INDIGESTION
INFANTICIDE
Des lésions indirecles de resiomac prédisposent aussi à l'indigestion. Ainsi , ir exemple, dans certaines affections morales qui réagissent synipathiquement r l'estomac, il n'est pas rare de voir une faible quantité d'alimens provoquer le indigestion des plus graves.
La vue de certaines substances, l'odeur de quelques autres , les mouvemens une voilure, d'un vaisseau, une sensation vive de froid, etc., etc. , constituent ,'alement des conditions qui favorisent la production d'une indigestion. § III. De la nature de l'indigestion. Jusqu'à ce que les fonctions digeslives ent été complètement expliquées, ce qui n'est pas encore près d'arriver, il sera ipossible de résoudre d'une manière pleinement satisfaisante le problème de la ilure.dc l'indigestion. Contentons-nous donc de quelques aperçus sur ce sujet.
un fait dont tout le monde est d'accord, c'est que 1 estomac, comme tous s organes du même ordre, ne tend à expulser les matières qui doivent normaraent mettre en jeu son action, qu'autant qu'il éprouve de leur part une '.citation, une stimulation , une provocation portée au delà du type normal. ^ surexcitation dont-il s'agit a-t-elle lieu dans l'estomac, il y a vomissement; }ns le gros intestin, il y a déjections alvines ; dans la vessie, excrétion des j'ines ; dans les voies respiratoires, expectoration, etc.; c'est par la mêuie ison , ou plutôt par le même instinct, qu'on ferme les yeuK, et que la pupille contracte , lorsqu'une trop forte lumière blesse l'deil ; que l'on éternne et que )n se bouche le nez, etc. , lorsqu'une ardeur trop forte ou qu'un coi ps étran- ?r iriite les fosses nasales. Il est si vrai que c est à la .surexcitation indiquée
I il faut rapporter les phénomènes ci-dessus exposés, qu'ils cessent d'avoir lieu ins les cas de paralysie des organes qui les mettent eu jeu. Ces mouvemens .^liiictifs ont évidemment un but salutaire , lorsqu'ils sont provoqués par la "tseiice d'irrilans matériels, puisque l'expulsion de ceux-ci eri est le résultat, ais ce qui prouve bien clairement que ces irritans matériels ne sont que la >iidition des mouvemens d'expulsion , c'est que ces mêmes mouvemens tendent jrfois à s'opérer en l'absence de ces irritans, ainsi que cela se voit ilans les iiflamraalions vives des organes énumérés plus haut.
Quoi qu'il en soit, revenant à notre sujet, nous croyons exprimer une inconsuble vérité en disant ipie les phénomènes symptomatiques de l'indigestion Wit le produit d'une excitation hypernormale de l'estomac , provoquée par la reseuce d'alimens qui pèchent , soit par leur quantité, soit par leur qualité, ert.iinement les conditions de celle hyperexcitation , de cette espèce dHrritam ne permellent pas de la confondre avec aucune autre ; toutefois, il nous est
possible de ne pas reconnaître que , sous le point de vue de sa nature intime, le ne diffère que par le degré de cette forme d'irritation à laquelle on a donné le
m de gasti ite ou de gastro-entérite. Il n'y a que le jdus aveugle esprit de pai ti li puisse repousser ce rapprochement. L'irritation de la membrane muqueuse
gestive est susceptible , sous le rapport de son degré, de son intensilc, d'une rie de nuances à l'une des extrémités de laquelle on pourrait placer celle qui
lieu dans l'in.ligestion , tandis qu'à l'autre extrémité se trouverait l'irritation li provient de l'empoisonnement, y com|)ris le choléra-morbus , qui n'est
ellement qu'un empoisonnement sui generis. Divers auteurs, et M. Mérat en articulier , dans son article Indigestion du grand Dictionnaire des scienc-s édicales , avaient, au reste, signalé les rapports qui existent entre une vio- ■nte indigestion et le çholrra-morbus. Il est vrai qu'à celte époque on n'avait îas été , comme nous , témoin d'une épidémie de choléra-moi bus asiatique. 11 ja donc un immense intervalle entre les accidens d'une simple indigestion et pux que l'on observe dans un choléra-morbus intense ; mais il n'en est pas loins \rai qu'en portant à leur summum les phénomènes de l'indigestion, on is transformerait en des phénomènes qui ont la plus grande analogie avec ceux u choléra. Ce n'est pas une raison , nous le savons très-bien , pour considérer 3ite dernière maladie comme n'étant qu'une violente indigestion : il y a dans i spécificité de la cause de cet empoisonnement un trait qui ne permet pas de ! conlondre avec aucune autre maladie.
Pour éclairer plus complètement ce point de doctrine, il resterait à faire conailre les résultats de l'anatomie pathologique. Mais , grâce au ciel, une simple idigestion ne cause jamais la moi t , et dans les cas même où la mort survient ar suite d'acciJens , tels qu'une congestion sanguine, une hémorrhagie cérérale, etc., je ne sache pas qu'on ait jusqu'ici constaté quelque lésion gastriue propre à l'indigestion exclusivement. Il est permis de présumer que , vu a rapidité de la mort dans le cas d'indigestion compliquée, ainsi qu'il a été jit , on ne rencontrerait aucune lésion bien notable. La rougeur elle-même , n supposant qii'elle eut été très-prononcée pendant la vie , aurait en grande larlie ou en totalité disjiaru au moment de l'ouverture du cadavre. Les recherlies de Birhat nous autorisent du moins à prévoir ce résultat. Deshayes ( Mé- Iccine pratique) et Corvisart ont eu occasion d'ouvrir des individus frappés l'apoplexie à la suite d'indigestion. Ils ne nous ont rien appris de bien imporant sur le sujet qui nous occupe. Ils ont trouvé l'estomac pins ou moins disendu par les alimens , soit solides, soit liquides ; ils ont noté l'odeur aigre et lenétranle qu'exhalent ces matières.
II n'est pas indifférent de signaler ici le fait suivant, savoir, qu'on a quel- [uefois rencontré une certaine quantilé de malières alimentaires dans les voies lériennes, chez les individus morts d'indigestion. M. Mérat a recueilli un cas de e genre à la clinique de Corvisart. Cet auteur a très -bien expliqué le mécalisme de cet accident chez les individus mort-ivres. Si ces individus sont couhés sur le dos , les alimens vomis restent en partie dans la bouche , et une porion peut tomber dans les voies aériennes , surtout pendant les grandes inspiraions qui ont lieu dans le sommeil stertoreux où sont plongés les individus ^ort-ivres.
Dicï. DE Mkdecine et de Chirurgie pratiques.
§ W. Traitement. L'indigestion pure et simple, seul oljjet dont nous nous occupions ici, est un accident ])lulôt qu'une véritable maladie, et rien n'est plus facile que d'y porter remède. Si les malades ont abondamment vomi, ils sont , par cela même, en grande partie guéris. En effet, les évacuations sont réellement la crise de cette indisposition. La cause matérielle des accidens i c'est-à-dire les substances alimentaires n'existant ]dus , ceux-ci ne tardent pas à se dissiper d'eux-mêmes.
11 en est ici comme dune irritation provoquée par une épine : arrachez celle ci et tout l'appareil morbide ne tarde pas às'évanourir : sublatd causa, tollilur effectus .
Ilsufiit en général à l'estomac d'un repos de quelques heures ou d une journée au phis, pour reprendre le libre exercice de ses fonctions. On favorise la salutaire influence de la diète par quelques boissons délayantes. L'infusion de Ihé est le moyen banal et pour ainsi dire le spécifique de l'indigestion. On peut lui substituer une infusion de camomille , de véronique , de serpolet, de fleurs de tilleul et de feuilles d'oranger, la limonade cuite légère; l'eau sucrée suflit souvent pour remplir la même indication.
Dans les cas où il existerait de violentes nausées sans vomissrmens , il faudrait provoquer ceux-ci, soit par la simple tilillalion de la luette et du voile du palais , soit par l'administration d'un léger vomitif. Cette indication est éminemment rationnelle , puisque, comme nous l'avons vu plus haut , c'est la présence des alimens qui constitue la cause matérielle , /o;v«e//e des accidens de l'indigestion.
Au moment où je corrige l'épreuve de cet article , M. le docteur Chauffard vient de publier , sur l'emploi De la saignée et des émolli-ms dans les Indigestions, des réflexions qui me paiaissent devoir trouver place ici. Après avoir rapporté quelques cas d'indigestion dans lesquels l'emploi de la saignée fut suivi du plus prompt succès, M. ChaufTard ajoute: « line faut pas, au reste, » regarder la saignée comme indispensable dans le traitement de toutes les indi- 0 gestions; la gravité ou l'exaspération des accidens doivent en tiéterminer 1) l'emploi. Ce qui est vrai , c'est que, dans les cas même les plus simples, les n stimuians souvent prolongent le mal, le font dégénérer, ébranlent l'appan reil nerveux, et provoquent des complications ataxiqnes. » Après avoir exposé un cas où celte dernière médication produisit des accidens qui cédèrent ensuite à la méthode émolliente, le praticien distingué d'Avignon termine ainsi : <i De l'eau tiède en quantité pour affaiblir Virrilalion gastrique ( on voit que » M. Chaufï'ard, ainsi que nous, admet que, dans l'indigestion, il existe une » irritation de l'estomac), et faciliter le vomissement, la saignée, les sangsues, » les émoUiens, les gouttes anodines selon l'exigence des symptômes, tels sont » les moyens le plus appropriés. »
Il est bien entendu, au surplus , que ces préceptes ne s'appliquent, du moins dans toute leur extension, qu'aux jeunes gens, aux hommes irritables, sanguins, et ne concernent pas les vieillards, les sujets débiles , usés, cacochymes , «car, 11 dit M. Chaiilfard , les préceptes, en médecine, ne sont jamais absolus , mais « toujours relatifs;» maxime très-sage, bien qu'exprimée, peut-être, d'une manière trop absolue.
Si la cause qui a produit l'indigestion laissait à sa suite des symptômes plus ou moins graves de véritable inflammation des voies digeslives , il faudrait alors recourir aux moyens que réclame celle-ci, tels qu'on les trouve indiqués dans les articles de ce Dictionnaire consacrés aux diverses formes de cette maladie. ( Foycz Gastrite , Gastro-ektérite , Choléka-morbcs , etc.)
(J. BODILT.AI. D.)
INDURATION. P'ojcz I^^LAMMATlo^•.
I!?iFANTICIDE. (Médecine légale.) — Législation relative à rinfanticidc. — Est qualifié infanticide, le meurtre d'un enfant nouveau-né. (Art. 300 du Code pénal.) Tout coupable d'assassinat, de parricide, d'infanticide et d'empoisonnement, sera puni de mort (art. 302). La peine portée par l'arl. 302 du Code pénal, contre la mère coupable d'infanticide, pourra être réduite à celle des travaux forcés à perpétuité. Cette réduction de peine n'aura lieu à l'égard d'aucun individu autre que la mère. (Code pénal , art. 5 de la loi du 25 juin 182'!. )
Plusieurs auteurs de médecine légale se sont élevés contre la dénomination d'infanticide, comme ayant une signifîcaliou trop générale, et nous citerons en particulier M. Marc (voyez Dict. de méd. , art. Isfanticide). Ce médecin-légiste énonce ce fait, qu'en médecine légale on distingue l'embryoctonie ou lefœlicide, de l'infanticide, c'est-à dire que par les deux premières expressions on entend la destruction du fœtus avant son expulsion , ou par l'effet de son expulsion violente et prématurée, tandis que la troisième désigne le meurtre d'un enfant plus ou moins de temps après sa naissance. Il ajoute qu'un langage riooureux exigerait peut-être que l'on adoptât, comme expression générique, le mot fceticide , pour désigner la destruction volontaire du fœtus depuis l'époque de sa formation jusqu'après celle de son expulsion ; que le mol embrjroctonie ne servit qu'à exprimer l'action de faire périr dans le sein maternel le fœtus , non encore complètement développé ; et enfin que le mot infanticide ne fut appliqué qu'au meurtre d'un enfant viable.
Ces distinctions, quoique exactes, sont, suivant nous, inadmissibles en médecine légale, car cette science est tellement liée aux lois, que toutes divisions qui ne se coordonnent pas avec elles , en doivent ct.'e exclues , à char'^e de faire prendre aux médecins des conclusions obscures pour les ma^i^trats. En effet, la loi ne reconnaissant que deux crimes par rapport à l'enfant encore contenu ou sorti du sein de la mère , l'avorlement et 1 infanticide , spécifiant d'ailleurs très-bien ces deux crimes . le premier par accouchement orématuré et volontaire , le second par enfant nouveau-uc , il est lout-à- ^ 325
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fait inutile d'indiquer s'il y a embryoctonie ou fœticide , puisque la loi ne reconnaît dans les deux crimes qu'un accouchement prématuré et qu'elle les punit de la même peine. L'intention est la même dans les deux cas ; la volonté recherche le même résultat; pourquoi donc multiplier sans nécessité les divisions scientifiques ?
Nous signalerons avec M. Orfila cette omission : que la loi ne fait pas mention du meurtre d'un enfant naissant , quoique éi'idemment on doive encourir la même peine que lorsqii^on assassine un enjànt qui vient de nailre. (Voyez Méd. lég. , tom. I" , 2o cdit.)
Mais nous ne pensons pas qu'une femme qui accouche au terme ordinaire de la grossesse, et qui fait périr son enfant pendant l'accouchement, soit aussi criminelle que celle qui le tue alors qu'il a vécu, qu'il a respiré ! !
En elfel , quoi de plus propre à suspendre la volonté criminelle d'une mère, que la vue , que les cris de son enfant ? Celle-là est doublement coupable qui a long-temps médité le crime, qui persiste encore dans sa résolution, et même qui en prend pour ainsi dire une nouvelle , alors que la vue de son enfant doit avoir détruit la première.
Celle qui tue son enfant pendant l'accouchement est cependant plus coupable que la femme qui commet le crime d'avortement. Dans ce dernier cas , eu eifet , le meurtre s'exerce sur un enfant qui n'a pas encore atteint tout le développement qui le rend apte à parcourir les diverses phases de la vie. Dans le premier , au contraire , quoique la femme n'ait pas la certitude que son enfant soit apte à vivre , elle doit le supposer puisqu'il est arrivé au terme de la grossesse.
Au surplus , cette lacune de la législation n'existât-clle pas , il n'y aurait pas un cas sur mille qui pourrait en recevoir l'application. Déjà les médecins ont bien Je la peine à prouver que l'enfant a vécu lorsque le crime a été commis, alors ([ue la respiration a été effectuée ; que serait-ce s'il s'agissait de démontrer que l'enfant était vivant, quoiqu'il n'eût pas encore respiré !
Nous ne terminerons pas ces considérations sans nous Joindre à M. Marc et à plusieurs autres auteurs de médecine légale pour obtenir une loi moins rigoureuse à l'égard du crime d'infanticide, et qui, en permettant son application plus fréquente , ne le laisse pas si souvent impuni !
On distingue le crime d'infanticide en deux sortes : celui qui a lieu par omission et celui qui a lien par commission. L'infanticide par' omission est celui dans lequel la mère laisse mourir son enfant par défaut de soins ; mais il ne sufiit pas que l'omission ait lieu , il faut encore qu'elle soit volontaire. Dans cette espèce, la mère n'agit pas, elle laisse agir la nature; dans l'infanticide par commission , au contraire, elle ne se borne pas à rester spectatrice de la mort de son enfant, elle attente à ses jours , et employé tous les moyens de lui ôter la vie.
Voici l'ordre que nous suivrons dans l'exposition des faits qui ont trait à l'infanticide. Nous diviserons cet article en deux parties principales : la première comprendra les faits qui se rattachent à l'enfant ; la seconde, ceux qui se rapportent h la mère. Dans la première partie nous consacrerons un chapitre 1° à des considérations générales sur l'état normal , anormal et pathologique des organes des nouveau-nés; 2° à l'examen du corps du délit en matière d'infanticide, et à la marche à suivre dans cet examen pour pouvoir explorer tous les organes , sans altérer les modifications qu'ils peuvent avoir subies ; 3o aux questions dont la solution découle de l'examen du corps de l'enfant, et alors nous fournirons les moyens de répondre aux questions suivantes : L'enfant était-il viable? A-t-il vécu? En supposant qu'il ait vécu, combien de temps a-t-il vécu? L'enfant était-il mort avant de naitre ? A-t-il péri pendant l'accouchement:' A-t-il péri après l'accouchement ? En supposant qu'il ait péri après l'accouchement , la mort a-t-elle eu lieu naturellement? Si la mort a eu lieu naturellement, n'aurait-on pas pu l'éviter en lui donnant des soins? Delà l'infanticide par omission , si le défaut de soins a été volontaire. Enfin , la mort a-t-elle été le résultat de violences ? de là l'infanticide par commission.
Dans la seconde partie , nous établirons d'abord quelle doit être la conduite du médecin à l'égard de la femme qu'il est appelé à examiner ; les parties sur lesquelles il doit principalement fixer son attention, et la manière de les explorer ; puis nous passerons en revue les questions de savoir si une femme est accouchée. S'il y a coïncidence entre l'époque de l'accouchement et la naissance présumée de l'enfant; si une femme peut accoucher sans le savoir; enfin , si une femme peut ignorer sa grossesse.
Considérations générales sur l'élat noj'nial , l'état anormal et Vélat pathologique de certains organes des nouveau-nés. — Les faits que nous allons établir sont tellement importons , qu'à leur défaut , il serait impossible au médecin légiste de résoudre la plupart des questions relatives à l'infanticide. MM. Coigny , Denis et Billard , et surtout ce dernier , ont beaucoup éclairé le sujet qui nous occupe.
Peau. Tous les enfans ont , eu naissant, la peau plus ou moins colorée en rouge ou en rouge violacé , s'ils ne sont pas malades. La peau commence à blanchir vers le huitième jour, quelquefois vers le cinquième, et dans d'autres cas au douzième. Pour prendre sa couleur naturelle, la peau passe du rouge foncé au rose pâle , pour blanchir ensuite ; une nuance jaune, que l'on renil plus manilcble par la pression du doigt, est toujours mélangée avec la teinte rouge. Quelques enfans, en naissant, sont d'une pâleur extrême. D'autres quelques jours après la naissance , deviennent ictériques ; il en est qui présentent les taches coniiucs sous ic nom de nœvi materni , ou bien des ecchymoses , des pcléchies , quelques exanthèmes , l'ecthyma , le strophulus. Mais ce à quoi le médecin doit surtout s'attacher , c'est à bien distinguer la peau parfaitement
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organisée, de la peau qui n'a pas encore acquis l'entier développement Ju ; temps révolu de la grossesse. Celte circonstance éclaire la question de savoir si ■ l'enfant est né à terme. Quand la peau n'est pas bien organisée , outre qu'elle' ! est plus molle, moins dense , elle a encore une certaine transparence , et l'on y I aperçoit les lignes celluleuses diaphanes qui séparent les plaques du derme non | encore parfaitement confondues entre elles. |
Canal digestif . — Parfois des ecchymoses scorbutiques à la base de la langue.— j La face interne de l'œsophage est toujours le siège d'une injection plus ou moins marquée sous les diverses formes de plaques , de stries longitudinales , de ramifications ; en sorte que sa coïncidence avec un lien appliqué autour du col , j ne prouverait rien comme fait propre à démontrer que le lien aurait été 9ppli- j qué du vivant de l'enfant. — Dans l'estomac , des ulcérations avec exsudation j d'un liquide sanguinolent , brun ou noirâtre , ce qui pourrait établir des soup- ' çons d'empoisonnement. Un embonpoint très-prononcé peut co'incider avec des i ulcérations très-nombreuses dans l'estomac, ulcérations développées probablement pendant les derniers jours de la vie intra-utérine. Outre ces ulcérations', ; l'estomac et le reste du tube digestif peuvent être le siège d'injections vascu- \ laires , de rougeur, d'ulcérations , et contenir du sang plus ou moins altéré; j tous phénomènes qui résultent de maladies développées alors que l'enfant j était encore contenu dans l'utérus. Il en est de même sous le rapport desinjec- ■ tiens vasculaires. \
Appareil urinairs. — Il ne présente d'intéressant pour le médecin légiste, que ] celte circonstance , à savoir que les reins sont quelquefois le siège d'épanché- | mens sanguins ou d'ecchymoses.
Organes de la respiration. — La membrane muqueuse de la trachée et des j bronches est souvent colorée en rouge. Les plèvres sont parfois injectées ; elles peuvent aussi contenir des épanchemens sanguins , séreux ou semi-purulens f avec fausses membranes. Quant à ce qui concerne l'état normal et l'état patho- : logique des poumons des nouveau-nés , nous en avons traité avec détail à l'ar- :
ticle DOCIMASIE PULMONAIRE. j
Organes de l'innervation. — Nous nous bornerons à quelques observations j sur le cerveau. Dans l'étal normal , la substance cérébrale est en général ivhs-' ] molle; elle peut acquérir plus de consistance par le fait d'une altération patho- I logique. La substance blanche est beaucoup plus sablée de vaisseaux que chez l'adulte , ce qui donne à cette substance une couleur souvent plus foncée que ^ celle de la substance grise. Souvent aussi , les vaisseaux du cerveau sont injee- i tés au point de suivre parfaitement leur trajet et leurs ramifications. Ce dernier ' état est très-important à connaître pour la médecine légale. En 1831 , j'eus j occasion d'appeler l'attention des magistrats sur une coloration /je v/zi que I présentait la substance cérébrale ramollie d'un enfant trouvé dans le tuyau ! d'une fosse d'aisance, et appartenant à la fille D.... accusée d'infanticide. Dans i la consultation que je rédigeai à ce sujet , je fis sentir que cette coloration i pourrait faire naître \e soupçon que des violences ayant été exercées sur la tête I pendant la vie de l'enfant , il en avait pu résulter un épanchement de sang dans 1 le crâne , qui aurait amené une coloration aussi prononcée que celle dont il est fait mention dans le rapport des premiers experts. (Voyez Annales d'iijr- i giène et de médecine légale , tome Vfll , p. 361. ) En effet , quelque injectés i que soient les vaisseaux, il est rare qu'une fois la putréfaction survenue, le sang j cfu'ils renfermaient puisse colorer la substance cérébrale d'une manière aussi | prononcée.
Telles sontles considérations principales surlesquelles nous avons cru devoir f appeler l'attention des médecins. Nous n'avons pas prétendu décrire l'état i normal et pathologique des organes des nouveau-nés , ce qui nous aurait entiè- 1 rement éloigné de notre sujet , mais rappeler seulement les faits relatifs aux il organes des nouveau-nés , qui peuvent servir à éclairer les diverses questions d que l'histoire de l'infanticide va faire naître.
Examen du corps du délit en matière d'infanticide ; marche à suivre dans cet i examen pour pouvoir explorer tous les organes et ne pas altérer les modijtca- I tions quils peuvent avoir subies. — Le point le plus important dans le rôle de i l'expert en médecine légale, c'est la description exacte et minutieuse du corps ^ de délit. En effet, ne dût-il pas en tirer toutes les conséquences possibles, dût-il même en tirer des conséquences fausses , si la narration des faits est scrup"- ' leusement établie, il lui reste la ressource de revenir sur ses conclusions , et I comme dans le plus grand nombre des cas un expert n'est pas seul, qu'il peut i s'éclairer dans les traités ex pi qfesso, avant de faire son rapport , il remédiera I facilement à de fausses inductions. S'il mutile le corps du délit , tous reuseï- j gnemens sont perdus et avec eux la preuve de l'innocence ou de la culpabilité I de l'accusé. '
On ne sera donc pas surpris si nous entrons dans des détails assez circon- . stanciés sur ce sujet. Peut-être quelques lecteurs les trouveront-ils minuticus : ceux-là n'auront pas fait de médecine légale. Nous pensons d'ailleurs que la plupart des auteurs ne se sont pas assez appesantis sur celte matière pratique;! le plus grand nombre même a omis d'en traiter.
L'expert mandé par la justice pour procôiler à l'ouverture d'un fœtus, doit avant tout examen s'enquérir auprès d'elle de toutes les circonstances qui se rattachent à la découverte du corps du délit; la disposition des localités où il a été trouvé, les moyens que l'on a employés pour l'en tirer, s'il est resté expose à Pair ou renferme avec soin , ou placé dans de l'eau , de l'eau chlorurée ou tout: autre liqueur; si des moyens violens ont été employés pour extraire le corps de l'enfant, et quels tout les renseignemens que l'on a pu obtenir d'une personne soupçonnée d'avoir commis le crime , au cas où ces soupçons se seraienli déjà élevés. Ces connaissances premières serviront à expliquer bien des lésions
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le l'on pourrait attribuer à l'inculpée , et éviteront des méprises trop préjudiables. C'est ainsi qu'une femme , après avoir jeté son enfant dans le tuyau une fosse d'aisance, alors qu'il ciait déjà mort, employa une barre de fer our ie pousser à une profondeur plus grande , le tuyau s'ctant trouvé trop roit , et le foetus placé dans une position qui avait arrête sa chute dans la isse. Il en résulta des lésions auxquelles ou aurait pu attribuer la mort de înfant.
Il faut ensuite qu'il se fasse représenter l'enfant dans la situation où il était rsqu'il a été découvert ; le plus souvent ces enfans sont enveloppés dans des nges, pliés et repliés sur eux-mêmes ; dans des sacs, dont quelques-uns sont lusus et fermés hermétiquement de manière à cacher complètement l'objet j'ils renferment; tantôt c'est un carton, tantôt c'est un panier à bourriles , etc. Il doit alors décrire exactement toutes ces enveloppes, la marque des nges s'il en existe; la couleur et l'espèce de fil qui a servi à coudre les sacs , : enhn la situation de l'enfant dans ces divers objets, alors que le corps du ilit lui est présenté sans avoir été dérangés.
Ces circonstances préliminaires une fois établies , l'expert s'occupera de ixamen extérieur du corps de l'enfant. 11 portera son attention sur le sexe. — a conformation générale, à l'efiét de rechercher s'il n'existe pas quelque difrmité entraînant avec elle la non-viabilité. {Vojez Monstbuosité ) ( Médecine 'gale). — L'état des parties molles en général, eu égard à la putréfaction : il Jtera la couleur de la peau , le degré d'adhérence de l'épiderme ; celui des igles , la teinte verte , brune ou opaline du derme ; la saponification de la ;au et du tissu cellulaire, dont il mesurera la profondeur par des incisions ;u étendues et ne pénétrant pas dans les cavités ; l'état emphysémateux de ce isu ; les érosions de la peau ; les destructions de peau en putrilage dont les jrds pourront être ou ne pas être saponifiés; les portions de membres détruits, ; principalement celles des mains et des doigts. — Les ouvertures naturelles li peuvent être oblitérées, ou desquelles il peut s écouler différens liquides, 1 au moins présenter des traces de leur écoulement , telles seraient celtes du Iq- — Les piqûres , plates , contusions , ecchymoses qui peuvent se rencon- ;r sur diverses parties , et dont il fera connaître avec exactitude la nature et s dimensions. Toutes les fois qu'une plaie ou une autre blessure paraîtra avoir ! la profondeur, il en réservera l'examen pour le moment où il pourra en ême temps explorer les organes placés plus profondément- — Le poids de la talité du corps. — La longueur du fœtus prise du sommet de la tête k la plante îs pieds, Cette opération se pratique de la manière suivante : on place l'ennt sur le dos , on fait relever la tête dans une situation naturelle , on fait fixer bassin et appuyer sur les rotules , afin de redresser les jambes ordinairement ichies sur les cuisses. On applique une règle sur le sommet de la tête , transirsalement à la direction verticale du corps, et de cette règle on fait partir un que l'on prolonge sur le côté de la tête, puis au devant du thorax , et que m tait descendre entre les deux jambes pour le conduire jusqu'à la plante des eds que l'on a fait placer dans une direction perpendiculaire. On peut encore aployer le mécomètre de Chaussier, genre d'instument tout-à-fait analogue à lui dont se servaient autrefois les cordonniers pour prendre leur mesure. — lant alors eu deux parties égales le fil dont on s'est servi , on en place une trémité à la plante des pieds ou au sommet de la tête, et l'on voit, en prongeant l'autre, à quel point du corps elle correspond ; à terme , c'est ordilirement à cinq ou six lignes au-dessus du nombril , que cette extrémité vient rendre ; ce point indique l'insertion du cordon relativement à la moitié de longueur du corps. — La couleur de la peau ; si elle est blanche , rose ou uge uniformément, ou par plaques ; ce qui peut éclairer sur les genres de ort par hémorrhagie et par asphyxie. Sa diaphanéité, sa consistance et le gré de son organisation , dont on peut tirer des conséquences par rapport au iveloppement de l'enfant. — Sa texture au nombril , qui, à l'époque du terme ! neuf mois , doit présenter les traces d'une organisation parfaite ; ce qui était une différence tranchée entre l'aspect de cette enveloppe et l'aspect des embranes du cordon ; tandis que. plus on s'éloigne du terme de neuf mois, mieux elle se confond par son aspect et son organisation avec ces membranes. Les traces d'enduit sébacé , qui chez les enfans , où il est le moins abondant, rencontrent presque toujours dans le creux des aisselles , au pli des aines et IX jarrets ; non pas cependant que l'enduit sébacé ne puisse jamais manquer, ais ce sont les parties où l'on en laisse souvent une portion , alors même qu'on eeles enfans à leur naissance, à plus forte raison dans des cas d'infanticide 1 il y a absence de soin. — Les ongles, sous le rapport de leur organisation , I leur densité, et surtout de leur développement tant en largeur qu'en lonleur ; on sait qu'à terme ils dépassent l'extrémité des doigts , et qu'ils acquiènt de plus en plus de consistance avcc l'âge. Les auteurs me paraissent avoir I général attaché beaucoup trop d'importance à la longueur des ongles comme ■euve de développement : je les ai toujours vus recouvrir l'exlrémitc des doigts IS diverses époques de la grossesse ; mais ce qui me parait beaucoup plus obant sous ce rapport, c'est leur largeur comparée à la circonférence de l'exémité des doigts. Ainsi , au terme de neuf mois , les ongles forment ordinaiment la moitié de la circonférence des doigts , taudis qu'auparavant ils n'en nstituent quelquefois que le quart. Il me paraît beaucoup plus sûr de les coniérer sous ce dernier point de vue. — Les cheveux , sous le rapport de leur uleur, leur longueur, leur quantité.
Avant de porter ses regards sur la tête en particulier , l'expert doit fixer ittention la plus grande sur l'anneau ombilical et sur le cordon. De leur esasn on tirera des inductions très -importantes; et sans passer en revue les divers s qui peuvent se présenter, nous supposerons deux circonstances possibles;
ou bien il reste adhérente à l'anneau une partie du cordon ombilical frais ou sec ; ou bien l'anneau en est dépourvu. Dans le premier cas on doit décrire son espèce , s'il est gras ou maigre , c'est-à-dire , s'il contient beaucoup de gélatine de Warton ou s'il en est peu pourvu ; — quelle est sa longueur ; — s'il porte une ligature ; et , dans le cas où il en existe , avec quoi elle est faite, comment elle est faite ; et à quelle distance de l'ombdic elle se trouve ; — son degré de torsion ; — sa transparence ; — le volume des vaisseaux qu'elle renferme ; — s'ils contiennent du sang que l'on puisse faire écouler de l'extrémité libre par la pression ; — si cette portion de cordon a été coupée ou décliit ée ; si la section est à bords ou lèvres tellement nettes , que l'on puisse supposer qu'elle a été faite avec un instrument tranchant et par une personne qui ait l'habitude de cette opération; dans le cas de déchirure ou d'arrachement , décrire l'inégalité relative dans la longueur des lambeaux des membranes du cordon, l'enfoncement de certain vaisseau dans l'épaisseur du cordon , tandis que tel autre dépasse de plusieurs lignes son extrémité libre ; — le cordon est-il desséché : noter s'il est aplati en ruban ou s'il offre quelque torsion , et rechercher, en comparant cette dessicalion avec l'état de l'anneau ombilical , si elle est le fait de la vie de l'enfant pendant plusieurs jours (voyez Age ) , ou si elle a été opérée par le contact de l'air seul. La dimension en largeur des vaisseaux que Ton aperçoit à travers le cordon peut même, ainsi que la quantité de sang qu'ils contiennent , faciliter aussi cette distinction.
L'état de l'anneau ombilical , pourvu ou dépourvu de cortion , doit être le sujet d'un grand nombre d observations. Le cordon exisle-t-il avec l'aspect que présente celui d'un enfant mort, immédiatement ou peu de temps après la naissance ? il faut voir si les membranes sont intactes dans leur point d'insertion à la peau du nombril. — Y a-t-il quelques solutions de continuité? Rechercher, dans le cas de l'affirmative , si elles peuvent être le fait d'une tentative d'arrachement, ou , au ci>ntraire , le résultat de sa chute naturelle. Dans ce dernier cas, il existe souvent un cercle inflammatoire rosé eu dedans duquel se trouve un cercle blanchâtre, sécrétant un pus ou un fluide muqueux ; toutefois ces phénomènes ne sont pas constans ( voyez Age ). On voit de plus les vaisseaux ombilicaux dénudés , rétrécis et encore adhérens, alors que les membranes sont détachées. En cas d'arrachement du cordon , il est très-rare qu'il ne reste pas au pourtour du nombril des petites portions des membranes , et souvent aussi une partie de l'un des vaisseaux doutla rupture n'a pas eu lieu au niveau de l'ombilic. Si l'absence du cordon est le fait de la chute naturelle , l'ombilic est rétréci , présente une espèce de cul-de-sac plus oi( moins complet ; et si l'on aperçoit encore quelques débris de vaisseaux on ne peut pas les attirer au dehors et les faire jouer à travers l'anneau fibreux de l'ombilic , comme cela s'effectue dans les cas d'arrachement, puisqu'on attire facilement au dehors les vaisseaux naturellement contenus dans l'abdomen , attendu qu'à cette époque ils sont environnés d'un tissu cellulaire extrêmement lâche.
Après avoir procédé à l'examen général de l'extérieur du corps , on passe à celui de chaque partie, e\ d'abord de la iêie. On notera sa forme, — les dimensions de ses divers diamètres ; ce qui ne peut s'obtenir exactement qu'avec un compas d'épaisseur : ordinairement on ne tient compte que de l'étendue des diamètres bipariétal , occipito-frontal et occipito-mentonuier. — On coupera tous les cheveux, et on examinera avec soin lecuirchevelu, à l'effet de rechercher s'il existe des traces de piqûres : on sait que l'on pourrait tuer un enfant en enfonçant une aiguille , soit entre les os du crâne , soit à travers les fontanelles , de telle sorte qu'il n'en resterait pas de traces extérieures. — On pratiquera au cuir chevelu une incision cruciale , ayant pour limite en arrière la naissance du col , en avant la racine du nez et latéralement la conque des oreilles. Il faut la faire avec soin , afin de ne pas entamer le sinus longitudinal supérieur. Je lui préfère même une section circulaire autour de la tête, qui tout en évitant cet inconvénient, offre de plus l'avantage de ne jamais entamer soit la tumeur du sommet de la tête , dépendant de l'accouchement , soit les ecchymoses qui pourraient être disséminées sur divers points du crâne. De cette manière on ne les met à découvert qu'au fur et à mesure de la dissection du tissu cellulaire, et on apprécie mieux leurs limites. — Quand on procède à cette dissection et que l'on arrive à une ecchymose , il faut , avant d'aller plus loin , s'assurer de l'état du décollement du périoste et de dénudation de l'os : circonstances qui, lorsqu'elles existent, établissent les plus fortes présomptions en faveur d'une blessure faite à l'enfant vivant , à l'exception des cas d'accouchemens laborieux. On tiendra compte aussi de la nature du liquide épanché , les tumeurs résultant du fait de l'accouchement étant plutôt formées par un mélange de sérosité et de sang , que par du sang pur. Enfin , on notera le degré d'écartement des os du crâne et la largeur des fontanelles. On sait que , chez l'enfant à terme , les pariétaux se touchent par leurs bords. — On doit se garder de séparer les deux pariétaux pour mettre le cerveau à nu en plongeant l'instrument dans l'espace membraneux qui les sépare ; on tomberait dans le sinus longitudinal de la dure-mère que l'on doit ménager pour ne pas répandre de sang à la surface du cerveau. Chaussier a conseillé avec raison de plonger obliquement la pointe des ciseaux au tiers inférieur de la membrane qui unit le pariétal à l'os frontal , de couper le pariétal , de le renverser en haut; de prolonger cette section en avant et en arrière , de manière à mettre à nu la plus grande étendue de chaque lobe du cerveau sans intéresser les sinus. Cette manière d'opérer doit subir des modifications lorsqu'il existe aux os quelques traces de fracture : il faut , règle générale , opérer la section autour et à une certaine distance de la solution de continuité, de manière à ménager toutes les parties profondément situées.
Ces sections permettent de noter l'état de la surface du cerveau , sa congés-
INFANTICIDE
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tion par le sang; le sang épanché en nappe , ou circonscrit , ou en foyer, ce qui est beaucoup plus rare; les décolleraens de la dure-mère , la réduction en bouillie de la matière cérébrale , la sortie de la matière cérébrale à travers une déchirure de la dure-mère coricspondant à la lésion extérieure. Tout en exposant ces altérations , il faut noter l'état des parties saines du cerveau , en indiquant leur aspect, leur couleur, leur densité, afin de mieux faire ressortir les changemens qui résultent de la lésion. Nous n'avons pas besoin de dire que la fracture elle-même doit être décrite d'une manière très-circonstanciée; que Ton doit tenir compte de la forme . du nombre et de la disposition de ses fragraens ; de l'étendue des fentes qui les séparent , de leur écartement , etc. Enfin on enlève le cerveau pour observer sa base ainsi que celle du crâne ; mais chez l'enfant ces diverses parties sont moins souvent altérées que chez l'adulte , où les fractures par contre-coup se rencontrent ordinairement.
Examen de la face. — Chez un grand nombre d'enfans sur lequel le crime d'infanticide est commis , on voit le nez aplati , la bouche déviée , les paupières plus ou moins déformées. Ces divers changemens sont le plus souvent le résultat des pressions exercées par les enveloppes dans lesquelles l'eniant se trouvait. Il en est de même des autres déformutions des membres ou du tronc. — 11 est un point sur lequel nous croyons devoir fixer l'attention : c'est la mobilité des deux portions de la mâchoire inférieure ; elle se rencontre presque toujours chez les enfaus qui sont restés exposés ù l'air ou plongés dans l'eau , ou qui ont séjourné pendant quelque temps dans une fosse d'aisance; il ne faudrait donc pas la prendre pour une solution de continuité opérée sous l'influence de la volonté.
Examen du col. — Avant de procéder à la dissection des parties du col , il faut examiner 1" s'il n'existe pas un lien au-dessus du larynx , ou la trace d'un lien. On doit décrire le nombre de tours que forme la ligature , le nœud qui la termine, le degré de consirietion qu'elle exerce, et le volume auquel le col a été réduit par cette constriciion ; je l'ai vu aminci jusqu'au point de n'avoir que treize lignes de diamètre. 11 est surtout nécessaire de précise)' si l'appiicaiion actuelle du lien exerce encore une pression sur les parties molles , ou si au contraire il est placé lâchement autour du col. Dans une affaire ti infanticide pour l'expertise de laquelle j'avais été appelé , la mère a déclaré qu'elle avait placé ce lien dans le but de (ixer une serviette dont elle avait enveloppé son enfant , qu'elle déclarait être né-mort. Il fut au contraire démontré que la pression exercée par le lien . à l'époque de l'examen juridique de l'enfant , était tellement granile , qu'il aurait été impossible que la serviette eut pu glisser et s'en échapper! En cas d absence de lien, on peut seulement rencontrer un sillon; mais il faut être tiès-circonspect dans l'afîirmation de son existence. (2hez l'enfant nouveau-né , le pli de flexion de la tête sur le cou est très-profond et peut facilement en imposer; l'erreur est encore plus facilement commise si l'enfanta séjourné pendant quel jue temps dans l'eau, et (|ue cette partie du col soit arrivée à la saponification, sous l'influence de la putrétaclion. 2". Si le larynx est intact ou fracturé. 3". Si la colonne vertébrale n'a pas subi quelque déviation ou fracture et si la tète ne présente pas une mobilité contre nature.
Cette inspection extérieure terminée, il faut agrandir l'ouverture de la bouche par deux incisions qui de chaque commissure se rentlent aux oreilles; — fendre en deux parties égales la lèvre inférieure , et prolonger cette section jusqu'au sternum , en passant par la ligne médiane du col. — La bouche se trouve alors largement ouverte , et l'on peut explorer le fond de sa cavité et celle du pharynx. Ces cavités recèlent souvent un tampon introduit pour étouffer l'enfant. Il ne sullit pas de constater son existence : il faut encore , autant que possible, rechercher s'il a été introduit pendant la vie ou après la mort , car une personne pourrait donner le change à ce sujet et faire peser une accusation capitale sur un individu innocent Voici ce que j'ai observé à ce sujet dans deux cas de ce genre. Les tampons sont ordinairement faits avec du linge plié en plusieurs doubles et fortement serré. La cavité de la bouche et celle du phaiynx allant en diminuant jusqu'à l'œsophage , il arrive que la compression effectuée par le tampon est d'autant plus forte qu'elle s'exerce plus profondément. De cette pression inégale résulte un état particulier de la membrane muqueuse du palais et du pharynx dans les divers points de son étendue, ainsi qu'une coloration différente des deux extrémités du tampon. La membrane muqueuse est blanche , amincie, sans aucune trace d'injection vasculaire dans la partie la plus profonde de la bouche, là où la compression la plus grande a eu lieu ; en avant de ce po'.nt cette membrane est rouge ou violacée , tuméfiée Giépaissie; phénomènes dont il est facile de se rendre compte par l'obstacle que le tampon apporte à la circulation du sang. Pour le tampon lui-même, il est blanc ', humide dans les points oii la pression a été très-forte ; quelquefois même il est sec dans les replis intérieurs ; tandis que la portion qui est restée libre dans la cavité de la bouche , est colorée en rouge vermeil par le fait d'une exsudation sanguinolente et humide dans toute son épaisseur. Ces phénomènes ont lieu lorsqu'on applique une compression de ce genre chez un enfant vivant : ils ne pourraient pas , je crois , s'effectuer, si ou opérait de la même manière sur un enfant mort ; et s'ils ne sont pas une preuve irréfragable que l'on ait asphyxié le nouveau-né , au moins éta])lissent-ils de fortes présomptions sur l'existence du crime. A défaut de tampon dans le pharynx on en trouve quelquefois dans le nez et les fosses nasales ; aussi ces parties doivent-elles être explorées avec soin.
Après avoir examiné la bouche et le pharynx, on dissèque les deux lambeaux latéraux résultant des sections que nous avons indiquées , et afin de pouvoir
les rejeter facilement adroite et à gauche, on les termine inférieuremcnt par
une section transversale qui longe les deux clavicules. Il est nécessaire de disséquer la partie inférieure du col; de bien isoler la trachée et les artères carotides ; et après avoir exploré le tissu cellulaire et les muscles du col jusqu'à la colonne vertébrale , on ouvre la poitrine par le procédé que nous allons faire connaître , et on a le soin de tenir compte de la voussure du thorax avant de pénétrer dans sa cavité. — De chaque articulation sterno-claviculaire, on fait partir une section de la peau qui s'étend inférieureraent à la dernière côte , en prenant une direction fort oblique en dehors. On coupe avec beaucoup de précaution les articulations sterno-claviculaires , afin de ne pas ouvrir les veines cave supérieure et sous-clavières qui sont placées derrière; on incise le plus en dehors possible les cartilages qui unissent les côtes au sternum , et ou renverse de haut en bas ce dernier os; on le maintient rabattu sur l'abdomen, en incisant en travers son extrémité inférieure. Au moment où l'instriiment pénètre dans la poitrine , il s'échappe souvent un gaz infect ; il faut tenir compte de sa quantité et de son odeur. Alors la presque totalité des organes contenus dans la poitrine se trouve mise h nu. On note leur volume et leurs rap|)orts respectifs , ainsi que l'état de plénitude ou de vacuité des vaisseaux veineux principauj.. On indique si les poumons recouvrent le pcricaide , ou si au contraire ils sont enfoncés dans la poitrine ; si leur bord antérieur est ren^ versé en dehors ou non ; quelle e.st leur couleur, la consistance de leur tissu ; si l'on aperçoit les vésicules pulmonaires et les ramifications vasculaires qoi les tapissent ; s'ils sont emphysémateux, frais ou putréfiés. On comparera l'aspect de leur tissu à celui du thymus , et non à celui ilu foie.
Cette inspection terminée , on enlève le péricarde en le coupant aux endroits où il se réfléchit sur les vaisseaux ; on soulève le thymus , on renverse sur la droite le poumon gauche , et l'on aperçoit le canal artériel que I on dissèque et que l'on isole, afin de noter si son volume a diminué : on se rappellera que le rétrécissement de ce vaisseau commence par son centre ; enfin, s'il est flexueux ou droit [vojez Age). Alors , à l'aide d'une aiguille mousse et courbe , ou , cB qui est plus commode encore , à l'aide d'une aiguille de Deschamps , on appU-' que les ligatures doubles suivantes : 1" à la veine-cave inférieure; 2» auxàr* tères carotides primitives; 30 à l'aorte, immédiatement au-ilessous du canaf artériel ; 4° à la veine cave supérieure ; 5" à la trachée , an point où elle se divise. Mais avant de serrer ce conduit, on le fend de haut en bas pour rechercher s'il n'y existerait pas une eau écumeuse (tel serait le cas d'un enfant qui aurait été jeté dans une rivière), ou une écume sanguinolente , comme cela se rencontre dans quelques cas d'asphyxie , ou enfin un corps étranger.
Ces diverses opérations terminées, on saisit la ligature qui embrasse la veine cave inférieure, et l'on détache les poumons , le cœur et le thymus de bas eu haut, en ménageant l'œsophage auquel on appliquerait une ligature, au cas où l'on viendrait à l'intéresser par accident. Alors on plonge ces organes réunis dans un vase contenant une certaine quantité d'eau , et l'on observe s'ils vont au fond du liquide ou s'ils surnagent ; ce dernier cas a-t-il lieu, ce sont les poumons ou bien le thymus et le cœur qui plongent le moins , ce qui arrive lorsque la putréfaction a développé des gaz dans leur intérieur. Celle expérience docimastique étant faite , on incise la veine cave supérieure de haut eu bas , en intéressant une petite portion des parois de l'oreille droite du cœur, et le trou de Botal est aussitôt mis à découvert. De deux choses l'une : ou il est largement ouvert, et alors , ce cas n'exige pas d'opération ultérieure ; ou les deux petites valvules f[ui le ferment se recouvrent , ce qui a lieu le plus ordinairement , et dans ce cas il faut donner à un stylet une direction oblique de bas en haut , telle qu'elle représente le trajet de la veine cave inférieure, et faire passer son extrémité sous la valvule supérieure pour la faire pénétrer jusque dans l'oreille gauche; s'assurer en un mot si la comniuriicalion entre les deux oreillettes est bien libre. Il est entendu (|u'en ouvrant les troncs vasculaires, on a tenu compte de la quantité de sang qui s'est écoulée du cœur et de ses principaux vaisseaux veineux.
On sépare alors le thymus , le cœur et les poumons, en opérant la section des vaisseaux entre les doubles ligatures. On pèse les deux poumons , afin de pouvoir comparer par la suite leur poids avec celui du corps tle l'enfant. On plonge chaque oi gane dans l'eau ; on tient compte de l'immersion ou de la surnatation ; mais , dans ce dernier cas , il faut observer quelles sont les parties des poumons qui surnagent ainsi. Le poumon s'enfoiice-l-il en presque totalité dans l'eau , sou bord antérieur restant seul à la surface : il y a tout lieu de penser qu'il existe de l'air ou des g.iz , seulement dans son tiers antérieur, tandis que la partie postérieure de l'organe en est dépourvue ; et si l'on acquiert par la suite la preuve que le gaz contenu est de l'air, cette disposition des organes sur l'eau tend à faire pressentir que la respiration a été incomplète. Ou sait qu'elle commence à s'efTeetuer par le devant et le sommet des poumons lorsque ces organes sont sains , que la base et la partie postérieure ne se remplissent d'air qu'en dernier. Ces diverses propositions ne sont que des données générales, et nous renvoyons le lecteur à l'article Docimasie , pour prendre des conclusions positives sur ces divers sujets : nous ne voulons que faire sentir l'utilité de pratiquer avec le plus grand soin les expériences docimastiq.ics et l'importance que l'on doit attacher à toutes les précautions que nous recommandons d'observer.
Les poumons se tiennent ils au contraire à plat sur l'eau , de manière à ce qjie leur surface convexe surnage le liquide , il y a alors présomption pour la dilatation de la totalité de leur tissu par des gaz, air ou autres. Enfin il faut terminer la docimasie pulmonaire par deux expériences qui sont les plus coii- I cillantes. La première consiste à couper en sept ou huit morceanx l'uu des pouj mons , et à les plonger dans l'eau au fur et à mesure qu'on les coupe, de
INFANTICIDE
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anièi-e à savoir à quelle partie de l'organe elles appartienivent. La seconde, resser chacune de ces portions sous Veau; à observer si elles rendent du jiig et un gaz ; si ce gaz s'en échappe par bu lies assez grosses, ou au contraire ir bulles extrêmement fines formant mousse à la surface du liquide ; et, lorsque )n a fortement serré chaque fragment, à l'abandonner à lui-même, pour voir il surnage encore ou s'il immerge encoi e ; la pression doit s'exercer sur les irtions qui vont au fond de l'eau, comme sur celles qui restent à sa surface ^ lépatisation des poumons survenue après que l'enfant a vécu, pouvant faire imerger un poumon qui a respiré. Pareille opération doit être répétée rfvec utre poumon. Quant aux inductions que l'on peut tirer de toutes ces épreuis docimastiques , nous renvoyons à 1 article DociMASia,où nous en avons l-aité avec détail. Je nie bornerai à rappeler le conseil que j'ai donné dans cet jrticle , de répéter la docimasie dans l'eau chaude, alors que les poumons ont jurnagé dans l'eau froide , ce qui donne aux ex périences plus de valeur. Exploration de l'abdornen. — Ij'ouverture de l'abdomen doit être faite d"une . pnière toute particulière. 11 faut, en effet; conserver intactes les artères et la Seine ombilicales afin de pouvoir les explorer. Pour arriver à ce but on incise ligne médiane depuis l'appendice xyphoide du sternum jusqu'un peu au-desus de l'ombilic; on contourne celui-ci à gauche, et l'on poursuit la section bliquement en bas et en dehors , de manière à ce qu'elle descende au milieu c l'espace compris entre 1 épine antérieure et supérieure de la crête de l'os es îles et la symphyse du pubis. Il en résulte un lambeau triangulaire à somlet un peu tronqué, ayant pour base le côté gauche de l'abdomen. 11 est alors acile de voir les trois vaisseaux dans la cavité abdominale en soulevant l'ombic pour faire saillir les replis du péritoine qui les contiennent, et d'inciser cirilaireraent la peau sur le pourtour des parois abdominales en ménageant ces aisseaux.
Les circonstances qui doivent fixer l'attention de l'expert sont les suivantes : ang, sérosité sanguinolente ou autre liquide épanché dans la cavité péritoléale. — Péritoine soulevé par des bulles gazeuses résultant de la putréfacion; — déchirures du foie; — taches violacées du foie qui ne sont le plus cuvent que l'indice d'un épanchement de sang dans l'intérieur de cet oi gaue ; - déchirure de la rate, ou réduction en bouillie d'une portion plus ou moins tendue de cet organe ; disposition intérieure de l'anneau ombilical; — degré oblitération des artères et de la veine ombilicales ainsi que du canal veineux , 8 dont on s'assure en introduisant dans les vaisseaux un slylet de l'intérieur à extérieur ; — état de l'estomac et des intestins. Savoir si l'estomac renferme du jit ou seulement des mucosités. Le point des inteslips où se trouve le mécolium ; ou bien son absence; — la vessie , les reins, l'utérus et ses annexes , iiiin les parties génitales extérieures- Jl ne reste plus actuellement pour compléter l'autopsie qu'à détacher toutes es parties molles qui environnent le tronc , afin de s'assurer s'il y existe des ■cchymoses ; à pratiquer des incisions nombreuses sur les membres dans le ncme but, et à terminer par l'examen de l'extrémité inférieure des fémurs >our y rechercher le point d'ossification qui s^y développe pendant le neuvième mois de la grossesse. Pour le découvrir, on commence par désarticuler le ;enou , et mettre à nu le fibro-carlilage qui constitue les condyles du fémur, puis à couper celui-ci transversalement et par couches minces et nombreuses. C'est entre les deux condyles que l'on apercevra ce point osseux.
Questions dont la solution découle de l'examen du corps de Venjant. — 1'". h'enjant était-il viable ? — Si la loi se borne à parler d'un enfant nouveauiié , sans désigner s'il s'agit d'un enfant viable, elle doit être interprétée en matière criminelle dans le sens le plus favorable à l'accusée : aussi les magistrats dans les enquêtes judiciaires ont-ils pres((ue toujours le soin de poser la question de viabilité. Pour y répondre , le médecin ne doit pas avoir égard à l'époque du développement auquel un enfant peut quelquefois vivre après la naissance ; car , comme il existe beaucoup de variations à ce sujet ; comme quelques cas tendent à prouver que ces enfans ont pu vivre à un terme trèséloigné de celui de l'accouchement ordinaire, il prendrait pour base de son rapport des données exceptionnelles et nécessairement en faveur de l'accusation. En matière criminelle, maturité et viabilité sont synonymes; et, par maturité, nous n'entendons pas neuf mois de grossesse nécessairement révojlus ; mais nous voulons parler de cet état de l'organisation de l'enfant qui dé- ! montre qu'il est apte à vivre par le fait du développement qu'il a acquis. Nous ne précisons donc pas une époque quelconque de grossesse ; nous indiquons seulement un état de maturité propre à permettre re.\écution des fonctions nécessaires à l'entretien de la vie. Ainsi l'enfant fiît-il né à terme, que le médecin devrait déclarer qu'il y a tout lieu de penser qu'il n'aurait pas vécu , si le peu de développement de toutes les parties de son corps lui en faisait naître la pensée.
Il résulte de Va que les preuves de la viabilité d'un enfant nouveau-né doivent découler de l'inspection seule du corps du délit; que ce serait à tort que l'on irait prendre en dehors des données propres à résoudre la question. Qu'alors même , par exemple , que l'on connaîtrait l'époque de la conception , elle ne devrait pas servir de preuve , mais bien de simple renseignement.
Nous avons fait connaître à l'article Age, les caractères |iropres au terme de neuf mois ; mais ils ne sont pas tellement constans qu'ils ne puissent être sujets a des variations assez nombreuses , et c'est à faire sentir ces variétés que nous allons nous attacher : lo le poids de l'enfant est, terme moyen, de six livres un quart. Les expériences ordonnées par Camus , administrateur des hôpitaux de Paris, ont donné les groupes suivans : sur seize cents un cas de fœtus à terme , trois pesant deux livres ; trente-el-un de trois livres ; quatre-vingt-dix-
DlCT. TE MÉDECINE ET DE ChIRTJRGIE PRATIQUES.
sept de quatre livres ; trois cent huit de cinq livres, six cent soixante-six de six livres , trois cent quatre-vingt de sept livres; cent de huit livres ; et seize de neuf livres, Rœdeier portait ce terme moyen à six ou sept livres; Mauriceau à onze ou douze livres ; il est évident que ces chiffres sont beaucoup trop forts. Baudelocque en a vu du poids de dix livres et même de treize livres- Quelques auteurs en ont cité do quinze et de vingt-cinq livres; mais ces derniers exemples ne méritent pas la moindre croyance.
Ces variations dans les poids s'observent aussi dans la longueur. Seize à dixhuit pouces : telle est la mesure la plus fréquente. Il est rare de voir un foetus à terme qui ait moins de treize pouces ; on en a observé de vingt-et-un, vingtquatre et même vingt- cinc[ , suivant Mittot.
Cliauis'iev (hecieux. , considérât, médec.-leg. sur l'injanlicida) admet qu'à neuf mois la moitié du corps correspond à un point de l'abdomen placé un peu au-dessus du nombril ; qu'à huit mois c'est à deux ou trois centimètres audessus ; et qu'à sept mois elle est encore plus rapprochée du sternum. Sans tenir compte ici des examens nombreux que j'ai été appelé à faire en matière d'infanticides , car je ne prendrais pas un point de départ exact, jmisque dans ces circonstances on n'a presque jamais l'époque précise delà conception, je rapporterai seulement les résultats que j'ai obtenus sur dix-neuf fœtus à terme parmi ceux que j'ai examinés à la Maternité. 1" Chez aucun d'eux , le milieu du corps ne s'est trouvé correspondre au niveau de l'ombilic , il s'est trouvé toujours au-dessus ; 2° chez l'un des fœtus il était placé à treize lignes au-dessus de cet anneau. Voici au surplus une répartition de ces cas ; elle en fera mieux connaître les résultats. Deux lignes au-dessus de l'ombilic , deux fœtus j trois lignes , deu.\ fœtus; quatre lignes, deux fœtus; six lignes , trois fœtus ; sept lignes un fœtus; neuf lignes, deux fœtus; douze lignes, six fœtus; treize lignes , un fœtus.
Que si l'on cherche la moyenne pour établir une proportion générale , on trouvera que , à terme , le milieu du corps de Cenjant correspond à sept lignes et demie au dessus de L'ombilic: Je crois cette proposition rapprochée de la vérité, quoiqu'elle découle d'un petit nombre d'exemples.
Les diuiensions de la tête de l'enfant sont sujettes à de grandes variations , et par conséquent l'expert en tiendra compte sans y attacher beaucoup de valeur. Il n'en est pas de même du point d'ossification de l'extrémité inférieure du fémur. Je n'ai jamais vu manquer ce caractère lorsque l'enfant était entré dans le neuvième mois de la grossesse ; mais il faut observer jusqu'à quel point il est développé , et je crois qu'on n'a pas généralement assez insisté sur ce fait. Dans l'origine, on ne trouve qu'une arborisation ; plus tard, cette arborisation présente à son entrée des petites granulations osseuses, et enfin elle devient un véritable point osseux. Son accroissement a lieu en largeur et eu épaisseur , en sorte que , si l'on coupe transversalement le fibro-cartilage par lames , plus on obtient de couches où se rencontrent des traces d'ossification , et plus cette circonstance tend à démontrer la maturité du fœtus.
11 faut aussi attacher une grande valeur au degré d'organisation de la peau qui amène cet aspect si tranché entre elle et les membranes du cordon, aspect que j'ai signalé dans le chapitre précédent. 11 en est de même quant à la consistance et à la solidité des ongles.
Nous regardons au contraire comme des caractères moins imporfans ceux que l'on déduit du nombre relatif des circonvolutions cérébrales ; de la consistance des substances du cerveau, de la moelle; de la densité des parois du canal artériel, des artères et de la veine ombilicales; ainsi que de l'épaisseur des valvules qui forment le trou de Botal. 11 en est de même de la présence du méconium dans la tin du gros intestin ; nous pensons que rien n'est plus variable que ce caractère , et plus d'une fois nous avons trouvé le méconium dans une portion plus ou moins élevée de l'intestin grêle chez des fœtus à terme. Néanmoins nous ajouterons qu'il est plus commun de le rencontrer dans le gros intestin. Nous en dirons autant du degré de confiance qu'il faut accorder au volume et à la couleur des poumons, du foie et de la rate. Remarquons cependant que si chacune de ces circonstances , prises isolément, ne peut pas toujours conduire à des données certaines, leur ensemble peut au contraire établir de fortes présomptions.
La non-viabilité d'un enfant se déduit de la présence des faits anatomiqucs qui constituent les caractères propres aux époques de la grossesse antérieures au neuvième mois.
Elle peut et doit être encore appuyée sur les altérations pathologiques appartenant aux organes principaux de la vie , tels que la masse encéphalique, les poumons , le cœur, le tube digestif et ses annexes. L'enfant présentât-il tous les caractères d'une maturité parfaite qu'il devrait être réputé non viable si, par exemple, ses poumons étaient dans l'état d'œdême que j'ai fait connaître à l'art. Docimasie ; et quoique dans les deux cas qui se sont offerts à mon observation, { les auteurs n'ayant pas const ité ce genre d'altération ) le tissu pulmonaire n'était plus perméable à l'air dans aucun de ces points , il serait fort possible que cette affection ne fût pas assez avancée à l'époque de la naissance pour avoir envahi la totalité de ces organes. Tel serait encore le cas d'une pneumonie fort intense, avec induration rouge ou grise, ainsi que celui de la présence de tubercules suppurés dans les poumons, etc.
Enfin, il faut signaler les vices de conformation qui excluent la viabilité. ( Foyez MoNSTRCOSiTÉs (Médecine légale).
2o'e. Venfant a-t-il vécu? Eu médecine légale, vivre c'est respirer. Conséqaemment le médecin doit s'attachera rechercher si le corps de l'enfant présente des preuves de l'existence de la respiration. Nous avons établi à l'art. Docimasie tous les faits qui peuvent servir à résoudre cette question et nous n'yrevien-
INFANTICIDE
INFANTICIDE
(Irons pas. Mais ne pourrait-on pas élever une seconde question, et dire, En supposant que les expériences ducimastiqites eussent piouré que la respiration n'a pas été établie , est-il possible de prouuer cependant que Venfant était vitrant au moment oii le crime a été commis ? Une question à-peu-près analogue nous fut adressée au tribunal par un avocat général. En médecine légale , nous dit-il , vivre c'est respirer, et par conséquent comme médecin légiste vous ne devez conclure à la vie de l'enfant après raccoudiement, qu'autant que vous avez constaté les preuves de l'existence delà respiration ; maw les jurés ne peufent-ils pas aller puiser ailleurs que dans la respii'ation , les preuves delà z)ie ? Nous crûmes devoir répondre que cetlfi question n''était pas tout-à fait de notre compétence, et ciue,la loi se bornant "a demander au juré s'il était convaincu sans s'enquérir des preuves de sa conviction, eile devait être résolue positivement. Recherchons donc si le médecin est autorisé à dire que l'enfant a vécu , quoiqu'il n'ait pas respiré. Il est facile de sentir au premier abord que cette question est très-délicate , et je pense qu'il est peu de cas où l'on pourrait la résoudre d'une manière certaine par l'aflirmative. Nu! doute cependant que dans beaucoup de circonstances il s'écoule assez de temps entre l'accouchement et l'établissement de la respiration pour que la mère puisse tuer son enfant ; tel est le cas de ces nouveau-nés nombreux dont les organes sont gorgés de sang , et chez lesquels la respiration ne s'établit qu'ajjrès plusieurs minutes, et souvent après un temps plus long. Tel est encore l'exemple d un enfant qui naît après un accouchement pendant lequel la mère est tombée en syncope, et où la circulation a été suspendue pendant un laps de temps plus ou moins considérable. Nous citerons aussi l'accouchement entraînant une anémie de l'enfant par l'hémorrhagie qui a eu lieu; il en sera de même de la faiblesse congéuiale du nouveau-né , et de l'engouement des voies aériennes par des mucosités ou par la liqueur de l'amnios. On a encore supposé la circonstance où une femme accoucherait dans un bain, et maintiendrait son enfant sous l'eau jusqu'à la mort, supposition peu admissible à cause de la difliculté de se procurer les moyens de mettre un mode pareil de crime à exécution.
Dans tous les exemples que nous venons de citer, il faudrait aller chercher les preuves de la vie dans les désordres matériels résultant des blessures ou violences faites à l'enfant. S'il est quelques cas où ces désordres sont tellement prononcés qu'il est difficile de ne pas croire qu'ils n'aient été faits penilant la vie, ces cas sont rares, mais enfin il n'est pas impossible de les rencontrer. Supposons , en effet, qu'il soit constaté qu'un enfant est né à terme , et que la respiration n'a pas été établie; mais qu'il présente une ecchymose considérable au cuir chevelu avec coagulation du sang ;une fracture h l'un des os du crâne; une déchirure à la dure-mère correspondant à la fracture; un épanchement de sang à la surface du cerveau ; plusieurs déchirures au foie, avec épanchement de sang dans la cavité du péritoine , sang en partie liquide , en partie coagulé ; j'avoue qu'alors il me serait difficile de ne pas élever de grandes présomptions , si ce n'est même une certitude, en faveur de la vie de l'enfant , au moment où le crime a été commis. C'est dans ce genre de considérations qu'il faut puiser des documens à ce sujet; mais il faut y puiser avec beaucoup de réserve , et avoir présentes à l'esprit les lésions que l'on peut produire sur un enfant ou sur un adulte après la mort , lésions que nous allons faire connaître par la suite ( voyez en outre , dans le tome 1<^"', 2^ numéro des Annales d Hygiène et de Médecine légale j les expériences faites sur ce sujet par M. Christison, ainsi que celles que nous avons publiées dans le l" numéro du tome 2 , pour éclairer l'histoire de l'asphyxie par suspension). Ajoutons enfin que, dans ces circonstances, il est bien rare fju'un magistrat poursuive une accusation d'infanticide et qu'un juré condamne ; car quoique la loi se borne à parler d'un enfant nouveau-né , sans donner une valeur précise à cette dénomination, on l'entend toujours dans ce sens : que l'enfant a exécuté, après sa sortie du sein de la mère , les principales fonctions qui entretiennent la vie extra-utérine, fonctions à la tête desquelles se trouve la respiration , qui devient la source où toutes les autres puisent l'excitant propre à leur accomplissement parfait.
Que penser de la proposition suivante : l'enfant peut ax^oir respiré et n'avoir pas vécu ? Elle est fondée sur un fait observé en 1812 par Benedict, à Chemuilz, chez un enfant "a terme , hydrocéphale , et dont la tête ainsi que l'encéphale , ont présenté des vices très-marqués de conformation. Les poumons se sont comportés dans les expériences docimastiques comme si la respiratioii eût été complète , quoique le fœtus n'ait jamais respiré. Le mot de l'énigme dans cette circonstance est facile à trouver : l'accouchement a eu lieu sans témoins.
Mais il est une question d'une importance beaucoup plus grande et qu'il est encore bien difficile de résoudre dans l'état actuel de la science. Un enfant pcnt-il avoir respiré et cependant être mort-né ? Quelques médecins répondent affirmativement à cette question, parce qu'ils admettent la possibilité du vagissement utérin. D'autres au contraire attendent une démonstration plus évidente et plus complète de ce phénomène pour y ajouter tout-à-fait foi. Pour nous , nous adoptons la première manière de voir, à cause de deux faits circonstanciés, dont l'un a été consigné dans la Bibliothèque médicale (cah. de juin 1823), et dont l'autre se trouve exposé dans l'art. Imfanticide du Dictionnaire de médecine. Analysons le pliénomène pour juger le degré de confiance que l'on peut accorder à ces observations. Pour jeter un cri, il faut le concours des parois musculeuses de la poitrine et d'une plus ou moins grande quantité d'air contenue dans la trachée. Sans ces deux conditions, pas de son possible. La question se résout donc dans les deux propositions suivantes: L'enfant encore contenu dans le sein de la mère peut-il exercer des mouvc-
roens d'expulsion de l'air avec la poitrine? L'enfant placé dans les mêmes circonstances peut-il inspirer de l'air ? La première proposition se trouve résolue par ce fait que Béclard ayant ouvert le ventre de femelles pleines , et incisé l'utérus sans toucher aux membranes ,a remarqué simultanément la dilatation des narines, et l'élévation du thorax. Le fœtus exécute donc dans le sein de la mère une inspiration; et en effet pourquoi pendant toute la durée de la grossesse les muscles de l'économie dont l'action est indispensable à la vie de l'enfant lors de sa naissance, resteraient-ils complètement inactifs , quand ceux de tout le reste du corps dont l'exercice est beaucoup moins nécessaire seraient constamment mis en action? Mais , dira-t-on, l'enfant contenu dans ses membranes inspire donc de l'eau ? nous n'élèverons pas de doute à cet égard ; car souvent cette eau de l'amnios , restée dans la trachée, devient la cause de l'asphyxie de l'enfant à sa naissance. Mais alors pourquoi cette eau ne pénètret-elle pas dans le tissu pulmonaire ? La réponse à cette objection est fort simple ; c'est que l'action musculaire, étant fort restreinte, ne permet pas une dilatation lie la poitrine capable d'opérer dans sa cavité un ville suffisant. A la naissance, au contraire, la stimulation opérée par un changement de milieu détermine une action plus vive des muscles , et par suite une ampliation plu» considérable. Certes je ne donne cette petite discussion que comme un raisonnement , mais ce raisonnement ne me paraît pas dépasser les limites du vraisemblable.
Discutons maintenant dans le sens de la seconde proposition .-l'enfant encore contenu dans le sein de la mère peut-il inspirer de l'air? Ici il faut supposer trois cas possibles : 1» l'enfant est encore enfermé dans ses membranes. Si des auteurs ont admis la possibilité du fait dans cette circonstance, se fondant sur ce que le poulet crie alors qu'il est encore contenu dans sa coque, nous ne les imiterons pas ; car une enveloppe aussi éminemment poreuse peut très-bien permettre l'introduction de l'air, et l'art de conserver les œufs frais est entièrement basé sur ce principe. On sait qu'il suffit d'enduire leur surface d'une légère couche d'huile pour les préserver de toute altération dépendante du contact de l'air; 2° l'enfant est placé au détroit supérieur du bassin , les enveloppes sont rompues. Ici , nous pensons que le vagissement utérin est possible alors que le toucher s'exerce ou qu'il a été exercé, ce qui a permis l'introduction d'une certaine quantité d'air dans les parties génitales. Certes tous les touchers ne [)roduiraient pas le même effet; mais il est de certaines dispositions de la main et des doigts qui peuvent amener ce résultat, à plus forte raison si nous parlons de manœuvres d'accouchement; 3" l'enfant présente à la vulve les narines ou la bouche. Ici , 1 introduction de l'air est beaucoup plus facile, et nous ferons observer que s'il est si rare, c'est que l'enfant est ordinairement tellement comprimé , qu'il n'exécute probablement pas d'eflorts inspira toi res.
La conséquence que l'on est en droit de tirer de notre manière devoir, c'est que les expériences de docimasie qui permettent de conclure à l'existence de la resjiiration ne prouvent pas dans certains cas que l'enfant ait vécu après être sorti du sein de la mère. Quelques médecins pourraient aller plus loin, et dire : ne prouvent jamais , etc. Il est facile de faire sentir que le vagissement utérin ne conduit pas à cette conséquence. D'abord les poumons des enfans qui ont fait entendre ces cris n'ont jamais été examinés, et par conséquent on ignore dans quel état ils peuvent être. On ne sait pas si l'air a pénétré jusque dans le tissu pulmonaire , ou si seulement, comme cela est plus probable . il était contenu dans la trachée et dans les principales divisions des bronches; car alors que la respiration s'établit, à l'air libre, chez un enfant non couvé , il ne suffit pas de quelques inspirations pour distendre toute la niasse des poumons , mais il faut une série d'inspirations successives et un certain laps de temps écoulé. Ce qui le prouve, c'est que rien n'est plus frècjuent que de voir des enfans vivre, respirer pendant un temps assez long, puis mourir, et chez lesquels le sommet et le bord antérieur des poumons sont seulement pénétrés d'air. Or , dans quel cas afïirme-t-on qu'un enfanta vécu? dans celui où la respiration a été complète, où la totalité du parenchyme pulmonaire a été remplie d'air. Si au contraire une portion des poumons offre seule les caractères de la respiration , on se borne à dire qu'il y a tout lieu de penser que l'enfant a respiré; mais qu'il n'a pas vécu assez de temps pour que la respiration ait pu s'opérer complètement, ce qui rapproche ce cas des enfans non viables.
Au surplus, recherchons quelles pourraient être les conséquences fâcheuses d'une méprise de ce genre. De deux choses l'une , ou avec les traces d'une respiration imparfaite il y aurait encore des preuves matérielles d infanticide par commission, ou ces preuves n'existeraient pas. Dans le premier cas, ^égulement parlant , on pourrait porter préjudice à l'accusée; car sans l'existence de la respiration , elle échapperait au châtiment; mais , moralement parlant, la mère ne serait-elle pas aussi coupable que si son enfant n'eût commencé à respirer qu'après l'accouchement opéré? Dans le second , ne pourrait on pas placer une personne innocente sous le poids d'une accusation d'infanticide par omission? cela est peu probable ; car les magistrats ne conduisent jamais un accusé aux assises que lorsqu'il existe eu dehors du corps du délit des preuves évidentes de la négligence volontaire et absolue des soins ordinaires que l'on donne à l'enfant naissant. Les personnes qui ont un peu fi-équenlé les tribunaux savent eouibien il est difficile au ministère public de soutenir une accusation d'infanticide par commission et à plus forte raison quand il s'agit seulement d'omission. Les peines sont beaucoup trop sévères sur cette matière , et les jurés, quoique convaincus, reculent toujours devant une condamnation entraînant une peine capitale.
lîîFANTICIDE.
INFANTICIDE
Sme. En supposant qiCun enfant ait vécu , combien de temps a-t-il vécu ? — ta solution de cette question repose sur l'existence d'une respiration plus ou moins complète ; sur l'état du cordon et de l'annean ombilical, des artères et des veines ombilicales , du canal veineux , du trou de Botal , du canal artériel , de la peau, etc., toutes circonstances qui ont été exposées à l'article Age, et auquel nous renvoyons.
4"»^. L'enfant était-il mort aidant de naître ? — Lorsque l'enfant meurt dans le sein de sa mère , la putréfaction s'établit aussi vite que s'il était à l'air libre, inon pas que ce soit les mêmes phénomènes, mais c'est la putréfaction sous un autre aspect. Alors de deux choses l une , ou l'expulsion de l'enfant a lieu après six ou huit jours de décomposition ; ou , au contraire , ce qui est beaucoup plus rare , le cadavre se saponifie, s'incruste de phosj)hate de chaux, jacquiert une grande solidité , et séjourne dans l utérus , pendant des années, tomme ce dernier cas ne peut jamais devenir celui d'un infanticide , nous li'avons donc qu'à nous occuper du premier.
Un enfant putréfié dans l'utérus présente un aspect tellement différent d'un înfant putréfié à l'air libre , qu'il sullit d'avoir bien observé cet état une ou deux loi.') pour ne jamais s'y méprendre- Mais s'il est facile de le reconnaître, il n'est bas aussi facile de le décrire. Qu'on se figure le petit cadavre étendu sur une fable; on sera frappé de la flaccidité de toutes les parties molles ; elle est telle |i]uelatête s'aplatira sur elle-même sous l'influence de la pesanteur, quelle que |ioit du reste la position qu'on lui donne ; les parties molles du thorax dessinent Quelquefois les côtes ; U'. devant de la poitrine est fortement aplati , l'abdomen lïffiiissé, presque creux au voisinage du nombril , et formant sur les flancs deux |aillies largement arrondies ; les membres eux-mêmes présentent le même afï'aisiement. Ce qui est surtout remarquable, c'est la coloration de la peau: Souvent Ole est limitée à l'abdomen , à moins que le séjour de l'enfant putréfié n'ait été plus long. La peau de cette partie présente une teinte rouge-brunâtre sans apparence de teinte verte. Cette teinte est moins prononcée à la poitrine, au cou , \\ la tête et aux membres ; mais elle existe cependant. Ce n'est plus la couleur Jl'unâtre qui succède à la putréfaction en vert; c'est un rouge-brun beaucoup plus vif. Le cordon n'est plus tordu sur lui-même, il forme un véritable cylinire , charnu , mollasse, rougeâtre, imprégné d'un fluide brunâtre. L'épiderme }st détaché dans une partie plus ou moins étendue de la surface du corps ; là >ù il existe encore , il se détache avec une grande facilité et laisse à nu le derme, humide, gluant et comme lubrcfié d'un fluide muqueux, alors la couleur de la peau prend l'aspect d'un rose vif. L'épiderme des pieds et des mains est blanc , ppaissi et plissé comme par des cataplasmes. Le tissu cellulaire sous— cutané ;st infiltré de sérosité rougeâtre; il en est de même de celui qui sépare les linuscles , et quelquefois du tissu musculaire lui même. Les os de la tète sont .ii;hement unis entr'eux ; leur périoste se détache taoïleiuent ; ils sont mobiles L's uns sur les autres. Le tissu cellulaire qui tapisse le cuir chevelu est infiltré .t une sérosité que M. Oi fila a comparée avec beaucoup de justesse a de la gelce |le groseille.
Dans les trois cavités splanchniques , on trouve une fluide séro-sanguinolent pn quantité toujours très-notable. Tous les organes ont pris ou ont une tendance il prendre la teinte brunâtre, sans eu excepter les vaisseaux et la trachée irlère. Enfin , si l'on veut déplacer ou soulever le fœlus, il coule et glisse des mains , comme le font les poissons qui vivent encore quelque temps hors de l'eau , à cause du fluide muqueux qui tapisse leur surtace , telles la carpe et 'anguille.
, Les inductions tirées de l'état du cadavre deviendront encore bien plus conluantes lorsque l'accusée déclarera que plusieurs jours avant son accouchement, lie ne sentait plus les mouvemens de l'enfant ; que son ventre était plus lourd, sa marche plus difficile ; qu'elle avait perdu rapjiélit ; qu'elle éprouvait un malaise dont elle cherchait eu vain la cause ; que le soir elle ressenlait des frissons, le l'agitation, de la fièvre , et tous les phénomènes précurseurs de l accouclieueiit d'un enfant mort avant la naissance.
Les enfans morts avant de naître ne présentei'onl pas toujours ces caractères , ïjui exigent, pour se développer, un séjour dans 1 utérus après la mort. 11 est ^es cas où une cause physique agissant sur rabdoaien, telle qu'un coup, une chute, provoquent et déterminent l'accouchement tout en amenant la mort de l'enfant ; mais alors , comme il y aura eu absence de respiration , on se bornera h. constater que l'enfant n'a pas vécu.
5«><=. L'enJ'ant est-il mort pendant L- accouchement ? — Bornons-nous ici à rapjpeler les circonstances capables de taire périr 1 enfant pendant raccouchemeuti let dont il a été parfaitement traité à ce dernier mot, le médecin étant presque toujours dans l'impossibilité de résoudre celle question à l'aide seule des données que peut lui fournir l'examen du corp.'. de délit. Ces circonstances se réduisent îaux suivantes : un accouchement laborieux , soit qu'il résulte du volume excessif de l'enfant ou de son mode de présentation, soit d'une cause inhérente à la mère , telle que la mauvaise conformation du bassin et la rigidité du col de l'utérus. Ces sortes d'accouchement peuvent déterminer des tumeurs ayant de l'analogie avec les ecchymoses, une déformation plus ou moins grande de la téte, et même une fracture. Caussier a donné comme caractère distinctif de ces sortes de cas, la nature du fluide épanché qui n'est jamais du sang, mais de la jserosité pure ou de la sérosité sanguinolente. D'ailleurs les cas où de pareils 'désordres sont le fait d'un accouchement qui s'est opéré par les seuls efi'orts de jla nature sont excessivement rares. Nous citerons encore comme causes de mort pendant le travail , l'étranglement de l'enfant par le cordon , l'hémorrhagie par ^décollement du placenta et la compression d'une portion engagée du cordon, ï Gœe. L'enfant a-t-ilpéri après l'accouchement , et dans ces cas à quelle cause
doit-on attribuer sa mort ? \°. La mort a lieu naturellement : le médecin le constate lorsqu'il ne trouve aucune cause violente propre à expliquer la mort , et à plus forte raison quand il rencontre des altérations pathologiques congénialcs. Au nombre des causes qui peuvent amener la mort naturelle de l'enfant, il faut placer l'hémorrhagie qui arrive pendant l'accouchemeut lors du Liécollement du placenta.
2°, La mort a eu lieu naturellement; mais on eùi pu l'éviter si l'on avait donné des soins à l'enfant. Ici ou le défaut de soins est le fait de l'ignorance , et alors il n'y a pas crime; ou bien l'omission a été volontaire et dans ce cas elle constitue un premier genre d'infanticide , celui où la culpabilité est nioindre. La première omission est celle de la ligature du cordon , sa section étant opérée. Les médecins ne sont pas d'accord sur l'influence positive que peut exercer le défaut de ligature du cordon ; les uns la regardent comme une circonstance qui n'est pas capable d'opérer la mort ; ils se fondent sur ce que cet accident ne survient jam:iis chez les animaux- Mais on objecte avec raison que la femelle, pour opérer la section du cordon, le mâche et le sépare en deux parties par une sorte d'arrachement, action capable de prévenir l'hémorrhagie en déterminant le resserrement des vaisseaux. Les autres établissent sur le sujet qui nous occupe des données générales qui nous paraissent se rapprocher beaucoup plus de la vérité. Voici ces données: l'hémorrhagie n'a presque jamais lieu, lorsque le cordon n'est pas coupé, et que le placenta, décollé entièrement, sort en même temps que l'enfant. Quand le cordon est coupé près du placenta, il est extrêmement rare de la voir survenir. Elle est d'autant (dus fréquente et possible que le cordon est coupé plus près de son insertion à l'ombilic. Si le cordon est rompu par traction, l'hémorrhagie est très-rare ; danc tous ces cas, l'hémorrhagie est possible , et c'est là surtout ce que le médecin ne doit pas perdre de vue; car cette circonstance est favorable à l'accusée.
Dans les propositions que nous avons énoncées, nous avons supposé que la respiration ne s'était jias établie; car il est généralement admis aujourd'hui que du moment que celle Ibxiction s'exécute, elle s'oppose à toute perle de sang, elle arrête même une hémorrhagie lorsqu'elle a lieu. Actuellement que nous avons signalé les circonstances dans lesquelles ce genre de mort peut arriver , nous ferons observer que le corps de l'enfant porte avec lui un cachet particulier qui peut servir à le faire reconnaîtie. La peau est décolorée, ainsi le Ussu musculaire lui-même est plus pâle; les vaisseaux veineux et artériels sont vides de sang ; il en est de même des cavités du cœur; les poumons sont blafards , ils se précipitent au fond de l'eau, présentent en un mot tous les caractères de ceux qui n'ont pas été pénétrés par de 1 air. La présence d'une ligature au cordon ne prouve pas que reniant ne soit pas mort d'hémorrhagie ; car une mère qui laisserait périr sou enfant après avoir coupé le cordon auprès de l'ombilic, pourrait, pour donner le change, appliquer la ligature après la mort.
Une seconde cause d'omission est la privation d'air respirable par défaut de soins. Ainsi une femme acouche seule, l'enfant est assez brusquement expulsé, il demeure entre les cuisses , la face sur les draps , la bouche et le nez plongés dans le sang et les eaux de l'amiiios : il périt asphyxié. L'enfant nait avec le cordon entortillé autour de son col , et succombe aussi au même genre de mort. Tel est encore le cas où il y a engouement de la trachée , par des mucosités où par les eaux de l'amnios : une position convenable donnée au nouveau-né eût sulii pour le soustraire à la mort. L infanticide [jar omission peut avoir lieu dans un troisième cas , c'est celui où l'enfant n'a pas été soustrait à une température trop froide, et même où il y a été exposé par accident. Celte cause est trés-puissante et promptement mortelle , c'est ainsi que nous avons vu un enfant qu^ avait succombé à ce genre de mort , pendant le temps qu'on le transportait de la demeure de l'accouchée à la Maternité ; et cependant il était enveloppé de linges et entouré des précautions qu'une femme peut prendre quand elle n'a pas envie de cacher son accouchement. Enfin, un enfant peut périr par défaut de nourriture.
On voit en résumé , qu'il est plus difficile peut-être de constater un infanticide par omission que [)ar commission ; que l'on ne doit jamais émettre une opinion à ce sujet qu'avec la plus grande réserve, parce que souvent la mère est ellemême placée dans des circonstances tellement indépendantes de sa volonté , qu'elle devient excusable. Il faut surtout, dans ces sortes de cas, rechercher quel est l'âge de la femme , quelle peut être son expérience si elle est primipare, si elle n'était pas placée elle-même sous l'influence d'un état syncopal dépendant ou d'une hémorrhagie , ou des douleurs vives de l'accouchement : si même elle n'a pas été en proie à des convulsions immédiatement après l'accouchement ; car le rôle 'du médecin ne consiste pas à chercher un crime, mais bien à éclairer les magistrats, et à découvrir la vérité, soit qu'elle excuse, soit qu'elle punisse.
3°. La mort est le fait des violences exercées sur l'enfant. Toutes les causes de mort que nous allons faire connaître, entrahient avec elles l'idée d'infanticide par commission , lorsqu'elles sont constatées par le médecin. 11 reste ensuite à rechercher si elles ont été volontaires , et alors il y a crime , ou si au contraire elles ont été accidentellement produites.
Conclusions. Elles peuvent être avec ou sans ecchymose du tissu cellulaire. Dans le premier cas, la situation de la contusion est l'une des circonstances principales dont il faut tenir compte; car si les contusions ont été faites dans une intention criminelle , elles doivent correspondre à des organes essentiels à la vie, puisque c'est vers ces organes que la violence a dù être dirigée. Tel serait le cas d'une contusion résultant d'une pression violente au col, dans le but d'étrangler l'enfant. Il en est de même de leur forme qui peut conduire à présumer que la blessure a été faite avec les doigis ou tout autre agent. Dans
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le second cas , lorsqu'il y a ecchymose du tissu cellulaire , il faut rechercher en premier lieu si elle a été faite pendant la vie ou après la mort. C'est surtout dans la nature du sang infiltré ou épanché que l'on parviendra à ce résultat. On mesurera ensuite l'intensité de l'action exercée, moins par la surface de la contusion que par sa profondeur. Il faut de ))lus déterminer si ces contusions ne résulteraient pas ou de raccouchemeut ou tic la chute de l'enfant sur un corps dur. Les auteurs nous semblent avoir beaucoup trop étendu et généralisé le fait de la possibilité des ecchymoses pendant l'accouchement. Loin de nier cette possibilité, nous allons au contraire faire connaître les résultats des observations à ce sujet ; mais nous voulons seulement ne pas donner dans un extrême qui conduit le médecin à toujours douter , et par cela même à ne pas éclairer la justice ; observons d'ailleurs que si , dans un rapport où l'expert n'a qu'une seule source do lumières , il doit être très-circonspect , sa conduite devient toute autre lorsqu'il est appelé au tribunal. Là , l'accusée fait connaître toutes les circonstances de son accouchement, et le médecin n'a plus à porter une décision sur des faits généraux , mais bien sur un cas particulier. Pour bien faire concevoir notre pensée, établissons une supposition. Le corps du délit présente une contusion circulaire au col ; il n'offre pas de lien. Le médecin dans son rapport, établit que , quoiqu'il existe une contusion au col , il lui est impossible de décider si elle est le lait d'une pression exercée par un lien placé volontairement , ou par le cordon ombilical contourné autour du col de l'enfant, ou par la pression exercée pendant laccouchement sur le fœtus par le col de l'utérus contracté. Au tribunal , il apprend 1° que Taccouchement a été facile et de peu de durée; 2° que le cordon n'était pas entortillé autour du col de l'enfant : par conséquent toute espèce de doute jcesse à cet égard. Je pourrais trouver cinquante exemples du même genre qui placent le médecin légiste le plus circonspect dans la possibilité d'émettre une opinion positive. Le talent du médecin consiste h ex|)Oser le fait , à le reconnaître, à savoir dans quelles circonstances il peut se présenter , de quelles causes il peut dépendre. Il ne doit pas indiquer ces causes, mais se bornera dire que la blessure peut avoir été le résultat d'une intention criminelle ou d'un accident involontaire. Une marche autre conduirait à l'impunité , parce (jue l'accusée ayant droit de prendre connaissance des pièces de l'instruction pour établir sa défense , tirerait parti des documens fournis parle médecin, pour se soustraire à l'action de la justice.
Il n'est pas douteux que , dans les accouchemens laborieux, le corps du fœ-. tus ne puisse présenter des contusions h telle ou telle partie, suivant que l'enfant a présenté telle ou telle position ; à plus forte raison s'il fallait employer des mauœuvres ou des insirumcns pour opérer l'accouchement ; mais alors la supposition d'infanticide n'est admissd)Ie qu'autant que la volonté de la mère s'exerce long-temps après sa délivrance. On a été plus loin , et bon nombre d'auteurs signalent la contraction du col-utérin comme étant capable de produire les mêmes efl'ets dans les parties du corps de l'enfant où elle s'exerce, et par conséquent sur le cou , ce qui peut simuler l'application d'un lien. On a dit que ce qui pourrait établir une différence entre les effets produits par ces deu.x causes consisterait en ce que l'ecchymose déterminée parle col de l'utérus serait uniforme , tandis que ceile produite par un lien ou par le cordon ombilical serait inégalement intense dans les divers points du col. Mais écoutons d'ubord le docteur Klein qu'une longue expérience dans la pratique des accouchemens doit fyire considérer comme une autorité (Journal de Hujeland , novembre 1815). Les ecchymoses et les sugillations produites par le cordon ombilical ne sont que des suppositions dont la réalité n'est jusqu'à ce jour établie par aucun fait. « Jamais, dit-il, je n'ai observéde semblables exemples, quoique j'aie reçu nn assez grand nombre d enfans dont le cou était fortement étranglé par un ou deux tours du cordon ombilical , et qui succombèrent par l'effet de celte strangulation , ou du moins vinrent au monde avec la face livide et tous les signes d'une mort imminente. Il s'est également présenté dans ma pratique un bon nombre de strictures de l'orifice utérin qui , pendant la version , paralysèrent presque mon bras , et rendirent ensuite tiès-pénible l'application du forceps , parce que le cou de l'enfant était étranglé par cet orifice ; d'autres fois j'ai vu ces strictures autour du col avoir lieu , la tête s'étant, dès le commencement du travail, présentée la première, et je n'ai jamais remarqué sur le fœtus, soit une impression (juclconque , soit une simple sugillation.
» Il serait bien important sous le rapport médico-légal de recueillir toutes les observations qni tendraient à prouver la réalité des prétendues traces que laissent sur le fœtus ces étranglemens , ces strictures qui appartiennent au travail de l'enfantement. Quant à moi , je me trouve porté à douter de ces effets, par la raison que j'ai pratiqué un grand nombre déversions très-pénibles, pendant lesquelles l'enfant avait évidemment manifesté son état de vie par des mouvcmens ; et cependant il m'est arrivé très-souvent de ne trouver aucune partie de l'enfant mort ou en vie, des traces de sugillation , pas même aux endroits où les lacs avaient été appjiqués. Combien d'accouchemens n'ai-je pas terminés par le forceps sans avoir reconnu la moindre ecchymose sur la tête de 1 enfant! Enfin, j'ai observé quinze suicides par suspension , où la corde n'avait jii oduit aucune ecchymose , même superficielle , et l'on voudrait prétendre que le col de l'utérus et même le vagin suffisent pour produire un pareil résultat ! »
Je partage entièrement l'opinion du docteur Klein ; comme lui , et plus souvent que lui , j'ai eu l'occasion d'examiner les effets produits par la corde dans le cas de suspension , et si ni.i mémoire me sert bien , je n'ai jamais rencontré d'ecchymose au cou. Rien n'est plus étonnant que de voir combien l'opinion contraire a été répandue , et les choses en sont arrivées aujourd'hui à ce point ,
que les médecins voient une ecchymose dans une légère injection de la peau cjui i borde le sillon, tandis qu'ils ont de la peine à regarder comme telles de véri- ; tables contusions du derme dans toute autre partie du corps et sous l'influence i ! de toute autre cause. Quelques auteurs modernes ont même rassemblé un ! ! assez grand nombre de faits qu'ils ont puisés très-probablement chez des sup^ I pliciés, et où cette altération se trouve notée pour beaucoup de ces cas. Toute- j fois, ces faits ne nous ont nullement convaincu , parce que nous en ignorons la i I source précise, et que les observations assez nombreuses que nous avons été à même de recueillir nous ont conduit à une opinion tout opposée. '■ j
Il est une autre considération à faire valoir en faveur de l'opinion du docteur t; Klein; si flans ses faits et dans les miens qui se rattachent tous à des cas de i suicide , la force de constriction opérée sur le cou par le lien sous l'influence j du poids du corps n'a pas pu produire d'ecchymose chez un adulte , cela ne ! prouve t-il pas qu'il est diliicile de concevoir comment la constriction du col ! de l'utérus ou celle du cordon autour du cou de l'enfant pourrait opérer une déchirure du tissu cellulaire et des vaisseaux à cet âge où ces organes jouissent j de beaucoup plus d'élasticité ? D'ailleurs quelle différence d'action entre la près- ■ sion égale, uniforme du col de l'utérus, et la pression brusque d'une corde, d'une ij ficelle , d'un ruban qui viennent à être serrés tout à coup par la traction exercée ' sur eux sous l'influence du poids du corps ! Enfin , les observations de M. Es- I quirol , celles de Dehaën, et l'opinion de M. Orfiia corroborent la manière de ; voir que nous venons d'établir. j
Luxations et fractures. — Les considérations que nous avons établies sur la I manière dont il fallait envisager les confusions du fœtus peuvent s'appliquer ; aussi aux fractures et aux luxations ; car comme elles . elles peuvent être l'effet ; ] d'un accouchement laborieux. C'est avec raison que M. Marc a appelé l'atten- j; tion sur la valeur que l'on doit attacher à toutes ces altérations suivant leur s] siège. « Les fractures et les luxations , dit-il , autres que celles qu'on remarque 1] à la tête et au cou, sont rarement le résultat d'une intention criminelle ; et dans le cas où elles le sont , on observe d'autres marques de sévices qui peu- ] vent éclairer sur la véritable cause de la mort. » Quoique cette remarque soit (jj bonne en thèse générale , nous ne pouvons nous dispenser de faire observer \ que c'est aussi le plus souvent à la tête que surviennent les lésions résultant 'ij d'accouchemens laborieu.x. Toutefois , comme , ainsi que nous le disions à i'é- ''i gard des contusions , les violences exercées sur l'enfant sont toujours dirigées > ; vers les organes les plus importans de l'économie, l'observation de M. Marc:; reste toujours juste. D'ailleurs, lorsque des fractures et des luxations survien- 'j lient pendant un accouchement , il est bien rare que cet accouchement se soit !; terminé sans le secours de l'art, ce qui exclut toute idée d'infanticide. Les -j fractures et les luxations peuvent aussi être le fait d'un accouchement très-fa- ij cile , et souvent même trop facile , en ce sens que l'enfant venant à sortir tout-' I à-coup peut être projeté sur un corps dur, et sa chute être suivie des mêmes i| désordres. M. Henk a établi on principe que la sortie brusque de l'enfant peut Ij occasioner des fractures du crâne , des épancheraens sanguins dans le cerveau, j! des commotions cérébrales mortelles, etc. Chaussier a non-seulement émis la jj même opinion , mais il l'a encore appuyée d'expériences nombreuses dont! voici les résultats : ^
Quinze enfans mort-nés ayant été laissés tomber perpendiculairement d'uuci j| hauteur de dix-huit pouces sur un sol carrelé, de manière à ce que la tête:']; vînt porter la première , il en est résulté une fracture à l'un des pariétaux sur V douze d'entre eux. Même résultat a été observe à l'égard de quinze enfans que l| l'on avait laissés tomber d'une hauteur de trois pieds; seulement les fractures j étaient plus étendues , et quand on a agi à une plus g rande hauteur , alors sont j. survenus des relàchemeus et des déchirures des commissures membraneuses ji de la voûte du crâne, des ecchymoses, et des épanchemens de sang dans , la cavité des méninges ; quelquefois même le cerveau a été altéré dans sa !i substance. ,i
Ces expériences furent variées de la manière suivante : la tête de quinze ' 1 enfans ayant été comprimée sur une table , avec les deux pouces fortement , appuyés sur la surface du crâne, on obtint chez sept d'entre eux des fractures | longitudinales aux pariétaux ; dans les autres , il existait une dépression ou un | enfoncement des os, et chez tous une déformation plus ou moins grande de la ' | tête. Enfin des désordres beaucoup plus grands sont survenus lorsqu'on a j frappé la tête avec un bâton. j
Parmi toutes ces expériences, il n'y a véritablement que les premières qui j aient quelques rapports avec ce qui pourrait se passer dans un accouchement ! facile, où la femme étant debout, les jambes écartées, expulse l'enfant, qui \ vient tomber sur le sol ; et si , d'après Chaussier, douze enfans morts sur quinze ' | ont pu présenter des fractures en tombant seulement de dix-huit pouces de ' | hauteur, on serait porté à conclure de là que ce genre de lésion est on ne peut' plus commun dans le mode d'accouchement que nous venons de signaler. Res-' ferait cependant à savoir si l'on peut inférer d'un enfant mort à un enfant vi- ' vaut. Eh bien ! l'observation vient détruire le fond en comble l'échafaudage I | hasardé de propositions que l'on a pu et c(ue l'on pourrait émettre à ce sujet, j
M. Klein , profitant de l'influence que lui donnait sa qualité de membre du conseil supérieur de santé , provoqua une circulaire qui fut adressée par le gouvernement à toutes les personnes qui, dans le royaume de Wurtemberg, j pratiquent des accouchemens ou y assistent, afin qu'elles eussent à s'occuper j de la vérification du point de doctrine dont il s'agit, toutes les fois que l'oc- , casion s'en présenterait. Cette vérification devait surtout avoir lieu chez des femmes qui n'auraient aucun intérêt à cacher leur grossesse ou à altérer la \ vérité. Le résultat de celle mesure fut qu8 cent quatre-vingt-trois observations >
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bien eonsfalées parvinrent au conseil de santé. Elles rendirent compte de ;enl cincjuanlc expulsions brusques, les mères étant debout ; de vingt deux , es mères étant assises; et de six les mères étant à genoux , le corps in- :liné en avant j enfin sur les cent quatre-vingt-trois accouchées, il y a eu /ii)gt-et-une primipares; or , dans ces cent quatre-vingt-trois cas, il n'y a pas ;u un seul enfant de mort , aucun n'a éprowé de fissure ou de fracture des os crâne , ou toute autie iniluence nuisible. Tous ont conservé leur santé, juoique les uns fussent tombés sur un sol planchéié , les autres sur le pavé ; et nême de la hauteur d'un étage dans l'auge sèche des latrines. La conséquence a plus immédiate et la plus sensible de ces chutes a élé une asphj^xie passajère chez deux enfans qui étaient lombes sur le pavé; un autre , tombé sur le iol delà chambre , 'avait une légère impression avec sugillalion sur le paiiétal jlroit ; mais ces accouchemens ont également lieu dans les accidens ordinaires.
fiChez trois qui étaient tombés sur un clou du plancher ou sur le bord de la larche d'un escalier en pierre , on remarqua une petite plaie superficielle qui avait aucune importance. Chez dix huit expulsés inopinément , les mères «..ant debout , on remarqua de légères taches ou raies bleues résultat d'une |hute sur le baquet ; chez un autre enfin , un léger éraillement de la peau du ront par l'efFet d'une chute dans les latrines. Il n'y a eu chez aucun de ces enl'ans Ihéraorrhugie ombilicale, quoique chez plusieurs le cordon eût été déchiré à [uatre, trois, deux et même ii un pouce du bas-ventre. Chez vingt-et-un enl'ans, 1 était même pour ainsi dire, comme arraché dans le ventre, et il a fallu panser a plaie , soit avec de l'agaric, soit avec un emplâtre. (Article Ikfakticide.)
Ces résultats , qui sont le fait de l observalion , parlent trop par eux-mêmes Jour qu'on ait besoin d'y rien ajouter; nous ferons cependant remarquer que r. Gardner et Glokkengieser ont vu des cas de fractures et de lésions graves iur des fœtus morts dans l'utérus par suite de violences exercées sur leur tnere ; quant au fait observé par M. Chaussier de cent trente fractures sur le ^quelette d'une petite fille qui avait vécu vingt-quatre heures , et dont la naisjiance avait été facile, il ne prouve rien autre chose que , dans ce cas exceptionpel , la constitution de l'enfant était toute spéciale, et analogue à ces faits bien :onnus de cachexie cancéreuse, où les os se rompent quelquefois par les ieuls efi'orts des malades qui en sont affectés, ou sous l'influence de la pression îxercée par le poids de leur corps ; c'est ainsi que j'ai observé à l'Hôtel Dieu , pans le service de M. Dupuytren, en 1818, une femme qui succomba aune sifFection de ce genre, et chez laquelle j'ai trouvé en disséquant le squelette k l amphithéâtre delà Pitié, cent vingt-trois fractures disséminées sur les divers bs. Je sais' bien qu'il n'est pas impossible qu'un enfant de la constitution de belui que cite Chaussier ne constitue le corps de délit présumé d'un infanticide ; mais en procédant à l'ouverture même du corps et aux opérations nécessaires l» son exploration , les médecins seront certainement frappés de la friabilité des ps , et tiendront compte de cette circonstance pour mesurer la valeur qu'ils poivenl attacher aux altérations qu'ils auront observées.
La différence entre le résultat des observations de Klein et celui des expériences de Chaussier, peut être expliquée par cette circonstance, que la force pxpullrice de l'ulérus n'est pas perpendiculaire au sol, lorsqu'une femme est jttebout, mais bien plus ou moins oblique, suivant la direction que cet organe a prise pendant son développement , en sorte que le sommet de la tête de l'enfant ^e vient jamais frapper directement le plancher, mais que l'enfanl glisse , soit pur la face , soit sur le dos , suivant la position dans laquelle il a été expulsé.
M. Marc , à qui nous devons un excellent article sur l'infanticide , article jauquel nous avons déjà renvoyé , résume son opinion sur ce sujet de la manière suivante. « !<> Il n'est pas impossible que l'expulsion brusque et imprévue de reufaut, suivie de sa chute sur un corps dur, puisse produire des fractures et autres lésions graves à la tète ; 2a que cet effet est en général fort rare , et qu'il est à peu près impossible, lorsque l'enfant ne tombe sur le sol que d'une hauteur égale h la distance ordinaire des parties génitales de la femme ; 3» qu'il est peu probable, à moins que l'enfant ne tombe d'une hauteur considérable , que sa chute entraîne instantanément la mort ; 4o qu'il est impossible, l'enfant étant d'ailleurs régulièrement constitué, que cette mort survienne dés les premières heures de la naissance par le seul effet de sa chute sur le sol, de la hauteur des parties génitales de la mère, celle-ci étant même debout; 5° qu'il faut un degré de violence beaucoup moindre pour fracturer le crâne d'un enfant mort que pour fracturer celui d'un enfant vivant. »
11 est une lésion qui tue instantanément l'enfant et qui souvent pourrait échapper aux recherches du médecin , c'est la luxation de la tète sur la colonne vertébrale. Les désordres pourraient être tels, qu'il n'existât aucune ecchymose à 1 extérieur capable d'en déceler la présence. La mobilité de la tête n'éclairerait pas plus dans ce cas , parce qu'e'le est commune à tous les nouveau-nés , principalement en été , où les parties molles sont excessivement relâchées , tandis qu'en hiver elles conservent pendant assez long-temps quelque rigidité. La connaissance de ces faits doit engager le médecin à bien explorer la partie su- I périeure du cou de l'enfant.
j Blessures par instrumens picjuans ou tranchnns. — La même incertitude ne j règne pas à 1 égard de ces lésions. Ici, il ne s'agitque de reconnaître si la blessure j a été faite pendant la vie ou après la mort. Déjà nous avons appelé l'attention I sur les moyens d'arriver à cette distinction (i^o^'es Cadavees); nous n'y re- 1 viendrons pas; seulement nous ferons remarquer combien il est important de I préciser quelles peuvent être les conséquences de telle ou telle lésion de ce I genre ; de déterminer le temps qui a pu s'écouler entre le moment où la blessure a été faite et celui où la mort est survenue ; de rechercher l'espèce d'in- 1 strument dont on a pu se servir pour opérer la lésion ; résultat auquel on arrive DiCT. DE Médecine et de Chiiujegie pdatiques.
en tenant compte de la forme de la plaie , de son étendue en largeur et en longueur, de sa profondeur et surtout en examinant si les lèvres de la plaie sont coupées net ou déchirées ou ecchymosées. Le médecin ne saurait au reste entrer dans des détails trop minutieux dans la description de ces laits. Quant à la gravité des blessures et aux conséquences que l'on peut en tirer, nous renvoyons à l'article ISlusscrk.
On peut faire succomber un enfant à plusieurs autres genres de mort ; telles sont les dii^c.rses espèces d'asphyxies. Ces genres de mort sont plus difliciles à constater chez l'enfant que chez l'adulte ; la plupart des signes qui font reconnaître la submersion échappent à l'observation du médecin , parce que déjà ils se manifestent dans des organes excessivement petits , et deviennent par cela même peu évidens, et qu'ensuite la putréfaction gazeuse envahit les tissus du fœtus avec une rapidité extrême , pour peu qu'il ait été exposé à l'air. Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de vérifier l'exactitude de la proposition que nous venons d'éinetire. Il nous fut toujours impossible de reconnaître si l'enfant avait été jeté vivant dans l'eau; mais ce qui n'échappe pas quelquefois à l'attention du médecin, c'est la pénétration du tissu pulmonaire par de l'air, ce qui indique que l'enfant a vécu, et ce qui , rapproché de la circonstance de l'immersion dans l'eau , établit, aux yeux du magistrat, de fortes ])résomp!îons d'infanticide. Toutefois le médecin doit bien se garder dans ces cas d'en tirer de pareilles inductions ; noter que la respiration a existe, et qu'il est impossible dédire si la mort est le fait de l'asphyxie par submersion, sont les seules conclusions qu'il puisse prendre à ce sujet.
Les réflexions que nous avons faites à l'occasion de l'asphyxie par submersion , peuvent s'appliquer à Vaspliyxie par défaut d'air, lorsque l'on ne trouve pas de tampon , de linge , ou toute autre cause propre à s'opposer à l'entrée de l'air dans les organes de la respiration. Si , au contraire , il existe un corps étranger dans la bouche ou dans l'arrière-bouche ou dans les fosses nasales , et avec lui les caractères de l'asphyxie par défaut d'air, le genre de mort devient-ators facile à constater, mais comme une main malveillante pourrait introduire un tampon de linge dans la bouche d'un enfant qui serait mort naturellement, l'expert devra tenir compte des caractères que nous avons signalés en traitant de l'ouverture du cou^ et qui par les traces laissées sur le linge ainsi qu'à la voûte palatine, peuvent servir à lever toute incertitude. C'est aussi dans ces cas d'asphyxie par défaut d'air qu'il faut bien tenir compte des mucosités on de la liqueur de l'amnios que l'on peut rencontrer dans la trachéeartère , parce que la présence de ces liquides peut transformer une accusation d'infanticide par commission en une accusation dinlanticide par omission. Quant à l'asphyxie par strangulation , nous avons suffisamment appelé l'altention des médecins sur ce point en traitant de la marche à suivre dans l'exploration du corps de délit. Les auteurs ont généralement placé au nombre des causes de mort criminelle de l'enfant , 1 empoisonnement et la détroncalion ; on ne connaît pas jusqu'alors d'exemple de ce genre qui ne pourrait du reste être constaté , le premier qu'à l'aide des notions que donne la chimie ( voyez Empoisonnement et Poisons ), le second en établissant que la détroncalion a eu lieu du vivant de l'enfant. Enfin on a placé au nombre des causes de mort en matière d'infaniicide , la combustion, (trayez , pour les moyens delà reconnaître , les mots Brijldre et Combustion.)
Partie de l'histoire de iinfinticide qui se rattache à la mère. Lorsque les soupçons de la justice se portent sur la mère de l'enfant qui a succombé à une mort violente , il est rare que le médecin ne soit pas appelé à examiner la femme , à l'effet de savoir si elle est accouchée récemment, et s'il n'existerait pas une eo'încidence parfaite entre 1 époque de l'accouchement et celle de la mort de l'enfant. "Voici comment il doit se conduire dans cette circonstance : rendu auprès de la femme inculpée, il lui exposera le but de sa démarche; comme il est possible qu'il trouve une opposition formelle à l'examen qu'il doit faire, il faut alors que, sans exercer aucune violence contre la volonté de la persoinie , il se rende immédiatement auprès du juge d instruction pour l'en informer, ou bien qu'il rédige de suite un rapport dans le même sens. Il ne doit jamais perdre de temps , parce que les preuves matérielies de l'accouchement disparaissant quelquefois très-vite, et les recherches judiciaires n'ayant souvent lieu que fort tard , l'expert se placerait dans une position plus diliicile pour les recherches auxquelles il devra ultérieurement procéder.
Si , au contraire , la femme consent à se laisser visiter, le médecin doit porter ses regards sur l'état général de l'inculpée , sur l'odeur de lochies qu'elle peut émaner, l'altération de ses traits, l'accélération de son pouls et la chaleur de sa peau , la tuméfaction des seins , leur consistance et souvent même leur rougeur, l'état des ganglions axillaires , la saillie des mamelons, la nature du liquide que l'on peut en faire sortir par la pression exercée à leur base , et même à toute l'épaisseur des seins. Il fera ensuite étendre la femme sur un lit, palpera le ventre, appréciera sa densité, l'état fendillé, gercé ou plissé de la peau , la mobilité de la peau sur les muscles contractes , en se rappelant qu'en général cette partie n'offre aucun relâchement chez la femme qui n'a pas eu d'enfant, et qui, en même temps , jouit d'une bonne santé, proposition qui souffre nécessairement des exceptions que tout médecin connaît. 11 appréciera le degré d'écartement des muscles droits abdominaux , l'étendue en largeur de l'anneau ombilical ; il comprimera ensuite la région hypogastrique ; en exerçant des pressions avec la main largement appliquée, il recherchera si, au centre de cette région et profondément , on ne pourrait pas constater l'existence d'une tumeur due au développement de l'utérus , et si , dans les régions iliaques , ne se trouveraient pas aussi d'autres tumeurs provenant de l'engorgement des ovaires , et des ligamens larges. Tout en opérant ces pressions , il ^ - 327
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poi lera ses regarJs sur la figure de la femme , la questionnera même pour délourner son attention, et s'assurera alors d'une manière positive que le toucher exercé par lui est ou n'est pas ilouloureux.
Cet examen termine , il fera placer la femme de manière à ce que les parties génitales soient mises à découvert; les genoux étant relevés et les cuisses écartées , il constatera alors quel peut être le volume des grandes et petites lèvres, l'état plus ou moins altéré dei la fourchette, la couleur de la membrane muqueuse du vagin , la nature du fluide qu'elle sécrète , l'odeur que ce fluide répand. Il portera ensuite le doigt vers le col de l'utérus , s'assurera du volume de ses lèvres, du degré de son ouverture , des déchirures qu'il peut offrir, de la nature du liquide qui peut s'en écouler, et répétera la même opération , la ièmme étant debout , en ayant le soin d'appliquer l'autre main sur la région hypogaslrique , et d'imprimer h la matrice des raouvcmens saccadés de bas en haut, pour mieux juger de la sensibilité de cet organe.
Ces recherches une fois terminées , il procédera à l'examen de la chemise et des linges qui peuvent avoisincr les parties génitales, il vérifiera l'état des draps du lit, des matelas , en un mot de tout ce qui peut porter trace de taches résultant d un accouchement récent.
Ce qui est surtout important pour la conduite future de l'expert, c'est qu'il n'arrive pas auprès de la femme, imbu de l'idée qu'elle est accouchée, par cela seul qu'il a mission de vérifier le fait ; car alors, il se placerait dans une position très-favorable à commettre des erreurs. C'est ainsi qu'il pourrait prendre un lit ensanglanté par le sang provenant de l'ouverture d'une veine variqueuse, pour le sang des lochies; le sang des règles pour celui des lochies ; un écoulement en blanc habituel ou un écoulement vénérien pour une suite de couches ; certaines ulcérations provenant de la malpropreté , pour les déchirures d'un accouchement , déchirures en voie de suppuration. H pourrait commettre encore une foule de méprises du même genre.
Quant aux inductions à tirer de chacun des faits sur lesquels nous avons appelé l'attention, nous renvoyons le lecteur à l'article AccoucHEME^T , où ont été exposés avec détail tous les phénomènes qui accompagnent ou suivent les couches.
Les questions qui découlent de l examen de la mère qui a lieu naturellement après celui de l'enfant, sont les suivantes : 1° La femme est-elle accouchée? 2° En supposant qu'il soit prouvé que la femme est accouchée , y a-t-il comcidence entre l'époque de son accouchement, et celle de la naissance présumée de l'enfant? Il est facile de concevoir qu'on n'arrivera à résoudre ces questions, qu'en étudiant avec soin l'ordre de succession des phénomènes cjui suivent les couches [voyez Accocchebiekt). 3° L'enfant appartient-il à la mère? C'est une question que le médecin n'est presque jamais appelé à résoudre , mais qu'il peut quelquefois éclairer par la solution précise de la précédente.
4". Une femme peut-elle ignorer sa grossesse ? Cette cjuestion est ti'ès-fréquemmerit posée aux médecins , parce que c'est souvent le prétexte des accusées pour justifier l'état d'incurie complète dans lequel elles se sont trouvées au moment de leur accouchement. Nous eûmes à résoudre celte question tout récemment, à l'égard d une Clle mère soupçoiuié d'infanticide, et nous déclarâmes qu'il n'y avait aucun doute à établir sur la possibilité du fait. Tous les auteurs de médecine légale citent, à l'appui de ce mode de solution, des observations authentiques, et non-seulement une femme primipare peut ignorer sa grossesse , mais encore une femme qui a dfjà eu plusieurs enfans. Toutefois , il est rare qu'une femme qui ignore sa grossesse , accouche à terme, car alors, l'enfant a ])resquc toujours acquis assez de développement pour ne pas avoir donné la sensation des mouvemens qu'il exécute , à moins que l'enfant ne soit trèsdébile, et dans des conditions peu favorables à la viabilité. Cependant, si la question peut être résolue aflirmativement lorsqu'elle est posée d'une manière générale , elle est susceptible d'une solution toute négative dans des circonstances particulières. Telle est celle à l'occasion de laquelle nous avons été interrogés, et dont nous rapportons les détails principaux. La fille X. . . . avait trente-six ans ; depuis plusieurs mois , ses règles étaient supprimées. Elle avait eu des rapports intimes avec un nommé Z.... Diverses personnes avaient fait observer à cette femme, et cela à des époques difl'érentes , qu'elle paraissait être enceinte , et l'une d'elles , chez qui elle était restée pendant trois mois en qualité de domestique , l'avait renvoyée, non-seulement parce qu'elle s'était aperçue de sa grossesse , mais encore , parce que son frère , médecin , avait déclaré, après visite faite, qu'il ne pouvait exister aucun doute à ce sujet; d'ailleurs , la ûile X. .. était accouchée d'un enfant fortement constitué , et il était alors impossible qu'el'e ne l'eût pas senti exécuter des mouvemens à dater du quatrième ou du cinquième mois.
5". Une femme peut-elle accoucher sans le savoir? On peut répondre à cette (juestion aflirmativement dans les cas d'idiotisme ou de toute autre altération des facultés mentales , ainsi que dans ceux où sont constatés les divers états d'ivresse complète sous l'influence des liqueurs alcooliques ou des poisons sti,ipéfians énergiques ; de syncope, de délire, et d'apoplexie. Hippocrate rapporte (juc la femme d'Olympias, parvenue au huitième mois de sa grossesse, fut atteinte d'une fièvre aigué ; elle était au cinquième jour dans un état de mort apparente , et elle accoucha sans donner la moindre preuve de sentiment. Rigaudeaux est appelé le matin auprès d'une femme enceinte qui pendant toute une nuit avait souffert les douleurs les plus vives de l'accouchement , sans mettre au jour son enfant, douleurs qui avaient déjà causé plusieurs syncopes. Les derniers efl'orts , plus violons que les autres , avaient produit un état syncopal tellement intense que les assistans regardèrent la femme comme morte, et l'enveloppèrent d'un linceul. Rigau.leaux fait découvrir la femme , la louche, sent
le col de l'utérus très -dilaté, rompt la poche des eaux, termine l'accouchement , prodigue des soins à la mère pour la rappeler k la vie , en fait prodiguer à l'enfant, et tous deux lui doivent leur existence. Celle de la mèie, qui n'avait pas eu conscience des manoeuvres employées par l'accoucheur, fut long-temps altérée par les infirmités qui résultèrent de son état syncopal prolongé. (Koj-e: Mort.) La comtesse de Saint-Géran (ut empoisonnée par un breuvage stupéfiant qui détermina un assoupissement profond , pendant lequel elle accoucha d'un garçon ; étonnée à son réveil de se voir baignée dans son sang , surprise de la diminution de volume du ventre et de l'épuisement dans lequel elle était , elle demanda l'enfant qu'on lui avait soustrait. {Recueil de Causes célèbres, tome 26. )
Enfin quelques femmes ayant jeté leurs enfans dans des fosses d'aisances ont déclaré être accouchées en allant à la garde-robe, et avoir non seulement ignoré leur grossesse , mais encore s'être méprises sur les douleurs de l'accouchement au point île les a\ oir confondues avec le besoin de rendre les matières fécales. D'autres ont dit être accouchées au moment où elles satisfaisaient ce besoin. Si la femme est primipare, et que son enfant soit, sous le rapport de son développement, dans la catégorie de ceux que nous avons signalés précédemment, c'est-à-dire très-faible, il est possible qu'elle ignore sa grossesse; mais quoiqu'il soit bien connu que les efl'orts de l'accouchement amènent le besoin d'aller à la garde-robe, il est impossible de confondre ce besoin avec les douleurs de l'accouchement, qui , dans ces sortes de cas, se reproduisent presque toujours pendant plusieurs heures de durée, et avec une intensité assez grande pounio pas faire naitre, si ce n'est la certitude, au moins des soupçons. Nous ne regardons pas la seconde supposition comme impossible chez certaines femmes qui ont déjà eu plusieurs enfans , et dont l'accouchement se fait d'une manière si rapide , que l'accoucheur n'arrive presque jamais assez à temps pour le terminer.
F. Chaussier. CoQsullation mt'dico-lt'g,ile sur une accusalioD d'infanticide. Dijon, 1786, 10-8".
G. -G, Plouccjuct, CommeDlai'îus medicus iu processus criniinales super honiicidio , infanliciilio. Argentorali , 1787 , in-S".
Lecieux. Médecine légale, coDsidéralions médico-légales sur l'infanticide, elc. Paris. 1819, in-8».
Ollivaud. Disserlalion sur l'infanlicide. Paris , 1801, in-8". Carrez. Disserlalion sur l'infanticide. Paris , 1821 , in-4>'. Joiien. Dissertation sur l'infanlicide. Paris, 1821, in-4°.
A. Vei'ergie. De l'étal normal des poumons chez les enfans nouveau-nés qui n'ont pas respiré. (^Journal unit'ersel hebdomadaire de Médecine, t. 2 , 18 v. )
( Alph. Devekcie. )
INFECTION. Ce mot, vulgairement employé pour exprimer l'odeur désagréable que produisent certaines substances , indique , quand il est pris dans son sens médical, l'action dciélërc , pathologique , qu'exercent ces substances sur l'économie tout entière.
Les détails dans lesquels je.suis entré à l'article Contagion de ce Dictionnaire; ceux , encore plus étendus , que l'on trouvera a l'article Émanations , de notre collaborateur M. le docteur Deslandes , me permettent d étre court sur le présent article.
Je crois avoir fait voir dans l'article cité ( co/(ta^!'o« ) que l'infection n'était réellement qu'un mode de contagion , et profitant des belles considérations éxposées dans un rapport célèbre de M. Depuylren sur le sujet en question, il n a pas été très-difiicile de montrer que la plupart des disputes si animées sur la contagion et l'infection constituaient plutôt des disputes de mots que des disputes de choses.
Tout ce qui concerne le mode de production et de réaction des foyers extérieurs d'infection , les moyens de les détruire ou d'en neutraliser la funeste influence , a été largement développé aux articles Contagion et Émanatjous. Mais ce n'est pas toujours hors de lui que l'homme puise les élémens de l'infection ; il peut s'infecter en quelque sorte lui-même, c'est-à-dire trouver dans ses propres organes des foyers d'infection et être à la fois la cause et le sujet Ae cette infection. Ainsi , par exemple , toutes les fois qu'il existe un foyer plus ou moins vaste de suppuration ou de décomposition gangreneuse dans quelque point de l'économie, il est évident que l'absorption qui peut s'exercer incessamment dans la profondeur comme à la surface des organes , puise dans ce foyer des principes putrides, infects , qui agissent à l'instar de ceux dont l'atmosphère pourrait être chargée L'expérience , de concert avec le raisonnement, ne prouve que trop souvent et trop cruellement combien est juste la proposition précédente. Qu'arrive-t-il , en effet, chez les individus en proie à une entérite foUiculeuse aiguë , ulcérativc et gangréneuse ( dolhiiieniérite) , à un érysipèle phlegmoneux terminé par gangrène et suppuration , à une phlébite suppurative , surtout si elle est également compliquée d'un état gangréneux des parties dont les veines sont enflammées , etc. ? Ne sait-on pas aujourd'hui , de la manière la plus positive, malgré les efforts de quelques-uns pour obscurcir cette grave question , ne sait-on pas , dis-je , que des phénomènes typhoïdes ne tardent pas à se manifester, et ces phénomènes généraux ne sont-ils pas précisément les mêmes , à part les différences d'intensité, que ceux produits par l'action des foyers extérieurs d'infection ?
Au reste , il faut convenir que, de même que les phénomènes pathologiques produits par les agens extérieurs d'infection offrent des modifications en rapport avec les dilférences qui peuvent exister entre ces agens, ainsi les phénomènes (|ue déterminent les foyers intérieurs d'infection varieront nécessairement selon la nature des principes que puisera l'absorption dans ces foyers.
INFLAMMITION.
INF L AMHATION.
La résorption de matières fournies par v.n foyer gangi éiieux , par exemple , donnera lieu à des accidens qui ne seront pas absolument les mêmes que ceux dus à l'absorption du pus, de l'urine (comme cela a lieu dans certains cas de rétention de ce dernier liquide ) , etc. , etc.
i Dans les cas qiuj nous venons de signaler , l'infection est le résultat de mala- Idies aiguës : elle pourrait donc , sous ce point de vue, être désignée sous le juom d'infection rapide , a%«é'. 11 est d'autres cas dans lesquels Tiufection ne is'opère que d'une manière lente et poin- ainsi dire graduée , telles sont , par iexemple,les suppurations chroniques, comme celles qui ont lieu dans les abcès froiils , par congestion , dans la tuberculisation des poumons, des ganglions méseiitériques et autres , les ramollissemens encéphaloïdes , etc. , etc. : ion pourrait désigner ce mode d'infection sous le nom d infection leiile ou \chrottique.
I Soit que l'espèce d'infection dont nous traitons exclusivement dans cet article s'opère suivant le ;no^/e a%«i ou suivant le mode chronique, ses effets immédiats portent d'abord sur le système sanguin ou circulatoire , et de cette action exercée ainsi sur le sang et le système où il se meut , résulte ensuite un trouble plus ou moins profond de l'innervation et de toutes les fonctions en général , puisqu'il n'en est aucune dans laquelle le sang ne joue un làXc important.
La fièvre , cet état pathologique, qui tient une si grande place dans le doimaine médical , est pour ainsi dire l'expression de la réaction du système sanguin , comme la stupeur ou l'ataxie , pour nous servir ilu langage de l'ancienne 'école , nous traduisent celle du système nerveux, et c'est en reunissant en un ^out pathologique cette double réaction , qu'on a créé les noms de fièvre ty- j ■^hoïde ou avec stupeur, et de fièvre ataxujne. . ! Au reste , ainsi que l'infection elle-même , la réaction se présente sous deux modes divers , depuis long-temps connus sous les noms de fièvre u/^ué et de fièvre lente.
j Je ne puis esquisser ici qu'à grands traits ce point important de la pathologie l^uej'ai déjà eu occasion de discuter, soit dans des cours , soit dans divers ouvrages , et notamment dans le Traité clinique et cjpèritiiental des Jièvres dites essentielles , dont l'article Fièvres de ce Dictionnaire contient un ample Résumé.
Ce n'est que dans les articles consacrés à chacune des maladies qui peuvent être suivies des accidens de ïmj'ection , qu'on peut développer la doctrine dont nous posons ici les principales bases. Je ne crains point de dire que c'est ^ une deSi mines les plus fécondes de la pathologie , et ceux-là enrichiront bette science de faits interessans, de précieuses découvertes, qui exploiteront pomme il convient la mine dont il sagit.
Une large part vient d'être faite àl'humorisme dans les considérations pré- ;édentes; il s'agit maintenant de faire celle du solidisme en reconnaissant que |a dissémination de l'irritation locale qui existe dans un grand nombre des cas Ijue nous avons passés en revue , est pour beaucoup dans les phénomènes de •éaction générale.
Nous ne terminerons pas cet article sans ajouter que ce n'est pas seulement jar l'action d un foyer extérieur ou d'un foyer intérieur que des accidens d iniection peuvent se manifester. De tels accidens en eflèt, éclateront aussi iorsque, par une circonstance quelconque, certains matériaux du torrent circulatoire ne seront pas éliminés , excrétés , comme cela a lieu dans l'état norinal. Ce nouveau genre d'infection mérite aussi qu'on le prenne en sérieuse :onsidératiou. Si l'on en veut un exemple frappant , on le trouvera dans ce qui irrive chez ces animaux auxquels on a fait 1 ablation des reins. Les élémens '■xcrémentiliets dont ces organes dépouillent le sang dans l'état normal , iéjournant alors dans ce liquide , il en résulte une injection sui generis , dont MM. Prévost et Dumas ont les premiers signalé les phénomènes.
Mais c'en est assez sur un sujet qui n'est pas encore à la portée de tout le nonde. J'en ai même déjà trop dit pour n'être pas accusé d'avoir manqué, en e disant, au but essentiellement pratique de ce Dictionnaire; car il est queljues médecins dont la vue intellectuelle est si courte , que toute espèce île "elation un peu éloignée entre la théorie et la pratique leur échappe inévita- Iplement. Il est malheureux d'avoir pour lecteur et surtout pour juge, ces liionames à esprit myope. ( J. Bobilladd.)
IJNFLAMMATiON J s. f . ; injlaminatio , pldogosis , phlegmasia. î Sous l'influence de causes diverses et qui ne sont pas toujours appréciables , on voit souvent la peau devenir rouge , brûlante , tuméfiée et douloureuse , ilans une étendue plus ou moins considérable ; on dit alors que cette membrane est enflammée. Ce qui se passe là sous nos yeux, peut se reproduire, et Survient en effet fré((uemment dans tous les autres tissus ; tous , bien qu'à des degrés divers , rougissent , s'éehaufl'ent, se gonflent et s'endolorient , et cette modification qu'ils éprouvent reçoit encore le nom à' inflammation , ce qui de- (Vaitêtre puisqu'elle ressemble en tout à celle de la peau.
Un ordre immense de maladies se trouve formé par le rapprochement analogique de ces faits, dont la reproduction est très-fréquente ; ordre naturel ;s il en fut jamais, que des réformateurs de mots , qui croient l'être de choses, lont cependant essayé , mais en vain , de renverser dans ces derniers temps , et contre lequel ils n'ont su trouver d'autre objection plus sérieuse que celle-ci : le mot inflammation est une métaphore. Cet ordre est désigné par les auteurs pious les noms phlegmasies , irritations inflammatoires , inflammations.
En analysant les phénomènes locaux de l'inûammation , on voit que le tissu qui en est le siège ne se gonfle et ne s'écliaufFe que parce que le sang y afflue , -t que la sensibilité s'y exalte. Innervation et circulation plus actives, en
d'autres termes , appel ou abord de fluide nerveux et de sang plus considérable que dans l'état normal , voil.î donc les caractères fondamentaux de l'inflammation. C'est l'action organique d'un tissu augmentée dans ses deux phénomènes primordiaux. Mais comme il n'y a pas nécessairement maladie , par cela seul <[ue l'irritabilité et le mouvement circulatoire sont accrus dans une partie, comme en deçà de certaines limites cet accroissement reste compatiltle avec lu santé, comme enfiu l'état morbide commence surtout avec le trouble d'une fonction , nous définirons l'inflammation : t augmentation de Caction organique d'un tissu , ou l'irritation avec appel plus considérable de sang que des autres fluides , portée au-delà des limites compatibles avec Texcrcice libre de sa Jonction.
L'irritation inflammatoire, V inflammation ou la phlei^masie , est la plus fréquente de toutes les formes de l'irritation. Cette vérité est aujourd'hui généralement admise ; on s'accorde même à reconnaître que dans l'histoire de la j)lupart des autres maladies , on la retrouve très-fréquemment encore , soit comme cause déterminante, soit comme elfet, soit enfin comme complication accidentelle. «11 n'existe aucune blessure , dit Thomson , dont l'inflammation ne soit l'ciret iuimédiat , et l'on voit très-peU de maladies locales , »!é/«e il en est , dans lesquelles elle ne joue un rôle , soit comme circonstance concomitante, soit comme symptôme, soit enfin comme conséquence. « L'étude abstraite de cet état morbide doit ilonc présenter un haut intérêt, et son histoire générale offrir une grande importance en pathologie. Mais restreints par l'espace, et limités par le but prati(|ue de cet ouvrage , forcés à regret de renoncer aux nombreuses et intéressantes discussions théoriques que le sujet soulève, nous nous bornerons à un simple exposé , rapide et succinct, des faits généraux dont se compose 1 histoire de l'inflammation.
Les causes de cet état morbide sont nombreuses et variées; ce que nous avons dit de son extrême fréquence devait déjà le faire supposer. Toutes les violences extérieures, tous les agens irritans, toutes les influences atmosphériques, toutes les affections morales , et la plupart des corps de la nature peuvent le produire. Le tempérament sanguin , la pléthore sanguine , l'âge adulte, les aliinens trop nourrissans , et les boissons alcooliques, prédisposent à le contracter. L'action de la plupart de ces causes est directe , mais celle des dernières est plus éloignée. Les liqueurs spiritueuses , les alimens trop succulens , etc. , agissent en modifiant graduellement la composition du sang, elles lui impriment des qualités nouvelles, elles le rendent plus excitant pour les organes. Leur action va même quelquefois jusqu'à donner des qualités tellement irritantes à ce liquide , que , sans le concours de causes extérieures appréciables , il suffit pour faire naître de violentes inflammations. Mais comme il n'acquiert que graduellement ces propriétés , on voit ces phlegmasies se préparer pour ainsi dire de longue main , pour éclater enfin dans un ou plusieurs organes, souvent sans cause apparente. C'est ainsi que se fomentent Iréquemmeiit ces pneumonites , ces arthrites, etc., que les malades disent qu'ils couvaient depuis long-temps , lesquelles se déclarent en effet sans que l'on puisse en deviner les causes occasionelles. En quoi consiste la modificaiiou que le sang a éprouvée dans cette circonstance? La chimie ne nous l'a point appris; mais la simple inspection fait voir qu'il est plus riche en fibrine , et qu'il se recouvi e d'une couenne inflammatoire en se coagulant. Je ferai remarquer en passant qu'une saignée faite à propos , en débarrassant ce liquide de son excès de fibrine, et augmentant par suite la proportion du sérum qui entre dans sa composition , diminuerait ses qualités irritantes, préviendrait probablement le développement d'une plilegmasie souvent imminente , et que , par conséquent, les saignées dites de précaution ne sont pas toujours inutiles , comme on le prétend généralement aujourd'hui.
L inflammation, consistant, comme nous l'avons dit, dans l'augmentation de l'action organique d'un tissu avec appel plus considérable de sang, est principalement caractérisée par la coloration en rouge qui annonce la présence de ce liquide ; par l'accioissemeut de température et le gonflement qui en sont les eiTets, et par l'augmentation de la sensibilité. Rougeur , douleur , chaleur et tumeur, tels sont donc les caractères de l'inflammation ; tâchons de les bien apprécier.
La rougeur forme le caractère fondamental de l'inflammation ; indice de l'abord plus considérable et du séjour du sang dans la partie où on l'observe, c'est elle par conséquent qui diflërencie l irritation inflammatoire des irritations nerveuse, sécrétoire , hémorrhagique , etc. Il faudrait donc à la rigueur la constater dans un tissu pour pouvoir aflirmer qu'il a été enflammé. Cependant elle diminue et disparaît même quelquefois après la mort ; c'est un fait qui a été maintes fois constaté dans l'érysipèle et l'angine. Son ahsencc ne prouve donc pas toujours qu'une partie n'a pas été enflammée ; mais elle n'en est pas moins une très-forte présomption contre l'existence de toute plilegmasie dans un organe ; et , pour admettre qu'il y a eu inflammation là où l'on ne voit pas de rougeur, il faut que les autres symptômes aient été tellement é\idens , et que les analogies avec d'autres faits non équivoques soient tellement puissantes , que le doute ne soit plus possible.
Les nuances de la rougeur inflammatoire sont très-variées ; depuis la teinte rosée et à peine appréciable jusqu'au violet et au brun noirâtre , on trouve tous les tons intermédiaires. Diverses circonstances produisent ces résultats. D'abord , l'intensité de l'inflammation : plus elle est forte et plus la rougeur est vive ; en .second lieu , son degré d'ancienneté et de chronicité : plus elle est ancienne et chronique, et plus la coloration violette ou noirâtre est prononcée ; troisièmement la texture des tissus ; on trouve la rougeur plus marquée dans les parties abondamment pourvues de vaisseaux sanguins que dans les autres tissus, qui comme les os , n'en ont qu'un petit nombre.
INFLAMMATION
INFLAMMATION
La douleur est un symptôme commun à toutes les formes de l'irrilalion et à beaucoup d'audes maladies ; elle n'est donc pas réellement caractéristique de l'inflammation. Cependant il importe de la ranger parmi les signes de cet état morbide ; car souvent rien ne distinguerait la phiegmasie de la stase mécanique du sang, produite par un obslacle au cours de ce liquide , si la douleur n'existait pas pour attester que l'abord du sang qui la constitue est bien un phénomène actif et non passif. La douleur ajoute donc à la valeur , comme signe , de la coloration en rouge des tissus. Mais elle n'existe pas toujours , ou elle n'est pas toujours sentie. D'abord , elle existe à peine, et quelquefois même elle est nulle, dans les tissus peu pourvus de nerfs; dans les parencbymes qui en raison de leur mollesse peuvent se tuméfier beaucoup , sans que les nerfs qui les pénètrent éprouvent de compression marquée ; dans les organes qui ne communiquent pas directement par leurs cordons nerveux avec le cerveau ou le prolongement rachidien , dans l'extrême vieillesse ; et souvent dans les phlegmasies chioniques. Enfin elle n'est pas perçue , et par conséquent pas accusée par le malade , s'il est plongé dans le coma ou s'il délire. Quand donc la douleur manque ainsi , c'est encore par les autres symptÔQies et par les faits analogues que l'on s'éclaire.
Ses caractères et son intensité sont extrêmement variables. En général plus l'inflammation est vive et plus la douleur se fait sentir; la nature de la cauae influe aussi sur sa force : ainsi la douleur de l'inflammation qui accompagne la brûlure est très-vive. Tantôt elle est si violente qu'elle lue très promptemenl ; et tantôt elle est si légère que le malade la sent à peine ; il arrive souvent qu'elle ne se manifeste que si on la provoque par le mouvement de la partie enflammée ou par une pression exercée sur elle, tandis que, dans d'autres cas, elle est en quelque sorte spontanée; quelquefois elle est continue avec ou sans redoublemens , d'autres fois elle est intermittente ; enfin , suivant les tissus qui sont enflammés , elle se présente, comme nous le verrons bientôt, avec les caractères de la démangeaison , de la brûlure , des élaucemens , etc.
La chalcurtiesl pas non plus ini caractère constant ni exclusif de l'inflammation ; car d'une part , il existe des phlegmasies sans douleur ; et de l'autre , on la reirouve daus quelques névroses. Cependant elle paraît si bien liée à l'abord du sang , il est si ordinaire de la voir s'accroître et diminuer avec la congestion locale , qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'après la rougeur elle ne soit un des signes les plus certains de l'existence de cet état morbiile. Plus les tissus enflammés sont riches en vaisseaux sanguins , plus l'inllamaïalion "a laquelle ils sont en proie a de violence, et plus la chaleur locale et générale est considérable; elle manque souvent au conlraire dans les phlegmasies chroniques en général, dans les phlegmasies aiguës des vieillards, et dans celles qui sont tellement violentes que la mort menace d'en être la suite presque immédiate. Il est digne de remarque que cette chaleur anormale manque aussi dans les inflammations de la substance cérébrale, et que cela coïncide fréquemment avec un ralentissement de la circulation. Ses caractères les plus fréqucns sont d'être sèche , humide, âcre , mordicante; elle est quelquefois sentie par le malade sans l'être par le médecin; dans quelques cas, c'est le contraire cjui a lieu.
La tuméfaction est évidemment le résultat de l'abortl du sang dans le tissu enflammé ; mais elle peut être produite par d'autres causes ; elle existe dans d'autres maladies ; seule , isolée , elle serait donc loin d'être un signe d'inflammation.Ce n'est que par sa réunion avec les signes précédens qu'elle acquiert cette valeur. Comme eux , c'est de l'intensité de l'inflammation et de la texture des tissus qu'elle reçoit ses principales modifications. Plus l'inflammation est intense , plus les tissus sont lâches et facilement dilatables par l afllux des liquides , et plus la tuméfaction est considérable; elle est nulle dans les tissus dont la texture est dense et serrée.
De ces quatre caractères de 1 inflammation , la rougeur est donc le seul vraiment pathognomonique. Mais comme ou ne peut pas constater ce signe pendant la vie dans les tissus cachés aux yeux de l'observateur , il deviendrait impossible de reconnaître un grand nombre d'inflammations , sans les ouvertures des cadavres et le rapprochement des symptômes qui ont eu lieu avec les désordres que l'on rencontre. On conclut par analogie , et dans ce cas elle équivaut à une démonstration; on conclut, dis-je, de l'existence des symptômes observés à l'existence de l'inflammation intérieure. Ceux de ces symptômes qui sont communs à la plupart des inflammations aiguës sont : la chaleur générale, l'accélération du pouls, l'abattement des forces, et souvent des frissons ou des sueurs. ( Voyez FiiiVREs. ) Mais ces symptômes eux mêmes ne se présentent pas dans toutes les phlegmasies ; ils existent aussi quehjuefbis sans qu'il y ait inflammation ; il faut alors chercher les caractères de cet état morbide dans 1 observation lies troubles fonctionnaires directs de l'organe malade, aidée de la connaissance des désordres matériels auxc(uels ils correspondent. Quant aux influences sympathiques que les organes enflammes exercent sur les autres organes , elles ne peuvent être indiquées que dans l'histoire de chaque inflammation en particulier ; elles obéisseut d'ailleurs dans leur développement aux lois ([ue l'on fera connaître en traitant des sympathies.
Abandonnée à elle-même , l'inflammalion peut se terminer de différentes raanuTCs. Tantôt le sang, que la douleur avait appelé et accumulé dans la partie, disparait en quelques heures et sans laisser de traces , probablement [larce qu il ue s était pas échappé des vaisseaux qu'il a parcourus : on dit alors (|ue l'inflammation s'est terminée par délitescence. Tantôt ce liquide , s'échappant des vaisseaux capillaires, soit qu'il les brise, soit qu'il transsude ii Iravers leurs parois, s'infiltre dans l'épaisseur des tissus , et n'est ensuite enlevé que graduellement par l'absorption ; on nomme ce mode de terminaison réso-
lution. D'autres fois ce sang infiltré l'est en trop grande quantité pour pouvoir être absorbé, ou bien l'organisation du tissu a été trop altérée pour que ce travail puisse avoir lieu ; alors ce liquide change peu à peu de nature, il subit une élaboration particulière, sa matière colorante est seule absorbée; en même j temps une sécrétion morbide s'établit dans la partie, et du mélange de ce produit avec le sérum du sang résulte un liquide blanc , laiteux, inodore, insipide, que l'on a nommé pus. L'inflammation s'est terminée par suppuration. Assez souvent, et surtout dans quelques tissus que nous signalerons bientôt ,1a surface enflammée s'érode dans quehjues points ; l'érosion gagne en largeur et en profondeur, et sécrète du pus: on nomme u/ceraïzo« cette terminaison de j l'inflammation. Dans d'autres circonstances , il arrive que le sang cesse peu à ] peu d'aborder dans le tissu enflammé , la chaleur y devient moins vive , l'irri- j tabilité s'y émousse , les fluides blancs s'y accumulent et stagnent en plus ou ; moins grande quantité, la tuméfaction continue de s'accroître, mais lentement | et souvent sans douleur; c'est la terminaison par induration blanche ou grise , et si la tuméfaction reste rouge , comme cela airive souvent dans les ti.ssus ri- i ches en capillaires sanguins , elle prend le nom ô.' induration ronge, et quelque- i fois àhépatisation. On appelle également ces derniers modes de terminaison | passage à Yéiat chronique ou chronicité; on remarque que dans ce cas , les i symptômes sympathiques s'effacent et finissent même souvent par disparaître i entièrement. Enfin, l'inflammation est portée quelquefois à un tel degré d'in- j tensilé, que la mort de la partie en est la suite immédiate : ce mode de termii liaison est la gangrène. 1
La délitescence et la résolulion sont les mêmes dans tous les tissus ; l'induration et la gangrène n'y présentent que des différences très-légères ; mais la sup- ) puralion n'a pas toujours les mêmes caractères dans toutes les parties. Ténue, \ épaisse , blanche , grisâtre , noire , couleur de lie de vin , douce , âcre , inodore, i fétide, ses qualités varient. Cependant l'albumine en fait toujours la base; les I sels que le pus contient dans ces diverses conditions sont, à peu de différence ! près , les mêmes, et varient seulement dans leurs proportions, de sorte qu'eu i dernier résultat les différences qu'il présente sont moins grandes qu'elles ne le I paraissent en ne s'attachant qu'à ses propriétés physiques.
Quelques auteurs ont prétendu que .le pus pouvait être sécrété sans une in- i flammation préalable ; je ne partage pas cette opinion , qui d'ailleurs n'a plus i guère de partisans aujourd'hui. Aux yeux de tous les médecins qui se sontoccu- \ pés d'anatomie pathologique , la présence de ce liquide dans un tissu est la j preuve non équivoque d'une inflammation soit locale , soit éloignée ; car le pus j peut avoir été absorbé dans un autre organe et seulement déposé sur celui où on le rencontre. Mais l'induration blanche et la gangrène se développent quelquefois sans avoir été précédés de jdilegmasie {t'oyez Gakgrkke et Squirbee). Quant à l'ulcération, elle ne suppo.t^e pas toujours non plus une inflammation antécédente, mais cependant c'est le plus ordinaire; les cas où elle est produite | par des causes mécaniques ou chimiques constituent déjà d'assez nombreuses j exceptions; elle succède aussi quelquefois aux déso rganisations ca/îcc/reuiei ; j tuberculeuses. '.
Les traces de l'inflammation aiguë disparaissent quelquefois après la mort. I On les trouve d'autant moins marquées en général , que la marche de la phleg- : masie a été plus rapide, et que l'examen du cadavre est fait à une époque plus i éloignée de la mort. On a, en outre, remarqué qu'elles s'effaçaient plus pronop- I temcnt à la peau que dans les autres tissus, dans les membranes séreuses que I dans les membranes muqueuses; et, dans un même tissu, plus rapidement en j certains points qu'en d'autres. Ainsi à la face plus rapidement que dans tout I autre point de la peau, sur la muqueuse gastrique plus vite que sur la mu- i queuse intestinale. Enfin , on a observé qu'elle disparaissait plus fréquemment | après les inflammations mobiles et celles qui sont intermittentes, qu'à la-suite i des phlegmasies fixes et de celles qui sont continues. Il est donc important de I tenir compte de ces observations lorsqu'on se livre aux recherches d'anatomie i pathologique. Mais il ne faut pas oublier toutefois que ces faits sont rares, et | que dans l'immense majorité des cas, les traces des phlegmasies persistent après ( la mort. A la suite des inflammations aiguës , on trouve les tissus qui en étaient I atteints , rouges , injectés, tuméfiés, ramollis, suppurés , ulcérés, baignés de i liquides; après les phlegmasies chroniques, on rencontre encore les mêmes t lésions , et de plus des colorations diverses des tissus , des collections purulentes i libres ou enkystées , des adhérences entre des tissus naturellement séparés, et i des productions diverses, telles que des végétations, des fausses membranes, : des kystes, des tubercules, et des ossifications morbides. Les premières de ces i altérations attestent toujours l'existence de l'inflammation ; mais il n'eu est pa3| de même des dernières à partir des végétations : celles-ci peuvent se dévelop-i per, et se développent en cfl'et fréquemment, sous l'influence de la simple irri-| talion et parfois d'actions inconnues.
Parmi les caractères anatomiques de l'inflammation, il en est un, signalc( pour la première fois par M. Dupuylren , étudié depuis avec beaucoup de soin j par MM Lallcmand at Bouillaud , et que l'on retrouve à la suite de presquei toutes les inflammations et dans presque tous les tissus, depuis les plus mousi jusqu'aux plus durs , c'est la perte de cohésion ou le ramollissement. C'est, aprcsi la rougeur, le témoignage le plus certain peut-être de l'existence d'une phleg-i masie ; il existe même dans les tissus dont la densité a été augmentée par 1 abordi et la stagnation des fluides, et l'on voit tous les jours les poumons ou le foiei être indurés , et se déchirer cependant avec \a plus grande facilité. C'est donc; ce caractère précieux qu'il faut toujours tâcher de constater dans les rccherchcS| d'anatomie p ithologique ; et l'on peut dire en thèse générale que , presque par-| tout oû on l'observe, il y a inflammation. Je ne crois jias cependant qu'il eni
INFLAMMATION
INFLAMMATION
oit la preuve conslante : dans certains tissus , la substance cérébrale , pnr exem- )le, il peut être , à mon avis, rcffet d une sorle de broiement instantané d'une )orlion de cette substance produit par une détonation de Iluide nerveux ; c'est insi du moins que je conçois la formation de quelques ramoUissemens cérébraux ion inflammatoires chez les vieillards.
Tous les caractères de l'inflammalioa , soit locaux, soit sympathiques, soit nalomiques , reçoivent des modifications importantes de la texture, de la vitaité, et de l'importance des parties qu'elle occupe. Ces caractères, il nous reste
les indiquer ; nous allons le faire le plus brièvement possible.
Dans le tis^u cellulaire j rinflammation revêt d'une manière bien tranchée les )rincipaux caractères que nous lui avons assignés; aussi l'a-t-on généralement )rise pour type de cet état nriorbidc dans toutes les descriptions générales que 'on en a données. La douleur s'y annonce par un sentiment de brûlure et la ensation de la chaleur s'y confond par conséquent avec elle; elle devient putative si du pus se forme et se rassemble en masse ; la tuméfaction et la rougeur
sont toujours des plus prononcées; elle se termine le plus ordinairement par uppuralion ; qumd elle est violente, elle réagit sur les principaux organes, t, de même que toutes les inflammations qui occupent les gros faisceaux de aisseaux capillaires sanguins, elle donne au pouls de la largeur et de la pleitude.
Dans le système nerveux de la vie animale, et principalement dans la pulpe lércbrale ou rachidienne, l'inflammation produit très-rapidement le raaiollisement et la désorganisation , en raison du peu de consistance naturelle de cette ubstance. On en obtient rarement la guérison ; la mort en est promptement 'eflet; elle s'y termine cependant queUiuefois par suppuration; par le passage i l'état chronique, ou par induration. Les particularités les plus remarquables |ue présente l'inflammation de cette portion du système nerveux sont les sui- /antes : 1° elle n'accélère presque jamais les contractions du cœur, au contraire îlle le rallentit le plus ordinairement ; 2" elle diminue aussi la chaleur générale jlutot qu'elle ne l'augmente; S» les intestins et la vessie ne ressentent jamais ion influence, excepte aux deux sphincters; 4° les poumons et l'estomac ne ;ont que rarement influencés par elle; 6° elle parait exercer une action directe lu contraire sur le foie ; G» enfin , elle prend souvent le caractère intermittent , iurtout lorsqu'elle est chronique. L'inflammation des cordons nerveux n'offre pas , comme on le pense bien , la même gravité; celle du système nerveux de la 'ie végétative n'est pas connue.
L'inflammation du syslème l'asculaire sanguin produit des effets très-difTércns selon qu'elle occupe les artères ou les veines. Dans les artères , elle entraîne rès-fiéquemment la grangrène de la partie à laquelle 1 artère enflammée se listribue [foyez Artékite et Gangrème). Dans les veines, elle s'accompagne presque toujours de sup|)uration , et ce pus, fourni par les parois des veines enflammées , est transporté par le torrent circulatoire sur les principaux organes , et donne lieu par son contact à d<;s accidens fort graves ( vojrez Phlébite). C'est ici le lieu de rappeler ce fait que j'ai signalé le premier, savoir , que l'inlammation se propage dans les vaisseaux sanguins en suivant le cours du sang; elle s'éloigne par conséquent du cœur dans l'artérite à mesure qu'elle s'étend et fait des progrès ; elle s'en rapproche au contraire dans la phlébite.
Dans le système Ifiriphatii/ue l'inflammation cause en général de très-vives douleurs. On sait combien sont douloureuses les phlegmasies des troncs lymphalitjues et celles des ganglions de l'aine et de laisselle. La rougeur, le gonflement et la chaleur s'y manifestent avec une égale intensité ; presque toujours aussi lès ;3'rr;pïl!!!?5 des p'.;:;cipau-s organes , cerveau, cœur et estomac , sont excitées par ces inflammations , et cependant , malgré la violence des symptômes, il est de remarque que l'endurcissement des ganglions succède presque aussi souvent à leur inflammation que la résolution et la suppuration , tant est grande l'irifluence qu'exerce l'organisation particulière de chaque tissu sur les résultats d'un môme mode d'irritation. Ainsi , à égale intensité, dix inflammations du tissu cellulaire se terminent |)ar des abcès, tandis que, sur le même nombre de phlegmasies du système lymphatique, une moitié suppure et se résout , l'autre moitié passe à. l'état de squirrhe.
On a pris souvent le type de l'inflammation dans celle du système cutané, parce que les caractères que l'on a coutume de lui assigner y sont évidens et en général assez prononcés. La rougeur y est vive, elle occupe une étendue variable, et est disposée par plaques uniques ou multipliées, de diverses grandeurs, ari ondies ou irrégulières, ou jiar boulons ou par points ; la tuméfaction est considérable pour peu que la phlegmasie soit intense ; la chaleur , souvent appréciable au toucher , est ordinairement très-vivement perçue par le malade ; enfin, la douleur y présente ce caraetère particulier, qu'elle donne presque toujours la sensation de la cuisson , de la brûlure. La dcmaiigeaison parait en être le premiei* degré, et, ainsi que la cuisson, elle ne se fait jamais sentir qu'à la peau et aux origines des membranes muqueuse», dont la texture comme on le sait, est peu différente. Mais d'autres phénomènes locaux accompagnent ordinairement lès inflammations de la peau. Ainsi elles déterminent très-souvent une sécrétion plus ou moins abondante de sérosité, laquelle, dans l'érysipèle et le vésicaloire, soulève l'épiderme , et se rassemble en ampoules ou phlyctènes; dans le zona , la suette , la gale , etc. , se réunit en petites vésicules ; dans la vaccine , la variole , la varicelle, la varioloidc , s'élève en pustules, et se convertit en pus véritable ; et enfin dans les dartres et la teigne , suinte à la surface cutanée , et s'y concrète en écailles ou en croûtes. Tantôt limpide, inodore, incolore, ou tout au plus légèrement cilrine , on la voit aussi épaisse, jaunâtre, odorante, et quelquefois fétide. Presque toujours elle se concrète avec assez de facilité : l'albumine en fait toujours la base.
DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRCHCIE PRATIQUES.
Les phlegmasies cutanées se terminent souvent par résolution , et fréquemment alors la desquamation de l'épiderme en est un des effets. L'ulcération et la gangrène en sont beaucoup plus souvent les suites que dans les autres sj'^slèmes. Un autre caractère commun à la plupart d'entre elles consiste dans la propriété qu'elles ont de se transmettre par le contact plus ou moins immédiat. Plusieurs aussi, précisément parmi celles qui sont contagieuses, ont une marche fixe, déterminée , et une durée toujours la même.
Parmi les sympathies des phlegmasies cutanées, la plus remarquable et la plus constante est celle qu'elles exercent sur la membrane muqueuse des voies digestives. Toute stimulation un peu vive de la jieau réagit à l'instant même sur cette membrane , et en produit la phlogose. Mais comme cette action est réciproque , et plus puissante même de la surface muqueuse sur la surface cuta- . née, on voit plus fré(]uemment encore l'inflammation de celle-ci dépendre de l'inflammation de celle-là. Souvent, au reste, dans l'état aigu comme dans l'état chronique , il est impossible de décider laquelle est primitive ou secondaire ; mais dans tous les cas , c'est toujours un moyen sûr de diminuer l'une <[ue de calmer l'autre. Faisons remarquer à celte occasion que le rapport qui lie l'action de la peau à la membrane muqueuse gastro-inteslinale est inverse «le celui qui existe entre cette même surface cutanée et la membrane muqueuse jjulmonaire. Ainsi, c'est sous l'influence de V augmentation d'action de la peau que la membrane muqueuse gastro-intestinale se phlogose fréquemment, tandis qu'au contraire c'est presque toujours par l'effet de sa diminution d action que la membrane muqueuse pulmonaire s'irrile et s'enflamme. Aussi voit-on l'action Ibrte de la chaleur être une des causes fréquentes des phlegmasies gastro inlestinales , et le refroidissement de la peau produire au contraire trèssouvent l'inflammation de la membrane muqueuse des voies aériennes. Enfin , 1 inflammation de la peau exerce encore une influence dont nous ne devons pas négliger de tenir compte ; elle provoque très-fréquemment l'engorgement des ganglions lymphatiques sous-jacens ou situés dans le voisinage de la partie enfl tmmée.
En examinant la peau qui a été le siège d'une inflammation, on trouve le réseau capillaire injecté, rouge , et quelquefois bleuâtre, le derme gorgé de sang, épaissi , facile à déchirer , infiltré de pus , si la phlegmasie a été chronique , et d'un fluide gélatiniforme , sanguinolent , après les phlegmasies pustuleuses.
Les inflammations cutanées n'ont presque jamais de gravité par «Iles-mêmes ; celles qui sont aiguës , et plusieurs parmi les chronicpies , cèdent aisément au traitement antiphlogistique ; et si quelques unes résistent à cette foule de moyens empiriques que l'on dirige ordinairement contie elles , il est rare du moins ([u'elles compromettent la vie des individus. Elles ne deviennent graves en général, que parce que l'irritation se communique aux organes importans , et principalement à ceux de la digestion.
§. L'inflammation d i système muqneux se moii tre une des plus fréquentes ; c'est aussi une des phlegmasies dans lesquelles les caractères propres à l'inflammation se dessinent le mieux; les tissus cellulaires et cutanés peuvent seuls être rais sur la même ligne sous ce dernier rapport. La rougeur surtout y est en général des plus marquées ; depuis le rose vif, elle peut aller jusqu'au brun. Tantôt elle occupe de grandes surfaces et est uniforme , tantôt elle est disposée par plaques quelquefois régulières, mais ordinairement irrégulières; d'autres fois enfin par lignes ou par zones , ou par points ; elle ne manque jamais dans les inflammations aiguës ; dans quelques cas rares , elle s'efface après la mort ; dans les phlegmasies chroniques , elle est souvent peu prononcée, mais elle existe constamment. La tuméfaction , moins considérable que dans le tissu cellulaire et la peau, l'est d'avantagé que dans tous les autres tissus. On ne peut pas l'apprécier, il est vrai, pour les membranes situées dans la profondeur de nos organes , mais on en juge par analogie avec ce qu'elle est dans les mu- ((ueuses visibles. La douleur n'est pas la même dans tous les points de ce système. Il est digne de remarque qu'elle est en général assez vive aux extrémités des membranes muqueuses, comme à la conjonctive, dans la bouche, au pharynx, au rectum, au gland, au vagin, etc., et obtuse dans les points intermétliaires Celle différence tient probabtcmeut à cette j)arlicularité anatomique signalée j)arBichat, savoir que les origines du système muqueux reçoivent beaucoup de nerfs cérébraux, et ii peine quelques filets provenant du trisplanchnique , tandis que les nerfs du système ganglionnaire prédominent sur les cérébraux dans les muqueuses pulmonaires et gastro-intestinales , celle des intestins ne recevant même aucun de ces derniers. Quoi qu'il en soit, dans aucun point de ces membranes , la douleur n'acquiert jamais une intensité comparable , toutes choses égales d'ailleurs , à celles des phlegmasies des systèmes cellulaire , séreux , fibreux , et même osseux ; elle est en général sourde , gravative , et souvent môme ne se fait pas sentir tant que la partie enflammée reste eu repos. Il n'est pas rare de la voir manquer complètement. La chaleur est très-vive dans les phlegmasies aiguës de ce système ; elle l'est beaucoup moins dans les chroniques , mais presque toujours assez pour être facilement reçue par les malades ; quelquefois cependant elle ne se développe pas , ou s'éteint.
A ces quatre phénomènes , il s'enjoint ordinairement d'autres plus particuliers aux membranes muqueuses. Ce sont les suivans : la surface enflammée commence d'abord par se dessécher, et si des liquides doux peuvent y être déposés , ils sont absorbes avec la plus grande promptitude. Au bout d'un temps plus ou moins long , suivant l'intensité de la phlegmasie et l'idiosyncrasie des individus . les follicules muqueux sécrètent un mucus inodore, limpide, séreux , salé , quelquefois acre , et toutes les glandes dont les conduits excréteurs viennent s'ouvrir sur les points enflammés versei.t en plus ou moins grande
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(juautilé et mêlent à ce mucus les produits de leur sécrétion. Peu à peu la consistance du mucus augmente ; il devient opaque, blanc, laiteux, doux, sucré, il se teint de sang quand l'inflammation est violente , puis diminue graduellement de consistance et de quantité si la phlegmasie marche vers la giiérison , et n'est bientôt plus sécrété que dans les proportions et avec les qualités normales ; ou bien , si la phlegmasie a passé à l'état chronique , il continue à prendre une couleur jaune , grise ou verte , et contracte une odeur fade ou fétide. Dans rii;flaniaialion aiguë , il arrive quelquefois que ce liquide se concrète , s'étend en nappe sur la membrane, prend le plus ordinairement une apparence membraneuse, et finit même par s'orgaijiser quelquefois au moyen de vaisseaux de communication avec la membrane muqueuse. Les vers naissent dans beaucoup de cas par un travail d'organisation analogue.
Tels sont les phénomènes locaux que l'on observe le plus ordinairement dans les phlegmasies des membranes muqueuses. Mais de toutes les inflammations, ce sont eu général celles qui mettent en jeu le plus grand nombi e de fj^mpathies , et celles qui influent le plus promptement et le plus puissamment sur le cœur , la chaleur animale et l'encéphale. Mais la plupart des phénomènes qu'elles provoquent varient avec le siège qu'elles occupent sur les divers points du système , et établissent ainsi les ditl'éreuces entre chacune de ces phlegmasies , en deviennent les caractères propres, et ne peuvent par conséquent être décrits qu'avec elles. Nous nous bornerons donc dans ces généralités à dire quelques mots de l'action remarquable qu'exercent les inflammations des membranes muqueuses sur la peau , sur les glandes dont les conduits excréteurs viennent s'ouvrir à leur surface, et sur les ganglions lymphatiques qui les avoisinent.
Nous avons déjà dit que les phlegmasies cutanées étaient souvent accompagnées de l'inflanuiiation de la membrane muqueuse des voies digeslives, que souvent même elles étaient sous son entière dépendance, et qu'elles s'exaspéraient ou guérissaient avec elle. On voit très-souvent aussi ces mêmes phlegmasies gastro intestinales s'accompagner de taches rouges , livides ou pourprées , de boutons , de vésicules et de pustules , et peut-être même leur donner naissauce. Enfin, la chaleur acre et la sécheresse de la peau accompagnent toujours ces mêmes phlegmasies des voies digestives , tandis que l'inflammation de la membrane muqueuse pulmonaire , aiguë ou chronique , provoque une chaleur douce de la peau et la sueur.
Chaque fois que l'inflammation a son siège dans une portion de membrane muqueuse où se trouve le canal excréteur d'une glande, Pirritalion est aussitôt transmise à celle-ci par voie de sympathie , la sécrétion augmente, et le produit de cette sécrétion est versé eu abondance sur la surface enflammée. C est ainsi que la bile afflue daiis le duodénum et l'estomac phlogosés. Mais lorsque l'inflammation de la membrane muqueuse est très-violente, ou qu elle se prolonge pendant long-temps, la glande peut finir par s'enflammer elle-même, et c'est même par cette voie que le foie , par exemple, reçoit la plupart des causes de ses phlegmasies.
Les choses se passent encore d'une manière analogue pour les ganglions lymphatiques situés dans le voisinage des membranes muqueuses enflammées. Ces ganglions s'échauffent, se gonflent, rougissent, augmentent peu à peu de volume , puis pâlissent , se ramollissent à leur centre , et finissent par devenir autant de petits foyers purulens. C'est absolument le même phénomène qu'à la peau pour les ganglions lymphatiques qu'elle recouvre. Le nombre des ganglions qui se développent ainsi est proportionnel à l'étendue de la surface irritée, et leur position correspond toujours aux points les plus directs de celte surface. Mais la vitesse avec laquelle ils parcourent leurs périodes jusqu'à la désorganisation n'est pas toujours dans un rapport constant avec l'intensité de l'irritation ; elle est principalement accélérée ou retardée par les dispositions individuelles , l'idiosyiicrasie des individus. Ainsi, on voit des ganglions mésentériques engorgés suppurer en six semaines chez un individu, et rester stationnaires pendant des mois, et même des années , chez un autre placé dans les mêmes circonstances.
En examinant après la mort les membranes muqueuses qui ont été le siège de l'inflammation , on les trouve rouges à divers degrés , depuis le rose vif jusqu'au brun, et cette coloration est uniforme , ou bien arborisée ou pointilléc,etc. La membrane est , en outre , rugueuse, épaissie, et elle a perdu la plus grande partie de sa cohésion. On trouve aussi ses follicules développés , et ses villosités gonflées. Si la phlegmasie a duré un certain temps , il est rare que la membrane ne soit pas ulccrcc , car aucun tissu ne s'ulcère aussi facilement. Enfin les autres efl'cls de l'inflammation des membranes muqueuses sont, dans l'ordre approximatif de leur plus grande fréquence, les hémorrhagies , la degénération gélatinifoime, les végétations , les excroissances, la perforation , le cancer et la gangrène.
§. Insensibles dans l'état sain , les membranes séreuses acquièrent une sensibilité excessive lorsqu'elles sont enflammées ; la douleur y est brûlante, pongitivc, et le moindre mouvement l'augmente si la phlegmasie est violente; la chaleur n'est pas toujours très-vive, la rougeur est plus marquée que ne le ferait supposer le petit nombre de vaisseaux sanguins qui pénètrent ces membranes; enfin la tuméfaction est , en général, très-peu considérable, et lorsque ces tissus paraissent épaissis d'une manière un peu marquée , c'est ordinairement à l'existence de fausses membranes qu'ils doivent cette apparence. Le tissu cellulaire qui les unit aux parties voisines participe toujours à l'état d'inflammation ; quelques médecins pensent même que l'inflammation de ce tissu précède toujours celle de ces membranes.
Quelquefois les membranes séreuses enflammées s'iusjectcnt fortement , et
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r leur exhalation est suspendue ; mais le plus communément elles exhalent en plus grande abondance , et les fluides qu'elles sécrètent varient en quantité ■ et en qualité , suivant que l'inflainmation est aiguë ou chronique , qu'elle est plus ou moins intense, ou que la mort survient à une époque plus ou moins ' avancée de la maladie. Tantôt la quantité de sérosité s'accroit seulement , et ■ conserve toutes les qualités de l'état normal , c'est-à-dire qu'elle reste limpide ' et légèrement citrine , tantôt elle est trouble et lactescente f quelquefois elle a i l'opacité et la couleur du pus ; d'autres fois elle tient seulement en suspension ' des flocons de fibrine décolorée; elle se présente assez souvent encore sous l'ap- ; parence et la consistance d'une gelée tremblante , interposée entre les deux { feuillets de la membrane ; enfin , elle est parfois sanguinolente, rarement fétide ; son odeur est en général fade et douceâtre. Sa quantité varie depuis j quelques onces jusqu'à plusieurs pintes. Bichat avance que la suppuration des membranes séreuses n'est jamais accompagnée d'ulcération ni d'érosion; les j recherches anatomiques du docteur Scoutettcn ont appris le contraire ; mais j on doit à Bichat cette remarque plus juste et très-importante, savoir que, dans ) les épanchemens de sérosité produits par rafToction d'un viscère étranger à ; la membrane, cette sérosité est limpide, transparente, et probablement de même nature que celle qui est exhalée dans l'état normal ^ tandis qu'au contraire, quand l'épanchement dépend de l'inflammation des membranes séreuses ; elles-mêmes , le liquide est presque toujours altéré.
Les phlegmasies des membranes séreuses , quoique plus douloureuses que ! celles des muqueuses, provoquent en général beaucoup moins de sympathies, j 11 n'est pas rare de voir des i)leurites et des péritonites très-intenses, ne domier : lieu à d'autres phénomènes sympalhiques que la fréquence du pouls et la cha- , leur de la peau, et quelquefois ne s'annoncer que par la douleur. L'arachno'idite elle-même ne se révèle souvent à l'observateur que par la céphalalgie , et ; alors môme qu'elle excite le délire et les mouvemens couvulsifs , il est encore ^ vrai de dire que le nombre des phénomènes sympathiques n'est nullement en i rapport avec l'intensité et le danger de la maladie. Au reste, ce fait général i n'est pas sans exceptions. '
Les caractères anatomiques de l'inflammation des membranes séreuses sont : ^ une rougeur ponctuée , la perle de leur transparence , le blanc mat dans les ( intervalles des points rouges , un épaississemcnt toujours très-peu marque, quelquefois un aspect granuleux et comme chagriné, parfois des ecchymoses, très-rarement la gangrène , et presque constamment un épanchement de séro- i site dans leur cavité. Et telle est la parfaite ressemblance d'organisation de i ces membranes entre elles , que les désordres s'y montrent presque uniformes. '| Bans toutes , en effet , on observe les mêmes collections de sérosité connues j sous le nom à'hjdropisies , les mêmes granulations miliaires, la même facilité m] de formation de fausses membranes , la même disposition à contracter des adhé- j renccs , anfin la même tendance à l'ossification. \ 5. L'inflammation du système qlanda/aire ne se manifeste pas en général par | des caractères aussi tranchés que celle des tissus j)récèdemment étudiés ; elle y | présente même à peine quelques particularités, et ce que nous avons dit dan^ | nos généralités leur est entièrement applicable. La douleur inflammatoire y est, 1 sourde et obtuse dans le plus grand nombre des cas ; les produits de la sécrctioi^ 1 glandulaire sont augmentés ou diminués , et toujours plus ou moins altérés dans i leur composition. Quant aux influences que peuvent exercer les glandes en^ ■ flammées sur les autres organes , elles sont en général ))eu nombreuses , tandis i que les principales d'entre elles sont sympatbiquement afl'ectées par les 1 irritations de tous les organes qui jouent un rôle un peu important dans l'éco- • \ nomie. Dans l'état normal, leur sécrétion s'opère principalement sous l'influence j de l'excitation qui leur est transmise par la surface à laquelle viennent aboutir I: leurs conduits excréteurs; dans l'état pathologique, il en est de même; aussi ■i\ les glandes ne s'enflamment-elles dans le plus grand nombre des cas que sym- H pathiquement à l'irritation des membranes muqueuses et cutanées. Ce n est 1' guère qu'à la suite des causes mécaniques , ou par l'extension par contiguite , | de l'irritation des parties environnantes à leur tissu , que l'inflammation s'y || tléveloppe sans intermédiaire entre l'agent et l'effet. ' j
§. Le système musculaire se montre rarement affecté d'inflammation. Si du li pus a été trouvé dans quelques muscles, on pense assez généralement qu'il '( provenait de l'inflammation du tissu cellulaire interposé entre leurs fibres. | Cependant il existe quelques exemples de cette inflammation, et j'ai vu quel- ' \ quefois dans les salles de dissection, des cadavres dont plusieurs parties du ( système musculaire, assez fréquemment les muscles pectoraux, étaient iujec- |j tés de sang, et cette injection m'a paru être le résultat d'une inflammation; car • ^ elle n'occupait que quelques muscles, et ce n'étaient pas ceux sur lesquels avait ^ porté le poids du corps; ils étaient d'un rouge très-vif, plus faciles à déchirer * que dans l'état sain , et le sang en sortait par gouttelettes à la section.
C'est le plus ordinairement sous forme chronique que l'inflammation se manifeste dans le système Jibreux ; elle s'y montre cependant aussi sous
forme :
aiguë. En général , une rougeur peu marquée , un gonflement presque iiiscn- ■ 'j sible , une chaleur assez vive , et beaucoup de douleur , en forment les princi- |3aux traits. On lui donne aussi pour caraclères, d'être très-mobile, c'est-à-dnc de se porter rapidement et, pour la cause la plus légère, d'un point du système fibreux à l'autre ; de pouvoir se résoudre même après un temps très-long ; de 1 parcourir très-lentemeut ses périodes , alors même qu'elle est aiguë ; de tendre 1 à débuter sous forme chronique , ou à la revêtir après avoir été aiguë; enfin de 1 se terminer souvent par des dépôts de gélatine ou d'albumine et des concrélious i calcaires. Ces particularités trouvent une explication naturelle dans le peu d'activité organique du système fibreux , sa densité, sa texture, son mode de il
INFLAMMATION
INFLAMMATION
itrition, et la nature des matériaux qu'il s'approprie. La plupart cependant : représentent dans d'autres tissus; loulet'ois elles n'y sont pas aussi marquées le dans celui-ci. Mais un de ees caractères appartient en propre aux phlegmasies Li système fibreux , c'est celui de leur terminaison y)ar des dépôts de gélatine j d'albumine , auquel on peut joindre, mais comme caractère négatit , celui 3 donner rarement lieu à de véritables suppurations. L'injection sanguine des ssus, leur ramollissement, les végétations , les dépôts d'albumine et de geiaiie , les concrétions calcaires , et, dans quelques cas , des ossifications , sont s traces que laisse après elle l'inflammation de ce système. Excepté dans la cornée , la sclérotique , le tissu fibreux des articulations et périoste , une grande obscurité règne encore sur le diagnostic de 1 inflamma- 3n de ce système. Ainsi restent presque toujours méconnues pendant la vie s inflammations de la dure-mère, de la membrane propre du rein, de celle de rate , de la tunique fibreuse ou albuginée des testicules ou des ovaires , de enveloppe fibreuse de la verge et du clitoris, des liganiens intervertébraux , is aponévroses, des gaines tendineuses, des tendons et des capsules finreuses. ;s inflammations, ou n'existent jamais isolées, ou n'ont pas de signes propres li puissent f)ermettre de les reconnaître. La durc-mère ne s'enflamme ordinaireent que lorsi]u'elle est mise à nu , et son inflammation n'est alors qu'un acciint secondaire dans la maladie. Si la pblegmasie est quelquefois primitive, mme il n'est pas permis d'en douter, on n'en connaît pas les signes ; lesfongus : cette membrane naissent très-probablement sous 1 influence de son inflamation chronique. Le feuillet fibreux du péricarde s'enflamme peut-être isoléent quelquefois , et c'est probablement par lui que commence ordinairement péricardite qui succède à la disparition subite d'une pblegmasie articulaire ; jis comment le savoir pendant la vie? L'inflammation de la membrane propre I rein et celle de la rate peuvent se développer peut-être dans la même cirinstance : mais elles sont bien plus fréquemment sans doute consécutives à la ;rilonite, ou à la néphrite , ou à la splénite elles-mêmes, et d'ailleurs, comme î précédentes, elles manquent de signes propres. La tunique fibreuse ou buginée des testicules présente quelquefois des fongus : ce qui prouve qu'elle iutêtre irritée isolément; mais la même obscurité règne sur son diagnostic. i ne sait absolument rien sur l'inflammation de l'enveloppe fibreuse des corps verneux. Quelques auteurs pensent que la carie des vertèbres commence sount par l'inflammation des ligameiis intervertébraux; mais ce n'est qu'une pposition dont il est difïicile d'administrer la preuve : et puis , nous retrouns encore ici la même absence de signes diagnostiques. On ne peut quesupser également l'inflammation des aponévroses et des gaines tendineuses : lie des tendons est plus que douteuse; enfin les capsules fibreuses ne s'enmment très-probablement que consécutivement aux membranes synoviales , elles recouvrent plus ou moins complètement.
§. Le système sj-noi^ial s'enflamme aussi quelquefois, et alors il s'éauffe , rougit, devient douloureux , et se tuméfie , comme tous les atîtres isus. La sensibilité qu'acquièrent dans ces cas les membranes synoviales est dinairement assez vive , et le moindre mouvement de l'articulation l'aug- ;nte. Les suites ordinaires de leur inflammation consistent dans la formation brides allant d'une surface à l'autre , dans des adhérences, des ulcérations , suppuration , et l'épancbement de fluides de diverses natures , d'où résulte ■ydropisie des articulations.
A peine les phénomènes de l'inflammation sont-ils marqués dans les rtilages ; ils y affectent une lenteur remarquable , et sont , en un mot , jjours chroniques. Sous ce rapport, ces organes diffèrent à peine des , seulement ils se réunissent un peu plus rapidement qu'eux lorsqu'ils t été divisés, encore est-ce le périchondre qui fait tous les frais de leur jnion ; la résolution s'y fait toujours long-temps attendre. On trouve sur les lavres les cartilages rouges, ramollis , tuméfiés , érodés , ulcérés , suppurés , iifiés , ou détruits.
5. L'inflammation des Jîbro-cartilages est peu connue ; elle est si rarement imitive , et le diagnostic en est d'ailleurs si difficile , que cela doit peu étonr. 11 est probable que la maladie connue sous le nom de mal de Pottcom- ;nce quelquefois par les fibro-cartilages intervertébraux , et que la tumeur mche du genou ou arihrocace débute aussi quelquefois par le fibro-cartilage
celle articulation. Telle est du moins l'opinion de plusieurs médecins , et elques observations d'analoraie pathologique , dans lesquelles on a trouvé 5 tissus ulcérés, en partie détruits au milieu des autres tissus articulaires restés ins , tendent à confirmer cette opinion. Ces derniers fails prouvent du moins e leur inflammation peut être primitive ; mais dans la profondeur où ils sont ïcés, dans l'absence de symptômes propres qui puissent en faire distinguer souffrance de celle des parties voisiiics , puisque la douleur , commune à utes , en est le seul symptôme local, comment eu reconnaître l'inflammation :ndant la vie? Enfin, il paraît résulter de travaux récens que, sous les noms
phlegmasie blanche , phlcgmasia alba dolens , engorgement blanc , engorgeant des membres abdominaux des femmes en couches, on avait jusqu'à ce jr confondu des maladies de natures diverses, au nombre desquelles se trourait l'inflammation des fibro-cartilages du bassin.
§. 'Le système osseux, malgré sa vitalité obscure, n'échappe pas non plus à uflammation. Ainsi on regarde généralement comme inflammatoires les lénomènes qui se passent dans les deux bouts d'un os fracturé. C'est avec ison sans doute, puisqu'on y observe du gonflement , de la rougeur , un peu douleur , et qu'il est très-probable que la chaleur y est un peu augmentée, est ^ijssî par une véritable inflammation des extrémités articulaires des os que rtaines tumeurs blanches commencent. ( Rust , Paletta , Brodie ). Quelque
soit d'ailleurs le tissu par lequel cette phlegmasie débute , il arrive quelquefois que toute la masse qiii constitue la tumeur s'enflamme violemment; et il est ordinaire alors que les extrémités articulaires des os participent à l'inflammation ; mais hors ces cas on n'observe pas l'inflammation aiguë des os. Leur phlegmasie chronique est au contraire assez fréquente. Cette différence s'explique aisément par la seule considération de la nature moitié organique et moitié inorganique du tissu osseux.
Toutes les inflammations des os marchent avec une lenteur remarquable et se prolongent indéfiniment. Cette lenteur et cette longue durée senties effets nécessaires du peu d'activité avec laquelle s'exécutent les actes de composition et de décomposition dans ce système , parce que c'est toujours en vertu des mêmes lois que les actions organiques s'exercent, soit dans l'état de santé, soit dans celui de maladie. Il faut attribuer à la même cause cette absence presque totale de phénomènes sympathiques dans les inflammations des os. Une autre cause y contribue cependant, c'est leur isolement au milieu du consensus de toutes les autres parties de l'économie. Il en résulte que , impassibles au milieu des inflammations les plus violentes des autres systèmes , ils ne peuvent à leur tour les associer îi leur souffrance quelque vive qu'elle soit ; ils s'enflamment et se désorganisent sans exercer la moindre influence sur l'individu, et ce n'est c[ue quand l'irritation se communique aux parties environnantes , et lorsqu'une suppuration existe depuis quelque temps, que les sympathies sont mises enjeu et que le danger commence.
§. Les systèmes épidennicjues et pileux à peine doués de l'organisation ne sont pas susceptibles de s'enflammer. Quelques médecins pensent cependant que la plique pourrait bien être une inflammation des cheveux. ( Voyez Pltque.)
Le traitement général de l'inflammation comprend: 1° les moyens tliérapeutiques qui diminuent directement l'irritation des tissus , et que l'on pourrait nommer à cause de cela antij>hlogisti(jues direct': ; 2° les moyens théra[>eutiques qui affaiblissent et font cesser indireciement l'inflammation en l'appelant sur des parties moins importantes que celle qu'elle occupe , ce sont des antiphlogistiques indirects ou révulsifs; 3" une classe de moyens dont le mode d'action n'est pas connu, moyens aniiphlogistiques empiriques : 4» plusieurs ir.édicamcns spéciaux dont l'action sédative s'exerce sur un organe particulier pour chacun d'eux, par quelque voie qu'on l'administre , 5» enfin , la diète et le régime débilitant. On range parmi les antiphlogistiques directs, les évacuations sanguines générales et locales, l'application du froid, les topiques émoUiens, narcotiques, astringens , sédatifs, et les lavemens, les bains et les boissons de môme nature. Aux moyens aniiphlogistiques indirects ou révulsifs appartiennent les sangsues en petit nombre , les sinapismes , les vésicatoires , la pommade ammoniacale , celle d'Autenrieth , l'eau bouillante, les ventouses sèches , les ventouses scarifiées, les frictions , le cautère, le séton, le moxa, et le bouton de feu ; enfin les vomitifs et les purgatifs. Dans la classe des antiphlogistiques empiriques viennent se placer le mercure , le soufre, l'iode, le quinquina. Enfin au nombre des antiphlogistiques sjiéciaux nous devons nécessairement compter l'opium , dont l'action sédative sur le cerveau est évidente, l'acide h^'drccyanique, qui exerce une action semblable sur la portion du système nerveux qui préside à la respiration ; la digitale qui agit de même sur le cœur, le camphre sur la vessie, la térébenthine sur toutes les voies urinaires. Ce n'est pas ici le lieu de tracer les règles de l'emploi de tous ces moyens thérapeutiques ; on les trouvera aux articles consacrés à chacun de ces moyens en particulier.
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