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CHAPITRE 'V. — TRAITEMENT ET PRONOSTIC DES HYDROPISIES

Il n'est presque aucune des nombreuses classes de nos médicamens "a laquelle on n'ait eu recours dans le traitement des hydropisies. Ce qu'il nous importe surtout ici de faire , c'est bien moins d'énumérer minutieusement toutes les formules qui ont été vantées comme douées d'une souveraine efficacité dans ces maladies , que de bien exposer le.s indications fondamentales auxquelles le praticien doit s'efforcer de satisfaire.

Ces indications diffèrent évidemment suivant l'espèce de l'hydropisie , suivant qu'elle est active ou passive , ou qu'elle tient à quelque altération profonde du sang, comme le veulent certains auteurs. Mettant pour le moment de côté les indications propres à chaque espèce d'hydropisies , essayons de formuler celles qui dérivent de la collection séreuse considérée en elle-même. Or , il me semble qu'elles doivent être réduites à deux principales.

A. Première indication et moyens de la remplir. — La première indication consiste à obtenir la disparition de la collection séreuse , soit en lui donnant issue par une opération chirurgicale , soit en en provoquant la résorption pan les moyens divers que possède la médecine.

Les opérations au moyen desquelles on peut évacuer la sérosité qui constitue l'hydropisie , varient selon le siège de la maladie. Ainsi , l'on emploie des scarifications , des mouchetures pour l anasarque, la ponction pour l'hydrocèle, l'ascite (paracentèse) , l'hydrothorax (opération del'empyème), etc.

On peut dire, d'une manière générale, que l'on ne doit recourir à l'opération , surtout quand il s'agit d'hydropisies internes , qu'après avoir vainement mis en œuvre les agens de la thérapeutique médicale. Or, les agens dont il s'agit sont fort nombreux.

Ainsi , les évacuations sanguines , les purgatifs , les diurétiques , les sudorifiques , les vésicatoires , ont été successivement ou à la fois mis à contribution.

Quelque différens que paraissent , au premier abord , les moyens ci-dessus indiqués , ils ont cependant un mode d'action qui leur est commun. Ainsi , soit que vous saigniez, soit que vous purgiez ou que vous provoquiez les sueurs, les urines , etc. , il en résulte un dégorgement du système circulatoire plus ou moins prononcé , et ce dégorgement favorise la résorption du liquide épanché , ainsi qu'il est démontré à la fois , et par la pratique la plus répétée , et par les expériences sur les animaux vivans.

Depuis long-temps, la puissance des purgatifs dans les cas qui nous occupent, a été reconnue , et se trouve en quelque sorte attestée par l'expression iVliydragogues qu'ils ont reçue. L'épidémie de choléra qui nous a décimés , aurait achevé de mettre hors de doute cette puissance, s il en eût été besoin. En effet , on a vu disparaître des hydropisies jusque là rebelles , chez des individus que des évacuations intestinales énormes avaient exténués. C'est ici un nouveau fait à l'appui de la loi de balancement des diverses sécrétions analogues ou congénères.

HYBROPISIË.

H YDROSULF ATËS.

Ce n'est pas le lieu d'cnuraérer les divers moyens qui sont employés comme idiurcticfues , purgatifs , etc. Je signalerai seulement Técorce de racine de jcahinça dont M. François a depuis peu naturalisé parmi nous l'administration. 1 On seconde l'action des médicamens par la compression , la position des parties : position qui doit être telle, que le liquide dont ou veut obtenir la résDrplion , n'ait pas trop à lutter contre les lois de la pesanteur.

Ces moyens , qu'on appelle accessoires , ont suffi seuls quelquefois pour jprocurer la guérison de certaines liydropisies. C'est ainsi , par exemple , qu'on voit journellement se dissiper un œdème sous l'inûuence d'un bandage roulé dont on gradue la compression. C'est ainsi que dans ces derniers temps , des médecins, et M. Bricheteau en particulier, ont guéri l'ascite en soumettant l'abdomen à une compression méthodiquement pratiquée. J'ai moi-même eu recours avec quelque succès à ce moyen , et je pense qu'il m'eût réussi mieux si le bandage compressif que j'avais demandé eût été disposé d une manière plus conforme à sa véritable destination.

M. Piorry vient de publier tout récemment des faits qui prouvent combien il est avantageux de donner aux membres intiltrés une position qui favorise lie retour du sang. Il y a , du reste , très-long-temps que les avantages de cette précaution ont été signalés. Lorsque j'étais à l'Hôpital des Enfans , il m'est souvent ariivé de faire disparaître des œdèmes des paupières chez les scrofujleux qui abondent dans cet hdpital , en faisant coucher les malades du côté jopposé à l'œdème. Malheureusement dans ce cas , le remède était , pour ainsi Idire , égal au mal , puisque l'œdème ne se dissipait d'un côté que pour se manifester de l'autre.

A. Seconde indication et moyens de la remplir. Ce n'est pas tout que d'éliminer la sérosité épanchée , il faut aussi prévenir le retour de la collection j aqueuse. Pour arriver à ce but, il est nécessaire de remonter à la cause pro- ^ductrice du mal, et de s'efforcer de la faire disparaître. Il est des cas où la lichose n'est pas facile, comme par exemple , lorsque l'hydropisie dépend d'une |obIitération des veines ,• d'une lésion organique incurable du cœur , etc. i Quant à cette oblitération des veines elle-même, elle ne constitue point, comme on pourrait le croire , au premier abord , un invincible obstacle à la disparition de I hydropisie. Nous avons vu , en effet , plus haut, qu'il pouvait se développer un système veineux anastomatique qui remplaçait le tronc toblitéré, et nous avons cité quelques cas de guérison par suite de cet heu- [reux mécanisme dont l'exécution appartient tout entière à la nature.

L'art possède un procédé précieux dans quelques espèces d'hydropisies pour prévenir le retour de la collection séreuse à laquelle une opération a donné issue. Ce procédé consiste à provoquer une inflammation adhésive dans la séreuse qui conlenait le liquide : c'est celui qu'on emploie pour la cure de Uiydrocèle en particulier.

On a voulu l'étendre à la cure de plusieurs autres hydropisies ; mais jusqu'ici des expériences peu nombreuses ont été tentées , et l'inflammation des séreuses des grandes cavités est une maladie si grave , si souvent mortelle , qu'il y aurait plus que de la témérité à la provoquer. J'ai parlé , à l'article AsciTE , des tentatives de M. Lhomme. Depuis cette époque , ÎM. le docteur Vassal a lu à la Société médicale d'émulation un cas d'ascite guérie à la suite d'une inflammation provoquée par l'irritation du péritoine , au moyen de l'instrument dont on s'était servi pour donner issue au liquide. Cette guérison a été achetée par de si graves accidens , qu'en pareille occasion il serait, j'oserai le dire , presque coupable de répéter le moyen mis en pratique par I un honorable confrèrè , dont personne plus que moi , d'ailleurs, n'estime le ! caractère et le savoir.

Nous venons de nous occuper des grandes indications que l'on doit se proposer de remplir , quelle que soit l,i nature de l'hydropisie que l'on ait a combattre.

Mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le traitement général de l'hydropisie doit être puissamment modifié , selon l'espèce à laquelle on se trouve j avoir affaire. Ainsi , par exemple , 1 hydropisie vraiment active , par irritation ! ( Breschet ) , par stimulation ( Audral ) , I hydrophlegmasie , enfin , réclame I a son origine ou à son début , comme l'ont fort bien noté ces deux observateurs, un traitement qui ne diffère point essentiellement de celui qu'on oppose aux ; inflammations ou irritations ( vojez ce mot ). Au contraire, s'il s'agit de comj battre une hydropisie passive , produite par une diminution dans la force I tonique ou élastique du système circulatoire , c'est à des médications dites I fortifiantes , excitantes ou stimulantes, qu'il sera nécessaire de s'adresser. Si I ces hydropisies passives sont générales et consécutives à une maladie du cœur ou des gros vaisseaux , il est clair que c'est celte maladie qui doit être le principal objet des soins de l'homme de l'art.

Maintenant que nous connaissons les diflférentes espèces d'hydro]iisies , leurs modes divers de production, leurs symptômes généraux, les moyens thérapeutiques que l'art peut leur opposer , il ne nous reste plus, pour compléter cet article , déjà un peu long , qu'à dire quelques mots sur le pronostic de ces maladies.

Pour que ce pronostic repose sur des bases solides , il est indispensable de remonter avant tout à la lésion dont l'hydropisie peut être l'effet. Ainsi, par exemple , une leuco-phlegmasie générale sera la source d'un diagnostic bien différemment grave , selon qu'elle sera le résultat d'une simple suppression de la transpiration, ou qu'elle dépendra , au contraire , d'une lésion dite organique du cœur ou des gros vaisseaux. Il est évident que , dans les cas dont

s agit, c'est moins sur l'hydropisie elle-même que sur la nature de la lésion qui lui donne naissance , qu'il faut se régler pour porter un pronostic.

Le siège de l'hydropisie doit également être pris en sérieuse considération, quand il s'agit du pronostic. Ainsi une hydropisie du péricarde , de la plèvre ou de l'arachnoïde, est bien autrement dangereuse qu'une hydropisie de la tunique vaginale du testicule ; un œdème du poumon ou de la glotte entraîne de graves accidens , quelquefois la mort, tandis qu'un œdème d'un membre n'offre aucun 'espèce de gravité.

Les hydropisies dites passives sont plus difficiles à guérir que les hydropisies actives. Comme , le plus souvent, on ne peut enlever leur cause jiroductrice , on les voit se renouveler lorsque l'art est parvenu à les dissiper : ce qui n'a pas heu ordinairement pour les hydropisies actives ou hydrophlegmasies.

Au reste , sous le rapport du pronostic , comme sous divers autres points de vue , il est presque impossible de présenter des règles généralement applicables à chaque espèce d'hydropisies. Ce n'est vraiment que dans l'histoire de chacune de ces maladies qu'on pourra trouver des données précises et tout-àfait satisfaisantes sur ce point de leur histoire.

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(J. BoUILLAUD.)

HTDRORACHIS. Hydropisie du canal vertébral.

Cette maladie est le plus souvent congéniale et plus ou moins intimement liée alors à \ hydrocéphalie. ( Voyez ce mot. )

L hydrorachis dévelo|ipée postérieurement à la naissance , est une afTection rare et peu connue , le plus souvent symptomatique , surtout à l'état aigu. On l'a efl'eclivement divisée en aiguë et chronique.

La première s'est rencontrée dans quelques maladies dont elle n'était évidemment que l'effet , l'inflammation de l'arachnoïde par exemple ( Moeckel ) , à la suite d'une contusion grave ( Ollivier ). M. Ollivier l'a encore observée dans certains cas d'apoplexie cérébrale , avec engorgement des veines du rachis et après d'autres maladies de l'encéphale. On l'a vue aussi après des affeclions fébriles accompagnées de symptômes spasmodiques , et l'on a même dit qu'il en avait été le plus souvent ainsi dans la fièvre jaune observée en Catalogne. La sérosité rassemblée alors dans le canal vertébral est souvent (rouble , quelquefois purulente , sanguinolente ou bien limpide et ordinairement peu abondante.

11 est impossible de rien dire de précis sur la symptomatologie et les indications de cette lésion toujours secondaire et subordonnée à une plu.? grave.

La deuxième ( chronique) est souvent aussi symptomatique ; mais elle semble être quelquefois essentielle. Nous avons vu ouvrir , à l'hôpital de la Charité , le cadavre d'un homme depuis long-temps paraplégique et qui n'olTi it absolument aucune autre lésion qu'une collection de sérosité dans toute l'étendue de la région lombo-sacrée. Après qu'on eut enlevé les lames des vertèbres, la dure-mère se présenta comme un inteslin rempli d'eau. C'est aussi vers la région lombaire qu'on trouve , le plus souvent , rassemblé vin peu de liquide dans un grand nombre de cadavres , dont les sujets n'ont été nullement paralysés durant la vie. Quand il y a hydropisie véritable , cette paralysie eu est le symptôme principal ; l'inSllration des membres , la gangrène de quelque orteil, la douleur des lombes ne sont pas aussi caractérlstiqnes.

Les frictions mercuriellee , les vésicatoires , les moxas , les cautères , les douches d'eau minérale n'ont peut-être guéri certaines paralysies qu'en favorisant la résorption d'un liquide épanché dans le canal vertébral. Dans un cas oi'i nous en soupçonnions l'existence, nous avons obtenu de ces moyens un allégement notable, et surtout la suspension de l'accroissement progressif de la paralysie , mais non une guérison complète.

Cette maladie différerait , comme on voit, beaucoup de l'hydrorachis congéniale; mais il est des cas oti la ressemblance est plus complète , tant parce que le sujet est plus jeune lorsqu'elle se développe, que parce qu'elle marche avec plus de rapidité et arrive à un degré plus intense. On l'a vue alors former des tumeurs tantôt multiples , tantôt uniques, tantôt circonscrites, tantôt, mais rarement , assez étendues. Il est bien probable que , dans ces sortes d hj^drorachis, la prédisposition au moins existe dès la naissance, el que l'hydrocéphalie complique 1 hydropisie rachidienne. On en a eu la preuve péremploire chez quelques sujets , et tout ce que , du reste, nous en pourrions dire rentrerait absolument dans les détails déjà donnés au sujet de l'hydrorachis congéniale.

( Ant. DuGiis. )

HYDROSIILFATES. royez Hydrosuiforkjce { Acide ) , Socfbe et Sil-

FUnES.

HÏDROTHORAX.

HTDROTHORAX.

HYDROSULFURIQUE ( Acide ). ( Chimie médicale. ) Ce corps est composé de 2 atomes d'hydrogène et de l atôme de soufre ; il contient uu volume d'hydrogène égal au sien , et il est formé , sur 100 parties , de soufre 94, 176 , hydrogène 5,824. 11 est gazeux à la température ordinaire et sous la pression de l'almosphère ; mais, par le moyen d'une forte pression, on peut l obtenir sous forme d'un liquide incolore, plus léger que l'eau , et d'une très-grande mobilité. A l'état gazeux , il est invisible , pèse spécifiquement 1,1912 , et possède une forte odeur d'ceufs pourris. Il n'est i)as seulement impropre à la respiration ; il est de plus éminemment délétère, puisqu'il suffit de '/> 5 o d'acide hydrosulfurique dans l'air pour faire périr des oiseaux; de '/soue pour tuer des chiens , et que les plus forts animaux périraient dans un air qui en contiendrait seulement '/ , uo". Ce gaz peut s'enflammer par le contact de l'air et d'un corps en ignition ; alors il se forme de l'eau et de l'acide sulfureux; mais il se dépose aussi du soufre dont une partie échappe à la combustion. 11 est soluble dans un tiers de son volume d'eau, et lui communique son odeur fétide, la propriété de rougir la teinture de tournesol, et celle de précipiter en noir les dissolutés de plomb, de bismuth , d'argent et de quelques autres métaux. Dissous dans l'eau , ou à l'état de gaz humide , il est décomposé par plusieurs acides oxigéncs, tels que les acides sulfurique et sulfureux, nitrique et uitreux; avec l'acide sulfureux , par exemple , il se forme de l'eau, et il se dépose du soufre qui provient à la fois des deux corps décomposés ; mais , de tous les corps , le chlore est celui qui décompose l'acide hydrosulfurique avec le plus de rapidité ; aussi est-ce à lui qu i! faut avoir recours pour se préserver de son action délétère, ou pour la détruire lorsqu'elle a eu un commencement d'effet.

Le "az hydrosulfurique existe dans les eaux sulfureuses naturelles , et se produit souvent par la décomposition spontanée des substances organiques. On se le procure artificiellement en décomposant le prolosulfure de fer par l'acide hydrochlorique ou par l'acide sulfurique étendu d'eau , ou le sulfure d'antimoine par l'acide hydrochlorique. Lorsqu'on veut obtenir l'acide hydrosulfurique gazeux , on adapte au matras dans lequel on opère la décomposition un tube qui va se rendre sous une cloche pleine d'eau saturée de sel marin ; car on ne peut se servir ni d'eau pure qui le dissout, ni de mercure qui en absorbe le soufre et met l'hydrogène en liberté. Quand on veut l avoir dissous dans l'eau, au contraire; le tube qui part du matras doit communiquer avec une suite de flacons de 'Wouif presque remplis d'eau distillée. Ou peut également substituer à l'eau pure diffi renies solutions de potasse, de soude et d'ammoniaque, et l'on obtient ainsi les hydrosulfates et les bi-hydrosulfales de ces bases, dont nous parlerons avec plus de détail en traitant des sulfures. Les uns et les autres servent de réactifs pourdécouvrir et distinguer un grand nombre de dissolulés métalliques , et pour imiter , étant convenablement étendus d euu et additionnés de dilférens sels , les eaux sulfureuses naturelles. ( Gbibodet. )

IIY'DROSULFURIQUE ( Acide )• {Toxicologie. ) Voyez Gaz délétèhes. HYDROTHORAX. C est le nom de 1 hydropisie des plèvres. S 1". Celte hydropisie résulte tantôt de l'hyper-sécrétion des plèvres, ce qui constitue l'hydrolhorax actif, tantôt d'une diminution dans la faculté absorbante des extrémités veineuses ou bien d'un obstacle au cours du sang dans les troncs veineux où se rendent celles-ci , ce qui constitue pour nous l'hj'drotliorax passif. Ce dernier , comme toutes les autres hydropisies , peut reconnaître pour cause premièrej un obstacle au cours du sang dans le centre même de la circulation , c'est-à-dire dans le cœur.

L'hvdrothorax actif est assez difficile à distinguer de la pleurésie aiguë, légère; et souvent une pleurésie chronique laisse à sa suite un épanchement séreux qui ne difTcre en rien d'un hydrothorax qui n'aurait pas été précédé d'inflammation. Après avoir dit que les symptômes généraux et la marche de la maladie peuvent seuls faire distinguer l'hydrothorax delà pleurésie chronique, M. Laennec ajoute tjue « il peut même se rencontrer des cas où cette distinction serait tout aussi difficile à faire sur le cadavre que sur le i>ii>ant. » ( Ausc. méd., tom. 2, pag. 231 , 2<' édit. )

Laennec fait aussi remarquer que l'hydrothorax idiopalhique (actif) , porté à un degré tel qu'il puisse seul et par lui-même produire la mort , est, quoi qu'en aient dit beaucoup d'auteurs , une des maladies les plus rares. « Je ne » crois pas , dit-il , qu'on puisse en établir la proportion à plus d'un sur deux >' mille cadavres ; une des choses qui ont le plus contribué à faire regarder « l'hydrothorax idiopiilliiqne comme beaucoup plus commun qu'il ne l'est » réellement , c'est qu'on a souvent pris pour tel un épanchement séro-puru- » lent, à raison de la transparence d'une partie de ce liquide : l'épanchement 1' qui accompagne la pleurésie n'est bien connu que depuis un très-petit nomn bre d'années , et des hommes très habiles sont tombés dans l'erreur dont il ') s'agit à une épocjoe très-rapprochée de nous. Morand lui-même a donné, sous » le nom à'hy dropisie de poitrine , une observation de pleurésie guérie par >' l'opération de l'empyème. » ( Ausc. incd., tom. 2 , pag. 229, éd. )

Quoiqu'il eu soit , le liquide de l'hydrothorax, dit essentiel , ou indépendant d'une phlegniasie srippuraliue, offre tous les caractères que nous avons indiqués à 1 article Hydt.oim.sie. 11 n'occupe ordinairement qu'un des côtés du thorax. La quantité en est très-variable. Laennec a vu un cas dans lequel la plèvie droite contenait douze livres de sérosité incolore et limpide. La plèvre , plus blanche que dans l'étal normal, est d'ailleurs intacte. Le poumon correspondant à l'épanchement est comprimé , refoulé vers la colonne vertébrale et le sommet du thorax, tandis que le diaphragme, le loie ou la rate, selon le côté affecté , sont repoussés en bas. Quand l'épanchement occupe le côté gauche , s'il csl très-abondant, il peut déjetor le cœur vers le côté droit de la poifi'iiie.

§ II. Les causes de l'hydrothorax sont celles des autres hydropisies en i général. Ain.si l'hydrothorax actif peul être le résultat d'une brusque suppres- I sion de la transpiration ou de quelque autre sécrétion. Quant h l'hydrothorax passf, on le rencontre le plus ordinairement chez les individus affectés ] d'une maladie du cœur ou des gros vaisseaux , capable de produire un i grand obstacle à la circulation. On sait aujourd'hui qu'il n'est pas trèsrare (le rencontrer des veines oblitérées chez les individus affectés d inflammation tuberculeuse des poumons. Celte lésion nous donne une explication satisfaisante de l'hydrothorax qui coexiste assez souvent avec la luberculisatiùn des poumons.

§ III. Le diagnostic de l'hydrothorax est devenu généralement assez facile, | depuis le perfectionnement des méthodes d'exploration de la poitrine.

1". Les malades éprouvent une gêne de la respiration proportionnelle 1 à la quantité du liquide épanché. Ils restent ordinairement couchés sur | le côté malade, afin que le côté sain puisse se déployer librement pour l'exercice de la respiration ; lorsque l'hydrothorax est double , la respiration i est haletante, les malailes restent assis dans leur lit ; on voit se contracter énergiquement tous les muscles respirateurs, et une anxiété extrême se peint sur le visage. j

2o. Il existe de la matité dans la partie du thorax que remplit l'épanchement. j On peut, au moyen de la percussion médiate , limiter rigoureusement l'étendue | et le niveau de l'épanchement. La matité change de place, selon la position du i makide, à moins toutefois que l'épanchement ne soit enkysté. M. Piorry insiste j beaucoup sur cette circonstance , comme signe distinctjf entre la matité pro- { duite par un épanchement et celle qui résulte d'une induration du tissu du i| poumon, laquelle reste fi,\ée invariablement dans le même point , quelle que !f

soit la position qu'on fasse prendre au malade. Le déplacement du liquide, dans le cas d'hydrothorax un peu considérable, ne m'a point paru s'opérer toujours aussi facilement que l'assure M. Piorry d'après les faits qui lui sont propres. Ainsi, par exemple , j'ai vainement fait coucher plusieurs malades sur le ventre pour obtenir de la résonnance à la partie postérieure inférieure du thorax : la matité a persisté malgré le changement de position. Toutefois, la remarque de M. Piorry n'en mérite pas moins d'être prise en considération.

3°. Si l'on ausculte dans la région correspondante à un hydrothorax assez copieux, on reconnaît que le bruit respiratoire a cessé dans cette région. On entend à sa place le souffle tubaire ou la respiration bronchique. Laennec veut qu'on ajoute aux signes suivans Véyophonie qu il dit avoir constatée de la manière la plus évidente. Je ne possède qu'un seul cas où ce phénomène m'ait parU' exister. Dans un grand nombre d'autres cas d'épancliemens thoraciques , il n'existait réellement point d'égophonie. Ce point de doctrine léclame de nouvelles recherches.

4». La mensuration comparée des deux côtés du thorax , lorsque l'épanché* ment est considérable, et qu'il n'occupe qu'un côté , fait reconnaître que la circonférence du côté affecté est plus étendue que celle du côté sain. On s'aperçoit d'ailleurs, à la simple inspection , de l'augmentation de volume du côté qui] contient le liquide. Les espaces intercostaux sont agrandis et l'on parvient i quelquefois à développer le phénomène de la fluctuation.

Lorsque l'hydrothorax est compliqué de pneumothorax , il existe d'autres signes que l'on aura le soin d'exposer en traitant de cette dernière maladie.

5». L'hydrothorax simple ne réagit sur les fonctions en général, ne les dérange que d'une manière en quelque sorte mécanique. Ce dérangement est luimême consécutif à celui des fonctions de la respiration et de la circulation produit par la compression qu'exerce le liquide sur les principaux organes di ces fonctions. La gêne de ces fonctions peut être portée au point de causer h mort. \ ;

^ III. Le traitement de 1 hj^drothorax doit être basé sur les indications qu-l i nous avons établies à l'article Htdhopisie. Si 1 hydrothorax est actif, on devr i recourir h la méthode dite antiphlogislique. Nous avons récemment guéri à 1 ■ i clinique de la Charité, un hydrothorax de cette espèce , au moyen de la saii ( gnée générale, des sangsues , des ventouses scarifiées , des légers diurétiqueN et des vésicatoires. On peut aussi prescrire les purgatifs, les sudorifîques , ei • ayant soin de les suspendre , s'il en résultait des inconvéniens supérieurs au'i avantages que l'on s en promettait. j j

Laennec a combattu avec succès deux épanchemens séreux du thorax pa'| l'acétate de potasse , à la dose d'une once à une once et demie par jour, et 1' sel de nitre , dont il porta la dose de vingt à quarante grains. « Ce traiteraei n lut si heureux , dit M. Laennec , que tous les signes d'épanchement dispari ! 11 rent en huit jours de temps. » ( Op. cit., t. 2, p. 230-231. )

Quant aux hydropisies de poitrine qui reconnaissent pour cause un obstac \ à la circulation , leur traitement se confond en quelque sorte avec celui de maladie dont elles sont l'effet: sublatd causa, tollitur effeclus. j]

]Nous pensons, avec Laennec, qu'il ne faut pas désespérer de la guéi]^ son de l'hydrothorax, par cela que le malade sera atteint d'une malad organique du cœur. Le praticien célèbre que nous venons de citer rapporté un exemple d'un succès rapidement obtenu dans une semblât circonstance.

L'évacuation du liquide par l'opération dite de l'rnipycme , est un moyen e ti ême , auquel on a rarement eu recours jusqu'ici ; les cas dans lesquels cel opération a été pratiquée a|)partcnant plutôt à la catégorie des épanclieoie jileuiétiques qu'.i celle des hydrothorax proprement dits.

Selon Laennec, « l'ouverture de la poitrine ofl'i irait plus de chances d

HYPERDIACRISIE.

IIYPÉRÉMIE.

l'hyclrothorax que dans la pleurésie, parce que le poumon n'est pas maintenu dans Vétat de coinpfcssion par une Jausse membrane. » Pour plus de détails iir ropération dont il s'agit, nous renvoyons aux articles Empyème et Pleu- Ibsie (chronicfue.)

Il est quelque cas où l'hydrothorax a paru se dissiper par le seul bénéfice de nature. Il n'est pas rare alors de voir survenir une remarquable ailgmentaon dans quelqu'une des sécrétions dont le produit est naturellement versé an ehors. M. Andral a publié un cas dans lequel la résorption d'un hydrothorax pcompagna l'établissement d'une exhalation insolite de sérosité à la surface des ronches. Ce cas se rapproche de ceux dans lesquels on voit une ascife disparaire sous l'influence d'évacuations intestinales très-abondantes.

(J. BO01LLACD.)

HYPERDIACRISIE , s. f. ; , au delà , et de Jixx/ot-M , je sécrète ; sécréon augmentée d'un tissu , irritation sécrétoire.

Toutes les sécrétions, cutanées, muqueuses, séreuses, glandulaires et utres, sont susceptibles d'un accroissement insolite qui peut s'élever à l'état lorbide. Tantôt, et c'est le plus ordinaire, cet accroissement de sécrétion est quele symptôme d'une aulre maladie , et n'a par conséquent d'importance ue comme élément de diagnostic , et tantôt, au contraire, il constitue par 11-même un véritable état morbide, indépendant de toute^autre all'ection, et iiquel on doit par conséquent consacrer désormais une place et une étude péciale dans les traités de pathologie. C'est à cet accroissement morbide de la iccrétion d'un tissu sans altération appréciable de sa texture , et indépendant le tout état morbide éloigné , que nous avons cru devoir imposer le nom d'Iij ferdiacrùie {Noui'eaux Élèmens de Pathologie , etc., par MM. Roche et ^anson , t. 2 , p. 424 , 3e édition).

Les causes de l'byperdiacrisie sont variables suivant les organes par lesquels plie s'opère, et ne ne peuvent , par cette raison, être étudiées d'une manière jeuerale. Cependant, il est digne de remarque que , dans la grande majorité Jes cas , elle survient sous l'influence du froid humide. En diminuant la transpiration cutanée, soit d'une manière passagère, mais violente , soit d'une manière continue, mais peu forte, le froid humide, en effet, force un autre organe à suppléer, par un accroissement de sa sécrétion, à la sécrétion diminuée de la peau , et 1 irritation sécrétoire s'établit. C'est ainsi que les choses se passent pour la plupart des supersécréLions muqueuses , des épanchemens et jdes infiltrations idiopathiques dans les membranes séreuses et dans le tissu cellulaire, et même pour plusieurs hyperdiacrisies glandulaires, le diabète, par exemple. Mais l'irritation sécrétoire ne se développe pas toujours sous rinduence de cette cause : il en est de spéciales qui les font naître quelquelois ; elles ont été ou seront signalées à l'occasion de chaque hyperdiacrisie en particulier.

L'écoulement au dehors, ou l'accunnilation , ou l'infiltration du produit sécrété en trop grande abondance, est en général le seul signe par lequel s'annonce l'hypeidiacrisie. Ni douleur, ni chaleur, ni rougeur, ni tuméfaction, ni désorganisation; en un mot, aucune altération appréciable du tissu par lequel elle s'opère ne l'accompagne. Cette absence de symptômes est même june condition de sa nature , puisque nous avons dit que lorsqu'un accroissement de sécrétion existait avec une autre maladie, il n'en était plus alors qu'un des symptômes , et ne constituait plus un état morbide spécial. Avec le temps, cependant, on voit peu à peu s'y joindre de nouveaux phénomènes morbides ; on peut les rapporter tous aux trois chefs suivans : épuisement par l'excès de la sécrétion quand le produit en est rejeté au dehors , distension de la partie dans laquelle le fluide sécrété s'accumule, et compression des organes voisins, quand ce liquide reste emprisonné au sein des parties.

On observe Thyperdiacrisie dans le tissu cellulaire, et elle y prend le nom d'œdème et celui à'anasarque ; h la peau, où elle constitue les sueurs morbides , connues aussi sous les dénominations d éphjdrose . dj sodie cutanée ; à la surface des membranes muqueuses , et c'est à elle qu'appartiennent Vophthalmohlennorrhée, la rhinorriiée , la bronchorrhée , la gasLrorrIiée , la diarrhée muqueuse ou séreuse , la blennorrhée et la leucorrhée; dans la cavité des membranes séreuses, où elle torme Vhjdrophlhalmie , V hydrocéphale , Vlijdrorachis, Yhjdrothorax , Vliydro-péricarde , Vascile , et Vhjdrocèle ; dans la plupart des organes glandulaires , et c'est d'elle que dépendent la sialorrhée ou le ptyalisme . la poljgalaclie , la diarrhée bdieuse ou cholépoièse , et le diabète; enfin , il est probable que la pliquc consiste principalement dans une hyperdiacrisie du système pileux.

L'irritation sécrétoire est en général un état morbide peu grave. Cependant, quand la sécrétion anormale est trop abondante, ou bien lorsqu'elle s'opère auprès d'un organe important , comme le cerveau , le cœur, le poumon , par exemple, la mort peut être la suite de la compression que le liquide exerce sur cet organe, et de l'obstacle qu'il apporte à raccomplissement d'une fonction importante. Hors ces cas , I hyperdiacrisie ne devient pas mortelle par ellemême , et si les malades succombent , c'est ordinairement à une inflammation aigue ou chronique du (issu qu'elle affecte. Ce mode d'irritation ne laisse sur les cadavres aucune altération appréciable qui lui soit propre , et les lésions que l'on rencontre souvent à sa suite appartiennent à d'autres maladies.

Le traitement de l'irritation sécrétoire repose sur les indications suivantes : détruire l'irritation morbide , soit directement, soit en provoquant des sécrétions artificielles qui fassent cesser la sécrétion anormale ; donner issue au liquide sécrété lorsqu'il s'est accumulé dans une cavité accessible aux moyens chirurgicaux, et empêcher sa reproduction.

• La première indication réclame tous les moyens anliphlogistiques connus ;

DiCT. PE MÉDECIBE ET DE CHIRURGIE PRATKJIE.

) toutefois , c'est parmi les révulsifs plus encore que parmi les évacuations sanguines qu'il faut les choisir. Les moyens qui excileiit des sécrétions abondantes par une voie quelconque , tels que les sudorifiques, les diurétiques, les purgatifs, sont, parmi les révulsifs , ceux qu'il faut préférer, en raison même de leur mode d'action ; et cependant on ne doit pas négliger l'emploi de suppurations extérieures qui, à l'avantage d'établir une sécrétion artificielle, joignent celui de révulser directement l'irrilalion qui |)rovoque la sécrétion anormale. Les uns et les autres doivent être secondés de l'emploi des saignées locales, dans tous les cas où l'irritation est forte et accompagnée de congestion sanguine , et de celui des saignées générales chez les sujets jeunes et pléthoriques.

La seconde indication , celle qui consiste à donner issue au liquide accumulé, exige des procédés particuliers , suivant le lieu où existe la collection ; ces procédés ont été ou seront indiqués à l'occasion <le chacune des maladies auxquelles ils sont applicables; une seule règle leur est commune à presque tous, c'est celle de ne livrer qu'une petite issue au liquide épanché, afin d'empêcher que l'air ne pésiètre dans le sein de la cavité qui le renfermait , et ne détermine dans les parois de cette poche une violente inflammation dont les suites pourraient devenir promptement funestes. Quant à l'indication de prévenir la reproduction du liquide, on la remplit eu insistant sur l'emploi dcj moyens antiphlogistiques directs et révulsifs , et dans quelques cas particuliers, en provoquant l inflammation et par suite l'adhérence des parois de la cavité qui le contenait. (L. Ch. Roche.)

HYPEREMIE. En cherchant à me rendre compte du sens que , à des époques diverses et sous l'influence de théories diflérentes , l'on a attaché au terme A'injlammation , il m'a semblé que l'on avait rangé sous cette expression, comme sous une étiquette commune, plusieurs états morbides qui, une fois groupés de la sorte, avaient perdu , pour ainsi dire , leur droit à une description isolée , et cela au grand détriment de la science ; car l'existence d'aucun de ces états n'est nécessairement lice à celle des autres ; chacun d'eus peut se produire et se développer d'une manière toute isolée et toute indépendante ; chacun d'eux , par conséquent , doit être étudié à part , il doit avoir une place distincte dans un cadre nosologique ; il se réunit ensuite à d'autres pour constituer le phénomène complexe appelé inflammation. En étudiant ce phénomène , on y découvre , comme autant d élémens qui concourent à le produire, les trois altérations suivantes : l'une consiste dans la présence d'une quantité insolite du sang , soit encore en circulation , soil stagnant ou épanché, au sein de la trame organique enflammée ; la seconde est due à la lésion qu'a subie dans cette trame l'action sécrétoire : d'où apparition de fluides qui sont anormaux, soit par leurs qualités, soit simplement par leur quantité; la troisième enfin résulie des modifications imprimées à l'acte nutritif Jui-mcnie ; d'où changemens de nature diverse dans la texture de la partie enflammée- Mais aucune de ces altérations n'est nécessairement précédée ou suivie de l'autre. L'observation, pas plus que la théorie, ne conduit à admettre qu'il faille que nécessairement un afflux insolite du sang, appelé par l'irritation, précède dans un tissu la lésion que va subir la sécrétion qui s'y accomplit , ou le mouvement nutritif qui s'y opère. Je me propose, dans deu.x autres articles , d'exposer à quelles conditions diverses , qui ne sont pas des conditions phlegmasiques , peut se modifier dans l'organisme toute sécrétion comme toute nutrition; question bien grave, puisque des solutions diverses qu'on peut en donner doit résulter la plus grande difl'érence dans la détermination de là nature des maladies et de leur traitement.

11 n'est pas de tissu qui ne puisse devenir le siège d'une accumulation de sang qu'y appelle ou qui retient, soit une excitation quelconque, soit une diminution des forces circulatoires , soit un obstacle mécanique apporté à son libre cours. De là , trois espèces d'hypérémie : la première , stliénique ; la seconde, asthénique ; la troisième qui n'a plus de ra])port avec l'état des forces vitales, et (jui est purement mécanique, comme les causes qui l'ont produite.

Une rougeur . variable par ses nuances et par ses différens degrés d'intensité, tel est le caractère analomique de l'hypérémie. Cette rougeur peut dépendre de deux causes : ou de la présence dans les vaisseaux de plus de sang que de coutume, ou de l'extravasation de celui-ci. Pour peu que I hypérémie soit considérable , elle doit firoduire , en même temps que la rougeur , une augmentation dans le volume de la partie qui en est le siège; les membranes pourront présenter alors une plus grande épaisseur , et les parenchymes tendront à occuper plus d'espace.

Ces deux notables changemens de couleur et de volume, produits par l'hypérémie, olfrent un aspect souvent identique dans ses différentes espèces.

En changeant ainsi la couleur et le volume des parties qu'elle a frap|Kes, l'hypérémie offre-t-elle des différences en rapport avec ses espèces diverses ? En d'autres termes , peut-on , par le simple aspect, distinguer une hypérémie sthéuique, d'une hvprrémie asthénique ou mécanique?

On le prétendrait vainement dans tous les cas ; l'engorgement des grosses veines , l'injection fine des réseaux capillaires , les ecchymoses , l'exhalation de sang à la surface des membranes , existent aussi bien dans l'une de ces trois espèces d'hypérémie que dans les deux autres. De là , la difliculté extrême , et souvent l'impossibilité de distinguer si une rougeur trouvée sur un cadavre, est ou non le résultat d'un travail d'irritation qui a appelé le sang dans la partie que l'on trouve hypérémiée. Et ici, la difliculté s'accroît encore de la complication d'un certain nombre de circonstances qui , après la mort , peuvent , d'une manière toute physique , produire , en certains points d'un

hypérÉmie.

HYPÉRÉMIE.

organe , «ne accumiiliition de sang; , et tlonner ainsi merveilleusement le change sur l'existence d'une bypérémie qui se serait accomplie avant la mort. Ainsi, à peine les forces vitales ont - elles cessé d'exercer leur empire, qu'obéissant aux lois de la pesanteur , le sang encore liquide se porte et s'accumule vers les parties les plus déclives. Ainsi, dès que la puiréfacfion commence , le sang s'infiltre hors de ses vaisseaux , et va colorer les tissus , en y dessinant de longues stries ou de larges plaques. La rougeur seule est donc un caractère inMifîisant , dans le plus grand nombre des cas , pour prouver l'existence de I hypérémie sthénique, et par conséquent celle de 1 inflammation, dont cette hypérémie est le premier et l'indispensable élément. Il faut donc rechercher dans les organes, d'autres lésions; il faut aussi remonter aux symptômes de la maladie et à ses causes , pour découvrir la nature des rougeurs trouvées sur le cadavre ; car , pour la révéler . les seules lumières , fournies par l'anatomie , seraient plus d'une fois complètement insuffisantes.

Des causes diverses peuvent produire l'hypérémie active ou sthénique. Indépendamment des stimulations extérieures qui lui donnent souvent naissance , il est d'autres causes , tout internes , sous l'influence desquelles on la voit fréquemment se développer. Au premier rang de ces causes, il faut sans doute (ilacer certains troubles de l'innervation , dont un des effets est de déterminer vers plusieurs organes de rapides congestions sanguines. Nous voyons chaque jour la douleur appeler le sang dans la partie où elle siège J l'hypérémie n'est plus ici qu'un simple effet. Souvent encore, elle succède? dans un organe, au trouble de ses fondions, loin de le précéder; ainsi se congestionne le cerveau à la suite d'une passion violente. Un produit morbide s'est-il développé au sein d'un de nos tissus? Autour de lui comme autour d une cause permanente de stimulation , se développe une hypérémie soit constante, soit passagère, et ici encore , loin de pouvoir être considérée comme le point de départ de la lésion , elle en est un des résultats. Ainsi , voilà un certain nombre de cas, dans lesquels, en ne combattant que l'hypérémie, on ne s'attaquerait pas à la cause même de la maladie; mais ces rougeurs, trouvées sur le cadavre, ont pu ne pas exister dès le principe, et elles n'ont pas nécessairement précédé b-s autres désordres de fonctions ou de texture. Ainsi s'expliquent les succès que l'on obtient , lorsqu'au commencement de certaines maladies, dans lesquelles le trouble de l'innervation joue un grand rôle, ou fait disparaître par des narcotiques des désordres de fonctions , contre lesquels échouent les émissions sanguines. C'est qu'en pareil cas , l'hypérémie n'existe point encore ; ce n'est point elle que vous combattez par les narcotiques ; vous ne faites ainsi qu'en prévenir la formation. Mais laissez marcher le désordre de fonctions ; bientôt il amènera 1 hypérémie, et dès lors, une toute autre médication devra être employée.

Ainsi, certains délires ne s'accompagnent d'hypérémie cérébrale, qu'après quelques jours d'existence; et la pieuve , c'est que si les individus succombent dans les premiers temps de rcxislence de ces délires , on ne trouve ilans l'encéph de aucune trace d'injection ; c'est contre ces délires, que l'on a qualifiés du nom de dêlir^'s neiveux , que l'opium, donné h très-hautes doses , réussit comme par enchantement ; mais il ne réussit qu'à la condition qu'on ne l'emploie qu'avant le développement de la congestion. C'est encore ainsi qu'après avoir long-temps palpité sans recevoir pour cela plus de sang que de coutume dans son tissu , le cœur finit par s'hyiiérémier , et plus tard encore il s'hypertrophiera ; mais au point de départ , il n'y a eu d'autre trouble que celui de l'innervation , et contre ce trouble devait être dirigée toute la thérapeutique. Combien encore de vomissemens purement nerveux dans le principe, ne produisent-ils pas , d'une manière toute secondaire , d'abord une hypérémie de la muqueuse gastrique, puis diverses altérations de texture, depuis le plus léger changement d'épaisseur ou de consistance, jusqu'.i l'affreux cancer! Dans cette succession d'états morbides de nature si diverse, et néanmoins annoncés souvent ])ar des symptômes peu différens, qui ne pressent combien doit varier la thérapeutique?

On a bien souvent placé l'état de pléthore générale au nombre des causes qui doivent favoriser le développement des congestions locales, qui viennent à se fixer sur tel ou tel organe. Je ne nie pas cette influence ; je la regarde comme réelle. Nul doute, par exemple, que certaines congestions cérébrales ou pulmonaires ne soient liées au surplein des vaisseaux, si une pareille expression m'est permise , et c'est en pareil cas surtout, que de larges émissions sanguines produisent véritablement des merveilles. Mais la plupart des organes peuvent aussi s hypérémier sous l'influence de conditions tout opposées. 11 est elTectivement d'observation que pendant le cours des maladies chroniques , à mesure que les forces se perdent, que le sang s'apjiauvrit, et que l'amaigrissement se prononce, des hypéiémies tendent à se produire avec la plus grande facilité en un grand nombre de points : leur opposerez voiis alors les saignées ? elles seraient , dans la plupart des cas , ou inutiles ou nuisibles ; vous doubleriez, par elles, l'intensité de la cause qui , d'autant plus active que la faiblesse va croissant, multiplie de toutes parts des hypérémies sans cesse renaissantes. Et voilà un exemple (jui prouve, entre bien d'autres, que dans les maladies , les gran<les indications thérapeutiques se tirent souvent beaucoup moins des lumières fournies par l'anatomie , sur le siège et sur la nature même de l'afTection , que de la considération de l'état général de l'individu , de celle de ses forces , de ses conditions d h'-matose et d'innervation, des influences auxquelles il a été soumis , etc.

Toutes les fois qu'un poison a été introduit dans l'économie par voie d'absorption , il va troubler le cours du sang dans les différens réseaux capillaires; de là résulte la production d'hypérémies , variables par leur nombre et par

leur siège Ces hypérémies peuvent toutefois manquer, et la maladie, déterminée par la présenre de l'agent délétère dans l'économie , n'en existe pas moins avec ses symptômes caractéristiques : ici encore , l'hypérémie, seule lésion que nous présente souvent le cadavre, ne constitue pas la maladie. Elle n'en est qu'un élément; son existence doit sans doute modifier les indications thérapeutiques; mais elle ne doit pas leur servir de base. En ne combattant qu'elle seule, on n'arrive pas au fond même de la maladie; on ne remonte pas à sa cause ; on ne s'attaque qu'à un effet inconstant et variable. 'Voilà ce qui se passe dans les fièvres intermittentes , dans le typhus , dans les fièvres exanthémaliques , dans l'hydrophobie , vraisemblablement aussi dans le choléra asiatique.

Tout ce que j'ai dit jusqu'à présent se rapporte spécialement à l'hypérémie sthénique, à ceDe qu'une cause stimulante produit et entretient, et qu'il faut combattre par les moyens antiphlogistiques ordinaires. Il peut arriver qu'au bout d'un certain temps, elle vienne à changer de caractère, et que, toujours semblable sous le rapport des lésions anatomiques, sa nature ait cependant cessé d'èire la même; la cause stimulante n'agit plus; le sang n'est plus appelé en quantité surabondante vers la partie naguères irritée ; mais celui qui y arrive tend à s'y accumuler et à y stagner, parce que les vaisseaux dilatés et sans ressort ne peuvent plus réagir suffisamment pour l'expulser; les forces circulatoires se sont abaissées au dessous de leur type normal , et l'hypérémie sthénique s'est ainsi peu à peu transformée en hypérémie asthénique. Dès lors, une toute autre thérapeutique doit être mise en usage ; les excitans de diverse nature doivent être employés pour faire disparaître cette rougeur, qui, désormais, ne fera qu'augmenter sous l'influence des moyens dits antiphlogistiques. Cela se voit tous les jours dans les hypérémies de la conjonctive, que l'on lait disparaître , à une certaine époque de leur existence , par des applications toniques et astringentes, et je ne doute pas qu'il en soit ainsi pour beaucoup d'autres organes. Observez , par exemple, ce qui a lieu dans certaines affections de l'estomac. Long-temps traitées jiar les émissions sanguines, les boissons émollientes et un régime doux , elles diminuent d'abord sous l'influence de ce genre de médication; mai.s plus tard , pour plusieurs d'entre elles, une autre scène a beu : l'estomac qui, pendant plusieurs mois , n'avait pu lecevoir que de l'eau de gomme et des lécules, ne peut plus les supporter, et les émissions sanguines, si utiles jusqu'alors, ne font plus qu'accroître la dyspepsie. C'est que la maladie a changé de caractère; peut-être, à l'ouverture du corps, trouveriez-vous encore la miKjucuse gastrique plus ou moins rouge ; mais cette rougeur, sous le rapport de sa nature et du traitement qu'il convient de lui opposer, équivaut à un état anémique de la membrane; dans ces deux cas, ce sont des stimulans qu'il faut employer ; et c'est effectivement par eux que j'ai amené plus d'une fois à guérison complète des afl'ections de l estomac qui, d'abord améliorées par l'emploi des antiphlogistiques, restaient ensuite staîionnaires , ou même s'aggravaient, tant que je m'en tenais à ce genre de médication. C'est encore ainsi qu'à la suite d'un certain nombre de pneumonies, il reste dans le poumon un engorgement sanguin que révèle l'auscultation, et sur la nature duquel on s'abuserait singulièrement , si on 1 attribuait à un reste d'irritation du parenchyme, et si on le traitait comme tel. En pareil cas, malgré le râle crépitant qui persiste , je n'hésite pas à donner de la nourriture; je prescris de doux toniques ; je stimule la peau par des vésicaloires , et à mesure que les forces se relèvent, l'engorgement pulmonaire disparaît.

Il est d'autres cas où l'hypérémie, d'abord sthénique, se change très-rapidement, et à peu près à son origine, en hypérémie asthcni(jue. C'est ce qu'on observe dans ces cas où à la suite d'une irritation légère portée sur la peau, d'une compression peu considérable exercée sur elle, cette membrane rougit d'abord , puis, au bout d'un petit nombre d'heures, prend une teinte violette , et se gangrène, ainsi que cela se voit dans les fièvres graves. Cette succession de phénomènes est-elle , en pareille circonstance, le résultat d'un excès d'inflammation? N'est-ce pas bien plutôt \>ar défaut des forces circulatoires que le sang, appelé vers le point de la peau momentanément irrité, y est retenu d'une manière toute passive ; dès-lors, formant, par sa présence , un obstacle tout mécanique à l'arrivée d'un nouveau sang arte'riel , il amène bientôt la mort de la partie où il vient à stagner. De là, en pareil cas , l'utilité des applications toniques et astringentes, faites cependant sur une partie rouge, et qui présente tous les caractères de l'état que l'on appelle inflammation.

Il est enfin des cas où , dès le moment où elle apparaît , l'hypérémie semble être de nature asthénique. Ces taches, d'un rouge violet que présente la peau dans le scorbut , dans les difléreiis typhus , dans les empoisonnemens par les substances se'ptiques, nous en offrent des exemples. Il semble qu'il en soit de même de certaines injections de la conjonctive que l'on observe chez des individus faibles et scrophuleux : du moins, est-il certain que ces injections, qu'accompagne une sensibilité plus ou moins vive , résistent , dès leur principe, à des applications purement émollieutes , et cèdent au contraire à des lotions plus ou moins stimulantes , faites , par exemple , avec de l'eau de Cologne , de l'eau-de-vie étendue d'eau, de l'acétate de plomb liquide, etc. Je ne doute pas qu'une observation attentive ne conduise aussi à faire admettre, pour les diiférens organes internes, des cas d hypérémie primitivement asthénique. C'est cet état que quelques auteurs avaient désigné sous le nom d inflammation passive , expressions impropres sans doute, puisque l'idée attachée à l'une d'elles semble exclure celle de l'autre; mais en les rejetant, il ne fallait pas rejeter en même temps les faits pour lesquels on les avait créées. Ces faits se trouvent formulés par l'expression d'hypérémie asthénique.

Quant à Ihypcrémie toute mécanique, qui se forme sous l'influence d'un

HYPERTROPHIE

HYPERTROPHI E.

ibstacle apporté à la circulation veineuse , ou en comprend facilement le mode le iiroJiiction. Les maladies organiques du cœur lui donnent le plus fréquemiiK-nt naissance , et c'est dans la membrane muqueuse gastro-intestinale qu'elle ïst ordinairement le plus prononcée. (Akdrat,.)

HYPERTROPHIE, de \iK;p, sur, et de t^oj») , nutrition. Les lijperu-o/jhies .consliluent une classe de lésions dont le caractère essentiel consiste dans l'cxa- Igéralion de nutrition, et par conséquent dans l'augmentation de poids et de volume des organes, sans altération dans leur texture.

Il est une liyperlro/ihie physiologique et une hypertrophie piilhologitiue ; jJes nuances iuseiisibles conduisent de l une à l'autre. Ainsi, à côté de l'augfraentation de nutrition du cœur, qui a pour résultat une circulation active mais régulière, et tous les attributs du tempérament sanguin, se voit une augmentation de nutrition plus considérable qui rompt l'équilibre, et devient une cause de maladie .

La difl'érence entre 1 hypertrophie physiologique et l'hypertrophie pathologique, n'est bien s cuvent qu'une çueit/o/i r/e*/eg<?. Ainsi, tandis que le déveifippement des membres ihoraciques chez le boulanger, des muscles des épaules chez le portefaix, peut être porté aussi loin que possible sans qu'il y ait maladie, le développement peu considérable delà tunique musculaire de l'estomac et surtout de l'anneau pylorique , peut produire de graves accidens. La dilférence entre 1 hypertrophie physiologique et 1 hypertrophie pathologique est presque toujours relntit'e. Deux organes égaux en poids et en volume, appartenant à deux individus diflérens, peuvent être, l un dans l état normal, l'autre hj'pertrophié. Ce fait, fondamental dans 1 étude de l'hypertrophie, est une conséquence de 1 inégalité du volume et du poids dans les mêmes organes observés chez les dift'érens individus. Chacun de nous apporte eu naissant une prédomi- .nance ou une tendance à la prédominance |)lus ou moins prononcée de tel ou .tel organe, île tel ou tel système d'organes. Ce sont ces difTerences dans l'organisation qui établissent en grande partie ces grandes différences individuelles qu'on appelle tempérament , conslUiUion' , aplilmle. Or en examinant coraparaitivement le poids des organes les plus importans à la vie , tels que le cerveau , le cervelet, le foie, la rate, le cœur chez divers individus, j'ai été frappé de la jldiirérence sous le point de vue des limites extrêmes : le rapport est quelquefois ■ comme 1 : 2 en l absence de toute maladie proprement dite.

Les hypertrophies, considérées sous le point de vue pathologique, ont été pour la première fois étudiées d'une manière générale par M. Dupuytren, et rangées par lui dans la grande classe des irritations , sous le titre d*>; ùrtfi'o/?s untritii'cs. Rarement isolées, elles entrent le ))lus souvent comme élément dans un grand nombre de lésions, pour l'intelligence desquelles l'étude des tissus hypertrophiés est de la plus haute importance.

Tous les faits pathologiques relatifs à l'hypertrophie peuvent se rallier aux trois chefs suivans : l" hypertrophie pure et simple ; 2° hypertrophie avec induration; 3" hypertrophie avec transj'ormalion .

Toutes les causes de l'hypertrophie se résument 1° dans l'action exagérée d'un organe ou d'un tissu; 2° dans l'existence d'un travail morbitle fluxionnaire f au voisinage «le cet organe ou de ce tissu. Le mécanisme ou la cause prochaine [ de l'hypertrophie est celui de la nutrition normale et tout aussi inexplicable. L'exercice exagéré d'un organe a pour résultat l'hypertrophie pure et simple. Une fluxion morbide a pour résultat l'hypertrophie avec induration , et plus souvent encore rhypertro|ihie avec transformation. Bien que cette dernière espèce s'éloigne de la définition rigoureuse que nous avons donnée de l'hypertrophie, son adoption me paraît nécessaire pour compléter le tableau de ce genre de lésions.

Les ejffets de l'hypertrophie sont 1° une exagération d'action en rapport avec l'exagération de volume et de densité de l'organe ; 2" si l'hypertrophie occupe 1)11 ou plusieurs tissus élémentaires de l'organe , l'atrophie des autres tissus ; 3° les conséquences nécessaires de l'augmentation de poids ou de volume et du changement de forme de l'organe, la compression des parties voisines; ainsi, dans l'hypertrophie de l'extrémité pylorique de l'estomac, l'orifice pylorique est rétréci ; dans l'hypertrophie de la rate , l'estomac est comprimé , le diaphragme .soulevé; 4" la nutrition de l'organe hypertrophié étant plus active, ses vaisseaux, artères, veines et vaisseaux lymphatiques sont beaucoup plus développés.

Le traitement général de l'hypertrophie consiste \° dans le repos de l'organe ou du tissu hypertrophié; 2" dans la suppression du travail morbide ou fluxionnaire qui siège au voisinage de l'organe ou du tissu.

Ces préliminaires étant posés , nous allons parcourir successivement l'hypertrophie dans les divers tissus et organes de l'économie.

Hypertrophie du tissu cellulaire. 1" Le tissu cellulaire séreux hj'pertrophié devient tissu fibreux. C'est ce qu'on observe dans ! induration , dans la formation des cicatrices et dans la plupart des lésions morbides.

L'anatomie comparée, en nous montrant le tissu cellulaire des muscles revêtant tous les caractères du tissu fibreux chez les carnassiers , établit le lien qui existe entre 1 hypertrophie physiologique et l'hypertrophie pathologique. Les tumeurs fibreuses développées dans l'épaisseur des organes, ont lieu aux dé- ' pens du tissu cellulaire séreux , et peuvent être considérées comme le tissu celf î iulaire hypertrophié.

l" Y a-t-il simplement augmentation de sécrétion, ou y a-t il en même temps augmentation de sécrétion et hypertrophie , dans cet état d'exubérance du tissu adipeux qu'on appelle polysarcie , dans ces développemens eirconscrits qu'on appelle lipomes ? Il est probable qu'il y a à la fois l'un et l'autre.

3" Les membranes séreuses s'épaississent, deviennent opaques, et passent à l'état fibreux, lorsqu'elles sont le siège d'une fluxion long-temps continuée. On rapporte cet épaississement au tissu cellulaire sous-séreux ; cela est vrai dans le plus grand nombre des cas ; mais , dans d'autres circonstances , c'est la membrane séreuse elle-même qui est le siège de l'épaississement. Ainsi, dans plusieurs cas d'infillration séreuse du tissu cellulaire sous-arachiioidien , j'ai trouvé l'arachnoïde opaque et dense comme une membrane fibreuse ; mais la détermination du siège précis de l'induration est impossible dans un grand nombre de cas.

Hypertrophie du tissu fibreux. Le tissu fibreux libre est rarement hypertrophié. Les lésions désignées sous le nom de fongosités du tissu libreux , naissent d'une part bien rarement du tissu fibreux lui-même , et d'une autre part, appartiennent prestpie toujours à la classe des maladies cancéreuses. Une fluxion long-temps dirigée sur le tissu fibreux, a presque toujours pour résultat son ossification ; c'est ce qu'on voit surtout dans la periostose , dans la formation du cal et dans la dégénération des os.

Hypertrophie du tissu cwlilagineux. Toute fluxion dirigée sur un cartilage ou au voisinage, a pour résultat son ossification : exemple : les cartilages du larynx dans le cas de phthisie laryngée.

Hypertrophie du tissu osseux. Elle se manifeste 1 •> parVexostose , dans laquelle rexagéralicn de nutrition a lieu aux dépens de la cavité médullaire ; on voit dans les cabinets de la Faculté , des fémurs dont la cavité médullaire est complètement oblitérée. Ruysh ( Thesaur. anatont., 2,3,9) paraît avoir observé un cas de ce genre. Il dit même avoir fait fabriquer avec des os ainsi hypertrophiés, des maiiches de couteau.

2" Parla fransj'urmation du tissu spongieux de l'os en tissu compacte , c'est ce qu'on observe surtout aux os du crâne dont le diptoé est remplacé par du tissu compacte.

3" Par Vtiu^mentation de densité du tissu compacte qui , sans augmenter positivement de volume , acquiert un poids double de l'état naturel.

4" Par la transformation du tissu compacte en tissu spongieux, transformation qui s'accompagne constamment d Une augmentation considérable d<: volume.

5" Par ïriugmentuiion dedensité et de uolume tout à la fois : ainsi j'ai vu une portion d os du crâne convertie en tissu compacte aussi dense que l'ivoire, et ayant un pouce d épaisseur ; un autre fragment avait dix-huit lignes.

Lorsque l'hypertrophie occupe la surface externe de l'os et proémine à la manière d'une tumeur, on l'appelle exostose. Tantôt à base large, tantôt pédicii/</e , tantôt stalactij'orme j tantôt mamelnnée j quelquefois elle semble surajoutée à l'os, ou constituée par ses couches les plus extérieures ; d'autres fois , toute l'épaisseur ou une portion plus ou moins considérable de 1 épaisseur de l'os , semble avoir pris part à son dcvelopiiement.

Toutes les fois qu'existe un travail morbide , une fluxion quelconque au voisinage d'un os , cet os s'hyperlrophie ; voyez les os de la jambe sous un ulcère ancien de cette partie.

Les os suivent dans leur développement le système musculaire. Comparez lo squelette de l'athlète et celui d'un homme de cabinet. J'ai vu à I hôpital de Limoges un jeune homme qui avait perdu , par suite de nécrose avec suppuration, le tiers moyen du tibia qu'un os nouveau n'avait pas remplacé. Eh bien! le péroné avait acquis une assez grande épaisseur pour pouvoir servir de support k tout l'édifice.

Remarque générale. De ce qui précède sur 1 hypertrophie du tissu cellulaire et des tissus fibreux, cartilagineux et osseux, il suit que l'h3'pertrophie de ces tissus consiste essentiellement dans leur transformation l'un dans l'autre, en sorte qu'en se renfermant rigoureusement dans les termes de la définition que nous avons donnée du mot hypertrophie , savoir : exagération de nutrition sans altération de texture, ces tissus ne seraient point susceptibles d hypertrophie proprement dite. L'anatomie comparée, en nous montrant ces tissus substitués les uns aux autres , suivant les besoins, dans la série animale, établit l'afiinilé qui existe entre ces élémens organiques que l'on peut considérer comme la charpente du corps humain, confirme les données fournies par l'anatomie pathologique, et permet d'établir que VhypeiHrophie du tissu cellulaire consiste dans sa transformation en tissu fibreux , celle du tissu fibreux dans sa transformation en tissu cartilagineux et en tissu osseux , celle du tissu cartilagineux dans sa transformation en tissu osseux.

Hypertrophie du tissu miisrulnire. L'hypertrophie partielle des muscles de la vie de relation, 1 hypertrophie générale qui constitue le tempérament athlétique, ne sont pas du ressort de la pathologie : en vertu de la loi d'harmonie qui préside à l'organisation , les tendons, les aponévroses , les os et les ligamcns se développant d'une manière proportionnelle , il n en résulte aucun phénomène morbide proprement dit. Il n en est pas de même de l'hypertrophie du système musculaire de la vie nutritive.

Les fonctions de ce système étant relatives à la circulation des divers liquides de l'économie , une augmentation, même légère , de force et d'épaisseur, peut avoir les conséquences les plus graves. Au premier rang se place , sous le rapport de l'importance prati(|ue , l'hypertrophie du cœur , qui va nous occuper avec détail-

Hypertrophie du cœur. Signalé par tous les anatomistcs qui se sont occupés du volume et de la structure du cœur, l'épaississement des parois de cet organe qui constitue son hypertrophie coïncide le plus souvent avec la dilatation de ses cavités. C'est sous ce point de vue qu'il a été étudié par Senac, Lancisi ,

HYPERTROPHIE

HYPERTROPHIE

Morg:igni et Corvisart. Berfin et Lacnnec sont les premiers qui aient considère l'hypertrophie du cœur indépendamment de toute dilatation.

L'hj'pertrophie pure et simple du cœur mérite-t-elle une place parmi les maladies de cet organe ? Cette question paraîtra rétrograde , et cependant plus j'éludie les maladies du cœur , plus je reste convaincu que l'hypertrophie du cœur, lorsqu'elle ne dépasse pas certaines limites, lorsqu'elle est exempte soit de dilatation notable des cavités , soit de rétrécissement dans les orifices du cœur, n'est pas en général une maladie, el se concilie le plus habituellement avec l'exercice régulier de toutes les fonctions. Le véritable point de vue sous lequel il importe de l'envisager me paraît être plus spécialement celui de cause productrice de maladie. Ainsi, chez un bon nombre d'individus qui ont succombé soit à l'apoplexie cérébrale , soit à l'apoplexie des poumons, l'hypertrophie du cœur m'a paru la cause formelle de ces lésions.

L'hypertrophie doit encore être étudiée comme un élément important dans les maladies du cœur, et mérite d'être approfondie soit en elle-même, soit dans ses rapports avec les maladies du cœur et avec les maladies des autres organes.

La première question qui se présente lorsqu'on s'occupe de l'hypertrophie du cœur est celle-ci : quels sont les caractères anatomiquss de cette hypertrophie ? comment établir les limites qui séparent l'état morbide de l'état normal du cœur ?

Cette question , c'est-à-dire la détermination précise de la limite qui sépare l'état normal de l'état hypertrophique du cœur me parait impossible à résoudre d'une manière rigoureuse. Le volume, le poids du cœur, l'épaisseur de ses parois échappent à toute appréciation rigoureuse , parce qu'ils sont éminemment variables : je n'admets donc d'hypertrophies pour le ventricule gauche que lorsque les parois de ce ventricule atteignent sept à huit lignes d'épaisseur; pour le ventricule droit , que lorsque ses parois ont quatre à cinq lignes; pour le cœur en général , c|ue lorsque le poids de cet organe qui est, terme moyen , de six à sept onces , atteint dix à douze onces.

WM. Bertin et Bouillaud admettent trois états du cœur hypertrophié : ]o l'hypertrophie sans augmentation ni diminution des cavités du cœur ; 2° l'hypertrophie avec dilatation, qu'ils appellent hyperli'npitie excentrique ; 3" l'hyperlrophie avec rétrécissement des cavités, qu'ils appellent /ij/>c;77'o/;/u'e con^ centiique.

Les faits que j'ai eu occasion d'observer ne me permettent pas d'admettre l'hypertrophie concentrique. L'effacement de la cavité , l'épaisseur des parois proportionnellement plus considérable me paraissent le résultat du genre de mort. Le cœ\ir de tous les suppliciés que j'ai eu occasion d'examiner m'a offert ce double phénomène au plus haut degré. Les parois veniriculaires se touchaient dans tous leurs points. J'ai fait la même observation chez les individus qui ont succombé à une mort violente. Les cœurs hypertrophiés concentriquemenl des auteurs que je viens de citer me paraissent des cœurs plus ou moins hypertrophiés que la mort a surpris dans toute leur énergie de con- Iractilité. On peut d'ailleurs s'en convaincre en voyant la facilité avec laquelle ces ventricules sans cavité proprement dite se laissent dilater par l'introduction d'un ou de plusieurs doigts.

L'hypertrophie sans augmentation notable des cavités du cœur, ou mieux avec dilatation peu considérable et proportionnelle , est l'hypertrophie essentielle, si on peut ainsi parler. Elle suppose l'absence complète de rétrécissement.

L'hypertrophie avec dilatation , avec ou sans rétrécissement des orifices est extrêmement fréquente, c'est VanéiTj-sme actif de Corvisart , qui se compose de plusieurs élémens : 1» de la dilatation d'une, de plusieurs ou de toutes les cavités du cœur ; 2° de l'épaississement des parois ; 3° souvent du rétrécissement des orifices.

Je ferai remarquer que les auteurs qui ont décrit l'hypertrophie comme une lésion particulière , ont toujours pris l'anévrysmc actif de Corvisart pour type de leur description. Dans l'étude de cet anévrysme , il faut bien séparer les phénomènes qui proviennent de l'hypertrophie de ceux qui proviennent de la dilatation; ces derniers sont en général dominans. [Fuyez Anévrysme.)

L'hypertrophie du cœur présente de nombreuses variétés sous le rapport du siège : 1° le cœur peut être hypertrophié dans ses quatre cavités à la fois ; et cette hypertrophie qui s'accompagne toujours d'une dilatation générale, n'est pas aussi rare qu'on le dit communément; 2» il peut être hypertrophié partiellement. L'hypertroi)hie pa: lielle a presque toujours son siège dans le ventricule gauche , ce qui n'étonnera pas si l'on a égard aux fonctions de ce ventricule. Alors le cœur présente la forme d'un ovoïde plus ou moins régulier essentiellement formé par le ventricule gauche. Le ventricule droit accollé à la cloison sur laquelle il se moule, ne semble que son appendice. Je ne puis mieux comparer le cœur dans cet élat qu'aux bourses dans le cas d'iiydrocèle de la tunique vaginale du testicule gauche. Du reste, le développement hypertrophique du cœur se fait presque toujours d'une manière régulière et proportionnelle. Elle va donc en diminuant de la base vers la pointe. Quelquefois celle-ci est tellement mince qu'on a lieu de s'étonner que la perforation ou la dilatation du sommet du cœur ne soit pas plus commune. Quant aux hypertrophies plus partielles encore , bornées soit à la cloison des ventricules, soit aux colonnes charnues et plus particulièrement à celles de ces colonnes qui repondent à la valvule mitrale, je ne saurais les admettre indépendamment de l'hypertrophie du ventricule lui-même.

L'hypertrophie du ventricule droit est moins fréquente que celle du ventricule gauche; l'hypertrophie des oreillettes , toujours accompagnée de la dilatation, est moins rare qu'on ne le dit communément.

Dans rhypertrophie , il n'y a pas seulement augmentation d'épaisseur des parois, il y a encore augmentation de densité et quelquefois même coloration brune plus foncée; en un mot, on trouve à quelques égards entre le cœur hypertrophié et le cœur sans hypertrophie la même différence qu'entre la chair noire et coriace des animaux sauvages et la chair tendre et blanche des animaux domestiques. La membrane interne des oreillettes hypertrophiées est extrêmement épaissie , opaque ; ou plutôt cet épaississement , cette opacité appartiennent au tissu cellulaire sous-jacent. On ne doit donc pas être étonné de trouver le même épaississement dans les valvules mitrales où il a pour siège le tissu cellulaire interposé aux deux lames qui constituent ces valvules. Cet épaississement peut être porté au point de rétrécir plus ou moins l'orifice auriculo-ventriculaire. La membrane interne du ventricule est susceptible du même épaississement , mais il n'est jamais porté aussi loin que dans l'oreillette.

Les colonnes charnues libres du cœur peuvent éprouver la transformation fibreuse qu'on voit encore envahir soit quelques faisceaux dans l'épaisseur des parois, soit toute l épaisseur des parois de cet organe. On conçoit que cette transformation une fois opérée , l'effort latéral du sang doive agir plus spécialement contre les points qui l'ont subie , d'où les poches anévrysmales à parois fibreuses, cartilagineuses, osseuses, dont j'ai observé plusieurs exemples, et qui ont été décrites sous le nom d'anévrysme latéral du cœur. La membrane séreuse elle-même prend part h l'hypertrophie , et des épaississemens , des adhérences filamenteuses ou celluleuscs qui unissent le feuillet séreux du cœur au feuillet séreux du péricarde attestent cette participation.

Causes générales de l'/ijpertrof)hie du coeur. — Quelquefois congéniale, souvent héréditaire, l'hypertrophie du cœur se manifeste dans beaucoup de cas à 1 époque de la puberté. Rien de plus fréquent que l'hypertrophie du cœur chez les vieillards; et sous ce rapport le cœur échappe à l'atrophie qui semble s'emparer de tous le système musculaire à cette époque de la vie; ce qui n'étonnera pas , si l'on considère que le cœur agit incessamment. Un cœur de vieillard qui s'est contracté pendant quatre-vingts ans doit être plus volumineux qu'un cœur d'adulte. L'asihme du vieillard, l'oppression habituelle, l'intermittence et l'irrégularité dans le pouls tiennent bien plus souvent à un cœur hyjicrtrophié qu'à une lésion du poumon lui-même.

Du reste, toutes les causes qui impriment au cœur un surcroit d'activité peuvent amener son hypertrophie. Ainsi 1 habitude de la course et surtout de la course poussée jusqu'à l'anhélation; une grande irritabilité de cet organe soit congéniale, soit acquise; les émotions morales habituelles, un travail de cabinet trop soutenu, un sang trop riche, trop stimulant, et par sa quantité et par sa qualité, peut-être aussi des saignées répétées qui , en diminuant la quantité du sang , augmentent l'irritabilité du cœur, et le forcent à des contractions répétées ; les maladies du foie , de la rate , du poumon qui exercent sur la circulation en généi-al et sur la circulation du cœur en particulier une si puissante influence : voilà les causes de l'hypertrophie.

Mais la cause la pfus habituelle de l'hypertrophie est un obstacle mécanique à la circulation. Supposons que l'arbre artériel soit congénialement trop resserré, et oppose une trop grande résistance au sang chassé par le ventricule gauche , ou bien supposons un obstacle à l'un des orifices, le cœur redoublera de force ou de vitesse pour chasser le sang qui le surcharge et qui afflue inces*samment dans sa cavité.

Si l'obstacle est aux valvules sygœo'ides aortiques ou pulmonaires , il y aura hypertrophie du ventricule gauche dans le premier cas; hypertrophie du ventricule droit dans le second. J'ai cité ailleurs {Anat. palhol. , 15^ livraison) le cas d'un anévrysme congénial du ventricule droit , causé par un rétrécissement de l'artère pulmonaire. Si l'obstacle est aux orifices auriculo-ventriculai7 res , il y aura dilatation avec hypertrophie des oreillettes.

Effets de Lhjpertrophie du cœur. Telle est la loi d'harmonie qui préside à l'organisation que tout est coordonné, d'une part, dans la force d'impulsion du cœur, d une autre part, dans la capacité , et dans la résistance du système artériel ; or, les effets de l'hypertrophie , et par conséquent de l'augmentation dans la force d'impulsion du cœur , se manifestent sur le cœur lui-même , sur l'arbi'e artériel , et sur les autres organes : l" sur le cœur : si le rétrécissement des orifices est une cause fréquente d'hypertrophie, l'hypertrophie est non moins souvent la cause de ce rétrécissement : de même que les tendons des muscles de la vie de relation s'accroissent en même temps et dans les mêmes proportions que les muscles auxquels ils font suite, de mêmes les petites cordes fibreuses qui constituent les tendons du cœur se développent en proportion des colonnes charnues; les valvules auriculo-ventriculaires relevées avec force et tiraillées par suite da la contraction vigoureuse du ventricule gauche hypertrophié s'épaississent , deviennent cartilagineuses et osseuses , se recoquillcnt , et deviennent incapables de jouer sur l'orifice qu'elles obturent plus ou moins complètement. 11 en est de même des valvules sygmoïdes. L'apoplexie du cœur ou sa rupture avec épanchement de sang dans l'épaisseur de ses parois , et l'anévrysme latéral m'ont toujours paru liés à l'hypertrophie de cet organe.

|o. Sous l'influence de ces mêmes contractions du ventricule gauche , l'artère se dilate et la dilatation peut être bornée , 1° à la partie ascendante de l'aorte ; 2" à la crosse : S" elle peut s'étendre à l'artère tout entière ; 4" à la totalité de l'arbre artériel. C'est dans des cas de cette espèce . c''est-à-dire dans le cas de coexistence de l'hypertrophie du cœur , et de dilatation considérable de la crosse aortique . ou de l'aorte tout entière, qu'arrive souvent la mort subite par S)- ipcope.

HYPERTROPHIE

HYPERTROPHIE

Si l'hypertrophie occupe le ventricule droit, elle a pourrésultat la dilalalion le l'arlcre piilmoiiaire , dilatation qui peut ê!i e limitée au tronc commun ou 'étemlre à la iolalilé de Tarhre artériel pulmonaire.

Dans l'un et l'autre cas , cette hypertrophie peut s'accompagner de la cartiaginification , rie la pélrificaliou , de l allcralion sléalomateuse des parois arérielles , et , par suite , d'anévrysme latéral des arlèi es. C'est dans des cas de [:elle espèce qu'on a vu une sorte de dialhèse anévrysmale et dans l'aorte et > pns la totalité de l'arbre artériel.

3" L'intluence de l'hypertrophie du cœur peut s'étendre encore sur d'aul res jrganes , en particulier : a. sur le /joumoii ; elle détermine alors I hémoptisie , 'apoploNie pulmonaire ; et , chose bien remarquable , ces acridens qui seudile- •aient devoir se déclarer plus particulièrement dans le cas d'Iiy pertrophie des :avités droites , se voient plus t'réquemmenl encore dans 1 hypertrophie des cavités gauches.

B. Sur le ceri'etiu. Bien que 1 hy perl rophie du ventricule gauche ne joue pas lans l'apoplexie un rôle aussi gi-and que quelques auteurs l'ont prétendu, cependant il est incontestable que cet élat du cœur ne soit une des causes prédispo- ;antes les plus efficaces de I liémoi rhagie cérébrale. Un bon nombre d'apoplexies ivec foyer et d'apoplexies capillaires ne reconnaissent pas d'autre cause.

S/mplômes et c/itignoslic de l'Iiyperlrophie du cceur. Les symptômes locaux sont des palpitations , une sensation de battement , de pulsation incommode , de gêne à l'épigaslre et dans toute la région du cœur; sensation qui augmente par l'efTet du moindre exercice , de la moindre émotion morale , après le repas , et surtout après l'iiigeslion des bi)issoiis spiritueuses.

On reconnaît I hypeili ophie du cœur à la force d'impulsion de cet organe et à son volume; cette force d'impulsion s'apprécie l" queli|ue(ois par lu vue: .TÎnsi , chez quelques iiuiividus , les vêtcmens sont soulevés par le cœur qu'on voit battre à une certaine dislance ; 2» par la main appliquée sur la région précordiale , 3" par l'auscullàtion médiate et immédiate.

L'application d'une main exercée donne de l'état du cœur des notions beaucoup plus exacles qu il ne le semblerait d'abord. (Vesl à l'aide de ce seul moyen d'explornliou que Lancisi , Valsalva , Morgagni , Corvisart ont jeté un si grand jour sur les maladies du cœur.

La percussion médiate, employée avec tant d'habileté par M- Piorry , peri met de cidxonscrire par la malité le cœur de toutes parts , même à travers les I parties recouvertes par le poumon et par là d'appi écier son volume : elle permet encore , quoiqu avcc bien de la difficulté, de le circonscriie en bas du côté du foie , et de dislinguer la matité qui dépend du cœur de celle qui dépend de ce ! dernier organe.

L'auscultation immédiate par l'application de l'oreille sur le thorax ; l'auscultation médiate par le slhétoscope fournissent des signes précieux en permettant d'apprécier : 1° l'impulsion qui soulève l'oreille ou 1 instrument de l'observateur ; 2« l'étendue des baltemens du cœur; 3" les divers bruits du cœur et en particulier les bruils de soufflet ou de r.ipc avec leurs nombreuses modifications.

Au reste , pour déterminer d'une manière plus rigoureuse l'état du cœur , il convient de l'explorer , non-seulement dans 1 état de calme et de re|)0s, mais encore dans l'ctat d'agitation qui succède soit à une violente émotion morale, soit a un exercice fatigant ; aussi bien ai-je coutume de laire descendre et monter rapidement les degrés d'un étage aux malades que je soupçonne atteints d hypertrophie ; alors se montrent à leur summum les symptômes d hypertro- \ phie du cœur. C'est alors que les battemens se voient et s'entendent à distance, I et que l'oreille de l'observateur peut les percevoir sur tous les jjoints du thorax. •■, Comme conséquence nécessaire de l'hypertrophie exempte de complication , ap présentent les synqitôiues suivaus :

1°. Pouls grand , plein, fort, dur, vibrant ; 1° sentiment de battement général dans toutes les artères, et plus particulièieinent dans les artères du cerveau. Cette sensation de battement dans le cerveau est quelquefois tellement incommode qu'elle occasione des insomnies pénibles. Je me rappellerai toujours que, dans un cas d'hypertrophie avec soulèvement de toutes les artères, le sang de la saignée faite à la veine basilique sortait par saccades , comme s'il provenait d'une artère. Je me rendis compte de ce phénomène par le battement de l'artère sub-jacente. Il n'est pas rare de voir des intermittences et même de l'irrégularité dans le pouls ; mais cet état n'est pas constant.

. 3». La respiration est plus ou moins gênée , et celte gêne est le résultat , en partie du volume du cœur qui empiète sur les poumons , en partie ei plus spé- .cialement la conséquence nécessaire du trouble de la circulation. Des attaques d'asthme qui simulent l'asthme nerveux sont un des effets les plus redoutables du trouble circulatoire. J'ai vu l'hypertrophie se révéler par tous les symptômes assignés à l'angine de la poitrine , mais ces .'ymplômes graves sujiposent en général la dilatation en même temps que l'hype rirophie. Des vertiges, des céphalalgies , des étourdissemciis , des engourdisscmens , des foui millemens dans les extrémités , dans le bout des doigts , attestent l'influence du cœur sur le cerveau , et sont les avant-coureurs plus ou moins prochains soit d'une attaque d'apoplexie par foyer, soit du ramollissement ou apoplexie capillaire.

L'hypertrophie peut être confondue avec des palpitations nerveuses , avec des m.iladies du poumon , avec I hydrothorax gauche qui soulève le cœur et l'applique contre les parois thoraciqucs : ces erreurs sont commises tous les jours au grand détriment dos malades.

Les palpitations nerveuses , si Irécjuentes chez les femmes, surfout à l'époque de l'adolescence , à celle de la cessation des règles , ou bien après des hémorrhagies , |)ar suite des fatigues, de la grossesse, de l'accouchement et de la lactation, les palpitations nerveuses, dis-je, se distinguent des palpitations

DiCT. DE MtDEClME ET DE CfllROnGIE PRATIQUES.

hyperirophiques , parce qu'elles sont temporaires , parce que le cœur, exploré dans l'état de repos , n'offre aucun des caractères qu'il présente pendant les palpitations, tandis que, dans l'hypertrophie, il y a bien rémission, mais jamais cessation complète des symptômes et des phénomènes fournis par l'auscultation et la percussion.

Les maladies chroniques du poumon déterminent quelquefois des contractions fortes et ré|)élées du cœur qui peuvent en imposer pour une hypertrophie. Ui e femme , âgée de soixante ans , se ]>laignait de p ilpitalious extrêmement forles il l'épigaslre . derrière le sternum et à la pointe du cœur : les parois ihoraciques étaient fortement soulevées. La malatic ayant succombé au bout de deux mois de séjour à l'hôpital , j'ai trouve pour toute altération des masses tuberculeuses très-denses, disséminées dans les poumons; le cœur avait son volume naturel.

Les maladies du foie, soit parle trouble qu'elles apportent dans la circulation du sang , soit par la compression mécanique qu'elles opèrent sur le cœur, en imposent souvent pour une maladie de cet organe, et plus particulièinent pour riiy |)crtropliie.

Truiimient. L'application de la méthode de Valsalva et de Alberlini, comme méthode générale tie traitement dans l'hypertrophie , me parait une erreur grave. Sous l'emploi île cette méthode, j'ai \u l oppression survenir ou s'accroitre, le cœur [)récipiter ses battemens, le bruit de soufflet ou de râpe augmenter, l irritabilité du cœur singulièrement aggravée, et l'adage des anciens , sarii^uis frtenat nervos complètement justifie. Cependant Laenuec a employé avec succès la méthode que je combats, et cite trois faits qui semblent démonstratifs : l'un de ces faits a pour sujet un individu qui , aj'ant succombé plus tard h une autre maladie, présenta un cœur plus petit qu'à l'ordinaire dont l'aspect extérieur était celui d'une pomme ridée.

La saignée générale, ilans ma manière devoir, n'est qu'un moyen palliati dont on ne doit user qu'avec réserve , et seulement pour reméilier à la pléthore sanguine. Sans doute on pourra m'objecter que les cas où la saignée a été nuisible sont des cas de |)aipitations ou d'hypertrophie apparente , et non des cas d'hypertrophie réelle. L'objection est fondée à quelques égards en ce sens que la saignée est essentiellement nuisible dans le premier cas , tandis qu'elle l'est beaucoup moins en général dans le second ; mais je possède des faits d hypertrophie bien constatée , tlans laquelle des saignées répétées ont été nuisibles.

Une malade nerveuse , parvenue à l'époque critique , éprouvait tous les symptômes de Ihy p^rlrophie du cœur; une première saignée l'ayant soulagée , elle se soumit à une deuxième, huit jours après. Celle-ci soulagea moins; une troisième fit du mal. On eut successivement recours , et toujours de huit en huit jours, à six saignées. Un régime sévère, le repos presque absolu furent mis concurremment en usage. Au milieu de l'anéantissement général des forces, le cœur sembla redoubler d'activité et d'énergie , tous les symptômes de l'hypertrophie s'accrurent au plus haut degré , et ce n'est que lentement et par un syslème presque diamétralement opposé que j'ai pu oblenirde l'amélioration.

Le lait suivant que j ai observé au début de ma pratique, m'a servi dérègle de conduite pour un grand nombre de cas analogues. Un de mes anciens camarades d'étuiles passait la plus grande partie des jours et une partie des nuits à faire des cartes géographiques. Il devint sujet à des palpilations , d'abord temporaires , plus tard pei manentes ; il en vint au point de ne pouvoir faire quelques |)as sans être suffoque; on voyait batire son cœur à travers ses vêlemens; il éprouva quelques hémoptisies. On le saignait de temps à autre, toujours avec soulagement; mais ce soulagement était de courte durée. Je lui conseillai de remplacer le travail de cabinet parles occupations de l'arpenlage, en évitant de porter lui-même la chaîne, et en marchant à pas très-lenis ; il devait se nourrir de laitage , d œufs , de viande blanche et des alimens que l'on trouve d'ordinaire à la campagne. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir revenir, au bout de six mois, sans aucune palpitation ! depuis cette époque elles n'ont pas reparu.

Si l'on se rappelle combien est grande la quantité de sang qui pénètre les muscles , combien la circulation qui a lieu à travers des muscles agissans est plus considérable que celle qui se fait à travers des muscles dans l'élat du repos; si l'on rapproche de ces faits, d'une part, cette loi de l'économie en vertu de laquelle la fluxion sanguine ne peut pas être portée au même degré sur dcu.T points à la fois ; d'une part, cette autre loi par laquelle I exercice répété d'un organe augmente sa masse et son volume , on comprendra facilement quelle dérivation puissante doit opérer sur la circulation et sur la nulrition du cœur, l'exercice de presque tous les muscles de l'économie , exercice toutefois qui doit se faire à pas lents et d'une manière continue pour prévenir l'abord brusque il'une grande masse de sang dans les cavités du cœur.

C'est à l'aide de ce moyen simple , savoir une promenade continue faite à pas lents pendant la plus granile partie du jour que je crois avoir obtenu la guérison d'hypertrophies qui avaient résisté aux évacuations sanguines , aux antispasmodiques de toute espèce, et dont plusieurs avaient été regardées comme incurables par des praticiens habiles qui n'avaient sans doute pas suffisamment médité sur ce point de physiologie ap|diquée à la thérapeutique.

Avec l'exercice, on doit laire concourir le régime qui, généialement , doi t être sévère et pour la qualité et pour la quantité, et cependant on éviteia l'excessive sévérité dans le régime. Quelquefois même, une alimentation substantielle et stimulante est préférable à la diète lactée, féculente ou herbacée. Souvent il convient d'alterner la méthode stimulante et la méthode adoucissante.

HYPERTROPHIE

HTPERTROP HIE.

L'espérience prouve que la lempérature froide des alimens et des boissons ^"emporte sur la température chaude ; que des vètetnens légers, des couverlures légères sont utiles ; qu'une chaleur extérieure trop considérable est nuisible. Des réfrigérans et même la glace ont été employés comme topiques sur la rc^ gion du cœur, et plusieiirs praticiens s'en sont bien trouvés.

La digitale, soit en poudre, soit en infusion , est peut-être, de tous les médicamens , celui qui mérite le plus de confiance dans l'hypertrophie , bien que son action soit loin d être constante. Je fais un fréquent usage de l'inlusion à froid d'un demi-gros di; digitale dans quatre onces d'eau par cuillerées, d'heure en heure; de frictions avec la teinture de digitale sur la région dn cœur. L'assafœtida , le sous-carbonale de fer sont très-variables dans leur action. L'eau distillée de laurier cerise est préconisée , ainsi que l'acide hydro-cyanique. Je n ai jamais employé ce dernier médicament dont l'épouvantable énergie m'a toujours effrayé-

Des cautères appliqués sur la région du cœur paraissent avoir, dans quelques cas , concouru à la guérison.

Ilyperti ojjliie des orifices du cœur. Les orifices du cœur sont formés , savoir, les orifices auriculo-ventriculaires 1° par une zone fibreuse de laquelle partent des prolongemens qui s'enfoncent dans 1 épaisseur des valvules ; 2° de ces valvules que constituent un tissu fibreux et ceiluleux intejposé à un repli de la membrane interne j 3° de petites cordes tendineuses qui vont s'insérer aux bords libres de ces valvules. Les orifices aortique et pulmonaire sont constitués , 1" par le triple feston d'origine de ces artères et par les valvules dites sygmoïdes.

Tout cet appareil qui borde les orifices du cœur est très-susceptible d'hypertrophie ; il s'épaissit, devient cartilagineux, se pénètre de |)hosphale calcaire , d'où le rétrécissement des orifices et les accidens graves qui en sont les conséquences. Or, cette hypertrophie peut cire antérieure à toute affection du cœur, et le résultat de l'action d'une cause rhumatismale ou autre qui se fixe sur ces orifices; elle peut être consécutive à l'hypertrophie du cœur; elle peut être aiguë, elle peut être chronique.

Uj-pertviiphie des artères. Lorsque la force d'impulsion du cœur est augmentée soit en raison de son hypertrophie , soit en raison de son activité vitale , le sang vient frapper contre les parois artérielles avec une force inaccoutumée ; celles-ci s'épaississent ou cèdent, suivant que leur organisation est plus ou moins forle ; essentiellement composées de tissu cellulaiie et de tissu fibreux, elles doivent subir les conséquences de cette structure. Le tissu cellulaire doit devenir fibreux , le tissu fibreux doit devenir carlilagineux et osseux. Or, la membrane interne devient cartilagineuse, ou bien s'ossifie par plaques elliptiques. La membrane moyenne se pénètre de |>hosphate calcaire suivant la diiection de ses fibres ; la membrane extérieure devient filireuse d'abord et quelquefois, par suite, cartilagineuse et osseuse. Ces diverses transformations s'observent eu même temps que des sécrétions plâtreuses, puriformes, en même temps (|ue la déchirure des tuniques , ainsi qu'on le voit dans l'anévrysme ; niais lorsque le désordre est parvenu à son summum, il est bien difficile de faire la part de chacune des membranes artérielles dans celte altération. Pour le système artériel, l'hypertrophie, quoique circonscrite dans d'étroites limites, n'en est pas moins le moyen de résistance qu''elle oppose aux causes qui tendraient à rompre la continuité de ses fibres. Pour les artères, les chocs violens de la colonne du sang sont l'espèce d'exercice et de surcroît d'activité qui amène leur hypertrophie.

Il est une autre sorte d hypertrophie des artères qui consiste dans leur développement considérable sans altération quelconque dans leurs parois ; ainsi, lorsque l'artère principale d'un membre est oblitérée . les artères collatérales doublent, triplent, décuplent de volume pour rétablir la circulation ; ainsi , lorsqu'une tumeur se forme quelque part , les artères nourricières se développent jiour fournir aux frais de sa nutrition.

Toutes les fois qu'une artère s'hypertrophie , elle décrit des flexuosités, c'està-dire {(u'elle s'allonge , s'hypertrophie dans le sens de sa longueur. Carrelï'ort exagéré du sang agit avec une égale facilité , et pour l'allongement et pour la dilatation des vaisseaux. Cet effet d'allongement est surtout remarquable à la suite de la ligature des artères. Je me rappellerai toujours d'avoir vu une artéi-iole du nerf sciatique , après l'oblitération de l'artère iliaque externe , transformée en artère aussi ficxueuse et presque aussi volumineuse que les artères utérines , hors l'état de grossesse.

Hyperirojdiie des veines. Les veines se dilatent et leurs parois s'épaississent en raison de leur dilatation , lorsque la circulation est très-active dans les organes ou dans les membranes dont elles font partie. Comparez les veines superfil ieiles des membres de l'ouvrier laborieux avec celles d une femme ou d'un homme de cabinet. L'hypertrophie des veines utérines et ovariques pendantla grossesse, peut être considérée comme le type de l'hypertrophie veineuse. Toutes les fois que des veines volumineuses sont oblitérées , les veines collatérales chargées d'y suppléer acquièrent un développement suflisaiit pour rétablir la circulation. Il cxImIc en ce moment à la Salpétrière , une femme qui porte daris l'abdomen une tumeur très-dense et très-consitlérable. Les veines sous-cutanées abdominales sont aussi volumineuses que les plus grosses veines sous-cutanées des membres thoiaciques. Ces veines se bifurquent et la bifurcation externe va se rendre dans la veine axillaire. Le développement de ces veines était bien plus consldérableencoie chez un sujetdonl la vetne ombilicale avait conservé la perméabilité et le calibre qu'elle présente chez le fœtus. Ces veines prodigieusement mais régullère.uenl dilatées et repliées sur ellesmêmes , occupaient par leurs nombreux contours toute la surface de l'abdomen. ( y'oy. Anal. padi. , IG"" livr. )

Des faits nombreux m'autorisent à établir que le système veineux prend une part bien plus active que le système artériel aux mouvemens nutritifs soit réguliers , soit morbides qui se passent dans les organes. Ainsi , toutes les fois qu il se développe une tumeur cancéreuse ou autre, le système veineux de l'organe qui est le siège du travail morbide , s'hypertrophie d'une manière extraordinaire.

L'hypertrophie des veines s'accompagne toujours de leur allongement, d'oi'i les flexuosités très-considérables qu elles présentent : les mêmes causes qui dilatent le vaisseau tendent à le développer dans le sens de sa longueur. Les varices sont , par rappoi t aux veines, ce cjue les anévrysmes sont aux artères ; ce sont des points affaiblis, des points qui cèdent. Les varices sont en général précéilées et presque toujours accompagnées d'hypertrophie.

Hjpenrophie du sjslème capillaire. On pourrait , a la rigueur, considérer comme appartenant à la classe des hypertrophies, ces tumeurs dites variqueuses , érei liles , qui rej)résentent si exactement la structure du corps caverneux, et dont le siège est dans le système capillaire.

Hypertrophie des vaisseaux et des gans^lions lymphatiques. La prédominance du système lymphatique imprime à I économie tout entière une manière d'être qu'on est convenu d'appeler tempérament lymphatique. Celte prédominance devient morbide chez les scrofuleux. Les vaisseaux lymphatiques se développent comme les vaisseaux sanguins et dans des proportions plus considérable» peut être lorsque les organes auxquels ils correspondent, sont le siège de mou-> vemens nutritifs plus considérables- On peut s'en faire une idée par le volume vraiment prodigieux qu'acquièrent les vaisseaux lymphatiques utérins pendant la grossesse. Des observations nouvelles sont nécessaires pour l'appréciation du rôle que jouent les vaisseaux lymphatiques dans les diverses lésions organiques.

Les exemples abondent relativement a l'hypertrophie des ganglions lymphatiques qui acquièrent quelquefois un volume énorme , indépendant de toute sécrétion morbide dans leur épaisseur. L'atrophie succède bientôt h l'hypertropliie, quand les sucs épanchés viennent à exercer sur la substance propre du ganglion, une compression considérable.

Hypertrophie de la peau. La peau qui avoisine un centre de fluxion , tel qu'un ulcère à la jambe ; la peau qui devient elle-même un centre de fluxion , comme dans I eléphanliasis , dans certaines dartres , dans le cancer dit éburne , s'épaissit, s'hypertrophie et quelquefois à un point extraordinaire. Dans les cancers à la mamelle, l'hypertrophie de la peau joue un grand rôle, et précède toujours l'extension de la maladie cancéreuse. Quelquefois, une zone de peau hypertrophiée ayant de cinq à six lignes d'épaisseur, entoure les parties dégénérées. Dans quelques cas, par exemple dans l'éléphanliasis , dans certains ulcères chroniques , la couleur de la peau est modifiée; elle brunit , et mêmé quelquefois, prend tous les caractères de la peau du nègre. Certaines excroissances de la peau, les verrues, peuvent être considérées comme des portions de peau hypertrophiées.

La peau peut être hypertrophiée dans toutes ses parties à la fois , ou bien dans un ou plusieurs de ses élémens analomiijues , le tierme , les papilles, le réseau vasculaire , les bulbes des poils , les cryptes sébacés. On ne peut pas appeler hypertrophie de l'épiderme , l'épaississement de celte membrane que l'on considère généralement comme un produit de sécrétion.

Hypertrophie des membranes muqueuses. Les membranes muqueuses qui ont été le siège d'une fluxion long-temps continuée , s'épaississent , et cet épaississement qui peut être circonscrit ou non circonscrit, entraîne des accidens trèsvariés, suivant le lieu qu'il occupe. Dans le canal nasal , il détermine des tumeurs lacrymales- A la face interne des paupières , il produit des ophthalmies rebelles , dans la muqueuse uréirale des rétentions d'urine.

L'épaississement circonscrit des muqueuses constitue un certain nombre de polypes pédiculés ou non pédiculés. L'étude de plusieurs polypes des fosses nasales, de l'utérus et de l'estomac , m'a tlèmontié qu'un certain nombre est formé aux dépens de la muqueuse toute seule dont les vaisseaux se développent, dont le tissu cellulaire devient dense , fibreux, et dont les mailles se pénètrent de sucs. J'ai vu des follicules muqueux de l'utérus à la surface et dans l'épaisseur de plusieurs polypes.

Les papilles ou villosités des membranes muqueuses peuvent s'hypertrophier ; j'ai vu chez un individu mort de catarrhe pulmonaire chronique , les villosités de la muqueuse trachéale et bronthicpie tellement développées , qu'elles constituaient des prolongemens considérables, visibles à l'œil nu et flottans.

IjCs papilles de l'estomac ou de l'intestin sont extrêmement développées dans le cas de squirrhe et de végétation cncéphaloide : lorsqu'on plonge ces intestins dans l'eau, on voit flotter un nombre plus ou moins considérable de prolongemens, les uns simples, les autres composés , ces derniers constitués parunc sorte de tige qui soutient un plus ou moins grand nombre de papilles; ces papilles ridées à leur surface ressemblent à une jioche vide et comme fléirie ; elles sont quelquefois à demi pleines , et semblables à des vésicules ou kystes. Mais cette disposition vésiculeuse s'observe bien plus souvent à la vessie, dans le cas où le cancer de l'ulérus s'étend au bas fond de cet organe-

Les follicules muqueux hypertrophiés méritent de fixer toute raltention. Presque toujours celte hypertrophie est la suite d'une inflammation chronique dirigée sur la muqueuse. On connaît l'induration chronique ou hypertrophie des follicules agglomérés qui constituent les amygdales.

Hypertrophie du cerveau. Le cerveau estsoumis à celte loi de la vie, en vertu de laquelle tout organe fortement et longuement exercé augmente de volu"»*

HTPERTROPH lÊ.

non moins que d'aclivilé vitale et devient prédominant'. Or, l'exercice pour le cerveau , c'est le travail de la pensée; il est donc hors de doute que le cerveau peut s'iiypcrlropliier comme le cœur, le l'oie, les glandes salivaires : tout le temps que la Ijoile crânienne n'est pas complètement ossifiée , tout le temps qu'il reste encore une couche carlilagineuse dans les sutures , cette boiie osseuse peut se [)rèter à raugmenlation graduelle de volume de la masse encéphalique , et il ne répugne point d'admettre que le cràue des hommes dont le cerveau a été long-temps et fortement surexcité, puisse obéir au mouvement d'expansion du cerveau. On dit que Napoléon, sur la fin de sa carrière politique , avait un crâne beaucoup plus volumineux que dans les premières années ide son entrée aux affaires.

Dans le cas où le développement du crâne ne sera point en harmonie avec le mouvement expansif du cerveau , on conçoit qu'il doive en résulter des Symptômes de compression.

i Au reste , ici , comme dans la plupart des hypertrophies , le point de la idifliculté consiste à tracer la ligne de démarcation entre l'état physiologique (et l'état pathologique. En soumettant le cerveau à l'action d'un jet d'eau conjlinu, dont je variais à volonté la force et le diaaiètre, j'ai vu {iVJét/ec. prat., 1821) |que les circonvolutions se résolvent en lamelles , celles-ci en filameus divergens , et j ai pu me convaincre un grand nombre de lois que le nombre des Jamellcs n'est pas le méuie chez tous les individus. En comparant le poids et |le volume des cerveaux d'un grand nombre d'individus sains , j'ai pu in'assurer ique la difl'crence , sous ce double rajipurt , ét.iit comme 2/5 : 1. j L hypertrophie du cerveau a été notée par Morgagni , qui rapporte que , chez quelques sujets , le cerveau , trop volumineux , relativement à la cavité du crâne , paraissait avoir subi une compression notable pendant la vie. M. Jadelot a fait la même remarque chez les enfaiis ; il a même noté qu un jigrand nom.bre d'enlans qui succombaieni avec tous les .symptômes de l'iiy- [drocéphale interne ne présentaient autre chose à l'ouverture du cadavre qu'une [disproportion entre le volume du cerveau et la capacité du crâne. Laennec , l'dans un très-bon rapport sur les recherches de M. Matthey , relatives à Ihydrocéphale interne ( Journal de Corvisart , Leroux et Boyer, tom. Il ) , dit que , sur quelques sujets qu'il avait regardés comme attaipiés d'hydrocéphale [interne , il n'a trouvé qu'une très-petite cjuanlité d eau ilans les ventricules , tandis que les circonvolutions du cerveau , fortement aplaties , annonçaient ique les viscères avaient subi une compression , laquelle ne pouvait être atlrijbuée qu'à un volume trop grand , et par conséquent à une augmentation de nutrition de la substance cérébrale. Dance , dont la science dé|)lore la perte récente, présenta à la Société anatomique , et publia ensuite dans le Répertoire général, d'nnatomie (tom 5, 2<' partie, 1828) (|uatre observations très-délaillées sur ce sujet ; mais , comme il le dit lui-même , l'analyse de ces observations montre que l'hypertrophie du cerveau doit être admise plutôt comme probable ique comme démontrée.

Quels sont en efTet les signes anatomiques de l'hypertrophie du cerveau ? [Son volume considérable, sa consistance , le tassement de ses circonvolutions iqui sont lortement rapprochées et semblent s'échapper de la dure-mère aussitôt qu'on incise cette membrane ; la sécheresse de l'arachnoïde , du tissu cellulaire Isous-arachnoïdien et de la substance cérébrale ? mais tout cela s'observe dans des cas où le cerveau a paru étranger à la maladie. Quant aux syinplômes injdiqués , ce sont en général ceux de la compression cérébrale , comme dans jl'hydropisie aiguë des ventricules du cerveau. Céphalalgie , état obtus des facultés intellectuelles , stupeur ; et dans la dernière période , mouvemens jconvulsifs ou perte générale du sentiment et du mouvement.

Il n'y aurait donc entre 1 hypertrophie physiologique et l'hypertrophie paithologiqiie du cerveau d'autre dilTcrence que 1 existence des symptômes cérébraux dans le second cas, et leur absence dans le premier. \ L'hypertrophie du cerveau s'observe quelquefois en même temps que d'autres lésions de ce viscère. Ainsi dans plusieurs cas d'hydrocéphale chronique, [observés chez des enfans en bas âge , le poids et le volume de la masse cérébrale étaient au ruoins aussi considérables que chez l'adulte Un enfant alfecté de tubercules du cervelet qui avaient réduit cet oi gane à une couche amincie m'a oH'erl un cerveau d un volume très-considérable.

L'hypertrophie du cerveau peut être relative; ainsi dans le cas d'épaississeraent considérable des os du crâne , lorsque cet épaississcment n'est pas pro- Toqué lui-même par le retrait du cerveau , on conçoit qu il peut en résulter sur cet organe une compression funeste. L'hypertrophie cérébrale peut être parlieUe ; mais dans l'appréciation d' ces hypertrophies partielles , il faut bien se rappeler que les deux hémisphères n'ont jamais exactement le même volume et (pie les circonvolutions correspondantes de 1 hémisphère droit et I de l'hémisphère gauche sont rarement semblables.

I Hyperlrojiliie du cervelet. Les réflexions qu on vient de lire pour le cerveau s'appliquent entièrement au cervelet , dont le volume et le poids présentent des difl'érences non moins remarquables que le volume et le poids du cerveau. : Hypertropliie de la moelle épimère. Jusqu'à ce moment on peut considérer , comme de simples assertions ce qui a été dit à ce sujet. Les cas d'hypertrophie de la moelle cités par quelques auteurs peuvent être rapportés à l'état normal.

I Je ferai remarquer que l'augmentation de densité cie la moelle de même \ que celle du cerveau accompagne l'atrophie bien plutôt que l'hypertrophie, jî Je possède plusieurs observations d induration considérable de la moelle qui s'éUit manifestée par la paraplégie ou affaiblissement considérable du sentiment et du mouvement de la totalité du corps. 11 y avait en même temps

HYPERTROPHIE

diminution notable de volume , et , en quelque sorte , aplatissement de la moelle.

Hypertrophie des nerfs. Je n'en connais pas d'exemple bien constaté, San» doute j'ai eu occasion de voir des cordons nerveux plus volumineux que de coutume, et même doublés de volume, mais la dissection attentive de ces cordons nerveux m'a montré que le tissu nerveux proprement dit était étranger à cette augmentation de volume , qui avait son siège ou dans le névrilème ou dans le tissu cellulaire qui unit les liicts nerveux et dépendait soit de la graisse, soit de la sérosité, soit d'une induration ilu tissu cellulaire.

H\ pei li ophie des ganglions du grand sympathicfue. Doit-on rajiporter à l'hypertrophie l'augmentatien de volume si prodigieux des ganglions cervicaux sympathiques , que j'ai fait représenter ailleurs ( pl. 5 , 1'^ livraison, Analomie pathologique ) ? Scheffer a trouvé sur un cadavre de crétin les ganglions du grand sympathique plus volumineux que de coutume. Au milieu de la sixième vertèbre cervicale , le nerf grand sympathique présentait un ganglion du volume d'un œuf de poule.

Hypertrophie du canal digestif et de ses anni'xes. Elle a été parfaitement décrite par M. Andral , qui a fait ressortir avec beaucoup de vérité la part que prend à l'hy pertrojjhie chacune des parties du canal digestif. ( Précis d'anatoniie palhologiipte , t. 2, p. 47. )

Hypertrophie des aiiiy gdales. A la suite d'une ou plusieurs inflammations , les amygdales conservent un volume très-considérable sans alléiation de texture , qu on peut rapporter à l'hypertrophie du tissu cellulaire de ce corps glaiiduliforine , ou plutôt l induration des amygdales n'est autre chose que l'hypertrophie avec induration.

H) periropliie de l'œiuphiige. Elle était très-considérable dans un cas de squirrhe «lu cardia qui avait amené une dilatation de la partie inférieure de l'œsophage . avec épaississement de la tunique musculaire, laquelle avait triplé d'épaisseur. A mesure qu'on approchait du rétrécissement, on \ oyait la membrane fibreuse ( tissu cellulaire sous-muqueux des anatomistes ) , épaissie , indurée , envoyant des prolongemens fibreux entre les faisceaux musculaires également hypertrophiés. Jusque-là il n'y avait qu'hypertrophie ; au dessous, c'est-à-dire au centre de l'altération , le suc cancéreux ( suc lactescent ) infiltrait les mailles artolaires au milieu desquelles on diotinguait encore quelques vestiges des fibres musculaires hypertrophiées.

Hypertrophie de l'esiomnc. — Tantôt elle a lieu dans une des membranes , les autres membranes étant intactes ; tantôt elle a lieu dans toutes les membranes à la fois. Elle peut être circonscrite , elle peut occuper une plus ou moins grande étendue de l'organe.

1°. Hypertrophie de la membrane muqueuse. Cette membrane est alors ^ épaissie , dense , comme granuleuse , et peut être séparée par la dissection en lambeaux plus ou moins volumineux. Presque toujours bornée à la portion pylorique , 1 hypertrophie s'étend quelquefois à la portion splénique , qui d ailleurs n'accjuiert jamais l'épaisseur de la première. La muqueuse était trèsépaissie chez un bateleur qui introduisait des baguettes dans son estomac; dans ce cas comme dans qi)el>iues autres , j'ai pu isoler la muqueuse dans presque toute son étendue. L'hypertrophie de la muqueuse peut être circonscrite et constituée par des fongosilés , des excroissances poiypcuses plus ou moins multipliées , presque toujours pédiculées. J'ai fait dessiner un estomac hérissé de tumeurs poiypcuses de diverses dimensions ; ces tumeurs étaient évidemment produites par la muqueuse hypertrophiée ; dans un ca.s , une tumeur polypeuse unique s'engageait dans le pylore et oceasionait tous les accidens qui résultent de l'interruption du cours des matières alimentaires. 2» Hypertrophie de la membrane musculeuse. — Extrêmement fréquente chez les vieillards dans la portion pylorique de l'estomac : il n'est ])as rare de voir l'anneau pylorique ayant de trois à quatre lignes d'épaisseur; plusieurs fois cet épaississement n'occupait que le tiers ou le quart de la circonlérence de l'anneau. Dans un cas cet épaississement avait six lignes d'épaisseur. J'ignore si le malade avait présenté pendant la vie quehjues symptômes du côté de l'estomac , mais on conçoit qu'un pareil épaississement juiisse entraîner toutes les conséquences du rétrécissement du pylore. 3" Hypertrophie de la membrane fibreuse. — La membrane fibreuse intermédiaire à la membrane musculeuse ou à la membrane muqueuse , est extrêmement sujette à 1 hypertrophie ; d'où son épaississement , son augmentation de densité , et souvent tous les effets du squirrhe du pjlore. Cette hypertrophie est |)resque toujours la conséquence d une irritation chronique de la muqueuse correspondante , irritation qui peut avoir disparu.

Plus souvent on rencontre l'hypertrophie de plusieurs membranes h la fois; celte hypertrophie peut occuper la totalité de l'estomac ; je n'ai jamais vu cette hypertrophie générale de l'estomac plus développée que chez un individu réduit à une giande maigreur, qui éprouvait un malaise extrême à l'épigastre et vomissait tous les quatre à cinq jours, queKjuelois tous les huit jours, une quantité énorme de liquide ( plein deux vases de nuit à la fois ). Témoin de celte abondance de vomissement , je diagnostiquai une amplitude extrême de l'estomac, qui , en elfet , atteignait par sa grande courbure le détroit supérieur du bassin. La membrane musculeuse et la membrane muqueuse , considérablement épaissies, pouvaient être séparées dans toute leur étendue. Le pylore n'était nullement rétréci.

L'hypertrophie circonscrite île toutes les membranes est accompagnée d'induration , et alors la coupe de l'estomac présente l'aspect suivant : développement des villosités de la muqueuse qui présente un aspect fongueux; épaississement considérable et aspect blanc lesplcndisseut de la membrane fibreuse

HYPERTROPHIE

HYPERTROPHIE

sub-jacenle; prolongemens fibreux de cetle membrane fibreuse à travers la niuseuleuse qui a doublé, quadruplé, st-xUiplc d'épaisseur; que^jucfois enfin, épaississement de la couche celluleuse qui sépare la membrane muscuieuse du péritoine ; c'est là Vlij pcrlioyliie avec inclurulion , qui crie sous le scalpel a la manière A un cartilage ; c'est là le squirrhe pour beaucoup d'auteurs et pour beaucoup d'observateurs. Pour moi , le squirrhe ou cancer dur n'est autre chose qu'une trame fibreuse dans les mailles de laquelle est déposée du suc cancéreux. Quand ce suc est eu pelile quantité , c'est le squirrhe; quand il est en grautle quantité, c'est le cancer mou ou encéphaloitle ; dans 1 hypertrophie avec induration , la compression la plus forte n exprime que quelques gouttelettes de séiosilé limpide ; ilans le squirihe , la compression exprime une quantité notable de suc épais , visqueux , lactescent. L hypertrophie avec induration peut exi.sfer sans squirrhe, mais le squirrhe ne peut jamais exister sans hypertrophie avec induration, et c'est sans doute pour cet te raison que ces deux lésions si distinctes sont encore confondues. Le squirrhe et I hypertrophie avec induration existent toujours simultanément. Dans les cancers les plus avancés et sous toutes les formes , rhypertro|)hie se trouve mêlée aux autres altérations , jusqu'à ce qu'enfin la séciétion du suc cancéreux continuant à se faire , à l'hypertrophie succède l'atrophie.

Hjpei irophie de l'intestin gi êle et du gros intestin. — Les détails prccédens s'appliquent p^irfaitement à l'intestin grêle et au gios intestin. L'hypertrophie avec ou sans induration, circonscrite ou non circonscrite d'une membrane ou de toutes les membranes, est beaucoup plus fréquente dans le gros intestin que dans l'intestin grêle. Le rectum , par la nature de ses fonctions, est après le pylore la partie du canal alimentaire qui est le plus souvent affectée- Je ferai remarquer que la prédisposition au squirrhe ou à l'encéphaloide est au rectum comme au pylore, comme partout, en raison directe de la prédisposition à l'hypertrophie.

L'hypertrophie de la membrane muqueuse du rectum , dans le cas de renversement de cetle mu(jueuse et dans celui de chute du rectum , et ([uelqucfois énorme; mais comme cetle hypertrophie avec iniluralion est liée à I infiltration d une quantité |)lus ou moins consiilérable de sérosité dans les mailles du tissu cellulaire , elle ne larde pas à se dissiper aussitôt que la réduction est opérée. J'ai vu un cas de dé|)lacement du rectum , dans lequel la membrane muscuieuse avait acquis de trois à quatre lignes tl'épaisseur.

Hj perlro/jliie dis annexes du canal alimentaire. — lo Hypertrophie du J'oie. 11 n'est aucun organe dans l'économie , qui soit plus sujet que le foie aux variations dans son poids et dans son volume. On connaît sa prédominance sous ce rapport , chea le fœtus , prédominance qui va en diminuant à mesure qu'il approche du moment de la naiss.ince. Cependant M. Lobstein ( /Jnat. paikoL. générale , p. 54 ) a vu un enfant nouveau-né, dont le foie était si considérable qu'il avait rendu l'accouchement laborieux. Cette prédominance relative du foie peut persister après la naissance et imprimer à l'économie tout entière une modification qui mérite d'être désignée sous un nom particulier , et c'e'ît cette modification que les anciens voulaient caractériser sous le titre de tempérament bilieux. Suivant Al. An<lral ( Anatornie padiologique, tome 2 , page 593 ) , l'excès de volume que le foie conserve pendant toute la durée de l'enlance et même pendant toute la vie, n'est pas un phénomène isolé, mais se lie à d'autres perversions de nulrition qui fondent cette manière d'être à laquelle on donne le nom de conititution scrofuleuse : c'est, d'après le même observateur , un des signes locaux d une affection générale. Je n'ai pas remarqué que le foie fut plus volumineux ( liez les scrofuleux que chez les individus non scrofuleux ; j'ai inutilement cherché à déterminer les rapports de volume qui peuvent exister entre le foie et la rate, et j'ai pu m'assurer que ces rapports sont souvent en raison inverse. Tout récemment , dans le cas déjà mentionné de persistance île la veine cave , la rate étant très-volumineuse , le foie était trèspetit , et même son volume atteignait à peine celui de la rate. L'augmentation de volume du foie s'accompagne souvent d'un changement remarquable dans la couleur et la consistance de cet organe. L'hypertrophie du foie peut avoir lieu dans le sens de la hauteur, dans le sens de l'épaisseur, dans le sens du diamètre transversal. Ces différences tiennent presque toujours à des circonstances mécaniques ; aucun organe ne se moule plus facilement que le foie sur les parties (jui l'environnent ; aucun organe ne se modifie davantage dans sa forme. En outre , la d vision du foie en lobes , étant tout-à-fail artificielle chez l'homme , il est impropre de dire qu'il y a hypertrophie du lobe droit ou du lobe gauche ; car par l'elTet de la compression du lobe droit, ce lobe droit peut être en partie refoulé à gauche , comme dans d'autres cas , le lobe gauche peut être en partie refoulé à droite. L'élude de l'hypertrophie tlu foie, considérée sous le point de vue clinique, appelle de nouvelles recherches.

Le développement de tumeurs cancéreuses dans le foie s'accompagne souvent d'une véritable hypertrophie du tissu propre de l'organe lui-même. Le travail morbide dont s'accompagnent ces tumeurs a pour résultat une fluxion nutritive sur les granulations du foie. C'est dans des cas de celte espèce qu'on a vu cet organe acquérir un volume prodigieux.

Si de l'élude de l liy pcrtrophie considérée dans le foie en masse, nous pasr sons à celle de l'hypertrophie considérée dans les granulations, nous vei rons que la cjrrriwse ne consiste pas dans 1 hypertrophie de la substance jaune et l'atrophie de la substance rouge, mais bien dans l'atrophie d'un grand nombre de granulations et dans l'hypertrophie d'un certain nombre d'autres. ( l^oj. Maladies DU FOIE , ydnat. paili. , 10"-' livr. )

Hypertrophie de la rate. ~ Aucun organe ne présente plus souvent que la raie cetle augmcnlation de volume, de poids, dedensité, sans altération de texture

qui constitue l'hypertrophie. Cette hypertrophie, qui survit le plus souvent à la cause qui l'a produite, c'est-à-dire, aux fièvres intermittentes, devient la j so,urce de symptômes locaux et généraux, qui ne cèdent qu'avec l'hyperlro- J phic. C'est à tort qu'on a regardé cetle lésion comme produite par 1 emploi du J quinquina , car on l'observe chez des inilividus qui n'ont jamais fait usage de j cette boisson. Le quinquina pourrait, à bien plus juste titre, cire considéré j( comme le remède à l'hypertrophie , en arrêtant la fièvre , dont chaque accès ij augmente l engorgement. En outre , le quinquina , à petites doses , concourt à l:j la guérison de 1 hy j)erlrophie après la chute de la fièvre. Les feri ugineux asso-» ( ciés au quinquina ou alternés avec le quinquina, peuvent être considérés comme i les spécifiques de l'hypertrophie de la rate. Du reste, cette hypertrophie l| s'accompagne souvent il'adhérence au diaphragme et à toutes les parties environnantes. La fluxion nutritive s'élève quelquelois jusqu'à la fluxion inflarama- s toire, et alors on trouve du pus concret çà et là dans l'épaisseur de cet organe. \ \ { Anat. path. , '['<• livrais.) i

Je regarde l'hypertrophie de la rate dans les fièvres intermittentes , comme • 1 une hjperli ophie ai'ec induration. J'ai été souvent obligé d appliquer des sang- ; j sues sur la n gion douloureuse , et ce moyen, répété, a produit merveille ; mais j : la fluxion inflammatoii e , une fois tombie , c'était dans les ferrugineux seuls^, l'j ou associés au quinquina , qu il fallait avoir recours. 'j-

Hypertropliie des organes respiratoires . La muqueuse des fosses nasales, du |r. larynx, de la trachée, des bronches et de leurs divisions peut s épaissir par ijj suite d une irritation chronique , et cet épaississe ment peut, en rétrécissant les ■ canaux aériens qu'elle tapisse, causer des accidens plus ou moins graves. L'é- : paississement de la pituitaire , à la suite de corizas répétés, donne lieu aune i|j gêne de la respiration nasale extrêmement incommode qui continue chez ces iji individus les symjjtômes du coriza. Celte hypertrophie peut être circonscrite j ji j'ai réussi à détruire un épaississement qui occupait la partie antérieure des ij': fosses nasales et avait été pris pour un polype, par une cautérisation légère a ji l'aide du nitrate d argent. Les polypes dits muqueux des fosses nasales ne sont '! le plus souvent qu une hypertrophie de la membrane muqueuse. J'ai tout re-f j( cemment trouvé cinq ou six végétations épaisses de cinq à six lignes de lou- p gueur, lesquelles naissaient de la portion de muqueuse qui revêt la surtace basilaire de l'occipital. j

La muqueuse laryngée est épaissie dans la laryngite chronique, et cet épais-» sissement survit souvent à la plilegmasie. , j

Les catarrhes chroniques qui datent d'un an , deux ans , dix ans , vingt ans, 1 comme on en voit tous les jours à la Salpètrière , sont accompagnés d'un épais- j i sissement de la muqueuse bronchique qui, à certaines époques, etsurtoutpar i| suite des variations atmo.sphériques ou par une recrudesc. nce du catarrhe , est j), une des causes les plus fréquentes de l asthme humide des vieillards. M. Au- I dral croit que l'influence de ces catarrhes chroniques sur la respiration :| serait bien plus considérable encore sans la dilatatiou des biouches qui ' | l'accompagne presque toujours ( Anaioinie pathologique , page 47 ), et que ; , les variétés infinies qu'est susceptible de présenter le ràle bronchique dépen- : dent des variétés d'épaississemeut que peut offrir la membrane muqueuse de? ^ ; voies aériennes. J

Les polypes des voies aériennes sont rares. J'ai vu un grand nombre de pe-^ j | tites végétations conoides , à base adhérente de deux à trois lignes de longueur, , qui naissaient en grand nombre de la partie membraneuse de la trachée et des j j bronches. Ou cite quelques exemples de polypes laryngés. j i

L hypertrophie de la membrane musculaire qui occupe la partie membra- , | neuse de la trachée et des bronches, et qui, tlans les divisions bronchiques, ; i forme un cercle complet en dedans des cerceaux cartilagineux , est frequenl à la J| suile des catarrhes chroniques : cette hypertrophie peut concourir à l'asthme j et par le rétrécissement léger des tuyaux bronchiques qui en résulte , et par j j l'énergie de contraction qui est la conséquence de l'hypertrophie de ces fibres ^ ■ musculaires. Je regarde l'asthme comme le résultat de la contraction spasmo- j i dique des fibres musculaires des tuyaux bronchiques. j i

Hypertrophie du corps thyroïde. Un grand nombre de goitres appartiennent j exclusivement à la classe des hypertrophies , et dans ceux de ces goitres que i i constltueessenlii'llementla production d un tissu accidentel, l'hypertrophiejoue i toujours un rôle plus ou moins considérable. On ne saurait nier l'iiifliience de ! certains climats et de certaines eaux sur la production des goitres par hypertro- j pliie, non plus que l'action de l'iode sur le corps thyroïde hypertrophié. Il est j ; clair que la spécificité de l'iode sur le goitre ne doit s'entendre que de l'hyper- ; j trophie de ce corps glanduleux; que sa puissance alrophlque cchoue complète- ' I ment devant les kystes, la cartilaginificalion , l'ossification, les dégénéra- | lions diverses dont il est susceptible; que, dans le cas où l'hypertrophie '] se trouve jointe à une autre altération, l'iode remédie lenlement à ce qu'il ( y a d hy pcrirophique dans la lésion. Un des exemples les plus remarqua- > bles de goitre hy pertrophique que j aie eu occasion de voir appartenait à une j femme (|ui offrait en même temps une tumeur fibreuse dans 1 utérus du poids I de quinze livres. Le corps thyroïde qui pesait une livre onze onces , formait | une sorte de gaine à la tiachce et à l'œsophage, lesquels n'étaient nullement comprimés. Trois lobes bien distincts constiluaient ce corps , un médian plus il petit, et deux latéraux , de volume à-peu-près égal. 11 existait au-dessus du 1 lobe médian un lobe plus petit , mais parfaitement isolé , qui était probable- | ment formé par le prolongement glaiiduliforme qu'on est louj ours tenté de prendre pour un conduit excréteur, et qui vienl se terminer au niveau de la i membrane hyo-lhyroïdienne. Ces tumeurs étaient formées par une prodigieuse < quantité de vésicules de volume inégal à parois transparentes remplies par une '

HYPERTROPHIE

HYPERTROPHIE

jnatière opaline de la couleur et de la consistance du crystallin. Ces vésicules {taient contenues dans de vastes cellules fibreuses plus ou moins complèlement bolées les unes des autres.

1 Hypcviropliie des poumons. Lorsque l'un des poumons s'est atrophié par iuited'un épancliement dans les plèvres, ou par suite de pneumonie chronitjue, l'autre poumon , en vertu de cette solidarité qui unit entre eux les organes loables, supplée par son développement et son yctivilé à l'insuflisance de son ongénère : dans ces cas , j'ai vu un poumon remplir les deux tiers de la cavité horacique.

Il hypertrophie avec induration des poumons est assez fréquente. Je ne

!aî jamais vue aussi complète que chez les eni'aus mort -nés , dont l'inuration des poumons constitue une des causes de mort les plus fréqucnes. Dans quelques cas ( Anat. palhnl. avec, planches, livrais. 15) chaque obiile pulmonaire est converti en une petite masse compacte, facilement léparable des autres lobules pulmonaires, imitant assez bien les grains ilc tyrrhose.

I L'hypertrophie avec induration peut se manifester plus particulièrement slans le tissu cellulaire interlobulaire qui acquiert toute la densité du tissu Ibreux et même du tissu cartilagineux. Alors les lobules , séparés par \xne. espèce de cloison fibreuse, sont eux-mêmes envahis, et le tissu jiulmonaire finit par subir entièrement la transformation fibreuse ou cartilagineuse et même quelquefois osseuse. Essentiellement celluleux, le tissu pulmofiaire doit éprouver toutes les transformations auxquelles est exposé le tissu

ellulaire.

Hypertrophie des mamelles. L'hypertrophie physiologique des mamelles qui iuit ordinairement l'accouchement, et qui persiste tout le temps de la durée Ile la lactation, permet de voir que cet organe est composé de grains glanduleux , dont le tissu est spongieux , à la manière de la moelle du jonc , au centre duquel est une cavité dans lacjuelle est versée le lait ; que de chaque grain glanduleux part un petit conduit excréteur; que tous ces petits conduits px-créleurs s'^ouvient successivement dans un canal plus considérable. Il [n'est pas rare de voir le lait coagulé remplir tous ces canaux à la manière d'une [jiujection.

I Je n'ai jamais vu d'hypertrophie plus considérable des mamelles que chez [une jeune fille de dix-huit ans, parfaitement bien constituée, dont les ma- [melles énormes incommodaient tellement par leur poids , que les chirurgiens [de l'hôpital de Limoges, MM. Thibaut et Tuilier, craignant une dégénération prochaine , furent obliges de les extirper. Chacune d'elles pesait dix livres. Les deux opérations furent faites à intervalle. La mamelle était convertie en un tissu fibreux lobulaire moins dur que le tissu des corps fibreux de l'utérus. La malade a parfaitement guéri. J'ai rencontré plusieurs fois cette hypertrophie avec transformation fibreuse du tissu de la glande mammaire. Plusieurs glandes mammaires extirpées comme cancéreuses n'étaient autre chose que des glandes mammaires qui avaient subi cette hypertrophie.

Hyperirophie des organes génito-ur maires. — 1°. Ufpertrophie des reins. L'atrophie d'un rein eniraine toujours l'hypertrophie de son congénère : lorsqu'il n'existe qu'un rein, soit que ce rein soit placé en travers sur la colonne vertébrale, soit qu'il occupe sa place accoutumée , ce rein ne présente que les ! apparences de l'hypertrophie. Il y a toujours dans ce cas deux reins réunis en un seul.

! Dans deux cas de diabète, pour toute lésion , j'ai trouvé une hypertrophie jdes reins , laquelle coïncidait , non avec une teinte plus foncée , mais avec une Ipaleur remarquable de cet organe. Cette décoloration du rein est commune à toutes les irritations dirigées sur cet organe.

Cyrrhose du rein. On trouve quelquefois le rein granuleux , soit à sa surface, soit dans son épaisseur. Cet état granuleux qui donne <H la surface de cet organe un aspect ratatiné, me paraît une altération lout-à-faitsemblable a l'altération du foie décrite sous le nom de cyrrhose. Je regarde ces granulations corauie des grains glanduleux hypertrophiés coexistant avec l'atrophie des grains glanduleux ambians. Cette altération ne s'observe que dans la substance corticale, qui, comme on sait, non-seulement occupe la surface du rein , mais encore envoie des prolongemens entire les cônes de la substance tubulcuse dans la cyrrhose ; dans ce cas, le volume du rein a presque toujours diminué et quelquelois même l'hypertrophie de quelques grains glanduleux coïncide avec l'atrophie complète de l'organe , et on sait que le foie cyrrhosé est dans le même cas; enfin, pour dernier trait d'analogie, la couleur du rein granuleux est jaunâtre comme celle du foie. J'ai fait dessiner un exemple fort remarquable de cyrrhose du rein coexistant avec l'atrophie de cet organe, et avec la présence d'un calcul volumineux qui remplissait le bassinet.

iijpei trophie de la capsule surrénale. Plus volumineuses chez le fœtus que chez l'adulte , les capsules surrénales conservent quelquefois chez ces derniers un volume plus considérable que de coutume, volume que j'ai vu double de 1 état naturel. L'anatomie pathologif|ue n'a encore rien fait pour dissiper l'obscurité qui règne sur les fonctions de ces organes.

Hypertrophie de la vessie. Extrêmement fréquente, et pouvant servir de type a l'hypertrophie , la vessie hypertrophiée peut acquérir sept à huit lignes d épaisseur, augmentation qui paraîtra prodigieuse , si on a égard à la ténuité normale de ce réservoir musculo-membraneux. Dans le plus grand nombre des cas , c'est aux dépens de la membrane musculeuse toute seule qu'a lieu l'hypertrophie, et on ne se fait pas d'idée de la rapidité avec laquelle elle se produit. Je l'ai observée très-considérable chez des individus dont le catarrhe vesical n'avait qu'un mois d'ancienneté. C'est qu'aussi rien n'est comparable à DiCT. DE Mkdecïke et riE Chirurgie pnyvTiQUES.

la violence des contractions de la vessie irritée et à la fréquence de ces contractions. L'intlammalion de la muqueuse du col ou du corps de la vessie , la présence de calculs , la présence d'une sonde , un rétrécissement du col de la vessie , un obstacle quelconque au cours des urines ; voilà les causes les plus habituelles de l'hypertrophie , laquelle doit cesser aussi rapidement qu'elle a été produite, par suite du repos de i'organe.

La muqueuse de la vessie, que j'ai vue comme mamelonnée dans toute son étendue, ne s'épaissit que très peu dans le cas d inflammaliou chronique. Quelquefois des végétations naissent çà et là dans divers points de sa surface. Cette hypertrophie étant consécutive, ne réclame d'autres traitement que celui de la maladie qui l'a produite. Je me suis bien trouvé d'engager les malades à opposer toutes les forces de leur volonté aux besoins d'uriner (pii survivent (juelquefois à la cause de l hypertrophie. Le cancer utérin qui se propage au baslond de la vessie a pour rcsullat le développement de ses papilles , qui flottent sous l'eau et dont quelques-unes prennent la forme de vésicules pédiculées. Dans le cancer de la vessie, les diverses tuniques de ce réservoir subisseut les mêmes transformations que celles de l'eslomac cancéreux.

Hypertrophie de la prostate. Très -fréquente chez les vieillards, chez lesquels elle devient souvent une cause de rétention d'urine, toujours générale , l'hypertrophie est queli|uefois bornée à l un des lobes de la prostate, ou même au lobule médian d'Éverard Home ; cette hypertrophie est l'écueil de la chirurgie, qui ne peut agir sur la prostate que par des moyens mécaniques. Des sondes de gros calibre, en dilatant la f)ortioii prostatique du canal de l'urètre, peuvent rétablir au moins temporairement ce canal. Le lobule médian développé rend le cathétérisrae diliicile, et souvent la base de ce globule est traversée par la sonde.

Hyperlraphie du testicule. L'hypertrophie du testicule proprement dit est rare : les cas de ce genre qui ont été indiqués appartiennent à d'autre:; lésions.

Le scrotum, le dartos , sont susceptibles d'hypertrophie avec induration, transformation de tissu , à la suite de fistules urinaires , et surtout dans l'éléphautiasis des bourses, dont linfortuné Delpech a publié un exemple si remarquable.

Hypertrophie des ovaires. On peut rapporter à l'hypertrophie avec transformation un grand nombre île lésions des ovaires, où, pour être plus exact , I hyperirophie joue un rôle plus ou moins important dans presque tous les cas où cet organe acquiert un grand développement.

Hypertrophie de l'utérus. Dans l'état de grossesse , l'utérus présente une hyperirophie qui peut servir de type h toutes les hypertrophies. Dense et comme fibreux , relégué dans le petit bassin lorsqu'il n'est pas chargé du produit de la conception, il prend par degrés un accroissement tel, qu'il remplit la totalité de l'abdomen. Son tissu se revêt d'une propriété nouvelle départie seulement aux fibres musculaires, la myotililé ; ses vaisseau.x se dovelo[)pent dans la même proportion que son tissu : toute celte exubérance de nutrition se dissipe lorsque le mouvement ilux.iQnuaire cesse avec la cause qui le détermine , savoir la présence du fœtus.

Tout corps étranger contenu dans l'utérus ou développé dans l'épaisseur dt? ses parois, détermine les mêmes efl'ets que la présence du produit de la conception. Que ce soit un polype utérin (,4nat. .paih. avec fig. , liv. 10) , une tumeur fibreuse {Anat. pathol. , liv. 15) , ou même un liquide contenu dans la cavité utérine par suite de l'oblitération de son col, le développement hyperti ophique de l'utérus est absolument le même que dans la grossesse. D.ins l'un comme dans l'autre cas , le tissu de l'utérus s'est revêtu de la myotilité , d'où les efforts continuels et douloureux d'expulsion des corps étrangers , efforts d'expulsion quelquefois suivis de succès , d'autres fois insulEsans, incomplets , amenant une hémorrhagie mortelle (Anat. palli. , liv. l'i.)

Indépendamment de l'hypertrophie en épaisseur , l'utérus est susceptible A'hypertrophic dans le sens de sa longueur. Cet allongement de l'utérus peut être limité au col. M. le professeur Lallemaad a depuis long-temps a|)pelé l'attention sur l'allongement du col de l'utérus , assez fréquent chez les vieilles femmes , mais qui me parait bien moins fréquent que l'effacement de la partii,' proéminente dans le vagin. M. Lobslein (Anat. pathol. génér. , p. 57) parh; d'un utérus conservé dans le muséum de la faculté de Strasbourg. L'extrémité vaginale du col a trois pouces une ligne de longueur ; sou épaisseur , à sa partie supérieure, est de six lignes ; eu descendant il s'élargit, et sa cavité se dilate , de telle sorte que sa partie inférieure a une largeur d'un pouce sept lignes. Au premier aboril, on dirait que cet utérus est composé de deux utérus réunis par leur col. On n'y découvre aucun changement de tissu.

Chez les femmes affectées tie chute de l'utérus, je me suis assuré que cet organe éprouve un allongement remarquable en même temps qu'un ramollissement dans son tissu. Il se rétrécit à sa partie moyenne, ce qui lui donne l'aspect d'une calebasse. La planche 5 (Anntumic pathologique , 16e livrais ) présente un exemple remarquable de cette disposition. Chez d'autres femmes , l'allongement était encore plus prononcé, et le rétrécissement de la parlio moyenne plus considérable.

Je ne connais pas d'exemple d'hypertrophie de l'utérus dans le sens de fa longueur plus remar{|uabie que celui figuré planche 5 (Anatoinie pathologique , IGe livrais.). Il y avait coinnidence de renversement du vagin et de tumeur fibreuse avec kyste séreux considérable du corps de l'utérus , en sorte que le col utérin, prodigieusement allongé, mesurait tout l'intervalle qui sépare le museau de tanche proéminent hors des grandes lèvres d'avec la tumeur fibreuse. Ce col utérin présente tout-à-fait l'aspect du canal de l'urètre

HYPOCHONDRIE

HTPOCHONDRÏE.

Je regarde comme des hypertrophies de la membrane muqueuse utérine CCS végétations polypeuses pédiciilées pénétrées de vaisseaux sanguins , molles, spongieuses , dans l'épaisseur desquelles j'ai rencontré souvent des follicules muqueux.

L'hypertrophie des follicules muqueux, soit du col , soit du corps utérin, me paraît mériter toute l'attention des pathologistes. Ces follicules semblent se former dans l'épaisseur du tissu utérin, qui s'atrophie à leur niveau, en sorte que le col utéiiii paraît converti en un tissu aréolaire dont les inierstices sont plus ou moins amples , remplis d'un suc visqueux, transparent, analogue au corps vitré. Cet état a été pris pour une (orme de cancer utérin. Un col de l'utérus extirpé comme cancéreux m'a offert cette disposition.

Telles sont les hypertrophies. Pour tracer leur histoire complète, il aurait fallu parcourir toutes les lésions morbides, et apprécier le rôle que joue l'hypertrophie dans chacune de ces lésions. Ce rôle est immense, car nos tissus sont inaltérables ; ils ne sont susceptibles que d'hypertrophie et d'atrophie ; et les lésions qui se passent au milieu de nos organes sont le résultat du dépôt de produits de diverse nature , dont les uns s'organisent , vivent en parasites , et dont les autres , non susceptibles d'organisation , doivent être expulsés.

(CnUVEILHIER.)

HYPNOTIQUES, yoyez Narcotiques.

HYPOCHONDRIE; hypochondiin, njfectio hypocliondriaca , d'un grand nombre d'auteurs ; moi bus fiypochondriacus et Jlaïuosus de Galien , vapeurs , etc. , etc.

■ Il est assez difficile do se faire une idée juste de ce qu'on doit entendre par hypochondrie. Ce mot implique l'idée d'une maladie située dans les liypochondres , et rien n'est moins démontré que ce siège pour la plupart des états appelés par les anciens et encore par quelques modernes du nom d'hypochondrie.

A propos du mot hypochondrie , chaque médecin a fait k sa manière la description des désordres les plus différens dans leurs formes et dans leurs causes. Un dérangement quelconque dans l'exercice des fonctions organiques accompagné d'un sentiment habituel de tristesse, de chagrin ou de désespoir suffit pour constituer I hypoctiondrie du plus grand nombre des auteurs. Pour Galien , l'hypochondrie est une simple variété de la mélancolie ; voici ce qu'il en dit (lib. 3 , cap. iv , De locis affectis),

» Est prœtereà tertium melancholiae genus , ubi ortum a ventriculo suscipit : » solentque medicorum nonnulli hanc dispositionem , hypochondriacum flatu-

» lenlumque morbum vocare Quem sanè (ut Diodes testatur) sumpto

» cibo , concoctu difficili , statim ructus acidus comitatur : cum eoque flatus et

» œsfus Cœlerum œgri cibis sumptis quiescunt ; moxque aliis ingestis

» eadem revertuntur symptomata. »

A cette exposition des symptômes, Galien fait succéder cette explication des causes de la maladie :

« Quemadmodum igitur externœ lenebrre pavorem inducunt, sic atrœ bilis » color mentis sedem tenebris similem reddeus timorem efficit... Ergo , si circa )> ventriculum prima inceperint ipsius morbi symptomata , quibus auctis » melancholica sequatur affectio ; deinde alvi dejectione , vomitu , proba f, coctione ructibusque levelur is qui laborat, hypochondriacum ûatuosumque » ipsum morbum vocabimus. »

Depuis Galien , chacun , cherchant dans les théories de son époque l'explication d'une maladie aussi peu définie, l'a trouvée dans les qualités acides ou alcalines des humeurs, les vents ou la bile , le foie ou la rate , l'estomac ou le pancréas , les viscères ou le cerveau , et par suite a fait prédominer dans sa description les symptômes les plus favorables à son idée.

S'il y a progrès dans les travaux des modernes sur ce qu'ils ont continué d'appeler hypochondrie , il consiste en ce que , entre eux , la controverse n'est plus relative aux qualités diverses des humeurs, mais porte principalement sur le siège du mal que les uns, moins éloignés de l'induction étymologique et des idées des anciens , fixent avec assurance dans l'estomac ou les systèmes nerveux de l'appareil digestif; tandis que, pour les autres , l'hypochondrie n'est pas autre chose qu'une maladie de cerveau.

Au point où se trouve amenée la question , ne s'agirait-il, pour la résoudre que de soumettre à une sévère analyse les symptômes de Ihypochondrie afin de voir s'ils constituent des irradiations sympathiques d'une maladie de l'estomac ou du système nerveux de l'appareil digestif, ou s'ils découlent d'une maladie du cerveau? C'est ce cjue nous allons voir en parcourant les auteurs.

D'un assez grand nombre d'ouvrages que j'ai lus pour m'éclairer sur ce sujet, bien peu contiennent des données aussi précises que celles du médecin de Pergame quand ils n'en sont pas la servile copie, et dans beaucoup, même dans ceux d'hommes qui ont à juste titre brillé d'un grand éclat dans la science, c'est un horrible chaos. Prenons pour exemple la lettre de Sydenham sur l'hypochondrie et l'hystérie, qu'il regarde comme identiques; pour lui, cette affection est de toutes la plus commune après les fièvres, etc., etc. La variété de ces affections ne lui semble pas moins remarquable que leur fréquence. Quelle que soit la partie du corps qu'elle affecte , elle produit des symptômes conformes à son siège. Est-ce la tête ? il en résulte une apoplexie qui, comme dans d'autres cas, se résoud en hémiplégie. Quelquefois elle amène d'horribles spasmes , semblables à 1 épilepsie.

Il n'est pas rare qu'elle occupe l'extérieur de la tête entre le péricràne et le crâne: alors elle cause d'affreuses migraines accompagnées de vomisscmens.

Tombant d autres fois sur les parties vitales, elle excite d'assez yioleutes

palpitations de cœur pour faire croire aux malades que les chocs furieux de cet

organe contre les côtes doivent retentir aux oreilles des assistans.

Si la maladie se porte sur les poumons , c'est une toux sèche et sans relâche qui en résulte ; elle se fixe d'autres fois sur le colon et l'épigastre avec d'insupportables douleurs ; il survient alors des vomissemens interminables qui se jugent par une ictère de toute la surface du corps.

Cependant les malades, tourmentés d'horribles angoisses d'esprit , perdent tout espoir de guérir; ce découragement, ce désespoir ne manquent jamais dans 1 espèce dont il s'agit.

Il serait fastidieux et inutile de suivre l'auteur dans l'examen des douleurs néphrétiques , de la suppression d'urine , de la diarrhée , des crampes , des douleurs de dents, de dos , etc. , etc. ; des vents , des rots , des aigreurs qui, suivant lui , constituent des symptômes de cette affection ; mais il n'est pas sans intérêt de remarquer, après une longue exposition de tant de symptômes si variés , qu'une urine limpide comme de l'eau de roche est le seul phénomène signalé par S\'denham , comme signe pathognomonique de l'affection qu'il appelle hystérique chez la femme , hypochondriaque chez 1 homme.

Nous voici bien éloignés du point de départ fixé par Galien. Mais il faut se hâter de le dire : Sydenham n'a pas en vérité décrit l'histoire d'une seule maladie ; il ne s'est pas même borné à confondre dans la même description les symptômes de deux , trois ou de quatre affections distinctes : il en était venu à rapporter à l'hystérie et ^ l'hypochondrie toute espèce de phénomène local dont la cause matérielle n'était pas sensible pour lui ; il se payait de ces mots, à peu près comme , depuis lui, quelquefois encore, dans des circonstances analogues , nous avons appris à employer les mots nerveux, affection nerveuse, symptôme nerveux , etc.

Sydenham ne connaissait ni les phlegmasies chroniques ni les maladies du cœur , ni les altérations organiques ; tout cela se confondait dans les maladies chroniques dont il rapportait la moitié à l'hystérie et à riiypochondiie. Ajoutons que, pour Sydenham, tous les symptômes de l'hypochondrie et de l'hystérie dépendaient de l'atonie des esprits animaux, et nous aurons complété l'extrait de ses idées sur la matière.

Manget, dans sa Bibliothèque de médecine pratique, dit qu'on définit ordinairement l'hypochondrie une chaleur ou une obstruction de la rate ou des autres viscères situés dans les hypochondres ; obstruction et chaleur existant sans fièvre et produites par une humeur atrabilaire et brûlée. Pour quelques modernes de son temps , c'était plutôt une acrimonie acide , âpre, lessiveuse et même muriatique qui dépravait toute la nutrition. De là les douleurs, les élanceniens, les inquiétudes dans les membres : mais pour une maladie aussi compliquée, dit-il, cette définition laisse beaucoup à désirer. Du reste , k composition de cet auteur sur l'hypochondrie offre un avantage bien précieux: celui de contenir plusieurs observations détaillées bien faites , avec ou sans ouverture de corps : plusieurs d'entre elles se rapportent évidemment à des maladies du cœur.

Ce n'est donc pas un avantage médiocre du travail de Manget de nous faire retrouver ainsi, pour plusieurs cas particuliers, le fil qui peut rattacher aux collections symptomaliques de nos prédécesseurs , les connaissances anatomiques qui ont fourni aux modernes les caractères les plus fixes des maladies. Mais nous reviendrons sur ces particularités.

Je passe un grand nombre d'ouvrages dans lesquels il n'est toujours question que d'altération des humeurs et d'ataxie des esprits animaux, pour expliquer ■ des désordres on ne peut plus vaguement définis , mais comprenant , comme f quelque chose d'essentiel, un dérangement des digestions ou au moins un dégagement considérable de vents provenant de l'estomac ; le tout combiné avec un degré variable de tristesse.

J'arrive à Cullen dont la définition , purgée de toute explication sur la cause humorale ou chimique de l'hypochondrie, est remarquable en ce qu'elle se borne à une peinture abrégée des symptômes.

« Il y a chez certaines personnes, dit-il, un état de l'âme qui se reconnaît » par le concours des circonstances suivantes : une langueur , une indifférence, » ou un défaut de résolution et d'activité pour toute espèce d'entreprises ; une » disposition au sérieux, à la tristesse et à la timidité, la crainte que tous les fl événemens à venir ne se terminent malheureusement ou de la manière la » plus fâcheuse ; c'est pourquoi les soupçons les plus légers donnent souvent » lieu , dans ce cas , de redouter un mal considérable. Ces sortes de personnes » sont particulièrement attenti\es à l'état de leur santé; le moindre change- >i ment de sensation qu'ils éprouvent dans leur corps suffit pour les occuper >> sérieusement ; et toute sensation extraordinaire , quelquefois la plus légère , » leur fait redouter un grand danger et la mort même. Leur croyance » et leur persuasion sont communément des plus opiniâtres relativement à >) ces craintes.

» Cette maladie est toujours réunie à la dyspepsie : les symptômes qui con- » stituent son caractère particulier et qui la distinguent de la dyspepsie sont laj » Luigueur, la tristesse et la crainte , dont sont affectées des personnes d'ut » tempérament mélancolique sans aucune cause raisonnable, n

Mais l'état particulier du corps qui détermine l'état particulier de l'espri n'est pas, suivant Cullen , facile à déterminer ; il varie suivant les cas, Donc d'après Cullen , l'hypochondrie consiste surtout dans l'état de l'esprit précé demment indiqué, et il nous ramène ainsi aux idées de Galien, qui voyait dan l'hypochondrie une variété de la mélancolie- Dans l'article Hypochondrie du Dictionnaire des sciences médicales, M. Louyet Villermay s'exprime en ces termes :

HYPOCHONDRIE

HYPOCHONDRIE

« L'iiypocliondrie est une aialadie de tous les temps , de tous les pays , qui se » manifeste dans toutes les saisons et toutes les températures , commune à Tun » et à l'autre sexe , mais qui n'airecle indistinctement ni tous les âges ni toutes » les classes de la société.

« C'est parmi les hommes de lettres , les citoyens livrés aux -travaux assidus

de cabinet, les artistes , les poètes , parmi les littérateurs les plus distingués, >i et surtout au milieu des personnes douées de l'imagination la plus ardente ou 1- de la plus vive sensibilité , qu'elle choisit de prélérence ses victimes. Cette y observation n'a point échappé aux anciens. Arislote assure que tous les grands

ho mmes de son temps étaient mélancoliques, c'est-à-dire hypochondriaqucs. " Non est maguum ingenium sine mixtura demenliae, » n'exprime-t-il pas la » même idée ?

1) C'est une affection éminemment nerveuse qui paraît consister dans une irrin talion ou une manière d être particulière du système nerveux , et i)rincipale- » ment de celui qui vivifie les organes digestifs. Les symptômes essentiels sont >' nombreux; le plus souvent trouble et lenteur des digestions sans indices d'une « lésion locale : flatuosités , borborygmes, exaltation de la sensibilité générale, " spasmes variés , palpitations, illusions des sens, et surtout de la vue et de » l'ouie ; succession rapide de phénomènes morbifiques qui simulent la plupart » des maladies; état réel mais variable de souffrances diverses d'où naissent )i des terreurs paniques ou des inquiétudes exagérées ; versatilité morale; exa- " gération habituelle, spécialement sur tout ce qui tient à la santé ou à l'énoncé " des accidens delà maladie. >i

Pour M. Croussais , l'hypochondrie résulte d'une gastrite chronique; la tristesse est dans cette maladie un effet de l'influence exercée sur le cerveau secondairement irrite par l'estomac malade. M. Broussais est donc une nouvelle autorité en faveur de l'opinion qui place l'hypochondrie dans quelqu'un des organes des régions hypochondriaqucs.

Mais cette idée qui a traversé les siècles va s'évanouir bientôt dans l'article de |Georget sur l'hypochondrie , inséré dans le Dictionnaire en 22 volumes. V^oici (comment il s'exprime :

« L'on est trop peu d'accord sur le siège et la nature de l'hypochondrie pour •1 que nous cherchions à en préciser ici les caractères principaux par une deti- " nition. Nous préférons commencer l'histoire de cette maladie par l'exposé >> des phénomènes divers qui signalent son existence. »

Je cite quelques-uns des phénomènes aussi variés que nombreux donnés par cet auteur , comme propres à l'hypochondrie. Qu'on suive avec attention 1 extrait que j'en recueille , et on pourra se dire s'il a contribué à éclaircir la ç matière.

I 11 Les hypochondriaqucs ressentent des douleurs violentes plus ou moins » étendues, des malaises, des chaleurs, des pesanteurs, des serremens , des

I " compressions , des fourmillemens , des battemens , des frémissemens ; ils en- » tendent dans l'intérieur du crâne des bruits singuliers , des sifflemens, des

" détonations, de la musique, le murmure d'un ruisseau Le sommeil est le

» plus souvent diflicile.... interrompu par des réveils en sursaut .... Quelques » malades ne dorment jamais ou presque jamais; quelques-uns dorment assez » bien. »

: Je ne suivrai pas l'auteur dans l'étude des désordres des sens , de l'altération du caraclère des affections chez les hypochondriaques , des effets du travail sur ■i leur esprit , je néglige leurs absences d'idée , de mémoire , leur exaltation l| dans la pensée , leurs sentimens de faiblesse , d'anéantissement, leurs inquiétudes , etc.

Je passe à quelques-uns des désordres physiques : » Ils éprouvent quelquefois » au col des resserremens spasmodiques , des sentimens d'étranglement, etc.... » Ils sont quelquefois pris de constriction du thorax , d'oppression , de dysp- » née, de suffocations, d'étouffemens. Ils ne peuvent supporter des vêtemens >> qui serrent la poitrine : on en voit même à qui le poids du drap seul cause » des angoisses insupportables. Presque tous , pour ne pas dire tous , éprouvent « des palpitations du cœur plus ou moins violentes , quelquefois douloureuses ; » le pouls est très-variable.

» Le conduit alimentaire présente la langue naturelle ou non , quelquefois « une excrétion abondante de salive, souvent une digestion lente, douloureuse » avec un sentiment de chaleur et de gonflement à l'épigastre , des rapports

acides , des rots , des angoisses , des vomissemens , et à la fin des gargouil-

» lemens et des borborygmes L'appéiit variable, la soif rarement considé-

" l'al'le constipation habituelle urine souvent ténue et limpide. RI. Vau-

» quelin y a trouvé de l'acide rosacique Des malades sont sujets aux

» hémorrhoïdes. Le flux menstruel esi régulier dans beaucoup de cas ; irrégu- » lier, difficile ou supprimé , dans beaucoup d'autres. Beaucoup de femmes sont » incommodées par des flueurs blanches abondantes; quelques-unes par des » chaleurs, des démangeaisons, des douleurs dans les parties génitales. »

Viennent ensuite les symptômes tirés delà physionomie, qui, suivant les rapports d'opposition fournis par l'examen des précédens phénomènes ,« an- » nonce d'un moment à l'autre la santé et un état de souffrance, le bonheur » ou la tristesse ; est pâle ou jaunâtre , et animée des couleurs les plus vives.

» Dans un tiès-grand nombre de cas , l'embonpoint n'est pas diminué » beaucoup d'hypochondriaques sont cependant amaigris, ont le teint décoloré, >i la peau de la face pâle, jaunâtre, rugueuse, boutonneuse, dartreuse. . . ] » Beaucoup ont la peau habituellement sèche , et ne suent que difllcilement ; » quelques-uns sont sujets ii des sueurs locales dans différentes parties du » corps. ... Les tissus sous-cutanés, les membres, sont le siège de douleurs «> vagues, d'alternatives de chaud et de froid, de fourmillemens, d'engourdis-

» seraens , de sensations singulières, variées, erralives; les malades sont fali-

« gués par des crampes , des raideurs convulsives ; ils disent qu'ils ne sen-

» tent plus telle ou telle partie ; quelquefois ils sont ])ris instantanément de » paralysies locales peu dur;ibles : une fois la voix est éteinte, une autre fois il » y a hémiplégie, une troisième il y a difficulté ou impossibilité de se servir » des mains, des pieds, d'un bras , d une jambe, etc.... Les sens présentent » quelquefois des troubles analogues.

» Mais ce qui caractérise particulièrement l'affection singulière que nous » étudions, ce sont la multiplicité et la mobilité des désordres accusés par les » malades, et les souffrances excessives dont ils se plaignent sans cesse, mises >' en opposition avec le peu de danger de leur état, et les aj)parenccs ex- » térieures dune santé presque toujours assez bonne, souvent même d'une » santé florissante. »

Je me borne à cet extrait , fort abrégé , des symptômes donnés par Georget comme propres à riiypochondrie. Je n'ai rien supprime d'essentiel au soutien de l'opinion de l'auteur, cjui fixe avec assurance dans le cerveau le siège de cette affection.

Pouvons-nous à présent nous prononcer entre les opinions rivales qui se disputent le siège de 1 hypocliondrie, et déterminer avec rigueur si c'est définitivement l'estomac ou le cerveau?

Loin d'arriver à une conclusion aussi rigoureuse, je pense que s'il n'y a pas trop d'incohérence dans les travaux des partisans de l'une ou de l'autre de ces opinions, cela tient au défaut de rigueur du sens attaché au mot hypocliondrie : défaut qui permet à chacun de choisir de préférence, suivant ses idées favorites, les symptômes gastriques ou les symptômes cérébraux.

A coup sûr, celui qui, clierchant dans les auteurs la preuve que le siège anatomique de celte maladie n'est ni dans l'estomac , ni dans le cerveau , voudrait prouver qu'elle résulte d'une affection du cœur, ne manquerait pas non plus de bonnes raisons ; et Manget lui fournirait à l'appui des observations d'hvpochoudrie fort bien écrites , dans lesquelles les symptômes de maladie du cœur ne sont pas méconnaissables, et enfin des autopsies aussi dont la lettre est assez rigoureuse pour empêcher de révoquer en doute une maladie du centre de la circulation. Dans une de ces observations, il note , cor magnum setl flacculuni ; dans une autre, cor stupendœ magniludiiiis ; etc. Ces indications anatomiques, quand, dans d'autres observations, on a noté dolores in lœi'd pecloris parte cum ardore et pecloris oppressionc prœcedentibus ruifitibus abdominis. Dans une autre, une oppression dans la région du cœur, la sensation de la chute de cet organe du côté du ventre, palpitations , dyspnée; phénomènes si généralement accompagnés d'angoisses, de susceptibilité extrême pour la peur, le chagrin, le désespoir, etc., etc. Oui, j'en donne l'assurance : j)Our quiconque serait jaloux d'attribuer à 1 hypochondrie ce siège anatomique , les bonnes raisons ne manqueraient pas.

Ce n'est pourtant pas à cette conclusion que j'ai été conduit; je la signale seulement comme une preuve de plus à côté de la divergence des opinions déjà existantes , que la matière est souple et favorable à toute espèce de préoccupalion d'esprit.

Pour moi, je pense que, plus on étudie les écrits publiés sur l'hypochondrie, plus on les médite, et plus on est convaincu que rien n'est plus vague et plus incertain que les caractères de cette prétendue maladie , et que les descriptions qui en ont été tracées s'appliquent réellement à un certain nombre de maladies bien distinctes dans leur siège et leur nature intime. Mais on n'a pas eu toujours l'avantage de posséder les connaissances de j)hysiologic pathologique dont nous pouvons aujourd'hui nous servir; et réduit qu'on était à réunir des symptômes pour faire des maladies , on a pu confondre sous un même titre mille affections différentes dans leur cause matérielle , pour peu qu'elles eussent cela de conforme entre elles, d'être accompagnées de chagrin, de tristesse ou de désespoir, et que, dans ce pénible état de l àme, les digestions fussent troublées. Aujourd hui qu'on cherche davantage à se rendre compte des phénomènes symplomatiques et qu'on sait mieux les interpréter, on voit beaucoup moins d'hypochondriaques : beaucoup de médecins d'expérience et de talent n'eu voient même jamais ; mais , en revanche , ils observent beaucoup de maladies du cœur, beaucoup d'affections chroniques des organes digestifs , des poumons, du cerveau, que les anciens ne savaient pas reconnaître.

Mais ce n'est pas assez de trouver que l'hypochondrie n'est pas une maladie distincte et spéciale ; il faut indiquer à quel ordre de faits se rattachent ceux qui ont servi de base aux traités publiés sur cette matière.

Ces faits sont très-communs dans la pratique. Voici , je pense , à quoi ils se réduisent. Un système nerveux très-sensible, très-impressionnable étant donné, il ne faut qu'une cause quelconque, physique ou morale, propre par sa nature à donner des inquiétudes relatives à la santé, pour constituer un cas de prétendue hypochondrie.

Exemples :

Un étudiant en médecine vient de lire , pour la première fois , une description des maladies du cœur, ou bien il vient d'assister à l'autopsie d'un sujet mort d'un anévrysme de cet organe. Il se demande s'il n'est pas menacé luimême de cette cruelle maladie, si déjà il n'en a pas ressenti quelques symptômes. Il se rappelle avoir éprouvé des palpitations , de l'essoufflement, ne fût-ce qu'à la suite de courses rapides : et il trouve dans ces souvenirs un motif d'inquiétudes. Que ce jeune homme ait l'esprit bien constitué, des habitudes régulières, qu'il soit tempérant et laborieux, et bientôt d'autres impressions auront dissipé cette crainte qu'une circonstance passagère avait fait naître.

Mais supposez, au lieu d'un homme laborieux, doué d'un bon esprit, un

HYPOCHONDR lE.

HTPOCHONDRIE.

homme que ses goûts éloignent du travail , fort curieux de sa personne, pusillanime , intempérant ; chez celui-ci l'idée d'un anévrysme ne passera pas si vite ; faute d'occupations raisonnables , il y reviendra sans cesse ; les excès auxquels il se livre, en activant les battemens du cœur, ajouteront à ses inquiétudes. Ses inquiétudes elles-mêmes , chaque fois qu'elles se réveilleroût dans son esprit, détermineront soudain de nouvelles palpitations.

Qu'arrivé à ce point notre homme s'altriste , que l'appétit soit diminué chez lui , que les digestions deviennent lentes et laborieuses , il n'y aura rien d'exiraordinaire.

Dans cet êlat il va consulter un médecin. Suivant son degré de lumières , suivant la tournure de ses idées médicales, celui-ci pourra voir dans rabattement d'esprit, le troui)le des digestions, les palpitations, etc., des symptômes d'hypochondrie , le traiter en conséquence ; ou bien saisir la cause véritable des inquiétudes de son malade , le rassurer par de bonnes raisons et le guérir d'une maladie dont la cause première n'était autre chose que la peur d'un anévrysme, dont les symptômes n'étaient que le résultat d'une application trop exacte de l'esprit à recueillir toutes les sensations qui pouvaient par leur nature fournir à cette inquiétude des motifs spécieux, et entin la tristesse que tout être sensible iloit dans I ctat normal concevoir de l'idée qu'il est menacé d'une fin prématurée.

Combien de jeunes gens , par suite de causes analogues à celle de l'exemple précédent , ont pu se croire phthisiques , menacés d'abcès par congestion, etc., et pousser assez loin leurs inquiétudes pour devenir pendant un temps plus ou moins long des hypochondriaques !

Dans ces sortes d'hypochondrie , la cause morale peut être secondée par quelques phénomènes physiques, palpitations, douleurs , toux . mauvaises digestions. On peut remédier à ces maux par des soins convenables , et simplifier ainsi les raisons sur leso|uellcs s'appuie le malade ; mais il est des cas beaucoup plus difiiciles dans lesquels la cause principale du mal est une idée fausse, d'une réfutation d'autant plus difficile que , par elle-même , elle suffit pour entraver l'exercice de certaines tondions et enti etenir dans ces fonctions une inertie qui semble justifier l'idée fausse. Je m'explique :

Un homme bien constitué est conduit par des causes quelconques à l'idée qu'il est impuissant ; cet homme , d'un caractère aimant, d'un cœur sensible, et d'ailleurs aussi pénétré de l'idée qu'il ne peut se suffire dans ce monde, qu'il a besoin de conseils , d'appui , tout aussi bien que d'affection , voit sous les couleurs les plus sombres son avenir.

La nature même de sa triste préoccupation lui fait concevoir avec plus de délices le bonheur d'avoir une femme et des enfans. Mais quand son imagination l'emporte dans ces pensées de bonheur, avec quel horrible sentiment d'amertume il rentre en lui - même ; il est impuissant !... Où s'arrclera-t il dans son désespoir? 11 tombe dans un état profond de tristesse , consulte plusieurs médecins auxquels il expose la cause de ses cliagruis. L'un le traite d'hypochondria(jue , et lui donne rapidement le conseil de voyager en Suisse, île parcourir à pied les Alpes.

Un autre , qui n'entend rien aux causes compliquées de ses douleurs , et ne voit là que l'absence d'activité d'une fonction toute physique, intermittente , lui répond brutalement qu'on n'en a pas besoin pour vivre , qu'il peut se consoler , qu'il n'est pas le premier de la sorte.

Enfin des hommes plus sensés et plus sensibles reçoivent sa confidence; ils cherchent à faire voir à ce malade combien sont fragiles les raisons sur lesquelles sa conviction repose avec toutes ses tristes conséquences ; par de sages raisonnemens , ils le persuadent, le consolent, le guérissent. Le soi-disant im- |)uissant se marie , devient père , et jouit d autant plus de ce bonheur , qu'il le croyait moins fait pour lui.

Sans la rencontre d'hommes éclairés, c'était un hy])ochondriaque dont la fin tragique eût pu fournir, à ceux qui font de 1 hypochondrie une maladie distincte , un exemple bien frappant des excès auxquels cette affreuse maladie peut conduire; mais quelques raisonnemens ont rendu le malade à la vie , au bonheur. Qu'était-ce que sa maladie? des sentimens , des raisonnemens justes et naturels, basés sur une idée fausse.

Le nombre de ceux qui tombent dans la mélancolie et le désespoir par suite d'idées de ce genre , est plus considérable qu'on ne le pense généralemeut. Il faut inspirer un haut degré de confiance à un homme pour qu'il vous confie un secret, à son avis , bien humiliant.

On voit à Londres , dans le Muséum anatomique de Guy's Hospilal, une pièce provenant d'une victime d'idées de ce genre. Ce sont les organes génitaux d'un homme chez lequel les testicules étaient restés dans l'abdomen. Par suite de leur absence dans le scrotum , ce malheureux se crut impuissant ; il en conçut un chagrin profond qui le conduisit au suicide.

Je passe à un cas d'un autre genre. Un homme, jeune encore, d'un esprit cultixé, d'une profession libérale, éprouve dans la tête des douleurs vagues , mobiles, vives, subites, passagères et éloignées dans le principe, mais bientôt assez fréquentes pour l'incommoder vivement. 11 consulte.

Son médecin croit voir une névralgie (ju'il combat par des moyens variés pendant plusieurs mois.

Les douleurs de tête persistent, un trouble dans la vision s'y joint; des vésicatoires sont mis sur les nerfs frontaux ou aux tempes.

Le trouble de la vision fui passager , mais les douleurs de tèie restèrent assez fortes et persistantes pour déterminer le médecin à l'application d'un séton à la nuque.

A cette époque, le médecin avait changé d'opinion sur la nature de la mala-

die; ce n'était plus à une névralgie qu'il croyait avoir affaire, mais bien à une maladie du cerveau. Le malade suivait le médecin dans ses inquiétudes, ou, pour mieux dire, l'avait devancé , et^s'était depuis long-temps arrêté à l'horrible idée qu'il était destiné à perdre la raison.

Par momens, cette idée lui inspirait un affreux désespoir; mais son état habituel était une sombre préoccupation , qui dans bien des circonstances lui retirait sa présence d'esprit.

Un autre médecin fut consulté à cette époque ; la figure du malade exprimait la tristesse. Il était facile de comprendre la tristesse d'un homme qui se croyait atteint d'une maladie du cerveau.

Le médecin consulté , ne voyant rien dans le faciès du malade qui lui rappelât 1 expression causée par les maladies du cerveau accompagnées de douleur, demanda des explications sur ces douleurs. Elles avaient souvent siégé dans l'oreille et les environs ; leur siège habituel était la région temporale de l'un et de l'autre côté ; elles avaient été intermittentes , mobiles dans le principe, et enfin n'avaient presque plus cessé, mais offraient toujours néanmoins, par intervalles, des exacerbations subites , et se déplaçaient souvent.

A ces renseignemens , le médecin crut reconnaître les caractères des douleurs d'irradiation, si souvent produites pair des dents gâtées , et communiqua son idée au malade.

Presque toutes les molaires, surtout à la mâchoire supérieure , étaient pcox fondement cariées; de plusieurs il ne restait que des racines noires , ramollies j lâchement enveloppées par des gencives fongueuses et suppurantes.... La cause des douleurs de tête ne restait plus obscure; ie médecin conseilla l'extraction de toutes les dents cariées , donnant au malade 1 assurance la plus formelle que les douleurs de têie n'existeraient plus après l'extraction des dents malades < qu'il serait alors gutri des inquiétudes alireuses dont il avait déjà ressenti de si cruels efl'ets.

Le malade référa de cet avis à son médecin ordinaire ; celui-,ci ne le partagea pas. Plusieurs consultations nouvelles eurent lieu , et tous les médecins réunis furent d'avis de l'existence d'une maladie du cerveau, nécessairement mortelle ; c'était un ramollissement pour l'un , un endurcissement pour l'autre; un troisième cioyait reconnaître les sym|)tômes d'une tumeur scrofuleuse de l'encéphale. Ce qui , de leur avis , fut transmis au malade était que, ces accidens ne dépendant nullement des dents cariées , l'opération douloureuse nécessaire à leur extraction devait lui être épargnée. Mais celiti-ci, qu'avait un instant ranimé l'espoir d'une givérison prochaine, tomba daoïs un abattement profond quand cet espoir lui fut ravi.

Sa maladie prit bientôt un caractère plus grave ; il eut des distractions fréquentes , des absences ; plusieurs fois il tomba sans connaissance; il y eut mèiiie , dit-on , quelquefois hémiplégie de plusieurs heures à la suite de ces chutes; enfin il était parvenu à uu état d'engourdissement profond, ne sortait plus de son lit , où il végétait dans une stupide apathie , lorsque les parens , voyant approcher une terminaison que les médecins annonçaient comme inévitable, voulurent encore une consultation , dans laquelle l'auteur de l'avis de l'cxtroction des dents , réuni aux autres consultans , les décida à consentir à une opération qui , suivant lui , devait encore sauver le malade. Ils y consentirent.

On aura peine à le croire , et pourtant le fait est exact : la première deirt arrachée (c'était une canine supérieiu e) fut pour le malade le signal d'une espèce de résurrection; ce sont ses propres paroles; bientôt après celte extraction qu'il n'avait'pas été en état de sentir, il commença à se-i'ecoiinaxtre , à demander ce qui s'était passé depuis quelques jours ; a sentir peu à peu renaître ses idées , enfin il fut graduellement débarrassé de toutes ses dents malades ; et bientôt complètement exempt de douleurs de tête , il put jouir du retour le plus complet à la santé.

Je me suis borné aux circonstances les plus impwtantes de ce cas remarquable ; à coup sur, il constituait pour les partisans de 1 hypochondrie un exemple bien frappant de cette maladie.

Avec tout autre caractère, le malade, que désolait la perspective d'une aliénation mentale, aurait pu se détruire, comme fit le jeune homme qui, écoutant une leçon de M. Esquirol, sur l'hérédité de la folie, et se rappelant qu'il avait existé des fous dans sa famille , tomba malade lui - même, et bientôt se suicida.

Si ce malheur fût arrivé, ou bien si le malade abandonné à lui-même eût succombé aux progrès du mal, qu'aurait dit l'autopsie? aurait-elle pu montrer l'etfet d'une idée désespérante sur le cerveau et rectifier ainsi les idées de ceux qui ne comprenaient pas l'influence des dents gâtées ? INon, à coup sûr? Et comme elle n'eût montré non plus ni i-amollissement ni endurcissement, ni tumeur, elle eût fourni un nouvel argument à ceux qui regardent comme faciles .à contenter les partisans de la correspondance des symptômes de maladie avec :les altérations organiques. Elle eût été bien plus favorable aux partisans des affec-i tions nerveuses en général et de l'hypocliondrie en particulier , considérée; comme affection nerveuse, et leur eût fourni de nouvelles armes conlie les médecins anatoraistes.

Je pourrais multiplier beaucoup les exemples de désordres de ce genre amenés par des causes dont chacun peut concevoir l'action sur notre esprit. Mais ces causes elles -mêoies se trouvent combinées à des circonstances physiques . comme l'absence de testicules dans les bourses chez un des malades dont j'a: parlé , des douleurs de tête chez un autre; ou bien encore elles peuvent exislei tout-à-fait gratuitement.

Dans son travail sur l'hypochondrie , Georget paraît faire allusion h plusieur cas de ce dernier genre. Mais plusieurs de ces cas sont réellement des exem .•

HYPOPION.

HYPOPION.

ii'es d'aliénation mentaîe avec lésion de la sensibilité, hallucinations des oi e;anes fj)éciaux des sens , halliicinalious relatives à la sensibilité générale, ou bien à el ou tel viscère.

Ainsi , qu'est-ce qu'un malade qui entend , au sein d'un profond silence , le inurnuirc d'un ruisseau ? et celui qui dit que son corps est un foyer ardent , es nerfs des charbons embrasés, son sang de l'huile bouillante? C'est un fou.

N'est-ce pas encore un fou, celui c|ui assure avoir le cerveau noué , pa- :eux , aplati, encloué , somnoleux , vide , plein , sec, u(]ueux , frémissant, pierreux ((ieorget). En vérité, il n'y a plus moyen de s'enlendre dans la icieJice , si l'on peut confondre sous un niciue titre tant d'élals divers.

En résumé , il uie sen)ble résulter du coup d'oeil jeté sur l'histoire de 1 liy[ ochondrie,que celte maladie n'existe réellement pas comme alTection distincte et spéciale ; que chez beaucoup d'individus on a pris pour un état d'Iiypoclioiidi ie pu de mélancolie le cliagi in qu'ils ressentaient normalement tl'une infirmité ou |l'une souffrance phj^sifpie, humiliante à leurs yeux ou de nature à leur donner de iérieuscs inquiétudes pour leur existence ou pour leur raison : que, chez il autres, état actuel de disespoir, existant sans coïncidence de désordre physique , est ine folie simple, s'il n'y a pas en même temps de trouble de la sensibilité ; une folie compliquée, s'il existe en même temps quelqu'un de ces désordres.

Enfin, si l'on voulait à toute force garder le mot d'hypochondrie dans la .rionce , il faudrait au moins , pour èlie conséquent avec les faits, changer le ( lis attaché généralement à ce mot, et convenir qu il signifie « peine, chagrin, lisospoir; » l'ajouter à l'exposition des autres symptômes d une maladie accom- Tiiguée de peine , de chagrin et de désespoir, comme aux symptômes spéciaux le la pleurésie , de la pneumonie , de la gastrite. On ajoute le mot u fièvre i> [)iiur indiquer une certaine perturbation de la circulation du sang.

Mais il existe encore tant d'hommes pour lesquels il est commoile île pouvoir rapporter à quelque affection aussi vaguement détenuinée que l'hypochondrie , toutes celles dont le \rai caractère leur échappe , que long-temps encore l'hyijiochondrie , les vapeurs , la goutte vague et les vices des liumi urs trouveront dans la classe la moins instruite des médecins de zélés défenseurs.

( A. FOVILLE. )

IIYPOPION^ s. m. ; de uirs , dessous , et irucv, pus ; liypopion , hypopium.

Collection purulente dans la cavité de la membrane de l'humeur aqueuse. On a désigné sous le nom il'empj'èine de l'œil la collection de pus qui se forme jdans les régions profondes de cet organe, a. la suite de I'Oputhalmite ( voyez !ce mot ). Ces deux maladies ne doivent pas être confondues. Il ne sera c|uestion que de la première ilans cet article.

L'hypopion est le résultat de la terminaison par suppuration de l'inflamniatiou de la membrane de l humeur aqueuse , ou de l'ouverture d'abcès formés dans l'épaisseur de l'iris ou de la cornée transparente, et qui se sont ouverts dans la chambre antérieure de l'œil. Qu'elle ail son siège dans l'une ou l'autre de ces membranes , il parait que , pour se terminer par suppuration , il est nécessaire que cette inflauimation soit aiguë. Or celle-ci n'est jamais bornée a !lu membrane de l'humeur aqueuse ou à l'iris : elle affecte toujours en même itenips la conjonclive et la plup irt des autres parties constitutives de l'œil ; et il résulte de la que l'hypopion est toujours précède des symptômes de 1 ophlhalmie générale. Il faut uième dire ijue , dans la plupart des cas, à moins que la imaladie n'ait été occasionée par quelque violence directe, l'inflammation de lu membrane de Descemet est consécutive à celle îles autres membranes du j globe oculaire.

Les causes qui produisent l'hypopion sont donc les tnêmcs que celles de ro|ihthatmie, de l'iritis, etc. ( Foyez ces mots). Les symptômes inflammatoires ^ui le précèdent sont aussi les mêmes.

On a lieu de penser que 1 inflammation se terminera par suppuration quand elle est très-aiguë, que le chémosis et le gonflement œdémateux et inll.Hmmatoire des paupières est très-prononcé , qu'il y a céphalalgie, que l'œil est le siège de douleurs profondes et pulsatives qui retentissent dans le front el dans la tête, et que les accideus ne cèdent pas à un traitement antiphlogistique énergique.

Ces symptômes conserveut leur violence jusqu'à ce que le pus se forme. Alors , communément ils iliminuent , et l'on commence à voir à tra\ers la cornée légèrement obscurcie , el sur laquelle s'est ordinairement développé j uu lacis de vaisseaux très-fins , une ligne jaunâtre et courbe qui occupe la partie la plus inférieure de la chambre antérieure. Weller dit que celte ligne se déplace en suivant le contour de la chambre antérieure , cl de manière à garder toujours la position la plus déclive dans les divers mouvemeus de 1 œil; mais cela ne peut avoir lieu que quand le pus provient de la rupture d'abcès lormés dans l'épaisseur de 1 iris, jjuisqu'alors ce pus est phlegmoneux et liquide ; dans les cas plus ordinaires où il est te produit de 1 inflammation de I humeur aqueuse, il participe des cariiclères de la suppuration des membranes séreuses , c'est-à-dire que, sans former précisément une pseudo-membrane, il est cependant adhérent, et la ligne qu'il forme est fixe. I Quoi qu'il en soit, cette ligne s'ilargit par l'addition de nouvelles couches de pus , et elle prend bientôt la forme d'un croissant dont la concavité est tournée en haut. Lorsque la partie moyenne de ce croissant est arrivée jusqu'à la hauteur de la pupille, si celle-ci a conserve un certain degré d'ouverture , ce j (jui est rare , la maladie étant ordinairement accompagnée d'iritis , la coUec- Ij tion parait rester pendant quelque teuips stationnaire , parce i[ue le pus s'é- ,1 panche par la pupille dans la chambre postérieure ; mais , enfin , lorsque le I niveau est établi entre le pus qui remplit les deux chambres , ou lorsque , la i| pupille étant close , la maladie continue de faire des progrès , le centre de la ^1 tache s élève , elle perd sa forme semi-lunaire , et finit par remplir toute la Di;:t. de Médecine et de Cninrr.ciE tbatiques.

chambre antérieure et par obscurcir toute la cornée. Il est pourtant rare que la collection devienne aussi considérable : dans la jdupart des cas, au coulraii e, elle s'arrête avant d'avoir atteint le niveau de la pupille.

Quoi qu'il en soit, la douleur et les autres accidens cessent quelquefois si complètement , que les malades , bien que conservant de la rougeur à l'œil , reprennent leurs occupations sans inconvénient : alors la collection purulente est résorbée peu à peu; mais, même dans ces cas heureux , la cornée reste ordinairement plus ou moins opaque et la pupille resserrée et immobile. I>e plus souvent l'inflammation , bien qu'aynnt perdu de son acuité , continue ; la cornée transparente ne tarde pas à y participer si elle n'en était pas atteinte dès le début de la maladie : elle se ramollit , s''ulcère et se perfore ; le pus épanché est évacué, mais presque toujours avec peine, à cause de sou épaisseur et de sa ténacité : dès que la cornée est perforée et que le pus s'est fait jour , l'intensité des accidens inflammatoires diminue de nouveau, la plaie se cicatrise quelquefois alors , et la cornée leste opaque en totalité ou en partie ; mais ordinairement l'iris vient former une hernie à travers la perforation de la cornée, l inflammation se renouvelle encore une fois, et le malade conserve après la guérison , non-seulement une opacité plus ou moins considérable de la cornée , mais encore une adhérence de cette membrane à l'iris , et une déformation de la pupille presque toujours accompagnée d'adhérences à la capsule cristalline et d'opacité de celte membrane.

Traitement. Le traitement de l'hypopion doit être surtout préservatif. Il est beaucoup plus utile en effet pour le malade, de détruire par une médication énergi<pie et appropriée , l'inflammation complexe qui j)roduit l liypopion , pour l'empêcher de se terminer par suppuration , que d'attendre que cette suppuration soit formée ; car , dans le premier cas , on peut espérer de guérir complètement le malade . tandis que, dans le second, il reste presque toujours, ainsi que cela a été dit, quelque trouble dans la vision , ou niêiue une cécité complète.

Quoi qu'il en soit, lorsque la colleclion purulente commence h se former, et que les accidens inflammatoires ont été dissipes par un traitement convenable , ou cju'ils se sont calmés spontanément , il faut chercher à obtenir la résorption tlu pus : les topiques et les révulsifs peuvent concourir à ce but,

Janin regardait presque comme spécifiques les fomentations faites avec des compresses imbibées d'infusion aqueuse de fleurs île sureau , et Nannoni a attribué la même efficacité aux simples fomentations d eau tiède. On doit se borner à l'emploi de ces moyens tant que l'inflammation n'est pas complètement dissipée , et qu'il existe encore de la sensibilité ; mais ensuite , on peut en employer de plus actifs ; tels , jiar exemple, qu'une solution mucilagincuse Irès-élendue de sulfate de cuivre animée par quelques gouttes d'alcool camphré, une solution de deuto-chlorure de mercure avec addition d'opium, une pommade composée des mêmes iugrédiens. Weller conseille la préparation suivante :

Prenez : Deutoxide de mercure, gr. vj.

Opium pur , gr. viij. Beurre frais , 3 'j-

On peut enfin mettre en usage les frictions d'onguent mercuriel avec ou sans addition d'opium autour de la base de l'orbite.

On ne saurait trop répéter que l'emploi de ces moyens locaux e.\ige beaucoup de précaution , parce qu'ils provoquent souvent le retour des symptômes inflammatoires , et qu'il faut alors en suspendre 1 administration pour recourir aux antiphlogistiques.

Il n'en est pas de même des révulsifs qui conviennent à toutes les périodes de la maladie , lors même cju'il existe encore ou qu'il reparait quelques traces d'inflammalion. Un vésicatoire ou même un séton k la nuque ; lorsque la membrane muqueuse du tube digestif est saine , les purgatifs réjièiés, et parmi ceux ci , le proto-chlorure de mercure , ])roposé par Bruèl , et vanté par Saunders et Travers , sont , de tous les révulsifs , ceux qui jouissent de la plus grande eflicacité.

On a pourtant aussi pensé que l on pourrait hâter la guérison à l'aide de certains procédés m(-caniques. Galieu nous a fait connaître qu'un de sts contemporains nommé Jiislus , secouait lortemcut la tête de ses malades , probablement jtour détacher le pus, el pour le l'aire descendre à la partie inférieure de l'œil. Au rapport de Maucharl, Woolhouse faisait coucher ses malades à la renverse , et cherchait , par des friclions douces exercées sur l'œil , à faire repasser ce liquide par la pupille de la chambre antérieure dans la postérieure, pour le disséminer et en faciliter la résorption.

Enfin on a cru qu'il serait utile d'ouvrir directement une issue au pus par une ouverture faite à la cornée transparente. Galien le premier, fait mention de cette opération qui a été pratiquée par A. Paré, Lazare Rivière, maître Jan , St-Yves , INuck, Job à Méckreen , liidloo Woolhouse et beaucoup d'autres. Mais l'expérience a prouvé aux oculisles modernes que cette opération doit être rejetée ite la pratique, au moins comme méthode générale. Scarpa a mi que la viscosité et la ténacité du pus le retient dans la cavité de la membrane do l'humeur aqueuse, et qu'il ne s'écoule au dehors qu'avec beaucoup de peine. Il faut plusieurs jours pour que l'évacuation totale du liquide ait lieu , et pendant ce temps , l'inflammation se renouvelle, et les lèvres de l'incision faite à la cornée transparente se ramollissent et s'ulcèrent , d où il résulte presque nécessairement la formation d'une hernie de l'iris avec toutes ses conséquences. Cependant il faudrait pratiquer cette opération si la collection était assez considérable pour déterminer la distension des tuniques de l'œil , accident

HYPOSPADIAS.

HTSSOPE.

commun quand l'hypopion est compliqué dune empyetne ; mais fort rare quand il existe seul. Le procédé le plus simple consisterait alors a faire avec un couteau à cataracte , une incision analogue à celle que I on pratique dans l'opération de la cataracte par extraction, mais moins f^rande d un tiers. On traiterait ensuite le malade comme s il avait subi cette opération.

Nous renvoyons à Tarticle Hernie pour ce qu'il y aurait a faire dans le cas où après Topéralion, ou par suite de la perforation spontanée de la cornée transparente , il se serait formé une hernie de Fins. ( L.-J. Sanson. )

HYPOSPADIAS , s. m. ; hypospadias ; uiroîrirxdV? : de -jw , sous, et de '^'fau, tirer. Difformilé qui consiste dans la terminaison de Turètre , non k rexiréraité antérieure de la verge , mais sur quelque point de la face inférieure de cet organe, ou du périnée. Ce vice de conformation est opposé à 1 épispadias , mais beaucoup plus fréquent que lui , à raison de la situation du canal excréteur de l'urine qui , protégé en haut par une grande épaisseur des parties , est presque sous-cutané en bas , dans toute son étendue.

L'hypospadias oftre un grand nombre de variétés , tant sous le rapport de la situation de l'ouverture anormale qui le constitue , que sous ceux de ses dimensions , de sa forme et de l'aspect plus ou moins étranger que les organes génito-urinaires en reçoivent.

11 ne manque quelquefois que la paroi inférieure du méat urinaire , et la fente verticale par laquelle se termine l ur'etre, se prolonge, large et béante en bas , jusqu'à la fosse navieulaire. Le gland , vu par sa face dorsale , est régulièrement conformé ; le prépuce n'offre de ce côté aucune anomalie , mais en bas il s'insère à l'angle postérieur de la tente urétrale , qu'il laisse ordinairement à découvert , étant trop court pour remonter dans cette direction aussi haut que chez les autres hommes. Sur une autre série de sujets , le gland est imperforé , et l'urètre se termine au niveau de la fosse navieulaire par une ouverture assez ordinairement située à quatre ou cinq lignes au-dessous de la fente qui remplace l'orifice naturel de ce conduit. Presque toujours alors cette ouverture est très-petite , ne donnant issue qu'à un jet d'urine très-délié et très-raide , et cachée dans les replis de la partie inférieure du prépuce qu'il faut tirer en arrière et déplisser avec quelque soin pour la découvrir, tlle ne ressemble pas mal , chez certains sujets , à un des points lacrymaux , et l'on conçoit difîicilement d'abord qu'elle puisse suffire à l'excrétion de l'urine , qui la dilate cependant assez pour trouver un passage suffisamment libre. Les environs de ce pertuis sont rougeâtres , et formés par une membrane fort mince. Le pénis manque souvent de longueur ; le gland est arrondi à son extrémité , dirigé en bas par la courbure du membre entier dans cette direction ; le prépuce , fort étendu dans les trois quarts supérieurs de la circonférence de la verge , semble échancré en bas, et appliqué contre la fosse navieulaire ; de telle sorte qu'il forme sur le gland une sorte de bourrelet membraneux , flasque et mollasse , replié sur lui-même , et coupé carrément. Cet aspect particulier , fort bien décrit par M. Renues , suffit ordinairement pour déceler, dès la première inspection , l'existence de ce genre d'hypospadias.

Dans un troisième ordre de cas , l'urètre se termine , en arrière du prépuce, au-dessous du corps même de la verge , et souvent dans l'angle que forme cet organe, devant la symphyse du pubis, à l'endroit où la partie antérieure du scrotum s'unit aux tégumens qui le revêtent. Le pénis est ordinairement encore, chez les sujets atteints de cette variété de l'hypospadias , plus court , plus recourbé en bas , et plus mince que chez les autres hommes. Le gland présente presque toujours aussi une fente , terminée bientôt par un cul-de-sae , qui correspond à l'endroit jusqu'où l'urètre devait s'étendre. L'ouverture anormale est tantôt étroite , et tantôt oblongue et prolongée dans l'étendue de plusieurs lignes. Ces bords sont rougeâtres, arrondis , muqueux , tantôt en contact et tantôt écartés , comme si la circonférence du canal avait éprouvé une perte de subsiance assez considérable.

Enfin, un quatrième et dernier genre d'hypospadias comprend les cas dans lc;squcls l'urètre est ouvert dans la portion de son trajet qui correspond aux bourses. Ici encore on peut rencontrer plusieurs particularités organiques , et dont il importe de tenir compte. Lorsque , par exemple , l'ouverture anormale n'a que peu d'étendue , le scrotum , froncé à la partie moyenne , va s'accoler 'a l'tirctre, les testicules trouvent place dans ses parties latérales , et le pénis présente constamment, sinon ses dimensions, du moins ses caractères normaux de structure. Le sexe du sujet ne peut être à aucune époque de la vie 1 objet du moindre doute. Mais lorsque , au lieu d'une simple perforation urétrale , il existe , depuis la région du bulbe jusque près de la racine de la verge , une fente allongée et rougeàtre , qui divise le scrotum en deux parties latérales, repliées , arrondies, formant en quelque sorte des lèvres: celte fente peut , surtout durant le jeune âge , être prise pour une véritable vulve. Celte erreur devient plus facile encore si le pénis , ordinairement trèscourt et très-grêle alors , ne dépasse guère les dimensions d'un clitoris un peu trop développé ; si les testicules , retenus dans le trajet des canaux inguinaux ou dans la cavité du ventre , ne se font pas sentir dans le scrotum ; enfin , si celui ci , privé de crémaster et réduit à ne former qu'un bourrelet cutané, offre la forme des grandes lèvres de la vulve. C est de difformités de ce genre qu'étaient atteints les individus à sexe incertain , ou qui , inscrits d'abord sur les registres de l'état civil , et ensuite élevés comme de.s filles , n'ont été reconnus pour des hommes qu'à l'époque de la puberté. La plupart de ces prétendus hermaphrodites dont les annales de la science ont conservé 1 histoire , rentrent dans cette catégorie.

L'hypospadias est constamment le résultat d'un arrêt, survenu à une époque plus ou moins ayaucée de la gestation , dans le développement de l'appareil

urinaire de l'homme. Il y a dans sa production, tantôt simple défaut de réunion des deux moitiés latérales de l'urètre sur sa ligne médiane inférieure , et tantôt aussi défaut de prolongement de ce canal jusqu'à l'endroit où il devait, dans l'ordre régulier, se terminer. Ce genre de difformité est d'autant plus rare qu'il s'écarte plus de la disposition normale des organes. Celui de la première espèce est très-fréquent ; je l'ai observé huit ou dix fois dans les hôpitaux militaires. Celui de la seconde, quoique moins commun, se présente encore sur un assez grand nombre tl'individus. M. Rennes en a observé une dixaine d'exemples sur trois mille individus environ soumis à sa visite pendant les travaux du conseil de révision en 18'i9 et 1830. Enfin, ceux de la troisième catégorie et plus encore ceux de la quatrième ne se présentent qu'à de longs intervalles dans la pratique.

Il résulte de l'existence de l'hypospadias des incommodités d'autant plus grandes que cette difformité est portée plus loin. Lorsque la paroi inférieure du méat urinaire manque seule, l'émission de l'urine, non plus que celle du sperme, n'éprouvent aucun obstacle ; chez les sujets où la perforation correspond à la fosse navieulaire, ou à quelques lignes seulement eu arrière de re point, le jet de l'urine est ordinairement très-ténu, dirigé verticalement en bas , vers les pieds du sujet, qui peut cependant encore le pousser devant lui ^ en relevant l'extrémité du gland , et en rendant convexe la face inférieure du pénis. Mais cet organe reste courbé en bas durant l'érection ; la sortie du sjierme, qui est toujours difficile , ne saurait avoir lieu par un jet dardé en avant. Toutefois, comme ce liquide est versé dans le vagin à une profondeur assez considérable , la fécondation peut encore s'opérer assez sûrement. Le résultat du coit, quoique plus incertain , n'est cependant pas encore impossible dans les cas de la troisième espèce, pourvu que l'orifice anormal ne soit pas placé si près du scrotum qu'il ne puisse être porté jusque dans la cavité vaginale. Dans ces cas l'urine est invinciblement dirigée en bas , et son excrétion, avec nos vêtemens ordinaires, devient fort difficile. Enfin , les hypospades delà quatrième catégorie sont non- seulement impropres à la génération, mais la présence de la fente sous le pubis les oblige a uriner à la manière des femmes , verticalement entre leurs jambes.

Ces distinctions et ces détails ne sont pas inutiles à rappeler dans la pratique, et peuvent servir à résoudre des questions médico-légales d'un hautintérêt. Un homme, poursuivi par une jeune personne comme l'auteur de sa grossesse , alla demandera M. Gunlher un certificat d'impuissance. L'urètre s'ouvrait à la hauteur de la fosse navieulaire, et le certificat lui fut refusé. Deux ans plus tard, ce même homme épousa une autre femme qui ie rendit père de piusieurs enfans. Un pasteur futhérien, affecté de la même difformité , avait , rapporte également M. Gunther, cinq enfans de sa femme , dont la conduite était à l'abri de tout soupçon. Les exemples de ce genre ne sont pas trèsrares.

La chirurgie n'a fait que peu de chose pour la guérison de l'hypospadias. Hâtons-nous de dire que celui de la première espèce, n'entraînant aucime imperfection dans l'exercice des fonctions génitales, ne peut donner lieu à aucune indication opératoire, et que ceux de la quatrième sont accompagnés de trop de désordres pour que l'art puisse probablement jamais rétablir l'état normal. Mais il n'en est pas de même des hypospadias du second et du troisième genres.

Deux fois , dans des cas de cette dernière espèce , M. Dupuytren est parvenu à reformer la portion de l'urètre, oubliée en quelque sorte par la nature. Dans un de ces cas , l'orifice anormal était très-étroit et situé à deux pouces en arrière de l'extrémité de la verge ; aucune trace du canal n'existait en avant de ce point. Un trois-quarts de petite dimension, et construit exprès , fut enfoncé depuis la partie antérieure et inférieure du gland , le long du trajet que devait présenter l'urètre , jusqu'à l'endroit de la fistule. Tout ce trajet fut ensuite cautérisé avec un cautère en roseau fort mince. Les accidens inflammatoires furent violens , la gangrène menaça de détruire la verge; mais l'orage se calma enfin , et une sonde de gomme élastique, portée jusque dans la vessie, donna une libre issue à l'urine. La fistule , touchée à diverses reprises avec le nitrate d'argent , se cicatrisa, et le trajet nouveau servit à l'excrétion urinaire. Il conserva toutefois , pendant long-temps encore , une disposition à suppurer et à se rétrécir, que l'usage persévérant des sondes dissipa graduellement, et la guérison fut complète. Le second cas était du même genre que celui-ci, et le même procédé fut suivi d'un égal succès.

Une opération semblable n'est pas dépourvue de dangers , relativement à la conservation du pénis, ou même à la vie du sujet. On ne doity recourir qu'autant que, d'une part, l'excrétion urinaire éprouve de grandes difficultés, et que, de l'autre , on y est très-vivement sollicité par des parens , qui ont souvent un grand intérêt à ce que les fonctions génitales ne soient pas abolies chez le jcifne malade. Si le sujet était adulte, la reconstruction de l'urètre ne devrait être tentée que si une impuissance absolue et constatée tant par la situation de l'ouverture anormale que par des essais suflisans répétés, résultait de l'hypospadias.

(L.-J. BÉGIN

HYSSOPE, hyssopiis ojjîcinalis. Didynamie gymnospermie , Linn. ; Labiées , Juss. L'hyssope , plante vulgaire et anciennement connue, fournit à la médecine ses sommités fleuries , qui , de même que toutes les plantes de la même famille, sont pourvues de propriétés non équivoques. Son odeur aromatique et pénétrante , sa saveur chaude et piquante, annonçaient, pour ainsi dire à l'avance, les élémens que l'analyse chimique devait y faire reconnaître. On y a trouvé en effet une huile volatile très-âcre , jaunâtre et aromatique, de la résine, du camphre et des sels; M. Planche y a constaté la présence.

HYSTÉRIE

HYSTÉRIE

Il soufre, et M. Herberger dit y avoir découvert une substance^ alcaloïde a iqtielle il a donné le nom d'hyssopine. La proportion de l'huile volatile est lès-considérable , et fait de 1 hyssope un médicament digne de plus d'attenion qu'on ne lui en accorde ordinairement ; et dont les applications peuvent Ire très-variées.

Les anciens avaient compris tout le parti qu'on en peut tirer et l'avaient ex- )rimé d'après les idées de leur temps, en disant qu'elle est vermiluge, inciive, emmcnagogue , stomachique, carminative, diaphorétique , vulnéraire ;l résolutive. Nous ne donnerons pas un fastidieux commentaire des faits cprésentés par les expressions que nous venons de citer. Nous ne chercherons las non plus à éclaircir cette question discutée par plusieurs auteurs de maière médicale, savoir si notre hyssope est bien la plante désignée sous le nom i'ezob par le Psalmiste

Nous ferons remarquer que cette plante n'a pas reçu toutes les applications lontelle est susceptible ; qu'on ne l'a guère employée en substance, bien que, lOus cette forme , elle puisse présenter un fcbriluge qui ne serait pas à dédaigner ; que son huile essentielle serait un stimulant avantageux tant à l'extérieur qu'à l'intérieur ; enfin que son extrait alcoolique pourrait en remplacer une fouie d'autres moins énergiques et plus coûteux.

L'usage le plus ordinaire est de faire infuser dans l'eau bouillante les sommités fleuries de l'hyssope. C'est le remède banal des afleclions catarrhales ■hroniques , où les bronches sont engouées de mucosités abondantes. On recommande généralement que l'infusion soit légère ; mais l'infusion chargée [lourrait être utile pour remplir quelques indications particulières. La dose habituelle est d'une pincée pour une pinte d'eau.

L'hyssope entrait dans une foule de préparations officinales actuellement tombées dans l'oubli. Elis fait encore partie de l'eau de mélisse des Carmes, du sirop d'armoise composé , du baume tranquille , de l'alcool vulnéraire, etc.

(F. Ratier.)

HYSTÉRALGÏE, de.uî-.vîK, utérus, et de a),-/»? , douleur ; douleur de l'utérus.

L'utérus, en vertu de la sensibilité générale qu'il partage avec tous les organes de l'économie, et indépendamment de la sensibilité spéciale dont il jouit pour l'accomplissement de l'acte génital , peut , comme tous les organes Iqui reçoivent des nerfs cérébro-rachidiens , éprouver des douleurs plus ou fmoins vives , exemptes d'inflammations proprement dites, et en tout compa- Irables à celles que ressent l'estomac dans la gastralgie , le foie dans 1 hépa- Italgie , etc.

L hystéralgie ne se manifeste guère que pendant le cours de la vie sexuelle ; les jeunes personnes l'éprouvent souvent à l'époque de la puberté ; chez beau-

icoupde femmes mariées elle accompagne chaque retour des règles, et remplace souvent le sentiment de volupté qui préside à l'acte conjugal, surtout quand celui-ci est trop souvent répété. Elle est d'ailleurs le symptôme le plus

'ordinaire d'une leucorrhée, d'un rhumatisme, d'une déviation de la matrice, etc., sans en être la conséquence nécessaire ni l'élément inséparable;

I cardans ce cas même elle est rarement continue, et offre des intevalles plus ou moins longs de calme parfait. On l'a vue coïncider avec des accès de fièvre in-

j termittente , et disparaître sous l'influence de médications dirigées contre cette

î dernière affection (vo^ez Fièvres , Névralgies).

On combat l'hystéralgie en général par la continence, les bains tièdes , les demi-bains émolliens , les lavemens et les injections de même nature , rendus ,

i dans quelques cas , plus adoucissans par l'addition de substances narcotiques ,

t telles que le pavot , la morelle , la jusquiame , ou même par quelques gouttes

i] de teinture d'opium. On enveloppe en même temps le bas-ventre et les reins

ide cataplasmes faits avec les mêmes décoctions éraoUientes et la farine de graine de lin , en y incorporant une certaine quantité d'huile de jusquiame. Lorsque l'hystéralgie affecte une marche périodique , ou sans fièvre , on obtient les plus heureux succès des préparations de quinquina combinées avec l'opium. L'hystéralgie n'est que le symptôme de toute autre affection de l'uté- 1 rus , comme une déviation , une phlegmasie chronique , etc. 11 n'est pas doui teux qu'il ne faille avant tout s'attacher à combattre l'affection principale (voj-ez Leocorrhée , Obliquité , Métrite , etc.). (P. Jollt.)

HYSTÉRIE , hysteria : de vaz^px, usn^cv , utérus , syn. : hystéricie, hystéi ricisme , passion hystérique, aftection hystérique, suffocation de matrice, étranglement de l'utérus , vapeurs hystériques, maux de nerfs , attaques de ' nerfs.

Le mot hystérie est un de ceux dont on a le plus abusé dans la science ; pour beaucoup de médecins, tous lîs phénomènes morbides inconnus dans leurs rapports physiologiques ont été attribués à l'hystérie ; d'autres ont choisi dans cette vaste collection de symptômes , ceux qui convenaient à leurs idées particulières sur la nature du mal , et les ont employés à faire une hystérie à I leur manière ; de sorte qu'en traitant de cette maladie , la première précaution à prendre est de déterminer rigoureusement ce qu'on entend par hystérie. Il ue s'agit pas seulement , en effet , de se mettre d'accord sur son véritable j siège, de rechercher si elle constitue une maladie idiopathique ou sympathique I de tel organe , de savoir si l'on admet cette maladie avec ou sans convulsions. I II reste à fixer préalablement si l'hystérie est exclusive à la femme, c'est-à- 1, dire s'il existe véritablement une affection pour laquelle le titre d'hystérie 1 ne soit pas un contre-sens ridicule.

Toutes ces incertitudes résultent de la nature du sujet, fort obscur en luimême. C'est aux inductions physiologiques qu'on demande le siège d'un mal lorsque l'anatomie refuse ses lumières ; et ces inductions , source des conjec-

tures les plus heureuses quand elles appellent à leur secours une science perfectionnée, sont aisément une source d'erreurs, lorsqu'elles reposent sur des données hypothétiques. Or, voyez ce qu'était par rapport au sujet qui nous occupe, l'état de la physiologie chez les anciens , et sur quel fonds d'idées ils ont pu établir leur théorie de l'hystérie.

"Dans la partie moyenne des flancs des femmes, dit Arétée , est située la « matrice , viscère propre à la femme , et qui ressemble beaucoup à un animal ; » en effet, elle se meut d'elle-même en divers sens dans les flancs, elle se n porte aussi en haut sous les cartilages du thorax ; dans les côtés à droite et » à gauche vers le foie , vers les intestins, quoique de sa nature elle soit plus » disposée à descendre : pour le dire en un mot , elle est tout-à-fait errante. » De plus , elle aime les bonnes odeurs et s'en rapproche ; les mauvaises lui » déplaisent et elle les fuit. Enfin , la matrice est dans la femme comme un ani- » mal dans un animal.

» Si la matrice , se portant soudainement en haut , y séjourne quelque temps, » et presse violemment les viscères, la femme est suffoquée à la manière des » épilepliques : car le foie , le diaphragme , le poumon et le cœur, se trouvent » fout-h-coup resserrés dans un espace étroit. C'est à cause de cela qu'appa- » raissent la dyspnée , l'aphonie et la faiblesse : or les carotides participent à » la compression du cœur : d'où proviennent à la fois pesanteur de tête , perte » des sens et une espèce de carus. » (Traduction inédite d'Arétée , par le docteur Parchappe.)

Voici la théorie dominante pendant un grand nombre de siècles. Cœlius Aurélianus, ou pour mieux dire Soranus , dont les travaux sur plusieurs maladies du système nerveux sont si remarquables pour son temps, n'avait pas d'idées plus justes sur la matrice : en effet, en distinguant la catalepsie de l'h^'stérie , il dit : u Item matricis prœfocalione oppressaî discernuntur primo quod ipsa « matrix se sustoUat atque suprà unbilicum vel ventrem extans videatur , ante- )) cedente querela earum portium ante oppressionis tempus. » Acut. morb. , lib. 2, cap. 10.

On reconnaît encore dans quelques compositions modernes les traces de ces erreurs des anciens sur les mouvemens de la matrice : toutefois , la plupart des médecins, négligeant ces explications , n'ont pas pour cela renoncé au mot hystérie, mais l'employant dans une acception beaucoup plus étendue , ont encore ajouté à l'obscurité du sujet qu'ils voulaient éclairer.

Sydenham par exemple, rapporte à l'hystérie tout symptôme dont il ne comprend pas la corrélation avec un état morbide connu. En considérant quelle latitude donne cette détermination on n'est pas surpris que , pour lui , l'hypochondrie et l'hystérie (c'est tout un) , fournissent la moitié des maladies chroniques.

Il est encore aujourd'hui des médecins dont les idées sur l'hystérie ne sont pas plus précises que celles de Sydenham : mais le plus grand nombre , resserrant la question, se partagent en deux opinions principales,

Les uns appellent hystérie un ensemble de symptômes qu'ils font dépendre d'un état de souffrance de l'utérus , et de la réaction de cet organe sur le système nerveux; les autres rejettent plusieurs des symptômes admis parles partisans de cette manière de concevoir la maladie, en mettent d'autres en évidence, attachent un sens différent à ceux qu'ils ne peuvent rejeter , et croient trouver dans l'analyse de l'hystérie ainsi constituée , une preuve qu'elle consiste dans une aff'ection idiopathique du système nerveux. Dès lors , ce n'est plus une maladie exclusive à la femme; ils la trouvent aussi chez l'homme, et pour éviter le ridicule de conserver à une maladie commune à la femme et à l'homme un nom déduit d'un organe que celui-ci n'a pas , ils proposent de substituer au mot hystérie celui d'encéphalie spasmodique.

Ces deux opinions , présentées avec la même bonne foi sans do-j(e, et soutenues par des raisons auxquelles on ne peut refuser une certaine valeur quand on se place dans le point ilc vue des auteurs , trahissent dans la question de l'hystérie une obscurité bien regrettable.

On peut avoir besoin de beaucoup de recherches encore pour déterminer avec une certitude absolue le siège véritable de la maladie ; et des progrès suffisans dans cette direction termineraient toute controverse ; mais en attendant ce résultat, il faut au moins chercher à se mettre d'accord sur les limites de symptômes à donner à l'hystérie.

Je m'appliquerai surtout à circonscrire cette partie de l'histoire de la maladie : c'est par rapport à cette question , le premier progrès que réclame lu science.

Je réserverai le nom d'hystérie à une maladie caractérisée par des symptômes de deux ordres.

Les premiers comprennent des troubles variés dans les fonctions de plusieurs viscères abdominaux et thoraciques , troubles qui portent également sur la sensibihté , la contractilité , et sur les fonctions spéciales de ces organes ; s'étendent au cou qui se gonfle , et devient en même temps le siège d'un sentiment du tension pénible.

Les seconds sont plus spécialement relatifs auxdiverses fonctions du système nerveux de la vie animale. Toutes ces fonctions sont troublées a divers degrés : mais spécialement les mouvemens volontaires dont le libre exercice est souvent entravé par des convulsions générales. Tantôt ces deux ordres de symptômes existent séparément , tantôt ils sont réunis , sans que la proportion des uns aux autres offre rien de constant et d'uniforme. Distinguons, en conséquence ,unt; forme d'hystérie constituée surtout par des troubles dans la vie dite animale, et une autre forme résultant principalement des symptômes relatifs h des désordres viscéraux.

HYSTÉRIE

HYSTÉRIE

Je citerai d'abord quelques exemples de la première espèce.

Les cas le plus tranchés sont des attaques convulsives , débutant le plus souvent par une chute que signalent des cris précipités, aigus ; elles sont caractérisées par des mouvemens violens d'extension et de flexion alternatives des membres. Les malades se lèvent vivement sur leur séant, puis se précipitent avec la même violence en arriére ; des secousses convulsives agitent tout le système musculaire. Ces mouvemens sont d'une telle violence, même chez des sujets grêles et cliotifs , que plusieurs personnes sont souvent nécessaires pour les contenir ; et si elles sont libres, elles se redressent, retombent, se jettent à droite et à gauche, bondissent avec une violence effrayante, frappent des pieds et des mains avec une incroyable vitesse. L'état de la face est important à remarquer ; les yeux sont ordinairement fermés , les paupières agitées d'un frémissement conlinuel précipité qui les resserre ou les relâche à la surface du globe de I teil; les narines largement ouvertes. Quant aux joues , il est rare qu'elles soient affectées de convulsions particulières : elles n'éprouvent en général que des mou- ' vcmens de coordination avec les cris , ou simplement la respiration forcée des malades.

A cet ensemble de phénomènes violens succède bientôt une rémission dans laquelle l'hystérique reste encore étendue haletante , frémissante de la tête aux pieds , agitée de soubresauts au moimlre biult . au moindre contact. D'autres fois au contraire, immobile, l'œil (ixe, insensible aux excitations extérieures, la malade offre pendant les rémissions de ses attaques, un état singulier tl'extase ou de somnambulisme.

Ces alternatives de convulsions et de rémissions se succèdent ainsi pendant un temps variable. Il eu résulte que dans cette première forme . chaque attaque se compose d'une suite d'attaques partielles que sépare une rémission plus ou moins complète.

Pendant leur durée , la tête est ordinaii'C.nent portée en arrière , ce qui ajoute encore à la tension dont la région antérieure du cou parait être et est en ell'et le siège; la face est vultueuse , chaude, si l'hystérique est grasse et pléthorique; dans les conditions coniraires , le centre des joues peut être seul animé d'une couleur très-vive ; mais on voit aussi ces parlies , les lèvres, le nez, pâles , d'un froid glacial; les narines sont largement ouvertes , la respiration haute, profonde, bruyante, et en même temps labojieuse.

Au milieu de leurs convulsions, les malades porleni souvent la main sur la région antérieure du cou , semblent vouloir éc;irler un obstacle, pressent violemment, égraliguent la surface de cette partie; souvent elles frappent à coups redoublés la poitrine, le front; écartent, déchirent leurs vêlcmens, s'accrochent aux personnes qui les approchent.

On observe île la tète aux pieds des mouvemens bizarres ; le bassin en est souvent le principal siège. Ces accès finissent souvent par une explosion de pleurs et <le sanglots entrecoupés d'éclats de rire.

Voici un tableau fort abrégé d'une forme d'attaque d'hystérie ; pour quiconque le contemple , pour quiconque cherche à comprendre cette expression ardente ou douloureuse de la face, cette respiration profonde et bruyante, la vitesse et la violence des battemens du cœur, les convulsions générales du corps , il demeure évident qu'il se fait entre les principaux organes de l'économie un échange d'influences assez puissantes pour solliciter les degrés les plus extrêmes de leurs acîions; et si Ion ajoute que, à la fin des attaques, les parties génitales sont souvent mouillées d'une humeur abondante, on aura peine à croire que l'utérus reste étranger à tous ces phénomènes. Mais 1 hystérie convulsive n'a pas toujours cette violence , elle n'offre même pas toujours non plus cette forme ; chez plusieurs malades , elle est manifestée par une chule subite, avec perte de connaissance, gonflement du cou, rougeur de la face ^ absence de convulsions, immobilité telle quelquefois que les personnes qui ne connaissent pas cet élat peuvent craindre une mort prochaine. Cependant la respiration interrompue par des espèces d efforts se fait entendre par intervalles ; on observe alors quelques mouvemens dans le bassin, tension du tronc courbé en arrière . expiration saccadée un peu bruyante , puis retour de la connaissance , disposition à pleurer , à s'attendrir et quelquefois à se desespérer. A la suite de cette forme d'atlaques , comme de la |)réccdeule , sentiment de fatigue générale, refroidissement de la sujface du corps , pâleur, disposition prononcée à frissonner, à claquer des dents , etc. Emission fréquente et par petites quantités d'urines limpides. Telle est l'esquisse des deux variétés de la forme convulsive de l'hystérie.

Des symptômes d'un autre ordre caractérisent l'autre forme principale.

Douleurs vagues dans la région de la matrice, quelquefois tension douloureuse de cet organe, tension accompagnée de chaleur dans le voisinage : c'est une espèce d'orgasme vénérien. En même temps, constriction à la gorge, mouvement fréquent de déglutition , sensation d'un obstacle à leur exercice, roulement dans le ventre d une boule qui de l'hypogastrc remonte dans la région épigastrique où elle exerce sa plus forte pression, et produit un sentiment de sulFocalion. Météorisme du ventre , déplacement bruyant de gaz dans cette cavité, dégagement de vents inodores par la bouche, respiration haute et fréqu(nle, palpitations excessives du cœur, abattement, tiistesse , désespoir , besoin de pleurer, quelques mouvemens nerveux dans les membres.

Souvent aussi , à la fin de ces alla(|ues comme des précédentes, les parties génitales sont humectées. Cet ensemble de désordres viscéraux se prononce souvent au début des attaques convulsives: mais seuls ils suffisent pour caractériser 1 hystérie au jugement d'un grand nombre de médecins. Celte opinion , je r.ivoue, est tout-à-fait la mienne.

Rien de plus variable que la durée totale d'une attaque hystérique; il est rare

qu'elles durent moins d'une heure , le plus grand nombre est de quelques heures ; il en est de plusieurs jours. Gcorget parle d'une malade chez laquelle la première attaque dura huit jours et la seconde quarante- cinq jours , avec des rémissions de quarante à cinquante minutes.

Je ne m'appliquerai pas à détailler toutes les formes qui peuvent résulter de la combinaison des symptômes de chacune des espèces d'attaques que je viens de décrire ; elles seront toujours faciles à reconnaître pour quiconque sera bien pénétré de leurs earaclèies fondamentaux; mais je ne puis admettre comme at» laques hystériques, j'insiste sur ce point, que celles f[ui ne dépassent pas les limites des attaques précédemment décrites. Je ne crois pas , avec beaucoup d'auteurs, que l'attaque hystérique puisse exister encofe lorsque, à une perte subite de connaissance, des convulsions violentes , se trouve jointe la circonstance de la lividité de la face , de l'écoulement d'une bave écumeuse, de convulsions plus prononcées d'un côté du corps c(ue de l'autre.

Ce sont là pour moi de purs symptômes d épilepsie, bien distincts de ceux de l'affection hystérique, cl qu'on ne pourrait confondre avec eux sans renverser l'échafaudage de bonnes raisons sur lesquelles on s'appuie pour distinguer l'une de l'autre les formes convulsives de ces deux maladies.

Et ce n'est pas d'aujourd'hui que l'importanee de ces caractères distinctifs a été coPistatéc , elle est déjà posée d'une manière nette dans les ouvrages de Cœliiis Aurélianus. En parlant des différences de l'épilepsie et de l'hystérie, il dit :

« Fréquenter simile pati epilepticis et a matrice prfcfocatoe mulieres Lnveniuntur : siqiiidem non aliter sensibus privaninr , sed discernuntur quod iij ultimâ accessionis parte per os atque nares spumarum fluoré non aflieiantur. »

Non, il n'y a pas de caractères meilleurs pour dislii>guer de l'épilepsie les formes les plus graves de l'hystérie, que l'absence constante dans celle-ci de la liviilité de la face, avec bave écumeuse et convulsions plus fortes d'un côté du corps , et mépriser ces différencs , c'est tout brouiller. Mais nous reviendrons plus lard sur les différences capitales de Tune et de l'autre Je ces maladies.

L'hystérie ne se manifeste guère que de quinze à trente ans ; elle affecte de préférence des constitutiors nerveuses au plus haut degré, ou des femmes grasses , pléthoriques, sanguines, dont la menstruation n'est pas régulière. La constitution des malades me semble exercer une influence bien marquée sur la forme des accidens. Les accidens convulsifs prédominent chez les personnes nerveuses, tandis que les autres formes sont plus souvent le partage des femmes pléthoriques.

Observons encore que, chez les premières , les causes les plus légères et les plus variées peuvent en tout temps déterminer des attaques convulsives , tandis que , chez les secondes , les attaques surviennent principalement aux époques menstruelles , quelques jours avant ou après, ou sous l'influence de circonstances propres à mettre en jeu les sympathies de l'utérus.

L'âge de quinze à trente, le tempérament nerveux et une constitution pléthorique , la dysménorrhée, l'aménorrhée sont des causes prédisposantes d hystérie. A ces causes il faut joindre un amour contrarié, la jalousie, l'influence de lectures, de conversations, de sociétés propres à inspirer d«s idées lascives , la continence en même temps , tandis que, d'autres fois , l'abus des pratiques vénériennes parait amener l'hystérie.

L'hystérie est plus souvent observée dans les climats chauds, dans les saisons chaudes, que dans les circonstances opposées : cependant l'habitation d'appartemens trop échauffés, la fré(iuentation trop habituelle des bals sont a,ussi , pour quelques j.eunes personnes, des causes prédisposantes.

Une impression morale, vive, la suppression des règles ont souvent éîé signalées comme causes excitantes de la maladie qui , dans le plus grand nombre des cas, se développe sous l'influence de contrariétés subites.

Mais toutes ces causes ne sont pas extérieures , toutes ne sont pas appréciables. Il n'est pas rare que des idées auxquelles se livrent des personnes hystériques provoquent ces attaques. On ne peut alors savoir à quoi s'eu tenir sur leurs causes, qu'en obtenant toute la confiance des malades. Ce genre d'influence me parait f'ré.pient tant pour déterminer les premières attaques que pour rappeler celles qui se succèdent dans le cours de la maladiç; elles sont presque la seule cause de mouvemens subits de la tête, du Iroiic ou des membres que les hystériques , hors de leurs attaques , éprouvent assez souvent.

Quoi qu'il en soit, au reste, des causes excitantes , elles sont suivies plus ou moins immédiatement d'attaques dont la forme n'est nullement déterminée par h. nature de la cause; tantôt c'est l'ensemble des désordres viscéraux, communs aux deux formes principales d'attaques hystériques dont, à eux seuls, ils constituent une distincte , tantôt c'est l une ou l'autre des variétés convulsives ou mieux peut-être cérébrales.

L'attaque se passe, puis revient à des intervalles irréguliers , se répète surtout aux époques des règles, toujours après, toujours avant chez quelques malades, plus souvent en hiver chez les uns, et chez d'autres dans une saison différente; toujours est-il que c'est du retour habituel de ces attaques, quel qu'en soit l'intervalle, que résulte l'hystérie confirmée.

La durée de l'hystérie n'a rien de fixe ; cependant il est rare qu'elle se prolonge beaucoup au delà de la quarantième année. Lorsque cette maladie f» duré lo°ng-lemps, lorsqu'elle a consisté en crises convulsives rapprochées, il est survenu eoncurrcmment des changemens importans dans l'économie, chez un très-gi and nombre d'hystériques : la plus f'orie proportion , sans aucun doute, ce sont des maladies du cœur avec irritabilité lelle du système iicrvcu.n

HYSTÉRIE

HYSTERIE

céphaliqiie , que les causes les plus légères provoquent des manifestations 'impatience, des pnlpitalions , des oppressions qui font craindre la syncope et amènent quelquefois ; chez d'autres hystériques, il est survenu des maladies ironiques de bas-ventre ou de poitrine : par leurs progrès , ces maladies ap- Drtent un terme h l'existence des malades. C'est seulement dans ces circonstan- ;s que j ai vu mourir des hystériques.

Les auteurs qui parlent de morts dans des accès d'hystérie , sont de ceux qui dmcltent l'hystérie arec bave écumeuse , perte profonde de connaissance, vidité de la face. Il est permis de croire , par rapport à leur opinion, qu'elle

pose sur une erreur due à la confusion des cpileptiques et des hystériques.

'our d autres cas, il est évident qu'il s'agit d'encéphalites intenses et générales, t c'est encore quelque chose de bien différent de l'hystérie.

Dans mon opinion , 1 hystérie simple ne peut par elle-même donner lieu à 1 mort.

Ce n'est donc pas à l'anatomie pathologique qu'il faut demander le siège de hystérie. L'analyse physiologique est seule en droit de répondre. Consultons a sévèrement , ne forçons pas le sens de ses réponses; car c'est inie question tapitale dont la solution dans tel ou tel sens , fait diriger les remèdes contre le fnal ou ses effets.

L opinion la plus ancienne place le siège de l'hystérie dans l'utérus; ions avons vu quelles erreurs de faits , et quelles fausses explications mécaiiques se liaient à cette idée dans les ouvrages des anciens : nous n'y revien- Itlrons pas.

Suivant d autres, plusieurs viscères concourent à la production de l'hystérie ; les intestins, le foie , les organes contenus dans le thorax et dans la téte.

itine troisième opinion place vaguement celte maladie dans le système lerveux. La quatrième enfin , soutenue dans ces derniers temps avec beaucoup 'insistance par Georget , fixe dans le cerveau le siège du mal. On peut, de iquelque manière qu'on les entende , réduire à deux ces quatre opinions ; en jeffet, ceux qui placent l'hystérie dans tous les viscères ou dans le système nerveux en général , sont ceux qui, attachant au mot hystérie le sens le plus large , reconnaissent cette maladie dans tous les phénomènes dont ils ne comprennent pas autrement la cause; et cette manière commode de se tirer d embarras, si peu en rapport avec les progrès de la science, avec l'esprit qui dirige les recherches modernes, mériterait à peine qu'on s'arrêtât sérieusement a sa réfutation; mais fût-elle fondée , sa solution sommaire devrait être la même que celle de la question du siège de 1 hystérie dans l'utérus ou dans le cerveau : c'est toujours la détermination du caractère idiopalhiqne ou sympathique des troubles cérébraux ou nerveux. Bornons- nous donc à examiner si l'hystérie dépend de l'utérus ou du cerveau. Tous les médecins de l'antiquité sont pour la première idée ; et s'il est facile de faire bon marché de leurs explications sur l'ascension de l'utérus , la compression qu'il exerce sur le foie, la rate , etc. , il n'en est plus de même lorsqu on se borne, sans déterminer le comment , à considérer la matrice comme 1 organe dont la souffrance entraîne tous les phénomènes propres à l'hystérie : on donne alors un sens compatible avec les idées physiologiques les plus saines, et c'est là véritablement l'acception à opposer à l'opinion qui place dans le cerveau le siège de l'hystérie.

Cest à Georget , le partisan le plus déclaré du siège dans l'encéphale de l'hystérie, que je demanderai les raisons sur lesquelles repose sou sentiment. Je suis fâché de prendre ainsi , pour champion d'une opinion que je combats , nn savant estimable dont j'ai senti vivement la perte ; mais Georget s'est prononcé, d'une manière si énergique , défenseur d'une théorie qui attribue au cerveau bon nombre de maladies généralement considérées comme dépendant d'un autre siège , qu'on doit se reporter à ses publications toutes les fois qu'on agite la question du siège de ces maladies. 'Voici comment Georget motive son opinion pour le cas particulier de l'hystérie ; il trouve l'hystérie chez l'homme. Suivant lui, la continence est loin d'en être la cause la plus fréquente. Mais je le laisse parler lui-même :

« Il n'est peut-être pas d'organes dans l'économie dont les altérations déve- » loppeut moins de sympathies que l'utérus et les ovaires. On ouvre peu de » vieilles femmes qui ne présentent de ces altérations , et chez elles on n'ob- » serve point d'hystérie ; il ajoute que des cancers et des polypes utérins, des ? hydropisies des ovaires , ne produisent jamais de ces phénomènes dits hysté- » nques. D'un autre côté, nous avons vu (dit-ii) que chez les malades , les » fonctions utérines , l'écoulement menstruel , la gestation et l'accouchement i> pouvaient être parfaitement réguliers; et M. 'Villermay fait très - bien )' observer que dans cette maladie , l'utérus n'est nullement douloureux. Je » demande maintenant (c'est toujours Georget qui parle) à quel signe on recon- >' naît une affection de l'utérus dans l'hystérie? Ajouterai-je qu'aucune femme » de celles que j'ai observées n'a jamais songé à rapporter à l'utérus le siège de » son mal ? «

Mais sont-ce là vraiment des raisons sérieuses ? Que conclure de ce que les cancers et les polypes utérins , les hydropisies de l'ovaire ne produisent jamais de ces phénomènes dits hystériques? Serait- on fondé à soutenir que , chez 1 homme, les testicules sont étrangers à l'ardeur sexuelle , pour avoir observé que le cancer de ces organes , l'hydropisie de la tunique vaginale , la présence de kystes hydaliformes dans le cordon ne produisent pas de priapisme? Depuis quand donc est-ce une condition d'activité pour un organe , qu'une désorganisation plus ou moins avancée de son tissu ; ou la présence insignifiante pour ses sympathies , quand elle ne les paralyse pas , de sérosité dans une membrane ou un kyste séreux ?

DiCT. DE Médecine et de Chirurgie pratiques.

Georget a vu peu de vieilles femmes exemptes d'altérations de la matrice ou de ses annexes , et chez elles , on n'observe point d'hystérie , justement peutêtre parce que chez elles , les sympathies de l'utérus , ses fonctions les plus essentielles , sont éteintes. On n'observe pas d'hystérie chez les vieilles femmes, comme on ne voit pas non plus chez elles de menstruation, de grossesse. Et les altérations organiques si fréquentes, dont parle Georget, l'estent là comme des traces , comme des suites de l'activité extrême de cet organe , à une autre époque de la vie.

Qu'importe la régularité possible des fonctions utérines ? qu'importe l'état normal de la menstruation , de la gestation, de l'accouchement? Est-ce que toutes ces circonstances s'opposent aux désirs vénériens , à l'orgasme vénérien, aux jouissances vénériennes , et à tous les effets sur le système nerveu.x de ces jouissances? Pourquoi s'opposeraient-elles à l'hystérie ? Quel cas faire de cette remarque, qu'aucune femme , de celles qu'il a observées, n'a jamais songé ;i rapporter à l'utérus le siège de son mal? mais d'abord il est des hystériques qui rapportent leur mal à l'utérus, mais cela ne fût-il jamais, il n'en résulterait rien de plus pour l'élucidation de la question.

Les malades ne sont pas tenus d'avoir des idt es précises sur le sicgc de leurs maladies ; et dans celles qui sont les plus compliquées et les plus obscures , il serait merveilleux qu'ils fussent tous d'accord lorsque les médecins le sont encore si peu ; c'est qu'on ne peut se contenter d'un sentiment vague pour déterminer le point de départ d'une multitude de phénomènes composés.

Ainsi , pour moi , les argumens par lesquels Georget cherche à renverser l'opinion qui place dans l'utérus le siège de l'hystérie , ne sont rien moins que concluans. Voyons si les raisonnemens sur lesquels il s'appuie pour rapporter celte maladie au cerveau , seront plus probans.

Je le laisse encore parler. « Le phénomène caractéristique de l'hystérie , ce « sont les attaques convulsives ; tous les autres accidens existeraient en même )i temps chez un individu , qu'ils ne seraient point rapportés à celte maladie.... » Les suites ordinaires de l'hystérie cfui persiste un grand nombre d'années , 11 sont le plus souvent des lésions de l'intelligence , des sens et des mouvemens « volontaires ; • . . tandis que dans le principe de la maladie , les organes de » la nutrition présentent rarement des désordres permanens , notables , que n l'hystérie se complique quelquefois de catalepsie ou d'épilepsie ; que presque » toutes les causes sont des affections morales violentes, etc., etc. »

Dans sa préoccupation en faveur de l'encéphale , Georget compose évidemment une hystérie à sa manière. C'est de celle-là cjue le seul phénomène caractéristique est l'attaque convulsive ; et cela admis , on conçoit que tous les autres accidens pourraient exister en même temps, sans qu'on dût les rapporter à l'hystérie.

Mais il y a erreur manifeste, ou au moins détermination tout à fail arbitraire dans cette manière de voir. Nous avons distingué les formes diverses de l'hystérie , et nous avons vu des exemples sans convulsions : je ne crains pas d'aflirmer que la manière de voir, adoptée dans mon travail , est celle du plus grand nombre des praticiens expérimentés. Certes , lorsque plusieurs médecins se trouveront réunis auprès d'un malade qui éprouvera des douleurs vagues de bas-ventre , de la tension , de la chaleur dans l'bypogastre , de la constriclion à la gorge, qui sentira dans son ventre le roulement d'une boule qui , de 1 hypogastre remonte dans la région épigastrique , quand à ces symptômes se trouvent joints des soupii's, des pleurs , des syncopes exemptes de convulsions, aucun n'hésitera à reconnaître un exemple d'Isyslérie. Mais quand bien même on ne pourrait reconnaître d'exemple évident d'hystérie sans convulsion, il n'en résulterait rien de plus clair pour le siège dans l'encéphale de cette maladie. Le chatouillement, l'orgasme vénérien, déterminent aussi des convulsions : et sans doule la cause première n'en est pas dans l'encéphale ; il est vraiment à regretter que , par suite de sa prévention , Georget ait sacrifié ou dénaturé des phénomènes dont il ne rend pas compte , tels que les douleurs de la matrice , les dj'sménorrhées , les aménorrhées si fréquentes chez les hystériques , enfin , ces sensations bizarres, la boule hystérique qu'on voit encore assez souvent , quoiqu'à coup sûr ce ne soit pas un phénomène constant.

Or voici ce qu'en fait Georget. « Les contractions des muscles abdominaux » du diaphragme , des muscles du thorax et du gosier, produisent quelquefois ft le sentiment d'un corps étranger qui moule dans l'abdomen, traverse la poi- » trine et se porte dans le gosier; c'est la boule ou le globe hystérique des au- » leurs. » Voici donc pour la boule. Il dit ailleurs : « Le trouble qui se mani- » feste dans les viscères Ihoraciques et abdominaux est presque toujours le » résultat des spasmes auxquels les muscles du tronc sont en proie. «

Voici pour les douleurs variées dont les viscères sont le siège. Ainsi la boule hystérique, aussi bien que les douleurs de bas-ventre, ne sont que des contractions musculaires. A cet égard Georget aurait tort d'invoquer le témoignage des malades : il ne lui serait pas favorable, mais comment peut-il rapporter aux contractions convulsives un phénomène qui souvent existe sans convulsion aucune ? 11 y a encore à ajouter que dans le cas même oû les convulsions seraient constantes , ce phénomène serait inexplicable par leur moyen. Georget admet comme tout le monde que la boule hystérique remonte du ventre au gosier; mais parce qu'il nomme successivement les muscles abdominaux, ceux du thorax et du gosier, comme tendus convulsivement , il ne s'en suit pas que les contractions musculaires aient lieu dans le même ordre.

Georget me semble s'être beaucoup abusé dans toutes ces considérations ; mais son ei reur la plus grave est de repousser les sympathies de l'utérus , de cet organe auquel est attaché la conservation de l'espèce. Avait-il donc oublié les chançemens si remarquables des femmes à l'époque de la puberté : et certes

HYSTERIE

HYSTERIE

ce qui se passe dans les organes de la génération, dans ceux qui nourriront un jour les enfans, ne sont pas les moins remarquables. Ignorait-il le rôle que les passions sensuelles joiieut dans la vie de tant de femmes , les combats que la vertu doit livrer aux penclians les plus impérieux , etc., etc. ?

Sa réponse à toutes ces objections , c'est que l'on attribue à l'utérus une influence qui vient du cerveau ; mais elle pèche en cela qu'elle nè comprend pas que les réactions du cerveau reconnaissent elles-mêmes pour causes des influences organiques : le cerveau ne donne qu'autant qu'il reçoit , et le physiologiste qui veut comprendre nos fonctions dans leur ensemble, doit étudier dans tous leurs détails et dans toute leur puissance , ces actions et ces réactions organiques ; jamais il n'y parviendra en faisant tout partir de l'encéphale.

Pour moi , je n'hésite pas à considérer l'utérus comme le point de départ véritable des phénomènes dont l'ensemble constitue l'hystérie.

L'utérus a des communications nerveuses de deux ordres distincts. Par ses rameaux des nerfs ganglionaires , il communique avec les appareils nerveux du bas-ventre, avec les viscères de cette cavité ; l'altération inconnue dont il est le siège dans l'hystérie , propage à tous ces organes des influences qu'ils expriment par des douleurs, des contractions, des sécrétions gazeuses j la tympanile, la boule hystérique , tiennent à quelque chose de ces influences. Leur extension aux ganglions semi - lunaires peut être la cause du sentiment de consfriction , d'étoulTement , éprouvé dans le cou , dans l'estomac et la poitrine.

On peut de cette manière concevoir la production des symptômes de la forme non convulsive de la maladie.

On peut tout aussi aisément se faire une idée de la dépendance dans laquelle les convulsions se trouveraient d'un désordre de l'utérus.

Car cette opinion qui place dans l'utérus le siège primitif de 1 hystérie, n'implique pas une absurdité; elle n'implique pas , que l'utérus soit le siège des convulsions générales. Les convulsions résultent immédiatement d une influence spéciale de l'encéphale ; mais cette influence de l'encéphale est elle-même déterminée par l'action de l'utérus sur lui. Je ne répéterai pas , pour faire comprendre cette idée très -simple, que cela se passe ainsi comme le rire et les convulsions produites par le chatouillement ; comme les elTorts convulsifs de vomissement provoqués par la titillation de la luette , une modification de l'estomac, une hernie étranglée, une modification de la matrice elle-même, à différentes périodes de la grossesse , etc. Le vomissement s'opère dans tous ces cas , tout aussi bien que sous l'influence d'un tubercule du cerveau dans d'autres ; sous celle de l injeclion de l'émétique , dans les veines , chez un animal qui n'a plus d'estomac. Mais de ce que cette partie des symptômes de l'hystérie qui se rattache à l'action pervertie de l'encéphale est un eflèt secondaire , il en résulte la possibilité que cet effet secondaire reconnaisse quelquefois d'autres causes que l'influence de l'utérus ; il en résulte la possibilité que, dans certains cas , le même état de l'encéphale soit primitif, et c'est ce qui finit toujours par arriver chez les sujets très-nerveux depuis long-temps sujets àl'hystérie. La persistance de l'hyslérie , exagère encore le tempérament nerveux des malades ; et ils arrivent à cet égard à un état de susceptibilité encéphalique tel , que la plus légère impression extérieure , un bruit agaçant , une odeur fétide donnent ce qu'on appelle des attaques de nerfs. Tous les jours aussi , dans les mêmes cas , on voit ces attaques ou au moins quelques mouvemens nerveux chez des malades dont une idée seule renverse subitement la tête , le tronc en arrière ; agite les bras de mouvemens variés , etc. Une idée seule peut amener de plus violens désordres dans le système musculaire : elle peut suffire quand le tempérament nerveux est devenu exorbitant pour provoquer une crise complète.

On conçoit d'après cela que les médecins qui, n'attachent aucune importance aux désordres viscéraux observés chez les hystériques, ne reconnaissant cette maladie qu'à la condition d'attaques convulsives , puissent prétendre avec raison que c'est une affection encéphalique, et soient fondés à trouver cette maladie chez l'homme.

Mais leurs raisonnemens à cet égard ne me touchent pas plus que ceux au moyen desquels établissant sur de bonnes raisons que les vomissemens sont immédiatement provoqués par une modification encéphalique , on en concluerail que les vomissemens dans la péritonite sont étrangers à cette phlegmasie; qu'ils constituent une affection nerveuse idiopathique.

On trouve , dans les traités qui rendent ainsi l'encéphale responsable de fous les phénomènes de l'hystérie , la preuve que les partisans exclusifs de cette opinion ont réduit l'hystério à une partie de ces symptômes, à ce qu'on appelle les mouvemens nerveux , les attaques de nerfs , et se sont évertués à prouver que ces mouvemens nerveux , ces attaques de nerfs sont subordonnés à l'encéphale ; peine bien superflue sans doute , car ils ne peuvent à cet égard rencontrer de contradicteurs. Cette subtilité de théorie ne séduira jamais les praticiens, et ne les détournera pas des vues dont l'expérience démontre chaqqe jour les avantages. Il est donc important d'être pénétré de ces principes, que «les symptômes de deux ordres constituent l'hystérie, les uns portant particulièrement sur les viscères , les autres sur les fonctions de l'encéphale; que les premiers seuls sullisent pour constituer une forme d'hystérie , qu'une autre forme de la maladie résulte de l'addition à ces symptômes de ceux qui portent sur les fonctions encéphaliques.

Mais ces derniers seuls ne caractérisent pas l'hystérie; ils sont de purs phénomènes nerveux, mille causes difFérentes peuvent les occasioner.

D'après les caractères assignés à l'hystérie , il serait bien difficile de la confondre avec une autre maladie.

L'épilepsie est presque la seule afl'eclion dont on rapproche l'hystérie dans les descriptions nosologiques.

Si j'ai bien réussi à exposerles caractères fondamenteux de l'une et de l'autre de ces afl'ections , des différences capilales doivent ressortir du simple rapprochement de leurs phénomènes essentiels.

Deux formes principalès existent pour ces deux maladies, et pour thacuné d'elles : une de ces formes est convulsive et l'autre ne l'est pas.

La forme non convulsive de l'épilepsie résulte exclusivement d'un trouble encéphalique , un vertige. La forme non convulsive de l'hystérie semble toùlà-fait étrangère à l'encéphale, ses phénomènes les plus évidens sont des troubles viscéraux.

L'une et l'autre de ces formes sont le plus souvent , chacune en ce qui Icà concerne, le prélude de la forme convulsive.

Ainsi l'épileplique sent ou non un vertige , mais une perle profonde et subite de connaissance qui n'est que l'exagération de ce symptôme, la chute qui l'accompagne est toujours chez lui le signal de l'atlaque convulsive.

L'hystérique, au contraire, ne perd presque jamais complètement connaissance ; les premiers désordres dont il a conscience sont des malaises viscéraù* qui augmentent graduellement et entraînent à leur suite des convulsions. Maïs la perte de connaissance complète est infiniment rare, jamais primitive dans l'hystérie.

La lividité de la face, la bave écumeuse lui sont tout-à-fait étrangères ; elles caractérisent au contraire l'épilepsie.

Les convulsions, terme commun auquel viennent aboutir par une voie diverse l'hystérie et l'épilepsie, ont quelque chose de caractéristique dans chacune d'elles; ce sont des mouvemens forces d'extension et de flexion , d'adduction et d'abduction, des bonds imprévus coïncidant avec de profonds mouvemens respiratoires , des soupirs , des cris , des sanglots dans l'hystérie; dans l'épilepsie , au contraire , ce sont des mouvemens convulsifs plus prononcés d'ordinaire dans une moitié du corps, des secousses rapprochées d un même mouvement , dont un bruit hideux de la respiration , un râle saccadé d'étratjglement marque la mesure.

Enfin , les mouvemens des membres et du tronc, chez les hystériques, offrent au milieu de leur irrégularité quelque chose qui s'éloigne moins de l'état naturel que chez les èpileptiques , où , de la tête ailx pieds , le caractère colivulsif , le caractère épileptique , si l'on peut dire , est imprimé au plus haut degré.

Mais les difFérences empreintes sur la face sont aussi bien saillantes. Les yeux convulsés, les paupières entr'ouverles des èpileptiques, l'érection hideuse des lèvres , des joues et des paupières qui bleuissent , cette bave qui mousse et coule de la bouche comme d'un vase qu'elledeborde,n'ontrien d'analogue avec la figure relativement calme et naturelle des hystériques chez lesquels, au lieu de la convulsion des yeux , un simple frémissement des paupières rapprochées, ou quand elles sont ouvertes, le globe de l'œil, peut bien offrir quelque fixité, mais c'est une fixité vivante , cet œil a de l'éclat , il y a derrière quelque sentiment ; l'œil d'un épileptique au contraire, ne fût-il pas agité de mouvemens convulsifs , s'en distinguerait encore par sou aspect terne , sa projection en i avant , la dilatation des pupilles. Les grincemens de dents , les coupures de la langue qui en sont une suite si fréquente chez les èpileptiques , ajoutent encore aux caractères distinclifs.

On ne peut confondre l'une avec l'autre l'hystérie et l'épilepsie qu'en oubliant leurs caractères et attribuant arbitrairement a l'une de ces affections les symptômes de l'autre.

De tout ce que nous avons vu jusqu'à présent, il me semble résulter que l'hystérie est une maladie sui generis , consistant en attaques intermittentes de deux genres, les unes constipées par des troubles viscéraux, les autres par des convulsions de deux formes principales ; que ces deux espèces d'attaques sont le plus souvent combinées l'une avec l'autre.

L'hystérie n'est pas constituée par une seule de ces attaques accidentellement survenues sous l'influence de circonstances extraordinaires ; elle exige , pour être confirmée, une répétition d'attaques à intervalles irrèguliers.

Il y a deux indications distinctes à remplir dans le traitement de l'hystérie; l'une de remédier actuellement aux attaques de la maladie , l'autre d'enpréve-. nir le retour. Il comprend deux ordres de moyens , les uns passagèrement administrés pendant la durée des attaques qu'ils ont pour but de faire cesser , les autres au contraire se proposant la guérison permanente du mal , doivent être employés avec persévérance et continués assez long-temps pour guérir la disposition au retour de ces accidens.

La première chose à faire dans les attaques convulsives , est de mettre les malades à l'abri des dangers que leur fait courir la violence de leurs convulsions. On y parvient en les contenant sur un lit à force de monde ; la camisole est souvent indispensable dans ce cas.

Pour faire cesser les attaques , il faut avant tout, s'il est possible , entourer les malades d'un air frais , enlever les constrictions appliquées autour du corps ; l'inspiration de vapeur d'cther, quelques gouttes de celte liqueur instillées dans la bouche, de l'eau froide projetée à la figure , sont, dans les attaques d'hystérie des moyens vulgaires employés souvent avec succès : mais ils sont loin de toujours suffire. Dans les constitutions pléthoriques, chez les personnes mal ré-^lées , la saignée est souvent le principal remède.

C'est en général la saignée du bras qu'il faut pratiquer, malgré la préférence généralement accordée aux saignées de pieds, dans le cas où Ton veut dégager la tête ou appeler une fluxion sur l'utérus.

Je me suis à cet égard complètement rendu aux raisons que j'ai souvent en-

HtST^RIÊ.

hystéroptose.

;ndu développer par M. Tîostan mon maître. J'ai eu par moi-même un trop rond nombre d'occasions de nie convaincre que , pratiquées aux bras ou aux ieds , les s;àgnées produisent le même bien quand elles sont faites avec lu : lême facilité, pour conserver le moindre doute: mais il y a tant de difsrence des bras aux pieds pour le succès de l'Opération , pour la douîùr de la piqûre , pour la promptitude de sa guérison , que le cas dans îsquels on peut sans inconvénient recourir à la saignée de pieds sont relatiement très-rares.

Quand l'indication de saigner est satisfaite , il reste d'autres Soins à remplir , ar bien rarement l'attaque cesse après la saignée, elle fait seulement diminuer BS symptômes de congestion vers le cerveau , et facilite les mouvemens resiraloires ; mais les convulsions, mais les divers symptômes caractéristiques ies attaques viscérales n'ont pas pour cela cessé. J'ai vu souvent réussir dans les attaques d'hystérie les lavemens à l'eau froide. Ceux à l'assa fœtida , ;> la rrébentliinc produisent quelquefois de bons effets ; les avantages plus giands le l'eau froide me semblent incontestables. Mais quoi qu'on fasse, trop soulent dans les attaques les plus violentes d'hystérie, fous les efforts de l'art l'empêchent pas le mal de se prolonger; il faut alors surveiller principalement Esmoyens de contention , s'assurer que les bords de la camisole, les liens qui k fixent ne compriment pas quelque vaisseau important, ne serrent pas trop prtement la poitrine ; c'est en s'occupant ainsi d'adoucir les effets des attacpies m'oii en attend la fin.

Parmi les moyens administrés dans les intervalles des attaques dans le but le prévenir le retour des accès, il faut au premier rang indiquer les moyens lygiéniques. Un régime exclusivement lacté, a, suivant queltjues praticiens, ulii dans quelques cas pour guérir 1 hystérie. J'ai plusieurs fois vu résulter de 'emploi de ce régime des avantages incontestables. L'usage fréquent de bains îèdt"s, d'applications fraîches sur la tête , l'emploi quotidien de lavemens d'eau froide , de quatorze ou quinze degrés d'abord , puis d'une température de jour ||1 jour baissé jusqu'à zéro.

I J'ai vu plusieurs jeunes filles sujettes à des attaques d'hystéries fréquentes 't violentes , guéries aussitôt que ce dernier moyen eut été administré avec juelques suites ; elles avaient auparavant été soulagées accidentellement par il'autres agens thérapeutiques, aucun n'avait procuré d'avantages durables, pans ces cas, les fonctions utéiiiies qui se faisaient mal avant l'emploi des lavemens froids sont devenues régulières à la suite.

! Il n'est pas toujours nécessaire, pour recueillir les avantages d'un moyen de Iraitement , de savoir s'expliquer son mode d'action : il est bien vraisemblable néanmoins que ce moyen a été imaginé, comme l'application de la glace sur la tête dans les phlegmasies cérébrales, avec l'intention de modérer par son action un travail trop actif dont l'organe était le siège , et il n'est pas besoin H'affirmer que l'idée de son emploi n"a pu venir qu'à ceux qui regardant la niatrice comme le point de départ des accidens, ont voulu soumettre cet organe à l'action d'un sédatif puissant.

; L'exercice du corps doit être considéré comme un excellent moyen de traitement ; de simples promenades à pied , l'équitation,, la natation , les bains de mer, les eaux, les voyages , seront conseillés suivant les saisons et la fortune des malades, i i Enfin, dans les cas très-fréquens où il existe déjà, chez les hystériques, un commencement d'hypertrophie du cœur, ou que, sans hypertrophie, l'activité du cœur est habituellement excessive, la digitale rend souvent de trèsgrands services.

Il existe encore une multitude de moyens prônés contre l'hystérie ; ce sont ila plupart des substances dites antispasmodiques ; leur efficacité n'est pas en

général bien grande ; les moyens qni réussissent le mieux indépendamment [des lavem ens froids , sont tous ceux qui sont propres a la fois à réi^ulariser les ifaouvemens du corps en même temps qu'ils procurent à l'esprit une agréable jdistraction : ainsi les voyages , les bains de mer, les eaux. Il va sans dire que ;les plus grandes précautions devront être prises pour éloigner les impressions

morales susceptibles par leur nature de stimuler la sensibilité de l'utérus; ainsi, j certaines lectures , certains spectacles. La plupart des auteurs recommandent tle mariage comme remède souverain à l'hystérie.

I Georget se trouve encore à cet égard en opposition avec les auteurs . et touj jours pour la même caus'e , il fait sons le nom d'hystérie la description d'une * maladie du cerveau , d'une espèce de folie ou d'épilepsie , et dès lors il insiste I sur les dangers de l'influence héréditaire de ces maladies ; mais de la part de j ceux qui prennent l'utérus pour point de départ de ces accidens , et qui ont vu f souvent après le mariage les fonctions de cet organe régularisées, et les accidens , disparaître , le conseil du mariage est très-rationnel. C'est surtout aux filles i pléthoriques très-sanguines que ce moyen réussit ; mais 11 faut qu'elles deviennent mères et remplissent dans toute leur étendue leurs devoirs de mères ; qu'elles allaitent elles-mêmes leurs enfans. Quant aux hystériques , chez lesquelles I habitude de la souffrance du cerveau a amené une grande exaltation de la sensibilité de cet organe , chez lesquelles en même temps tous les caractères d'un tempérament nerveux , exalté , existent , on est moins certain chez elles du succès du mariage; à celles-ci on ne doit le permettre qu'avec réserve, tatidis que pour les autres c'est le remède le plus naturel et le plus efficace.

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(FOVILLE.)

HYSTÉROCÈLE. Fojez Hebnie.

HTSTEROLOXIE J obliquité de l'utérus gravide. Fojez Dtstocie , t- G , p. 3D6 et 4UG.

HYSTEROPTOSE j mot lire du grec , cl qui a la même signification que ceux de prola/jsus de la matrice.

Division , signes , pronostic. — La matrice peut descendre au dessous de sa situation ordinaire, à des degrés très-variés ; mais que l'on peut rapporter à trois chefs : 1" abaissement , relâchement et relaxation de quelques auteurs. L'utérus est alors plus rapproché que de coutume du détroit inférieur du bassin ; il remplit en partie le vagin ou le refoule devant lui. Dans ce dernier cas , on dit qu'il y a en même temps prolapsus du vagin , et c'est ce qui avait fait dire à beaucoup de pathologistes qu'il n'existait pas de véritable descente de matrice , mais seulement des descentes de vagin. Dans ce premier degré, l'utérus a conservé , à peu de chose près , sa direction normale ; c'est-à-dire que son fond est incliné en avant et son orifice porté en arrière , par comparaison avec l'axe du corps. Le doigt, introduit dans le vagin , arrive facilement, promptement , et à une médiocre profondeur , sur la paroi antérieure du col de la matrice ; il sent le museau de tanche appuyé sur la paroi postérieure du canal ; il faut qu'il le soulève pour sentir l'orifice et passer derrière lui ; il peut sentir encore , derrière le col , un assez grand vide formé par le ciil-dc-sac du vagin , plus ample que de coutume. Il ne résulte de cet état de choses que peu de souffrances pour la malade ; à peine se plaint-elle de quelques tiraillemens dans les lombes , et d'une légère pression sur le rectum ; mais un sentiment de pesanteur plus pénible se reproduit à chaque efTort qu'elle exécute , soit dans la station directe , soit en marchant.

2o Deuxième degré. — Descente proprement dite, delapsus. — Ici la matrice , en même temps qu'elle s'est enfoncée plus bas encore dans l'excavation pelvienne, a change de direction ; son fond s'est renversé en arrière , et le museau de tanche , dirigé selon l'axe ou détroit inférieur , c'est-à dire de la vulve, vient se montrer entre les lèvres de celte fente. L'utérus est en conséquence couché sur la face interne du périnée, ou plutôt de l'espace coxy-périnéal ; il remplit totalement le vagin , dont la moitié supciieure s'est retournée sur lui comme un doigt de gant dont ou enfonce le sommet. Il n'est pas Lien difficile de reconnaître , par la vue et par le toucher , cet état de choses : le museau de tanche , entouré d'un bourrelet formé par une portion du vagin , se présente avec sa forme arrondie , sa fente transversale ; et le doigt peut remonter tout autour de lui à une assez grande profondeur sans atteindre autre chose qu'un cul-de-sac circulaire , sans sentir autre chose que la matrice revêtue du vagin. En même temps , la main , appliquée sur l'hypogaslre , pourra reconnaître le vide laissé dans l'excavation pelvienne par l'abaissement du viscère. A ces caractères on distinguera la descente utérine simple, 1" du renversement qui n'offre qu'une tumeur ronde , sans ouverture , pédiculée , et ordinairement étranglée par l'orifice utérin non retourné et formant un anneau saillant ; 2° d'un polype qui offre les mêmes caractères que le renversement , et qui de plus permet ordinairement de sentir l'utérus en place et dans la direction ordinaire , en déprimant les parois abdominales; 3» d'un engorgement et d'une élongation du col de la matrice , qui n'en ont pas non plus abaissé ni incliné vicieusement le fond , et qui ont changé la forme du museau de tanche. La femme n'est d'ailleurs point sujette , en pareil cas , à des hémorrhagies , à des douleurs lancinantes , comme dans la plupart des affeclions que nous venons de nommer ; elle se plaint seulement de tiraillemens dans les régions sacrée , lombaire , inguinale ; dans l'ombilicale même , à cause de l'allongement forcé des ligamens utéro-sacrés , des suspubiens , de la vessie , et par suite de l'on-

HYSTÉROPTOSE.

raque ; aussi y a-t-il quelquefois nécessité de rendre fi-équemment les urines, ! et difîicullé à les rendre , comme aussi à expulser les matières , en raison de la compression exercée sur l'utérus et sur le rectum. Cette compression se fait sentir vers ce dernier point chaque fois que la malade se lève et marche , et chaque fois aussi elle sent distinctement la présence d'un corps volumineux qui semble menacer de s'échapper de la vulve , qui eu écarte même les lèvres dans les efforts de la toux , de la défécation.

3o. Dans le troisième degré , chute ou précipitation de Vutérus , ce viscère a franchi la vulve ; il pend entre les cuisses, recouvert par le vagin tout-à-fait retourné , et contenant non-seulement la matrice avec ses annexes, mais encore la vessie, une partie du rectum et quelque autre portion d'intestin. On conçoit aisément qu'avec un tel déplacement existent des incommodités plus considérables que dans les degrés précédens. La vessie, entraînée en arrière et en bas , soustraite à la pression des muscles abdominaux , rend difficilement et incomplètement l'urine à travers un urètre coudé , aplati par le tiraillement. IjU tumeur s'accroît chaque fois que cette poche est en plénitude, et le cathétérisme la vide avec peine. Il faut que la sonde se renverse en arrière, et que la main comprime le réservoir ; aussi n'est-il pas étonnant qu'il se soit formé là quelquefois des calculs. Le rectum dévié est aussi gêné dans ses fonctions ; mais la gêne principale est duc à la présence d'une fumeur prolongée entre les cuisses, dans la longueur de six à dix pouces. Cette tumeur , quelquefois ovoïde ou globuleuse , est le plus souvent conoide , à base large, et occupant toute la vulve , dont les lèvres même s'allongent quelquefois pour la suivre. En la palpant , on y peut soupçonner la portion de viscère que nous avons dit s'y rencontrer bien souvent ; on a pu s'assurer même que la matrice n'occupe que le sommet , le point le plus inférieur de ce sac vaginal rempli de circonvolutions intestinales. Ce sommet, dans tout état de choses , se fait ordinairement remarquer par la présence d'un orifice conservant assez souvent sa forme régulière , quelquefois très-rétréci , arrondi, semi-lunaire ; laissant coider habituellement des mucosités , du sang aux époques menstruelles. De toute la surface de la tumeur suintent aussi des mucosités puridentes , et on la trouve fréquemment enflammée , ulcérée , croùleuse même. Toutefois , dans un prolapsus congénial on voit la membrane muqueuse du vagin retourné s'accoutumer au contact des vêtemens et des cuisses, se dessécher et prendre l'aspect de la peau. La maladie n'en est pas toujours ,pour cela , moins susceptible de réduction, comme l a prouvé Saviard en faisant disparaître le prétendu hermaphrodisme de Marguerite Malaure , et la restituant à son véritable sexe , en dépit du jugement des capitouls de Toulouse. Mais, dans toute autre circonstance , l'inflammation devient quelquefois fort pénible à supporter , et même tiangereuse. On l'a vue se terminer par gangrène partielle ou même totale , et la mort n'a pas toujours suivi la séparation spontanée du viscère mortifié, qui sans doute avait été seul poussé au dehors , et non suivi de portions intestinales ( Rousset , Elmer ). La matrice déplacée se gonfle assez souvent, s'allonge beaucoup , surtout du côté du col , qui peut devenir cancéreux.

Bien d'autres complications , cju'on peut tantôt considérer comme effet , tantôt comme causes du prolapsus , viennent encore ajouter à la gravité du pronostic. Plusieurs seront énumérées plus loin. Il en est une qui mérite ici une mention spéciale. Si le prolapsus est souvent une cause de stérilité, même lorsque, à son premier degré , il permet la cohabitation, mais ferme au passage du sperme l'orifice utérin appuyé sur la paroi postérieure du vagin, cet obstacle à l'imprégnation n'est pas, à beaucoup près, insurmontable ; l'attitude de la femme suffit souvent pour le dissiper, et une descente, une précipitation même, complète , mais réductible lorsque la femme est couchée , ont bien des fois permis à la fécondation de s'opérer. Il y a plus , un prolapsus non réduit et complet n'a pas empêché la femme de devenir grosse , l'intromission ayant été , par suite d'efforts et de persévérance , exécutée à travers l'orifice de la matrice ( Chopart , d'après Marrigues ). On comprend sans peine quelle gêne doit résulter d'un pareil état , lorsque l'utérus viendra à se distendre ; quelles difficultés l'accouchement trouvera à s'opérer ainsi , et cependant on a vu alors la grossesse durer jusqu'à son terme normal , l'enfant étant en partie contenu dans le bassin , en partie au dehors , dans son enveloppe utérine , et la parturilion , aidée du secours de l'ai t , n'offrir aucune suite fâcheuse. Il a été quelquefois possible de rendre le pronostic moins chanceux encore , en réduisant la matrice distendue à un certain degré seulement. Mauriceau a exécuté cette opération de quatre à cinq mois , et un chirurgien nommé Giroud y est , diton , parvenu dix jours seulement avant l'accouchement. Au contraire , une observation de M. Capuron prouve que la matrice peut cesser d'être réductible après les premiers mois de la grossesse. Une autre , publiée par le même praticien , démontre que la gêne et la douleur qui résultent de cette irréductibilité peuvent amener l'avortement à mi-terme. La mort en a été une fois le résultat ( Kulm ) au quatrième mois de la gestation , parce qu'on a méconnu la véritable cause des accidens , et qu'on ne les a point rationnellement combattus. Même réductible et réduit , le prolapsus de la matrice gravide laisse encore cette chance fâcheuse que la récidive pourra a\ oir lieu plus tard et même durant le travail ( Mauriceau , Portai , Brodmann ) ; aussi la femme doit-elle alors être surveillée et secourue avec beaucoup d'attention et de soins.

Eiioloi^ie. — C'est à tort sans doute qu'on a attribué ai- seul relfichement du vagin le prolapsus de la matrice. Quoiqu'on ne puisse douter que l'ampleur et la flaccidité de ce canal ne facilitent un tel déplacement, l'expérience prouve tous les jours qu'il ne suffit pas , pour le produire, d'une semblable disposition ; il faut encore qu'il y ait relâchement, extension, parfois même annihilation des cordons fibreux, ou plutôt charnus , qui fixent l'utérus à son niveau

HYSTÉROPTOSE.

normal, des cordons suspubiens, d'une part, et d'autre part , des cordons h utéro-sacrés, si bien décrits , si bien appréciés par madame Boivin. Ces der- i niers , surtout , qui ont tant h souffrir durant la grossesse et l'accouchement, 1 i doivent souvent perdre de leur force et laisser descendre et se porter en avant | ) le col de l'utérus , qu'ils soutiennent presque seuls. Aussi un prolapsus a-t-il i ' été fréquemment la suite d une couche pénible ou d'exercices repris trop tôt; i aussi l'utérus , resté plus pesant chez les femmes qui ont eu beaucoup d'enfans , ; est-il toujours plus ou moins abaissé- Cet abaissement accompagne , pour les i mêmes motifs , presque tous les engorgemens de la matrice , sa distension par ] des polypes, des tumeurs fibreuses , etc. ; et l'on peut dire que l'écoulement j leucorrhoique , l'abus du coït , etc. , ne sont si fréquemment accompagnés d un ; commencement de prolaspus qu'à cause de l'engorgement dont la matrice est I alors le plus souvent affectée , et non pas à cause du ramollissement et de l'ato- i nie qui en résultent peut-être. Le poids de la matrice n'est pas la seule cause qui puisse vaincre la résistance de ses liganiens, des pressions fréquemment ré- i pétées , comme celles que nécessite une constipation habituelle ; une pression continue , comme celle que cause une ascite, un engorgement ou une hydropi- • ] sie de l'ovaire , etc., enfin, un tiraillement opéré à l'extérieur, sur la vulve et le ; vagin , par une énorme tumeur ( Wagner ), voilà encore des causes mécani- i ques propres à amener les mêmes effets.

Si des causes plus brusques, comme un effort musculaire , une pression large | et violente sur l'abdomen , une commotion dans le saut, dans une chute, un i violent eflbrt d'expulsion dans l'accouchement (Ducreux ) ont produit instante- I nément le prolapsus commençant ou complet ; si de vives douleurs daus le ven- i tre, dans les régions sacrée, lombaire et dans les aines , ont signalé alors une i rupture ou une violente et subite extension de ligamens suspenseurs , il n'en : ' faut pas moins admettre que le sujet portait alors une grande disposition à ce i.i déplacement. Cette disposition peut être native; elle peut consister dans une , | gracilité, une faiblesse naturelle de ces ligamens; aussi le prolapsus est-il par- j lois congénial. Marguerite Malaure en avait été affectée dès l'enfance. De-, :J graaf , Saviard , Mauriceau, ont vu et réduit le prolapsus chez des filles dont ' i la virginité n'était point équivoque , et chez d'autres qui du moins n'avaient i jamais eu d'enfans; et la réductibilité, dans ces cas, prouvait bien qu'il ne • : s'agissait pas là d'un vice de conformation proprement dit. Il n'en était pas ainsi ] dans certains autres où la matrice était fixée tout près de la vulve par une briè- : veté congéniale du vagin, comme l'a vu madame Boivin , ou par quelque autre i difformité du même genre. ;

Thérapeutique. — A. Traitement palliatif. — C'est celui qu'on met commu- ;i nément en usage, parce qu'il suffit pour faire disparaître les incommodités du j; prolapsus, qu'il serait d'ailleurs la plupart du temps impossible de guérir ra- ^ . dicalement.

L'abaissement au premier degré ne réclame guère que des précautions pro- i près à prévenir l'accroissement du mal , et la descente même (deuxième de- ; gré) a été fréquemment conservée pendant toute la vie sans graves inconvé- j niens, mais elle tend ordinaireuient à s'accroître ; elle arrive facilement aui; troisième degré; et celui-ci, bien que certaines femmes l'aient gardé pendant de 1 1 longues années, se contentant d'un simple suspensoire, est ordinairement trop ' incommode pour qu'on n'en tente pas la réduction. Cette réduction est ordinai- | remeut possible , quelle que soit l ancienneté du mal; mais pour l'obtenir, cm ; s'est vu souvent dans la nécessité de diminuer préalablement le volume de la : matrice par le séjour au lit , la saignée, la diète , les émolliens, les bains , etc. i (Mauriceau , Saviard , Hoin , Leblanc,) et même par la compression à l'aide i d'un bandage en doloire (Leveillé, Bobc-Moreau ) . On la facilite toujours aussi i par l'évacuation préliminaire des matières contenues dans la vessie et le rec- : tum , et par la réduction préalable des portions d'intestins superposées à la i matrice. Dans quelques cas rares, toutefois, on a vu des tentatives inconsidérées I de réduction être suivies de métrite , de péritonite et de la mort même. Des' j adhérences anciennes avaient sans doute alors été imprudemment forcées.

Pour maintenir ce que le taxis a momentanément produit , on se sert de di- j vers moyens mécaniques génériquement connus sous le nom de pessaires. Uni I éponge fine, cylindroide ou ovalaire, un peu plus volumineuse que ne le com ; porte la dimension du vagin non distendu , suflit pour soutenir une malric< ] abaissée et peu pesante- On l'introduit jusque sous le museau de tanche aprèi l'avoir bien graissée et comprimée entre les mors d'une pince à anneaux ; ui \ fil, un cordonnet qui la traverse sert à la retirer pour la nettoyer. Craint-oi j qu'elle ne s'échappe , on la soutient par un bandage en T. \ Des pessaires plus solides ont été fabriqués tantôt en bois , tantôt en cire .j | en liège , en rnétal même ; on leur a donné la forme arrondie, ovoïde, annu! i laire, une grosseur variable et quelquefois énorme ; et il est résulté souvent d( i leur présence des inflammations, des ulcérations qui ont été jusqu'à entamei i les cloisons voisines , et causer des fistules urinaires ou stercorales très-éten ] dues. Il a fallu assez fréquemment briser, scier ces pessaires altérés , oublié j dans le vagin, et en extraire les morceaux soit par la vulve, soit par l'anus i On a vu aussi la matrice s'enfoncer dans le trou d'un pessaire trop large , et s'; i étrangler en partie, menacer par conséquent la femme de graves accidens, e i forcer le chirurgien d'opérer la section de cet instrument pour prévenir de J suites fâcheuses. Il n'est donc pas indifférent de donner des règles précise { relativement à leur construction , sans entrer pour cela dans de minutieu . détails. j Les Anglais ont, dit-on, conservé l'usage des pessaires arrondis ou ovoïdes j en bois, percés seulement de plusieurs trous. En France, on a long-terap | préféré ceux de liège recouvert de cire ; aujourd'hui ou emploie ordinairemei ; |

HYSTÉROPTOSE.

lATRALEPTIE.

un tissu de coton imbibé et recouvert d'un enduit siccatif , et cependant flexible, essentiellement composé d'huile de lin cuite avec la lilharge (Bernard). On y a aussi , dit-on , destiné une solution de caoutchouc dans l'éther. Ceux de madame Rondet , sage-femme, sont soutenus par l'élasticité du crin, et même d'un ressort métallique enfermés , comme le coton l'est dans ceux de Bernard , sous une enveloppe de caoutchouc pur. Plus récemment encore, le docteur Rognelta en a fabriqué aussi de caoutchouc avec les bouteilles de cette substance qu'on trouve dans le commerce; il les enfonce en elles-mêmes , et en I fait ainsi une cuvette à doubles parois , dont le goulot forme le manche comme dans les pessaires dits en bilboquet. Enfin M. Hcrvez de Chégoin a employé les mêmes bouteilles en les coupant, et en donnant des hauteurs très-différentes

I aux bords de la cuvette qu'ils représentent. Les expressions dont nous venons de nous servir, donnent assez à entendre que les pessaires ont des formes variées. Nous distinguerons sous ce l'apport trois formes principales : !<> les pessaires en gimblette représentant un anneau large et épais à bords arrondis, ou, si l'on veut, un disque percé à son centre d'un trou évasé vers les deux

II faces , mais surtout vers celle qui doit toucher le museau de tanche. Ces pessaires, introduits de champ dans le vagin, sont ensuite renversés de manière

f à prendre une direction horizontale. L'élasticité du vagin suffit ordinairement pour les retenir en place ; ils s'y creusent une sorte de nid. Mais si le canal est lâche , il faut pour cela leur donner de grandes dimensions; les plus petits ont un pouce et demi de diamètre; on en a fait de trois pouces. Alors on pensait qu'ils seraient en partie soutenus par les ischions ; mais ils ne peuvent manquer de gêner beaucoup l'urètre et le rectum. On a cru obviera cet inconvénient en les rendant elliptiques, ou bien en les cchancrant en avant et en arrière (Bruninghausen') ; mais alors ils doivent se déranger et sortir avec la plus grande facilite'. 11 vaut donc mieux, en pareil cas, recourir aux pessaires à tige , bien qu'ils aient l'inconvénient d'être plus gènans, et d'empêcher le co'it. Les pessaires en gimblette ne s'y opposent pas , et permettent même quelque- I fois l'imprégnation; ils déterminent ordinairement une leucorrhée assez abondante , mais rarement des accidens sérieux, à moins que la matrice ne soil pri>mitiveraent enflammée.

2o. Les pessaires à tige ou en bilboquet sont souvent les seuls applicables , surtout quand on a réduit une précipitation de l'utérus. Ils sont ordinairement en buis ou mieux en ivoire , formés d'une cuvette hémisphérique dont le bord I épais et rond ressemble assez à un pessaire en gimblette , dont le fond est percé de trois larges ouvertures ; une tige droite supporte cette cuvette, et son extrémité percée sert au passage de cordons qui soutiennent l'instrument en les attachant h un bandage eu T. M. Récamier veut , avec quelque raison , qu'on ii-ende cette tige élastique en la formant d'un ressort à boudin convenablement revêtu; nous voudrions, quant à nous , qu'on eut soin de rendre cette tige oblique sur le plan de la cuvette , comme le vagin qu'elle traverse l'est par rapport au col de l'utérus. Les pessaires du docteur Rognetta, dont il a été question plus haut, se rapprochent beaucoup des pessaires à tige ; sous d'autres rapports , ils se rapprochent des pessaires en bondon , et sont souvent, comme ; ceux-ci, destinés à remédier à une hernie de la vessie dans le vagin. I 3o. On a nommé pessaires en bondon des pessaires tubuleux ou cylindroi'des. ! M. Cloquet nomme élytroïdes les pessaires lubuleux , aplatis d'avant en ar- ]j nere et courbés sur leur longueur, qu'il a fait confectionner comme se rappro- ! chant mieux de la forme normale du vagin. On a soin que leur partie inférieure ou voisine de la vulve soit plus étroite que l'évasement destiné à soutenir le col de l'utérus. Ces pessaires , dont on haussera tel ou tel bord , seront encore applicables , mieux peut-être que les autres , aux cas d'anléversion ou de rétroversion que nous devons passer ici sous silence.

B. Traitement curatif. Le repos et le décubitus long-temps prolongés, surtout en tenant le bassin plus élevé que les épaules , l'usage soutenu de pes- 1 saires graduellement diminués dans leur diamètre , ont quelquefois suffi pour j guérir radicalement le prolapsus utérin. La grossesse a produit quelquefois cet effet. Les injections astringentes de solutions minérales ou décoctions végétales, les bains froids , les douches vaginales froides, les bourdonnets imbibés I des mêmes substances et portés dans le vagin , les sachets composés des mêmes j matières ont pu agir efficacement dans des cas peu graves et où le mal déiiendait principalement de la laxité du vagin. IVIais ces moyens ont souvent aussi j provoqué en pure perte une inflammation aiguë de ce canal. ) On a voulu pourvoir d'une façon plus directe au resserrement du vagin. Le docteur Marshal de Hall a enlevé à la membrane muqueuse une lanière longitudinale d'un pouce et demi de largeur et a réuni la plaie par des points de suture. Reste à savoir si le canal rétréci ne sera pas plus tard refoulé , repoussé en bas par l'utérus. Les mêmes doutes s'élèveraient sur les résultats d'une oblij tération complète , quand même elle serait aussi facile à obtenir que l a cru la [ personne qui a proposé cette méthode curative.

Quelques complications peuvent empêcher même l'emploi des palliatifs dont il a été question plus haut ; c'est ainsi que la métrite chronique s'oppose à 1 emploi du pessaire et exige préliminairement un traitement antiphlogistique ; I ce traitement serait à peine indiqué dans le cas où l'inflammation ne consiste- Il rait qu'en excoriations ou ulcérations de la membrane muqueuse du vagin ; la i réduction a presque seule suffi alors pour dissiper cette complication que s Ruysch regardait comme contre-indiquant foimellement la réduction. Quant au squirrhe, au cancer ulcéré dun utérus en prolapsus, ils conlre-indiqueraient cette réduction sous un autre rapport ; réduire l'utérus , ce serait se priver des facihtés et des garanties de succès que donne , pour la résection ou

DiCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

même l'ablation totale, cet état du viscère {voyez Cakcer). On en pourrait dire autant d'un polype coexistant avec l'hystéroptose. Pour les calculs utérins contenus dans la vessie , ils ont été parfois enlevés avec facilité par une incision directe.

Enfin, quant à la grossesse, c'est une précaution dont le simple bon sens indique assez l'avantage dans les premiers mois de la gestation , que de faire rentrer et de maintenir réduite , par le pessaire , ou seulement par le repos , une matrice habituellement sortie de la vulve. Celle qui n'est qu'au deuxième degré de déplacement se relève ordinairement d'elle-même au quatrième mois; cependant il faut surveiller , aider son ascension si elle éprouve quelque difficulté ; si la rétention d'urine, la constipation excessive dépendent de son séjour dans le bassin lors de la parturition , il faudra diriger convenablement les efforts de la femme, l'empêcher de s'y livrer indiscrètement, lui recommander de rester couchée sur le dos , le bassin relevé , et soutenir, pendant chaque douleur, le bord de l'orifice utérin à l'aide de plusieurs doigts. La précipitation s'est-elle reproduite , ou a-t-clle subsisté pendant toute la grossesse, et la réduction paraît-elle impossible , il ne faut pas laisser la nature seule agir pour la terminaison de l'accouchement; dès que le col est effacé, les bords de l'orifice amincis, entr'ouverts , on doit suivre l'exemple de Mauriceau , de Portai , de Duereux , de 'Wagner qui , après avoir dilaté peu à peu celte ouverture, ont porté la main dans la matrice pour en extraire l'enfant et ensuite les secondines. Cela fait, et le viscère s'étant contracté sur son centre , on en tentera la réduction. Dans quelques cas rares d'induration, de dégénérescence aux lèvres du museau de tanche, il devient nécessaire d'agrandir son orifice par deux incisions ou davantage encore ; et si l'enfant présente la tête , on pourra quclffuelois l'extraire aussi plus commodément à l'aide du forceps.

(Ant. Di'GÈs.)

HYSTl^ROTOMIE. Voyez Césariekke (opération), Cakcer du l'utéri-s.

lATRALEPTIE («s'^/jo^/e ialraleptique) , de i-jt-rpr^Yi, médecine, et uht'fo, j'oins , je frictionne. Bien que ce mot, quia été inventé par Chrestien , ne puisse , étymologiquement, s'appliquer qu'à l'emploi des frictions , nous sommes forcés , faute d'autre, de nous en servir pour désigner tous les modes d'introduction des médicamons par la peau.

L'on manque également de dénomination vraiment applicable aux deux autres modes d'introduction médicamenteuse; à savoir, celui où l'absorption se fait par les membranes muqueuses , et celui où elle a lieu par les tissus entamés. Pour nommer l'introduction par les membranes muqueuses , il ne faut pas moins qu'une phrase. Quant au mot cndermie , il ne désigne l'absorption par les tissus entamés, que lorsqu'on se sert du derme dénudé pour l'obtenir. Si j'insiste sur cette absence de roofs , c'est parce qu'elle est le signe d'une lacune profonde dans l'étude des choses. Il faudra bien , quand on voudra étudier d'ensemble et comparativement les trois voies d'absorption , créer des mois pour les nommer.

Les corps solides se prêtent mal ou ne se prêtent pas à l'absorption. Généralement elle ne s'en empare qu'autant qu'ils sont extrêmement divisés. Des cantharides tenues dans la main , du camphre placé dans l'aisselle , ont été , en partie du moins , absorbés ; mais il se fait dans ces substances une élimination qui les divise. On voit de l'opium et divers extraits être saisis par l'absorption , bien qu'ils n'aient été appliqués qu'en poudre plus ou moins grossière : mais , avant d'être absorbés , ils avaient dû être humectés ou dissous par la transpiration. Cette humeur transforme sans doute en sel soluble les particules de cuivre et de plomb qui souillent la peau de certains artisans, avant que des coliques et autres accidens viennent dénoncer l'absorption de ces métaux. La rhubarbe, la scille , la digitale desséchées ont été absorbées ; mais elles avaient préalablement été réduites en poudre fine , puis étendues dans un liquide ou un corps gras. Il est donc évident qu'on ne peut guère compter sur l'emploi iatralepfique des substances solides, qu'après qu'elles ont changé d'état, qu'on les a pulvérisées , incorporées ou dissoutes.

Les gaz et vapeurs sont susceptibles d'être absorbés par la peau. Ce fait a été constaté pour l'oxigène par Jurine ; pour l'acide hyilrosulfurique par Chaussier ; pour l'acide carbonique , par M. Coilard de Martigny , et pour les émanations d'amphithéâtre par Bichat. Il est constant que des fumigations mercurielles ont guéri des syphilides, et même provoqué la salivation. L'haleine d'un malade que je soumettais à des fumigations sèches avec le camphre , le benjoin et autres substances aromatiques , m'a offc-rt une odeur analogue .î celle de la fumigation. Peut-on croire que les effets nombreux des bains de vapeurs soient exclusivement attribuables à la chaleur et à l'effet topique de ces bains? On ne pourrait du moins rapporter à ces circonstances les efl'ets sédatifs que M. Rapou assure avoir obtenus au moyen de fumigations avec le camphre , Tassa fœtida , le musc, l'éther, etc., etc.

Préférables généralement aux corps solides , les vapeurs et les gaz paraissent moins absorbables que les substances grasses etliquides. La difficulté de l'absorption des molécules gazeuses peut se présumer à leur mobilité, leur éloigneraent et la faible pression qu'elles exercent sur la peau. L'inconstance et le petit nombre des effets attribuables h l'absorption parmi ceux des fumigations , et particulièrement des fumigations mercurielles viennent le confirmer. Ce fait que l'in-

1 ATRALEPTIE.

lATRALEPTIE.

fluence des miasmes est , comme nous l'avons montré ailleurs ( voyez le mot Emanations), en raiiou directe de Ihuinidité de l'atmosphère , tend h établir que les vapeurs humides se prêtent mieux que les autres à l'absorption.

Des expériences de M. Collard de Martigny sur l eau , le bouillon , le vin , l'eau de-vie , etc., et de M. Bonfils sur le lait, prouvent que ces liquides résistent peu à l'action absorbante de la peau. Il n'en est pas de même des corps gras : ce qui a porté M. Collard à conclure qu'ils ne sont pas absorbables. Cette conclusion va trop loin ; et, pour le prouver, il suffit de rappeler que les graisses et les huiles servent tous les jours , et avec succès , de moyens d'introduction ; qu'elles disparaissent évidemment sous les frictions prolongées , et que , lorsqu'on place le soir , selon la miihode du docteur Scatigna , de l'onguent mercuriel dans le creux de l'aisselle , on n'en trouve plus de traces le lendemain.

Les liquides et les graisses ont rarement servi à cause de leur action propre. Le plus souvent ils n'ont été utilisés que comme intermèdes , c'est-à-dire comme moyens d'inlroduclion. Ils servent à dissoudre des corps solides, à faciliter, h maintenir leur division, à les étendre pour graduer leur énergie, permettre de les appliquer sur de plus larges surfaces, et de les employer en frictions. Ceux dont on s'est particulièrement servi sont l'eau , le suc gastrique, la salive, la bile , l'eau de vie, l'élher, les huiles fixes et les graisses.

L'eau , bien qu'il soit démoniré qu elle est aisément absorbable, a été peu employée par les ialraleptes. Chrestieji l a complèlemeut négligée. Aujourdhui encore on se sert presque exclusivement des huiles , des graisses et de l'alcool comme excipient. Cependant, les résultats qu'on a souvent obtenus de bains médicamenteux prouvent qu'on pourrait l'employer plus souvent avec avantage. Fréquemment je m'en sers , et je suis bien loin île m'en repentir.

.Séduit par les expériences de Spallanzani sur le suc gasUique, plusieurs médecins italiens, particulièrement Chiarenti et Brera , ont préconisé ce suc comme intermède. Suivant eux, il ilissout les substances qu'on lui confie d'une manière spéciale , qui les rend plus aptes à être absorbées. Le suc gastrique de l'homme est le meilleur; vient ensuile celui des carnivores et des granivores. Ces auteurs l'employaient ])our dissoudre ou y mettre en suspension du canipiire, de l'opium, des extraits végétaux , voire même des poudres sèches , comme celles de scille et de digitale. Ils friclionnaieul la peau avec ces préparations.

Des succès nombreux ont été obtenus au moyen de cette méthode, nonseulement par Chiarenti et Brera , mais encore par un grand nombre d'autres ])raticiens. Le suc gastrique peut donc servir d'intermède. Mais après tout , est-il, comme on l'a prétendu , le meilleur?

El d'abord , en ce qui concerne sa faculté dissolvante, on peut, aujourd'hui que les expériences de Spallanzani ont été contredites par Montègre , en appeler de celles de Brera. La supériorité de cet intermède, comme moyen d'introduction, n'est pas mieux établie. Elle n'aurait pu l'être que par des expériences comparatives nombreuses , et faites avec le plus grand soin. Or, on s'est plus attaché à faire voir qu'il est capable de réussir qu à prouver que, mieux que d'autres , il réussit. Ajoutons que des essais tentés à la Salpétricre par Pinel et M. Alibert n'ont laissé apercevoir aucune différence entre les résultats du suc gastrique et ceux des corps gras. Au surplus, le suc gastrique est complètement abandonné , et cela probablement à cause de la difficulté avec laquelle on se le procure. Les différences sans nombre qu'il présente, non-seulement suivant les familles d'animaux, mais encore dans chaque individu , à des heures et selon des circonstances diverses , rendraient probablement peu concluantes les expériences qu'on pourrait tenter pour vérifier sa valeur.

On conçoit que la salive , qui était placée par Brera après le suc gastrique , pouvant être plus aisément recueillie, a dû être beaucoup plus souvent employée. Des faits et des témoignages nombreux prouvent qu'elle peuj,,servir utilement comme intermède. Mais est-elle supérieure aux autres, soit comme iiieustrue, soit comme moyeu d'introduction? c'est ce que rien ne prouve encore , et Chrestien , qui l'a souvent mise en usage, ne lui accorde aucune prééminence sur les autres intermèdes. Quant à la bile, que ïourdes a particulièrement vantée , ou s'en est très-peu servi.

Quoique M. Collard de Martigny ait reconnu que les huiles et les graisses ne subissent aucune réduction , quelle qu'ait été la durée de leur contact avec la peau , elles sont et resle-ont un des intermèdes les plus usités. Cette faveur elles la doivent non-seulement à la faculté qu'elles ont de dissoudre un grand nombre de substances ou de faciliter leur division , à la commodité de leur emploi et à la douceur de leur contact , mais encore aux résultats nombreux et incontestables qu'elles ont procurés. Ce n'est pas à dire qu'elles soient un moyen d'introduction préférable aux autres, car sur ce point l'expérieiice n'a pas encore prononcé ; mais avec elles ou réussit , et cette raison devra suffire jusqu'à ce ((u'il soit démontré qu'avec un autre intermède on l'ait mieux.

Sur le vin et l'eau-de-vic , les expériences de M. Collard se trouvent d'accord avec toutes les observations. Il a vu ces liqueurs disparaître en peu de temps; Cartheuser rapporte que des frictions faites avec le vin, chez de jeunes enlans , leur causent une sorte d'ivresse. Les succès des diverses teintures employées sur la peau sont attestés par trop d'auteurs , et particulièrement par Chrestien, pour qu'on puisse élever un doute sur la valeur de l'eau-de-vie comme intermède. On a aussi employé l'éther, qui peut-être s'évapore trop vite pour qu'on puisse compter beaucoup sur lui. Cependant

le docteur Cheron a guéri des syphilides avec une solution de sublimé corrosif dans l'éther.

On voit par ce qui précède que tous les intermèdes employés ont réussi. Reste à déterminer leur valeur relative ; c'est un point de science qui est complètement à reprendre.

Quelle température doivent avoir les substances que l'on applique sur peau pour qu'elles soient mieux absorbées ? 11 résulterait des travaux iinportans de M. Edwards sur l'absorption cutanée chez les batraciens , et de quelques expériences faites sur l'homme par M. Collard de Martigny, que l'absorption et l'exhalation cutanées sont en raison inverse d'activité ; que chez les grenouilles, par exem])le , l'absorption et l'exhalation se font avec le plus d'énergie, la première dans l'eau , à 0" , la seconde dans le même liquide, à 30». De ces faits on pourrait conclure que les substances chaudes se prêteraient moins .i l'absorption que les substances froides. Cependant, l'opinion contraire prévaut généralement. On redoute l'efTet astringent des corps froids. INI. RuUier assure que , chez plusieurs enfans, il n'a pu faire réussir la vaccine qu'à l'aide d'un bain chaud. M. Lembert regarde aussi l'emploi préalable du bain comme favorable à l'endermie. Encore donc une question que de nouvelles expériences auront à résoudre.

Pour que la peau s'empare d'une substance qui lui est présentée , il ne suffit pas que celle-ci soit dans un état physique convenable , il faut aussi qu'elle soit absorbable de sa nature, t^eci nous conduit à récapituler sommairement les substances qu'on est parvenu à faire absorber.

On ne peut rien conclure des observations de Chrestien sur \'(icétate de potasse , cet auteur l'ayant joint toujours à d'autres médicaraens. Cependant il faut noter que ce sel, endermiquement appliqué, a provoqué d'abondantes émissions d'urine. L'absorption de Viic.iJe lijdfo-sulf'urique et de l'acide cuvboiiique a été positivement démontrée , comme nous l'avons vu plus haut, par Chaussier et M. Collard de Martigny. Les frictions avec la teinture A'aLoès ont produit des évacuations alvines. M. Kapou dit avoir obtenu des effets caïmans de fumigations avec Vassa fœlida qui , suivant M. Lembert , réussit très-bien par ie derme dénudé. Les frictions sur les paupières avec l'extrait de belladone agissent sur la rétine. Des douleurs, des névralgies de diverses natures, des coqueluches ont été guéries au moyen de pommades faites avec cet extrait , par les docteurs Henry, Chevalier, Will, Piéper , etc. Employé sous la forme d'emplâtre, il a dissipé, dit-on, des engorgemens des testicules et du sein. Des fumigations sèches , avec le benjoin , communiquent quelquefois, ainsi que je l'ai remarqué, son odeur à 1 haleine. J'ai fait aussi cette remarque a l'égard du camphre. Jean de Lathan a le premier publié des observations d'affections catarrhales de la vessie , guéries par des frictions avec l'huile camphrée. On trouve dans l'ouvrage de Chrestien un grand nombre d observations où l'on voit le camphre étendu dans la salive ou dissous dans l'eau devie, guérir ou apaiser des irritations tie l'appareil génito-uriuaire , des érections douloureuses du pénis, des fièvres de diverse nature, des ihumalismcs , etc. MM. Dupasquier et Delorme l ont employé en fumigation avec succès contre des rhumatismes aigus. Dissous dans le vinaigre , il paraît avoir réussi au docteur Maldonado dans des engorgemens du foie. M. Dalle vante l'application extérieure du camphre pour faire passer le lait des nouvelles accouchées. Je tiens de mon excellent ami M. le docteur Lemaire, que cette pratique est populaire en Russie. Chrestien n'a que trop éprouvé sur lui-même l'action que les caniharides suspendues dans de la salive peuvent exercer sur la vessie. On a fait des pommades avec le casLorèum. Ses effets par l'endermie font penser qu'il réussirait iatraleptiquement. M. le docteur Mcrgaut a vu des accidens graves résulter de l'application de cataplasmes avec les feuilles fraîches de grande ciguë , et le docteur Gumpert a guéri par l'usage extérieur de la teinture de semence de colchique des douleurs goutteuses et rhumatismales : j'ai vu l'emploi de linimens aqueux et graisseux avec les mêmes semences produire une irritation forte du gros intestin.

Des observations publiées par Chrestien prouvent que l'emploi extérieur de la co/o<7Mi/2ïe provoque dans certains cas les garderobes et les urines, et semblent prouver qu'il peut faire disparaître des délires, avec ou sans fièvre, même de véritables manies. Les frictions avec la digitale en teinture ou suspendue soit dans le suc gastrique, soit dans la salive , ou encore à l'état frais , ont souvent réussi entre les mains de Brera , de Chrestien et de beaucoup d'autres , à faire couler les urines et disparaître des hydropisies. .Scherwen dit avoir obtenu par Vérnétique en friction des évacuations alvines, le vomissement, et avoir augmenté la sueur et les urines. Les effets diurétiques et diaphorctiques sont, avec une sorte d'excitation fébrile, les seuls résultats qu'ont obtenus de cette pratique John Harn, médecin de Philadelphie, et Fayer. La pommade et les emplâtres stibiés provoquent rarement le vomissement, s'il est vrai qu'ils le provoquent, et il résulte des essais de M. Lembert que l'émélique ne le provoque pas davantage par l'endermie. Ce jeune expérimentateur n'a obtenu de lui que des sueurs et des selles abondantes. Quanta Viode et à ses préparations , le doute à leur égard ne serait plus permis. Les guérisons de goitres et d'engorgcmens scrofuleux par la pommade hydriodique , les observations de M. Biett sur les iodures de barium et de soufre , ainsi que sur le proto-iodure de mercure, prouvent évidemment leur absorption parla peau. J ajouterai I hydriodate de fer, qui m'a très-bien réussi contre des engorgemens lymphatiques. Il est constant aussi cjue certains effets généraux produits par l iode à l'intérieur, comme l'amaigrissement, l'affaissement des mamelles et l'altération delà voix, résultent également de l'usage iatraleptique de ce médicament.

lATRALEPTIE.

lATRALEPTIE.

Ce qu'on n dit sur 1 introduction du jalaj> par la peau aur;ilt besoin de vérification. Je ne parlerai pas du mercure , chacun sachant c(ue ce médicament, celui qu'on a le plus employé h Textcrieur , est susceptible d'êlre ubsorbé à l'état pur, à celui de proto et de deuto-chlorure , d'iodure , de sidiure , etc. Brera a employé le muic dans le suc gastrique, et M. Rapou en l'umiyatiori. Après le mercure, c'alYopium que la méthode iatraleptiquc a le plus souvent utilisé. Pour le présenter à la peau , Cbrestien se servait exclusivement de l'eau-de-vie ; Brera et Chiareiiti employaient le suc gastrique et la salive seuls ou conjointement avec l'axonge. Souvent l'eau et surtout l'huile lui servent d'excipient. On aussi administré des lumigations d'opium , s<iuf que quand on 1 a employé sous cette dernière forme trop peu mise en usage pour qu'on puisse la juger, l'opium s'est toujours montré facile à l'absorption et conséquemment modificateur plein d'énergie. L'or , si préconisé par Chrestieu, n a ele le plus souvent appliqué que sur la membrane interne de la bouche ou de I.i vulve. Ccpentlant cet auteur rapporte un cas de syphilis où une pommade contenant un huitième de muriate d'or l'ut employée avec succès en frictions sur la plante des pieds, suivant la méthode de Cirillo. On a souvent fait pénétrer le (/uinrjuiiia par la peau. Le témoignage d'une foule d'auteurs et particulièrement de Chrestien attestent les succès de cette méthode. Presque toujours on s'est servi de la teinture qui , dans plusieui s occasions , m'a rendu de véritables services. On a- aussi employé, mais rarement, la ])oudre ellemême étendue dans un excipient. Bartluz a , suivant la méthode du docteur Pye , fait porter avec avantage une chemise composée de deux toiles très-fines entre lesquelles cette poudre avait été introduite. M.dgré les expériences de Cliiarenti sur les frictions avec la rhubarbe macérée dans du suc gastrique , il faudrait, poiu- que ses effets purgatifs fussent incontestables, de nouvelles observations. J'en dirai autant des frictions avec la scuminonée. L'ellicacilé de celles avec la sciUe a pour elles le témoignage d'un grand nombre d'auteurs, particulièrement de Chiarenti , Brera , Ballei ini et de ftliM. Alibert et Dumcril. La part vraie que l'absorption peut avoir dans les résultats des f(miigalions sulfureuses, est encore à faire. M. llapou parle des ell'ets sédatifs de celles faites avec le succin , et plusieurs auteurs assurent que les frictions avec la décoction de tabac excitent le vomissement.

La présentation des médicamens à la peau se fait de plusieurs manières , qui foutes se résument en deux principales : 1» l'application pure et simple; 2° l'application avec frictions.

On tait une application simple de l'opium , de la ciguë, de la jusquiame, de I.i belladone, etc. , quand on en compose ou qu'on en saupoudre des emplâtres, beaucoup d'auteurs, Massa entre autres , ont recommandé l'usage d'emplâtres niercuriels. Jean de Vigo prétendait que son emplâtre valait mieux que les frictions, et il est de fait qu'il procure promptemint la salivation. On a été jnsqu a faire des sortes de vètemeus avec cet emplâtre. L'introduction des médicamens par celte méthode a l avantage de pouvoir être circonscrite sur un I point quelconque de la peau , et de permettre de les présenter dans un grand ï ctat de concentration : mais aussi leur résultat est incertain , lent à se produire, I et souvent compliqué, entravé par des inflammations érysipélateuses ou pustu- I leuses de la peau.

I Les bains générau.x ont été fréquemment employés comme un moyen d'in- I troduction. Les résultais que l'on a obtenus des bains de sublimé suffiraient pour établir qu'ils peuvent servir à cet usage. On a vu ces bains non-seulement guérir des affections syphilitiques , mais provoquer 1 irritation des gencives , de l'estomac et des intestins. Les bains ont cet avantage , de solliciter l'absorption par toute la surface du corps; mais c'est aussi ce qui constitue leur principal inconvénient. La présentation du médicament se faisant par eux sur une grande échelle , on a toujours à craindre , vu les dispositions variables et toujours inconnues de la peau, de rester en deçà de beaucoup, et surtout d aller bien au delà de ce qu'on voudrait obtenir. Ajoutons que l efi'et topique souvent inutile ou contraire du bain, et l'inconvénient qu'il a d être embarrassant et quelquefois dispendieux, sont aussi ries obstacles à son emploi.

Les applications sous forme de bain local , de fomentation , de cataplasme , sont un moyen d'introduction qui , sans être puissant , n'est pas cependant à «lédaigner. J'ai vu plus d'une fois des effets prononcés résulter de l'application d un cataplasme arrosé de laudanum. Il y a peu à compter sur les lotions dont le contact dure trop peu , ou qui , lorsqu'on les prolonge , sont désagréables et exposent à des refroidissemens. Cependant Matlhiole imité depuis par Auger Ferrier , Félix Plater et Etienne Blancard , a traité la syphilis au moyeu de lavages avec une solution de sublimé. Les onctions , et en général l'application simple de corps gras , pourraient , depuis les expériences de M. Collard de Martigny , être suspectées d'inertie, sans les bons résultats qui ont été obtenus de l'application simple de l'onguent mercuriel dans l'aisselie , non-seulement par le docteur Scatigna de Naples , invecteur de cette méthode , mais par notre savant collaborateur M. Lallemand et M. le docteur Lagneau

Les frictions facilitent-elles l'absorption d'un médicament? Cette question est généralement résolue par l'affirmative, et on peut dire que l'expérience a presque légitimé cette solution. Cependant lorsqu'on en recherche les bases, on est porté à croire que la démonstration n'est pas complète et que la (jucstion gagnerait à être reprise.

On a dit que les frictions , en excitant la peau , provoquent l'absorption : mais pourquoi ne provoqueraient-elles pas aussi bien l'exhalation ? On peut dire encore qu'elles multiplient les points de contact du corps présenté avec la peau , et qu'elles le font pénétrer par une sorte d'action mécanique : ces raisons , qui ne sont pas sans valeur , en auraient davantage si le mécanisme de

l'absorption était réellement connu. On pourrait dire aussi que les substance» disparaissent plus promptemcnl quand on les applique en frictions. Cette raison est puissante , surtout quand il s'agit de substances peu volatilisables , comme les corps gras. Il est au surplus peu probable que les succès non équivoques obtenus avec des poudres sèches de scille et de digitale, étendues dans de la salive , eussent été produits de même, sans frictions.

M. Collard de Martigny a cherché à déterminer quelles sont les parties de la peau qui absorbent le mieux. Ses expériences consistaient à appliquer simultanément sur diverses parties de cette membrane une goutte d'eau protégée par un verre de montre : il en a conclu que les endroits où l'inhalation est le plus active sont , toutes choses égales d'ailleurs, la paume des mains et la plante des pieds , le voisinage des articulations , la poitrine , le dos , et la partie interne des membres ; cette fonction lui a paru à peu près nulle à la partie externe des membres , sur le dos de la main et celui du pied. Ses résultats , qui s'accordent avec ceux que l'endermie a présentés à M. Lembert , confirment expérimentalement la préférence accordée dans tous les temps à certaines portions de la peau

L'aisselle , qu'on a trop rarement préférée , mérite cependant une des places les plus tlistingiiées comme lieu d'élection. D'abord elle a cet avantage, qu'aucun autre point de la peau ne (>résente , qu'on peut y enfermer, en quelque sorte , le médicament que l'on veut faire absorber. L'activité avec laquelle l'absorption se fait en cet endroit ne le recommande pas moins. Il est constant que l'onguent mercuriel que l'on dépose dans l'aisselle y disparaît complotemenl. J'ai vu des pommades opiacées y éprouver le même sort dans l'espace de douze à qualorze heures. Deux fois j'ai dissipé avec une promptitude étonnante , des douleurs rliumalismales très-aiguës de l'épaule , par l'application du camphre dans l'aisselle. M. Dupasquier a rapporté un fait semblable dans la Ixcinie médicale. On a aussi choisi le périnée comme lieu d'absorption. Le docteur Crescimone y faisait pratiquer des onctions avec une pommade au sublimé.

Il est à noter que les parties de la peau qui absorbent le mieux sont aussi celles qui tianspiri'nt le plus. Cette remarque fournit le seul signe pour discerner à yu/ i'o/t les personnes chez lesquelles l'iatraleptie a le plus de chances de succès. Généra lement on pense que l'activité de l'absorption est en raison inverse tle l'âge. On estime qu'elle a plus d'activité chez les femmes , sans doute à cause de la finesse de leur peau : aussi emploie-t-on pour elles une dose moindre d'onguent napolitain. L'absorption passe pour être plus active le soir et la nuit ; ce qui a fait préférer, par Cirillo et la plupart des auteurs , le soir pour opérer les frictions. Cette opinion s'accorde mal avec cette autre, aussi généralement admise, que l'absorption cutanée est peu active pendant la digestion : ce qui conduirait à faire préférer le malin. Enfin, comme il paraît démontré que l'absorption est en raison inverse de l'exhalation, on doit éviter tout ce qui peut activer celte dernière , quand on veut introduire des médicamens par la peau.

I^e plus souvent on choisit, pour pratiquer l'iatraleptie , une des régions de la peau qui sont le plus voisines du mal qu'on veut guéri.-, de l'organe qu'on veut modifier : cette préférence , conçue d'abord à pj'iori , aurait besoin, pour être complètement justifiée, d'expériences , d'observations nouvelles. M. Bally croit avoir observé que les médicamens ont une action d'autant plus énergique que la surface absorbante est plus rapprochée des centres nerveux. Une opinion à peu près semblable a été émise par M. Lembert. Suivant lui, l'action des substances absorbées dans l'endermie est d autant plus intense que le lieu d'élection est moins loin de l'organe qu'on veut modifier. Une circonstance que présentent les faits rapportés par Chaussier sur l'empoisonnement par l'acide hydrosulfuriquc , tend à confirmer cette opinion : les traces si remarquables de cet empoisonnement n'existaient que dans les tissus sous-cutanés ; et , lorsqu'un seul membre avait été exposé au contact du poison , on ne trouvait que dans le tissu sous-cutané de ce membre , les traces dont il s'agit.

La peau , considérée comme agent d inhalation , est évidemment inférieure aux membranes muqueuses et aux tissus entamés. L'épiderme est comme une barrière qui ralentit l'absorption du médicament présenté , qui la rend incertaine, ou même que ce médicament ne peut quelquefois franchir. Ce n'est pas à dire qu'il faille renoncer à obtenir des effets prompts de l'iatraleptie, et qu'elle ne permette pas il'arriver à un calcul plus ou moins approximatif de doses. Ces idées seraient contredites par une foule d'observations et la pr.itique de tous les jours. La seule chose vraie , c'est que l'absorjilion se faisant avec moins de promptitude et d'une manière moins complète par la peau que par les membranes muqueuses, et surtout que parles tissus entames, il faut, toutes choses égales d'ailleurs , préférer ces dernières voies quand on veut agir vite, et quand on préfère la peau , lui présenter une dose plus forte de médicameiit.

Les résultats de l'absorption d'un médicament différeraient-ils, celui-ci ayant été absorbé par la peau , de ce qu ils eussent été si son introduction avait eu lieu par une autre voie ? La chose est peu probable. Un grand nombre d'expériences , particulièrement celles de M. Orfila , montrent que l'action d'une substance absorbée peut varier en intensité suivant la surface qui a servi à l'introduire ; mais qu'à cela près , cette action est toujours la même. D'autre part, Chrestien et Rogéry assurent que la digitale introduite par la peau , ne ralentit jamais le pouls. Il faudrait au surplus , avant de tirer des conclusions de ce fait, le constater de nouveau. L'espoir donc d'obtenir par V absorption des effets spéciaux ne peut , clans l'état actuel de la science , régler le choix à faire entre les trois voies d'introduction.

Il n'en est pas de même des effets topiques. Ceux-ci présentent des différences infinies, suivant la surface qu'on u préférée; et, comme en dernière analyse, ils

lATRO-CHIMlE.

ICHTHYOSE.

ont leur part , souvent la plus grande part dans l'action finale du médicament , ce sont eux qui , dans le plus grand nombre des cas, règlent le choix de la surface où il doit être applique. Il faut , quand on veut mettre à profit l'absorption d'un médicament, le présenter là où son effet topique contribuera au résuUot qu'on veuf obtenir, ou au moins ne le contrariera pas. Il faut, à plus forte raison , éviter les surfaces où son application ajouterait au mal qu'on veut guénr. C'est par suite de ce calcul d'inconvéniens et d'avantages, que l'ialraleptie mérite souvent la préférence qu'on lui accorde.

" Protégée par son cpiderme , la peau est peu susceptible d'éprouver les effets topiques ; et ces effets, quand ils s'y montrent, vont très - rarement au-delà d'une inflammation sans gravité. Aussi les résultats qu'on obtient de l'absorption des médicamens par elle sont- ils , en général , plus francs et moins chèrement achetés. Appliqués sur un tissu entamé , sur le derme , par exemple , après qu'on l'a mis h nu, ils causent souvent une irritation telle qu'il faut en discontinuer l'emploi. L'effet topique des médicamens siu- les organes du goût excite chez un grand nombre de malades , et surtout chez les enfans, une répugnance si grande qu'elle ne peut être surmontée. D'autres fois , la déglutition n'est pas possible, ou bien c'est l'estomac qui se révolte contre la substance qu'on y ingère, et qui la rejette aussitôt. Combien sont nombreuses les maladies de l'appareil digestif qui seraient rendues plus douloureuses , plus intenses , mortelles même , par l'ingestion de médicamens dont cependant l'absorption , par cet appareil , serait de la plus haute utilité ! Très-souvent, c'est le régime alimentaire que l'introduction du médicament dans les voies alimentaires viendra contrarier. On craindra que le médicament ne trouble la digestion , ou que celle-ci ne retarde, n'empêche, ne dénature l'action du médicament. Et alors, il faudra sacrifier ou le médicament au régime , ou celui-ci au médicament. Oui sans doute , on porte moins rapidement et plus irrégulièrement dans l'économie les substances médicamenteuses par la peau que par l'appareil digestif; mais quand, en recueillant mes souveniis, je récapitule les nombreux inconvéniens que j'ai vus en voulant faire absorber des médicamens par cet appareil , ma conviction est que dans une multitude de maladies , non-seulement chroniques mais aiguës , on ne iloit y avoir recours que comme pis-aller, ce ([ui est précisément le contraire de la tactique qui est le plus généralement adoptée.

L'endermie ne présente pas , il est vrai, les inconvéniens, les dangers sans nombre dont il vient d'être question. Même elle est éminemment supérieure à l'iatraleptie , et à l'introduction parles membranes muqueuses , en cela qu'on obtient par elle des effets beaucoup plus prompts , qu'elle permet de calculer les doses avec plus d'exactitude, et d'arrêter l'absorption , s'il y a lieu , quand elle n'est pas encore achevée. Mais aussi , l'utilité de l'endermie est limitée par des impossibilités nombreuses. lî faut, le plus souxent, créer une surface, et il n'est pas rare de rencontrer des répugnances , des préjugés qui s'y opposent. Comme on ne peut créer (pie des surfaces assez étroites, on ne peut y déposer que des médicamens dont l'action est grande sous un petit volume, ce qui restreint infiniment le nombre de ceux qu'on peut choisir. Encore, parmi ceux-ci, en est-il beaucoup dont le contact est si douloureux qu'il faut y renoncer. Souvent ce contact irrite e! dénature la plaie au point de la dessécher, ou d'empêcher qu'elle absorbe. L'endermie est donc un moyen d'introduction extrêmement borné ; c'est cela qui fait le principal prix de la méthode iatraleptiqiie.

En résumé, cette méthode d'introduction qui , considérée sous le rapport de la rapidité et de la certitude des effets , est inférieure à l'endermie et à l'absorption par les membranes muqueuses , leur est éminemment supérieure par la nullité , la faiblesse ou le peu de gravité de son action locale. De plus , elle permet l'usage d'une foule de médicamens que l'endermie ne saurait utiliser.

( Léop. Dkslakdes.)

lATRO-riHlMIE. On doit entendre par ce mot l'application des théories chimiques à l'explication des faits de la médecine. Comme il s'opère incessamment au sein de Téconomie vivante des phénomènes moléculaires , on conçoit que l'on a dû nécessairement chercher à les expliquer par les connaissances déjà acquises sur les phénomènes du même genre que nous présentent les corps privés de la vie. Mais les phénomènes de la chimie vitrante sont, pour la plupart, tellement compliqués, tant délémens s'y pressent et s'y confondent , que leur théorie complète et rigoureuse est le plus souvent au-dessus de nos efforts.

On sent combien il est facile de commettre des erreurs quand on s'occupe de la solution de problêmes à tant d'inconnues, surtout si l'on lente cette solution jnématurément. Aussi , depuis Paracelse , Sylvius de le Boë , que de doctrines chimiques sont tombées pour ne plus se relever ! Toutefois , il ne faut pas se décourager : en multipliant les expériences , en perfectionnrnt les méthodes d'exploration , en ne tirant des faits cjue les conclusions incontestables qu'ils renferment, nous pourrons , avec le temps, faire rentrer dans la catégorie des théories chimiques , les plus certaines , un assez bon nombre des actions soit normales, soit morbides, dont le corps iiumain est le foyer. 11 faudrait être animé d'un esprit bien étroit de vilalisme , pour penser autrement; heureusement que, comme nous l'avons déjà dit dans ce Dictionnaire , le temps de fous les systèmes exclusifs est passé sans retour, et, moins que tout autre aujourd'hui , le vitalisme pur oserait essayer de nous imposer ses lois.

J'ai fait voir dans d'autres articles de cet ouvrage {voyez Acrimonie des humeurs , HuMonisMF.) quelles étaient les imperfections inévitables des anciennes théories chimiques de certains phénomènes de l'organisme ; je n'y reviendrai point. Aujourd'hui que la chimie prête son flambeau à la médecine , sans prétendre constituer à elle seule toute cette immense science , il serait assurément d'un haut et puissant intérêt de rassembler en faisceau les faits qui démontrent

jusqu'à quel point une application bien entendue de la chimie à la médecine , a j concouru aux progrès de cette dernière. Mais un tel travail dépasserait de beaucoup l'étendue de l'article qui nous est confié. Qu'il nous suffise de dire que de toutes les parties de la pathologie (la physiologie n'est pas du ressort de ce Dictionnaire) que la chimie a le plus éclairées , la toxicologie ou l'histoire des poi- } sons est sans contredit celle qui occupe le premier rang. Parmi les productions \ accidentelles , il en est quelques unes (le pus, les tubercules, la raélanose, etc.) dont l'étude doit beaucoup déjà aux recherches chimiques dont elles ont été l'objet. On doit regretter que ces recherches ne se multiplient pas davantage : ce qui lient d une part aux difficultés qui leur sont inhérentes , et d'autre part, à ce que de sufïisans encouragemens n'attendent pas les talens spéciaux qui pourraient s'y consacrer. Personne n'ignore ce qu'a fait la chimie pour l'histoire d'une foule de concrétions qui se forment dans l'intérieur de l'économie, et spécialement dans certains réservoirs , tels que la vessie urinaire , la vésicule biliaire , etc.

Et qu'on ne croie pas, avec certains médecins dont la vue intellectuelle prend | l'horizon qu'elle embrasse pour les bornes du monde médical; qu'on ne croie pas , dis-je , que de bonnes explications chimiques en médecine ne seraient d'ailleurs que curieuses et nullement utiles ou applicables à la pratique. Non;

la connaissance e.\acte de la nature des maladies, est une donnée des plus im- . portantes pour la thérapeutique rationnelle à la lois et expérimentale ; et s'il est vrai, comme l'a dit le grand Bichat , que tous les systèmes thérapeutiques sont subordonnés aux doctrines pathologiques qui vejluent pour ainsi dire sur eux , il est évident que ce reflux , invinciblement funeste , quand les doctrines pathologiques sont erronées, est au contraire utile, dans le cas opposé ; c'est-àdire quand le traitement est légitimement déduit de la connaissance formelle ,

claire et positive de la nature de la maladie. \

N'est-ce pas à une connaissance de ce genre que notre thérapeutique chirur- jj

gicale est redevable de cette puissance et de cette solidité dont nous sommes J

justement si fiers ? Mais on peut puiser dans la médecine elle-même la preuve |

de ce que nous soutenons ici. Certainement, on ne niera pas que le traitement |

des empoisonnemens ne repose essentiellement sur la connaissance de la nature |

des poisons dont il s'agit de neutraliser la funeste activité. Enfin , si quelqu'un y doutait encore de l'importance théra|ieufique qui se rattache aux connaissances

chimiques dont peut s'être enrichie 1 histoire de certaines maladies , nous reii- j

verrions cet incrédule à l'excellent article Gravelle que M. Magendie a inséré ij

dans ce Dictionnaire , et certainement il se convertirait à notre opinion. ;

En résumé, ce serait commettre un contre-sens pathologique, que de vou- :

loir tout rapporter dans l'économie vivante aux lois de la chimie ; mais ce serait || commettre un contre-sens encore plus grossier peut-être , que de vouloir pros-

crire toute espèce d'application des théories chimiques aux phénomènes phy- ji

Siologiques et pathologiques : Iliacos inlrà muras peccalur et extra. j|

(J. BOUILLAUD.) ij

ICHTHYOSE;, s. f. ; icluhjosis; A'tyO-)!,^ poisson; altération chronique de la jj

peau, bornée à une seule région, ou étendue à presque toute la surface du 1 corps , caractérisée i)ar un développement morbide de papilles et un épaississe-

ment des couches épidermiques , qui semblent formées de petits compartimens ji

irréguliers , qu'on a comparés à des écailles de poisson. \ \

§ 1. 1. Lorsque l'ichlhjrose s'étend à presque toute la surface du corps , c'est h

toujours aux endroits où la peau est naturellement plus épaisse et l'épiderme |i

plus rude, autour des articulations, à la partie antérieure et externe des membres | '

inférieurs, au devant de la rotule, à la partie postérieure de l'olécràne, etc., que p

l'épiderme altéré acquiert le plus d'épaisseur, l'artout ailleurs, l'espèce de couche 1 1

accidentelle qu'il forme à la surface de la peau est beaucoup plus mince; elle mau- j I

que ordinairement sur le prépuce et les paupières, aux aines, aux aisselles, etc., j :

enfin, sur tous les points où la peau est douce et d'une grande finesse. On ob- 'i

serve aussi très- rarement ce développement morbide de l'épiderme à la plante jj

des pieds et à la paume de la main, et toujours à un moindre degré. j ,

2. A l'époque de la naissance, l'ichthyose congéniale est ordinairement peu jj

ap])arente. Cependant il existe dans le Musée anatomicjue de Berlin un fœtus ( i

monstrueux , dont toute la surface du corps est recouverte par une couche i :

épaisse d'épiderme. Par suite de cette formation morbide , la peau a pris une il

épaisseur de plusieurs lignes. L'épiderme , qui parait participer seul à cette | j

altération , présente de nombreuses fissures qui donnent à la peau l'apparence j I

d'une cuirasse. Cette singulière conformation a été décrite par M. Stcinhausen. i i

( De singulari epidermidis deformalione , Berlin. — Gazette médicale , 1831 ; i j

tom. 2, p. 10.) i 1

3 Chez les nouveau-nés , qui doivent être atteints plus tard d'ichthyose , la i|

peau , au lieu de présenter cette finesse et ce poli (]ue l'on observe chez l'en- \ '

faut , parait terne, sèche , et comme chagrinée. L'ichthyose s'annonce par des | ■

caractères moins équivoques dans les deux premiers mois de la vie : la peau se . j

couvre de petites parcelles d'épiderme , inégales , ternes et grisâtres , et pre- ,

sente, au toucher, une rudesse analogue à celle que l'on observe chez quelques »

vieillards. Cette altération de l'épiderme peut persister , à ce léger degré , toute 1 la vie , ou acquérir, avec les progrès de l'âge , plus de développement.

4. L'ichthyose peut se présenter quelques mois après la naissance avec des I

caractères plus fortement dessinés. Après avoir passé par divers degrés inter- :

médiaires d'épaississement , la couche épidermique semble divisée en petits |

compartimens irréguliers , dont l'aspect a certainement plus d'analogie avec la ^

peau des pattes de poule qu'avec les écailles des serpens. Cependant M. Ali- i

bert a désigné cette variété d'ichthyose sous le nom à'ichthyose nacrée serpen-' < line.

JCHTHYOSE.

ICHTHYOSE.

5. Lorsque le développement de cette maladie est encore plus considérable, elle se montre sur les membres surtout dans le sens de l'extension, sous la forme d'une couche épidermique épaisse, comparée par plusieurs palhologistes à '^'écorce de certains arbres. Comme dans les deux premières variétés , la couche épidermique parait composée de petits compartimens fort irréguliers, non imbriqués , n'ayant pas plus de deux à trois lignes de diamètre , d'autant plus larges qu'ils sont plus minces, d'un gris terne ou terreux; dans quelques cas rares, ils sont luisans et comme nacrés , et plus souvent d'un brun foncé. La rudesse de la peau est telle, que la main promenée à sa surface éprouve une sensation analogue à celle que produit le contact d'une lime ou d'une peau de j:hagrin très-âpre , ou celui du dos de quelques poissons ( ichthyose nacréa cyhriiie, Alibert). Ces squames peuvent être détachées sans occusioner de doueur , si l'on en excepte toutefois les plus larges qui sont plus adhérentes , et lont l'avulsion occasione quelquefois une sensation désagréable. Dans tous les lias, qu'elles aient été détachées par le frottement ou de toute autre manière, elles ne lardent pas à se reproduire.

6- Il existe une quatrième variété d'ichthyose fort rare et très-remarquable, bn a vu des personnes dont la peau était couverte de petits appendices nompreux et saillans , qu'on ne pouvait arracher sans provoquer de douleur ou un juinteuicnt d'une humeur roussatre ou sanguinolente. Ces appendices ou pi- \juaiis sont souvent blanchâtres à l'intérieur et noirs à leur surface. Un des exemples les plus curieux de cette singulière altération de la peau est celui (lu'off'rit un homme né en 1710, dans le comté de Sufî'olk en Angleterre, et au- [juel on avait donné le nom d'homme porc-cpic. Toute la surface de son corps était chargée de petites excroissances en forme de pi()uans. Le visage, la paume [les mains et la plante des pieds étaient les seules parties qui n'offrissent pas de piquans. Ces appendices , d'un brun rougeâtre , étaient durs et élastiques, au point de faire du bruit lorsqu'on passait la main à leur surface. Ces piquans, iipparus deux mois après la naissance, tombaient chaque hiver pour reparaître au printemps. Cet homme, au reste, se portait très-bien ; il a eu six enfans , qui tous ont été couverts des mêmes excroissances. La main d'un de ces enfans |h été figurée dans les Glanures d' Edwards [Clearing of natural historj-, Londres, tom. i,pag. 758; II, 1760 ; m, 1764 , in-4°, pl. 212), et la maiu du père a été représentée dans les Transactions philosophiques ( vol. lix , pag. 21 ). [Plusieurs savans ont parlé de cette race (ÏUomme porc-épics , d'après u)ie labiille assez connue , sous le nom de Lambert. Deux frères de cette famille, dont tous les mâles ont le corps couvert d'épines et d'écaillés , ont été observés Ipar M. GeofTroy-Saint-Hilaire. L'un était âgé de 22 ans et l'autre de 14. L'aîné ^vait le corps enlièrement épineux , si l'on exceptait la tête et le dedans des mains et des pieds. Le cadet était nu en quelques endroits , parliculièiement à la poitrine ; mais des taches brunes indiquaient assez qu il deviendrait, avec [l'âge , aussi couvert d'épines que son frère. Les épines sur le dessus de la main étaient très-larges et pouvaient être compai ées pour leur diamètre aux tuyaux des porc-épics; celles qui entouraient les mamelles ressemblaient davantage à des écailles : c'étaient de petites lames longues , très nombreuses, extrêmement trapprochées , et qui étaient verticalement implantées dans la peau. Cet épaisisissement de l'épiderme et des poils était l'effet d une maladie qui s'était transmise par voie d'hérédité , mais seulement de mâle en mâle. On comptait déjà cinq générations atteintes de ce vice de conformation. [Bulletin d>'s sciences par la société philomaticjuc , i\° 67, page 145, an 11 de la République. )

7. Les ichlhyoses locales et accidentelles constituent une cinquième variété bien distincte des précédentes, et dont le mode de développement a la plus j grande analogie avec celui des cors ; telles sont les ichthyoses bornées a la partie antérieure et inférieure de la cuisse, développées chez les cordonniers sur les points qui ser\ ent d'appui aux souliers lorsqu'on les fabrique et qu on les cloue ; telles sont encore celles qui se forment au coude chez les imprimeurs de papiers peints ou sur l'articulation du coude-pied chez les frotteurs, etc.; enfin, j'ai observé chez un homme , d'ailleurs bien portant , un développement morbide des papilles , et un cpaississement considérable de l'épithélium de la langue tout-à-fait analogues àceux qui caractérisent les ichthyoses cutanées locales. I 8. Pendant les chaleurs de l'été, la peau se dépouille quelquefois des producnjons épidermiques accidentelles propres aux diverses variétés d'ichthyose générale; mais les squames se reproduisent constamment à l'approche de l'automne : on a même observé cette desquamation dans d'autres saisons. La peau , dépouilii lée de ses squames, ne présente aucune trace d'inflammation , soit que la chute Ij de l'épiderme ait lieu sous leur influence, ou qu'elle ait été produite par des bains de vapeur ou tout autre remède externe : sa couleur est naturelle ; seulement I les petits sillons cjue l'on remarque à sa surface sont plus prononcés que dans I l'état sain. Les sécrétions perspiratoires et folliculeuses sont nulles ou inappréj ciables.

9, L'ichthyose n'est accompagnée ni de démangeaison , ni d'autres sensations morbides. Elle ne paraît avoir aucune influence fâcheuse sur la constitution. J'ai vu plusieurs individus atteints de la première ou de la troisième variété qui jouisil «aient de la santé la plus parfaite et la plus robuste ; il est probable que la pers- 1 piration pulmonaire et la sécrétion urinaire suppléaient chez ces individus au ' défaut de perspiration cutanée : cette dernière est quelquefois très-abondante à ' la paume des mains et à la plante des pieds.

j ■ 10. Les individus affectés d'ichthyose peuvent être atteints d'inflammations ai- [ guës de la peau. J'ai publié l'observation d'un jeune homme âgé de vingt-trois J ans, affecté d'une ichthyose congéniale et qui mourut d'une variole confluente. { Traité des Maladies de la Peau , t. i , pag. 404 ). L'homme porc- épie observé p.ar Baiser contracta la petite vérole ; sa peau fut momentanément débarrassée

DiCT. DE MÉDECIME et DE ChIUHIIGIE PnATUJUES.

de squames, qui ne lardèrent pas à être reproduites. J'ai vu aussi l'iclithyosn modifiée par le développement d'une maladie intérieure , pendant la([uelle les squames devinrent plus minces , la peau fut moins sèche et moins rugueuse, etc.; mais l'ichthyose reprit tous ses caractères, après la guérison de l affecUon qui l'avait accidentellement compliquée.

§ II. J'ai soumis a la macération des morceaux de peau provenant d'individus affectés d'ichtliyose. Les petits compartimens dont se compose la couche épidermique épaisse qui imprime à celte maladie ses caractères extérieurs , peuvent être facilement détacliés de la peau , sous la forme d'une membrane grisâtre ou noirâtre , im|)régnée de pigment chez les hommes porc-cpics et peu colorée dans les autres variétés. Ces petits compartimens ne sont point imbriqués les uns sur les autres , comme les écailles de poisson : la dénomination d'ichthyose , prise dans son acception grammaticale, exprimerait une erreur anatomique. M. ïilésius a procédé à quelques essais sur la nature chimique de la couche épidermique superficielle, épaisse et noirâtre, qui se détachait par écailles de la surface du corps des frères Lambert. M. Baniva a depuis assuréque la substance des écailles n'était autre chose que de la gélatine devenue solide et dure par son union avec une certaine proportion de phosjihate et de carbonate calcaires. M. Delvaux a reconnu, en outre , qu'elle contenait du carbonate de fer et de la silice ; et qu'ainsi ces squames fournissaient les mêmes principes que les ongles , les cheveux et les productions épidermiques en général. Enfin j'ai constaté expérimentalement que cette couche avait les mêmes propriétés physiques et chimiques que l'épiderme. Le D'' Good, qui l'a désignée improprement sous le nom tTincruslation, a supjiosé qu'elle élait formée par des excrétions cutanées contenant un excès de matière calcaire [Siudjr oj" medicine J in-8", t. 4 , pag. 591 ). Au dessous de cette première couche épidermique , ordinairement colorée par du pigment , on en trouve une seconde d'un blanc sale ou grisâtre.

2. Les lignes ou sillons que le chorion présente à sa surface externe sont beaucoup plus prononcés que dans l'état normal. Les éminences papillaires , toujours plus apparentes que sur la peau saine , sont quelquefois très-développées : c'est à leur hypertrophie que Tilésius attribue la production de la couche épidermique chez les hommes porc-épics. J'ai constaté l'existence de cette hypertrophie dans les quatre premières variétés d'ichthyose. Ce développement, coïncidant avec l'èpaississement des couches épidermiques , rappelle un fait analogue déjà observé dans un grand nombre de verrues cutanées.

3. Tilésius assure que, chez les frères Lambert , les follicules sébacés étaient obstrués et remplis d'une matière épaisse. Ces petits organes étaient très-peu apparens et imperceptibles sur plusieurs points , chez les individus atteints d'ichtliyose que j'ai examinés. Dans un cas particulier, observé par le D^ Martin , les follicules pileux et leurs appendices étaient Irès-développés. Enfin le derme m'a paru constamment plus épais, plus dur et moins aréolaire que dans l'état naturel.

4. Dans le petit nombre de cas où l'on a pu examiner les corps d'individus atteints d'ichthyose et morts accidentellement d'une autre maladie, on a observé des altérations organiques différentes par leur siège et leur nature : aucune d'elles n'a paru liée au développement ou à l'existence de cette afl'ecîion de la peau.

§ IIL L'ichthyose générale n'est pas une maladie très-rare en France : j'en ai observé plus de quarante exemples. On l'a vue se transmettre pendant plusieurs générations successives. L'histoire des frères Lambert, publiée par M. Geoffroy-Saint-Hilaire , par Tilésius et Buniva, est un exemple remarquable de cette hérédité, qui ne s'étendait qu'aux mâles. Il est rare qu'elle se développe accidentellement long-temps après la naissance.

On a vu cussi tous les enfans mâles d'un môme père et d'une même mère atteints d'ichthyose, lors même que ces derniers en étaient exempts. Tel était le cas des frères Brayer, nés dans le département du Cantal. L'un d'eux , Jean Brayer, admis à l'hôpital de la Charité en 1827 , m'a assuré que son frère, âgé de 37 ans, était comme lui affecté d'ichtliyose , quoique son père et sa mère n'eussent jamais été atteints de cette maladie dont ses trois sœurs n'offraient pas le plus léger symptôme.

Quelques pathologistes ont attribué le développement de cette maladie à des affections morales de la mère, et l'ont vue chez des enfans dont les mères avaient éprouvé pendant leur grossesse des accès de frayeur ou de violens chagrins. Mais on ne peut souvent attribuer l'ichtliyose à de semblables causes : j'a i été consulté pour trois petits garçons atteints d'ichthyose congéniale , nés de pareils sains et bien constitués, et dont la mère ne s'était jamais mieux portée c(ue pendant ses trois grossesses cpii avaient été exemptes de souffrances , de peines et même d'impressions morales vives. Le climat, le régime, la température n'exercent pas d'influence marquée sur la production de cette maladie; elle n'est point épidémique à Haïti et au Paraguay, ni parmi les habitans voisins de la mer ou des rivières poissonneuses , comme on l'avait avancé d'après des documens inexacts.

On sait que les femmes en sont bien plus rarement affectées que les hommes.

§IV. L'ichthyose n'a qu'une faible analogie avec les inflammations squameuses. Willan et Bateman et ,à leur exemple quelques médecins français ont eu tort de réunir ces maladies dans un même groupe. En effet l'ichlhyose se développe presque toujours dans les premiers mois de la naissance , pour persister toute la vie. Elle n'est accompagnée ni d'injection sanguine, accidentelle, des vaisseaux de la peau , ni de chaleur morbide, ni de prurit ; enfin d'aucun des phénomènes observés clans l'inflammation. Dans la lèpre, le psoriasis, le pityriasis , la production des squames est toujours précédée d'une rougeur de

ICHTHTO SE.

ICHTHTOSE.

la peau qu'on peut rcnilre apparenic en dépouillanl les tégiimens des squames ou des fui fures déposées à sa surface. Dans les lichens confluens et invétérés , la peau peut devenir rugueuse , brunâtre, et se couvrir d'une infinité de petites écailles assez analogues à celles des ichlhyoses légères et partielles ; mais cet état est accompagné d'un prurit insupportable et pre'céilé de papules. D'ailleurs l'existence simultanée ou le développement ultérieur de semblables élevures , sur quelques points voisins delà peau déjà farineuse, dissiperont les doutes qui pourraient s'élever sur la nature de ces cas obscurs. L'ichthyose locale n'est ]ias moins distincte de l'état squameux ou furfuracé que présente la peau autour des vieux ulcères ou à la suite des anciens eczéma.

2. On sait que deux, trois , quatre, cincf et quelquefois dix jours après l'accouchement, la peau du nouveau-né se dépouille de son épiderme. Cette exfolialion épiderrnique très-bien étudiée par Billard [ Traite des Maladies des Enfans nouveau nés et à la mamelle, in-S", Paris, 1823 , page 32), ne peut être confondue avec liclithyose ; car, indépendamment d'autres circonstances, sa durée ne s'étend pas au-delà de quelques mois [voyez Peau). La peau des vieillards présente quelquefois aussi une exfoliation épiderrnique plus ou moins abondante , distincte des variétés les plus légères de l'ichthyose , par le défaut d'épaississeraent de l'épiderme des genoux et des coudes , épaississement dont l'existence est constante dans cette dernière maladie.

3. Il est inutile de reproduire ici les nombreux caractères qui distinguent l'ichthyose des productions cornées [voyez Cobne) et de la pellagre [voy ez Pellagre) ; ils ont été ou ils seront ultérieurement indiqués. Mais je crois devoir appeler l'attention sur une erreur possible, puisqu'elle a été commise par deux habiles observateurs. Bateman a fait graver dans son Atlas [Delineations of culaneous diseases , in-4o, London, 1817, pl. xviii),sous le nom (Vichthj ose de la face , un cas qui appartient certainement ». Vendait cérumineux , produit par une maladie des follicules. M. Antony-Todd Thomson a publié comme un exemple d'iclithyose de la face , une observation évidemment relative à cette même maladie des follicules (Bateman , Sfnopsis], 7^ édit. in-S», London, 1829, p. 80). Or, dans cette affection des follicules, c[ue j'ai le prelùier fait connaître , la peau affectée devient d'abord comme huileuse sur les points malades ; bientôt la sécrétion des follicules augmente; l'humeur versée sur la surface de la peau prend plus de consistance , et iinit par y former une sorte de couche squameuse plus ou moins étendue. D'abord molle, peu adhérente, elle acquiert bientôt plus de dureté, et ne peut être détachée sans douleur. Au-dessous de cette couche cérumineuse , la peau est d un rouge animé ; les orifices des follicules paraissent dilatés , et quelquefois remplis par l'humeur sébacée solidifiée [vOJ'e'Z SÉCRÉTIONS MORBIDEsJ.

§ V. Les iehthyoses congéniales disparaissent souvent , pour quelque temps, à la suite des inflammations aiguës de la peau. On peut essayer, avec quelque probabilité de succès , l'action de vésicatoires volans ou de topiques irritans contre l'ichthyose locale et accidentelle. Dans deux cas où cette altération chronique de la peau était bornée aux jambes , 'M'' S. Plumbe en a obtenu la guérison en comprimant fortement la partie affectée avec des bandelettes agglutinatives recouvertes d'une bande qu'il faisait tenir constamment imbibée d'eau froide. Quatre ou cinq jours après leur application, on enlevait les bandelettes , et avec elles la couche épidermique accidentelle qui leur était adhérente. Après avoir renouvelé plusieurs fois ces applications , la peau revint graduellement à son apparence et à sa texture naturelles [Practical treatise on diseuses of the skin, in-8o, London , 1824 , p. 334).

2. On a conseillé aux malades d'enlever les écailles avec leurs ongles , pendant que leur corps était plongé dans un bain tiède , ou à l'aide de frictions pratiquées sur la peau avec la flanelle ou tout autre corps rude , au sortir d'un bain simple ou sulfureux (Bateman). J ai constaté que les écailles ainsi enlevées se reproduisaient au bout de quelques jours, et M. A. T. Thomson a fait la même remarque.

3. Dans l ichthyose g'e'/je/v/Ze , les applications émollienles long-temps continuées, les frictions légères, les lotions mucilagineuses et adoucissantes, les bains tièdes fréquemment répétés ou alternés avec les bains de vapeurs aqueuses , ou avec les bains alcalins , de manière à n'apporter aucun dérangement dans l'exercice des principales fonctions , sont utilement employés pour débarrasser la peau des squames qui la recouvrent et la maintenir dans un état voisin lie son organisation naturelle.

4. Bateman a essayé sans succès l'action des emplâtres , des lotions et topiques stimulans contre l'ichthyr se générale : M. Coulson paraît avoir été plus heureux, Walter Scott, âgé de huit ans, fut confié à ses soins le 13 juillet 1832. Cet enfant était atteint d'ichthyose depuis plusieurs années; les bras et les jambes étaient les parties le plus affectées ; une multitude innombrable de petits grains brunâtres [brown pebbles) étaient comme enchâssés dans la peau j en promenant le doigt sur ces parties , on éprouvait une sensation semblable à celle qu'on ressent eu se grattant; la peau de la poitrine et du dos était brune, sale et rugueuse. Sur l'invitation du D'' Clutterbuck , M. Coulson n'employa aucun remède intérieur , et fit faire au petit malade , deux fois par jour, des lotions avec une solution de sublimé. Bientôt la peau , quoique avantageusement modifiée , devint raide et tendue. Au bout de huit jours , M. Coulson remplaça ces lotions par un Uniment composé d'une demi-once d'onguent de nitrate de mercure, et d'une once d huile d'olives , avec lequel l'enfant se faisait des onctions trois fois par jour. Le vendredi suivant , la couleur brune de la peau existait encore ;mais les grains, ou comme on les appelle, les écailles, avaient disparu [London med. Gaz., tome , x, p. 718).

5. Je n'ai pu obtenir la guérison d'un seul cas d'ichthyose héréditaire an peu

prononcé; heureusement que cette afTection de la peau n'offre aucune gravité. C'est à tort qu'on a prétendu que les personnes qui en étaient atteintes succombaient, à un âge peu avancé , aux progrès de la phthisie pulmonaire ou épuisées par des diarrhées colliquatives.

G. Willan a recommandé comme un excellent remède contre l'ichthyose la poix liquide (goudron) administrée pendant long-temps à la dose d'une demionce par jour. Il assure être ainsi parvenu, non-seulement à détacher de la peau les couches épidermique.s accidentelles qui la recouvraient , mais adonner à cette membrane une douceur et une souplesse qui se sont opposées an retour ultérieur de la maladie. Bateman rapporte aussi qu'une dame prit pendant un temps considérable de trois drachmes à une demi-once de poix par jour, et non-seulement ce remède produisit les plus heureux eflTets sur l'état de la peau , mais encore sur la santé générale : cette dame prit d'abord 3 pilules de 3 grains de poix chaque, trois fois par jour, et en augmenta graduellement la dose.

7. Bateman assure qu'une jeune fille atteinte d'une légère ichthyose qui occupait spécialement le crâne , les épaules et les bras , a été guérie par la solution arsénicale , et que , dans deux autres cas , cette préparation a été essayée sans succès.

8. Sous le nom impropre de lèpre des Grecs, Turner décrit un cas d'ichthyose qui fut modifiée d'une manière avantageuse par les préparations anti' moniales et mercurielles , et quelques autres remèdes [a Treatise of diseases U the sA:m;fifth edit., p. 30).

Je dois ajouter que M. EllTWson ayant été appelé à soigner deux frères at' teints d'ichthyose , a été assez heureux pour guérir l'un deux à l'aide des onctions huileuses et de l'administration de la /JOix à l'intérieur. « J'ordonnai i dit-il , au malade, un bain chaud tous les jours , et de s'oindre d'huile après h bain : je le traitai comme un ancien Romain ; deux fois par jour , il se frottai' tout le corps avec de l'huile douce ordinaire. Il prit la poix à l'intérieur , d'à bord à la dose de dix grains répétés trois fois par jour. J'augmentai progressif vement, tous les jours ou tous les deux jours , jusqu'à ce qu'il en prit diil scrupules trois fois par jour. Ce jeune homme atteint de l'ichlliyosc depui quatre ans , reçu à l'hôpital le 2 décembre, éprouva bientôt une grande amé lioralion dans son état ; la peau devint moins rugueuse , et le 13 janvier jel< présentai à la clinique parfaitement guéri. La peau , aussi souple que cellt'î d'une jeune fille, était plus douce que ma propre peau. Lorsqu'il sortit d* l'hôpital , je lui donnai une bonne provision d'huile et de poix. Dès le com mencement du traitement , je l'avais fait vêtir de flanelle , et lui avais recommandé de ne pas s'essuyer la surface du corps après s'être frotté d'huile. I portait constamment la même veste de flanelle, les mêmes chausses et les raêi: mes bas ; ainsi sa peau était toujours imprégnée d'huile. La poix ne produisis aucun effet appréciable sur les organes digestifs; les selles étaient les même>i qu'avant son administration ; on n'apercevait point de poix dans les matière, fécales, qui n'avaient point l'odeur de cette ré.sine. Après avoir employé uni demi-once de poix par jour, je trouvai le remède si inoffensif que j'en élevai h dose jusqu'à dix scrupules , trois fois par jour [une once et un quart) sans in' convénienl. La seule difliculté était de faire prendre un si grand nombre de pilules : mais ce jeune homme en avalait vingt à la fois. Lorsque les malade; ont de la peine à les prendre, on leur fait mâcher du biscuit ou du pain , et oi, les mélange avec cette pâte qu'ils avalent facilement. De cette manière, dii M. Elliotson, j'ai pu prendre cinq ou six de ces pilules à la fois , tandis qu'une seule me causait plus de nausées et de malaise que le médicament le plus désa^* gréable. »

v~\5n gentleman , continue le D"" Elliotson , m'a raconté qu'une dame de sa connaissance , atteinte d'ichthyose et soignée par'Willan, avait pris près d'une once de poix par jour et avec le même succès que ce jeune malade. On m'a aussi rapporté, ajoute-t-il, qu'un autre malade soigné par Willan avait été guéri en prenant de la poix à la même dose. «

Willan et Bateman ne disent pas si les guérisons qu'ils ont obtenues ont été effectuées rapidement ; ils auraient probablement fait mention de cette cir>' constance , si elle avait eu lieu. La quantité de poix administrée par le docteur Elliotson a été beaucoup plus considérable que celle employée par Willan dans un même nombre de jours. Les bains ont eu peu ou point de part à la guérison du jeune malade du docteur Elliotson ; ayant enlevé l'épiderme de ses jambes, il trouva que les bains lui occasionaient de la cuisson , et il les suspendit au bout de dix jours.

Il est possible que les onctions huileuses aient hâté la guérison : ce sera l objet de nouvelles recherches. ( The London med. Gaz., t. vu , p. 636. )

Quelques expériences que j'ai faites n'ont pas répondu aux résultats annoncés par ces auteurs , soit que les cas fussent f>lus graves , soit que l'administration de la poix n'ait pas été continuée assez long-temps ou portée à une assea forte dose : cependant j'en ai administré jusqu'à une demi-once par jour et pen-: dant plus d'un mois.

9. Enfin M. Ant.-Todd Thomson a guéri une femme atteinte d'une affection de la peau de la face qu'il désigne sous le nom ichthyose , en lui faisant prendre, à l'intérieur, une décoction de racine de Rumex aculus ; mais , à la lecture de cette observation, j'ai reconnu que cette femme n'avait pas une véritable ichthyose : c'était une maladie des follicules sébacés, [(^ojrez Sicaé-

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