ART. II. GROSSESSE COMPLIQUEE
11 est peu de maladies qui ne puissent attaquer aussi bien une femme enceinte que tout autre sujet, et si parfois elles ont paru échapper plus facilement aux atteintes de certaines épidémies, dans d'autres elles ont été plus facilement î plus violemment frappées. Ces deux particularités ne sont pas toutefois constamment liées entre elles. C'est ainsi que le cholcra-morbus épidémique semble les respecter jusqu'à un certain point; mais s'il les attaque, il offre, sans être plus grave en lui-même, cette circonstance défavorable de plus qu'il fait ordinairement périr l'enfant et amène l'accouchement prématuré. Cet événement est fréquemment, mais non inévitablement, 1 effet de toute maladie aiguë et violente qui vient compliquer la grossesse , et c'est une raison pour regarder le pronostic comme plus défavorable chez elles; mais il en est une autre encore non moins valable , c'est que leur dispusition pléthorique aggrave en réalité les inflammations, les affections fébriles et hémorrhagiques dont elles peuvent être atteintes. Il faut ajouter à cela la considération de la gène où se trouvent divers organes. Ainsi , par exemple, une péripneumonie , un catarrhe pulmonaire, pourront acquérir plus d'intensité et se développer plus facilement chez la femme grosse, en raison de la constitution momentanée qui lui est propre; et de plus , le soulèvement du diaphragme par l'utérus, dans les derniers mois, accroîtra singulièrement la dyspnée et menacera la malade de suffocation avant même que les désordres soient portés à l'extrême dans les poumons ou dans les bronches (hépalisation , œdème , engouement). De même, on conçoit combien une péritonite aura plus de tendance à naître, à égale intensité de causes, chez une femme dont la matrice distend l'abdomen, et combien cette péritonite aura plus d'intensité par l'elTet de cette distension même.
La grossesse deviendrait encore une source de dangers plus manifeste dans les maladies aiguës si l'on se figurait, avec quelques praticiens, que cet état contre-indique des médications énergiques. C'est souvent, au contraire^ une raison pour agir avec plus de vigueur, par cela même que le mal a plus de violence et amène plus de péril. Certaines médications doivent ici être d'autant plus soigneusement employées que le mal, contre lequel on les dirige , pourrait se porter jusque sur le fœtus, le maléficier d'une manière fâcheuse, et même le détruire; telle est la syphilis.
Nous dirons la même chose des opérations nécessitées par un accident ou une maladie chirurgicale quelconque. L'évulsion d'une dent n'a jamais produit l'avortement que chez un sujet éminemment prédisposé à cet événement. Toutefois une opération grave et douloureuse olî'rira , pour les raisons susdites, et même pour cette dernière, quelques chances défavorables de plus. On fera donc bien de l'ajourner s'il est possible, si le mal ne doit point changer de nature, devenir irrémédiable, ou bien faire des progrès dangereux. Sous ce rapport, la grossesse met quelquefois la femme dans une position plus fâcheuse en accélérant la marche d une affection chronique ; plus souvent , peut-être , elle la ralentit et en fait disparaître quelquefois momentanément les symptômes les plus alarmans ; c'est ce qui est bien certain et bien connu pour la plitliisie pulmonaire, pour les affections cancéreuses au col même de la matrice, quand elles n'ont pas empêché l'imprégnation. 11 semble alors, a-t-on dit , que la yitalité diminue dans les organes malades en se concentrant dans la matrice. Quoi qu'il en soit de cette explication renversée par le dernier des exemples que nous venons de citer, le fait n'en est pas moins réel , et on en a une autre preuve dans les fractures dont le cal est souvent fort long à se former chez une femme enceinte, comme nous l'avons une fois constaté. Bien souvent, il est vrai, ce retard est nul; et il s'en faut beaucoup qu'on puisse, à l'imitation des anciens, le donner comme une loi générale.
Au nombre des accidens qui compliquent parfois la grossesse et en modifient le diagnostic et les chances, nous devons mettre la mort du fœtus, qu'elle qu'en soit la cause; nous nous contenterons d'en faire ici mention, renvoyant, pour les signes qui la manifestent, au mot Foetus , et, pour ses effets ordinaires , a l'article Avoutemf.nt.
Mais il est des affections morbides qui sont plus intimement liées h la grossesse que les précédentes , qui en sont les effets, ou du moins qui en dépendent plus ou moins directement. Il en est qui sont graves et qui méritent une étude spéciale. { f^ojrez Eclampsie, Hémorrhacie, Prolapsus, Rétroversion.) Beaucoup d autres ne sont que de simples incommodités , et l'on pourrait même dire qu il n existe pas de grossesse sans incommodités quelconques. Toutes ne niciitent pas une égale attention , et ne doivent pas la fixer par les mêmes motifs : ainsi, des démangeaisons insupportables et continuelles à la vulve, l éruplion même d une foule de petites excroissances dures et verruqueuses
dans le vagin avec écoulement de mucosités blancliâlres , pourraient être prises pour le produit du virus syphilitique , si l'on ne savait que , comme nous l'avons assez souvent observé , ces phénomènes sont uniquement ilépendans dti la grossesse cl doivent cesser en même temps qu'elle. La plupart des autresj incommodités, au contraire, n'excitent l'intérêt que par les secours efficaces ' que l'art, inutile ou impuissant contre l'indisposition précédente, peut leui opposer avec avantage.
1». La plus fréquente, celle qui nécessite le plus souvent l'emploi de quelques moyens particuliers est , sans contredit, la pléthore. Pour la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce sujet , rien n'est plus naturel el plus facile h expliquer, L'aménorrhée, compagne ordinaire de la grossesse, suffit selon eux pour augmenter la masse du sang; mais ils n'ont pas réfléchi que le sang est employé, et bien au delà , à la formation du fœtus et de ses annexes. Si , durant la gestation , la femme a économisé , pour ainsi dire , par l'aménorrhée , deux livres el un quart de sang , à quatre onces par époque menstruelle , combien n'en dépensera-t-elle pas pour la formation du fœtus, qui, à sa naissance, pèse envi-j ron sept livres, sans ses enveloppes et son entourage, qu'on peut estimer encore| i à une livre et demie, pour le moins? Cette réflexion n'est point indifférente;! i elle nous prouve que la pléthore des femmes enceintes n'est point une circon-l ( stance de pure hydraulique; elle tient évidemment à cet accroissement d'acti-j • vite , de vitalité , dont il a été question plus haut. Par cela même f|ue la femmel ^ doit fournir une grande quantité de sang pour servir de matériaux au nouvel! • être qui se forme en elle, cette quantité pourra aisément dépasser ses besoins! > réels , d'où pléthore absolue : par cela même qu'elle est plus sensible , plus ner-l ' veuse, surexcitée, en un mot, dans toute sa contexture, une quantité de sang" « ordinaire fera , sur ses organes , une plus vive impression que de coutume ; il y ' aura pléthore rclatii^e. Ces deux états différens , mais qui se confondent souvent î par les symptômes , présentent fréquemment aussi des indications identiques ,j(a mais parfois aussi des indications différentes, qu'un praticien expérimenté ape lu précie toujours ])ar habitude et sentiment non raisonné, mais cju'il vaut bieri mieux pouvoir appuyer sur des bases rationnelles. Céphalalgie, somnolence.i *' bouffées de chaleur, dyspnée, accablement, mouvemens ralentis du fœtus, qm: i parfois semble même rester complètement immobile dans le sein de sa mère 'i j; urines rouges, pouls fréquent et fort; tels sont les signes communs de la pléf i» thore. La pléthore absolue se remarquera principalement chez des femmes jeu nés , replètes , robustes, habituellement colorées ; le pouls sera grand et plein i sans dureté ; la chaleur constante , la peau souvent moite , la céphalalgie grava- i tive et générale ; et , s'il survient quelque hémorrhagie , c'est ordinairement uni. i liémorrhagie nasale : une hémoptysie, une apoplexie, ne surviennent guère ei i pareil cas sans prédisposition spéciale. Il n'est pas rare, au contraire, de voir \ .■/. chez une femme pléthorique , des varices se montrer aux jambes, du sixièm(i||)i au huitième mois : quelquefois des varicosités capillaires s'élèvent en tumeur itlli bleuâtres et inégales sur diverses parties du membre inférieur ; des hémorrhoide i ly se développent, se gonflent et s'enflamment au pourtour de l'anus. La plélhori jipl relative est plus particulière aux sujets nerveux; maigres, lymphatiques, atiiii teints de maladies chroniques, etc. Ici le pouls est plus dur que grand, plusviid que fréquent; la chaleur est souvent àcre, la peau sèche; la femme se plaint dilil ressentir fréquemment des picofemens dans diverses parties du corps ; il s'y farW même des éruptions papuleuses ; il y a de la soif, de l'anorexie, des vertiget * ou une céphalalgie partielle et plus ou moins aiguë, des douleurs dans rahdO'''jii men , des palpitations et d'autres symptômes de névrose et surtout d'hystérie. |i
La saignée convient plus particulièrement au premier de ces deux états, etii''; est assez fréquemment nécessaire de la renouveler si les symptômes reparais-i jj sent. Celte évacuation artificielle , toujours proportionnée aux forces du suje: cl à l'intensité des accidens, se pratique ordinairement au pli du bras, quoiquf j la saignée de la saphène n'ait pas, à beaiicoup près, les propriétés abortivef! qu'on lui a supposées. Bien que souvent nécessaire et pour la mère et pour le fœtus dont elle rétablit l'activité et prévient la perte , soit en empêchant SOI j expulsion spontanée paravortement , soit eu dissipant la pléthore apoplectique dont il est alors affecté , celte opération ne doit point être prescrite en thést générale dans toutes les grossesses , comme la mode l'a voulu pendant un cer-' tain temps. Elle est inutile à la majeure partie des femmes enceintes, et scrail. nuisible à plusieurs ; aussi ne faut-il la conseiller , même avec des signes de pléthore , mais de pléthore relative , que quand il y a quelque accident immineol^ et d'un caractère, un peu grave, ou quand les symptômes ont beaucoup d'inten-. sité. Tout récemment nous venons de dissiper un pareil état , un état qu'or 1 pouvait dire liabituellement fébrile, accompagné d'un catarrhe pulmonair*' •« très-opiniâtre et de symptômes d'embarras gastrique , chez une femme délicate n par une saignée de quatre à cinq onces. Tout a disparu en peu de jours , san-'i *j autre auxiliaire que l'emploi d'une limonade légère. Dire que la saignée ne doit )| point être employée sans nécessité , c'est dire (ju'il n'y a pas d'époque fixe pouj ] son application ; mais c'est assez fréquemment h mi-terme que les phénomènes i pléthoriques prennent une intensité qui la réclame. Quelquefois elle peut êtrt i employée comme moyen de précaution , soit relativement à l'enfant {v. Foetus), t soit eu égard à la mère (vojez Hémorrhagie) ; mais alors c'est dans les derniers i mois surtout qu'elle convient pour dissiper une pléthore qui n'aurait d'incon- i véniens réels que durant la |)arturition ou immédiatement après.
La saignée du bras peut rarement être suppléée par les saignées locales; tou- 1 | tefois une forte congestion vers la tête peut réclamer en même temps l'une el ( l'autre; des sangsues sont alors appliquées au cou , aux tempes. Dans certaines I congestions uléiines et menaces d'avorlement , on s'est bien trouvé des sang- i sucs a|ipli(juécs aux aines, au pourtour de l'anus. Dans ce même lieu il en £ i
GRO SSESSE.
GROSSESSE
dllii parfois placer quelques-unes pour dégorger des liémorrlioïdes , qu'on s"est .oiilenlé le plus souvent de ramollir et de tempérer par les demi-bains, les (.alaplasmes , les pommades adoucissantes; moyens palliatifs aussi bien que la l.-ompression opposée aux varices des jambes, qui doivent, corauie les hcmor-
lioidcs, disparaître ou diminuer considérablement a|)rès l accouchement.
2°. Une indisposition assez fréquente et qui se lie assez souvent avec la plé- |.liure dont elle constitue peut-èlre niêaie une variété , c'est l'infiltration séreuse llu tissu cellulaire. Cette inûltratiou , qui occupe surtout les membres inférieurs ■t débute toujours par eux , a été, comme les varices et les hémorrlioides , ittribuée à la comp^es^ion des veines iliaques par Tutéi us distendu. Riais sou-
I'cnt l'utérus , incliné il'un côté, ne devrait coaqjrimer qu'une de ces veines , et ourlant les deux membres inférieurs sont gonflés. D'ailleurs cette cedématie élève souvent bien au dessus des membres abdominaux , et peut s'accompagner nème d un épanchement séreux dans l'abdomen. Le plus souvent, quand elle st très-prononcée , toute l'économie y participe, et cette participation est malifcslee par la pàli'ur et les soufï'rances générales. Il y a donc alors une pléthore ènusc, que Chaussier attribuait à la gêne mécanique de la respiration, dont L'j organes sont refoulés en haut, et à 1 iui perfection de 1 hématose qui en était , don lui, un effet nécessaire. On pourrait l'attribuer aussi à une autre circont.uioc : obligée de fournir au fœtus les matériaux de son accroissement, la mère oit dépenser plus en fibrine et en cruor, en un mot en élémens solides qu'eu lémens liquides; le sérum du sang doit donc rester en surabondance. Quoi qu'il n soit de ces théories, il n'en est pas moins certain que l'œdématie considéra- Ic nécessite parfois la saignée ; c'est surtout quand elle cause des cblouisseiciis, des vertiges, des céphalalgies opiniâtres , prodromes de la congestion ii eiise vers l'encéphale et de l'cclampsie; c'est alors , dis-je , que la saignée est idiquée , quand même le pouls aurait peu de force et de iléveloppement. A part elle nécessité, l'œdématie réclame peu de soins particuliers : les diurétiques e produisent aucun effet sur elle , et les scarifications ne procurent qu'une dimiiiiiou momentanée, et dont tout l'avantage se borne à dégonfler les parties i'iiltales externes , si leur tuméfaction gêne les manœuvres obstétricales. 3". Les d^rangemens dorit sont susceptibles , chez les femmes enceintes, les jganes digestifs nous arrêterons moins long-temps , parce qu'ds ont en général iioins d'importance. Le ptyalisme ou crachotement, l'anorexie, les nausées , :s vomissemens même, si ordinaires dans les premiers mois d'une grossesse, e demandent que des soins de régime fort à la portée d'une intelligence ordiaire ; quelques boissons un peu aromatisées , les infusions légères d'oranger Il de tilleul , de mélisse , de thé, de camomille, de caiielle, etc. , quelquefois 1 uiagnésie, surtout s'il y a des renvois gazeux ou des rapports acides , des réiigilalions de matières aqueuses (pyrosis) , la rhubarbe en poudre, seule ou piiUc au kina , quelques préparations opiacées, à faible dose ( diascordium , léri.ique) , principalement en cas de coliques opiniâtres, de diarrhée, sans mpiômes inflammatoires, voilà les médicamens qu'on doit prescrire dans le lus grand nombre de ces grossesses un peu pénibles. Mais des accidens plus ■l ieux , quoique de même nature, peuvent réclamer des moyens plus eflicaces; es vomissemens fâcheux ne s'arrêtent quelquefois que par l'emploi de l'opium la dose d'un ou plusieurs grains ; l'eau gazeuse, la potion de Rivière, seront jutcfois essayées auparavant. L'anorexie , le ptyalisme, les nausées, etc., peujiit tenir à un embarras gastrique bien caractérisé par l'amertume de la salive, I couleur jaune de la langue , les vomilurilions bilieuses ; il ne faut pas craindre .ors d'employer un vomitif; et, dans d'autres circonstances, un purgatif bien iiliquG sera aussi administré sans aucune suite fâcheuse. Toutefois on se gar- ■ra des moyens trop irritans , des drastiques surtout : la magnésie, à la dose e deux gros ou demi-once, la manne, l'iiuile de ricin, voilà des- purgatifs jllcaient dangereux s'il n'existe pas une prédisposition bien prononcée à Tavorment : encore n'y aura-t-on recours que si les lavcmens ordinaires sont suJiisans. Ceux-ci sont convenables quand il n'y a pas constipation habituelle ; i ne sulliraient pas s'il existait ce qu'on est convenu de nommer un embarras testinal.
11 est nécessaire de dire ici un mot de ces appétits extraordinaires, de ces jùts singuliers , auxquels les femmes enceintes ne so/lt si sujettes que parce le l'on en exagère beaucouj) l'importance. Suivant le vulgaire, il faut tout ire pour la satisfaction de ces em/ies de grossesses , sous peine de voir l'enfant 1 porter la marque. L'expérience prouve tous les jours la fausseté de cette inséquence. Règle générale , on satisfera aux désirs d'une femme grosse toutes s fois que ces désirs n'auront rien d'immoral ou de nuisible. Les caprices auxaels se livre aisément une femme nerveuse et entourée d'une famille attentive prévenir, à faire naître même ses désirs, ne doivent pas plus influencer le cdecin, en ce qui concerne le régime , que le magîstrat en ce qui concerne la iminalité de certains actes qu'on a voulu excuser par l'état moral de la femme iceinte. Un appétit vorace sera refréné , trompé par des repas plus fréquens, w des alimens à saveur douce et fade ; un <légoût sans cause morbide sera imbatlu par des boissons un peu stimulantes, par des alimens sapitles. Mais charbon , le plâtre, le vinaigre , les liqueurs fortes , pour les femmes qui n'en it point l'habitude , seront refusés ou donnés (ces dernières seulement) a doses ibles et avec des correctifs convenables. Nous avons vu une jeune femme rélile au marasme le plus complet par une gastrite chronique résultant d'une implaisance mal entendue pour l'une de ces envies auxquelles le vulgaire ci-oit l'on peut toujours acquiescer sans danger; le vinaigre pur, abondamment alé durant la grossesse , l'avait réduite à l'état où je la vis trois mois après son coucliement , état bien grave et qui laissait bien peu d'espérances. 4». Nous venons de toucher un sujet qu'il serait déplacé d'approfondir ici ,
mais qui mérite encore une courte mention , celui des alTeclions de l'ame. L'aliénation mentale, quoique bien plus ordinaire après la parturition (manie puerpérale ), s'est aussi montrée dans la grossesse, el il ne faudrait pas, en médecine légale, la confondre avec les caprices dont il a été question plus haut. Elle est rare, du reste, et on peut la mettre au même rang que ces affections peu communes, surdités, cécités partielles ou totales qui se sont manifestées chez cjuelques femmes grosses, tantôt pour se dissiper après les couches, tantôt, et plus malheureusement , pour ne plus disparaître. C'est une sorte de monomanie accidentelle que la morosité et les presseulimens fâcheux do certaines femmes , prcssentimens quelquefois justifiés par l'événement, soit qu'un malaise intérieur les avertit d'un dérangement iléjà réel avant d'être sensible aux yeux du médecin, soit que l élat moral même ait influé d'une manière fatale sur le physique. La distraction peut seule dissi|)er cet état pénible; il faut surtout éloigner toute cause de mélancolie aflcrente aux idées fixes qui tourmentent la lenime ; on doit également, en tout ëtat de choses, éviter les frajeurs ai. \es iu/yjrises. D'une part elles peuvent déterminer l'hémorrhagie , l'avorlement , comme les secousses physiques; d'autre part le trouble circulatoire qui s'ensuit peut se propager jusqu'à un embryon encore tendre, le faire périr ou le détériorer de manièie à donner naissance à des monstruosités diverses. C'est dans ce sens seulement qu'il faut prendre leur influence , sur ces altérations de la forme et de la structure du fœtus ; sans croire . avec le vulgaire , qu'il y ait une corrélation exacte entre les qualités physiques de l'objet qui a mis l imaginatioa en émoi el les résultais que cette émotion a proiluits chez le fœtus, surtout si l'événement a eu lieu à une éjioque où tous les membres ont déjà, aux dimensions, aux proportions près, leur conformation définitive, c'est-à dire après le deuxiènie mois de la vie intra-utérine.
5". Il nous reste à dire un mot de quelipies petits soins que réclame la grossesse , et qui sont surtout applicables à quelques cas particuliers ; ainsi la suppression des corsets et des vêlemens serrés ne doit être conseillée qu'avec certaines restrictions. Un corset et même un buse peuvent être utiles dans les premiers mois chez une femme à parois abdominales très-lâches et très-mollesplus tard, il convient encore qu'elle porte un corset qui soutienne et les mamelles et le ventre sans les comprimer; il sera garni de baleines par derrière seulement, et renforcé vers la ceinture , s'il y a existence ou menace de hernie ombilicale, d'évcnlration, d'obliquité antérieure. Le repos, non pas continuel, mais fréquemmeent substitué à un exercice modéré , et surtout le décubitus sur une chaise longue , aident aussi beaucoup les femmes débiles à porter leur fardeau : cette altitude suflit fréquemment pour dissiperles douleurs des lombes, celles des cuisses, etc., qui dépendent de la pression ou des liraillemens exercés sur le voisinage par 1 utérus ; elle peut faire cesser, par cela môme, les micturitions, l inconlinence d'urine qui résultent de la gêne éprouvée par la vessie. Quant à la rétention d'urine, elle peut s'observer chez des femmes qui , ayant eu déjà des enfans, conservent au col utérin, au vagin, etc., plus de laxité ; chez lesquelles la téle de l'enfant descend de bonne heure dans l'excavation pelvienne et peut comprimer le Canal de l'urètre; parfois, dans cette circonstance , la femme peut uriner en se couchant sur le dos , le iDassin un peu élevé ; rarement faut-il en venir au caihétérisme : il est quelquefois nécessaire alors de tourner en arrière la concavité de la sonde.
L'exercice ; dont il était question tout à l'heure, est loin d'être toujours nuisible aux femmes enceintes : proportionné à leurs forces et à leur agilité, il convient, au contraire, à l'entretien de leur santé , de leur appétit, el facilite la parturition. Le plus convenable de tous est la promenade à pied, mais jamais portée jusqu'à la fatigue. La course et la danse n'ont pas de grands inconvéniens quand on a la même précaution et qu'on ne met pas un fol amour-propre à montrer une agilité ridicule dès que la grossesse est un peu avancée. Une voiture douce n'a d'inconvéniens à aucune époque ; les secousses d'une mauvaise route, d'une \'oiture mal suspendue, celles de l'équitation sont dangereuses à toutes , mais plus particulièrement dans les premiers mois , s'il y a prédisposition a l'avorlement. Enfin le rapprochement des sexes , qu'il faut aussi soigneusement éviter dans cette dernière circonstance, n'a pas les mêmes inconvéniens <hiiis toute autre ; à moins qu'on n'en pousse l'abus à l'extrême. Il faut y mettre beaucoup de modération , sans toutefois concevoir trop d'inquiétudes , s'il occasione quelques coliques passagères, ou s'il est suivi d'une excrétion muqueuse abondante et un peu teinte en rouge, ou offrant quelques stries de sang, preuve certaine d'une surexcitation du col utérin.