‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 116 sur 234 · CAFÉ · texte numérisé non relu

CAFÉ

dans un tel rapport, que , mêlés ensemble par parties égales , après qu'ils ont été grillés séparément et également, ils donnent un produit qui se rapprocha beaucoup du café Moka. Le principe volatil et aromatique domine dans le café Bourbon; c'est pour cela qu-il ne doit pas être long-temps soumis h l'action duij I feu; le café Martinique, au contraire, plus amer et plus acre, a besoin d'y i i être plus long temps exposé. ' I

L'expérience a depuis long-temps démontré que la torréfaction modifiaiti ' d'une manière très-remarquable les propriétés physiques et même la compositiom ( chimique du café , puisqu'elle y développe du tannin et une huile volatile em- » pyreumatique , qu'on y cherche vainement avant cette opération. Aussi est-elle t généralement usitée , et le café vert n'est-il employé que comme médicament; « encore même est-il peu connu comme tel , et doit-il être considéré comme " inférieur au café grillé. »

Ce n'est que dans le temps modernes que l'on s'est occupé avec quelques! 4 succès de recherches chimiques sur le café. C'est par elles qu'on est parveim » à reconnaître que le café non torréfié renferme des principes assez actifs , niaii i* qui se développent davantage encore , quand il a été soumis à l'action du feu. f Il fournit, d'après les travaux de plusieurs chiuiistes recoramandables , et nor |P tamraent de MM. Robiquet et Pelletier, outre de la gomme , du mucilage, de i !'' la fécule, et autres principes à peu près inertes : !" une petite quantité d'huile \ " volatile concrète; 2» une huile blanche , douce et inodore , fusible à 25° ; 3» un ' principe amer qui verdit par le contact de l'albumine animale et des alcalis; I ' 4» une substance oléo-résinoïde , colorée et très-âcre; 5° enfin une substance I ' très-azotée, cristallisable , qui jusqu'à présent n'a pas été expérimentée sép»- il rément, et qui a reçu le nom de caféine. i F

Ainsi que nous l'avons dit plus haut , le grillage y développe du tannin et un (] * acide , que les uns considèrent comme de l'acide gallique , et les autres comme il un acide particulier qu'ils nomment acide cajiquc. \ "

Si la chimie moderne nous a donné des connaissances positives sur la nature el I ' les proportions des élémens qui composent le café , elle n'a rien appris de nou- I " veau sur ses effets, que l'expérience a depuis long-temps mis hors de toute '' '' contestation. L'action du café sur l'économie animale est si universellement ;' ' connue , qu'il est presque superflu d'en décrire encore les résultats. Cette sub- ; stance a , sur le cerveau , une influence très-remarquable , et tout opposée à | 1 celle des narcotiques et des boissons spiritueuses. En effet, loin d'affaiblir les : ^ facultés intellectuelles el d'appeler le sommeil , elle tient au contraire ceux j qui en ont usé dans un état de veille et d'excitation cérébrale, d'autant plus marqué que les sujets sont doués d'une grande activité du système nerveux , et i' qu'ils sont moins accoutumés à l'impression de ce stimulant énergique. L'usage i modéré du café a des effets utiles : il excite doucement les organes digestifs et : en favorise les fonctions; par suite il accélère le jeu des organes circidatoire», augmente la chaleur et la contractilité musculaire : sous son influence les opéra- ^ tions intellectuelles deviennent plus faciles; l'homme de lettres et l'artiste trouvent de plus brillantes inspirations ; et le savantpeut , sans crainte du sommeil, J prolonger jusqu'au jour ses recherches trop souvent pénibles. C'est une propriété ^ si précieuse qui a valu au café le nom de boisson intellectuelle , et qui l'a rendu ^ , si précieux aux hommes de cabinet. Mais , à côté de ces avantages se trouvent | , de graves inconvéniens quand on en fait un usage excessif ou inopportun; el ces inconvéniens , qui dépendent d'une surexcitation toute spéciale du système nerveux, peuvent être facilement appréciés d'après ce qui précède. L'ha- îjj bitude, il est vrai, émousse l'impression que produit le café; outre que le j| mauvais choix et la vicieuse préparation qu'on en fait bien souvent, en amer- ,^ tissent les vertus. Néanmoins il est ordinaire d'observer chez ceux qui prennent | beaucoup de café un état habituel d'excitation et d'agacement , dont les coftséquences sont faciles à prévoir. Nous devons signaler ici un effet assez remarquable du café au lait : c'est l'effet laxatif. Un des collaborateurs de ce Dio- |^ tionnairenepeutprendreducaféau laitsans être purgé presque immédiatemeut, tandis qu'il peut user séparément du lait et du café sans en éprouver rien de | pareil. Nous livrons ce fait, qui d'ailleurs n'est pas unique, aux méditations de* physiologistes.

Malgré des propriétés assez énergiques pour le placer au niveau des médicamens les plus recoramandables , le café n'a été eu général, et n'est encore à présent qu'une boisson agréable , ou faiblement alimentaire , quand il est mêl'' de lait; et l'on n'en a pas su tirer parti dans la thérapeutique ainsi qu'on aurait pu le faire. On trouve çà et là dans les auteurs quelques cas d'administration médicale du café, mais nulle part on ne rencontre d'expériences directes et suivies pour constater son action contre les maladies; c'est ainsi qu'il est v»- , guement indiqué dans la migraine , dans l'aménorrhée , dans l'asthme , dans l'hypochondrie , dans la gastralgie, etc.

Si l'on observe que le café agit d'une manière spéciale sur le système nerveux ; qu'il ne provoque pas, comme les narcotiques et l'alcool , la congestion apoplectique; qu'il stimule doucement les organes disgestifs ; que son arôme se retrouve très proraptement dans les liquides sécrétés ; qu'il procure un état d'excitation générale sans trop de chaleur , on concevra facilement I qu'il pourrait être essayé dans les circonstariccs où l'on a besoin d'une excita- J tion qui se répande promptement par toute l'écono^nie. C'est dans les maladies i appelées nerveuses , c'est-à-dire qui ne présentent aucun signe de phlegmasie, qu'il y aurait de l'avantage à l'essayer. Souvent on a vu une lasse de café chaud \ dissiper instantanément des spasmes et des douleurs ; n'est-ce pas une raison j pour en tenter l'emploi avec les précautions convenables dans des cas analo- I gues? Quel que soit le mode d'action du café dans ces circonstances, et quel- | que explication qu'on en puisse donner, les faits qui établissent son eflicacitc 1 sont nombreux et bien conslntés. Est-ce en changeant le mode d'excitation du

Page 1