‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 111 sur 234 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

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Spécialités.

La bronchotomie , comme nous l'avons dit , présente trois espèces , suivant les lieux sur lesquels on la pratique : la larjngolomie , la trachéotomie eX. la larjngo-trachéotomie. Maintenant que nous avons montré ce qu'ont de commun ces trois opérations , étudions-les chacune en particulier.

i° Laiyngotomie. — Cette espèce de bronchotomie n'était pas connue des anciens ; en 177(5 seulement, le célèbre Vicq d'Azir communiqua à la Société royale de médecine un mémoire sur la possibilité de pratiquer la laryngotomie entre les cartilages thyroïde et cricoïde , opération qu'il avait plusieurs fois essayée avec succès sur des chiens ; et trois ans plus tard, Fourcroy soutint, à la faculté de médecine de Paris , une thèse intitulée : de nos'a larjngotomice Melhodo , thèse dans laquelle il émet l'opinion que la laryngotomie est préférable à l'incision de la trachée , toutes les fois que le passage de l'air est intercepté dans l'angine ; enfin plus tard, Desault nous a appris à couper le cartilage thyroïde sur la ligne médiane, afin d'avoir une ouverture capable de permettre l'extraction d'un corps étranger.

La laryngotomie convient spécialement dans les cas où un corps étranger est arrêté dans les ventricules du larynx , et dans tous ceux où l'obstacle à la respiration siège au-dessus de l'ouverture de la glotte, ou même immédiatement à son niveau; au reste, comme, dans le plus grand nombre des cas, c'est da le pharynx , à l'isthme du gosier, ou vers l'ouverture supérieure du larynx q se rencontrent les empêchemeus au passage de l'air, il suit que presque toujours la laryngotomie est admissible pour ce genre de lésions ; presque toujours aussi elle peut suffire pour l'extraction des corps étrangers, dont l issue a lieu spontanément, sinon aussi vite que l'a indiqué Favier, au moins d'une manière bien constante.

Avant de pratiquer la laryngotomie , il importe de reconnaître le larynx , et • spécialement l'espace crico-thjroïdien ; puis , en suivant les autres préceptes indiqués dans la description générale de la bronchotomie , on fait sur la ligne médiane une incision extérieure, plus ou moins étendue, suivant que l'opération a pour but seulement le passage de l'air , ou l'extraction d'un corps étranger. Dans le premier cas , sa longueur ne doit pas dépasser deux travers de doigt et demi, et il faut que, partie du milieu du cartilage thyroïde , elle atteigne le niveau de la région supérieure de la trachée; dans le second cas, au contraire, elle doit s'étendre de l'os hyoïde à la partie inférieure du larynx. Toujours on y divise successivement la peau, les deux feuillets superficiel et moyen de l'aponévrose cervicale; on sépare sur la ligne médiane les muscles sterno-hyoïdiens , sterno-thyroïdiens et thyro-hyoïdiens ; on lie exactement quelques vaisseaux , s'il en est qui donnent du sang , et si le cas qui requiert l'opération eu donne le loisir; on divise surtout la petite artère crico- thyroïdienne , et on la lie ; puis , arcboutant l'ongle de l'index de la main gauche sur la membrane crico-thyroïdienne , on fait à celte membrane, par ponction, uue petite ouverture transversale, ouverture que l'on peut obtenir à l'aide du troisquarts de Bauchot , ou avec le bistouri, comme nous l'avons dit en général. L'opération est terminée si l'on a eu pour dessein de remédier à un obstacle apporté à la respiration par une maladie placée au-dessus du larynx ; mais lorsqu'on doit extraire un corps étranger, il faut en outre glisser supérieurement une sonde cannelée , ou tout simplement un bistouri boulouné , avec lequel on coupe très-exactement sur la ligne médiane l'angle saillant du cartilage thyroïde.

On conçoit la nécessité où l'on se trouve d'inciser le cartilage thyroïde tout à fait sur la ligne médiane ; autrement, en effet, on intéresserait les lèvres de la glotte , et ultérieurement il en résulterait de la gêne dans la formation des sons. Dans cette opération , on n'a point à craindre d'hémorrhagie, si l'on a pris la précaution délier le rameau Ihyro-cricoïdien de l'artère thyroïdienne supérieure , et de débarrasser de toutes les parties molles la membrane cricothyroïdienne avant de l'inciser. Il est des cas, au reste, dans lesquels on trouve au-devant du corps thyroïde de grosses veines; il faut les éviter en les déjetaut de côté ; plus rarement, une des branches principales par lesquelles se termine l'artère thyroïdienne supérieure vient se placer dans l'espace crico-thyroïdien; il faut l'éviter avec soin , ou en faire la ligature. Après cette opération, lorsqu'on a incisé le cartilage thyroïde dans toute sa hauteur, la déglutition reste quelque temps gênée ; les liquides s'écoulent en partie par la plaie , qui cependant est placée tout entière au-dessous de l'épiglotte et de l'ouverture supérieure du larynx. Nous avons observé ce phénomène chez l'individu dont nous avons déjà cité l'observation , chez lequel nous avions fendu le cartilage thyroïde pour extraire une aiguille. Ce fait au reste confirme l'idée de M. Magendie, que les lèvres de la glotte, par leur rapprochement, concourent à empêcher la pénétration des alimens dans le larynx . lors de la déglutition; tellement, par exemple, que la section des nerfs laryngés inférieurs, qui paralyse les muscles de cette ouverture, rend la déglutition difficile.

2" Trachéotomie. — Cette espèce de bronchotomie est la plus ancienne; las anciens la connaissaient exclusivement ; et ils attaquaient la trachée-artère, sur laquelle on pratique cette opération , entre son deuxième et son troisième anneau. Voici de quelle manière on l'exécute aujourd'hui.

L'incision extérieure doit s'étendre depuis le milieu de la face antérieure du larynx jusqu'au sternum, et comprendre successivement la peau, les deux

BRONCHOTOMIE.

BRULIIBE.

ames superficielle et profonde de l'aponévrose cervicale; elle doit passer entre es muscles sterno-hyoïdiens et slerno-lhyroidieus, et atteindre le feuillet profond de l'aponévrose cervicale ; jusque là, aucune partie importante ne se présente ; mais alors il faut séparer , avec un stylet à pointe mousse , les branches nombreuses du plexus veineux sous-thyroïdien, et mettre ainsi à nu la trachéeirtère dans leurs intervalles. Cette partie de l'opéi-ation est d'autant plus diffi- Dile que ces vaisseaux sont gorgés de sang , en raison directe de la gêne de la respiration. Le doigt sera ensuite porté dans le fond de la plaie , pour l'explorer, et pour faire connaître s'il existe ou non au-devant du canal aérien une irtère volumineuse : une branche de l'aorte ou tronc brachio-céphalique, ippelée thyroïdienne moyenne inférieure, s'y trouve quelquefois ; quelquefois lussi , quoique plus rarement , l'artère carotide gauche venant du tronc bra- 3hio-cèphalique croise assez haut la face antérieure de la trachée.

Toutes ces précautions une fois prises , le doigt est placé sur l'intervalle de deux des cerceaux cartilagineux du canal, et avec un bronchotome ou un bisouri , on pratique une ouverture à la membrane fibreuse , ouverture que l'on igrandit eu coupant les anneaux cartilagineux voisins, si l'on a besoin d'une /oie plus large. Dans cette section des pièces cartilagineuses , c'est de bas en laut principalement qu'il faut diriger l'instrument ; en bas , en effet , du côté lu sternum , la trachée est en rapport avec la veine sous-clavière gauche et le ronc brachio-céphalique , vaisseaux qu'il faudrait craindre d'intéresser. Nous ivons entendu Béclard citer le cas d'un jeune élève en médecine, qui , voulant lauver la vie à son camarade qui venait d'être submergé, lui pratiqua la tra- ;héotomie, et ouvrit l'un de ces énormes vaisseaux , en donnant à son instruuent la direction vicieuse que je viens d'indiquer : aussitôt une hémorrhagie ;e manifesta , et le malheureux jeuue homme qui avait opéré eut la douleur le voir son ami exécuter des mouvemens , indices certains qu'il pouvait être "appelé' à la vie par des soins mieux dirigés.

3" Laryii go-trachéoto mie. — Depuis M. Boyer , on a donné ce nom à l'inci- ;ion simultanée de la membrane crico thyroïdienne et des premiers anneaux le la trachée artère. Voici comment on y procède.

L'incision extérieure doit s'étendre moins haut que dans la laryngotomie , et uoins bas que dans la trachéotomie. D'abord on ouvre, après les précautions jiignalées, la membrane crico-lliyi oidienne ; puis , à l'aide d'un bistouri bououné, on coupe de haut en bas le cartilage cricoïde et les premiers anneaux le la trachée-artère.

En refoulant en bas le corps thyroïde avec le doigt , chez les enfans surtout , 3n peut éviter sa section; la chose est plus difficile chez les adultes , chez les emmes principalement, qui ont cet organe volumineux. Dans ce dernier cas, I convient, si la suffocation n'est point trop grande , de couper le corps thyuide avant d'ouvrir le conduit aérien , et de pratiquer la ligature de ceux de ies vaisseaux qui pourraient fournir la matière d'une hémorrhagie. C'est en îi'aliquant cette opération en particulier, que M. Roux vit survenir les accidens oraiidables que nous avons signalés plus haut, et auxquels il sut remédier si leureusement.

Parallèle entre les trois espèces de bronchotomie.. — La description générale [ue nous avons donnée de la bronchotomie témoigne assez en faveur des anaogies qui rassemblent les trois espèces qu'elle présente, car celte description )récisément est fondée sur ces analogies. Résumons ici, au contraire , les caaclères spécifiques de ces trois opérations de manière à mieux faire ressortir es différences qui les séparent.

La laryngotomie tient certainement le premier rang sous le rapport de la acililé de l'exécution; quoi de plus facile en effet que de trouver l'espace :rico-thyroïJien , et de l'intéresser? La difficulté commence seulement dans es cas où le cartilage thyroïde doit être fendu; et encore cette difiiculté n'est )as bien grande. Il est beaucoup plus pénible, au contraire, dans la trachéoomie, de manœuvrer entre les veines sous-thyroïdiennes sans les intéresser, ;t d'atteindre la trachée , dont la position d'ailleurs est bien plus profonde que relie du larynx. La laryngo-trachéotomie , sous le même rapport, tient le miieu entiie les deux autres.

L'hémorrhagie et ses conséquences, quelquefois fatales, sont presque iraposibles après la laryngotomie, tandis que l'anatomie et l'expérience établissent a facilité de cette complication après les deux, autres.

La canule , si l'on adopte ce moyen de tenir la plaie béante , est facile à fixer iprès la laryngotomie, tandis que, dans la trachéotomie, la profondeur et 'extrême mobilité du canal aérien apportent, sous ce rapport, les plus grands (bstacles. Si l'on ne vent pas se servir de canule, la position encore et les moueraens de la trachée rendent plus difficile le passage de l'air , ou l'issue au delors des mucosités après la trachéotomie.

Ces considérations nous font considérer la laryngotomie comme préférable ux deux autres. La seule objection soutenable, selon nous, que l'on pourrait aire à cette dernière , et encore elle s'adresserait seulement à l'une de ses vaiétés , c'est la gêne qu'elle peut laisser par la suite dans la formation des sons; nais en taisant convenablement l'opération, on ne doit pas léser les cordes voales, et ainsi l'on évite l'inconvénient que nous signalons. Au reste , la larynotomie peut suffire dans presque tous les cas, comme les autres espèces de ironchotomie , ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut. Dans l'ordre le mérite, après la laryngotomie, nous plaçons la larjngo trachéotomie , et lous laissons en dernier lieu la trachéotomie, qui du reste date de l'époque de enfance de l'art opératoire. La larjngo-trachéoLomie convient spécialement hez les enfans pour des raisons déjà indiquées.

Dans les derniers âges de la vie , l'ossification des pièces cartilagineuses du anal aérien apporte un obstacle très-grand à l'incision longitudinale de ce ca-

DiCT. DB MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

nal ; elle s'oppose à l'écartement des lèvres de la plaie; aussi 'a cet âge , pour ces deux raisons, la bronchotomie est moins avantageuse.

(Fréd.-Ph. Blakdin).

BRUCIWE , nom donné à un alcali découvert en 1819, par MM. Pelletier et Caventou dans la fausse anguslure , où il est combiné à l'état de sel avec l'acide callique. L'upas tieute, la noix vomique et la fève de Saint-Ignace le renferment aussi ; il y existe alors conjointement avec la strychnine ; aussi est-il difficile d'isoler complètement ces deux substances. MM. Henry et Guibourt ont proposé de le nommer pseiulangustine afin de mieux spécifier sou origine ; le mot brucine induirait en effet en erreur, aujourd'hui qu'il est démontré que la fausse angusture n'est pas produite par le brucea anlidjsenterica , mais bien par un genre voisin des strychnos. Pour se procurer cet alcali, on dissout dans l'eau une certaine quantité d'extrait alcoolique de fausse angusture, on y verse du sous-acétate de plomb jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité; la liqueur est ensuite filtrée et traitée par l'hydrogène sulfuré , afin d'enlever l'excès d'acétale de plomb employé; filtrée de nouveau et portée à l'ébullition avec de la magnésie calcinée , elle précipite de la brucine que l'on sépare de la magnésie à l'aide de l'alcool. C'est en évaporant cette dissolution alcoolique que l'on obtient la brucine sous forme résineuse. On ne parvient à la faire cristalliser qu'en la combinant avec l'acide oxalique , lui enlevant la matière colorante à l'aide d'un mélange d'alcool et d'éther, décomposant l'oxalate par la magnésie, et reprenant ensuite le précipité par l'alcool.

Elle se distingue des autres alcalis végétaux parles propriétés suivantes: elle est solide , blanche, cristallisée en prismes obliques , ayant pour base un parallélogramme ; quelquefois elle se présente sous la forme de masses feuilletées qui ont quelque analogie avec celles de l'acide borique. Sa saveur est très-amère et en même temps acerbe. Soumise à une douce chaleur, elle entre en fusion ; elle prend l'aspect de la cire en se refroidissant; elle n'est que très-peu soluble dans l'eau : il faut cinq cents parties d'eau bouillante ou huit cents parties d'eau froide pour en opérer la dissolution ; l'alcool la dissout très-bien ; l'éther et les huiles grasses n'exercent pas d'action sur elle ; elle se combine facilement avec les acides , et forme des sels solubles qui partagent la saveur amère de cet alcali. L'acide nitrique colore en rouge la brucine en même temps qu'il la dissout, et si l'on verse dans cette liqueur quelques gouttes de proto-hydrochlorate d'étain , elle prend une couleur violette très-prononcée. L'action de ces deux réactifs sur cet alcali sert pi incipalement à le distinguer de la morphine. La strychnine impure pourrait cependant présenter le même caractère : ce serait le cas où elle serait altérée par un peu de brucine.

On ne possède qu'un très petit nombre d'observations propres à éclairer la thérapeutique sur lés avantages que l'on peut retirer de l'emploi de la brucine. M. Andral fils a publié, dans le Journal de physiologie expérimentale de M. Magendie , cinq observations desquelles on peut tirer cette conclusion , que la brucine peut être employée avec avantage dans les paralysies sans lésions organiques ; il fait lui-même observer que son emploi pourrait avoir des effets fâcheux dans les cas où une hémorrhagie cérébrale a eu lieu , à moins toutefois que la résorption du foyer sanguin n'ait été effectuée , et que la paralysie ou le défaut d'action ne se perpétue que comme par une sorte d'habitude : dès lors cette substance parait presque exclusivement réservée pour combattre les paralysies des ouvriers qui travaillent le plomb.

Les expériences de MM. Andral et Magendie sur les animaux s'accordent , avec les observations recueillies chez l'homme , à démontrer que la brucine et la strychnine exercent le même genre d'action , mais que l'action de la brucine est beaucoup moins énergique que celle de l'autre alcali. Suivant M. Andral, un grain de strychnine impure équivaut à six grains de brucine, et un quart de grain de strychnine pure peut remplacer six grains de brucine. MM. Pelletier et Caventou établissent au contraire une action moitié plus énergique. Quoi qu'il en soit , c'est sous la forme pilulaire et à la dose d'un demi-grain , le premier jour , que cet alcali a été donné chez l'homme; on n'a pas dépassé la dose de cinq grains par jour; le plus souvent trois grains ont suffi pour produire quelques secousses plus ou moins fortes. On peut aussi administrer la brucine en dissolution dans l'alcool. Ordinairement on prescrit dix-huit grains d'alcali par once de ce véhicule , et l'on fait entrer de six à vingt-quatre gouttes de la solution dans une potion.

La brucine , quoique moins active que la strychnine , n'en est pas moins trèsvénéneuse pour l'homme et pour les animaux ; elle agit sur le système nerveux à la manière de la noix vomique , en sorte que nous renvoyons nos lecteurs à ce mot pour l'énumération des symptômes qu'elle développe. {A. Devergie.)

BRULURE, s. f., ustio, ambiislio , adustio , ou Cf»/iui«/o ; mot par lequel on désigne toutes les lésions déterminées dans les parties vivantes par l'action du calorique concentré. On dit vulgairement aussi des corps caustiques, tels que les acides minéraux , les alcalis à l'état de pureté , le nitrate d'argent cristallisé ou fondu , qu'ils brûlent; mais , bien que les résultats de leur application sur les organes aient de l'analogie avec les effets de la chaleur intense et désorganisatrice , leur manière d'opérer diffère trop de celle de ce dernier agent pour qu'on puisse confondre dans les considérations applicables à celui-ci l'histoire des désordres qu'ils produisent. ( Foyez Catjstiqde. ) Les bnilures ou les combustions dites spontanées doivent être également l'objet d'études et de discussions spéciales. {Foyez Combustion spontanée.)

Tous les corps pénétrés de calorique , et qui tendent , en le répandant avec plus ou moins de rapidité autour d'eux, à se mettre en équilibre de température avec les objets ou les milieux environnans , sont susceptibles d'occasioner des brûlures. Celles-ci ont lieu , soit par le rayonnement de la chaleur à des distances variables , soit par l'action directe de la flamme que fournissent en

BRULURE.

BRULURE.

brûlant un grand nombre de substances , soit enfin par l'application immédiate des corps en ignition eux-mêmes.

11 est rare , quelles que soient la vivacité et la violence du rayonnement du calorique émané des corps placés à une certaine distance des parties vivantes , qu'il en résulte pour ces dernières des brûlures profondes. Le sujet est presque toujours alors averti assez à temps , par la douleur , de l'ustion qui le menace , pour s'éloigner , se couvrir , ou écarter la cause de la chaleur , et dans tous les cas se préserver de son action avant d'en avoir beaucoup souffert. Il n'en est pas de même de la flamme : non-seulement elle brûle instantanément, mais elle entraîne avec facilité les parties sur lesquelles elle agit à partager le mouvement de combustion dont elle est elle-même le produit. Soumises à l'action de la flamme, les substances animales se dessèchent promptement, bouillonnent en quelque sorte, se racornissent et se consument bientôt, en produisant une flamme nouvelle , qui s'ajoute à la première , augmente son activité et étend ses ravages. On sait avec quelle prodigieuse rapidité les vêtemens enflammés brûlent à de grandes profondeurs les personnes à qui cet accident arrive : une mort prompte en est trop souvent la suite. Il n'est pas sans exemple de voir les corps entiers se brûler et se consumer en peu d'heures , chez les sujets frappés d'ivresse ou d'apoplexie , aux vêtemens desquels le feu prend. La flamme passagère que produit la combustion de certains gaz , et en pa'rticulier la détonation de la poudre à canon , détermine , ainsi que le démontre l'expérience , des brûlures étendues à toutes les surfaces frappées , et qui pénètrent fréquemment, malgré l'instantanéité de leur formation , au-delà de l'épaisseur du derme. Les substances qui se brûlent avec rapidité, et qui entrent alors en fusion , telles que le phosphore, le soufre, les résines, occasionent, lorsqu'elles se répandent sur nos parties, des combustions plus profondes et plus vives encore que le linge , le bois et les autres substances analogues.

Mais les causes les plus puissantes des brûlures consistent dans l'application immédiate aux parties vivantes de corps en ignition ou saturés de calorique. La promptitude, l'intensité et la profondeur des impressions qu'ils produisent sont alors en raison directe, d'une part, de leur densité , de leur capacité pour le principe de la chaleur, ainsi que de la quantité qu'ils en recèlent , et de l'autre, de la facilité avec laquelle ils l'abandonnent pour le céder aux corps arabians. L eau bouillante, qui ne s'élève qu'à cent degrés, brûlé dans tous les cas moins profondément que le bouillon couvert de graisse , que l'huile en ébullition , dont la température est de beaucoup plus élevée. Le fer à l'état rougebrun produit une ustion plus superficielle que celui qui est passé au blanc , etc. Il nous parait douteux que les dissolutions salines irritantes occasionent par cela même, en brûlant, des lésions plus profondes que d'autres liquides ; si cela a lieu, on ne doit l'attribuer qu'à ce que leur densité l,eur permet tie se charger de plus de calorique. Lorsque l'ustion s'opère , l'escarre s'oppose à ce que les parties sous-jacentes éprouvent autre chose que l'impression de la chaleur : il n'est pas^Ius de cautères doux ou irritans parmi les liquides que parmi les métaux.

L'intensité de la douleur qui accompagne les brûlures est proportionnée plutôt à l'imperfection de celle-ci et à la lenteur de sa production, qu'à son étendue et au nombre des parties qu'elle affecte ou consume. Plus elle est rapide et promptement désorganisatrice , et moins la douleur qui l'accompagne se fait vivement sentir. Un jeune homme , en parcourant une fonderie, pose son pied dans la rigole par laquelle le métal en fusion allait passer; il est atteint par la fonte, et ne retire du ruisseau enflammé qu'elle forme qu'un membre auquel manquait le pied et la partie inférieure de la jambe. Il n'avait presque pas éprouvé de douleur, et ne s'aperçut point d'abord de l'horrible mutilation qu'il venait d'éprouver.

Ces faits sont utiles à connaître, soit qu'il s'agisse de constater en médecine légale la gravité et la profondeur des brûlures , comparées à l'intensité des sens;ilions qui les ont accompagnées, soit qu'en chirurgie on procède à l'application thérapeutique du feu contre diverses maladies. Mais, relativement aux brûlures considérées en elles-mêmes , le médecin appelé à combattre les lésions qu'elles constituent doit s'occuper , moins de l'agent qui les a produites , que de la mesure de leur étendue et de la détermination de leur profondeur.

Les opinions ont varié relativement au nombre et à la classification des divers degrés de brûlures. Heister et Callisen en décrivent quatre; M. Boyer, à l'exemple de Fabrice de Hilden , n'en compte que trois ; M. Dupuytren, dont la doctrine sur ce point est généralement adoptée , en admet six qu'il caractérise ainsi : 1° érythème ou phlogose superficielle de la peau , sans formation de phlyctènes; 2° inflammation cutanée avec séparation de l'épiderme et développement de vésicules remplies de lérosité ; 3° destruction d'une partie de l'épaisseur du corps papillaire ; 4» désorganisation de la totalité du derme jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané; 5» réduction en escarre de toutes les parties superficielles et des muscles, jusqu'à une distance plus ou moins considérable des os; 6° enfin, carbonisation de la totalité de l'épaisseur de la partie brûlée. Cette classilication diffère spécialement de celles qui ont été jusqu'ici proposées, en ce qu'elle sépare les nuances de désorganisation de la peau et des parties sousjacentes, que la plupart des auteurs avaient confondues dans leur troisième ou leur quatrième catégorie. Les six degrés de brûlures qu'elle comporte sont établis d'après la profondeur des altérations éprouvées par les tissus vivans. On les reconnaît à des phénomènes propres , et il importe de les distinguer avec ?oin dans la pratique; car si les indications curatives nées de chacun d'eux ne sont pas toujours différentes, leur existence donne lieu à des résultats, et par suite à des pronostics plus ou moins graves , tant sous le rapport des accidens qui les accompagnent que sous celui des difformités ou des mutilations qui leur succèdent.

Le premier degré, ou le degré érythémateux de la brûlure, est ordinairement produit, soit par l'action du calorique rayonnant, soit par l'impression de vapeurs brûlantes , soit enfin par l'application passagère ou prolongée de corps plus ou moins pénétrés de chaleur. Les parties présentent alors une rougeur vive, analogue à celle de l'érysipèle, non circonscrite , que la pression fait disparaître momentanément. Un gonflement léger et superficiel se fait remarquer. Les malades ressentent une douleur cuisante et qui les porte à désirer ardemment l'impression du froid. La durée de ce degré de phlogose varie depuis quelques heures jusqu'à plusieurs jours. Dans le premier cas , la partie n'ayant été que vivement excitée, revient presque immédiatement à l'état normal; dans le second, la phlegmasie se termine par la desquammation de l'épiderme. Il n'est pas rare, lorsque de larges surfaces sont enflammées à ce degré, de voir le pouls s'élever, devenir fréquent, la langue rougir et des phénomènes d'irritation gastro-intestinale se développer. C'est ce qui a spécialement lieu dans les fortes insolations. Lorsque la tête est le siège de la maladie, l'irritation peut se propager à l'encéphale , déterminer de l'insomnie , du délire , des| mouvemens convulsifs , du coma et même la mort. Ces symptômes formidables, Il et quelquefois funestes , qui ont fait considérer les insolations du visage et du crâne comme présentant un caractère spécial de malignité, sont fréquemment aussi provoqués par les érysipèles de ces régions que d'autres causes occasionent: ils résultent du mouvement fluxionnaire très-intense dont les enveloppes extérieures et les parties intérieures de la tète deviennent rapidement le siège.

Lorsque les parties vivantes sont habituellement soumises à l'action modérée,i quoique rubéfiante, du calorique, elles se couvrent de plaques brunâtres, irrégulières, marbrées, telles que celles qu'on observe à la face antérieure de» jambes des vieillards , aux régions postérieures et internes des cuisses , chez lesi femmes qui font usage de chaufferettes trop ardentes , etc. L'épaisseur dci! l'épiderme oppose souvent un obstacle remarquable à l'action du calorique on sait que les forgerons peuvent impunément, de leurs mains rudes et cor-: nées, toucher et manier pendant quelques instans le fer fortement échauffé oui même rougi. Dans quelques cas , l'habitude émousse la sensibilité pour le calo-; rique , au point qu'il en faut une quantité beaucoup plus considérable qu'a l'ordinaire pour déterminer l'inflammation et la vésication de la peau. C'est ce:i qui a lieu pour les hommes prétendus incombustibles, dont l'enveloppe cutanée, i indépendamment des prestiges destinés à rendre le phénomène plus surprenant est moins disposée que celle d'individus non préparés à s'irriter sous l'influence de la chaleur, mais qui grilleraient inévitablement comme tous les autres , s'ils' laissaient celle-ci agir sur eux avec son intensité désorganisatrice.

Le développement des phlyctènes, qui caractérise le second degré de la brûlure , est ordinairement instantané. Les ustions opérées par l'intermédiaire des liquides semblent plus que les autres propres à produire l'exhalation séreuse qui les constitue. Ces tumeurs sont plus ou moins volumineuses et multipliées;! mais presque toujours à celles qui apparaissent les premières s'en ajoutent , durant les vingt-quatre heures qui suivent l'accident, de nouvelles, ou le volume de celles qui existaient déjà s'augmente par la prolongation de rirrftation. L'épiderme , séparé du corps muqueux , forme leur enveloppe , et elles renferment une sérosité citrine et transparente. Les parties voisines sont plus rouges , plus gonflées , plus chaudes et plus douloureuses que dans le cas précédent. A l'ouverture des phlyctènes , l'épiderme s'affaisse, puis, après quelques jours, se dessèche et tombe, laissant tantôt les papilles recouvertes d'une couche épidermique nouvelle et mince , et tantôt le corps muqueux tapissé par une suppuration qui se continue, comme celle du vésicaloire , pendant un temps plus ou moins long. Cette suppuration est presque inévitable lorsque l'agent de la brûlure a primitivement arraché l'épiderme et mis à nu la surface papillaire du tissu cutané. Les plus vives douleurs résultent de ce mode de brûlure et ne s'apaisent qu'à mesure que se forme l'exhalation plastique d'où l'épiderme nouveau doit provenir. Dans tous les cas, la peau n'ayant pas alors souffert de déperdition de substance, conserve sa texture, et la guérison n'est accompagnée d'aucune cicatrice apparente. On observe que la couche épidermique rouge qui se forme d'abord sur la partie brûlée prend graduellement la teinte commune à l'enveloppe cutanée du sujet.

La cautérisation du corps muqueux et de la surface papillaire du derme , ou le troisième degré des lésions qui nous occupent, est annoncée par la présence de taches grises , jaunes ou brunes, minces , souples , insensibles à un toucher doux, mais sous lesquelles , en appuyant davantage , se développe une douleur plus ou moins vive. L'aspect de ces escarres, lorsqu'elles sont à découvert, contraste avec la phlogose des parties qui les avoisinent. Les phlyctènes quii recouvrent souvent les points désorganisés à ce degré contiennent ordinaire- 1 ment une sérosité brunâtre, lactescente , ou fortement colorée par le sang, et cet aspect devient , dès le premier abord , un moyen utile de diagnostic. Dansi ces cas , tantôt l'escarre se détache en masse à l'époque ordinaire, et tantôt elle tombe par parcelles , de manière à laisser voir, sur les endroits que recouvraient les phlyctènes , des ulcérations plus ou moins étendues , mais superficielles , dont les cicatrices , sans être bridées , demeurent cependant presque^ toujours apparentes , à raison de la couche blanche , dense et luisante qui rem-t' placera la surface détruite de l'enveloppe cutanée.

C'est à ce degré qu'appartiennent la plupart des brûlures faites par la poudre à canon , dont les escarres sont colorées en noir par l'impression des matières qui la composent, et par cela même faciles à distinguer de celles que produi sent d'autres causes. Dans la plupart de ces cautérisations résultant de la détonation de la poudre, une partie des grains non-enflammés de cette substance . projetés avec force contre les tissus, y pénétrent, se logent dans l'épaisseur du derme, et forment çà et là des points noirs , plus ou moins nombreux , presque

BRULURE. (

ujours indélébiles, lorsqu'on n'a pas pris de moyens convenables pour les ire d'abord disparaître.

La désorganisation de la totalité de l'épaisseur du derme , ou la brûlure au uatrième degré , est indiquée par des escarres plus solides, plus épaisses, plus enses , accompagnées d'une insensibilité plus complète des parties que celles ont il vient d'être question. Dans les brûlures faites par l'eau ou par d'autres iquides, elles sont molles , grises ou jaunâtres ; après l'application immédiate les corps solides incandescens , elles sont au contraire sèches, sonores, cassan- P'< es , tantôt brunes , tantôt colorées en brun ou én noir. Autour des points où la ''^ arbonisation est complète , les tégumens sont froncés et comme attires par ■ ' i'escarre , dont la surface est déprimée et présente à sa circonférence des rayoniemens sensibles. Les parties voisines sont rouges, érythémateuses , souvent ouvertes de phlyctènes en divers endroits. La douleur sur le point désorganisé st nulle; mais elle se fait sentir avec plus ou moins de vivacité dans les tègulens enflammés qui l'environnent. Du quatrième au sixième jour , et quelquei>is plus tard , se développe , au-dessous de l'escarre , le travail éliminatoire qui oit la détacher. La phlogose se circonscrit, ou du moins devient plus intense son voisinage ; une tuméfaction plus ou moins considérable s'y développe , et raduellement , se forme, par la rupture des liens qui attachaient encore les issus frappés de mort à ceux dont la vie est conservée, un sillon dont la proondeur augmente chaque jour, et qui finit par circonscrire la portion désoranisée. La chute de celle-ci laisse voir une plaie plus ou moins étendue , irréulière et profonde , dans laquelle s'opère avec rapidité les transformations dont ,> cicatrice doit être le résultat.

Dans les brûlures du cinquième degré , les escarres sont plus solides et plus u ofondes encore que dans les cas precédens. Sèches , ou produites par des orps en ignitiou ou par les métaux incandescens , elles sont sonores , noires , riables , déprimées , et embrassent une grande épaisseur" de parties; molles , lu occasionées par l'action prolongée de l'eau bouillante , elles présentent une liasse grisâtre insensible, que le doigt affaisse sans y développer de douleur.

On reconnaît qu'un membre entier est carbonisé, à la légèreté, au racorniseracnt, à la sonoréité qu'il présente, à la facilité avec laquelle il se laisse ompre sous les efforts qui tendent à le ployer. Dans ce cas , l'escarre est plus m moins exactement perpendiculaire à l'axe de la partie brûlée , dont elle com- )rend tous les élémens organiques, et sa chute laissera à découvert une plaie malogue à celle que déterminerait l'amputation.

Quoique ces caractères des divers degrés d'altération produite par les brûlucs soient assez tranchés , il est cependant, en beaucoup de cas, difficile de es distinguer dès le premier abord. Toujours, en même temps que le calorique I désorganisé les parties sur lesquelles son action s'est exercée avec le plus de iolence , il a porté à la structure des couches de tissus immédiatement sousacentes une telle atteinte que, sans être entièrement privées de la vie , elles le pourront supporter le mouvement inflammatoire qui doit s'y développer , et qu'elles seront consécutivement frappées de mort. Il résulte de là que la plu- )art des brûlures se montrent, lors de la chute des escarres , plus profondes et )lus larges qu'on ne l'avait jugé à l'instant de l'accident. Le vulgaire pense que es lésions de ce genre font des progi-ès jusqu'au neuvième jour : ce n'est en effet (u'à cette époque que l'inflammation qu'elles déterminent, ayant acquis sa plus ;rande intensité, commence à décroître, que toutes les parties trop fortement iiltérées dans leur texture pour la supporter sont mortifiées, et que le mal est léûnitivement borné. Et comme il est impossible de déterminer rigoureusenent, dans les brûlures du troisième degré et au-delà , les limites de cette desruction secondaire des tissus, il convient presque toujours d'attendre, pour )rononcer en médecine légale sur leur gravité, que les escarres ayant comnencé à se détacher, l'étendue du désordre soit enfin fixée.

Lorsque les brûlures déterminent plus que le simple érythèrae , leurs difféens degrés se compliquent ordinairement, depuis le plus considérable jusqu'au )lus faible. Du point où l'escarre est le plus profonde, où même elle peut 'étendre aux os et à la totalité de l'épaisseur d'une partie , elle devient graduelement superficielle, jusqu'à ce qu'enfin elle ne comprenne que le corps mujueux et l'épiderme. Les escarres principales sont souvent entourées d'escarres ilus légères ; entre les parties désorganisées ou à leur voisinage n'existent que les phlyctènes plus ou moins volumineuses , et au-delà de celles-ci , aussi-bien pie dans les intervalles laissés libres par les lésions plus profondes , on ne voit \ae la rougeur érythémateuse du premier degré.

Trois ordres ou séries de symptômes dérivent des brûlures, et, à trois principales époques de la durée des affections qu'elles déterminent, peuvent compronettre la vie des sujets,

La douleur immédiate et toujours vive qui accompagne inévitablementl'action lu calorique peut être portée à un tel degré d'intensité que la mort en soit le ésultat instantané. Le système nerveux encéphalique est alors le siège d'une /iolente irritation. Il semble que le sang ait, sous l'influence de la stimulation

fxcessive du cœur et de l'appareil vasculaire , fait effort pour s'échapper à traers toutes les porosités libres des surfaces intérieures. Le canal digestif présente ur sa membrane muqueuse, chez la plupart des sujets morts au milieu desflamines , ou peu de temps après en avoir été retirés, des plaques rouges plus ou Iknoins étendues et d'une teinte très-vive ; du sang a été exhalé dans la cavité de l'estomac aussi bien que dans celle de l'intestin , et s'est mêlé au mucus el aux autres liquides que ces parties contiennent. Le cerveau est gorgé de sang ; la [sérosité des ventricules a acquis une teinte rougeâtre, qu'on retrouve souvent Ijdans celle qui humecte les cavités des plèvres , du péricarde et du péritoine. |Les bronches contiennent également une mucosité sanguinolente; leur membrane muqueuse est en divers points d'un rouge vif et parsemée d'injections i

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capillaires considérables. La connaissance de ces lésions importantes est due aux recherches nécroscopiques de M. Dupuytren.

En certains cas , lors que les congestions encéphaliques , pulmonaires et gastro-intestinales, déterminées par la violente et large impression du calorique , ne sont pas assez intenses pour occasioner immédiatement la mort , elles plongent les sujets dans un état profond de stupeur et d'affaissement. Le pouls est petit, la peau des régions du corps que le feu n'a point atteintes est froide et pâle; la respiration s'exécute avec lenteur; les membres restent immobiles et abandonnés à leur propre poids ; les questions faites au blessé restent sans réponse , ou n'en provoquent que de lentes et d'imparfaites. Cette sorte d'anéantissement des forces se termine presque toujours par une mort prompte. Quelquefois, cependant , la stupeur est suivie d'une réaction , au développement de laquelle contribuent sans doute les douleurs nées des brûlures, et dont il importe de modérer promptement la violence.

Dans les brûlures du premier et du second degré , la douleur qui a immédiatement accompagné l'action du calorique se continue aussi long-temps que l'irritation cutanée qu'elle a provoquée ; elle s'affaiblit à mesure que cette irritation diminue et prend la voie de la résolution. Mais lorsque le corps muqûeux et la surface papillaire des tégumens ont été désorganisés , au contraire, la douleur s'apaise après la formation de l'escarre, et les parties qui en sont recouvertes semblent avoir perdu leur sensibilité. Ce calme trompeur ne dure pas longtemps. Vers le quatrième jour se développe la phlogose éliminatoire , et avec elle une douleur d'autant plus vive que la brûlure occupe des parties du corps où le derme est plus serré et plus abondamment pourvu de vaisseaux sanguins et de nerfs. Cette inflammation, dans les brûlures superficielles et qui affectent de grandes surfaces , détermine de la fièvre , de l'agitation , de l'insomnie , de la rougeur et de la sécheresse à la langue, une soif vive , quelquefois des nausées et des vomissemens , en un mot, tous les phénomènes de la gastro-entérite aiguë, accompagnée d'une excitation nerveuse intense. Cette irritation sympathique des viscères est souvent assez vive pour occasioner la mort. C'est de cette manière que la plupart des sujets atteints de brûlures étendues , qui ont résisté h la première impression du feu , succombent du troisième au huitième jour, à la violence de la réaction inflammatoire dont il s'agit. On a remarqué que les blessés présentent assez souvent alors une oppression très-forte et une grande difficulté de respirer. Ces phénomènes , lorsqu'ils se manifestent , dépendent de l'atteinte profonde qu'ont éprouvée d'abord les appareils de la respiration et de la circulation , et du développement secondaire d'une irritation bronchique intense, ou d'un engouement pulmonaire considérable. A l'ouverture des cadavres , on trouve, ainsi que l'a encore fait remarquer M. Dupuytren, des traces manifestes d'irritation aiguë dans l'estomac et dans le canal intestinal. Les autres viscères , tels que l'encéphale et les poumons , se montrent moins constamment et moins profondément altérés, bien que souvent on y aperçoive aussi des vestiges de congestions sanguines et des altérations inflammatoires.

La douleur déterminée par l'inflammation secondaire des parties sous-jacentes à .celles que le feu a désorganisées n'est pas aussi vive , aussi irritante , après les brûlures du quatrième , du cinquième ou du sixième degré, qu'à la suite de celles du troisième. Ce phénomène est dû sans doute à ce que le tissu cellulaire et les parties charnues dont la trame est, dans ces cas, le siège de la congestion phlegmasique, sont moins sensibles et plus dilatables que le réseau cutané.

Quoi qu'il en soit , une troisième source de dangers menace encore les malades , lorsqu'ils ont résisté aux. périls immédiats dont il vient d'être question. - Toutes les fois que les brûlures sont assez larges ou assez profondes pour donner lieu , à la suite de la chute des escarres , à des plaies fort étendues, il est à craindre que l'abondance et la longue durée de la suppuration n'épuisent graduellement les forces, ne provoquent un amaigrissement de plus en plus profond , et enfin un marasme incurable- Les plaies avec perte de substance ne guérissent que lorsque leur surface , après s'être rétrécie autant que possible par le rapprochement des bords vers le centre de la solution de continuité , se recouvre enfin d'une cicatrice de formation nouvelle. Plus la plaie est étendue , plus ce travail se prolonge , et plus , par conséquent , le malade est pendant long-temps soumis à la déperdition des matériaux nutritifs que la suppuration entraîne. Cette période de suppuration et d'épuisement est, dans les brûlures , caractérisée par des phénomènes semblables à ceux qui accompagnent les dernières époques de toutes les maladies chroniques ; et sur les cadavres des sujets qui ont succombé pendant sa durée , l'on trouve dans les viscères , et surtout dans le canal digestif, des altérations profondes qui attestent la longue inflammation dont ils ont été affectés.

La douleur immédiate , la phlogose secondaire , l'abondance excessive et la longue durée delà suppuration, sont donc les trois circonstances dans lesquelles les brûlures peuvent devenir funestes, lorsque, trop étendues et trop profondes pour se borner à déterminer des accidens locaux, elles réagissent sur les principaux organes de l'économie et provoquent sympalhiquement leur inflammation.

Il est évident, d'après ce qui précède , que le prognoslic de ces lésions doit être fondé , d'une part , sur leur étendue en largeur , et de l'autre , sur la profondeur à laquelle pénètrent les désorganisations qu'elles entraînent. La première de ces considérations est plus importante peut-être que l'autre, relativement à la vie des sujets : mais celle-ci l'emporte de beaucoup , sous le rapport , des difformités ou des mutilations que les brûlures peuvent entraîner. Les brûlures du second, et surtout celles du troisième degré , qui affectent un pied carré de la surface cutanée , sont déjà très-graves ; celles qui atteignent deux ou trois fois cette étendue deviennent le plus souvent mortelles , à Tépoque de l'inflammation éliminatoire des escarres , ou lorsque la suppuration s'établit.

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Mais elles ne laissent après elles aucune difformité. La peau n'ayant pas été détruite dans toute son épaisseur, les cicatrices se forment sans rétraction des bords des plaies. Les brûlures du quatrième, du cinquième et du sixième degré, lorsqu'elles sont larges , entraînent des dangers , attachés plutôt à l'abondance et à la longue durée de la suppuration qu'à l'intensité de la douleur immédiate ou à la violence de l'inflammation secondaire ; mais comme la peau a éprouvé par elles une destruction complète dans une étendue variable , la guérison ne peut avoir lieu qu'à l'aide de l'organisation d'un derme nouveau , qui ferme la solution de continuité, ou au moyen du rapprochement forcé des bords de la plaie. 11 en est de cette enveloppe vivante comme d'un tissu inerte , qui, après avoir subi une perte de substance, ne peut être raccommodé que par l'apposition d'une pièce qui ferme son ouverture , ou par le froncement des bords de celle-ci.

Or, les plaies produites par les brûlures qui comprennent toute l'épaisseur de la peau , présentent, au plus haut degré connu , la tendance qu'ont toutes les solutions de continuité des tégumens à se rétrécir et à se fermer autant que possible par le rapprochement de leurs pai ties opposées. Cette disposition est souvent tellé qu'on ne peut la combattre et la vaincre qu'à l'aide des appareils les plus solides. Il n'est pas très-rare de voir alors les doigts renversés sur le dos du carpe et confondus avec lui, la main tout entière fixée sur l'avant- bras , le pied, contourné diversement , ne former qu'une masse informe , adhérente à la jambe, la tête violemment tirée contre l'épaule, la nuque collée au dos , le menlon attaché au sternum , etc. Les éraillemens des paupières , les adhérences des oreilles à la surface correspondante de la tête, les déviations du nez , des lèvres , et les variétés infinies des difformités du visage , constituent des accidens trop communs pour que tous les praticiens n'en aient observé de plus ou moins hideus. exemples.

11 est à remarquer, dans tous les cas , que les sujets nerveux et irritables supportent moins les douleurs inséparables des bi'ûlures que les individus à sensibilité obtuse et à système sanguin peu développé.

Ces lésions sontégalement accompagnée de phénomènes d'autant plus intenses et plus dangereux qu'elles atteignent des organes dans la texture desquels entrent des proportions plus considérables de ramifications nerveuses , telles que les mains , les pieds , et d'autres parties analogues.

La thérapeutique des brûlures repose sur les indications suivantes : 1° modérer et calmer , dans les premiers degrés de ces lésions , la douleur et l'irritation cutanée qui se développent à l'instant de l'accident , et qui tendent à se prolonger pendant un temps plus on moins long ; 2° prévenir ou rendre moins violente la phlogose secondaire qui préside à l'établissement de la suppuration et à la séparation des escarres; 3° favoriser et diriger à l'aide de soins bien entendus la cicatrisation des plaies que la chute de ces escarres laisse après elle : 4° enfin, lorsque des difformités ont lieu , soit par l'insuffisance des moyens employés pour les éviter, soit par l'indocililé du sujet , chercher à les faire disparaître ou à les rendre moins hideuses ou moins gênantes.

Le traitement des brûlures du premier degré, ou de celles du second, qui ne sont pas accompagnées de dénudation de répiderme,a étél'objetde méditations profondes de la part des médecins et des tentatives les plus bizarres de l'empirisme. On a généralement senti que de la nature des moyens qu'on leur oppose et de la promptitude de leur application , dépendent en grande partie la résolution de l'irritation locale ou le développement consécutif de phlyclèneset d'escarres plus ou moins étendues, dont la présence ajoutera à la longueur et aux difficultés du traitement. On s'est donc efforcé d'agir sur les brûlures avec vitesse et avec énergie. Une idée fort ancienne , renouvelée par Fernel , Paré, Heister , Van Swieten , consiste à les exposer immédiatement à l'action d'une chaleur aussi vive que le blessé peut la supporter, soit en plongeant la partie dans de l'eau très-chaude , soit , ce qui est considéré comme préférable , en l'approchant autant que possible d'un foyer ardent. Mais ce procédé est inapplicable en beaucoup de cas , excessivement douloureux , et d'une utilité fort douteuse. En Angleterre, depuis Gleghorn, les applications de vinaigre jouissent d'une grande vogue. On peut y substituer celles des dissolutions de sulfate de fer, de sulfate d'alumine et de potasse, l'application de cataplasmes avec la terre cimolée et le vinaigre. Ces moyens, fort actifs, ne réussissent qu'autant qu'ils ne déterminent pas de douleur vive et d'irritation considérable, c'est-à-dire, dans les cas de brûlures très-légères, qui guériraient parfaitement sans leur intervention.

La compression faite avec des bandages secs ou imbibés de quelques-uns des liquides indiqués , a quelquefois produit d'heureux effets , en prévenant l'abord des liquides et le gonflement: des parties. Mais on ne doit l'employer qu'avec une grande circonspection , afin d'éviter qu'elle ne cause des étranglemens qui seraient bientôt suivis de gangrènes étendues. M. Bretonneau , et après lui M.Velpeau, rapportent d'importantes observations desquelles il résulterait que des bandages compressifs appliqués sur des parties brûlées au premier, au second et même au troisième degré, ont suffi, sans l'application d'aucun autre topique, pour faire immédiatement cesser la douleur, empêcher le gonflement ou l'affaisser , et rendre aussi simple que rapidement favorable la marche de la maladie. Si des phlyctènes existent, elles doivent être percées avant l'application de la bande , et la pression suffit pour faire recoller l'épiderme , qui se fletache ensuite et tombe. Si l'épiderme est enlevé, M. Bretonneau applique sur les parties dénudées des morceaux de taffetas gommé , et ensuite le bandage roulé, sous la pression duquel la peau se recouvre sans suppurer. Enfln, des escarres , après la résolution de l'inflammation des parties environnantes , se sont détachées sous l'influence du bandage compressif et les plaies se sont cicatrisées , sans douleurs , sans irritation secondaire et de la manière la plus heu-

reuse. Ces observations ont besoin d'être confirmées par une pratique plu* étendue.

Enfin, on a eu recours contre les brûlures, aux onctions faites avec de corps gras , mêlés aux répercussifs ; et parmi ces topiques , un Uniment compos d'huile de lin et d'eau de chaux, a joui d'une grande vogue ; l'huile d'olives, battue avec du blanc d'œuf et de l'alun, a été également recommandée , ainsi, que les mucilages de semences de fenugrec, de pépins de coing , etc. Les corpsii gras paraissent avoir l'inconvénient de nuire à la transpiration cutanée locale) et de favoriser la formation des phlyctènes; du moins me semblet-il avoir vu ces vésicules se former plus souvent après leur emploi qu'à la suite des applica-i tiens aqueuses.

Les liquides caïmans et légèrement aslringens , tels que l'acétate de plomb liquide étendu dans l'eau, sont, dans les brûlures des deux premiers degrés, Iç plus généralement employés. On a préconisé aussi l'encre et la pomme de terre I râpée, qui exercent une action assez favorable. L'éther , l'alcool, l'ammoniaque et tous les liquides volatils qui absorbent , pour se réduire en vapeur, | une grande quantité de calorique à la partie malade, couiptent uu grand nombre | de partisans; mais ces liquides irritent souvent les parties; leur action n'est que passagère, et pour la prolonger il faudrait continuellement en humecter les surfaces enflammées, ce qui n'aurait pas toujours lieu sans inconvénient. ; Les topiques résolutifs et légèrement répercussifs doivent donc leur être préférés.

Le froid produit constamment d'excellens effets , mais il faut en continuer l'application pendant douze , vingt-quatre heures ou même plusieurs jours , et général jusqu'à ce que la douleur locale soit apaisée et qu'elle ne se réveille plus par l'interruption de l'action réfrigérante. La température du liquide n'a i rien d'absolu : lorsqu'il calme la douleur, il est assez froid, et douze à dix-, sept degrés suffisent ordinairement pour faire obtenir ce résultat. Si la partie le permet, l'immersion prolongée de la région brûlée dans de l'eau froide, renouvelée à mesure qu'elle s'échauffe, est la matière la plus simple et la plu^ i: facile d'appliquer le froid. Lorsquon ne peut l'employer, des compresses, d'abord imbibées d'eau froide, seront ensuite incessamment arrosées avec de l'eau blanche , afin de prévenir leur échauffement et de hâter la chute des ac- , cidens inflammatoires. Plus ces moyens sont employés prouiptement et plus , , ainsi que nous l'avons déjà fait observer, leurs effets sont utiles. Si l'on tarde uu certain nombre d'heures , l'irritation a fait des progrès , et l'on ne peut plus ,, que la combattre à l'aide d'émoUiens. |

Dans une dissertation intéressante, M. Borot se fondant sur ce que les brù- i lures du second et du troisième degré sont identiques avec toutes les inflammations aiguës , établit qu'on doit spécialement les combattre à l'aide de larges applications de sangsues, faites sur les parties enflammées elles-mêmes. Cette pratique a été suivie plusieurs fois avec succès par M. CToquet; elle peut offrir, dans les cas ou l'irritation locale est très - vive ou très -tenace, de précieux avantages.

Il est inutile d'ajouter que le sujet sera tenu à une abstinence d'autant plus complète des alimens que la maladie paraît plus grave; qu'il usera largement de boissons mucilagineuses , acidulées et délayantes ; enfin que , si la vigueur de sa constitution et la violence des acciilens le rendent nécessaire, une ou plusieurs saignées veineuses seront pratiquées. Cette partie générale du traitement des brûlures est commune à toutes les lésions de ce genre. Constamment aussi le malade doit être place daus un lieu calme , frais , soustrait à l'impression des excitans physiques ou moi'aux intenses. Lorsque de très-vives douleurs se font sentir, malgré les moyens locaux les mieux appropriés , l'opium employé , même à fortes doses à l'intéi'ieur , produit, selon les observations de M. D'Zondi, d'excellens effets.

Dans les cas graves où une stupeur profonde existe, si la peau est froide et le pouls petit , le sujet doit être placé dans un lit chaud ; des frictions excitantes lui seront faites sur les parties saines du corps ; des liqueurs volatiles etéthérée* devront être promenées sous les narines; on administrera quelques préparations légèrement stimulantes et antispasmodiques, telles que les infusions de fleurs de tilleul et des feuilles d'oranger, convenablement éduicorées. Ces boissons, en tout préférables au vin, à l'alcool et aux autres stiraulans énergiques trop souvent prodigués , seront continuées avec avantage aussi long-temps que la petitesse du pouls, les frissons vagues, la difficulté spasmodique de la respiration ne céderont pas. Si des vomissemens survenaient, il conviendrait d'y ajouter quelque préparation opiacée. Dans les premiers instaiis d'une stupeur profonde , il est presque inutile de s'occuper des brûlures , à quelque degré qu'elles soient portées : le danger local qu'elles entraînentn'est quesecondaire, relativement à celui dont l'affaissement des actions nerveuses menace le sujet. Les applications locales froides ne conviennent jamais alors , ni aussi longtemps que le sujet éprouve du froid, de la faiblesse et du frisson. Il faut leur préférer les topiques chauds. Mais on doit épier avec une extrême sollicitude les premiers signes de la réaction qui va suivre : aussitôt qu'elle paraîtra, les stimulans seront suspendus , les parties brûlées pansées convenablement et recouvertes de liquides tièdes , puis froids. A mesure qu'elle se développe, le» délayans et les caïmans doivent être administrés à l'intérieur; et lorsqu'elle devient intense , des évacuations sanguines doivent lui être opposées comme si les symptômes qu'elle détermine s'étaient primitivement développés.

Lorsque des phlyctènes existent, on doit y pratiquer de petites ouverture» avec une aiguille ou avec la pointe d'une lancette, et évacuer le liquide qu'elle» renferment. En aucun cas il ne convient de détacher et d'enlever l'épiderme qui les forme ; cette membrane , affaissée et réappliquée sur les papilles nerveuses mises à nu et irritées, constitue le meilleur topique dont on puisse ie

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ccouvrir. Il importe donc delà ménager avec attention et d'éviter aut^t que ossible de la déchirer ou de l'arracher en débarrassant les parties brûlées des ètemens qui les recouvrent. Lorsque cet accident a lieu, un linge tîn , Irèségèrement enduit de cérat , doit être apposé sur la partie dépouillée, puis ecouvert de compresses imbibées et continuellement arrosées avec une dissoition d'acétate de plomb liquide. Lorsque la surface la plus externe de la eau suppure , les pansemens doivent encore consister en cérat simple ou de aturne, et l'on n'abandonnera l'emploi des liquides émolliens et résolutifs, our y substituer des linges secs, que lorsque la phlogose aiguë et douloureuse era entièrement calmée. Lorsque , à la chute des escarres très-superficielles ou à la séparation de epiderme qui constituait les phlyclènes, le derme mis à nu est fort douloureux, 3 cérat opiacé et l'imbibition des compresses dont se compose l'appareil avec ne dissolution légère d'extrait gommeux d'opium constituent les topiques ;s plus favorables. C'est alors que les pansemens , soit avec le cérat dans leuel on introduit, selon le conseil de M, Delpech , de l'opium en poudre, soit vec la pommade safranée de M. Larrey , et que les fomentations avec les déoctions de têtes de pavots, de morelle ou d'autres plantes analogues, ont égasment été employés avec avantage.

Les applications émollientes doivent , après les brûlures du quatrième et du inquième degré , préparer et hâter la chute des parties mortifiées. Il ne conient jamais de devancer ici le travail de la nature , et de toucher aux parties lortifiées avec l'instrument tranchant. De larges cataplasmes émolliens proluisent alors une détente salutaire, favorisent l'établissement de la suppuration t rendent moins intense la phlogose qui la précède. Lorsque les plaies seront fiises à découvert, on devra les panser avec la plus grande douceur, afin d'y aimer le mouvement d'irritation qu'elles conservent toujours encore et qui end constamment à s'y exaspérer.

Les pansemens des brûlures étendues et suppurantes doivent être faits avec me célérité et une légèreté extrêmes. La longue impression de l'air sur les larties dépouillées leur serait nuisible, et les tiraillemens et les douleurs insélarables de contacts rudesetdes manoeuvres non méthodiques prolongeraient le aalaise, la fièvre et tous les accidens sympathiques de la maladie locale. Un norceau de linge fin , à demi usé , convenablement fenêtré et enduit de cérat impie , safrané , opiacé, ou aiguisé d'acétate de plomb, selon qu'il existe encre de la douleur, ou que les parties déjà relâchées fournissent une suppuraion trop abondante, sera immédiatement appliqué sur la plaie. De la charpie iriite le recouvrira , en quanlité suffisante pour absorber la suppuration. Des ompresses et un bandage convenable affermiront cet appareil, que la quanlité le pus sécrété peut obliger à renouveler deux ou même trois fois par jour. Il ist souvent utile alors de ne découvrir d'abord qu'une partie de la plaie, et de a panser avant de lever les autres portions'de l'appareil , afin d'éviter le trop ong conctact de l'air; pour cela le bandage à bandelettes séparées de Scultet ;st de beaucoup préférable au bandage roulé.

La suppuration que fournissent les plaies oi» les excoriations produites par es brûlures exhale une odeur aigre , sui genaris , très-pénétrante et quelqueois d'une fétidité insupportable. Ce caractère du pus a donne' l'idée de panser es plaies avec les dissolutions de chlorures alcalins de M. Labarraque , et le 'csultat de ces applications a été heureux. Sans adopter tout ce que présenenl de merveilleux les récits de quelques personnes concernant les effets des hlorures dans ces circonstances, aussi bien que contre les brûlures au second :t au troisième degré, on ne saurait nier qu'ils ne soient utiles et qu'on ne les mploie avec avantage. Les dissolutions dont on a fait usage marquaient trois legrés au chloromètre de M. Gay-Lussac, et contenaient quatre à six onces de i thlorure par litre d'eau.

» C'est alors qu'il importe d'étendre et de maintenir séparées les parties cor- I espondantes que les brûlures ont atteintes , et de s'opposer à leur rapprochejoent et à leur réunion. Il convient même de les incliner modérément dans le jCns opposé à celui vers lequel le rapprochement des lèvres de la plaie tend à ■ [es porter. Les appareils les plus solides , les soins les plus attentifs, sont inlispensables pour remplir cette indication. Presque toujours on atteint le but, lans les brûlures des membres , à l'aide d'attelles inflexibles , sur lesquelles on itend ou l'on renverse les parties. Lorsque les régions correspondantes des lords des doigts sont brûlées, il ne suffit pas d'écarter ces organes et d'introluire entre eux des mèches et des compresses; ces pièces d'appareil seraient ;raduellement repoussées par les adhérences, qui s'alongent et s'étendent d'un )anseraent à l'autre. On doit passer entre les surfaces conliguës une bride de paradrap dont les extrémités, larges et fortement adhésives, sont appliquées ur les deux faces de l'avant bras. Au visage, dont les tissus sont si mobiles et i extensibles , l'art n'a que de faijjles nioycns d'action , et presque toujours des lifTormilés plus ou njpiiis considérables se produisent. Il convient cependant , 1 l'aide d'empUtres ^gglutinatifs , d'écarter autant que possible les bords des daies, et de forcer la nature à organi.ser entre eux des cicatrices suffisamment tendues, au lieu de les rapprocher immédiatement.

La tendance excessive des parties à s'unir à la suite des plaies par brûlure , ient vraisemblablement à l'érétliisme que ces plaies conservent pendant longemps. On sait que leurs bourgeons charnus sont serrés , grenus , solides , d'un ouge vif, et il semble que plus ces caractères sont prononcés , et plus aussi la orce ave.c laquelle les parties sont tirées les unes vers les autres est considéable. Des saignées capillaires faites dans les plaies mêmes et dgs applications elâchantes et narcotiques continuelles , comme celles de cataplasmes arrosés l'une dissolution d'opium , seraient très-propres à faire cesser ce resserrement les tissus , à provoquer leur expansion et à donner à la plaie des dispositions

DiCT. DE MÉDECIKK ET IlE CniBDRGlK PEATI(;jUES.

semblables à celles que présentent les solutions de continuité faites par toute autre cause que le calorique.

Lorsque la végétation des bourgeons celluleux et vasculaires est telle qu'ils dépassent le niveau des tégumens voisins , on n'a plus à craindre les effets de l'irritation des parties et leur trop forte rétraction ; mais les cicatrices qui s'organisent tendent à présenter des élévations irrégulières, des saillies inégales plus ou moins étendues et difformes. On évite ce second inconvénient en passantlégèrement, sur les bourgeons les plus élevés, le nitrate d'argent fondu, qui les réprime et les abaisse à un niveau convenable. Les pansemens doivent être légèrement compressifs , afin de favoriser l'action du caustique.

Les brûlures au sixième degré exigent l'amputation de la partie pratiquée au dessus de leurs limites supérieures, et presque toujours sur la division du membre qui supporte celle qui a été le siège de la combustion. L'indication est alors la même qu'après l'action d'un boulet qui a emporté une portion plus ou moins considérable d'un membre. Elle substitue une plaié simple, dont la suppuration sera prompte et la cicatrisation régulière et facile, à une escarre dont la chute se fera long-temps attendre , et qui laissera après sa séparation une solution de continuité irrégulière , avec saillie des os et de toutes les parties qui , situées le plus profondément, ont le moins souffert de l'action du feu , et dont la cicatrisation se fera long-temps attendre. L'amputation en outre , en emportant les parties brûlées, préserve le malade de l'inflammation secondaire qui doit nécessairement s'y développer , et qui alors n'çst pas sans danger. L'état de stupeur du blessé forme la seule contre-indication qui puisse faire retarder celte opération; mais on doit y recourir aussitôt que le rétablissement des fonctions nerveuses le permet. Si cependant l'inflammation locale avait eu le temps de se développer , si la fièvre s'était allumée, il faudrait attendre la chute de ces accidens , l'établissement de la suppuration , et se conduire eusuite selon que l'indiqueraient les dispositions plus ou moins défavorables de la plaié.

Lorsque , à la suite des brûlures fort étendues des quatrième et cinquième degrés, la suppuration devient intarissable; que les cicatrices, à raison de la largeur excessive des surfaces dénudées , ne peuvent se former sur elles, et que l'amaigrissement progressif du sujet fait craindre le marasme, on doit recourir encore à l'amputation de la partie affectée.

Dans un cas de brûlure au troisième et au quatrième degré, qui comprenait la plus grande partie des tégumens de la région postérieure du membre abdominal, de la fesse et du côté correspondant du tronc, M. Lacretelie, chirurgienmajor au Val-de-Grâce , craignant que l'inflammation et la suppuration développées à-la-fois dans une étendue de parties aussi considérable ne déterrainasseut des symptômes funestes de réaction , recouvrit une grande portion de la surface brûlée de vessies remplies d'eau à U glace , dont il continua l'application pendant douge à quinze jours. De cette manière, les portions restées à découvert s'étaient déjà enflammées et commençaient à marcher vers la cicatrisation, lorsque les autres, demeurées sous l'influence du froid , commencèrent seulement à s'échauffer et à entrer en mouvement. Cette pratique ingénieuse fut suivie d'un succès presque inespéré , et mérite d'être imitée. Il importe seulement alors de veiller à ce que les topiques réfrigérans soient renouvelés avec assez d'attention et de persévérance pour que leur influence ne soit jamais interrompue, et qu'aucune réaction ne puisse s'opérer dans les parties qu'ils recouvrent. Si celte indispensable condition n'était pas remplie , leur emploi deviendrait beaucoup plus nuisible qu'utile.

Les moyens indiqués plus haut , afin de prévenir les déviations des membres et l'adhérence des parties brûlées les unes aux autres, doivent être continués pendant quelque temps encore après que la cicatrisation des plaies est complète. Les cicatrices en général , et plus spécialement que les autres, celles qui succèdent aux solutions de continuité par brûlures, ne sont pas définitivement organisées encore lors de la formation de la pellicule mince et rougeâtre qui les constitue dans les premiers temps de leur apparition. Elles ne s'épaississent et n'acquièrent la densité qui leiy est indispensable pour remplacer le derme détruit, que par une action organique secondaire, pendant laquelle elles reviennent sur elles-mêmes , diminuent d'étendue et ramènent encore la peau de leur circonférence vers la partie centrale. Cette rétraction consécutive ne s'arrête que lorsque la cicatrice est blanche, solide , et telle qu'elle demeurera pendant le reste de la vie ; ce n'est aussi qu'alors que les appareils, à l'aide desquels on a maintenu les parties étendues ou renversées dans des directions contraires à celles des plaies , peuvent être abandonnées s^us inconvénient. Il n'est pas rare de voir une conduite opposée être suivie de rétractions secondaires plus ou moins considérables , qui altèrent la perfection de guérisons que l'on croyait devoir être entièrement exemptes de gêne et de difformité.

Les adhérences cutanées qui unissent entre elles les parties brûlées sont d'abord larges , molles et rougeâtres ; les changemens successifs de texture que subissent les cicatrices qui les produisent les rendent graduellement plus intimes et plus solides. Mais lorsque, après leur organisation complète, les parties adhérentes conservent quelques mouvemens , elles sont par la suite plus ou moins fortement tiraillées , et s'alongent jusqu'à un certain point au-delà duquel il est absolument impossible d'étendre davantage leur tissu. En même temps que ces modifications dans leur longueur s'opèrent , leur base se rétrécit d'un côté à l'autre , de manière à ce que , au lieu d'occuper de larges surfaces, elles ne présentent plus qu'une lame mince, membraniforme , peipendiculaire aux deux parties qu'elle réunit , et auxquelles elle est pxée par toute l'étendue de son bord adhérent, tandis que l'autre , ordinairement arrondi, est libre, et forme une sorte de corde, alternativement relâchée ou raidie selon que ses exUémités sont rapprochées oa tendent à s'écarter. Analogues aux membranes

BRYONE.

BUBON

des palmipèdes, ces brides sont alors définitives, complètement organisées , et ne subiront plus, à moins d'accidens ou d'opérations qui les divisent, de cliangemens dans leur forme et leur étendue.

Ce n'est que lorsqu'elles sont arrivées à cet état de perfection organique que les adhérences , suites de brûlures , peuvent devenir l'objet de tentatives chirurgicales destinées à les détruire. Le procédé le plus simple , celui qui suffit dans la plupart des cas, consiste à les diviser avec l'instrument tranchant, de leur bord libre vers leur base, de manière à pouvoir rendre, aux parties rapprochées leur écartement normal , et par suite la liberté de leurs mouvemenS. Si une seule incision ne permet pas d'obtenir ce résultat, on les multiplie en nombre proportionné à l'étendue et à la dureté des diverses parties delà bride. Les angles saillans, les portions proéminentes et flottantes , peuvent être emportés sans inconvéniens avec les ciseaux. Si compliquées qu'elles soient, ces opérations ne constituent que la partie la moins difficile et la moins importante du traitement que l'infirmité exige. La position des parties et les appareils destinés à maintenir écartées ou renversées dans un sens opposé à la direction que les adhérences tendent à leur communiquer, exercent alors une influence sans laquelle la guérison ne serait ni possible , ni complète , ni surtout durable. C'est à l'imperfection des moyens de contention, plutôt qu'à l'insuffisance ou à l'exécution non méthodique des opérations , qu'il faut attribuer l'inutilité d'un grand nombre de procédés essayés pour guérir les adhérences qui nous occupent.

C'est donc alors surtout que , d'une part , les appareils contentifs doivent être solides et maintenus d'une manière permanente, et que, de l'autre , il est indispensable que leur emploi soit continué pendant long-temps encore après la cicatrisation des plaies produites par l'opération et la guérison apparente du sujet. La rétraction a ici une extrême tendance à récidiver, et l'on ne peut éviter cet inconvénient que par un long emploi de moyens extensifs ou plutôt divisifs destinés à les prévenir.

Dans quelques cas de brides étroites et denses , on a pratiqué avec avantage l'excision complète de la fausse membrane; puis, les parties étant écartées et ramenées à leur situation normale , on a réuni en travers la plaie alongée qui résultait de l'opération. M. Dupuytren en a plusieurs fois agi ainsi. Dans un cas assez remarquable , M. Delprets a égalementrendu , par un semblable procédé, à la cuisse retenue contre la région inguinale, la liberté d'action qu'elle avait perdue. M. Earle , qui propose d'opposer l'excision des cicatrices à tous les cas du même genre , l'a exécutée avec un grand succès sur un enfant dont l'avantbras était, par une bride étroite et serrée, appliqué contre la face antérieure "du bras. Userait superflu d'énumérer toutes les opérations analogues que les résultats morbides des brûlures peuventrendre nécessaires. On ne peut établir sur ce point que des indications générales ; il nous suffira de dire que l'excision des cicatrices ne dispense pas plus que leur division perpendiculaire , de l'application des appareils destinés à maintenir les parties dans la situation nouvelle où elles doivent rester.

G.-S. Stahl. De combustionibus , in-4''. Halœ, 1706.

J. Sèdillot. De combustione Tbeses , in-4<'. Pai isiis, 1781 .

Earle. Essay OD ihe means of les.seriing llie efFecti of fîre oa iKe humau body, iQ-8°. London, 1799-1803.

E, Kentish. Essay on burns. London, 1798.

L'auteur de ce travail, d'ailleurs estimable, entraîné par des idées tbéoriques spéculatives, a vivement insisté sur l'emploi des topiques aussi chaïuls et aussi stimulans que possible contre les brûlures , en même temps qu'il recommande à l'intérieur l'usage des excilans énergiques.

K. H. B'Zondi. Ueber Verbrennûngen. Hall, 1825, in 8". Thomson. Lectures of inflammation.

Cet ouvrage, traduit en français avec des notes de MM. Boisseau ni Jourdan, Paris, 1827, in-B", renferme des détails inléressans sur les brûlures. (L.-J. BioiN.)

BRTONE, Brjonia alba. Couleuvrée. Dioécie gynandrie, Linn.; cucurbitacées, Juss. L'espèce bryonia renferme un grand nombre de variétés, qui sont employées en médecine dans les pays auxquels elles appartiennent, et qui , d'ailleurs , présentent les même élémens que celle qui croit dans nos climats et dont nous allons nous occuper. La bryone blanche ou couleuvrée , ou navet du diable, est une plante grimpante qui vient sans culture; elle a une racine assez volumineuse, fusiforme , charnue, succulente , rameuse , d'un blanc jaunâtre en dedans, et marquée en dehors de stries circulaires. Cette racine est la partie de la plante qu'on a le plus étudiée, et qui jouit de propriétés plus énergiques ; cependant les tiges, quand elles ont acquis une certaine consistance, et les baies , sont aussi purgatives , mais à un moindre degré. Lorsque la racine est récente , elle exhale une odeur nauséeuse qu'elle perd par la dessication ; elle a également une saveur acre , amère et désagréable , qui persiste constamment , et lorsqu'on l'incise au printemps, elle laisse découler un suc blanc laiteux , fort amer et purgatif, que les paysans emploient comme tel : ils font, au rapport des divers auteurs , un creux dans celte racine , et recueillent le liquide qui s'y amasse, et qu'ils nomment eau de bryone, pour s'en servir comme d'un purgatif. .

L'analyse chimique de la bryone y a fait reconnaître l'existence d'une grande quantité de fécule , et d'une matière particulière qui a reçu le nom debryonine; plus, un peu d'huile concrète de couleur verte , un peu de résine , de l'albumine , du sucre et quelques sels. La fécule , lorsqu'elle est débarrassée de tous les autres élémens, est douce , nouri issante , et ne difTère en rien de celle qu'on extrait des céréales; on peut en tirer parti, et même quelques expériences portent à croire que , par la culture , on pourrait faire perdre à la bryone ses propriétés nuisibles. La bryonine , découverte dans ces derniers temps par M. Brandes, est soluble dans l'eau et dans l'alcoo! , aussi l isolc-t-on très-faci-

lement de la fécule amilacée, elle est d'une amerlune extraordinaire et analogue à la cathartine. ( f^oj^ez ce mot. )

Des méprises , occasionées par la ressemblance de la bryone avec le navet, ont plusieurs fois donné lieu à des empoisonnemens , dans lesquels on a observé les accidens propres aux poisons acres. Les expériences sur les animaux vivans sont venues confirmer ces premiers résultats , et l'on a vu des chiens quel trois ou quatre gros de racine de bryone sèche et pidvérisée ont fait périr, et qui, à l'ouverture de leurs cadavres , ont présenté les traces d'une inflammation aiguë du canal digestif. D'ailleurs, cet empoisonnement ne réclame point dei moyen particulier; cependant M. Dulong a avancé que l'infusion de noix de galle neutralisait les propriétés nuisibles de la bryone. Ce fait mérite d'être examiné de nouveau.

Les propriétés irritantes de la bryone sont connues du vulgaire depuis Irèslong-temps, et cependant les médecins l'ont à peine utilisée, bien qu'elle leur présentât un agent thérapeutique d'une grande énergie , et capable de rivaliser avec le jalap. Outre l'usage qu'on en faisait comme purgatif, on s'en est servi à l'extérieur pour composer des cataplasmes irritans , dont l'activité a plus d'une fois dépassé les intentions de ceux qui les avaient employés, et qui ont occasioné de graves inflammations de la peau. On s'en servit dans l'hydropisie du genou ; mais malgré la précaution d'y ajouter quatre parties de racine de grande consoude , on la vit produire des ampoules. Les anciens l'ont employée à l'intérieur dans la manie, la paralysie, l'apoplexie, l'hydropisie. Il est probable qu'ils auront réussi dans les cas , assez fréquens dans les maladies en question, où une révulsion énergique opérée su rie canal intestinal a pu avoir de l'avantage.

Le docteur Harmand de Montgarny pensa , avec raison , que la bryone pouvait remplacer l'ipécacuanha , encore fort cher de sou temps, et fréquemment; sophistiqué, et lui donna le nom d'ipécacuanha européen. D'après ses recher-i ches , cette substance administrée à la dose d'un demi gros , provoque le vomi!!'i sèment d'une manière assez constante , et détermine ensuite des évacuations al-i vines plus ou moins abondantes. Mais il eut le tort , quand l'effet se faisait at-' tendre, d'y ajouter de l'émétique; en effet, oir ne sait à quoi s'en tenir surlai part que deux médicamens actifs par eux-mêmes peuvent avoir dans les effets produits. Rappelons ici que cette pratique vicieuse avait lieu également à l'é-i gard de l'ipécacuanha, et qu'on trouve encore des médecins qui n'y ont pââi renoncé, (f^ojyez Émétiqde, Ipécacuakha.) Quant aux applications particulières qu'en faisait Montgarny, dans les fièvres bilieuses , les coliques, la dyssen^ terie , etc., maladies dans lesquelles il lui attribuait une sorte de spécificité, il est facile de savoir ce qu'il en faut penser. Il en est de même des propriétés incisives et expectorantes qu'il vante dans son oxymel de bryone, qu'il employait dans les liydropisies de poitrine et dans l'aslhme; comme aussi de l'ef-* ficacité spécifique qu'elle possède contre l'épilepsie selon d'anciens auteurs. Quoi qu'il en soit, ce médecin a bien mérité de la science , bien que ses observations ne présentent pas tout le degré d'exactitude désirable, en expérimen-» tant une substance indigène très-active , et qui peut nous soustraire à l'impôt que tire de nous l'étranger. Grâces aux travaux de la chimie, la partie essen tielle de la bryone convenablement isolée, et pouvant être administrée sous uiti petit volume, fournira une ressource nouvelle à la matière médicale; et cettiîC plante sera surtout avantageuse dans les campagnes , ou le médecin n'a pas tou-i jours des médicamens exotiques à sa disposition.

En effet, cette racine récemment recueillie étant broyée et réduite en pulpe, peut former un irritant externe qui , suivant la durée de son application , produit à la peau soit une simple rougeur, soit une véritable vésication. Séchée avec soin et réduite en poudre , elle peut , à la dose d'un demi-gros , répété s'il est nécessaire, constituer un vomitif ïivantageux ; enfin, administrée à plus forte dose et dans des circonstances différentes , elle peut servir de purgatif. La bryonine peut être employée dans les mêmes cas et d'après les mêmes principes Mais rien n'autorise à penser que ni la plante entière , ni son principe al' câlin, possède aucune propriété particulière, qui la rende préférable k aucune substance analogue , par sa composition et ses effets immédiats , sur l'économie animale. ' . (F. RatieR.)

BRYONINE. Fojez Brtone.

BUBON. Bubon, de /3to?cov , aine. On a coutume de désigner sous le nom im-* propre de bubon , auquel dans ces derniers temps on a voulu substituer la dé' nomination presque aussi inexacte d'adénite (de acP^v, glande), une tumeur formée par les ganglions lymphatiques enflammés , et qui se manifeste principalement à l'aine , mais aussi quelquefois dans les régions axillaires et cervicales, et généralement dans toutes les parties où se trouvent des ganglions sous-cutanés , à l'occasion de phlegmasies développées sur le trajet des vaisseaux qui se rendent à ces ganglions. C'est là l'idée la plus ordinaire qu'on se forme des bubons , que d'ailleurs on considère, généralement , comme liés à l'existence de la syphilis , bien qu'ils puissent se manifester toutes les fois qu'une inflammation , avec sécrétion morbide , se développe dans la direction de plusieurs ganglions lymphatiques. On appelle également bubons les tumeurs inflammatoires qui s'observent , dans la peste , aux parties que nous venons de signaler , et qui constituent un des phénomènes les plus remarquables de cette grave maladie. { Foyez Peste. )

11 est vrai de dire que cette phlegmasie des ganglions est extrêmement commune , dans le cas d'ulcères des parties génitales ; de là sans doute est venu l'habitude de les considérer comme un symptôme vénérien. Mais si l'on observe que les bubons ne se manifestent pas constamment, mais à raison de circonstances que l'on peut souvent prévoir et prévenir, on les regardera comme un épi phénomène de la maladie, mais non comme un symptôme qui lui soit essen-tiel , et qui puisse servir à la caractériser à lui seul.

BUBON. { m

Le siège des bubons est dans la plupart des cas aux aines , mais on en voit iussi se manifester à l'angle de la mâclioire inférieure sur les côtés du col , aux usselles, etc. Les bubons inguinaux que nous aurons principalement en vue lans le cours de cet article . et qui sont plus fréquens à gauche qu'à droite , loivent être distingués suivant qu'ils sont plus ou moins profonds et qu'ils sont itués au-devant ou en arrière de l'aponévrose crurale. Celte division n'est pas uperflue , car elle a des conséquences importantes pour le traitement.

La cause immédiate des bubons est l'absorption des produits de sécrétion ournis par une surface ulcérée, ou simplement enflammée, qui se trouve en lommunication avec les ganglions. On pense que cette absorption peut avoir ileu pendant le coït , et que l'homme surtout peut , sans qu'il se manifeste au- 'un symptôme local aux parties génitales, voir survenir un engorgement des [anglions inguinaux. C'est ce qu'on nomme bubon d'emblée. Mais celte manière

ie contracter la syphilis n'est pas la plus ordinaire; des praticiens recommanables nient même qu'il en puisse être ainsi, et pensent que quelque ulcération estée inaperçue dans le voisinage du frein par exemple , ou bien dans la fosse aviculaire , est toujours l'origine du bubon. Nous avons eu sous les yeux des as de bubons dans lesquels il nous a été impossible de découvrir la moindre race d'alTection locale ; et cependant nous avons examiné les malades avec d'autant plus de soin que nous avions à cœur de véi-ifier l'assertion dont nous venons |je parler. Mais, souvent aussi nous avons trouvé des ulcérations de la fosse na- ^iculaire qui avaient échappé à des médecins moins habitués à voir ces sortes 'affections , et découvert ainsi la cause immédiate de prétendus bubons d'em- !ée. Enfin, il est des auteurs qui disent avoir observé des bubons , comme vrapfômes consécutifs , chez des sujets qui n'avaient pas vu de femmes depuis lusieurs semaines, mais qui avaient eu quelques mois auparavant la maladie éiiérienne. Ces cas sont assez rares ; cependant on trouve quelquefois avec 'autres symptômes de syphilis constitutionnelle des engorgemens de ganglions j-mpathiques , sans qu'il y ait aucune ulcération dans le voisinage , à laquelle n puisse les rapporter. Mais le plus souvent aussi ils dépendent d'affections cujnées inflammatoires , telles que pustules , tubercules , etc., développées sur ; trajet des vaisseaux lympathiques. Le plus souvent les bubons sont dus à la résence d'un ou de plusieurs ulcères aux parties sexuelles , ou même à une inammation sans solution de continuité , de la membrane qui les revêt , ou bien iicore à la présence de végétations enflammées. Une ulcération , de quelque alure qu'elle soit, développée dans toute partie du corps où les vaisseaux ■mphatiques sont aboudans , peut susciter une inflammation des ganglions qui ■irr correspondent. On voit arriver le même accident , dans les cas de tumeurs lilegraonneuses ou autres développées dans les mêmes rapports. Ainsi , un paa lis, un cancer de la mamelle amènent fréquemment l'inflammation des ganlions de l'aisselle, de même que des furoncles situés à la fesse ou à la marge c l'anus produiront l'engorgement des ganglions inguinaux. Nous avons vu un ihicatoire appliqué h la face interne de la cuisse, pour une névralgie fémorooplitée , donner lieu à une inflammation des ganglions inguinaux suivie de jppuration , chez un sujet qui n'avait jamais eu de maladie vénérienne. Aussi, ppuis long-temps déjà , l'opinion qui attribuait exclusivement les bubons à la résence du virus vénérien, est-elle tombée dans le discrédit, et ne considèreon plus cette phlegmasie des ganglions lymphatiques comme caractérisant la philis d'une manière certaine. On a également abandonné les conséquences atiques de celte théorie , ainsi que nous aurons l'occasion de le dire plus tard. Ce n'est pas quand les ulcères sont très enflammés et qu'ils fournissent une ippuralion abondante que les bubons sont le plus communs; et nous augurons luvent leur présence en voyant les parties génitales peu enflammées, et vice ^rsd. Une surface très-irritée n'est jamais très-absorbante. Voilà , sans doute , raison pour laquelle les bubons ne se manifestent pas dans tous les cas de aladies inflammatoires des parties génitales, ni à la même époque, ni avec même degré d'intensité ; mais principalement à l'occasion d'exercices fatins , d'écarts de régime , de pressions , ou de percussions exercées sur la irlie où sont groupés les ganglions lymphatiques.

Nous bornant à parler ici des bubons liés à l'existence des affections syphiiques , nous devons dire d'abord que les plus commuhs de tous sont les ibons inguinaux , et que les autres ne s'observent que dans une proportion en moins considérable. Ils surviennent à une époque indéterminée de la aladie, le plus ordinairement du même côté que les ulcères; cependant lelquefois , mais assez rarement, du côté opposé, et occupent une partie plus

I moins étendue en largeur et en profondeur de l'espace inguinal. C'est en rai-

II de la situation des ulcères , que tantôt on ne trouve qu'un seul bubon , et le tantôt on en observe de l'un et de l'autre côté. D'ailleurs leur volume et .ir état plus ou moins inflammatoire dépendent de la disposition du sujet

l'époque où l'on observe le malade , da traitement employé , et du régime

C'est une vérité démontrée par le calcul, fait sur un grand nombre d'invidus , que les bubons sont beaucoup plus communs chez l'homme que chez femme; et l'on peut expliquer cette différence parla sécrétion plus active nt la membrane muqueuse génitale est le siège chez la femme, par les traux et même les excès auxquels les hommes ont coutume de se livrer malgré !; maladies dont ils sont atteints, et la négligence qu'ils apportent à se faire Uiter : et ce qui confirme cette opinion, c'est que les bubons sont bien plus ■ mmuns chez les gens du peuple, qui ne réclament les secours de l'art que and ils sont réduits à un état plus ou moins fâcheux , que chez les personnes partenanl à la classe éclairée, et qui De laissent pas leur mal s'aggraver sans ntemenî.

Qu'un bubon survienne d'emblée, ou qu'il soit produit par un chancre , par

) BUBON

une blennorrhagie ou par des végétations, il s'annonce par des phénomènes absolument semblables. Une sensation de gêne , un engourdissement qui devient plus ou moins rapidement douloureux se manifestent dans la partie qui doit en être le siège. Lorsqu'on y porte la main , on sent une tumeur d'abord isolée et globuleuse , formée par un ganglion lymphatique engorgé. Bientôt d'autres ganglions se prennent à leur tour et avec eux le tissu cellulaire qui les environne; alors la tumeur s'étend en largeur et en profondeur, elle cesse d'être mobile ; elle occasione une douleur plus ou moins vive à cause de la pression qu'elle exerce sur les faisceaux nerveux ; la peau qui la recouvre participe à l'inflammation qui s'accompagne de phénomènes de réaction plus ou moins marqués , suivant des circonstances qu'il est facile d'apprécier. Un travail de sécrétion s'établit dans la tumeur qui se ramollit et présente de la fluctuation ; enfin , la suppuration se fait jour spontanément , ou est évacuée par une ouverture artificielle ; ou bien les parties engorgées se résolvent plus ou moins lentement, et la guérison s'opère.

Les bubons présentent les symptômes qui appartiennent aux inflammalions du système lymphatique ; seulement ils offrent une forme différente suivant la constitution du sujet et la structure anatomique des parties sur lesquelles ils se développent; c'est ainsi que les bubons qui se montrent à la région cervicale, sont, toutes choses égales d'ailleurs , moins douloureux que ceux des aisselles et des aines , et que , parmi ces derniers , ceux qui sont situés sous l'aponévrose font bien plus souffrir les malades que ceux qui sont placés au-dessus.

Il n'y a pas d'époque fixe pour le développement des bubons : on en voit survenir presque en même temps que les chancres apparaissent , tandis que dans d'autres circonstances les ulcères sont presque cicatrisés. Il est très-rare , quoi qu'en aient dit les auteurs , qu'on observe des bubons après la guérison complète des chancres , et nous sommes portés à penser , d'après l'observation, que, dans ces cas, le bubon avait commencé avant la guérison des chancres , quoique les malades, et peut être même les médecins, ne s'en soient aperçus qu'après. D'ailleurs, les chancres peuvent être cicatrisés , qu'il reste encore un engorgement dur qui montre que la maladie subsiste. La marche des bubons est loin d'être uniforme : une foule de circonstances , qu'on n'est pas toujours a même d'apprécier, et, à plus forte raison, de prévoir et de modifier , font varier à l'infini les formes que peut revêtir cette aftection, sa durée , sa terminaison et ses conséquences.

Dans les cas les plus simples et les plus favorables , c'est-à-dire, dans ceux où la santé'générale du sujet n'a pas reçu d'atteinte , et où la maladie est convenablement traitée dès son début , le bubon se borne à un engorgement peu considérable d'un ou de plusieurs ganglions lymphatiques; la douleur est peu marquée, le tissu cellulaire et la peau ne participent que faiblement à l'inflammation ; la suppuration ne se manifeste que rarement, et lors même qu'elle a lieu, elle n'entraîne jamais après elle de graves désordres. Quand la résolution s'opère , la maladie est moins longue encore , et peut parcourir toutes ses phases en huit ou dix jours , surtout si le traitement en est bien dirigé. Mais on n'est pas toujours assez heureux pour être consulté de bonne heure , et alors on trouve souvent que tout le groupe des ganglions inguinaux, tant superficiels que profonds , est envahi par l'inflammation qui s'est propagée au tissu cellulaire environnant , et même à la peau , qu'on trouve rouge , lisse et tendue , et l'exploration fait reconnaître l'existence d'un ou de plusieurs points de suppuration. La tumeur , alors, occupe tout l'espace inguinal , et occasione au malade une douleur gravative avec impossibilité de se mouvoir , et souvent de la fièvre et du dérangement dans les fonctions digestives. Les foyers partiels qui se sont formés en différens point de la tumeur, s'ouvrent séparément et successivement ; et , après qu'un pus , plus ou moins bien élaboré, s'est écoulé, les ouvertures restent ulcéreuses; des conduits fistuleux s'établissent sous la peau et surtout sous ra])onévrose , l'altèrent et la décollent; les bords de la plaie se tuméfient , se lenversent et s'endurcissent ; les ganglions engorgés ne se résolvent point, et , souvent même, on les voit dénudés et saillans à la surface de la plaie dans laquelle ils constituent de véritables corps étrangers. Cet état de choses peut durer fort long temps ; on a vu des malades porter de pareils bubons pendant plusieurs mois. A la longue cependant , et par un traitement méthodique, ils finissent par guérir : mais ils ont oecasioné de grands délabremcns , et laissent après eux des cicatrices enfoncées irrégulières , et une difformité irrémédiable. On voit aussi des bubons rester à l'état d'indolence et de dureté, soit que l'inflammation ait été primitivement lente et peu énergique , soit qu'après avoir été d'abord aiguë , elle soit descendue à Cette inertie , spontanément ou par suite de moyens curatifs mal administrés. Alors la tumeur plus ou moins volumineuse est exempte de douleur, sans changement de couleur à la peau , et ne cause guère au malade qu'un sentiment de gêne assez- supportable. Ces bubons peuvent rester ainsi pendant plusieurs mois ou plusieurs années , après quoi ils se résolvent, ou s'enflamment et suppurent, on même subissent la dégénération cancéreuse. On ne peut d'ailleurs établir à ce suiet aucune classification régulière. En effet , tel bubon peut passer successivement de l'état aigu à l'état chronique, et vice versa, suivant les différentes circonstances dans lesquelles se trouve placé le malade. Comme toutes les inflammations , celle qui nous occupe est influencée dans sa marche, sa durée , ses terminaisons , par la constitution du malade , les maladies incidentes , les infections syphilitiques nouvelles qu'il peut éprouver; son régime, les moyens thérapeuiiques auxquels il est soumis , etc. Les observations modernes prouvent que l'état des organes digestifs influe puissamment sur les phénomènes de cette maladie , et nousavons souventeu l'occasion de constaterles cbangemens très-remarquables que les écarts de régime apportaient dans l'aspect des br.bons, tant avant qu'après leur ouverture.

BUBON

BUBON

Ainsi que nous l'avons déjà indiqué , les bubons se terminent par résolution, par délitescence , par suppuration , par induration , et par gangrène. La résolution est la terminaison la plus favorable de toutes , et on l'obtient assez facilement quand on peut employer à temps les moyens appropriés. Il est d'ailleurs convenable, lors même que la suppuration a commencé, de chercher h résoudre les portions de la tumeur qui ne sont pas encore ramolies. La délitescence, c'est-à-dire une résolution extrêmement rapide, s'observe assez rarement , et seulement dans les cas où une affection grave vient à se manifester dans quelque organe important. Mais alors c'est moins la disparution du bubon que la maladie nouvelle qui doit attirer l'attention , bien que cette circonstance puisse et doive entrer en ligne de compte dans le choix des moyens curatifs. Quelquefois cependant nous avons vu l'inflammation ganglionnaire passer d'une aine à l'autre , c'est-à-dire , la résolution s'opérer d'un côté à mesure que l'inflammation s'établissait du côté opposé. La métastase est plus rare encore, et aucun fait de ce genre ne s'est présenté à nous , et ne se trouve rapporté dans les auteurs d'une manière suffisamment authentique. Long-temps on a considéré la suppuration des bubons comme salutaire , parce qu'on la croyait propre à éliminer plus complètement le virus , logé dans les ganglions , suivant l'opinion généralement admise. Il en est autrement de nos jours , et l'on ne cherche plus à la provoquer , si ce n'est dans quelques cas assez rares , lorsque , par exemple , un bubon est assez induré pour que l'on ne puisse plus espérer de le résoudre.

Enfin l'induration est la terminaison la plus défavorable de toutes , et les efl'orts du praticien doivent tendre à la prévenir autant que possible; heureusement elle n'est pas commune. En effet, elle laisse le malade dans un état équivoque , où la moindre irritation accidentelle , soit externe , soit interne , suflit pour ramener dans la tumeur une inflammation aiguë. En outre, il est encore à craindre que les ganglions et le tissu cellulaire engorgés ne subissent une désorganisation h laquelle il serait difficile de remédier.

Quant à la gangrène de la tumeur , elle est fort rare et dépend d'une inflammation excessive occasionée par des causes diverses. Elle n'est d'ailleurs pas plus grave que celle que produisent les caustiques , et n'a d'autre inconvénient que d'occasioner une perte de substance plus ou moins considérable. Une faut pas croire d'ailleurs que la gangrène envahisse la tumeur entière ; elle est ordinairement bornée à une portion plus ou moins circonscrite de peau ou de tissu cellulaire sous-cutané.

Toutes sortes d'affections , syphilitiques ou autres , peuvent coexister avec les bubons ; mais il n'en est pas qu'on puisse considérer comme complication , c'est-à-dire qui en dépende expressément. Ainsi les chancres, la blennori hagie, les pustules, les végétations précèdent plutôt l'apparition des bubons qu'ils ne la suivent, et ne reçoivent de leur présence aucune modification importante.

Les variétés de la maladie qui nous occupe ne sont guère relatives qu'à son siège; ainsi , des ulcérations de la membrane muqueuse qui tapisse les lèvres, les joues, la langue et le pharynx , celles du cuir chevelu donnent lieu à l'engorgement des ganglions sous-maxillaires; un chancre, occupant le doigt, amène à sa suite un bubon axillaire, tandis que ceux qui occupent le pénis, la vulve, l'anus ou les orteils, provoquent l'inflammation des ganglions inguinaux. D'ailleurs , tout ce qui est relatif aux symptômes , à la marche , au diagnostic , au prognostic et au traitement, s'applique également bien aux uns et aux autres.

Le diagnostic des bubons n'est pas difficile, pour peu qu'on y apporte de soin et d'attention , et les méprises sont d'autant plus rares de nos jours , que nos moyens d'investigation sont plus parfaits et plus généralement répandus. Excepté dans le cas de bubon d'emblée , l'origine bien connue de l'afTection suflit pour la faire distinguer de celles qui ont avec elle quelque analogie de forme et de situation. Telles sont, pour les bubons inguinaux, les hernies , les anévrysmes , et pour les bubons axillaires et cervicaux, les engorgemens scrofuleux, cancéreux, et aussi les tumeurs anévrysmales. C'est aux articles spéciaux qu'il faut chercher les caractères propres à ces diverses maladies. ( Vojez AmïVi\tsme, Hernies, Scrofules.) Il nous suffit, dans cet ouvrage, d'avoir si<Tnal(- la possibilité de l'erreur, erreur qui ne saurait avoir lieu que par rapport a une opération qu'un praticien ne doit jamais entreprendre, sans y avoir mûrement réfléchi , et avoir assemblé autour de lui toutes les garanties désirables. Il est d'ailleurs impossible de reconnaître , à l'aspect d'un bubon , s'il est ou s'il n'est pas vénérien ; ni sa forme , ni sa marche , ni sa durée , ni sa terminaison ne sauraient fournir là-dessus aucune donnée suffisante , et c'est une des nombreuses difficultés que ])réscnte l'étude des affections vénériennes. Ce n'est que par le concours de plusieurs circonstances, et par leur appréciation raisonnée , qu'on peut rassembler quelque certitude. { K oyez Syphilis. )

Le prognostic des bubons, considérés comme affection locale, est subordonné au siège qu'occupe la tumeur, à l'état de santé du sujet chez lequel elle s'est développée, à la forme plus ou moins inflammatoire qu'elle affecte. En général, les bubons inguinaux sont plus graves que les autres; mais c'est parce qu'ils sont plus exposés à être irrités parla marche, les pressions , .etc. Lorsqu'un bubon se manifeste chez un sujet scrofuleux, scorbutique, ou atteint de [ihlegmasie chronique d'organes importans , les chauces de guérison sont beaucoup moins nombreuses que dans les conditions opposées ; il en est de même lorsqu'au lieu d'être franchement aiguë, l'inflammation affecte une marche lente et saccadée , lorsque la suppuration ne s'établit que d'une manière incomplète et successive , lorsqu'enfin les parties engorgées restent dures, et deviennent indolentes.

Quant à ce qui concerne la crainte desaccidens consécutifs, nousn'a^'ons pa?

remarqué qu'ils fassent plus communs chez les sujets qui avaient eu des bubons i que chez les autres; ni queles diverses terminaisons de l'inflammation ganglion- i naire eussent d'influence sur les événenfens ultérieurs. Ainsi, par exemple, | nous considérons comme tout à fait hasardée l'assertion des auteurs qui pré- j tendent que, quand un bubon a suppuré long-temps, les malades sont plus assurés contre la syphilis constitutionnelle, que quand la résolution s'est opérée, et qui, conséquemment à celte idée, provoquent la suppuration de tout leur pouvoir. La délitescence , non plus que la métastase que nous n'avons pas ob- 1 servée,ne nous paraissent pas avoir plus d'inconvéniens , dans le cas de bubons, | qu'elles n'en auraient dans fout autre cas de tumeur inflammatoire. Après les | bubons d'emblée, on observe quelquefois des pustules, des exostoses, desulcè- I res du pharyn.\et du voile du palais même, lorsque les malades ontété soumis à un traitement méthodique ou empirique, et qu'ils ont été guéris des symptômes > primitifs ; quelquefois aussi, ils continuent de jouir d'une santé parfaite. C'est ab- 1 solument comme à la suite de tous les autres symptômes primitifs. (Voyez Syphilis. ) Nous pensons que le bubon doit être envisagé comme un symptôme accessoire delà syphilis, symptôme qui ne lui est pas essentiel, quoiqu'il s'y rencontre assez souvent, et qu'on pourrait prévenir dans un grand nombre de cas, si lei malades se présentaient à une époque plus rapprochée du début de la maladie. Cette manière de voir nous guide dans notre pratique : nous considérons la résolution comme la terminaison la plus favorable , et nous cherchons à l'obtenir par tous les moyens que nous fournit la thérapeutique, sans craindre de renfermer ou de repousser le virus , et nous n'avons pas vu jusqu'à présent que cette conduite eût de fâcheux résultats. Quant à la suppuration , nous tachoni de l'éviter, et tout au moins de la borner , si ce n'est dans quelques cas particuliers dont nous parlerons plus bas.

Ainsi donc , obtenir la résolution de la tumeur formée par les ganglions lymphatiques engorgés , telle est pour nous la première indication ; pour la remplir, deux méthodes se présentent avec des chances égales de succès quand elles sont appliquées avec choix et opportunité. La première consiste dans l'emploi dea débilitans; elle est la plus sûre et la plus généralement applicable , quelle que soit l'époque de la maladie. La saignée veineuse quand la réaction générale est très-marquée, et, lorsqu'elle a cessé , l'application des sangsues autour de la tumeur (il faut éviter de les mettre sur la peau rouge et tendue qui la couvre), ! sont d'une grande efficacité jiour diminuer le gonflement et la douleur. On lesii réitère plus ou moins suivant le besoin ; mais il est bon de savoir que quand leiij bubon est sous-aponévrolique , les sangsues ont pfeu d'efficacité, et qu'il estd'ailleurs assez difficile d'empêcher que la suppuration n'ait lieu. Il convient,! alors, de préférer les saignées générales. Elles sont puissamment secondées par les bains , et les a])plications énioUienfes , parmi lesquelles on doit préférer les fomentations faites avec des linges ou des flanelles trempées dans une forte décoction de guimauve et de têtes de pavot , qui n'ont pas, comme les cataplasmes de farine de lin et les corps gras, l'inconvénient de s'aigrir et de devenir rances, ' et par conséquent irritans. Mais ces derniers moyens e.ux-mêmes sont utiles, lorsqu'on à le soin de les renouveler fréquemment pour prévenir leur altération ; les soins hygiéniques doivent entourer les malades; il ponvient de leuni faire garder le repos. Enfin les ulcères qui sont ordinairement le point de départ! de l'inflammation ganglionnaire, doivent êire tenus avec la plus grande pro-i prêté, pour éviter que les produits de sécrétion ne séjournent et ne soient ab-ii sorbés , ce qui serait une cause nouvelle d'engorgement et d'inflammation. \

Dans les cas simples ces moyens suffisent; il en est de même d'assez légewi pour qu'on puisse s'abstenir des saignés tant générales que locales , et où la résolution s'opère doucement, sans qu'il soit nécessaire de rien employer pour la favoriser. Cependant on a coutume de faire quelques onctions résolutives, et d'appliquer sur la tumeur un de ces emplâtres appelés foudans, et dont le prin-: cipal avantage est de maintenir sur' la partie malade i|ne chaleur douce et' humide.

L'autre méthode consiste à faire avorter l'inflammation par des applicationil astringentes très-énergiques , telle est, par exemple , celle de la glace. On con-i naît des exemples de réussite par l'emploi soutenu de la glace , pendant quinze ou vingt heures de suite. Des bubons assez volumineux ont été réduits à une* petite tumeur dure et indolente, qui a permis aux malades de vaquer à learW occupations. Mais ce procédé n'est applicable que dans un bubon tout récent,' et surtout chez un sujet capable de le supporter avec persévérance. Employé'j trop tard, et d'une manière incomplète , non-seulement il ne produit pas lesi effets qu'on en espère, mais il peut avoir des inconvéniens ; aussi est-il rarement' mis en usage , quoiqu'on ait droit d'attendre de bons résultats d'une direction! méthodique. '

Mais on n'a pas toujours à traiter des affections simples et vierges , pour ainsi^ |: dire , d'ans lesquelles la nature fait elle-même les frais tie la guérison ou se plail |' à seconder les efforts de la médecine. Souvent les malades ne viennent réclamer h des secours qu'après avoir laissé aggraver leur mal par la négligence, et pli» souvent encore , par d'absurdes traitemens. Quand ils se présentent avec unei' i inflammation considérable et une suppuration plus ou moins avancée , il faul' 1 employer les antiphlogistiques avec énergie. Quelquefois on est assez heureux 1 pour obtenir encore la résolution , mais , en tout cas , ou borne les progrès de ' la phlegmasie , on évacue le pus au moyen de petites incisions convenablement i: pratiquées, qu'on multiplie lorsqu'il existe plusieurs foyers, afin d'empêchci; qu'ils ne se réunissent en une vaste cavité, dont les parois se rapprocheraieni difllcilement. C'est pour cela qu'il est convenable de pratiquer l'ouverture doi abcès partiels, de bonne heure, et dès que la fluctuation y est suffisammen manifeste. Ce précepte est plus important encore lorsque les ganglions sous aponévrotiques (de l'aine ) sont enflammés ; alors , par l'incision , on opère un

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