ART. XIII. DE LA HERNIE DIAPHBAGMATIQUE
Les ouvertures naturelles dont le diaphragme est percé, des plaies, des éraillemens et des libres, une solution de continuité dépendante d'un vice de conformation congénial , peuvent laisser passer les viscères abdominaux dans la poitrine ;et, suivant que le péritoine et la plèvre ont conservé leur intégrité, qu'une seule de ces membranes est restée entière , ou que toutes deux ont été simultanément divisées , les hernies qu'ils forment sont enveloppées d'un sac herniaire double ou simple, ou sont comi>lèlement dépourvues de toute enveloppe séreuse. L'estomac et le colon transverse sont les parties qui cnirent le plus communément dans la composition de ces hernies, et, parmi les ouverlures naturelles du diaphragme, celle qui livre passage à rœ.«ophage est aussi celle qui offre le plus de facilité aux viscères abdominaux pour se déplacer.
On ne peut pendant la vie que soupçonner l'existence de ces sortes de hernies , que leur situation soustrait à tous les moyens d'investigation, parce que les symptômes qu'elles présentent, quoique très-graves, leur sont communs avec plusieurs autres maladies. Ces symptômes sont : une douleur habituelle à l'épigastre , de l'embarras dans les digestions, des coliques fréquentes , de rop|)ression , de l'anxiété, et même des syncopes à l'occasion de tout exercice un peu fort ou un peu long-temps continué.
En supposant que l'on put établir le diagnostic de la maladie , l'art resterait impuissant pour y remédier, puisqu'il serait également impossible de réduire les parties déplacées, et de les maintenir réduites; on ne peut, dans unesem- . LIabIc position , que presciire un traitement palliatif, qui consiste à éloigner des malades tout ce qui peut donner lieu à un travail pénible des organes digestifs, ou exciter violemment les contractions des muscles abdominaux et du diaphragme. Un régime doux , peu d'alimens , l'abstinence com|}lèle des liqueurs, des épices, des alimens forts, celle de tout exercice fatigant , tels sont les seuls moyens que l'on puisse opposer à une série d'incommodités aussi graves.
Si une semblable hernie venait à s'étrangler, cet accident s'annoncerait par les symptômes qui l'accompagnent ordinairement; mais on sent que, lors même que l'on reconnaîtrait la cause de ceux-ci, il serait impossible d'y remédier autrement qu'à l'aide du traitement antiphlogistique , et des autres moyens généraux qui ont été précédemment indiques.
ABT. XIV. DE LA HERNIE DE l'eSTOMAC.
Les déplacemens de l'estomac, ainsi que ceux de quelques autres viscères, donnent lieu à des accidens qui méritent qu'où en lasse une mention spéciale.
L'estomac peut être entraîné dans toutes les hernies abdominales anciennes et volumineuses qui contiennent la plupart des viscères abdominaux ; mais alors les symptômes qui caractérisent le déplacement de ce viscère sont confondus avec ceux qui accompagnent les hernies en général, et on peut plutôt présumer qu'il entre dans la composition de la hernie , qu'en acqui;rir une certitude absolue. Il n'en est pas de même quand il forme à lui seul la tumeur. Nous avons déjà dit que l'estomac pouvait passer dans la poitrine à travers le diaphragme , et nous avons indiqué les accidens propres à cette affection. Les autres hernies formées par l'estomac seul, et dont il nous reste à parler, siègent à la région épigastrique ; elles peuvent se faire par tous les points de cette région, parce que tous sont susceptibles d'être attaqués par les iuslrumens vulnéraus qui y déterminent, là comme ailleurs , une diminution de résistance dans le point correspondant de la paroi abdominale, et disposent cette paroi a se prêter à la formation d'une hernie; mais quand la hernie apparaît à l'occasion d'un effort , comme cela est le plus ordinaire, c'est à la partie supérieure de la ligne blanche »u sur les côtés de l'appendice xiphoïde qu'elle se forme.
Quel que soit le lieu qu'elle occupe , elle se présente sous la forme d'une tu-
DlCT. DE MÉEECIME ET DE CuiBURCIE PRATIQUES.
meur arrondie, douleureuse au loucher, unie, rénitente , d'une consistance analogue à celle d une poche remplie d'air, et dont le volume varie depuis celui dune noisette jusqu'à celui du poing. Lorsqu'elle est très-petite, elle est quelquefois méconnue, et l'on a plus d'une fois attribué à une cause étrangère les accidens qui devaient être attribués à la hernie de l'estomac ; ces accidens sont, surtout lorsque l'apparition de la maladie a été brusque et violente, une douleur vive à la région épigastrique, accompagnée de suffocations, de nausées et de vomissemens fréquens , de tiraillemens d'estomac , de dérangemens habituels de la digestion, de constipation , et des troubles sympathiques qui sont inséparables des souffrances de l'estomac.
La hernie de l'estomac est ordinairement facile à réduire, et les accidens qu'elle détermine cessent aussitôt que la réduction en est opérée. Pour faire rentrer les parties dépljcées, il suflit ordinairement d une pression exécutée d'avant en arrière ; quelquefois cependant on est obligé de saisir la tumeur entre les doigts , et de la presser comme pour la vider dans l'abdomen , afin de pouvoir la réduire; mais dans tous les cas, on y parvient ordinairement avec facilité. On maintient cette espèce de hernie réduite à l'aide d'un bandage composé d'une pelote convexe rembourrée, soutenue par une ceinture élastique ; quelques chirurgiens composent la pelote d'une plaque métallique rembourrée, du milieu de laquelle part une pelote soutenue p.ir un ressort à boudin. A moins que le suj<-t ne soit très-jeune , il est rare d'obtenir la gucrison radicale de ces hernies, et il faut que le malade s'astreigne à porter ce bandage pour toujours. Il paraît que les hernies de l'estomac ne sont pas susceptibles d'un étranglement sérieux ; si cet accident arrivait, il ne faudrait pas balancer à mettre la tumeur à découvert, et à débrider l'ouverture par la partie supérieure, autant que cela serait possible.