placé en travers. Les chirurgiens' conseillaient alors l'opération de la boutonnière , qui consiste h inciser l'urètre à l'endroit même où séjourne le petit calcul , et à l'extraire par celle voie artifi-! cielle. M. Amussat a employé avec succès un procédé beaucoup plus simple et beaucoup plus avantageux: il introduit dans l'urètre, jusqu'au calcul, unei sonde ouverte à son extrémité et qui peut , dans ce point , se dilater assez pour» recevoir le calcul ; au moyen de la pression de la main , le calcul est pous.sé dans l'extrémité évasée de la sonde. Alors , la sonde est retirée , tandis que la'|| main du chirurgien continue à pousser le calcul jusqu'à ce que et sonde et calcul soient sortis de l'urètre.
Cet instrument peut aussi servir de pince pour saisir el entraîner seul le gra-i vier arrêté dans l'urètre. '
Quelquefois les graviers ne peuvent franchir l'urètre; non parce qu'ils sonbi trop volumineux ou de forme irrégulière, mais parce que le canal lui même est le siège d'un ou de plusieurs rétrécisseraens. Il est évitlent que , dans ce cas, il faut faire précéder l'extraction des calculs, ou simplement favoriser leur soi lie par la dilatation convenable de l'urètre et par la cure des rétrécisseraens qui y existent.
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( Magewdie. )
GRENADIER. Punica Granatum, Likn. On a utilisé en médecine les fleurs, les fruits et surtout la racine de cet arbrisseau.
Les balaustes , ou fleurs de grenadier, contiennent abondamment du tannin. Leur décoction, qui est acerbe et strictivc, passe pour tonique et astringente. On l'a donnée en boisson pour arrêter des diarrhées chroniques et des ci achcmens de sang. Elle a été aussi administrée en lavemens et en injections. Extcrieuiement , on l'a employée en lotions. Cette décoction a échoué contre un fœuia , dont la racine de grenadier a provoqué l'expulsion. (Propagateur des sciences médicales , 1825, pag. 86.)
Le fruit du grenadier, \sx grenade , a une écorce que les anciens appelaient nialicorium , vu la ressemblance que son épaisseur et sa flexibilité lui donneut avec le cuir. Cette écorce contient une quantité considérable de tannin : elle a une saVi'ur plus slrictive et plus amère que celle des fleurs. Du reste, on lui altiibue les mêmes propriétés , mais à un degré jdus prononcé : sa décoction n'a guère été usitée qu'extérieurement. Les grenades vertes et sèches ont clé employées par les anciens contre les vers cl le taenia (Caton le Censeur , De ra rusticu , ch-jp. i29 ; VUne ; Histoire naturelle , lib. 23 ). Un médecin vétérinaire , M. Lebas , assure avoir guéri , avec l'écorce de grenade , des chiens affcclés de taenia [Journal de Médecine vétérinaire , tom. 1 , pag, 405.)
GRENADIER
GRENADIER
{pa pulpe, ou plutôt le suc de la grenade a une saveur un peu sucrée et géhplement aigrelette. Cette pulpe sert, dans les pays où on cultive le grenadp , pour étancher la soif et préparer des boissons rafraîchissantes. Ces boissp ont clé conseillées dans les irritations légères de l'appareil digestif, et géiralement dans les cas où l'usage des acidulés est indiqué. L'écorce de la racine a beaucoup moins d'aslringence et d'amertume que celle d fruit : elle a été analysée par MM . Mitouart et Latour de Trie. Ces analyses, (lit les résultats sont loin de concorder , appellent de nouveaux essais. liToujours on a donné intérieurement , et le plus souvent en décoction , l'é- <|rce de racine de grenadier. Quand cette décoction est faible, elle ne produit ]|^ d'effets appréciables; plus forte, elle détermine ceux que voici : c'est d'aird de l'embarras , du malaise, quelquefois un peu de chaleur, et même de ikileur dans l'estomac ; souvent surviennent des nausées suivies ou non de vol'ssemens. L'efTet purgatif est à peu près constant. Les selles sont ou ne sont s accompagnées de coliques. Celles-ci sont quelquefois intenses. Quand la se est trop forte , il peut y avoir superpurgation. Beaucoup de sujets éprount des vertiges , des cblouissemens , une sorte d ivresse 5 et quelques uns sont is de tremblement , d'engourdissement dans les membres et même de synipes. Toutefois, il faut le dire, les efléts ordinaires de lécorce de grenadier i^it peu marqués , leur durée ne dépasse pas celle d'un jour , et il n"en reste , ijplus, qu'un peu de fatigue le lendemain.
Ce n'est pas à cause des efi'ets que je viens de décrire, mais malgré eux , que racine de grenadier est utilisée en médecine. On emploie cette racine parce l'il a été empiriquement reconnu que , lorsqu'elle rencontre un tœuia dans s intestins , elle l'affecte de telle sorte qu'il est immédiatement rejeté. Cette vertu n'élait pas ignorée des anciens • Dioscoi ides , Celse et Pline la enlionnent explicitement. La formule indiquée par Celse est à peu près celle le nous employons aujourd'hui. Depilis ces auteurs, sauf Marcellus Empiiiis, qui vivait environ quatre siècles après eux, il ne fut plus question de la 'i lu taenifuge de ia racine de grenadier. La science avait perdu ce remède ; Lsl chez le peuple , et seulement au commencement de ce siècle , qu'on l a reçu vé.
Suivant M. Souza de 'Velho , et d'après ce que m'ont dit, il y a dijù longmps, des colons de Saint-Domingue, l'emploi de la racine de grenadier cone le taenia était traditionnel dans cette île. Il en était de même au Bengale, ; c est par les médecins anglais qui pratiquent dans ce pays que ce remède issa , de la médecine du peuple, dans la nôtre. C'est à Buchanan d'aboi d 80j-l8y7), puis successivement au D'' Fleming (1810) , et aux chirurgiens ui t (1811) et Berton (1821) , qu'on doit les premières publications à cet égard. Iles eurent lieu soit aux Indes , soit eu Angleterie. Pluiieuis journaux de udecine français en firent mention et en donnèrent des extraits. Malgré ces avertissemens, le grenadier parait n'avoir été employé en Europe 311 (re le tœnia qu'en 1822. A cette époque, un médecin portugais, B.-A. Goicz , fit imprimer à Lisbonne un mémoire dans lequel on voit qu'il avait adlinistré l'écorce à quatorze malades, et généralement avec succès. Ce mémoire it traduit en 1823 , par M. Mcrat , et reproduit en jiartie dans une thèse soujînue en 1831 à ia faculté de Paris, par le fils de Gomea, sur les vers pl»ts artiulés. A dater de 1823, et surtout de 1824, les observations sur l'emploi du renadier se sont multipliées , et la vertu tœnifuge de cette écorce est devenue iconlestée.
On a réussi avec tous les grenadiers , qu'ils soient nés à l'état sauvage ou (u'ils aient été cultivés, avec le grenadier du Bengale et celui de nos jardins. Ce n'est pas à dire cependant que tous méritent une égale conûance : lequel lonc faut-il préférer ?
Les médecins du Bengale et Gomez préfèrent le grenadier cultivé , c'est-à- ^ire le grenadier qu'on cultive aux Indes et en Portugal. Quelques médecins rançais en ont conclu qu'une condition sine t/tid non de succès était de n'emiiloyer en France que le grenadier qu'on cultive dans des caisses pour l'ornenent de nos jardins. D'aulre part , les médecins italiens , et particulièrement M. Boiti , Gallo et Stambio , préfèrenl le grenadier sauvage ; beaucoup de médecins français n'en emploient pas d'autre , et il est vrai de dire que presque toute l'écorce du commerce vient des grenadiers qui croissent spontanément en Provence. Il paraîtrait aussi que les grenadiers qui sont élevés dans le Nord fcont moins efficaces que ceux qui vivent sous des climats plus chauds : c'est à ce motif que le Dr Wolff, de Bonn , qui a échoué sept fois sur dix, attribue ises insuccès. Au surplus , il n'est aucune des opinions émises à cet égard qui fsoit assise sur des expériences comparatives , ces expériences sont à faire, et il [n'y a de positif maintenant que ceci : qu'on a obtenu de nombreux succès avec (toutes les espèces de grenadier.
^ L'écorce est la portion de la racine qu"on a presque toujours employée. Cependant les anciens, Dioscorides, Pline , Marcellus , Empiricus , n'établissent aucune distinction entre l'écorce et le méditullium. Il en est de même de quelques praticiens de l'Inde et de l'Europe. Celse conseillait la partie chevelue
{tenues radiculas) de la racine degrenadier.il résulte méaie, d'observations de M. Grimaud , qu'il a parfaitement réussi en employant la décoction de toute
; celte racine. Au demeurant, comme la presque fotalité des succès obtenus l'a été par l'écorce , on fei'a toujours bien de lui donner la préférence , s'il ne vient
ia être démontré par des expériences positives que la partie ligneuse égale 1 écorce en vertu.
Faut i! employer l'écorce sèche ou l'écorce fraîche ? Les partisans de celle-ci prétendent, qu'en fait , l'écorce sèche réussit moins souvent; que c'est parce qupnnepeul guère en employer d'autre dans le nord de l'Europe qu'on y a
éprouvé tant d'insuccès ; que la dessication ne prive pas seulement l'écorce du grenadier d'une partie de ses propriétés t.ienifuges, mais qu'elle lui ôte encore la plus grande somme de son activité. Us font valoir encore que cette écorce devient moins sapide en se desséchant. A cela on peut répondre, qu'en fait, il n'y a rien de démontré sur la valeur relative des écorces sèche et fraîche, puisqu'il n'a pas été fait d'expériences comparatives suivies pour déterminer cette valeur ; que les non-succès essuyés dans le Nord peuvent tenir à plus d'une cause , et qu'ainsi le docteur Wolff attribue les siens, comme nous l'avons dit plus haut, à l'emploi qu'il a fait du grenadier du pays ; qu'il n'est pas vrai que le grenadier perde par la dessication une grande partie de son activité, puisqu'on lui a vu produire à l'état sec, même alors qu'il ne parvenait pas à expulser le tœnia, les effets les plus énergiques; ce dont j'ai vu plus d'un exemple : qu'on pourrait môme croire d'après certaines observations, qu'au lieu de perdre il gagne en activité par la dessication ; ce qui fait dire à Berton que l'écorce sèche doit être donnée à moindre dose (]ue l'écorce fraîche , et à M. Mérat , qui cependant s'est prononcé pour celte dernière, qu'il en faut cinq onces pour représenter trois onces de l'autre (p. 138). On xoii donc que , dans l'état présent de la science , il y a quelque légèreté ;\ prendre parti soit pour l'écorce sèche, soit pour la fraîche , et que , pour fixer leur valeur respective , il faudra de nouvelles expérimentations.
La racine de grenadier a été administrée en poudre et en décoction. J'en ai donné l'extrait. La poudre, que l'on donne soit par paquets, soit en pilules, a souvent réussi dans les mains de Berton. Il en donnait douze grains environ , chaque dcuii-heure, pendant trois heures de suite. Le D^ Stambio, de Milan , a été moins heureux que Berton , et plus d'une fois il lui a fallu quitter la poudre pour la décoction. Toutefois , chez des ])ersonnes qui auraient trop de répugnance pour celle-ci , ou qui la rejetteraient par le vomissement, la poudre et les pilules ne seraient pas à dédaigner.
La décocjion se fait ordinairement avec deux onces d'écorcc de racine de grenadier, c{u'on fait bouillir dans deux livres d'e.au jusqu'à réduction de moitié. Beaucoup de praticiens font précéder celte opération d'une'macération de douze à vingt-quatre heures. Je crois cette précaution utile, surtout quand on emploie l'écorce sèche. La décoction est ordinairement prise en trois fois, soit à une heure, soit à une demi-heure de distance. Il y a de nombreuses variantes de la formule que je viens d'indiquer : elles portent sur la dose de l'écorce , sur celle de l'eau , sur la réiluction qu'on fait subir .H celle-ci, et sur l'administration du remède. Nous nous bornerons h dire qu'il est démontré, spécialement par l'exemple de Gomez, que lorsque la décoction est trop faible , ou qu'on la tlonne soil .\ troj, petites doses, soit à des intervalles trop éloignés, on s'expose à n'avoir que des résultats incertains, longs à se produire, et même à manquer son but. Il est bien entendu que la dose indiquée plus haut n'est que pour les adultes, et que la décoction devrait êlre moins forte chez les jeunes sujets : ce qui , par parenthèse , diminue les chances de succès pour eux.
Le lœnia est quelquefois rendu après le premier verre de décoction ; le plus souvent ce n'est qu'après le troisième. Il est tantôt mort, tantôt vivant. Ordinairement il est entier , et sort en une seule fois. Assez souvent il arrive que le premier verre est vomi et que les autres sont gardés : quelquefois, bien que le malade rejette la plus grande partie du liquide, ce qu il en garde suffit pour provoquer la sortie de l'entozoaire. La décoction de grenadier est donnée froide par les uns , chaude par les autres. On ne l'édulcore pas.
J'ai plusieurs fois administré les exliaits alcoolique et a((ueux (l'écorce de racine de grenadier réunis, chez des sujets qui avaient une répugnance prononcée pour la décoction , ou qui ne pouvaient la supporter. Ces extraits n'ayant pas encore été employés , je crus devoir, sachant que la décoction faite a^ec deux onces d'écorce réussit ordinairement , administrer tout ce que deux onces pouvaient fournir d'extrait. Voici la formule que j'adoptai : Prenez : Extrait alcoolique d'écorce de racine de grenadier. , Ce r(u?j,(.uvrni r n four- Extrait aqueux d'écorce de racine de grenadier. . î ""' ^''^"^ o^ces d'écorc,.. Sirop d'elminthocorton , q. s.
Faites , s. L. , un élecluaire qui sera pris en quatre ou cinq fois , dans du pain azime , i» demi heure de dislance.
Cette formule a clé préparée parMM. Costel et Colmet , pharmaciens dislingués de Paris. L'un et l'autre ont trouve que deux onces d'écorce fournissent environ quatre gros d'extrait alcoolique. Quant à l'extrait aqueux, sa quantité varie suivant qu'on emploie pour l'obtenir l'écorce qui a déjà été traitée par l'alcool , ou de l'écorce encore vierge. Dans le premier cas, on n'obtient que deux gros d'extrait ; dans l'autre , on en obtient jusqu'à six onces. 'Vu ces résultats , je me propose d'essayer séparément, quand il y aura lieu , soit l'exlrait alcoolique, soit l'e^itrait aqueux. J'essaierai d'abord l'extrait alcoolique, ayant quelque raison de croire qu'il sert de base à la potion de l'empirique Darbon.
Quatre fois j'ai donné l'électuaire dont il vient d'être parlé, et, trois fois j'ai obtenu le succès le plus prompt et le plus complet. Il est vrai que j'ai échoué une fois ; mais il faut noter que ce fut chez un sujet qui avait pris <lé]à la décoction , qui la prit encore après l'administration de l'extrait, et cela sans que le tœnia , dont cependant il rendait chaque jour des fragmens , en parût seulement affecté. Au surplus , dans lous les cas où j'ai donné l'électuaire, les effets ont été exactement h s mêmes que ceux de la décoction. J'ajouterai qu'il a été pris avec facilité et n'a point excité de vomissement.
Quelques médecins, avant de donner le grenadier à un malade , soumettent celui ci à une p7-é/jaration. Elle consiste le plus souvent dans l'atiministratiou d'un purgatif, et particulièrement de 1 huile de ricin. Leur intention e.st d« déblayer le canal iulestiuul et de rendre aussi plus Immédiat le contact du re.
GROSSESSE
GROSSESSE
}iiè(.i(3 avec Icftcnia. Tout ce qu'on peut dire de celle piccanllou , c est qu'on réussit lort bien , même quand on ne la prend pas. Aussi , comme elle pourrait avoir quelque inconvénient ch< z certains .n.jets en éveillant dans l'appareil digestif une susceptibilité qui pourrait le disposer au rejet du remède, je crois prudent de s'en abstenir. Une seule préparation pourrait avoir quelque avan- U"e , ce serait celle qui aurait pour objet de dissiper certains symptômes dont Ja présence générait pour l'administration du remède. Il faut, au surplus, remarquer que, parmi les nombreux phénomènes que produit le taenia, il n'en est pas que, dans l'état actuel de la science , on puisse considérer comme une contreindication à l'usage du grenadier.
Tous les auteurs s'accordent sur ce point , qu'on ne doit donner le grenadier qu'autant que des portions du tœnia ont été rendues la veille par le malade. Cette précaution me parait bonne, et je l'observe toujours. On s'accorde aussi pour attendre avant d administrer de nouveau le remède, quand il a échoué ou n'a réussi qu'incomplètement, que de nouvelles portions de ver soient rendues.
En résumé, le grenadier est préférable à tous les moyens dirigés jusqu'à ce jour contre le txnia. Par sa saveur il excite , à beaucoup prés , moins de répugnance qu'aucun d'eux. Ils ont tous des inconvéniens , et pour la plupart ils sont dangereux, tandis que le grenadier est à peu près innocent. De nombreuses observations établissent qu'il a procuré la sortie des tœnias , qui leur avait résisté ; il est même constant qu'il réussit presque toujours à procurer cette expulsion. Je dis presque, pour qu'on ne le croie pas infaillible, ainsi que quelques personnes ont osé l'écrire : il n'est que hautement />/-e/erai/<.'. C'est déjà beaucoup , et on peut s'en contenter.
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(Léop. DESL4^DES.)
GRENOUILLETTE , s. f. , Ranula; nom spécial que l'on a donné à la tumeur salivaire développée sous la langue par la dilatation du conduit de Warthon. Ce nom rappelle , soit la forme de la tumeur qui a quelque analogie avec le dos d'une grenouille, soit l'espèce d'altération que sa présence imprime à la prononciation des sons. Quoi qu'il en soit, son histoire est traitée à la partie de l'article Fistule qui a pour objet les fistules salivaires , dont elle est une va- 'it'té. (L. J. Bf:GiN.)
GRIPPE. Voyez Brokchite.
GROSSESSE, gravidilds. État d'une femme qui a conçu ; distinguée en grossesse normale ou gestation facile d'un fruit sain et vivant dans la cavité de l'utérus , grossesse compliquée , grossessejausse et grossesse extra- utérine.
ARTICTE PREMIER.