INHUMATIONS PRÉCIPITÉES
INJECTION
G.-ff. James. On some général principes on ihe nature anJ (reatmenl of Llie différent species of inflammation . Londoiî , 18 28, in-8°.
Sommé. Eludes sur l'iiiflammiilion. Bruxelles , 1830, iii-8".
( L. Ch. Roche ).
INFUSION et INFUSE. ( Pharinac. ) L'infusion est une opération qui consiste à verser une liquide bouilliint sur des substances méilicinales, et à les laisser refroidir ensemble dans un vase clos; on donne le nom A'infusé ou en latin d'in/iisuot , au produit liquide de cette opération, décanté ou passé après son refroidissement plus ou moins complet.
Ou prépare les infusés dans des vases de porcelaine, de faïence , d'argent ou d'ctain; mais non dans des vases de verre , qui sont trop sujets à se casser par un brusque changement de température. Il faut avoir soin que ces vases soient bien clos , pour éviter la déperdition des principes volatils que l'on cherche plus particulièrement à obtenir par l'infusion. Cependant il s'en faut que cette opération soit exclusivement réservée pour les substances aromatiques; il arrive au contraire très-souvent qu'on la préfère à la décoction pour obtenir les principes médicamenteux de substances végétales inodores ; l'expérience ayant appris qu'on en extrayait, dans beaucoup de cas , une plus grande quantité et avec moins d'altération.
L'infusion est surtout usitée pour préparer des boissons aqueuses. ( f^uyez les mots Hydbolé et Tisame. ) ( Gçiboibt. )
INHUMATIONS PRÉCIPITÉES. {Police médicale.) Depuis la publication de l'ouvrage de iiruhier en 1740 , où ont été rapportés sept cent quatre- vingts exemples, tant d'erreurs sur la mort que d'inhumations précipitées , l'autorité civile a tixé son attention sur ce point de police médicale ; c'est principaleaient dans les grandes villes, et surtout à Paris, que des mesures furent prises contre le retour de pareils événemens. Ce n'est toutefois que du commencement de ce siècle que date l'examen rigoureux des décédés avant leur translation au cimetière. Mais si ces mesures ont été prises dans les grandes villes , elles n'ont pu l'être pour les diverses localités de la France; car il est impossible qu'un médecin se transporte à la demeure du défunt , alors qu'elle est distante de sou domicile de plusieurs lieues ; aussi la loi veut-elle qu'il s'écoule vingt-quatre heures entre le moment de la mort et celui de l'inhumation. Malgré cette mesure sage, il n'y a pas d'année où I on ne cite des erreurs commises à cet égard. Kous n'irons pas puiser dans l'ouvrage de Bruliicr , où les faits n'ont pas toujours la certitude morale qu'on désirerait y trouver ; nous ne remonterons pas non plus k des époques fort anciennes, car les exemples se dénaturent par les narrations qui les reproduisent. C'est ainsi que la plupart des auteurs de médecine légale citent l'empereur Zénon comme victime d'une erreur de ce genre, en avril 491 ; or il ne fut victime que de la passion de sa femme Ariadne pour Anastase, qui, profitant d'un des accès d'épilepsie auxquels était sujet son époux , le fit transporter dans le tombeau des empereurs, aposta des gardes autour de son cercueiljusqu'à ce qu'il fût mort, et épousa dans la même année sou amant qu'elle éleva jusqu'au trône.
Le Précurseur de Lyon a rapporté dans le courant d'avril 1833 le fait suivant : Un jeune dragon du 12'' qui se trouvait à l'hôpital , est enlevé de son lit comme mort et transporté au dépôt des cadavres , où il est jeté avec les morts de la journée et de la veille. Au bout d'un certain temps , le jeune soldat qui est d'une constitution athlétique, se réveille sous une impression de froid assez douloureuse pour lui faire jeter d'éuergiijues juremens. Tout étonné de se ti cuver au milieu de tant de cadavres : S...., dit-il, que de morts ! l'afFaire a été chaude. Il se releva enfin, et alla reprendre sa place à l'hôpital, d'où il est parti plein de vie et de santé. Ce fait ne paraîtra pas surprenant , quand on sc rappellera celui que Louis a publié en 1752, dans sa lettre sur la certitude des signes de la mort, où une jeune femme en couches , fuyant I Hôtel-Dieu à cause d'une épidémie , vint à pied chercher un asile à I hôpital de la Salpétriere. Tombée deux fois en syncope pendant le chemin , elle éprouva le même accident à son arrivée. Elle fut regardée comme morte par les sœurs de service, resta pendant deux heures exposée à un froid rigoureux dans une cour , et fut ensuite trans[)ortée à la salle des morts. Quelque temps après , un élève ayant entendu des gémissemens et des cris, vint tout efl'rayé eu prévenir Louis, qui eut la douleur de trouver celle femme réellemeut morte , et d'acquérir en même temps la certitude qu'elle avait fait des efforts pour sortir du linceul dans lequel elle était enveloppée , car elle avait une jambe par terre hors du brancard , et un bras appuyé sur la barre du tréteau d'une table à dissection à côté de laquelle elle avait été placée.
Ce qu'il y a de rcmarcjuable , c'est que les exemples d'erreurs que l'on cile aujourd hui s'observent de préférence dans les grands hôpitaux ; ce sont bien , en cifct , les localités où a lieu le plus grand nombre de décès ; mais c'est aussi là que la surveillance devrait être plus active. Dans quelques hôpitaux de Paris, où des accidens sont arrivés, on a introduit la coutume de passer un anneau ou une corde autour du bras du mort; cette corde correspond à une sonnette cpii avertit un gardien , mais celle mesure est loin d'être généralement adoptée. Nous pourrions citer un très-grand hôpital , où loin de prendre uue précaution de ce genre, on recouvre le délunt qui est placé sur une table en pierre , d'un châssis tapissé de toile imperméable ii l'air, condition très-propre à asphyxier l'individu à l'occasion duquel une erreur aurait été commise.
Il y aurait un moyen fort sage et fort simple d'éviter ces méfaits. Il consisterait à ne laisser enlever un mort de son lit qu'autant que le décès aurait été coustatc par l'élève de service.
Les faits que nous avons reproduits sont plutôt, dira-t-on , des erreurs sur la mort que des inhumations piécipiUcs, mais il y a si peu de distance de
l'une à l'autre, que si l'on veut se reporter avec nous au moment où les grandes épidémies sévissent, on verra qu'il y a presque identité; et qui nous prouve d'ailleurs que la terre n'a pas recouvert une foule d'erreurs du même genre? Au surplus, est-ce au dix-neuvième siècle , époque à laquelle nous sommes loin de ces temps où l'on discutait sur la ceitilude des signes de la mort, que nous devrions avoir h rapporter des méprises de ce genre? Espérons donc qu'à l'avenir le soin de constater les décès dans quelque localité que ce soit , ne sera ])lus confié à des personnes étrangères à l'art de guérir.
Toutefois ce simple exposé suflit pour éveiller 1 attention des médecins qui sont appelés à pratiquer l'opération césarienne au moment de la mort, et de ceux qui dans la ville pratiquent des ouvertures de corps , alors qu'un laps de temps peu considérable s'est écoulé depuis le décès, ou que celui-ci n'a pas été constaté. {Fojcz le mot Mort pour les moyens à l'aide desquels on peut acquérir la certitude de son existence. ) ( A. Devergie.)
INJECTION. ( 'rhérapeutique. ) Le mot d'injection sert à désigner également l opération par laquelle on introduit dans une cavité, au moyen d'un appareil particulier , un liquide simple ou médicamenteux , et le liquide lui-même qu'on emploie pour cet objet. On injecte des liquides tant dans les cavités naturelles des membranes séreuses ou muqueuses, que dans le système veir neux , et dans les cavités accidentelles que les maladies creusent au sein des parties vivantes.
Pour porter les liquides dans les cavités, on a imaginé divers a])pareils qui tous se lapportent à ceci : que le liquide, comprimé dans un réservoir, est poussé par un canal d'un diamètre et d'une ouvertui e plus ou moins considérable dans la cavité où l'on désire qu'il pénètre. C'est d'après ce prin('ipe qu'on a construit tout ce qu'on co)inait sous les noms de seringue cl de clysoir;et les modifications nombreuses c[u'on a imaginées successivement changent peu de chose aux efï'ets réels ; bien que quelques uns semblent faciliter l'o- i péralion.
Les seringues , plus ou moins volumineuses, et pourvues de canules pro- : portionnées à la dimension des parties dans lesquelles elles doivent périélrer, sont encore les plus employées; et cet instrument est trop connu, dans sa ' forme et dans son jeu , pour qu'il soit besoin de le décrire de nouveau. Dans i ces derniers temps on en a fabriqué de fort commodes , en ce qu'elles sont' très-portatives. C'est une petite pompe aspirante et foulante , garnie d'une ; longue canule flexible. Lorsque la canule est placée convenablement , et que i le bout de la seringue plonge dans le liquide, on peut, en faisant jouer le piston, faire passer dans la cavité autant de liquide qu'on le désire.
Une vessie d'animal, ou un bout d'intestin rempli de liquide et muni d'un gros tuyau de plume ou d'un bout de pipe, telle a été sans doute la première i seringue; telle est probablement encore celle qu'on emploie partout où l'on I ne peut s'en procurer d'autre. C'est une imitation perfectionnée de cette invention grossière que la bouteille de caoutchouc garnie d'une canule d'argent, que l'on emploie pour pratiquer les injections forcées dans l'urètre. C'est encore une imitation du même modèle que le clysoir qu'on a depuw quelque temps adopté. C'est, ainsi qu'on le sait, un luyau conique en cuir, ou bien en étofle imperméable, dans lequel le liquide s'introduit , et d'où il est poussé, par la pression exercée de haut en bas , dans la cavité du rectum; car c'est pour les lavemens qu'il est principalement employé. De nipme quâ la seringue qui vient d'être décrite plus haut, il a le grand avantage de pouvoir être facilement manœuvré ; de telle sorte que , par son moyen, on peut administrer aux malades sans les déplacer les injections de tout genre dont fis j peuvent avoir besoin.
Pour l'injection dans l'urètre, dans les points lacrymaux , dans les veines, on emploie des instrumens plus délicats , à raison delà structure des parties sur lesquelles on opère. En elTet, dans ces différens cas, une injection est une véritable opération chirurgicale , et qui ne peut être confiée qu'à des mains exercées , sous peine de s'exposer à de graves accidens.
Suivant que les injections ont pour objet de débarrasser les cavités dès liquides qui peuvent s'y trouver contenus, de les dilater seulement, ou d'agii^ sur leurs parois , on emploie pour les pratiquer des liquides simples ou composés, doués de propriétés différentes. L'injection de l'air dans les intestinSa été employée comme un moyen de vaincre une constipation opiniâtre ; et li même procédé a été usité chez les anciens pour faciliter l'extraction des calcul' vésicaux. L'eau pure, soit froide et même à la glace, soit tiède ou cliaiule peut suffire à diverses indications. C'est elle qu'on doit préférer lorsqu'il s agi' de délayer les matières épaisses et d'en favoriser la sortie, comme aussi lors qu'on a besoin de distendre une cavité , ainsi qu'on le fait pour la vessie dan; la lilholritie. C'est également l'eau qu'on emploie dans les injections ciplo ratrices : ainsi le dentiste injecte de l'eau froide dans la cavité d'une dén pour savoir si le nerf est dénudé ; de même que le chirurgien s'assure de f même façon de la direction et de l'étendue d'une cavité accidentelle. D'autre fois, on veut agir sur les parois des cavités pour en provoquer l'inflamraatio adhésive : alors ce sont des liquides plus ou moins aslringens ouirrilans,f même caustiques , dont on se sert ; de même que quand on a en vue de tan des flux muqueux chroniques en modifiant les surfaces qui le fournissent, o ])orle dans les cavités des membranes muqueuses des niédicamens adoucissam narcotiques ou autres , el qui sont destinés tantôt à agir dans le sens de leui propriétés sur les parois mêmes , tantôt à y êlre absorbés afin de produire d( elfels généraux ou spéciaux. Enfin , on intioduit dans le système veineux , a moyen des injections, des substances médicamenteuses qui , transportées p; le sang, vont agir sur les organes jiour lesquels ils ont une aflinilé bien pos
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tive , et qui inéiiterail à mon avis le nom de spécifique , mieux que les faits ainsi désignés.
On conçoit , d'après ce qui précède , qu'une injection doit produire des effets différens, suivant l'espèce et l'état physiologique ou morbide de la cavité dans laquelle on la porte , suivant la substance dont elle est composée ; enfin, suivant la force plus ou moins considérable avec laquelle elle est poussée. Ainsi les injections destinées à expulser les matières étrangères renfermées dans les cavités , soit qu'elles s'y forment spontanément ou par suite d un état morbide , soit qu'elles s'y introduisent accidentellement du dehors, se font avec des liquides aqueux ou adoucisssans , quelquefois aussi pourvus de propriétés chimiques en vertu desquelles elles peuvent ramollir et dissoudi e ces matières. On leur donne généralement une température égale à celle du corps ; et on les pousse avec plus ou moins de force suivant l'état des parties. Dans celte classe se rangent les injections qu'on fait dans le rectum , et qu'on connaît sous le nom de lavemens ( voyez ce mot ) ; celles qu'on fait dans le vagin et dans la matrice elle-même après l'accouchement ; dans la vessie après l'opéi alion de la taille, et plus encore après la lithotritie; dans l'urètre quand on n'a en vue que d'entraîner la matière de récoulcraent blennoi-rhagique , enfin , dans les cavités nasales ; dans la trompe d'Eustache ; dans l'oreille ; dans les voies lacrymales , etc. On peut encore y rapporter celles qu'on fait dans les plaies profondes ou fistuleuses , dans les abcès , et dans les kystes même pour entraîner les produits de sécrétion morbide qui peuvent y séjourner et s'y corrompre.
L'impulsion plus ou moins forte que l'on donne au liquide injecté est quelquefois l'élément principal de son action, comme lorsqu'il est destiné à dilater un canal rétréci, à faire cheminer un corps étranger, ou bien enfin à distendre vivement les parois d'une cavité.
Les injections émoUientes ou narcotiques forment un secours efficace dans les inflammations des cavités tapissées par une membrane muqueuse, ou même lies plaies profondes, indépendamment de l'effet ge'néral qui peut suivre leur absorption. Celles qui sont astringentes conviennent dans les hémorrhagies et dans les flux muqueux aloniques; cas dans lesquels les liquides slimulans et irritans peuvent également réussir ; bien qu'en général on s'en serve préférablement lorsqu'on veut provoquer des inflammations adhésives, comme dans l'Iiydrocèle, dans les fistules, etc.
Le mode d administration des injections est dicté parles circonstances: lorsque la cavité dans laquelle on les introduit est disposée de telle sorte que le liquide n'y peut pas séjourner, il faut les renouveler à plusieurs reprises chaque fois et répéter l'opération plusieurs fois par jour ; de même qu'on doit employer des canules disposées de manière à diriger la matière de l'injection sur tous les points de la surface malade. Au contraii-e ou laissera séjourner les injeclions médicamenteuses, un temps plus ou moins long, lorsque la formelles parties le permettra.
Dans les cas d'empoisonnement, où les malades ne peuvent pas vomir , on a conseillé et employé avec succès des injections dans l'estomac au moyen d'une longue canule de gomme élastique introduite par les fosses nasales , et d'une seringue qui sert aussi à pomper le liquide introduit, de manière à débarrasser complètement l'organe des substances nuisibles qu'il contient.
Injections daks les veines. Les injections dans les veines constituent un moyen de médication trop spécial pour qu'il ne doive pas en être traité séparément. Probablement elles furent tentées d'abord à l'époque où l'on pensait que les causes des maladies circulaient avec le sang, et où , par conséquent , on espéra les atteindre directement, et les anéantir en introduisant les remèdes par la même voie ; car nous ne voulons pas parler ici de l'injection du sang dans les veines dont il sera traite sous le mot Transfcsion, Des expériences tentées sur les animaux d'abord, et plus tard sur l'homme , démontrèrent un fait important, savoir, que les médicamens introduits tians le système veineux produisent les eifets qui leur sont propres , aussi sûrement que quand ils sont administrés par les voies digestives. Ainsi l'on vit le narcotisme , les vomissemens et la purgation suivre l'injection de l'opium , de l'émétique et des purgatifs. Nous ne donnerons pas ici le détail de ces expériences qui ont été renouvelées un assez grand nombre de fois , et qui ont été faites sans inconvénient toutes les fois qu'on s'y est pris avec prudence et avec adresse. Néanmoins on sait aussi que cette opération est délicate à pratiquer ; que l'introduction de l'air dans les veines est dangereuse et même mortelle lorsqu'elle a lieu en certaine quantité; que l'injection des substances huileuses et mucilagineuses est également nuisible, pourvu qu'elles soient en proportion considérable, car de très-petites doses n'ont pas produit d'accidens.
Dans ces derniers temps , on a tenté l'injectiou de l'eau dans les veines , qui n'a eu aucun inconvénient chez les animaux ni chez l'homme. On a observé plusieurs phénomènes remarquables , d'abord , au moment de l'injection , des mouvemens de déglutition , à mesure que le liquide pénétrait dans les veines ; puis ensuite l'accélération de la respiration et de la circulation ; des urines plus abondantes et une transpiration pulmonaire plus active. Des quantités d'eau assez considérables ont pu être ainsi introduites successivement et peu à peu. Des hommes atteints de la rage chez lesquels acte tentée cette expérience, en ont obtenu un soulagement momentané, mais cependant ont succombé, sans même que la terminaison funeste de cette cruelle maladie ait paru retardée.
C'est l'eau tiède qu'on a ainsi introduite dans les veines. 'Voici comme on procède à cette opération, quel que soit le liquide qu'on désire injecter : après avoir ouvert une veine du bras comme pour une saignée , on introduit dans
DiCT, DE MÉDECÎKE ET DE ChIBURGIE PBATIQVES.
l'ouverture la canule d'une seringue, en ayant soin qu'il ne reste pas d'air entre le bout de cette canule et le liquide; alors on pousse très-doucement, de manière à ce que l'injection pénètre avec lenteur, et ne produise pas de trouble de la circulation. Il est probable qu'on se servira avec avantage d'un petit clysoir dans lequel la pression des doigts remplacerait avec avantage l'action du piston qui peut être parfois irrégulière. Il y a de l'avantage à choisir pour pousser l'injection une veine assez éloignée du cœur, afin que le liquide ait le temps de se mêler un peu au sang avant d y parvenir ; et que, d'un autre côté, les globules d'air qui s'introduisent inévitablement ne viennent pas s'y accumuler. Ce serait une imprudence impardonnable que de faire une injection dans la veinejugulaire , dont l'ouverture seule dans la saigni-'c a plusieurs fois été mortelle par l'introduction de l'air dans les cavités du cœur.
Les difficultés qui accompagnent l'injection dans les veines et les dangers incontestables qui s'y rattachent empêchent , sans doute , que celte méthode de médication s'étende aux cas ordinaires , comme on l'avait espéré. Bien qu'en apparence elle présente l'avantage de ménager les voies digestives, on voit par l'expérience qu'il n'en est rien, puisque l'émétique introduit de cette manière fait vomir aussi sûrement, au moins , que quand il est administré par la voie ordinaire , et qu à l'ouverture des corps on trouve les mêmes lésions anatomiques. Il ne parait pas non plus suffisamment prouvé que les substances médicamenteuses subissent de la part des organes digestifs une altération telle qu'il y aitde l'avantage à lesy soustraire, puisque nous ne les voyons pas produire d'effets différens tle ceux qu'on leur connaît lorsqu'on prend le soiu de les porter directement dans le système sanguin, au lieu de leur fiire suivie, comme à l'ordinaire, la voie de l'absorption.
Les applications thérapeutiques qu'on en a pu faire n'ont pas été généralement heureuses , si l'on en excepte un ou deux cas dans lesquels 1 injection de l'émétique dans les veines a favorisé évidemment l'expulsion tle corps étrangers arrêtés dans l'œsophage ; et le succès obtenu dans ces cas devrait faire recourir proraptement au même moyen , si des circonstances semblables venaient à se reproduire. Il en serait de même chez les aliénés qui ne veulent pas prendre de médicamens, supposé qu'ils voulussent bien se prêter à l'opération , et qu'il fût impossible d'introduire une sonde dans l'œsophage. Dan^ l'apoplexie et dans les empoisonnemens , il pourrait y avoir lieu à de nouveaux essais. Mais on sait, dès à ])résent, que c'est seulement une manière d'atlministrer les médicamens qui , une fois introiluils dans l'économie , vont à leur adresse, s'il est permis de s'exprimer ainsi , et n'agissent pas autrement qu'ils ne le font habituellement.
Nous ferons remarquer, en passant, qu'il est singulier que les injections qu'on regardait comme propres à modifier la composilion du sang n'aient été conseillées ni dans le scorbut ni dans les fièvres typhoïdes, maladies dans les- ([uelles l'altération de ce liquide est plus évidente peut-être que dans aucune autre.
On voit , en examinant les faits d une manière sévère , que les injections dans les veines constituent un moyen assez rarement applicable , et qui a été propose avec plus d'enthousiasme que de réflexion. Que de nouvelles recherches soient faites sur ce sujet , et peut-être arrivcra-t-on à des résultats plus avantageux ; mais au moins , quant h présent, rien ne présente de voie à l'expérimentation. Rien n'empêche de tenter encore l'injection de l'eau dans l'hydrophobie : maladie dont l'incurabililé , lorsqu'elle est une fois déclarée, est malheureusement constatée. On peut également l'essayer dans les maladies virulentes , s'il est vrai, comme on le pense, que la pléthore artificielle produite parce moyen soit propre à empêcher l'absorption ; nous faisons des vœux sincères pour le succès, sans néanmoins l'espérer.
Injections dans la blennorrhagie. Nous avons promis à l'article Blekhor- RHAGiE de traiter ici des injections appliquées à celte maladie, parce que leur emploi constitue un mode ])articulier de traitement qui a joui d'une certaine célébrité, et qui a été très-diversement apprécié par les auteurs et par les praticiens. Nous ne parlerons plus des injections cmoUienles , dont il a été question déjà , mais seulement des injections astringentes pratiquées dans l'intention de supprimer l'écoulement à une époque plus ou moins avancée de la maladie.
Les opinions théoriques qu'on a professées à différentes époques sur l'utilité ((u'il peut y avoir à favoriser ou à supprimer l'écoulement blennorrhagique , ne sauraient infirmer ce qui résulte de l'observation des faits, savoir: que, soit au début delà blennorrhagie , soit à une époque plus ou moins avancée de sa durée , on a pu supprimer le flu.x mucoso-purulent qui la caractérise au moyen d'injections astringentes ; et cela d'une manière rapide et complète.
Si, au commencement de la maladie, lorsque l'inflammation parait occuper exclusivement la fosse naviculaire, on injecte dans cette partie de l'urètre un liquide astringent, ou stimulant , le malade éprouve d'abord une vive douleur, et l'écoulement dimimue ou même s'arrête tout-ii-fait ; mais , si l'on ne renouvelle pas l'opération , et si on ne la continue ]ias pendant un certain temps, l'écoulement reparaît , augmente, et parcourt foutes ses périodes avec autant de violence, au moins, qu'il l'eût fait sans cela. C'est tl'ailleurs ce qui arrive presque constamment dans les phlegmasics où la médication révulsive a été timidement ou imparfaitement employée au début. Le même moyen , appliqué quand la maladie a passé à l'état chronique , amène aussi la guérison lorsqu'il est appliqué avec discernement et avec persévérance. 'Voilà ce que nous considérons comme mis hors de doute . tant d'après notre expérience personnelle que d'après celle des praticiens les plus recommandables des diverses époques .
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CepenJant malgré l'efficacité constatée de ce moyeu, nous l'employons rarement, à cause des difficultés qui accompagnent son usage. En effet, pour en obtenir tous les bous effets qu'on a droit d'en attendre, il faut que l'administration en soit dirigée par le médecin lui-même, ce qui est presque impossible ; ou bien qu'elle soit confiée à un malade intelligent et courageux , ce qui est fort rare. Dans les cas qui se sont offerts à nous , nous avons , en somme, observé , des injections , plus de mauvais résultats que de bons. Tantôt, en effet, les injections avaient été prescrites à des sujets chez lesquels on n'avait )ias eu soin de constater l'état de l'urètre, et chez lesquels il existait des indurations partielles , suite de l'inflammation du tissu cellulaire sous-muqueux , ou des cicatrices provenant de rupture. Tantôt les malades, par un désir malentendu de réussir, avaient employé des solutions caustiques trop concentrées , et avaient produit de graves désordres dans les parties ; ou bien , au contraire, paruu excès de timidité, ils ne s'étaient servis que de liquides trop faibles, ne les avaient pas laissé séjourner assez long-temps dans l'urètre, et n'avaient pas assez souvent renouvelé les injections.
Nous ne croyons pas, néanmoins , que les injections doivent être accusées de tous les méfaits qu'on leur impute , et qui ne doivent être rapportés qu'a l'abus qu'on en fait ou à leur mauvaise administration. Employées comme il convient, et à toutes les époques de la blennorrhagie , les injections sont un moyen puissant, préférable aux moyens internes, comme le baume de Copahu, la térébenthine, etc., dans les cas où les organes digestifs sont en mauvais état. Nous ne pensons pas qu'elles puissent produire les coarctations de l'urètre, si ce n'est quand on n'a pas eu soin, avant de les prescrire, de constater l'état des parties , et quand leur emploi a eu lieu d'une manière peu régulière et peu méthodique. On observe des rétrécissemens de l'urètre chez des personnes qui n'ont jumais fait d'injections ; et si cette maladie est plus fréquente en Angleterre, c'est probablement que, l'emploi des injections y étant très-répandu , l'abus de ce moyen y est aussi plus fréquent. Quant aux dangers relatifs à l'infection générale , ils n'appartiennent pas aux injections en particulier, mais k toutes les mclliodes qui ont pour résultat de supprimer l'écoulement à une époque quelconque de son existence. ((^ ojez Blemmorrhacie).
Les praticiens qui recommandent les injections varient sur les substances auxquelles on doit accorder la préféience : les uns attribuent au virus vénérien une part importante dans la production de la maladie; et, admettant la spécificité du mercure , veulent qu'on emploie les solutions de sublimé , de nitrate acide de mercure, etc., etc. D'autres, professant l'opitiion opposée, pensent que les substances astringentes végétales ou minérales sont aussi efficaces. Nous sommes de cet avis , et cous considérons le choix du liquide comme beaucoup moins important que le mode d'administration, sur lequel nous allons donner quelques détails.
Que l'on ait en vue de guérir une blennorrhagie aiguè ou chronique , le procédé ne présente pes de différence, quoique le succès soit plus facile à obtenir dans le premier cas que dans le second, et d'autant plus qu'on agit à une époque plus rapprochée de l'invasion de la maladie. On a d'ailleurs alors peu à craindre les rétrécissemens qui résultent d'indurations partielles de cicatrices , etc., attendu que ces lésions se présentent seulement dans les cas où la maladie a eu une certaine durée.
Une petite seringue garnie d'une canule courte et mousse , et pouvant contenir deux cuillerées de liquide , est l'instrument dont on a coutume de se servir pour faire les injections , et que l'on pourrait facilement remplacer par tout autre , si l'on ne pouvait se le procurer. Le malade doit être disposé de façon que le li([uide ne pénètre pas au-delà de l'urètre, et même au-delà de la partie malade , puisqu'il n'est pas utile d'agir sur les portions saines. Lorsque le malade fait lui-même l'injection, ce qui est le plus ordinaire, il faut qu'il place un tampon de linge sur le périnée , et qu'il s'appuie sur l'angle d'une table ou sur le bras d'un fauteuil. De cette manière, en efl'et , l'urètre est comprimé entre le tampon et l'arcade du pubis, et la matière injectée ne peut s'introduire dans la vessie , ce qui ne serait pas toujours sans inconvénient. Il y a peu de danger, il est vrai , à ce que l'injection porte sur tous les points de l'urètre; cependant , avant de la pratiquer il est bon de s'assurer quelle en est la partie affectée ; pour cela , on prend le pénis , et , appuyant à un pouce au-dessous de sou extrémité , on fait sortir la portion de mucus puriforme qui est contenue dans cet espace. Puis, portant le doigt un peu plus en arrière, ou répète la mémo opération jusqu'à la racine de lorgane. Parla , on constate d'une manière assez [irécise , de quel point provient la sécrétion anormale.
Ce fait bien connu , on introduit la canule dans le méat urinaiie , et l'on pousse assez de liquide pour remplir la portion du canal sur laquelle ou croit utile d'opérer. Alors on pince les lèvres du méat, et l'on maintient ainsi en contact le liquide pendant tout le temps qu'on le juge convenable. Ces détails qui peuvent paraître oiseux sont cependant très-importans ; et c'est parce qu'ils ont été négligés , qu'on a vu les injections échouer entre les mains de praticiens d'ailleurs très-habiles.
La première injection cause d'ordinaire une assez vive douleur, et le malade peut la garder à peine quelques secondes : il faut néanmoins la réitérer, et la répéter plusieurs fois dans le jour, sous peine de ne pas réussir. Car l'expérience détcontre que, quand l'irritation révulsive n'a pas été suffisamment énergique et prolongée, elle tourne au profit de l'irritation primitive qu'elle rend plus intense. Il est nécessaire que le liquide injecté soit maintenu en contact avec les parties malades pendant une minute au moins, et qu'il en soit introduit quatre ou cinq fois de suite ; de plus , il faut recommencer l'opération toutes les deux h trois heures, et la continuer assidûment jusqu'à ce que la
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guérison soit complète et assurée. Car, c'est un fait des mieux constatés , que la I blennorrhagie est de sa nature extrêmement sujette à récidiver, lorsqu''elle a j été supprimée par une médication révulsive , et cela quelle qu'ait été cette j médication. Lors donc que l'écoulement aura été supprimé parles premières ; tentatives , il n'en faudra pas moins continuer pendant huit à dix jours l'em- | ploi des injections , dont on diminuera toutefois le nombre et l'activité.
Une des causes pour lesquelles on a souvent échoué dans l'emploi des injec- i lions , c'est qu'on n'a pas fait assez attention k la gradation qu'il convient de I suivre dans l'emploi de ce moyen. Ainsi, au lieu , comme on le fait générale- j ment , de prescrire la même dose d'un bout à l'autre du traitement , nous avons observé qu'il convenait mieux, quel que fût le médicament choisi, d'en donner | d'abord une quantité peu considérable , qu'on augmente peu à peu. Supposons ' les injections vineuses, qui sont fort bonnes; nous commencerons par prescrire parties égales de vin et d'eau , puis trois quarts de vin , puis enfin du vin pur ; i auquel enfin nous ajouterons une petite quantité d'alcool. Lorsque par ce traitement nous sommes parvenus à faire disparaître l'écoulement , nous continuons les injections pendant encore sept à huit jours, en en supprimant d'abord une chaque jour, puis deux , et ainsi de suite jusqu'à ce que nous cessions complètement. Lorsqu'on emploie au début des liquides très-âcres , non-seulement on ne réussit pas , mais encore on procure de graves désordres dans les j parties. L'année dernière , l'un de nous a eu à soigner un élève en médecine qui avait fait une injection avec une solution de dix grains de nitrate d'argent dans quatre onces d'eau , et chez lequel il était survenu une inflammation violente de tout le canal et même de la vessie, qui exigea un traitement antiphlogistique très-actif. L'écoulement n'avait pas été supprimé, et fut guéri plus tard par le baume de Copahu.
Quelcfues praticiens ont été frappc.s de l'inconvénient qui résulte du séjour trop peu prolongé des substances employées pour les injections sur les tissus ' qu'elles doivent modifier : ils ont remarqué que, dans l'intervalle d'une injection à l'autre , l'inflammation se relevait, et qu'ainsi la médication était manquée. Aussi ont- ils cherché à maintenir le médicament plus long -temps en contact avec les surfaces malades. Dans le dernier siècle on avait proposé des i bougies solubles formées de fils de coton imbibés d'une solution médicamen- i teuse épaissie avec de la gomme, et qu'on faisait sécher ensuite. On introduisait ; ces bougies jusqu'à la profondeur qu'on jugeait convenable, et le mucilage , bientôt ramolli par l'humidité, permettait au médicament d'agir d'une manière permanente. Avant d'avoir connaissance de ce procédé fort ingénieux et à peine ■■ connu de nos jours , l'un de nous ( M. Ratier ) en avait imaginé un qu'il a plusieurs fois employé avec succès. C'est une mèche de gros fils de colon placée sur un long porte-mêche et introduite dans une canule d'argent; on porte le tout dans l'urètre, et lorsqu'on est parvenu à la profondeur convenable , on ) retire en arrière la canule, puis après le porte-mèche. Alors on plonge l'ex-- ^ tréinité de la mèche dans un liquide médicamenteux qui, en vertu de la capil- | larité, pénètre bientôt jusqu'à l'extrémité des fils. On peut renouveler plusieurs J fois cette iuimersioii , et rendre ainsi l'action du médicament aussi durable ' qu'on la peut désirer. jj C'est chez les femmes surtout qu'on a senti la nécessité de prolonger et de (■ rendre plus exact le contact entre les surfaces malades et les médicamens. En tj effet la disposition des parties permet à peine aux injections de laver les parties | affectées , qu'une couche plus ou moins épaisse de mucus protège souvent encore contre leur impression. Le tamponnement du vagin pratiqué avec exacti- i tude, au moyen de charpie imbibée de liquides astringens ou stimulans plus ! ou moins concentrés , a donné les résultats les plus avantageux dans les bien- :| norrhagies chroniques qui, chez les femmes, présentent une opiniâtreté parfois désespérante. j C'est ici que se placent d'une manière toute naturelle quelques explications 1 sur la manière , peu connue encore , d'employer le tamponnement chez les | femmes, comme moyen de guérir ces écoulemens d'une diu-ée désespérante, il contre lesquels on avait long- temps employé sans succès des moyens internes "o de toute espèce, et qu'on abandonnait à eux-mêmes en les attribuant à une I'. disposition générale, ou à des phlegmasies d'organes éloignés ; parce qu'on ne || s'était pas suffisamment attaché à reconnaître l'état des parties affectées. Dûs j | qu'on s'est assuré que , clans le plus grand nombre des écoulemens de ce genre, j l'état du col utérin est analogue à celui qu'on observe chez l'homme dans la 1 1 balanitc, on a été conduit à employer un traitement analogue à celui qui réussit ' j dans ce cas, savoir: l'interposition de linge ou de charpie, soit sèche, soit ;l imbibé de liquides divers , entre les parties enflammées, la cautérisation su- i( perficielle et souvent réitérée des ulcérations qui se montrent sur diverses par- i i ties du col de la matrice. 'Voici comment on procède k cette espèce de panse- I ment. Au moyen du spéculum on nettoie les parties malades des mucosités i 1 puriformes qui les recouvrent, soit en poussant avec force une injection d'eau 1 tiède, soit en eidevant avec un pinceau de charpie les mucosités les plus vis- I ) queuses qu'on est parfois obligé de coaguler en les touchant avec un peu de \ ; nitrate acide de mercure. Alors , avec un pinceau imbibé de ce même nitrate, i ou d'une solution de nitrate d'argent, ou bien encore avec un crayon de ni- i trate d'argent fondu , on touche les ulcérations, les fissures et même les situ- ' pics excoriations qui se présentent ; puis enQu avec des bourdonnets de charpie I portés k l'extrémité de longues pinces à pansement, on garnit la rainure circu- I laire qui sépare le col de l'utérus de la paroi correspondante du vagin , et on la j tamponne de manière à ne pas laisser de vide. A mesure qu'on retire le spécu- i I lum on introduit de nouveaux bourdonnets qui remplissent complètement la ' j cavité du vagin. \