‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 90 sur 311 · IDENTITÉ · texte numérisé non relu

IDENTITÉ

IDEWTrtE.

faire valoir ses droits a une succession déjà partagée. Souvent aussi c'est un élranger qui vient se présenter à la place d'un individu décédé , et dont l'acte civil n'existe pas ; quelquefois c'est un enfant que l'on a substitué à un autre. En sorte que ces questions peuvent se rattacher à tous les âges de la vie.

Le rôle du médecin consiste donc à déterminer, 1» quel est l'âge de l'individu qu'on lui présente. Or quoi de plus variable que les apparences extérieures sous ce rapport? et malheureusement nous ne possédons pas de données tellement certaines sur les changemens que l'âge apporte à l'organisation , pour rien spt cifier de positif, ((^oj ez Age.)

2". Si le signalement de l'individu a des rapports identiques avec celui de la personne pour laquelle il se donne , tout magistrat peut faire un examen de ce genre ; mais tout magistrat n'est pas apte à dire si un individu, passant d'un climat dans un autre, peut y recevoir une influence telle que ses traits y soient modifiés à un degré plus ou moins étendu. C'est alors que le médecin, puisant dans l'hygiène la connaissance exacte des changemens que les climats font subir aux diverses espèces de constitutions et de tempéramens , éclaire par ses données plus ou moins certaines une question si délicate. Mais quelqu'étendues que soient les connaissances du médecin , il est des cas où toute sa science ne conduirait à aucun résultat. Tel serait le suivant, qui a été rapporté dans la Gazette des tribunaux , en février 1833 : « Deux jeunes et jolies personnes, qui par leurs habitudes paraissaient appartenir à la classe des femmes entretenues , vivaient ensemble dans un logement somptueux, à Westminster; elles passaient pour être sœurs. L'une , âgée de vingt-quatre à vingt-cinq ans, prenait le nom d'Elisa Edwards ; l'autre était âgée de dix-sept ans. Elles recevaient bon nombre de soupirans , et fréquentaient d'autres demoiselles du même élat.

« Elisa Edwards , que l'on connaissait sous le nom de miss Walstein, était plus remarquable encore par la finesse de sa taille et la régularité de ses traits. Elle avait joué, sur divers théâtres de province, et particulièrement à Bath pendant la saison des eaux , les premiers rôles tragiques ; et pendant le séjour tte notre célèbre Talma à Londres , elle avait reçu de lui des conseils et des cncouragemens pour son rôle de début , Isabella , dans le Mariage fatal,

» Depuis quelque temps Elisa, par suite d'une affection de poitrine , s'était vue forcée de renoncer à la carrière dramatique ; mais elle avait conservé encore assez de charmes pour ne pas éloigner ses adorateurs. Son état empira subitement. Le lundi 17 janvier, au moment où son métiecin , le docteur Cutterbuck, venait de la quitter en lui donnant l'assurance d'une prochaine convalescence, elle se tourna d'un air languissant vers sa compagne et lui dit :

a Ma chère Maria, je me sens défaillir.... Je me meurs Dieu me rappelle à

lui... Adieu ! » En prononçant ces mots , elle expira.

» Maria Edwards, qui n'avait pas la volonté ou les moyens de payer les frais d'inhumation, fit savoir que sa compagne n'était pas sa sœur, et qu elle ne connaissait même pas sa famille. D'après cette déclaration , le corps d'Elisa Edwartls lut porté à l'hôpital de Guy pour y être disséqué.

» Les étudians se portèrent en foule à l'amphithéâtre. Quelle fut leur surprise, lorsque, à la première inspection du corps déshabillé, ils reconnurent, à ne pouvoir s'y méprendre , que la prétendue femme était un homme ! Mais on pouvait encore admirer une peau douce et satinée , de longs cheveux noirs , soyeux , une taille élégante , les plus jolies mains du monde , et un pied charmant par sa petitesse. Elle n'avait point de barbe, mais seulement un léger duvet, tel que peut l'avoir un jeune homme de dix-sept ans; il paraissait à quelques traces que les favoris avaient été épilés fréquemment. 11 n'était pas étonnant qu'avec les habits féminins , cette autre Fragoletta ait pu jouer le rôle d'une femme ; mais on se demande comment elle avait pu jouer le rôle d'une femme galante. Quelques doutes s'élevèrent donc sur l'identité de l'individu.

n Une enquête ayant eu lieu , le docteur Cutterbuck a reconnu le cadavre pour la personne à qui il avait donné ses soins , non seulement dans sa dernière maladie, mais lorsque cette soi-disant demoiselle vivait sous la protection d'un riche célibataire, M. Thomas Smith. « Jamais, a dit le docteur stupéfait, je ne me serais douté que ce fût un homme : et ses mœurs bien connues auraient sufli toutes seules pour me convaincre du contraire. Cependant je ne puis en ce moment méconnaître que ce soit un être masculin. »

» Maria Edwards a déposé que, Elisa Walstein ayant quitté le théâtre, elles avaient vécu ensemble en prenant le nom de sœurs , et qu'elle n'avait jamais soupçonné qu'Elisa fût un homme , bien qu'elles eussent quelquefois partagé le même lit.

n Mory Mortimer, jeune et jolie figurante à l'un des théâtres de Londres, a déclaré que, depuis son enfance, c'est-à-dire depuis environ dix années, elle connaissait Elisa; qu elles avaient joué en province sur les mêmes théâtres, que tics-fréquemment elles avaient couché ensemble , et qu'elle n'avait pas eu le moindre motif de supposer qu'Elisa appartînt à un autre se.xe que celui dont clic portait les h.ibits.

o Un témoin a déposé que le décédé était natif de Dublin , et qu'il l'avait vu jouer sur divers théâtres, tantôt en homme, tantôt en femme.

» On découvrit une boite contenant une liasse de lettres à l'adresse de miss Edwards , qui était accompagnée d'un brouillon de réponse de la main de la personne dccédée , et qui semblait contenir une histoire abrégée de sa vie.

« La personne défunte , répondant sous le nom de miss Walstein à une déclaration d'amour et à des propositions très-avantageuses d'un homme opulent, se disait la fille d'un ancien colonel au service de la compagnie des Indes. Elle disait que, ayant éprouvé à l'âge de quatorze ans une passion aussi vive qu incousidcrée , elle s'élait laissée enlever de la maison de son oncle , qui était son

tuteur. Bientôt après elle s'était vue réduite à s'engager dans une compagnie de comédiens ambulans.

« Les épîtres amoureuses adressées à la belle Elisa n'étaient pas ce qu'il y avait de moins curieux dans ses papiers. Toutes contenaient des protestations d'un attachement éternel, et en môme temps des marques d'attachement moins équivoques , bien que moins durables ; on y annonçait l'envoi de bank notes , de lettres de change , ou de cadeaux de prix.

» Un autre adorateur, qu'Elisa paraît n'avoir pas désabusé sur son sexe , est un banquier fort riche , qui , l'ayant rencontrée dans le Regeut-Slreet , est devenu éperdument amoureux d'elle , l'a suivie partout , et n'a cessé de lui écrire comme à la plus belle et à la plus aimable des femmes. Il allait jusqu'à lui proposer de l'épouser et à prendre des engagemens qui, pour tout autre , auraient été de la nature la plus séduisante. Le galant banquier envoyait aussi des bijoux et des bank notes ; mais il se plaignait amèrement de n'avoir pu obtenir un seul tcle-à-lête.

» Après les informations les plus minutieuses il ne s'est élevé aucun doute sur l'identité de la personne décédée, avec celle qui pendant si long temps avait passé pour femme et pour actrice, et du jeune homme qui avait failli être livré au scalpel des anatomistes. »

La coloration des cheveux et de la barbe est souvent une source puissante de difficultés pour constater l'identité ; et sans parler ici des changemens ordinaires de couleur que ces parties subissent soit par le fait de l'âge, soit parle fait des maladies ou des causes qui agissent puissamment sur le moral , nous croyons devoir appeler l'attention sur les nuances diverses que l'on peut donner aux cheveux dans le but de commettre un crime. En effet, appelé l'année dernière ( 1832) à exposer devant la cour d'assises l'état des blessures d'un jeune homme assassiné à Versailles par Benoit , et à faire ressortir de 1 examen du cadavre les preuves de l'assassinat , il s'éleva une question d'identité, d'après la déposition de certains témoins dont les uns assuraient avoir vu Benoit le jour de l'assassinat avec des cheveux chàlain-clair , tandis que l'accusé avait des cheveux noirs. MM. Orfila , et Michalon coiffeur, furent mandés , à l'effet de déterminer s'il était possible de teindre les cheveux en une couleur plus claire. Le dernier déclara qu'il ne connaissait que des moyens propres à rendre les cheveux plus foncés. M. Orfila fit alors connaître au tribunal les résultats qui avaient été obtenus par 'Vauquelin, de l'action de certains réactifs propres à modifier la matière colorante des cheveux, alors qu'il s'occupait d'expériences dans le but de connaître la composition chimique de ces productions organiques. ( Fojez le mémoire de Vauquclin, Annales de Chimie ^ t. 16, pag. 41.)

Voici les données qui peuvent éclairer la solution de cette question. Les cheveux peuvent être teints en une couleur plus foncée , et alors on se sert le plus souvent de pommades ayant pour base des substances minérales , telles que les préparations de mercure, de plomb , de bismuth, d'argent, employées dans des proportions capables de produire des nuances qui se rapprochent plus ou moins du noir ou du violet. On emploie aussi une pommade mélaïnocome , dans laquelle le charbon animal joue le rôle de principe colorant; mais jusqu'alors on s'est peu occupé de fabriquer des pommades capables de teindre les cheveux en blond. Cependant je viens de voir annoncer, dans le National du 4 mars 1832, une pommade de ce genre.

On peut effectuer la décoloration des cheveux avec du chlore , et obtenir, comme M. Orfila en a fourni des exemples au tribunal , des degrés de décoloration capables de ramener des cheveux noirs au blond, ou même au blanc. Nous ferons seulement observer combien il serait peut-être difficile d'employer ce moyen : car si on voulait obtenir une décoloration prompte, il faudrait se servir de chlore concentré, et, pour atteindre la nuance blonde, ne le laisser agir qu'un certain laps de temps , pendant lequel néanmoins l'individu se trouverait dans une atmosphère de chlore gazeux dont il éprouverait l'action vive et qui l'incommoderait plus ou moins fortement ( vojez Gaz délétères); h plus forte raison s'il s'agissait de faire devenir les cheveux blancs. Ajoutons que, dans les deux cas, la personne qui aurait employé ce moyen serait obligée de se teindre les cheveux pendant tout le temps nécessaire à un développement capable de remplacer ceux qu'il aurait décolorés. Dans l'affaire Benoit, l'accusé, autant que ma mémoire peut me le rappeler , avait été vu à Paris avec des cheveux noirs à deux heures , et avec des cheveux blonds dans la soirée à Versailles ; et comme il était parti de Paris avec le jeune homme qu'il voulait assassiner, qu'arrivé à Versailles il ne l'a pas quitté , il était presque impossible qu'il eût fait emploi de chlore pour se décolorer les cheveux : il y avait" erreur dans les témoignages.

L'acide nitrique décolore aussi les cheveux ; mais il ne peut pas être employé : il agirait trop vivement sur le cuir chevelu, qui doit éprouver une excitation plus ou moins vive de la part du chlore.

3». Il faut s'attacher à rechercher si la personne à l'occasion de laquelle s'élève la question d'identité ne porte pas des marques originelles ineffaçables : les taches de naissance ne disparaissent jamais : on peut les enlever à l'aide de caustiques ; mais alors la cautérisation nécessaire laisse une cicatrice visible.

4°. Si des cicatrices que peut porter l'individu sont le fait de tel ou tel genre de blessures , ou de tel ou tel genre d'abcès chaud ou froid

5». Si des tumeurs ou grosseurs que l'on observe le long des membres appartiennent à des cas de fractures ou à des exostoses, etc., etc.

6". Quelquefois la question se rattache à un forçat dont l'empreinte du fer chaud sur l'épaule a disparu pendant le laps de temps qu'il a passé aux galères ;

IDIOSTNCRASIE.

IMPERFORATION.

1 faut alors la faire reparaître. On éprouve souvent de la difficulté dans cette Opération, surtout lorsque le fer chaud a cautérisé profondément, qu'il est survenu de la suppuration, et qu'une large cicatrice en a été la suite. Peu a peu l'individu a pris de l'embonpoint , la cicatrice a prêté inégalement dans ses Jiverscs parties par la distension que l'accumula tion de la graisse a délerininee, 3t la forme des lettres en a élé plus ou moins altérée. Toutefois le moven qui réussit le mieux consiste à appliquer largement la paume de la main sur 1 épaule, et à frictionner long-temps la peau de manière à la faire rougir. Le système capillaire s'injecte dans tous les points où il n'existe pas de cicatrice, ■t celle-ci conserve au contraire toute sa blancheur. On peut aussi frapper la nain à plat sur l épaule, de manière à produire le même effet. Tous lesslimuans chimiques de la peau , l'ammoniaque , le chlore , les acides produiraient in effet du uiéme genre ; mais la main est encore préférable. M. Jacquemin, nédecin distingué attaché à la Force, a répété des essais de ce genre un grand iiombre de fois , et a donné à ce moyen simple tous les avantages sur ceux précédemment cités.

7». Comme il est un certain nombre de professions qui laissent des traces de eur existence sur l'organisation , il faudra encore y avoir égard. Ainsi 1 agri- ■ulteur avancé en âge a presque toujours une courbure en avant de la colonne ertébrale; l'épiderme de ses mains est endurci par le travail de la terre. Le Portefaix a habituellement les épaules voûtées; le cordonnier j^résente des pouces très-larges , et l'appendice xyphoide de son sternum est constamment tnfoncée , souvent même une partie du sternum est concave et portée en arière; les musiciens qui se servent d'instrumens à cordes, ont l'extrémité des loigts de la main gauche , le pouce excepté , garnis de durillons , etc.

Euûn, dans l'appréciation de tous les faits que j'ai mentionnés dans ces livers paragraphes , on devra toujours rechercher si l'état de l altération palhoogique que l'on observe coïncide avec le temps présumé que l'on suppose .'être écoulé depuis que l'individu aurait été soumis à la cause qui l'aurait proluit. Mais, malgré toutes ces données générales , les questions d'identité préenleut toujours beaucoup de difficultés dans leur solution. Elles exigent un •rand nombre de recherches pour imprimer aux sujets sur lesquels nous avons Appelé l'attention, u^i caractère de spécialité qui lui manque.

( A. DEVtRGIE. )

IDIOPATHIE. IDIOPATHIOUE. ( io\oi et -KuS.i). On appelle idiopathicjue, )riniilive ou essentielle , toute maladie d'un organe quelcou<|ue , indépendante !le la lésion d'un autre organe ou appareil d organes; et, par opposition , l'on 1 nommé consécutifs, secondaires, sympathiques ou sy mptomatiques , tous les roubles fonctionnels développés sous l'influence de la maladie d'un appareil jrganique autre que celui dans lequel on les observe.

Dans l'état de complication où les maladies nous apparaissent le plus communément, il n'est pas toujours facile de discerner le symptôme morbide qui ient tous les autres sous sa dépendance , et pourtant celte distinction est louours delà plus haute importance. On ne saurait doue chercher avec trop de ioin à l'établir d une manière précise. Ce n'est pas que quelquefois l'on ne soit •éduit à coaibatlre directement un symptôme secondaire, soit à raison de sa gravité , soit à raison de l'importance de l'organe qu'il affecte ; mais ce n'est là qu'une exception, et l'on doit toujours se souvenir que l'on ne fait là qu'une Médecine de symptôme, et ne jamais perdre de vue la maladie principale.

( P. JOLLT.)

IDIOSTNCRASIE, ( (cTioyuyx^KTfa). Chaque individu , dans l'état de santé , a sa manière propre de vivre , de sentir , d'être influencé par les agcns susceptibles de produire sur nos organes une impression quelconque, et de modifier les impressions qu'il en a reçues. C'est cette manière d'être que l'on a désignée sous le nom d'idiosyncrasie.

Les idiosyncrasies physiologiques étant liées au mode de sensibilité actuelle les organes, varient nécessiiircment comme la sensibilité elle-même, d'après les dispositions héréditaires , les âges , les sexes, les habitudes, etc. Il eu est par conséquent de naturelles ou congéniales , d'accidentelles ou acquises; et toutes se montrent avec les nuances infinies qui les caractérisent dans les différens organes des sens internes ou externes , et comme effets des lois de sensibilité absolue ou relative, générale ou spéciale.

11 en est de même dans l'état pathologique : chaque malade a sa manière propre de souffrir, de modifier en quehjue sorte ses actes morbides, comme chacun, en santé , modifie à sa manière ses actes physiologiques. Cela est si vrai , que sur le plus grand nombre possible de personnes aiTeclées d'une même maladie, il ne s'en trouvera pas deux qui offriront des phénomènes absolument identiques : et, sous ce rapport , si au mot tempérament l'on substitue le mot idiosfnciasie , Von sera forcé de convenir qu'il y a quelque fondement <lans la préférence que les gens du monde accordent à un médecin c|ui , disent-ils , connaît leur tempérament.

Assurément il y a pour le médecin aussi un grand avantage à connaître parfaitement la manière d'être d'un malade, en santé comme en maladie : nous rencontrons tous les jours des personnes qui n'ont jamais pu s'assujettir à une diète rigoureuse, même dans les affections les plus aiguës, tandis qu'il en est d'autres qui supportent long temps , sans en souffrir, la diète la plus absolue. A quelle erreur ne s'exposerait pas un médecin qui s'obstinerait à ne tenir aucun compte de ces circonstances dont l'observation influe sur le succès du traitement, beaucoup plus qu'on ne le pense communément? Il en est de même de l'action des médicamens : une dose minime suffit pour agir avec énergie chez tel individu ; tel autre sera absolument insensible à une dose beaucoup plus forte. Combien d'individus qu'une faible dose d'opium excite au dernier

DiCr. DE MÉDECINE ET DE ClIIRURGlE P1\ATH.)UES.

point! Aussi, doit-on toujours agir avec la plus grande réserve quand on prescrit pour la première fois un médicament énergique à un malade que l'on sait être plus ou moins impressionnable aux agens thérapeutiques.

Le médecin se rappellera aussi que toutes ces particularités individuelles sont aussi variées au moral qu'au physique : et si l'on a dit avec raison : lot capita , tôt sensus, on peut dire avec tout autant de vérité : autant d'individus, autant lie manières de vivre et de souffrir , ou d'être influencé par les agens physiques et moraux , hygiéniques et pharmacologiques.

( P. JOLLY

IDIOT, IDIOTISME, (■'^oyez Aliénation.

ILEITE , s. f. , inflammation de 1 intestin iléon. C'est dans cet intestin et en majeure partie ilaiis les derniers pouces de son étendue, que l'inflammation a son siège principal et qu'elle exerce ses plus grands ravages dans Ventérile folLiculeuse. Nous en avons dit la raison anatomiquc en traitant de cette dernière maladie. Mais comme l'inflammation est rarement aussi circonscrite et qu'elle occu|)e le plus communément en même temps les autres intestins grêles et parfois même l'eslomae, l'histoire de l'ilcite se trouve nécessairement comprise dans celle A^Ventérite et de la gaslro-entériie ( voyez ces mots).

{ L. Ch. Roche. )

ILEUS j s. m. ; iléus , chordapsus , acutum tormeiiturn , passio iliaca , niiierere. La colique n'est pas toujours le symptôme de la phlegmasie des intestins ; elle n'est souvent l'effet que d'une simple irritation qui ne s'élève pas à la phlogose. Mais il existe aussi des coliques nerveuses, c'est-à-dire des douleurs ayant leur siège tlans la membrane muqueuse intestinale , et que n'accom- ]>agnent ni une injection sanguine ni un appel de fluide blanc proportionnels à leur intensité, ou, en d'autres termes, des affections de cette membrane dans lesquelles la douleur est le phénomène prédominant et principal. C'est à ces coliques que l'on doit réserver le nom iViléus.

Les exemples d'iléus ne sont pas très-rares. On le voit assez fréquemment se déclarer chez les sujets nerveux , à la suite d'un refroidissement des pieds , de 1 ingestion d'une boisson glacée, de la frayeur, d'un accès de colère. 11 se manifeste par une douleur vive, subite, occupant une étendue plus ou moins considérable de l'abdomen. Cette douleur est mobile ; elle diminue et s'exaspère tour à tour, elle n'augmente pas par la pression , et souvent au contraire est soulagée par elle. La contraction spasmodique ttes parois abdominales, des borborygme* , la constipation, une anxiété générale , la pâleur et l'altération de la face, l'abattement, l'inquiétude , la petitesse et quelquefois l'inégalité du pouls , les sueurs froides et même les défaillances l'accompagnent. Cet état que nous avons vu se proio^iger pendant un jour et demi , ne dure oi dinairemenl que quelques heures, après lesquelles il ne reste qu'un peu de fatigue d.ius les membres.

Ces accidens se dissipent généralement d'eux-mêmes. On les coaibat avec succès par les potions huileuses , l'éther et l'opium , séparément ou réunis; les lavemens émoUiens et narcotiques , les cataplasmes de même nature , ou tout simplement des serviettes chaudes sur l'abdomen, et les infusions tièdes de tilleul , de feuilles d'oranger, de fleurs de camomille, de thé, etc. Dans un cas de cette espèce, nous avions vainement employé tous ces moyens pendant plus de vingt-quatre heures , lorsqu'un bain entier dissipa tout comme par enchantement. A défaut de bains entiers , on peut employer les demi-bains.

Cette affection existe souvent à l'état chronique, et c'est alors qu'on lui donne plus spécialement le nom d'entdralgie. Outre les symptômes que nous venons d'indiquer, elle s'accompagne de phénomènes généraux qui lui impriment un cachet particulier et en forment une maladie toute spéciale. Cette maladie a été décrite par notre honorable collaborateur, M. Jolly,sous les noms de gastralgie et gastro-entéralgie (voyez ces mots ).

On a donné le nom d'iléus aux colirjues nerveuses accompagnées de vomissemens continuels des matières contenues même dans les intestins. Mais on a dit en même temps que cet iléus dépendait presque toujours de l'inflammation gastro-intestinale, d une hernie étranglée, de la présence des vers , ou de matières endurcies , ou de corps quelconques arrêtés dans les intestins, etc. , en un mot, dans l'étude des causes, on n'a plus fait du prétendu iléus que ce qu'il est réellement dans ce cas , un symptôme. 11 n'j a donc de véritable iléus que celui dont nous avons esquissé l'histoire au commencement de cet article.

( L. Ch. Roche. )

IMBIBITION j s. f. ; action physico-organique en vertu de laquelle les tissus se pénètrent des liquides avec lesquels ils sont en contact.

Suivant quelques physiologistes , l'imbibifion ne dilicre pas essentiellement de l'absorption , c'est-à-dire que l'une et l'autre sout l'efiel d'une sorte d'attraction capillaire ( Fodéra , Magendie ). Suivant d'autres elle en est tout-à-fait distincte , constitue un phénomène purement physique et passif, entièrement indépendant de la vitalité de conduits vasculaires à laquelle est soumise l'absorption ( Bichat, Richerand). Les expériences de M. Dutrochet sur l'endosmose et Yexosmose , tout en rapportant le phénomène de l'absorption à celui de l'imbibition , démontrent toutefois qu'il est le résullat d'une faculté vitale. Nous n'avons pas à discuter ici ce sujet, qui ne peut intéresser la généralité de nos lecteurs. Ce qu'il importe d'établir , c'est que les circonstances physiques , chimiques et physiologiques qui favorisent le plus l'absorption sont également les plus favorables au phénomène de l'imbibition (voyez Absokptiom, Ekder-

MIE, IaTRALEPTIe). (P JoLLy).

IMPERFORATION , s. f. ; impeiforatio ; conformation anormale qui consiste dans l'occlusion des ouvertures par lesquelles certains canaux ou certains organes communiquent avec l'extérieur. Le mot imperforalion entraîne avec

IMPERFORATION.

IMPERFORATION.

lui ridée d'une imperfection organique congénitale; et c'est dans ce sens que nous en traiterons exclusivement ici , renvoyant l'histoire des rétrécisseraens et des oblitérations accidentelles aux articles consacrés, soit aux maladies que ces lésions déterminent ou constituent, soit aux parties qui peuvent en être le siège.

Il semble démontré que , primitivement, toutes les ouvertures naturelles du àcorps humain sont fermées par une membrane plus ou moins dense, friable, analogue au tiisu cutané, qui, à une époque variable de la gestation, se déchire, disparaît , et laisse libre la voie de communication qu'elle interceptait. C'est à la persistance de cette membrane caduque , plus solidement organisée sans doute alors qu'elle ne devrait Têtre , que sont dues le plus grand nombre des irnperforations que la chirurgie est appelée à détruire. Ce qui a lieu pour les paupières dans quelques espèces d'animaux , et spécialement chez les chiens et les chats , peut donner une idée assez exacte de cette disposition. Dans ces cas , toutes les parties qui doivent entourer l'ouverture naturelle , la constituer en quelque sorte, et la maintenir alternativement béante ou resserrée, existent et présentent une stucture parfaitement régulière. La membrane persistante se montre seule, et obture l'orifice qu'elle devrait laisser à nue entière liberté.

A une seconde série de faits se rapportent des imperfections plus considérables de l'évolution organique fœtale. La portion cutanée du canal qui devait s'ouvrir au dehors, manque entièrement; de telle sorte que non-seulement il n'y a pas d'ouverture, mais que l'appareil musculaire qui devait l'entourer et la rendre propre à l'exécution de ses fonctions, n'olTre que des rudimens imparfaits , ou ne présente aucune trace d'existence. Un espace cellulaire plus ou moins considérable sépare nécessairement alors le cul-de-sac , par lequel se termine le canal imperforé, de la région du corps à laquelle il devait aboutir.

Un troisième ordre d'imperforalions consiste dans la déviation des organes qui communiquent au dehors , et dans la situation de leur ouverture , soit sur d'autres points que ceux que la nature leur a assignés , soit dans d'autres cavités voisines , de manière à y vider les matières qu'ils contiennent. Il existe alors en même temps , et une imperforation de la voie naturelle , et une ouverture anormale placée dans un lieu plus ou moins éloigné et insolite.

Enfin on doit rapporter à une quatrième variété des anomalies qui nous occupent, celles dans lesquelles la portion cutanée d'un organe existe, s'étend jusqu'à des profondeurs variables , mais ne rencontre pas la portion intérieure du même organe, et n'a avec elle aucune communication. On observe dans ces cas une double imperforation , non de l'ouverture externe, cjui est libre et bien conformée , mais du canal qui doit s'y prendre , et dont les deux portions offrent un double cul-de-sac, séparé par du tissu cellulaire, ou , le plus ordi nairement , par une sorte de cordon solide qui représente assez bien les parois du canal, rapprochées , réunies, confondues, et n'offrant à l'intérieur aucun espace libre.

Plus les organes sont compliqués , étendus , prolongés à de grande distances , dans l'intérieur du corps, et plus aussi ils sont susceptibles de présenter des formes variées et complexes d'imperforatiou. On a observé toutes celles qui viennent d'être indiquées à l'anus et au rectum , ainsi qu'au vagin et à l'urètre ; la bouche , les paupières et le nez n'ont guère présenté au contraire que des exemples de la première de ces variétés , ou de l'imperforation membraneuse la plus simple ; enfin, les oreilles ne sont presque jamais déviées de leur situation normale ; mais , tantôt elles sont simplement fermées , et tantôt leur partie extérieure ou est restée rudimentaire ou manque entièrement.

La première attention du médecin qui vient d'assister à la naissance d'un enfant , doit être constamment , après la ligature du cordon ombilical, de parcourir le corps du nouvel individu , de constater les anomalies déstructure qu'il peut offrir, et spécialement de s'assurer de la liberté des voies de communication que la nature a dû lui ouvrir avec le monde extérieur. Cette première exploration est d'une haute importance, surtout en ce qui concerne les ouvertures de 1 anus et des voies urinaires. Dans beaucoup de cas , elle jirévient de graves accidens, et empêche que l'on ne soit prévenu des vices de conformation qui peuvent exister , que lorsque des symptômes plus ou moins alarmans et dangereux en sont la conséquence , ou même que des accidens irrémédiables se sont déj'a manifestes.

1°. Impcrfovalion de l'anus et du rectum. Si l'inspection du sujet au moment de sa naissance n'a pas fut reconnaître le vice de conformation dont il est atteint, des phénomènes morbides, dus à la rétention du mcconium , ne tardent pas à éveiller l'attention , et à indiquer que l'anus est imperforé. Après dix, quinze ou vingt heuies , sans qu'aucune évacuation ait eu lieu , le petit malade s'agite , pousse des vagissemens plaintifs , se livre à des efl'orts d'expulsion , durant lesquels la respiration est suspendue , la face rougit et le ventre devient dur. D'abord passagers et éloignés par d'assez longs intervalles , ces accidens deviennent plus durables et se rapprochent, à raison des coliques qui se multiplient, acquièrent plus d'intensité et sollicitent du diaphragme , ainsi que des parois abdominales , des contractions expulsives plus fréquentes et plus fortes. Si l'art ne parvient pas à rétablir la voie d'exonération imperforée , l'abdomen se tend graduellement davantage , surtout eu bas, en même temps qu il ofiVe de la chaleur, de la dureté , et que la pression y occasione une douleur vive, indiquée par les cris redoublés qu'elle excite. Bientôt les liquides ingérés sont vomis, puis des liquides muqueux et biliaires , et enfin une matière analogue au méconium lui-même. Les choses restant dans cet étal, la mort est inévitable, et survient en un temps variable, depuis

trois ou quatre jours jusqu'à sept ou huit, scion la force de résistance du petit malade , et la rapidité des progrès de l'entérito-péritonite , qui est alors inévitable.

Lors donc que les premières vingt-quatre heures depuis la naissance se sont écoulées sans évacuation alvine , et que quelques-uns des accidens dont il vient d être question commencent à se manifester , l'anus et l'extrémité inférieure du canal intestinal doivent être soumis à une exploration attentive, et aussi complète que possible.

L'ouverture anale , d'ailleurs bien organisée , est-elle seulement fermée par , un opercule membraneux ? cette membrane est ordinairement poussée en bas par les matières qu'elle supporte, et fait une saillie facile à reconnaître , qui augmente et se tend toutes les fois que les efforts d'expulsion se renouvellent. Une incision cruciale, pratiquée avec un bistouri droit, dirigé comme une plume à écrire dans la cloison anormale , suffit pour détruire l'obstacle , et déterminer, avec l'exonération du méconium, la cessation de tous les accidens. Une petite mèche de charpie enduite de cérat sera ensuite portée , durant les premières vingt- quatre heures , dans l'anus , afin de prévenir la réunion des lambeaux. Plus tard, cette agglutination, qui peut-être n'aurait pas lieu, alors même qu'on ne ferait rien pour l'empêcher, n'est plus à craindre, et toute introduction de corps étranger devient inutile. Les lambeaux formés par l'incision se rétractent vers leur base, se cicatrisent isolément, et finissent bieutôt par disparaître , en se confondant avec le rebord de l'anus.

Lorsque celui-ci est plus solidement obturé , bien qu'il existe encore , et quef la portion du rectum comprise entre les sphincters est agglutinée , ou obturée par une sorte de tampon cellulo-graisseux et dépourvue de cavité , le cas ' devient beaucoup plus grave, bien qu'il ne soit pas cependant encore au.i dessus des ressources de l'art. Sent-on, durant les efforts du nouveau-né, le' méconium presser alors sur la région anale, et former, à une profondeur i' variable, une tumeur rénitente et arrondie, il faut pénétrer jusqu'à cette ; tumeur, en portant l'instrument au centre des replis qui indiquent l'endroit ' où l'ouverture devrait exister. Un bistouri à lame étroite et allongée, ou J mieux encore , si l'on devait aller à une profondeur notable , un trois-quarts à paracentèse, servira à cette opération. Il importe de choisir pour la pratiquer l'instant où les efforts d'expulsion se manifestent, parce qu'alors le cul-de-sac | supérieur est poussé en bas, se rapproche de l'anus , devient plus large et plus : tendu : circonstances qui, d'une part, diminuent l'espace à parcourir pour ! l'atteindre , et de l'autre le l'endent plus facile à rencontrer. Il importe de suivre attentivement alors le trajet connu de l'intestin , le long de la courbure du rectum , et de ne pas enfoncer l'instrument au-delà de deux pouces et demi ; à trois pouces. Après cette opération , non-seulement la mèche , dont on pour- • rait à la rigueur se dispenser dans le cas précédent, doit être introduite avec grand soin , mais il faut continuer son usage jusqu'à la cicatrisation entière des I parties , afin de prévenir l'effet de la tendance au rétrécissement qu'elles ne manquent pas de conserver.

Il est des cas où la portion anale du rectum exisle , se prolonge plus ou moins haut, et se termine en un cul-de-sae , .sans communication avec le reste de l'intestin , ou n'y étant attaché que par une sorte de cordon fibreux, solide, d'une longueur variable, et représentant les membranes coarctées et confon-i; dues de l'organe. Lorsque, dans ce cas, toujours très-grave, les accideusi' indiqués plus haut se manifestent^ persistent et s'accroissent incessamment , on ] ne doit pas s'en tenir à l'examen extérieur de l'anus , à l'introduction de petits ' lavemens , qui ne peuvent être gardés; mais il faut explorer l'intestin, au ! moyen du doigt porté dans sa cavité , ou même d'une sonde urétrale en gomme I élastique. La tumeur formée par le méconium retenu dans la portion supé- : rieure de l'organe se fait-elle sentir à l'extrémité du doigt? Il convient de j diriger sur celui-ci un trois-quarts suffisamment long , avec lequel on pénétrera dans la cavité où sont retenues les matières ; la canule servira h assurer leuiv ! évacuation, cette canule devra être laissée pendant quelques jours en place, j afin de rendre permanente la voie rétablie; et lorsqu'on la retirera , ce sera., pour y substituer, sur-le-champ, une tente de charpie, dont on continuera ^ l'usage, en augmentant progressivement son volume , jusqu'à la cicatrisatiou j complète des parties. S'il n'y avait entre les deux parties de l'intestin qu'uu ' mince diaphragme membraneux, ainsi que Courtial en rapporte un exemple, ' cette incision pourrait être aisément faite avec la pointe du bistouri. Dans les j autres cas, les opérations de ce genre sont toujours fort délicates , et rarement suivies de succès, à raison de la facilité avec laquelle on peut manquer le bout snpérieur de l'intestin, ou pénétrer dans la cavité du péiitoine, ou bien enfin de la difficulté , déjà signalée par Bell , qu'on éprouve à assurer la liberté du passage rétabli des matières stercorales.

Lorsque le rectum, dévié de la direction normale , s'ouvre dans la vessie ou l'urètre , chez les enfans mâles , et dans le vagin , chez les petites filles , il est rare que le sujet survive long-temps à de semblables dispositions. On rapporte cependant des exemples d'évacuations alvines continuées jusqu'à un âge assez avancé par ces voies insolites. Dans d'autres circonstances, lorsque l'ouverture accidentelle ne suffisait pas , on a tenté , mais sans succès , l'établissement d'un anus artificiel dans le flanc.

Le rétrécissement extrême et congénital de l'anus, ainsi que de la partie inférieure du rectum , doit être combattu à l'aide d'une incision faite avec un bistouri boutonné , et dirigé vers le coccyx , ainsi que l'ont pratiqué avec succès plusieurs praticiens. Si l'anus rétréci existait en même temps que l'ouverture du rectum dans ces organes voisins , et que les matières stercorales fussent partagées entre ces deux voies d'évacuation, il conviendrait de dilater

IMPERFORATION.

IMPERFORAT ION.

graduellement l'ouverture naturelle , et de s'efforcer d'obtenir l'oblitération de l'autre. (I^oyez Fistule.)

£nfîn , les individus chez lesquels il n'y pas d'anus organisé et où la portion la plus inférieure tle l'intestin manque entièrement , rentrent dans la catégorie de ceux dont il a été parlé ailleurs , et auxquels il est indispensable d'établir , idans la région inguinale ou sur le flanc du côté gauche, un anus anormal. Il [faudrait en agir de même lorsque, l'anus et la partie inférieure du rectum existant, et se terminant en haut en cul-de-sac, on peut rencontrer le bout supérieur de l'intestin, à Taide des insirumens portés aussi profondément que la prudence le permet, o/ez Akus anormal.)

2°. IinpejforaLion de l'urètre. 11 est rare que l'urètre soit imperforé à son extrémité libre , chez les enfans mâles , sans que cette ou\'erture soit remplacée par quelque autre, située à l'une des deux faces du pénis ou entre les deux parties du scrotum , ou au périnée. La conformation anormale constitue alors l un des cas que l'on a décrits sous les noms d'épispadias et (ïhypospadias. Nous ne devons pas y revenir.

Quelquefois, cependant, les bords du méat urinaire sont seulement réunis par une membrane anormale , mince et friable , et l'excrétion ne peut avoir lieu. On reconnaît celte disposition , d'une part , à ce que l'enfant n'est pas mouillé, de l'autre aux cris plaintifs qu'il pousse , et aux efforts qu'il exécute, bien que le méconium sorte avec facilité et abondance; enfin , à l'élévation progressive de la région hypogastrique , qui devient tendue , arrondie et rénitente. La pointe d'un bistouri, portée dans l'endroit où l'ouverture est indiquée , et que le liquide soulève , suffit pour rétablir la liberté du canal; aucune introduction de bougie ou de tube n'est nécessaire après cette petite opération : le contact de l'urine et son passage fréquent suffisent pour prévenir l'agglutinajUon des lèvres de la plaie.

I Lorsque, sans être imperforé, le méat urinaire est seulement très-étroit, js'il suffit .H l'excrétion de l'urine , on doit s'abstenir d'y toucher : les opérations |du genre de celles qui nous occupent ne doivent être pratiquées qu'autant {que la nécessité l'exige impérieusement. Les tissus, chez les enfans, sont trop mous, trop irritables , trop faciles à se désorganiser sous l'influence de l'inflammation , surtout au voisinage des oi ganes génitaux et de l'anus , pour Ique le chirurgien n'use pas toujours d'une extrême réserve en y touchant.

L'imperforalioii du prépuce est facile à reconnaître. Une tumeur molle , fluctuante, offrant une transparence marquée, indique assez la nature de la Imaladie. Il importe d'y remédier sans retard , afin de faire cesser les accidens provoqués par la rétention de l'urine , et de prévenir l'infiltration de ce liquide dans le tissu cellulaire de la verge et des bourses , dont il déterminerait l'inflammation gangréneuse. L'excision de la partie la plus avancée de la tumeur atteint parfaitement ce but , et rend au prépuce les dimensions qu'il devait présenter. Quant à l'étroitesse congénitale ou accidentelle de l'ouverture de ce repli cutané , il en sera parlé à l'article Phymosis.

Chez les enfans du sexe féminin , l'imperforation absolue de l'urètre est également fort rare. On la reconnaît aux signes indiqués plus haut , et on y remédie à l'aide d'une opération semblable à celle qui vient d'être décrite. Sur les petites filles , plutôt que sur les sujets de l'autre sexe , la nature obvie quelquefois à l'imperforation de l'urètre par une ouverture anormale de l'ombilic. Immédiatement après la naissance , la vessie, encore presque entièrement placée hors du bassin , se rapproche beaucoup de la cicatrice ombilicale; et la non-oblitération complète, ou l'oblitération peu solide de l'ouraque , facilite encore l'établissement de cette voie supplémentaire d'excrétion. Si l'on était appelé à y remédier, chez un jeune enfant, il faudrait inciser la membrane obturatrice de l'urètre, insinuer ensuite dans ce canal une petite sonde en gomme élastique , et amener ainsi l'urine à reprendre sa route normale. Plus tard , et à quelque époque de la vie que l'on reconnaisse cette disposition , il convient également de rétablir, à l'aide de l'instrument tranchant, la hbertè du canal normal et d'assurer l'excrétion facile de l'urine par sa cavité , afin d'obtenir la cicatrisation de l'ouverture fîstuleuse. C'est ainsi qu'en agit Cabrole , sur une tille de dix-huit ans , et un succès complet couronna cette conduite.

30. Ohliiération du vagin. On ne reconnaît ordinairement l'absence d'ouverture du conduit vulvo-utéiin qu'à 1 époque où l'appareil génital, entrant en action, le liquide menstruel commence à être exhalé. Jusque là la santé du sujet n'éprouve aucun dérangement. Mais , à l'époque de la puberté, les jeunes filles éprouvent, sans cause connue , de l'embarras dans l'abdomen , des borborygmes, des alternatives rapides de développement et de chute du ventre, des nausées, des vomissemens, des spasmes, du gonflement aux mamelles, et d autres désordres dont le point de départ est manifestement dans l'appareil génital , et dont l'origine est toujours entourée d'abord d'une grande obscurité. Ces accidens s'accroissent périodiquement, à chaque époque des règles, puis ils s'apaisent en partie , et une sorte de retour imparfait à la santé leur succède , jusqu'à ce qu'ils se reproduisent de nouveau en devenant chaque fois plus intenses. Le ventre prend graduellement plus de volume, et acquiert quelquefois les dimensions que lui communique ordinairement la grossesse avancée. Quelquefois aussi, cependant, l'absorption s'empare du sang épanché à chaque période menstruelle, et le fait si bien disparaître, durant les intervalles des règles, que le ventre , après s'être plus ou moins fortement tuméfié et durci , revient à son état normal, et que les malades résistent pendant un temps plus ou moins long en conservant une santé chancelante. Chez certains sujets, la nature supplée, dans ces cas, aux menstrues par des congestions et des hémorrhagies périodiques , qui ont lieu par les poumons , l'estomac , le sein , la surface de la peau , etc.

Une exploration attentive des parties disipe enfin les incertitudes qu'un état

aussi insolite fait d'abord nécessairement naître. Si roriCce du vagin est seulement fermé par une cloison membraneuse, l'hymen imperforé, cette cloison , poussée en bas et rendue saillante par le poids du sang accumulé au dessus d'elle , est facile à inciser verticalement, à l aide d'un bistouri droit. Une mèche de charpie est ensuite indispensable , afin de prévenir la réunion prématurée des bords de la plaie.

Dans d'autres cas, les parois du vagin sont rapprochées , réunies et agglutinées entre elles jusqu'à une hauteur variable. L'exploration par le rectum peut être utile alors pour distinguer la collection sanguine et fixer la hauteur a laquelle elle correspond. La nécessité absolue d'opérer ne saurait être méconnue; mais il ne faut y procéder qu'avec une grande prudence , aliji de ménager en avant l'urètre , en arrière le rectum, et de parvenir, entre ces deux écueils , jusqu'au siège de l'amas sanguiu. La malade doit être placée alors comme s'il s'agissait de lui pratiquer l'opération de la cystolomie , par quelqu'une des méthodes souspubiennes. La vessie et le rectum seront exactement vidés , l'une à l'aide du cathétérisme , l'autre au moyen de lavemens, aiin de les éloigner autant que possible du trajet des instrumens. Si l'on se sert du trois-quarls , il faudra renfoncer avec lenteur entre l'anus et l'urètre , un doigt de la main gauche placé dans l'intestin , le dirigeant et préveiuint sa déviation. Si l'on fait usage du bistouri , on ne doit inciser ces parties que couche par couche; le doigt indicateur de la main gauche, porté à chaque instant dans la plaie, servant à explorer celle-ci , à connaître la situation des organes voisins , à interroger, pour ainsi dire, la rénitence des tissus, et à guider la marche de l'instrument.

Quelquefois, au lieu du vagin, c'est le col de l'utérus lui-même qui est imperforé. Les accidens sont , dans ce cas , de même nature , et suivent la marche indiquée plus haut. L'exploration du vagin, au moyen du toucher et de la vue , permet de distinguer assez bien, d'une part, la déformation du col et son occlusion, de l'autre, son amincissement, ainsi que la fluctuation produite par la présence du sang dans la matrice. Une incision est encore ici le seul moyen que l'art puisse mettre en usage.

Si dans les cas de ce genre , l'opération n'offre ordinairement pas de trèsgrandes difficultés , les résultats n'en sont cependant jamais tellement simples que l'on ne doive porter sur l'étal des malades un pronostic très-grave. Lintroduclion de l'air atmosphérique dans les cavités de la matrice et des trompes . dilatées outre mesure, irritées et presque toujours altérées dans leur structure par la présence du sang, détermine dans la plupart des cas , après l'évacuation que l'on a provoquée, une infliinmalion excessivement intense et trop souvent mortelle. 11 importe de s'atlacher à prévenir ce redoutable effet de l'opération , ou de le combattre, à l'aide des moyens les plus énergiques , parmi lesquels les évacuations sanguines et les bains tièdes très-prolongés tiennent le premier rang: il convient de faire vivre en quelque sorte alors la femme dans l'eau. 11 importe surtout d'opérer avant que l'accumulation du sang soit devenue trop considérable et ait déterminé une excessive dilatation des parties.

Ajoutons que les occlusions du vagin ou du col de l'utérus , lorsqu'elles succèdent à des accoucheraens laborieux , ou à des affections inflammatoires des parties génitales externes , ne réclament pas d'autres moyens de traitement que les imperforations congénitales dont il vient d'être question.

L'adhérence partielle des grandes lèvres est trop superficielle pour que le diagnostic puisse présenter des difficultés, et pour qu'il ne soit pas facile d'y porter remède.

4". Imperforaiion des lèvres et du nez. Les imperforalions de la bouche et des narines sont excessivement rares. Si le hasard en présentait des exemples dans la pratique, il faudrait y remédier à l'aide de l'instrument tranchant, porté sur la membrane anormale , et dirigé le long du sillon qui indique le trajet et l'étendue de l'ouverture naturelle. Si la lèvre supérieure , relevée au dessous des narines , s'y était accolée , il serait d'abord indispensable de la détacher , et de l'abaisser , avant de s'occuper de l'ouverture nasale. Un bandage convenable et des bourdonuets de charpie introduits dans le nez maintiendront les parties dans une situation convenable, et préviendront, au moins en partie, le rétrécissement des ouvertures rétablies.

ôo. Imperforaiion du conduit auditif externe. On n'est presque jamais appelé à remédier, chez les très-jeunes enfans, à l'imperforation du conduit auditif externe , soit parce que cette imperfection organique«st d'abord inaperçue , soit parce qu'il convient mieux d'attendre jusqu'à un âge plus avancé pour pratiquer les opérations qu'elle peut exiger. Assez souvent , l'oreille n'est fermée que par une cloison membraneuse située, tantôt à son ouverture extérieure, et tantôt plus profondément dans le conduit. Dans le premier cas, il faut l'inciser crucialement avec un bistouri à lame étroite : dans le second , on peut encore, ou la diviser, en usant de grandes précautions, pour ne pas atteindre la membrane du tympan , ou la détruire par l'application répétée du nitrate d'argent fondu. Lorsque le conduit auditif est recouvert par le rapprochement anormal des éminences tragus et antitragus, de petits tubes en argent , en plomb ou en d'autres substances analogues, suffisent quelquefois pour les soulever, les écarter et rétablir la fonction de l'ouïe. Si ce moyeu ne suffisait pas, il faudrait, avec l'instrument tranchant, exciser la portion exubérante et trop rapprochée des éminences obturatrices. Un tube de dimensions convenables se-'virait ensuite à modeler en quelque sorte la cicatrice, et à prévenir son resserrement trop considérable. Dans les cas, plus graves, où les parois osseuses du conduit sont elles-mêmes trop rapprochées ou confondues, l'art est impuissant , et l'organisation imparfaite de l'appareil ne peut être corrigée par aucun moyen.

6». Impeiforalion de l'ouverture des paupières. Il est rare que les paupières

IMPÉTIGO.

IMPÉTIGO.

soient atlheienles entre elles dans toute leur étendue. Presque toujours leur union se borne au tiers, à la moilic ou aux trois quarts externes de leur étendue. 11 n'est généralemeut pas difficile de reconnaître cette difformité et d'y remédier. L'adhérenee est-elle partielle? une sonde à panaris , glissée parla partie libre de 1 ouverture palpébrale, sous la membrane qui établit l'union, sert de "uide à un bislouri, avec lequel on la divise , en suivant le sillon que laissent entre eux les cartilages tarses et les bords ciliaires. Si l'adhérence est complète , en soulevant les paupières près de leur angle externe, on pratique sans danger une petite ponction à la membrane anormale, puis, par celte ouverture, on glisse le sonde à panaris, et l'on achève l'opération comme dans le cas précédent. Des ciseaux courbés sur leurs bords , et mousses à leur extrémité, pourraient également servir ii cette division. Il suffit de placer ensuite entre les paupières un peu de cérat ou de toute autre pommade pour prévenir leur agglutination nouvelle.

Les adhérences des paupières au globe de l'oeil , lorsqu'elles sont totales , doivent être respectées. Il eu est de même de celles qui consistent dans l'union intime de la face interne d'une paupière à la cornée transparente, parce que , après l'opération, cette membrane devenant opaque par 1 effet de la cicatrice, la vision restera empêchée , en même temps (|uela difformité ne sera pas moins grande. On ne doit essayer de détruire que les adhérences des paupières à la sclérotique , ou plutôt au feuillet de la conjonctive antérieure du globe oculaire. S il n existe qu'une bride lâche et isolée, des ciseau v la divisent aisément, et il est rare qu'elle se reproduise. Mais lorsque l'union est plus étendue et (dus étroite, une dissection plus laborieuse est nécessaire; et malgré les mouvemens des paupières, malgré le passage souvent répété d'un anneau ou d'un stylet entre ces organes et l œil, l'adhérence se reproduit presque toujours , du moins en grande partie. 11 faut donc être fort circonspect dans les promesses de guérisonque peuvent suggérer les cas de ce genre, en apparence les plus simples. , ( L.-J. BÉGIN. ) ■

IMPETIGO, s. m. ; inflammation cutanée , apy rétique , caractérisée par une ou plusieurs éruptions de petites pustules , agglomérées ou discrètes , appelées psydraciées par Willau , et dont l'humeur ne tarde pas à se dessécher en croûtes jaunâtres , rugueuses et proéminentes.

§ 1er. L'impétigo peut se développer sur toutes les régions du corps , et se montrer sous deux formes principales. Tantôt les petites pustules qui le caractérisent sont disposées en groupes circulaires ou ovalaires ( impétigo Jigurata , Willan ); tantôt, au contraire , elles sont disséminées sur les parties qu'elles occupent (impétigo sparsu , Wilian). Chacune de ces formes de l'impétigo peut être ai^u 'é oMl chroniijue ^ suivant qu'elle consiste en une ou plusieurs éruptions successives de pustules. Entre ces deux formes principales , il existe une foule de variétés intermédiaires qu'il n'est pas rare d'observer sur un même individu, lorsque l'impétigo se montre à la fois ou successivement sur plusieui s régions du corps.

2. L'impétigo Ji^uratu {dartre crustacée y/ai^eice/i/e , Alibert ) attaque de préférence les eufans à l'époque de la dentition , les individus jeunes et les femmes d'un tempérament lymphatique ou sanguin dont le teint est frais et la peau fine. Il se développe le plus ordinairement au printemps : j'ai vu plusieurs individus en être altemts périodiquement , à celte époque , pendant plusieurs années successives.

Le plus souvent il apparaît sans phénomènes précurseurs. Cependant lorsqu'il est ai£;u , il est quelquefois précédé d'épigastralgie , de malaise , de lassitudes dans les membres , etc. Il peut se développer sur le cou , le tronc et les membres ; on l'observe plus souvent sur la face et presque toujours sur le milieu des joues. Il peut se propager sur toute la région malaire , s'avancer jusqu'à la commissure des lèvres, et former un cercle autour du menton.

Lorsque l impcligo y/g£i;a/a se dé\eloppe à la face , et qu'on est appelé à l'observer à son début , on distingue d'abord une ou plusieurs petites taches rouges, très-légères, mais distinctes , qui deviennent de plus en plus apparentes , accompagnées d'une démangeaison assez considérable. Bientôt ces taches s'élèvent et se couvrent de petites pustules jaunâtres , confluentes, agglomérées, et peu saillantes au-dessus du niveau de la peau. Ces groupes , de climensions variées , le plus ordinairement circulaires, entouré d'un cercle rose enflammé, peuvent rester isolés ou se confondre par le développement de nouvelles pustules à leur circonférence-, ou bien la peau prend une teinte érysipélateuse dans leurs intervalles. Quelquefois cette éruption est accompagnée d'une vive démangeaison, et d'une chaleur portée jusqu'à la cuisson. Au bout de trois à quatre jours , et quelquefois plus tôt , les pustules se rompent, et fournissent une humeur jaunâtre qui se dessèche prompleraent, et se change en croûtes épaisses d'un jaune clair ou verdâtre , semi-transparentes, légèrement sillonnées, ti'ès-friables et ressemblant à des fi agmens de miel desséché ou aux sucs gommcux que fournissent certains arbres. Un suintement assez considérable continue d'avoir lieu au-dessous des crcùtes , dont il augmente l'épaisseur, et dont la dimension est quelquefois beaucoup plus considérable que celle des pustules qui les produisent. La circonférence des croûtes est rouge, et présente souvent quelques petites pustules intactes ou dont l'humeur est à peine coagulée. Audessous de ces croules , la peau est d'un rouge vif, et quelquefois dépouillée d'épiderme.

Lorsque 1 impétigo //gu/u^rt s'est développé chez un individu jeune et bien constitué, ou lorstjue cette inflammation pustuleuse est légère , sa durée ne s'étend guère au-delà de trois à quatre septénaires : la chaleur s'éteint, Li sécrétion^ morbide de la peau diminue pou à peu et finit par se tarir ; les croûtes se dessèchent de plus en plus . cl se détachent d une manière irrégulière, lais-

sant à découvert une ou plusieurs taches rouges et luisantes. Il se forme quelquefois à leur surface de légères gerçures , d'où suinte une humeur qui , en se ■ desséchant , forme de nouvelles croûtes , mais plus minces. Enfin , lorsque celles-ci sont détachées, la peau présente des taches rouges qui persistent quelquefois pendant plus d'un mois , avec ou sans desquamation sensible de l'épiderme. On observe parfois sur ces taches de petits grains miliaires d'un blanc mat, qui ne sont autre chose que des follicules pleins d'une matière I dure, ou dont les parois sont épaissies.

L'impétigo de la face peut n'occuper , à son début , qu'une petite surface; il peut être borné aux paupières, sur lesquelles il forme des croûtes saillantes \ et coniques ; dans ce cas , il est ordinairement compliqué d'une ophlhalmie particulière on d'une inflammation des follicules des cils : on l'a vu , se prolongeant inférieurement de chaque côté de la lèvre d'une manière uniforme , simuler sur la lèvre supérieure une paire de moustaches épaisses.

L'impétigo Jîguruta de la face peu devenir chronique ; alors le développement des pustules psydraciées est toujours successif; de nouveaux groupes se forment près des croûtes jaunâtres produites par la dessiccation des premiers , ou bien encore des pustules secondaires apparaissent à la circonférence des premiers groupes pustuleux ou crustacés, dont elles augmentent les dimensions; dans ce cas , la dessiccation commence par le centre de ces groupes.

Au lieu de s étendre en surface, l iiiflammation peut pénéln-r toute l'épaisseur de la peau, et même affecter le tissu cellulaire sous-culané correspondant. Après la chute des croûtes , un nouveau suintement donne lieu à la formation i de nouvelles croûtes qui tombent , se reproduisent plusieurs fois , et devien» i nent ordinairement de plus en plus minces au dessous d'elles ; la surface delà i peau est d'un rouge brillant, et furfuracée ; et l'inflammation semble prendre la i forme squameuse.

Lorsque l'impétigo fit^urala est ainsi parvenu à son déclin , s'il est combattu / à tort par des applications irritantes , ou si la constitution des malades est ' détériorée , l'inflammation de la peau peut s'aggraver , persister pendant plusieurs mois , et même pendant plusieurs années; à la suite de ces inflammations i répétées , la partie affectée des iégumeus de la face devient le siège de gei'~ > cures et quelquefois même d'excoriations superficielles. !

Les groupes de pustules , dans l'impétigo Jigurata de la face , ordinairement i situés sur les légions nialaires , peuvent être observés sur d'autres points. Ils i se développent quelquefois s'Ur la léi're supérieure , immédiatement au-dessous ■ de la cloison des fosses nasales et plus rarement sur les ailes du nez. Dans ce i dernier cas , 1 humeur des pustules peut se dessécher de manière à produire i une croûte conique , que M. Alibert a comparée aux stalactites qu'on observe dans certaines grottes ( dartre crustacée slalaclijurnie ).

Dans l'impétigo Jigurata des membres, les groupes de pustules psydraciées , et les croûtes qui leur succèdent , ordinairement circulaires sur les avant-bras et sur les mains , sont plus larges et d'une forme irrégulièrement circulaire suif les membres inférieurs. Ces pustules se développent de la même manière que i. sur la face , et sont bientôt remplacées par des croûtes épaisses d'un jaune t verdâtre ou brunâtre. Lorsque l'éruption est devenue chronique , souvent on i ne trouve point de pustules intactes; mais la forme particulière des croûttswi icelle des plaques rouges et les éruptions partielles qui ont lieu de temps eu i* temps , suffisent pour caractériser cette variété.

Lorsque la guérison s'o])cre , la chaleur et les démangeaisons diminuent , le suintement devient moins abondant, les croûtes se dessinent moins épaisses ; | leurs bords se dessèchent , et sont quelquefois cernés par un liseré blanc | épidermique. Enfin, après la chute des croûtes, la peau, d'abord d'un rouge | foncé, puis furfuracée , reprend lentement sa couleur naturelle. \

2. Au lieu d'être disposées en groupes circonscrits comme dans l'impctigo |! Jigurata , les pustules et les croûtes de l'impétigo peuvent être disséminées l ( sparsce ) sur le cou , les épaules , sur la face et les oreilles , sur les membres. |

L'impétigo spaisa des membres inférieurs est toujours une maladie longue. >,| Il peut attaquer un seul membre , ou les deux membres à la fois et successive- |' ment. 11 est caractérise par de petites pustules jaunâtres , qui se montrent sur |* le coude-pied , sur les malléoles et spécialement sur la partie externe de la \\ jambe. Leur développement est accompagné d'une démangeaison insupportable. ,';! Ces pustules se rompent et donnent issue à une humeur séro-purulentc qui se convertit graduellement en croûtes jaunes et lamelîeuses , moins larges et moins épaisses que celles de l'impétigo figuraïa. Dans leurs intervalles, la peau j. est rougeâtre , l'épiderme luisant et rude , un suintement assez considérable a à lieu pendant quelque temps , ensuite il diminue au-dessous des croûtes et dans leur voisinage, elles croûtes deviennent moins humides; mais au moment où ''j elles sont sur le point de se dessécher ou de se détacher, il survient souvent 'j! une nouvelle éruption de pustules , accompagnées d une chaleur morbide et d'une démangeaison insupportable. Celle éruption pustuleuse secondaire peut jl se renouveler quelquefois à des périodes plus ou moins éloignées , et envahir \ toute la jambe ou les deux jambes affectées depuis le genou jusqu'aux malléoles I et la partie dorsale du pied. Alors un fluide séro-purulent s'écoule abonJam- j! ment de la surface de la peau , el renouvelle les croûtes en se desséchant. Chez I les vieillards ou chez les individus dont la constitution est détériorée , cei j croûtes acquièrent ordinairement une grande épaisseur , sont d'un brun jau- I nàire foncé, et ont été comparées aux écorccs d'arbres. ( Impétigo icai/rfa , j Willan. ) '

Dans celle variélé d'impétigo, les parties enflammées sont le siège d'une \ chaleur imcommode et d'une vive démangeaison. Les luouvemcns des jambes I sonl difliciles et douloureux ; les croûtes se fendillent, les jambes deviennent

IMPÉTIGO.

IMPÉTIGO.

)uvent œdémateuses , et la peau ne tarde pas à être sillonnée par des gerçures lus ou moins considérables- Une humeur jaunâtre et séro-purulenle suinte e ces crevasses , et forme une nouvelle croûte qui semble quelquefois enve- )pper la jambe; et si on l'enlève en partie ou en totalité à l'aide de lotions ou i'applications émollientes , le derme dénude fournit une nouvelle sécrétion iiivie bientôt d'une nouvelle incrustation.

Parvenu à ce degré, l'impétigo sparsa des membres inférieurs est Irès-opiniàtre, jrtoul lorsqu'il s'est déveloi)j)é chez les vieillards ou des individus faibles , édentaires , dont la santé est détériorée : l'inflammation se propage aux orteils t à la matrice des ongles , qui s'altèrent et se détachent de la peau ( onyxis npéiigineux ). Des ulcères ordinairement situés près de la cheville du pieil t un engorgement œdémateux des meoibres sont les suites fréquentes de cette ffection. La surface des ulcères est inégale , et fournit une humeur séro-puru- 3nte ; leurs bords sont irréguliers , violacés , livides et souvent surmontés de ustules psydraciées , pleines d'une sérosité sanguinolente , ou couverts de routes jaunâtres plus ou moins épaisses.

Lorsqu'on parvient à arrêter les progrès de cette inflammation , les croûtes ; dessèchent et ne se renouvellent plus. La peau conserve une teinte rouge leuâtre dans quelques points, et dans quelque autres , où elle s'est accidenîllement ulcérée , elle ofi're des cicatrices indélébiles , rougeâtres ou violacées.

3. L'impétigo sparsa des membres supérieurs occupe le plus souvent l'avantras , et ne diffère de celui des membres inférieurs qu'en ce qu'il est moins rave et plus rarement compliqué d'oedème et d'ulcération , lorsqu'il est passé

l'état chronique.

Dans l'impétigo sparsa aigu de la face , les croûtes d un jaune verdâtre , parses sur les joues , ou dans la barbe , chez les adultes , ne tardent pas à se étacher de la peau. Chez les enlans , si l'inflammation s'étend au nez, comme ela a souvent lieu, les fosses nasales se remplissent de croûtes sèches et épaisses [ui les obstruent ; le nez se gonfle et se tuméfie , et la maladie peut passer à état chronique.

L'impétigo sparsa peut aussi se développer sur le cou , sur les oreilles, et léme sur le cuir chci'alu. La teigne granulée ( porrigo J'avosa , Willan ) n'est Ile- même qu'une variété de l'impétigo. Elle se développe quelquefois chez les dultes ; mais elle attaque surtout les enfans , et se montre le plus souvent à la lartie postérieure de la tête , dont elle peut envahir toute la surface. Elle se aanifeste par de petites pustules d'un blanc jaunâtre, le plus souvent irréguièrement disséminées sur le cuir chevelu , traversées à leur centre par un heveu , accompagnées d'une inflammation assez vive et de beaucoup de déaangeaison. Dans l'espace de deux à quatre jours , ces pustules fournissent ine humeur qui agglutine souvent plusieurs cheveux ensemble , et se dessèche ous forme de petites croûtes séparées, brunâtres ou grisâtres , rugueuses, rrégulières , inégales , comparées par M. Aiibert à des fragraens de mortier rossièrement brisés. Ces petites croûtes sèches et friables , se détachent de la leau et restent adhérentes aux cheveux , qui en paraissent comme hérissés. Il 'exhale en même temps de la tête une odeur nauséabonde fort désagréable , t quelquefois telle, chez les individus qui négligent les soins de propreté, [ue l air de la chambre qu'ils habitent en est infecté. Les poux pullulent en ;rande quantité au milieu de ces croûtes et dans les cheveux, qui se détachent •arement de la peau : lorsque la maladie est étendue sur une surface assez :onsidérable , ils sont agglutinés et réunis en groupes par l'agglomération des ;roûles.

La durée de l'impétigo du cuir chevelu dépasse rarement quelques mois. Abandonnée à elle-même cette maladie pourrait persister plus long-temps : e plus souvent elle cesse au bout de quelques semaines , sous l'influence d un raitemeut convenable

4. Au lieu d'un véritable impétigo , on observe quelquefois sur la peau une éruption composée de pustules d'impétigo et de vésicules d eczéma ( eczéma mpetiginodes ). Cette affection vésiculo-pustuleuse , ordinairement fort grave, lorsqu'elle occupe les membres supérieurs , se montre souvent autour des joignets , s'étend sur la face dorsale des mains, sur les phalanges des doigts , it jusqu'à la matrice des ongles , tandis qu'elle se propage d'un autre coté sur l'avant-bras , aux plis du coude , et cpjelquetois même à la nuque et à la face. Plusieurs éruptions de vésicules et de pustules ont lieu successivement. Les vésicules , plus lentes dans leurs progrès que les pustules psydi aciées , restent Lransparentes pendant plusieurs jours. Celte éruption , accoiupagnée d'une ;haleur vive et d'une démangeaison insupportable , fournit abondamment une liumeur séro-pui ulente , qui finit par se dessécher sous la forme de croûtes lamelleuses, jaunâtres ou verdâtres. La peau est rouge et gercée; l'épidcrme est épais et jaune ; enfin , après un temps plus ou moins long , ces symptômes inflammatoires diminuent et les croûtes se détachent ; mais la peau , à la suite de ces inflammations répétées , reste long - temps rude , srche, squameuse et peu extensible.

J'ai aussi observé l'eczéma impctiginodes sous la forme de groupes circulaires analogues à ceux de l'impétigo figurata ordinaire. Les groupes étaient composés de vésicules et de pustules confluentes et très - rapprochées , faciles à distinguer en les ouvrant peu de temps après leur formation ; de la sérosité limpide s'écoulait des vésicules et du pus des pustules , et ces humeurs , en se desséchant, formaient des croûtes circulaires mamelonnées d'un gris verdâtre. Au-dessous de ces croûtes , la peau était comme mamelonnée et inégalement tuméfiée.

Enfin l'impétigo peut se présenter, dans quelques cas , avec un caractère inflammatoire très- prononcé. La peau, sur les points affectés de pustules, est

DlCT, DE MÉDECIKE ET DE CninCRGIE PKATIQCES.

rouge à la circonférence des groupes , comme dans l'érysipèlc ( impétigo «7sipelatodcs , Willan), et cet état est souvent accompagné d'un mouvement fébrile.

Di vers phénomènes consécutifs peuvent s associer aux symptômes locaux de l'impétigo : les ganglions lymphatiques voisins des pustules peuvent s'engorger et se tuméfier; la démangeaison et la chaleur morbide de la peau troublent quelquefois le sommeil et l'exercice de plusieurs autres fonctions. Enfin cette inflammation est quelquefois compliquée d'une affection gastro intestinale.

§ IL L'impétigo n'est point contagieux. Les causes en sont fort obscures. Les enfans , à l'époque de la dentition, surtout ceux d'un tempérament lymphatique ou seroluleux, sont souvent atteints de l'impétigo à la face ou dans le cuir chevelu (teigne granulée). On observe surtout cette variété dans la classe pauvre , mal logée, mal nourrie et malpropre. Les jeunes gens d'un lempéiameut sanguin et lyuiphalicjue , dont la peau est fine et délicate, sont quelquefois atteints d'impétigo au visage, au printemps ou lorsqu'ils se sont exposés aux ardeurs du soleil, pendant les chaleurs de l'été. Chez les filles mal réglées et chez les femmes parvenues à l'âge critique, l'impétigo se montre tantôt à la face, tantôt sur les membres ; chez les adultes et les vieillards , il se développe assez souvent sur la lèvre supérieure, au-dessous de la cloison du nez.

Cette maladie semble quelquefois provoquée par d'autres inflammations chroniques de la peau , et en particulier par des attaques répétées de lichen agr.us. L'impétigo coïncide quelquefois aussi avec des dtrangemens des organes digestifs. On observe surtout celte complication, chez les enfans , pendant la première et la seconde dentition. Enfin on a vu les petites pustules de 1 impétigo se développer après un excès ou un violent exercice , ou bien à la suite d'affections morales vives et prolongées.

§ m. L'impétigo peut se présenter à l'état de pustules , à l'éiat de croûtjs , ou bien la maladie est réduite à des lâches rouges sc[uameuses ou furfuracées ou à des taches d'un rouge jaunâtre ; ou bien encore elle peut exister, sur dilférens points, à ces divers degrés. On dislingue facilement les petites pustules de l'impétigo, des larges pustules de l'ecthyma et des pustules artificielles produites par le tarlrite anlimonié de potasse ou par l'inoculation du pus , etc. J'ai fait connaître les signes distinctifs de l'impétigo , de l'acné et de la couperose. L'impétigo du cuir c/tei'elu ne peut être confondu avec le favus simple (porrigo lupinosa f WiUan ) ou à plaques circulaires (porrigo scutulata , 'Willan). Les pustules du premier sont Jluentes , tandis que celles du second profondément enchâssées dans la peau , se transforment prompLement en une croûte jaune, sèche, disposée en godet. Les croûtes de l'impétigo sont brunes ou d'un gris obscur, semblables par leur lorme à de petits morceaux de plâtre, salis , et ne présentent jamais ces larges incrustations épaisses et conliriues qu'on remarque dans le favus en écu (porrigo scutulata). {Foj-ez Favos.) Enfin l'impétigo du cuir chevelu n'est point contagieux et n'altère pas ordinairement le bulbe des cheveux , comme le favus. Il est plus difficile de distinguer l'impétigo du cuir chevelu ( teigne granulée) de l'eczéma impétigineux de la même région (teigne mu(/ueuse). hes principaux caractères distinctifs de l'un et de l'autre ressortent de l'aspect différent des croûtes, (frayez Eczéma du cuir chet'elu et de la Juce).

Les pustules du sycosis (mentagre ) isolées et proéminentes , sont plus volumineuses et moins jaunes que celles de l'impétigo du menton qui sont trèsrapprochées et fournissent un suintement abondant. Les croûtes du sycosis sont plus sèches, d'une couleur plus foncée, et ne se reproduisent que lors d'une nouvelle éruption; dans l'impétigo, les croûtes sont d'un jaune verdâtre, épaisses et demi-transparentes , et il n'existe ni callosités ni tubercules, ((^oyez Sïcosis).

Lorsque les vésicules psoriques deviennent pustuleuses ou lorsqu'elles se compliquent de pustules accidentelles, toutes sont plus larges, plus élevées que les petites pustules psydraciées de l'impétigo.

Les taches rouges et squameuses, consécutives à la formation ou à la chute des croûtes de l'impétigo, peuvent être distinguées des inflammations squameuses primitives, telles que la lèpre , le psoriasis et le pityriasis, en ce que , dans ces dernières maladies , les squames ne sont accompagnées d'aucun suiutement et n'ont été précédées ni de pustules , ni de croûtes. On observe rarement , h la suite de l'impétigo, les taches pigmentaires jaunâtres , si fréquentes après la guérison des syphilides et des psoriasis confluons. On ne peut confondre les pustules de l'impétigo avec les pustules syphilitiques qui se couvrent de croûtes noirâtres , très-adhérentes et qui cachent des ulcérations plus ou moins profondes , auxquelles succèdent des cicatrices indélébiles. (Fojez Sïphilides. ) Enfin les pustules éparses ou en groupes de l'impétigo et ses croûtes épaisses , rugueuses ou jaunâtres , ne peuvent être confondues avec les éruptions vésiculeuses et vésiculo-pustuleuses de l'eczéma , ni avec les croûtes lamelleuses ou les squames épaisses de sa dernière période.

§ ly. Le pronostic de l'impétigo est en général naoins grave que celui de l'eczéma , de la lèpre, du lichen , etc. L'impétigo aigu , quel que soit son siège , guérit ordinairement dans l'espace de deux à (rois septénaires. La durée de l'impétigo chronique varie suivant le nombre des puslides et celui de leur., éruptions successives; d'autres conditions morbides, quelquefois liées à .son développement (aménorrhée, grossesse, âge critique, constitution scrofuleuse , etc.), influent aussi sur sa durée; je lai vu se développer chez une femme pendant toutes ses grossesses , résister aux traitemens les plus actifs, et guérir spontanément peu de temps après l'accouchement.

Les impétigo chroniques du cuir chevelu j de la lèvre supe'rieure , du menton et des autres régions occupées parla barbe , chez l'homme, sont souvent re-

IMPETIGO.

Page 1