CACHOU
C ACOCHYMIE.
enant évidemment de pains plus volumineux , d'un rouge-brun foncé , uniarme, luisant, ayant un goût astringent et amer, suivi d'un arrière-goût gréable.
Quelle que soit d'ailleurs l'espèce de cachou qu'on ait à sa disposition , on a outume , avant de l'employer , de le soumettre à une purification préalable , ni a pour objet d'isoler ses principes actifs des matières étrangères qui s'y rouvent mêlées. On y parvient en faisant dissoudre dans l'eau le cachou brut , assant la dissolution à travers un tamis de crin , et l'évaporant ensuite en conistance d'extrait. C'est ce qu'onnorame extrait de cachou. Il était facile de prévoir , d'après les qualités physiques si prononcées de ette substance, quels en étaient les élémcns principaux. L'analyse chimique a démontré une quantité de tannin telle qu'aucune autre substance ne le présnteen proportion si considérable ( .50 pour 100 et au delà ), plus, unecertaine ose de matière extraclive, l'un et l'autre unis à du mucilage et à quelques subiances insolubles et par conséquent inertes. C'est donc au tannin {vojez ce lot) , et à la matière extractive , mais surtout au premier de ces deux princies, que doivent être attribuées toutes les propriétés médicales du cachou , et n on doit avoir confiance dans l'administration de ce médicament Les effets du cachou sur l'économie animale sont ceux qui appartiennent aux ibstances véritablement astringentes , à raison du tannin qu'elles renferment, .ppliqué sur les membranes muqueuses , il en tarit ou en diminue notablement |i sécrétion, pendant un temps proportionné à la quantité de médicament emloyée ; à la durée de son application , comme aussi à l'étatsain ou pathologique es partiesavec lesquelles il est mis en contact. Ses efi'etssont bien plus marqués jrsqu'il est apposé directement sur un tissu que quand il y arrive par voie absorption. Aussi est-il peu sûr en général de l'administrer de cette der- ,ière façon. On se fait peu d'idée de la manière d'agir de cette substance. Ipère-t-elle seulement en stimulant les parties malades? ou bien suscite t elle n changement d'état , par une combinaison chimique analogue à celle quia eu dans le tannage ? c'est ce qu'on n'a pas encore suflisamment éclairci par expérience.
Quoi qu'il en soit , le cachou n'est pas un de ces raédicamens merveilleux antés contre toutes les maladies , précisément parce qu'ils sont inutiles à peu rès dans toutes. On ne l'a conseillé que dans un petit nombre d'affections ; et on conçoit facilement qu'il ait pu réussir dans celles où l'on a tenté de l'utiliser, jivoir, dans les flux muqueux chroniques et les hémorrhagies appelées passives. 1 |.écemment , le professeur Duilcan, d'Édimbourg, l'a recommandé contre les : kcoriations accompagnées d'exsudation lymphatique. L'expérience montre en i: ITet que le cachou peut avoir de bons résultats dans les phlegmasies couenneuijes ; cependant, on ne saurait le considérer comme aussi efficace que lescauté- ♦ Ijsations superficielles faites avec diverses substances solides ou liquides, mais c Irincipalement avec le nitrate d'argent fondu , auquel la facilité avec laquelle I jn l'emploie devrait assurer la préférence. D'ailleurs , et ce précepte n'est pas ':i Ixclusivement applicable au cachou, la forme et même l'époque de l'inflammation 1 pnt singulièrement varier les effets observés.
I On n'a guère employé le médicament qui nous occupe d'une manière assez ré- » alière pour pouvoir bien juger de ce qu'il peut produire dans les affections I Ihroniques des membranes muqueuses accompagnées de sécrétion surabondante, [je même que dans les hémorrhagies passives ou réputées telles. Dans ces cas , s'est montré quelquefois efficace ; mais il faut bien remarquer que c'est moins ar l'administration active de cette substance que par son usage continué qu'on st parvenu à réussir, surtout quand on l'a fait prendre à l'intérieur, ce qui est t e mode le plus ordinaire.
Cependant le cachou n'en doit pas moins être considéré comme un des aslrinens les plus énergiques , et sur lesquels on ait le plus de raison de compter , ans les circonstances où l'emploi de ce genre de médicament est bien indiué. (Foj-ez AsTKiKGENS, Catarrhe, Hémorrhagies. ) On en obtiendrait e bons effets, et cette observation est d'une application générale, si, quand ne fois l'indication est bien positive , on l'administrait d'une manière plus aergique ; car les doses auxquelles on le voit prescrire habituellement pivent être considérées comme presque insignifiantes. D'ailleurs , il ne !Ut pas perdre de vue que l'action directe du cachou est bien plus certaine ;ue celle qu'il exerce après avoir traversé les voies de la circulation ; que 'ailleurs les flux chroniques sanguins ou muqueux sont , de leur nature , «jets à varier dans la quantité des produits de sécrétion, et qu'il n'est pas Éthodique de rapporter toujours ces différences au genre de médication ise en usage. Nous consignerons ici le résultat d'observations faites par le ;Octeur Louis , et rapportées dans son ouvrage sur la phthisie pulmonaire; 'est que la diarrhée des phtliisiques , qui présente souvent les formes d'un flux {Htouique , n'a été que très-médiocrement modifiée par l'administration du cachou t de plusieurs autres substances médicamenteuses dont il a voulu apprécier action dans celte circonstance.
Il ne faut donc pas prendre au pied de la lettre les éloges que donnent au ca- ■hou quelques auteurs de matière médicale. Mais en appréciant bien sa compoition et les eff'ets que peuvent produire sur l'économie animale les élémens dont l est formé , le praticien saura dans quelles conditions et dans quelle mesure il )eut y avoir recours ; il s'en abstiendra dans les cas d'inflammation aigué , qui m serait inévitablement aggravée , à moins , cependant , qu'on ne l'employât à me époque très-voisine du début. A faible dose et continué long temps , le ca- ;hou sera entre ses mains un tonique avantageux pour les organes digestifs , et m moyen de faire cesser peu à peu des sécrétions ou des exhalations morbides ; i dose plus considérable, il sera un astringent puissant propre à enlever une nflammation récente. 11 peut être aussi employé dans les phlegmasies couen-
neuses de la membrane muqueuse buccale et pharyngienne , eu appliqué sur des ulcérations indolentes, et qui ont besoin d'être stimulées.
Le cachou s'emploie principalement à l'intérieur ; mais nous ne l'avons pas vu conseiller pour l'usage externe , sans doute parce qu'il est d'un prix assez élevé , et qu'il peut être facilement remplacé par plusieurs substances riches en tannin. Nous avons cependant trouvé une formule d'injection astringente dans laquelle entrent le cachou , la myrrhe et l'eau de chaux, et que nous citons ici en demandant quel composé résulte de la réaction mutuelle de ces diverses substances. Le plus souvent on le donne en solution , à la dose d'un demi-gros à deux gros, qu'on fait prendre tant en boisson qu'en lavement. Nous croyons qu'on pourrait sans inconvénient en porter la dose beaucoup plus haut, si cela paraissait nécessaire. La décoction du cachou est souvent associée a la gomme , à la décoction blanche, etc. Ces préparations sont vicieuses, parce que le tannin agit sur la gomme et la fécule à peu près comme la gélatine , et qu'il se forme un précipité insoluble; il faut donc éviter ces mélanges , qui anéantissent les propriétés du médicament. On fait avec le cachou un sirop, des pilules, des pastilles dans lesquels il est associé à diverses substances amères ou aromatiques , et dont il est souvent la partie essentielle. (F. Batier. )
CACOCHYMIE , s. f. , cacochjmia , xaxcç, mauvais , x'-'f^'^i humeur; dépravation, altération des humeurs. C'est sous ce nom , plutôt que sous celui de cachexie f qu'il nous parait convenable de le designer, d'une manière générale, les maladies qui dépendent d'une altération primitive des humeurs naturelles du corps humain : sang , lymphe , bile , lait, etc.
Il suffit de la plus simple observation pour convaincre que le sang, la bile , la sueur, le lait , le mucus , la sérosité , etc., acquièrent dans l'état morbide des qualités diff'érentes de celles qu'ils possèdent dans l'état de santé. Mais un examen plus approfondi ne tarde pas à faire voir que presque toujours l'altération de ces liquides est consécutive à une modification plus ou moins profonde des tissus chargés de leur préparation. Dans quelques cas cependant , il est impossible de trouver la cause de leur altération dans celle des solides , et, en remontant aux causes productrices du mal , en s'éclairant par des expériences , il devient évident qu'ils ont été les premiers altérés, et qu'en eux réside la source des phénomènes que l'on observe. Ces cas constituent les seules maladies par altération des liquides que l'on doivent admettre : essayons de les préciser.
|o Toutes les maladies qui sont produites par des miasmes provenant de la décomposition des matières animales ou végétales en putréfaction commencent par une altération de sang ou de la lymphe , ou de ces deux liquides à-la-fois. En eff"et , l'absorption étant la seule voie par laquelle ces agens s'introduisent dans nos tissus , les vaisseaux lymphatiques ou veineux sont les uniques canaux qui puissent les transporter, et le sang et la lymphe leur véhicule indispensable. L'observation directe vient à l'appui de cette vérité, sinon pour la lymphe, du moins pour le sang, que l'on a trouvé dans quelques-unes de ces maladies plus noir, plus fluide que dans l'état normal , trouble , boueux, fétide , etc. Enfin les expériences achèvent de mettre ce fait hors de doute , puisqu'en injectant des matières putrides dans les veines des animaux , on développe en eux des maladies semblables à celles que font nailre certains miasmes.
2° Il en est de même des maladies qui se développent sous l'influence des miasmes émanés du corps des individus atteints des affections contagieuses. Ce ne peut être que par voie d'absorption que ces miasmes s'introduisent au milieu de nos tissus ; leur première influence doit donc s'exercer sur le sang ou sur la lymphe , ou sur ces deux fluides à-la-fois.
3° Les maladies que l'on voit se développer chez les individus afFeclés de gangrène , même spontanée , et qui paraissent dues à l'absorption de la matière putride résultant de la décomposition des tissus gangréués, peuvent encore être considérées comme des effets immédiats de l'altération des liquides. Les faits sont ici les mêmes que dans les maladies miasmatiques , car, que la matière putride soit inoculée , absorbée par les voies pulmonaire , gastrique et cutanée , ou puisée au sein d'un foyer délétère développé spontanément dans une partie de l'individu , le résultat est semblable ; c'est toujours une maladie par altération des liquides qui est produite.
4o La plupart des empoisonnemens consistent aussi dans une altération des liquides. A l'effet local des substances vénéneuses il se joint plus ou moins des effets généraux , qui ne peuvent être attribués qu'à leur absorption. Des milliers d'expériences prouvent en eff"et l'altération des liquides dans ces affections.
5° Toutes les maladies qui résultent de l'introduction d'un v//-£ii commencent aussi par une altération des liquides , c'est-à-dire du sang ou de la lymphe. Les preuves que nous venons de donner de cette altération dans les maladies miasmatiques sont entièrement appliquablesaux maladies virulentes ; les expériences sont même ici plus directes puisqu'on peut inoculer ces maladies d'homme à homme.
6» Enfin , l'alimentation et certaines conditions hygiéniques encore mal connues paraissent exercer une influence directe sur le sang et en altérer la composition, d'où résultent encore quelques maladies de ce liquide.
Voilà donc une série assez nombreuse de maladies que l'on peut considérer comme appartenant à la classe des cacochymies : le typhus, la peste , la fièvre jaune ,\dL fièvre putride , les fièvres intermittentes des marais , la sjphiUs,\a. l'âge , Xsl petite-vérole , la rougeole , la scarlatine , la coqueluche, les empoisonnemens, la goutte , le rhumatisme , le scorbut et la maladie tachetée de fVerL- ^^iff- ( l^oyez ces maladies. )
En réfléchissant à la nature des causes qui produisent les maladies que nous venons d'énumérer, en examinant surtout leur manière d'agir, on acquiert 1 bientôt la conviction que c'est sur le ^ung seul qu'elles portent leur influence ,
CADAVRE
CADAVRE
que ce fluide est seul altéré par elles , el que les auti-es liquides restent étrangers à leur notion. N'y a-t-il donc d'autres maladies des liquides que celles du sang? 11 est probable que la lymphe est susceptible aussi d'être altérée primitivement ; peut-être en est-il ainsi , comme le pensent quelques auteurs , d;\ns les tubercules e\.\c cancer ; mais aucun fait, aucune expérience ne le prouvent. L'obscurité qui enveloppe les fonctions du système lymphatique a toujours empêché qu'on ne fit des recherches sur les maladies dont il paraît être le siège , et l'opinion qui attribue celles que nous venons de citer à l'altération de la lymphe n'est encore qu'une hypothèse, qui n'a pas plus de probabilités en sa faveur que celle qui fait dépendre ces affections de Virritatioii des vaisseaux lymphatiques eux-mêmes.
Mais le sang et la lymphe ne sont pas les seuls liquides du corps humain , ce ne sont donc pas les seuls qui puissent être altérés. Sans parler de ces humeurs imaginaires dont les anciens , depuis Galien surtout , remplissaient l'économie pour les besoins de leurs explications théoriques , et dont personne aujourd'hui ne se constitue le défenseur, il existe plusieurs liquides à l'altération desquels on a toujours fait jouer un grand rôle dans la pathologie, rôle que quelques médecins de nos jours essaient de leur restituer ; tels sont principalement la bile et le Util. Nous renvoyons aux articles où se trouve tracée l'histoire physiologique et pathologique de ces liquides, pour apprécier leur influence sur la production des maladies. {Vojez^i-LE, Lait, Urine, etc.) Nous dirons seulement ici que cette influence a été singulièrement exagérée, mais qu'en admettant d'ailleurs que ces liquides puissent produire des maladies lorsqu'ils sont introduits dans la circulation , comme il est incontestable que le sang en est le véhicule , c'est encore aux altérations du sang qu'il faudra rapporter ces afiections. En effet, que ce liquide soit altéré par la présence de la bile ou du lait, n'est-ce pas son altération qui cause ici la maladie, comme lorsqu'elle est due à la présence d'un miasme, d'un virus ou d'un poison? n'est-ce pas à la natureroême de cette altération qu'il faudrait pouvoir remonter pour y remédier eflicacement?
Il résulte donc de ce qui précède que les seules altérations des liquides sur lesquels on possède des données positives sont celles du sang. Ce sera p.-îr conséquent en traitant de ce liquide en particulier que nous examinerons en quoi consistent ses altérations , l'influence qu'elles exercent sur les symptômes, la marche et l'issue des maladies dans lesquelles on ne peut se refuser h les admettre, elles modifications qu'elles doivent faire apporter au traitement de ces affections. ( A'ojrez Sang. ) ( L. -Ch. Roche.)
CADAVRE, s. m., cadaver, y;z^sç ; mot employé pour désigner le corps d'un animal privé de vie. Quelques auteurs ont même donné à sa signification une plus grande extenlion , en l'appliquant au végétal dans l'état de mort. Il est rare qu'il soit employé dans cette acceptation. Il y a plus , il entraîne presque toujours l'idée de l'homme , quand on ne spécifie pas sa nature. C'est aussi sous ce point de vue seulement que je l'envisagerai. Il existe celte différence entre l'homme et le cadavre , que l'a où I homme finit d'être , là commence le cadavre ; le moment de la mort est donc la limite qui les sépare : ce moment imprime au corps de l'homme un cachet tellement frappant, qu'il est rare de ne pas le reconnaître à priori. Je vais chercher à le spécifier sans m'arrêter aux moyens à emploj'er pour acquérir des preuves certaines de son existence , moyens qui ne seront exposés qu'à l'article Mort. ( Voyez ce nom. )
Décubitus en général sur le dos , collapsus ou raideur des membres ; saillies musculaires plus souvent effacées, quelquefois au contraires très-marquées , saillies des os presque toujours plus prononcées , peau généralement pâle , ocracée, ayantun aspect terreux ; face livide , yeux ternes, front plissé, peau du visage accollée sur les os, de manière à en faire prononcer les saillies , sourcils enduits d'une matière cendrée ; ailes du nez resserrées , bouche béante , lèvres décolorées, flasques; teinte violacée des parties les plus déclives du corps ; immobilité de toutes les parties qui donnent la sensation du froid quand on les touche , sensation qui fait naître , sur les personnes peu habituées à ces effets, l'idée d'une température glaciale ; absence complète de pouls , de respiration , battemens du cœur nuls ; tels sont les principaux traits qui caractérisent le cadavre. Mais combien ils sont susceptibles d'offrir des variations ! Tous les cadavres, en effet, suivent bien la marche régulière que leur impriment les lois physiques auxquelles ils sont exclusivement soumis , mais ils apportent à leur origine le cachet de l'irrégularité des phénomènes que développe si fréquemment la vie, et je crois pouvoir dire avec raison que la figure du cadavre récent retracera presque toujours à l'observateur attentif les sensations éprouvées pendant les derniers instans de la vie, quelle qu'.Tit été d'ailleurs leur nature. Une seconde circonstance bien capable de modifier les caractères qui sont propres aux cadavres, c'est le temps qui s'est écoule depuis le moment de la mort Jusqu'à celui de sor. examen et la nature des lieux dans lesquels il a été placé ; enfin le genre de mort influence beaucoup l'aspect extérieur du corps. Fournissons quelques faits à l'appui de ces trois causes principales dont nous aurions pu facilement accroître le nombre. Relativement à la première, je citerai les suivans : il arrive fréquemment que plusieurs scélérats concoui ent à l'exécution d'un assassinat, et portent ensuite en commun leur tête à l'échafaud. J'ai toujours observé que ceux qui , dans le cours des débats , avaient conservé cette férocité qui caractérise le criminel endurci , et qui jusqu'au moment de la mort portent sur leur figure l'expression de l'atrocité la plus complète , pré- .sentaient encore la même physionomie après l'exécution du supplice. Il e.>>t facile de reconnaître , à l inspection des traits de la face, l'homme qui a souffert pendant les derniers momens de sa vie. On peut faire surtout cette observation dans les hôpitaux , où l'on est à même de trouver des personnes qui succombent il une agonie très-longue et très pénible. Les gens ivres qui périssent dans les rues de Paris , pendant les temps froids , présentent très-souvent des traces évi-
dentes de leur genre de mort , rien qu'à l'iuspection de la figure. La connaissance de ce f.iit est assez importante en médecine légale , et doit être prise en considération par les personnes appelées à procéder à la levée d'un cadavre. il J'en dirai autant de l'attitude du corps; et quoique, dans un grand nombre de circonstances , les membres thoraciques , au moment de la mort , tombent sou- j| vent sur les côtés du corps sous l'influence de l'état de collapsus général qui|' accompagne cet instant , dans beaucoup de cas néanmoins leur situation est telle, qu elle peut éclairer sur les circonstances qui ont précédé la mort. C'est ainsi que , dans un cas de suicide par une arme à feu , j'ai trouvé le bras droit et la main encore en regard de la tête où le coup de pistolet avait été porté. On a amené dernièrement à la Morgue un homme qui s'e'tait endormi sur un four à chaux ; le bras gauche était relevé et appuyé sur le front , le droit demi-fléclii sous le ventre , la face portait l'empreinte du sommeil. Chez presque tous les pendus , la figure offre 1 air hébété de l'homme qui perd peu à peu connaissance, sous l'influence d'un engouement cérébral , et qui meurt sans douleur. Je sais bien que la plupart des auteurs ont donné à ce genre de mort une expression ! de physionomie douloureuse , et les ont peints avec des yeux sortant de leuM orbites, et des traits exprimant les plus violentes convulsions; mais c'est qu'ils ont observé des suppliciés sur le corps desquels on exerçait le plus souvent des tractions , ou auxquels on faisait éprouver des mouvemens brusques.
Le temps écoulé depuis le moment de la mort jusqu'à celui de l'examen du cadavre offre une période de trop longue durée , et comporte des phénomènes trop multipliés , pour que je puisse les comprendre dans cet article ; ils se rattachent surtout aux mots Asphyxie par submersion et Putréfaction : c'est à ce dernier surtout que j'exposerai tout ce que les médecins de nos jours ont fait pour la science à ce sujet. Mais je crois devoir rappeler quelques changemens qui s'effectuent rapidement , et qui apportent des modifications toutes particulières à l'aspect extérieur du corps. Ainsi pendant les fortes chaleurs de l'été, chez les sujets pourvus d'embonpoint et qui ont succombé à une maladie trèsaiguë, il se manifeste quelquefois un développement considérable de gaz qui distend outre mesure toutes les parties et rend en quelques heures le cadavre méconnaissable. Chez les noyés de deux ou trois mois, un autre ordre de phénomènes a lieu. La peau qui , au sortir de l'eau , était blafarde , se colore à la face, au-devant du sternum, aux jambes; des lignes bleuâtres, ou verdâtres, qui dessinent le trajet des veines superficielles , et d'autres , sans suivre une direction en rapport avec des vaisseaux , constituent des courbes ramifiées et produisent des marbrures multipliées. Il faut que le médecin-légiste sache iso-. 1er ce qui est le résultat de la putréfaction dans l'eau d'avec ce qui dépend do l'exposition à l'air.
L'aspect extérieur du corps peut encore recevoir des influences de la part du genre de mort. Le cadavre de l'individu qui succombe à une hemorrhagie offre une pâleur particulière qui dénote l'anémie. La peau de l'asphyxié est, au con-j traire, fort injectée, même après la mort; toutes ces circonstances sont applicables aux cadavres des adultes. Il n'en est pas de même à l'égard de celui diH fœtus qui meurt lorsqu'il est encore contenu dans l'utérus ; en général . et à part» les deux derniers mois de la grossesse , il ne diffère guère , lorsqu'il est expulsé-j après la mort , de ce qu'il était ])eudant la vie intra-utérine. Le sang donne à i peau , à toutes ses membaues, aux lames même qui constituent le tissu celliirl laire, une couhnir rouge très-intense, peut-être due à la transparence de tous les! tissus; les membranes fibreuses , le tissu même des os la partagent. <
Il existe, à dater du moment de 'la mort, une période de quarante-huit heures environ , durant laquelle s'observent des phénomènes qu'il est bon d'aprécier: lola chaleur s'éteint graduellement ; 2" le volume du corps diminue; 3" il en est de même de son poids ; 4" tous les liquides et les solides de l'économie tombent sous l'empire des lois physiques; de là résulte la stase deces fluides dans certaines parties , tandis cjue d'autres en sont dépourvues ; S» la flaccidité qui avait pris naissance avec la mort fait place à une raideur plus on moins prononcée ; 6" enfin survient une souplesse qui ne doit plus qu augmcnter sous l'empire de la putréfaction.
L'extinction de la chaleur dans le corps de l'homme dépend de ce que la res- ( piration et les fonctions delà vie, principales sources delà chaleur, ayanlf cessé , le corps se met eu équilibre avec tous ceux qui l'environnent ; le relroi- 1 dissement est plus ou moins prompt , suivant la température du milieu dan» lequel il se trouve ; mais à égalité de température de l'air , tous les cadavres neti se mettent pas aussi vite en équilibre , et le genre de mort parait jouer un Irè^^ grand rôle dans ce phénomène. Nysten a fait à ce sujet des recherches curieuse», i' dont je ferai connaître les résultats à l'article Mort. La diminution dans le t| volume du corps dépend de l'abaissement de température de ce dernier. On sait qu'en général tous les corps sont dilatés parle calorique, et que, par conséquent, I la soustraction de ce fluide amène toujours une diminution du volume. Le lacieS' cadavérique en est près jue le résultat : car , de la rétraction de la peau et des i parties molles sur les os , résultent ce fi'ont plissé el ridé , ces yeux caves , ce» ' paupières enfoncées , cenez effilé , ces pommettes saillantes , ces plis de la face. si prononcés , etc. . etc. C'est en partie au même phénomène qu'il faut attribuer ' | la saillie des muscles, qui, chez quelques sujets, dessine si bien des formes i athlétiques. Quant à la diminution du poids du corps, elle ne peut jamais être ' que très-faible, puisqu'elle dépend d'une évaporation qui a lieu, en raison des il températures et surtout de l'étendue de l'espace dans lequel il se trouve; tous '1 les cadavres ne doivent pas également diminuer de poids; le milieu dans lequel ils se trouvent placés , la déperdition plus ou moins prompte de la chaleur, l'élendue de la surface du corps , le temps pendant lequel il est expose à l'air, sont autant de circonstances qui modifient cette déperdition en poids.
Il est d'observation que toutes les fois que I on place un cadavreencore chau^
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soit sur le dos , soit sur le ventre , la peau de ces parties constituant le point le plus déclivedu corps, se colore en violet. Si onTincise dans toute son épaisseur, on aperçoit une ligne ronge à la surface externe du derme , qui lui-même est très-blanc ; cet état auquel on a donné le nom de lividité caclaférique , résulte de l'arrivée du sang dans les vaisseaux du corps muqueux de la peau sous l'influence de la pesanteur; car quelle que soit la position du corps, c'est toujours dans ses parties les plus déclives qu'on rencontre cette coloration. Il est peu Je cadavres dont la partie postérieure des poumons ne soit gorgée de sang; cet effet dépend encore de la même cause ; le tissu de cet organe , contenant un ^rand nombre de vaisseaux , étant lui-même d'une mollesse extrême , le sang abandonne facilement la partie antérieure des poumons pour se porter en arrière. Si, d'ailleurs, au moment de la mort, on place un cadavre sur le ventre, ie sang occupe une positioninverse. Cet état des poumons est tellement commun, ju'en général on y fait peu d'attention. Il faut cependant, pour expliquer la nort, tenir compte de la plus ou moins grande quantité de sang que renferme a partie postérieure de ces organes; elle est en raison directe de celle qu'ils contenaient au moment de la mort , et par conséquent, donne la mesure du sang i cette époque. C'est surtout chez les individus qui ont péri , ainsi qu'on le dit , ie mort subite , que l'on peut juger de la valeur de ces observations. Souvent n ne trouve aucune cause de mort appréciable , mais les poumons portent le achet d'un afflux de sang assez considérable , qui peut constituer cet état que 'on a désigné sous le nom d'apoplexie pulmonaire. Ce n'est pas ici le lieu de traiter de la rigidité cadavérique qui suit la flacciité des parties molles peu de temps après la mort; je me bornerai à rappeler ue ce phénomène , dont la durée est trcs-variable , est toujours intermédiaire deux états de souplesse des parties molles; l'un qui suit immédiatement la ort et qu'accompagne encore la chaleur animale ; l'autre qui suit la rigidité , ît dans lequel la température du corps est ramenée au degré d'abaissement de lielle de l'atmosphère; que c'est à lui qu'il faut attribuer cette raideur des articulations qui , chez quelques sujets , est portée à un degré extrême , et qui est généralement telle , que , pour fléchir un membre , il faut un effort assez consilérable.
Ouverture des cadavres. — L'ouverture du corps peutètre faite juridiquement bu non. Dans le premier cas , il est un grand nombre de circonstances aux- Ipelles le médecin doit avoir égard, et qui dépendent le plus souvent, et de 'espèce de cadavre auquel on a affaire, et du genre de mort de l'individu auquel 1 appartenait. Ces ouvertures exigent , de la part du médecin, l'observation l'une foule de précautions qu'il serait difficile de généraliser, et dont il doit ïtre longuement traité à l'article Ouverture juridique des coups ; je me bornerai donc ici à rappeler la marche que l'on adopte généralement lors des ouî ^ertures ordinaires.
i I Après avoir noté l'état extérieur du cadavre , on fait au cuir chevelu une inl.cision cruciale dans toute l'étendue du crâne ; on en dissèque les lambeaux que 'on renverse, de manière à mettre à nu les os. On pratique ensuite une section îirculaire qui , passant en avant à quelques lignes au-dessus des sourcils, conourne la tête de manière à venir rencontrer la protubérance occipitale. Une l|ciedoit toujours servir à opérer cette section, un marteau pouvant modifier, ibar les secousses qu'il imprime, les altérations existantes au cerveau , un ramol- I issement par exemple; d'ailleurs les éclats que ces fractures déterminent, les poups donnés avec trop de violence, intéressent très-fréquemment la substance j;érébrale. La calotte osseuse est enlevée avec précaution, la dure-mère est mise nu et incisée sur les côtés de sa grande faux, de manière à permettre l'examen le la face supérieure du cerveau; puis elle doit être coupée à son insertion à 'apophyse cristagalli et renversée en arrière. Alors le cerveau peut être exaniné sur place ou bien enlevé avec le cervelet. Dans ce dernier cas , c'est de sa )artie antérieure à sa partie postérieure que le renversement doit avoir lieu , în ayant soin de couper tous les nerfs à leur origine. Enfin , on enfonce un bisouri dans la partie supérieure du canal rachidien , pour pratiquer la section de a moelle, et l'on enlève toute la masse cérébrale; celle-ci doit être examinée ouche par couche , et l'on doit avoir eu le soin de tenir compte et du sang , et le la sérosité qui se sont écoulés lors de son ablation.
Le cerveau examiné , on constate l'état de la face ; on fend en deux la lèvre Qférieure que l'on détache , de manière à mettre tout l'os maxillaire à nu ; on e scie à sa partie moyenne ; on prolonge la section de la lèvre jusqu'à la partie nférieure et antérieure du col , et l'on dissèque à droite et à gauche pour mettre 1 nu le larynx, la trachée-artère, l'œsophage et les principaux vaisseaux; on iratique à la partie antérieure et inférieure du col une autre section transverale à la première , dont les extrémités correspondent à la partie moyenne de a longueur de chaque clavicule : de ces -extrémités , on fait partir deux autres [ections , qui passent sur le tiers antérieur des cotes et s'arrêtent sur les côtés le l'abdomen ; on peut même les prolonger jusqu'au pubis ; mais il faut alors [ue la peau seule soit intéressée. On coupe , à l'aide d'un trait de scie , les claicules et les côtes , et l'on renverse de haut en bas le sternum , en ayant Soin , jin le détachant du tissu cellulaire, de ne pas ouvrir les veines sous-clavières ; * (le cette manière , le cœur et les poumons sont mis à nu , et l'on procède à leur ;xamen avant d'avoir intéressé le diaphragme ; le cœur et les principaux vaiseaux doivent d'abord fixer l'attention du médecin. C'est lorsque tous les or- ;anes contenus dans la poitrine auront été explorés , qu'on devra couper le dia- )hragme à son insertion à la paroi antérieure de la poitrine , et renverser en )as tout le lambeau formé par la paroi antérieure ; de cette manière, tous les irganes contenus dans cette cavité seront mis à découvert, si l'on en excepte outefois ceux qui occupent les régions profondes ; mais il est toujours facile de es atteindre en déplaçant les organes qui les recouvrent. L'autopsie cadavérique,
DiCT. DE MÉDECIWE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
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faite dans le but de rechercher des altérations morbides , ne doit pas se borner à l'examen des trois cavités. Le canal rachidien et les muscles des membres seront explorés avec soin; à cet effet, on devra pratiquer des sections profondes dans les gouttières vertébrales , mettre à nu les lames des vertèbres eu enlevant tous les muscles. On enlèvera les lames vertébrales, soit à l'aide d'une scie , soit avec une gouge et un maillet ou un rachitôme. Ce mode de pratiquer l'ouverture du canal vertébral a l'inconvénient de ne mettre à nu qu'une très petite surface de la moelle, mais il offre l'avantage de n'intéresser que très-rarement la substance propre de la moelle. On peut d'ailleurs, lorsqu'on veut explorer cet organe plus profondément sans le déplacer, enlever les côtes et faire sauter les masses apophysaires dans le point correspondant aux altérations que Ton a pu reconnaître , à l'ouverture du canal rachidien.
On termine ordinairement l'ouverture d'un cadavre par des incisions que l'on pratique dans l'épaisseur des membres , afin de s'assurer qu'il n'y existe pas de foyer purulent dont on n'aurait pas pu soupçonner l'existence pendant la vie.
Levée des cadavres. — L'art. 81 du Code civil est ainsi conçu : « Lorsqu'il y « aura des signes ou indices de mort violente , ou d'autres circonstances qui » donneront lieu de le soupçonner, on ne pourra faire l'inhumation qu'après n qu'un officier de police, assisté d'un docteur en médecine ou en chirurgie, » aura dressé procès-verbal de l'état du cadavre et des circonstances y rela- 1 tives , ainsi que des renseignemens qu'il aura pu recueillir sur les prénoms, » nom , âge , profession , lieu de naissance et domicile de la personne décedée. »
Les art. 43 et 44 du Code d'instruction criminelle contiennent les dispositions suivantes :
Art. 43. « Le procureur du roi se fera accompagner au besoin d'une ou deux 5) personnes , présumées , par leur art et leur profession , capables d'apprécier » la nature et les circonstances du crime ou délit. »
Art. 44. a S'il s'agit d'une mort violente ou d'une mort dont la cause soit iu- » connue ou suspecte , le procureur du roi se fera assister d'un ou de deux ofli- »> ciers de santé qui feront leur rapport sur la cause de la mort et sur l'état du » cadavre.
» Les personnes appelées dans les cas du présent article et de l'article pré- » cèdent , prêteront , devant le procureur du roi , le serment de faire leur rap- » port et de donner leur avis en leur honneur et conscience. »
L'ordonnance de M. le préfet de police concernant la levée des cadavres contient l'art, suivant : § 9, sect. 2, pag. 5. « L'homme de l'art constatera avec » la plus grande exactitude l'état actuel du cadavre. Dans le cas où il remar- » querait que la mort peut être le résultat de violences exercées sur l'individu , i> il requerra , sous sa responsabilité , un second examen par les médecins e.x- » perts assermentés près la cour royale du département. »
Dans son instruction à MM. les officiers de police judiciaire , M. le procureur du roi s'exprime ainsi, chap. Homicide , pag. 56 , § 5 , à l'occasion des vérifications médico-légales : u Ils doivent avant tout ( les hommes de l'art) s'expliquer » sur l'état extérieur du cadavre; en général, et sauf les cas d'urgence j ils ne » doivent pas, dans le premier moment, être autorisés à en faire l'ouverture; » cette opération importante peut et doit toujours être retardée jusqu'au mo- » ment où le procès-verbal m'est remis, et où je puis, soit la prescrire , soit » permettre l'inhumation, selon les circonstances. <i
Après avoir fait connaître les lois et ordonnances qui concernent la levée des cadavres, je vais indiquer la marche que l'on adopte aujourd'hui pour y procéder. A Paris , on ne peut faire aucune inhumation avant qu'un médecin spécialement désigné par le maire de l'arrondissement n'ait constaté le décès. Le médecin qui a donné des soins à l'individu décédé ne peut pas procéder à l'ouverture du corps sans en avoir fait prévenir le médecin de la mairie. La visite de ce dernier et sa présence à l'autopsie ont pour but de rechercher si la mort ne pourrait pas être l'effet de l'homicide. Je ne pense pas que la même marche soit adoptée dans les départcmens , attendu qu'elle n'est guère praticable ; aussi en résulte t-il des inconvéniens que je signalerai à l'article Inhumation.
Lorsqu'un cadavre est trouvé sur la voie publique, le commissaire de police du quartier fait appeler un médecin 'a l'effet de constater la mort et le genre de mort; le médecin demande l'ouverture du corps s'il le juge convenable. C'est alors que le commissaire de police désigne un second médecin pour y procéder conjointement avec le premier. Cette opération se pratique dans le logement de l'individu , s'il a été reconnu, ou bien à la Morgue, dans le cas contraire. Telle est la marche généralement suivie; mais elle n'est pas en accord parfait avec les ordonnances que je viens de citer. Les commissaires de police ne devraient faire procéder immédiatement à l'ouverture du corps , que dans les cas d'urgence , et attendre les ordres du procureur du roi pour tous les autres. Or l'urgence dont il est ici question , c'est l'état plus ou moins avancé du cadavre et tel que l'on ait à craindre les changemens que la putréfaction peut apporter dans la disposition des parties , l'aspect des blessures, etc. Cette marche , qui est adoptée par tous les hommes qui connaissent bien la nature de leurs devoirs, offre de très-grands avantages. Il est certain que tout médecin n'est pas apte à faire de la médecine légale , et surtout à la bien faire. C'est une chose toute de pratique , qui exige de l'expérience et de l'habitude. L'ouverture du cadavre, et, par conséquent, la description du corps du délit est toujours la partie la plus importante de la lâche du médecin. Un rapport peut être mal rédigé, ses conclusions peuvent être erronées. Il deviendra néanmoins la pièce la plus importante du procès , s'il contient la narration fidèle et bien détaillée de toutes les circonstances propres à éclairer sur la cause de la mort ; car des médecins-légistes en tireront d'autres conséquences, en rapprocheront les faits et les grouperont de manière à les présenter sous un jour plus favorable à la
CADAVRE
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recherche de la vérité. Le rapport pèche-t-il par défaut d'observation et d'exactitude? il ne prouve plus, ni pour , ni contre ; le corps du délit est perdu à cause des opérations qu'a entraînées son examen, et l'acte d'accusation n'a plus de base solide.
Si un cadavre est trouvé dans une maison particulière , le commiss.iire de police s'y transporte et appelle bientôt un médecin, pour constater le genre de mort; en sorte que la même marche est adoptée dans tous les cas.
Lorsqu'un cadavre constitue le corps de délit d'un grand crime , comme d'un empoisonnement, d'un assassinat, le procureur du roi, l'un de ses substituts , ou un juge d'instruction se rendent sur les lieux , accompagnés des médecins chargés d'examiner le corps ; ils assistent à son ouverture , ou au moins reconnaissent les localités , les circonstances qui environnent le corps du délit , et après avoir fait prêter serment aux médecins , attendent le résultat de leurs recherches.
1» Le médecin doit donc avoir égard à l'état extérieur des corps et aux circonstances qui les environnent , toutes les fois qu'il est requis pour des levées de cadavres. Il ne sera peut-être pas inutile d'appeler son attention sur les principaux cas pour lesquels il sera consulté. Dans les villes, le genre de mort le plus commun, et je ne parle ici que de suicides, c'est la submersion. Toutes les fois qu'un cadavre est retiré de l'eau , on le dépose sur la rive , et là le médecin constate son décès. Il doit , dans son procès-verbal , désigner approximativement le temps pendant lequel l'individu a séjourné dans l'eau; pour arriver à ce résultat , il ne peut juger de la putréfaction que par les parties qui sont à découvert, car on ne défait jamais les vêteraens qu'après le transport du cadavre à la Morgue. La face, les mains et le devant du sternum seront donc les parties qu'il observera avec attention. Il y trouvera, dans le plus grand nombre des cas , des caractères assez tranchés pour préciser l'époque delà mort. ( f^oj-ez page 381:, les recherches que j'ai faites à l'occasion de l'asphyxie par submersion. ) L'étude de ces caractères est importante; tous les jours on commet sous ce rapport les erreurs les plus grossières. J'ai vu des certificats de médecins donnant au sujet retiré de l'eau' huit a dix jours de séjour dans ce liquide, quand le cadavre y était resté deux à trois , et vice versd. Toutes les fois qu'il trouvera des blessures qui ne pourraient pas être expliquées par la chute dans la rivière, il devra les noter avec soin dans son procès-verbal.
2" Les asphyxies par le charbon sont très-communes. Ici le médecin doit désigner avec soin la chambre dans laquelle se trouve le cadavre, sa grandeur , la disposition des fenêtres, des meubles et du reste du foyer qui y a existé, l'attitude du cadavre , la couleur de sa peau. Les individus asphyxiés parle charbon présentent en effet une coloration rosée toute particulière, qui se distingue des lividités cadavériques, et par son aspect, et par sa situation sur des points non déclives du corps ; elle y est généralement répandue ; mais elle cesse brusquement sur certaines portions de la peau , qui offrent alors une couleur naturelle. Il devra indiquer quels sont les signes de la mort qu'il a observés, et en déduire le temps depuis lequel l'individu est mort. Qu'il n'oublie pas surtout que, dans ces sortes de cas , la chaleur se conserve pendant un temps plus long que dans toute autre espèce de mort, et que sa rigidité se développe beaucoup plus tard; enfin que ces phénomènes surviennent et disparaissent beaucoup plus rapidement en hiver qu'en été.
3» Un genre de mort qui exige beaucoup de sagacité de la part du médecin est la suspension. Elle peut s'effectuer de mille manières différentes , et il est souvent très-difficile de déterminer si elle est l'effet de l'homicide ; la situation du corps qui porte à penser que la suspension est le résultat de l'homicide, quand il n'y a que suicide , et vice versd , peut souvent en imposer ; le médecin devra avoir toujours présent à la pensée que l'homme peut se pendre dans les situations les plus incommodes; ainsi un point d'appui placé à deux pieds et demi ou trois pieds de terre peut lui suffire. Il y a plus, la suspension peut avoir lieu dans le lit, lorsque l'individu se laisse ensuite glisser sur les matelas. C'est ainsi que, dans les hôpitaux , des malades se sont pendus en passant leur tête à travers la corde qui leur sert à se placer sur le séant. J'ai vu plusieurs individus se pendre dans les violons des corps-de-gardes de Paris { espèces de cabanes de cinq ou six pieds carrés, dans lesquelles on peut à peine se tenir debout). Mais à côté de ces cas , je dois mettre en regard les faits d'homicide, où les assassins ont placé le corps dans toutes les conditions les plus favorables à faire naître de très-grandes probabilités de suicide; et, il faut le dire , les indications que l'on retire de la position du cadavre peuvent très-fréquemmentinduire en erreur. Tous les jours les recueils périodiques relatent des faits dans lesquels les médecins les plus instruits sont restés dans le doute; le dernier numéro des Annales d'hygiène et de médecine légale (janvier 1830) en contientdes exemples remarquables. Les cas de strangulation présentent peut-être encore plus de difficultés que ceux de suspension. Malheureusement, dans presque tous, à peine pouvons-nous affirmer que l'individu était vivant au moment de la suspension et de la strangulation , et sommes-nous réduits souvent h ne présenter que des conjectures , eu égard à l'homicide ou au suicide.
4» Une levée de corps assez fréquente dans Paris est celle dont les nombreuses variétés sont renfermées dans la dénominations de morts subites. Les médecins les attribuent le plus souventà l'apoplexie ; mais combien de causes différentes peuvent produire la mort! Le froid intense, pendant les hivers rigoureux , fait succomber presque tous les individus que l'ivresse a déterminés à se coucher sur le pavé; quelques-uns, avancés en nge. succombent par le froid, et par la misère; il en est enfinqui meurentde congestion cérébrale, ou d'apoplexie foudroyante. Cependant le nombre en est beaucoup moins considérable qu'on ne le pense. Un graqd nombre de ces individus sont apportés à la Morgue, et cependant,
dans l'espace de huit mois, je n'ai pas eu occasion d'en observer un seul exemple. Il faut avouer que, dans tous ces cas, le médecin est souvent fort embarrassé pour déterminer la cause de mort, attendu qu'aucune apparence extérieure ne peut la lui faire soupçonner; aussi ne doit-il établir que des présomptions, et même ne pas spécifier la mort , plutôt que de fournir aux personnes qui font des statistiques , des matériaux tout à fait inexacts.
5° J'arrive à ces cas plus difficiles, où I homme de l'art doit apporter la plus grande attention: je veux parler de ceux où il existe à la surface du corps des traces de blessures. Ici l'on a à constater 1° la mort; 2° l'existence de blessures- 3» leur espèce ; 4" si elles sont le résultat de l'homicide ou du suicide. Et d'abord , lorsqu'on ignore la cause de la mort, on est porté à rechercher s'il existe quelques traces de violences qui puissent l'expliquer ; mais il arrive souvent que les plus graves sont cachées, et même les blessures qui , parles désordres qu'elles entraînent , devraient être les plus apparentes , peuvent devenir invisibles au premier abord, à cause de leur situation dans les cavités. J'ai vu un jeune homme qui , pour se brûler la cervelle, avait introduit le canon d'un pistolet dans sa bouche; la balle était restée dans le crâne; le pistolet avait été repoussé par la commotion produitepar l'explosion de la poudre , et les arcades dentaires s'étaient rapprochées au moment de la mort; aucune trace de combustion de la poudre ne se faisait remarquer ; les dents étaient parfaitement blanches, les lèvres intactes; la physionomie du cadavre exprimait une mort calme et sans souffrance, et ce n'était qu'en écartant avec force les arcades dentaires, que l'on apercevait les désordres de la blessure la plus grave. Le reste du corps ne présentait pas la moindre trace de lésion. Un médecin appelé à constater le décès et à spécifier le genre de mort , pour la levée d'un cadavre semblable trouvé sur une route, n'aurait peut-être pas ouvert la bouche poury rechercher les blessures que j'ai signalées, et la cause du suicide lui aurait échappé. Ce fait, auquel j'en pourrais joindre beaucoup d'autres, fait assez sentir la nécessité d'examiner toutes les ouvertures naturelles et toute la surface du corps avec le plus grand soin. Le médecin qui procède à des recherches médico-légales relatives à lalevéedescadavresdoittoujoursavoir présent à l'esprit que, dans leplus grand nombre des cas, de nouvelles recherches seront faites par d'autres médecins, et que les magistrats peuvent concevoir une très-mauvaise idée de son instruction, s'il n'a pas tiré tout le parti convenable de l'état extérieur du corps. Les observations que je fais à l'égard des ouvertures naturelles peuvent s'étendre à toutes les parties du corps. En effet, dans toute levée de cadavre, le médecin doit commencer son rapport par le signalement de l'individu. Dans les cas où le su. jet est inconnu , il doit s'attacher à décrire toutes les particularités qu'il a observées à la surface du corps , afin d'éclairer les questions d'identité : difformités naturelles ou accidentelles, signes de naissance, cicatrices de blessures ou d'abcès scrofuleux, conformations 'paraissant dépendre de l'état de l'individu, comme l'enfoncement du sternum chez les cordonniers, les durillons et les piqûres del'épidermechezles femmes qui seserventd'aiguilles ; le blanchissement et la mollesse de l'épiderme des mains chez les blanchisseuses ; son épaississement chez les ouvriers qui se servent fréquemment d'outils en fer, etc. , etc.
Après avoir recherché avec soin si le cadavre présente des traces de blessures, le médecin devra s'attacher à décrire chacune d'elles en particulier. On a exposé au mot Blessure toutes les considérations dont elles peuvent être l'objet; mais il est deux écueils à éviter lorsqu'on les observe sur un cadavre : 1» ne pas prendre pour des blessures ce qui est l'effet de la mort ; 2° ne pas prendre pour des blessures faites pendant la vie des lésions faites après la mort. Lorsqu'on examine un cadavre plusieurs heures après la mort , on observe presque constamment des taches violacées dans les parties les plus déclives du corps. Ces taches, dont l'étendue est très-variable, ne sont autre chose que des lividités cadavériques ; elles se distinguent des contusions avec lesquelles on pourrait les confondre, en ce quelles ne consistent que dans l'injection des vaisseaux du réseau capillaire de la peau par le sang abandonné à son propre poids. Une incision faite à la peau démontre assez leur nature ; on voit le derme blanc , recouvert d'une trace linéaire , d'un rouge noirâtre, surmontée par l'épiderme. D'ailleurs, ces taches ont presque toujours une étendue considérable. Les vergetlures ne sont que des lividités séparées par des lignes blanches dont la direction est variable, lignes qui résultent des plissemens de la peau , dont la compression accidentelle n'a pas permis l'abord du sang. Il est une auti e espèce d'altération que l'on pourrait prendre pour des ecchymoses , et qui n'est que l'effet delà putréfaction: dans l'été , où la décomposition putride marche avec une rapidité extrême , il arrive une époque non éloignée de la mort où des gaz se développent en grande quantité dans les cavités et dans le tissu sous-cutané. Le sang, rendu plus fluide , est soumis à une pression considérable qui s'exerce de l'intérieur à l'extérieur du corps ; il traiissude à travers le derme , et vient former à sa surface des épanchemens au-dessous de l'épiderme. Il en résulte des tumeurs plus ou moins étendues, d'une teinte violacée , et qui simule assez bien l'ecchymose. La pointe d'un scalpel , plongée dans cet épanchement , en fait sortir un sang brunâtre , très-liquide , d'une odeur Jetidect insupportable ; l'épiderme s'affaisse, et si on le détache on aperçoit la surface du derme avec une légère teinte brune. La même cause fait sortir des ouvertures naturelles , et principalement du nez et de la bouche, une sanie sanguinolente qu'il ne faut pas prendre pour du sang écoulé pendant la vie. En général, lorsque du sang s'est répandu à la peau par l'effet d'une bessure, il se coagule et forme des couches qui se dessèchent, et que l'on peut ensuite détacher par petites écailles.
S'il est facile d'établir des différences entre les phénomènes cadavériques et les blessures, il n'en est pas toujours de même à l'égard des blessures faites pendant la vie, comparées à celles qui pourraient avoir eu lieu après la mort ; et, sous la dénomination de blessures , je comprends ici les plaies et ce que l'on
CADAVRE
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■signe sous les noms de contusions, de meurtrissures. Peu de médecins-légistes it abordé cette difficulté. M. Rieux, dans une thèse soutenue à la faculté de édecine de Paiis , sur l'ecchymose , la sugillation , la contusion et la meurissure, fait connaître les résultats obtenus par Chaussier dans des expériences tiles sur le cadavre. Voici les inductions que ce savant médecin en a tirées : Si les blessures sont faites trente heures après la mort, lorsque les membres nt devenus raides, lorsque le corps est refroidi et que le sang est exprimé |;s tissus parenchymateux ou coagulé dans ses vaisseaux , on reconnaîtra faciiinent que ces violences sont consécutives à la mort , parce que les lèvres de I division sont pâles , sans gonflement , sans rétraction ; qu'il n'y a point d'iutration de sang dans les aréoles de la partie déchirée ou du tissu lamineux ivironnant. La solution serait plus difficile , si les percussions avaient eu lieu m de temps après la mort, lorsque le corps est encore chaud, le sang fluide , que les muscles conservent encore une grande partie de leur coniractilitc. jpendant, même dansée cas, il n'y aura ni tuméfaction ni infiltration dans les - ;sus aréolaires ; le sang qui aura suinté par les orifices des vaisseaux dilacérés stera fluide, ou ne formera qu'un caillot sans adhésion aux surfaces divisées, nfin, les recherches des circonstances antécédentes et concomitantes conduimt à la véritable connaissance de l'objet. »
On voit qu'ici Chaussier suppose deux cas : 1° celui où les lésions sont faites ng-temps après la mort; 2» celui où elles ont lieu peu de temps après la mort, ans le premier cas, les moyens qu'il donne pour reconnaître les blessures ront presque toujoin-s suffisans, mais il n'en est pas de même à l'égard du se- )nd. L'absence de la tuméfaction ne peut pas toujours être plus concluante , nsi que vont le démontrer les recherches plus récentes que je vais citer, uant à celui tiré de la fluidité du sang, on va voir quelle valeur on peut lui x'order.
M. Christison , d'Édimbourg, ayant été appelé à faire l'ouverture de la femme jmpbell , assassinée.pour être vendue dans un amphithéâtre de dissection, jserva des lésions du côté de la colonne vertébrale , qui ne lui parurent pas re l'effet des violences exercées pendant la vie. Elles consistaient en des délirures des ligamens qui unissent postérieurement et latéralement les trois
emières vertèbres du col , et en plusieurs épanchemens de sang , l'un dans la ivité delà colonne vertébrale , les autres dans l'épaisseur des muscles profonds j dos et des lombes. Il crut devoir rechercher si l'on ne pourrait pas les reroduire cur le cadavre. Il frappa les membres en diverses parties du tronc avec 1 bâton, et fut conduit à admettre « que les coups violens , portés plusieurs jures après la mort, produisent sur le cadavre des traces qui , sous le rapport e la couleur, ne diffèrent pas du tout de celles qui résultent de coups reçus de temps avant la mort; qu'en général les changemens de couleur , de même lie la lividité cadavérique, sont produits par l'effusion d'une couche excessiiment mince de la partie fluide du sang à la surface de la peau sous l'épiderme, lais quelquefois aussi par l'épanchement du sang , en une couche sensiblement laisse dans le tissu même de la peau ; qu'enfin , du sang peut être épanché dans ' tissu cellulaire sous-cutané au point de rendre rouges , ou même noiies, les uisons membraneuses qui séparent les cellules adipeuses ; mais cette dernière tération n'occupe jamais un grand espace.
■• Qu'il n'est pas douteux que les altérations que nous venons d'indiquer (cel- 3 observées sur le cadavre de la femme Campbell) n'imitent exactement de gères contusions reçues pendant la vie ; mais dans ces cas le coup doit avoir é peu violent , car s'il avait été assez fort , il aurait dù produire les effets suiins , dont aucun ne peut résulter de coups portés après la mort : » |o II peuty avoir du gonflement à cause de l'étendue de l'épanchement sanliuolent. Ce résultat ne peut jamais avoir lieu à la suite de violences exercées ipiès la mort.
» 2° Lorsque le coup a été porté plusieurs jours avant la mort , la marque loire qui en résulte est entourée d'une bande jaunâtre plus ou moins large.
» 3° A la suite des coups portés pendant la vie, il peut y avoir des caillots .e sang Aans le tissu cellulaire sous-jacent, avec ou sans gonflement. M. Chrisson n'en a jamais trouvé dans les cas de violences après la mort ; mais ne pourlil il pas s'en former si le coup était porté peu de temps après la mort, et
un vaisseau assez considérable avait été ouvert?
» 4» Dans les cas où le sang est resté fluide après la mort, il est toujours facile c reconnaître les contusions produites pendant la vie à leur profondeur et à la istension des cellules du tissu cellulaire par le sang, effets qu'il est presque «possible de déterminer chez le cadavre, dans une partie éloignée du voisiage d'une grosse veine.
» 5" Un des signes les plus caractéristiques des coups reçus pendant la vie , 'est peut-être l'incorporation du sang avec le tissu de la peau dans toute son masseur , incorporation qui lui donne la couleur noire qu'on observe , et augicnte sa densité et sa résistance.
B Quant à ce qui a rapport aux hémorrhagies intérieures, elles peuvent avoir eu sur le cadavre toutes les fois qu'un vaisseau un peu considérable a été ouert , et qu'il communique avec une cavité. Quoique , dans les épanchemens ui se forment pendant la vie, le sang soit le plus ordinairement coagulé , il 'en est pas toujours ainsi. »
J'ai fait au mois de mai 1829 quelques expériences qui peuvent concourir à clairer le sujet dont il est ici question. Je cherchais à déterminer s'il était posible de produire la rupture des membranes interne et moyenne des artères arotidej après la mort. A cet effet, M. Lenoir, alors interne àla Salpétrière, vait suspendu le cadavre d'une folle qui avait succombé depuis très-peu de emps ; la corde placée autour du col ne fut pas assez forte pour soutenii- le poids lu corps , et le cadavre tomba la face contre terre. On vit avec surprise s'écou-
ler du nez une quantité très-notable de sang, et la rapidité avec laquelle il s'écoula fut telle qu'ayant relevé la partie supérieure du tronc pour porter le cadavre dans un autre point de l'amphithéâtre, le sang forma sur le carreau une trace à gouttelettes Irès-rapprochées. On a évalué à un quart de verre la quantité de sang écoulé II se forma en même temps une ecchymose d'un pouce de diamètre environ , sur la pommette gauche, et une petite plaie sur le dos du nez qui saigna peu. Nous ouvrîmes le lendemain cette ecchymose , et nous la trouvâmes presque en tout semblable à celle qui aurait eu lieu pendant la vie ; elle contenait une quantité très-notable de sang infiltré dans le tissu cellulaire qui se trouve entre l'os et la peau de cette partie. La peau était colorée en violet comme dans les ecchymoses un peu fortes ; mais nous devons ajouter que la contusion ne formait pas une tumeur rénittente , mais qu'elle présentait au contraire une mollesse contre nature ; que le sang était en partie coagulé et en partie liquide.
Ces lésions nous engagèrent à faire appliquer sur des cadavres des coups de bâton , quelques heures après la mort ; les coups portés sur la longueur des os recouverts de la peau seulement, ne firent jamais naître d'ecchymoses; la peau de la partie frappée a toujours été transformée par son exposition à l'air en une membrane analogue à du parchemin. Les ecchymoses se forment rarement sur les parlies très-graisseuses et qui n'ont pas de point d'appui solide , et c'est sur les parties modérément pourvues de graisse et ayant un os pour point d'appui que l'on peut plus facilement les produire, (^oj-ez , pour le détail de ces expériences et de celles de M. Christison, \es Annales d'hj-giène et de médecine légale , pour les mois de juillet et d'octobre J829.)
En résumé, une plaie faite du vivant de l'individu, et peu de temps avant sa mort , est presque toujours accompagnée d'un écartement plus ou moins considérable de ses lèvres ; cet écartement est plus marque sur la peau des membres et du crâne que sur celle <lu tronc. Les lèvres de la plaie sont saignantes , et très-fréquemment le derme est injecté; du sang est répandu dans tout le trajet de la plaie. Si elle est très-petite , souvent ses lèvres sont agglutinées par du sang coagulé. A-t-elle eu lieu douze ou quinze heures avant la mort, alors elle est le siège d'une tuméfaction et d'une rougeur plus ou moins marquées. Elle peut même présenter d'autres caractères, si elle remonte à une époque plus reculée. ( l^'oyez Plaie. )
La plaie faite après la mort peut offrir un écartement de ses lèvres comme celle qui a eu lieu du vivant de l'individu; mais ses lèvres ne sont presque jamais saignantes; cependant si, pour donner le change, des assassins introduisaient un instrument tranchant dans une partie quelconque du corps immédiatement après avoir étranglé , par exemple, un individu, je ne mets pas en doute que les lèvres de la plaie ne puissent être saignantes , puisque la circulation ne serait pas encore suspendue dans le système capillaire , et que la fluidité du sang serait conservée. Comment donc distinguer ces deux cas? J'avouerai qu'ils peuvent offrir beaucoup de difficultés , et que fort heureusement il est rare que des circonstances particulières placent les meurtriers dans la nécessité de simuler des plaies faites pendant la vie.
Quant aux ecchymoses, j'établirai 1° qu'il est presque impossible de confondre une lésion de ce genre , ayant deux ou trois jours de date , avec une pareille blessure faite immédiatement après la mort ; la coloration jaunâtre ou verdâtre qui se manifeste autour de l'ecchymose faite pendant la vie , ou qui même envahit toute sa surface , établira toujours entre ces deux cas une différence bien tranchée; 2" que l'ecchymose faite après la mort peut souvent offrir des difficultés. Aussi vais-je poser plusieurs cas possibles et chercher à les résoudre. A. Un des points de la peau, appuyé sur beaucoup de graisse'ou sur des parties molles nombreuses, éloigné par conséquent des os, est le siège d'une tache uniformément violacée. Cette partie , incisée , présente une infiltration sanguine dans l'épaisseur du derme et dans le tissu cellulaire sous-jacent, mais à une faible profondeur. Il y a de fortes raisons de penser que cette ecchymose sans épanchement a été faite pendant la vie. B. Une ?M/weu?' violacée s'observe sur un point quelconque du corps. Cette tumeur est rénittente , ou h'ienjluctuante , mais élastique ; incisé , le derme est dans toute son épaisseur infiltré de sang , les aréoles du tissu cellulaire sont remplies de ce liquide couime le serait une éponge , ou bien le sang est rassemblé en un foyer; mais dans les deux cas il est dense j épais, coagulé, ne s'écoule que très-difficilement par la pression. Ces ecchymoses ont probablement été faites pendant la vie. C. On observe sur un point du corps où les parties molles sont peu épaisses et ont pour soutiens des os , comme à la pommette , par exemple , une couleur violacée de la peau avec une saillie très-légèi-e de la partie colorée; explorée avec l'extrémité du doigt , elle offre delà mollesse ou même de la fluctuation, mais sans rénittence dans aucun de ses points, et bien loin de là, de la flaccidité; incisée, on aperçoit le derme qui conserve son épaisseur naturelle, et qui ne présente pas d'injection ; le sang est, ou infiltré dans le tissu cellulaire , ou rassemblé en un foyer, mais il s'écoule liquide immédiatement après la section. Il y a alors de fortes raisons de croire que l'ecchymose a été faite après la mort. D. On ouvre la cavité de la poitrine, on y rencontre une quantité de sang assez considérable. Cependant aucun tronc vasculaire n'a été intéressé; mais une plaie faite à la poitrine passe entre deux côtes , le trajet de cette plaie est sanguinolent dans toute son étendue , un peu de sang s'est même écoulé au-dessous ; on ne trouve pas d'autre lésion capable d'expliquer la mort; on dissèque Yartère intercostale correspondante à la plaie , on la trouve ouverte. Tout porte à penser que l'épanchement a eu lieu pendant la vie. E. Le cadavre d'un individu présente une plaie aux parois de la poitrine; du sang, en partie fluide, en partie coagulé , est épanché dans cette cavité ; une plaie existe à la crosse de l'aorte ou à un gros tronc vasculaire veineux ; le sang est en partie liquide , en partie coa-
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gulc ; mais sa quanlilé n'est pas en rapport avec la blessure d'une partie aussi importante du système vasculairc. La plaie extérieure présente des lèvres qui ne sont pas saignantes , le derme n'est pas injecté , le trajet de la plaie est analogue à celui que l'on remarque dans les blessures profondes faites sur un cadavre, c'est-à-dire que chaque tissu j est net et parfaitement distinct. La couleur de la peau n'est pas celle d'un individu mort d'hémorrhagie. Les poumons, loin d'être blafards, décolorés, ne contenant que peu de sang, sont au contraire gorge's par ce fluide, et leur section laisse écouler un sang épais des orifices des veines qui forment tissu. Ce contraste fait assez sentir qu'il faut chercher ailleurs la cause de la mort.
Tels sont les principaux cas que j'ai cru devoir tracer , non pas tant pour embrasser un certain nombre des faits qui pourront se présenter dans la pratique de la médecine légale, que pour faire voir la manière dont on doit procéder, et les circonstances auxquelles il est nécessaire d'avoir égard.
Il est un genre de levée de cadavres qui exige un ordre particulier de recherches , appropriées "a la nature du sujet et aux crimes dont il peut être l'objet: je veux parler de celle qui est relative aux enfans nouveau-nés j l'infanticide et l'avortement nécessitent l'attention la plus scrupuleuse dans l'examen extérieur du corps. Le médecin doit d'abord rassembler toutes les circonstances qui se rapportent a l'âge, tenir compte de la longueur du fœtus , des diamètres de la tête, de la texture de la peau et de l'enduit sébacé qui la recouvre , delà formation des ongles, de la situation du cordon , de sa longueur, de l'état de ses membranes , et surtout de l'ombilic ; examiner avec soin son extrémité libre , et rechercher si la section a été faite ou non par un instrument tranchant; s'il porte quelque ligature ; si la couleur de la peau ne pourrait pas porter à penser que l'enfant est mort d'hémorrhagie; si l'on n'aperçoit pas sur quelque point du corps des traces de blessure , comme piqûre , plaie , contusion ; en un mot, il faut que le médecin soit bien pénétré de cette pensée , que l'état de la peau et celui du cordon chez les nouveau-nés peuvent être facilement modifiés par le contact de l'air, même en hiver; qu'il est toujours plus diflicile de se prononcer à l'égard d'un cordon desséché par son exposition à l'air; et enfin que le procès-verbal de la levée du corps d'un enfant nouveau-né est une des pièces les plus probantes de l'innocence ou de la culpabilité d'un accusé. Au surplus , nous reviendrons sur cet examen et sur les conséquences que l'on en peut déduire lorsque nous traiterons du mot Infanticide.
( Alph. Devebgie. )
CADMIUM. Les mines de zinc que l'on désigne sous les noms de blende ( sulfure de zinc ) , et de calamine ( oxide de zinc ) , contiennent une autre substance métallique que M. Stromeyer y a découverte en 1817 , et qui a été désignée sous le nom de cadmium. Cette substance a de l'analogie avec l'étain et le zinc par sa couleur , sa ductilité et son éclat. Comme l'étain , elle fait entendre un cri quand on la plie sur elle-même ; comme lui , elle s'oxide au contact de l'air et à une température élevée ; se combine avec le phosphore , le soufre , l'iode; est attaquée parles acides hydrochiorique , sulfurique et nitrique; et enfin s'allie très-bien avec les métaux. Mais elle en diffère en ce qu'elle jouit de plus de ténacité, qu'elle a un poids spécifique plus considérable; que son oxide est jaune , brunâtre , brun ou même noir , et qu'elle se dissout très-facilement à froid dans l'acide nitrique.
Le cadmium ne donne qu'un seul oxide qui se combine très-facilement avec les acides pour former des sels. Les caractères distinctifs de ces sels sont d'être précipites en blanc par la potasse , la soude et l'ammoniaque; le précipité est plus facilement redissous par cet alcali que par les deux premiers. Les souscarbonates solubles et l'hydrocyanate formés de potasse les précipitent eu blanc à la manière des sels de zinc ; mais l'acide hydrosulfurique et les hydrosulfates solubles y font naître un~clépôt jaime-serin qui a beaucoup d'analogie avec celui que l'on obtient en traitant la dissolution d'oxide d'arsenic par l'acide hydrosulfurique , mais qui en diffère en ce qu'il se dissout dans l'acide hydrochiorique. De toutes les préparations du cadmium, une seule a été usitée en médecine, c'est le sulfate. MM. Cruillié, Hinsly et Rosambeau ont rapporté , dans le tome l^r de la BibliotJièrjue uplithalmologique , des observations qui tendent à démontrer son efficacité dans le traitement des oplithalmies chroniques, et principalement dans celui des taies, des nuages de la cornée , et du boursouflement de cette membrane. Ils conseillent de faire dissoudre un grain de sulfate de cadmium, dans trois ou quatre onces d'eau, et d'instiller entre les paupières ou d'appliquer directement sur la cornée une ou deux gouttes de cette dissolution trois ou quatre fois par jour. 11 est au reste très-facile de préparer le sulfate de cadmium : il suffit de traiter l'oxide ou le sous-carbonate de ce métal par l'acide sulfurique étendu d'eau, de manière à obtenir un sel neutre que l'on fait cristalliser. (/\lph. Devercie.J
CAFE. Coffœn arabica. Pentandrie monogynie, Link.; rubiacées, Juss. Cette substance, si remarquable parles effets qu'elle produit sur l'économie animale, ne sera étudiée ici que sous le rapport de la thérapeutique, qui n'en a pas tiré, jusqu'à présent, tout le parti qu'on avait droit d'en attendre, d'après l'énergie de ses propriétés. Laissant donc de côté tout ce qui est relatif à son histoire naturelle , bien connue, nous allons l'examiner seulement comme un médicament , et de ce que nous dirons , il sera facile de conclure ce qu'on doit penser de son usage habituel, si généralement répandu et si diversement apprécié. Ou connaît plusieurs espèces de café qui présentent quelques différences , moins dans la nature que dans la proportion de leurs principes constituans. Celle qui est la plus estimée nous vient de Moka ; elle présente au plus haut degré la sayeur et le parfum qui font les délices des amateurs , et qui sont également les agens principaux de ses effets. Les cafés de Bourbon et de la Martinique sont ceux qui , après le Moka , jouissent du plus grand crédit. Leurs éléments sont