I ÉTHERS
d'en renouveler et d'en accroître les doses. Il serait probablement utile de le faire prendre en plus grande quantité qu'on n'a coutume de le faire communément. On doit observer d'ailleurs que si l'éther se montre momentanément efficace, et s'il dissipe avec rapidité divers symptômes morbides , on ne le voit que dans un bien petit nombre de cas être l'agent unique ou principal d'une guérison complète et solide. Presque toujours , pour peu surtout que l'affection .soit intense et ancienne , l'éther ne figure dans le traitement que comme un accessoire , utile , il est vrai , mais insuffisant à lui seul .
Peu satisfaits , en général , des résultats d'une substance qui leur avait été si pompeusement annoncée, et dont ils avaient tant attendu, les médecins l'employèrent comme un dissolvant énergique, afin de favoriser l'administration d'autres médicamens. Ils pensaient que l'éther, s'eraparant de leurs parties les plus ténues et les plus efficaces, les introduirait plus facilement dans l'économie, et les ferait arriver avec plus de certitude et d'énergie jusqu'aux organes malades. Là encore leurs espérances furent trompées , ou du moins bien imparfaitement remplies. Les fumigations avec l'éther, dans lequel on avait fait macérer de 1 opium , de la ciguë, ou d'autres substances médicamenteuses , furent présentées comme un remède merveilleux contre la phthisie laryngée, pulmonaire, et contre d'autres affections contre lesquelles les ressources de l'art sont si souvent impuissantes. L'expérience montra bientôt qu'on s'était abusé, et le spécifique tomba dans l'oubli, où tant d'autres vont ou doivent aller le rejoindre. Mais la |)lus simple connaissance des lois de la physique et de la chimie aurait épargné ces inutiles tàtonnemens. IN'est-il pas évident, en effet , qu'en pareille circonstance, l'éther seul est vaporisé (qui peut agir, il est vrai , soit directement, soit par absorption sur la membrane muqueuse gastro-pulmonaire ) , et que les autres substances qui exigeraient , pour se volatiliser, une température beaucoup plus élevée, sont cotmne non avenues? Cette manière d'apprécier l'action des fumigations éthérées , nous paraît la seule qui soit d'accord avec la vérité; et jusqu'à présent aucun fait authentique n'est venu prolester contre elle. Que l'on continue donc à employer l'éther comme moyen commode pour dissoudre certaines substances médicamenteuses, réfractaires aux autres menstrues, et pour les mettre dans un état plus favorable à leur administration; mais qu'on distingue exactement les cas dans lesquels il est l'agent principal de la guérison, de ceux ilans lesquels il n'est qu'accessoire.
L'éther est un médicament dont les bons efi'ets dépendent presque toujours de l'opportunité de son administration ; aussi a-t-il été conseillé dans une foule d'affections , différentes par leur siège et par leur nature , et dans lesquelles d'ailleurs il est loin de se montrer toujours efficace. Les épithètcs LVanodiii , de neruiii, àe calmant , A'antispasinodique , Aejcbriju^e , A anlhelmintiqtie, n'expriment pour ainsi dire que des faits particuliers, sans rien préjuger en faveur de vertus spécifiijues et constantes. JNous ne saurions nous arrêter à toutes les applications qu'on a faites de l'éther aux diverses maladies qui atteignent l'espèce humaine : les unes sont purement insignifiantes , les autres rentrent dans les règles générales de la thérapeutique, et ne sauraient devenir l'objet d'une explication spéciale.
C'est une des applications les plus rationelles de l'éther, que celle qui consiste à l'employer contre le taenia, d'après la méthode de Bourdier. En l'administrant à la fois par l'une et l'autre extrémité du canal digestif, on surprend le ver, et on l'engourdit en l'enveloppant dans une atmosphère de vapeurs éthérées, après quoi on peut facilement l'expulser au moyen d'un purgatif, {l^ojez Entozoaires.)
Durande a été moins heureux lorsqu'il a conseillé l'éther pour dissoudre les calculs biliaires. Si cet agent les dissout dans des vases inertes, il en est bien autrement lorsqu'il est introduit dans les voies digcstives , et qu'il ne peut atteindre ces concrétions , si toutefois il les atteint , qu'après avoir traversé les voies de la circulation. ( 1^ ojez Calculs billiaires. )
Il est assez singulier que des auteurs, d'ailleurs recommandables , indiquent ce médicament comme propre à dissiper les accidens de l'ivresse , sans apporter aucune preuve à l'appui de cette assertion. Elle doit paraître au moins douteuse, quand on pense que ces accidens se dissipent presque toujours spontanément , et que l'éther à forte dose produit lui-même une sorte d'ivresse analogue à celle des alcoholiques , quoique moins durable.
Quant à ce qui concerne le choix et le mode d'administration des éthers , l'expérience des faits a été moins consultée que les théories qui ont dominé tour à tour. Ce qu'il y a de positif, c'est que le plus usité est l'éther préparé avec l'alcohol et l'acide sulfurique. Nous employons à dessein cette périphrase, pour montrer que les éthers aisénique et phosphorique, quoique identiques à 1 acide sulfurique, ont été fort rarement administrés en médecine, tant parce que leur fabrication était plus dispendieuse, qu'à raison des dangers qui pouvaient résulter d'une préparation peu scrupuleuse , et dans laquelle quelques portions d''aeide arsénique, par exemple, ne se seraient pas combinées avec de l'alcohol, de manière à perdre les qualités toxiques qui lui sont propres.
On doit éviter soigneuseinentdeconfondre, avec l'élher phosphorique , l'éther pho^phoré, qu'on devrait appeler, de peur de méprise, dissolution éthérée de phosphore. C'est à l'article concernant ce dangereux et équivoque médicament, qu il faut chercher les motifs de cette préparation , et les précautions nécessaires pour l'administrer, sans danger, aux malades qu'on soumet à des expériences trop souvent sans succès.
L'éther acétique n'a guère été donné à Tintérieur, et il est peu probable que dans l'état actuel des doctrines et de la pratique médicales, l'on cherche à introduire un nouveau médicament dont on possède déjà les analogues. Cependant, à entendre ceux qui, les premiers , en firent usage, il semblait que ce fût