‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 102 sur 234 · BISTOURI · texte numérisé non relu

BISTOURI

droite , perpendiculaire à son axe. Cet instrument, applicable surtout à la dissection des tumeurs , ne conviendrait pas s'il fallait agir profondément autour des artères , et à travers des plaies médiocrement étendues , où l'œil doit pénétrer en même temps que la lame tranchante. Nous préférons alors le bistouri droit ordinaire, que termine une extrémité mousse et arrondie, formée par le prolongement du dos , qui se contourne pour venir joindre le tranchant. Cet instrument ne trouve pas, pour pénétrer à travers les lames du tissu cellulaire, les mêaies difficultés que le bistouri boutonné ; il glisse cependant entre les parties qu'il convient de ménager, sans pouvoir les piquer, et n'agit qu'autant qu'on appuie son tranchant contre les tissus , en même temps que la gracilité de ses formes permet de le porter partout, aussi bien que de le diriger facilement à toutes les profondeurs.

Dans beaucoup de cas cependant, il importe que l'extrémité du bistouri présente un renflement mousse , assez considérable pour ne pénétrer facilement que dans des ouvertures qu'il s'agit de débrider. Ou donne alors à l'instrument le nom de bistouri boutonné. Le bouton doit être olivaire, arrondi , lisse , poli et disposé de telle sorte que sa saillie dépasse un peu celle du tranchant. On est ainsi averti , lorsqu'on le porte sous quelque bride aponévrotique, de l'instant où il a dépassé la conslrlction , et de celui où le tranchant qui lui succède commence à agir sur elle. On peut ainsi mesurer avec justesse, et limiter au degré convenable la quantité de tranchant qu'on pousse au-delà de l'obstacle, ce qui est important, toutes les fois qu'en arrière de lui existent des artères , des nerfs ou d'autres parties qu'il est indispensable de ménager.

Par opposition aux bistouris boutonnés ou mousses , et à ceux dont les lames , par leur largeur, font toujours aux parties des divisions assez étendues, on a consirait des bisloui'is aiguillés o^^ exploj^uteuj-s. Semblables pour les dispositions principales aux bistouris droits, ils en diffèrent en ce que leurs lames sont à-la-fois ti-ès-minces et très-étroites. C'est alors que la vive-arète , dont il a été question, est spécialement utile; elle augmente singulièrement la solidité de la pointe très-acérée de la lame , ainsi que la facilité avec laquelle on la fait pénétrer dans les tissus. Le bistouri aiguillé est surtout employé , soit pour pratiquer aux abcès froids ou par congestion , ces ponctions successives, à l'aide desquelles on évacue le liquide qui les remplit, sans permettre à l'air de pénétrer dans leur cavité, soit pour explorer la nature de certaines tumeurs dont le diagnostic est entouré de grandes obscurités. Dans tous les cas ils n'opèrent que des ponctions extrêmement étroites, et dont les bords se réunissent beaucoup plus facilement que celles qui résultent de l'emploi du troisquarts.

Tous les bistouris dont il a été jusqu'ici question, ont des lames généralement droites ; mais le besoin d'agir, en certains cas , le long de trajets plus ou moins sinueux ou obliques, lésa fait contourner diversement. Ces bistouris recourbés sont presque toujours en même temps boutonnés ; leurs lames sont étroites , arrondies dans une grande partie de leur étendue postérieure , de telle sorte que leur tranchant n'occupe qu'un intervalle d'un pouce environ du côté de la convexité de l'instrument. Tels sont le bistouri de Pott , corrigé par Cooper, et celui de M. Dupuytren, dont on fait usage dans les opérations de la hernie. Les effets de la différence de situation du tranchant consistent en ce que, lorsqu'il correspond à la concavité de la lame, il embrasse à-la-fois beaucoup de parties , et ne peut les diviser qu'à l'aide de mouvemens de sciage très-prononcés , tandis que le tranchant convexe ne touche au contraire aux parties tendues que par un point, et les divise par une simple pression. Dans le premier cas , les vaisseaux voisins touchés par l'instrument peuvent être facilement divisés ; dans l'autre , aucun mouvement de sciage n'ayant lieu , ils sont repoussés et fuient sans pouvoir être entamés.

Il existe encore des bistouris dits à ailes , parce que des deux côtés de leur dos s'élèvent des lames destinées à protéger les parties au-devant desqueles on les porte. Le bistouri à la lime , dont le tranchant mousse et imparfait devait , dans les hernies, ne couper que les lames aponévrotiques tendues au-devant des viscères , et ménageries vaisseaux du voisinage, est abandonné ; le bistouri cannelé, employé par J.-L. Petit, dans l'opération de la fistule lacrymale, est également tombé en désuétude. Enfin, les bistouris cachés ,Aox\X.\ç.'f\K\% répandu porte le noQT de Bienaise , et a servi de modèle au lithotome du frère Côme , ne sont que rarement employés. Nous ne devons point insister sur ces variétés de l'instrument qui nous occupe ; il en sera question aux articles consacrés aux opérations dans lesquelles on en fait spécialement usage.

La manière d'agir du bistouri est celle de tous les instrumens tranchans ; c'est-à-dire, qu'il divise les tissus en faisant passer sur eux les dentelures innombrables et fines dont son tranchant est armé. Ces dentelures accrochent et déchirent les fibres organiques après les avoir étendues autant que le permet leur force de cohésion. De là le précepte de diriger les bistouris avec légèreté , et de les promener sur les parties en sciant plus qu'en pressant. Les rebords aponévrotiques très-tendus sont seuls susceptibles d'être divisés par la simple pression, ou plutôt par la présentation du tranchant aux fibres qui les composent. Les parties molles à large surface supporteraient , sans en être entamées , une pression perpendiculaire considérable , et si elles en étaient divisées , elles le seraient beaucoup plus douloureusement et avec un degré de contusion porté plus loin que par le procédé généralement recommandé.

Le bistouri est sans contredit , de tous les instrumens de chirurgie , celui dont on se sert le plus fréquemment durant les opérations de la chirurgie. Quelques praticiens d'un grand mérite ont même établi qu'il pourrait remplacer tous les autres, à l'exception seulement de ceux qui sont destinés aux diverses cautérisations, ou à la division des parties dures. Il est donc de la plus haute importance que le chirurgien s'applique à s'en servir avec sûreté .

BLENNORRHAGIE

BLENNORRHAGIE

et se familiarise avec toutes les manœuvres que comporte son emploi. Lorsque l'habitude de tenir et de manier le bistouri est acquise, ceux dont la lame est le plus mobile deviennent solides, et ne trompent ni l'attente ni les prévisions de l'opérateur. Pour acquérir celte habitude , un des exercices les plus utiles est celui qui consiste à pratiquer toutes les dissections avec le bistouri. Beaucoup de chirurgiens remarquables ont dû en partie à cette prati([ue l'iiabilelé manuelle et Tétégance opératoire qui les distinguent.

L'acier avec lequel les bistouris sont construits doit être trempé h ce degré précis où les tranchans ont assez de résistance pour ne pas se ployer trop facilement, sans être cependant assez sec pour se briser et s'égrener contre les os ou d'autres parties dures. Sous ce rapport, l'acier de Damas , dont M. Sirhenry a fait l'application aux .instrumcns de chirurgie , présente de grands avantages, surtout pour la fabrication des bistouris destinés à la division des parties solides , telles que les cartilages , les ossifications anormales imparfaites , les parties osseuses cariées ou ramollies , et d'autres tissus morbides analogues.

( L.-J. BÉGIN

BLANC DE BALEINE. Fojez Cétine.

BLANC DE CÉRUSE. Foyez Plomb.

BLENNORRHAGIE. Blennorrhée ; de /3y.-vv«, phlegrae , morve, mucosité ; et de /-M, je coule : a proprement parler, écoulement muqueux. On l'appelle aussi gonorrhée, arsure, nrélhritc , urélhro-vaginite , chaudepisse , etc.

Nous allons traiter sous cette dénomination , aussi vicieuse que celles qui l'ont précédée ou suivie, et dont nous ne chercherons pas à prouver l'inexactitude, de l'inflammation accompagnée d'une sécrétion mucoso-purulente qui se manifeste à la membrane muqueuse génito-urinaire chez les deux sexes , et qui reconnaît ces causes très-diverses. D'autres membranes muqueuses , telles que celles de l'œil, du nez, de l'anus, du conduit auditif, peuvent, dans des circonstances particulières , devenir le siège d'une inflammation pareille.

Nous croyons étranger au plan que nous nous sommes fait de discuter, à chaque symptôme en particulier, l'histoire de la maladie vénérienne; nous renvoyons ces détails à l'article général Siphylis. C'est pour la même raison que nous considérerons ici la blennorrhagie seulement comme une afl'ection locale, et indépendamment des idées d'infection générale et d'afî'ection consécutive qui s'y rattachent, et dont il sera question ailleurs. De plus, dans cet article, comme dans tous ceux dont nous serons chargés par la suite, nous nous attacherons moins à répéter stérilement ce qui a été dit par les auteurs , qu'à soumettre ces diverses opinions à un examen sévère et approfondi ; et à les comparer avec les résultats de notre expérience journalière.

Envisagée sous ce point de vue, la blennorrhagie reconnaît trois sortes de causes immédiates ou déterminantes : des causes purement physiques; 2° des causes chimiques; .Ho une cause virulente. Les excès vénériens , entre deux intlividus dont les parties génitales sont d'ailleurs parfaitement saines , peuvent produire chez l'un des deux, ou chez tous deux à-la-fois, une blennorihagie plus ou moins intense : c'est un fait que nous avons eu l'occasion de vérifier un grand nombre de fois ; et nous avons procédé à l'examen avec assez de soin et d'attention pour qu'il nous soit permis de croire que nous n'avons pas été induits en erreur. Nous avons visité entre autres une femme qui jouit en apparence de la plus belle santé , et qui donne la blennorrhagie à tous ceux qui ont commerce avec elle. Cette femme n'a jamais eu d'afi'ection vénérienne. Une jeune fille n'ayant jamais été infectée, et dont les parties génitales, examinées par l'un de nous , furent trouvées parfaitement saines, donna tout récemment à un jeune homme une blennorrhagie des plus inflammatoires. Nous pourrions multiplier beaucoup ces exemples. La masturbation, pratiquée avec violence, peut, suivant les auteurs , amener la même affection. Nous avons eu à observer chez les petites filles un écoulement abondant , produit et enti etenu par la présence d'ascarides vermiculaires , qui, de l'anus , s'étaient introduites dans le vagin. Nous avons vu également la blennorrhagie chez des enfans du sexe féminin qui avaient l'habitude de se masturber. Elle est plus rare chez les garçons , bien que nous l'ayons observée : lïiais au lieu que les allouchemens soient la cause de la blennorrhagie, c'est au contraire une irritation développée dans les parties génitales qui excite les enfans à y porter la main ; et le soulagement , peut-être même la sensation voluptueuse qu'ils en éprouvent, fait qu'ils continuent ces manœuvres , qui , à leur tour, entretiennent l'inflammation. Cela se remarque à l'époque de la seconde dentition. Les violences exercées sur de jeunes enfans des deux sexes par des libertins , amènent presque constamment une blennorrhagie du vagin ou de l'anus , bien que les agens soient exempts île tonte affection locale ; la contusion des parties sexuelles et leur distension suffisent pour déterminer ce résultat. C'est un fait qu'il importe de signaler aux praticiens qui sont appelés à faire des rapports devant la justice en pareille circonstance. Ils ne doivent pas se hâter de déclarer que l'enfant est affecté d'un écoulement vénérien; car l'accusé venant à prouver qu'il est sain, peut s'appuyer de leur rapport pour se disculper, et alors , loin d'éclairer la question, on ne fait que la rendre plus obscure et plus compliquée. L'accusé peut répondre en effet : 'Vous prétendez que cette enfant est infectée , et qu'elle l'a été par moi , et je ne suis pas malade : donc je ne suis pas l'auteur des violences qu'on m'impute. C'est ce qui est arrivé plusieurs fois , et notamment dans une affaire récente. On accusait un indiviilu d'avoir infecté sa jeune victime, et lorsqu'il fut examiné par ordre de la cour, il fut trouve parfaitement sain. En pareille occurrence , le devoir de l'expert est de constater l'état des parties, de signaler les lésions qu'il observe, et de n'exprimer son opinion sur leur nature qu'avec beaucoup de réserve, et même de s'abstenir entièrement de prononcer dans les cas douteux.

On compte encore , parmi les causes qui peuvent déterminer la blennorrhagie,

l'équitation , lorsque la région périnéale est soumise à des compressions et à des frottemens plus ou moins douloureux ; k présence d'un calcul dans la vessie et surtout dan,s l'urèthre , les rétrécissemens de ce canal ; l'introduction d'une sonde , et plutôt encore son séjour prolongé ; enfin tout ce qui peut irriter mécaniquement l'urèthre, ou les parties avec lesquelles il est en relation directe ou sympathique. Mais ces éeoulemens ont rarement la forme très-aiguë : d'ailleurs ils sont beaucoup moins fréquens que ne le disent les auteurs ,''et cessenti facilement quand on fait disparaître la cause qui les produit et les entretient.

Les irritans chimiques suscitent également 1 inflammation de la membrane muqueuse génito-urinaire avec sécrétion augmentée. Cette cause est cependant assez rare, et l'on ne connaît guère d'autres faits de ce genre que celui rapporté par Swédiaur, qui, dans une expérience pratiquée sur lui-même, produisit une blennorrhagie très-intense, et en tout semblable à celle qui est d'origine vénérienne, par une injection d'eau aiguisée d'ammoniaque liquide. Nous venons de répéter cette expérience, et nous avons déterminé chez un malade une inflammation aiguë du canal de l'urèthre avec exhalation purlforme, en lui! faisant une injection d'eau aiguisée avec l'ammoniaque liquide. On peut ranger dans la même classe les produits de sécrétions , devenus accidentellement irri- ' tans, en vertu de conditions qu'il n'est pas toujours facile d'apprécier, mais! parmi lesquelles la décomposition de ces produits, chez les personnes qui né-' gligent les soins de propreté, et la recrudescence de l'inflammation des membranes qui les fournissent , paraissent tenir le premier rang. Il est très-fréquent de voir la blennori'hagie se montrer chez ceux qui ont eu commerce avec des femmes pendant l'écoulement menstruel , et plutôt encore avec des personnes affectées d'écoulement lochial ou de leucorrhée. i

Enfin , la cause considérée dans le monde, et même parmi beaucoup de mé- ' decins , comme la plus commune , et qui probablement l'est beaucoup moins qu'où ne le croit en général, c'est l'application de produits de sécrétion mor- ' bide provenant d'ulcères vénériens, ou de membranes muqueuses enflammées par cette même cause. On a longuement discuté la question de savoir si les matières sécrétées à la surface d'un ulcère vénérien primitif ( chancre) pouvait déterjniner une blennorrhagie , et si la matière de la blennorrhagie peut à son tour donner naissance à des chancres. De nombreux écrits ont été publiés sur celte question, qu'il est très-possible de résoudre d'une manière absolue. D'après ce que nous avons vu, nous pensons qu'en effet il y a des blennorrha^ies qui peuvent produire des chancres, et que des sujets afi'eelés de chancres peuvent ne communiquer que des blennorrhagies. Mais ce fait restera stérile pour la pratique tant qu'on n'aura pas le moyen de distinguer la blennorrhagie vé- , nérienne de celle qui ne l'est pas.

Quant aux autres causes dont parlent les auteurs , telles que la goutte , le rhumatisme, les dartres, nous n'avons pas eu l'occasion d'en constater l'action directe , et nous sommes portés à les considérer comme de simples coïncidences. Nous n'avons jamais vu de blennorrhagies survenir spontanément, et moins encore régner d'une manière épidémique ; on ne trouve d'ailleurs qu'un seul exemple de ce dernier fait, et l'autorité sur laquelle il repose ne paraît pas suflisante pour le faire admettre sans examen Ce qui est vrai se reproduit , et se présente bien rarement à un seul observateur, pour n'e plus reparaître ensuite , et il est au moins singulier que des médecins dont l'expérience est assez étendue n'aient absolument rien rencontré de semblable. Qu'un goutteux , qu'un dartreux , qu'un rhumatisant contractent une blennorrhagie, il n'y a rien que de très-naturel, et les maladies dont ils sont atteints ne sauraient les en garantir ; mais il faut autre chose que de simples assertions pour prouver qu'il existe quelque liaison entre la goutte , les dartres et l'inflammation de l'urèthre, et l'exhalation mucoso-purulente qui la manifeste. Nous ne songeons pas même à nier les cas dans lesquels on a pu voir un écoulement alterner avec les paroxysmes : de la goutte et du rhumatisme , ou l'apparition d'une dartre , quoique des faits de ce genre ne se soient pas présentés à nous. Nous avons même vu des accès de goutte, des douleurs rhumatismales se manifester, en même temps qu'une blennorrhagie sous le rapport pratique. On n'oserait plus de nos jours parler du vice goutteux, dartreux ou rhumatismal , porté sur l'urèthre, ety déterminant la blennorrhagie. Telles sont pourtant les idées qui se présentent à l'esprit en lisant la plupart des ouvrages qui traitent de cette affection. Ils semblent croire , et font partager cette opinion au lecteur, ils semblent croire , disons-nous .que la blennorrhagie peut survenir spontanément chez un goutteux, un dartreux , un rhumatisant. Or, il n'en est rien; ce qu'il y a île vrai, c'est que les sujets affectés de maladies de la peau, de goutte ou de rhumatisme, sont plus exposés que d'autres à être affrétés de blennorrhagie après le coït, même avec une personne saine ; et qu'en même temps un accès de goutte peut survenir, une exacerbation de la maladie cutanée se manifester, et, même à la rigueur, présenter des alternatives. Ce n'est donc là qu'une prédisposition inflammatoire, dont le résultat se montre dans la partie qui a été excitée, comme il se montrerait à l'estomac, au cerveau , si la cause déterminante eût agi sur ces organes , ainsi qu'on a fréquemment occasion de le constater. Cette explication , en rapport avec les faits , n'cst-elle pas plus avantageuse, et ne conduit-elle pas le médecin aune pratique plus rationnelle ?

C'est en vertu île cette même prédisposition qu'on voit les blennorrhagies se : manifester plus fréquemment dans les saisons où la température est variable, comme au printemps et à l'automne. Il résulte, en effet, de rélevés faits à , l'hôpital des Vénériens, que, dans ces deux saisons, les blennorrhagies sont incomparablement plus communes que dans l'été et dans l'hiver; et cette dilï'érence ne saurait être attribuée à une autre cause, et doit surtout être considérée comme indépendante du virus vénérien, d'autant mieux qu'on est souvent à même de constater la santé pai fuite de l'un des deux individus.

BLENNOKRHAGIE.

BLENNORRHAGIE

Oa ne sait trop à quelle classe de causes rapporter l'abus de la bière, qui, dit-on , détermine souvent un écoulement muqueux par l'urèthre, écoulement qui , au rapport des praticiens qui l'ont observé , se guérit promptement en faisant boire aux malades un peu de vin ou d'eau-de-vie. Celte espèce de blennorrliagie, qui d'ailleurs serait la plus bénigne de toutes, ne s'observe ]3oint dans notre pays , et peut-être même serait-il bon de rechercher jusqu'à quel

j point elle a été bien observée, et de savoir si toute espèce de bière la produit également; si elle naît d'un usage habituel ou d'un excès passager; enfin , jusqu'à quel point elle est indépendante des autres causes connues , et surtout du coït. L'un de nous, dans une résidence de plusieurs mois en Allemagne et en Belgique, n'a pas eu l'occasion d'observer cette espèce de blennorrhagie , quoique l'usage de la bière fût porté jusqu'à l'abus parmi les habitans et les militai-

I res français qui , cependant, auraient dû être d'autant plus sensibles à l'action de cette cause qu'ils y étaient moins accoutumes. Placés dans des conditions

I analogues, nos collègues Bègin et Koche n'ont rien observé de semblable. Si l'on peut donner une explication rationnelle de ce fait, c'est en l'attribuant à l'abondance extraordinaire d'urine que provoque la bière, et dont l'émission , beaucoup plus fréquente que ne le veut la nature, et les qualités excitantes, peuvent amener l'irritation de l'urèthre et une exhalation muqueuse plus abondante de sa membrane. Si l'usage du vin ou de l'eau-de-vie mettent fin à celte incommodité, c'est probablement parce qu'en même temps on supprime l'usage immodéré de la bière. La même explication peut s'appliquer à l'usage excessif du thé, de la tércbenihine , des asperges et des diurétiques , s'il est vrai, comme

[le disent les auteurs, qu'il ait provoqué quelquefois la blennorrhagie. Quant

! aux cautharides, elles agissent sur la vessie et principalement sur Je col de cet organe , mais point du tout sur l'urèthre, quoi qu'on en ait pu dire. Au résumé , les causes dont nous venons de parler peuvent agir soit comme prédisposantes , soit comme efficientes, suivant la durée ou l'intensité de leur action ; et, dans ce dernier cas , leur action est analogue à celle des causes chimiques.

Quelle que soit la cause à laquelle se rapporte la blennorrhagie, ses symptômes sont les mêmes , et , jusqu'à présent au moins , ne présentent aucun caractère spécial propre à en faire roconnaitrc l'origine. Voici comment les choses se passent le plus ordinairement : chez l'homme, à une époque plus ou moins éloignée de celle où ont agi les causes déterminantes, le malade éprouve, vers l'extrémité de l'urèthre, une sensation de chaleur et de démangeaison qui, d'abord peu considérable, va croissant et devient incommode, surtout pendant l'émission des urines et en raison de celles-ci. Alors commence à s'opérer un suintement muqueux et transparent qui colle les deux lèvres du méat uriiiairc , et marque le linge de taches à peu près semblables à celles que produit le mucus nasal au début du coryza. Quelquefois c'est un pareil suintement qui constitue le premier phénomène de l'alfection, et qui avertit les malades de son existence. Tel est le tableau (idèle de l'invasion de la blennori hagie ; nous pensons qu'il sera reconnu de tous ceux qui ont eu occasion de l'observer avec soin sur un grand nombre -de malades. Quant aux autres phénomènes signalés par différens auteurs, tels que l'accroissement des désirs vénériens, les érections , l'embarras dans les aines , le cordon sprrmatique , les testicules , le sentiment de plénitude , de pesanteur et de cônstriction dans toute la partie inférieure de )a verge , etc. , ils sont étrangers au moins à cette période de la maladie , et ne se manifestent que quand elle est portée à un degré plus élevé de dcvcloj-pcment et d'intensité. Quelques malades accusent au début un sentiment de malaise et de frison.

A mesure que la maladie avance, la douleur s'accroit et se prolonge vers le col de la vessie qu'elle envahit quelquefois; il se manifeste un engorgement inflammatoire des parois du canal de l'urèthre, qui dans l'érection qu'une continence forcée , jointe à une irritation locale , rend encore plus fréquente , forme une corde tendue et douloureuse sous la verge ; c'est ce qui , dans le vulgaire , porte le nom de chaudcpisse cordée. Alors la matière de l'écoulcmcnl devient plus abondante ; elle est plus consistante, d'un blanc jaunâtre ou vcrdàtre ; elle prend , quand l'inflammation est très-aiguë, une âcreté telle qu'elle irrite , enflamme et même excorie le méat urinaire, le gland et le prépuce , quelquefois même le scrotum et la peau des cuisses, lorsqu'on n'a pas le soin il'erapécher qu'elle ne soit trop long-temps en contact avec ces parties. C'est quand la blennorrhagie est très-inflammatoire, qu'elle peut s'accompagner de réaction générale plus ou moins vive, comme aussi d'accidens locaux dans des parties voisines; par exemple, d'engorgement sympathique des ganglions, des aines , de l'un ou de l'autre testicule, et même des deux à-la- fois; de l'inflammation de la prostate et du col de la vessie et des glandes de Cowper; de phlegmons du tissu cellulaire sous-urélhral ; de gonflement du tissu du gland, du prépuce et de la peau du pénis; de phymosis , etc.

Mais ces accidens , sur lesquels nous reviendrons bientôt, ne sont pas absolument essentiels à la maladie et ne s'observent guère chez les malades soumis à un traitement méthodique, et même chez ceux qui se bornent à éviter ce qui pourrait aggraver leur mal. 11 en est de même des complications plus ou moins graves qu'on a quelquefois à combattre. JPlus ordinairement après que la maladie a suivi , pendant quelques jours , une gradation ascendante, elle diminue également par degrés. La douleur disparait peu à peu, et ne se fait plus sentir que dans l'érection ^ou pendant l'émission des urines; puis finit par se dissiper tout à fait. La matière de l'écoulement prend plus de consistance et line couleur d'un blanc jaunâtre ; sa quantité devient de moins en moins considérable, et se borne à quelques gouttes qui se dessèchent à l'entrée du canal ou sur le linge qui les reçoit, et dont elles se détachent par le frottement sous forme de poussière. Enfin tout phénomène morbide ayant cessé , les parties reprennent leur étal primitif et l'exercice de leurs fonctions.

DlGT. DK Ml£DECIlfE ET DE CaiRCnClE PRATIQUES.

Chez la femme, la maladie présente quelques différences qu'il est important de noter, et qui tiennent à la structure des parties. L'écoulement par lequel le linge est taché, de la chaleur dans toute l'étendue des parties génitales et une douleur plus ou moins vive pendant l'émission des urines, sont à peu près les seuls svmptômes qu'on ait à observer. Chez elles, les accidens de la blennorrhagie sont rares et peu nombreux; et quand elle esl exempte de complications , c'est presque toujours une affection peu grave , et qui n'empêche pas les malades de vaquer à leurs occupations. L'écoulement menstruel n'en est presque jamais dérangé dans son cours, et d'ailleurs exerce lui-même peu d'influence sur la durée de la maladie ; seulement ou observe que la congestion sanguine qui le précède , produit une exacerbalion plus ou moins considérable à laquelle l'apparition ties règles met fin pour l'ordinaire.

Telle est la description générale de la blennorrhagie chez les deux sexes. Examinons maintenant les particularités que pi'ésente cette maladie, et dont la connaissance importe plus au médecin que de vagues indications renfermées dans un cadre nosologique d'une apparente régularité, car il n'est pas commun que les maladies se montrent avec cette simplicité : les réactions des organes affectés , les accidens produits par diverses causes, les coïncidences, les complications les modifient plus ou moins, et imposent au praticien l'obligation de changer les moyens de traitement, et de les proportionner aux besoins nouveaux qui surgissent dans leur cours.

L'époque de l'invasion dans la blennorrhagie présente des variétés fort remarquables , et qui pourraient servir jusqu'à un certain point à éclairer le diagnostic et le pronostic , et à fournir des données utiles pour le traitement. Dans l'immense majorité des cas, c'est du troisième au septième jour , à compter du coït , que se développent les premiers symptômes de la blennorrhagie. Quelquefois c'est au bout de quelques heures , mais c'est quand le coït a' été trèsréitéré ou accompagné de hoissemeiil des parties ou d'application de substances acres (produits de sécrétion altérés). On voit aussi s'écouler entre le coït et l'invasion de la maladie, douze, quinze, trente, et jusqu'à quarante jours. Il y a dans ce moment-ci, à l'hôpital des Vénériens, un homme chez lequel la blennorriiagie ne s'est développée que cinq mois après le coït. Ce malade, àgc de cinquante - huit ans, d'une bonne constitution, jouissant habituellement d'une bonne santé , et n'ayant jamais eu d'affection vénérienne, vit un jour une femme avec laquelle quatre autres individus , qui ne furent point affectés , eurent également commerce. Ce ne fut que cinq mois plus tard que se montra une blennorihagie. Elle dura quinze jours, après lesquels l'écoulement cessa et fut remplacé par des plaques muqueuses à l'anus et au front, affection pour laquelle il est venu réclamer nos soins. Quelle est la cause de ces phénomènes morbides? L'individu n'avait pas eu de rapport avec une femme, si ce n'est plus de huit ans avant le coit auquel on rapporte la maladie , il n'en a pas eu depuis. Y aurait -il eu développement spontané? c'est ce qu'on ne saurait décider. Nous sommes disposés, sans pourtant pouvoir encore rien affirmer à cet égard, à considérer comme virulentes les blennorrhagies qui viennent après une incubation prolongée : et la raison de cette manière de voir, c'est que les causes physiques ou chimiques ne laissent point d'intervalle entre leur application et l'effet qu'elles produisent, et qui est proportionné à l'intensité et à la durée de leur action; tandis que c est le propre des virus de ne produire les lésions qui leur appartiennent qu'après une période plus ou moins prolongée, qu'on nomme période d'incubation , et de présenter des résultats hors de toute proportion avec l'exiguilé de la cause. ( yojez Contagion , Virus. ) Ces considérations , d'ailleurs, ne sont placées ici que pour signaler au.x praticiens un point vers lequel il est bon de diriger quelques recherches , et dont nous nous occupons en ce moment. On conçoit qu'il est impossible de donner ici aucun précepte absolu , de dire , par exemple , qu'une blennorrhagie n'est pas vénérienne parce qu'elle s'est manifestée en vingt-quatre heures , puisqu'il peut y avoir eu tout à-la-fois froissement et contusion des parties,. et inoculation virulente. Mais il n'est pas besoin de dire qu'aucun signe dans les maladies n'a de valeur que par son rapprochement et sa comparaison avec les autres.

La douleur qui se présente dans la blennorrhagie n'a pas toujours le même degré d'intensité : en général elle est vive ilans les premiers temps de la maladie ; peu à peu elle diminue, soit spontanément, soit par l'effet du traitement mis ' en usage ; mais toujours elle est exaspérée ou rappelée , d'une manière plus ou moins sensible, par léaiission de l'urine, l'érection, l'usage des excitans externes ou internes. Chez la femme, la douleur est infiniment moins considérable que chez l'homme ; enfin on observe chez les deux sexes des cas où elle est presque nulle du commencement à la fin, bien que l'écoulement soil trèsconsidérable. Le siège qu'elle occupe le plus habituellement est la fosse naviculaire. C'est par là qu'elle commence et qu'elle finit. Lorsque l'inflammation s'accroît, la douleur se propage le long du canal , et jusqu'au col de la vessie, ainsi que nous en parlerons plus tard. Chez les femmes , c'est à l'entrée du vagin et de l'urèthre que se fait sentir une chaleur brûlante, qui peut également, quoique cela soit rare , envahir le vagin , l'urèthre tout entier, et s'étendre jusqu'à la vessie et la matrice.

La douleur a quelquefois été le seul, ou plutôt le principal symptôme de l'inflammation uréthrale , à laquelle le nom de blennorrhagie conviendrait, dans ce cas , plus mal encore que dans aucun autre : c'est ce que jadis on appelait gonorrhée ou chaudepisse sèche. Plus souvent on observe ce phénomène à la suite d'une phlegmasie avec sécrétion morbide , après que celle-ci a disj)ui u plus ou moins brusquement. La douleur alors reste seule; elle est vive et incommode; elle augmente sous l'influence de toute stimulation interne ou externe; et cependant l'examen des parties malades ne fournit aucun éclaircissement : le canal, exploré de toutes les menières, ne présente ni rétrécisseuurnl

BLENNORRHAGIE

ni aucune aUération appréciable. Mais l'émission de l'urine , l'érection surtout ne sauraient avoir lieu sans des souflTraoces , que les malades disent être égales à celles qu'on éprouve dans la première période d'une blennori iiagie très-aiguë. Cette affection n'est pas très-commune, elle est ordinairement de longue durée , et parait agir sur le moral des malades d'une manière assez fâcheuse pour qu'ils ne reculent devant aucun sacrifice ni aucune douleur pour en être ticbarrassés.

Au moment où nous nous occupions de cet article , un exemple de cette affection assez rare s'est présenté à nous, et nous allons en donnerl'histoire abrégée. Un lioQime de trente-six ans, d'une bonne constitution, et n'ayant -jamais eu d'autre affection des parties génitales , eut, il y a un an , une blennoi-rhagie qui s'est manifestée quinze jours après le coït, et qui, après avoir duré seulement six jours, s'arrêta spontanément. Depuis cette époque il conserva dans le canal des douleurs extrêmement aiguës sans aucun écoulement. Elles disparaissent quand le malade fait diète et garde le repos , et reviennent plus violentes lorsqu'il reprend ses travaux, qui sont fatigans, et son régime qui n'a cependant rien d'irrégulier; elles augmentent surtout pendant l'émission des urines et pendant l'érection. Ce malade jouit d'une santé généralement excellente; il a eu commerce , il y a six mois , avec une femme à laquelle il n'a point communiqué d'affection locale. La verge, examinée avec soin ,ne présente aucune altération appréciable, si ce n'est de temps en temps quelques petites pustules psydraciées qui viennent sur la peau , et qui se dissipent avec de simples lotions d'eau de guimauve. Le canal admet sans difficulté une sonde de gomme élastique du numéro dix; le jet de l'urine est assez volumineux. Ce malade a essaye vainement les onctions avec la pommade d'hydriotlute de potasse, sur la partie inférieure de la verge , et les narcotiques à l'intérieur. C'est dans des cas pareils que divers praticiens ont conseillé de donner aux malades une blennorrhagie aiguë en introduisant dans l'urèthre une sonde enduite de pus blennorrhagique. Mais , comme le fait observer judicieusement feu Cullerier, c'est plutôt à la présence de la sonde qu'il faut attribuer les effets obtenus qu'à une inoculation dont le résultat est presque toujours contestable; et d'ailleurs, on peut espérer le même avantage d'une injection irritante , d'une cautérisation superficielle, et de tout autre moyen qui change'la manière d'être de la membrane muqueuse génito-urinaire.

Nous devons dire cependant que nous sommes parvenus àdévelopper la blennorrhagie chez un homme, en introduisant à deux pouces dans l'urèthre une bougie enduite de pus blennorrhagique pris chez un autrcsujet, dontla aialadie était récente et n'avait pas encore été traitée. Cette application fut répétée deux jours de suite , et la bougie demeura en place , chaque fois , pendant trois quarts d'heure. Ou doit remarquer que le contact aussi peu prolongé d'une bougie simple n'aurait pu produire un semblable résultat.

La matière qui s'écoule de l'urèthre et du vagin , dans la blennori hagie , présente les caractères qui appartiennent aux produits sécrétés par les membranes muqueuses enQammées. Au début, l'écoulement est peu abondant, limpide et transp.Trent ; mais, bientôt il perd ces caractères pour prendre ceux d'un véritable pus, dont la couleur et la consistance offrent des variétés nombreuses, qui peuvent se présenter, successivement et alternativement, chez le même malade, à raison des diverses phases de diminution ou d'accroissement que parcourt la maladie. Blanc , jaune , vert , plus ou moins foncé , quelquefois mêlé de stries sanguinolentes, ou de sang plus intimement combiné et qui lui donnent un aspect rougeàtre, l'écoulement blennorrhagique est tantôt liquide, tantôt épais et comme crémeux. On voit quelquefois du sang pur s'écouler parle canal ; mais ce n'est qu'un accident passager. Le mucus puriforme sécrété dans la blennorrhagie a une odeur fade, sui gencris et qui devient fétide quand il reste accumulé, et qu'il subit un commencement de décomposition. Il est, en général , d'autjnt plus abondant que l'inflammation est plus aiguë; au contraire, lorsqu'elle va se terminer, il se borne à quelques gouttes qui se dessèchent à l'entrée de l'urèthre. Chez les femmes l'écoulement, toutes choses égales d'ailleurs, est plus con.sidérable , à cause delà plus grande étendue de la surface qui le fournit. On voit ce pus dans quelque cas devenir tellement irritant qu'il enflamme les parties avec lesquelles il se trouve en contact, et provoque à la peau une inflammation érythémateuse accompagnée de chaleur et de cuisson, et, sur les membranes muqueuses une inflammation avec exhalation mucoso-purulente. Dans d'autres circonstances , ce liquide parait inerte , et l'on ne saurait juger à la simple vue s'il est ou non pourvu de propriétés irritantes : on le voit tour à tour, chez le même sujet, présenter ces deux états différens. La seule condition appréciable , c'est l'intensité de l'inflammation, niais elle ne parait pas être la seule. On ne sait pas encore h quelle époque un écoulement contagieux cesse de l'être , quoiqu'on sache bien qu'à l'état chronique la contagion est moins compjune. On observe cependant que dans les recrudescences inflammatoires le produit de sécrétion reprend des qualités irritantes. Nous devons confesser notre insufl^isance pour ce point important de pathogénie, et renvoyer aux articles Virus , Humeurs {altérations des ).

L'excrétion des urines n'est pas constamment troublée et dilHcile ; dans la blennorrhagie peu inflammatoire primitivement, et dans celle que le temps et les moyens curatifs ont mitigée , elle se fait comme dans l'état naturel, ou avec une légère cuisson, lorsque les dernières gouttes d'urine sont expulsées. Au contraire, quand l'inflammation est Irès-aiguë, les parois du canal devenues plus épaisses et plus sensibles , en diminuent le calibre ; et alors le malade rend, avec de vives douleurs, un jet d'urine fin, bifurqué ou tournoyant, etc. Le col de la vessie et la prostate sont envahis par l'inflammation croissante ; il peut y avoir rétention complète d'urine, et toutes les conséquences de cette grave maladie.

Quant aux érections, elles sont, comme nous l'avons déjà dit, fréquentes

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et douloureuses , en raison de l'intensité de la phlegraasie urélhrale , et de la continence à laquelle sont astreints les malades. Mais nous n'avons pas observé J ri chez l'un ni chez l'autre sexes, que l'appétit vénérien fût exalté; loin de l'a les malades ont une grande crainte des douleurs que réveille l'excitation des organes génitaux , et s'abstiennent de tout ce qui pourrait la produire. On eal voit cependant qui , par suite d'un ignoble et stupide préjugé, croient se guérifj de la blennorrhagie parle coït; mais ce n'est pas le résultat des désirs exaltés,! c'est celui d'un faux calcul. D'ailleurs tous les malades que nous avons interro-i gés , en pareils cas, disent que le coït est fort douloureux, et que, pendant l'é-i jaculation, il semble qu'un liquide corrosif traversele canal. La même sensationi est accusée par eux dans le cas de pollution. Dans la blennorrhagie chronique,! le coït n'a d'autre effet que d'aviver quelquefois un peu l'inflammation.

C'est l'exhalation de la membrane muqueuse génito-urinaire et des cryptes] dont elle est parsemée qui est la source de l'écoulement dans la blennorrhagici] Chez l'homme, la membrane qui tapisse l'urèthre ; chez la femme , l'urèthre,! le vagin, et même la face interne de l'utérus , ainsi que l'a constaté feu CuUeH rier, sont le siège de cette sécrétion morbide , qui s'effectue très-bien sans quel la membrane muqueuse offre aucune solution de continuité, ainsi que le croyaient] les médecins des derniers siècles. .< Si l'on examine les parties malades , on voit chez l'homme une tuméfaction! plus ou moins considérable des lèvres du méat urinaire , (fui souvent sont ren-j versées en dehors, et permettent, lorsqu'on les écarte doucement, à l'aide' d'une petite pince faite exprès , d'apercevoir la fosse naviculaire plus ou moins] rouge et enflammée. Le gland est c|uelqnefois le siège d'un gonflement assez! prononcé , qui , en raison de l'étroitesse naturelle du prépuce , peut amener u^ phyniosis. En efl'et , ce repli cutané , par le contact du pus , par le frottement jl et par les excitations diverses tant internes qu'externes , s'enflamme aussi, sat% tout à son orifice, ce qui ajoute aux souffrances des malades. En palpant le canal^ de l'urèthre, on le sent le plus souvent gonflé et présentant , dans difïërens point^ de sa longueur, de petites duretés sensibles à la pression , et qui dépendent de^ l'engorgement des cryptes de l'urèthre. Pendant l'exploration , il est facile dffl faire sortir par le méat urinaire la matière de l'écoulement.

Chez la femme , en écartant les grandes et les petites lèvres, on aperçoit cef parties plus ou moins rouges , gonflées et douloureuses , le méat urinaire égale*j ment enflammé , ainsi que le repli membraneux qui enveloppe le clitoris ; l'in-' flammation s'étend plus ou moins haut dans ie vagin , et jusqu'au col de l'utérusi lui-même , qu'on trouve par le toucher chaud et sensible. Quelquefois la presr sion exercée sur le canal de l'urèthre de bas en haut en exprime du pus , qu'oui voit d'ailleurs être fourni par toutes les parties voisines. On reconnaît aussi l'erreur de ceux qui prétendent que la blennorrhagie chez la femme n'a soijt siège que dans le vagin. Cependant on doit convenir que le plus souvent il en est ainsi, et que le pus qui semble venir de l'urèthre n'a été que déposé à sai surface; mais aussi nous avons vu un cas dans lequel l'urèthre seul fournissait le pus , le vagin étant dans la plus parfaite intégrité. C'est quand la maladie est: aiguë et récente qu'on observe l'état de choses qui vient d être décrit ; quand| elle est chronique ou peu intense dès le début , ce qui est assez commun , l'inJ flammation est fort peu marquée , et , sauf l'écoulement plus ou moins abondant qui l'abreuve , la membrane muqueuse présente peu d'altération.

Il est excessivement rare qu'on ait l'occasion d'ouvrir des sujets morts dans le cours de la blennorrhagie; car cette affection, par elle-même , ne saurail^ amener une terminaison funeste. Personnellement nous n'avons pu qu'une foif examiner le canal d'un malade atteint d'une uréllirite aiguë , dans le cours d'une pratique qui date déjà de plus de vingt ans, et dans un établissement spécial^ ce qui , pour le dire en passant, nous fait regarder avec un certain étonnemeiiÉ ceux qui ont eu de si fréquentes occasions de faire des recherches cadavériquejj sur l'ui clhre, dans le cas de blennorrhagie. Quoi qu'il eu soit , chez le sujet que nous avons examiné, et qui mourut par suite d'un accident pendant une blennorrhagie, nous avons constaté l'existence tl'une vive rougeur avec injection vasculairc dans la fosse naviculaire ; de là partaient des lignes rouges qui se prolongeaient dans la portion moyenne du canal, et allaient rejoindre des prolongemens analogues partant d'une autre plaque rouge qui en occupait la por-* tion membraneuse. D'ailleurs la membrane muqueuse paraissait avoir conservé sa consistance et son épaisseur culinaires; elle présentait à sa surface du mucus( puriforme, mais pas de solution de continuité. L'absence des ulcérations , dana( ce cas, et celle qu'on est à même de constater très facilement chez les femmes^ pendant la vie, fait voir que , si des solutions de continuité peuvent se rencon-' trer dans le canal dé l'urèthre , elles ne sont pas la cause de l'écoulement , puisqu'il peut avoir lieu et qu'il existe effectivement, dans le plus grand nombre des cas , sans qu'on en découvre aucune. Bien plus , il arrive souvent que l'oOi constate l'existence d'ulcères sur les bords de l'orifice de l'urèthre et jusquej dans la fosse naviculaire sans qu'il y ait d'écoulement, par le canal. ';

Il n'est pas de notre objet de décrire les lésions qu'on observe dans le canal lorsqu'à la suite de blennorrhagies réitérées , il devient le siège de rétrécissemens: ces détails se trouveront au mot Rétrécissement. Disons cependant qna l'inflammation, surtout lorsqu'elle est chronique, amène des hypertrophie* partielles de la membrane muqueuse et du tissu cellulaire sous-muqueux dit canal de l'urèthre, d'où résultent des coarctations , dont le siège le plus orJ dinaire est vers la première courbure de ce conduit excréteur.

La marche de la maladie , quand elle est simple et exempte d'accidens et dej complications, est tantôt rapide et tantôt lente. Dans le premier cas , après avoir présenté pendant les huit ou dix premiers jours une forme assez aiguë c'est-à-dire une douleur permanente , un écoulement abondant, la maladie sfe mitigé peu à peu , et finit par ne constituer qu'une incommodité assez suppor-;'

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};ible : au bout de vingt-cinq à trente jours , très-rarement plus tôt, elle se termine par une résolution graduelle. Dans la seconde variété, la période aiguë manque tout à fait , et pendant toute sa durée , la maladie se borne à un écoulement plus ou moins abondant avec peu ou point de douleur. C'est cette forme de la maladie qu'on a , sans aucune raison , considérée à part, et appelée du nom de blennorrhée. Rien n'est plus vicieux que cette division, qui tend à séparer des objets que l'observation et le raisonnement rapprochent sans cesse. En eflFet, Ja blcnnorrhagie aiguë passe fréquemment à l'élat chronique , et la blennorrhée prend souvent une forme inflammatoire. Généralement la durée de la blcnnorrhagie chronique est très-longue, et on voit des malades qui en sont affectés deptiis plusieurs mois, et même plusieurs années. Cependant il est rare qu'on trouve des écoulemens aussi prolonges chez l'homme sans qu'il existe quelque lésion du canal de l'urèthre ou de la prostate; alors ce n'est plus une blcnnorrhagie proprement dite. Chez la femme , au contraire, la blcnnorrhagie est p'us souvent lente dans sa marche, et disposée à revêtir la forme chronique. Aussi est-il difficile , pour ne pas dire impossible , de la distinguer de la leucorrhée , dont un très-grand nombre de femmes sont presque habituellement affectées. Cependant on l'observe aussi chez elles à l'état aigu. Ceux qui voient beaucoup de malades atteints de blcnnorrhagie savent que, plus l'inflammation delà membrane muqueuse génito-urinaire a été renouvelée, plus elle est opiniâtre et difficile à guérir- On voit fréquemment aussi la blcnnorrhagie cesser pour un certain temps , puis reparaître ensuite , soit à l'occasion d'une excitation quelconque , soit quelquefois sans cause appréciable. Le vulgaire appelle chaudepisses à répélilion celles qui présentent à plusieurs reprises ces alternatives de disparition et de retour. Mais il faut bien savoir que les malades se trompent souvent, et attribuent au retour d'une maladie antécédente ce qui est le résultat d'une infection nouvelle. Quelquefois aussi la blcnnorrhagie persiste , sous la forme d'un suintement habituel , et dans ce cas la moindre cause suffit pour la ramener à l'état aigu.

Quoique la terminaison de la blcnnorrhagie ne soit jamais funeste directement , cette maladie n'est pas innocente dans ses conséquences ; elle peut amener h sa suite des affections plus ou moins graves des systèmes rauqueux et osseux, quel qu'ait été d'ailleurs le traitement employé. Il serj question avec détail de ces phénomènes successifs , de leur origine et de leur traitement à l'article Syphilis. Cependant, si nous nous en rapportons à nos observations , nous sommes portes h croire que les faits d'affection constitutionnelle après la blennorrhagie seule , sont beaucoup plus rares qu'on ne le croitcommunément. En effet, il arrive souvent que les malades plus frappés de la blennorrhagie que d'ulcérations qui ont coexisté, ne parlent que d'elle dans leur narration, et qu'on parvient, en les interrogeant avec soin, à découvrir des détails qu'ils n'avaient pas d'abord révélés. Il peut même se trouver des circonstances où des ulcérations existent sans que les malades en aient connaissance. Par exemple, quand élles occupent la couronne du gland chez les sujets affectés de phyraosis naturel ou accidentel, ou bien encore lorsqu'elles siègent dans la fosse naviculaire. Mais les blennorrhagies simples , celles qui proviennent de causes irritantes ordinaires , se boi-nent à l'affection locale , et quand celle-ci a cédé , tout «st fini. Cependant les unes et les autres , quand elles ont été multipliées et prolongées, laissent après elles des engorgemens partiels des parois du canal de l'urèthre, qui amènent peu à peu des rélrécissemens.

Mais la distinction de ces deux espèces, dont l'une est purement locale , et dont l'autre peut amener plus tard des altérations graves , est excessivement difficile; et Ion jetterait une grande lumière sur l'histoire des maladies vénériennes, si l'on parvenait h l'établir avec certitude : c'est dire que , dans l'état actuel de nos connaissances , le diagnostic de la blennorrhagie est encore trèsimparfait. Nous voulons parler seulement de ce qui est relatif à sa nature bénigne ou virulente ; car, sous tout autre rapport , il est assez facile , avec un peu d'attention , de distinguer la blennorrhagie d'avec d'autres affections ; mais ici l'embarras est extrême. En effet , si l'invasion , après une incubation plus ou moins prolongée , peut faire soupçonner la nature vénérienne de la maladie , combien do fois ne peut-elle pas avoir la même origine, et se manifester immédiatement, à raison des circonstances concomitantes ! Par exemple, quand le co'it avec un individu infecté , a eu lieu avec excès , disproportion des parties, à la suite d'une orgie, etc. , et qu'il y a eu tout à-la-fois irritation physique et inoculation virulente. La forme aiguë ou lente de la phlcgmasie ne prouve rien absolument , car on a vu des symptômes vénériens succéder dans l'un et l'autre cas. Cependant nous avons observé que ces symptômes sont plus communs après les blennorrhagies chroniques. Les accidens, tels que l'engoriiement du testicule , appelé fort improprement testicule vénérien , l'ophthalmic, l'arthrite, ne sont pas du tout propres à mettre le praticien sur la voie , comme on l'a dit. Enfin , la couleur, l'odeur et la consistance de l'écoulement n'en apprennent pas davantage. Nous avons observe que les hommes qui avaient contracté une blennorrhagie en voyant une femme pendant l'écoulement menstruel présentaient un écoulement rougeâtre. Ce phénomène, dont nous ne cherchons pas à assigneiyla cause , nous révèle souvent l'origine de la blennorrhagie ; mais nous ne songeons jamais à le proposer comme moyen de savoir si elle estou non virulente. Il y a plus : l'examen même de la personne avec laquelle la maladie a été contractée, ne peut pas toujours mettre le médecin en état de porter un jugement certain et définitif, qui le dirige dans le choix et l'exécution du traitement. Il est souvent arrivé , en effet , que la personne accusée s'est trouvée saine , et l'on était disposé à considérer la blennorrhagie comme simple , lorsque des accidens vénériens sont venus en dévoiler la véritable nature. La complication avec d'autres symptômes vénériens suffit, il est vrai , pour décider que le malade est affecté de syphilis, mais ne saurait prouver absolument que la

blennorrhagie soit vénérienne ; car un homme , par exemple , peut avoir commerce avec deux femmes à peu de jours d'intervalle , et contracter avec l'une une blennorrhagie, tandis que l'autre Uii donnera des chancres , et ces deux affections d'origine et peut-être de nature différentes , pourraient se développer simultanément. Nous n'aurions pas autant insisté sur ce point, si des auteurs d'ailleurs recomraandables n'avaient indiqué , comme des moyens diagnostiques certains , les phénomènes divers que nous venons de mentionner. Pour nous , qu'une expérience journalière a mis à même d'en constater l'insuffisance, nous devons signaler aux praticiens cette lacune que l'observation remplira sans doute tôt ou tard, persuadés que les fausses connaissances, et la sécurité qu'elles inspirent, sont plus fâcheuses qu'une incertitude qui du moins excite à faire des recherches.

Dans les écoulemens qui ont lieu par les parties génitales, il peut y avoir quelques erreurs de diagnostic qui doivent être évitées. Nous avons déjà signalé au mot Balanite le moyen de distinguer la blennorrhagie urélhrale de la balanite. On peut confondre aussi avec l'affection qui nous occupe l'écoulement de pus qui provient de la suppuration de la prostate, ou duç.rétrécissement de quelque partie du canal. L'examen des parties et l'introduction d'une sonde exploratrice suffisent pour faire reconnaître l'état des choses. Enfin, et c'est une méprise peu importante et qui ne saurait être commise par un médecin tant soit peu éclairé, on a vu prendre pour une blcnnorrhagie chronique l'écoulement de quelques gouttes de sperme qui a lieu pendant la défécation chez beaucoup d'hommes, lorsque, pendant les efforts, des matières fécales dures et volumineuses compl iment les vésicules séminales.

Chez la femme, il est presque impossible de distinguer la blennorrhagie chronique d'avec la leucorrhée ; ni la couleur de l'écoulement, ni sa quantité, ni sa consistance ne sauraient fournir de lumières à cet égard. Mais avec un peu d'attention, et en mettant en usage les divers moyens connus pour l'exploration des parties génitales , on peut distinguer de la blennorrhagie l'écoulement qui dépend d'une maladie de l'utérus ; quand même la nature de la matière excrétée , ainsi que les phénomènes accessoires , ne se réuniraient pas pour empêcher toute erreur.

L'incertitude du diagnostic rend le pronostic également équivoque dans la blennorrhagie, mais seulement sous le rapport des accidens consécutifs qu'on peut avoir À redouter; car, relativement à la maladie elie-mc.me, lorsqu'elle est simple , il présente peu de difficulté et moins encore de gravité. Celle même qui est vénérienne n'est pas plus fâcheuse que toute autre, au moins immédiatement, et Icé accidens, tels que la rétention d'urine, l'orchite, l'ophthalmie , etc. , ne lui appartiennent pas exclusivement , et ne sauraient la caractériser. D'ailleurs, chacun de ces phénomènes morbides a son pronostic spécial et distinct de celui de la blennorrhagie, qui souvent a cessé lors île leur apparition , ou , tout au moins , pendant leur durée. On en peut dire autant des complications , dont le danger est relatif à leur nature et à l'importance des organes qu'elles affectent, et ne change rien aux chances qui appartiennent à la ' blennorrhagie. Ces complications , d'ailleurs , sont ordinairement des ulcères du prépuce et tlu glund, de la vulve , du vagin; des pustules, des papules, des végétations, le phymosis, le paraphymosis , les huhons (vojez ces mots). Beaucoup d'autres maladies peuvent coexister avec la blennorrhagie. Cependant elle doit toujours inspirer des inquiétudes pour la suite, sous le rapport de l'excrétion urinaire ; car il est rare que le canal reprenne son calibre primitif lorsqu'il a été le siège de phlegmasies , surtout lorsqu'elles ont été traitées par les injections astringentes employées à une époque où les parois de l'urèthre sont le siège d'un engorgement dt jh ancien.

Les accidens de la blennorrhagie n'ont pas tous le même degré de fréquence ni de gravité. Nous allons les mentionner ici en renvoyant aux articles spéciaux toutes les fois qu'il y aura lieu. Mais nous ferons remarquer déjà que , parmi les auteurs qui ont traité de la blennorrhagie, il en est qui , en exposant les accidens propres à cette maladie, ont plutôt fait un tabfeau des affections qui peuvent survenir à la rigueur, que donné la description exacte de celles qu'on a coutume d'observer. Le gonflement inflammatoire du gland et du prépuce chez l'homme, et des parties qui constituent la vulve chez la femme, s'observe fréquemment pour peu que la matière de l'écoulement ait il'àcreté, et que des circonstances accessoires viennent irriter des p.irties déjà malades. Lorsqu'il est porté à un certain point, surtout quand l'orifice du prépuce est naturellement étroit, il peut survenir un phymosis ou un paraphymosis , qui , si l'on n'y porte pas un prompt remède, augmentent beaucoup les souffrances du malade (voyez Phymosis et Paraphymosis) , et peuvent amener la gangrène par étranglement. C'est alors qu'on voit le gland rouge , violet , gonflé , luisant et comme œdémateux , et le prépuce plus ou moins engorgé, et qui tantôt ne peut être rabattu vers la couronne, tantôt , lorsqu'il est court , ne peut recouvrir le gland et en comprime douloureusement la base. Quand il y a phymosis , la verge fout entière est plus ou moins gonflée , et les vaisseaux lymphatiques engorgés jusqu'aux ganglions inguinaux.

On observe quelquefois aussi de petits phlegmons du tissu cellulaire sousmuqueux de l'urèthre ; ils se remarquent principalement sur les côtés du frein , qui les divise en deux petites tumeurs. D'ailleurs ils n'ont pas de dangers , et s'ouvrent d'euf-mcmes ou sont ouverts par l'instrument tranchant; mais ils entraînent d'assez vives douleurs et prolongent la durée de la maladie. Il est plus rare que , chez la femme, il survienne des abcès dans le tissu cellulaire sousmuqueux, à moins que la blennorrhagie ne soit excessivement inflammatoire ou compliquée de quelque autre lésion.

C'est quand le gland et le prépuce sont ainsi affectés que les vaisseaux lymphatiques qui rampent sous la peau du péuis s'engorgent, et s'enflammant à

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leur lour forment des cordes tendues et sensibles qui rendent l'érection plus difficile et plus douloureuse. Dans quelques cas , les ganglions inguinaux de l'un et de l'autre cotés se tuméfient et peuvent parcourir toutes les périodes de l'inflammation. Mais en général celte affection est des plus légères, et se borne à un engorgement passager; à moins que des écarts de régime ou un traitement mal dirige ne lui fassent prendre une gravité qui n'est pas dans la marche ordinaire des choses. ( Vojez Bubon. )

Presque toujours des circonstances extérieures, telles que des écarts de régime, des exercices violens, des contusions, etc., viennent se réunir à la blennorrhagie pour amener l'inflammation du col de la vessie et de la prostate; ces deux affections ont des symptômes qui leur sont propres et réclament un traileraent particulier pour lesquels nous renvoyons aux articles Ctste et Pro- STATITE. Il serait inutile en effet d'en traiter ici ,^puisque la blennorrhagie , fùtellc virulente, n'influe en aucune manière sur les phénomènes de la maladie, non plus que sur les moyens curatifs qui lui sont applicables.

L'hémorrhagie par le canal de l'urèthre n'a guère lieu spontanément; on ne l'observe que chez les gens du peuple , qui , par suite d'un préjugé , cassent la corda , soit en se livrant au coït, soit en plaçant la verge sur une table, et en donnant dessus un coup de poing. Un écoulement de sang plus ou moins considérable succètle à la déchirure qui a lieu dans ce cas; mais le soulagement qui en résulte est chèrement acheté par la douleur et par la solution de continuité dont les suites sont faciles à prévoir.

L'inflammation éry ihémateuse ou vésiculeusc de la peau que produit quelquefois le contact du mucus puriforme sur le scrotum, sur les cuisses et sur le périnée, est un accident assez léger, c't qui réclame seulement l'usage des soins de propreté, et dans c[uelques cas peu communs l'emploi de quelques applications émollientes. Il faudrait que ce contact fût bien prolongé , et que les matières sécrétées subissent une grande altération, pour qu'il en résultât quelque chose de plus grave.

Parmi les accidens de la blennorrhagie, il en est deux qui méritent surtout une sérieuse attention, ce sont l'inflammation du testicule et celle de la conjonctive. Quant à l'arthrite et aux douleurs musculaires qui se manifestent quelquefois dans son cours, et que l'on a jadis regardées comme lui appartenant d'une manière toute spéciale , on ne l'observe que chez des malades qui sont sujets à l'inflammation articulaire ou musculaire , ou sous l'influence des causes qui ont coutume de les déterminer. D'ailleurs l'arthrite et la myosite , même lorsqu'elles coïncident avec la disparition plus ou moins brusque et complète de la blennorrhagie , ne présentent rien de particulier dans la marche , la durée ni la terminaison , non plus que dans le traitement. {Voyez Arthritk, Myosite.) Nous ne voulons pas nier les observations rapportées par divers auteurs de blennorrhagies survenues spontanément dans le cours de l'arthrite ou de la m3fOsite. Nous disons seulement que nous n'avons rien observé de semblable,' et que ces faits, lorsqu'ils sont examinés avec une sévère attention, perdent souvent leur caractère de merveilleux, et rentrent dans la série bien connue des transformations moi bides occasionées par l'action de stimulans portés sur (lifférens organes. Ainsi, dans plusieurs faits que nous avons étudiés, nous avons vu des sujets ayant des blennorrhagies être atteints de douleurs rhumatismales , et pendant cette affection incidente, la blennorrhagie diminuer plus ou moin-!, pour revenir après et même disparaître sans retour, et quelquefois l'arthrite et le rhumatisme diminuer à leur tour, lorsque la blennorrhagie venait à reparaître. Mais qu'y a-t-il là de singulier? et surtout que prétend-on y trouver de pratique , et qui ne se rapporte aux règles de la thérapeutique générale ?

On se ferait une idée très-fausse de la manière dont arrive l'engorgement inflammatoire des testicules, si l'on s'en rapportait à ce que disent les auteurs sur la métastase de la blennorrhagie, et sur le transport de la matière vers l'organe sécréteur de la semence. On imaginait autrefois (et l'expression populaire de chaudepisse tombée dans les bourses est encore là pour l'attester), on croyait, disons-nous , que , l'écoulement étant supprimé tout d'un coup , la matière virulente dont la sécrétion était tarie se jetait sur le testicule, et en produisait l'engorgement. Par suite de cette théorie , on cherchait à rappeler l'écoulement , dans la pensée que , dès qu'il aurait repris son cours , l'organe malade reviendrait il son volume naturel. Dans ces derniers temps cette théorie a été rejelée , et l'on pense que cet accident est dû à la propagation de la phlegmasic. Voyons , avant d'expliquer, ce que nous apprend l'observalion des faits. Ce n'est que ([uand l'inflammation n'a qu'une médiocre intensité , soit primitivement soit par suite des moyens employés , qu'on voit survenir l'engorgement du testicule. 11 est extrêmeiuent rare que cela ait lieu quand la blennorrhagie est très aiguë. Une stimulation exercée sur le testicule en est toujours la cause occasionelle ; tantôt c'est l'érélhisme érctique près d'une femme , d'où résulte une érection prolongée, l'équitation , une marche forcée, une pression, le coït exercé avec excès, l'impression brusque du froid sur les parties génitales en particulier, des injections astringentes , des purgatifs violens , etc.; tantôt c'est seulement le tiraillement qu'éprouve le cordon , lorsque les bourses ne sont pas suspendues. Quoi qu'il en soit , c'est presque toujours subitement que se manifeste l'orchite. Une douleur gravative se fait sentir dans l'un des testicules, très-rarement dans tous les deux à-la-fois , quoiqu'il soit commun de les voir se prendre successivement et alternativement : et le gonflement qui s'y développe a lieu d'une manière très-rapide ; tellement qu'en quelques heures, si le malade ne prend pas le lit immédiatement, et, à plus forte raison, s'il continue de de marcher ou de se livrer à quelque exercice fatigant, l'organe acquiert un volume double, triple , décuple même de celui qui lui est naturel. Le cordon tçf liculalre, gonfle jusque dans le canal inguinal, se trouve quelquefois scrrç

par l'anneau, et comme étranglé; ce qui donne lieu à quelques-uns" des phé- i nomènes des hernies étranglées, tels que des nausées et même des vomisse- j mens. En même temps la sécrétion uréthrale diminue pour l'ordinaire, maia | rarement elle cesse tout à fait, et lorsque le médecin examine avec attention , '> et ne s'en rapporte pas seulement au dire du malade, il lui est facile de s'en I assurer. Une fois développée, l'inflammation du testicule présente les phéno- i mènes qui lui sont propres à raison de la structure de l'organe, et le pronostic i ainsi que le mode de terminaison et les conséquences ultérieures se rapportent : à cette circonstance, bien plus qu'à l'origine de la maladie. Nous avons déjà I dit que la blennorrhagie la plus simple pouvait présenter dans son cours l'ac-H cideut qui nous occupe , et que par conséquent la dénomination de testicule! vénérien entraînait une idée fausse, au moins dans un grand nombre de cas.i Quant à son traitement , il n'offre rien de particulier. La méthode conseillée pari un grand nombre d'auteurs, qui peut-être ne l'ont jamais essayée , et qui consiste à irriter le canal au moyen d'une sonde enduite ou non de pus blennorrhagique, est très-infidèle, si nous devons nous en rapporter aux expériences dont ^ nous avons clé les témoins ou les auteurs, non pas qu'on ne réussisse quelquefois à rappeler l'écoulement, mais parce que c'est presque toujours sans utilité réelle. Nous pensons que les moyens curatifs ordinaires conviennent également dans l'orchite blennorrhagiquc , et dans celle qui reconnaît d'autres causes. Aussi croirions nous faire un double emploi en traitant ici de l'inflammation du testicule, qui doit trouver sa place au mot Orchite. Nous avons observé, chez quelques sujets, dans le cours de la blennorrhagie, un phénomène singulier : ce sont des douleurs très-vives dans les testicules et dans les cordons , sans que. ces parties, examinées avec le plus grand soin, présentent la moindre lésion appréciable. On voit persister ces douleurs long temps après que la phlegmasiei uréthrale a disparu; elles sont continuelles , lancinantes, et tellement intolé-^ rables , que nous avons vu un malade solliciter l'amputation des testicules afin il d'en être délivré. Nous ignorons totalement la nature de cette affection, contre! laquelle nous avons vainement essayé tous les médicamens connus sous Icsi^ noms d'antispasmodiques et de caïmans , et l'opium, le plus certain de tous: .i le temps en est le meilleur remède; on les voit peu à peu s'affaiblir et disparaj-i tre, sans que l'art puisse se flatter d'avoir été pour quelque chose dans W\ guèrison.

C'est ici le moment de parler d'une méthode ancienne et encore usitée parmii les gens du peuple, et qui consiste à appliquer sur le testicule engorgé un ca- « taplasme très astringent ( la bouc des couteliers), en même temps que par deai bains locaux et des cataplasmes tièdes , et même par l'introduction d'une bou- gie, on lâche de rappeler l'écoulement. Ce traitement réussit quelquefois , raaîj i c'est seulement quand il est employé avec activité dès le début de l'orchite;! plus tard il échoue , et en outre il expose le malade à voir une induration plus ou moins opiniâtre persister et nécessiter de nouveaux soins. j

Nous nous écarterons encore de la route battue , en appliquant la même ma- i nière de procéder que nous avons adoptée pour l'orchite à l'ophthalmie qui | survient chez les deux sexes pendant la blennorrhagie, sans qu'on puisse savoir ' s'il y a simplement métastase de l'inflammation , o,u si ce n'est pas , ainsi que I nous sommes portés à le penser, le résultat d'une inoculation , lorsque les malades portent sur la conjonctive leurs doigts salis de pus. En effet , nous avons l observé que l'ophthalmie vient plus ordinairement pendant l'état aigu de la , blennorrhagie, tandis que l'orchite ne parait guère que quand la phlegmasie^i uréthrale est légère. Le plus souvent il n'y a qu'un œil affecté ; la blennorrhagie i est plus ou moins diminuée, ou complètement supprimée, comme dans le cas | d'engorgement du testicule ; mais quelquefois aussi elle nous a paru continuer j sa marche accoutumée. L'inflammation commence par la conjonctive , qu'on ! voit plus OH moins injectée et gonflée. La tuméfaction peut aller à un tel point! que la membrane forme un bourrelet circulaire autour de la cornée transpa- j rente, et fait saillie entre les paupières ; une humeur mucoso-purulente s'écoule j continuellement , et devient souvent irritante pour les parties voisines. Ou voit i la cornée elle-même participer à la maladie, et du pus s'épancher entre ses ] lames, de manière à lui faire perdre plus ou moins complètement sa transpa-'| renée. Enfin , dans certains cas, heureusement assez rares , l'ophthalmie pré- | sente une acuité extrême et qu'on ne parvient pas à maîtriser, même par lesj moyens les plus actifs. Alors le globe de l'œil participe à l'inflammation ; il se; distend, et occasione des douleurs atroces au malade , à raison de la résistance J de la sclérotique. Le cerveau même peut participer à la phlegmasie, lorsquej la rupture spontanée de l'œil ou la ponction de cet organe ne vient pas mettre I fin aux accidens. La perte de l'œil est la conséquence inévitable de cette ter- i minaison. Quand il y a seulement opacité de la cornée , il reste quelque chance j de succès, soit au moyen de diverses applications, soit par l'opération delaj pupille artificielle. On doit donc, par un traitement antiphlogistique actif, ( s'opposer à ce que la maladie acquière un aussi haut degré d'intensité ; il serait \ imprudent de l'abandonner à elle-même. Il est quelquefois avantageux de ! chercher à rappeler l'écoulement; mais il faut considérer ce moyen comme i secondaire, et ne pas l'employer avant d'avoir atténué l'inflammation de laj conjonctive , par le traitement qui lui est propre. j

Ici se borne ce que nous avons à dire de spécial sur l'oplithalmie blennorrha- \ gique; les détails appartiennent à l'article général Ophth.\lmie. On peut envi-'; sager sous le même point de vue l'inflammation de la membrane muqueuse de l'oreille qui s'observe quelquefois dans la blennorrhagie, et qui d'ailleurs est ' infiniment plus rare que l'ophtlialmie. ^

En général, dans les accidens qu'on observe dans le cours de la blennorrhagie , on ne voit rien autre chose que l'extension de la phlegmasie à des paf- ] tjcs en rapport de conliguilé 0,11 de sympathie; ou des inllaiumations uccidcii- ■;

BLENNORRHAGIE

BLENNORRHAGIE

telles développées , à raison de prédispositions particulières , dans des organes éloignés; inflammations qu'on devrait considérer plutôt comme coïncidant avec la blennorrhagie , que comme dépendant de cette affection. Aussi avous- , nous cru devoir éviter d'entrer dans la descri-plion de ces diverses maladies , et nous borner à exposer les particularités qui peuvent résulter de leur liaison i avec celle qui fait l'objet de cet article. En agir autrement, c'eût été tomber dans des redites aussi fatig;intes que superflues , et ces détails ne peuvent conj venir que dans un traité spécial des maladies vénériennes. Mais nous devons j| consigner une remarque d'une haute importance pour le traitement des acci- Ijj^ dens qui nous occupent. La plupart des auteurs , imbus de l'idée que le trans- ,|, port de la matière blennorrhagique est la cause de l'engorgement du testicule, de l'ophlhalmie , de l'arthrite, recommandent, comme un point capital , de j\ rappeler Técoulement blennorrhagique par l'introduction d'une bougie , queiquefois enduite de pus blennorrhagique , ou même par une injection irritante, j I Ils disent avoir vu les accidens disparaître ou présenter une amélioration notable lorsqu'on parvenait h rappeler l'écoulement. Osons discuter sans prévention cette opinion , qui se présente appuyée d'autorités respectables, l" L'écouj jj lement ne cesse pas toujours lors de l'apparition de l'ophthalmie ou de l'orchite, , i' et le plus souvent ce sont des afTections surajoutées à la blennorrhagie. 2" L'irritation du canal y rappelle l'inflammation et la sécrétion morbide , sans influer ; d'une manière bien sensible sur l'inflammation accidentelle. Voilà du moins ce I que nous montre l'expérience de chaque jour. Aussi , en pareil cas, nous nous I bornons à combattre vigoureusement l'inflammation secondaire , sans nous in- .jj I quiéter de celle qui a précédé , et nous n'avons pas eu jusqu'à présent à nous ij,; repentir de cette pratique. La blennorrhagie reparaît quelquefois , quand ji, l'autre afTection diminue; mais, aussi souvent au moins, les deux affections guérissent de compagnie. Or, entre deux méthodes dont l'une augmente les doujl, I leurs du malade , tandis que l'autre les diminue , le choix ne saurait être incer- I tain. Cependant, lorsque , malgré le traitement antiphlogistique , l'ophfhalmie est rebelle et passe à l'état chronique , il est utile de chercher à rappeler la blennorrhagie. Nous avons vu plusieurs fois, et dernièrement encore, une ophthalmie qui avait résisté à un traitement fort actif, se guérir promptement, lorsque par l'introduction d'une sonde enduite de pus, on eut rétabli l'inflammation uréthrale. C'est d'ailleurs à la sagesse du praticien à décider de la convenance de ce moyen, dont l'abus n'est pas exempt d'inconvéniens . et qui, d'ailleurs, paraît moins eflicace dans l'orchite que dans l'ophlhalmie.

Pour exposer d'une manière méthodique le traitement de la blennorrhagie , j nous devons considérer cette affection d'abord comme locale, puis sous le rapport deà phénomènes consécutifs auxquels elle peut donner lieu; mais cette seconde partie de la question , se rattachant à l'histoire générale de la maladie vénérienne , ne sera pas traitée complètement dans cet article, et l'on devra consulter l'article Syphilis.

L I Quelle que soit l'opinion qu'on se fasse sur la cause qui a produit la blennor- ,| rhagie,onne saurait méconnaître sa nature évidemment inflammatoire, et jf ! c'est l'idée d'après laquelle on doit établir le choix des moyens thérapeutiques. / f II y a sur ce point accord unanime entre les médecins qui admettent le virus vénérien et même la spécificité du mercure èt ceux qui professent des doctrines opposées. L'opinion est encore plus arrêtée, s'il estpossible , relativement à la blennorrhagie , qui dépend de causes physiques ou chimiques.

Le traitement antiphlogistique est donc celui qui convient le mieux à la ; ! blennorrhagie ; mais il n'est pas le seul qui puisse lui être opposé avec succès , , ainsi que nous aurons occasion de le dire plus bas. Lorsqu'on a affaire à une phlegraasie aiguë et violente , rien n'est plus sûr que de l'attaquer avec vigueur par les débilitans; outre que les chances de succès sont plus nombreuses, on n'a pas à craindre , quand on échoue , d'avoir aggravé le mal , comme cela peut arriver, lorsqu'on emploie de prime abord la méthode révulsive et perturbatrice. Ainsi donc une ou deux saignées générales, l'application de sangsues au périnée, aux aines, chez les deux sexes, sont le moyen le plus sûr d'abattre l'inflammation dès son début , de calmer les souffrances des malades et de prévenir le développement ultérieur des accidens. L'application des sangsues à la j verge, conseillée par quelques auteurs, est une pratique vicieuse ; souvent elle I est suivie d'ecchymoses, d'infiltration sanguine dans le tissu cellulaire lâche 1 de cette partie , qui occasionent l'inflammation et quelquefois même la gangrène. ' Les bains de siège , et mieux encore les bains entiers tièdes , renouvelés t chaque jour et prolongés pendant plusieurs heures, sont d'une grande utilité. Dans le bain, les malades sont exempts de douleurs , d'érection; ils urinent facilement , et ils éprouvent un bien-être qui doit les encourager à insister sur l'emploi de ce moyen. On peut se servir pour ces bains de décoctions émollientes ' narcotiques, bien qu'à vraiflire,reausoitla principale cause deleurs bonseffets. Dans l'intervalle des bains , c'est une chose utile que de couvrir les parties malades et même le bas-ventre et le périnée de fomentations tièdes , émollientes et narcotiques , ou de cataplasmes de farine de graine de lin ; la chaleur et l'humidité que ces applications entretiennent sont extrêmement avantageuses. Il est également utile de baigner le pénis plusieurs fois par jour dans de l'eau de guimauve ou de graine de lin; mais les injections même adoucissantes que rej commandent quelques auteurs , sont plus nuisibles qu'utiles , à raison de la ! distension qu'elles font éprouver à des parties dont la sensibilité est accrue. Quant aux femmes, des injections émollientes ne peuvent avoir que de bons effets chez elles.

Les lavemens adoucissans offrent un secours qui ne doit pas être négligé. ■Outre qu'ils diminuent la constipation, phénomène tout à-la-fois commun et fâcheux dans la maladie qui nous occupe , ils introduisent dans l'économie une certaine quantité d'eau qui passe par les voies urinaires.

DlCT. DE MÉDECIKE ET DE ChIRUBGIE PRATIQUES.

Il en est de même des boissons très-abondantes, qui , indépendamment de ce qu'elles diminuent la disposition inflammatoire générale", ont encore une action toute locale. En effet, en produisant des urines plus aqueuses, elles en rendent l'impression moins sensible sur la membrane muqueuse enflammée, et parla concourent à abréger la durée de la maladie. L'eau pure, l'eau sucrée, les émulsions , le petit lait, le lait coupé, les décoctions mucilagineuses , sont toutes également recommandables dans celte maladie. Mais la principale condition pour qu'elles soient salutaires, c'est qu'elles soient prises en grande quantité. Nous avons vu guérir très-rapidement des malades qui consommaient en vingt-quatre heures jusqu'à cinq et six pintes d'eau. Nous ne suivons pas la méthode d'un grand nombre de praticiens , qui ajoutent aux boissons du nitrate de potasse. Rien ne nous semble plus diurétique que l'eau prise en abondance. D'ailleurs ils emploient le nitre à si faible dose qu'il ne saurait avoir d'action sensible.

La méthode de délayer ainsi les matériaux de l'urine, et de la rendre par conséquent moins irritante , nous paraît bien préférable à celle qu'on a proposée dans ces derniers temps , et qui consiste à placera demeure une sonde de gomme élastique ,afin de garantir le canal de l'impression de l'urine. Sur trois malades chez qui nous avons essayé cette pratique , deux n'ont pas pu la supporter à cause des douleurs que produisait le corps étranger. Le troisième qui consentit à s'y soumettre un peu plus long-temps , nous fît voir aue l'urine passait entre le canal et la sonde , et rendait celle-ci tout au moins d'une parfaite inutilité. Chez un d'eux, l'introduction de la sonde fut suivie de la suppression de l'écoulement uréthral et du développement d'une cystite.

Les moyens hygiéniques doivent tenir une grande place dans le traitement de la blennorrhagie; sans eux, les autres agens thérapeutiques n'ont qu'une efficacité incertaine, et la guérison se fait long-temps attendre et offre moins de solidité. Le repos du lit et une douce chaleur, aident puissamment à une prompte et heureuse terminaison, et préviennent beaucoup d'accidens ; il en est de même d'un régime sagement ordonné, et duquel les excitans de toute espèce sont soigneusement écartés. La propreté la plus parfaite doit être également recommandée; on a vu quels inconvéniens peuvent résulter du contact prolongé des produits de sécrétion morbide soit sur les parties enflammées , soit même sur les parties saines ; les lotions et applications adoucissantes remplissent fort bien cet objet.

Chez l'homme , surtout quand le malade se lève, l'usage d'un suspensoir est indispensable pour prévenir l'inflammation des testicules. Mais il faut que le suspensoir soit bien fait et bien appliqué; autrement on pourrait en voir résulteir précisément le mal qu'il est destiné à prévenir. C'est ce qui arrive , lorsqu'étant trop étroit ou trop serré , il comprime les parties qu'il doit seulement soutenir. Le suspensoir doit être porté jusqu'à la guérison complète et même encore quelque temps après, parce qu'en effet ce n'est pas quand l'inflammation est très-aiguë que l'orchite estplus commune, mai.s bien plutôt quand elle est peu considérable.

Quelquefois des symptômes dominans exigent qu'on leur accorde une attention particulière , et qu'on dirige contre eux des moyens spéciaux. Quand la douleur est extrême, ce qui arrive bien rarement lorsque les évacuations ont été suffisantes , on a recours à quelque dose d'opium à l'intérieur, ou à quelques applications externes. Ce médicament au contraire n'a pas debons eÔ'ets, quand on l'emploie seul dans la période très-aiguë de l'inflammation.

Le camphre jouit d'une grainle réputation comme moyen propre à diminuer les érections douloureuses dont les malades sont souvent tourmentés. Ce que nous venons de dire de l'opium lui est parfaitement applicable. Nous l'avons essayé un grand nombre de fois , et voilà ce que nous avons observé. Il ne convient pas dans l'état aigu de l'inflammation , et quand elle n'a pas été combattue par les moyens appropriés ; souvent même alors il produit des effets tout opposés à ceux qu'on en attend. Mais quand des érections pénibles et douloureuses survivent à une époque où la phlegraasie a subi une iliminution notable, quelques pilules de camphre et d'opium nous ont paru avantageuses. Aussi, sans admettre aveuglément ce que rapportent les auteurs , nous avons coutume d'employer ce moyen, qui, dans des circonstances convenables, contribue à soulager les malades et à leur procurer une guérison plus prompte. Disons cependant que le traitement antiphlogistique bien dirigé suffit dans le plus grand nombre des cas, et ne laisse pas souvent le médecin dans la nécessité de recourir à d'autres remèdes, qui d'ailleurs ne comptent sans lui que bien peu de succès incontestables.

Tel est l'ensemble des moyens que l'on peut mettre en usage contre la blennorrhagie aiguë. Les malades guériraient plus promptement et seraient moins exposés aux récidives et aux accidens consécutifs , si ce traitement méthodique et rationnel était employé dans tous les cas. Au contraire , il est bien rare qu'il en soit ainsi. La blennorrhagie est trop souvent considérée comme une affection insignifiante , et se traite en courant , pour ainsi dire , et souvent même ne se traite pas du tout. Aussi a-t-on fréquemment à soigner des blennorrhagies passées à l état chronique , qui amènent à leur suite et les affections del'urèlhre et des organes voisins , et les symptômes syphilitiques secondaires.

Quand la maladie a primitivement une marche lente et une forme peu inflammatoire , ou quand elle a été amenée à cet état par un traitement préliminaire , ou par le décroissement naturel de l'inflammation , le traitement antiphlogistique est encore celui qui procure le plus de succès , et il y a souvent de l'avantage à l'employer avec autant d'activité que dans l'état aigu. Des saignées locales sont très-avantageuses dans des cas où la plupart des médecins , trompés par l'apparence , ne voient qu'un état asthénique, et emploient des excitans qui prolongent encore la durée de la maladie.

Le traitement adoucissant, continué avec persévérance , est véritablement

BLENNORRHAGIE

BLENNORRHAGIE

celui qui compte le plus de guérisons solides ; mais il faut qu'il soit fait d'une manière complète, ce qui est excessivement rare. Tel en effet boit abondamment, qui marche et se fatigue, ou s'expose au froid; tel autre n'observe point de régime. Chez tous cependant l'écoulement finit par disparaître tôt ou tard. Mais ceux chez lesquels il s'est prolongé très-long temps sont , ainsi que l'a remarque feu Cullerier, plus exposés que d'autres à voir la maladie reparaître soit indépendamment, soit par suite de l'acte vénérien , même avec une personne saine, ou bien à éprouver des accidens consécutifs. Il est bien entendu qu'il n'est point question ni des écoulemens entretenus par des lésions organiques du canal ou de la prostate, et contre lesquels le traitement adoucissant ne réussit pas/sans le secours des moyens chirurgicaux , dont, néanmoins , il prépare et assure la réussite.

Dans le traitement méthodique de la blennorrhagie comme dans celui de toute autre maladie , tous les agens thérapeutiques peuvent, suivant le besoin , trouver une heureuse application. C'est ainsi que des excitans portés soit directement sur la membrane muqueuse de l'urèthre , soit révulsivement sur le canal digestif , sur la peau, etc., sont souvent avantageux, lantpar leur emploi séparé que par leur combinaison avec le traitement adoucissant. L'époque de la maladie où l'on y a recours n'est pas d'ailleurs indifférente , et doit entrer pour beaucoup dans l'appréciation de leurs résultats.

C'est au début de l'inflammation , ou lorsque le temps et le traitement lui ont fait perdre son acuité qu'on peut en attendre de bons effets ; ils ne sauraient convenir dans la période inflammatoire. Cette manière de traiter la blennorrhagie n'est pas nouvelle , et sans entrer dans des détails historiques étrangers au plan comme au but de cet ouvrage, nous dirons que tous les médecins qui ont écrit sur la maladie qui nous occupe, ont conseillé l'emploi des excitans. Seulement , pour la plupart , ils paraissent en avoir mal compris le mode d'action , et ils ont attribué à des propriétés spécifiques de médicamens ce qui était le résultat d'une stimulation pratiquée à propos , soit sur la surface malade, soit sur une surface saine.

C'est d'après ces principes , dont l'observation et l'expérience nous ont fait reconnaître la solidité, et qui nous dirigent dans notre pratique, que nous allons examiner les injections, les bougies, la cautérisation, et les divers médicamens , tels que le copahu , le cubèbe , etc. , qu'on a successivement pi >Dosés dans la blennorrhagie. Ces moyens ont joui tour à tour d'une réputation d'elficacité , que les derniers venus ont toujours contestée à leurs devanciers, dont ils révélaient les insuccès et même les effets nuisibles ; de même que plus tard , de nouveau-venus devaient chercher, par les mêmes moyens, à leur ravir leur célébrité et leur crédit.

C'est un axiome incontestable de pathologie et de thérapeutique générale , qu'au début d'une phlegmasie, une irritation artificielle d'une autre nature peut en arrêter le développement. Est-ce en neutralisant un principe particulier? est-ce, comme on l'a dit encore, en changeant le mode de vitalité des parties? Nous ne chercherons pas a décider la question , mais le fait reste démontré par un grand nombre d'expériences. On sait aussi que cette méthode a l'inconvénient , quand elle n'est pas appliquée à temps ou avec assez d'énergie, d'augmenter les accidens qu'elle était destinée à combattre. Il n'en arrive pas autrement dans la blennorrhagie; si , au moment où elle débute, on fait une injection irritante (astringente, tonique, caustique même), si l'on cautérise avec la pierre infernale la fosse naviculaire , on peut arrêter l'inflammation d'une manière plus ou moins complète. Nous avons eu quelquefois la satisfaction de réussir de cette manière. Mais nous insistons sur ce point, que, pour réussir, il faut que la maladiesoit toutà faitau début ; et il est excessivement rare que les malades se présententà temps. Une fois l'inflaramalionhien établie, cette méthode n'a plus que des désavantages; outre que la douleur qu'éprouvent les malades la rendrait impraticable, elle n'aurait d'autre résultat que d'accroître l'irritation , et de donner naissance à des indurations partielles , source de ré- Irccissemens ultérieurs. Plusieurs auteurs recommandables prétendent qu'il est nuisible d'abréger la durée des symptômes vénériens , et en particulier de la blennorrhagie, et veulent qu'on laisse durer l'écoulement, pensant que le virus sera plus complètement évacué. D'autres, parmi lesquels se place feu Cullerier, ayant observé que les accidens consécutifs étaient plus communs après les blennorrhagies qui s'étaient prolongées , conseillent de l'abréger. C'est à cette dernière opinion que nous avons coutume de nous conformer. Nous croyons qu'il n'y a pas d'inconvéniens k supprimer une blennorrhagie, au début, par la méthode révulsive; que les retrécissemens n'ont lieu que quand on emploie les astringens directs , tels que les injections, à une époque avancée de la maladie , parce que des engorgemens partiels qui se sont formés, restent à l'état d'induration. Enfin nous tachons de terminer les écoulemens chroniques par les divers moyens dont nous venons de parler, et dont le choix nous est dicté par l'état des sujets et la forme particulière de l'affection.

Quand le traitement adoucissant a été bien fait , il est rare que la maladie ne cède pas, et quand elle est rebelle, il faut presque toujours chercher la cause de son opiniâtreté dans le régime du malade , ou dans quelque lésion de la prostate ou du canal. Cependant on voit quelques cas dans lesquels la sécrétion morbide continue sans que l'inflammation soit presque perceptible, sans qu'on puisse constater de lésion de tissu, et par une sorte d'habitude. C'est alors qu'une stimulation plus ou moins vive a de l'avantage ; qu'une injection avec l'eau vineuse, le vin pur, une solution d'acétate de plomb ou de sulfate de zinc , une cautérisation superficielle , l'introduction et le séjour d'une bougie médicamenteuse, ou simplement de gomme élastique, quelquefois même des excès vénériens, peuvent, en modifiant la surface malade, tarir l'écoulement dont elle est le siège.

Mais ces divers moyens n'ont rien de spécifique , et tous ont réussi entre nos manis , quand nous avons pu les appliquer à propos , et surtout en les secondant par des moyens propres à provoquer, sur un autre point de l'économie, une sécrétion plus ou moins abondante. Ainsi , les bains de vapeurs, qui amènent une abondante transpiration, un large vésicatoire , des purgatifs réitérés, administrés en même temps qu'on stimule directement l'urèthre , assurent le succès (lu traitement. On obtient souvent de très-bons effets de lavemens dans lesquels on fait entrer depuis trois jusqu'à douze gouttes d'opium de Rousseau, et que l'on renouvelle deux ou trois fois par jour. Il ne faut pas croire d'ailleurs, du moins d'après nos observations, que la blennorrhagie s'arrête subitement et sans retour par l'emploi de ces divers moyens, comme quelques auteurs, prévenus sans doute en faveur des remèdes qu'ils préconisent , le donnent à entendre. Tantôt l'écoulement augmente d'abord pour diminuer ensuite; tantôt il s'arrête brusquement, mais reparaît bientôt sous l'influence de quelque excitation telle que celle qui est produite par un exercice violent, le coït , etc. Le temps seul contirme et consolide la guérison.

La combinaison de ces divers moyens est donc la condition indispensable du succès , dont les chances sont beaucoup moindres quand on les applique à part, et surtout quand on les emploie aveuglément, sans apprécier ni l'état des parties ni la portée des remèdes. C'est ainsi qu'opèrent aveuglément les partisans et les vendeurs de spécifiques. Leurs préparations mystérieuses réussissent quand un hasard heureux les fait arriver dans des circonstances favorables; mais combien de fois n'échouent-elles pas ! sans parler des cas où elles aggravent le mal, et où leur abandon, le repos , le régime et un traitement adoucissant guérissent les malades.

Les bornes de cet article ne nous permettent pas d'entrer dans l'examen détaillé de ces divers traitemens , sur lesquels nous reviendrons plus longuement aux mots Copahb , Cucèbe, Injections , mais dont la théorie est assurément celle que nous venons d'exposer. Cette théorie d'ailleurs tend à rendre la pratique plus rationnelle, c'est-à-dire tout à-la-fois plus simple et plus sûre. Une foule de moyens plus ou moins différens en apparence peuvent, suivant le cas et le mode d'application , avoir des effets tout semblables , et c'est ce qu'il importe défaire connaître aux praticiens, plutôt que de leur recommander, comme pourvu de propriétés spécifiques et infaillibles , tel médicament qu'ils s'étonneront ensuite de voir échouer entre leurs mains. Terminons par une observation générale qui n'est pas sans importance pour le choix de la méthode révulsive à employer : c'est qu'il est plus avantageux et plus sûr d'exercer l'irritation révulsive sur une surface saine que sur la surface affectée de phlegmasie. C'est dire que , dans la blennorrhagie, nous préférons généralement aux injections les révulsifs portés sur la peau ou sur le canal intestinal. Chez la femme , le traitement de la blennorrhagie est plus diflîcile que chez l'homme , et l'écoulement est d'une opiniâtreté désespérante. Les moyens divers que nous venons de signaler et qui réussissent le plus ordinairement chez l'homme , échouent presque toujours chez elles. Aussi de cette observation résulte le précepte de ne pas laisser passer cette affection à l'état chronique chez elles, et de n'abandonner le traitement et surtout les moyens hygiéniques que quand la guérison est complète.

Quand, par le traitement méthodique, on a mis fin à la blennorrhagie, la t.àche du médecin est elle remplie, ou doit-il s'occuper d'un traitement spécifique propre à mettre le malade à l'abri des accidens consécutifs? Telle est la question qui nous reste à examiner , et dont la solution est de la plus haute importance. Malheureusement il s'en faut beaucoup qu'elle soit aussi facile , et , dans la plupart des cas, il faut le dire , on ne se décide que d'après des probabilités. Nous avons vu, en effet , qu'il est extrêmement difficile de distinguer la blennorrhagie syphilitique de celle qui ne l'est pas, et même, en supposant cette distinction établie , il reste encore à savoir si une blennorrhagie vénérienne exige un traitement spécifique. Là encore , il faut l'avouer, tout est incertitude et confusion. Si l'on consulte les auteurs, on voit les uns conseiller, dans tous les cas de blennorrhagie indistinctement, le traitement spécifique, établissant ainsi l'impossibilité de distinguer la blennorrhagie syphilitique de celle qui ne l'est pas : ceux-là du moins sont raisonnables et conséquens. D'autres , après avoir dit également que le diagnostic est excessivement douteux, prescrivent de faire un demi-traitement ; sans réfléchir que cette demi-mesure, superflue quand la maladie est simple , est inutile , et ne saurait inspirer aucune sécurité pour l'avenir, lorsqu'elle est syphilitique. Si l'on interroge l'observation pratique , on en reçoit cette réponse , que des individus ayant eu plusieurs blennorrhagies, qui n'avaient point été traités par des remèdes appelés spécifiques, ont atteint un âge très-avancé sans avoir eu jamais de symptômes consécutifs , et sans avoir rien communiqué à leurs femmes ni à leurs enfans. Que d'autres, dans le même cas, ont été en proie à tous les accidens de la syphilis constitutionnelle; que d'autres enfin, même après le traitement spécifique le plus soigneusement exécuté, n'ont pas été à l'abri des conséquences vénériennes de la blennorrhagie. D'après ces observations , qu'on est à même de vérifier chaque jour, et en considérant que le traitement spécifique par le mercure n'est point exempt de dangers et d'accidens , nous avons coutume de nous borner à un traitement méthodique de la blennorrhagie tant aiguè que chronique , et quand nous sommes parvenus à en triompher , nous attendons l'événement. Quelquefois , il est vrai , nous employons avec avantage , dans des blennorrhagies opiniâtres, quelques frictions mercurielles , dont nous obtenons d'assez bons effets ; mais elles ne sont pas appliquées comme moyen spécifique , mais bien comme un stimulant qui peut être utile dans ce cas comme dans différentes maladies chroniques. Celte manière de se conduire nous paraît la seule qui soit admissible dans l'état actuel de nos connaissances ; elle est surtout pré-

BLÉPHARITE.

BLÉPHARITE.

férable à celle qui consiste à administrer un demi-traitement. D'ailleurs il est bon de remarquer que l'usage, tant intérieur qu'extérieur, du mercure, ne convient pas dans la période aiguë de la blennorrhagie , et que les auteurs mêmes qui en recommandent l'usage, prescrivent d'attendre pour l'administrer que l'état inflammatoire ait diminué et même cesse complètement. (FojezMEH' crRE appliqué au traitement de la syphilis , et Syphilis. )

Nous n'avons que quelques mots à ajouter sur la blennorrhagie de l'anus , qu'on observe quelquefois chez les deux sexes , et qui est toujours la suite d'une inoculation virulente. Cette aflection , qui occupe l'anus et la partie inférieure du rectum , est caractérisée par une douleur plus ou moins vive dans les parties qu'occupe l'inflammation , et qui est augmentée par l'acte delà défécation, surtout quand le malade est constipé , et par un écoulement de mucus puriforme. Du reste , elle ne présente rien de particulier dans sa marche ni dans son traitement. On trouve d'ailleurs dans cette maladie le moyen de constater que 1 ecoulement n'est pas dû à l'ulcération de la membrane muqueuse, puisqu'on ne l'observe pas dans les cas où, par suite d'un coït réprouvé , l'anus est le siège de chancres.

Peu d'auteurs ont traité de la blennorrhagie d'une manière spéciale et exclusive : aussi croyons-nous devoir renvoyer sa bibliographie à l'article Syphilis , où nous citerons les ouvrages les plus estimables sur ce sujet.

^ ( CULLERIER et RaTIER. )

BLEPHARITE , s. f , blcpharophthalmia , blepharophtlialmitis , ou mieux encore blepharitis ; de ,SX'ux,fl«v, paupière, avec la terminaison (rfj, qui sert à désigner l'inflammation : inflammation des paupières.

Des causes assez nombreuses d'irritation et de phlogose agissent d'une manière spéciale sur les paupières , et provoquent ou entretiennent l'inflammation de ces organes, en laissant intactes les autres parties de l'appareil de la vision. La blépharite, parfaitement isolée, et exempte de complication étrangère, peut avoir pour siège, soit le corps de la paupière ou la totalité de son tissu, soit , ce qui est le plus commun , surtout à l'état chronicjue , le bord libre seulement de l'organe et les follicules muqueux ou pileux dont il est garni. Occupons-nous d'abord de la première de ces deux variétés de la maladie. L'impression subite et brusque d'un courant d'air froid , la suppression instantanée de la sueur, des piqûres d'abeille ou d'autres insectes , des contusions violentes exercées par des chutes ou par des percussions directes sur la région oculaire , des érysipèles du visage , ou des phlegmasies du tissu cellulaire sus-épicranien I propagées aux paupières ; telles sont les lésions qui occasionent le plus fré- I quemment la blépharite, qu'on pourrait appeler générale , parce qu'elle se propage à l'ensemble de la partie.

A l'état aigu , cette affection est caractérisée par une tuméfaction quelquefois considérable, d'un rose plus ou moins foncé et comme translucide, des tégumens des paupières. Étendue en haut jusqu'au sourcil , et en bas à une partie plus ou moins considérable du visage , cette tuméfaction efface en quelque sorte, en les recouvrant, les bords libres des paupières et même les cils. Il est trèsdiflicile ou même impossible de découvrir l'œil , soit à raison de la distension des tégumens palpébraux et de l'épaississement du tissu cellulaire , soit parce que la phlogose s'est propagée aux fibres charnues du muscle releveur de la paupière » supérieure- Le malade ressent aux parties irritées une chaleur plus ou moins considérable, accompagnée d'une tension gênante et quelquefois de pulsations il manifestes. Ordinairement œdèraateu.x , le gonflement présente plus de solidité, 1 ' et résiste davantage sous le doigt , lorsqu'il est accompagné d'extravasation san- 1 gaine , ou lorsque la phlogose est très-intense. Il semble que l'œil en soit comprimé , et que , repoussé vers le fond de l'orbite , il fasse moins de saillie que celui du côté opposé. L'appareil lacrymal participe presque toujours à l'irrita- - ttion : les larmes, ainsi que le mucus palpébral , sont sécrétées en plus grande r ! abondance, et ces humeurs , en séjournant entre les paupières, tendent à les I coller l'une à l'autre , et augmentent encore leur irritation ainsi que le sentiment de gêne que le malade éprouve.

La blépharite aiguë n'est pas, en général , une maladie grave. Elle se termine , I; dans la plupart des cas, par la résolution. Une sécrétion plus abondante de [■ larmes, et quelquefois l'exsudation d'une lymphe plastique coagulable , qui I, forme sur les paupières des croûtes plus ou moins épaisses , précèdent ce mode de terminaison, Il n'est pas rare de voir l'épiderme se détacher ,et donner lieu [i à des écailles furfuracées semblables à celles qui succèdent à l'érysipële du vi- •\- sage. La tuméfaction œdémateuse persiste toutefois encore assez long-temps (• après que tous les accidens inflammatoires sont déjà dissipés; le tissu celluti laire, lâche et humide des paupières , ne reprend que difficilement son ressort- 6 et, chez beaucoup de sujets , la blépharoptose devient ainsi un des résultats de 6 la blépharite.

(. Des abcès succèdent assez fréquemment à la violente inflammation des pau- [■ pières. Ils sont plus fréquens à la paupière supérieure qu'à l'inférieure , à raison ti ! sans doute de ce que celle-ci trouve, dans ses rapports avec la joue , des voies I plus larges de résolution , tandis que les liquides épanchés dans le tissu de > I l'autre , et arrêtés par son bord libre , ne peuvent se disséminer qu'en rémontant ( 1 contre leur propre poids , et en suivant la route des absorbans. Durant les I ! phlegmasies des parties extérieures du crâne , le pus , formé sous le muscle occipito-frontal , glisse chez beaucoup de sujets au devant de la partie antérieure I du front , et vient se faire jour à travers la paupière supérieure dans le tissu cellulaire de laquelle il s'infiltre. Les connexions qui existent entre le muscle ! sourcilier et la partie antérieure de l'occipito-frontal, rendent fort bien compte i de cette progression de la matière purulente. On est averti de la formation de l'abcès des paupières à la diminution de la douleur qu'éprouvait le malade, au sentiment de pesanteur que détermine le liquide , à la tuméfaction, qui devient

plus circonscrite et qui s'élève en pointe, à la couleur rouge fondée ou brunâtre que prend la partie, à l'amincissement successif de la peau, et, enfin, à la fluctuation qui ne tarde pas à se manifester.

La gangrène n'est pas une terminaison si extraordinaire delà ble'pharite aiguë qu'on ne l'ait observée un assez grand nombre de fois. A la suite de symptôme» inflammatoires très-intenses , et au milieu d'une tuméfaction excessive, apparaît sur l'une ou l'autre paupière , une tache grisâtre ou brune, flétrie , insensible au toucher , qui s'étend avec rapidité et peut envahir la totalité de la peau de l'organe sur lequel elle se manifeste. La conjonctive palpébrale, à raison de sa situation plus profonde et de son système vasculaire distinct de celui des tégumens, ne participe presque jamais à cette mortification , qui reste ordinairement superficielle. La formation des escarres sur les paupières est plus fréquente chez les sujets débiles et lymphatiques que chez les malades vigoureux et sanguins; elle dépend plus souvent aussi de la négligence ou du défaut de traitement méthodique de l'inflammation palpébrale que delà violence primitive de cette affection.

Le traitement de la blépharite est en général fort simple. Durant la période aiguë , des évacuations sanguines, veineuses et capillaires , proportionnées à la gravité des accidens et à la force des sujets, des applications émollientes, des pédiluves simples ou sinapisés , des boissons délayantes, une abstinence sévère des alimens , tels sont les moyens qu'il convient de mettre en usage. Les sangsues, lorsqu'on y a recours , ne doivent pas être placées sur les paupières enflammées elles-mêmes, à raison de la laxité du tissu cellulaire sous cutané de ces organes et de la facilité avec laquelle le sang pourrait s'y infiltrer. On doit les poser soit à la région temporale, soit à la partie supérieure des joues ou aux sourcils , scion le siège principal de la phlogose. Il ne convient de les appliquer sur les paupières elles-mêmes que lorsque l'engorgement de ces parties est dense, solide, et que la lymphe plastique épanchée, et déjà en partie organisée, a détruit la perméabilité du tissu cellulaire ; mais cela n'a lieu que lorsque la maladie se prolonge et que l'induration tend à succéder à la phlogose aiguë.

Les applications résolutives doivent remplacer les topiques relâchans, à mesure que la dimiilution de la tension , de la chaleur et de la douleur annoncent la chute successive de l'irritation. On hâte ainsi la disparition de l'engorgement, et l'on prévient la blépharoptose, que l'excessif relâchement de la paupière ne manquerait pas de déterminer.

Les abcès des paupières doivent être ouverts aussitôt qu'une fluctuation appréciable s'y fait sentir. En attendant plus !ong-temps on exposerait les malades à des décollemens considérables de la peau , à la dénudation de la face interne de cette membrane , et par suite à la formation de clapiers dont il serait difficile d'obtenir le recollement. Une simple ponction , faite avec une lancette, dont on dirige la lame dans le sens des plis de la paupière , suffit toujours pour donner au pus une issue suffisante. La plaie doit être pansée à plat, et l'on continue ensuite le traitement de l'inflammation locale, comme si aucune complication n'en avait troublé le cours. La formation des abcès ne change en rien les indications qui naissent de la violence ou de la profondeur de la phlegmasie dont ils ne sont qu'un des effets ; et , après comme avant leur ouverture , celte affection doit être combattue par les mêmes moyens.

La formation des taches gangréneuses sur les paupières n'autorise pas à abandonner tout à coup le traitement antiphlogistique , et à lui substituer les stimulans trop souvent prodigués alors tant à l'intérieur qu'en applications locales. Malgré leur présence , on doit , au contraire, insister sur les déplétions sanguines et sur les émolliens locaux , aussi long-temps que la chaleur brûlante , la tuméfaction considérable , la turgescence vasculaire , et la douleur intense , ressentie parle malade, annoncent la persistance d'un haut degré d'inflammation. Calmer celle-ci est le meilleur moyen de borner les progrès de la gangrène, que son intensité excessive détermine. Les pansemens doux et les topiques relâchans sont encore , dans la plupart des cas , éminemment propres à provoquer la chute rapide des escarres, et la prompte cicatrisation des plaies qu'elles laissent à leur suite. On devra cependant recourir à l'intérieur aux amers, et au dehors aux applications stimulantes, telles que celles de compresses imbibées de décoction de quinquina, lorsque, la phlogose locale étant dissipée , les parties restent relâchées , indolentes , flasques , privées de leur ressort , et qu'une suppuration abondante et séreuse découle des solutions de continuité; cet état se remarque surtout chez les sujets faibles , cachectiques , dont la constitution est détériorée par les maladies antéi-ieures , par l'habitation de lieux malsains ou par d'autres causes analogues.

La cicatrisation des plaies des abcès simples ne laisse jamais après elle de difformité aux paupières ; mais celle des ulcères étendus, résultant de la gangrène d'une partie des tégumens de ces organes , est assez souvent suivie d'un renversement plus ou moins considérable des bords ciliaires au dehors. Il sera question de cette lésion nouvelle à l'article Ectropion.

Mais , ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, la blépharite n'atteint pas constamment le corps ou la partie moyenne et cutanée des paupières. Il est une forme ou une variété très-remarquable de cette affection, qui existe le plus ordinairement à l'état chronique , et quia spécialement pour siège le bord ciliaire et les follicules muqueux , connus sous le nom de glandes deMeibomius. L'habitation prolongée de lieux bas, humides, dont l'atmosphère est impure, chargée de miasmes putrides , de poussières irritantes , ou d'émanations ammoniacales; la fatigue de l'organe de la vision durant les travaux qui exigent une grande attention, ou par l'usage prolongé de la lumière artificielle , telles sont les causes lès plus ordinaires de cette maladie , que l'on a désignée sous les noms de h lépharophthalmie glanduleuse , àe bléphoroblenorrhée , A' inflammation purulente des paupières , etc. Elle est fréquente chez les sujets blonds , sensibles ,

BLEPH ARITE.

BLEPHAROPTOSE.

in itables , cliez les scrofuleux , à la suite de la disparition ou de la suppression des dartres, de la gale ou d'autres exanthèmes. Les vidangeurs , les tanneurs, les boulangers , les terrassiers , et tous les hommes qui exercent des professions analogues, y sont fort exposés. Dans beaucoup de cas , elle est déterminée , ou entretenue , ou agravée par Texcitation habituelle de restomac et de l'ensemble de l'organisme. C'est ainsi qu'on l'observe souvent sur les personnes qui abusent des liqueurs alcooliques , qui consomment beaucoup de viande , et dans le régime desquelles entrent beaucoup de mets épicés.

A un degré peu considérable , rinflammation du bord libre des paupières est indiquée par une coloration légèrement rouge de cette partie. Les vaisseaux capillaires sanguins sont dilatés et forment des stries apparentes à l'union de la conjonctive avec le rebord de la paupière. La sécrétion des follicules sébacés est augmentée ; le matin le malade trouve les cils collés les uns aux autres , et les angles palpébraux sont occupés par une matière jaunâtre et épaisse. D'ailleurs il n'existe que peu de gêne à la partie affectée ; des picotemens fort légers s'y font seuls sentir, et augmentent par la fatigue ou par l'action des causes irritantes qui ont provoqué la maladie.

Lorsque la variété de la blépharite qui nous occupe est plus intense, l»s rebords des paupières sont le siège d'une tuméfaction rouge , étendue d'une commissure à l'autre , occupant toute la hauteur des cartilages tarses , et offrant au toucher une résistance assez marquée. A raison de la texture serrée de ces parties et du grand nombre des nerfs qui s'y distribuent , les malades éprouvent une douleur cuisante et quelquefois un sentiment de brûlure continuel et insupportable. La conjonctive palpébrale participe à l'irritation ; et, si on l'examine en renversant les paupières , ou la trouve rouge , légèrement gonflée, et parcourue par des vaisseaux dilatés, qui vont tous se rendre anx bords libres irrités. Les follicules muqueux , dont la tuméfaction est chez quelques sujets apparente à la loupe, sécrètent une quantité considérable de matière jaunâtre, épaisse et acre , qui s'épanche incessamment sur les joues , agglutine les paupiè^ res entre elles, et détermine assez souvent des excoriations sur les parties qu'elle touche. C'est cette variété de la maladie à laquelle on avait donné le nom de lippitude. Lorsqu'elle se prolonge , les commissures , ainsi que les rebords des paupières, s'excorient, de petits ulcères s'y forment, les bulles des cils sont attaqués, et ces petits poils tombent successivement. Il n'est pas rare de voir les ulcérations atteindre les cartilages tarses , et donner lieu , après leur cicatrisation , à des déviations du rebord des paupières, à l'ectropion et même au trichiasis. Il est à remarquer que la douleur, la rougeur et la sécrétion muqueuse puriforme augmentent presque constamment quelques heures après le repas , lorsque les effets de l'absorption alimentaire commencent à se produire.

La phlogose du bord des paupières se propage toujours à un certain degré à l'appareil lacrymal, dont la sécrétion augmente d'activité , et qui mêle le liquide qu'il produit à la mucosité versée par les follicules. Il n'est pas rare de voir l'irritation palpébrale pénétrer par les pointes et les conduits lacrymaux , dans le sac lacrymal et le canal nasal , de manière à déterminer l'engorgement de ces parties, à gêner le cours des larmes et à provoquer graduellement la formation de tumeurs et de fistules lacrymales. Scarpa n'a laissé aucun doute sur l'exactitude de cette théorie, qu'il eut seulement le tort d'appliquer à tous les cas , tandis qu'elle ne convient qu'à un certain nombre d'entre eux.

Chez quelques sujets , les paupières , irritées et rouges à leurs bords libres , restent sèches ; des picotemens continuels s'y font sentir ; l'injection est surtout marquée sur la portion de conjonctive qui vient s'unir à la peau ; la commissure externe est comme éraillée ; souvent on y remarque une fissure ou une gerçure plus ou moins profonde; à la base de chaque cil, existe une parcelle de mucosité concrétée , qui l'entoure et présente la forme et le volume d'un grain de sable. Les individus robustes, dont la peau est disposée aux éruptions darlreuses, ou qui ont eu autrefois des affections de ce genre , sont ceux qui piésentent le plus fréquemment cette nuance de la blépharite. M. Demours rapporte avoir vu l'humeur muqueuse sécrétée sous son influence , étendue le long des bords des paupières, les enduire, à une ou deux lignes de hauteur, d'une sorte de vernis jaunâtre, tenace, qui résistait même aux lavages avec l'eau tiède. Cette disposition singulière, observée sur des filles ou des femmes fort jeunes, a quelque analogie avec les croûtes laiteuses ; elle n'ajoute rien à la gravité de la maladie, qui est seulement alors plus longue et plus difficile à guérir.

Continuée à l'état chronique, la blépharite muqueuse ne donne souvent lieu qu'à une rougeur très-légère et à peine perceptible de la partie interne du rebord palpébral. Cette rougeur augmente par l'impression de l'air froid, par l'action d'une atmosphère chargée de matières irritantes, par la fatigue de l'organe de la vision , et quelquefois , le matin , à l'instant du réveil , et sous l'influence des premières excitations que produit la lumière. 11 ne s'écoule que peu de mucosité; mais les larmes affluent sous l'influence de la cause la plus légère. Le bord cutané des paupières est souvent alors coloré d'une teinte de vermillon pâle, que les stimulations du visage et tout ce qui fait affluer le sang dans les réseaux capillaires de cette région rendent instantanément plus intense. Ce degré très -peu considérable de la maladie est l'apanage presque exclusif des personnes blondes, d'une constitution "molle , voisines de lélat scrofuleux, et dont la peau est fine et délicate.

Autant l'inflammation de la partie moyenne et du corps des paupières est ordinairement simple et prompte dans sa marche, autant celle du rebord de ces organes se montre, dans la plupart des cas , rebelle aux efforts de la médecine. Presque toujours provoquée ou entretenue par des causes extérieures difficiles à distinguer ou à écarter , et qui ont agi avec lenteur, elle s'accompagne

ordinairement d'une lésion profonde des parties affectées , ou même se lie i ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer , avec des altérations générales delà constitution , auxquelles on ne peut constamment remédier. Les inflammations i du rebord des paupières qui surviennent chez des sujels sains , à la suite de ^ l'action locale de causes passagères et irritantes, et dont la marche est aiguë, donnent donc lieu à un pronostic moins défavorable que celles qui se développent avec lenteur, sur des personnes lymphatiques ou scrofulcuses , ou à la' , suite d'impressions atmosphériques qu'il est impossible d'éviter entièrement.!

La première indication que présente le traitement de l'inflammation du re- | bord des paupières, consiste à écarter les causes qui l'ont produite. Le sujet ( sera éloigné autant que possible des lieux d'où s'élèvent les miasmes ou les poussières qui ont irrité ses yeux ; il suspendra les travaux dont la continuité » fatiguait les mêmes organes. Si l'irritation est vive, une ou deux sangsues, ap- ! pliquées , selon le conseil de M. Demours , à la face interne de la paupière i préalablement renversée, procurent un soulagement rapide. L'expérience a 1 démontré que les saignées locales pratiquées sur la partie la plus irritée de la ! î conjonctive, réussissent beaucoup mieux et ne produisent pas les mêmes in-' i convéniens que celles qu'on voudrait opérer par la surface cutanée de l'organe, i Dans quelques cas, des mouchetures opérées à la face interne du rebord des r paupières avec la pointe d'une lancette déterminent l'effusion d'une petite quan- / tité de sang dont 1 issue est suivie d'une amélioration notable. A ces évacua- I ii fions capillaires , il faut ajouter les applications émollientes , telles que les ca- li taplasmes faits avec la mie de pain humectée d'eau, ou la pulpe de pomme ij enveloppée entre deux linges, le cerfeuil cuit et haché, etc. La nuit est le J temps le plus favorable pour obtenir d'heureux résultats de ces topiques. Dans j le jour, l'œil sera préservé du contact de l'air et de la lumière , et lavé de temps | à autre avec une eau légèrement chargée de mucilage de guimauve , puis aigui- ' ' sée avec quelques gouttes d'acétate de plomb liquide, de sulfate de zinc , ou d'autres substances analogues. Les préparations opiacées , telles que celles qui '. résultent du mélange du laudanum liquide, de l'eau de roses et d'une petite quantité de mucilage de gomme arabique, conviennent, lorsque la douleur est très-vive, en même temps qu'on insiste sur les applications réitérées de sangsues ou sur les mouchetures du rebord interne des paupières.

A ces moyens locaux on ajoutera des soins hygiéniques convenables , et des médications intérieures appropriées à l'état général de la constitution des su- i jets. Les boissons émollientes , les bains , les pédiluves plus ou moins slimulans , conviendront chez les individus sanguins , et lorsque la maladie est déterminée seulement par quelque stimulation locale. Les personnes molles , lymphatiques j et irritables, seront soumises avec avantage à l'administration des amers , à des exercices susceptibles d'accroître leurs forces , et de donner à leurs actions or- i ganiques une direction moins défavorable. Des exutoires à la nuque ou derrièie les oreilles , produits , soit par l'application des vésicatoires ou de la pommade ammoniacale, soit à l'aide de frictions faites avec la pommade émétisée , seront utiles dans les cas où la maladie est rebelle et accompagnée d'ulcérations plus ou moins profondes aux follicules de Meibomius ou aux bulbes des cils. Enfin, lorsque l'irritation sanguine et la douleur sont beaucoup diminuées, on peut recourir aux applications stimulantes, telles que celles de la pommade de Desault, qui est composée d'oxide rouge de mercure, de sulfate d'alumine et de potasse calciné , d'oxide de plomb demi-vitreux et de deutochlorure de mercure, incorporés dans de l'axonge , dans des proportions qui doivent varier selon la susceptibilité des sujets et le degré d'intensité de l'inflammation locale. Les autres moyens susceptibles d'être ajoutés à ceux-ci font tellement partie du traitement général de l'nphthalmie , qu'il serait inutile d'insister dans cet article sur leur e'numération. [Foj~ez Ophthalmie. ) ( L.-J. BÉpiN. )

BLEPHAROPTOSE , s. f . , blephaioptosis , de jSli ^xç^o^i paupière, et de irrwiT!;, chute ; maladie qui consiste dans l'abaissement involontaire de la paupière supérieure, et dans l'impossibilité de relever ce voile mobile afin de découvrir l'œil.

Deux genres d'obstacles peuvent s'opposer à l'élévation normale de la paupière supérieure, et occasionent ainsi deux variétés de la blépharoptose , qu'il importe de distinguer avec le plus grand soin dans la pratique, à raison des moyens de thérapeutique fort différens que chacune d'elles réclame. La première espèce a pour cause ordinaire l'œdème ou l'engorgement passif du tissu 1 cellulaire sous-cutané de la paupière , soit que cet état succède à des inflammations chroniques de cette partie , à des érysipèles du visage , à l'abus des topiques émoUiens et relâchans ; soit qu'il résulte de compressions trop fortes, exercées sur le contour inférieur de la face, de manière à gêner le retour du sang veineux qui provient du front , des joues et des paupières. A celte espèce se rapporte encore la blépharoptose qui succède à la guérison des tumeurs orbitaires , lorsqu'elles ont distendu les parties situées au-devant d'elles au point de leur faire perdre leur ressort. La seconde espèce de blépharoptose serait mieux nommée peut-être blépharoplégie ; elle consiste dans la paralysie du ] muscle élévateur de la paupière supérieure. Elle est quelquefois déterminée ^ar l'excitation encéphalique qui accompagne I hystérie, l'hy pochondrie , les affections vermineuses , et même la chlorose. Dans d'autres cas , plus nombreux peut être , elle est le résultat de congestions cérébrales apoplectiques plus ou moins étendues et profondes.

On parvient toujours , avec une certaine attention , à établir le diagnostic de l'une et de l'autre des variétés de la blépharoptose dont il est ici question. Il ne faut confondre avec aucune d'elles l'occlusion spasmodique des paupières, produite par la contraction permanente et intense du muscle orbiculaire de ces organes. Cette occlusion a lieu, et dans la plupart des opihalmies fort douloureuses, et lorsque des corps étrangers irritent la conjonctive, et chez les sujets

BLlilPH AROPTOSE.

BLESSURE

atteints i!e lies douloureux ou non de la face, et enfin dans le cas d'encéphalite intense, lorsque l'excitation se propage, du cerveau et des méninges, aux enveloppes oculaires et à la rétine. Ou la reconnaît aux rides qui sillonnent les paupières, h l.i douleui' que ressentie malade , aux phénomènes inflammatoires qu'il éprouve, et surtout à la difficulté considérable , ou à l'obstacle invincible que le muscle contracté oppose à l'écartement des deux parties qu'il rapproche.

Aucun de ces phénomènes n'a lieu dans la blcj)haroptose proprement dite. La paupière supérieure est alors molle , lisse, et abaissée au-devant de l'oeil par son propre poids. Si l'on veut la soulever , elle cède à la main qui l'eutraine , et retombe lentement aussitôt qu'elle est abandonnée à elle-même.

On reconnaît la blépharoplose par atonie des tégumens et du tissu cellulaire, à l'infiltralion et au boursouflement qui l'accompagnent presque toujours; aux circonstances commémoratives de compression ou de distension qui ont eu lieu précédemment; entin , à ce que, lorsque la paupière est à demi soulevée par la raain qui en saisit la peau , lo muscle élévateur soulagé achève le mouvement, et donne des signes évidens de contraction. Certaines situations du fœtus, lors de l'accouchement, favorisent quelquefois l'œdème du visage, et déterminent une blépharoplose congéniale . dont Janin a rapporté un exemple , et qui ne semble pas devoir être très-rare dans la pratique.

La blépharoptose par paralysie du muscle relèveur de la paupière supérieure est rarement isolée; elle s'accompagne ordinairement, dans les cas d'hystérie , d'hypochondrie ou d'affections vermineuses , de désordres dans les actions encéphaliques et digestives , susceptibles d'en éclairer l'éliologie. L'iris est en même temps lente à se contracter, et la pupille reste plus dilatée que celle du côté opposé. Celle qui résulte de l'encéphalite est précédée et accompagnée des douleurs à la tète, d'étourdissemens , de tintemens d'oreille , d'élévation du pouls , et de tous les phénomènes qui caractérisent l'engorgement du cerveau ou de ses enveloppes. La blépharoptose apoplectique, enfin , succède aux fortes congestions cérébrales et presque toujours se complique d'affai- Llissement ou de paralysie dans les muscles du côté correspondant du visage , d'embarras dans la prononciation des sons, ou même d'hémiplégie portée plus ou moins loin. Il est rare que la blépharoptose sympathique des lésions cérébrales ne s'accompagne pas de la déviation de l'œil en dehors. Les muscles droit intei-ne, élévateur et abaisseurde cet organe , reçoivent en efl'et, comme le relèveur de la paupière supérieure, des rameaux de la troisième paire de nerfs, et participent dès lors aux lésions produites par l'altération de la portion du ^cerveau, d'où ce tronc nerveux prend naissance. Le strabisme suit alors les

I progrès de la blépharoptose; il augmente ou disparaît avec elle, et, dans beaucoup de cas il détermine la diplopie , par la divergence des deux axes visuels.

Relativement au pronostic, lablépharoptose est rarement , par elle-même , une maladie grave. Celle qui est occasionée par l'infiltration ou l'atonie des tégumens et du tissu cellulaire de la paupière, peut être assez facilement dissipée au moyen des topiques convenables , ou d'une opération appropriée. Lorsqu'elle se prolonge , elle entraîne cependant quelquefois encore un strabisme , qui résuite de l'habitude que contractent les malades d'abaisser et de porter en dehors l'œil de ce côté , afin de découvrir quelques-uns des objets placés devant eux; mais alors la déviation du globe oculaire est consécutive h la chute de la paupière, et ne résulte pas de l'action de la même cause. La blépharoptose symptoinatique de l'iiyslérie, de l'hypochondrie ou d'autres affections analogues, n'ajoute presque rien à la gravité de ces lésions , et ne peut servir que d'indice Ipour mesurer le degré de participation que prend le cerveau à la production 'des phénomènes qui les caractérisent. Dans les apoplexies , la bIépharoj)tose sert à faire présumer la région du cerveau qui a été le siège spéci:il de la congestion, et ne présente qu'un médiocre intérêt , relativement à l'importance de i:i lésion principale.

Le traitement de la blépharoptose par infiltration ou par atonie est fort simple : il consiste d'abord à éloigner les causes qui peuvent avoir déterminé cet accident, telles que les compressions ou les distensions accidentelles. Des topiques résolutifs et légèrement astringens , comme l'eau blanche , les infusions de pétales de roses rouges dans le vin , conviendront ensuite. Si ces moyens ne réussissent pas , il faut recourir h la résection de la portion de la peau que l'on croit excédante. Pour pratiquer cette légère opération, le malade doit être assis sur une chaise ordinaire , devant une fenêtre bien éclairée, la tète soutenue contre la poitrine d'un'âide , qui la maintient, en plaçant une main sur le front, et en embrassant de l'autre le menton. Le chirurgien a dû préparer des ciseaux droits bien évidés , des emplâtres agglutinatifs, delà charpie, des compresses , une bande, une éponge fine et de l'eau. Une alèze recouvrira la partie supérieure du tronc du sujet.

Le chirurgien, placé devant celui-ci, fait , avec ledoigt indicateur et le pouce de la main gauche , à la paupière malade , près de l'arcade orbitaire , et parallèlement à ce rebord osseux , un pli asse^ grand pour permettre à l'œil d'être facilement découvert. Les ciseaux portés sur ce pli servent à l'emporter d'un seul icoup. Il importe de tirer assez la peau, et de porter l'instrument assez près des doigts, pour n'enlever aucune portion de fibres charnues qui entrent dans la composition de la paupière. Quelques chirurgiens pincent d'abord le repli de la jieau entre les deux branches d'un fil de fer reployé sur lui-même , et, avant de l'abattre s'assurent à loisir qu'il suffit pour remplir l'indication qu'ils se proposent. Cette précaution ajoute à la sûreté de l'opération, et ne doit pas être négligée , lorsqu'on n'a pas une grande Irabitude des excisions de ce genre.

II vaut mieux, en général, emporter un peu plus de peau qu'en laisser trop. Dans le premier cas, l'extensibilité des tégumens voisins prévient le renversement de lu paupière en dehors ; dans le second, la maladie ne serait qu'imparfaitement guérie, ou même pourrait reparaître aussi gênante qu'auparavant.

DiCT. DE MÉPECINE ET DE ClIIRl'KC-IE PRATIQUES.

Langenbeck et Weller prescrivent de réunir après l'excision les lèvres de la plaie au moyen de deux points de suture soutenus par des Ciiiplàtres agglutinatifs. Mais ce procédé est proscrit avec raison par la saine chirurgie. Il suflit de l'élévation de la lèvre inférieure de la plaie et de l'application des empl.îires agglutinatifs, pour réunir la solution de continuité et faire obtenir la cicatrisation par première intention. Quelque peu do charpie, des compresses et un bandeau , ou quelques tours de bande suffisent pour achever le premier pansement. Si de la suppuration avait lieu à la plaie , on devrait peu s'en inquiét?r; car il n'en résulterait ni une giicrison moins complète , ni une cicatrisation moins linéaire. Quelques a|)plicalions résolutives et toniques sont presque toujours utiles pour achever de rendre à la paupière sa forme et son élasticité normales.

La blépharoptose par paralysie du muscle élévateur ne réclame aucun traitement spécial. Lorsqu'elle accompagne quelques-unes des affections spasmodiques dont il a été déjà question , cjle se dissipe et guérit h mesure que disparaissent les autres phénomènes qui l'accompagnent. La blépharoptose qui est la suite des congestions cérébrales cède encore aux moyens les plus propres h combattre la stimulation du cerveau , lorsqu'il en existe encore, ou à dissiper ses effets, en rappelant dans les muscles la contractilité qu'ils ont perdue. Dans le premier cas , des dépletions sanguines générales , des applications réitérées de sangsues derrière les oreilles, aux régions temporales ou à l'anus, des boissons délayantes , des purgatifs souvent répétés , si l'état des voies gastriques le permet, des exutoircs placés au bras ou à la nuque, tels sont les moyens dont il convient de faire successivement usage. C'est alors que, selon Adam Schmidt, un cautère placé entre l'angle de la mâchoire et l'apophyse raastoide est souvent utile. Les moxas promenés autour et au-dessus de l'orbite, les pommades ammoniacales appliquées sur les diverses parties du front , présentent encore de précieuses ressources. Enfin, les frictions directes faites sur la paupière et le sourcil avec les linimens ammoniacaux ou le baume de Fioraventi, les douches de vapeurs aromatiques, les eaux minérales sulfureuses , les vapeurs élevées du soufre en combustion dirigées sur la partie malade , sont autant de moyens qui produisent fréquemment de bons effets, et dont il est facile de combiner l'action avec celle des révulsifs, lorsque l'irritation sanguine cérébrale est complètement éteinte. La rescision des tégumens de la paupière est alors ordinairement inutile ; elle ne guérirait pas la diplopie qui complique la blépharoptose, et l'on ne pourrait y recourir qi'ie dans le cas où, le strabisme étant dissipé , le muscle releveur a recouvré une partie de son énergie, et ne peut cependant achever de soulever entièrement le voile qui recouvre l'œiL L'opération alors achèverait la cure que d'autres moyens auraient commencée, et pourrait devenir avantageuse. (L.-J. Cécin.)

BLESSURE, s. f. , lœsio , vulnus ; dénomination qui, dans le langage commun, est synonyme de plaie , plaga , et qu'en médecine légale on étend à tous les désordres occasionés dans nos organes par des agens extérieurs. Des considérations d'un haut intérêt se rattachent à ce sujet important , et doivent d'autant plus fixer l'attention des médecins, que, dans la solution des problèmes qu'il comporte , ils deviennent les arbitres de ce que la société et les individus ont de |)lus précieux, et préparent, ou plul ôt dictent souvent en réalité , la sentence que les tribunaux (.levront prononcer.

Sous le rapport de leurs causes, et considérées en elles-mêmes , les blessures ont été divisées en celles que détermine l'application d'agcns chimii]ues, tels que le calorique concentré et les substances cautérisantes , et en celles qui résultent de violences mécaniques plus ou moins considérables. La première classe comprend les hrûlui-es et les cautérisations ; h la seconde se rapportent les J'roissemens , les commotions , les distensions , les dèj>lacemens et les plaies proprement dites , c'est à-dire , celles qui sont produites par des corps piquans , tranchans ou contondans. Il sera question, à chacun des mots qui les concernent , des phénomènes, des complications, de la marche et des terminaisons les plus constantes de ces diverses variétés des blessures. Il serait d'autant plus inutile d'entrer ici , sur elles, dans des détails spéciaux, que les rapports demandés aux médecins par l'autoi-ité ne doivent jamais être que l'application aux cas particuliers , soumis à leur examen , des notions générales de physiologie, de pathologie et de thérapeutique, fournies par l'étude appiofondie de toutes les branches de la science et de l'art.

Les degrés de gravité, si nombreux et quelquefois si difficiles h déterminer , que présentent les lésions traum.itiques , ont, avec plus de raison, fixé l'attention des médecins de tous les siècles. Les classifications qui les concernent n'ont cependant pas toute l'utilité qu'on pourrait leur attribuer. Il est indispensable sans doute de savoir qu'il existe des blessures mortelles ,des blessures graves , ou seulement dangereuses , et enfin des blessures légères ; mais cette connaissance générale est-elle d'un bien grand secours , lorsqu'il s'agit de décider quelles seront les suites de telle lésion en particulier , à l'e.xamen de laquelle on est appelé? Les auteurs ont établi , entre les blessures mortelles, des distinctions plus immédiatement applicables à la pratique, et qui doivent être constamment présentes à l'esprit du médecin expert. Elles consistent à déterminer si la mort qui succède à une violence extérieure a été le résultat inévitable, direct et nécessaire de la blessure, ou si des conditions organiques, congéniales ou morbides, n'ont pas rendu mortelle une lésion qui, dans d'autres circonstances , n'aurait été que grave ou légère. C'est ce que , dans le langage de l'école , on désigne par les noms de loesionos absolitlè et de neressitutc ineuitalnli Lethales , et de lœsiones per acciJens lethales. La justice veut même qu'on aille plus loin : elle exige que , dans la recherche des causes de la mort , on tienne compte des efiets dés secours qui ont pu être donnés au blessé, et qu'on ne confonde pas avec une blessure absolument mortelle, celle qui ne l'est

BLESSURE

devenue qu'à raison, ou de l'isolement du sujet, ou de la privation des soins que son état réclamait, ou de l'emploi intempestif des manœuvres nuisibles. Les ouvertures d'artère d'uu médiocre volume, qu'une ligature ou un pansement compressif auraient rendues peu dangereuses, peuvent, par une de ces causes , donner lieu à des hémorrliagiej mortelles ; la suspension d'un asphyxié parles pieds est quelquefois suivie de la mort, que des secours convenablemenl administrés auraient écartée.

Jl est souvent difficile, dans la pratique, de distinguer, au premier abord, une blessure seulement très-grave de celle qui doit entraîner nécessairement la cessation de la vie. Quelques écrivains établissent qu'on doit considérer comme mortelle toute lésion qui , bien qu'elle soit susceptible de guérison , occasione cejicndant ordinairement la mort ; tandis que d'autres, s'étayant de raisonnemens opposés , iirescrivent de considérer , comme grave seulement, et comme n'étant qu'accidentellement mortelle, toute violence , qu elle qu'en soit l'issue , dont on possède quelque p.\emple bien constaté de guérison. A ce titre , les blessures' les plus profondes, les atteintes portées aux organes centraux de leconnmie , ne pourraient elles mêmes être appelées directement mortelles , puisqu'il n'en est peut-être pas qui , en apparence du moins , n'aient été guéries. Sur quelles bases d'ailleurs établir une .comparaison exacte entre le fait qu'on a sous les yeux, et ceux dont on ne peut que lire des relations plus ou moins authentiques , ou plus ou moins altérées et défigurées? Qui oserait affirmer qu'un homme vivant a précisément une lésion semblable , dans toutes ses particularités , à celle dont l'histoire, consignée dans les fastes de l'art, semble offrir des phénomènes identiques? La raison se réfuse à de semblables rapprochemens , lorsqu'il n'en doit pas résulter seulement des inductions thérapeutiques , mais des jugemens rigoureux, l'application de peines graves, et trop fréquemment la mort. La législation actuelle a mis fin , autant que possible, à ces incertitudes et aux discussions qu'elles ne pouvaient souvent manquer de faire naître. En graduant la pénalité d'après l'intention qui a dirigé l'auteur des blessures , plus encore que d'après la gravité réelle des lésions des organes , elle a rendu plus simple et plus facile à remplir la tâche imposée au médecin.

Bien que celui-ci n'ait jamais à s'occuper des conséquences pénales que ses déclarations sont susceptibles d'entraîner, et que, semblable aux jurés, il ne doive prendre conseil que de sa conscience et de l'évidence des faits , il convient cependant de rappeler ici le système de la législation actuellement en vigueur concernant les blessures. Cette connaissance donne à l'expert le moyen de rédiger ses rapports de manière à résoudre les difficultés, à éelaircir les doutes , à jM csenter toutes les circonstances des lésions des organes sous le point de vue choisi par le législateur. La loi porte que l'assassinat, c'est-à-dire le meurtre avec préméditation ou guet-apens , quel que soit l'agent employé pour le produire, sera puni de mort (art. 2% à 302 du Code pénal). L'homicide volontaire , ou le meurtre , dépourvu des circonstances de la préméditation , donne lieu h la peine des travaux forcés à perpétuité (art. 304). L"aut6ur de blessures volontaires, avec préméditation ou guet-apens, et qui entraînent une incapacité de travail de plus de vingt jours , est passible de la peine des travaux forcés à temps (art. 310) ; les mêmes blessures, au contraire , commises volontairement, mais sans préméditation, entraînent seulement la réclusion (art. 30.Q). Lorsque les blessures n'entraînent pas une incapacité de travail de plus de vingt jours, elles seront punies, dans le cas de préméditation ou de guetapens, d'un emprisonnement de deux à cinq ans , et d'une amende de 50 à 500 francs (art. 311), et, dans le cas où la préméditation n'existe pas, d'uu emprisonnement d'un mois à deux ans et d'une amende de 16 à 200 francs (même article). L'homicide involontaire , par maladresse , imprudence et défaut de précaution, détermine la condamnation à un emprisonnement de trois mois à deux ans , et à une amende de 50 à 600 francs ( art. 319). Les blessures ou les coups i-ésultant de défaut d'adresse et de précaution, sont punis d'un emprisonnement de six jours à deux mois, et d'une amende de 16 à 100 francs (art. 320).

Les circonstances accessoires , telles que celles de réunion à main armée , ou de la qualité des personnes sur lesquelles les violences ont été commises , entraînent, dans la l igueur des peines encourues , des modifications graves , qu'il serait superflu de relater ici , parce qu'elles ne sauraient en aucun cas exercer la moindre influence sur la conduite des médecins appelés à faire des rapports devant les tribunaux. -

Il résulte de cette énonciation des principales dispositions de la loi relativement aux blessures , que deux ordres de considérations dominent le système entier qu'elle constitue. Le premier et le plus important résulte des circonstances morales qui ont présidé à la blessure , qui l'entourent et la dominent pour anisi dire; telles sont la préméditation , le guet-apens, les réunions illégales , les qualités de père , de fonctionnaire public des victimes , etc. Le second comprend les caractères matériels de la lésion et ses résultats , qui sont divisés par la loi en trois catégories distinctes , selon qu'elles entraînent la mort, ou une incapacité de travail de plus de vingt jours, ou une maladie réduite à de moindres limites. Il est manifeste que le médecin appelé pour l'examen des blessures , n'a presque jamais à s'occuper delà portion morale du délit dont elles sont l'efi'et : les circonstances qui s'y rapportent doivent être éclairées presque exclusivement par les dépositions des témoins et par l'ensemble des débats contradictoires établis devant le tribunal. Mais tout ce qui est relatif à la lésion considérée sous le triple rapport de ses causes , de sa nature et de ses conséquences , devient l'objet spécial et exclusif de l'homme de l'art. Il n'a d'autre rôle à remplir que celui d'expert , et d'autre but à atteindre que celui d'éclairer les magistrats ou les jurés sur les circonstances matérielles du fait à l'occasion (luqviel il vont avoir à prononcer. On ne saurait trop préciser les limites des attributions du praticien appelé à donner son avis relativement à des délits do

BLESSURE. I

blessures; car s'il est inopportun et quelquefois ridicule de les trop étendre, i et d'entrer dans des discussions que d'autres élémens du procès doivent résou- ( dre , il serait aflligeant pour la justice et pour l'humanité de n'en pas compren- i dre toutes les parties et de rester au-dessous de ce que l'une et l'autre ont droit ] d'exiger. '

Toutes les fois que le médecin est appelé à constater l'état d'un individu at- ' teint de blessures , son premier soin doit être d'explorer avec la plus minutien.se | attention les parties qui sont le siège de la lésion , et dé décrire de la manière ' I la plus exacte et la plus minutieuse tous les phénomènes qui l'accompagnent et la caractérisent. S'agit-il d'escarres? il notera leur consistance, leur couleur, !,i leurctendue , leur épaisseur approximative , l'état d'expansion ou de plissement ii' des tégumens voisins, etc. Si des contusions existent, il fera connaître l'état il de la peau de la région frappée; il indiquera si du sang est épanché ou infiltré , H en quelle quantilé, dans quels tissus, jusqu'à quelle profondeur. Dans les cas Ij de distension ou de luxation , il décrira jusqu'où s'étend la mobilité insolite du L membre , quelle direction anormale il efFecte, quels mouvemens sont encore | aisés , quels autres sont difficiles, quels autres sont impossibles. Ij

Les plaies seront nettoyées, explorées dans leur trajet; l'état de leurs bords iî et de leurs parois sera décrit autant que possible. Si elles sont étroites , il fau- | dra , au moyen de la comparaison de lejir ouverture, avec les instrumens qui ' les ont faites , ou d'explorations prudentes exécutées avec des sondes mousses, s'efforcer de mesurer leur profondeur et de déterminer les organes qu'elles at- i teignent ou les parties que l'arme a traversées. Le désir d'arriver , sous ce rap- Ij poi t , à un degré de certitude qu'il n'est pas toujours possible d'acquérir, ne „ doit en aucun cas , toutefois , porter le médecin à transgresser les règles géné- j raies de l'art, et à méconnaître les lois de la prudence. Il ne saurait oublier, il sans s'e.xposer à encourir un blâme justement mérité , que des tentatives d'ex- \\ ploration portées trop loin , dans les plaies pénétrantes de la tête, de la poitrine ou du bas-ventre , peuvent devenir miisibles, aggraver l'état des blessés, ■ et, par conséquent, ajouter de nouveaux dangers à ceux qu'entraînent déjà les lésions dont ils sont atteints.

Les symptômes généraux et les désordres fonctionnels déterminés par l'affection des organes intérieurs, fournissent, au surplus, relativement à la profondeur à laquelle les instrumens vulnérans ont pénétré , des notions , en beaucoup de cas , aussi positives que celles qui résultent de l'introduction directe, et souvent préjudiciable , des instrumens explorateurs. Ainsi , la sortie d'un sang écu. meux et rutilant à travers la plaie, l'expulsion d'un liquide semblable par la voie de l'expectoration , ou bien encore l'issue entre les lèvres d'une solution de continuité de quelques-uns des viscères de la digestion , ou des liquides qu'ils contiennent , sont des signes aussi positifs de la pénétration des blessures < de la poitrine ou bas-ventre, que si des sondes avaient pu être introduites dans ces cavités. D'ailleurs, l'oppression, la fréquence du pouls, la matité du son, le soulèvement des côtes ou des parois de l'abdomen , les douleurs pleurétiques ou péritonéales , sont autant de symptômes qui viennent ajouter au diagnostic ■ de la blessure, et caractériser les complications dont elle s'accompagne trop souvent.

L'examen approfondi et rigoureux de tous les phénomènes que présente un blessé, à l'instant où le praticien est appelé à constater son état , doit servir de base au rapport entier dont la blessure doit être l'objet. C'est exclusivement à l'aide d'inductions déduites de cet examen , que le médecin peut, d'une part, remonter aux causes de la lésion; de l'autre , établir un pronostic plus ou moins certain sur les résultats qu'elle est susceptible d'entraîner. C'est même dans cet examen local et général de l'état des blessés, que le praticien doit puiser les notions à l'aide desquelles il répondra ensuite aux questions accessoires que les magistrats ou les jurés présentent assez fréquemment, afin d'éclairer leurs décisions. On ne saurait donc trop insister pour que cette partie fondamentale des rapports médico-judiciaires relatifs aux blessures soit empreinte de cet esprit d'exactitude, de cette clarté de langage, de celte précision dans l'énonciation des faits qui ne laissent de prise à aucune objection fondée et dissipent jusqu'aux moindi>es incertitudes. On doit y relater souvent , non-seulement les phénomènes observés, mais encore ceux qui manquent , et qui pourraient annoncer la lésion de telle ou telle partie, qu'on présume ou qu'on affirme être demeurée intacte. Dans les plaies de poitrine , par exemple , l'absence du sang parmi les crachats , une respiration exempte de crépitation, de râle ou d'obscurité , devront être notées avec soin , de même que l'absence de la matité du son rendu par la percussion , etc. ; de cette manière , le médecin fait voir que son attention a porté sur toutes les circonstances possibles de la maladie , qu'aucun symptôme n'a échappe à son exploration. Ce que je dis ici des plaies de poi- | trine doit s'appliquer à celles de la tête , du bas-ventre , et même des membres, j Partout, les signes négatifs sont presque aussi intéressans à noter , afin de de- j montrer la non-existence de la lésion de certains organes , que le sont les signes i positifs pour établir la blessure de quelques autres. :j

C'est, ai-je dit plus haut, dans l'examen des blessures et de toutes leurs par- ! ticularitéa appréciables , que le médecin puise les élémens à l'aide desquels il l prononce sur leurs véritables causes , et presque toujours sur cette autre question de la plus haute importance, savoir «i elles sont le résultat d'uu accident, d'une violence étrangère à l'individu qui en est atteint, ou d'un suicide. Qu'une ' personne affirme , par exemple , que la plaie de tête qu'on observe a été faite par une chute sur le sol, et non par une percussion directe, le médecin, en compar.mt la jituation de la blessure , sa forme, son étendue , sa profondeur, avec ce qu'on rapporte de la cause qui l'a produite, arrivera plus ou moins facilement à démêler la vérité. Qu'une plaie existe au cou , le lieu qu'elle occupe , sa direction, ses limites, pourront servir à faire décider si elle est le produit

BLESSURE

d'un suicide ou d'une action clrangcrc. Il en est de même des luxations , des fractures, des entorses et de toutes les autres variétés de blessures. Le praticien le plus habile ne peut sans doute espérer de parvenir constamment sur ce point à la découverte et surlout à la démonstration de la vérité ; mais il recueille toujours des indications précieuses qui , ajoutées aux faits dévoilés par les débats, achèvent de les éclairer et de porter la conviction dans les espiits les plus difliciles.

S'agit-il d'apprécier à leur juste valeur, soit les plaintes que les personnes blessées exagèrent assez souvent ilans une intention facile à comprendre , soit

Il les dénégations non moins intéressées des auteurs des blessures , qui s'efiorcent d'en atténuer la gravité? c'est encore l'examen immédiat des parties alieclées et de l'ensemble de l'organis^-tion qui fournit les moyens les plus sûrs de résoudre ce nouveau problème. Il convient alors de diriger spécialement son attention, et sur la nature des parties intéressées, et sur les accidens locaux de la maladie , et sur les phénomènes sympatiques qui l'accompagnent. On ne croira pas , par exemple, qu'une simple division de la peau et du tissu cellulaire d'un membre puisse , quelque direction qu'elle affecte , déterminer soit une tloulcur bien aiguë, soit une gène considérable dans les mouvemens. On se gardera bien au<si d'attester qu'une lésion de la poitrine, de la tète ou du ventre, qui n'est accompagnée d'aucun signe, ni de pénétration , ni tle réaction fébrile, puisse motiver la gène extrême , l'agitation continuelle , les appréhensions funestes, que simulent en beaucoup de cas les malades. Mais, par opposition , le praticien éclairé qui constatera la pénétration d'une plaie , d'ailleurs simple et d'apparence légère , dans une articulation, qui la verra se diriger vers des troncs vascidaires ou nerveux , qui constatera la section d'un tendon ou d'un, ligament , qui reconnaîtra de la chaleur aux parties blessées , des désordres notables dans la circulation , dans*la respiration ou dans les fonctions encéphaliques; le praticien éclairé, dis-je, dont ces phénomènes viendront frapper les sens , ne manquera pas, en dépit de tout ce c(ue l'auteur ou les auteurs des blessures pourront alléguer , concernant le peu de violence avec laquelle ils ont agi , de déclarer que la lésion est grave , ou même qu'elle peut entraîner des résultats funestes. Il y va ici de l'honneur de l'art, et , ce qui est ])lu3 important encore , des intérêts les plus chers de la société et des individus.

Un troisième et dernier ordre de considérations doit trouver place dans la ]>lupart des rapports de médecine légale concernant les blessures. Il se rap- ])orte aux traces permanentes, aux erapêchemens passagers ou durables d'exercer les parties affectées , qui peuventleur succéder. Ici encore , l'examen attentif des orgailes compris dans les lésions, et l'étendue des sections , des déchirures, ou des autres altérations qu'ils ont souffertes , doivent servir de base au pronostic. Les sections musculaires, tendineuses et aponevrotiques , transversales à la direction des muscles , par exemple , entraînent presque toujours , dans les fonctions de ceux-ci, des affaiblissemens et des imperfections plus ou moins considérables. Dans beaucoup de cas , les plaies pénétrantes du bas-ventre don- I nent lieu à des cicatrices , qui , moins solides que ne l'étaient les parois à l'état normal , se laissent distendre facilement par les viscères , et deviennent le siège I de hernies ou d'éventrations plus ou moins considérables ou dangereuses. Les blessés sont alors obligés de porter ensuite des bandages herniaires ou des ceintures contentives quelquefois très-compliquées. Ces blessures , de même que celles qui ont atteint les viscères thoraciqnes et l'encéphale , laissent assez souvent la santé générale affaiblie, languissante, et le sujet exposé à des retours d'irritation dans les parties affectées.

La profession des blessés doit être prise , dans tous les cas de ce genre, en grande considération. Des empèchemens, d'ailleurs peu marqués et peu importuns , peuvent devenir alors , à raison des actions qu'ils entravent , la cause de dommages très-considérables pour les individus qui en sont aflfeclés. Ainsi , la perte du mouvement d'un des trois premiers doigts de la main droite peut rendre impossible l'exercice de toutes les professions qui exigent que ces organes I aient une grande mobilité ou une grande souplesse. Des hommes dont la poitrine ou le ventre sont affaiblis peuvent devenir incapables de se livrer aux efforts que réclament des travaux pénibles; d'autres , après des plaies de tète, resteront dans l'impossibilité de fixer long-temps leur attention et de se livrer aux occupations du cabinet ou au travail des bureaux. La perte ou l'imperfection de la vue, de l'ouïe ou du toucher, sont également, chez presque tous les sujets, des obstacles plus ou moins notables à l'exercice de la généralité des professions. ^

On conçoit qu"il est fréquemment impossible d'arriver, d'après un premier examen de blessures, à la solution des questions de pronostic, soit immédiat , soit éloigné , dont nous venons de parler. Dans ces cas , le médecin doit expri- I merscs doutes , en signaler les motifs , et s'en référer, pour établir desconclui sions définitives, à un examen ultérieur , qu'il ajournera jusqu'à ce que les cliangemens que doivent subir les parties blessées aient eu le temps de s'o- ]>crer. De cette manière, on évite les dangers que pourraient entraîner des I jugemcns trop précipités , et dont l'événement ne justifierait pas toujours les î' couclusions.'En général, ce qui est relatif aux résultats non encore consommés I des blessures doit être rédigé dans un esprit de circonspection et de prudence 1 qu'une grande habileté et une expérience étendue peuvent seules faire acquérir.

Jusqu'ici nous ne nous sommes occupés que de l'examen deslésionstraumatiques des organes chez les sujets vivans. Cet examen doit être soumis à d'autres règles encore, lorsqu'on y procède sur le cadavre ; et assez souvent se présente , dans ce dernier cas, à résoudre cette question , de savoir si les violences dont I les corps présentent des traces ont été faites durant la vie ou après la mort. Il

455 ) BOISSON

sera question de cette partie nouvelle des rapports médico-légaux dont les blessures peuvent devenir l'objet , à l'article Cadavre. (L.-J. Bégin. )

BOISSON Les boissons sont des liquides que nous introduisons dans notre estomac , pour étancher la soif ou pour stimuler nos organes. Elles sont de différente nature. On peut les diviser en boissons non Jermentêes et ruj'raichis santés , comme l'eau et les boissons aqueuses; en boissons Jermentêes simples, comme le vin , le cidre, etc. ; en boissons fermentées distillées ou tout simplement boissons alcooliques , boissons spirilueusp.s , comme l'eau-de-vie , le rhum , etc. ; en boissons non Jermentêes et stimulantes , comme le thé , le café. Celles-ci sont dites aussi aromatiques .

Effets communs des boissons. — Toutes ces boissons n'ont qu'un bien petit nombre d'effets qui leur soient communs. La plupart d'entre elles, après s'être mises en équilibre de température avec l'estomac, délaient les alimens qui y sont contenus, facilitent leur mélange , tant entre eux qu'avec les sucs gastriques, qui seuls ne seraient pas suflisans pour détruire la compacité du bol alimentaire, étendent celui-ci de façon qu'il présente à l'estomac une surface plus considérable, lui offre moins de résistance et soit plus promptement chimifié , augmentent le volume du sang et en diminuent la consistance , enfin réparent , au moins pour le moment, les pertes qu'ont éprouvées les fluides de notre corps par les voies différentes d'évacuation.

Effets particuliers des boissons. — Les effets particuliers des boissons sont différens suivant le principe qui en fait la base.

Art l'"'. Effets de l'eau et des boissons rafraicliissantes. — 1° Eau. — C'est la plus simple des boissons. Elle est composée de deux parties d'hydrogène et d'une d'oxigène en volume, ou de 88,29 d'oxigène , et de 11,72 d'hydrogène en poids. L'eau est , comme l'on sait, un liquide transparent, incolore , inodore , susceptible .de mouiller et de'dissoudre une très-grande quantité de corps , et pesant, à la température de 4° -t- 0 therm. cent., un gramme par centilitre. L'eau , pour être potable , doit en outre contenir de l'air , ainsi que nous le verrons.

En passant sur les surfaces muqueuses auxquelles est rapportée la sensation de la soif, l'eau humecte ces surfaces , et fait taire cette sensation pénible. Arrivée dans l'estomac , elle y remplit les diverses indications dont nous venons de parler en énumérant les effets communs aux boissons, et remplit ces indications , sans activer, même au plus faible degré , aucune fonction. Elle est celle de toutes les boissons dont l'usage non interrompu peut le plus contribuer à prolonger la vie de l'homme , et rien n'est plus absurde que le préjugé qui atlri. bue 'a l'eau des qualités échauffantes.

' On prétend généralement c[ue l'eau parfaitement pure , c'est-à-dire distillée et sans air, produit dans l'estomac une sensation de pesanteur. Mais celte assertion peut être révoquée en doute.

L'eau prise dans des doses immodérées , quand il y a des alimens dans l'estomac , rend la digestion lente et pénible , en diminuant l'excitation c{ui doit avoir lieu dans ce viscère pour l'accomplissement de la fonction. Cet effet est d'autant plus marqué que l'individu a l'estomac moins vigoureux et doué d'une moindre force de réaction. Dans ce cas, il semble que les alimens s'altèrent spontanément ; il survient des rapports sans odeur, un sentiment de froid. C'est surtout, comme nous l'avons fait observer à l'égard du lait ( art. Aliment ) , chez les personnes habituées aux toniques, que l'eau, prise immodérément, produit ces effets ; elle peut même produire le vomissement ou la diarrhée.

Ingérée en trop grande abondance hors le temps de la digestion , l'eau se mêle avec les sucs muqueux et acides de l'estomac , se trouble, se met de niveau avec leur température , est absorbée, soit dans l'estomac , soit dans l'intestin grêle , par les radicules de la veine porte , surcharge le système circulatoire d'une inutile quantité de liquides qui sollicitent, pour sortir de l'économie, une action plus active des reins ou de la surface cutanée. L'effet de l'eau sur la membrane de l'estomac est aslhénique, sédatif, chez les sujéts qui ne sont pas capables de réaction ; chez les individus vigoureux , au contraire, l'eau, à une très basse température détermine dans l'estomac une réaction semblable à celle qu'elle produit à la peau. L'eau pure très-froide, en gargarisme, produit le même effet sur la meuibrane pharyngienne dans les maux de gorge : elle les aggrave constamment.

La privation d'eau , pendant le séjour des alimens dans l'estomac , développe dans ce viscère une sensation de chaleur qui peut aller jusqu'à l'état d'irritation. Voici comment se produit ce phénomène: tout aliment , en raison directe de ses qualités stimulantes et de son degré de cohésion , produit à la surface interne de l'estomac une excitation qui détermine une circulation plus active et une sécrétion plus abondante , de la part des villosités qui semblent continuer les artères, et de la part des cryptes muqueux. Or, il doit résulter de cette dépense de liquides nécessaires et tous employés à la dilution de l'aliment, un effet absolument analogue à celui qui se passe dans la bouche et dans le pharynx, lorsqu'à l'occasion de l'action de parler , de déclamer, de fumer, etc. , l'humidité de ces parties est enlevée; il en doit résulter, dis-je , un sentiment de sécheresse , de chaleur , puis d'irritation, phénomène qui n'aui'ait pas lieu si l'eau coopérait , pour la dilution des alimens, aux dépenses de fluides qu'est obligé de faire seul l'estomac.

L'eau est la boisson la plus salutaire que puissent se permettre les hommes nerveux et tous ceux qui sont d'une constitution sèche excitable , ceux dont l'estomac digère facilement , dont la peau est chaude et acre. Je dirais la même chose de tous les individus , s'il ne s'en rencontrait qui , soit à cause d'un tempérament très-lymphatique , soit à cause du peu de réaction de l'estomac, du à une longue habitude des toniques, soit à cause de travaux de cerveau ou de muscles , portés assez loin pour faire diverticulum aux forces de l'estomac , soit

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à cause d'un âge avance ; s'il ne se rencontrait, dis je, des individus qui, à raison de l'un de ces cas , ne peuvent digérer que difficMemcnt des substances alimentaires lin peu résistantes, quand ils n'ont pris que <le l'eau pure pour boisson, Encore l'observation m'a-t-elle plusieurs fois convaincu qu'un peu d'habitude et quelques précautions , comme celle de n'user d'abord de l'eau qu'en très-petite quantité, de ne l'avaler qu'après l avoir bien niclée à la salive , de manger d'abord peu d'alimens, de s'abstenir de tout exercice autre que la conversation ou la lecture h haute voix , etc. , rendent bientôt la faculté de digérer, quand même on n'use que d'eau.

L'eau , pour être potable , doit réunir les conditions suivantes : elle doit être fraîche , limpide , inodore: sans saveur désagréal)le , fade, piquante., salée ou douceâtre. Elle doit être aérée, dissoudre le savon sans former de grumeaux, cuire les légumes secs. Les chimistes ajoutent à ces conditions celle de ne se troubler que légèrement par le nitrate d'argent et par I hydrochlorate de baryte dissous, ce qui prouve qu'elle contient peu d'îiydrochiorates , de sulfates et de carbonates; de ne pas précipiter abondamment par l'oxalate d'ammouiaque, ce qui indique peu de sels calcaires ; de ne pas précipiter sensiblement par le chlore et l'infusion de noix de galle , ce qui indique l'absence des matières animales.

Le moyen le plus simple pour s'assurer de la quantité de matières éU-angères que contient l'eau, c'est de la faire évaporer. Si elle ne laisse que peu de résidu, c'est une preuve de sa pureté.

Le moyen le plus simple pour s'assurer si elle est aérée , c'est d'élever la température d'une partie d'eau jusqu'au moment de l'ebullition ; si elle contient de l'air, celui-ci se dégage sous forme de huiles. Un autre moyen , c'est de verser dans une partie de l'eau qu'on examine et qu'on a placée d'avance dans un flacon à l'émei'i , une petite quantité d'une dissolution de sulfate de fer au ininiinuin d'oxidation : si l'eau contient de l'air, il se forme, après quelques instans , un précipité d'oxide de fer rouge au maximum d'oxidation. Si cet effet n'a pas lieu , l'eau ne contient pas d'air. On peut encore employer pour cet efl'et le protoxide de fer préparé d'après la méthode de Vastner,et conservé humide. Cet oxide , mis en contact avec une eau aérée, prend une couleur ochracée. ( Fojez Chevallier et Payen , Traité des Réactifs, troisième édition, p. 179.) Si d'ailleurs elle est pure, elle sera toujours fade et sans saveur, car l'insipidité de l'eau pure tient à l'absence de l'air. Pour lui rendre ses qualités , il faut la laisser exposée à l'air, et , mieux encore , l'y agiter.

1° 'Veau de pluie est la meilleure et la plus pure qu'on puisse rencontrer; elle contient presque un vingtième de son volume d'air atmosphérique et un peu d'acide carbonique. 11 est quelques précautions à prendre pour la recueillir et la conserver; elles seront indiquées plus bas.

2" Veau qui provient de la fonte des neiges n'a d'autre inconvénient que de ne pas contenir d'air. Nous venons d'indiquer le moyen d'y remédier.

3'J Veau de source n'est que de l'eau de pluie , qui , après avoir filtré à travers la terre , s'être amassée à la surface de couches imperméables, se fait jour au dehors ; elle contient , à la sortie de la terre , moins d'air que l'eau de pluie ; elle est chargée de substances diverses qui résultent des différentes couches qu'elle a traversées, et dont dépend sa qualité. Souvent celte eau confient trop de sulfate et de carbonate de chaux pour être potable. Ces deux sels sont tenus en dissolution par un excès d'acide carbonique, qui, venant à se dégager, se laisse précipiter, et l'eau en devient plus potable. On reconnaît d'ailleurs la trop grande quantité de ces sels dans l'eau, par la difficulté qu'on éprouve d'y faire cuire des légumes ou dissoudre du savon. Celui-ci, en effet, se caillebotte par la combinaison de son huile avec la chaux du sulfate. Cette eau trouble les digestions lorsqu'on n'y est pas habitué. Divers auteurs attribuent à ces eaux la production des goitres et des scrofules. Le fait suivant prouve jusqu'à quel point on doit ajouter foi h cette assertion. Il existe dans la Savoie deux villages dont les habitans boivent les mûmes eaux séléniteuses ; l'un est situé sur la montagne, l'autre dans la vallée. Aucun montagnard n'a le goitre; presque aucun habitant de la vallée n'en est exempt : cependant, celui-ci boit la même eau que l'habitant de la montagne; û la boit même plus aérée et plus saine, puisque c'est en formant mille cascades qu'elle tombe jusqu'à lui. Ce fait m'a élé communiqué par M. Lachaise.

4» Veau de puits ne diffère de l'eau de source qu'en ce que, pour l'obtenir on est obligé de creuser plus ou moins profondément la terre. Comme celte eau reste stagnante, elle conlient moins d'air que l'eau de source ; elle se charge surtout de beaucoup plus de matières étrangères, principalement de sulfate de chaux, qu'elle enlève, soit au sol , soit aux matériaux de construction du puits. Elle précipite abondamment par I hy drochlorate de baryte et par l'oxalate d'ammoniaque. Elle est plus insalubre que celle de source, bi l'on est contraint d'en faire usage, et cju'on y ait reconnu la présence d'une trop grande quantité de sulfate de chaux, on peut diminuer les proportions de ce sel en versant dans cette eau un peu de carbonate de soude ou de potasse , et eu séparant ensuite, par décantation, le carbonate de chaux précipité. Il vaut encore mieux, lorsqu'on le peut, s'abstenir de l'eau de puits; car il n'est guère naturel d'aller chercher à grands frais , dans les entrailles de la terre., ce qu'on peut obtenir facilement et de meilleure qualité h sa surface. Quand on est forcé d'user de cette eau , il faut au moins employer dans la construction du puits les conditions convenables. ( oyez l'article Habitation. )

5o Veau de rivière résulte du mélange des eaux de source et des eaux de pluie. Moins pure que celles-ci , elle l'est plus que celles de source. Elle devient la meilleure de toutes les eaux, quand elle coule rapidement sur un fond rocailleux ou sur un lit de sable. Elle s'imprègne d'air en abondance. Pour la débarrasser des substances étrangères qui s'y mélangent, il faut quelquefois la

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passer au filtre. Dans ce cas , elle perd un peu de l'air qu'elle conlenait.L'eau de j Seine , prise dans Paris , est presque toujours dans ce cas. Une quantité énorme ) de matières végétales et animales putréfiées y est poitée de tous les.points de \\ Paris par une immense quantité d'égouts , par des lieux d'aisance, etc., et rend i impure celte eau si bonne lorsqu'elle est dénuée de ces matières étrangères. On il la dépouille de toutes les matières en suspension et non dissoutes , au moyen de fontaines domestiques dans lesquelles sont des filtres , soit de couches plus \ \ ou moins épaisses de sable de rivière , soit de pierre poreuse. Il faut nettoyer ij ces fontaines des matières terreuses que l'eau dépose à la surface des filtres ; I elles l etardent la filtration , laissent croupir l'eau , et lui communiquent une ! | saveur désagréable. L'eau filtrée, dans certains établisseraens , paraît réunir j plus de qualités que celle qui est filtrée parles fontaines domestiques. D'abord, \ elle est puisée au-dessus de Paris : elle est donc exempte des iaimondices que \ les égouts de Paris versent dans la rivière. Ensuite , l'appareil est disposé de ! manière que l'eau traverse d'abord des éponges qui la débarrassent des matières ■ les plus grossières; qu'elle filtre au travers du charbon en poudre; enfin que, pour reprendre l'air qu'elle a peitlu en filtrant, elle tombe sous forme de pluie, !;i d'une certaine hauteur . en formant plusieurs cascades , dans un grand réservoir ) en bois de quatorze à quinze pieds de large. y

6^ Les eaux de la Seine , analysées avant leur entrée dans Paris , n'offrent pas ^ la même composition sur les deux rives. D'après MM.Vauquelin et Bouchardot , j: on trouve sur la rive droite , en proportion bien appréciable , le carbonate, le il sulfate et l'hydrochlorate de magnésie; sur la rive gauche, il n'y a ni carbo- '( nate ni sulfate de cette même base. Sur la rive droite , les sels déliquescens ne | donnent aucun indice de nitrate ; le contraire a lieu sur la rive gauche. Ces \ difl'érences tiennent à ce que les eaux de la Seine et celles de la Marne ne sont pas encore mélangées. •

7° Les eaux des canaux contiennent beaucoup plus de matières organiques i et de sels que les eaux des rivières. Les sulfates de chaux et de magnésie sont, 1 suivant MM. Vauquelin et Bouchardot, en proportions beaucoup plus fortes fc dans les eaux du canal de l'Ourcq que dans celles de la Seine. La quantité de ;| matière organique est également plus considérable dans le canal de l'Ourcq que u dans les eaux de la Seine puisées même au-dessous de Paris.

8° Les eaux des lacs, des étangs, des marais, excepté celles qu'on trouve .* dans quelques tourbières, contiennent plus ou moins de matières végétales ou I animales. Si l'on est forcé de se servir de ces eaux , il faut les faire bouillir. Les gaz malfaisans se dégagent, les matières organiques se cuisent; on filtre les i eaux à travers le sable , ou , mieux encore , le charbon pulvérisé , puis on leur , redonne l'air dont elles sont privées. ,

A. Conservation de l'eau. — Dans les lieux où il n'existe pas de sources , où j il ne passe pas de rivières, etc., on conserve l'eau de pluie : pour cet effet, 1° on ne doit pas recueillir la première qui tombe lorsque le temps a été longtemps pur, parce qu'elle rencontre dans les couches inférieures de l'atmosphère beaucoup de corps qui finissent par la corrompre ; 2" on doit recueillir l'eau loin des maisons , parce que , outre ces mêmes corps qu'elle rencontre aussi sur les toits, elle entraîne avec elle différens sels de chaux qui viennent des débris de couverture ; 3" par la même raison , pour conserver l'eau , il ne faut pas laisser arriver dans les citernes la première qui tombe, puisqu'elle a lavé les gouttières , ou qu'elle est chargée des substances étrangères de l'atmosphère^ A° il faut entretenir la propreté des citernes, dont il serait utile, d'après M. Chevallier, de garnir le fond de poussière de charbon, et dont la construction exige les mêmes précautions que celle des puits. {Ployez l'article Habitation.) Les moyens employés pour conserver l'eau dans les voyages de long cours , ainsi que pour rendre l'eau de mer potable, seront indiques à l'article Hygiène navale.

B. Altération de l'eau. — Outre les substances que nous venons de signaler comme se rencontrant naturellement dans différentes espèces d'eaux, il en est d'autres qui peu-vent s'y rencontrer accidentellement , et qui sont encore plus nuisibles que les premières. Ainsi, par exemple , l'eau conservée dans des vases de plomb neuf à l'air, l'eau de pluie reçue dans des gouttières de ploîiib, l'eau de soarce, transmise par des aqueducs du même métal, causent des coliques, troublent les digestions; et si ces eaux n'empoisonnent pas , elles déterminent des accidens plus ou moins graves. Une eau ainsi altérée se recounaîtfacileuient | à sa saveur douceâtre, sucrée, métallique. Cette eau d'ailleurs se trouble sur- i le champ si l'on y verse du sous-carbonate de soude, et do.ine , au bout de ! quelques heures , un précipité blanc de sous-carbonate de plomb. Si l'on ajoute j de I hydriodate de potasse, elle donne lieu à un précipité d'un jaune brillant l ( l'iodure de plomb ). Si on y ajoute de l'eau hydrosulfurée , on obtient un pré- j cipité noir de sulfure de plomb. Suivant un rapport fait le 6 de novembre 1827 | à l'Académie royale de médecine par M. Robiquet, au nom d'une commission, | 1 opération du rouissage du chanvre introduit dans l'eau quelques matières délé- 1 tères; mais elle n'y en introduit pas assez pour rendre ce liquide vénéneux. 1 Les accidens qui atteignent ceux qui s'occupent de l'opération du rouissage proviennent moins des principes particuliers du chanvre qui reste dans l'eau, que des émanations qui se dégagent par la fermentation putride qu'on fait subir alors à ce végétal; tout dépend , au reste , de la quantité dans laquelle ces principes délétères du chanvre sont concentrés dans l'eau. Pour rendre cette eau potable lorsqu'elle est stagnante , il faut user à son égard des précautions que nous venons d'indiquer en parlant de l'eau des étangs et des marais. Si, au contraire , l'eau qui a servi à l'opération du rouissage est courante, il suffira de la puiser à quehjues mètres du routoir , et de la filtrer à travers le sable ou le charbon pour la débarrasser des molécules organiques qui y ont été introduites; car , quant aux gaz nuisibles qu'elle renferme , pour peu que son cours soit un

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peu rapide , elle s'en sera débarrassée dans ce trajet. Ils s'y forment d'ailleurs en bien moindre quantité que dans l'eau stagnante, puisque la fermentation putrid* , inséparable du rouissa-ge , est bien moins prononcée que dans celle-ci.

II. Boissons aqueuses rafraîchissantes. — On peut rapporter aux boissons aqueuses rafraîchissantes ce que nous avons dit de l'eau. On les prépare avec des sucs ou des sirops acidulés ou mucilagineux , ou du sucre. On en fait aussi avec des graines dites émulsii'es. C'est ordinairement avec l'orange, le citron, la groseille qu'on fait ces sortes de boissons. Pour avoir une idée juste de leurs efTets ,il suffit de se rappeler ce que nous avons dit (article Aliment) des corps mucilagineux , acides et sucrés , et d'y joindre ce que nous venons de dire de l'eau. Ainsi, un acide étendu d eau sera rafraîchissant ; mais si l'acide domine trop, l'estomac s'en trouvera agacé. Cette boisson conviendra mieux au tempérament sanguin qu'au tempérament très-nerveux. Le mucilage et le sucre rendront la boisson douce et convenable à ce dernier tempérament.

On se sert encore généralement, pour ctancher la soif, de vin étendu d'une grande quantité d'eau, de bière légère ou de petit cidre. Ces différentes boissons étanchent parfaitement la soif; mais elles ne sont rafraîchissantes que d'une manière relative. Ainsi, l'homme habitué aux liqueurs fermentées et alcooliques trouve dans la bière ou dans l'eau rougie une boisson désaltérante et rafraîchissante; l'homme, au contraire , qui fait un usage habituel de l'eau pure, trouve dans la bière et dans l'eau vineuse bien fraîche un liquide qui le désaltère , mais qui n'est rafraîchissant que pour le moment ; en un mot , qui communique bientôt à ses organes une légère dose d'excitation que ne leur causait pas sa boisson ordinaire. Cette excitation , quin'existe pas pour l'homme habitué au vin, est due à la petite portion d'alcool que contient la bière ou l'eau vineuse. Ces boissons doivent donc être rangées dans la classe des boissons fer- ( montées , dont nous allons maintenant nous occuper.

Art. 2. Ejfets des boissons fermentées simples. — Les boissons fermentées proviennent de la réaction , à une température, des corps suivans : eau, sucre et ferment. Elles ont un effet commun : il résulte de l'alcool qu'elles contiennent dans des proportions plus ou moins considérables; mais elles ont des [effets différens qui tiennent , dans chaque liqueur fermentée , aux différons corps li combinés avec l'alcool.

Considérées d'une manière générale, et indépendamment des différences provenant des divers principes constitutifs combinés à l'alcool , les boissons iferraentées , prises dans des doses modérées , excitent , comme les assaisonne- [mens solides, l'estomac , en activent la circulation, en augmentent les sécrétions , en un mot, aident et accélèrent la digestion. Elles sont, pendant ce temps , et comme les alimens solides, acidifiées dans le viscère, et absorbées avec ou plutôt avant ceux-ci. Prises hors les heures du repas, elles ont sur l'estomac vide un effet plus stimulant encore ; mais cet effet est au moins inutile, puisque la stimulation ne dure qu'un instant plus ou moins long, après lequel l'organe qui y a été soumis revient à l'état ordinaire. Tel est l'effet qui a lieu pour l'estomac. Il n'est autre jusqu'ici que celui des assaisonnemens solides.

Mais ce que l'assaisonnement solide ne produit que rarement , et ce que produisent toujours les boissons assaisonnantes, c'est le résultat suivant: la boisson fermentée étend rapidement son effet stimulant 'a toutes les fonctions de l'économie sans exception , de telle façon que l'estomac eu reçoit encore sa part, et que cette seconde stimulation est une nouvelle cause d'activité de la digestion.

Les boissons stimulantes excitent tous les organes et toutes les fonctions à-lafois; elles n'excitent pas plus une faculté qu'une autre ; elles n'excitent pas plus le courage que la locomotion , etc. Toute autre opinion de leur effet nous paraît opposée aux lois de l'organisme ; mais voici ce qui a lieu dans la stimulation générale , et ce qui trompe tous les jours beaucoup de monde. Les organes les jplus irritables, hors le temps de l'ingestion des boissons , sont le plus excités (après l'ingestion de celles-ci. Ce fait, bien différent de celui qu'émettent les fauteurs, sur les effets du vin, ou même du café, est fort simple à interpréter. Dans l'état ordinaire , si un organe se trouve , ou par trop d'exercice, ou par une cause irritante quelconque, plus irritable que les autres, pourquoi, lors qu'une boisson spiritueuse les influence tous également , cet organe , tout en ne recevant que sa part de l'effet de la boisson , ne conserverait-il pas sur les au-

itres la dose prédominante d'excitation qu'il avait avant l'ingestion de celte même boisson ? Ce fait a lieu pour l'état d'excitation compatible avec la santé comme pour l'état d'excitation maladive ; nous l'observons dans l'influence nuisible qu'exerce sur un poumon malade, ou sur une plaie extérieure, l'ingestion d'une faible dose de vin ou d'eau-de-vie.

La gaité que produit une dose modérée de boissons stimulantes est le résultat du sentiment de bien-être, d'activité, de vigueur, que le cerveau perçoit dans tous les organes, bien-être auquel participent également les fonctions de ce viscère. Ce sentiment de gaîté est nécessairement suivi d'un état de langueur ; celui-ci est d'autant plus considérable rfue le premier a été plus vif.

Les effets des boissons assaisonnantes fermentées prises avec excès, sont 1» sur l'estomac , une excitation trop considérable de ce viscère, quelquefois portée au point d'enchaîner son action, comme le ferait une inflammation trèsintense. Alors il en résulte une véritable indigestion , avec vomissement d.e matières d'une odeur aigre et piquante; 2" sur les autres organes , une excitation trop considérable du cœur, d'où résultent des palpitations , un état fébrile; une excitation trop forte du cerveau , d'où résulte une aberration de toutes les facultés intellectuelles et morales; en un mot, une excitation générale, portée trop loin, qui trouble toutes les fonctions et que l'on appelle ivresse. L'abattement succède à cet état , tantôt immédiatement , lorsque l'on continue d'ingérer i des boissons stimulantes; alors l'abattement va jusqu'à la stupeur; d'autres fois,

DlCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

c'est-à-dire quand on a cessé de boire , l'abattement ne vient que quand l'accès d'excitation est passé. Cet abattement dure jusqu'à ce que les organes aient recouvré leur excitabilité. Le sommeil est presque toujours nécessaire pour cet effet, aussi suit-il souvent l'ivresse.

On peut dissiper sur-le champ cet état , dit-on , en faisant avaler , dans un demi-verre d'eau sucrée, huit gouttes d'ammoniaque, ou mieux encore de vingtcinq à trente gouttes d'acétate d'ammoniaque , et en renouvelant la dose au bout de quelques minutes si le sujet rejetait le liquide.

Le renouvellement fréquent de l'ivresse , ou seulement d'un usage trop considérable de boissons fermentées, maintient l'estomac dans un état habituel d'irritation qui devient la source d'une foule de maladies. Il produit le même effet sur tous les autres organes, et cela quelquefois sans endommager l'estomac, et en ne le modifiant que passagèrement. C'est ainsi que l'habitude de l'ivrognerie peut causer et cause .souvent des anévrysmes , des apoplexies, la démence; mais le plus souvent cette habitude porte ses effets sur l'estomac même, le duodénum ou le foie , et cause des gastrites , des duodénites , des hépatites tantôt aiguës , tantôt chroniques, et même des squirrhes et des cancers de ces organes , etc. , suivant les tempéramens des ivrognes , et la manière dont leurs organes sont modifiés par les stimulans.

Est-ce en influençant les nerfs de l'estomac , et par ce moyen les organes qui sont en rapport d'action avec ceux de la digestion , est-ce en passant dans la circulation , que les boissons fermentées excitent les organes éloignés de l'estomac ? Il est probable que les boissons agissent par l'absorption de quelques-uns de leurs principes , puisqu'il existe toujours un certain intervalle depuis l'instant de l'ingestion jusqu'à celui où la boisson produit son effet; cependant l'ivresse commence avant que la plus grande partie des spiritueux aient quitté l'estomac, et le rejet de ceux-ci la fait cesser.

Dans quelles circonstances peut-on en général user des boissons fermentées? Les boissons assaisonnantes fermentées conviennent à peu près dans les mêmes circonstances que les assaisonnemens solides. Ainsi , tempérament lymphatique, peu d'excitabilité de l'estomac, travail des muscles pénible , âge avancé, température froide ou extrêmement élevée et énervante, alimens résistant aux forces gastriques , et ne sollicitant pas assez l'action de l'estomac , telles sont, en résumé , toutes les circonstances dans lesquelles on peut se permettre lesi boissons assaisonnantes. Ai-je besoin de dire que celles dans lesquelles on doit s'en abstenir, ou dans lesquelles ces boissons sont au moins inutiles sont les suivantes : tempérament bilieux ou sanguin , excitabilité suffisante des organes , et notamment de l'estomac, repos ou exercice très-modéré , jeunesse , culture des lettres ou des sciences , tempéi-ature moyenne, alimens suflisamment excitans pour être bien digérés? Passons maintenant aux effets particuliers des boissons fermentées qui sont le plus en usage chez les nations modernes. I. Vin. — C'est le produit de la fermentation du suc de raisin appelé moût.

A. Composition. — Le vin est principalement composé d'alcool, d'eau, de mucilage , de matière végéto-animale , d'un principe colorant , d'acide acétique, de tartrate acide de potasse (tartre) , de tartrate de chaux , d'hydrochlorate de soude , de sulfate de potasse , etc. , et d'un huile aromatique non isolée , qui forme le bouquet du vin , et qui est spéciale à chaque espèce. Tous ces matériaux se trouvent à peu près dans le mout , excepte l'alcool, qui résulte de la réaction plus ou moins complète du sucre et du ferment, et qui donne au moût des propriétés différentes de celles qu'il possédait dans son état primitif. La formation de l'alcool est donc le principal résultat de l'opération suivante.

B. Préparation. — Pour obtenir le vin, on abandonne le moût dans des cuves , à l'air, et à une température de 10 k 12 degrés. La fermentation est à peu près à son maximum au bout de trois à cinq jours, et à son déclin au bout de huit jours et quelquefois treize. On verse la liqueur dans des tonneaux, où elle continue encore pendant quelques mois à fermenter.

Les vins rouges se préparent avec les raisins noirs revêtus de leur enveloppe (c'est dans cette enveloppe que réside le principe colorant) ; les vins blancs, avec les raisins blancs , ou avec le moût seul des raisins noirs ; les vins mousseux ne sont que des vins mis en bouteilles avant que la fermentation sensible soit achevée ; les vins doux sont ceux qui contiennent du sucre qui n'a pas été décomposé, soit parce qu'il était en excès dans le moût, comme cela a lieu dans les pays très-chauds , soit parce qu'on a ajouté du sucre au moût, avant que la quantité de sucre excédât celle qui est nécessaire à la fermentation.

Le détail des procédés à l'aide desquels on pratique ces opérations sort du domaine de ce Dictionnaire.

C. Effets. — Les effets tant locaux que généraux des vins sont ceux que nous avons énoncés en parlant des effets communs à toutes les boissons fermentées ; de plus , certains effets particuliers dont nous allons tenir compte en parlant des différens vins.

Si l'effet le plus général , l'effet excitant du vin, tenait uniquement à la plus ou rnoins grande quantité d'alcool que ce liquide renferme , il suffirait, à l'exemple de quelques auteurs , de transcrire le tableau qu'a fait M. Brande s'ur les vins , considérés relativement aux proportions d'alcool qu'ils contiennent, pour donner une idée juste de leurs effets plus ou moins excitans sur l'économie. Mais, ou il n'en est pas toujours ainsi , ou bien il faut accuser d'inexactitude le tableau de M. Brande et les analyses de quelques autres chimistes. Il est en effet des espèces de vins qui sont désignées comme donnant à la distillation moins d'alcool que d'autres espèces , et qui sont pourtant plus excitantes. Cela ne tiendrait-il point à ce qu'une partie de l'alcool ne se trouve pas dans un état assez libre pour agir sur l'économie ? Si l'on en croit Neumann , le vin de Bourgogne contient moins d'alcool que le bordeaux; cependant tout le monde sait que celui-ci çst moins excitant que le précédent, qu'il produit moins prompte-

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ment l'ivresse, qu'il est lourd à digérer. Cet exemple , il est vrai , ue prouve pas contre les conséquences qu'on pourrait tirer du tableau de M. Brande : car cet auteur donne au bourgogne plus d'alcool qu'au bordeaux; mais l'on peut trouver dans ce tableau beaucoup d'exemples qui prouvent ce que je viens d'avancer. Ainsi l'ermitage et la côte-iôtie, vins de la côte du Rhône, sont portés dans ce tableau comme contenant I2parties d'alcool sur 100, et le bourgogne 14. Cependant les premiers l'emportent sur le dernier en qualités excitantes; ils sont plus capiteux. Les proportions d'alcool ne doivent donc pas seules nous guider pour spécifier l'effet stimulant des différens vins; il faut encore tenir compte de la manière dont la nature a combiné cet alcool. Or il est probable que dans ces vins peu excitans, qu'on trouve pourtant à l'analyse si riches en alcool , une grande quantité de matière extractive , de matière résineuse, neutralise en partie les effets de cet agent en se combinant avec lui. Peut-être aussi que les vins des différens pays ont été^nalysés par M. Brande dans des années extrêmement différentes en température. Quoi qu'il en soit, le vrai moyen de déterminer, les effets des vins me paraît être de mettre toujours en premièie ligne l'observation de ces effets : les analyses chimiques servent ensuite à interpréter ce qui a été observé.

On peut avancer d'une manière générale que, dans la même espèce , les vins rouges sont moins excitans que les blancs. Ce fait viendrait assez à l'appui de l'opinion que nous venons de hasarder, savoir, que dans les vins rouges la matière colorante résineuse s'empare d'une portion assez considérable de l'alcool , et neutralise, jusqu'à certain point, l'action irritante que celui-ci va porter dans nos organes. Ce fait vient aussi quelquefois de ce que le vin blanc contient réellement plus d'alcool que le rouge de même espèce; par exemple, l'ermitage blanc contient 17 parties sur 100 d'alcool, et le rouge n'en contient que 12.

Les vins rouges les moins excitans sont ceux du Rhin et ceux de Bordeaux. On leur attribue la propriété Ionique par excellence : ils contiennent beaucoup détartre, de matière extractive colorante et de tannin. C'est à ces principes, qui leur donnent de l'àpreté, et qu'ils ne perdent qu'après plusieurs années, qu'on attribue cette pre'tendue propriété tonique. Les vins du Rhin, qui contiennent beaucoup d'acide tartarique , n'ont acquis toute leur perfection qu'après dix à vingt ans ; ils sont peu alcooliques. Dans le tableau de M. Brande, ils sont portés comme contenant 13 à 14 parties d'alcool, et les vieux seulement 8. On concevra donc bien pourquoi ils sont peu excitans, si l'on tient compte des autres principes qui les composent. Ces vins n'enivrent que pris dans des doses considérables. Ils sont ceux qui , parmi les vins secs, conviennent le mieux au.x personnes irritables.

Les vins rouges les plus capiteux sont ceux de Languedoc , de Eoussillon , de Provence. Le Roussillort contient, terme moyen, suivant M. Julia Fontenelle, 21 parties d'alcool sur 100.

Les vins qui tiennent le milieu pour les qualités excitantes entre ceux du midi et ceux de Bordeaux, mais dont la saveur et le bouquet ne souffrent de comparaison avec aucun autre vin , sont ceux que l'on récolte entre Chàlons et Dijon , tels que les Mercurey , les Santenay , les Chassague (parmi lesquels se trouvent les Mont-Rachet) ; les Meursault (dont les vins blancs sont si estimés) ; les Volney , les Pomard , les Aloxe (parmi lesquels se trouve le Corton); les Nuits (parmi lesquels se trouve la Romanée); les 'V^osne (parmi lesquels se trouve le vin de La Tache) ; le clos de Vougeot , les Gevrey ( qui renferment le Chamberlin). Ce sont ces espèces qui mettent, sous le rapport des vins, la France au-dessus de tous les pays du monde. Elles jouissent presque toutes d'une saveur délicieuse , d'une propriété tonique portée à un haut degré, d'une digestibilité supérieure à tous les vins, et d'une propriété excitante moyenne, c'est-à-dire , qui tient un juste milieu entre tous les vins de France.

On trouve encore des vins jouissant à peu près des mêmes propriétés , mais de qualités savoureuses beaucoup moindres, dans certains cantons du Maçonnais, tels que celui où se trouve le Moulin-.-i-Vent , tels que les Thorins , les Fleuri, les Chenas , les Juillennas , les Brouilli, les Saint-Léger, etc. Ces vins , dans lesquels les principes acides dominent plus que dans les vins du midi et dans ceux de Bordeaux, forment , mêlés à l'eau , la boisson la plus ordinaire de Paris, et la plus agréable dont on puisse faire usage pendant le repas.

Ceux des vins blancs dont on fait usage comme boisson ordinaire, sont ceux qui ne contiennent plus de mucoso-sucré , par exemple les Pouilli, îesFuisset, les Chintré, les Chablis.

Les vins de Champagne mousseux doivent, comme nous l'avons dit, la propriété de mousser au gaz aride carbonique qu'ils contiennent, gaz que dans les autres vins on a laissé échapper entièrement en les laissant dans la cuve. La saveur vive et piquante qu'ont ces vins , tant qu'ils contiennent le gaz , se transforme en une saveur beaucoup moins prononcée, dès qu'ils l'ont perdu. Si ces vins sont aussi excitans qu'on le croit généralement, ils doivent tenir du gaz acide carbonique une partie de cette propriété excitante: cai les vins blancs de Champagne les plus alcooliques ne contiennent pas plus de 13 parties d'alcool , les rouges 11 et 12. On fait aujourd'hui des vins mousseux avec les vins de Bourgogne; ils sont plus stiinulans , plus sucrés, plus nutritifs, et moins légers que les préccdens.

IL f^insdoux. C'est à tort que dans certains traités d'hygiène on avance d'une manière absolue que les vins doux sont très-alcooliques. Nous avons vu qu'une proportion de sucre excédant celle qui est nécessaire à la fermentation de l'alcool, donne seule à ces vins la propriété de rester doux; d'ailleurs beaucoup d'entre eux contiennent moins d'alcool que les vins secs : sur 100 parties , le Fronlignan ne contient que 12 d'alcool , le Lunel 15; au contraire , le Bourgogne en contient 14, le Madère 22. A quantité égale d'alcool , ils peuvent être plus excitans que les rouges; c'est cela seul qu'il fallait peut-être avancer,

) BOISSON. t

mais ce dont encore il faudrait préalablement bien s'assurer. Tout ce qu'on peut dire sur les vins doux, c'est qu'ils contiennent un principe nutritif que ne ren- ' ferment plus les vins secs , passent moins rapidement que ceux-ci sur l'estomac, j I et jouissent à un moindre degré de la faculté de réveiller son énergie. Ils em- i j pdtcnl, pour me servir de l'expression vulgaire, et ôtent l'appétit; ils ne con- [ ! viennent pas aux estomacs qui digèrent lentement. Comme ils contiennent i \ encore des parties fermentescibles , ils peuvent occasioner des aigreurs : l'ivresse > I qu'ils provoquent cause des indigestions. |

Les principaux vins doux de France sont ceux de Rivesalte , de Frontignan i et de Lunel. ;

Les vins doux exotiques que nous buvons en France appartiennent à la Grèce, ] à l'Espagne et à l'Italie , mais plus souvent encore ces prétendus vins exotiques li .sont fabriqués en France. 1

'Les \ms jaunes et secs sont d'autant plus excitans qu'ils viennent de pays i plus méridionaux. Ce sont surtout eux qui sont employés comme assaisonnement pour solliciter l'action de l'estomac. Le principal et le plus alcoolique d'entre eux est le Madère , qui contient jusqu'à 24 parties d'alcool sur 100. Ces : vins ne conviennent pas aux personnes irritables.

Les vins cuits sont préparés ou avec des raisins sèches au soleil en tordant la grappe sur la vigne, ou avec des raisins dont on fait concentrer et réduire sur le feu , jusqu'à consistance sirupeuse, le moût, avant de le laisser fermenter. Ils ont un goût sucré, mais ils manquent de bouquet , parce que celui-ci a été détruit par la cuisson. Ces vins peuvent être mis en usage dans les mêmes circonstances que les vins doux : ils sont ordinairement très-forts. LeMalaga contient 18 parties , sur 100 , d'alcool. Oa peut donner avec avantage ces vins aux vieillards , pour ranimer des organes languissans , pourvu toutefois qu'on ne les donne pas (ce qui n'a lieu que trop souvent) quand ces organes sont attaques d'irritation.

Les vins , pour être potables, doivent avoir au moins un an II y a toujours de l'avantage à user des vins vieux : leur digestibilité , leur saveur, leur odeur, sont infiniment au-dessus de celles des vins nouveaux. Ceux-ci occasionent souvent des rapports aigres. L'ivresse des vins vieux n'est pas aussi souvent accompagnée d'indigestion que celle des vins nouveaux.

Les vins i/ei-ts , et tous ceux qui résultent des raisins qui ne sont pas mûrs, produisent à peu près les mêmes effets. On peut, jusqu'à un certain point, prévenir la verdeur, en faisant évaporer le jus de raisin , s'il est trop aqueux, et en y ajoutant, pour remplacer la matière sucrée qui manque, une certaine quantité de sucre brut. Ces vins manquent de bouquet.

Les vins aigres produisent des, coliques. « M. Bézu , pharmacien à Bourbonne-Ies-Bains , est parvenu à suspendre la fermentation acide du vin, eu plongeant des vessies pleines de glace dans les tonneaux qui le contiennent. » (Archives. ) On arrive au même but avec la craie, c'est-à-dire en saturant par ( la chaux de la craie les acides acétique et tarlrique e.xcédans ; mais, suivant | MM. Chevallier et Richard {Dictionnaire des Drogues) , cette désacidifîcation i donne au vin un goût désagréable. Lorsque les personnes préposées par la po- 1 lice à la visite des caves rencontrent des vins aigres , elles doivent ordonner que | ces vins soient versés de suite dans des tonneaux à vinaigre, car si l'appât du ) gain ne conduit pas à les vendre tels qu'ils sont, il conduit à dénaturer leur saveur par des agens quelquefois dangereux.

On enlève au vin , au moyen de l'huile d'olives bien fraîche , le goût et l'odeur de fût qu'il contracte dans des tonneaux recouverts de moisissure , et qui donne des rapports si désagréables. Pour cet effet, on verse l'huile dans le vin détérioré ; on agite fortement le mélange , et on laisse reposer le tout pour que les deux liquides se séparent, l/a quantité d'huile est de deux livres par pièce.

Il est nuisible de changer de vins dans le repas , et surtout de le terminer par des vins doux. i

Les circonstances générales dans lesquelles on doit user du vin ont été indiquées en parlant de l'effet des boissons fermentées {vojcz ce passage). Quant au choix des vins, il se déduira des propriétés que nous avons reconnues à chaque espèce devin, et des circonstances particulières dans lesquelles sera placé l'individu. Des indications plus spéciales seraient superflues, après ce que nous avons dit.

Falsifications du vin. — On falsifie le vin lo par le protoxide de plomb (litharge), pour masquer son acidité. Les vins lithargyrés ont une saveur styptique , métallique, sucrée; si on les soumet à l'épreuve des réactifs, il faut avoir soin préalablement de les décolorer , si ce sont des vins rouges. Pour cel effet, on les mêle avec du chlore liquide , on chasse l'excès de chlore en faisani bouillir , on filtre, et on traite par l'hydrogène sulfuré , qui donne un précipité noir, ou par l'hydriodate de potasse, qui donne un précipité jaune, si le vin essayé contient du plomb. Les vins blancs n'ont pas besoin d'être soumis à l'action du chlore.

Enfin , si l'on fait évaporer les vins dans une capsule de porcelaine , et qu'or calcine , à vase clos, le résidu jusqu'au rouge avec du charbon en poudre, ils donnent, après trente à quarante minutes, du plomb métallique. Ces vins peuvent causer de graves accidens. Les symptômes produits dans ce cas seraieni ceux d'une gastrite, si le vin était très-chargé de lilhargc et bu abondamment Si le vin litliargyré n'était pris qu'à une dose modérée et que son usage fût con tinué , il déterminerait à la longue une maladie chronique du canal digestif.

2" Par l'alun , pour les rendre plus l ouges , moins altérables , et leur donnei une saveur astringente. Ces vins, décolorés par le chlore, précipitent en blanc par l'ammoniaque et par la potasse ( ce dernier alcali doit rcdissoiidre le précipité ) . par le sous-carbonate de potasse ou de soude , par le nilrale ou l'iiydi ochlorate de baryte. Celte falsification ne produirait des accidens que si l'alun

BOISSON

était pris à très-grande dose { on le donne impunément en médecine à la dose d'un et jusqu'à six gros en vingt-quatre heures dans une ou deux livres de véhicule ). Les animaux auxquels on a donné beaucoup d'alun vomissent ; et ceux chez lesquels on empêche les vomissemens , en liant l'œsophage, meurent au bout de quelques heures , et présentent une inflammation vive et une sorte de cautérisation de l'estomac et des intestins. L'alun ne paraît agir que localement {vojez les expériences de M. Orfila , consignées dans le tome 19 des Àrchwes).

30 Par du poiré ou de l eau-de-vie. Ces falsifications n'ont d'autre résultat que de changer les propriétés excitantes et la saveur des vins. On les reconnaît à l'odorat et au goût.

La fabrication , ou simplement la coloration des vins avec les bois d'Inde et de Fernambouc , avec le tournesol en drapeau et les laies d'hieble , de troène et de myrtille , se reconnaissent à la saveur astringente du vin , aux taches qu'il produit sur le linge, et au moyen des dissolutions d'alun, de proto- Lydrochlorate et de deuto-hydrochlorate d'étain.

Voici le procédé que conseille M. Or61a. On commence par faire les trois dissolutions suivantes : 1" quatre gros d'alun dans cinq onces d'eau distillée; 2" un demi-gros de liqueur fumante de Libavius dans deux onces d'eau distillée ; 3° un gros de proto hydrochlorate d'étain, dans deux onces d'eau distillée. On verse , dans une demi-once de vin , dont on veut connaître la nature, à peu près un demi-gros de chacune de ces dissolutions , que l'on décompose au moyen de quelques gouttes d'ammoniaque; l'alumine et les oxides d'étain se précipitent, entraînent la matière colorante , et on obtient les précipités indiqués dans le tableau suivant de M. Orfila.

NOMS DES VINS ou

(les malières

qui les colorent.

Vin de Bourgogne. . .

Vin de Maçon

Vin de Bordeaux...

Baies de MyiUlle. , . .

Baies d'Hiéble

Baies de Troène. . . .

Bois de F'eruambouc.

Bois d'Inde

Tournesol

PRECIPITES par l'aluu et

par l'ammoniaque.

Couleur de bronze

foncé

Idem

Idem

Olive Ibncé vu par réflexion

Olive clair vu par réflexion. . . »

Yerl foncé

Rouge violet

Lie de vin très-foncé.

Bleu vu par réflexion et rouge par réfraction

PBECIPITES par le proto-Iiydroclilovate d'étain et

par l'ammoniaque.

PRECIPITES par le deuto-bydroclilorate d'étain et

par l'ammoniaque.

Bleu sale plus ou

moins clair

Idem

Idem , . . ,

Gris ardoise ,

Vert olive grisâtre..,

Gris ardoise ,

Violet ,

Idem ,

Bl(^u d'azur clair. . . ,

Bleu ou gris foncé

bleuâtre.

Gris foncé bleuâtre.

Bleu très-foncé.

Gris de (ér foncé.

Gris vert bouteille.

Gris brun.

Rouge brun foncé.

Brun foncé.

Bleu d'azur funcé vu par réflexion.

Un travail lu à l'Académie royale de Médecine par M. Chevallier , le 4 mars 1826 . et publié depuis ce tableau de M. Orfila , donne les résultats suivans :

1° La potasse peut être employée comme réactif pour faire reconnaître la couleur des vins naturels, qu'elle fait passer du rouge au vert bouteille ou au vert brunâtre ;

2° Le changement de couleur produit sur les vins par ce réactif est différent, lorsque les vins sont plus âgés ;

3» Il n'y a pas de précipitation de la matière colorante par l'addition de la potasse, cette matière restant en dissolution dans la liqueur alcaline;

4° L'acétate de plomb ne doit pas être employé comme réactif pour reconnaître la coloration des vins , ce sel étant susceptible de donner, avec ces liquides colorés naturellement, des précipités de couleurs diverses;

5° Il en est de même de l'eau de chaux , du muriate d'étain additionné d'alcali volatil, du sous-acétate de plomb ;

6» L'ammoniaque peut être employé à faire reconnaître les vins naturels , les changemens de couleur qu'il détermine dans ces liquides ne variant pas d'une manière bien sensible ;

■ 1° Il en est de même de la solution d'alun à laquelle on ajoute une certaine quantité de potasse en solution.

III. Cidre. C'est le produit de la fermentation du jus de pomme. A. Préparation. — Elle consiste à écraser dans une auge circulaire, au moyen j de deux meules verticales , mises en mouvement par un cheval ou par tout autre agent d'impulsion , des pommes aigres , acerbes , amères , douces , acres , ,j ordinairement d'une saveur peu agréable, cueillies et laissées en tas depuis un certain intervalle de temps. Quand les pommes sont réduites en pulpe on en verse le jus dans des tonneaux, après l'avoir laissé cuver ordinairement très- ,'j peu de temps , quelquefois sans avoir j'ris cette précaution. Le cidre entre en ] fermentation, rejette l'écume qu'il contient ; ou ferme le tonneau, et vers le pj mois de mars, la liqueur, de douce qu'elle était, devient piquante ; on peut ,jj alors la tirer en bouteilles ; elle y devient mousseuse. Dans les pays où le cidre est la boisson habituelle , c'est-à-dire en Normandie et en Picardie, on ne met ((||quebien peu de cidre en bouteilles. On laisse achever la fermentation dans le tonneau , et quand le cidre a suffisamment fermenté ( est paré) , ce qui a lieu «près environ six ou huit mois , suivant la force du cidre ; on en tire au tonneau tous les jours la quantité seulement nécessaire à la consommation de chaque repas : ceci se pratique rarement avant que le cidre soit coupé d'eau. On obtient le cidre léger (petit cidre) en soumettant la pulpe des pommes (marc) dont on a exprimé le jus, à la pression et à l'eau, et en faisant fermenter.

l'il

BOISSON

Celui-ci , contenant moins de parties fermentescibles, est plus promplement paré que le cidre fort ( gros cidre ).

B. Composition. — Le suc de pommes contient de l'eau ,du sucre, du ferment, du mucilage , des acides malique et acétique ; le résultat de la fermentation est la décomposition plus ou moins <;omplète du sucre et du ferment en alcool. Le suc de pommes ainsi que le cidre contient encore quelques autres principes , comme une çialière extractive amère, un principe colorant , etc.

C. Effets. — Les effets du cidre varient suivant le degré d'ancienneté et la force de celui dont ou fait usage.

Nouveau, d'une saveur douce et sucrée, chargé de mucilage et contenant encore très-peu d'alcool , le cidre excite peu l'estomac , est lourd , produit sur les intestins une action purgative, avec formation d'une certaine quantité de gaz; il n'a pas encore assez fermenté pour produire sur les autres organes d'effet excitant bien sensible , et pour accélérer aucune fonction. Il ne peut être pris dans cet état pour désaltérer , ni pour accélérer la digesticm ; il contribuerait plutôt à la ralentir, comme le font toutes les substances mucilagineuses ; il peut convenir aux personnes dont la poitrine est irritable, pourvu que leur estomac et leurs intestins soient en bon état.

Moins voisin de l'état de moût , mais mis en bouteilles peu après cet état, le cidre qui a subi dans ces vases une fermentation étouffée, qui est piquant, chargé d'acide carbonique , et mousse beaucoup, produit encore un peu l'effet dont nous venons de parler. Cependant , comme le mucilage sucré est en partie détruit par la fermentation, lecidre stimule davantage l'estomac, estplus léger, se digère plus facilement, exerce sur tous les organes une influence excitante qui peut être portée jusqu'à l'ivresse. Le cidre , dans cet état , contient encore beaucoup de parties propres à la nutrition. Il ne peut déjà plus être employé dans les mêmes cas que le précédent; cependant il n'est pas encore très-propre à aider la digestion.

Enfin quand tout le sucre qu'il contenait se trouve converti en alcool, le cidre est paré , ne jouit plus de sa saveur douce; il stimule assez fortement tous les organes, est moins lourd à digérer, contient beaucoup moins de matières nutritives , et devient capable de donner lieu à une ivresse tout aussi forte et tout aussi durable que celle produite par quelque vin que ce soit; c'est dans ce cas que le cidre peut être employé comme boisson assaisonnante. Il convient dans les mêmes circonstances que celle-ci {voyez le passage oii sont indiqués les effets généraux des boissons fermentées). Relativement à sa force, le cidre paré peut être divisé, pour ses effets , en gros cidre, en cidre moyen (mitoyen') , et en petit cidre. Le gros cidre est celui qu'on obtient des pommes avant l'action de la presse; il n'y entre point d'eau, ou il n'y en entre qu'une très-petite quantité, qui y est versée quand la meule broie les pommes. C'est le plus excitant. Il est probable que c'est à cette espèce de cidre que, dans son tableau , M. Brande donne 9,87 d'alcool sur 100. C'est ce cidre que nous avons eu en vue en indiquant les efiets du cidre paré.

Le cidre appelé mitoyen est celui que l'on obtient soit en ajoutant aux pommes une quantité d'eau variable , suivant la qualité de celles-ci , et qui peut équivaloir à une quantité égale de leur jus , et en brassant le tout ensemble; soit en mêlant les gros et les petits cidres parés immédiatement avant de les consommer. Cette boisson est très-saine , excite beaucoup moins que la première , qu'on ne peut boire qu'en petite quantité ; elle contient encore assez d'alcool et de principe amer pour aider la digestion , pour agir comme tonique et stimulant, et cependant elle conlient assez d'eau pour bien rafraîchir et pour être prise en certaine quantité pendant l'indigestion des aliraens solides.

Les petits cidres, soit qu'ils résultent de la pression du marc sur lequel on a versé une certaine quantité d'eau , soit qu'ils résultent d'une seconde addition d'eau au gros cidre , forment une boisson très-rafraîchissante , qu'on pourrait , pour ses effets , ranger dans la classe des boissons aqueuses acides , si le peu d'alcool qu'elle contient ne lui faisait trouver place ici.

La mauvaise habitude qu'on a , dans les pays à cidre , de tirer au tonneau , et de mettre en consommation un tonneau souvent très-grand , pour peu de monde , fait que , lorsque le vase est aux trois quarts vidé , le cidre s'altère plus ou moins. Alors il perd sa sapidité et devient plat, ou il passe à la fermentation acéteuse, devient d'une acidité très-prononcée , et agit sur l'estomac à la manière des acides végétaux concentrés. On pourrait obvier à cet inconvénient , en versant dans le tonneau en vidange une petite quantité d'Jiuile qui donnerait lieu à une couche qui intercepterait toute communication avec l'air.

D. Sophistication. — L'emploi de l'oxide de plomb pour détruire l'acidité du cidre, est rare , mais dangereux. Le plomb pourrait avoir été introduit innocemment dans le cidre , par l'habitude qu'ont certaines personnes de remplir de plomb fondu les fissures qui existent dans le bois des auges. Dans tous les cas , ce métal s^e reconnaît, comme nous l'avons dit à l'article Vin.

L'usage de la craie et de la cendre pour saturer l'acide excédant du cidre, n'a pas de grands inconvéniens. ( Foyez l'article Vin. ) Les autres moyens mis en usage pour donner de la couleur au cidre , comme les décoctions des coquelicots , etc. , sont peu nuisibles.

Poiré — C'est le produit de la fermentation du jus de poires. Sa préparation, sa composition, ses effets, sont à peu près les mêmes que ceux du cidre. M. Brande ne lui a trouvé que 7,26 d'alcool sur 100. Cependant il passe, et à juste titre, pour être beaucoup plus précieux que le cidre; à la distillation, il donne même plus d'eau-de-vie que celui-ci. Il est d'une saveur plus piquante et est moins nutritif que le cidre; il convient moins que celui-ci aux gens nerveux : il agit sur l'économie à la manière des vins mousseux. Le poiré se conserve peu ; il faut le boire de suite. On en fait rarement une boisson de ménage.

IV. Bière. — En France , c'est le produit de la fermentation de l'orge , préa-

BOISSON

lalilement germée et torréfiée. La bière contient de la gomme , du sucre, de l'amidon , un principe amer , un peu de gluten , moins d'alcool que le cidre. La bière forte contient fi, 80 pour 100 de ce principe; le porter de Londres, 4,20; la petite bière , 1,28.

Effets. — La bière forte, comme celle de Bruxelles, excite vivement l'cstotomac et toute l'économie ; elle contient peu de principes nutritifs; prise en trop grande quantité , elle produit une ivresse accompagnée d'indigestion. Cette bière bien brassée est un tonique généreux. Celle qui n'a pas été bien brassée , qui tient de la levure en suspension , etc. , occasione des coliques avec dégagement de gaz, la dysenterie , et quelquefois l'ischurie ; mais plus ordinairement, même quand elle a été bien brassée, des écoulemens muqueux aux parties génitales. On ne doit user de la bière forte que comme assaisonnement; elle peut , quoique imparfaitement , remplacer le vin dans les pays froids et humilies où manque cette boisson.

La petite bière rre stimule que légèrement la membrane muqueuse de l'estomac ; elle contient peu de molécules nutritives , est facile à digérer, désaltère subitement et d'une manière durable. C'est sa propriété si peu excitante , qui la rend nuisible à la digestion des personnes habituées au vin. Prise en trop grande quantité , elle excite, comme toutes les boissons aqueuses, la sécrétion rénale ; elle active aussi les sécrétions muqueuses du canal intestinal , et quelquefois (comme la bière forte) celle de l'urèthre et du vagin. La bière légère est, après l'eau, la boisson qui convient le mieux aux tempéramens secs, bilieux, nerveux , et à tous ceux dont les organes sont doués d'une force de réaction suffisante.

La bière forte et légère n'est bonne à boire, n'est suffisamment stimulante pour l'estomac, et digestible, que lorsque sa fermentation est bien développée. En Belgique, on la laisse s'achever dans les tonneaux; en France, dans les bouteilles. Ce dernier procédé rend la bière infiniment plus agréable en France qu'en Belgique.

L'hydromel vineux résulte de la fermentation de Teau miellée mise en contact avec la lavure de bière. Cette boisson peut remplacer la bière et le vin.

Art. 3. Effets des boissons Jermentées et distillées , ou boissons alcooliques ^ boissons spiritueuses. — Les boissons alcooliques sont les produits inflammables des liquides fermentés. La base de ces boissons est l'alcool, (f^oj-ez ce mot. ) On extrait les boissons alcooliques de tous les liquides fermentés en distillant oeux-ci. Comme l'alcool est beaucoup plus léger que les liquides auxquels il se trouve combiné , il passe le premier à la distillation.

A. Effets. — Les liqueurs alcooliques ont des effets plus prononcés que les liqueurs fermentées, parce que dans celles-ci l'alcool est toujours noyé dans une plus ou moins grande quantité d'eau , et souvent combiné avec des corps qui neutralisent en partie ses propriétés excitantes. Pour que l'on se fasse une idée du mode d'action des liqueurs alcooliques, disons un mot de l'alcool pur. L'alcool très-concentré , marquant quarante degrés à l'aréomètre, détermine une sensation de chaleur brûlante sur les parties qu'il traverse pour arriver à l'estomac , augmente la sécrétion de la membrane muqueuse de cet organe, et coagule en môme temps tous les fluides albumineux qu'il y rencontre, le brûle à la manière d'un véritable caustique affaibli par la salive et le suc gastrique auxquels il s'est mêlé ; puis , rapidement absorbé , il va produire sur le système nerveux un effet stimulant que suit immédiatement la stupéfaction la plus complète. Cet effet se manifeste par les convulsions , la dilatation des pupilles , la difficulté de l'inspiration , le coma et la mort.

Les liqueurs alcooliques du commerce, quoique moins concentrées, n'en produisent pas moins , lorsqu'elles sont prises à certaine dose, de violentes inflammations de l'estomac , et des accidens cérébraux très-graves , tels que le delirium tremens , l'apoplexie , l'ataxie; souvent même ces accidens se terminent par la mort.

L'usage des liqueurs alcooliques, lorsqu'il peut être continué sans produire l'inflammation aiguë, a toujours l'inconvénient d'émousser la sensibilité de l'estomac , d'en épaissir la muqueuse, de diminuer l'appétit; effets qui, se répétant sur les autres organes, émoussent la sensibilité générale et produisent ce qu'on appelle V abrutissement phjrsique et moral , la démence , une vieillesse précoce, la paralysie; enfin, d'après les observations rapportées par M. Pierre- Aimé Lair et beaucoup d'autres auteurs , l'habitude des boissons alcooliques donne aux organes la propriété de s'enflammer jusqu'à leur entière destruction, par et même sans le contact d'un corps eu ignition. Il paraîtrait, d'après les expériences faites par M. Magendie sur les animaux , que les alcooliques font violence aux vaisseaux absorbaus , et s'introduisent dans la circulation sans être assimilés.

Bien plus ordinairement, l'usage habituel des liqueurs alcooliques produit des irritations de l'estomac, des altérations et des dégénérescences de toute espèce.

Les liqueurs alcooliques ne sont utiles que dans les climats très-froids , trèshumides ou très-chauds , pour y exciter le système nerveux, pour s'opposer aux effets énervans du froid et de la chaleur. A très-petites doses , elles peuvent être utiles dans les circonstances que nous avons mentionnées en parlant des boissons fermentées. ( P'ojrez ce passage.) Elles ne doivent jamais être prises (fuand il n'y a rien dans l'estomac , car alors elles stimulent ce viscère en pure perte, elles en épuisent l'excitabilité sans profit; de plus elles agissent sur ses parois en masse bien plus considérable , et dans un degré de coucentration plus fort que lorsqu'elles rencontrent et saturent un bol alimentaire qui divise leurs molécules ou y mêle des principes aqueux. C'est surtout chez les gens du peuple , qui , pendant leur vie , ont en l'habitude de boire des alcooliques 4 jeun , qu'on trouve , après la mort , ces cancers , ces squirrhes , ces carciiio-

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mes , ces cpaississcmensdel'estomac et du pylore. L'abus des alcooliques, join; • à la multiplicité des arts sédentaires pratiqués dans les lieux les plus malsains \ est, dans Paris, l'une des principales causes de la ruine de l'espèce. I

Tout ce que nous venons de dire ne doit rencontrer d'exception que dans let I circonstances rares où l'on a besoin d'obtenir sur-le-champ un déploiemenS j grand et momentané des forces , une vive etpassagère excitation , comme lors i qu'on veut faire combattre le soldat , ou qu'on est forcé de s'exposer à l'actior de miasmes contagieux. On peut alors, par l'ingestion à jeun d'une liqueui alcoolique, obtenir avec plus de promptitude et à un plus haut degré cette turgescence vitale, cet accroissement de vitahlé, ce mouvement de réactior propres à disposer à un exercice violent , ou à s'opposer à l'introduction di •! miasmes délétères. Mais, répétons-le , cette espèce de fièvre ne dure pas long temps , et lorsque son accès est passé , l'on est moins vigoureux et plus accessible à la contagion. Pour se procurer cette excitation, il ne faut prendre qu'une petite dose de liqueur; car si l'on boit celle-ci en trop grande quantité , do • phénomènes de stupeur succèdent à ceux de stimulation, la périphérie du corps se décolore, les extrémités se refroidissent , etc. , etc. , et l'en manque le bul' i qu'on s'était proposé.

On emploie encore dans les climats très-chauds, et comme boisson rafraî chissante, les alcools du pays, à la dose d'une once étendue dans un litrt d'eau. Des boissons purement aqueuses laisseraient le système nerveux dans un affaissement trop considérable pour qu'on puisse les mettre en usage dan; ces climats.

L'alcool , dans son état de pureté, est iderjtique , de quelque substance qu i soit extrait; mais comme on ne le prend jamais pur, il en résulte qu'il conserve la saveur des corps qui l'ont fourni. C'est là ce qui établit la premièrj différence entre les liqueurs alcooliques ; la seconde différence résulte des sub stances étrangères qu'on fait macérer ou infuser dans ces liqueurs. I

Les boissons alcooliques le plus en usage de nos jours sont les suivantes :

1° Eau-de-vie de vin. — C'est le produit de la distillation de ce liquide.! Les meilleures eaux-de-vie de vin sont celles d'Aix , de Cognac, de Montpellier, d'Orléans. La pesanteur de l'eau-de-vie à l'aréomètre est de dix-huit à vingt-deux degrés : elle contient à peu près un poids égal d'alcool et d'eau.

L'acide acétique, qu'elle renferme encore après la distillation , et qui la rend dure, se détruit par la vieillesse ou se neutralise par quelques gouttes d'alcali . qui l;i vieiUit sur-le-champ. On peut employer la craie pour obtenir cet effet. La couleur jaune de l'eau-de-vie résulte du principe colorant du bois dont elle i se charge en vieillissant.

2° Eau-de-vie de cidre. — €'est l'alcool éxtrait , dans les pays à pommes . j du cidre , et le plus souvent du poiré. Elle conserve une saveur particulière qui la distingue et la met au-dessous de l'eau-de-vie de vin. ;

On enlève aux eaux-de-vie le goût de fût ou le principe odorant si désagréable que contiennent quelques-unes d'entre elles en les rectifiant par de l'huile d'amandes douces. I

B. Sophistications de ces deux espèces d'eaux-de-vie , et mojens de les recon naître. — 1" On colore l'eau-de-vie avec le caramel pour la faire passer poui vieille. 2o Les détaillans, dans la vue de faire passer pour forte une eau-de-vit ) faible , aninzenf cette eau-de-vie , c'est-à-dire , lui communiquent, au moyer; du poivre, du poivrc-long, du stramoine, de l'ivraie , une saveur plus acre, pluîi pénétrante , plus brûlante. On reconnaît ces sophistications , l» en appréciant, au moyen de l'aréomètre, la force réelle de l'eau-de-vie; 2" en chauffant dans un vase mesuré un poids quelconque d'eau-de-vie , en y mettant le feu dèv« qu'elle s'évapore , et en la laissant brûler jusqu'à ce que la flamme s'éteigne d'elle-même. On juge, par la quantité d'eau restante, de la quantité d'alcool contenue dans l'eau-de-vie. On juge , par la saveur du résidu, l'espèce de sophistication dont l'eau-de vie a été l'objet. Si l'eau-de-vie n'a pas été sophisticjuée, sa saveur spiritueuse diminue par l'évaporation.

Si l'eau-de-vie a été animée par le laurier-cerise , elle exhale, lorsqu'on l'évapore, une odeur d'amandes amères , et donne une précipité bleu de Prusse, quelques heures après avoir été mêlée avec la potasse , le sulfate de fer et l'a-v cide sulfurique. - \

3° Rhum , ou Rum. — C'est le produit alcoolique qui résulte du suc de la canne , fermenté et soumis à la distillation. Le rhum est l'eau-de-vie des pays où la canne remplace la vigne.

4o Kirschwasser. — C'est le produit des merises pilées avec leurs no3'au,x , et obtenu par des moyens ordinaires. Il a une saveur d'amandes qui est due à l'acide prussique qu'il contien|;. C'est l'eau-de-vie des pays froids où ne peut croître la vigne.

M. Chevallier a vu l'eau-de-vie et le kirsch contenir des sels de cuivre, résul tat du mauvais entretien des vases distillatoires. On reconnaît la présence de ces sels à l'aide d'une lame de fer bien décapée.

On retire encore des liqueurs alcooliques de mille autres substances susceptibles de fermenter , telles que les grajns, les pommes-de-terre , etc. Leurs effet." et les circonstancs dans lesquelles on doit en faire usage n'en sont pas moins ceux que nous venons de mentionner. ( F ojez ce que nous avons dit en parlant des boissons alcooliques et des boissons fermentées. )

Liqueurs. — Elles ne sont autre chose que de l'eau-de-vie dans laquelle on fait macérer quelques aromates. Ces aromates communiqueraient des propriétés différentes à l'eau-de-vie , s'ils étaient capables de dominer l'alcool , qui sait se faire sentir malgré la saveur délicate et les propriétés stimulantes de la cannelle et de la vanille , malgré la saveur amarescente et les propriétés toni ques de l'écorcc d'orange , de l'absinthe ou de l'amande amère. Ces liqueurs |, composées n'ont donc pas de propriétés sensiblement différentes des alcool^-

BOISSON

BORBORTGMES.

(ues, dentelles partagent presque les inconvcniens ; cependant, comme il entre toujours une livre de sucre par pinte dans la composition de ces liqueurs, nslt bt souvent des liquides aqueux , il en résulte que le sucre et ces liquides fout fOtt serdre à l"eau-de-vie une partie de sa force; que les liqueurs sont plus douces , tloK igissent sur nos tissus d'une manière moins corrosive que l'eau-de vie, et consclic :icnnent même quelques propriétés nutritives dont celle-ci est tout à fait déijBeti luée. On avance souvent d'une manière absolue que les eaux-de-vie soiit plus celli iaines que les liqueurs composées. Cette assertion , malgré ce que nous venons clioille dire , ne peut cependant pas être regardée, dans tous les cas, comme un onil(|)réjugé. Si , après un repas copieux , on n'a pour but que d'aider l'estomac ;i lonjle débarrasser des alimens dont il est surcharge, il vaut mieux prendre un tei-lilcool sec, comme l'eau-de-vie ou le rhum, que de le prendre chargé de sucre, iiimpouceâtre , et d'ajouter par là des substances nutritives à un estomac qui déjà .ilu^n est trop chargé. Si , par le manque d'alimens solides, l'on est forcé d'ingécorpi[|-er un alcoolique à jeun pour lutter contre une température froide et humide , eliill faut, quand on le peut, préférer à l'eau-de-vie une liqueur dans laquelle les parties irritantes, un peu enveloppées départies sucrées, agacent moins les ifni papilles nerveuses de l'estomac, et se présentent entourées, iuvisquées dun liln:beu de chyle, aux orifices îles vaisseaux absorbans.

Art. 4. Effets (Jes boissons stimulantes non fermentées. — La dénomination j] jue nous donnons aux boissons dont nous allons parler indique assez qu'elles excitent toutes les fonctions de l'économie. Elles doivent être classées à part es boissons fermentées et alcooliques, parce qu'elles ne produisent ni l'icot presse ni même la moindre confusion d'idées. Ces boissons sont les suivantes : Dim I. Café. — Infusion des semences mondées, torréfiées et pulvérisées du caféyer étXcoffea arabica). La torréfaction détruit les caractères féculens et les propriétés nutritives du café ; elle y développe une huile empyreumatique , amère et aro- : taaatique, à laquelle il doit sa nouvelle propriété. Si l'on grille trop peu le café, ce principe aromatique ne se développe pas; si au contraire on le torréfie Ipd trop , ce principe se dissipe. La même chose a lieu si l'on fait bouillir le café au iii; lieu de le faire infuser.

K. Effets. — L'infusion de café est excitante par excellence, et l'excitation ! I iju'elle produit est vive, et irradie prompteraent de l'estomac vers tous les orjï |ganes. C'est un préjugé de croire que le café exerce sur le cerveau une action (Idl |Spéciale. Si les fonctions de cet organe sont doublées d'énergie , est-ce que les SFonctions du cœur et de la peau ne le sont pas également? Si la pensée est rajpide , vive , exaltée , à la suite de l'ingestion du café , est-ce que , dans le même <, iCas, les mouvemens des muscles ne sont pas faciles, prompts, énergiques ? Ce f( préjugé, que le c/ijé estime boisson intuUeclualle , vient des gens adonnés aux lettres et aux sciences. Voici ce qui y a donné lieu : comme chez eux le cerveau est l'organe le plus excitable, c'est lui qui devient le plus excité, lorsipi une cause d'excitation vient à être introduite dans l'économie. Or, au lieu ile voir que l'excitation générale produite par le café a été détournée et accaparée par l'organe le plus excitable , ils ont tout simplement conclu qu'en raison d'une \'ertu particulière le café va directement influencer le cerveau. Si - tous les individus qui prennent du café tiraient leurs conclusions à la manière i;. jcle ceux qui ont accordé à cette substance une action spéciale sur le cerveau, )li il'athlète, qui a le cerveau peu excitable, appellerait le café une boisson musibI. pulaire, et il n'y aurait pas de raison pour que l'homme atteint d'une irritation iaiipe poitrine ne donnât au café le nom A'excitant du poumon.

Le café n'augmente la rapidité des fonctions qu'aux dépens de leur durée , ne double l'énergie des organes que pour en doubler la faiblesse, quand l'excitation qu'il procure s'est dissipée. La stimulation produite par le café persiste long-temps ; il en résulte , pour les personnes qui n'y sont pas habituées , ou la perte complète du sommeil, ou un sommeil léger et incapable de réparer les orces. Le café cause aux personnes irritables une agitation remarquable , un besoin de mouvement qu'elles ne peuvent réprimer ; souvent des Irembleraens musculaires , des crampes spasmodiques , de l'anxicté , des palpitations. Le café ne doit être mis en usage que dans les circonstances indiquées en parlant des boissons fermentées et spiritueuses ; nul autre motif, pas même la nécessité de : il'exercice de l'organe intellectuel , ne doit autoriser l'usage du café. Rien n"est I. plus propre à augmenter la ïnaigreur, la pâleur, à accélérer l'épuisement des organes chez les personnes irritables, que cette boisson , entièrement stimulante et nullement réparatrice.

Le laie et la crème, mêlés au café, diminuent la concentration de ses principes slimulans , en lui communiquant des principes nutritifs ; par réciprocité , le café augmente la digestibilité de ces deux substances onctueuses. Le café au lait ou à la crème n'en doit pas moins être supprimé dans les circonstances où le café à l'eau est contraire.

Le suc?'e mêlé au café n'a d'autre effet que d'en changer le goût et d'en diminuer un peu les qualités stimulantes

B. Sophistication. — On reconnaît que la chicorée a été mêlée au café , parce que la saveur de ce mélange n'est pas franchement amère comme celle du café pur; elle est amère acidulé. La poudre de chicorée produit dans la bouche, outre l'impression amère , une espèce de sensation de fraîcheur analogue à celle ^produite par un acide faible.

II. Thé. — Infusion des feuilles chaufî'ées et roulées du thé {thea bohea) . La jtorréfaction , sur des plaques de fer chaud , des feuilles fraîches et nouvellei bent cueillies du thé , ainsi que l'enroulement auquel on les soumet à l'aide de < Ja main, tandis qu'elles sont chaudes, les dépouille de leurs propriétés eni- : h^ranles , Acres, vireuses. A cette coutume , pratiquée au Japon, les Chinois oignent la précaution de plonger les feuilles une demi-minute dans l eau bouillante , avant de les jeter sur la plaque.

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE pP,A.TIQtJES.

Le thé, séché de nouveau plusieurs mois après cette première opération , doit être conservé à l'abri de l'air et de la lumière , dans des vases opaques, tels que ceux de bois ou de porcelaine. Du mucilage, de l'exlraclif, beaucoup de résine, de l'acide gallique et du tannin , paraissent composer le thé , dont l'infusion jouit de propriétés presque analogues à celles du café.

Après l'ingestion d'une trop grande quantité d'alimens, le thé agit à-la-fois de deu.x manières pour aider à débarrasser l'estomac. D'abord il délaie la pâte alimeulaire , en détruit la compacité, etc. Cette première action est celle des boissons aqueuses ; mais il agit ensuite sur le viscère, en raison de ses propriétés excitantes, soit qu'il les lui communique immédiatement, soit qu il les communique aux systèmes nerveux et circulatoire, par l'intermédiaire desquels l'estomac reçoit une stimulation secondaire.

Quand la digestion est arrêtée plutôt par l'excès des boissons spiritueuses que par la quantité des alimens , il est prudent de s'abstenir de thé. C'est un préjugé de croire que le thé puisse puriiier l'eau. Il lui communique des propriétés stimulantes , qui remplacent jusqu'à un certain point celles du vin et des liqueurs, dans les pays froids et humides, ou dans les climats que la chaleur rend énervans. Si des eaux malsaines et infectées d'insectes sont rendues plus pures quand on y a fait infuser du thé , c'est parce que l'ébuUition a cuit les insectes et les matières végétales contenus dans ces eaux , et en a fait dégager les giiZ. Le llié ajoute ensuite à l'eau des qualités excitantes, dont l'avantage ne saurait être contesté pour l'habitant des pays marécageux. Voilà la seule manière raisonnable dont puisse être expliquée la prétendue vertu que Kalm et M. Mérat attribuent au thé.

Le thé, loin d'avoir des propriétés sédatives , comme l'ont avancé certains auteurs, est employé avec avantage pendant l'absence des alimens dans l'estomac , pour ranimer les organes épuisés après un excès de liqueurs alcooliques.

Ce n'est pas à raison de son état liquide, de sa température chaude, de la prétendue débilité qu'il cause à l'estomac , comme l'ont avancé beaucoup d'auteurs , que le thé , ainsi que le café , produit des accidens nerveux , hj^pochondriaques , mais bien à raison de ses propriétés stimulantes et non réparatrices, qui ne montent les organes à un haut degré de vitalité que pour les laisser retomber dans le plus profond affaissement. Les soupes , les bouillies , qui sont des liquides chauds , ne seront jamais accusés de produire les mêmes effets.

On peut dire du thé mêlé au lait ce que nous avons dit du café mêlé avec ce dernier.

Les circonstances générales dans lesquelles on doit faire usage du thé ont été indiquées. Disons encore que le thé remplace très-bien les liqueurs fermentées et spiritueuses dans les pays brumeux, où le système exhalant de la peau a peu d'action. (Ch. Londe.)

BOL [pharmacologie). Bolus, de morceau ou bouchée. On donne le nom de Loi , en pharmacie, à une portion d'électuaire officinal ou magistral , d'un, poids déterminé , que l'on prend en une seule fois par la bouche. On roule les bols , comme les pilules , dans une poudre inerte ; mais en leur donnant une forme ovoïde qui en rend l'ingestion plus facile; ou bien on les enveloppe d'un morceau de pain azime mouillé. Les bols ne forment pas un genre particulier de médicamens. ( ^oj^es Électuaires. ) (Guibourt.)

BOL B' ARMÉNIE, bolus aimenus. Argile rouge très-chargée d'oxide de fer , qui était autrefois apportée d'Orient , comme l'indiquent son nom , et celui de bol oriental i\ue\\e a également porté. Depuis long-temps on ne la tire plus que de divers lieux de la France, comme de Blois et de Saumur. Elle est en masses, compacte, pesante, douce au toucher , d'un rouge vif , difficile à délayer ilans l'eau par la seule immersion , et contenant ordinairement du gravier qui se piéci]>ite lorsqu'elle est délayée. Il faut choisir celle qui en contient le moins. Quelquefois on lave le bol à la carrière même et on le met en petits pains ronds que l'on empreint d'un cachet , comme la terre sigillée. On peut employer indifféremment l'un ou l'autre ; mais comme le lavage qu'on lui a fait subir est toujours imparfait, il est nécessaire que les pharmaciens le purifient eux-mêmes une fois. A cet effet , après l'avoir pulvérisé et passé au tamis de crin , on le délaie dans une grande quantité d'eau ; on agite le tout plusieurs fois pendant vingt-quatre heures , on laisse un peu reposer une dernière fois, et l'on passe la liqueur trouble à travers un tamis de soie. Abandonnée à ellemême , elle laisse déposer le bol sous forme d'une poudre très-fine que l'on sépare par la décantation, et que l'on fait sécher après l'avoir mise en trochisques.

Le bol d'Arménie est astringent et tonique. On l'administrait autrefois à l'intérieur, contre la diarrhée, et dans le traitement des fièvres dépendantd'une irritation des voies digestives. On l'appliquait également à l'intérieur sur les plaies récentes accompagnées d'hémorrhagie , sur les ulcères, etc. ; il est presque inusité de notre temps , où l'on rejette souvent sans examen les données de l'ancienne médecine que le raisonnement ne nous permet par de suite d'expliquer. Il forme cependant encore l'un des principau.x ingrédiens de Vélectuaire diascordium . (Gcibourt.)

BORATE DE SOUDE, f^oyez Soude (borate de).

BORAX, ^oj-es Soude ( borate de ).

BORBORYGMES (pathologie), de /?«,<3S;y5J5i/ASî, murmure ; expression qui sert à désigner le bruit sourd que produit le déplacement des gaz dans le canal intestinal. Bien que l'exhalation habituelle des fluides aériformes dans l'intestin soit liée d'une manière naturelle et nécessaire à l'exercice des fonctions digestives , il se peut que leur abondance , leur accumulation et leur rétention donnent lieu à divers phénomènes qu'il importe d'apprécier sous le double rapport pathologique et séœéiologique.

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