‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 96 sur 311 · INDICATION · texte numérisé non relu

INDICATION

On a aussi défini l'indication : la manifestation des actes mêmes qui fixent le médecin dans les moyens de traitement d'une maladie dont on a bien déterminé les causes , la nature , le siège , l'époque plus ou moins avancée , ainsi que la constitution , l'âge , le degré des forces du malade, le caractère des maladies dominantes , etc. Cette différence d'interpréter le mot indication ne change en rien toutefois le sens général que l'on y attache en médecine pratique : elle est, dans l'un et l'autre cas, le fondement sur lequel repose toute thérapeutique. Pour établir une indication, le médecin est obligé de tenir compte de tous les phénomènes pathologiques soumis à son observation, il ne s'arrèle point au seul symptôme dominant dans une maladie ; il les examine tous successivement, en précise la valeur absolue ou relative, étudie avec soin l'état de chacun des organes, de chacune des fonctions en particulier : puis, de la recherche et de l'appréciation rigoureuse des causes de la maladie , il descend à rap])réciation exacte des effets qu'elles ont pu produire; et par cet examen réfléchi, il acquiert la connaissance de la nature et du siège de la maladie, et parvient à en déduire les moyens de traitement les plus propres à en triompher. En cela , ou peut dire avec vérité que la médecine des indications constitue à elle seule toute la médecine clinique.

Pour formuler les faits d'où dépe ndent les indications, l'on a désigné celles-ci sous les noms d'empirique , de rationnelle , de fondamentale , d'accessoire , d'accidentelle , de symptomatique , etc. , ce qui revient à dire que les indications varient comme les élémens mêmes de la maladie, d'après la nature des symptômes , etc., et quelquefois aussi, d'après les théories auxquelles nous les subordonnons. Expliquons, par des exemples , le sens que l'on doit attacher à ces diverses dénominations en médecine pratique.

Dans le traitement de la gale , de la syphilis, des fièvres intermittentes, nous n'agissons que d'après des indications empiriques, c'est-à-dire basées uniquement sur l'expérience : dans une pneumonie, une péritonite , dans toutes les phlegmasies en général , les indications sont rationnelles , c'est-à-dire que , le caractère , la nature des inflammations nous étant bien connus , nous leur opposons, par raisonnement, les moyens antiphlogistiques dont la manière d'agir nous est également bien connue.

On appelle indication fondamentale celle qui dérive de la connaissance de la nature mémo de la maladie ; bien interprétée, elle a la plus grande influence sur le succès du traitement et c'est toujours, à moins de cas exceptionnels fort rares , à cette indication qu'il faut d'abord satisfaire. Jamais , dans une maladie quelconque, le médecin ne doit perdre de vue cette indication capitale; elle domine toutes les autres.

L'indication accessoire est de moindre importance; elle se déduit de tous les accidens qui peuvent survenir dans le cours de la maladie principale, et n'e\ige que des moyens en quelque sorte secondaires. Il est peu de maladies pendant lesquelles il ne survienne quclque indication de ce genre.

Toutes les fois que, dans le cours d'une maladie , il survient une maladie nouvelle, ou que quelque symptôme devient assez inquiétant pour mériter uneattenliou toute particulière , c'est alors une indication accidentelle qui ne laisse pas cependant quelquefois d'exiger une prompte indication.

Enfin , l'indication symptomatique est celle qui nous est fournie par la prédominance d'un ou plusieurs symptômes dans une maladie sur laquelle on ne peut obtenir de notions sufîisantes ; c'est, à proprement parler, la médecine du symptôme , avec toute son obscurité et tous ses inconvéniens.

Il est évident que ces différentes indications n'ont pas toutes un même degré d'importance ; qu'une même indication ne conserve pas non plus la même valeur pendant toute la durée d'une maladie; qu'une indication, accessoire dans le principe , peut devenir fondamentale , et réciproquement. 11 est des cas où toute la médecine possible se trouve réduite aux seules indications symptomatiques , soit à défaut de renseignemens suflisans, soit à cause d'un état de démence oud'idiolisme chez le malade, sont par suite de l'intérêt qu'ont à dissimuler les malades ou ceux qui les entourent, soit encore par suite de l'état avancé de la maladie, soit enfin à raison de mille circonstances diverses qu'il est facile d'imaginer et que nous ne saurions toutes signaler.

Parfois il est fort difficile de déterminer à quelle indication il est plus urgent de satisfaire d'abord. C'est aux lumières et à l'expérience du praticien à peser toute la gravité , à apprécier toute la valeur des circonstances qui les constituent) d'après la nature des organes atfeclés ou l'importance des fonctions compromises, et c'estsurtout le cas de la sentence : judicium dijjicile , occasio prœceps.

Le mode aigu ou chronique d'une maladie , 1 Age , le sexe , le tempérament introduisent nécessairement des différences dans les indications comme dans les moyens de les remplir. Une maladie, par le seul fait de sa longue durée , peut changer de caractère, et l'indication avec elle. Combien de gastrites chroniques qui, à la longue, se convertissent en gastralgies, et guérissent par des moyens qui ne pourraient qu'accroître une inflammation !

Quelquefois encore, en présence d'un malade, on cherche vainement une maladie qu'il soit possible de caractériser; telle est surtout la position du médecin au début des fièvres graves , au début de toutes les maladies que l'on peut appeler générales ; dans les malaises souvent fort prolongés que l'on ne sait à quelle cause, à quelle lésion rapporter ; sorte d'état intermédiaire entre la santé et la maladie, que les déterminations instinctives des malades nous révèlent souvent mieux que tous les efforts d'exploration, et qui réduisent souvent le rôle du médecin à celui de l expcctation, qui n'est pas toujours le plus facile, s'il est qucl((uefois le plus sage.

On conçoit aussi toutes les nuances d'indications qui peuvent naitre des différences d'âge, d habitude , des professions , etc. : difl't rences telles qu'elles se re-

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