‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 76 sur 311 · ART. XVI. DES HERNIES DE LA MATRICE · texte numérisé non relu

ART. XVI. DES HERNIES DE LA MATRICE

Il est presque impossible que les hernies de la matrice soient primitives. Ce viscère, lorsqu il est dans l'état de vacuité, est trop petit, trop fixe dans le lieu qu'il occupe , et trop éloigné des ouvertures qui livrent ordinairement

passage aux hernies , pour se présenter à ces ouvertures, et lorsqu'il est rempli par le produit de la conception , il est trop rond et trop volumineux pour les franchir. Mais lorsqu'il existe quelques-unes de ces hernies qui renferment la, presque totalité des viscères abdominaux , ou quelque éventration considérable^ la matrice peut bien se laisser entraîner par les autres organes abdominaux ou pelviens , et se précipiter avec eux dans la cavité nouvelle ajoutée à la cavité du ventre. C'est eu efl'et dans ces cas que la maladie dont nous parlons ai été observée. j

Tant que l'utérus reste vide , il est impossible de constater sa présence dans la hernie ; ce n'est que lorsque la femme affectée d'une semblable hernie devient enceinte , que la présence de l'utérus dans la tumeur se manifeste de la manière la plus évidente. En effet, la tumeur acquiert un volume si considérable, que les malades sont obligés de la soutenir à l'aide de larges suspensoirs qui prennent un point d'appui sur les épaules , et l'on y sent manifestement les mouvemens du foetus.

La hernie de la matrice n'est pas toujours un obstacle à la parturition ; on a vu des femmes qui en étaient afi'ectées accoucher aussi heureurement que si l'organe eût été dans sa situation naturelle : chez d'autres , la réduction a pu être faite au moment de l'accouchement, et celui-ci s'est terminé de la manière la plus heureuse. Mais on conçoit qu'il n'en peut pas être ainsi quand l'ouverture abdominale, quoique élargie , a cependant conservé une étroitesse telle, qu'elle est restée incapable de livrer passage à l'enfant. Dans ces cas, il faudrait, comme on l'a fait, pratiquer l'opération césarienne , parce que cette opération^ bien qu'elle donne peu de chances de sauver la mère , en doune beaucoup d( sauver l'enfant.

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T^oyez aussi les Mémoires de Bordenat-e et de Xo«;s' dans ceux de l'Académie royale di chirurgie,

( L.-J. Sakson. )

HERPES PHLYCT^NODES. (

HERPES, s. m. Je désigne , avec Willan et Bateman, sous le nom d'herpès, un génie de phlegmasies cutanées, non contagieuses, caractérisées par des [^groupes de vésicules, entlammés à leur base , séparés , distincts , et dont la dessication individuelle a lieu dans l'espace d'un à deux septénaires. Les diverses espèces d'herpès rapprochées par la forme et la disposition en groupes des vésicules , sont rendues distinctes par le siège ( herpès lahialis , herpès prœpuiialis ) ou l'arrangement des groupes vésicuicux, lanlôt épars et disséminés ( herpès phlycicenodcs ) , ou disposés en forme de demi-ceinture ( herjies zoster ), ou en anneau ( herpès circinnalus ) , ou enfin par la couleur du limbe qui les entoure ( herpès iris). Pris dans cette acception , devenue classique, le mol herpès n'est point synonyme des mots vagues et indéterminés dariie et letter, par lequel les anciens pathologistes français et anglais l'avaient traduit. Il représente des affections la plupart dislincles de celles que Lorry et quelques autres pathologistes français ont groupées sous le nom d'herpès ; il offre en outre un sens précis et rigoureux qu'il n'a pas dans la nomenclature de ces differens auteurs.

§ I". Herpès phltct/Ekodes. — L'herpès phlycténoïde e=t caractérisé par lies groupes de vésicules globuleuses et transparentes, du volume d'un grain de millet ou d'un Irès-pelit pois, qui apparaissent en nombre plus ou moins considérable sur des taches rouges , ordinairement circulaires , épaisses sur le tronc ou d'autres régions du corps.

I. Cette variété de l'herpès, bien décrite et figurée par Baleman , se développe quelquefois exclusivement sur le front , les joues , le col , plus souvent sur les membres, d'où elle se propage sur plusieurs autres points. Willan et Bateman pensent que l'herpès phlycténoïde est toujours une maladie aiguë ; je l'ai vu devenir chronique par l'éruption successive de plusieurs groupes de vésicules.

Un sentiment de fourmillement, de démangeaison ou de cuisson douleurcuse, de chaleur acre, sur les points où cette éruption doit apparaître, est suivi de la formation de petits points rouges presque imperceptibles , groupés autour les uns des autres , de manière à former bientôt une surface irrégulière dont la largeur varie entre celle d'un écu de trois francs et celle de la paume de la main. Quelques heures après, ou le lendemain au plus lard, des vésicules dures, rénitentes , globuleuses, transpai-entes , dont le volume varie entre celui d'un grain de millet ( herpès miliuire ) ou celui d'une petite perle ou d'un gros pois , remplies d'une lymphe ordinairement incolore ou citrine, et quelquefois i brunâtre chez les vieillards , s'élèvent sur les taches rouges en groupes irré^ui Uers plus ou moins considérables, ordinairement composés de douze à cinquante vésicules. A ces groupes , quelquefois au nombre de deux seulement, succèdent plusieurs groupes semblables. Les tégumens conservent leur teinte 1 naturelle entre ces différens groupes , mais rarement entre les vésicules qui les composent; le fourmillement et la cuisson deviennent plus vifs par l'augmentation de la chaleur extérieure , et par celle du lit pendant la nuit. Le volume de la plupart des vésicules s'accroît rapidement; quelques-unes même [ acquièrent des dimensions assez consiilérables et paraissent formées par la réu- ! nion de plusieurs vésicules conflueutes. A peine vingt-quatre ou trente-six heures se sont-elles écoulées après la formation de ces élevurcs , que l'humeur qu'elles contiennent est déjà trouble. Les plus petites prennent une teinle laii teuse,etles plus volumineuses , devenues brunâtres , sont remplies d'une sé- . rosité sanguinolente. Toutes s'afl'aisscnt ou se rompent du sixième au dixième I jour, pendant que de nouveaux groupes se développent. L'humeur des petites vésicules est quelquefois résorbée , et plusieurs groupes semblent avorter; celle qui est retenue dans leur intérieur se transforme en croûtes jaunes ou noirâtres , qui se détachent ordinairement du dixième au douzième jour. Les points affectés conservent pendant quelque temps de la rougeur , ou une teinte rouge livide ; il reste parfois un sentiment de piqûre ou de cuisson semblable à celui I qui survit assez fréquemment à la disparition du zona. Plusieurs semaines après I la guérisou des vésicules , de petites taches jaunes et circulaires indiquent encore le siège qu'elles ont occupé.

Entre ces groupes irréguliers, la peau présente quelquefois çii et là des vésicules et quelques pustules accidentelles. Dans quelques cas rares , les groupes de vésicules ont une forme régulière et circulaire, et les aires des taches sont couvertes de vésicules non flueiites. Cette variété, connue eu Angleterre sous le nom de Nirles , est presque toujours accompagnée de vives douleurs et d'un dérangement notable de la constitution. Le développement de 1 herpès phlycténoïde est quelquefois lié à un léger j trouble des organes digestifs , annoncé après le repas par la lenteur des diges- : lions , la soif, la chaleur stomacale , le météorisme du ventre , etc. C'est i même, dans certains cas, cette affection intérieure qu'il importe le plus de combattre. On observe au*i d'autres symptômes précurseurs : un malade accusa pendant deux jours des douleurs vives , semblables à celles du rhuma- •tismeou de la sciatique, et l'éruption occupa bientôt les deux membres inférieurs. Elle peut se rencontrer sur des individus affectés d'autres maladies. J ai Vu chez un individu atteint d'un catharrhe pulmonaire, un herpès phlycténoïde se développer sur la face , sur la partie antérieure du thorax , sous les aisselles, sur les membres et sur le scrotum , et s'annoncer par des plaques rouges , d'un à deux pouces de diamètre, dépassant légèrement le niveau de la peau, surmontées d'abord de petites vésicules miliaires , rapprochées , rougeâtres , difficiles à distinguer à l'œil nu, faciles à constater en piquant légèrement les plaques avec la pointe d'une épingle. Parmi les plaques du scrotum, qui fuient bientôt surmontées de vésicules, il en existait deux ou trois de la dimension d'une pièce de vingt sous, dont le caractère aurait pu facilement être méconnu,

120?) HERPES PHLYCT.^]SODES.

si l'on avait fait moins d'attention aux autres groupes. Celle inflammation cutanée n'eut aucune influence salutaire ou nuisible sur la marche de l'affecliou calarrhale.

La durée de l'herpès phlycténoïde est assez variable. Ordinairement de deux à trois septénaires, elle est quelquefois plus considérable; Us tâches qui succèdent aux vésicules peuvent se prolonger pendant plusieurs mois.

2. Les causes de l'herpès phlycténoïde, comme celles du zona {herpès zoster), sont fort obscures. D'après les faits que j'ai recueillis , il est plus fréquent chez les adultes (jue chez les enfans et les vieillards , et se développe quelquefois â la suite de veilles , de chagrins, ou d'autres actes qui excitent et modifient le système nerveux.

3. L'herpès phlycténoïde ne peut être confondu avec le pcmphigus : le premier est une inflammation vésiculeuse, et le second une inflammation huileuse. Quelques circonstances peuvent cependant jeter de l'obscurité dans le caractère distinctif de ces deux maladies. D'abord M. Alibert a autrefois décrit le pemphigus sous le nom d'herpès phlyclœnodes ou de dartre phlycténoïde : mais ce n'est pas la première fois que deux affections différentes ont été appélées du même nom : pour éviter l'erreur, il suffit d'en être prévenu. D'un autre côté , l'habitude qu'on a depuis long-temps de se servir indistinctement des mots bulle et plilyctcne aurait dû engager Bateman à ne pas employer l'hépitète phljciénoide , qui tend h propager celte confusion. L'ancienne dénomination d'herpes miliaris ou toute autre qui eût rappelé le volume des vésicules ou leur disposition en groupes , eût été certainement préférable. L'herpès plilycténoide se rapproche du pemphigus lorsque les bulles sont peu étendues, comme on l'observe souvent dans le pemphigus /j;-ù7'/gj/joius; mais les bulles du pemphigus sont rarement en groupes. D'ailleurs, dans le pemphigus pruriginosus , les bulles sont petites et rondes , et mélangées de papules ; tandis que dans l'herpès phlycténoïde , lorsque les ve'sicules sont larges , elles sont irrégulières et anguleuses. Lorsque l'herpès phlycténoïde est compliqué de bulles accidentelles, il peut être confondu avec le pemphigus compliqué d'herpès; ces deux étals forment une sorte de transition entre ces deux maladies. Les bulles du pemphigus aigu différent trop des vésicules de l'herpès phlycténoïde pour que le diagnostic soit incertain et difficile.

Dans l'eczéma, les vésicules sont rarement en groupes; cependant j'ai vu quelques exemples de celle disposition {voyez Eczéma ) ; mais les vésicules de l'eczéma sont plus petites et moins saillantes que celles de l'herpès.

4. L'herpès phlycténoïde , dont les dangers ont été singulièrement exagérés par quelques pathologistes , occupe rarement un grand nombre déréglons de la peau. Lorsqu'il est aigu , et c'est le caractère qu'il affecte presque constamment, il guérit naturellement, dans l'espace d'un à trois scjitenaires, chez les individus bien constitués. Sa durée peut être abrégée par la cautérisation des vésicules (voyez Herpès zoster). Je l'ai vu aussi céder facilement aux bains froids ou tempérés, aux lotions émoUientes et narcotiques fraîches , aux boissons délayantes et à la diète antiphlogistique , sans qu il ail été nécessaire de recourir aux émissions sanguines. Cependant dans l'herpès phlycténoïde, comme dans l'herpès zoster, chez les individus robustes, et toutes les fois que l'éruption , considérable , très-douloureuse, provoque l'insomnie , la saignée procure un soulagement notable; et souvent le sang est couenncux.

La chaleur extérieure et celle du lit augmentent la douleur; les fomentations et les cataplasmes frais soulagent quelquefois , lorsqu'on les applique sur des groupes très enûammés ; mais comme ils empêchent la dessication des vésicules , ils sonl en général plus nuisibles qu'utiles.

Lorsque cette maladie se développe chez les enfans , Underwood conseille de leur faire prendre le suc de panais sauvage à la dose d'une à cinq cuillerées à soupe, mêlées avec une ou plusieurs cuillerées de lait.

En résumé, lorsque l'éruption est aiguë el peu considérable, il faut, surtout chez les enfans , que la cautérisation effraie, abandonner à elle-même cette légère inflammation , dont la guérison spontanée est prompte et certaine. Chez les adultes , lorsque l'éruption est considérable, il faut cautériser légèrement les vésicules, et si la douleur est très-vive, pratiquer une saignée. Lorsque la maladie est rendue chronique par des éruptions successives de groupes de vésicules , et ce cas est très-rare , l'expérience a prouvé que , dans une foule de cas , l'emploi des purgatifs favorisait la guérison de ces éruptions, dont le développement paraît dû à un état couenneux du sang , et plus souvent à des causes inconnues. Les douleurs vives qu'on observe assez fréquemment à la suite de l'herpès zoster ont lieu rarement après l'herpès phlycténoïde ; il laisse aussi plus rarement des cicatrices sur les points qu'il a occupés.

Baleman pense que celle variété de l'herpès a été indiquée par Galien , sous le nom dV^ffijç x;yxfiixi [hcr/)es miliaris). Les passages cilés par Foës {aconomia Hippocratis , art. cpny,i, el tous ceux que j'ai consullcs à l'aide du novus index in omnia qiiœ exlnnt Galeni opéra, iu-fol. , Basileœ, 1562, m'ont paru trop vagues pour être susceptibles d'une inlerprélatioo rigoureuse ; et je vois autant de caractères propres à l'eczéma qu'à l'Iierpès dans l'observation de celle dame romaine qui, suivant Galien , avait un herpès à la malléole (Gai. meth. med. , in fol. , Basil., 15G1, tom. ni , pag. 184). Aëtius reproduit Galien (Aèt. telr. , jc;m. l.cap. 60 , in-fol. , pag. 72). Même vague, même incertitude dans les descriptions de l'Iierpès miliaire ^txi({a'à Turner {A treatiie of diseases incident to the shin, 8", Londou , 1731 fitli ed. p. 74) qui en assigne clairement les caractères. Willan cl Baleman en ont donné une meilleure description et une assez bonne figure (Delincations of cutaneous diseases , pl. XLIX). Russel [de herpelibus , in-8° , p. 29) , l'a décrit sous le nom très-impropre à'herpes exedens. 3. Frank [Praxeos univ. medic, prœcepta , art. Herpès m'iiaris, en a donné une description pru exacte el obscurcie par de faux rapproclicmcns. J'en ai publié plusieurs observations dans

HERPES PR^PUTIALIS.

HERPÈS VULVARIS.

mon Traité des maladies de la peau. Un.lerwooJ a fait mention <le son développement cliez les enfans (On the discases of children. Hcigl.lli , cdit. S", p. 182j ; el M. Alihert , <Ians sa Monographie des dermatoses , a dccril cette variété de Tlierpès sous le nom dolophljctide miUaire.

§ II. Herpès labialis.— Une Icgf-re chaleur locale , bientôt suivie d'un sentiment de cuisson ou de tension , précède et accompagne le développement des groupes de vésicules qui caractérisent l'herpès Itbialis. Ordinairement ces groupes forment sur la surface des lèvres une sorte d'anneau irrégulier, dont la circonférence s'étend inégalement sur le menton, les joues et les ailes du nez. L'humeur des vésictdes , d'abord transparente, devient trouble dans l'espace de vingt-quatre heures ; elle offre ensuite une teinte d'un blanc jaunâtre , et finit par présenter un aspect puriforme. Dès le quatrième ou cinquième jour de l'éruption , les vésicules se rompent ou se dessèchent : le fluide qu'elles renferment s'écoule ou se transforme en croûtes noirâtres qui se détachent ordinairement du huitième au douzième jour, époque à laquelle il ne reste plus de traces de cette légère inûammalion. Lorsqu'on enlève les croûtes avant leur entière dcssicalion et la formation d'un nouvel épiderme, il s'en forme d'autres dont la des.-ication et la chute se fout plus long-temps attendre. Cette éruption est toujours accompagnée d une tuméfaction plus ou moins considérable des parties affectées.

L'herpès labialis peut être produit directement par l'action de causes extérieures sur la peau des lèvres; par l'impression du froid, par le passage d'une température élevée à l'air froid et humide; par le contact des corps acres ou irritans, etc.; souvent il apparaît dans le cours et surtout vers le déclin d une slomatile, d'un coryza, d'une angine, d'un catarrhe ou d'une pneumonie; plus souvent encore à la suite d'accès de fièvre intermittente; circonstance qui n'a pas été clairement indiquée par quelques auteurs qui ont parlé de cette légère inflammation. Tous ont cependant remarqué qu'elle était souvent précédée ou accompagnée d'aphtes ou de vésicules dans la bouche; et j'ai vu l'herpès labialis , développé dans cette cavité et sur la voiîte palatine, être accompagné de gêne dans la déglutition, de douleur à l'épigastre, de rapports , de nausées, etc. Sou apparition a quelquefois lieu lors de la diminution ou la cessation d'une phlegmasie des viscères.

L'herpès labialis ne peut être confondu avec aucune autre affection des lèvres. La disposition des vésicules en groupes isolés , leur marche régulière, le volume considérable que plusieurs d'entre elles acquièrent , leur dessication sous forme de croijtes , sont autant de circonstances qui ne permettent pas de confondre l'herpès labialis avec l'eczéma développé sur les lèvres : il est quelquefois plus difficile de distinguer l'herpès des vésicules artificielles.

L'herpès est quelquefois d'un bon augure dans les fièvres, et l'indice d'une prompte terminaison : Jn J'ebricentibus assidue fiunt pustulœ , circa labia el nasum , jiixlà febris solutioneni (Aétius , tertr. 2, serm. 1 , in-folio, p. 234). Comme dans une foule de traductions ou d'auteurs latins , le mot pustulw est pris ici pour vesiculœ.

Cette affection de la peau qui n'offre par elle-même aucun danger, exige rarement d'autre traitement que celui des maladies qui ont provoqué son dévelo|)pement. Cependant lorsque les vésicules sont nombreuses et confluenles, lorsque la douleur, la chaleur et la tuméfaction des lèvres sont considérables, des lotions fraîches et émollientes procurent un soulagement que le peu de gravité du mal fait souvent négliger. Pour hâter la dessication des vésicules , on peut aussi les cautériser légèrement avec du nitrate d'argent.

Ilippocrate indique clairement cette éruption : Vehrcs in quihus uîcerantttr labia , Jortassis intermittentes (traduction de Vander-Lienden , lom. 1 , p. 821). Observée par une foule il'autcurs , elle a été décrite, dans ces derniers temps, par Willan [On the diseases in London , in-12, 1801 , pag. 6) et par Baleman dans son Sjnopsis. D'antres en ont fait mention .sous le nom d'éruption des lèvres [Journ. gèn, de méd., t. 32 , p. 240) , d'exanthema labiale (I. Frank) ou d'olophlyclide labiale (Alibert).

§ III. Herpès pr/Eputialis. — L'herpès prœputialis est caractérisé par un ou plusieurs groupes de petites vésicules globuleuses qui se développent sur la face interne ou sur la face externe du prépuce, quelquefois sur ces deux surfaces à la fois , et dont la guérison a ordinairement lieu dans l'espace d'un à deux septénaires.

î. L'herpès piœjiiuialis débute par une ou plusieurs taches de six à huit lignes de diamètre bien circonscrites et d'une teinte rouge assez animée. Elles sont accompagnées d'un léger prurit, plus prononcé vers leur centre, sur lequel s'élèvent, du deuxième au quatrième jour, de petites vésicules globuleuses, contenant un fluide séreux et transparent, et qui, à cause de leur extrême ténuité, paraissent avoir la même couleur que la peau sur laquelle elles se sont développées. Bientôt la chaleur et la démangeaison deviennent plus considérables; le volume des vésicules augmente, el le quatrième ou le cinquième jour l'humeur qu'elles contiennent se trouble el prend un aspect puriforme. Lorsque 1 éruption a lieu sur la partie interne du prépuce, les vésicules se rompent souvent dès le (|uatricmc jour : l'épilbélium soulevé se détache , laissant à nu le réseau vasculaire enflammé. Ainsi s'établit une ulcération superficielle, que sa couleur rouge ou blanchâtre et ses bords un peu élevés ont quelquefois fait confondre avec des ulcères syphilitiques.

Le caractère de celle alTection est moins équivoque, lorsque les vésicules se sont développées à rejr/e/ ieur du prépuce. La matière contenue dans les vésicules est résorbée ou se dessèche vers le cinquième ou sixième jour ; dans ce dernier cas, elle se transforme en petites croi'ites sèches , lamellcuses ou co- »iOides, qui se détachent vers le luiilièmc ou dixième jour, époque à laquelle la guéri.cn est complète , si les parties alfcclccs n'ont point été irritées par j

le frottement. Il est rare que l'inflammation du prépuce soit assez inlens pour déterminer l'engorgement des ganglions lymphatiques de l'aine. M.Evar a vu cependant plusieurs exemples d une semblable complication; mais l'iii flammation des ganglions ne s'est jamais terminée par la suppuration.

2. L'excitation continuelle des organes de la génération , le contact de fluides sécrétés par le vagin ou l'utérus atteints d'inflammations chroniques sont, de toutes les causes assignées à cette maladie, celles dont l'influence m paraît le mieux démontrée. J'ai vu cette afl'ection se reproduire ainsi plusieui fois sur un même individu, dans des cas semblables. M. Pearson pense qu'ell peut être occasionée par l'usage des préparations mercurielles ; d'autre croient avoir observé qu'elle se développe plus fréquemment chez les sujel qui ont éprouvé une ou ))lusi(;urs atteintes de la syphilis. M. Copeland assur qu'elle est quelquefois symptomatique d'une phlegmasie ou d'un rétrécisse ment du canal de l'urètre. M. Evans et M. Samuel Plumb aflirment , au con traire, que le plus souvent son existence est liée à une afl'ection des organe digestifs. Enfin, tous reconnaissent que l'herpès prœputialis n'est point conta gieux. M. Evans rapporte, il est vrai , qu'un de ses amis , ayant introduit sou l'épiderme du bras, vers le lieu oii l'on pratique ordinairement l'inoculation de la lymphe prise dans une vésicule située sur le prépuce, il s'ensuivit , dan un cas particulier, le développement d'une vésicule beaucoup plus large qi^ celle qui avait fourni le fluide inoculé; mais cette expérience plusieurs foi renouvelée n'ayant plus donné le même résultat , d'ailleurs peu concluant, 1 production de cette variété de l'herpès , d'après M. Evans lui-même, para) indépendante d'une cause spécifique.

3. Les vésicules de l'herpès prœputialis ne peuvent être confondues avec le pustules et les tubercules syphilitiques qui se développent quelquefois sur i prépuce; chacune de ces formes phlegmatiques a des caractères bien tranché: La venerola vulgaris (Evans), est de toutes les maladies des organes delà géui ration , celle qu'il serait le plus facile de confondre avec l'herpès ;»rœ/>uïja/i! Toutefois , la première s'annonce par une pustule solitaire ; tandis que l'hei pès est formé, dans le principe par un groupe de petites vésicules. Les croût( minces et écailleuses de 1 herpès prœputialis ne pourront pas non plus êtf confondues avec les croi'iles épaisses de la venerola vulgaris. Le diagnosti off're plus de difficulté, lorsque ces aff'ections se développent à la face interne d prépuce, et qu'elles sont excoriées. Les malades ne peuvent souvent dire si \"n flammation était primitivement vcsiculeuse ou pustuleuse, lie prépuce peut ctr accidentellement enflammé, dans un cas d'herpès prœputialis^ de manière à rer dre le diagnostic incertain pendant quelques jours. Cependant les excoriatiot j superficielles del'herpès sontbien distinctes des ulcérations syphilitiques, ren]a.| quables par leur profondeur , leurs bords durs el élevés, et la petite pseudti membrane grisâtre qui les recouvre. Enfin les petites croûtes, minces et aplati ! de I herpès , ne peuvent être prises pour les croûtes des pustules syphilitique!

4. L'herpès prœputialis est une maladie peu grave, dont la guérison a lie' ordinairement dans l'espace d'un à deux septénaires. Lorsque l'herpès prœpi^ tialis se développe à la partie externe du prépuce , il est rare que l'on soj' consulté pour cette légère inflammation , à moins que les vésicules n'aient élj' excoriées ou enflammées par le contact des vêtemens, ou par l'application iij tempestive de quelques topiques irritans. Il convient au reste d'abandonni cette éruption à elle-même, car tout ce qui tend à entraver sa dessication pn longe sa durée. M. Evans a eu connaissance d'un cas dans lequel elle fi d'environ six semaines, par suite du soin qu'on prit d'empêcher , à l'aide ( diverses applications, les peliles ulcérations des vésicules de se couvrir t croûtes. Lorsque les vésicules sont situées à la partie intérieure du prépuc< et qu'elles sont excoriées, on en obtient constamment la guérison en introdui sant une petite quantité de charpie fine entre le gland et le prépuce, et pî| le seul usage des lotions fraîches et saturnines. L'herpes prœputialis peut ilj reproduire à des époques assez rapprochées pour olTrir tous les caraclèni d'une maladie chronique ; dans ce cas , ii existe souvent en même temps ui inflammation chronique de l'urètre : on abrège la durée de Vherpès prœputii lis en cautérisant superficiellement les vésicules.

L'herpès prœputialis , vaguement indiqué sous les noms d'aphthre , d'ulcusctila prœpuli 1 également ap[)liqués ^ des aplites ou vésicules solitaires, a été décrit avec soin par Royst( [History of an eruptive disease of the integiimenls of pénis : Médical and pbysic journal, vol, 23) ; par Kecknie {Observations upon herpès of the prépuce : The Edimbur I medic. and pliysical journal , vol. 7); par Evans [Pathological and practiCal remarlts on u ceration of the genitnis organs y London , 1819. |). 27). J'en ai rapjïorlé un exemple da; mon Traité des maladies de la peau. D'aulres ont été {lubiiés dans le Journal hebdomadaire \ t. 7, p. 436, et le Journal complémentaire ^ t. 41 , p. 338 ; quelques remarques sur sa coï j cidencc avec les rétrécîssemens de l'urètre ont été insérées dans la Revue médicale , ^uia 183 ] Enfin , le lactuarium a été recommandé contre cette éruption par Rolh-ilius {Bulletin \ sciences médicales de M. Férussac , t. 22, p. 105),

§ l'y. Herpès vulvaris, herpès aurictjlaris , herpès palpebralis, elc.« i Des vésicules semblables à celles de l'herpès prœputialis se développent que I quefois sur la paupière supérieure dans certaines ophlhalmies; sur le pavillc i de l'oreille , dans l'otite externe ; sur les grandes lèvres , chez les femmes a | teintes d'écoulemens leiicorrhéiqucs ; pendant la grossesse, ou h la suite d ( couches. Une jeune femme était accouchée depuis un mois; l'accouchement I ses suites avaient été heureux , les lochies s'étaient terminées le quinzième jou ' mais il y avait toujours un peu d'écoulement muqueux. Elle fit une longi | course :» pied, et le même jour elle sentit de la douleur au haut des cuisses | des é'anccmens qui l'empêcliaient de <!ormir; elle se lava avec de l'eau froid | I Je l'examinai. Vers les points où la peau des grandes lèvres se mntiuucav \

HERPES CIRCINNATUS.

HERPES ZOSTER.

celle des cuisses, existaient deux groupes de vésicules, la plupart bien distinctes, globuleuses, arrondies comme de petits pois, transparentes ou réunies de manière à former de petites bulles irrégulières. Du vagin s'écoulait une humeur muqueuse abondante, sur les grandes lèvres cfui étaient le siège d'élancemens douloureux. Quelques bains de siège , des lotions émollientes et saturnines calmèrent promptement ces accidens.

J'ai aussi donné des soins à un jeune ouvrier âgé de seize ans, bien constitué, et qui avait sur la face dorsale des deux mains un grand nombre de vésicules semblables à celles de l'berpes lahialis. Plusieurs de ces vésicules étaient desséchées , les autres contenaient une humeur séro-purulente. Cet inflammation vésiculeuse , dont la durée fut de sept à huit jours , s'était déjà développée plusieurs fois chez ce jeune homme, dont l'état était de broyer des couleurs, et qui avait l'habitude de se laveries mains avec de l'eau fortement acidulée, après les avoir frottées avec du savon noir.

§ V. Herpès circinnatus. — L'herpes circiiinatus est caractérisé par de petites vésicules globuleuses très-rapprochées et disposées en forme d'anneaux ou de bandes circulaires , de manière à former des ovales complets dont le centre est ordinairement intact et dont les bords surmontés de vésicules sont d'un rouge plus ou moins vif. Sa durée est d'un à deux septénaires ; elle peut être beaucoup plus longue lorsque l'éruption des anneaux vésiculeux est successive. Il apparaît ordinairement sur le cou , les joues , les bras ou les épaules , sous la forme de taches rouges enflammées, circulaires ou ovales , d'un demi-pouce à deux pouces de diamètre, et dont le développement et l'existence sont accompagnés d'une démangeaison'et d'un sentiment de fourmillement très-incommodes. La rougeur est moins vive au centre des petites taches que vers leur circonférence; elle est lout-à-fait nulle sur les aires des plus grandes , où la peau conserve sa teinte naturelle. Bientôt de petites vésicules globuleuses , très-rapprochées, dont la base est légèrement enflammée et qui contiennent un fluide transparent, se développent sur la circonférence des taches , en même temps que leur intérieur acquiert momentanément une teinte rouge un peu plus foncée. Du quatrième au sixième jour de l'éruption , la rougeur diminue; les vésicules de la circonférence se troublent , se rompent , ou se recouvrent de petites croûtes brunâtres fort minces , dont la chute a lieu du dixième au quinzième jour, pendant qu'une légère desquamation s'opère au centre des taches , lorsque la rougeur s'y est propagée. Quelquefois aussi l'humeur des . vésicules est résorbée; elles se flétrissent, et cette absorption est suivie d'une exfoliation prèsque insensible de l'épiderme. Les anneaux d'un petit diamètre surmontés de trèspetiles vésicules, offrent surtout cette dernière terminaison que l'on observe rarement lorsque les ovales sont très -larges et les vésicules plus volumipeuses.

1. L'herpes cw-cmnatui n'est jamais accompagnéde désordres fonctionnels généraux, à moins qu'il ne soit compliqué d'une autre maladje. Il peut se prolonger pendant plusieurs semaines lorsque les taches et les vésicules qui le caractérisent se développent successivement sur diverses régions du corps. J'ai vu de ces groupes vésiculeux en anneau, épars sur la peau, surmontés de bulles de pemphigus.

2. Plusieurs enfans d'un même collège ou d'qne même famille sont quelquefois attenits de l'herpes circinnatus , et cette circonstance a conduit quelques auteurs à penser qu'il était contagieux; mais cette simultanéité ou cette succession de développement peut tenir à d'autres causes , à l'impression du froid par exemple.

Les médecins anglais ayant d'abord désigné l'herpes circinnatus sous le nom ihnngworm ( ver en anneau ) par lequel on a également indiqué une variété de favus { porrigo scutulata) , maladie incontestablement contagieuse, celte confusion dans la nomenclature a pu aussi contribuer à propager l'opinon que l'herpes circinnatus pouvait se transmettre d'un individu à un autre. L'herpes circinnatus ne se reproduit pas par inoculation.

On observe I herpes circinnatus principalement chez les enfans, les jeunes gens , les fempjes , les personnes blondes dont la peau est fine et délicate : il est assez ordinaire de voir ces anneaux herpétiques sur les joues, et le menton des jeunes filles. Les causes de 1 herpès circinnatus chronique , caractérisé par des éruptions successives , sont tout aussi inconnues que celles de l'herpès phlycténoïde ou du pemphigus qui affectent I3 mêipe marche.

3. L'herpes circinncitus èlanl la seule maladie de la peau qui se montre sous la forme d'une tache érythémateuse entourée d'une auréole de vésicules , il est fteile de le reconnaître lorsqu'elles ne sont pas détruites. Sont-elles flétries et remplacées par une légère exfoliation de l'épiderme sur un fond rouge exactement circulaire ; cet état de la peau peut être confondu avec l'éry thema circinnatum à son déclin , ou avec une plaque de lèpre dépouillée de squames. Dans le premier cas , quelques débris de vésicules sur un ou plusieurs anneaux éclaileraient le diagnostic. Dans le second , l'erreur est à peu près impossible : les anneaux érythémateux de la lèpre vulgaire , en voie de guérison , disparaissent tres-lentement ; et il est bien rare qu'il n'existe pas en même temps d'autres plaqqes lépreuses staljonnaires , ou dont la guérison est moins avancée. Quant au favus, en écu ou en anneau (Ringworm; Porrigo scutulata), c'est une maladie contagieuse d'une durée longue et indéterminée et dont les croûtes ofli'ent des caractères particuliers ( vojez Favus ).

4. Bateman conseille pour calmer la démangeaison qui accompagne le développement des vésicules , de recourir h des lotions faites avec de l'eau dans laquelle on aura dissous du sulfate de zinc , du borate de soude et de l'alun. L application fréquemment renouvelée de linges imbibés d'eau froide atteint parfaitement le même but. On a aussi recommandé les bains alcalins ou les lo-

DiCT. DE MÉDECIHE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

tions salines. J'eraploiesouvent avec succès la cautérisatîonlégèreavecle nitrate d'argent. En résumé , le traitement de l'herpes circinnatus est le même que celui de l'herpes phlrclœnodes.

Celse, après avoir évidemment indiqué le zona sons le nom à'ign''s sacer , ajoute : « Allerum » aulem est in summaj cutis exulceratione , sed sine allitudine , latum , suLlividum , inœqua- » liler tamen, mediumque sanescit, extremis procedentibus , ac saepè id quod j^m sanum » videbalur , ilerùm exulceratur. » (Lib. v, secl. 28.) Ce passage , qui suivant Baleman paraît se rapporter à l'herpes circinnatus , n'est pas susceptible d'une interprétation rigoureuse et me semble plutôt rappeler une variété du psoriîsis palmaire {dartre squameuse centrifuge , Aliberlj. D. Turner a désigné d'une manière claire et positive cette variété de l'herpès , sous les noms de serpigo ou de ringworm [De morbis cutaneis : 8«. Lond. , 1736, p. 73). On trouve dans le Journ. hehd., t. 4, p. 197 et dans la Lancette française , t. 5, p. 9, quelques remarques sur cetle variété. M. Guide a publié un exemple de sa complication avec le pemphigus {Arch. gèn. méd. , t. 18 , p. 261).

§ VL Herpès iris. — L'herpes iris est caractérisé par de petits groupes de vésicules entourées de quatre anneaux concentriques, érythémateux , de nuances différentes. Les malades comparent quelquefois celte éruption à de petites cocardes.

Celte inflammation se développe le plus souvent sur la face dorsale des mains , sur le coude-pied, sur l'olécrâne, les malléoles , etc. Elle débute par de petites taches rouges, circulaires , composées d'anneaux concentriques de nuances variées, et qui acquièrent successivement de deux à huit lignes de diamètre. Au centre de chacune de ces taches , apparaît, du deuxième au troisième jour, une vésicule aplatie , d'un blanc jaunâtre , entourée elle-même de plusieurs autres plus petites , disposées en anneau. La vésicule centrale est entourée par un premier cercle d'un rouge brun obscur; celui-ci par un second plus extérieur , ayant à peu près la même couleur que la vésicule centrale ; ce dernier par un troisième d'un rouge plus foncé ; un quatrième , ou l'auréole , se dessine le septième , le huitième ou le neuvième jour , et offre une couleur rose qui se fond insensiblement avec la teinte naturelle de la peau. De ces anneaux, le troisième est ordinairement le plus étroit; ils peuvent tous , mais surtout le premier, se couvrir de vésicules. Du dixième au douzième jour, l'humeur des vésicules est résorbée, ou elle s'écoule et se dessèche à la surface sous la forme de croûtes superficielles, qui se détachent avant la fin du second septénaire.

L'herpes iris a été observé le plus souvent chez les enfans et les femmes, seul, ou simultanément avec d'autres variétés de l'herpès. ïl est bien distinct des autres variétés ; c'est la seule maladie de la peau dans laquelle les vésicules soient entourées de plusieurs anneaux concentriques. Lorsque la vésicule centrale est détruite et lorsques ses anneaux sont peu marqués , l'herpes iris peut être confondu avec les taches de la roséole annulaire ; celle-ci en diffère cependant par la plus grande étendue des disques , qui dépassent quelquefois celle d'une pièce de cinq francs , et par l'absence de débris de vésicules.

L'herpes iris guérit spontanément dans l'espace d'un ou deux septénaires. On en abrège la durée en cautérisant légèrement les vésicules avec du nitrate d'argent. Lorsque la saignée est rendue nécessaire par quelque inflammation concomitante, la soustraction du sang abrège la durée de l'éruption.

C'îtie variété de l'herpès a é(é établie par Bateman, qui en 'a donné une description exacte et une bonne 6gure. M. Marshall en a publié une description détaillée. [Case of particular eruptive disease , in ihe Edimburg med. and surg. journal , 1820). J'en ai rapporté deux observations [Traité des maladies de la peau, t. 1 , p. 237 et suivantes). M. Ledeboer a publié l'observation d'une maladie cutanée héréditaire qu'il croit analogue à l'herpes iris [Bulletin des se. méd. de Férussac , t. 18, p. 70). M . Alibert classe cetle éruption dans le groupe o.'o/) Il tyclides .

§ 'Vn. Herpès zoster ou zona. — L'herpes zoster est ainsi nommé parce qu'il apparaît le plus ordinairement sur un des côtés du corps , sous la forme d'une bande demi-circulaire formée par plusirurs groupes de vésicules agglomérées , susceptibles de se transformer , par leur réunion , en bulles irrcgulières , et dont la guérison est ordinairement complète, après deux, trois ou quatre septénaires.

1. L'éruption du zona peut être discrète et caractérisé par des groupes de vésicules épars et peu nombreux; plus rarement elle est conjluente , de manière à ce que les vésicules des groupes , aplaties et violacées, se touchent ou se réunissent par leurs bords correspondans ; dans ce cas, l'épiderme peut être soulevé et détaché de la peau en larges lambeaux , comme dans les brûlures vésiculo-bulleuses.

Je n'ai point observé le zona sous forme chronique. Willan ne fait point mention de cette variété , admise par Lorry et M. Alibert, et dont Borserii cite un exemple : « Hanc speciem tamen diutinam non vidi, nisi semel vetula quam » sligmata pustularum subomoplala sinistra ad aliquot menses summo cruciatu » atque ardore pertinaciter divexarunt. » ( Burserius , /««niur. nzec/. , vol. 2 , page 39. )

2. Le zona peut se développer sur toutes les régions du corps : il se montre le plus souvent sur le tronc , quelquefois sur le cal , sur la face et sur le cuir chevelu , sur les bourses et sur les membres. Comme l'érysipèle , mais plus rarement que lui, il est quelquefois précédé d'un frisson plun ou moins prolongé, de céphalalgie, d'agitation , d'insomnie, de nausées, de soif, de perte d'appétit ; le pouls s'accélère, la langue se couvre d'un enduit jaunâtre ou blanchâtre, le malade répugne à se livrer à ses occupations ordinaires , etc. Plus souvent on n'observe pas ces symptômes précurseurs, : la veille de l'éruption, le malade se plaint de picotemens, de cuisson, d'une chaleur brûlante, ou de douleurs aiguës dans la région que le zona doit envahir.

HERPES ZOSTER.

HERPES ZOSPER.

J'ai dit, ilans mon Traité des maladies de la peau , que sur dix cas de zona ou eu obscrvail Luit sur le côié droit du corps , sans que la cause de celte disposition anatomique fût connue. Depuis, MP.I. Schédel et Cazenave ont également avancé que dix-neuf fois sur vingt, celle éruption se montrait sur le même côté du corps. Aujourd'hui ces proportions et ces assertions ne me paraissent pas exactes j sur cinquante-trois cas de zona que j'ai notés depuis quelques années, trente-sept seulement s'étaient développés du côté droit. Je «lois ajouter même que Reil prétend avoir observé le zonn presque toujours du côté gauche , et que sur >ingt-cinq cas , C. F. Id. Melhis en a noté seize du côté gauclie et neuf seulement du côté droit. La différence de ces résultats prouve évidemment que le calcul de ces proportions n'offrira de résultats certains que lorsqu'il aura été fait sur des bases beaucoup plus larges.

1°. Le zona du tronc est de toutes les variétés de cette maladie la plus fréquente. Les parois de l'abdomen en sont plus ordinairement le siège que celles du thorax. Le zona part d'un des points delà ligne médiane, se porte en dehors pour rejoindre le voisinage de la colonne vertébrale, et forme de cette manière une espèce de demi-ceinture ou de demi-zone. Je n'ai jamais vu le zona former un cercle complet ; dans ce cas il serait à peu près impossible de le distinguer <!e I heipès phlyclénoïde. Pline, Tourner , Roussel ont parlé de cette disposition du zona ; mais ils n'en ont point rapporté d'observation authentique. L'exemple publié par M. Monlaiilt mérite d'être cité [zona formant une ceinture complète autour du tronc; Journ. heb., 2<' série, tom, 4 , p. 259 ). P*'*, âgé de vingt-six ans , éprouve des symptômes d'embarras gastrique ; le septième jour , douleur vive dans le côté droit, sans toux ni gêne de la respiration; pendant trois jours, tisane d'orge miellée, bains tièdes : après quoi parurent sur le côté droit, en bas et en dehors de J'aisselle , des plaques érythémateuses au milieu desquelles des petites vésicules blanchâtres ne tardèrent pas à paraître ; de ce point l'éruption gagna successivement le devant de la poitrine , la partie postérieure du tronc, puis en dernier lieu le côté gauche , etc.

Le zona du tronc, dans son état eX. an summum de son développement, se présente sous la forme d'une bande demi-circulaire plus ou moins large, formée par plusieui-s groupes arrondis ou ovales de vésicules argentées, grises ou jaunâtres, quelquefois mélangées de bulles irrégulipres , entourées d'une auréole rouge plus ou moins vive , et qui sont pleines d une sérosité transparente ou sanguinolente. Il s'annonce par des taches irrégulières d'un rouge assez vif, qui se montre quelquefois aux deux extrémités de la zone pour se rejoindi e par des taches intermédiaires, ordinairement d'une plus petite dimension. Bientôt ces taches sont surmontées de petites vésicules blanches, argentées, transparentes, de la forme et du volume de petites perles; dans l'espace de trois à quatre jours elles acquièrent la dimension d'une petite lentille ou d'un gios pois. Alors les taches sur lesquelles les vésicules se sont développées deviennent plus animées , et la rougeur dépasse de quelques lignes la circonfélence de chaque groupe de vésicules. Au bout de cinq il six jours , l'humeur qu'elles renferment prend une teinte opaline et devient séro-purulente; et lorsque l'inflammation est très-intense les vésicules ne tardent pas à contenir de véritable pus. Il en est qui se rompent spontanément du deuxième au quatrième jour, et laissent échapper une sérosité limpide et inodore; l'épiderme se détache et le réseau vasculaire du derme mis à nu suppure pendant quelques jours. D'autres, et c'est le plus grand nombre , se dessèchent , se couvrent de petites croûics brunes ou jaunâtres, orninairement lamoUeuses , parfois proéminentes, disposées sous forme d'une bande qui rappelle la direction de l'éruption , et qui ne tardent pas à se détacher de la peau , d'autres enfin se flétrissent ou avortent , et l'humeur qu'elles contiennent est résorbée.

L'apparition de la plupart des groupes vésiculeux du zona est successive ; pendant que les premières vésicules deviennent purulentes et se dessèchent , d'autres groupes se montrent dans leurs intervalles et suivent la même marche. Dans le zona des parois du thorax, ces nouveaux groupes se développent quelquefois sur l'épaule, de manière à former une espèce de T par leur réunion avec les premiers. On remarque aussi une semblable disposition des groupes des vésicules, lorsque dans le zona des parois de l'abdomen les nouveaux groupes s'étendent sur la partie supérieure de la cuisse correspondante.

Après huit jours au moins , et trois semaines au plus, à dater de l'invasion toutes les croûtes des vésicules du zona i/i'ic;-e« sont ordinairement détachées! Cette maladie ne laisse alors d'autres traces que des taches d'un, rouge foncé qui disparaissent peu à peu et dont la disposition oblique et en bandes résru'. Hères décèle encore le caractère de l'éruption qui les a produites.

Cette terminaison de i éruption n'est pas aussi prompte lorsque les vésicules ont été confluenles et très-enflammées; en se desséchant, elles se couvrent de croûtes d'un jaune brun , très-adhérentes , au dessous desquelles la peau s'ulcère quelquefois et se cicatrise lentement.

On observe quelquefois une autre marche de l'inflammation. La peau surmontée de vésicules est frappée à la partie postérieure du tronc, At gangrène onAcramollisscnieni, soit par l'effet de l'inflammation, soit par suite delà compression que cette partie delà peau éprouve dans le coucher en supination. Les esc.arrhcs, lx bords dentelés et irréguliers, n'intéressent pas toujours toute la peau , comme je m'en suis plusieurs fois assuré , en promenant une aiguille a leur sur ace, ou en faisant pénétrer sa pointe dans leur épaisseur. Elles se séparent de la peau plus ou moins rapulement suivant leur étendue et leur épaisseur suivant 1 âge et le degré de force des malades. S. on examine la peau après la chute de ces cscarrhes, il semble qu'on ail enlevé avec un emporte- pièce une couche du derme qui est resté blanc , mais dont les aréoles p.éseatenl de

petites taches rougeâtres correspondant aux prolongemcns celluleux et vasculaires qui le pénètrent. Ces excoriations sont très-irrégulières et surmontées par de petits ilôts de peau rouge , mais non autrement altérée. Lorsque l'érup- 1 tiou est confluente , la peau qui entoure ces surfaces excoriées , reste long-terapg rouge; et dans ce cas, la guérison se fait long-temps attendre. Les cicatrices] de ces ulcérations sont indélébiles ; j'en ai vu plusieurs qui ressemblaient à celle que la peau présente après la guérison des brûlures profondes.

Les symptômes généraux qui accompagnent le développement du zona, la fièvre, la soif, la céphalalgie, etc., diminuent ordinairement d'intensité et cessent quelquefois même entièrement , lorsque l'éruplion est opérée. Une douleur locale quelquefois fort aiguë, analogue à celle que cause la brûlure, persiste jusqu'à la fin de la maladie, et occasionne une insomnie fatigante. Parfois cette douleur se fait sentir plusieurs semaines ou quelques mois après la disparition complète de l'inflammation des tégumens. Je l'ai vue même constituer le principal caractère d'un zona avorté ou incomplet: un malade qui portait un seul groupe de vésicules d'herpès au dessous de l'omoplate, accusait en même temps une douleur très-aiguë, bornée exclusivement au côté gauche de la poitrine, et qui s'étendait soius forme de bande, de la colonne vertébrale au sternum.

2°. Le zona du co/ est plus rare que le précédent. Je l'ai vu accompagné d'une inflammation très-vive des ganglions lymphatiques sous-masto'idiens.

3°. Lorsque le zona se développe sur la face, l'inflammation se propage quelquefois dans la boughe , dont elle n'envahit également qu'un des côlés. Un vieillard, âgé de soixante-dix ans, entra, le 3 janvier 1027, à l'hôpital de la Piété pour s'y faire traiter d'un catharre pulmonaire; le 13 janvier, dans la nuit, il se manifesta une inflammation vésiculeuse sur la joue gauche, qui, depuis trois à quatre jours, avait été le siège de douleurs vives dans la direction des branches et des ramifications de la septième paire de nerfs. La peau de ce côté du visage olFrait de petites taches rouges légèrement violacées, disparaissant parla pression qui ne tardèrent pas 'à se tra)isformer en petits! groupes de vésicules semblables à ceux du zona du tronc. Bientôt la membranaJ muqueuse de la moitié gauche de l'areade de la mâchoire supérieure , dépour*|l vue de dents et la face interne de la joue gauche, furent couvertes de vé-siculeSl isolées ou en groupes , et de quelques bulles irrégulières d'un diamètre va-! riable, analogues à celles de la face. On distinguait aussi de semblables vésicules sur le côté gauche de la voûte palatine ; elles étaient plus nombreuses sur cette dernière, près de l'arcade alvéolaire; toutes avaient une forme irrégulière, ronde, ovale ou allongée , et semblaient entourées d'une légère auréole à leur circoH' férence. Cette inflammation fut accompagnée , au début, de frissons prolongés et de constipation. Le 14, l'humeur des vésicules situées autour du nez s'étail' en partie convertie encroûtes flavescentes; d'autres vésicules qui commençaient, à paraître étaient plus proéminentes ; il y en avait un petit groupe sur la tempe La veille, le malade avait éprouvé des douleurs très-yives dans le côté gauclv de la face et une forte céphalalgie dans le même côté de la tête. Le 16, les vésicules de la tempe et de la partie externe de la joue (les premières apparues); «»i étaient desséchées ; celles de l'intérieur de la bouche étaient encore reconnais- , sables ; les douleurs toujours bornées à la moitié gauche du visage avaienltj#(lt(( reparu et persisté pendant toute la nuit. Le 17, toutes les vésicules de la face BBiKi étaient remplacées par des croûtes brunes, minces aux endroits où les vésiculesl Ni étaient isolées , épaisses et analogues à celles de l'impétigo , dans les points où «alJ elles avaient été confluentes. Celles de l'intérieur de la bouche , disparues à la{ ,«.'« suite d'une desquamation de l'épithélium , étaient remplacées par de petite: taches rouges.

4o. Le zona envahit plus rarement le cuir chevelu. Amb... , âgé de quarantesept ans, ressentit , le 27 octobre 1827 , une douleur cuissante dans l'œil et lei sourcil gauches , et qui se propagea bientôt au côté gauche du front et du crâne) sans s'étendre inférieurement sur la face. Douze heures après l'apparition dti' cette douleur, des vésicules disposées en groupes se montrèrent sur les paupières de l'œil gauche , qui étaient contractées et laissaient suinter une humeui séreuse entre leurs bords. Le lendemain , le côté gauche du front et du cràmj jusqu'à la suture lambdoide furent occupés par de petits groupes de vésicules^ |ÉÉ«it. semblables à ceuxdes paupières ; aucun d'eux ue dépassait la ligne médiane poui se porter du côté opposé. Le octobre, ces petits groupes de vésicules, éparf; sur le front et le cuir chevelu, offraient les dispositions suivantes : parmi les vésicules , les unes récemment apparues , aussi petites qu'une tête d'épingle et( transparentes, contenaient un liquide jaune très-clair et limpide; d'autres étaieni primitivement plus volumineuses , ou accidentellement formées de la réunioi de plusieurs petites; enfin , de plus anciennes , tout-à-fait desséchées , étaien remplacées par une petite croûte noire, comme enchâssée dans la peau, Tou: ces groupes se desséchaient, comme lorsqu'ils se développent sur d'autres ré gions du corps,

5°. Le zona perj/endiculaire ou parallèle à l'axe d'un membre est moins rare j'en ai recueilli plusieurs exemples : quelques autres ont été insérés dans le; Recueils périodiques. Lorsque le zona envahit l'un des membres abdominaux les groupes vésiculeux sont épars sur la région lembairc droite ou gauche, sui la cuisse , la jambe et le pied correspoiidans.

6". J ai vu aussi , mais rarement , le zona occuper exclusivement un côté d( la peau du pénis , des bourses , de l'aine et de la marge de l'anus.

7". Enfin, Marcus cite un cas de zona qui occupait tout un côté du corps (Enlwurf einer spccieLlen thérapie, t. ii , p. 213.)

3, Le zona se montre rarement comme une alTcction tout-à-fail simple. Par| fois des pustules psydraciées apparaissent accidculelkmeiit au milieu dfij

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vésicules qui le caractérisent. Les glanglions lymphatiques de Taisselle sont souvent enflammés , dans le zona du thorax ; j'ai vu ce dernier compliqué d'une ])leurésie développée du même côté , et qui fut momentanément méconnue : la douleur locale et la toux ayant paru suffisamment expli([uées par rinflammation de la peau. Plusieurs fois aussi j'ai vu le zona des parois du thorax accompagné d'une bronchite plus ou moins intense. Parmi les dérangemens intérieurs qui peuvent être liés ou coïncider avec cette inflammation de peau , il n'en est peut-être pas de plus fréquens que ceux de l'estomac et de l'intestin. Outre que les phémonènes précuiseurs du zona décèlent ordinairement un dérangement antérieur des organes digestifs, ce dernier persiste quelquefois plusieurs jours après le développement complet de l'éruption. J'ajouterai que d'autres conditions morbides accompagnent presque toujours cette inflammation vesieuleuse de la peau. L'une de ces conditions est une espèce de névralgie affectant les nerfs intercostaux , dans le zona des parois du ihorax ; les nerfs lombaires, dans celui des parois de l'abdomen ; le crural ou le sciatique dans celui des membres abdominaux , etc. ; névralgie forte ou légère, qui non-seulement précède toujours le développement de l'inflammation vésiculi^use de la peau, mais qui lui survit quelquefois pendant plusieurs mois , et réclame des médications particulières. Sous ce rapport , comme sous celui de leur carartère extérieur, il y a une grande analogie entre les vésicules du zona et celles deV/ierpes labialis produit par la fièvre intermittente. Une autre condition est l'état coueuneiix tlu sang, que j'ai observé chez presque tous les malades atteints de zona , et auxquels j'ai fait pratiquer des saignées.

4. Pendant la vie , on peut étudier la disposition anatomique des vési(-ule3 et des bulles, en les ouvrant avec la pointe d'une épingle ou d'une lancette. On reconnaît alors qu'indépenilamment de la séiosité qu'elles contiennent , il existe dans la plupart d'entre elles une petite fausse membrane très-adhérente à la surface du réseau vasculaire de la peau. Ce réseau, d'un rouge vif, surmonté de petites granulations formées par les papilles, offre parfois de petits points d'un rouge violacé , surtout dans les vésicules qui contiennent de la sérosité sanguinolente. La quantié de sérosité épanchée est quelquefois très-peu considérable. Sur plusieurs vieillards , j'ai noté les dispositions suivantes : Les élevures des groupes, bien détachées de la peau, distinctes ou cohérentes , de la dimension des grosses vésicules du zona , étaient violacées, aplaties , et ne se déchiraient pas par la pression du doigt. A la vue , il était impossible de reconnaître si elles contenaient ou non un fluide ; mais une goutte de sérosité limpide s'écoulait, lorsqu'on détachait l'épiderme avec la pointe d une épingle , et on voyait alors que la teinte violette et la dureté des élevures était due 'à une véritable élongation des papilles. Dans un cas où le malade succomba , j'eus occasion de constater que les vaisseaux qui pénètrent à travers les aréoles du derme étaient très-injectés dans les points correspondans à ceux où les vésicules s'étaient développées.

La pseudo-membrane n'existe pas, ou est moins apparente dans les vésicules et les bulles devenues purulentes. Celles dont la surface a été frappée de gangrène, ou qui ont été suivies d'excoriations, offrent d'autres dispositions que j'ai pu facilement étudier sur le cadavre d'une femme d'un âge avancé , affectée d'un zona confluent du côté droit de la partie supérieure du thorax , et qui , vers la fin de cette maladie , mourut à l'hopilal Saint-Antoine , d'une inflammation de la membrane muqueuse gastro-pulmonaire. Les excoriations étaient dentelées, très-irrégulières , et surmontées çà et là de petits ilôts de peau saine, ou simplement rouge à sa surface interne. La peau était détruite à une inégale profondeur sur les points excoriés ; sur tous elle était ramollie ; sur plusieurs, elle présentait à peine la consistance d'une gelée de groseilles; les fibres des aréoles du derme n'étaient plus distinctes ; enfin , sur quelques autres points, la peau, détachée du tissu cellulaire sous-cutané, fut trouvée légèrement trouée; sur quelques autres, elle était détruite dans une étendue assez considérable. Le tissu cellulaire n'était rouge et enflammé que dans certains points. Les nerfs sous-cutanés , et principalement ceux fournis par le plexus cervical , examinés avec le plus grand soin , ne i^résentèrent aucune altération appréeiable. Ce zona, quoique confluent, avait été peu douloureux.

5. Les causes du zona sont peu connues ; il est plus commun dans l'été et lautorane, surtout lorsque la température est variable ; j'en ai observé un trèsgrand nombre d'exemples jiendant l'été et l'automne de 1827. Geoffroy, au contraire, a vu un grand nombre de personnes en être atteintes dans le mois de mars 1/78. Les adultes en sont plus souvent affectés que les enfans et les vieillards. J'ai vu quelques personnes en être atteintes plusieurs fois dans l'espace de sept "a huit ans, comme d'autres le sont de l'érysipèle, de l'urticaire, etc. On l'a vu être héréditaire ( London m^cl. Gazette , t. 2 , p. 632 ). Il n'est ni contagieux ni épidémique. Geoffroy (Mém. de la soc. rof. de méd., t. 2, 1778) dit, il est vrai : « que beaucoup de personnes furent atteintes du zona dans le mois de mars 1778. » Mais il remarque aussi que les maladies qui régnèrent principalement furent des affections catarrhales de la tète et de la poitrine. Tout récemment on a signalé comme exemples d'épidémies de zona , cette observation de Geoffroy, et plusieurs cas de cette maladie que le hasard ou d'autres circonstances avaient rassemblés dans le même hôpital. Les maladies véritablement épidémiques attaquent les masses.

6. Les groupes de vésicules qui caractérisent I herpt's phlycténo'idc diffèrent de ceux du zona , en ce qu'ils envahissent toujours plusieurs régions du corps , telles que la nuque, les régions parotidiennes , les parois du thorax , les aisselles, les parties génitales, etc., et ils n'oftVent jamais la forme régulière d une demi-zone. D'autres caractères distinguent encore le zona de l'fierpès

phlycténoide et des autres variétés de l'herpès. En général les vésicules de ces dernières sont moins volumineuses; elles ne sont jamais suivies d'excoriations profondes , ou des escarrhes qu'on observe quelquefois dans le zona.

Le zona n'a de commun avec l'érysipèle , que les désordres fonctionnels des organes digestifs qui les accompagnent ou les précèdent assez fréquemment l'un et l'autre. On ne trouve dans les caractères extérieurs de l'érysipèle aucun des symptômes locaux du zona. Cependant l'herpès zoster a été décrit par quelques auteurs comme une espèce d'èrysipèle , probablement parce que ce dernier est quelquefois surmonté de balles. IMais on ne peut confondre les groupes de vésicules du zona avec les bulles irrégulières, souvent très-larges , qu'on observe dans l'érysipèle. 11 est vrai que les vésicules du zona , lors(ju'elles sont confluentes , se transforment quelquefois en bulles irrégulières ; mais elles sont entourées d'auréoles qui s'étendent à mesure que la maladie fait des progrès , et que les vésicules et les bulles se rapprochent de l'époque de leur dessiccation. D'ailleurs le zona présente constamment une forme tout-à-fait étrangère à l'érysipèle. Dans ce dernier, la tuméfaction de la peau beaucoup plus prononcée que dans le zona , est accompagnée du boursouflement du tissu cellulaire souscutané. Enfin, l'érysipèle se termine par une desquamation générale de la partie sur laquelle il siégeait , tandis que la chute des croûtes dans le zona est bornée aux seuls points que les bulles et les vésicules ont occupés. La forme du zona suflit pour le distinguer du pemphigus. Le zona n'occupe pour ainsi dire qu'une bande de la peau , le pemphigus est caractérisé par une large bulle solitaire , ou par des bulles nombreuses éparses sur plusieurs régions du corps, et ne s'élendant jamais en forme de ceinture. Dans le zona , la rubéfaction forme autour de chaque groupe de vésicules une auréole qui devient de plus en plus large, à mesure qu'elles marchent vers la suppuration ; dans le pemphigus on n'observe que de légères auréoles; elles sont même quelquefois nulles ou imperceptibles; la rougeur de la peau disparait à mesure que les bulles s'étendent on se dessèchent.

7. L'herpès zoster n'est jamais une maladie sérieuse chez les enfans ou les adultes : chez les vieillards il peut être suivi d escarrhes ou d'ulcérations gangréneuses , toujours graves. J. Lange cite deux cas où cette maladie fut mortelle {Epist. medic. , p. 110). Plater et Hoffmann sans doute ont fait allusion à des cas analogues , lorsqu'ils ont dit que le zona était une maladie dangereuse et maligne. Lorry, Borserii, Geoffroy, etc. , n'ont pas tenu compte de ces faits exceptionnels; pour eux lu zona n'est point une maladie sérieuse : assertion vraie, car sur plusieurs centaines de zona que j'ai traités , à peine pourrais-je citer cinq ou six cas où il s'est terminé par la mort, et constamment chez des vieillards. Si Pline le naturaliste a avancé cjue cette maladie devenait funeste lorsqu'elle fornait une ceinture complète autour du corps , les remarques contradictoires de Turneret l'observation de M. Montault prouvent que cette assertion est inexacte.

L'herpès zoster sert quelquefois de crise à des maladies plus graves. Ou connaît l'observation intéressante de J. W. Gulbrand , De vei-ligine periodicd per zonain solulâ. On a cité le cas d'une jiJeurésie, consécutive à la guérison d'un ulcère, guérie par l'éruption de l'herpès zoster ( Plcurisy; wiih an éruption of herpès, apparentlf crilical: London, médical Gazette, t. 1 , p. 707 ). Mais dan.i cette observation les signes et les caractères de la pleurésie n'ont pas été rigoureusement indiqués. D'un autre côté la marche du zona peut être modifiée par des maladies persistantes ou concomitantes. Deux téuimes placées dans le service de M.Récamier étaient atteintes de névralgie sciatique ■ des groupes vésiculeux d'herpès zoster se montrèrent çà et là sur la cuisse et la jambe malades ; mais au lieu de s'accroitre , de se développer, de parcourir en un mot la marche accoutumée du zona, elles se séchèrent et se flétrirent presque dès leur début, et du quatrième au cinquième jour on ne voyait presque plus de traces de l'éruption. (^Reuue médic, t. 25, p. 435.)

8. Lorsque le zona est précédé de douleurs vives , de chaleur et d'élévation du pouls, etc., une saignée du bras ou l'application de quelques sangsues a l'anus ou à l'épigaslre sont quelquefois utiles ; le plus souvent ces accidens se calment par le repos, le régime et les boissons tempérantes. Ces premiers symptômes peuvent diminuer d intensité , ou persister avec la même force pendant plusieurs jours , et exiger de nouveau l'emploi de la saignée , surtout lorsque le sang fourni par la première a été couenneux. J'ai ainsi combattu , avec succès, l'insomnie et les douleurs dans un certain nombre de cas de zona fébriles. Lorsque les malades se refusaient à l'emploi de la saignée , je faisais appliquer une guirlande de sangsues vers les points les plus douloureux , et je prescrivais une pilule ou une potion narcotique pour le soir. Le prompt soulagement qu'on obtient ainsi , se fait toujours attendre plusieurs jours lorsqu'on se borne à une méthode purement expectante. En résumé, les émissions sanguines , nuisibles chez les vieillards , inutiles chez les adultes lorsque l'éruption est peu considérable ou peu animée, sont utiles dans les zona tiès-doulourenx et Icbiiles, lorsque l'âge ou la constitution des malades permettent de les employer.

J'ai vu administrer, et j'ai essayé depuis quelques années , l'émctique au début du zona , accompagné de symptômes gastriques , et je puis assurer que ces symptômes ont persisté sans être modifiés avantageusement, presque toujours jusqu'au moment de la dessiccation complète des vésicules. Lr. méthode purement expectante donne un meilleur résultat.

Les topiques émolliens s'opposent à la dessiccation des vésicules et favorisent les excoriations. Les linimens opiacés ont le même inconvénient ; mais ils calment les douleurs et procurent du sommeil lorsqu'ils sont étendus sur les vé-

HOMOEOPATHIE

HOMOEOPATHIE

sicules excisées ou excoriées. Ils ne produisent jamais la répercussion du zona , cjue quelques auteurs ont paru redouter.

Lorsque l'éruption est confluente, l'épidertne soulevé ou détache sur une large surface, ou bien encore lorsque les malades ne gardent pas le lit (ce nui a lieu le plus ordinairement ) , si on ne cautérise par les vésicules , il convient de préserver la peau enflammée du frottement des vélemens , en la saupoudrant d'amidon , ou en la couvrant de papier de soie imprégné d'huile et de laudanum, ou d'un linge fenêtré enduit de cérat et recouvert d'une couche mince de charpie.

Les malades , surtout ceux d'un âge avancé , doivent avoir soin de se coucher habituellement sur le côté sain. Sans cette précaution , ils s'exposent à produire de petits points gangreneux sur un ou plusieurs groupes. Lorsque ces petites escarrhes se sont formées , on les couvre d'un morceau de diachylum gommé. Apres leur chute , la peau enlevée ou perforée doit être pansée avec un linge fenêtré enduit de cérat camphré et couvert de charpie sèche. Si les escarrhes sont larges et profondes , les pansemens doivent être faits et renouvelés avec soin ; de légères cautérisations avec le nitrate d'argent hâtent souvent la cicatrisation. A l'intérieur , l'eau vineuse, le vin , la décoction de quinquina sont les boissons des vieillards.

Turner avait conseillé d'exciser les vésicules. M. Serres a proposé de les cautériser, dans le but d'abréger la durée de cette éruption , et d'en diminuer les douleurs. J'ai essayé cette méthode : cinq premières expe'riences ne lui furent pas favorables ; chez tous les malades la cautérisation fut douloureuse, sans que la durée du zona fût abrégée. Depuis j'ai répété et varié cette expérience , et il me semble démontré aujourd'hui : lo que si après avoir ouvert ou excisé les vésicules on touche légèrement leur intérieur avec le nitrate d'argent, de manière à produire seulement une petite croûte très-superficielle, comme cela se pratique souvent pour les aphtes, la durée du zona est diminuée; et qu'elle est prolongée au contraire, si la cautérisation est faite avec peu de soin et trop profonde; 2» que les vésicules convenablement cautérisées sont plus rarement suivies d'excoriations ou d'escarrhes, que celles qu'on abandonne à elles-mêmes , surtout chez les vieillards , et lorsqu'elles sont situées à la partie postérieure du tronc; 3° que cette méthode , qu'on peut négliger dans les zona légers et discrets, doit être employée toutes les fois que des excoriations et des escarrhes sont à redouter sur un ou plusieurs groupes, au tronc, au visage, etc.; 4o Enfin , qu'en touchant légèrement la surface des taches rouges qui précèdent les vésicules, et notamment de celles qui apparaissent après les premiers groupes, on arrête presque toujours leur développement , mais sans modifier les douleurs vives qui les accompagnent.

Quant aux douleurs sous-cutanées plus ou moins vives qui persistent quelquefois pendant plusieurs mois après la disparition du zona, dans les régions où il est apparu, elles sont ordinairement combattues avec succès par la jusquiame, la belladone, la poudre de graine de stramonium administrées intérieurement, ou par les douches de vapeurs, l'application des vésicatoires volans sur le trajet des nerfs affectés. Une vieille femme, à laquelle une semblable névralgie faisait éprouver les plus vives douleurs , fut rapidement guérie en prenant trois fois par jour un gros de sous-carbonate de fer que lui prescrivit le Bright (Lond. med. Gazette, t. x, p. 328). J'ai tu cependant plusieurs exemples de ces névralgies qui n'ont point cédé à ces moyens et à beaucoup d'autres. Je ne puis mieux comparer ces douleurs rebelles , qui survivent au zona , qu'à certains tics douloureux, dont la résistance aux agens thérapeutiques est quelquefois vraiment déplorable.

Celse a indiqué les pi-lncipau:^ caractères du zona , dans la description de la première espèce A'ignis sacer. B Exasperalumque per puslulas conlinuas , quariim nulla altéra major est, sed u plurimae perexigua;. In liis sempcr ferè pus , et sa;pe rubor cum calore est, serpitque id nonu nunquam sanescenle eo quodprimum vitialum est, nonnunquam eliam exulcerato, ubi rup- » tis pustulis ulcus conlinuatur, humorque exit qui esse inler saniem et pus videri potcst. Fit 1) maxime in pectore, aut lateribus, etc. » ( Lib. V , cap. 28, § 4.) Scribonius Largus le regarde comme une espèce d'herpès , et le distingue de l'ignis sacer (cap. 99, cap. 100 ) : « Zona » quam Gr;eci i]^tf,jT« dicunt. » Pline le désigne sous le nom de zoster {Nat. IiisL, lib. 26, cap. 11). Plusieurs autres noms lui ont été donnés : zona ignea , zona serpiginosa (Schwarz), herpès zosler ( Willan ) , èrysipèle zoster (Sauvages ) , èrysipèle phlyclénoïde (Cullen) , dailrf phlyctdnoïde en zone (Alibert), C'ngulum, ceinturon, Jeu sacré, etc.

Sclienck {Obs. médic, lib. 5, in- fol. , p. 639) cite un cas de zona des lombes et de la cuisse guéri par une saignée du pied. Tuld [Obs. médic, lib. 3, cap. 44 : excedens prœcordioritm lierpes) a bien décrit le zona du Ironc. Turner a publié des observations ou des remarques sur le zona du tronc, du col et des membres (On diseasa of the shin, cb. 5, p. 80). J'ai fait connaître celui de la face et de la houch^ (Traité des maladies de la peau, t. 1, p. 218, et t. 2, p. 399). Bergins ( nat. cur. ,dec. 2, an. 3, obs. 171), Jos Frank (^ct. cliniç., vol. 3, p. 22), Cazenave (Journ. hebd., t, 1, p. 317), ont publié des observations sur le zona de la tête et du cuir chevelu. Hoffman a vu l'éruption du zona précédée d'anxiété et de délire [Hoffmani observatio ; Buserius , Instit. med. De igni sacro, t. 2, p. 34) . Serres [Journ. des hôpitaux, in-fol., p. 41 , 62, 89), Bédor [Journ. hebd. , 2= série, t. 1, p. 271], Er. Geoffroy [Revue médicale, t. 10, p. 50), Velpeau [Nou^. Biblioth. méd., t. 4, p. 435). etc., ont publié plusieurs observations en faveur de la cautérisation des vésicules. Pinel [Nosog. philosoph., art. Zona), Louis (Jo„rn. hebd., t. 6 , p. 361 ) , ont rapporté des cas de doufeurs persistant plusieurs années après la disparition de l'éruption. ( P, Rayer.)

HOMOEOPATHIE , de cp.cio-, semblable, ,t«&<,; souffrance ou maladie semblable; doctrine thérapeutique qui se propose de guérir les maladies par des remèdes capables de produire des symptômes artificiels semblables aux symptômes morbides , ou de convertir la puissance morbifique eu maladie mé. dicinale pour l'anéantir. '

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Hahnemann , Fauteur de cette doctrine, pense que toutes les maladies peuvent être déterminées par des causes médicamenteuses aussi bien que par des causes naturelles ; que toute substance qui a la propriété d'engendrer des symptômes dans l'organisme, doit aussi avoir celle de combattre ceux qui lui sont analogues ; des faits de détail puisés dans la pratique vulgaire et dans tou» tes les doctrines anciennes et modernes, des expériences multipliées, faites sur des sujets en santé ; des inducti'ons tendant à trouver dans les effets des médicamens spécifiques autant de phénomènes pathologiques semblables ou analogues , servent également de base à cette doctrine. j Pour saisir l'esprit de la doctrine homœopatique, il convient de suivre l'auteur dans les principes qui l'ont conduit à généraliser les faits et les raisonne-! mens qui la composent. | Peu satifait des théories existantes et surtout des hypothèses par lesquelles! on explique les propriétés spécifiques des médicamens, Hahnemann avait depuis long-temps résolu la réforme de la thérapeutique , et après avoir, pendant plusieurs années, exercé la médecine dans une voie d'incertitude et de tâtonnemeus , y renonça pour se consacrer tout entier à des recherches expérimentales sur les effets des agens pharmacologiques observés chez l'homme sain. Son esprit tout occupé de quelques effets curalifs des méthodes pertubatrices s'était arrêté depuis long-temps à la loi thérapeutique des semblables ; mais le fait qui parait avoir donné naissance à I homceopathie ne date que de 1790 , et a pour: objet la découverte des propriétés pathogénétiques du quinquina. 11 observa que cette substance employée chez l'homme en santé , donnait lieu à des accès de fièvre intermittente absolument analognes à ceux que le même médicament guérit presque comme spécifique. Dès lors il poursuivit ses recherches dans le même sens et avec un système de posologie dont nous palerons bientôt, sur un grand nombre de médicamens et en particulier sur ceux dits spécifiques , tels que le mercure , le soufre, l'antimoine , le plomb , l'or, etc., etc. Ses résultats, accueillis avec toute la prévention qui s'attache aux innovations n'eurent d'abord qu'un petit nombre de partisans et furent dédaignés du plus grand nombre comme fruit d'une imagination rêveuse et fantastique. 11 fut même persécuté pendant plusieurs années , obligé de quitter le pays qui avait été le théâtre de ses expériences ( Georgenthal , Brunswick , Kœnigslutter) , pour se retirer à Hambourg, puis à Eclenbourg et k Torgau, où il continua ses travaux jusqu'en 1810 , époque où il retourna k Leipsig.

Il avait déjà publié dans le journal de Hufeland , un grand nombre d'observations sur l'houiœopathie , lorsqu'en 1800, une épidémie de scarlatine lui fournit l'occasion de faire l'application de sa méthode dans l'emploi delà belladone , comme moyen préservatif et curatif tout à la fois. Plus tard , en 1805, il consigna dans un travail spécial d'autres résultats de sa pratique sous le titre; de Fragmenta de viribus medicamentoi-um poiitiuis , sife in sano corpore hu-î mano obseri^atis ; mais ce ne fut qu'en 1810 qu'il publia son Organon de l'art ' de guérir, où se trouve exposé tout entier son système de thérapeutique , et qui] ! mj ; fut bientôt suivi de la publication de sa Maiièr-e médicale pure (1811-1821 );l ' «Hi ouvrage qui renferme tous les faits acquis par la doctrine homœopathiqtie sur| les propriétés pathogénétiques des médicamens chez l'homme sain. Toutefois wlit Hahnemann , qui, jusqu'en 1816 , avait borne les applications de sa méthodetWti aux maladies aiguës , voulut k cette époque l'étendre aux maladies chroniques; \k il entreprit à ce sujet une nouvelle série de faits dont il publia Ig résultat eni 1828 sous le litre de Traité des Maladies chroniques , etc.

La singularité de la doctrine homœopathique , la bizarrerie de ses principes, le récit de quelque succès prônés avep enlhousiasme ; et, peut-être, plus encordes persécutions dont son auteur fut l'objet, lui donnèrent des adeptes en Russie , en Allemagne , «en Italie, en Angleterre, en Suisse , en France , etc. ; des cours institués af/ Aoc, des monographies , des journaux spéciaux traduits dans toutes les langues européennes, la répandirent de toutes parts, accrurent chaque jour le nombre de ses partisans, et le temps est arrivé sinon de laju' ger sans appel, du moins de la livrer k la méditation des praticiens. C'est à C( titre que nous avons dù en offrir à nos lecteurs les principaux objets et en exa' miner les principes fondamentaux. En médecine comme dans toutes les sciences,!* nul n'a droit de s'inscrire en faux contre des faits , quelque extraordinaireslil qu'ils paraissent , ni de les réfuter sans examen et sans preuves. I Jusqu'à présent toute doctrine thérapeutique s'est appuyée d'une théorie' quelconque ou d'une hypothèse plus ou moins spécieuse; la doctrine d'Hahnemann n'en a pas ; elle reconnaît que la théorie des maladies ou la pathogénie est le secret de la nature, et qi-ie c'est folie de chercher à l'expliquer ou à la deviner. Suivant lui , tous les efforts des tnédccins devraient tendre à trouver des remèdes , seul moyen de justifier le véritable but de la médecine, l'art de guérir; hors de là tout n'est que vague et incertitude , spéculation et curiosité , chimère et illusion.

L'homœopathie n'admet par conséquent aucune classification ni mêmeaucune dénominalion de maladies; la seule distinction qu'elle consacre est celle des maladies aiguës et chroniques. Ces dernières , excepté la syphilis et la sycose , qui n'en est qu'une variété , ont toutes poiir cause commune un principe ou miasme psorique ; et c'est le passage de ce mjasme à travers des millions d'organismes dans la succession des ge'nérations , qui explique toutes les variétés de formes des maladies chroniques ; mais la cause est une et identique ; les .symptômes seuls diffèrent.

La doctrine de Thomceopathie est donc tout entière dans la découverte e l'application thérapeutique des agens pharmacologiques ; elle se fonde sur cfttlt grande maxime : similia similibus sanantur , et n'admet d'autre Ihéorig qufij

HOMOEOPATHIE

HOMOEOPATHIE

1 celle qui compare , identifie les unes aux autres , assimile entre elles les propriétés des mcilicamens et les diverses causes des maladies. Dédaignant toutes les lois les mieux connues , aussi bien que les spéculations hasardées de la physiologie , spécialisant et individualisant tous les faits pathologiques comme autant d'actes indépendans, elle admet autant de spécifiques qu'elle reconnaît de symplt()mes des maladies, autant de propriétés cachées dans les médicamens que de causes occultes ou obscures des maladies , et elle n'emploie les agens thérapeutiques qu'aprôs les avoir expérimentés sur l'homme sain.

L'homœopalhie ne cherche ni dans le sang , ni dans la lymphe, ni dans les nerfs , ni dans l'irritation , ni dans l'asthénie, les causes prochaines des maladies ; elle n'en admet aucune , ou plutôt elle les admet toutes; mais s'inquif'le peu du rôle qu'elles jouent ensemble ou isolément dans les divers actes morbides, i Elle ne voit que des symptômes , ne connaît de maladies que des espèces , de ' remèdes que des spécifiques ; par conséquent elle ne se l'onde sur aucune loi anatomique, physiologique ou pathologique , encore moins sur les altérations des organes; elle raie aussi de l'histoire et de l'étude de la médecine, l'analotnie, la physiologie , la pathologie , l'anatomie pathologique; tout se réduit pour elle à l'histoire des symptômes et des médicamens. Sa grande loi qui ren- I ferme à elle seule toute la doctrine, c'est de guérir toutes les maladies par des médications avant une action analogue à celle de l'état morbide, préexistant; en d'autres termes, toute substance médicamenteuse doit faire naitre des maladies artificiell<;s et n'a de faculté curative que parce qu'elle produit des mala- I dies analogues aux symptômes naturels. Ainsi elle propose d'arrêter le vomissement par des vouiitifs, de combattre la diarihce par les purgatifs, la sueur par les sudorifiques, la gale avec le soufre, la scarlatine avec la belladone , etc. , etc. ; les mêmes cfTets , pour être moins visibles dans toutes les autres médications, n'en sont pas moins constans , et il n'en est aucun qui ne puisse se généraliser dans la généralisation des propriétés spécifiques des médicamens. Ainsi le quinquina ne guérit la fièvre que parce qu il a la propriété de la provoquer chez l'homme sain; le mercure ne guérit la syphilis que parce qu'il fait naîtra des engorgemens et des ulcères d'apparence syphilitique; le soufre n'est spécifique des maladies de peau que parce qu'il produit les éruptions analogues ; le cuivre ne guérit l épilepsie que parce qu'il a la faculté de la produire; l'assa fœliila, la jusquiame provoquent des névroses semblables à celles qu'elles ont la propriété de guérir ; en un mot il n'est aucun remède qui ne titre ses propriétés curatives de ses propriétés morbifiques , et cette grande loi s'applique également aux maladies aiguës et chroniques, aux maladies physiques et morales, aux maladies organiques et vitales ; mais il est indispensable que cette vertu tout à la fois pathogénétique et curative des médicamens homœopathiques , ait été constatée par voie d'expérimentation sur l'homme en santé avant d'être appliquée à l'homme malade ; il faut que les mêmes symptômes aient été observés comme elTet des médicamens avant d'être combattus ])ar ces médicamens ; il faut même, autant que possible, que le médecin en ait constaté sur lui-même les elTets pour pouvoir bien juger et apprécier la valeur des remèdes homœopathiepies. Une autre condition est encore indispensable pour assurer le succès des re- 1 mèdes homœopathiques ; c'est l'infinilésimalité de la posologie ou l'exiguité des doses de ces mêmes remèdes. Sui\ant Hahnemann , la dose homœopathique ne peut être assez faible pour ne pas être plus forte que la cause morbifique naturelle , et doit par cela même être donnée à un degré d'atténuation qui ne produise qu'un ag^ravement presque insensible de la maladie; ce qui revient à dire que le remède peut nuire d'autant plus que la dose est plus forte, qu'il est d'autant plus homœopalhique ou cui alifque sa dose est plus faible. Voici, du reste , la manière dont on procède pour établir de l'uniformité dans I la préparation des médicamens homœopathiques. On prend un grain de poudre i quelconque , de soufre , par exemple , que l'on mêle à cent grains de sucre de |; lait, ce qui porte le remède à la centième puissance, on l'élève ensuite à la !j dis-millième puissance par l'addition d'un grain de la poudre lUO , à cent au- \ très grains de sucre de lait récemment pulvérisé ; en ajoutant de même un grain de cette nouvelle poudre à 100 autres grains de poudre de sucre, on arrive à la millionième puissance , et c'est ainsi que d'opération en opération on parcourt successivement les 30 dilutions auxquelles est parvenue Ihoinœopalhie , et qui représentent les puissances, qu'elle désigne par les chiffres de centième, millième , dix-millième, millionième, billionième , trillionième , quadrillionième, quintillionième , octillionième , décillionième , etc. On étend de même , et d'après les mêmes calculs , les gouttes , les extraits dans des quantités proportionnelles d'alcool. Les homœopathistes attachent la plus grande importance au choix et à la na- I ture des véhicules ou excipiens médicamenteux ; le sucre de lait et l'alcool sont les deux substances qui conviennent le mieux pour opérer les dilutions des agens homœopathiques , en ce qu'ils ne possèdent point de vertus médicinales. Quant aux lois et au mode d'application des remèdes homœopathiques , Hahnemann en expose ainsi qu'il suit les préceptes généraux:

Toute ihérapeutif^ue connue jusqu'à ce jour se rapporte nécessairement à un triple objet : 1" l'hétéropathie , ou méthode allopalhique ; 2" l'opposition ou la méthode antipathique ; 3o la ressemblance ou la méthode homœopalhique.

La méthode allopathique combat les symptômes par un mal différent, tel que la diarrhée par les sueurs , une ophthalmie par un vésicatoire ; c'est la méthode vulgaire dite révulsive, dérivative , etc.

La méthode antipathique ou énantiopathique est purement palliative, I attaque la maladie par une action contraire à la sienne, comme la con- ' Btipation par des purgatifs , la diarrhée par des astringens ; c'est la méthode

DiCT. DE MÉDECXHE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

routinière dite des contraires, ayant pour adage : Contraria' contrariis curantur.

La méthode homœopathique , la seule vraie, dit Hahnemann , s'adresse directement aux organes soufTrans , agit dans le sens même des souffrances actuelles ; et comme deux maladies ne peuvent exister en même temps sur un même organe , l'une d'elles , la maladie naturelle ou préexistante disparaît si la maladie artificielle ou médicamenteuse la surpasse en force.

La maladie artificielle n'ayant qu'une durée limitée , qui est celle des actions médicamenteuses , lorsqu'elle disparaît l'organisme reprend nécessairement son équilibre.

La doctrine homœopathique n'admet que des médicamens simples, purs , actifs , sans mélange ; ce qui lui permet de déterminer les rapports des symptômes morbides avec les symptômes morbifiques ou homœopathiques.

L'action des médicamens homœopathiques devant s'exercer sur les organes soufTruns, leurs doses doivent toujours être plus ou moins minimes ; il suffit que leur action surpasse de quelque chose, ou tant soit peu, l'intensité de la maladie.

Comme il doit y avoir spécificité, similitude, coni^enance élective entre le remède et le mal, l'effet thérapeutique dépend bien plus delà nature que delà masse des remèdes, et il n'y a , sous ce rapport, nul rapprochement ni comparaison à établir entre l'homœopathie et les autres doctrines thérapeutiques.

La doctrine des contraires ou des révulsions doit à elle seule opérer et accomplir le fait thérapeutique , tandis que l'homœopathie n'a d'autre tâche à remplir que d'élever du degré le plus minime, et dans un même sens, l'état morbide existant, et voilà ce qui explique l'infinilésimalité de sa posologie.

Le mode de préparation des médicamens homœopathiques est encore une circonstance sur laquelle Hahnemann insiste beaucoup pour justifier l'exiguité de ses doses médicamenteuses. Ses médications , dit-il , sont toutes spécifiques • elles agissent, par conséquent, avec toute l'activité des agens spécifiques ou même des puissances impondérables ; elles attaquent directement le principe même de la maladie , et n'ont besoin pour cela ni de masses ni de quantités déterminées par livres , onces , etc.

Hahnemann pense aussi que les médicamens homœopathiques ne perdent pas de leur activité en raison de leur réduction quantitative , qu'un dix-millième de grain , par exemple, conserve une action presque égale à un centième de de grain; que même le dix-millième de grain long-temps trituré , agit d une manière plus pénétrante que le centième de grain soumis à une manipulation moins pi olongée. Il en est de même du millionième comparé au dix-millième et ainsi de suite.

L'auteur recommande d'ailleurs les plus sévères précautions dans la préparation, la conservation, la dispensation des remèdes homœopathiques. Tous les vaisseaux et ustensiles, les flacons , les boîtes et autres instrumens qui servent à la préparation ou à la conservation des médicamens, doivent être exclusivement destinés à ce double objet, et être à l'abri de toute altération quelconque ; et pour ne conserver aucun doute sur la propreté et le mode de préparation des médicamens, Hahnemann veut que le médeein lui-mêcae se charge personnellement de ce soin.

Quant à la manière dont s'accomplissent les guérisons , voici en quelques mots le raisonnement d'Hahnemann.

|o La cause artificielle du médicament agit d'une manière analogue à celle de la cause morbifique, 2° les effets de la cause artificielle déplacent ceux de hi cause morbifique.

Pour que ce double acte s'opère , il faut que le remède , qui possède en lui la causeartificielle ou semblable de la maladie , porte son action sur l'organe souffrant , etHahnemann reconnaitqu'il en est ainsiquand l'aggravation du mal succède à l'administration du remède ; c'est alors qu'il demeure convaincu qu'il y a afliuilé entre lacause pathologique naturelle et la cause pathologique artificielle, identification, similitude entre l'effet de la maladie préexistante ou naturelle et l'effet de la maladie secondaire ou artificielle; il y a par conséquent et nécessairement suraddilion de causes et d'eiïels morbides dans l'application des remèdes homœopathiques. Mais comme les causes et effets additionnels du médicament sont de la même nature que les phénomènes pathologiques , ils doivent, en raison de leur piéi-alence sur ceux de la maladie, faire disparaître ces derniers relativement plus faibles , parce que deux sensations de même espèce ne peuvent occuper à la fois la nature qui devient insensible à la plus faible, pour se laisser impressionner par la plus forte.

Après l'effet des médications homœopathiques, il reste encore une maladie, mais ce n'est plus la maladie naturelle dont la cause est vaincue |jar la cause plus active renfermée dans le médicament; ce n'est plus le désaccord que produisait la cause naturelle de la maladie, c'est celui que le médicament a la faculté de produire et dont la terminaison est en la puissance du médecin, puisqu'il est toujours maître delà dose de son médicament. L'organisme est, dans ce cas , soumis à une autre loi , en vei tu de laquelle chaque sensation médicamenteuse ne tarde pas à disparaître après la disparition de la maladie naturelle pour faire place à la guérison , attendu que la maladie artificielle , en raison de sa similitude et de sa prépondérance , se substitue à la maladie naturelle. ( Bigel. )

li'objet spécial ainsi que la grande difîiculté de la doctrine homœopathique, est donc dans l'application même des instrumens de médication, dans l'appréciation de leurs propriétés spécifiques , et dans la rigoureuse détermination des doses des médicamens qu'elle prescrit , d'après la forme des symptômes , les degrés de la maladie , la réreptii'ité de l'organisme.

L homœopathisme peut opérer entre la voie directe et la voie sympathique , entre les membranes muqueuses et la peau, entre toutes les voies d'absorption.

HOMOEOPATHIE

HOMOEOPATHIE

Mais dans tous les cas , il est nécessaire que la dose du médicament soit calculée assez rigoureusement pourn'augmeiiler l'état morbide existant que du degré le plus faible possible , par conséquent le remède doit être aussi exigu que l'accroissement du mal doit être faible, c'est surtout dans les maladies aiguës que son atténuation doit êlre excessive. Il doit être d'ailleurs aussi simple , aussi pur que l'exige la loi curative des semblables. Suivant Halinemann, toutes préparations complexes de médicamens interne ou externe, par conséquent toutes les tisanes , potions , lavemens , frictions , etc. , doivent être abandonnés aux préjugés de l'ignorance et de la routine. 11 n'est pas jusqu'aux préceptes de l'hygiène que Thomoeopalhie n'ait voués à une sorte de ridicule.

Dans l'exposé rapide des principes fondamentaux de la doctrine homœopathique , j'ai dû m'abstenir de toute réflexion qui pût distraire le lecteur de la série des faits qui s'y trouvent énpncés. Mais quelle que soit la réserve que puisse imposer une doctrine qui ne fait que de naître , bien qu'elle ait été conçue depuis plus de trente ans , et qui n"a pu encore être jusqu'à ce jour l'objet d'un examen sérieux en France, je n'ai pas dû m'interdire le di-oit d'émettre mon propre jugement sur ce qu'elle peut avoir de vrai ou de vraisemblable, de faux ou de dangereux.

Si je ne me trompe, un premier tort de la doctre homœopathique est celui de toutes les doctrines universelles et exclusives , c'est-à-dire d'avoir voulu généraliser des faits essentiellement distincts, et pour ainsi dire hétérogènes , n'ayant souvent entre eux que des rapports indirects ou éloignés; de n'avoir vu dans l'organisme qu'une loi, dans ses anomalies qu'une cause, et ilans ses moyens de curalion qu'une seule règle d'application; d'avoir surtout . oublié que , si le principe de vie est un, l'organisme est multiple dans ses élemens , et varie nécessairement dans les organes et appareils d'organes , dans les élémens anatomiques qui les composent , dans les actions moléculaires qui les animent , dans la diversité de composition et de vitalité des fluides qui les pénètrent ; de telle sorte que la fonction la plus simple en apparence est le résultat complexe d'actes organiques que l'esprit le plus attentif ne peut suivre , de même que l'état morbide le plus simple suppose toujours un concours d'actions plus ou moins difficiles à saisir; ce qui fait que tant qu'il y aura dans l'organisme des lois physiques, chimiques, mécaniques, vitales, etc. , les systèmes exclusifs auront nécessairement le sort de toutes les erreurs qu'ils enfantent. Revenons à Hahnemann.

S'attaquer aux symptômes sans tenir compte des lésions organiques aussi nombreuses que variées qui peuvent les entretenir; se servir pour cela de remèdes administrés sous des formes et à des doses qui en rendent les effets nuls ou au moins imaginaires , et auxquels toutefois on prête gratuitement la faculté d'anéantir le mal en l'augmentant , voilà à peu près à quoi se réduit toute la doctrine homœopathique ; or , nous le demandons , aux nouveaux adeptes euxmêmes , counait-on réellement une maladie quand on n'en a vu que les symptômes apparens ? et peut-on raisonnablement proclamer comme infaillible un principe thérapeutique qui s'adresse uniquement à de simples phénomènes extérieurs de maladie , qui ne connaît aucune loi anatomique ou physiologique , qui ferme les yeux sur toutes les altérations organiques, qui dédaigne toutes les lumières du diagnostic, tous les moyens d'exploration pour se contenter du simple rôle de dispensateur de remèdes ?

Avec de tels principes , nous le demandons encore aux réformateurs allemands , où trouver dans l'homoeopathie des remèdes contre ces phlegmasies latentes qui tuent sans symptômes apparens ? contre ces altérations organiques qui minent sourdement l'existence sans s'exprimer par des symptômes positifs ? 'Un hommœopalhiste traitera-t-il de la même manière et les vomissemens dus à un embarras gastri([ue ou bilieux, et les vomissemens sympathiques d'une affection du cerveau, du rein , etc. ? Il n est peut-être pas un seul symptôme qui ne soit dans le cas de mettre en défaut l'homoeopathie , parce qu'il n'en est aucun qui ne puisse être rapporté à des causes différentes , et qui ne doive par cela même souffrir des différences de traitement. On peut bien concevoir une médecine dite de symptômes, qui, impuissante contre les sources même de la maladie , s'attache à coaibatlre et à poursuivre tous les symptômes qu'elle rencontre ; trop souvent, il faut le dire, la nécessité en fait une loi dans la pratique, mais quel médecin dans ce cas même oserait nier l'existence de causes plus pro! fondes, plus intimes, et ne pas rattacher les symptômes comme effets aux lésions organiques comme causes des maladies , pour y porter toutes les médications possibles? Une toute autre conduite peut être le fait de médicastres , de routiniers , d empiriques , de commères, mais à coup sûr elle ne peut entrer dans l'esprit d'hommes qui f jnt consister la pratique de l'art dans l'observation et l'appréciation de l'état des organes.

La nouvelle doctrine allemande n'est donc sous ce rapport qu'un véritable empirisme, qu'une aveugle dispensation de remèdes. Et ces remèdes , quels sont-ils ? des substances qui ne peuvent devenir médicamens que parce qu'elles aggravent la maladie, qui ne peuvent êlre des instrumens de santé que parce qu'ils sont des instrumens de maladies ,qui n'acquièrent de vertus réelles que dans les doses illusoires auxquelles on les administre, qui, pour guérir les maladies , doivent nécessairement produire des maladies se/Hi/ai/ei ^ lorsque , de l'aveu même del'auteur, la nature n'en reproduit jamais.

Un ancien adage disait : PoLest minus, quod potest majus. Hahnemann dit au contraire , potest majus, quod poiesl minus. Le lecteur sait déjà pourquoi, mais croira-t il pour cela qu'un grain de médicament aussi divisé que la pensée le puisse le concevoir, et jeté dans la Seine , en amont de Paris, puisse donner au liquide recueilli au pont d'Iéna ou même à Rouen, plus d'activité thérapeutique que si ce même grain moins divisé était pris dans quelques onces de liquide? Et d'ailleurs, pourquoi l'art homœopathique seul donnerait-il aux médi-

camens cette excessive dilution qui fait loutle mérite des remèdes homœopathi- ' ques? comme si l'organisme était incapable de se charger d'un pareil soin ! comme ' si les substances alimentaires on médicamenteuses n'étaient mille fois plus divi- i sées , plus triturées , et mieux dissoutes , quand leurs molécules parviennent aux organes par les filières qu'elles parcourent dans l'économie , que quand i elles sortent des mortiers du Hahnemann ! Et ce qui paraîtra encore singu- | lier, c'est que le nouveau réformateur qui attache tant d'iuiportance à l'inalté- I rabilité des médicamens , ne se soit pas aperçu qu'en triturant telle substance à l'air , pendant tant d'heures, tant de minutes, tant de secondes, ni plus ni ! moins , il s'opère des décompositions qui en modifient nécessairement les pro- j priétés. Si la doctrine allemande eût rendue plus de justice à la force dilutivede I la nature , si elle eût mieux compris les lois essentielles de la physiologie , elle | aurait pris moins de soins et de peine à la préparation de ses remèdes , si toutefois on peut appeler remèdes les moyens qu'elle propose, et ils n'eussent été ni moins sûrs dans leur application , ni moins efiicaces dans leur action thérapeutique. Ajoutons que la simplicité , I homogénéité , la pureté des médicamens , homœopathiques , qui peu\ent aussi avoir leurs avantages, y auraient heureuse- i ment remplacé toutes ces combinaisons bizarres, hétérogènes et souvent ennemies de médicamens qui ne sont pas le moindre vice de nos préparations phar- : maceutiques.

Une objection qui n'a pu échapper au lecteur est encore celle-ci : S'il est vrai que jamais une maladie , un symptôme ne se représentent deux fois de la même manière , comment espérer que les remèdes homœopathiques les mieux éprouvés, les mieux constatés, puissent opérer la guérison en produisant une maladie semblable ? n'y a-t-il pas au moins contradiction dans une pareille assertion ?

On aura peut-être encore plus de peine à concevoir comment Hahnemann, après avoir longuement discuté et expérimenté sur les maladies chroniques, a pu arriver à cette étrange conclusion, que la gale est la seule vraie cause fondamentale et productif e des maladies chroniques , et C[ue les seuls remèdes à leur opposer sont les anli-psoriques. Comme le réformateur donne à l'étiologiC; de celte classe de maladies une origine aussi ancienne que le monde , il parait assez difficile de vérifier le fait ; mais pour ceux mêmes qui le croiront sur pa-i rôle, et qui prendront ses assertions comme des vérités bien démontrées, i] restera toujours douteux que toutes les métamorphoses que la gale a subies en parcourant les milliers de générations qui nous séparent de la création, conservent encore quelque chose de psorique , et qu'il y ait toujours identité de nature entre l'hypochondrie et la gravelle, entre la migraine et le cancer, entre le rachiiis et les hémorrho'ides , entre l épilepsie et la jaunisse , etc. , toutes maladies cju'Hahnemann place sur la même ligne, qu'il attribue à la même cause , la gale , et qu'il prétend guérir avec les mêmes remèdes, les anti-psoriques.

S'il est vrai que des médicamens guérissent par suite de la perturbation qu'ils' causent dans un point de l'économie malade, et cette doctrine n'appartient pas seulement à l'homœpathie mais à tous les controstimulistes , il n'est pas vrai de dire, comme proposition exclusive et fondamentale de thérapeutique, que les médicamens n'ont de propriétés curatives que dans leur action morbitîque Il est certain au contraire qu'il y a des médicamens qui n'ont pas de propriété.' actives ou positives, et qui guérissent très-bien; exemples : les médicationi antiphlogistique , émolliente, etc., et quoi qu'en dise la doctrine homœopathique, l'on peut bien guérir une maladie sans lui imprimer plus de gravit( qu'elle n'en a par elle-même; il est même douteux que jamais les praticiens si| croient obliges d'augmenter, même au plus faible degré , pour les guérir , uni, fluxion de poitrine, une apoplexie, une asphyxie, etc. Il reste d'ailleurs uni' grande difficulté pour l'application du précepte, et le lecteur l'a déjà sentie c'est de déterminer la dose rigoureuse d'un médicament homœopathique poui l'ajuster exactement au degré actuel d'intensité de la maladie; et s'il faut avoii pour cela une aussi longue expérience que celle de l'auteur, environ soixanti ans de pratique , je doute que beauconp de médecins consentent à un parei sacrifice de temps et d'expérimentation. La difficulté paraît d'autant plu grande , que maladies et remèdes , tout dans 1 homœopathie est spécifique , e: que jamais , dit Hahnemann, une maladie ou un symptôme ne se représent(j|| deux fois de la même manière. ff

Par la même raison , on aura également peine à concevoir comment Hahne' manu a pu procéder de l'homme en santé à l'homme malade dans l'applicatioi'i des remèdes homœopathiques, quand il reconnaît lui-même que la conditioipi de l'homme en santé diffère complètement de celle de l'homme malade. Il n'es|i d'ailleurs pas aussi facile qu'on le croit de produire une maladie de toutes piè' ' ces , et , sous ce rapport , on peut bien encore douter de l'action morbifiquijâ des remèdes agissant absolument dans le sens de l'état morbifique existantji Toutefois , Hahnemann répond à l'objection par des faits , et l'on est étonné d |f voir l'immense série de spécifiques que l'homœpathie a déjà acquis depuis le pei 4 de temps qu'elle existe, et quelle que soit la puérilité , du moins apparente de ses médications, l'on est forcé de rendi-e justice à l'admirable patience d son auteur.

En résumé , la doctrine homœopathique passera comme toutes les doctrine universelles et exclusives ; mais comme toutes , elle laissera des souvenirs quelques vérités utiles et des erreurs dont le temps fera facilement justice.

Ses souvenirs demeureront dans quelques principes de thérapeutique qu'ell a trouvé le moyen de corroborer , dans la généralisation des faits dont elle s compose , dans l'œuvre ingénieuse qui la constitue , dans l'infatigable persévé raucc de son auteur; ses vérités sont dans des faits de détails, dans des règle

HOPITAL

HOPITAL

I d'application , et surtout dans la rigoureuse appréciation d'un grand nombre jlde niédicamens nouveaux , fruit d'expérimentations minutieuses et éclairées , [ dont toutes les doctrines du monde pourront un jour se sei'vir dans la pratique ; et s il laut parler de ses erreurs , comme science de thérapeutique , elle est au moins incertaine ou douteuse, si elle est autre chose qu'une véritable expecta- |tioa , que la doctrine des atomes ou des riens ; sous ce rapport , elle a aussi des I dangers réels que l'on ne peut dissimuler; et ses dangers sont dans son innocuité même , en ce qu'elle met le praticien dans le cas d'assister pour ainsi dire à la mort du malade, lorsqu'il s'agit d'affections aiguës qui peuvent compromettre immédiatement l'existence.

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HOPITAL , s. m. ; nosocomium ; vc7ey.cfi:tov ; de vo^s , morbus , maladie , et du verbe zc//.-co , euro , je traite, je soigne ; établissement dans lequel sont réunis des malades, afin d'y recevoir , de la médecine ou de la chirurgie , les secours nécessaires au rétablissement de leur santé.

, L'hôpital diffère de I hospice , en ce que celui-ci est ouvert aux indigens , aux vieillards , aux infirmes , à tous les individus affectés de lésions incurables, bien que compatibles encore avec une prolongation indéfinie de l'existence; tandis que l'autre ne reçoit que des malades susceptibles d'obtenir une guénson plus ou moins prom[)te. Le nom d"Hùtel-Dieu n'est que la désignation ancienne, vulgaire, et jusqu'à un certain point consacrée par l'usage, de l'hôpital principal de la plupart des villes. Les hospices, les collèges, les couvcns, et tous les établissemens oiî sont admis pour divers motifs un grand nombre d'individus, possèdent ordinairement un lieu spécial, destiné aux personnes dont la santé est accidentellement dérangée par quelque maladie aiguë pu chronique , et ce lieu porte le nom CCinJîrmerie.

. Mais il ne doit être ici question que des hôpitaux proprement dits; de ces établissemens , fondés d'abord par la charité des premiers chrétiens , agrandis et dotés ensuite par la munificence des amis des pauvres, adoptés enfin par rétatou les communes, et destinés à fournir aux malades , prives de l'avantage de se faire donner des soins particuliers dans leurs familles , tous les secours que leur situation réclame.

. Les hôpitaux militaires diffèrent , sous le rapport du principe de leur institution, des établissemens civils du même genre. Ici l'on fait l'aumône à l'infortune devenu malade; et, dans sa bienfaisance, la société lui prodigue , à titre gratuit, les soins qu'inspire le sentiment de Ihumanité : là , au contraire , I état s acquitte d'une dette sacrée envers le citoyen , enlevé pour son service à la paix du toit paternel , aux douceurs d'une vie paisible , et exposé à des causes incessamment renaissantes de maladies, de blessures ou de mort. Dans les hôpitaux civils, la société se montre généreuse; dans les établissemens militaires , elle n'est que juste; et quelle que soit l'étendue des sacrifices qu'elle s impose pour les doter et les entretenir , elle ne s'acquitte qu'imparfaitement envers l'homme à qui la loi ordonne, pour la défense de tous, de faire le sacrifice de sou temps , de sa liberté , et souvent de sa vie.

L'établissement d'un hôpital, quelles que soient ses dimensions et le genre de malades qu'il est destiné à recevoir, comporte ces trois divisions principales : local y matériel, personnel.

L L'emplacement sur lequel un hôpital doit être placé , réclame toute l'attention du médecin. Combien d hôpitaux sont insalubres , ravagés par des épidémies diverses , affligés d'une mortalité exagérée, et constituent des objets d'affliction pour les hommes bienfaisans , autant que d'effroi pour les malheureux, par cela seul qu'ils sont ou mal construits, ou mal exposés, ou situés au voisinage de foyers permanens d'infeciion !

I A. L'hôpital d'une ville ou d'une garnison doit, en général, être placé en dehors du cercle des habitations , sur quelque endroit élevé , exposé à une ventilation libre et facile, loin des marais, des mares , des bas- fonds , des cloaques, et de tous les lieux humides , ou contenant des matières organiques en décomposition. 11 importe, si de tels voisinages ne peuvent être entièrement évités, de fonder l'établissement au dessus , et non au dessous des vents qui passent le plus habituellement sur eux. Dans tous les cas , il est utile , autant pour ces établissemens que pour les localités environnantes , c[ue les hôpitaux soient parfaitement dégagés des maisons, de toute espèce de construction élevée, et entourés de places, de plantations d'arbres, ou au moins de très-larges rues, A toutes les heures du jour, le soleil doit pouvoir projeter sans obstacles ses rayons sur leurs diverses parties. La destination de l'établissement et l'ordre qu'il est indispensable d'y maintenir, exigent qu'il se compose de bâtimens liés les uns aux autres, formant un tout complet, sans échappées, et n'ayant qu'une seule porte d'entrée et de sortie, ou au plus deux portes, faciles à surveiller et à garder. La forme carrée, généralement adoptée pour ces sortes de constructions , est aussi la plus favorable. Mais il importe que ce carré soit assez grand pour enceindre de vastes cours , et dirigé de telle sorte que toutes ses divisions soient successivement exposées, pendant la révolution diurne, à l'influence solaire.

On obtiendra facilement ce résultat, en plaçant un des angles du carré à l est, et l'angle opposé suivant la direction de la diagonale, à l'ouest. De cette manière , chacune des parties du bâtiment aura deux expositions solaires , une par l'extérieur, l'autre par le côté correspondant aux cours, et toujours proportionnées , de telle sorte que l'une des expositions aura endurée et en continuité , ce qui manquera à l'autre. Ainsi, le côté nord-est , par l'extérieur de l'hôpital , n'aura que pendant peu d'instans l'iiifUieucc du soleil ; mais devenu sud-ouest parle côté des cours, il en jouira pendant fort long-temps. Ce serait abuser de la patience du lecteur que de pousser plus loin cette démonstration.

B. Formé en carré, l'hôpital doit avoir, comme nous l'avons dit , assez d étendue pour que ses cours soient suflisamment longues et larges. Elles doivent recevoir des plantations d'arbres , assez éloignées des bâtimens pour ne leur porter ni ombrage ni humidité , et pour former des promenoirs spacieux et commodes aux malades. Afin de faciliter le renouvellement de l'air, et de laisser à la ventilation toute sa force, il faut ménager les espaces libres des cours , de manière à ne pas permettre à l'un des côtés de l'édifice d'étendre son ombre jusque dans le rez-de-chaussée de celui qui lui est opposé.

Des gazons, des bancs , des jeux, comme ceux de quilles, de tonneau et autres, seront disposés dans les promenoirs , afin d'égayer les malades , de les reposer, de les distraire , de faciliter les progrès de leur convalescence ; en même temps qu'il y aura quelques allées garnies d'ombrage , pour les mettre à l'abri de l'ardeur du soleil pendant l'été. Si l'on pouvait arriver, sans inconvénient grave , à ce résultat , il serait utile de ménager, le long des façades méridionales intérieures de l'hôpital, une galerie couverte, convenablement échauffée en hiver, susceptible de s'ouvrir largement dans la cour, et offrant aux malades une promenade à l'abri des injures de l'air, ou de l'intensité considérable du froid , pendant l'hiver.

c. Les cours comprises dans les carrés, plus ou moins longs , qui composent l'hôpital , présentent encore cet avantage de faciliter la séparation des malatles, tant sous le rapport des sexes que sous celui du genre des maladies. En général, le rez-de-chaussée doit être consacré aux dépendances immédiates de l'établissement. Les salles des malades sont mieux placées , sous tous les rapports , au premier étage, au second et même au troisième. Les dépendances accessoires seront tlisposées en dehors des bâtimens principaux, séparées d'eux par une vaste cour, des plantations considérables ou d'autres dispositions , qui les dérobent à la visite, et même aux yeux des malades.

Sous le nom de dépendances immédiates , on doit comprendre les locaux suivans : loge du portier; bureatix des entrées et de l'administration; chambre de garde des chirurgiens ; chambre servant de vestiaire pour les eutrans ; parloir, chauffé en hiver, où stationne constamment un surveillant; magasin destiné à recevoir les elfets que les malades ne doivent pas emporter dans les salles; pharmacie et ses accessoires, tels que le laboratoire , la tisaneiie , le magasin de mèdicamens , la chambre du pharmacien de garde ; dépense , avec des emplacemens séparés pour les alimens, la viande crue; cuisine pourvue d'un robinet d'eau potable, et de cabinets pour le lavoir, le biîcher, le gardemanger; magasin de combustibles ; magasin du mobilier, divisé en locaux pour le linge, les ustensiles, les eiléts de laine, etc.; magasin pour le linge sale; salles de bains, pour les bains simples, les bains d'eau minérale, les bains de vapeurs et même les baiiis d'étuve ; chapelle pour dire la messe et exercer les cérémonies du culte ; chajielle funéraire ou salle des morts ; chambre oii s'assemblent de temps à autre et se concertent, pour le service , les ofliciers de santé en chef et les chefs de l'administration ; enfin deux salles de clinique , une pour la médecine , et l'autre pour la chirurgie , destinées aux leçons de clinique, aux opérations à pratiquer sur les malades, et aux consultations gratuites.

Par dépendances éloignées, devant être séparées du corps de l'hôpital , je comprends, la buanderie, le séchoir libre et couvert; l'amphithéâtre de dissection et celui de démonstrations anatomiques ou des opérations chirurgicales sur les cadavres.

Ajoutons à ces accessoires : pour les hôpitaux militaires , le corps-de-garde ; la chambre des infirmiers , qui est remplacée dans la plupart des hôpitaux civils par le quartier destiaé aux sœurs ; le poste des sous-olliciers de planton ,

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celui de rinfirmicr-major de garde, la chambre de l'officier dadminisfration de service, une salle de police garnie d'un lit de camp , et l'on aura une idée assez exacte des locaux divers que nécessite l'établissement d'un hôpital. Bien entendu que des caves et des greniers ])roportionnés à l'importance de l'établissement, doivent y exister pour les dessicalions des plantes , leur conservation, rcmma^asinement des liquides , tant de la dépense ((ue de la pharmacie , etc.

Il convient que le chel de l'administration de l'hôijilal, le chirurgien eu chef , le médecin, et même autant que possible, le pharmacien en chef, aient leur Io<Temenl dans l'hôpital, afin de surveiller plus immédiatement leurs divers services , de se concerter jilus facilement , et de pourvoir avec plus de promptitude aux besoins imprévus. Si le médecin et le pharmacien peuvent à 1 a rigueur ne pas se loger à 1 hôpital, toujours sera-t-il indispensable , à raison de la nature des accidcns chirurj;icaux , qu'un chirurgien d'un grade élevé y réside , pour remédier aux accidens qui surviennent l'réquemment , ou pratiquer les opérations graves , non susceptibles d'être différées ou confiées aux chirurgiens de garde.

D. Les salles doivent être distribuées dans le premier étage, le second , et au besoin le troi-Meme du bâtiment. Celles-ci doivent être plafonnées : les irré- •Tiilarités inhérentes auxmansaidcs sont toujours désagréables à l'oeil et incommodes pour les malades, en même temps qu'elles retiennent les miasmes et rendent la salubrité difficile à entretenir. Toutes les sales doivent avoir au moins trente-deux décimètres d'élévation. Il est indispensable qu'elles soient percées de fenêtres correspondantes , opposées , occupant, par leur totalité, le tiers au moins de l'étendue de la muraille à laquelle elles appartiennent. Si comme dans <lc vieux édifices , cette disposition des fenêtres opposées ne pouvait être obtenue , il fauilrait y suppléer en perçant vis-à-vis des fenêtres , dans les corridors adjacens , des jours suffisans jiour déterminer et entretenir des courans d'air. Dans tous les cas , les fenêtres seront élevées d'un mètre à un inèire et demi au plus au-dessus du plancher, et s'étendront jusqu'à la corniche du plafond. IMais sur cette hauteur , le châssis sera divisé en deux parties : une inférieure , plus grande , formant la fenêtre proprement dite, et l'autre supérieure , plus petite des deux tiers , pouvant s'ouvi'ir indépendamment de l'autre, à l'aide d'une corde et d un cliquet à bascule, afin de renouveler l'atmosphère des parties supérieures de la salle, saiîs exercer sur les malades une ventilation trop immédiate. Ces dispositions d'étendue et de division des fenêtres sont commandées par Li double nécessité de rétablissement des courans d'air et de la pénétration d'une quantité de lumières suffisante. Les croisées exposées pendant long-temps à l'influence solaire , surtout lorsque les malades voisins peuvent en être incommodés , seront garnies de rideaux , faciles à se mouvoir, faits en grosse toile, et non susceptibles de gêner en rien les mouvemens de la fenêtre. Au idveau du sol, au-dessous de chaque croisée, sera pratiqué une ouverture carrée , large et haute de quinze à vingt centimètres , pourvue d'un opercule mobile et destinée à établir au-dessous des lits un courant d'air indispensable pour entraîner les miasmes dégagés des vases de nuit, ainsi que ceux des autres que leur pesant 'ur spécifique relient dans les parties basses des salles.

Le plancher de celles-ci doit être carrelé. Le carrelage est moins dispendieux, moins pesant , et plus facile à réparer que les dalles en pierre. Il se prête également bien aux lavages que la propreté exige. Enfin , il est de beaucoup supérieur au parquetage en bois , qui s'imprègne des miasmes , des matières liquides répanilues à sa surlace, et dont on ne |>eut le débarrasser que trèsdiflicilement , même an moyen du grattage.

Le plafond des salles doit être droit , et sans poutres saillantes. La forme voûtée serait peut-être plus favorable , si l'on y perçait des cheminées de ventilation ; mais celle disposilion est presque j)artout impraticable.

On attachait autrefois une grande importance à posséder dans les hôpitaux de très-grandes salles. Elles étaient , pour ces ctablissemens , considérées comme une sorte de luxe. J'ai vu des salles de deux cent cinquante et de trois cents malades : il en est de plus vastes encore. Aujourd'hui, il est bien démontré que les salles de trente à quarante ou cinquante lits sont les plus favorables, soit au maintien de la tranquillité parmi les malades , soit à la légularilé et à la facilité du service , soit enfin à l'application des soins médicinaux et chirurgicaux. Il est rare ([u il faille dép isser ce nombre.

Avant de placer les lits dans les salles, celles-ci doivent être cubées avec exactitude , afin de ne pas les encombrer ou surcharger. On a calculé que chaque individu, fiévreux ou blessé , <jui est ordinairement obligé de garder longtemps le lit, doit avoir vingt mètres cubes d'air à respirer. On peut n'en accorder que dix-huit aux galeux, aux vénériens , qui sortent davantage, et dont les maladies permettent une ouverture plus fréquente ou plus prolongée des fenêtres.

E. Comme exception à la règle générale, établie précédemment, il est convenable que deux , ou au moins une, des salles de blessés existe au rez-dechaussée . afin de recevoir les individus pour qui le transport le long des escaliers serait trop pénible ou dangereux. Mais il est indispensable de les placer à 1 exposilion la plus salubrc , d élever leur plancher au dessus du sol , et de prendre toutes les préc.ulions d'architecture susceptibles d'en écarter l'humidité. Le premier étage est ordinairement consacré au reste de la division des blessés et aux fiévreux. Le second, dans ses parties les plus faciles à aborder, achevé de contenir les fiévreux , et l'on réserve le reste , ainsi que le troisième ét.ige . pour les vénériens et les galeux.

Il convient, sous tous les rapports , d'isoler et de grouper autant que possibles entre elles les différentes parties de CCS grandes divisions. A celle des

fiévreux et à celle des blessés sera affectée une salle de conférences cliniques ou d'opérations chirurgicales, oi'i les élèves se rassembleront après le service, afin d'écouter les remarques du professeur sur les malades les plus intéressans, et où les grandes opérations seront pratiquées devant eux. Il convient que ces amphithéâtres intérieurs soient, autant que possible, placés vers les entrées de l'hôpital , afin que les élèves externes qui les fréquentent n'aient pas trop d'occasion de traverser les salles , d'y séjourner et d'en troubler la paix.

On affectera aussi à chaque division des blessés ou des fiévreux quelques petites salles ou chambres , à deux , quatre ou dix lits , au plus , destinées aus malades qui réclament des soins très-spéciaux , comme ceux qui sont atteints de !a rage , certains opérés, pour qui une tranquillité absolue est indispensable ; enfin , pour des hommes qui par leurs cris , leur agitation , ou les exhalations qu'ils fournissent, deviennent incommodes ou dangereux pour leurs voisins. On réserve quelquefois une ou deux de ces petites salles pour les moribonds; mais cette disposition est plus nuisible qu'utile : dans les hôjiitaux, on se familiarise bientôt avec le spectacle de l'agonie et de la mort : ceux qui en sont témoins s'en affectent peu; tandis que le sujet dont la maladie devient dangei-euse et qui se voit évacué sur un de ces réeeptables, d'où l'on sort rarement, se considère comme déjà condamné, et reçoit par cela seul une impression morale funeste. Il vaut mieux , excepté dans les cas indiques plus haut, laisser mourir les hommes dans leur lit : cette vue est un des inconvéniens des hôpitaux, auquel on ne peut remédier qu'en se jetant dans des inconvéniens plus grands encore.

F. Les lits , dans les salles , doivent être séparés par un intervalle d'environ 1 1 soixante cinq centimètres, et chaque rang de lits par une allée d'au moins i i deux mètres de largeur. Les rideaux en laine pour 1 hiver , en toile pour l'été, j ■ dont on entoure encore ces lits , sont excessivement nuisibles. Ils s'opposent au . ; renouvellement de 1 air , conservent les miasmes, renferment les malades dans j j une atmosphère souvent infecte. Une vanité mal entendue peut seule les coii- 1 \ server dans les hôpitaux civils. ; )

G. Les latrines doivent être placées loin des salles , ou du moins séparées i ' d'elles par un espace suffisant, et ventilées avec assez d'activité pour que les ! ( malades n'en ressentent pas les exhalaisons. Les deux angles opposés diago- i { nalement, dans un édifice carré , sont très-convenables pour les recevoir; un! I pavillon, ou une sorte de tour en saillie , surajoutée au bâtiment, rem plit 1 1 très-bien' cet objet. Cette disposition existe au Val-de-Grâce , à Paris , un desJ * hôpitaux les mieux situés et les plus salubres de la France. Lorsque les la- j ' trines ne peuvent être élevées sur des courans d'eau, qui emportent inces-'i samment le produit des déjections, ou à portée de réservoirs dont les eaux là- i 1 chées tous les jours , ou deux fois au moins par semaine , remplissent le même [ I office, il convient de leur adapter un appareil de fosses mobiles et inodores. Ce système, en activité dans la plupart des grandes villes, réunit les avantages | I d'une grande facilité pour le service , et d'une absence presque complète d'é-' i manations nuisibles à la santés autant c{ue repoussantes pour l'odorat. Au moyen' 1 d'un abonnement réglé d'après la population ordinaire ou mensuelle de i'hô-' " pital , il devient beaucoup plus économique c[ue les fosses anciennes, dont les' 1 nettoyages fréquens,et les réparations toujours considérables , sont à la fois' si incommodes et si onéreuses. Des croisées transversales , fermées par ua! ' simple châssis à claire-voie ; une double entrée fermée par une double porte! i battante , un plancher en dalles inclinées , afin de diriger constamment l'urine! et les eaux de lavage vers l'intérieur de la fosse ; enfin , un lieu particulier t pour uriner : tels sont les accessoires indispensables à la construction de | bonnes latrines. Des lunettes séparées , surmontées de couvercles mobiles, et ! pourvues de cuvettes en fa'ience, sont préférables à cette ouverture commune,; à garnie seulement d'une poutre longitudinale, et dans laquelle il n'est pas sans' î exemple que des malades soient tombés. '

H. Chaque malade doit coucher seul ; et , sous aucun prétexte , celte règle ^ ne doit être transgressée. Les couchettes en fer sont préférables à celles en' t bois , sous le triple rapport de la préservation <les punaises, du moindre espace ji qu'elles occupent dans les salles , de l'économie qui résulte d'une plus longue: I durée, ainsi que de l'absence presque complète de la réparation , et de la con-j ê servalion de valeur de la matière employée. Elles doivent avoir deux mètres dt' S longueur sur un de large, hors œuvre ( six pieds sur trois en dedans). Poui fl plus de solidité, des lames ou pans de tôle doivent en former le rond. Deux ta- fi blettes en bois dur , d'un mètre dix millimètres de long, sur cent quatre-vingtil | millimètres de large, rejetées pour les deux tiers de leur largeur en dehors di^ 4 lit, seront fixées aux montans de la tête et des pieds de la couchette, afin d( il recevoir, d'un côté , les ustensiles du malade, et de l'antre les alimens ou lei i autres objets à son usage que l'on y dépose. Le reste du coucher se compos< ^ d'une paillasse , un matelas formé par moitié de laine et de crin , un traversin une couverture de laine en été , deux en hiver , et deux draps. Les lits di plumes, les édredons et autres objets analogues , doivent être bannis des hôpitaux : ce sont des réceptacles toujours prêts à recevoir, à conserver de miasmes, et à perpétuer les infections locales. Les femmes ou les hommes! qui des plaies de tête , des affections douloureuses aux parties supérieures di corps , rendent un coucher plus doux nécessaire, ont seuls besoins d'êtr pourvus d'oreillers de plumes. Les réglemens en accordent aux officiers, dan les hôpitaux militaires, ainsi qu'un sommier de crin , au lieu de paillasse.

Indépendamment du coucher , les malades , en entrant à l'hôpital , doivent , trouver un vêtement complet, large, approprié à la saison, et qui leur per mette d'aller satisfaire aux besoins naturels , ou de se livrer à la promenade

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sans êlre exposés aux dangers qu'entraînerait l'impression du froid et l'aclion des coiirans d'air. Ce vêlement se compose d'une chemise, d'une cravate , d un bonnet en laine , garni d'une coiffe de toile, d'une capote ou robe de chambre, d'un pantalon en drap pour l'hiver , en loile pour l'été , de demi-bas ou de chaussettes , et d'une paire de pantoufles. Les femmes ont une camisole; et le jupon remplacera pour elles le pantalon.

Enfin, ce mobilier individuel sera complété par une cuiller à bouche et une fourchette en ferétamé; par une écuelle,une assiette, trois pois, de cent, de cinquante et de vingt-cinq centilitres, pour les tisanes, les boissons et le vin. Ces objets doivent, autant que possible , être confectionnes en élaui , dont la propreté est plus facile à entretenir , et qui consei ve toujours de la valeur. Le pot de chambre seul peut être en faïence. Une planchette de bois mobile, de 450 millimètres de long sur 300 de large, entourée dun rebord excédant le fond d'un centimètre, et garnie d'une agrafe tlestinée à l'attacher au lit, servira de table pour les malades qui ne peuvent se lever pour prendre leurs repas.

Les tables de nuit, placées entre les lits, dans beaucoup d'hôpitaux , gênent plus qu'elles ne sont utiles. Les malades ne tardent pas à y répandre de l'urine, (|ui pénètre le bois, l'imprègne d'une odeur repoussante, et le rend infect. Ces objets ne sont coramotles que dans les maisons particulières. Les petites tables simples , destinées à remplacer la tablette de la tête du lit des malades , ne sont guère plus commodes , et embarrassent les aboids des lits , autour desquels il faut constamment avoir un accès parfaitement libre. De grandes tables en chêne , garnies de bancs, et occupant le milieu de la salle , suffisent pour les malades qui veulent se réunir, soit pour prendre leurs repas, soit pour se livrer à quelqu'un des jeux que l'on peut tolérer. Les autres trouveront sur le pied de leur lit un siège commode, et sur la tablette attenante la table dont ils ont besoin.

Des chaises percées pour les malades qui ne peuvent aller aux latrines , seront tenues en réserve et disti ibuées entre les lits selon le besoin. Chaque malade sera pourvu d'un crachoir, en bois, rempli de sable, placé près de la tête de son lit; ceux dont il importe de conserver les |irodui(s de l'expectoration auront des crachoirs en étain ou en fer-blanc. Pour les malades que leur faiblesse empêche de prendre ces vases , on étendra sur le lit un crachoir ou demi-drap en toile, sur lequel ils pourront cracher sans se déranger.

Il ne saurait entrer dans le plan de ce travail d indiquer les autres articles dont le mobilier d'un hôpital doit se composer , tant pour les cuisines que pour la buanderie et même la pharmacie. Mais un point sur lecjuel il importe de fixer l'attention , parce qu'il exerce une grande influence sur la salubrité intérieure de l'établissement, sur la facilité du service et sur le bien-être individuel des malades , c'est le nombre de chacun des objets indiqués plus haut, dont il convient d'être approvisionné , relativement à la population que l'on suppose pouvoir ailmettre. 11 ne faut ici ni trop , ni surtout trop peu.

Après divers tàtonnemens , et en tenant compte de tous les besoins, l'administration militaire , en France , s'est arrêtée aux fixations suivantes , dont l'expérience confirme l'opportunité, et qui peuvent, à quelques modifications près , être adaptées à tous les hô[)itaux civils. Pour mille individus , qui forment le nombre de malades le plus considérable qu'il convienne de réunir dans un même local , ou a calculé qu'il faut 1,150 lits complètement garnis de paillasse, matelas , traversins et couvertures ; en surplus 230 enveloppes de matelas et autant d'enveloppes de traversins ; draps de lit 9,200 ; chemises 3,750; cravates 2,000; bonnets de laine 1,150; coiircs de toile 5,750; capotes ou robes de chambre 1,150 ; demi-bas, en laine pour 1 hiver et en fil pour l'été, 2,300 de chaque; pantoufles 1,150; pantalons de drap pour l'hiver 1,150, et de toile pour l'été 2,3(jO ; crachoirs en toile, que l'on étend sur les lits des malades qui ne peuvent se servir des vases propres à cet usage , 230; corsets de force, avec leurs accessoires 50. Dans les hôpitaux militaires , on compte pour un vingtième de ces quantités , les fournitures spéciales destinées aux officiers , telles que sommiers de crin , oreillers et taies d'oreillers , etc.

Ajoutez 'a ces objets divers, 'lOO nappes assorties, 500 serviettes , 500 essuiemains , 1,200 torchons , des robes en toile pour les officiers de santé en chef, des tabliers pour les autres ; et vous aurez une assez juste idée de l'ensemble de ces fournitures.

Cette fixation générale est établie sur la base de 3/5 blessés bu fiévreux , dont 1/20 officiers ; 2/5 galeux ou vénériens à qui l'on donne souvent des draps et chemises particulières , et une addition de 3/20 pour les infirmiers , les rechanges et les réparations.

Il existe sans doute des hôpitaux parfaitement tenus et administrés , qui comptent plus de mille ou même de douze ou quinze cents malades ; mais l'expérience me semble démontrer qu'au-delà de ce nombre, les embarras commencent à devenir plus nombreux , la salubrité diflîcile à entretenir et à surveiller, les abus de tous les genres trop aisés à dissimuler, les dangers de l'infection trop grands. Il est , dans les administrations comme dans toutes les affaires, des bornes que la puissance ordinaire de 1 homme ne doit pas dépasser; et les limites que je viens d'indiquer sont dans ce cas.

1. Les alimens , dans les hôpitaux , doivent être simples et de bonne qualité. 11 ne faut ni ragoûts, ni épices , ni mets recherchés, ni friandises. De boa bouillon , de bonne viande , de bon pain , voilà la base du régime hospitalier; un vin médiociemenl chargé en couleur, et assez chaud pour supporter, sans devenir trop fade , l'addition d'une certaine quantité d'eau, constitue la meilleure boisson alimentaire que puissent recevoir les malades. A défaut de vin ayant ces qualités, il faut bien se contenter de certains vins que fournissent les

DlCT. DE MÈDECIME ET DE CHIRURGIE PR.ITIQCES.

lieux où les hôpitaux sont établis , et même de bière ou de cidre. 'Mais on ne doit pas oublier (jue le bon vin est toujours préférable.

Afin d'assurer la confection d'un bouillon convenable, qui peut être considéré comme la base de l'alimentation hospitalière, on mettra h la marmite deux cent cinquante grammes de viande pour chaque malade , infirmier ou servant. Les hommes à la diète absolue, ou au régime entièrement maigre , sont seuls exceptés de ce calcul. On peut admettre dans cette pesée, avec deux tiers de bœuf, pris dans les quartiers de l'animal , sans tète, cou ni saignure , un tiers de mouton. Ce dernier, tiré de la marmite , et mis ensuite sur le gril, sert a préparer un aliment plus léger que le bœuf, et cependant substantiel. Ajoutez à ces matières alimentaires fondamentales des farines féculentes, du lait, des œufs , des fruits cuits , des pruneaux, dans quelques localités du poisson , et vous posséderez une variété de régimes suflisaus pour satisfaire à toutes les indications , à tous les besoins. Les légumes doivent être pris parmi ceux de la saison ; en hiver les légumes secs, tels que les pois, les haricots, les lentilles, devront toujours être décortiqués au préalable, ou préparés en purée, afin de les débarrasser de leurs enveloppes indigestibles , qui surchargent les voies alimentaires , les irritent quelquefois, et sont sans profit pour la nutrition.

Les alimens doivent être prescrils par portions, trois quarts, demies, et quarts de portion; la portion entière se compose, pour un homme guéri et qui sort de l'hôpital , de ■ pain, 375 grammes, viande, HO grammes, et vin , 25 centilitres. Les sous-divisions sont proportionnées à ces quantités. Les légumes peuvent remplacer la viande. Au dessous de la demie , les alimens légers seront, selon le besoin, substitués aux légumes et à la viande. Tous les malades au régime gras ont à chaque distribution 50 centilitres de bouillon. On met à la marmite , pour chaque individu présent , un litre d'eau , lequel doit être réduit d'un quart au moins par la cuisson.

L'excédant de viaiiile et de bouillon qui résulte de ces dispositions trouve son emploi dans les ilistributions aux infirmiers et servans , ainsi que pour les bouillons des diètes qui sont souvent multipliées , et pour les entrans entre les distributions.

K. Comme les alimens, les médicamens des hôpitaux doivent être choisis parmi ceux qui unissent la simplicité à la sûreté d'action. Un formulaire en contiendra la nomenclature , et il devra servir de règle aux prescriptions. Dans les hôpitaux d'instruction , pour le service militaire, et dans les salles de clinique pour les établissemens civils , les médecins et chirurgiens pourront seuls s'affranchir du Joug de ce formulaire , afin d'essayer les médicamens nouveaux, de vérifier l'action des anciens, et d'opérer, par suite, d'après l'expérience , dans la matière médicale hospitalière les additions, les changemens, ou les rectifications que les progrès continuels de la science rendent incessamment nécessaires.

IL Personnel, organisalion. Le personnel des hôpitaux se compose de médecins, chirurgiens et pharmaciens de divers grades, des membres ou officiers de l'administration , et de servans de tous les genres , spécialement d'infirmiers.

A. On a calculé qu'il faut un chirurgien chargé des panseraens pour vingtcinq blessés et cinquante fiévreux , vénériens ou galeux. Indépendamment de ce nombre d'élèves internes , auxquels on adjoint des externes en proportion de leur affluencc , et surtout de la gravité des pansemens , il importe que chaque chef de service soit suivi dans sa visite par un élève, muni d'un cahier, sur lequel sont inscrites les prescriptions alimentaires, médicinales et chirurgicales faites à chaque malade. Il est facile, d'après cette base , de calculer combien de chirurgiens du grade le plus inférieur sont nécessaires pour le service d'un hôpital d'une population déterminée. On doit toutefois ajouter à ce nombre un léger excédant de personnel , destiné à pourvoir aux cas de maladie , de congé , et à quelques besoins en dehors du service des salles, tels que l'amphithéâtre , les préparations anatomiques, etc.

Un on plusieurs chefs de service, tant pour la chirurgie que pour la médecine, sont indispensables. Pour être fait convenablement, sans trop fatiguer celui qui en est chargé , et afin qu'il puisse consacrer à chaque malade l'attention et le temps que son état réclame , il ne faut jamais qu'un service de blessés ou de fiévreux excède soixante à qualrcrvingts individus. On peut porter ceux des vénériens à cent, et ceux des galeux à cent cinquante, mais non au delà. Tout service qui dépasse ces nombres , déterminés par le genre des maladies , excède, en général , la force d'attention dont un lîomme dispose ; et l'on peut affirmer que , dans le plus grand nombre des cas , l'humanité aurait à gémir de cette surcharge.

A chaque service doit être attaché un élève en pharmacie , dont l'office est de recueillir avec exactitude toutes les jirescriptions faites à la visite. Son cahier, auquel celui du chirurgien sert de contrôle , soit pour la rectification des erreurs , soit pour la comptabilité, passe le jour suivant aux mains du médecin, qui y retrouve ses prescriptions de la veille , à l'aide desquelles il lui devient plus facile de pourvoir à tous les besoins du jour. Autrefois, les cahiers , dans les hôpitaux militaires, étaient divisés par cases dont chacune correspondait à un numéro de lit et à un malade; il fallait y inscrire chaque jour ce numéro , ainsi que le nom et les autres détails relatifs à la personne qui l'occupait ; et le chef de service n'y ll.-ait jamais que sa prescription delà veille. Aujourd'hui, des deux cahiers, l'un est consacré aux jours pairs et l'autre aux jours impairs. Chaque page correspond à un lit ; on y inscrit en tête le nom du malade, son âge , sa profession , le jour d'entrée , celui de l'invasion , cl le nom de la maladie dont il est atteint. Quinze cases, placées au-dessous de cet entête, correspondent pour chaque cahier , aux quinze joiu-s pairs et impairs du mois. Il résulte de cette disposition que le médecin ou le chirurgien, à sa \isite, a souj

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us ou peut

les yeux, non-seulement sa pénultième prescriplion , mais encore un pli moins grand nombre île celles qui l'ont précédée, el à l'aide desquelles il suivre d'un coup-d'œil les phases diverses que la maladie a parcourues. Les observations intéressantes sont , de cette manière aussi bien plus faciles à recueillir exactement , ce cahier suppléant les leuilles de clinique, si souvent placées comme étiquettes plutôt que comme objet d'utilité au lit des malades.

Dans chaque partie du service médical ou chirurgical, il faut un chef chargé de la direction supérieure et de la répartition des divisions de malades entre ses collaborateurs. Ce chef, en nudecine , non plus qu'en chirurgie , ne doit imposer ni ses croyances théoriques ni ses procédés de traitement aux personnes sous SCS ordres , et qui , comme lui , doivent être pourvues du grade de docteur. Aucune autre influence que celle de Texcuijde et de la persuasion ne doit être exercée en médecine pratique; mais il est, dans un hô()ilal , d autres devoirs à remplir (jue ceux du traitement immédiat des malades j tels sont la surveillance des élèves , leur distribution dans les divisions , les remplacemens en cas d'absence , la responsabilili; , relativement a 1 ensemble du service , et enfin les correspondances avec les autorités supérieures. Le chef seul doit et peut être chargé avec avantage de toutes ces obligations. On a soutenu , dans ces derniers temps, que les chirurgiens chargés du service dans les hôpitaux civils, devraient être, comme les médecins de quelques uns de ces établissemens à Paris, égaux entre eux, et alterner dans les diverses divisions d'hommes et de femmes de leur département. C'est l'inverse de cette j)roposition qu'il convenait de soutenir; c'est-à-dire l'établissement de la hiérarchie là où elle n'existe pas, au lieu de sa destruction là où elle se rencontre.

Je n'ignore pas qu'un chef , eu médecine ou en chirurgie, peut abuser de sa position; qu'il peut être animé de passions envieuses ou autres, et que sa présence, comme chef, n'est pas toujours sans incon\ énient. Mais , il'une part , l'opinion générale ne laisse pas que de se prononcer bientôt, lorsque l'injustice et la partialité deviennent trop criantes; de l'autre, la confraternité impose toujours des égards, dont il est presque impossible au tyran le moins raisonnable de s'all'ranchir; enfin , si , entre plusieurs personnes chargées du service , il n'y a pas un chef pris parmi elles , il y en aura un autre pris au-dehors , dont les préférences ou les antipathies ne seront ni moins à redouter, ni plus tolérables. J'ai souvent médité sur celte question, et je suis resté convaincu que ce qui existe pour la chirurgie , dans tous les hôpitaux , est ce qu'il y a de mieux , et qu'il faudrait l'étendre à tous les établissemens où plusieurs médecins sont employés.

Quant à la pharmacie, la hiérarchie n'y est pas l'objet d'un doute : la surveillance, la centralisation des opérations, et la comptabilité exigent que ce service repose sur une seule personne, qui en soit responsable, et lui serve de garantie.

B. Le service administratif doit avoir également un chef supérieur chargé d'en surveiller et d'en diriger l'ensemble. Ce chef, sous les noms variés d'économe , de comptable ou de directeur , a sous ses ordres tous les employés de rétablissement, hors les membres du service de santé.

c. Les infirmiers constituent, après les médecins, chirurgiens et pharmaciens , la partie du personnel d'un hôpital la plus importante pour le service et pour le bien-être des malades. On ne saurait apporter trop d'attention dans le choix qu'on en fait : car c'est sur eu.\ que reposent , non-seulement 1 entrelien de la propreté et la salubrité des salles , mais cette exactitude précieuse à remplir les prescriptions de détails , aussi bien que ces soins de tous les instans , ces prévenances qu'il faut s.ivoir rendre douces el alfectueuses , et qui influent si puissamment sur le rétablissement des malades.

Les hommes el les femmes doivent avoir , dans les salles, des infirmiers de leur sexe. Si l'on ne peut supporter l'idée que les femmes soient , étant malades, soignées par des hommes , la raison n'admet pas davantage que les femmes remplissent les mêmes fonctions près des hommes. 11 est une foule de détails du service des infirmiers , surtout dans les hôpitaux , qui ne sauraient être convenablement exécutés que par îles personnes du même sexe que le malade.

Un autre axiome de pratique hospitalière est que tous les infirmiers , hommes et femmes , doivent être laïcs, n'a|)parteiiir à aucune corporation, n'avoir d'autre assujétissement que la règle du service , et les ordres , soit de 1 administralion , soit des oflîciers de santé, relativement aux piescriplions à exécuter près des malades. Personne ne respecte plus que moi les sœurs , de catégories variées , qui sont attachées à nos hôpitaux civils ; personne n'a plus d estime et de vénération pour elles Toi.tefois, après avoir observé les établissemens qu'elles desservent , non-seulement à Paris , mais dans plusieurs villes de nos departemens, j'ai acquis la conviction que leur service est de beaucoup inférieur à celui que font ou que feraient à leur place des personnes entièrement dégagées des liens de corporation. A une époque où les soins à donner aux malades dans les hôpitaux étaient entourés de dangers , el où des préjugés injustes s'élevaient contre les fonctions d'infirmiers, les associations religieuses destinées aux hôpitaux onl rendu d'immenses services , et la reconnaissance publicpie doit s'attacher a leur souvenir. 11 en est de même des établissemens cléricaux , et de certains ordres monastiques, relativement à la con.Livation des manuscrits, à la continuation des éludes littéraires , et graduellement aux travaux qui préparèrent la renaissance des lettres el l'émancipation de l'esprit humain. C'est ainsi que chaque chose , au temps de sa création , eut son utilité. Mais les siècles se mod.deut, les hommes s éclairent, les préjugés se dissipent ou changent d objet, et les institutions doivent suivre le cours de ces insensibles révolulions.

Or, répoque de l'utilité des associations religieuses, appliquées au sci vice des

hôpitaux , est définitivement passée. Les personnes qui en font partie créent dans ces établissemens un pouvoir trop indépendant, trop souvent rival de celui de l'administration , pour qu'il n'en résulte pas , durant presque toute l'année, des embarras , des conflits, des tracasseries , dont les malades finissent toujours, en dernier résultat , par soufl'rir. Chargées , dans beaucoup de localités , de la pharmacie , toujours de la cuisine , de la lingerie , des distributions alimentaires , les sœurs y sont despotiques , et se montrent d'autant plus rebelles au joug de la discipline administrative , ou insouciantes des prescriptions médicales , qu'elles onl derrière elles la supérieure, leur ordre tout entier , el au besoin l'évêque ainsi que la masse du clergé , armés de mille influences, et disposés à les soutenir. Quel médecin des hôpitaux civils, à Paris même, peut aflirmer ipie ses prescriptions, relativement au régime, sont, chaque jour, littéralement suivies? Je ne pousserai pas plus loin ces observations : il est des inconvénieus graves attachés à ce mode de service que les administrateurs , que les médecins des hôpitaux connaissent, et que les hommes éclairés de toutes les classes devineront aisément, mais sur les({uels l'écrivain doit se garder d'insister.

Les infirmiers libres, choisis dans la populalion des localités, sont donc ce qui convient le mieux pour un bon service hospitalier. Je voudrais qu'on ne les j admit pas, dans les hôpitaux civils, au-dessous de vingt ou vingt-cinq ans , ni j au-dessus de quarante à quaraute-cinij , afin d'avoir des sujets encore vigoureux , ingambes , el susceptibles de contracter les habitudes d'ordre , de douceur, i d'attention , d'exactitude que leur profession réclame. Il serait utile également qu'ils suisent tous lire et écrire ; ce qui est , en général, une garantie d'éducation , et la preuve d'une certaine culture d'esprit, qui rend les hommes plus modifiables. Avec ce degré d'instruction , ils pourront d'ailleurs devenir infirmiers-majors ; et celte perspective, oflerte à leur ambition, les rendra plus assidus cl plus zélés dans l'accomplissement de leurs ilevoirs. On doit surtout leur accorder, avec une solde suflisante, un vêlement chaud et convenable en toute saison. Des personnes propres et bien tenues seront toujours plus agréables aux malades , que d'autres , dont les vêtemens sont souillés ou en mauvais ; état. 11 est évident, ensuite, que des infirmiers ou infirmières bien payés auront moins de tendance à se livrer aux pratiques funestes que suggère la cupidité, , seront plus altachés à leur emploi, craindront davantage de le perdre, et ra- , chèteront certainement, par ui! meilleur service , le léger excédant de salaire qu'on leur accordera. Enfin, il serait à désirer qu'après vingt-cinq ou trente ans de service, l'infirmier, que soixante à soixante-dix ans d'âge , ou de graves infirmités , contractées en soignant les malades, mettent hors d'état de continuer son travail , eût pour le reste de sa vie une retraite , qui consisterait dans le ; logement, la subsistance et le vêtement à l'hôpital même dans lequel il aurait parcouru son utile et honorable carrière. L'hospice de Montrouge, à Paris , ue ; remplit que très-imparfaitement cette philantropique destination. Ces vétérans i ue resteraient pas entièrement inoccupés : il est beaucoup de fonctions légères ou de surveillance qui pourraient leur être confiées ii\ec avantage, et parlésquelles ils rachèteraient en partie ce que l'établissement leur fournirait. Mais leur présence serait pour leurs successeurs un encouragement précieux : tous verraient que leurs services sont estimés à leur juste valeur, et que s'ils exposent leur vie , s'ils contractent el remplissent de pénibles obligations , du moins ils sont assurés d'avoir pour leur vieillesse une retraite qui ne leur échappera;' pas , et qui les placera au dessus des atteintes de la misère.

Les infirmiers-majors ou les chefs de salle doivent être, dans les hôpitaux,, en nombre égal à celui des divisions de médecins et de chirurgiens; de telle sorte que chaque chef de service en ait un, qui lui rende journellement compte, le malin , de ce qui s'est passé la veille dans sa division , et à qui il puisse confier la surveillance d'une foule de détails dans les soins que re'clament les malades.: Ces chefs assistent aux visites des médecins et chirurgiens , aux distributions alimentaires, font des rondes de jour et de nuit , et s'assurent que la propreté règne partout, que la température en hiver est maintenue au degré convenable:; ils sont, en un mot , responsables de l'ensemble du service des infirmiers , et doivent les diriger en même temps que présider à l'exécution de toutes les me-r sures de salubrité que les réglemens et les médecins prescrivent.

Il est, en général , utile de les choisir parmi les infirmiers qui remplissent leurs devoirs avec le plus de zèle, d'intelligence, afin d'entretenir l'émulation , et de leur montrer toujours que des récompenses peuvent être le fruit de leur bonne conduite.

Ajoutons ici que l'expérience démontre de plus en plus l'excellence des corps d'infirmiers militaires, employés dans les hôpitaux de l'armée, et aux ambulances , en campagne. La belle conduite de nos jeunes soldats infirmiers , dans rex|)édition contre la citadelle d'Anvers, confirme toutes les espérances que leur organisation a lait uaitre , et les éloges que nous leur avons accordés,

{f^OJ-eZ AME0LA.^■CE.)

D. Un aumônier doit être attaché à chaque hôpital : ses fonctions sont celles du culte , et se bornent à ce qui le concerne directement. L'administration lui restera complètement étrangère; il ne faut même pas qu'il se rende, ni le dépositaire d'objets ou d'aumônes, ni l'intermédiaire des réclamations ou des plaintes des malades. Religieux, il ne convient pas, pour lui plus encore qu( ! pour les autres, qu'il altère ce que ce caractère a de sublime , par aucune allianc< ' étrangère.

m. Sen-ice. A. Dans chaque division de malades, une visite du médecin ci, du chirurgien traitant doit être faite , le matin, à six heures en été, et à sepii heures en hiver. Ces heures sont commandées par la nécessité de préparer et d< distribuer les médicamens en temps opportun , ainsi que par le besoin de réglei

HOPITAL

HOPITAL

e travail de la dépense et de la cuisine , avant dix heures , cijoque à laquelle se

Iont les premières distributions alimculaires. Avant la visite , les cliirurgieus le pansement ont dû préparer leurs appareils ; et le chirurgien , chef de ser- 'ice, fait faire sous ses yeux , ou exécute lui-même , ceux de ces pansemcns qui )résentent un intérêt spécial ou une gravité extraordinaire. Tantôt ce travail se ait avant de commencer la visite j tantôt peiulant cette visite même, lorsque 'on arrive au lit du malade qui en est l'objet. L'habitude et l'usage modifient ;elle règle sans inconvénient. Mais, toujours, le chef de service, muni du hahier de la veille, est accompagné, 1" du pharmacien, ainsi que du chirurgien, qui écrivent, sous sa dictée, toutes les prescriptions faites à chaque fmalade ; 2» du chirurgien de pansement tlu rang , qui lui rend compte de l'état [des plaies, lui découvre celles qu'il veut examiner, l'aide à faire les pansemcns 'qiril croit convenable d'exécuter lui-même , et reçoit ses ordres ou ses rcmon- •Irances relativement à la pratique des autres ; 3° de l'infirmier-major, à qui il Is'adresse pour toutes les recommandations concernant le service des infirmiers, iet qui doit être muni d'un cahier ou carnet sur lequel il les inscrit, en même temps que la prescription alimentaire; 4o de l'infirmier descendant lu 'garde, qui lui rend compte de la manière dont cha(]ue malade a passé la nuit, des évacuations (]ui ont eu lieu, et de toutes les particularités qu'il importe de (connaître avec exactitude pour diriger le traitement des affections d'une certaine gravité.

i' Après la visite , le chirurgien pratique, dans une salle particulière, destinée |hcet efl'ct, les opérations importantes ou délicates , dont il a reconnu la nécessité , et qu'il n'a pas cru devoir exécuter au lit du malade. Si une clinique existe, la leçon se fait àcetinstant. Toujours, il convient de rassembler, après la visite, toutes les personnes qui l'ont suivie , tant afin de donner aux élèves quelques j notions sur les malades les plus intéressans que l'on vient de voir , que pour rappeler les diverses recommandations et prescriptions dont il a été question.

Une seconde visite doit être faite, le soir, après la seconde distribution ; elle est accompagnée , dans chaque division , par l'infirmier-major, par l'infirmier dé garde , et a pour objet de s'assurer de la manière dont les malades ont passé la journée , de la nature des accidens survenus, de pourvoir aux besoins nouveaux, ou de pratiquer les opérations urgentes que les entrans peuvent réclamer; enfin, d'ajouler, selon les circonstances , de nouvelles prescriptions, pour la nuit , à celles qui ont été faites le matin. Le pharmacien et le chirurgien de garde sont chargés , chacun en ce qui le concerne , de l'exécution de ces prescriptions inattendues ou supplémentaires.

B. Faites à dis heures du matin et à quatre heures du soir, les distributions alimentaires sont présidées par l'infirmier major, qui fait donner à chaque malade les quantités de pain , de bouillon , de viande, légumes ou petits aiimens, qui lui ont été prescrits. Le chirurgien de garde parcourt en même temps les salles , soit pour faire droit aux réclamations qui peuvent être élevées , soit pour modifier les piescriptions , à raison des accidens inattendus que quelques individus ont quelquefois éprouvés.

c. Un chirurgien de garde pour trois cents malades , choisi parmi les internes, et auquel on adjoint, selon le besoin, un ou plusieurs externes, doit rester depuis le service du matin jusqu'au lendemain à la même heure, constamment à l'hôpital, afin de recevoir et de visiter les entrans , de remplir les indications les plus urgentes qu'olTre leur état ; d'exécuter les pansemens et opérations que les chefs de service ont prescrits pour la journée , et de remédier à tous les cas imprévus. Il remplace le chirurgien en chef, et en exerce temporairement l'autorité. Il doit , le matin , rédiger sur tout ce qui a eu lieu durant sa garde , un rapport, que l'on déposera dans la salle des médecins et chirurgiens de visite, qui seront ainsi instruits , dès leur arrivée, des faits les plus importans survenus dans leurs divisions respectives.

Un pharmacien de garde sera laissé à la pharmacie , avec tous les objets nécessaires à l'exécution des prescriptions qui pourront être faites , tant par le chirurgien de garde que par les chefs de service à leur visite du soir.

Enfin , la surveillance administrative sera confiée , pour la durée de chaque période de vingt-quatre heures, à un membre ou officier de l'administralion , et celle des infirmiers à un infirmier-major. Ces divers employés rédigeront, comme le chirurgien et le pharmacien de garde, un rapport journalier, relatant tout ce qui, dans les attributions de chacun , peut intéresser le service.

n. Les fenêtres cl les ventouses des salles doivent être ouvertes au moins quatre fois par jour, à la suite des balayages qui ont lieu avant la visite du matin , après les pansemens , et à la suite des distributions. Indépendamment de ces ouvertures générales , il est presque toujours utile de laisser ouvertes , pendant une grande partie tle la journée, quelques fenêtres supérieures, afin d entretenir dans la salle un courant atmosphérique continuel, quoique assez peu considérable pour ne pas nuire, pendant l'hiver, au maintien d'une douce température. Des lavages ont lieu une fois par semaine ou tous les quinze jours , selon la saison, afin d enlever les matières adhérentes au carrelage du plancher. Nous avons employé avec avantage , lorsque les salles sont surchargées de malades gravement atteints , les arrosages avec de l'eau , à laquelle on ajoute du chlorure de chaux dans la proportion du tiers ou de moitié; ces arrosemens étaient faits quatre fois par jour, après les balayages qui succèdent aux pansemens et aux distributions.

La température moyenne des salles doit être , en hiver, de 15 à 17 degrés. Il importe qu'elles soient constamment éclairées pendant la nuit par un nombre sufiisaut de becs de lampes , et que les infirmiers de garde aient à leur disposition une lampe portative.

Toutes les salles doivent être grattées et blanchies à l'eau de chaux, au

moins une fois par an, et même deux, si le besoin l'exige. On choisit ordinairement le commencement du printemps pour le nettoyage annuel, général; le blanchissage accidentel se fait de préférence au début de l'automne.

E. Les chemises et les coiffes de toile des malades doivent être changées tous les huit jours , au moins ; les draps , tous les quinze jours , ainsi que les chaussettes et les pantalons de toile, ou les vêtemens analogues jiour les femmes. On changera en outre immédiatement toutes les pièces des fournitures de lit que la sueur, la suppuration ou les produits des excrétions auraient imprégnées ou salies.

Le linge que le malade laisse en sortant , à quelque époque (ju'il lui ait été donné , doit être reblanchi. Il convient que toutes les fournitures de coucher sur lesquelles un malade est décédé , soient immédiatement enlevées et remplacées p.ir d'autres. La paillasse sera vidée et lavée; les matelas et les couvertures seront exposés pendant plusieurs jours à l'air, et soigneusement nettoyés. Si les médecins le jugent utile, ou devra procédera leur désinfection. Les cas dans lesquels on se croirait obligé de les brûler sont heureusement fort rares.

Telles sont les règles principales qui doivent présider à l'organisation et aux service des hô|)itaux. La propreté et l'orili e sont le seul luxe que ces établissemens comportent. Ils n'ont besoin ni de colonnes, ni de corniches, ni de rideaux : mais que tout le linge soit Lien blanc; cjue toute chose , exactement nettoyée , se trouve à sa place; que chaque employé soit à son poste , occujjé , sans bruit et sans confusion , à son devoir; qu'aucune mauvaise odeur ne frappe désagréablement les sens, ni dans les corridors ni dans les salles ; que tous les vivres soient bons ; que partout régnent un empressement affectueux , une régularité de tous les instans, une décence et un calme que la nature du lieu et la présence de malheureux soufTrans semblent facilement commander. A ces caractères , vous reconnaîtrez facilement un hôpital bien administré.

Deux modes généraux d'administration se sont long-temps disputé la prééminence, relativement aux hôpitaux. Ce sont ceux de l'économie et de l'entreprise. Chacun d'eux présente des avantages et des inconvéniens ; mais de nature différente. L'entreprise peut être faitcau rabais, et permuta l'état ou à la commune de savoir e.xactement dès le début à combien se monteront les dépenses, avantage que l'on ne peut obtenir par l'autre mode. Les hôpitaux administrés pourlecom{)te de l'autorité coûtent peut-être aussi un peu plus cher que les autres. Mais cet excédant de dépense tourne au profit des malades et du bon entretien des effets mobiliers de toute espèce. L'entrepreneur est comme le locataire ou le fermier, qui ne porte jamais à la chose louée le même intérêt que le propriétaire. D'ailleurs , si faible que soit le pnx de la journée accordée à l'entrepreneur , il faut encore qu'il y trouve des économies à faire, et où peut-il les prendre si ce n'est dans la qualité des objets fournis , dans le cJioix médiocre et le moindre salaire des personnes , dans l'éloignement des blanchissages , dans l'incomplète réparation du linge, et dans une foule d'autres détails analogues? Ne placez jamais les hommes , surtout dans les hôpitaux , entre leur devoir et leur intérêt. Choisissez des administrateurs capables, intègres; surveillez-les, et soyez assuré que si alors vous dépensez un peu plus, cet excédant est largement compensé ])ar une mortalité moindre , par des guérisons plus rapides , par des séjours de malades moins prolongés. L'expérience a prononcé sur ce point en dernier ressort. Dans l'un comme ilans l'autre svstème, les médecins et chirurgiens doivent rester étrangers à l'administration : celui qui ordonne doit être libre , et ne jamais avoir la moindre participation à la dépense.

Il serait à désirer que les hôpitaux civils eussent un règlement général , applicable" à toute la France , dont les préfets seraient seulement autorisés à modifier quelques dispositions accessoires , à raison des localités. On fixerait ainsi , pour toutes les villes, à chaque partie du service, ses attributions, ses droits et ses devoirs , et l'on ferait disparaître ces conflits déplorables qui existent si souvent entre des personnes dont l'union est en cjuelque sorte un devoir d'humanité.

11 serait à désirer aussi que notre système entier de secours publics à donner aux pauvres, lorsque la maladie les atteint, fût régularisé et centralisé dans les mêmes mains. Les villes , par exemple , seraient divisées sous ce rapport en quartiers ; chaque quartier aurait un , deux ou trois médecins , convenablement rétribués , chez qui les pauvres devenus malades devraient aussitôt envoyer. Si le malade peut encore êl:re soigné chez lui , le médecin lui continuera ses visites , et lui fera toutes les prescriptions nécessaires , cju'un pharmacien désigné à cet effet exécutera. Si , au contraire , le malade est dans un tel état qu'il ne puisse rester chez lui , le médecin ou le chirurgien lui donnera un billet d hôpital , qui sera immédiatement visé par l'autorité du quartier , et avec lequel il sera aussitôt admis dans 1 hôpital.

D'après cette disposition, les médecins préposés au traitement des pauvres malades seraient divisés en deux classes: ceux des quartiers et ceux des hôpitaux. Les premiers régleraient tout ce que le patient , cjui désire et qui peut sans inconvénient rester dans sa famille , doit exécuter , et lui feraient donner tout ce que son état réclame ; les seconds rempliraient, comme ils le font d'ailleurs maintenant, le même office dans les hôpitaux. Aucun autre établissement de secours ne serait nécessaire ; tout se ferait avec ordre , avec facilité , sans gaspillage , de manière à ce que l'autorité pût savoir à chaque instant, et ce qui est dépensé pour les nécessiteux malades , et le nombre exact de ceux-ci , et les causes générales ainsi que la nature la plus ordinaire de leurs afi'ections. A l'aide de ce système , on ne verrait plus des individus s'adressant en même temps aux dispensaires , aux comités des mairies , aux bureaux des sœurs de la charité , recevoir de toutes mains , faire de la maladie une sorte de métier , et accaparer des ressources qui , par cela même , deviennent insuffisantes. Toutes les personnes charitables devraient mettre leurs dons à la disposition de

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