HYDRO-PÉRICARDE
H YDRO -PÉRICARDE.
Toutefois , ce n'est là qu'un hytho-péricarcle peu rc rncU'i i;l,I<>. InVft pas i-.ii e, en effet , de rencontrer une livre , deux livres de sérosité, et même plus , chez les individus affectés de cette maladie. Corvisart cile un cas d liydro péricarde dans lequel il y avait huit livres de liquide. Les faits de ce genre sont néanmoins peu communs , et pour ma part j'avoue n'en avoir jamais rencotitré.
Le liquide de l'hydro-péricardc est quelquefois incolore, d une transparence |)arfaile ; d'auties fois , il est plus ou moins coloré , verdàtre , jaunâtre , roussà- Ire, rougeàtre , noirâtre même (il existe alors un mélange de sang et de sérosité), et légèrement Iroublé par la présence de quelques flocons ou de franges mcmbraniformes. J'ai vu des cas où la sérosité offrait celle belle teinte jaune que l'on remarque dans les tlissoUitions d'or. Lorsque la sérosité est lotità-fait trouble, ce n'est plus d une simple hydropisie du péricarde, mais bien d une péricardile qu'il s'agit. Dans 1 hydro-pcricarde , le péricarde ne présente .(iicune lésion de .structure : il est seulement distendu en proportion de la ijuantilé de li(|uide qu'il contient. Il m'a paru souvent sensibltmeul plus blanc que dans l'état normal , comme s'il eut été la\é , macéré parla sérosité. La couleur, d'un blanc mat, est plus marquée sur le feuillet cardiaque.
Les veines du cœur m'ont paru ordinairement plus dilatées c|ue dans l'état normal. Je n'ai pas eu l'occasion d'en constater l'oblitération, mais je ne serais jias étonné qu'il se présentât des exemples de cette lésion.
Quant au cœur lui-même , il n'est point altéré dans sa structure , à moins (jue l'iiydro-péricarde ne soit lui-même consécutif à une maladie organitj'ie du oœur. Dans les cas d hydro-péricarde primitif très-considérable , la compression exercée sur le cœur par la sérosité , ne pourrait-elle pas, à la longue, atrophier plus ou moins notablement le cœur? Ce qu'il y a de certain , c'est que ) ai vu l'atrophie de cet organe à la suite de péricardite avec épunchement compliqué de fausses membranes épaisses.
En raison de la distension qu'il a éprouvée, le péricarde , dans les cas d hyilio péricarde très-aboiidanî , refoule les organes environnans , et spécialement les poumons, dont il usurpe pour ainsi dire en partie la place, le diaphragme, l'estomac et le foie lui-même. M. le docteur C. Broussais vient de me communiquer un cas de cette dernière catégorie, c'est-à-dire un cas dans lequel un hydro-péricarde considérable avait refoulé le foie en bas, de telle sorte que son bord inférieur dépassait de deux pouces le rebord cartilagineux des fausses cotes droites.
} 111. Le diagnostic de l'hydro-péricarde n'est pas toujours facile , surtout lorsque l'épanchement n'est pas porté à un très-haut degré.
Les signes certains de l'hydro-péricarde ne peuvent se tirer que de la percussion et de l'auscultation. Cepentlant , avant la découverte de ces deux précieuses méthodes d'exploration , quelques auteurs prétendaient avoir trouvé le moyen de reconnaître cette maladie. Lancisi et plusieurs auteurs comptaient parmi les signes les plus certains de Ihydro-piricai de le sentiment d'un poids énorme sur la région du cœnr ; Reimann et Saxonia disent que les malades sentent leur cœnr nager dans l'eau , etc. N'est-ce pas avec raison que le célèbre etjudicieux Morgagni fait remarquer que de tels signes regardés comme pathognoraouiques méritent à peine de figurer parmi les symjttômes , même équivoques , de celte hydropisie ?
Scnac assure avoir vu dans les intervalles des troisième , quatrième et cinquième côtes gauches , ley7o« du liquide épanché dans le péricarde.
Corvisart de'clare n'avoir jorti -vu striclenienl le phénomène indiqué par Sénac, mais il dit avoir constaté par le toucher l'existence de la ûuctuation. Il est vrai que cet illustre observateur avoue qu'il peut se faire que les ondulations qu'il a senties avec la main chez un seul maladi', fussent déterminées par les ballemcns du cœur.
Quant à moi , je n'ai point eu , jusqu'ici , l'occasion de constater la fluctuation dans les cas d'hydro-péricardc. J'ai eu occasion de voir un malade chez lequel ce phénomène avait [)aru exister; m.ais un examen un peu attentif ne tarda pas à démontrer que ce qui avait été pris pour la fluctuation n'était autre chose que l.i contraction du cœur, qui avait été éloigné de sa place accoutumée et appliqué en quelque sorte contre la paroi thoiacique par une énorme tumeur située dans le côté gauche du thorax.
L.i plupart des autres symptômes que Corvisart assigne à l'hydro-péricarde, se rencontrant dans diverses maladies du cœur, ou ne saurait les considérer comme propres à répandre de vives lumières sur le diagnostic de cette hydropisie. Je crois cependant :levoir les ex|ioser ici : Les malade ont ta figure violette , les lèvres noires et livides ; ils ressentent une anxiété douloureuse , un poids incommode sur le cœur, une difficulté de respirer qui menace de suffocation. Quand ils sont dans une position hoi izontate , ils éproui'ent des sjncopes et plus rarement des palpitations ; le pouls est petit , faible , fréquent , concentré et irrégulier parfois. En appliquant la main sur 'la région du cceur, on sent des baltemens tumultueux , obscurs , comme à travers un corps mou, ou plutôt un liquide placé entre le cœur et les pmnis thoraciques.
La région précordiale rend un son mat; dans quelques cas elle est plus élevée, plus arrondie , plus bombée que le reite de la poitrine.
Quand la maladie est ancienne , il survient de lœrJématie aux membres inféricws et plus rarement une légère bouffissure à la partie antérieure et du côté gauche de la poitrine; les baltemens du cœur se font sentir, tantôt à droite , tantôt a gauche , dans dijférens points d un cercle assez étendu.
Lacnnec, après avoir rapporté les signes indiqués ici par Corvisart , s'exprime ainsi sur leur valeur : „ On peut les rencontrer réunis en plus ou moins » grand nombre avec ou sans hy dro-péricarde. Il ajoute : « Le stéthoscope . aidera , sans doute , dans ces cas , à établir le diagnostic ; mais je ne puis dire
I) quels signes il fournira, parce que je n'ai pas eu assez d'occasions d'observer « l'hydro-péricartle iiliopathique " Le célèbre observateur croit pouvoir assurer que les épaiicliemens peu abondans (au-dessous d'une livre , par exemple) ne donneront jamais aucun signe ; mais il pense que ceux qui passent deux ou trois livres pourront être quelquefois reconnus à l'aide des signes fournis par la percussion , l'auscultai ion et linspection.
L'opinion de Laennec me parait l'expression assez exacte de l'état actuel Je la science : j'ajouterai seulement que quelques faits récemment observés m'autorisent à dire que dans l'hydro-péricarde considérable, les baltemens du cœur sont profonds , peu sensibles au toucher, et que le bruit qui les a;compagne est plus obscur, plus lointain que dans l'état normal. Lorsqu'à ces signes se joint l'existence d'un son mat dans la région précordiale , on peut regarder comme infiniment probable , sinon comme tout-à-fait certain , {[u'il s'est formé un épancliement dans le péricarde. Il restera ensuite à déterminer par l'examen des circonstances antérieures et par une juste appréciation de tous les symptômes actuellement existans , si l'épanchement constitue un simple hydro-péricarde, ou s'il n'est pas, au contraire, l'effet d'une péricardile, soit aiguë , soit chronique. Les cas d'hydro - péricarde , je ne dirai pas reconnus , mais soupçonnés pendant la vie, sont assez rares pour qu'on nous sache quelque gré d'en enseigner ici un qui m'a été communirpié par M. le docteur C. Broussais, et dont j'ai déjà fait mention un peu plus haut. Ce fait me parait propre à con- (irmer ce que j'ai dit tout-i l'heure sur les signes qui me semblent les plus propres à éclairer le diagnostic de celte obscure maladie.
u Le nommé Menjonnet, du 3'' de ligne , entra le 5 décembre 1832 à l'hôpital >i militaire du Gros-Caillou , et il lui restait , à la suite d'une affection peclo- » raie, un peu de toux qui l'incommodait, et qui exigea l'emploi d'un vesin catoire au sternum. Les choses étaient en cet état , lorsqu'une vingtaine de (j| « jours après son entrée , il me dit c^u il était inquiet de ne plus sentir battre » son cœur. J'appliquai le stéthoscope , et je vis en effet que les baltemens du» <•■ cœur étaient obscurs.
n Deux jours après , Menjonnet me répéta qu'il était fort effrayé de ne plusi » sentir battre son cœur ; je l'explorai avec soin , et voici ce que j'observai :
« La respiration se faisait bien ^ sans aucun raie, dans toute la poitrine. La. » percussion médiate donne une bonne résonnance dans toute la cavité thora-. n cicpie, excepté en avant : là, à partir de deux pouces au-dessous du bord- » supérieur du sternum jusqu'à l'appendice xiphoïde , et même au-dessous f de » haut en bas, et transversalement du sein du côté droit au sein du côté gauche, » existe un son mat très-prononcé ; ce son mat descend de cliaque cote au 1) niveau de l'appendice xipfioïde ; de plus, le même son mat existe deux pouces » au dessous du rebord des fausses côtes droites, et se prolonge vers l'épigastre- » D'ailleurs , à l'auscultation , ou n'entend que des contractions fuibles et » obscures du cœur, et d'autant plus obscures que l'on s'écarte davantage de la \ \ » région correspondante à la base du cœur, de sorte qu'en ce. point les deux » contractions sont distinctes , tandis qu'aux extrémités de la région occupée » par le son mat , on n'entend plus qu'une sorte de murmure , assez analogue u' i 11 celui que perçoit L'oreille lorsqu'' on en approche un coquillage. Ces conlrac-\ \ n tions ne produisent aucune impulsion sensible à la main ni au stéthoscope. Lc I) pouls est petit , retiré , obscur, intermittent , et bat cent dix fois environ à li « minute. Il y a de la dyspnée, quelquefois même de l'orthopnée ; toux parfois « par quintes, surtout quand le malade se retourne après être resté long-temps » couché du même côté , et souvent terminée par quelques petits vomissemens « d'eaux et de mucosités blanchâtres. Décubitus sur le côté impressible , sora I) meil fréquemment interrompu ; teinl pâle , blafard ; inquiétude, décourage » menl ; aucun signe d'irritation gastrique. ! ;î
0 Je diagnostiquai un hydro - péricarite , et je pensai que les vomisseraen|' » étaient occasionés par la pression qu'exerçait sur l'estomac le foie tortemen.; n déprimé par la collection séreuse du péricarde. Au bout de quelques jours ; n malgré l'emploi des diurétiques , il survint une infiltration des bourses et Ae » extrémités inférieures. » |'
Au moment où je corrige eette feuille, M. C. Broussais m'apprend que M malade a succombé , et que l'on a rencontré , à l'ouverture du cadavre, u: , énorme épancliement dans le péricarde , mais avec des traces île péricardile. ,
Ce n'est que par l'élude approfondie de tons les symptômes actuels et de toii les renseignemeiis recueillis sur l'état antérieur des malades que 1 on pourr | quelquefois parvenir à reconnaître si l'hydro-péricarde est actif ou passit, pr j mitif ou consécutif, essentiel ou symplomalique.
Au reste, d'après Laennec, l'hydro-péricarde esie/zï/e/ est tellement rare | que l'on doit peu regretter, dit - il , de n'avoir pas de signes plus surs de cetrjyi affection (Auscult. méd., t. ii , p. 670, 2e édit.) ' < '
§ IV. Les causes des diverses espèces d'iiydro-péricarde n'ont pas encore ét cj étudiées d'une manière assez précise. En attendant que de nouveaux faits soiei • < venus éclairer ce point de l'histoire de l'hydro-péricarde , nous renvoyons ■ j lecteur à l'article hy dropisie, où il trouvera l'indication des causes de ceti | maladie , considérée d'une manière générale. ^ '
^ V. Le traitement de l'hydro péricarde doit varier suivant 1 espèce de cet I affection. Est il consécutif, il faut il'abord s'occuperdu traitement de la malad j I dont il n'est (jue l'effet. S il est essentiel, s'il provient, en un mot, d'une au;^ j menlalion dans l'activité sécrétoire du péricarde , d'une hjrpercrine de cet \ membrane, ou bien au contraire d'une diminution dans la lorce absorban \ de celte membrane, il faut lui opposer les moyens dont il sera longuemei question à l'article hydropisie en général , tels que les diurétiques , les purg tifs , les sudoiifiques , les émissions sanguines , les exutoires , etc.
il I
HTDROPIIOBIE.
H T D R 0 P H T II A L au E.
Lorsque les divers agens de l.i théraponliqiie modicale , proprement dite , nt échoué contre 1 hydro- péricarde , coiivienl il de recourir aux secours de la hirurgic ; taut-il , eu un mot , donner issue au liquide épanché au moyen d'une prration qu'on pourrait appeler la paracentèse du péricarde ? Plusieurs prahiciens se sont prononcés en faveur de cette ressource extrême; mais ils diflTèpent entre eux sur le procédé à mettre en usage pour exécuter l'opération dont il est question.
Sénac veut que 1 on pratique une ponction entre les cartilages des côtes correspondantes à 1 épanchement,
Desault propose de l'aire une incision entre les cartilages de la sixième et de lia septième côtes gauches , procédé que ce grand chirurgien a deux lois mis en (pratique ( dans les cas rapportés par Desault, il s'agissait, suivant Laennec, d iiydropisies partielles enkystées de la plèvre qui revêt la partie inférieure et interne du côté gauche de la poitrine, et non d h} dro-péricardes ).
Laennec réprouve également et le procédé de Sinac et celui de Desault. Il vaudrait mieux , suivant lui , trépaner le sternum au-dessus de l'appendice siphoïde. « Celte opération, par elle-même , ne présente, dit Laennec, aucun » danger ; elle est d'une exécution facile ; et, permettant de voir et de toucher » a nu le péricarde, elle offrirait l'avantage de vérifier le diagnostic avant Il d ouvrir ce sac membraneux , seule partie de l'opération qui pourrait être '> accompagnée de quelques dangers , à raison de l'inAammelion du péricanle :« qui pourrait s'ensuivre par l'introduction île l'air, et que peut-être même il » faudrait exciter par des injections légèrement stimulantes pour obtenir la » guérison de l'hydro péricarde. »
Il ne parait pas que Laennec ait jamais pratiqué ni vu |)ratiquer la trépanaj tien qu il propose. Tout ce qu'il en dit n'est par conséquent qu'une conception [ fi priori. Quant à la méthode des injections, c est à M. Richeraud qu'il est juste d en rapporter l'idée. Ce n'est, comme on sait, que lextension d un mode de traitement usilé avec tant de succès dans une autre espèce d'hydropisie , savoir, lliydrocèle ou l'hydropisie du testicule; ce n'e>t pas ici le lieu île rapporter le cas remarquable d'extirpation des côtes , qui fournit à M. le professeur fîicherand l'occasion de concevoir et de proposer le mode de traitement dont nous venons de faire mention.
. JVous croyons qu'il y aurait de la témérité dans l'état actuel de l'art h proposer comme règle générale l'application du traitement de l'hydrocèle à l'hydropericaide. En effet, bien que la péricardite ne soit pas toujours une maladie extrêmement grave , cependant elle est funeste dans un trop grand nombre de cas , pour qu'il soit permis à l'art de la transformer en instrument de guérison. En le faisant , on s'exposerait au risque d'employer un remède quelquefois vire que le mal.
Au reste, l'expéiience n'a pas encore dit son dernier mot sur ce point trèsdelicat de pratique médico-chirurgicale. (J. Bouillacd.)
HYDROPHOBIE : de vîiup et ^sfo;, crainte de l'eau ; et , par une exagération toute poétique, horreur des liquides.
C e.st mal à propos qu'on s'est servi de ce mot pour désigner indifTcremment soit la rage communiquée à l'homme par la morsure d'un animal atteint de cette maladie, soit la rage prétendue spontanée , si tant est que la rage soit susceptible de se développer spontanément dans l'espèce humaine. L hydrophobie , pour nous, n'est que la répugnance instinctive , quelquefois extrême , qu'éprouvent certains malades pour les boissons , à la vue ou à l'idée même d'un liquide : parce que cette vue ou cette idée réveille en eux la sensation des douleurs qui accom|)agnent les efforts de déglutition, et qu'un instinct souvent plus fort que tous les raisonnemens . nous porte , comme à notre insu, à éviter la douleur. Cela est tellement vrai, et cette prétendue horreur pour les liquides existe SI, peu en réalité, que dans la rage elle-même, où ce symptôme est jorte au plus haut degré ^ on a vu maintes fois des hommes et même des ani- .çnaux traverser des rivières à la nage.
Il n'est pourtant pas impossible qu'une imagiiwtion frappée des diflîcullés de la déglutition et de la crainte d éprouver les accidens qu'elle fait naître, redoute jusqu a l'aspect des liquides ; et je pourrais en citer des exemples , notamment celui dune dame excessivement nerveuse et impressionnable , qui avait une telle appréhension pour les boissons, qu'elle avait peine à souffrir la vue de 1 eau , et ne put se résoudre à entrer dans le bain qui lui était prescrit comme moyen de traitement , jusqu'à ce que sa sanlé fut à peu près rétablie.
C'est de ce point de vue qu'il faut consiilércr le cas qui parait si extraordinaire , de cette femme , jouissant habituellement d'ailleurs d'une bonne santé , et qui fut constamment, pendant les qiutre preimers mois de chacune de ses onze grossesses , hydrophobe au point de ne pouvoir entendre le plus léger hruit d'un liquide, ni traverser une rivi'ere sur un pont, h moins ilavoir les yeux bandés et d'être violemment entraînée par deux hommes vigoureux.
Les exemples d hydrophobie , survenus après plusieurs années de la morsure d animaux présumés atteints de la rage, ne nous semblent pas non plus dépendre de cette dernière cause , et doivent être encore considérés comme 1 effet d une imagination fortement prévenue et ab.solument étrangers au fait de la morsure qui a pu les précéder.
Nous ne pensons pas que jamais l'hydropliobie puisse être considérée comme une maladie essentielle; elle n'est et ne peut être qu'un symptôme d'une autre affection à laquelle il nous semble possible de la rattacher, sinon toujours , du moins dans la très-grande majorité des cas : et pour dire ici toute notre pensée, nous croyons bien , et cela pour l'avoir observé , que , dans tous les cas d'hydrophobie , il y a simplement dysphagie : dysphagie dans l'acception la plus large de ce mot, mais plus prononcée lorsqu'il s'agit d'avaler des boissons ,
parce qu'en général les substances liquides , par leur nalure, parle f.iit même de leur fluidité , échappent plus aisément que les corps solides aux efforts de la déglutition , quand surtout cette fonction est devenue dilllcile ou seulement j)énible par 1 ctat spasmoditpie ou convulsif des oi'ganes destinés à raccomplir. Si, en effet, l'on passe en revue les observations d'hydrophobie rapportées dans les auteurs, on voit qu'en même temps, dans toutes ou presque toutes, les malades éprouvaient une grande répugnance à avaler, soit les alimens, soit les médicamens , sous quelque forme qu'on les leur présentât, et cela . nous l'avons dit , à cause de la douleur que réveille la déglutition. On sait d'ailleurs ijue le moindre mouvement, une excitation quelcoiu|ue . rap|iellent les spasmes dans un organe convulsé. Or, poun)uoi en serait-il autrement du pharynx et de l'œsophage, eux qui reçoivent tant de nerfs de l'encéphale et du grand symjialhique?
L'iiy diophobie , du reste , comme toutes les névroses, est plus ou moins intense , suivant la constitution plus ou moins nerveuse, plus ou moins irritable de l individu , et son plus ou moins d habitude de maîtriser ses mouvemens : car il est facile de s'exalter au point de produire tel ou tel accident nerveux en tant que lésion vitale, comme il est aisé par une volonté ferme d'en empêcher l'entier développement.
Nous avons dit que l'hydrophobie n'est jamais qu'un symptôme. Les maladies dans lesquelles on l'observe le plus communément sont les aff'ections de l'encéphale, puis celles de l'utérus , celles des organes digestifs et respiratoires , etc. Elle est le symptôme le plus ordinaire , le plus saillant de la rage, sans toutefois l'accompagner d'une manière constante et nécessaire.
L'on ne saurait donc rapporter l'hydrophobie à une lésion unique d'un organe di'tcrmiué ou d'une série d'oigaiies ; elle se montre en effet au début ou dans le cours d'affections diflérentes et par leur siège et par leur nature. L'on ne saurait non plus par les mêmes motifs , dire en quelle lésion elle consiste ; tout nous porte à la considérer comme une lésion vitale de l'appareil musculaire de la déglutition , lésion qui, comme toutes les anomalies du sentiment et du mouvement, peut dépendre d une modiiicalion actuelle ou du cerveau , comme organe de perception , ou des nerfs qui reçoivent ou transmettent cette même impression à l'organe où elle se manifeste, et l'on sait que , dans aucun de ces cas , la maladie ne laisse de trace dans les organes après la mort.
Quant au traitement de l'hydrophobie, il est nécessairement subordonne à l'affection ;i laquelle elle vient se surajouter, c'est-à-dire qu'il doit être diri"é ou du côté de l'encéphale , ou du côté de l'utérus , ou vers le siège même de la déglutition. Si nous avions à traiter un hydrophobe , nous ne le tourmenterions nullement pour le faire boire ou avaler, persuadé que nous sommes que toute contrainte ne peut qu'augmenter l'intensité des mouvemens convulsifs ou les entretenir ; nous insisterions fortement pour qu'on laissât le malade et surtout les organes de la déglutition dans un repos absolu ; nous nous contenterions de l'usage de bains tièdes , s'ils étaient possibles , de l'application autour du col de cataplasmes émolliens et narcotiques, d'affusions sur la tête, ce que nous ne vovons pas qui ait encore été fait. Nous compterions surtout beaucoup sur reflicacité de celte partie de notre art . qu'on peut appeler morale ; sur les révulsils cutanés et intestinaux , d abord légers , puis rendus de plus en plus énergiques ; sur les antispasmodiques, les opiacés, etc. L hj'drophobie étant le symptôme le plus constant de la rage, nous renvoyons à ce mot pour tous Iss détails thérapeutiques qui s y rattachent. ( ^ oyez Uage. ) ( P. Jollt.)
HYDROPHTHALMIE , s. f, ; de uo^ , eau , et cmxlaci, o;il ; hydropluhalmos , hydrophlhalnins , hydropisie de l'œil.
Cette hydropisie s offre sous trois états différens. Le premier consiste en une accumulation de l'humeur aqueuse dans la cavité de sa membrane , c"est-à dire dans les deux chambres de l œd ; le seconde consiste dans une sorte de dilution de l'humeur vitrée qui se transforme en une sérosité ténue et plus ou moins limpide; la maladie a alors son siège dans le corps vitré; dans le troisième, l'épancliement occupe en même temps le corps vitré et la cavité de la membrane de l'humeur aqueuse.
Cette dernière variété est la plus commune. C'est la seule que Scarpa ait observée , et il dit n'avoir jauiais rencontré de cas où il lui lût possible de discerner laquelle des deux humeurs avait le plus contribué au tléveloppemcnt de la maladie.
Cependant l'hydrophthalmie isolée de l'humeur aqueuse et celle de l'humeur vitrée, ont été vues et décrites ])ar d'autres oculistes. Wcller dit toutefois qu'il a toujours vu 1 hydropisie du corps vitré succéder à celle des chambres de l'œil.
Celle maladie , toujours lente dans sa marche , n'affecte ordinairement qu'un seul œil.
Dans un grand nombre de cas, elle est symptomaticpie d'une dégénéralion latente de quelques-unes des parties constitutives de l'œil ; lors même qu elle esi essentielle , ainsi qu'on le dit, les causes en restent souvent inconnues. Il paraît pourtant que les alfections exanthématiques chroniques ne sont pas étrangères h sa production; car on la voit assez souvent succéder à la répercussion de ces affections : elle apparaît aussi quelquefois, surtout chez les enfans, à la suite des ophthalmies consécutives à la variole. On l'a aussi observée après une contusion du globe oculaire , ou même de la région temporale du même côté , surtout chez les sujets encore très-jeunes ; on l'observe aussi comme affection congéniale, et elle parait alors dépendre d'un vice de conformation primitive. EnGn Beer pense qu'elle peut dépendre des scrophules , de la syphilis et de la chlorose. Il croit aussi qu'elle peut se présenter comme .'■ymptôme d'une autre hydropisie.
HYDROPHTHALMIE.
HYDROPHTHALMIE.
Quoi qu'il en soit, rbydiophthalmie est une maladie facile à reconnaître.
Lorsqu'elle a son siège dans les chambres de l'œil, la partie de cet organe qui apparaît entre les paupières, devient plus saillante , et prend manifestement une forme ovalaire de haut en bas , ce qui lient à ce que les paupières poussées en avant s'écartent davantage vers leur partie moyenne que vers leurs commissures.
La cornée, sans perdre sa transparence, s'étend dans toutes ses dimensions ; et bientôt l'organe est tellement disproportionné avec celui du côlc opposé, qu'il semble en (iuel(|ue sorte avoir été emprunté à un animal d'une beaucoup plus çrande taille que le sujet auquel il appartient.
Suivant la plupart des auteurs , l'iris , au début de la maladie, est affectée d'un tremblement particulier au moindre mouvement de l'œil. Mais je pense que ce phénomène appartient plutôt à l'hjdropisie du corps vitré qu'à celle de I humeur aqueuse. Ayant en efl'et quel<|uefois observé la dilution du corps vitré sans augmentalinn de la masse de ce liquide , j'ai toujours rencontré le ballotementde l'iris dont il est question ; or. l'hydropisie du corps vitré étant ordinairement accompagnée de cette dilution, il n'est pas étonnant que ce symptôme se manifeste au moment où l'humeur vitrée a déjà perdu de sa consistance, et n'a point encore acquis assez de masse pour tendre convenablement les enveloppes du globe oculaire. Mais il n'en peut être ainsi lorsque la maladie dépend d'une accumulation de l'humeur aqueuse, car celle-ci est naturellement liop ténue pour pouvoir acquérir une liquidité plus grande, et il n'est pas probable qu'elle diminue de quantité avant d'en augmenter.
Quoi qu'il en soit , la pupille perd peu à peu de sa contractilité , et linit par rester dans un état d'immobilité complet, ordinairement moyen entre la dilatation et le resserrement.
Lorsque la maladie est ancienne , la cornée acquiert quelquefois une étendue <|uailiuple de sa dimension ordinaire, sans se rompre. Alors ordinairement elle semble perdre une partie de sa transparence , parce que l'Iuimeur aqueuse devient légèrement trouble. Dans tous les cas, l'iris prend une teinte plus foncée. Dis le début, 1 œil devient myope par l'effet du changement de forme qu'il éprouve; mais à mesure que la maladie fait des progrès il perd successivement la faculté de distinguer les petits objets, puis les couleurs, puis les masses, etc , le malade éprouve dans l'organe un sentiment de tension plus ou moins considérable, et il a de la difliculté à le mouvoir. La sclérotique est bleuâtre autour de la circonférence de la cornée.
Lorsque la maladie est bornée aux régions profondes de l'œil , celui-ci augmente de volume comme dans le premier cas , la cornée transparente devient légèrement conique, mais elle ne change pas de dimensions, ni l'iris de couleur. Celte dernière membrane se laisse pousser en avant par la collection placée derrière elle, elle devient convexe dans le même sens, et finit par s'approcher tellement de la face postérieure de la cornée transparente , que la chambre antérieure se trouve presque effacée. La pupille se resserre d'abord, mais il n'est pas rare de la voir plus tard se laisser entr ouvrir par le cristallin qui la presse. La sclérotique est d'un bleu sale, et l'œil présente au toucher une dureté considérable.
Le malade éprouve, beaucoup plus que dans le cas précédent , un sentiment de tension dans le globe de l'œil et de difliculté à le mouvoir.
D'abord myope , l'œil devient peu à peu complètement amaurotique par suite de la compression de la rétine.
Les symptômes qui caractérisent l'afFection occupant en même temps toutes lus cavités de l'organe, se composent de la réunion de ceux qui viennent d être exposés.
Lorsque l'œil a acquis un volume un peu considérable , le sentiment de tension y est remplacé par des douleurs qui deviennent de plus en plus violentes et se propagent à tout le côté correspondant de la tète. Dans beaucoup de cas, ces douleurs semblent revenir par paroxysmes plus ou moins rapprochés pendant lesquels l'œil est rouge et larmoyant, et à la suite desquels il reste successivement plus volumineux : quelquefois , assez souvent même , elles sont poussées jusqu'à la fureur et au dilire le plus complet.
Mais c'est surtout lorsque le globe oculaire est devenu tellement volumineux que les paujùères, après s'être étendues autant que possible, ne peuvent plus le recouvrir, que les symptômes deviennent menaçans, parce que, aux accidens qui viennent d'être indiqués, se joignent ceux d'une inflammation permanente de la cornée, déterminée p.ir le contact continuel de l'air et par celui des corps étrangers; alors , en effet , les accidens deviennent tellement graves, <|u'ils compromettent la vie des malades en menaçant de s'éteniire jusqu'au cerveau, et que ceux-ci demandent à être débarrassés de leurs souffrances à quelque prix que ce soit.
Quelquefois, en effet, ils périssent des suites de la propagation de l'inflammation au cerveau et à ses enveloppes. Beer avance que la plupart des malades succombent par suite de la dégénérescence carcinomaleuse de l'œil ; mais les altérations organiques qui peuvent donner lieu au développement de l liydrophthalmic n'étant pas toutes, à beaucoup près, de nature à passer à l'état carcinomatcux , il est évident que cette opinion est exagérée.
Dans la plupart des cas , les suites de I hydrophlbalmic , bien que graves , ne sont pas de nature .i compromettre la vie du malade. Dans quelques-uns de ceux où la maladie est abandonnée à ses progrès naturels, la cornée, altérée parrinflamination, devient pointue et saillante ; elle s'obscurcit, se ramollit et se détruit i)ar ulcération , et I œil se vide et s'atrophie. Quelquefois l'ulcération commence par la paupière inléricurc et de là se propage au globe oculaire. Dans d'autres cas, la maladie s'anête tout à coup et reste stationnaire ; quel-
quefois dans ces cas la suspension des progrès du mal tient à ce que la cornée transparente, altérée et fort amincie , s'entr'ouvre de temps en temps, et laisse j échapper le liquide surabomlant. i
Enfin , quelquefois, mais beaucoup plus rarement , et spécialement chez les | jeunes filles à l'époque de la puberté , on voit la maladie rétrograder et dispa- i raître complètement. Mais il faut peu compter sur ces cas heureux, et le pro- j noslic de l'hydrophlhalmie considéré d'une manière générale , est fort grave, i p.irce (|ue cette affection compromet presque toujours sans retour la fonction de ' 1 organe affecté, cl, dans quelques cas , la vie du sujet.
Les autopsies cadavériques ont pleinement justifié l'assertion émise plus haut, que I hydrophthalmie est presque toujours le résultat d'une dégénérescence quelconque des parties constitutives du globe de l'œil.
Wardrop ilit qu'il n'a jamais manqué de trouver les membranes plus ou moins altérées. Quchjuelbis on trouve la membrane de l'humeur aqueuse opaque et épaissie; souvent la cornée transparente est obscurcie, ramollie, ulcérée, le cristallin et sa capsule sont opaques. Ce corps est quelquefois en partie dissous dans l'humeur de Moi gagni. La rétine et la choroïde sont diversement altérées et désorganisées. La membrane hyaloïde est transformée en un kyste luiique rempli par un liquide ténu et plus ou moins transp.ireiit , qui a remplacé 1 humeur vitrée, et au milieu duquel flottent les dtbris opaques des cloU sous détruites de celte membrane. Quelquefois on trouve le fond de l'œil oc- ' cupé par un carcinome. Scarpa y a trouvé un Joni^us hœnialodes.
Bien que les indications curatives de rhydroplilhalmie soient faciles à saisir ' puisqu'elles semblent se réduire, quand la maladie est à son début, à calmer l'irritation dont elle est le produit , et plus tard à évacuer le li()uide épanché, cependant les ressources de l'art sont en général peu eliicaces contre celle fâcheuse maladie II faut dire pourtant que 1 hydrophthalmie à son début et dépendante d'une violence externe, <l une ophllialmie encore existante ou d'une i de ces affections dites générales susceptibles d'être détruites par un traitement approprié, est moins rebelle que celle qui tient à une dégénérescence des par-i fies constitutives de l'œil. Celle qui est formée par l'humeur aqueuse est aussi' beaucoup plus curable que l'autre, sans doute parce qu elle tient plus souvent à l'une des premières causes indiquées qu à une dégénération des tissus.
Quoi qu'il en soit , lorscjue l'hydroplithalmie paraît dépendre d'une afTeclion générale et constitutionnelle, il faut avant tout combattre cette affection pars un Irailement approprié. Lorsqu'elle dépend d'une uiflaramaliou encore existante dans le globe oculaire , il faut 1 attaquer par le traitement antiphlogisti- ' t|ue le plus énergique. Lorsqu'elle est consécutive à la rétrocession d'une affec- , lion cutanée, il faut rappeler celle afi'eclion. Enfin, lorsque la nialailie nedépend d'aucune de ces causes, qu'elle e^t simple ou qu'elle a élé réduite à l'état de simplicité , et qu elle e»t à son début , ou a conseillé de l'altuquer par un traitement plus spécial. 11 se compose d'une foule de moyens qui ont été I tour à tour piéconisés.
Mais une considération de la plus haute importance est de ne mettre en ; usage aucun des moyens dits résolutifs, qu'après avoir détruit par des saignées j générales, ou même par l'incision de l'artère temporale et par l'apiilicalion j de sangsues suflisamment réitérées, l'irritalion dont l'exhalation séreuse est] la conséquence.
On exercera alors avec avantage des excitations révulsives par rétablisse-i ment tl'nn séton à la nuque ou par l'application de vésicatoires volans autour' des tempes et du front , par l'usage habituel des bains de pieds, et par l'emploi des purgatifs auquel on peut joindre celui des diaphoreliques , des sialagogues et autres excitans spéciaux. Les métiicaniens les plus simples sont alors lesmeilleurs. Les purgatifs salins ordinaires , les antimoniaux, la scille seule ou combinée avec le nitrate de potasse, la digitale pourprée, la poudre ou la décoction de baies de genièvre, la pulsatille , les mercuriaux , etc., sont les moyens avec lesquels on peut remplir cette indication. On peut aider leur action quand toute espèce de symptôme d'irritation a cessé du côté du globe oculaire , en appliquant sur celui-ci des sachets de planies aromatiques chauds et secs, en le couvrant de compresses imbibées d acétate de plomb, ou en faisant sur les paupières, aux tempes et autour de la base de l'orbite, des frictions avec l'onguent mercuriel seul ou uni à l'opium, ou avec une pommaile de précipité rouge et d'axonge. Mais ces moyens ne conviennent que quand la maladie est peu avancée , et même dans ces cas , elles ne parviennent pas toujours il | eu arrêter les progrès.
Ils peuvent être continués tant que les douleurs ne sont pas très-violentes ou que l'œil n'a pas franchi l'intervalle des paupières. Mais aussitôt qu'il se déclare des douleurs vives, et capables de transmettre à l'encéphale une irritation i funeste , ou dès que l'organe, trop volumineux pour être abrité par les pau-i pières, devient le siège d'inflammations réitérées ou menace de s'ulcérer, il faufl attaquer directement la collection liquide. 11 y a pour cela deux méthodes :1 l'une consiste à évacuer, par des ponctions réitérées de temps en temps, l'ex-' cédant de li((uide qui produit la distension ; l'autre consiste à vider complète-' meut l'œil , et à le transformer en une espèce de tubercule plein et immobile, sur lequel on peut facilement placer un œil artificiel.
On ignore à qui appartient l idée première de la paracentèse de l'œil. Plin€ en a parlé d'une manière vague. Parmi les modernes, M. B. Valentin a fail connaître une observation du docteur VVesen , ayant pour titre Hfdrophthalmie guérie par la paracentèse ; mais l'opération ne s'y trouve pas décrite.
Nuck, après avoir fait placer le malade dans la position requise pour l'opé- 1 ration de la cataracte, faisait une ponction au centre même de la cornée Irans j parente, à l'aide d'un Irois-quarts de petite diuiensicn et fait exprès. 'Wool'
HYDROPHTHALMIE.
HYD ROPISIE.
house se servait aussi d'un instrument analogue, qu'il nomofiait paracentlierium; mais il l'enfonçait dans la sclérotique , dans le même lieu où Ton fait pénétrer l'aiguille pour opérer la cataracte par abaissement. Heister piquait aussi dans Ice lieu , mais il se servait d'une lancette. Sabatier pense qu'on doit plonger un jpetit couteau à cataracte, à deux tranchans , dans la cornée transparente , à [l'endroit même où l'on commence l'incision dans l'opération de la cataracte par jcxtraction.
Tous ces auteurs conseillent d'introduire , pendant quelques jours , une mèche dans la plaie, afin de permettre au liquide de s'écouler complètement, décomprimer ensuite l'organe avec une plaque de plomb, et de se mettre, pendant tout le temps que dure le traitement, en garde contre les accidens inflammatoires qui pourraient survenir. C'est aussi pour procurer au liquide un écoulement plus gradué , que Ford a proposé de traverser la cornée de part en part , avec un sétou composé de plusieurs brins de fil, dont on diminue chaque jour le nombre en en supprimant un. Mais, quel que soit le procédé qu'on ait mis en usage, cette méthode a toujours l'inconvénient d'exposer presque certainement à la récidive de la maladie, et les corps étrangers que l'on introduit dans la plaie ou qu'on place sur l'œil celui d'exciter une inflammation vive ; aussi parait-elle presque généralement abandonnée aujourd'hui. Nous pensons cependant qu'elle doit être employée toutes les fois que l'œil a conservé sa transparence, et qu'il ne fait pas saillie entre les paupières. Nous croyons que, dans ces cas , la ponction doit être faite sur la cornée transparente quand c'est jla membrane de l'humeur aqueuse qui est le siège de l'épanchement, et sur la ^clérolique lorsque c'est le corps vitré. Quant au choix de l'instrument, il nous semble qu'il faut toujours se servir du couteau à cataracte pour diviser la cornée , parce qu'il produit moins de désordre dans le tissu de l'organe que le trois-quarts; et qu'au contraire il faut se servir de ce dernier instrument pour 'pénétrer dans le corps vitré, parce que sa canule présente au liquide plus de facilité pour s éconler au dehors. Enfin, nous rejetons l'interposition d'un corps étranger dans la plaie, ou son application sur le globe oculaire, comme poujvant exciter une inflammation qu'on a toujours intérêt à éviter. Ce procédé, ique du reste nous n'avons jamais vu mettre en usage, permettrait peut-être de conserver l'œil plus long-temps , et même définitivement si l'irritation, cause de l'hydropisie , venait à cesser après qu'on aurait fait un certain nombre de ^ponctions.
j Mais toutes les fois que la cornée désorganisée fait saillie entre les paupières, le traitement dont il vient d'être question ne convient plus, puisque, en supiposant qu'il réussît à faire rentrer l'œil en dedans des paupières , cet organe fresterait toujours plus difforme qu'un œil artificiel. Il faut alors recourir à la méthode le plus généralement adoptée aujourd'hui , et qui consiste , comme jnous l'avons dit , à vider l'œil en enlevant un segment du sphéroïde qu'il forme en avant.
I Les praticiens ne sont pas d'accord sur le lieu où il convient de faire celte ■opération. Louis, Terras, Maucliart et Scarpa ont vu des accidens inflamma- 'toires très-graves survenir lorsque la section porte sur la sclérotique, en arrière de la circonférence de la cornée , et ils conseillent de n'enlever qu'une portion 'de cette membrane. Quelques-uns emploient encore le procédé de Ceise, qui incisait crucialementla cornée, et opérait ensuite avec des ciseaux la résection !des quatre lambeaux. Scarpa se servait d un couteau à cataracte y à l'aide du- 'quel il détachait la demi-circonférence inférieure de la cornée transparente, exactement comme cela se fait dans le premier temps de l'opération de la cata- |racte par extraction ; après quoi il saisissait le lambeau avec des pinces, et, 'retournant le tranchant de son instrument en haut, il achevait d'en détacher |circulairement la presque totalité,
Après cette opération , l'œil se vide peu à peu. L'inflammation est en général isi peu intense , qu'elle n'a besoin d'être combattue que par des moyens très- [simples; quelquefois même elle est si lente et si faible, qu'il devient nécessaire fde l'exciter. Il suffit pour cela de laisser l'œil exposé au contact de l'air penjdant quelques heuies ou pendant une journée. Au bout de quelques jours le |bord de la section se détache sous la forme d une eschaiTC grisâtre j alors l'or- Jgane diminue rapidement de volume , et l'ouverture se rétrécit en proj)ortiou. ( Vers la fin du traitement, cette ouverture donne passage à un petit tubercule 1 rougeâtre et comme fongueux , formé par les membranes intérieures enflam- ■ mées , et qu'il suffit de toucher légèrement avec le nitrate d'argent pour qu'il dis'paraisse complètement; alors la guérison est achevée, et il ne reste plus qu'à placer un œil artificiel, j ■ M. Demours emploie pour opérer la résection de l'œil un instrument méca- I nique analogue à celui que Guérin a pi-oposé pour l'opération de la cataracte , mais plus grand. L'anneau reçoit non-seulement la totalité de la cornée, mais encore une petite partie de la sclérotique, et la lame , au lieu de ne détacher qu'un lambeau demi-circulaire, sépare complètement toutes les parties qui sont reçues dans l'anneau. Ce procédé a l'avantage de terminer l'opération dans un instant presque indivisible; et quoiqu'il agisse sur la sclérotique, l'auteur dit ne jamais l'avoir vu suivi d accidens graves; cependant, comme ces accidens ont été observés par d'autres, tandis que la section bornée à la cornée ne parait pas y avoir jamais donné lieu , c'est le procédé de Scarpa^ au moyen duquel l'œil se vide tout aussi complètement, qui nous parait mériter la préférence.
Mauchart. De hydrophlhalmia. Tubing. , 1744. ' Tuberville. De paracenthesi oculi. Tubing. , 1744.
Ces deux mémoires se trouvent dans le premier volume de la collection de Haller, intitulée : Dijputtttiones chiru rgicie.
DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
Louis. Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, vol. 5, in-i.
Scarpa. Traité des maladies des yeux, traduit par Bégin et Fournier Pescay.
/.K/fe. Disserlaiîo de hydropbthalmia. lena , 1803.
ïf^ardrup. Essays on ihe morbid analomy of tiie liumann eyc. London , 1818. B. Travers. Synopsis of (lie diseases of (lie eye. London , 1820. Jacohsnn. Bulletin de la société médicale d'émulalion. 1820.
Mirault. Sur une bydropisie particulière du globe de l'œil. ( Archives générales (le Médecine. 1823.)
Il s'agit, dans ces deux derniers mémoires, de l'accumulation entre la choroïde et l.i rétine, au cote exierne du nerf optique , d'une certaine quantilé de l'Iiumeur limpide qui se rencontre lialiiluellement en ce lieu. Cette accumulation est quelquefois assez considérable pour repousser la réline jusqu'auprès de l'iris, et usurper la place du corps vitré, qui disparaît. Elle est ordinairement accompagnée de cécité. C'est la même maladie que Scarpa désigne sous le nom de staplijlome postérieur de la sclérotique , parce que ordinairement la sclérolique est saillante dans le point correspondant; mais comme aucun signe ne peut faire distinguer cette affection pendant la vie , il en résulte que , pour éviter la confusion , sa description n'a pas dû entrer dans l'article précédent.
(L.-J. Sakson.)
HYDROPISIE, hydvops; de ucTo^, eau , et de w\, , aspect.
Nous ne décrirons sous le nom tl'hydropisie que des amas de sérosité dans le tissu cellulaire et les membranes séreuses, indépendans de toute inflammation de ces parties. Il est évident que les collections liquides produites par cette dernière maladie ne sauraieni être étudiées ici.