BRAYER
de saillie de la pâlotte , que les antres sont susceptibles de recevoir à l'aide de leur mécanisme, et qu'ils ne conservent presque jamais au même degré lorsqu'ils ont été portés pendant quelque temps.
C'est donc au brayer élastique simple que l'on s'attache généralement et avec raison dans la pratique. Ce bandage est composé de trois parties : le corps, la pclotte elle collet, ou celte portion rétréciequi termine le corps et supporte immédiatement la pelotte. Ces trois parties sont formées d'une longue bande d'acier plus ou moins large et épaisse, parfaitement élastique, et recouverte d'une garniture dont il sera question plus loin.
Le corps du brayer entoure dans les bandages ordinaires les sept ou huit douzièmes de la circonférence du bassin. Étendu depuis la symphyse sacroliliaqne du côté sain , où son extrémité est légèrement élargie , jusqu'au voisinage de Couverture inguinale ou crurale par laquelle sort la hernie, il prend sur la première de ces parties et sur le sacrum un point d'appui solide. Camper voulait que ce ressort embrassât les dix ou onze douzièmes de l'anneau pelvien, de telle sorte que son extrémité libre ou opposée à la maladie se reployàt audevant delà partie antérieure de l'os des îles du côté sain, et devint un point fixe pour la courbure du côté malade. Le corps ou la base de l'appareil étant ainsi invariablement tixé, la branche antérieure, à laquelle la pelotte fuit suite, pouvait agir , sans être jamais dérangée , selon la direction indiquée par la situation et la disposition de la hernie, Le bandage de Camper, malgré les crijtiques de A. -G. Richter et de quelques autres praticiens , présente incontestablement l'avantage d'une solidité plus gi ande , d'une fixité portée beaucoup plus loin , d'une action moins susceptible de varier par les mouvemens des malades ou par l'exercice de professions pénibles ; il tient même sans qu'il soit besoin d'y ajouter de sous cuisse. Mais il est pesant , il exerce sur les parties qu'il embrasse des pressions plus gênantes, et les variations presque infinies du volume du bassin nécessitent qu'on le construise plus souvent que les autres d'après des mesures spécialement prises sur les individus malades. Ces difliicultés , ajoutées à ce que , dans presque tous les cas, le brayer ordinaire contient parfaitement les hernies , ont fait restreindre l'emploi du bandage de ICamper aux circonstances rares où l'appareil plus léger et plus simple qu'on emploie généralement ne suffit pas.
Soit qu'il parte de la région antérieure du bassin opposée à la hernie , soit qu'il ne commence qu'à la symphyse sacro-iliaque correspondante , le corps du brayer marche d'abord horizontalement jusqu'au dessous de l'épine antérieure de l'os des îles du côté malade. Mais là, eu même temps qu'il se recourbe d'arrière en avant et de dehors en dedans pourembrasserle contour du bassin, sa partie antérieure s'abaisse, afin de gagner la région inguinale ou le pli de l'aine. Il résulte de ce mouvement , que le bandage, abandonné à lui-même , se roule de telle sorte que la pelotte, au lieu de s'appliquer directement à- sa partie postérieure , glisse au contraire au-dessous du corps , et qu'il présente h l'œil une portion de spirale au lieu d'une fraction de cercle.'
Si les choses restaient en cet état, la pelotte agirait, il est vrai , au-dessous du niveau du point d'appui postérieur du bandage, mais toujours directement d'avant en arrière, ce qui ne conviendrait ni à l'inclinaison de la région inférieure de l'abdomen , ni à la direction des canaux par lesquels s'échappent en cet endroit les organes contenus dans cette cavité. On remédie facilement à sette imperfection. Soit que la plaque métallique sur la face postérieure de laquelle sera montée la pelotte ne fasse qu'une seule pièce avec la branche antérieure et oblique du ressort, soit quelle n'y soit que fixée à l'aide de deux clous rivés , la portion rétrécie qui la supporte, ou le collet du bandage, doit iubir un mouvement de torsion tel que son bord inférieur s'incline en arrière jl le supérieur en avant. Cette torsion a pour efi'et de rendre la partie la plus )asse de la pelotte plus saillante contre la hernie que sa portion la plus élevée. La pression, dès lors, est dirigée à-la-fois d'avant en arrière et de bas en haut.
Une troisièmedisposition, utile seulementdansles brayers inguinaux, résulte le ce que la pelotte est garnie de telle sorte que sa portion libre, ou opposée au i^olletetaucorps du bandage, est rendue proéminente, ce qui ajoute à la double direction de la pression indiquée précédemment une action nouvelle de delans en dehors, perpendiculaire à l'axe du canal inguinal. Afin que cette action luisse être mie^ux mai-quée et plus largement établie , la pelotte des bandages nguinaux est légèrement alongée de dedans en dehors et de haut en bas , de iianière à présenter une sorte de triangle arrondi dans tout son contour. Celle ^es brayers cruraux , au contraire , est régulièrement ovalaire, et présente une ?gale saillie dans tous ses points. Ajoutons que l'ouverture crurale étant plus "approchée de l'os des îles, et située plus bas que l'orifice cutané du canal uguinal, les brayers destinés à contenir les hernies qui tendent à s'y former loivent avoir leur branche antérieure plus courte et plus fortement inclinée en las que celle des bandages inguinaux.
La garniture des brayers consiste à rrvêtir toute leur étendue d'une "sorte de ourreau de peau de chamois, sous lequel existe , du côté des tégumens, un iiatelassagé qiii rend le contact du ressort du bandage plus doux et ses frottenens inoffensifs. Ce fourreau, continué au-delà de l'extrémité libre du ressort, t convenablement garni , complète la ceinture que le brayer doit présenter ; 1 se termine par une lanière de cuir percée de trous. Un sous-cuisse en futaine, ilacé à la portion postérieure du bandage , vient contourner le pli de la cuisse lu côté de la maladie, et se termine par quelques œillets. La pelotte . formée , lu côté de l'abdomen , d'un matelas solide, quoique souple, et aussi saillante jue l'exige la disposition des parties , est recouverte par la même peau de chanois dont le fourreau est formé. A l'extérieur , la plaque métallique est surmontée d"unc coulisse et de deux crochets destinés à fixer la lanière par laquelle ;e termine la ceinture du bandage et le sous-cuisse qui le maintient abaissé sur
l'ouverture herniaire. Une lame de peau de chamois s'abaisse sur ces objets , les recouvre , et empêche le linge et les vêtemens du malade d'être déchirés par eux.
Tels sont les bandages herniaires les plus communs , les plus simples, et, il faut le dire, les plus généralemeiit préférables. Pour qu'ils soient bien faits, leur ressort ne doit être ni assez faible pour permettre aux viscères de sortir sous la jielolte, ni assez énergique pour froisser douloureusement les parties sur lesquelles sa pression s'exerce. Il importe qu'il s'applique avec une grande exactitude à tout le contour du bassin, et s]iécialement à la courbure de la hanche du côté malade. De ce point, la branche ?jui supporte la pelotte doit gagner sans eff"ort la région qui est le siège de la hernie. On doit veiller à ce que le corps du bandage passe exactement entre l'épine antérieure et supérieure de l'os des îles et le grand trochanter , de telle sorte qu'appuyé sur une masse charnue, épaisse et résistante, il ne subisse aucun dérangement durant les mouvemens de la cuisse. Le collet doit présenter un degré de ductilité assez marqué pour qu'on puisse à volonté , et en agissant sur lui avec précaution , augmenter ou diminuer la torsion de la pelotte qu'il supporte, et adapter son inclinaison à la conformation de la partie qu'elle doit recouvrir. Enfin , la pelotte elle-même ne sera ni trop saillante ni trop aplatie; dans le premier cas , elle enfoncerait la peau vers l'ouverture herniaire , tendrait à s'engager dans celle-ci , presserait son contour aponévrotique , l'affaiblirait à la longue, et augmenterait la dilatation morbide qui est la cause immédiate du déplacement; dans l'autre cas, elle n'agirait pas d'une manière assez exacte et contiendrait mal les parties. Chez tous les sujets , le brayer doit tenir en quelque sorte de lui-même, et permettre l'exécution de tous les mouvemens possibles du tronc ou des membres, sans éprouver aucun déplacement; il est utile que sa pelotte , appuyée contre la branche du pubis lors des hernies inguinales , et sur le pli de la cuisse , lorsqu'il s'agit de hernies crurales , renforce dans ces régions les parois abdominales affaiblies, et oppose durant les efforts un obstacle suffisant h la sortie des viscères , sans distendre la peau de dehors en dedans , sans atrophier le tissu cellulaire sous culané , surtout sans dilater davantage les ouvertures déjà élargies , et sans accroître le relâchement de leur contour aponévrotique.
Les brayers doubles, c'est-à-dire, destinés à contenir les hernies inguinales ou crurales qui existent simultanément des deux côtés, ont été d'abord construits au moyen d'un prolongement en fer ou en acier, qui, partant de la première pelotte , passait au-devant du pubis, au-dessus de la verge ou de la vulve, et allait se terminer par une seconde pelotte , disposée pour fermer l'ouverture par laquelle sort la seconde tumeur. Mais les bandages ainsi fabriqués, et qui étaient d'ailleurs fréquemment surchargés de plusieurs des mécanismes indiqués plus haut, offraient en avant un poids considérable ; l'échancrurc intermédiaire aux deux pelottes étant le plus ordinairement invariable , et l'intervalle d'une ouverture inguinale ou crurale à l'autre variant au contraire chez chaque sujet , on était obligé de ne les construire que d'après des mesures particulières prises à cet effet sur le malade. Enfin, les deux pelottes placées à des distances inégales sur le même bras de lévier , ne pouvaient agir des deux côtés avec une force identique et suivant une direction également favorable. Ces bandages sont donc rejetés par la saine chirurgie. On leur substitue généralement des brayers dits (^e;wi-co7'/7i , c'est-à-dire formés de deux brayers simples , unis en arrière , sur le sacrum , par une lanière de cuir , et dont les pelottes , appliquées en avant sur les orifices des anneaux inguinaux ou cruraux , sont également réunies à l'aide d'une courroie qui va de l'une à l'autre. Ces bandages complètent mutuellement la ceinture que chacun d'eux doit présenter; ils offrent autant , si ce n'est plus de solidité que le brayer simple , surtout lorsque les deux sous-cuisses sont fixés aux pelottes. La courroie antérieure ainsi que la postérieure en permettant d'agrandir à volonté le cercle qu'ils forment parleur réunion, donnent la facilité de les adapter avec exactitude à la conformation de la part des sujets.
Le brayer satisfait parfaitement aux indications pour lesquelles on l'applique , lorsque, sans occasioner de pression inégale et douloureuse, il contient exactement les tumeurs herniaires dans la cavité abdominale. Le malade doit pouvoir , sans que les viscères resscrtent sous la pelotte , se livrer avec une entière liberté à ses travaux habituels, exécuter les efforts de la toux , du vomissement , et tous ceux qu'enti aîne le développement considérable de la puissance musculaire. Tout brayer qui ne remplit pas ces conditions est imparfait , presque inutile, souvent dangereux ; c'est au praticien à étudier les dispositions qui lui manquent afin d'y remédier, soit au moyen d'un meilleur choix , soit en recourant à une construction spéciale.
On a préconisé des bandages plus simples encore que ceux dont il vient d'être question , dits à côtés opposés, parce que leur ressort contourne le côté sain du bassin et passe au-dessus de la symphyse des pubis pour aller gagner l'ouverture par laquelle sort la hernie. Ils embrassent ainsi les trois quarts environ de la circonférence du bassin. Ces brayers se composent d'un ressort simple ou double , horizontal eu arrière, légèrement incliné en bas à sa partie antérieure, et surmonté à ses deux extrémités d'une pelotte articulée au moyen d'une tête arrondie reçue dans une cavité orbiculaire , et pouvant y tourner dans tous les sens. La pelotte postérieure, large et aplatie , appuie sur le sacrum ; l'antérieure, ovalaire et plus saillante , vient s'appliquer à l'orifice de l'anneau inguinal ou de l'arcade crurale. Le bandage double , construit d'après ce modèle , se compose de deux demi-corps , surmontés en avant par la pelotte contentive , et articulés eu arrière à une sorte d'écusson central , qui représente les deux pelottes réunies et confondues qui devraient les terminer de ce côté. A l'aide de trous pratiqués à l'extrémité antérieure du ressort, le boulon de cuivre sur le-
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quel la pelotte conteiitive est articulée peut être rapprocbé ou éloigné du pubis, de manière à ce que cette pelolte s'adapte exactement à l'ouverture qu'elle doit recouvrir.
Ces bandages, auxquels on ne saurait refuser le mérite d'une simplicité et d'une légèreté portées très-loin , sont destinés a se maintenir sans sous-cuisses. Mais lorsqu'on néglige de porter un lien d'une pelotte à l'autre, rien ne s'oppose à ce que leur ressort ne s'écarte de la portion de l'os des lies qu'il embrasse. En outre la pelotte antérieure n'étant pas maintenue abaissée, est exposée, durant les violentes flexions de la cuisse, à se relever et à découvrir ainsi les ouvertures qu'elle doit obturer. Nous avons encore sous les yeux un exemple de ce grave inconvénient. La mobilité de la pelotte contentive , d'ailleurs, l'empêche de prendre un point d'appui solide contre la branche horizontale du pubis ; tout l'efTort de la pression qu'elle exerce est supporté par les piliers de l'anneau, qui, déjà alTaiblis et distendus de dedans en dehors, finissent par l'être tellement de dehors en dedans que l'ouverture devenant de plus en plus considérable , la hernie ne peut être contenue qu'au moyen d'une action compressive de plus en plus forte. On est obligé d'ajouter successivement alors un second, un troisième et même quelquefois un quatrième ressort à celui qui forme primitivement la base du bandage. Arrivée à ce point, la compression déprime profondément la peau, atrophie le tissu cellulaire, pratique un écartement considérable entre les piliers de l'anneau , et la situation du malade se trouve singulièrement agravée. Ces bandages rachètent donc des avantages apparens et peu importans par des inconvéniens et même par des dangers réels , qui résultent de la contention imparfaite des hernies et de la possibilité de voir leur étranglement survenir; les brayers ordinaires l'emportent de beaucoup sur eux, sous le double rapport de la solidité et de la sûreté de leur action.
Lorsque les dispositions spéciales que présentent certaines hernies, ou la conformation anormale des sujets exigent que les brayers soient construits sur des dimensions extraordinaires, il est indispensable d'en prendre d'abord la mesure. Un fil de fer plié en double , assez solide pour ne pas perdre facilement la forme qu'on lui donne , est le moyen le plus sur et le plus facile de figurer le bandage qu'on se propose de fabriquer. Il faut l'appliquer au contour du bassin et surtout le courber avec exactitude comme doit l'être la branche antérieure du bandage. Si l'on est obligé de se servir de ruban ordinaire , il iniporte de mesurer soigneusement et l'étendue de la portion postérieure et horizontale du corps du bandage, et celle de l'espace compris entre la région externe de l'os des îles et l'ouverture par laquelle sort la hernie. Le degré d'élargissement de l'orifice qui lui donne issue, les points de résistance ou d'affaiblissement que présente son contour, la direction nouvelle que la maladie lui a imprimée sont autant de circonstances dont il importe de tenir compte. A toutes les longueurs prises , on ajoutera deux pouces environ pour représenter la garniture dont l'acier doit être pourvu du côté des tégumens.
Si la hernie ne rentre qu'imparfaitement , il faut donner à la pelotte une concavité plus ou moins grande , afin de contenir , sans leur permettre de descendre , les portions de viscères qui doivent rester au-dehors. Un chirurgien herniaire , habitué à rencontrer et à vaincre les difficultés de ce genre , devra être chargé de la confection de l'appareil.
Les sujets atteints de hernie, auxquels on conseille l'usage des brayers, doivent être munis de deux de ces bandages, afin d'en pouvoir changer aussi souvent que l'exigent l'usure ou les accidens auxquels ils sont exposés. Une précaution , dont on se trouve généralement bien , consiste à placer entre la pelotte du bandage et les tégumens une compresse de toile souple et fine , qui préserve la première de l'impression de la sueur et les autres d'un contact susceptible de devenir irritant. Pour la même raison, quelques malades enveloppent avec avantage leur brayer d'une sorte de fourreau en toile ou en taffetas gommé , qu'ils renouvellent selon le besoin. Si la pelotte du bandage comprime douloureusement le cordon testiculaire , l'engorge et détermine le gonflement du testicule , on doit en réduire les dimensions , ou excaver sa partie inférieure , afin qu'elle cesse de peser avec autant de force sur les organes qui glissent audessous d'elle. Lorsque du malaise , de la gène et de la douleur se manifestent aux environs de l'anneau , il est vraisemblable que la hernie a commencé à ressortir ; le malade doit aussitôt se coucher, lever l'appareil , et après avoir fait rentrer les viscères , le réappliquer aussitôt.
En général , les brayers doivent être placés pendant que le su jet est horizontalement couché. La hernie étant alors complètement réduite , on place d'abord la pelotte sur l'ouverture qui lui donne issue, puis la portion postérieure du bandage est glissé derrière le bassin , et la courroie qui la termine ramenée sur la plaque où on la fixe. Le sous-cuisse est ensuite attaché , et l'on serre toutes ces parties de manière à c; qu'elles exercent une action suffisante jans être trop gênante. Presque toujours les sujets les plus délicats et qui supportent d'abord avec le plus de peine la pression du brayer, en contractent bientôt l'habitutle au point de ne plus s'apercevoir de sa présence , et d'être gênés lorsque la ceinture qu'il forme ne soutient plus les muscles abdominaux.
Ou a voulu adapter aux hernies ombilicales le brayer ordinaire dont la pelotte fait directement suite au ressort qui le constitue. Mais ce bandage ne se conforme point alors aux dimensions variables de l'abdomen , et on lui préfère, comme dans le plus grand nombre des évenlrations , une ceinture élastique, garnie en avant d'une plaque surmontée du côté des tégumens, par un ressort en spirale qui porte la pelotte contre l'ouverture anormale par laquelle sortent les viscères. (L.-J. Dégin.)
BROIEMEÎST. Fojez Litiiothitie.
BROME. Le brôme est une substance dont la décoHverle est due à M. Balaid, pharmacien à Montpellier. Ce fut en 1S26 qu'il la fit connaître, dans un
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Mémoire lu h l'Institut, et publié dans les Annales de chimie et de physique.' 11 la considéra comme un nouveau corps simple dont il traça l'histoire à peu près complète. Cette opinion , légèrement combattue d'abord", a été pleinement confirmée depuis par quelques travaux de MM. Liebig, de La Rive et Serullas , de telle sorte que le brôme paraît maintenant avoir autant de droits à être regardé comme un corps simple , que le chlore et l'iode , avec lesquels il présente d'ailleurs de grands traits de ressemblance.
Le brôme s'est rencontré jusqu'à présent dans les mêmes circonstances géo-i logiques que le chlore et l'iode. Ses proportions dans la nature sont beaucoup | plus faibles que celles du second. Quoi qu'il ne soit connu que depuis peu de| temps, on en a déjà signalé la présence non-seulement dans l'eau de la mer^: d'où li a été extrait pour la première fois, mais encore dans celle des fontaines | salées et dans le sel gemme , qu'il paraît accompagner presque toujours. , M. Gmelin en a rencontré dans l'eau du lac Asphallite, et M. Desfosses de Be-i sançon , qui avait déjà extrait du brôme de l'eau de la saline de Salins , en a depuis constaté l'existence dans l'eau de Bourbonne les Bains , qui paraît lui de- 1 voir la majeure partie de ses propriétés. !
Le brome se trouve , dans ces divers cas , sous la forme saline , et notamment i sous celle d'hydrobrômate de magnésie , composé déliquescent qui reste pres-t que tout entier en dissolution dans les eaux-mères que fournit l'évaporation de'i ces différens liquides. Ce sont aussi les eaux-mères de l'évaporation de l'eau de] la mer dans les marais salans, que l'on emploie en France pour extraire lei brôme; on utilise en Allemagne celle que l'on obtient en évaporant les dissolu-j fions de sel gemme. Après avoir ramené les eaux-mères des salines à un grandi état de concentration, on les traite par le chlore, et celui-ci , s'emparant dc(l l'hydrogène de l'acide hydrobrômique , met le brôme en liberté. Ce produit sel volatilise quand on élève la température du liquide, et va se condenser dans j un récipient entouré de glace et disposé pour le recevoir. j
Le brôme se présente sous la forme d'un liquide rouge noirâtre quand on Icii i,;egarde en masse et par réflexion ; il paraît d'un rouge hyacinthe quand on l'in- i terpose en couche mince entre l'œil et la lumière. Il doit son nom à son odeurij très désagréable qui rappelle celle du chlore; sa saveur est extrêmement forte; \ il corrode les matières végétales et animales en les colorant en jaune. Sa pesan- r leur spécifique est près de trois fois plus grande que celle de l'eau. Le brôme i est liquide à 18°; il se congèle à 20°, selon M. SéruUas. Il bout à ■+■ 49o, et se transforme ainsi en vapeurs rutilantes très-foncées qui ressemblent beaucoupij aux vapeurs d'acide nitreux. 11 n'est pas conducteur de la faible électricité dé- | veloppée par les appareils voltaïques ; mais, selon M. de La Rive , il communique cette propriété à l'eau qui peut le prendre en dissolution. L'alcool e% l'éther sont aussi des dissolvans du brôme.
Ainsi que le chlore et l'iode, il peut former un hydracide en s'unissant avec l'hydrogène. On ne parvient que difficilement à le combiner avec ce gaz com-! bustible d'une manière directe; mais si on le fait agir sur de l'acide hydriodique, sur du gaz hydrogène sulfuré ou phosphoré, l'iode, le phosphore et le soufre sont chassés de leur combinaison , et le brôme se transforme en acide hydrobrômique.
II ne paraît pas susceptible de décomposer l'eau , mais il agit avec énergie sur l'alcool, l'éther, les huiles essentielles , et beaucoup d'autres substances or-; ganiques. Les matières colorantes sont décolorées par la solution aqueuse de brôme, aussi bien que par celle de chlore.
Les autres corps combustibles se comportent avec le brôme comme ils lefonl i avec l'iode et le chlore. Ainsi , il peut former avec le phosphore deux brômures, j l'un solide et cristallisable , l'autre liquide, même à — 12» cent. Il suffit de j mettre en contact du brôme avec du soufre , du sélénium, de l'iode et du chlore , pour préparer les brômures de ces différens corps. ;
L'action du brôme sur les métaux présente aussi les plus grands traits de res- j semblance avec celle que le chlore exerce sur les mêmes corps. L'antimoine et l'étain brûlent au contact du brôme. Le potassium détonne quand on le met en contact avec ce corps. L'argent , et même l'or, se dissolvent aisément daus le brôme. Deux de ces brômures métalliques , le protobrômure de mercure et le brômure d'argent , n'exercent aucune action sur l'eau dans laquelle ils ne peuvent se dissoudre ; les autres la décomposent et se transforment en hydrobrômates, tandis que réciproquement les hydrobrômates obtenus directement par l'action de l'acide hydrobrômique sur les oxides métalliques se transforment par la dessiccation en eau et en brômures. Tous ces composés sont décomposés par le chlore, qui en élimine du brôme ; mais le brôme à sou tour décompose les iodures métalliques et en dégage des vapeurs violettes à une température j élevée. C'est en analysant les brômures métalliques qu'on a pu déterminer le poids atomistique du brôme. Il est, en représentant par 10 celui de i'oxigènc , de 93, 2G ou de 94,11 , suivant M. Liebig.
Cette tendance du brôme à se combiner avec les métaux le rend susceptible de décomposer à chaud beaucoup d'oxides métalliques, ceux même dans lesquels l'oxigène est le plus fortement retenu, tels que la potasse , la soude , etc. Quand on fait agir le brôme sur les mêmes oxides alcalins en dissolution dans l'eau , il se comporte dilTéremment , selon que les solutions sont étendues ou concentrées. Dans le premier cas, il se combine avec eux et forme des brômures d'oxidc , composés analogues au.x chlorures de chaux de soude, etc.; dans le second, l'eau se trouve décomposée, et il se forme deux sels, un hydrobiôraate très-soluble et un brômate qui se dépose ordinairement sous la forme de cristaux.
Ces bromates, et notamment celui de potasse, présentent les mêmes propriétés que les chlorates correspondans. Ils déflagrent sur les charbons ardens et forment des poudres détonnant parle choc , quand on les mêle avec quelques
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: orps combustibles. Ils se transforment par la chaleur en oxigène et en brô- (iiures métalliques. L'acide qu'ils contiennent peut en être séparé à l'état de lissolution dans l'eau ; mais il a si peu de stabilité dans sa constitution, qu'il se décompose en brôme et en oxigène quand on essaie de l'obtenir à l'état de siccilé. L'acide brômique est, du reste, la seule combinaison de brôme et il'oxigène que l'on ait obtenue jusqu'à présent.
L'iijdrogène carboné et le cyanogène peuvent aussi former un hydrocarbure et un cyanure de brôme. Ce dernier composé a été préparé pour la première fois par M. Sérullas.
I Le brôme n'est encore d'aucun usage dms les arts, mais on commence à
i 'employer en médecine. M. Fourché et M. Barthez , docteurs en médecine de a Faculté de Paris, ont déjà fait connaître l'action qu'il exerce sur l'économie inimale.
Les détails des observations que M. Fourché a publiées à ce sujet sont consignés dans les Ephéinérides médicales de MontpeUier {mai s 1828).
11 a vu, chez deux sujets d'une constitution lymphatique, des tumeurs scrofiileuses se résoudre sous l'influence d'un traitement par le brôme ; chez un troisième sujet , une otorrhée ancienne et l'engorgement scrofuleux des testicules ont été dissipés par le même traitement. Un goitre avait perdu les deux tiers de son volume énorme par l'emploi du brôme , quand il a publié ses observations.
Ou peut employer le brôme en dissolution dans l'eau ou à l'état d'hydror brômate. Une solution saturée de brôme contient à peu près la quarantième pji tiede son poids de ce corps simple , et peut être administrée à la dose de ciiiq à six gouttes mêlées avec de l'eau pure, et dont on augmente graduellement le nombre. Quant à l'hydrobrômate de potasse , il s'obtient par les mêmes ]>rocédés que ceux qui servent à préparer 1 hydriodate de cette base ; M. Ossiun jHenry les a fait connaître dans une note qu'il vient de publier à ce sujet. On Jpeut, selon M. Fourché , l'employer en dissolution dans l'eau ou sous la forme |de pilules à la dose de quatre à huit grains par jour. Ce médecin a encore obitenu de bous efTets de la pommade contenant de l'hydrobrômate de potasse et jde la solution aqueuse de brôme employée en lotions à l'extérieur. ! Quelques praticiens des environs de Monipellier ont répété ces expériences jet obtenu les mêmes succès ; plusieurs médecins de la ei.pitale s'occupent aussi des mêmes recherches : ce concours de travaux fera bientôt connyitre ce qu'on jpeut attendre de l'emploi du brôme et de ses composés. Mais déjà tout porte à jcroire qu'on en retirera de très-bons effets dans beaucoup de cas , et que la découverte de ce corps , qui a déjà enrichi la chimie d'un grand nombre de composés nouveaux, fournira aussi à la matière médicale plusieurs médicamcns précieux. (Ant. Ddgès.)
BROME ( Considérations toxicologiques iur le). Telle est l'activité qui règne aujourd'hui dans les sciences, qu'à peine la découverte d'un corps a-t-elle eu lieu , que son histoire physique , chimique et médicale est aussitôt complétée. C'est à M. Barthez que nous sommes redevables de la connaissance de l'aclion toxique du brôme; aussi emprunterai-je à la thèse qu'il a soutenue en 1826 sur ce sujet , la plus grande partie des détails qui sont l'objet de cet article.
Ce corps est liquide, d'un rouge noirâtre , vu par réflexion ; d'un rouge hyacinthe , vu par réfraction; d'une odeur vive, pénétrante , qui a quelque chose du chlore , mais qui n'est pas aussi infecte que le nom de brôme pourrait le feire supposer; d'une saveur légèrement aromatique , safranée, produisant sur ta langue le même eflet qu'un corps chaud, décolorant les matières végétales ; répandant à l'air des vapeurs rutilantes ; tachant la peau en jaune ; la tache disparait par l'ammoniaque ou la potasse; entrant en ébullition à Ayo.
Quelques gouttes de brôme versées dans du vin se mêlent à ce liquitle , le troublent légèrement au bout de quelque temps , et le décolorent en partie. Mêlé à du lait, il n'en altère pas la liquidité à la température ordinaire, mais il le coagule si celle-ci est élevée au-dessus de 20", en sorte qu'il agit sur ce liquide à la manière des acides ; il y fait naître des grumeaux jaunes qui deviennent blancs par l'agitation. Il résulte des recherches de M. Barthez que le brôme se ti'ansforme , en totalité , en acide hydrobrômiqiie qui se combine avec le coagulum du lait, et dont le sérum est entièrement dépourvu. Le brôme trouble légèrement le café après s'être mêlé difiicilement avec lui; il fonce la couleur de l'infusion du thé , et se mêle avec peine à ce liquide, lui donne une saveur acerbe qui dispaiait par l'addition du sucre. Il se mélange difiicilement avec le bouillon et l'altère peu.
Analy se. — Quel que soit celui de ces mélanges auquel on ait affaire, on peut Saturer la liqueur acide par la potasse à l'alcool , évaporer jusqu'à siccité, projeter le résidu dans un creuset que l'on porte jusqu'au rouge , si après l'évapojration il reste de la matière animale et végétale ; traiter le résidu de la calcination par l'eau ; filtrer et la mettre en contact avec du nitrate d'argent dissous.
II se formera un précipité blanc , légèrement jaune-serin , de bromure d'argent, jinsoluble dans l'acide nitrique , et soluble dans l'ammoniaque ; une autre portion de liqueur sera traitée par le chlore gazeux ; elle se colorera en rouge ou en jaune rougeàtre ( brôme mis à nu ). Si sur la liqueur colorée on verse un peu d'élher et que l'on agite légèrement , le liquide se décolorera tandis que l'éther formera une couche de dissolution de brôme colorée et surna^jeant la masse.
Le brôme paraît exercer la même action sur les animaux que l'iode; donné à la dose de dix ou douze gouttes , et pai-faitement dissous dans l'eau , il opère la coagulation du sang et amène promptemeiit la mort, en accélérant la circulation et la respiration, dilatant la pupille, déterminant l'excrétion de l'urine et des matières fécales ; quelques contractions simultanées des membres pelviens et thoraciques précèdent le moment de la mort.
La même dose , introduite dans l'estomac , peut amener la mort au bout de
DiCT. DE BIÉDECINE ET DE ChiUURGIE PRATIQUES..
BRONCHITE
trois ou quatre jours, si on a lié l'œsophage; il faut cinquante à soixante gouttes quand on laisse à l'animal la faculté de vomir. 11 agit avec moins d'intensité quand l'estomac contient des alimens ou quand il a été mêlé auparavant avec du lait ou une liqueur animale , parce qu'il est converti en acide hydrobrômique. Des naMsées , des envies de vomir, des voniissemens , une succion presque continuelle de la langue comme si elle avait une saveur sucrée ; un état de malaise, puis d'ail'aisse.ment complet et gradué jusqu'à la mort, tels sont les symptômes offerts par les animaux qui ont pris du brôme. Les altérations qûe l'on observe à l'ouverture des organes consistent dans une contraction plus ou moins prononcée de l'estomac , dont la membrane muqueuse est plissée à l'intérieur et présente souvent des ulcérations à fond grisâtre, trèspetites et très-multipliées ; une coloration inflammatoire existe à la surface interne de l'estomac et s'étend dans l'intestin grêle.
M. Barthez ayant fait suivre immédiatement l'injection dubrôme de celle de la magnésie, observa que, malgré l'administration de trente gouttes de ce corps simple et la ligature de l'œsophage , l'animal n'avait éprouvé que peu de douleurs , qu'il n'avait succombé qu'au septième jour, et qu'à l'ouverture de l'estomac et des intestins on n'avait pas rencontré d'altérations pathologiques ^ propres à expliquer la mort. Il en a conclu que la magnésie diminuait l'inteusilé d'action du brôme et pourrait être employée avec avantage dans les cas d empoisonnement par cette substance. Une seule expérience ayant été faite à ce sujet, je crois qu'il faut en attendre de nouvelles pour adopter ou rejeter ce moyen comme antidote.
Hfdrohrômale de potasse. — Sel ci istallisable blanc , décomposable par les acides sull'urique et nitrique de manière à se colorer en jaune rougeàtre (brôme mis à nu); soluble dans l'eau; sa dissolution précipitant en blanc le nitrate d'argent; précipité de bi ômure d'argent insoluble dans l'acide nitri([ue , soluble dans l'ammoniaque ; en jaune serin par I hydrochlorate de platine , en raison de la potasse qu'il renferme; le chlore lui donne une teinte jaune rougeàtre (brôme rais à nu ) et le protonitrate de mercure une couleur blanche jaunâtre.
Il n'altère pas la couleur du vin, du café , du lait et des autres liquides avec lesquels on le mêle. Pour démontrer sa présence dans de pareils mélanges, il faut, si la liqueur est colorée, lui enlever la matière colorante avec du charbon animal ; mais , dans le cas où elle résisterait à cet agent , on doit bieuse garder de faire usage du chlore ; il décomposerait l'hydrobrômate de potasse; ou devra se borner à évaporer la liqueur jusqu'à siccité, à décomposer par le feu les matières végétales ou animales qu'elle renferme et à reprendre le résidu de lu caicination par l'eau, afin de dissoudre le sel et de mettre la dissolution en contact avec les acides sulfurique et nitrique , le nitrate d'argent, l'hydrochlorate de platine, le chlore et le protonitrate de mercure. Quoique le nitrate d'argent soit un des réactifs les plus sensibles de l'hydrobrômate de potasse , il peut devenir une source d'erreurs dans les mélanges dont il est ici question, attendu que du sel commun agirait de la même manière sur ce réactif, et que rien n'est plus fréquent que de rencontrer de l'hydrochlorate de soude dans les matières animales sur lesquelles des recherches peuvent être faites.
L'hydrobrômate de potasse exerce une action peu énergique sur l'estomac des chiens ; il ne tlonne la mort qu'à la dose d'un gros et demi à deux gros ; des nausées, des envies de vomir et des yomisscmens suivent de près l'ingestion de ce poison ; l'animal change fréquemment de place , parait souffrir ; mais peu ii peu il tombe dans l'afTaissement , et cet état persiste jusqu'au moment de la mort, en sorte que ce poison se rapproche beaucoup de l'hydriodate de potasse, dont j'ai fait eonn;iîlre les propriétés vénéneuses, propriétés que je retracerai dans l'histoire de l'iode. Ce serait à tort que l'on regarderait I hydrobrômate de potasse comme un corps peu délétère pour l'homme; on aurait la preuve du contraire en ayant égard à son moile d'administration journalier : on ne le prescrit que par grain, et il agit sur l'économie animale d'une manière très-énergique quoiqu'à faible dose. C'est une nouvelle preuve à donner à l'appui de cette proposition , c[ue les expériences sur les animaux servent plutôt à faire connaître le mode d'action des poisons qu'à déterminer les doses auxquelles ils peuvent donner la mort.
Il n'existe pas d'antidote de l'hydrobrômate de potasse : évacuer le poison ingéré et diminuer l'inflammation qu'il a déterminée , tel est le but que le praticien doit chercher à atteindre; l'eau tiède , les titillations de la luette , et au besoin l'émétique, peuvent être employés pour remplir la première indication. 11 sera rarement nécessaire d'avoir recours à ce dernier agent, car le poison détermine par lui-même des vomissemens. La médication antiphlogistique , principalement dirigée vers l'estomac, sera employée avec succès pour diminuer les accidens inflammatoires. ( Alph. Devergie. )
BRONCHITE, s. f. , bvonchiiis ; inflammation des bronches, inflammation de la membrane muqueuse des bronches. Cette phlegmasie est encore désignée parle nom de rhume lorsqu'elle est légère ; par ceux de catarrhe, catarrhe pulmonaire , lorsqu'elle est plus intense ; enfin , elle a reçu les noms de catarrhe suffocant, catarrhe sec, catarrhe humide , catarrhe niuqueux , à^angine broiichiqueet de Jièvi-e catarrhale inflammatoire , en raison de quelques symptômes particuliers qu'elle présente parfois et que nous ferons connaître plus loin. Sa marche est tantôt aigué et tantôt chronique, ordinairement continue et quelquefois intermittente.
Causes. — Certaines constitutions prédisposent à la contracter : ce sont en général les constitutions faibles , molles, peu sanguines, possédantpeu de chaleur vitale ; les individus ainsi constitués s enrhument à chaque instant et pour des causes souvent inappréciables. Il en est de même des personnes qu'une éducation trop molle et des précautions exagérées ont rendues trop impressionnables à l'action des causes, et de celles qui sont affaiblies par des pertes de sang
BRONCHITE
BRONCHITE
ou par une maladie chronique encore existante , ou qui entrent en convalescence. Enfin, on est eu général d'autant plus exposé à contracter une bronchite , qu'on en a déjà été atteint un plus grand nombre de fois.
La cause la plus ordinaire de cette phlegmasie est l'impression du froid sur toute l'étendue de la peau ou sur- quelques parties de cette membrane, par exemple, aux épaules , aux bras , à la poitrine et aux pieds ; et cette cause produit surtout l'inflammation des bronches lorsqu'elle agit pendant que le corps est échauti'é. Aussi est-ce principalement aux époques où les variations de température sont fréquentes , au printemps et en automne, que cette phlegmasie se montre la plus commune et qu'on la voit même quelquefois régner épidémiquement.
Mais l'impression du froid sur la peau n'est pas la seule cause qui produise la bronchite : cette maladie nait quelquef ois sous l'influence du contact immédiat d'un air froid sur la membrane muqueuse des bronches, sous celle d'un air brûlant ou chargé de poussières irritantes, sous l'influence de l'inspiration du chlore , de l'ammoniaque, du gaz nitreux , de i'ai;ide acétique , de la présence d'un corps étranger dans les bronches. Laennec fait remarquer avec raison que les bronchites qui résultent de ce dernier ordre de causes ont en général moins d'intensité et moins de durée que les autres. C'est , au reste , un fait d'observation constante , déjà signalé par plusieurs auteurs , que les inflammations produites par des causes directes, physiques, chimiques ou mécaniques , sont ordinairement moins graves et moins rebelles que les mêmes inflammations nées sous toute autre influence. La bronchite est quelquefois encore reff"et des éclats de voix, du chant, de la déclamation. Enfin, plusieurs éruptions cutanées, telles que la scarlatine , la rougeole et la roséole , sont précédées et accompagnées de bronchite aiguë. La coqueluche est quelquefois aussi compliquée de cette afi"ection.
Sfmptômes , mai-clie , durée, terminaisons , etc. — Les symptômes delà bronchite diffèrent suivant ses degrés d'intensité, son ancienneté , ses périodes, l'âge et le tempérament des sujets qui en sont atteints. Au degré le plus faible de la bronchite aiguë, ils consistent dans un peu de toux et d'enrouement, et l'expectoration de quelques crachats; à un degré plus élevé , la toux est plus forte , plus fréquente et quelquefois légèrement douloureuse ; l'enrouement est plus considérable , la voix est plus grave ou tout à fait rauque, quelquefois on entend h peine parler les malailes; l'expectoration est nulle dans les premiers jours , puis elle se manifeste et consiste d'abord en crachats de mucus peu épais, dont la consistance augmente ensuite à mesure que sa quantité' diminue. Dans quelques cas plus graves, ces symptômes sont encore plus intenses, et il s'y joint du dégoût pour les alimens , un accroissement plus ou moins considérable de la chaleur cutanée et de l'accélération du pouls. On désigne toutes ces nuances de la bronchite aiguë par le nom de rhumes dans le langage ordinaire. Il est facile de se faire une idée des dégrés plus intenses de cette phlegmasie en se représentant les symptômes précédemment énumérés ayant acquis plus de force et de développement; nous nous bornerons donc à décrire les phénomènes morbides qu'elle présente lorsqu'elle a acquis le plus haut degré dont elle soit susceptible.
Le principal et le plus douloureux symptôme de la bronchite trcs-aiguë consiste dans une toux vive , revenant orilinairement par quintes accompagnées de douleurs intenses , de déchirement et de chaleur dans la trachée-artère , derrière le sternum, et quelquefois dans toute la poitiine. Cette toux détermine la rougeur et le gonflement de la face , le larmoiement, une céphalalgie atroce ; et lorsque les secousses en sont violentes , elle laisse un sentiment de douleur dans les hypochondres , le long du rebord des fausses côtes, dans le dos et à la partie inférieure du sternum ; en un mot, sur tous les trajets des attaches du diaphragme. Elle est à peine suivie dans les commencemens de l'expectoration d'un mucus rare, ténu , écumeux , et quelquefois strié de sang. La plus légère impression du froid , l'action de parler ou déboire, le simple changement de position , sufiisent souvent pourcu renouveler les quintes ; celles-ci se répètent fréquemment d'ailleurs sans cause appréciable , et les efl'oris qui les accompagnent provoquent quelquefois des nausées et des vomissemens.
A ces symptômes on voit ordinairement se joindre les suivans. Le malade est oppressé , et cette oppression , ordinairement légère , est quelquefois assez marquée ; cependant le son reste clair à la percussion dans toute l'étendue de la poitrine. La membrane muqueuse bronchique acquiert parfois une telle sensibilité que le malade perçoit l'impression de l'air frais à sa surface; le pouls est en même temps plein et fréquent , l'odorat et le goût sont abolis , la langue est blanche, toute la bouche est pâteuse, et il y règne continuellement une saveur douceâtre; la soif est peu vivo , quelques malades même répugnent aux boissons ; la peau est chautle et souvent moite , les urines sont rares et de couleur fonce'e. Nous avons tléjh dit que l'expectoration était presque nulle dans les commencemens, et elle l'est quelquefois complètement; vers le deuxième ou troisième jour seulement, la toux devient humide , et c'est alors que les crachats sont formés , comme nous l'avons dit ci-dessus , d'une petite quantité de mucus ténu , écumeux et parfois strié de sang; mais peu à peu la sécrétion de ce fluide augmente , il s'épaissit de plus en plus , puis parvenu à ini certain degré de consistance, il diminue chaque jour de ([uantité jus([u'au terme de la malatlie. Au début, les crachats ont quelquefois une saveur salée ; ils la perdent ordinairement à mesure qu'ils épaississent ; ils sont alors blancs , jaunes ou verdàtres ; la toux est grasse et l'expectoration facile.
L'invasion de la bronchite est ordinairement précédée de frissons , de malaise, d'éternucment, de mal de gorge, et surtout de coryza ; c'est pour ainsi dire sa marche habituelle de débuter par celte dernière affection ; il n'est pas rare non plus de la voir se terminer par une petite diarrhée de courte durée. Comme
dans toutes les phlegmasies , ses symptômes présentent un redoublement vers lé soir , et souvent ce n'est qu'à cette époque delà journée qu'aux accidens locaux il s'en joint de sympathiques, tels que l'accélération du pouls, la chaleur de la peau , etc. Chez les individus pléthoriques , le pouls est ordinairement large, la peau halilueuse et rosée, il survient des hémorrhagies nasales, et c'est principalement à celte forme de la bronchite que divers auteurs ont donné le nom de fièvre catarrlùde inflammatoire. Les autres membranes mu-!| queuses , et principalement celles de la gorge et de la vessie , participent en | général dans ce cas à l'inflammation, mais presque toujours à un faible degré. :
On voit quelquefois dans le cours d'une bronchite aiguë l'oppression devenir tout à coup plus considérable, les crachats se teindre fortement de sang , la peau devenir halitueuse , les pommettes se colorer vivement, et la poitrine, jusque-là sonore dans toute son étendue à la percussion , donner un son mat dans un point quelconque; c'est qu'alors l'inflammation s'est propagée au.x. vésicules bronchiques , la bronchite s'est convertie en pneumonie (voyez ce mot). Chez c|uelques individus très-nerveux, et surtout dans certaines bronchites épidémiques nées sous l'influence de brouillards fétides, la maladie fait quelquefois périr promptement les malades par suffocation. Ce cas, heureusement fort rare , a fait donner à cette forme de la bronchite le nom de catarrhe suffocant. Dans d'autres cas , la voix prend subitement un caractère aigu et sifflant très-prononcé, et la mort survient au milieu des mouvemens convulsifs ou d'un abattement consécutif aux quintes : c'eslVangiiie b?-onchitjue des auteurs; nous croyons que ce sont des. crou^yi méconnus auxquels on a donné ce nom.
Les sym[itômes de la bronchite chronique se réduisent eu général à la toux et à l'expectoration ; presque jamais il ne s'y joint de phénomènes sympathiques , du moins dans les premiers temps de sa durée. La toux est plus ou moins fréquente; elle revient souvent par quintes, surtout chez les vieillards; elle est sèche ou n'est accompagnée que de quelques crachats globuleux, trèspetits , jamais mêlés d'air , demi-lransparens , d'un gris de perle, et de consistance cVempois {ratarrhe sec), oubien elle est humide {catarrhe humide). Dans ce dernier cas , la nature de l'expectoration varie : les crachats sont jaunes ou grisâtres , ou puriformes , et plus ou moins opaques (catarrhe mutjueux) , ou bien ils sont transparens , incolores, filans, et semblables à du blanc d'œuf délayé dans l'eau ( catarrhe pituiieux). Lorsque la toux est sèche, elle s'accompagne quelquefois de dyspnée et revient par accès («if/i/He icc) , ou bien elle ne présente ni l'un ni l'autre de ces ])hénomènes , et débute par ce caractère de sécheresse, sans avoir été précédée de bronchite aiguë (toux nen'euse des auteurs). Au bout d'un temps variable , quelques malades perdent l'embonpoiut et les forces , leur appétit diminue , la soif s'allume , la peau devient brûlante , particulièrement à la paume des mains , et le pouls s'accélère. Tous les symi)tômes s'exaspèrent pendant la nuit ; ils sont suivis de sueur vers le matin. Bientôt le dévoiement survient, l'amaigrissement fait des progrès rapides, et le malade succombe. Quelquefois c'est par le passage de la phlegmasie à l'état aigu que cette terminaison funeste arrive. Dans quelques cas enfin , le malade parait succomber à l'épuisement produit par l'abondance de la sécrétion muqueuse, (l^oyez BRO^CHOn^.^ÉE. )
La bronchite chronique est loin d'avoir fréquemment autant de gravité. Oa voit un grand nombre de vieillards être pris tous les hivers d'un catarrhe qui ne trouble en rien les autres fonctions, et à peine celles de la respiration et de la circulation , et qui les abandonne au retour des premières chaleurs. C'est là sa marche la plus ordinaire, et il dure souvent ainsi pendant trente et quarante ans sans influer en apparence surl'état général des individus qui en sont atteints.
Chez les vieillards , la bronchite chronique, lorsqu'elle se prolonge pendant long-temps , détermine assez souvent la dilatation des bronches. Laennec , qui le premier a signalé cet état morbide , en attribue la formation au séjour des crachats; mais il nous est impossible d'admettre cette explication; la phlegmasie nous en par. ît être la cause incontestable , et voici comment nous en concevons la production. L'inflammation , en diminuant la cohésion des tuyaux bronchiques qu'elle occupe, afl'aiblit leur résistance, et pendant les quintes et les secousses de la toux, ils cèdent à l'effort que l'air momentanément emprisonné et poussé avec force exerce sur leurs parois , et finissent à la longue par acquéi ir ainsi un diamètre plus considérable. Si la dilatation s'opère lentement, ce qui doit être le plus ordinaire , la bronche opposant encore quelque résistance à l'eft'ort de l'air, acquiert plus d'épaisseur dans ses parois , elle shypertrophie en quelque sorte, comme tout organe forcé à une action plus forte que dans l'état normal. Si, au contraire, la dilatation est rapide , les parois de la bronche dilatée s'amincissent, parce que leur extension est promptement portée au-delà de celle que comporte leur élasticité naturelle. Enfin, suivant que l'inflammation occupe uniformément toute une bronche , qu'elle se borne à un point de son étendue , ou qu'elle existe dans plusieurs points séparés , la dilatation est uniforme, circonscrite ou multiloculaire. Nous verrons , en traçant les caractères anatomiques de la bronchite , que toutes ces variétés de la dilatation des bronches se présentent en effet sur les cadavres.
Le diagnostic de la bronchite aiguë ou chronique est, en général , facile à établir d'après les caractères que nous venons d'indiquer. Dans quelques cas cependant, et principalement dans la bronchite chronique , on éprouve de la difliculld à la distinguer des autres mal.ulies de la poitrine. Ni la toux, ni la nature des crachats, ni les autres symptômes tant locaux que généraux qui l'accompagnent, ne sont véritablement pathognomoniques ; on les letrouve tous dans la pneumonie , la pleurésie et la phthisie pulmonaire. Il importait donc de découvrir d'autres signes qui ne permissent delà confondre dans aucun cas avec les autres phlegmasies fhoraciques : le stéthoscope fournit les moyens de Fin distinguer d'une manière certaine.
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Le m/e est le principal caraclèr£ auquel on reconnaisse la bronchite. On l'entend souvent dès le début de la maladie, et alors même qu'il n'existe qu'un coryza et un peu de mal de gorge presque sans toux. Son caractère distinclif est d'être sonore et grave ; quelquefois il est sibilant; il est d'autant plus grave ft plus" sonore qu'il yamoins de sérosité sécrétée , et que la membrane interne ;les gros troncs bronchiques est plus tuméfiée. Dans ce dernier cas , il imite le bruit d'un coup d'archet prolongé sur une grosse corde de violoncelle , et s'il a son siège dans un rameau bronchique voisin de la surface du poumon, on sent souvent , en ajipliquant la main sur le point correspondant des parois de la poitrine , un frémissement analogue aOx vibrations d'une corde tendue. L'eshace dans lequel le râle se fait entendre indique l'étendue qu'occupe l'inflammation. Il devint muc/ueux lorsque la sécrétion du mucus augmente , et doit be caractère au passage de l'air à travers les crachats accumulés dans les bronches ; mais il permet d'entendre le bruit de la respiration, ce qui le dislingue ku râle propre aux excavations tuberculeuses. Très-souvent cependant la res- {)iration se suspend dans le lieu enflammé, mais cette suspension est momentanée , elle survient tout à coup , et est duc à l'obslruction d'un rameau bronchifiie par du mucus assez épais et abondant pour intercepter le passage de l'air ; :11c cesse aussitôt que l'expectoration a chassé l'obstacle (Laennec).
Dans la bronchite chronique muqueuse, le râle muqueux est rarement conliuu , plus rarement encore général ; il n'empêche pas d'entendre la respiration, ^ui n'éprouve presque jamais de suspension totale comme dans la bronchite ikiguë , et qui souvent même acquiert le caractère puéril. Dans la bronchite jliituiteuse , la respiration s'entend bien encore , et le râle qui l'accompagne est ordinairement fortement sibilant ou sonore; il imite assez souvent le chant des liseaux, le son d'une corde de basse, et quelquefois même un peu le roucoulement de la tourterelle. Enfin, dans la bronchite sèche, le cylindre ne fournit aucun signe particulier à cette variété delà phlegmasie ; la poitrine est paifaitcment sonore, mais la respiration se laisse à peine entendre dans les points sfFcctés, et ce contraste peut quelquefois en permettre le diagnostic.
Il serait quelquefois très-difficile et même impossible de distinguer la bronchite chronique de la phthisie pulmonaire : dans ces cas le stéthoscope peut seul donner les moyens d'établir cette distinction. Si , après avoir observé le malade à des heures difl"érentes et pendant un certain temps , dit Laennec , on ne trouve ni la pectoviloquie , ni le gargouillement de la matière tuberculeuse ramollie, ni la respiration trachéale des excavations tuberculeuses, ni l'absence constante de la respiration qui indique les engorgemens tuberculeux un peu i^lendus, et si la'respiratiôn s'entend bien dans tout le poumon , on a déjà une Forte présçmption que la maladie n'est autre chose qu'un catnn-he clironique , et cette présomption se change en certitude si , pendant deux ou trois mois , ou obtient toujours le même résultat. Mais lorsque la bronchite a déterminé une dilatation des bronches , le diagnostic devient souvent alors des plus embarrassans , et le cylindre lui-même peut induire en erreur , puisqu'il fait entcnilre , et la pectoriloquie , et le râle muqueux à grosses bulles , et la respiration caverneuse , comme dans le cas d'excavation tuberculeuse. Cependant si le malade sur lequel on observe ces signes d'une excavation pulmonaire n'éprouve pas de fréquence du pouls, de chaleur de la peau, de soif, de sueurs nocturnes bornées à la tète et à la poitrine ; s'il ne maigrit pas, si ses forces diminuent à peine , si sa respiration est peu gênée , on peut être certain qu'il ne porte pas d'excavation tuberculeuse , et que par conséquent il n'est atteint f[uc de simple dilatation des bronches ; mais s'il olFre quelques-uns de ces sj'mpiôiues , la maladie ne peut plus être facilement distingue'e de la phthisie tuberculeuse. Ces cas sont heureusement fort rares, et l'erreur ne pourrait pas d'ailleurs êti-e préjudiciable au malade.
Tels sont les signes à l'aide desquels on reconnaît la bronchite. La durée de cette phlegmasie varie selon qu'elle est aiguë ou chronique , et suivant ses degrés d'intensité. En général , la bronchite aiguë , lorsqu'elle est intense, dure lie quinze à quarante jours , et, lorsqu'elle est légère, de trois à dix. A l'état clironique , il est impossible d'en déterminer la durée moyenne, puisqu'elle peut se terminer en quelques mois , comme se prolonger pendant trente ou quarante ans. La bronchite aiguë se termine ordinairement par résolution ; quelquefois elle passe à l'état chronique ; rarement elle cause la mort. Quand elle entraîne cette terminaison funeste , c'est presque toujours par son extension au tissu pulmonaire, ou aux plèvres, ou au péricarde. Sa gravité dépend en général de l'étendue qu'occupe l'inflammation. Si le râle s'entend dans toute l'étendue d'un poumon, ou dans la plus grande partie des deux poumons, le danger est imminent, et s'il se fait entendre dans toute l'étendue des deux poumons, la mort est presque inévitable. Enfin , à intensité égale, la bronchite , est plus dangereuse chez les enfaus , les vieillards et les individus atteints d'une phlegmasie chronique quelconque , mais surtout des poumons , que chez les sujets placés dans toute autre circonstance. Elle est aussi plus grave lorsqu'elle règne épidémiquement que lorsqu'elle est sporadique ; mais c'est qu'alors elle est presque toujours compliquée de la phlegmasie d'un autre organe , et principalement de celle des voies digestives. Les épidémies de grippe, de foUeiie, de russe, étaient des bronchites ainsi compliquées; la première, de pneumonie et d'afiection cérébrale. Enfin , la bronchite chronique se termine par résolution, par le passage à l'état aigu , par extension au tissu pulmonaire, par le marasme et par la mort; elle devient, par sa répétition , la cause fréquente du développement des tubercules : on en obtient eu général difficilement la guérison chez les vieillards.
Caractères anatomiques . — Lorsque les malades succombent h la suite de la hi onchite aiguë , ce qui arrive rarement sans une complication , on trouve la meuibraue muqueuse des bronches d'un rouge plus ou moins marqué , et quel-
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quefois légèrement gonflée , et recouverte çà et la de mucus épaissi, de même nature que celui qui était rejeté par l'éxpectoration. La rougeur est ordinairementde peu d'étendue; son siège le plus ordinaire est àla finde la trachée-artère et dans les premières divisions des bronches. On la trouve disposée par plaques , par zones , par points , par arborisation, etc., comme dans toutes les inflammations des membranes muqueuses en général. Dans les points où elle existe, la membrane muqueuse des bronches est tantôt ramollie et tantôt augmentée de consistance. A la suite de la bronchite chronique , on rencontre ordinairement cette membrane épaissie, marbrée, grisâtre ou brune, ou violette, toujours moins rouge qu'après la bronchite aiguë, et quelquefois tapissée par un mucus plus ou moins visqueux et plus ou moins adhérent. Les ganglions bronchiques sont assez souvent gonflés , et la partie supérieure des poumons est quelquefois pleine de tubercules. Quelquefois , on trouve de l'air extravasé dans le tissu pulmonaire, et formant 'a la surface du poumon des vésicules irrégulières qu'on peut facilement déplacer en les poussant avec le doigt; c'est Y emphysème du poumon. Cet emphysème coïncide fréquemment avec un état d'engorgement de la membrane muqueuse des bronches , beaucoup plus considérable dans les rameaux que dans les troncs d'où ils partent, et qui entraine un rétrécissement parfois très considérable des tuyaux bronchiques , au point même de les obstruer complètement dans quelques cas. Ces dernière lésions sont particulières au catarrhe sec des auteurs. Enfin, on rencontre quelquefois les bronches dilatées , et leur dilatation se présente sous trois formes principales. Tantôt un ou plusieurs tuyaux bronchiques sont dilatés uniformément dans toute leur étendue; tantôt la dilatation ne porte cjue sur un point de l'étendue d'un de ces conduits et forme un renflement qui comprime autour de lui le tissu pulmonaire , et dont l'intérieur forme une cavité accidentelle; ou bien enfin, un même tuyau bronchique présente une série d'étranglemens et de renflemens successifs. Ces trois variélésde dilatation peuvent avoir lieu avec l'épaississement ou avec l'amincissement des parois des bronches. Le premier cas est le plus fréquent , et l'on trouve le plus ordinairement les parois des bronches qui sont affectées de dilatation , augmentées en même temps d'épaisseur ; la membrane muqueuse est dans quelques cas alors plus consistante et plus dense que dans l'état normal , et dans d'autres , plus molle et facile à enlever avec le dos du scalpel ; la membrane fibreuse qui la recouvre est dure et résistante, très-dense, et le tissu cartilagineux y est plus apparent que dans l'état sain. L'amincissement des parois s'observe principalement dans la troisième variété de la dilatation.
Traitement. — Les nuances légères de la bronchite aiguë, celles qu'on désigne en général par le nom de r humes , guérissent souvent à l'aide de simples précautions hygiéniques , telles que celles de se vêtir chaudement, d'éviter le froid et l'humidité, et de garder le silence le plus qu'il est possible. Souvent aussi ces moyens sont insuflisans , et l'on est obligé d'y joindre l'usage des infusions de violette , de mauve , de guimauve , de bouillon-blanc , de bourrache , de capillaire , ou des décoctions de dattes , de jujubes , de gruau , etc. On édulcore ces boissons avec le sucre , ou le miel , ou les sirops de gomme , de gui- t mauve , etc. , et on les coupe quelquefois avec du lait. Toutes ces tisanes doivent être prises tièdes ; le soir, il est avantageux que le malade les prenne assez chaudes pour exciter la sueur, qu'il favorisera en se couchant immédiatement dans un lit bien bassiné et garni de bonnes couvertures. On dissipe très-souvent ainsi les bronchites commençantes et légères en administrant des boissons diaphorétiques , telles que les infusions chaudes de thé, de bourrache, de fleurs de sureau, de scabieuse, de buglosse , etc. Les hommes habitués aux liqueurs spiritueuses obtiennent fréquemment les mêmes résultats parle moyen du vin chaud sucré, de l'eau-de-vie brûlée et caramellée , ou du punch. Nous avons vu aux armées de fréquens exemples de guérisons rapides obtenues par ces moyens ; nous n'en conseillons pas cependant l'emploi aux individus qui n'usent jamais ou que rarement des spiritueux , et encore moins aux personnes à estomac irritable ; les uns et les autres pouri-aient s'en trouver fort mal. Dans le Nord , et surtout dans les contrées humides et froides , dans les pays habituellement brumeux , ces moyens offrent plus de chances de succès que dans les climats tempérés , et surtout que dans les pays méridionaux. On fait un assez fréquent usage en Angleterre, nous a-t-on assuré , d'eau chaude sucrée, à laquelle on ajoute une certaine quantité d'eau-de-vie ou de rhum. Laennec prescrivait souvent au début des bronchites peu intenses, de prendre en se couchant une once ou une once et demie de bonne eau-de-vie étendue dans le double d'une infusion très-chaude de violette édulcorée avec le sirop de guimauve. Nous ne parlerons pas des pâtes de guimauve , de jujubes, etc. ; si ces moyens secondaires ne doivent pas être négligés , ils sont aussi trop peu importans pour devenir l'objet d'indications spéciales.
Les mêmes agens thérapeutiques suflisent encore dans quelques bronchites, ou rhumes, accompagnées de chaleur générale , de fréquence et de plénitude du pouls, et il est impossible d'établir la limite où commence Jeur impuissance et finit leur efficacité. On peut dire cependant qu'en général ils deviennent insuflisans dans la grande majorité des catarrhes bronchiques ou pulmonaires qui accélèrent les contractions du cœur, et qu'il faut en seconder l'emploi par les moyens que réclame la bronchite intense.
Une température douce et uniforme , le silence absolu et la diète complète , sont d'abord les premières conditions à remplir dans toute bronchite aiguë; ensuite, si l'oppression est prononcée, le pouls plein et large, la toux trèsviolente et douloureuse , l'expectoration nulle ou légèrement sanguinolente , et la poitrine brûlante , il faut avoir recours à la saignée du bras , et même la répéter à de courts intervalles (dix h douze heures), une ou plusieurs fois , tant que ces symptômes persistent au même degré ou ne s'amendent pas d'une
BRONCHITE
manière sensible. Il est assez rare toutefois qu'on soit obligé d'employer ce moyen et surtout d'y revenir; cependant il est plus avantageux que ne l'a prétendu Laennec. Quoi qu'il en soit , lorsque les symptômes que nous venons d'indiquer ont été beaucoup diminués par la saignée , si l'on a jugé convenable de l'employer, et dans les cas moins graves où ils sont naturellement plus légers dès le début , on parvient ordinairement à les dissiper complètement par des applications de sangsues sous les clavicules , sur le sternum et dans les points où le ràle est le plus prononcé. Les ventouses scarifiées, nombreuses, et qu'on laisse pendantlong-temps en place, sont regardées par Laennec comme préférables aux sangsues ; elles nous ont toujours, au contraire , paru beaucoup moins eflicaces. Dans tous les cas, on emploie l'une des boissons pectorales que nous avons indiquées ; on y joint l'usage des loochs , des potions huileuses, et des cataplasmes émolliens , très-chauds et souvent renouvelés , appliqués sur la poitrine. On peut aussi recourir aux narcotiques, lorsque la toux est trèsdouloureuse et convulsive ; mais on doit cesser leur emploi aussitôt que l'expectoration commence à devenir facile et un peu abondante. Enfin , quand les symptômes d'acuité et d'excitation générale sont dissipés, si la bronchite se prolonge et menace de passer à l'état chronique, on applique avec avantage un vésicatoire au bras on sur la poitrine elle-même , ou bien un emplâtre de poix de Bourgogne, simple ou saupoudré d'émétique , suivant l'intensité du mal, que l'on place entre les deux épaules. On a conseillé et employé , dans la période d'acuité , les vapeurs émollieutes, niais elles sont peu efficaces et nuisent quelquefois par leur température.
Les vomitifs ont été vantés par plusieurs auteurs au début de la bronchite aiguë , mais il est bien certain qu'on en obtient rarement de bons effets dans cette maladie, aussi les a-t-on presque généralement abandonnés. Quelques praticiens emploient encore aujourd'hui l'ipécacuanha h doses très-faibles, et de manière à ne produire même aucun eflet imaiédiat appréciable; ils se proposent , par cette médication, de favoriser l'expectoration et de provoquer un peu de moiteur. Administré de cette manière, l'ipécacuanha peut ne pas nuire si la bronchite est peu intense et si l'estomac n'est pas enflammé, mais il n'est pas bien prouvé qu'il soit utile. Chez les jeunes enfans cependant, dont les bronches s'obstruej^t en quelque sorte par l'abondance et la viscosité du mucus qui est sécrété , on obtient souvent de grands avantages de l'administration du sirop d'ipéeacuanha pà'r cuillerées à café, jusqu'à effet vomitif, et l'on peut répéter impunément ce médicament plusieurs jours de suite. Toutefois , il importe d'en surveillersoigneusement les effets ; il n'est pas rare devoir des gastrites produites par son emploi intempestif ou trop répété; nous en voyons de fréquens exemples parmi les enfans d'ouvriers, auxquels leurs parens ont l'habitude d'administrer ce sirop pour la moindre indisposition et sans prendre conseil.
Le traitement de la bronchite chronique repose en partie sur les mêmes bases que celui de la bronchite aiguë. Cependant, les saignées générales y sont rarement utiles; on ne les emploie que chez les individus très-sanguins lorsqu'ils sont menacés de suffocation , ce qui ne manque guère de leur arriver après les excès de table. Les saignées locales, plus avantageuses, ne procurent, en général , qvi'un soulagement passager et de peu de durée ; peut-être ne les emploiet on pas avec assez de persévérance. Quoi qu'il en soit, les praticiens, en général, ont rarement recours auxévacuations sanguines dans le catan he chronique. C'est aux boissons gommeuses , pectorales , que nous avons déjà indiquées , aux révulsifs, tels que les ventouses sèches sur la poitrine, vésicatoires ou les cautères aux bras, aux frictions sèches sur tout le corps , aux gilets de flanelle sur la peau , à l'habitation de la campagne si cela est po.ssible, dans une chambre exposée au midi , et mieux encore dans les pays méridionaux , enfin , au régime lacté et composé d'alimcns doux, que se bornent les moyens thérapeutiques que l'on oppose ordinairement à la bronchite chronique.
Mais lorsque la maladie est déjà ancienne , chez plusieurs vieillarils et principalement chez ceux qui sont éminemment lymphatiques , on est souvent forcé de renoncer aux boissons gommeuses et au régiuie féculent et lacté, et de les remplacer par les décoctions de lichen d'Islande, de quinc[uina, les infusions de lierre terrestre, d'hysope, de vulnéraire suisse, les substances balsamiques, les eaux minérales sulfureuses d'Enghien , de Bonnes, de Barèges, de Cauterets, etc. , et par un régime composé principalement de viandes rôties et par l'usage du bon vin de Bordeaux. Pourvu qu'on n'administre pas ces moyens d'une manière routinière , et que l'on sache s'arrêter aussitôt qu'on s'aperçoit qu'ils nuisent, nous ne voyons aucun inconvénient à y avoir recours , surtout lorsque Ton a bien constaté l'ineflicacité des agens thérapeutiques précédemment indiqués. Nous les avons employés plus d'une fois avec succès. 11 en est de même des pastilles de soufre et surtout de celles d'ipécacuanha, de l'oxymel scillitique et du kerm.ès à petites doses, qui facilitent singulièrement l'expectoration chez certains malades. Plusieurs praticiens , et Laennec en particulier, vantent beaucoup l'ellicacifé des vomitifs répétés dans les catarrhes très-anciens des vieillards et surtout chez les adultes et les enfans. Laennec rapporte qu'il a fait prendre , dans l'espace d'un mois , avec un succès complet , quinze vomitifs à une dame de quatre-vingt-cinq ans , tourmentée d'un catarrhe muqueux depuis dix-huit mois, qui lui faisait expectorer environ deux livres de crachats par jour; celte dame a vécu huit ans après sa gnérison. Nous n'avons jamais eu recours à cette médication, si ce n'est chez les enfans, comme nous l'avons dit précédemment; mais nous pensons que, lorsque le malade est sans fièvre, et que cependant il maigrit épuisé par une expectoration trop abondante et de ii.Tture muqueuse, il ne faut pas liésiter à la mettre en usage. Ajoutons que l'ipécacuanha doit toujours être préféré au tartre stibié , comme moins irritant et comme doué d'une propriété astringente qui entre pour quelque chose, à notre avis , dans son efficacité. C'est dans ce même cas que l'emploi intérieur de
BROrîCHORRHÉE.
l'eau de goudron et l'inspiration fréquente des vapeurs de cette substance, ps raissent jouir de quelques propriétés ; la prudence commanderait peut-être d commencer par ces moyens avant de se décider à employer les vomitifs. Que ques auteurs ont aussi conseillé l'inspiration des vapeurs de benjoin , de suc cin , etc. Nous ne croyons pas qu'on puisse s'en promettre de grands avantages mais nous devons avouer que nous n'avons jamais eu l'occasion de les essayeil
Les narcotiques, et en particulier la poudre récemment préparée de bella: donc, sont quelquefois utiles pour diminuer la dyspnée lorsqu'elle deviec très- considérable; les doux minoralifs , tels que la manne et l'huile de ricin offrent aussi cet avantage, bien qu'à un moindre degré ; on peut donc les enii ployer, dans les cas où la respiration devient très-gênée, comme moyens dl soulager les malades.
Il arrive quelquefois que les crachats diminuent tout à coup de quantil d'une manière notable, ou se suppriment même complètement. Cet accident effet d'un nouveau rhume contracté par le malade , produit ordinairement un dyspnée considérable , laquelle dépend de ce que la nsembrane muqueus bronchique s'est tuméfiée, et obstrue plus ou moins complètement quelque tuyaux bronchiques (conversion du catarrhe muqueux en calharre sec). Ici lei narcotiques et les minoratifs seraient impuissans contre la dyspnée, et ce qu'i y a de mieux à faire alors, c'est de traiter l'affection comme si elle était comi mençante , par les applications de sangsues, les boissons pectorales et les ré. vulsifs. Laennec conseille, au contraire, d'avoir recours immédiatement i l'oxymel scillitique, à l'ipécacuanha et au kermès minéral à petites doses, ^ si ces moyens échouent , il recommande , comme dans le catarrhe sec primitif) l'emploi du savon amygdalin sous forme pilulaire à la dose d'un demi-gros à mi gros par jour, de la gomme ammoniaque ajoutée à ces pilules s'il existe dii spasme dans les rameaux bronchiques , des bains d'eau de mer à vingt-sept oa trente degrés , des bains alcalins artificiels avec quatre onces de carbonate d« potasse ou de soude, des bains sulfureux naturels ou artificiels, du carbonattl de soude, de potasse ou d'ammoniaque à l'intérieur , à la dose de douze Ij trente-six grains par jour dans les boissons du malade; enfin, des eaux minéi| raies salines et sulfureuses que nous avons déjà indiquées. Nous ne contestonti pas l'utilité de ces moyens, sinon pour guérir, du moins pour soulager les miM jades , mais nous pouvons affirmer avoir obtenu dans le catarrhe sec primitif e}l secondaire, des effets extrêmement avantageux et très-rapides des applications de sangsues sur les parois de la poitrine secondées par les boissons pectorale* et les looelis ordinaires ou légèrement kermétisés et suivis des révulsifs. Oi-f, Laennec ne dit point avoir guéri par les moyens qu'il conseiîk ; il parle seulofi ment de malades grandement soulagés par eux, et dit avoir souvent employé] le savon médical en particulier pendant deux ou trois ans de suite, ce qui n(t prouve pas une grande efficacité dans ce médicament, comme moyen curalijl ilu moins. Nous pensons donc qu'il sera toujours préférable de commencer U traitement du catarrhe sec par la médication qui nous a plus d'une fois réussij sauf à recourir ensuite à celle de Laennec, quand il ne sei'a plus raisonnable* ment permis d'espérer quelque chose de la première.
Ludolff. DKssertalîo de cutarrtiis taiiquam causis fi'equenlissiitiis leolae, eorumque le^tlimjtll
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BRONCHOCÈLE. Voyez Goîtbe. ;'| iiRONCHOPHONIE. Foyez Auscultation.
BRONCHORRHEE, s. f., de p.f.o-jyci, gosier, bronche, et /=-to, je coule, flii^ morbide de mucus à la surface des bronches. J'ai cru convenahie de désigneri sous ce nom {^Nouveaux Elémeiis de Pathologie mcdico chirurgicale , 1" vorj lume, 1''"^ édition, 1824 ) une affection connue des anciens sous les dénomiua-i lions de pituite , flux muqueux , catarrhe pituitcux , et attribuée par eux à Ui Jaihlesie , confondue avec la bronchite par les meilleurs auteurs modernes , et( par Laennec lui-même qui l'en a distinguée depuis nous , laquelle me parait) n'avoir rien d'inflammatoire , et consister uniquement en une irritation sécré-l toire ou hyperdiacrisie de la membrane muqueuse des bronches. Dans la se^l conde édition de son Traité de L\iuscullalion médiate (loin. 1, pag. 163 ),l Laennec se rapproche beaucoup de cette opinion, a L'affection dont il s'agit,! dit-il, semble être sur la limite (jui sépare les congestions séreuses des congé»?! lions sanguines, et appartenir plutôt au.x premières qu'aux dernières, n ;
L'erreur qui faisait attiibuer la bronchorrhée à la JaibLcsse ou à l'atonie del la membrane muqueuse des bronches , est prévenue de ce qu'on a vu cette nia-l ladie céder le plus ordinairement à l'usage de certains excitans. C était une ma-l nière vicieuse de raisonner, attendu, d'une part, que ces stiuuilans , n'étant! pas déposés sur le tissu malade , ne peuvent rien apjircndre sur la nature de la I maladie dont il est affecté , et , de l'autre , que fréquemmeiit des affections dont! la nature sthénique ne saurait être contestée , cèdent à l'application immcdia(.c( d'agens irrilans. Mais , sans nous arrêter à combattre plus longuement une opi- 1
BRONCHORRHÉE.
BRONCHOTOMIE.
on qui n'a plus beaucoup de défenseurs, nous dirons que , dans l'élat actuel ; la science, il est difficile de concevoir qu'un tissu dont la sccrélion est augentée ait perdu une partie de sa vitalité.
La bronciiorrhée , dans les cas assez rares où elle est primitive , reconnaît les
cmes causes que la bronchite. Mais, le plus ordinairement, elle succède à le bronchite chronique dont tous les caractères inflammatoires §e sont grajellemcnt effacés, et à la suite desquels la membrane muqueuse des bronches
continué de sécréter du mucus en trop grande abondance. C'est en quelque (rte une habitude de sécrétion qui s'est établie. On ne l'observe guère que lez les vieillai'ds ou chez les hommes qui ont atteint 1 âge viril ; les récidives équentes de catarrhe muqueiKK prédisposent à la contracter.
On dislingue la bronciiorrhée de la bronchite chronique et de la phthisie pullonaire , aux caractères suivans : la quantité du liquide expectoré est consisrable ; elle s'élève quelquefois jusqu'à quatre et six livres dans les vingt-quae heures; ce liquide est incolore, filant, transparent , écumeux en partie , irablable à du blanc d'œuf délayé dans l'eau , et sans mélange de crachats épais )mme dans le catarrhe nuiqueux; il existe une dyspnée considérable qui conaste d'une manière remarquable avec la sonoréité parfaite de la poitrine dans lute son étendue; la toux est légère en comparaison de l'abondance del'expecji alion ; elle paraît être secondaire et sollicitée par une sensation de plénitude c la poitrine, produite par la présence du liquide sécrété; la température de i peau n'est pas accrue ; le pouls n'est pas accéléré ou l'est h peine ; il n'y a pas |e sueurs nocturnes , ni aucun des autres signes de la phthisie pulmonaire ; en- |n, si le malade maigrit, ce qui n'arrive que lorsque l'expectoration est trèsllonsidérable , son amaigrissement ne peut être attribué qu'à l'épuisement proiiit par l'abondance de la sécrétion morbide , tant les autres symptômes sont , ar leur peu d'importance et de gravité , insuffisans pour en rendre compte. I. Nauchè assure que le mucus bronchique , produit d une simple irritation Ecrétoire, est toujours acide , et rougit le papier de tournesol, tandis que celui lui provient d'une membrane muqueuse enflammée est alcalin, et ramène au leu le papier de tournesol, rougi par les acides. C'est donc un signe de plus [ ajouter aux moyens de diagnostic précédens.
! Le stéthoscope ne fournit aucun caractère bien saillant qui permette de disingner nettement la bronchorrhée de la bronchite chronique , et principalejient de la forme de cette maladie, connue sous le nom de catarrhe muc/ueux. il fuit percevoir dans l'un et l'autre cas, les mêmes râles, sonore, grave ou sijilant, imitant le ronflement d'une corde de violoncelle, le chant des oiseaux ju le roucouletnent de la tourterelle. Laennec dit bien qu'à l'un de ces râles il [en joint souvent un muqueux , et que l'on sent que ses bulles sont formées iav un liquide moins consistant que la mucosité des crachats cuits ; mais il faut ne si longue habitude de l'auscultation pour saisir de pareilles nuances, que e caractère sera probablement toujours inappréciable pour la majorité des ralicicns. Cependant , si en auscultant les malades dans les intervalles des ataques , car nous verrons bientôt que la bronchorrhée affecte ordinairement ne marche intermittente , on s'aperçoit que le râle sonore a beaucoup perdu ie son intensité, ou que le râle sibilant est réduit à un simple sifflement sourd t très-léger, qui semble se prolonger dans toute l'étendue des bronches, ou nfin , et à plus forte raison , que toute espèce de râle a disparu , on peut soupouner que les bronches sont simplement affectées d'irritation sécrétoire. Mais in sent combien serait nulle la valeur diagnostique de ces signes , s'ils n'étaient ccompagnés de ceux que nous avons déjà indiqués et de ceux qu'il nous reste i faire connaître.
On doit admettre avec Laennec deux espèces de bronchorrhée , l'une dont invasion est lente et graduelle , et qu'il appelle catarrhe pituiteux du ■o nique ; 'est la plus commune; et l'autre '^ui survient tout à coup, et s'accompagne |le prime-abord de symptômes très-intenses , et qu'il nomme catarrhe pituiteux
■lUU.
La bronchorrhée chronique se développe ordinairement de la manière suiante.Ala suite de plusieurs bronchites, le malade conserve une expectoration labituelle , qui s'accroit après chaque attaque de cette phlegmasie. Peu à peu |a matière expectorée perd de sa consistance et de son opacité , et elle prend infin les caractères déjà signalés. Il arrive alors le plus ordinairement que l'exlectoration s'établit d'une manière intermittente et à peu près régulière ; deux iccès ont lieu dans les vingt-quatre heures, l'un au réveil et l'autre le soir; {uelquefois, ils se reproduisent immédiatement après chaque repas. Laennec i vu la quantité de matière expectorée s'éleverà deux et trois livres dans chaque ccès. La durée de ces accès n'est jamais très-longue; en une ou deux heures (Uplus ils sont terminés; ils sont toujours accompagnés de beaucoup de dyspnée; nais, dans les intervalles , les malades jouissent en apparence de la santé la plus parfaite. Cèpendant , à la longue, ils perdent leur coloris et leur embonpoint ; blêmes et maigres , ils peuvent pendant long-temps encore vaquer à Quelques occupations ; mais enfin, à mesure qu'ils avancent en âge, les quintes e rapprochent et durent plus long-temps, la dyspnée devient continuelle, et Ils finissent par périr suffoqués ou épuisés par l'abondance de l'expectoration. \I. Andral rapporte dans sa Clinique médicale deux exemples de mort par jpuisemenl.
La bronchorrhée aiguë débute ordinairement d'une maniàre brusque, et dans les cas même où elle commence par une toux ordinaire , on la voit revêtir en [juelques heures , et parfois en quelques minutes, les caractères graves qui lui iont propres. Le malade est pris subitement d'une dyspnée extrême; lisent listinctement que sa poitrine s'est tout à coup remplie de liquide, et telle est la rapidité de l'afflux , telle en est l'abondance , que des secousses rapides de lOHX et une expectoration abondante et non interrompue lui paraissent encore
DiCT. DE MÉDECIHE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
insuffisantes pour le débarrasser assez vite ; il se sent prêt à suffoquer ; son angoisse est extrême , et souvent des éblouissemens , des tintemens d'oreilles , la lividité de la face , le désordre de la circulation , et le refroidissement des extrémités , annoncent que le danger est en effet imminent. Plus d'un catarrhe suffocant des auteurs et plus d'un croup muqueux n'ont été dans la réalité que <les bronchorrhées aiguës. Ordinairement tout se dissipe après une expectoration copieuse , et l'accident ne se reproduit plus ; mais quelquefois il reparaît auboutde quelques mois et se répète même de temps à autre. J'ai vu ,en 1818, dans un des hôpitaux militaires de la capitale , un jeune sous-officier succomber à une bronchorrhée semi-aiguë dont les accès se répétaient tous les jours. 11 suffisait d'ouvrir la veine et de tirer trois à quatre onces de sang pour faire cesser immédiatement une dyspnée des plus fortes et une expectoration excessive d'une eau mousseuse très-blanche et quelquefois faiblement piquetée de sang ; mais les accès ne s'en reproduisaient pas moins avec la même intensité , et le malade affaibli , épuisé, périt dans l'un de ces accès. A l'ouverture du cadavre , on trouva la membrane muqueuse de la trachée-artère et des bronches d'une pâleur extrême dans toute son étendue. Dans l'une des oliservations de M. Andral, les bronches présentaient le même aspect.
La bronchorrhée aiguë devient quelquefois le moyen spontané de guérison de certaines maladies , et en particulier des épanchemens séreux. M. Andral a vu un hydro-thorax disparaître très-rapidement sous l'influence d'un flux bronchique abondant et survenu tout à coup. Ces bronchorrhées critiques sont toujours passagères, et rarement dangereuses. Elles appartiennent au même ordre de faits que ces diarrhées séreuses, ces voraissemens de même nature, et ces sueurs abondantes appelées crises par les anciens , et qui font disparaître en quelques jours, et souvent plus rapidement encore, des anasarques, des ascites, des épanchemens pleurétiques , et une foule d'autres maladies.
Il faut s'appliquer de bonne heure à détruire la bronchorrhée chronique , parce que , lorsqu'elle dure depuis un certain temps , elle se montre presque toujours rebelle à l'action de tous les agens thérapeutiques. Aussitôt donc que l'on s'aperçoit qu'une bronchite est accompagnée de l'expectoration particulière à la bronchorrhée , il faut redoubler de soins pour la détruire , et insister plus que dans les circonstances ordinaires sur les moyens propres à la faire disparaître complètement. ( Voyez Bronchite. ) Mais il est rare qu'on assiste ainsi à la naissance de la bi-onchorrhée , et c'est ordinairement lorsqu'elle est depuis long-temps développée et qu'elle commence à devenir trop incommode, qu'on est appelé à la traiter; aussi ne réussit-on que très-rarement à la guérir. Les vomitifs répétés , les balsamiques , la vapeur du goudron dirigée dans les bronches, les ventouses sèches sur la poitrine , les vésicatoires volans et répétés sur la même partie , suivis plus tard d'autres vésicatoires au bras dont on entretient la suppuration ; les décoctions ou les extraits de quinquina , de simarouba , de cachou , de ratanhia , l'acétate de plomb , les pilules savonneuses , la poudre de racine de belladone, à la dose d'un demi-grain à un grain, et à des intervalles plus ou moins rapprochés, suivant que la dyspnée est plus ou moins forte , et enfin l'opium à petites doses fréquemment répétées , tels sont les moyens qui conviennent le mieux dans cette affection . Qu'on n'exige pas que nous tracions les règles de l'emploi de tous ces agens, il n'en existe aucune ; à moins qu'on ne veuille regarder comme tels les préceptes banaux , tels que d'en surveiller les effets sur les voies digeslives et sur la maladie elle-même, de les suspendre aussitôt qu'ils nuisent , d'en varier l'emploi, etc. , etc. Chez les sujets pléthoriques, et au début par conséquent de la maladie , il est quelquefois utile d'avoir recours aux saignées du bras, et de s'en tenir aux boissons pectorales et aux révulsifs cutanés : on ne doit passer que graduellement à l'emploi des autres moyens.
Les vomitifs tiennent sans contredit le premier rang parmi les moyens à opposer aux accès de la bronchorrhée aiguë; ils facilitent le rejet rapide de la matière sécrétée qui suffoque les malades , et diminuent de la sorte la durée des attaques. L'effet de la saignée est encore plus prompt ; chez le malade dont j'ai rapporté succinctement l'observation, elle faisait cesser immédiatement l'expectoration et la dyspnée ; mais elle n'est pas praticable chez tous les individus , chez les vieillards émaciés et trcs-affaiblis , par exemple. Les cataplasmes très-chauds de moutarde appliqués aux extrémités inférieures sont aussi trèsutiles dans ce cas. Mais aucun de ces moyens n'est propre à prévenir le retour de la maladie ; il est vrai que , sous cette forme aiguë , les'^accidens de la bronchorrhée sont souvent passagers et ne se reproduisent plus une fois dissipés. Toutefois , comme ils peuvent reparaître, il importe de tout faire pour les prévenir. Se prémunir contre le froid par des vêtemens de flanelle appliqués immédiatement sur la peau, éviter l'inspiration de toute vapeur irritante, vivre sobrement et faire usage de viandes rôties , d'un peu de Vin , et du café à l'eau pris avec modération , enfin porter un exutoire au bras , si l'on a déjà eu plusieurs attaques , tels sont les moyens de se mettre à l'abri du retour des accidens. S'ils se reproduisent malgré ces précautions , et s'ils se rapprochent , la bronchorrhée aiguë perd au fur et à mesure une partie de son intensité ; son traitement ne diffère plus de celui de la bronchorrhée chronique.
Alnrd. Du Siège et de la Nature des m»ladies , 2 vol. Paris , 1821 . Andral. Clinique médicale, 4 vol. in-8°. Paris, 1823, 1824 et 1825.
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BRONCHOTOMIE , s. f. bronchotomia , de /S^eypço? , trachée-artère, et de T!/x'j;iv, couper ; opération dontle caractère essentiel est la section et l'ouverture d'un des points du canal aérien.
BRONCHOTOMIE.
BRONCHOTOMIE.
La bronchotomie peut être pratiquée à des hauteurs différentes , circonstance subordonnée à la lésion particulière pour laquelle elle est indiquée ; de là trois espèces principales, que l'on désigne par les noms de laryngotomie , trachéotomie et larj-ngo-lrachéolomie , suivant que l'instrument trancliaut est perlé sur le larynx, sur la trachée ou sur les deux parties à-la-fois. Ces espèces de bronchotomie présentent de remarquables différences sous plusieurs rapports, bien que cependant elles conservent aussi de très grandes analogies ; aussi convient-il de les décrire d'abord d'une manière générale , en saisissant seulement ce qu'elles ont de commun , puis de terminer en indiquant les caractères particuliers à chacune d'elles : telle est la marche que nous allons suivre.
pp.EMiÈr.E PARTIE. — Généralités.
La bronchotomie convient toutes les fois que le libre passage de l'air dans le canal aérien est empêché, et que ce fluide élastique ne parvient qu'avec peine, ou ne parvient plus du tout dans les pownrons. Une foule de causes peuvent apporter l'euipêchement que nous venons de signaler; nous allons successivement les passer en revue , peser les circonstances variées de leur action sur le canal aérien, et retracer les chances plus ou moins grandes qu'elles laissent pour le succès de l'opération.
1° Une inflammation violente du pharynx, du larynx ou de la partie supérieure de la trachée-artère , inflammation accompagnée d'une tuméfaction interne considérable;
2° L'œdème de la glotte et du larynx ;
3" L'angine couenneuse du larynx et de la partie supérieure de la trachée;
4° Le gonflement énorme de la langue, suivant Richter et Valescus ;
5» Un abcès développé dans la membi ane muqueuse du pharynx , près de l'ouverture supérieure du larynx , ou dans la cavité de cette partie , comme nous l'avons observé;
6" Un cancer du pharynx ou du larynx assez développé pour rétrécir considérablement la cavité de ces organes ;
7» Une tumeur extérieure , telle qu'un anévrisrae, un goitre, etc., qui comprimerait le canal aérien;
8° Un corps étranger placé dans le larynx , la trachée , ou les bronches ;
9° Un corps étranger placé dans la portion cervicale de l'œsophage , ou vers la partie supérieure de la portion thoracique du même canal, et tellement disposé que, comprimant l'œsophage d'arrière en avant , il ne puisse que diflicilement et lentement être extrait ou poussé plus bas ;
Deux exemples fort remarquables de la nécessité de la bronchotomie, dans le cas qui nous occupe, ont été rapportés par Habicot : le premier a trait à un jeune paysan âgé de quatorze ans, lequel , trompé par le pronostic vulgairè, que l'argent avalé ne fait jamais de mal , s'avisa, dè peur des voleurs, d'avaler, enveloppée dans un linge , une somme d'argent qu'il venait de recevoir; « ce » bol alimentaire d'un nouveau genre, ajoute Habicot, ne pouvant passer le » détroit du pharynx ou gosier, la face lui devint si épouvantable et difforme, » pour l'enflure et la noirceur d'iceile , que ceux qui l'accompagnaient le mé- » connaissaient ; de sorte que, l'apportant chez moi , ne pouvant lui faire dé- » valler ni attirer un tel obstacle dedans l'estomac, tant il était serré par l'en- » flure de la gorge , considérant qu'il étouffait, après un bon pronostic , je lui » fis la bronchotomie; laquelle étant faite, il râlait si impétueusement de la » violence de l'air, que cela épouvantait ceux qui étaient autour de lui ; mais « la tumeur et mauvaise couleur de la face étant évanouies , les assurai de la » vie , et notamment après que j'eus de rechef introduit la sonde de plomb, » pour achever de dévaller dans ledit estomac ce tampon ; lequel , huit ou dix » jours après , le rendit par le siège à diverses fois , et sou or ne fut perdu ne » si aventuré que la vie , qui lui fut restituée par la plaie , de laquelle il reçut )i prompte guérison. » Le second exemple , cité parle même chirurgien , est fourni par un jeune homme, qui reçut de nombreuses blessures à la tête, au cou , au visage, à la poitrine, au dos , aux membres et à la verge, et qui se trouvait dans un si fâcheux état, que les médecins et les chirurgiens appelés près de lui , le laissèrent pour mort, sans même le panser. Habicot en jugea autrement : assisté de plusieurs aides , il épuisa pendant trois heures tous les moyens imaginables pour ranimer sa vie défaillante ; mais entîn , « voyant ( ce sont ses expressions), voyant le soir que, par les blessures de la gorge et le » sang caillé , il ne pouvait avoir son vent, dont la gorge s'enflait et suffoquait , 0 je jugeai que c'était faute d'air, raison pourquoi je lui fis une plaie à la tra- » chée , au-dessous de celle qui est au-dessus du larynx , entre deux aimeaux, » dont incontinent la respiration se fît , l'air entrant et sortant avec ronflement; » laquelle plaie demeura ouverte par une tente canule, jusqu'à tant que celle » du pharynx fût guérie en trois mois ; et la bronchotomie fut la salvation de » sa vie. »
IQo Enfin on a encore conseillé , mais à tort ( Detharding , professeur de l'université de Rostock, Dissertatio de melhodo suh^eniendi submersis per larj itgotomiam) , de pratiquer l'opération qui nous occupe tians les cas d'asphyxie par submersion, d'après l'idée, démontrée fausse depuis par Louis, qu'alors 1 epiglotte reste convulsivement appliquée sur l'ouverture supérieure du larynx , et apporte le plus grand obstacle au rétablissement de la respiration.
Quelle que soit la cause qui amène à la nécessité de pratiquer l'ouverture des voies aériennes, toujours cette cause agit en gênant la respiration : et par suite en empêchant le sadg veineux, qui de toutes parts afllue vers le cœur, de traverser cet organe et les poumons avec la vélocité accoutumée ; aussi voit-on survenir immétiialemcnt un reflux considérable du sang d.ins les veines, surtout dans celles du col et de la tête , qui , d'une part , sont les plus voisines , et qui , d'un autre côté , présentent moins de valvules que les veines des autres régions
. du corps ; de là encore la bouffissure et la lividité de la face , et surtout une dilatation telle des veines qui recouvrent le canal aérien , que cette circonstance quelquefois apporte une difficulté très-grande à l'opération. Jamais on ne doil perdre de vue ces faits, afin d'user de toute la prudence nécessaire pour nt blesser aucun vaisseau pendant l'opération; seuls aussi ils peuvent à l'avanc*] indiquer au jeune chirurgien combien , sur l'homme vivant , la bronchotcmiti ressemble peu à la même opération exercée sur le cadavre.
Parmi les questions relatives à la bronchotomie, la plus délicate , sans conJ tredit, est celle qui a trait au moment dans lequel il convient de procéder ; cette opération; or, ce temps varie précisément suivant la nature même de hj cause qui rend l'opération nécessaire ; ainsi , dans les cas de corps étrangers l que ces corps siègent dans les voies aériennes ou dans l'œsophage , il faut préai lablement déterminer avec soin le lieu précis de leur séjour ; ensuite, si la chosi est possible , s'enquérir de leur forme spéciale et de leur nature , et , d'aprèi ces données, faire quelques tentatives d'extraction si le corps étranger u'es point placé trop bas , ou le pousser plus profondément, s'il est placé dans l'œso phage , comme il sera dit, au reste, en parlant des corps étrangers arrêtéi dans le canal aérien et dans l'œsophage {voj-ez ces mots ). La bronchotomie es plus rapidement urgente , lorsque le corps étranger qui la nécessite est spon^ gieux et très-hygrométrique , ou bien encore lorsqu'il est pointu. Dans le premier cas , en effet, il acquiert rapidement un gros volume , et rapidement auss il produit une gêne considérable ; dans le second , il est plus irritant , et causerait rapidement une inflammation grave; toutes choses égales d'ailleurs, le enfaiis et les femmes, dont le canal aérien est étroit, doivent être plus prorap temerit opérés.
Si la bronchotomie est nécessitée par une angine, il faut la mettre en usagi aussitôt que la respiration est devenue très diflicile , surtout lorsque les moyen: antiplilogistiques locaux et généraux ont été vainement épuisés, et aussi lors qu'on s'est assuré que la sulibcation n'est pas le résultat de la formation d'ui abcès produit de l'inOammalion pharyngée , et qui ferait saillie dans la gorge abcès à l'ouverture duquel le rôle du chirurgien devrait alors se borner; il espresque superflu de montrer le danger que l'on ferait courir au malade , dani ces cas , en sacrifiant au conseil donné par Hippocrate et renouvelé par Desault d'introduire dans la gorge un tuyau ou une sonde de gomme élastique, poui permettre le passage de lair au niveau des parties enflammées. En effet, san parler des difficultés d'une semblable opération dans les circonstances indiquées qui n'aperçoit que la gêne et la douleur que ressentirait le malade pendant ce tentatives , pourraient augmenter dans cet instant la gêne déjà très-grande de 1. respiration , et terminer rapidement ses jours ? qui ne sent surtout que cet in strument, placé sur les lèvres de la glotte, dont la sensibilité est excessive produirait une irritation et une gêne telles, qu'il ne pourrait un seul instan être maintenu dans cette position , et qu'ainsi on aurait , sans résultat , augment l'inflammation à laquelle le malade est en proie ?
Aussitôt que l'opération de la bronchotomie a été décidée , il faut la pratiquei sans retard ; le temps employé en préparations serait tout à fait perdu, et l'oi aurait, en suivant cette conduite, prolongé sans fruit les angoisses et les dou leurs du malade.
Peu de choses sont absolument nécessaires pour la bronchotomie : toutefois le génie des chirurgiens s'est exercé fréquemment sur ce point de raédecini opératoire, et a varié de mille manières l'appareil instrumental. Les anciens dit-on , employaient pour faire cette opération , une sorte de tuyau élastique qu'ils enfonçaient dans le larynx, et auquel était attachée une vessie , à l'aidi de laquelle on poussait de l'air dans les voies aériennes. Fabrice d'Aquàpen dente se servait d'une canule droite pour tenir la plaie dilatée. Cassérius em ployait , pour ouvrir le canal , une lancette ordinaire ; il adopta aussi l'idée di la canule de Fabrice , mais il lui donna une forme coudée, pour éviter di heurter avec son extrémité la paroi postérieure du conduit aérien. Toutes ce canules avaient un pouce de longueur ; elles étaient garnies en dehors d'ui petit rebord, auquel on fixait un fil , qu'on attachait ensuite autour du col Cornélius, de Solingen, se servait de canules aplaties dans le sens de linci sion , et en outre il tenait la plaie écartée au moyen de deux airignes appli quées sur ses bords. René Moreau donna le conseil de recouvrir l'extrémité d la canule d'un morceau de linge ou de gaze , pour empêcher l'air de pénétre trop froid ou chargé de poussière dans la trachée. Frédéric Deckers , de Leyde pour éviter l'hémorrhagie qui souvent accompagne l'opération , imagina de L pratiquer avec un petit trois quarts, garni d'une canule à rebord. Georges Mar tiue, chirurgien de la marine anglaise , proposa de substituer à la canule simplide Fabrice et de Cassérius , une canule double, de manière à pouvoir, san danger, opérer l'extraction elle lavage de la canule interne, lors de son obstrue tion par des mucosités. Bauchot, sans avoir connaissance du Irois-quarts di| Deckers, inventa un instrument analogue à lame très-courte , reçue dans uni! canule droite, plate, et munie d'une plaque demi-circulaire, qui reste appli quée sur la trachée-artère et empêche la canule de fuir à droite ou à gauchei Richter adopta le trois-quarts de Bauchot, mais il lui fit ajouter une courbur^^ en arc de cercle. Frédéric 'Wendt négligea la canule, et préféra tenir écartée les lèvres de la plaie , à l'aide de crochets mousses , qu'il substitua du reste au: airignes, déjà conseillées par Solingen. M. Percy proposa les ciseaux pourl'in cision du canal aérien. Fernire substitua, aux canules simples et métallique employées avant lui, un tuyau de plume. Desault, d'après ses idées relatives la simplification de l'arsenal chirurgical, adopta aussi cette modification d Fernire. Enfin i\L Bretonneau , de Tours , a aussi imaginé quelques instrumen fort iugénicu.x pour la bronchotomie : entre autres, il se sert, pour tenir 1 plaie ouverte , d'une sorte de pince dont les branches, semblables à celles de
BRONCHOTOMIE.
BRONCHOTOMIE.
pinces à disséquer, s'écartent par leur propre ressort, et présentent à leur exil rémité libre un crochet mousse dirigé en dehors; ainsi ce sont les crochets mousses de Wendt, mais rendus d'un plus facile usage, et réunis sur un seul et même instrument.
Aujourd'hui , le plus ordinairement , on emploie pour la bronchotomie un ibistouri convexe sur le tranchant pour l'incision extérieure , un bistouri pointu pour l'ouverture du canal aérien , des pinces à disséquer ou un tenacuhim et des CIs pour faire quelques ligatures , s'il y a lieu ; à cela on ajoute une sonde Mnnelée et une canule , soit une canule simple, soit celle de Georges Martine ;
11 a presque généralement abandonné le trois-quarts de Deckers et de Bauchot ; ioulel'ois, comme nous le dirons plus tard , cet instrument pourrait bien être ivantageux dans quelques circonstances.
Pour l'opération de la bronchotomie, le malade doit être couché sur le dos, a tête renversée en arrière , autant que le permet la gêne plus ou moins grande le la respiration, dans le cas particulier pour lequel on agit; des aides placés, iutour de lui le retiennent dans cette position. Le chirurgien est à droite , et cçoit de l'un des aides les instrumens dans l'ordre où ils deviennent nécessaires lendant le cours des manœuvres.
Le mode opératoire delà bronchotomie est fort simple , il se compose de deux emps bien distincts : dans l'un on incise les parties molles qui recouvrent le ■Mual aérien ; dans l'autre on intéresse ce canal lui-même ; voici au reste , cornaient on doit y procéder ;
I» Incision des parties molles qui recouvrent le canal aérien. — Quel que soit but dans lequel la bronchotomie est pratiquée, le premier temps reste touours le même; le chirurgien , placé comme il a été dit plus haut, de la main ;.uiche fixe le larynx entre le pouce et les quatre derniers doigts, tandis (ii'avec le bord cubital de la même main, il tend la peau du col parallèlement 1 la longueur de cette région ; avec la main droite il tient le bistouri convexe :omme pour inciser de dehors en dedans , et pratique à la peau , sur la ligne nédiane , une incision longue de trois travers de doigts environ ; il coupe succssivement les feuillets superficiel et moyen de l'aponévrose cervicale, sépare un de l'autre les muscles sterno-hyoïtiiens et thyro-hyoïdiens , et dissèque ivcc soin , soit avec le bistouri, soit avec l'index de la main droite , soit avec extrémité d'une sonde mousse, la partie antérieure du canal aérien, de malière à ce que ce canal reste seul à diviser ultérieurement. Dans cette première jartie de l'opération, plusieurs vaisseaux sont nécessairement coupés , il faut es lier tous avec la plus grande précaution , si petits qu'ils soient; autrement Is pourraient fournir un léger écoulement sanguin dont la matière retomberait lans le canal , et produirait des accidens. Sans doute, il est des cas où l'on ne )eut s'arrêter h ces minutieuses recherches des plus petits vaisseaux, par xemple , lorsque la suffocation du malade est extrême , et menace sa vie dans 'instant même ; mais ces cas ne sont pas les plus fréquens , et ce n'est pas pour ux que nous établissons ces préceptes généraux. En se conduisant comme nous T 'cnous de le dire, on incise à sec le canal aérien , et le dernier temps de l'opeation n'a rien de dangereux pour le malade, ni d'effrayant pour les assistans. il' Dans les cas contraires, le sang que fournissent les petits vaisseaux dont on a légligé de faire la ligature tombe dans le canal aérien , entraîné par l'air cxtéieur qui s'y précipite lui-même aussitôt que ce canal est ouvert , et ainsi il peut pmpêcher la respiration et produire la mort; mais toujours il détermine par on contact une irritation suivie d'une toux convulsive , pendant laquelle le ang, rejeté avec force au dehors, couvre les vêtemens et la figure des assisans. Dans deux cas nous avons eu occasion de pratiquer la bronchotomie api .» avec notre ami le docteur Pravaz , chez un enfant tourmenté par une angine aryngée couenneuse , 2" à l'hôpital Beaujon pour extraire une aiguille; conleei tamment nous avons employé les soins indiqués , et chaque fois l'opération a :té exempte des inconvéniens dont ailleurs nous l'avions vue accompagnée.
2° Ouverture du canal aérien. — Cette dernière partie de l'opération varie , uivant qu'on la pratique simplement pour établir une facile communication (ntre le canal aérien et l'air extérieur, ou suivant qu'il s'agit d'extraire un corps iufttranger ; dans le premier cas , il est évident que l'on peut se contenter d'une )etite incision , faite transversalement entre des pièces cartilagineuses du canal , )ourvu que cette incision soit susceptible de recevoir une canule de moyenne iimension ;dans le second cas, au contraire, l'incision doit être plus étendue, ongitudinale , et ses dimensions doivent être calculées d'après le volume du ojpps étranger eue l'on doit extraire.
Veut-on faire l'incision transversale? on place transversalement l'ongle de 'index de la main gauche sur le point que l'on veut intéresser, on glisse sur lui a l plat la lame du bistouri droit et pointu , on l'enfonce jusqu'à la profondeur de ilfl rois ou quatre lignes , puis, en la retirant, on agrandit légèrement la petite )uverture. Au lieu d'employer ici l'instrumenttranchant , ou pourrait quelqueois, avec beaucoup d'avantages , percer le canal aérien à l'aide de l'instrument jpl le Deckers où de Bauchot; surtout dansles cas où l'on n'aurait pu faire la ligaure des vaisseaux extérieurs, comme nous l'avons indiqué. Par là , on évite- ^ "ait la chute du sang dans la trachée , et les accidens qui peuvent en être la onséquence.
Que si l'on veut au contraire avoir une ouverture suffisante pour extraire un [fcorps étranger, on connmence par faire l'incision transversale , comme il vient i]i d'être dit , puis on glisse dans le canal aérien , en haut ou en bas , suivant la cirjrti jonstance , une sonde cannelée d'argent que l'on a préalablement fléchie légèrement dans le sens de sa gouttière ; on glisse sur cette sonde un bistouri , et Ton neif :oupe perpendiculairement, de dedans en dehors , un certain nombre des pièces cartilagineuses du cana}.
Quel que soit le but dans lequel on a fait la bronchotomie , au moment où
irl
l'on pénètre dans les voies aériennes , l'air extérieur s'y précipite brusquement, et en sort de même en faisant entendre uu bruit particulier, une espèce de sifflement , produit par la vibration des lèvres de la pliie ; il faut bien connaître cette circonstance, pour ne point être saisi de frayeur en ce moment de l'opéralion.
Mais l'ouverture des voies aériennes ne constitue qu'un moyen propre à faciliter le passage de l'air , ou l'extraction du corps étranger dont la présence causait des accidens ; aussi, lorsqu'elle est achevée , le rôle du chirurgien n'est pas encore entièrement rempli , il faut, dans certains cas, entretenir béante l'ouverture, et dans d'autres, il est urgent de préparer l'issue du corps étranger. Pour remplir la première indication, depuis Fabrice d'Aquapendente, on se sert de canules. La double canule recourbée de Georges Martine nous paraît la plus convenable ; car , ainsi que déjà nous l'avons fait remarquer, tout aussi favorable que les autres pour le passage de l'air, elle a sur elles l'inappréciable avantage de pouvoir être débarrassée sans douleur ni danger pour le malade, de matières mucoso-snngninolentes qui viennent souvent l'obstruer. En effet, pendant qu'on retire la canule intérieure , celle qui reste suffit pour permettre le passage de l'air ; ensuite , au reste , on remet facilement les choses dans leur premier état. Que si au contraire on employait une canule simple, il faudrait, pendant le nettoyage de sa cavité , avoir bien soin de tenir béante l'ouverture du conduit aérien , afin de prévenir la gêne de la respiration ; et aussi, en remplaçant la canule, il faudrait, comme la première, se garder de la trop enfoncer, de peur d'irriter la trachée et de causer de la toux. Plusieurs chirurgiens négligent l'usage de la canule , en raison de la facilité avec laquelle elle se laisse obstruer, et aussi à cause de l'irritation qu'elle produit sur la muqueuse qu'elle touche ; toutefois , pour se conduire ainsi , il faut pratiquer une ouverture plus grande que dans le cas où l'on emploie la canule, circonstance qui expose davantage à l'hémorrhagie ; d'ailleurs , il est encore presque toujours nécessaire de tenir écartées les lèvres de la plaie à l'aide d'un moyen artificiel , comme les crochets mousses de 'Wendt , ou les pinces à ressort de M. Bretonneau , instrumens divers qui ont bien aussi une influence irritante sur la muqueuse aérienne, et qui sont inférieurs aux canules sous le rapport des dimensions de l'ouverture à laquelle leur emploi force d'avoir recours.
Si la bronchotomie a été pratiquée pour l'extraction d'un corps étranger , souvent on voit ce corps chassé au loin par l'ouverture, aussitôt que celle-ci est devenue suffisante pour lui livrer passage; des expériences répétées sur des animaux par Favier, élève en chirurgie aux Ilivalides, du temps de Sabatier, ne laissent aucun doute à cet égard. Quelquefois, cependant, le corps étranger ne sort pas , soit qu'il demeure fixé en raison de ses inégalités dans un lieu du canal plus ou moins éloigné de celui sur lequel l'incision a été pratiquée, soit qu'il demeure retenu par quelques adhérences d'un autre genre; dans ce cas, i! faut glisser par l'ouverture pratiquée une petite pince , et la porter successivement en bas et en haut à la recherche du corps étranger. Toutefois, ces tentatives doivent être dirigées avec la plus grande prudence; surtout elles ne doivent pas être long-temps continuées , de peur de fatiguer le malade , et de l'exposer à une vive inflammation. Cette conduite, au reste, est d'autant plus rationnelle, que le plus ordinairement le corps étranger, débarrassé des entraves qui le retenaient , vient se porter au-dehors au bout d'un temps plus ou moins long , et qu'alors on le trouve au milieu des pièces d'appareil. M. Boyer a rapporté, dans sou Traité de chirurgie, l'observation d'un enfant auquel il avait pratiqué la bronchotomie pour extraire un haricot , et chez lequel ce corps ne sortit point au moment de l'opération, mais quelques heures plus tard on le trouva placé au bas du linge qui recouvrait la pluie. Nous-mêmes , nous avons pratiqué, il y a deux ans, à l'hôpital Beaujon, la bronchotomie, pour extraire une aiguille arrêtée dans le larynx, et ce corps non plus ne put être extrait immédiatement. Nous nous embarrassâmes d'ailleurs fort peu de cette circonstance , et le lendemain l'aiguille fut trouvée sur le linge qui avait été mis au-devant de la plaie par l'élève chargé du pansement.
De ce qui vient d être dit, il résulte que deux moyens existent de faire la bronchotomie, lorsqu'elle a pour but seulement le passage de l'air : le troisquarts et le bistouri. A l'aide du bistouri , on peut"à volonté agrandir l'incision comme on le juge convenable ; mais le trois-quarts a sur cet instrument l'avantage de faire une ouverture dont les bords pressent fortement la canule qu'on laisse en place , et qui , pour cette raison , ne permet pas les fusées sanguines dans la trachée et les accidens qui en sont la conséquence ; aussi , nous n'hésitons pas à le dire, nous préférons la ponction avec le trois-quarts à l'incision du canal aérien , dans les cas où le malade est menacé immédiatement de perdre la vie par suffocation, et où il est impossible de s'arrêter à faire la ligature des vaisseaux extérieurs avant d'ouvrir le canal ; toutefois il est nécessaire d'ajouter que le trois-quarts doitêtre exclusivement réservéà l'ouverture du canal aérien, tandis que les parties molles qui recouvrent celui-ci doivent être attaquées avec l'instrument tranchant.
Il paraît que les anciens pratiquaient la bronchotomie exclusivement pour prévenir la suffocation ; on ignore d'ailleurs le procédé opératoire qu'ils suivaient. On sait bien qu'Asclépiade , de Bythinie, inventeur de cette opération , la pratiqua plusieurs fois avec succès du temps de Cicéron; mais rien autre chose ne nous est parvenu sur ce sujet. Antyllus, le premier, osa ouvrir le canal aérien , après Asclépiade ; il faisijit nne incision transversale à la peau et au canal aérien. La bronchotomie , malgré ses immenses avantages, et malgré les succès qu'elle procura à AsClépiade et à Antyllus, rencontra des détracteurs : tantôt on lui opposa, avec Arétee de Cappadoce, l'inflammation, la toux, les spasmes auxquels elle peut donner lieu ^ et la difficulté de la cicatrisation du
BROBfCHOTOMIE.
BRONCHOTOMÎE.
conduit aérien ; tantôt on objecla , avec les chirurgiens arabes , la difficulté de l'exécuter et les dangers dont elle peut être immédiatement accompagnée; aussi ces derniers ne la pratiquèrent-ils jamais ; aussi Abulkasis disait-il qu'il ne connaissait personne, dans les Etats mahométans, qui fût assez hardi pour oser l'entreprendre. Fabrice d'Aquapendente fut le premier à blâmer l'incision transversale des parties molles que faisait Antyllus , parce qu'elle intéresse perpendiculairement les muscles et les vaisseaux ; il préférait la section perpendiculaire des parties extérieures; mais comme Antyllus , il coupait transversalement le canal aérien. Deckers d'abord , et après lui Bauchot, conseillèrent de pratiquer la bronchotomie en un seul temps, en perçant, à l'aide d'un trois-quarts à-la-fois , les parties molles extérieures et le canal aérien. Il est évident que cette dernière méthode ne saurait être adoptée pour tous les cas, et qu'elle ne peut convenir, par exemple, lorsqu'il s'agit d'extraire un corps étranger; en outre, on conçoit de suite tout le ilanger qu'il y aurait à pratiquer une ponction sur la partieantérieuredu canal aérien, avant de s'être assuré qu'il ne s'y rencontre point quelque grosse artère, ce qui arrive quelquefois , et au risque d'intéresser les veines volumineuses qui s'y rencontrent toujours : au reste, nous avons vu plus haut comment on peut plus avantageusement employer le (rois - quarts. Garengeot pratiquait la bronchotomie en faisant une longue incision depuis le larynx jusqu'au sternum.
Après l'opération, soit que l'on néglige l'emploi de la canule, soit que l'on maintienne écartées les lèvres de la plaie par quelques-uns des autres moyens que nous avons signalés , toujours le malade doit être placé dans une atmosphère légèrement chaude et humide ; la tête doit être médiocrement relevée dans le lit, tandis qu'un linge fin ou une gaze placée sur la plaie empêchera l'introduction de corps étrangers dans les voies aériennes, sans gêner la circulation de l'air. Au bout de quelques jours , lorsque la cause pour laquelle l'opération a été pratiquée a disparu, on rapproche doucement le fond de la plaie, de manière à faire procéder la réunion des parties profondes vers celles qui sont superficielles. La cicatrisation des cartilages , lorsqu'il a fallu intéresser ces parties, se fait long-temps attendre, mais elle ne manque jamais, comme le craignaient les anciens; ce qu'il y a de remarquable seulement, c'est la manière dont se fait cette cicatrice. {F'oj-ez plus loin ce mot. )
La bronchotomie, comme toutes les opérations, traîne à sa suite divers accidens , tels que Yhémorrhagie , V inflammation , ou les Jistules aériennes.
L'hémon-hagie ne peut avoir sa source que dans les vaisseaux extérieurs au canal aérien , et cet accident est d'autant plus facile que ces vaisseaux , la plupart veineux, sont toujours le siège d'une grande dilatation lorsque la bi-onchotomie est indiquée; aussi doit-on. comme nous l'avons dit, user de grandes précautions dans les premiers temps de l'opération , séparer les veines avec l'extrémité mousse d'une sonde cannelée, et inciser les artères et les lier exactement ; ou bien , si l'on n'a pas le temps d'en agir ainsi , il faut ouvrir la trachée avec l'instrument de Bauchot , si toutefois on n'a pas pour but l'extraction d'un corps étranger. Lorsqu'une hémorrhagiea lieu, elle est long-temps entretenue par l'espèce de succion exercée sur les vaisseaux ouverts pendant l'inspiration ; le sang tombe dans les voies aériennes, et menace le malade de suffocation. Plusieurs fois nous avons vu arriver cet accident dans des opérations auxquelles nous assistions, mais jamais il ne se montra sous des couleurs plus sinistres que sur une malade à laquelle M. Roux, à l'hôpital de la Charité, avait pratiqué la bronchotomie pour permettre le passage de l'air au-dessous du larynx obstrué par une tumeur interne. La malade , en un instant, se sentit défaillir; il y eut une résolution complète des membres, des convulsions, des grincemens de dents ; le pouls cessa de se faire sentir , la pâleur de la mort envahit tout le corps , et il n'y eut personne , parmi les assistans, qui ne pensât que l'heure fatale avait sonné pour cette malheureuse. Toutefois, il en fut autrement, grâce à la présence d'esprit et à l'habileté de M. Roux, dont la conduite mérite d'autant plus d'être citée , qu'elle devrait faire règle dans des circonstances, aussi graves. Aussitôt M. Roux agrandit du double l'ouverture qu'il avait faite au canal aérien, de manière à faciliter la respiration, et par suite à dégorger les veines du col et favoriser l'issue au dehors du sang épanché. De grosses sondes de gomme élastique furent successivement introduites dans la trachée , et à la faveur d'une inspiration et d'une expiration exercées avec sa bouche, il parvint à rétablir la respiration suspendue de la malade, et celle-ci plus tard obtint même une guérison complète. Cette conduite, nous le répétons, doit être érigée en principe , et aussi, pour les cas d'hémorrhagie : Inciser plus grandement le canal aérien ; flaire une respiration artiflcielle; extraire par respiration le sang épanché.
L'inflammation des voies aériennes est sans doute un des inconvéniens de la bronchotomie; mais on pout prévenir son intensité par l'emploi des moyens hygiéniques que nous avons conseillés; et lorsqu'elle est développée , il faut la combattre par les agens thérapeutiques ordinaires.
Les flstules aériennes suivent nécessairement la bronchotomie dans les cas où le canal aérien reste oblitéré plus ou moins complètement au-dessus du lieu de l'opération, mais ces cas sont rares. Ces fistules sont de deux sortes, complètes, ou borgnes internes; ces dernières ré.sultent d'un mode vicieux de réunion de la plaie après l'opération ; par exemple , lorsque l'on pousse trop vile l'une vers l'autre les lèvres de la plaie extérieure; dans ce cas, l'air et les mucosités viennent continuellement s'interposer en dedans entre les lèvres de la plaie du canal aérien; la cicatrice ne se fait pas de ce côté, et il reste une sorte de poche, qui finit par prendre l'organisation muqueuse , et dans laquelle les sons retentissent avec force et prennent une gravité toute spéciale. Nous avons eu occasion d'observer un individu qui était dans ce cas. Pouréviter cet accident, il ne faut, comme nous en avons donné le conseil, réunir la plaie en dehors,
que lorsqu'elle est cicatrisée en dedans. Les fistules aériennes complètes , lorsque le canal aérien n'est pas oblitéré au-dessus , peuvent être heureusement traitées par la cautérisation de leur trajet. Nous avons réussi de la sorte dans un cas particulier; nous nous sommes servi , pour porter le nitrate d'ar^eut dans le trajet étroit île la fistule, du porte-caustique droit en platine de M. Lallemand , de Montpellier.