HOUBLON
p"nible , sans maladie actuelle de l'estomac , réclame l'usage des infusions aro- 1 cnatiques. rendues au besoins légèrement stimulantes par l'addition de quelques gouttes d'une liqueur alcoolique quelconque. Il suffit quelquefois , pour l'arrêter , d'une distraction ou d'un exercice actif après le repas; une volonté ferme, et surtout une action musculaire régulière, combinée de telle sorte qu'elle opère la diversion de celle qui constitue le hoquet, peut être un puistant moyen d'y remédier. On a souvent opposé avec succès au hoquet, soit essentiel, soit concommitanl d'une autre maladie , mais assez grave pour exiger un traitement spécial, les antispasmodiques, les stimulans diflfusibles , les caïmans , les bains froids et chauds , les boissons acides , froides et glacées , les huiles essentielles, les eaux fortement aromatiques; l'opium et ses diverses j préparations, tant h l'intérieur qu'en application exteine, les vomitifs, les puri gatifs , les révulsifs de toutes sortes ; les frictinns fort stimulantes , les saignées i et les ventouses; les vésicatoires , les moxas , le cautère actuel promené au I devant de l'épigastre et même appliqué immédiatement sur cette région. Ici , j comme en général dans toute autre maladie , toutes les fois qu'il sera possible I de remonter à la cause et de la combattre activement , ce sera le traitement par \ excellence. Si le hoquet enfin se présentait sous la forme intermittente, ce serait le cas de recourir au quinquina, ou à toute autre préparation anti-périodique.
( P. JOLLT. )
HORRIPILATION ^ korrifjilatio. Sentiment général de malaise , accompagné de frissonnement et de la saillie des bulbes des poils : dernière circonstance qui lui a valu le nom bien caractéristique de chair de poule , sous lequel on le désigne vulgairement.
L'horripilalion est un pht'nomcne éminemment nerveux, ce dont il est facile de se convaincre en examinant chez quels individus et dans quelles circonstances il se manifeste. On l'observe , en efTet , chez des personnes nerveuses , fort irritables ; au début de la plupart des maladies aiguës , et dans le premier stade de l'accès des fièvres intermittentes, alors qu'il n'y a encore que malaise, qu'un état incertain de souffrance ; à la vue d'un objet repoussant ou pénible , I à 1 annonce imprévue d'une nouvelle fâcheuse , au récit d'un acte qui fait hor- I reur , à la suite d'une impression subite et passagère de froid, de frayeur, etc.;
quelquefois il suffit , pour le produire, du contact même le plus léger sur la , surface du corps, avec l'extrémité du doigt, par exemple; il semble , dans ce cas, qu'un sentiment de froid, avec frissonnement, irradie du point touché vers la périphérie du corps, dont la peau, en se crispant, redresse tous les [ bulbes pileux ; et chez les personnes douces d'une grande irritabilité , cette j impression persiste long-temps encore après que la cause qui l'a produite a cessé d'agir.
. L'horripilalion , dont le siège paraît être dans les dernières ramifications nerveuses de l'organe cutané , semble le résultat d'une surexcitation de l'encéphale ou du cordon rachidien, aiusi que tendraient à le prouver la nature des
t causes qui lui donnent naissance.
Quand elle est accidentelle ou passagère , elle cesse bientôt d'elle-même par le retour de la chaleur à la peau , ou par une douce transpiration. Quand elle
( est le prélude d'un état pathologique, elle cesse encore plus ou moins promptement, suivant la gravité de la maladie qu'elle précède, et pour faire place à quelqu'un des autres symptômes propres à cette maladie.
Dans les cas où l'on croirait devoir combattre le malaise qui accompagne riiorripilalion, on pourrait avoir recours au mouvement, aux boissons émol-
I lientes chaudes , à des frictions douces sur la peau, aux bains tièdes , au repos
\ 4'un lit échauffé , etc.
(P. JoLLT. )
HOUBLON J humulus lupiilus; dioécie pentandrie monogynie , Linn ; urti- \ cées,Juss.; plante fort intéressante sous le rapport de l'économie domestique I et de l'industrie , et dont l'emploi médical , autrefois très-élendu, est maintenant fort restreint. Elle a été dans ces derniers temps étudiée avec un soin qui , laisse peu de chose à désirer; en même temps qu'il fait appréciera leur juste ; valeur les opinions émises par les auteurs sur ses propriétés immédiates et sur j -son action thérapeutique.
I . Le houblon croit spontanément dans une grande partie du nord et du centre de l'Europe, où d'ailleurs sa culture est devenue l'objet d'importantes exploitations. Sans parler des jeunes pousses qui contiennent une matière sucrée, et qui sont employées comme une substance alimentaire à laquelle on n'a d'ailleurs attribué , jusqu'à présent au moins , aucune propriété médicinale, et sans nous arrêter à des détails botaniques étrangers à notre sujet, il nous suffira de dire que la partie usitée , tant en médecine que dans la fabrication de la bière , «si le fruit , espèce de cône membraneux ou d'ovoide allongée , dont les écailles minces et persistantes renferment une poussière granuleuse, jaune, etde nature ■fesineuse. Cette matièrea reçu le nom de lupnline , dénomination propre à induire en erreur, puisqu'elle tend à faire penser qu'il s'agit d'un principe particulier analogue h l'émétine , à la morphine , etc. ; tandis qu'elle n'est ellemême qu'un composé de plusieurs élémens déjà connus. C'est néanmoins la partie essentiellement active du houblon.
: La lupuline, à laquelle on devrait donner la préférence pour l'usage médical, d'autant mieux que la nature l'offre sans la moindre difficulté, se présente sous la forme d'une poudre jaune qu'on obtient en effeuillant sur un tamis les cônes de houblon, et en lavant le produit de cette opération dans l'eau froide, pour en séparer le sable et les autres corps étrangers. Elle s'altère peu , et peut être long-temps conservée lorsqu'on a soin de la renfermer bien sèche dans un flacon exactement bouché. Ses propriétés physiques sont , outre sa couleur jaune, une saveur amère, qui n'est pas désagréable , et une odeur comme allia-
DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
cée. Elle est légère, et surnage dans l'eau, dans laquelle elle ne se dissout qu'imparfaitement. On a reconnu quela lupuline formait la dixième par tie du houblon de bonne qualité.
L'analyse chimique de celte matière , faite par plusieurs chimistes des plus distingués , a donné les résultats suivans : sur 200 grammes de lupuline , on a trouvé : matière amère, 25 grammes; résine bien caractérisée, 125 grammes; silice, 8 grammes. Ce sont les élémens les plus importans, surtout la matière amère, qui n'a pas été encore reconnue cristallisable, et à laquelle on a proposé de donner le nom de LupuLite , pour la distinguer de la lupuline. On y trouve également un assez grand nombre d'autres substances, mais en quantité' trop peu considérable pour qu'elles puissent être considérées commejouant un grand rôle dans l'action médicamenteuse du houblon. Telles sont un peu d'huile , de gomme, d'acide malique et de sous-acétate d'ammoniaque ; telles sont encore des traces d'osmazôme et de matière grasse ; de carbonate , d'hydrochlorate et de sulfate de potasse ; de carbonate, de malate et de phosphate de chaux ; d'oxide de fer et et soufre.
Il y a long-temps que le houblon figure dans la matière médicale ; et, comme la plupart des médicamens, il est considéré comme pouvant remplir des indications diverses, bien plus que comme pouvant à lui seul et en vertu de propriétés qui lui seraient exclusives, guérir certaines m:iladies. L'opinion du public médical s'est singulièrement modifiée au sujet de celle substance, au moins sous le rapport des vertus anliscrofuleuses qu'on lui atlribuait. Voici en effet comment s'exprime sur le houblon l'ouvrage le plus moderne que nous avons sur la matière médicale, ouvrage dont les opinions sont généralement judicieuses. « C'était , il y a vingt ans , le remède banal de ces maladies ( les scrofules et les affections qui en dépendent, comme le rachitisme, les tumeurs blanches , la cachexie, etc.) ; mais , soit que ses effets n'aient pas toujours procuré les avantages qu'on en attendait, soit plutôt par suite de théories nouvelles , on s'en sert beaucoup moins aujourd'hui, et on lui préfère à bon droit, dans ces maux, l'iode et ses sels. « Ce sera probablement aussi à bon droit que , dans quelques années, l'iode aura cédé le pas à quelque autre médicament nouveau ou rajeuni.
On a proposé le houblon comme succédané de la salsepareille, plante exotique et coûteuse ; et, si l'on en croit les auteurs , on en a obtenu des effets tout aussi satisfaisans dans les cas où la salsepareille a coutume d'être mise en usage. Cela , d'ailleurs, est d'autant plus facile à croire, que les effets tant primitifs que secondaires de ce médicament , beaucoup trop vanté, sont bien loin d'être constans et certains.
Les maladies de la peau, les dartres surtout, le catarrhe chronique, la goutte, la jaunisse, les dévoieraens opiniâtres, ont été traités avec succès, dit-on, parce médicament, dont on comprend bien l'application utile dans quelques cas particuliers , mais dont l'emploi général ne saurait plus être généralement conseillé.
Dans ces derniers temps , les médecins anglais et américains ont préfendu trouver dans la lupuline un sédatif précieux , ayant tous les avantages de l'opium, sans avoir aucun de ses inconvéniens (style obligé de tous ceux qui annoncent un nouveau médicament). Ils en ont retiré d'excellens effets dans les affections nerveuses, dans la goutte, et même dans le cancer. Quant à cette dernière maladie, c'est seulement pour calmer les douleurs lancinantes qu'elle entraîne, que ces observateurs ont employé la lupuline : plus judicieux en ceci que les anciens, qui n'avaient pas craint de proclamer l'utilité du houblon contre le cancer lui-même. Cependant, des pharmacologistes français, moins faciles peutêtre à se prendre d'enthousiasme, ayant examiné le houblon entier et la lupuline séparément, n'ont pas trouvé que les espérances qu'on avait fait naître se réalisassent d'une manière évidente. Cela n'empêche pas d'ailleurs qu'ils n'aient constaté son action excitante sur les organes digestifs qu'il impressionne à la manière des autres amers.
Il est à peine nécessaire de parler de la vertu lithontriptique que quelques auteurs ont attribuée au houblon. Les connaissances acquises sur la composition chimique des calculs urinaires, réduisent à leur juste valeur ces assertions, que n'étaie d'ailleurs aucune série de faits bien observés.
Ainsi donc, quoi qu'on ait pu dire du houblon , les travaux des chimistes et les recherches des praticiens se réunissent pour faire penser que la matière qu'il renferme est véritablement son principe actif; c[ue ce principe ne diffère pas essentiellement des principes amers contenus dans plusieurs végétaux, et dont il est probable que les progrès de l'analyse finiront par démontrer l'identité ; qu'enfin , l'action ihérapeulhique de cette substance ne présente rien de particulier , et qui ne s'explique bien que par les lois générales de la physiologie et de la thérapeutique. Il faudrait n être guère au courant ni des unes ni des autres pour ne pas comprendre que le houblon peut être employé utilement pour provoquer l'expulsion des vers intestinaux , ou pour combattre les fièvres intermittentes ; comme aussi pour penser que ce médicament offre même, dans ces cas très-simples , une telle efficacité, qu'il ne saurait être suppléé par aucun autre.
L'usage habituel est d'employer le houblon en décoction, h la dose d'une demi-once ou d'une once dans une pinte d'eau. Cette préparation est assez faible puisque les principes réellement actifs ne se trouvent pas dans la partie herbacée. L'infusion des cônes est bien autrement remarquable pour ses propriétés : elle est jaune , amère et aromatique; ce qui dépend de la présence de la lupuline. Ces qualités sont d'ailleurs celles qu'on remarque dans la bière lorsqu'elle est convenablement houblonnée. Le formulaire de M. Magendie donne plusieurs formules pour l'administration de la lupuline. Ces formules peuvent être employées telles qu'elles sont, etvarices à l'infini. On voit une teinture formée d'une
HUILE
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partie de lupuline sur trois cl alcool à 36» ; un sirop fait d'une partie de teinture et sept parties de siropsimple ; unepommade composée detrois parties d'axonge pour une partie de médicament. La lupuline peut également être donnée en substance, sous forme de poudre ou de piUdes : sa parfaite innocuité permet d'en porter la dose assez haut, lorsque surtout on a le soin de l'augmenter par degrés. La lupulite, ou principe amer, plus active que la lupuline , peut être donnée sans inconvénient à la dose de quatre ou six grains; plus haut, elle fatigue l'estomac et produit des nausées et des vomissemens ; mais jamais elle n'a déterminé d'accidens graves. (F. Ratier.]"
HOUX. I/ex acjui/ulium ; létraudr'ie Iclran^yine , Link. ; rhamnées , Jcss. Le houx, qui, suivant le pays où il croit , t.inlot reste un simple arbrisseau , tantôt acquiert les proportions d'un grand aibre , est d'une grande utilité dans l'économie rurale; quant h l'usage qu'on en peut faire en médecine , c'est dans ces derniers temps seulement qu'on y a donné une attention convenable; bien que depuis long-temps il soit usité comme moyen de traitement de diverses maladies. Outre qu'on a reconnu dans son écorce verte des propriétés émollientes qu'elle partage avec la plupart des substances végétales qui sont jeunes, on s'est servi de ses fruits comme d'un médicament purgatif ( dix à douze suffisent pour provoquer les vomissemens et la purgation). Leur saveur acre et leur rapport botanique avec Je nerprun rendent probable celte opinion, qui d'ailleurs a peu d'importance : car ce ne sont pas les purgatifs qui nous manquent.
C'est principalement comme fébrifuge que les feuilles de houx ont été employées dans ces derniers temps par le docteur Rousseau , auquel on doit an moins de la reconnaissance pour le zèle et l'assiduité consciencieuse qu'il a apportés dans ses recherches. Mais tout en rendant à ce médecin toute la justice qu'il mérite, c'est un devoir pour nous d'établir la valeur réelle de ses assertions en examinant les faits sur lesquels elle repose.
La feuille de houx présente une saveur très-amcre qui a dù nécessairement le faire considérer comme jouissant de propriétés assez actives , et conduire à la faire employer comme fébrifuge; puisque toutes les substances qu'on regarde comme telles se distinguent par la prédominance du principe amer.
L'analyse faite par M. Lassaigne y a fait reconnaître une matière amère, neutre et incristallisable ; de la cire ; de la gomme ; de la chlorophylle ; de l'acétate de potasse ; des muriales de potasse et de chaux; du malale acide , du sulfate et du phosphate acide de chaux et du ligneux.
]Vous ne parlerons plus ici île la propriété suclorifique qui les a fait préconiser dans la pleurésie, le catarrhe chronique, la variule, la goutte, le rhumatisme, etc. Le succès qu'on en obtenait , dans la pratique vulgaire de diverses contrées de l'Europe contre les fièvres d'accès , ayant appelé l'attention de M. Rousseau, il expérimenta l'emploi de ce moyeu, et obtint des résultats satisfaisans. Un grand nombre de fièvres intermittentes, parmi lesquelles il s'en trouvait de graves, furent guéries par l'emploi des feuilles de houx, tant en substance que sous forme de décoction, d'infusion vineuse , etc. , soit par M. Rousseau lui-même, soit par divers médecins excités par son exemple. Encouragé par ses succès, M. Rousseau présenta les feuilles de houx non-seulement comme un succéd-mée du quinquina ; mais encore même comme un moyen qui devait lui être préféré, puisqu'à une égale eflicacité, il joignait l'immense avantage d'être indigène et d'une valeur pécuniaire presque nulle. Mais quelque disposition que nous puissions avoir a faire un accueil bienveillant h un médicament simple, efficace et peu coûteux, nous ne pouvons perdre de vue ce fait, savoir : que dans les expériences relatives au traitement des fièvres intermittentes, on doit tenir compte du grand nombre de celles qui cessent spontanément après cinq ou si.x accès, et dontl'administration de quelques amers peut même accélérer encore la guérison. Si l'on ajoute ix ces fièvres celles qu'entretiennent des phlegmasies locales évidentes ou latentes, et qui cèdent au traitement employé contre ces phlegmasies, on trouvera que les fièvres propres à figurer comme preuve de l'efficacité d'un fébrifuge, ne sont pas aussi communes qu'on parait le croire; et les succès du quinquina lui-même n'auraient pas paru si merveilleux peut-être, si dès le commencement on les avait envisagés sous ce point de vue. Ces réflexions d'ailleurs nous sont fournies par les expériences que M. Chomel a faites en 1830 sur les feuilles de houx considérées comme fébrifuges.
Cela d'ailleurs étant dit pour engager les praticiens à s'assurer par un examen sévère des propriétés réelles de ce médicament, nous renvoyons , pour le mode d'administration, à l'article de M. Bouillaud, t. 8, p. US, afin d'éviter les répétitions.
E.Boussenu. De l'effîcacilé Jo la pouilie tle houx dans le Iraitemont des fièvres inlermiltcnles. Paris, 1831, in-8».
( F. Ratier. )
HOUX (Petit), houx frelon , housson, fragon, ruscus aculeaius , diancie syngénésie, LiNN,; arsparaginces , Juss.; sous-arbrisseau qu'une légère analogie dé forme a fait uomxncv petit houx, et dont on parlerait à peine en matière médicale, si nos aïeux ne l'y avaient introduit comme un bon diurétique, et s'ils ne l'avaient place au nombre des cinq racines apéritives mineures. Ce s'ont les racines qu'ils ont douées de ces vertus et qu'ils faisaient entrer dans le sirop fies cinq racines. Quant aux graines des baies qui faisaient partie de l électuaire hene.hcL laraiij\ et qu'on a cherché à substituer au café , elles sont abandonnées avec raison. Il n y aura.t pas le moindre inconvénient à ce qu'il en fût de même des racines, dont la saveur et l'odeur faibles ne font pressentir aucun élément act.l , et dont 1 usage n'est maintenu que par la routine
HUILE
,,,„,,. (F. Ratier. i
,oleum u.r.. (C/,im,e/.a,v,.ace.^'./<.e). Les huiles sont des produits
végétaux ou animaux , le plus souvent liquides , presque insolubles dans l'eau, plus ou moins solubles dans l'alcool et dans l'clher, inflammables lorsqu'ils sont élevés à une certaine température. Du reste , ces corps varient beaucoup dans leur composition et dans leurs autres propriétés , et on les divise d'abord en deux classes fort distinctes : les huiles fixes ou grasses , et les huiles volatiles ou essentielles.
Huiles fixes ou grasses. Ces huiles se rencontrent principalement dans le tissu adipeux des animaux et dans le fruit des végétaux ; dans ce dernier cas , elles résident presque exclusivement dans la partie la plus antérieure de la graine ou dans ce qu'on nomme ordinairement V amande , tandis c|ue les huiles volatiles se trouvent plutôt à l'extérieur -du fruit et sont d'ailleurs plus répandues dans toutes les parties des plantes. Les huiles fixes sont ordinairement liquides; mais souvent aussi elles sont molles ou solides ; alors elles prennent le nom de beurre , àe graisse , cire, axonge , ou suif. Toutes ces substances cependant ne forment réellement qu'un seul genre de produits organiques , et doivent être comprises sous le même titre d huiles Jixes ou de corps gras.
Les huiles fixes pénètrent le papier, et y forment une tache translucide; elles sont presque inodores et d'une saveur douce, lorsqu'elles sont privées de quelques autres principes qui peuvent les accompagner dans les végétaux ou dans les animaux : leur densité est inférieure à celle de l'eau , et varie de 0,913 à 0,936; l'eau d'ailleurs ne les dissout pas, et elles viennent en totalité nager à la surface. I^a plupart sont très-peu solubles dans l'alcool , et l'huile de ricin est presque la seule qui s'y dissolve en très - grande proportion ; mais elles sont beaucoup plus solubles dans l'éther; toutes, mises en contact avec les alcalis, éprouvent une altération profonde, et forment avec ces corps des composés qui sont connus sous le nom de savons.
Les huiles fixes ont été considérées pendant long-temps comme des produits ; immédiats simples qui, rapprochés les uns des autres par un certain nombre ! de caractères communs , formaient un genre dont chacune était une espèce; mais MM. Braconnot et Chevreul ont montré que chaque huile était elle-même composée au moins de deux principes immédiats ; l'un solide , sec et cassant, qui a reçu le nom de stéarine; l'autre toujours liquide nommé é laine oa oléine. ' Nonobstant cela, il reste encore à établir les rapports ou les différences qui peuvent exister entre la stéarine et l'élaine des diverses huiles fixes; car celles-ci jouissent de propriétés trop différentes pour qu'on puisse en chercher la cause i dans de simples variations de proportions entre deux corps uniques, la stéarine et ['é laine.
Les huiles grasses soumises à l'action du calorique s'échauffent jusqu'à 300 ' degrés environ sans bouillir ; alors elles entrent en ébullition ; mais ce n'est pas l'huile elle même qui se volatilise, ce sont les produits de sa décomposition. On les a néanmoins nommés Jixes , par opposition avec les huiles volatiles qui bouillent et distillent sans altération à une température beaucoup moins élevée.
Les produits de la décomposition des huiles fixes au feu varient suivant la ' la température et la nature particuli'ere de l'huile. En général, cependant, oa peut dire qu'une huile grasse distillée dans un appareil de verre , à une chaleur modérée, donne naissance aux mêmes acides qui sont produits sur elle par l'action des alcalis. Ainsi l'huile d'olives distillée de cette manière forme des acides oléicjue et niargarique , et l'huile de ricin des acides stéaro-ricinique , ricinique ei oléo-ricinique. Les huiles grasses exposées brusquement à une chaleur plus' forte , par exemple à la chaleur rouge, éprouvent une décomposition beaucoup plus complète : alors toutes donnent une grande quantité de gaz hydrogène!' percarboné qui sert à l'éclairage, et dont le pouvoir éclairant est beaucoup plus i fort que celui du gaz tiré de la houille. \
Les huiles fixes se conservent très-long-temps sans altération lorsqu'elles sont ' renfermées dans des vases pleins et bien bouchés : au contact de l'air, elles en ' absorbent l'oxigène et prennent un goût et une odeur fort désagréables ; en un î mot, elles rancissent ; mais en éprouvant cette altération, les unes, bien qu'en ' s'cpaississant, restent toujours liquides, tandis que d'autres se dessèchent toutà-fait , surtout lorsqu'elles sont en couche mince. Parmi celles-ci , qui portent le nom cVhuites siccatii'es , on distingue les huiles de lin, de noix, de pavots, de chènevis , de ricin , de grand soleil ; parmi les autres , on peut citer les huiles d'olives, d'amandes douces et amères, de navette, de faînes et de noisettes.
Les huiles fixes dissolvent plusieurs corps simples non métalliques ; entre ' autres le chlore, le brome, l'iode, le soufre, le sélénium, le phosphore; les trois ' premiers s'y dissolvent à froid, mais les décomposent en formant des acides hydrogénés et de nouveaux corps gras d'une grande solidité. Le soufre s'y dissout à l'aide d'une chaleur modérée , et cristallise en partie par le refroidissement; à la température de l'ébullition , il se dégage du gaz hydro-sulfurique ; l'huile s'épaissit, brunit et prend une odeur fort désagréable. Une partie de soufre dissoute ainsi dans six parties d'huile de noix ^ forme ce qu'on nommait autrefois le baume de soufre de Roland.
L'acide sulfurique mêlé en petite quantité aux huiles fixes , en sépare une matière qui se précipite peu à peu, combinée et en partie altérée avec l'acide; alors l'huile , devenue plus claire et plus limpide , est plus propre à l'éclairage ! des lampes. Une plus grande quantité d'acide altère l'huile elle-même et la convertit en acides stéariquc, margarique etoléique, de même que le font la chaleur et les alcalis ; il se produit en outre une combinaison d'acide hyposulfurique et d'une matière organique, que M. Chevreul a nommée acide sulfoadipique. L'acide nitrique affaibli agit sur les corps gras à peu près de la même manière que l'acide sulfurique. A l'aide de l'ébullition , la décomposition des huiles est complète et elles se trouvent converties , entre autres produits , en acides malique et oxalique.
HUILE
HUILE
I L'action de l'acitle hyponitrique sur les huiles mérite une attention particulière, à cause de la propriété qu'il a d'en solidifier quelques - unes , et surtout l'huile d'olives , de manière à pouvoir servir de moyen d'essai pour découvrir lorsque cette huile est mélangée d'une autre plus commune, par exemple, d'huile de pavots. Ainsi , d'après les expériences toutes récentes de M. Félix jBoudet, 3 grains d acide hyponitrique (étendus dans 9 grains d'acide nitrique) IsufBsent pour solidifier entièrement, en moins de 5/4 d'heures, 100 grains d'huile I d'olives pure ; un centième d'huile de pavots retarde cette solidification de 40 minutes ; un vingtième la retarde de 90 minutes ; un dixième la relarde pendant un temps beaucoup [>lus considérable; enfin l'huile de pavots pure, soumise au même essai, conserve toute sa liquidité.
Les huiles grasses peuvent se combiner aux alcalis, comme je l'ai déjà dit, elles composés qui en résultent portent le nom de saisons. On a ci'u pendant long-temps que les savons étaient formés directement par l'union de I huile et de l'alcali; mais on sait aujourd hui, parles expériences multipliées de M. Che- ■vreul , que l'huile se transforme en plusieurs corps acides de nature grasse , et souvent en un autre principe de saveur sucrée auquel Scheelc, qui l'a découvert, a donné le nom de principe doux 'des huiles. Alors les savons, se trouvant composés d'acides et de base, peuvent être assimilés à des sels complexes, dont on relire les acides en combinant la base avec un acide plus fort , qui met les premiers en liberté. Les acides gras qui se forment ainsi sont, pour un grand nombre d'huiles végétales, les acides oléitjue et margarique ; pour le suif et la I graisse animale, les acides oléiqne , margarique et stéarique ; pour l'huile de ricin, les trois acides sléaro-ricinique , ricinique et oléo-ricinique , qui tous se distinguent des corps gras qui les ont formés par une plus grande solubilité dans l'alcool, et par la propriété de rougir le tournesol lorsqu'ils sont en dissolution dans l'alcool moyennement concentre.
D'autres corps gras fournissent, indépendamment des deux ou trois acides premiers nommés, d'autres acides quî^ au lieu de ressembler aux huiles fixes , I se rapprochent des huiles volatiles par leur parfaite liquidité, leur grande volatilité , leur odeur forte et leur saveur acre : telle est l'huile de crolon tiglium [qui, saponifiée et distillée ensuite avec de l'eau acidulée, fournit un ac/^/e I crotonique liquide , acre et volatil , qui existe aussi naturellement, en certaine quantité , dans l'huile de crolon et parait être la cause de sa grande Acreté et I de sa propriété drastique. Tel est encore le beurre qui fournit, par un procédé analogue , les trois acides butyrique ^ caprique et caproïque ; mais il doit nous suffire d'avoir indiqué ces sortes de réactions qui sont entièrement du ressort de la chimie.
HUILES VÉGÉTALES LES PLDS USITEES.
Huile d'amandes , obtenue par expression des semences de Vamjgdalus communis ; liquide jusqu'à 10 degrés au-dessous de zéro , jaunâtre, d'une saveur : très-douce et d'une odeur très-faible , soit qu'elle provienne des amandes dou- , ces , soit qu'elle soit extraite des amandes amères ( voj'ez amande et amakdier ), non siccative, mais rancissant très-facilement et demandant à être souvent renouvelée.
Huile solide ou beurre de cacao. Extraite par expression à chaud , ou par ^ébullition, des semences torréfiées et broyées du ï/teot/w/za cacaj L. , arbre j peu élevé de l'Amérique équatoriale et des Anlilles. A froid ,1e beurre de ( cacao est solide et cassant comme de la cire; mais il se liquéfie à une tempéi rature de 23 à 26 degrés centigrades , et se fond , par conséquent , par la seule . chaleur des mains. Il est d un jaune paie , d'une saveur douce et d'une odeur agréable; il se dissout très-facilemeul dans l'éther sulfurique , mais peu dans l'alcool ; il rancit avec une grande facilité à l'air , et demande à être conservé l dans des vases de verre, pleins et hermétiquement fermés, l Le beurre de cacao jouit à un haut degré de la propriété adoucissante des j huiles fixes les plus pures ; on en prépare des supposiloires , une crème pecto- 1 raie (voyez Electuaire de Br.URRE de cacao ) ; on l'introduit aussi quelquefois, I mais avec difficulté dans les loochs et dans les pilules.
[ Huile de croton , extraite par expression des semences mondées du croton tiglium L. ; d'un jaune rougeâlre , d une odeur analogue à celle de la résine de jalap et d'une saveur très-acre ; liquide , mais déposant souvent une matière
i analogue à la stéarine; soluble en totalité dans l'éther ; soluble en partie seulement dans l'alcool , qui en sépare 1/3 d'une huile grasse et fade, et en dissout 2/3 d'une huile Irès-âcre , contenant de l'acide crotonique tout formé , et
; enfermant une beaucoup plus grande quantité par la saponification. ( Foyez
1 du reste l'article Crotok tjglicm).
• Huile de ^«lin'e/' , obtenue par une légère ébullilion dans l'eau des fruits du
j laurus nobilis L. Elle est partie liquide, partie concrète , d une couleur verte
[ et très-odorante, en raison de l'huiie volatile qu'elle contient. On lui substitue dans le commerce une pommade faite avec de la graisse dans laquelle on a fait Cuire des fruits et des feuilles de laurier.
Huile de lin , des semences du linum usitatissimum ; celle qu'on prépare en grand pour l'usage de la peinture, est extraite à chaud et toujours acre et désagréable. Pour l'emploi médical , il convient de la retirer par la seule expression a froid des semences passées au moulin. Cette huile est douce , et d'une odeur de farine de lin; mais elle prend assez promplement l'odeur et la saveur désagréable de celle du commerce ; elle est très-siccative , et sert, étant cuite avec de la litharge, à préparer des tajfctas gommés et différens instrumens de chirurgie qui sont censés faits en caoutchouc.
Huile concrète ou beurre de muscades. Extraite de l'amande du myristica moschata ou aromatica , bel arbre des îles Moluques, appartenant à la famille
des myristicces, voisine des laurinées. Le commerce nous en fournit qui est préparée sur les lieux mêmes et qui est sous forme de briques carrées , solides , dune consistance friable, d'une couleur jaune-rougeàtre marbrée et d une odeur de muscades ; mais cette huile est souvent altérée })ar mélange , ou privée par la distillation d'une partie de l'huile volatile qu'elle doit contenir ; celle que l'on retire soi-mcuie des muscades, broyées et exprimées à chaud, est beaucoup plus aromatique et doit être préférée.
Huile de noix, de l'amande du juglans regia. Grand arbre de nos climats, de la famille des térébinlhacées ; liquide, d'un jaune pâle, sans odeur, d'une saveur douce et agréable lorsqu'elle est extraite à froid. Elle s'épaissit à 15o et se solidifie à 27", 5 . Elle est très-siccative et préférée à l'huile de lin pour la peinture fine.
Huile d'olives. On l'extrait du péricarpe de l'olive , fruit de l'olea europaa , famille des jasminées. La meilleure est celle que l'on exprime à froid des olives récentes et non fermçntées ; elle est verdàtre , douce et a une saveur de fruit. Celle cjue l'on obtient par l'expression des olives légèrement fermeutées est jaune, d'une saveur encore douce et agréable, et très-employée pour la table. Les qualités inférieures , obtenues par une seconde expression des olives ou par l'action de l'eau bouillante sur les tourteaux , servent à la fabricalion du savon.
L'huile d'olives est liquide dans l'été , mais devient à moitié congelée et grenue au-dessous de 10 degrés de température ; elle est à peine soluble dans l'alcool, forme avec les alcalis des savons solides, et avec l'oxide de plomb unemplàire blanc, sec et cassant ; elle rancit difficilement et n'est pas siccative à l'air.
Huile de pai>ots, huile blanche ou huile d'oeillette. On l'obtient principalement des semences du pavot noir (papaver somnijerum nigrum ). Elle ne participe ea rien des propriétés narcotiques de la capsule , et sert ordinairement à falsifier l'huile d'olives; elle est liquide, difficile à congeler , plus fluide que l'huile d'olives, d'une couleur plus pâle , d'une odeur nulle et d'une saveur peu prononcée lorsqu'elle est récente; mais elle rancit facilement et est siccative à l'air. Elle n'est solidifiée ni parla dissolution mercurielle de M. Poutet , ni par l'acide hyponitrique; enfin elle conduit très-facilement l'électricité , ce qui permet encore de la distinguer de l'huile d'olives , à l'aide d'un appareil électrique à faible tension, nommé diagomèire de Rousseau , du nom du médecin qui l'a inventé.
Huile de ricins. Extraite des semences du ricinus coinmunis , L., belle plante de la famille des eu[)horbiacées , qui n'est qu'herbacée et annuelle dans nos climats, mais qui acquiert la grandeur et la durée d'un arbre en Afrique et même dans l'île de Crète. Celle huile était connue des Grecs et des Eomains, qui la nommaient oleum cicinum ; pendant long-temps, ensuite, elle a été tirée d'Amérique; mais elle était toujours très-colorée et très-âcre , h cause de son mélange avec l'huile du jatropha curcas, et malgré l'ébuUition prolongée qu'on luifaisait subir avec de l'eau, dans la vue de la priver du principe acre et volatile de cette dernière huile. Aujourd'hui on emploie exclusivement I huile extraite par la simple expression à froid des ricins récollés à Nimes et dans plusieurs autres endroits du Midi de la France. Cette huile , lorsqu'elle est filtrée, est transparente , presque incolore, d'une odeui- fade , d'une saveur douce suivie d'une légère àcreté. Elle est soluble en toute proportion dans l'alcool absolu et dans deux parties d'alcool à trente-six degrés. Cette propriété permet de reconnaître lorsque l'huile de ricins est altérée par d'autres liuiles et a fait cesser celte sophisliquerie qui a long-temps été usitée dans le commerce. L'huile de ricins distillée ou décomposée par les alcalis , se convertit en trois acides particuliers qui diffèrent beaucoup entre eux par leur degré de fusion, mais qui se ressemblent par une solidité dans l'alcool encore plus grande que celle de l'huile qui leur a donné naissance. Probablement, au reste, qu'il suffira d'étudier l'action du feu et des alcalis sur chaque huile grasse en particulier, pour se convaincre que la plupart produiront des acides qui différeront plus ou moins de ceux produits par la saponification de l'huile d'olives et de celles qui lui ressemblent le plus.