‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 119 sur 234 · CAMOMILLE ROMAINE · texte numérisé non relu

CAMOMILLE ROMAINE

aie puisse toucher le cou ; autrement les malades auxquels elle serait appliquée îraient exposés à tous les elî'ets qui peuvent résulter delà compression des veies jugulaires. J'ai vu , dans un hôpital de Paris, un individu enferaié dans ne de ces camisoles , et ûxé dijns son lit , mourir asphyxié pour s'être penché ur le bord du lit , et èlre resté là pendu en quelque sorte aux courroies postéieures qui serraient très-fortement le bord supérieur de celle camisole autour u cou.

^ Un autre inconvénient à éviter , est celui de grosses courroies passées dans 3S boutonnières postérieures. Quand une camisole est fixée de cette manière et u'on couche sur le dos le malade , la compression que les courroies , passées 'une boutonnière dans une autre , exercent sur la peau , peut être assez forte our déterminer la gangrène.

La camisole terminée en arrière par deux prolongemens graduellement amin- . is et assez longs pour être ramenés et fixés au-devant du corps au moyen d'une ande, est la meilleure que je connaisse.

On doit toujours se servir d'une ctofFe très-solide pour la confection des ■amisoles.

Les camisoles sont les moyens employés aujourd'hui à la place des chaînes jour contenir les aliénés ou les délirans , dont on craint la violence pour ceux |ui les approchent et pour eux mêmes. ( A. Foville.

I CAMOMILLE ROMAINE, anthémis nobilis. Syngéuésie superflue, Libn.; orymbifères, Juss. On connaît sous le nom de camomille plusieurs plantes ana-

ijgues par leur forme et leurs propriétés; mais la caaiomille romaine étant elle qui présente les principes les plus énergiques, est aussi celle qu'on préfère our l'usage de la médecine , et qui seule doit nous occuper dans cet article, sans entrer dans les détails botaniques étrangers à notre sujet, il nous suffira e dire qu'elle est commune dans les pays tempérés , qu'elle fleurit en mai , et u'on se sert seulement de ses fleurs, bien que la plante entière renferme les nêmes élémens actifs. Elles sont d'ailleurs radiées, et présentent un centre aune environné de pétales blanches,

La camomille ofi're des propriétés physiques prononcées et capables de faire irésumer qu'elle renferme des principes actifs , et en proportion notable. Son ideur forte et aromatique assez agréable , sa saveur piquante et trcs-anière ont lepuis long-temps appelé sur elle l'attention des chimistes et des médecins , r.uitant mieux que les matériaux importans qu'elle renferme , au lieu d'être , ronirae dans une foule d'autres végétaux, enveloppés de mucilage ,de fécule et l'autres élémens à peu près inertes , se montrent en quelque sorte à découvert. L'analyse chimique qu'on en a faite à une époque déjà reculée , et qui , éprise avec les lumières que la chimie moderne a jetées sur ce genre d'operaions , mènerait à des résultats plus intèressans , y a révèle tout d'un coup sans ■ITort : 1° une grande quantité d'huile volatile , d'une belle couleur bleue et iju'on obtient paria tlistillalion ; 2" une matière extractive amère, fort abonlante aussi , et de laquelle il est probable qu'on pourrait extraire un principe :ristallisable ; 3» de la résine ; 4° du tannin. Quelques personnes même ont :ru y découvrir du camphre , ce qui n'est pas difficile à croire, ou peut-être uême eu ont^elles formé d'arlificiel pendant leur opération , par l'action de '[uelque acide employé pour l'analyse sur quelque portion d'huile volatile.

Quoi qu'il en soit, long-temps avant d'avoir cherché à isoler les divers prinipes de la camomille , on avait reconnu qu'elle exerce sur nos organes une acion excitante fort énergique sans doute , mais qui n'a rien de spécial , et qui explique très-bien par la présence et la proportion des élémens qu'on y a su lecouvrir [voyez Extractifs , Hdiles volatiles, Résine , Taknin) ; aussi dans es ouvrages les plus anciens la voit-on figurer au nombre des médicamens vancs comme très puissans. Mais elle fut conseillée contre les maladies les plus dicrses, et douée des vertus les plus opposées. Mieux instruits que nos devan- ■icrs des phénomènes que suscitent dans nos organes les divers agens qui exercent sur eux leur influence , et de ceux que nous pouvons susciter au moyen les agens thérapeutiques, nous comprenons bien les succès obtenus dans des as difTérens , et nous concilions des contradictions apparentes. Ainsi, quand lous lisons dans les auteurs anciens, et même dans un ouvrage moderne, que a camomille a été employée avec beaucoup d'avantage dans les maladies nerveuses , dans l'hystérie , dans les coliques venteuses et spasmodiques , dans la suppression des évacuations menstruelles, dans le vomissement puerpéral des emmes, dans les douleurs qui succèdent à l'enfantement, dans la goutte, l'arhrilis, les fièvres intermittentes , le typhus, etc., quand nous voyons figurer cette plante, à-la-fois, dans les espèces émollientes et dans les espèces résoluivcs , faisant la part des théories dominantes à diverses époques , des doses et lu mode d'administration, nous sommes conduits à conclure , tantôt que le médicament n'a pas agi , et que les changemens observés ont été le résultat de a marche naturelle de la maladie, ou des moyens hygiéniques , ou d'autres Tiédications employées simultanément; tantôt que l'excitation instantanée ou :ontinue produite par la camomille administrée à forte dose , ou à doses fracùonnées, a produit dans l'économie d'utiles modifications.

L'expérience et le raisonnement se réunissent pour étayer cette opinion. En effet, une infusion légère de camomille est-elle autre chose qu'une boisson assez peu active, seulement délayante , et qui , par conséquent, peut être employée avec avantage dans une foule de cas différens ? C'est ce qui explique ses bons effets dans la goutte , les coliques appelées venteuses ou spasmodiques, le vomissement puerpéral, les douleurs qui suivent l'enfantement , et autres !»ffections aussi vaguement désignées , et dans la nature desquelles il est d'apparaître et de se dissiper souvent sans cause connue.

L'infusion concentrée ou l'extrait bien préparé peuvent être utiles dans les affections qui réclament l'emploi des excitans toniques. Enumérer ici lous les

DlCT. DB MÉDECINE ET DE ChIUURGIE PRATIQUES.

) CAMPHRE

cas où son application dans ce sens peut être salutaire, serait méconnailie le plan et le but de cet ouvrage.

La camomille partage avec toutes les substances amères la propriété de guérir les fièvres intermittentes , et, à raison de son énergie , elle doit être préférée à la plupart d'entre elles. Mais elle ne réussit guère que dans les fièvres intermittentes peu opiniâtres qui se manifestent au printemps , et qui généralement ont tendance évidente à une heureuse terminaison ; et d'ailleurs elle est fort inférieure au quinquina, lorsqu'on a à combattre des fièvres qui ont quelque ténacité. C'est l'extrait, l'infusion et même la poudre de la plante desséchée qu'on administre dans les fièvres d'accès, en se conformant d'ailleurs aux règles du traitement des fièvres intermiltentes. (Voyez Intermittence. ) Les anciens, souvent peu conséquens dans leur manière d'agir, associaient à la camomille le quinquina , et par ce mélange, que nous signalons ici pour en faire ressortir le défaut et l'inutilité, se mettaient dans l'impossibilité d'apprécier avec exactitude les effets de l'un et de l'autre médicament. L'huile essentielle de camomille est peu employée , quoiqu'on l'ait considérée comme antipasmodique , et qu'elle ne soit pas des moins actives parmi les huiles essentielles (voyez ce mot). Enfin, nous dirons qne la camomille a été employée sous toutes les formes, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.

On peut facilement concevoir quel usage on peut faire, en thérapeutique , d'une plante dont les propriétés ne sont pas équivoques; et pour peu qu'on y réfléchisse , les cas où son emploi peut être avantageux , les préparations qu'on pourra lui faire subir et le mode d'application qu'on devra préférer se présenteront à l'esprit du praticien, et il pourra également apprécier à leur juste valeur les innombrables formules dans lesquelles on l'a fait entrer, soit comme agent principal, soit comme accessoire.

Les préparations les plus usitées sont l'infusion dans l'eau , le vin ou l'alcool , et le produit de sa distillation avec l'alcool ou l'éther. On se sert aussi de l'extrait, du sirop et de l'huile volatile de camomille. Quant au médicament connu sous le nom d'huile de camomille , ce n'est qu'une décoction d'une partie de fleurs sur trois parties d'huile ; on y ajoute, pour l'ordinaire, du camphre, et l'on s'en sert pour faire des embrocations sur le ventre dans le cas de coliques ; et elle n'a d'ailleurs pas d'autres propriétés que tout autre huile fixe additionnée d'un peu d'huile volatile. Au résumé , quand on veut employer la camomille, il ne faut pas oublier qu'elle se compose de deux parties , l'une fixe , et l'autre volatile, et tâcher de les conserver l'une et l'autre. C'est pour celte raison que l'extrait, par exemple, doit être considéré comme une préparation vicieuse, parce que, dans l'évaporation nécessaire pour l'amener à la consistance requise, il y a déperdition de la plus grande partie de l'huile volatile.

Les doses auxquelles on donne la camomille sont à peu près les mêmes que pour les autres substances analogues. Pour l'infusion, on prescrit depuis un demi-gros jusqu'à deux gros de fleurs pour une pinte d'eau bouillante. L'extrait se donne à la dose d'un demi gios à deux gros; l'huile volatile s'emploie par gouttes (de cinq à vingt), qui d'ordinaire s'ajoutent à une potion. Enfin , la poudre peut se donner comme celle de quinquina, depuis deux gros jusqu'à une once. La camomille entre dans une foule de préparations dont il faut chercher le détail dans les pharmacopées. (F. Ratier. )

CAMPHRE [pliarmacologie) . Le camphre est un principe immédiat des végétaux, de la nature des huiles volatiles, qui est solide, blanc, transparent, plus léger que l'eau , d'une odeur très forte et pénétranle , d'une saveur trèsâcre et romantique, accompagnée cependant d'un sentiment de fraîcheur. Il est assez volatil pour se dissiper entièrement à l'air libre; il est inflammable et brùlc sans résidu , même à la surface de l'eau. Il n'est pas sensiblement soluble dans ce liquide , à laquelle cependant il communique une odeur et une saveur très-prononcées; il est très-soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles fixes et volatiles.

Les alcalis ne l'altaquent pas ; les acides affaiblis le dissolvent sanc altération et le laissent précipiter par l'eau ou par les alcalis ; l'acide sulfurique concentré le cliarbonne et le décompose; l'acide nitrique concentré le dissout en grande quantité, s'y combine et forme avec lui un composé liquide , nommé huile de camphre ^ analogue aux combinaisons des acides avec l'alcool. Lorsqu'on aide l'action de l'acide de celle du calorique et qu'on en emploie tme grande proportion, on change le camphre en un corps acide nommé acide camphorique , dont la composition n'est pas encore parfaitement connue. (Voyez ce qui en est dit dans la Pharmacopée raisonnée , tom. 2, pag. 372.)

Le camphre existe dans un assez grand nombre de végétaux , et Proust a montré que , dans les contrées méridionales tle l'Europe , on pourrait le relirer avec cjuelque avantage des huiles volatiles de plusieurs plantes labiées (/Inn. de chim., IV, 179) ; mais tout le camphre du commerce est retiré d'un laurier du Japon, nommé laurus camphora. A cet effet, on réduit en éclats le tronc, la racine, et les branches de cet arbre , et on les distille avec de l'eau dans des cucurbites en fer, surmontées de chapiteaux garnis intérieurement de paille de riz. On rassemble le camphre que l'on trouve sublimé sur cette paille , et on l'envoie en Europe ; il est alors en grains grisâtres , agglomérés , huileux et humides ; c'est le camphre brut.

Les Hollandais ont toujours été en possession de raffiner le camphre et de le mettre sous la forme de larges pains à demi fondus et trausparens. Ils ont gardé le monopole de cet art long-temps encore après la publication du procédé, qui se trouve décrit dans la Matière médicale de Geoffroy, et dans It mémoire de Proust, cité plus haut. Plus récemment, M. Clémandot, alors pharmacien de Paris , y a fait d'utiles modifications que l'on trouve consignées dans le Journal de Pharmacie, tom. 3, pag. 353. Aujourd'hui les produits de nos fabriques ne le cèdent en rien à ceux de la Hollande.

CAMPHRE

CAMPHRE

Indépendammeul du camphre du Japon , qui est le seul que nous recevions par la voie du commerce , il parait qu'il eu existe un autre produit à Sumatra par un arbre peu connu, mais dont le fruit, envoyé à Banks , a été décrit par M. Correa de Serra , sous le nom de pterigium costatum ( /Innales du Muséum^ tom. 8 , pag. 397 ). Le camphre de cet arbre, au dire de Bumphius qui Ta décrit aussi [Herb. Anihoin. , tom. 7 , pag. 65 ) , se concrète natiirellemeiîi sous récorce et au milieu du bois, sous forme de larmes plates qui ont quelquefois l'apparence de la glace ou du talc de Moscovie. Plus souvent, il est en fragmens delà grandeur de l'ongle, ou en grains comme du poivre. Pour l'obtenir, on se contente de briser le bois en éclats. Ce camphre est plus volatil que celui du Japon , et plus estimé dans ce pays même , où on le paie fort cher : la consommation qui s'en fait dans les îles de la Sonde et à la Chine l'absorbe entièrement.

Le camphre était inconnu aux anciens Gi-ecs et aux Romains , et c'est aux Arabes que nous en devons la connaissance. Ils le nommaient caphur, nom peu différent du malais capur , que porte le camphre de Sumatra. Sérapion, Avicennes , Rhasès, tous écrivains arabes , sont les premiers qui en aient traité, et , tlepuis ce temps jusqu'à nos jours, le camphre n'a pas cessé d'être compté au nombre des médicamens les plus usités. (Guibodrt.)

CAMPHRE, camphora (thérapeutique). Le camphre est un produit immédiat des végétaux , que les chimistes modernes s'accordent généralement à considérer comme une huile volatile concrète et cristallisée; et cette opinion paraît d'autant plus fondée , qu'on est-parvenu à fabriquer un produit artificiel, tièsanalogue au camphre, en faisant agir du gaz acide hydrochlorique sur l'essence de térébenthine. Quelques recherches portent à penser qu'on arriverait à une imitation plus parfaite , si l'on employait un acide végétal. Si le camphre qui résulte de cette opération n'est pas en tout pareil au camphre naturel, il résulte cependant de cette découverte une vérité très-importante et d'une fréquente application; c'est qu'une foule de substances qui ont été long-temps considérées comme d'une nature particulière , et conséquemment douées de propriétés spéciales, finissent en dernière analyse par rentrer, tant pour leur composition intime que pour leurs effets sur l'économie , dans une des grandes classes naturelles et connues.

Quoi qu'il en soit, le camphre existe tout formé dans un grand nombre de végétaux exotiques et même indigènes; la lavande, par exemple, en fournit une quantité remarquable , et il s'en forme dans un grand nombre d'huiles volatiles lorsqu'elles vieillisent. Mais l'usage prévaut encore ; elle camphre qu'on trouve dans les officines est extrait du bois du laurus camphora, ennéandrie monogynie, Link., laurinées, Jcss.,etdu drjobalanops camphora , polyandrie monocynie, Linn., guttifères, Juss. On extrait cette substance des végétaux qui la contiennent , en réduisant le bois en petits morceaux qu'on place , avec un peu d'eau , dans les appareils distillatoires disposés pour cela. Une chaleur modérée suffit pour la volatiliser, et elle va se condenser et se cristalliser dans un récipient. Ainsi recueillie, elle renferme encore des substances étrangères, et il est nécessaire de la purifier ; on y parvient en la sublimant dans un appareil et avec des précautions qu'il n'est pas de notre objet de décrire. Alors le camphre se présente sous la forme de masses blanches, légères, demi-transparentes , et un peu grasses au toucher. Sa saveur est acre , aromatique et un peu amère , d'abord chaude , puis laissant un sentiment de fraîcheur. Son odeur forte, aromatique et très-pénétrante, forme un type connu auquel on rapporte des odeurs plus ou moins analogues. Le camphre présente des propriétés physiques et chimiques qu'il importe de bien connnaître pour l'employer en médecine. H est extrêmement volatil; il s'enflamme facilement, et brûle sans laisser de résidu ; il ne se dissout dans l'eau que dans une proportion infiniment petite, ce qui empêche de l'adrainislrer dans un véhicule aqueux; au contraire, comme il se dissout très bien dans l'alcool, les éthers , les huiles grasses ou volatiles et le jaune d œuf , on doit choisir ces divers excipiens pour l'employer au besoin. L'acide nitrique le dissout , et lui fait subir une transformation dont le produit est l'acide camphorique , qui n'a pas encore été essayé par les médecins. L'acide sulfurique le change en tannin artificiel, dont on n'a pas non plus fait d'application à la thérapeutique. M. de Saussure, qui a fait l'analyse de cette substance, l'a trouvée composée de 74,38 de carbone, 10,67 d'hydrogène, 14,61 d'oxigène, et de 0,34 d'azote.

Le camphre est un médicament fort usité , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur; ses propriétés physiques et chimiques permettent de croire qu'il peut être appliqué avec succès au traitement des maladies. Mais, comme son introduction dans la pratique date d'une époque déjà reculée , et à laquelle on était plus jaloux de trouver des méd'camens à effets spécifiques que de constater leur action sur l'économie animale , tant dans l'état de santé que dans l'étal de maladie, on n'est, même à présent, pas encore fixé sur ses effets thérapeutiques. Il y a plus : soit diffcrcnce dans les conditions où se trouvaient placés les sujets des expériences , soit prévention de la part des observateurs , les effets physiologiques du camphre , jusqu'ici mal déterminés , sont un sujet de controverse, et il serait difficile , en consultant les auteurs, de le ranger absolument dans la classe des excitans ou dans celle des sédatifs.

Si l'on s'en rapporte à l'expérience , en procédant du simple au composé, on trouve les faits suivans, que tout le monde est à même de vérifier, et qui s'expliquent naturellement , en ayant égard à la nature des principes constituans de cette substance médicamenteuse. Le camphre appliqué sur la peau saine n'y détermine aucune sensation qui mérite d'être notée. Lorsque la peau est enflammée , il y occasione un sentiment de fraîcheur agréable, |)licnomène tout naturel , dû à l'évaporalion d'une matière essentiellement volatile , et qui peut Être assimilée sous ce rapport à l'alcool cl à l'ctlier. Mis eu contact avec une

plaie récente ou avec une surface ulcérée , il y occasione de la cuisson , et les I signes d'une excitation proportionnée à l'étendue et à la durée de l'application, absolument comme le pourrait faire l'application d'une huile volatile. Ce médicament, au rapport de M. Guersent, a produit des effets analogues sur les membranes muqueuse, uréthrale et oculaire, savoir, une sensation d'abord fraîche et piquante, suivie d'un peu de cuisson et d'une rougeur passagère. Pris à l'intérieur , il agit d'abord sur la membrane muqueuse buccale et sur les glandes salivaires , dont il augmente la sécrétion d'une manière plus ou moins active. On voit pourquoi il humecte la langue, et l'on doit croire que c'est l'observation de ce phénomène qui a conduit les médecins à prescrire le camphre dans les fièvres graves, lorsque la langue commence à sécher. Mais on sait aussi que la langue ne s'humecte guère que dans le commencement de la maladie , et lorsque les symptômes n'ont pas encore atteint le plus haut degré d'intensité et de développement.

L'introduction du camphre à petite dose (de quatre à six grains) dans l'es- | tomac sain , n'est suivie d'aucun phénomène appréciable ; on peut même en i élever la dose assez haut , pourvu toutefois que ce soit par degrés , sans que les | sujets en éprouvent aucune modification dans l'état des fonctions digestives ni I dans leur santé générale. C'est ce que nous avons constaté plusieurs fois en pre- i nant successivement quatre , huit, douze , et jusqu'à vingt grains de camphre f en substance que nous avalions en petits fragmens. Si l'on augmente brusque- i ment la dose du camphre, ou bien si on le confie à un estomac plus ou moins j irrité, on voit naître toute la série des phénomènes qui caractérisent la gas- I trite; tels sont les nausées, les vomissemens, les douleurs épigastriques , etc. j II paraît que ce médicament agit sur les intestins à peu près de la même ma- I nicre ; il y fait naître une sensation de chaleur lorsqu'il est administré toutd'ua ■ coup dans une proportion suffisante. A plus forte raison , quand la membrane i muqueuse intestinale est le siège d'une inflammation , en augmente t-il les acci- i dens. Mais, en général, son usage est suivi de la constipation, aussi bien lors- i qu'il est pris en lavement que quand il est administré par la bouche; à moins i toutefois que , par une ignorance impardonnable des lois de l'économie , on ne ( l'administre par l'anus dans une grande quantité de liquide qui provoque mé- j caniquement la contraction des intestins. \

Les expériences faites sur les animaux vivans , ou les observations recueillies? dans divers cas de maladie, et dans lesquelles des quantités assez considérables I de camphre ont été introduites dans l'économie, sont seules capables de bienJ mettre en évidence les propriétés du camphre. Chez les animaux morts aprèiî en avoir pris trois ou quatre gros, on a trouvé une inflammation et même dew ulcérations de l'estomac. Les individus qui, parmégarde, ou pour constater^ son mode d'action, ont pris àla-fois un à deux gros de camphre , ont éprouvé j deux ordres de phénomènes , tantôt séparés , tantôt réunis ; probablement sui-| vaut les dispositions individuelles. Parmi ces phénomènes , les uns appartiennent) à l'appareil digestif, les autres se rapportent au systèmenerveux. Les premiers,) plus ou moins prononcés , suivant que les organes digestif sont sains ou altérés, \ sont ceux d'une phlegmasie gastro-intestinale ; les autres , extrêmement variés, ) sans qu'il soit possible de fixer les molifs de cette différence, sont principale- ' ment une diminution de la température du corps et de la fréquence du pouls, l et la gêne de la respiration. On observe de plus , des éblouissemeiis , des verti- > ges , une ivresse d'un genre particulier, analogue à celle que déterminent les ( vins gazeux et comme elle de courte durée. Le malade éprouve un sentimetiti de légèreté extraordinaire, en même temps qu'un malaise indéfinissable et p»- i reil à celui qui précède la syncope ; ses mouvemcns ont quelque chose de brus- 1 que et de convulsif ; les organes des sens ne perçoivent pas d'une manière exacte i les impressions qui leur arrivent ; enfin, on voit se développer les phéno"! mènes d'une congestion cérébrale plus ou moins énergique. Les organes sécré-ï< leurs ne paraissent pas être stimulés par le camphre , d'une manière directe ott i spéciale , et leurs produits ne paraissent pas sensiblement augmentés , quoiqu'il représentent (surtout la transpiration cutanée et pulmonaire ) l'odeur de cett#l substance , ainsi que cela s'observe d'ailleurs pour tous les corps pourvus de^ principes volatils très-abondans. Les accidens produits par le camphre , à moins | qu'ils ne soient poussés à l'extrême , et cela n'a guère été observé que chez les j animaux sacrifiés dans des expériences, cessent ordinairement par degrés, saDS i laisser après eux de traces durables.

Si de ces phénomènes, résultant de l'administration expérimentale du mdf | dicament en question, on passe aux applications pratiques qu'on en pcutfaiiit'l dans le traitement des maladies, et surtout si l'on réfléchit que, comme noas'l l'avons fait remarquer au commencement de cet article , le camphre diffère bien* peu des huiles volatiles , on sera éloigné de lui attribuer des effets bien différens I de ceux qu'on peut attendre d'elles. En efl'et , il faut supposer que les effets du I camphre donné à des malades , et à des doses altérantes , c'est à-dire par quan- 1 tités minimes , et dont l'habitude émousse généralement l'influence, sont touK différens de ceux qu'il suscite lorsqu'il est pris en quantité plus considérable et i par des sujets sains , pour concevoir ses heureux résultats dans les maladies leJ ( plus différentes par leur siège et par leur nature. De nos jours, l'usage de ce i médicament comme celui de tous les autres, est singulièrement restreint, et I nous sommes obligés d'exposer, sur la foi des observateurs qui nous ontprécé-" dés, les applications qu'on en a faites et les succès qu'on en a obtenus. Mais,( sans douter de leur véracité , il est permis de croire , et il serait facile de prou-! ver , qu'ils ont été bien souvent dans l'erreur ; qu'ils ont considéré , comme dé-( pendant du remède, des phénomènes produits , soit par la marche naturelle i de la maladie , soit par quelque circonstance étrangère au traitement employé; * ou bien enfin, qu'ils ont cherché à expliquer , par une action spécifique , ce quij était simplement le résultat de l'excitatioa directe occasionée par le camphre, j

CAMPHRE

CAMPHRE

est ainsi que Tétat de perturbation remarquable qui suitrusagedel'alcool, du fé du thé, etc., peut être salutaire dans une foule d'afifections diverses ; et pendant il ne serait pas toujours possible d'en déterminer d'avance le résult. Aussi le camphre est-il un médicament qui ne doit être employé qu'avec Lucoup de réserve et de prudence ; et nous parlons ici d'une administration la-fois prudente et énergique; car, il n'est pas question de ces médications zarrement conçues, et plus bizarrement exécutées, où des atomes de sub- Lnces médicamenteuses sont censés avoir déterminé les effets les plus imporns.

Dans les fièvres graves , maladies mieux étudiées de nos jours, et dans leslelles on sait que les médications diverses n'ont en général qu'une faible inlence , le camphre est bien au-dessous de la confiance qu'on lui avait jadis cordée. Sans doute l'effet stimulant du camphre, appliqué à l'extérieur , ou me administré à l'intérieur , avec mesure , et dans des cas déterminés, peut «avantageux; mais, il y a loin de cette manière sage et méthodique à la atique banale et routinière qui faisait arriver le camphre intùs et exlùs , dès l'on voyait ou qu'on croyait apercevoir quelques signes de putridité. Lorsli'on en donnait peu , il passait inaperçu ; quand on l'employait à fortes doses, «aggravait souvent la position du malade , surtout lorsque les phénomènes de action montraient encore quelque énergie. La plupart des praticiens vraiment <;nes de ce nom, pensent que , dans les fièvres , les succès douteux du camire sont loin de compenser les dangers évidens qui suivent son usage. C'est l'onion de M. Guersent, dont l'autorité en thérapeutique se fondesur de nombreux ivaux. Il préfère l'usage externe, et considère sa combinaison avec l'opium ou îther comme propre à empêcher l'irritation gastro-intestinale. Cette dernière sertion mériterait d'être sérieusement examinée ; faisons seulement observer, ii, que les médications simples sont déjà très-difficiles à apprécier dans leurs -tails, et à plus forte raison les médications composées ; et dans les cas où le élange précité a paru agir sur les malades , doit-on croire que l'éther ou l'oura ontseuls agi, et quele camphre a été comme non avenu , à cause de l'infé- 3rité proportionnelle de la dose ? ou bien qu'en effet il a continué d'agir , de ncert avec les médicamens qui lui ont été associés , dans une direction diffénte de celle qu'il aurait suivie , s'il avait été administré seul ? L'action du mphresurla membrane muqueuse buccale, et l'humectation qui la suit, a é le motif de son emploi dans les fièvres graves : mais c'est un effet purement cal et passager. D'ailleurs on n'attache plus à la sécheresse de la langue la ème importance , depuis qu'on a constaté qu'elle dépend souvent de ce que s malades respirent la bouche ouverte.

Dans les affections éruptives , telles que la variole , la rougeole, la scarlale, etc., le camphre a été conseillé comme propre à rendre l'éruption plus cile : mais on n'a plus recours à l'emploi de ce moyen , depuis que des recherles plus positives ont montré que des phlegmasies plus ou moins évidentes des ganes intérieurs sont le plus souvent la cause du retard de l'éruption. En Pet , en pareil cas , comme l'usage du camphre est dangereux pour peu qu'on

I élève la dose, il reste insignifiant quand on le donne par fractions minimes, niant h ce qui concerne la complication de ces maladies avec les fièvres gra-

, ce qui vient d'être dit trouve ici une application directe. Les praticiens ont vanté le camphre comme un moyen très-utile dans les douurs nerveuses et rhumatismales, qui, si elles sont de nature différente au nd , présentent un point de ressemblance remarquable dans leur extrême mobié, et sont , à cause de cela , essentiellement propres à induire en erreur sur les siiltats obtenus de tel ou tel traitement. Ce n'est pas d'ailleurs que , dans ces (celions , l'espèce de perturbation produite par l'emploi du camphre à haute )se ne puisse avoir de bons effets ; mais elle n'a rien de spécifique , c'est-à-dire, li doive la faire préférer à celle que suscite tout autre médicament ayant des Têts analogues , la térébenthine par exemple , qui , pour le rappeler à propos , urnit du camphre artificiel. L'auteur peu connu d'une dissertation inaugurale r le camphre avait tiré de l'avantage du camphre dans la névralgie faciale; voulait que ses malades mâchassent cette substance en morceaux. Le docteur jyer dit l'avoir employé avec succès à Tintérieur, pour calmer les douleurs ins le rhumatisme (recherches inédites).

Au reste, tout ceux qui recommandent le camphre dans ces circonstances présentent comme un moyen palliatif: ils s'accordent à dire qu'il ne convient >s dans la période aiguë et fébrile de la maladie, et aucun n'offre d'ailleurs observations concluantes et en nombre suffisant pour prouver son efficacité, pour motiver la préférence qu'il lui accorde.

II en est à peu près de même de la vertu de prévenir, ou d'annuler l'action ;s cantharides sur la vessie , vertu sur laquelle beaucoup d'avis contradictoires it été exprimés, sans qu'on se soit fait , au préalable, la question par laquelle 1 devait nécessairement commencer pour arriver à quelque chose de positif, ;voir , si les cantharides agissent toujours sur la vessie , de quelque manière et quelque dose qu'elles aient été employées. Car on ne peut pas conclure que : camphre ait prévenu les accidens propres aux cantharides, si ces dernières ont pas été administrées aux doses et dans les circonstances reconnues favorales au développement des phénomènes morbides. Or , dans l'application des ésicatoires , par exemple il n'est personne qui ne sache que les accidens )nt excessivement rares , et surtout , qu'il est plus rare encore de les voir arver à un degré de gravité capable d'inspirer de l'inquiétude, et de réclamer es secours , à moins que les malades ne soient déj'a atteints de quelque irritaon des voies urinaires. Et même, quand ces accidens se sont manifestés , ne ; dissipent-ils pas d'eux-mêmes ou par quelques moyens adoucissans , pour peu u'on cesse l'application de la substance qui les a déterminés. Combien se trouent restreints, par là , les cas dans lesquels on a pu expérimenter avec quel-

que certitude l'action préservative ou curative du camphre , dont on a coutume de saupoudrer les vésicatoires ! Il est peu rationnel dépenser que l'application simultanée du camphre et des cantharides modifiera l'action de ces dernières , ou l'empêchera de se diriger vers les organes qu'elles ont coutume d'affecter. Sait- on, par exemple, quelle est celle des deux substances qui agira la première ? sait-on enfin quelle quantité de camphre est nécessaire pour balancer l'action irritante des cantharides , en admettant même comme prouvé ce qui est extrêmement contestable? et le doute n'est-il pas au moins permis jusqu'à ce que des expériences positives, dont la marche est en quelque sorte indiquée par ce qui précède, aient décidé la question ? Quelques médecins ont été jusqu'à donner, à l'intérieur, un mélange de camphre et de cantharides sans qu'il en soit résulté aucun accident. Ce fait est trop extraordinaire, et trop opposé à ce que les recherches modernes nous apprennent sur l'action des composés médicamenteux , pour qu'il ne soit pas nécessaire , avant de l'admettre , de le vérifier avec soin.

Quant à l'usage interne ou externe du camphre, employé après coup pour dissiper les accidens produits par les cantharides , on peut contester ses succès,» ou, au moins, ne lui en accorder qu'une faible part; attendu qu'il a toujours été précédé ou accompagné de médicamens émolliens et d'émissions sanguines, auxquels on peut, avec plus de raison , rapporter l'amélioration obtenue. D'ailleurs les praticiens même qui recommandent le camphre, ne donnent-ils pas la mesure de la confiance qu'ils lui accordent , en ne le donnant que comme accessoire à des moyens qui seuls suffisent pour amener la guérison?

Il y a quelque chose de pénible dans un travail qui consiste dans un examen et une réfutation presque perpétuels des opinions admises généralement par respect pour un nom célèbre , et plus souvent encore par cette paresse naturelle à l'espèce humaine , et qui la porte à croire , pour se dispenser d'étudier. Ces réflexions s'appliquent à l'opinion de ceux qui, d'après l'aphorisme de l'école de Salerne {camphora per nares castrat odore mares ) , considèrent le médicament qui nous occupe comme antiaphrodisiaque, {frayez ce mot et Aphrodisia- QtJE. ) On a rapporté l'histoire d'individus°qui , pour avoir respiré pendant un temps plus ou moins long les émanations du camphre , rassemblé en grande quantité, sont devenus anaphrodites ; on parle aussi d'hoqomes qui après avoir usé de cette substance à l'intérieur, ont éprouvé une abolition temporaire de l'appétit vénérien. Mais comment concilier ces faits avec des faits opposés, rapportés par des auteurs également dignes de foi , notamment avec l'observation rapportée par le professeur Andral, dans laquelle on voit un vieillard atteint d'une fièvre grave, et auquel on faisait prendre du camphre à dose assez forte , être pris d'un priapisme très-considérable? D'autres médecins ont vu le camphre administré en temps peu opportun , ou à doses peu mesurées, augmenter les érections qu'il était destiné à prévenir. C'est en effet dans l'intention de combattre les érections , symptôme si incommode dans la blennorrhagie chez rhomme, qu'on a imaginé d'administrer le camphre, et qu'on l'emploie le plus souvent. Il est d'autant plus difficile d'apprécier son action, dans cette circonstance , qu'il n'a jamais été administré avec succès que dans des cas où il avait été précédé et accompagné d'un traitement antiphlogistique plus ou moins actif, et qui, comme on sait, est capable de calmer , à lui seul , tous les symptômes de la maladie, et notamment l'érection , qui n'est jamais fréquente chez un sujet astreint à la diète et à l'usage des boissons aqueuses. D'ailleurs , l'usage où l'on est d'administrer l'opium ou le nitre conjointement avec le camphre, est encore très-propre à augmenter l'incertitude , et à empêcher d'apprécier la part qui appartient à chacun de ces mc'dicamens. Enfin , il faut se rappeler que l'érection est un phénomène essentiellement variable et en quelque sorte capricieux , et qui, par conséquent, est peu propre à fournir le sujet d'expériences positives. En résumé, le camphre est peu employé dans le traitement de la blennorrhagie, parce que le traitement adoucissant suffit presque toujours; et dans les cas où l'on y a eu recours, il a été administré à trop faible dose, ou associé à d'autres médicamens , ce qui ne permet pas de conclure en sa faveur. Dans le priapisme et dans le satyriasis il en a été absolument de même , et l'on ne possède aucun exemple authentique de guérison obtenue par le seul emploi du camphre

C'est toujours contre des maladies très-mobiles et variables dans leurs phénomènes qu'on a employé le camphre : aussi a-t-on souvent cherché près de lui, contre les affections appelées nerveuses, telles que les convulsions, les spasmes généraux ou partiels , des secours qu'on n'avait pas trouvés dans d'autres médicamens, et qu'il n'a lui-même accordés que dans des cas trop rares pour qu'on puisse compter sur son efficacité. D'ailleurs , trop souvent il a été administré à si faible dose, associé à tant d'autres substances pourvues de propriétés plus ou moins énergiques, et accompagné de tant d'autres moyens hygiéniques ou thérapeutiques , qu'on serait fort embarrassé d'en tirer une conclusion rigoureuse. Après l'avoir employé dans les névralgies diverses, ou l'a e'galement recommandé dans le traitement de l'hystérie, de l'épilepsie , de l'hypocondrie. Mais les observateurs modernes, plus exacts et plus sévères que leurs devanciers, n'ont pas trouvé l'occasion de confirmer les assertions qui leur étaient pre'sentées , et les maladies précitées sont toujours difficiles à guérir, bien que mille remèdes soient vantés comme spécifiques contre elles. M. Esquirol dit avoir retiré , dans la manie, de bons effets du camphre dissous dans l'acide acétique ; il a porté la dose jusqu'à un gros de camphre , et dedi ONCES de vinaigre radical , donnés en vingt-quatre heures et par cuillerées à bouche. Nous ne contesterons pas les faits; mais jaloux deramener, sans cesse, la thérapeutique à la simplicité qu'elle doit atteindre à mesure qu'elle se perfectionne , nous demanderons si le camphre, seul , a produit d'aussi bons effets que sa dissolution dans l'acide acétique concentre , et si ce dernier agent

CAMPHRE

CAMPHRE

n'est pas la cause principale des effets observés? Ne peut-on pas faire ici abstraction de toute propriété spécifique, et considérer une phlegmasie chronique (le rcstomac comme un puissant moyen de révulsion? car un malade n'obtint sa guérison qu'à ce prix (deux onces d'acide acétique et un gios de camphre ayantcté administrés, par méprise, en une seule dose). Remarquons , d'un autre côté, que les autres malades auxquels ce traitement fut administré ne guérirent qu'au bout de plusieurs semaines , et ajoutons encore que ces guérisons , si chèrement achetées , n'ont pas été solides. L'association du camphre avec le nitre, association qu'aucune idée physiologique ou chimique ne saurait motiver, a été aussi préconisée dans les mêmes circonstances, et des guérisons, c'est l'usage, ont été rapportées à l'appui. Mais l'appréciation rigoureuse des faits montre , dansées médications composées, tantôt une nullité complète, tantôt des effets physiologiques dont l'opportunité seule a fait le succès ; et cette observation se présente bien souvent dans l'étude des médicamens considérés sous le rapport de leur application thérapeutique.

Comme on avait pensé que l'addition de quelques autres substances pouvait «modifier ou développer les propriétés du camphre, on a également avancé que le camphre , associé à l'opium , au quinquina , à l'assa-fœtida , à l'acétate d'ammoniaque, au mereure, etc. , ajoutait à leurs propriétés salutaires, ou neutralisait leurs effets nuisibles : de pareilles assertions, reproduites par des honmies recommandables , et consignées dans des ouvrages récens, méritent d'elle discutées, parce que c'est avancer la science que de la dégager des opinions fausses qui l'encombrent et l'obscurcissent. On sait ce qu'on doit penser des médications mixtes et des composés médicamenteux, {f^ojez Composés médicamenteux et MÉDICATIONS.) Le camphre n'ajoute rien à la vertu antipériodique du quinquina, et quand ce dernier médicament ne réussit pas, c'est presque toujours qu'il a été mal administré , et dans des cas où le diagnostique n'avait pas été convenablement établi. Il n'ajoute pas à la propriété calmante de l'opium : ce puissant médicament n'a pas besoin d'auxiliaire, quand il est manié par une main habile; et, dans les circonstances opposées, il n'est pas d'auxiliaire qui puisse en prévenir les fâcheux effets. Les mêmes réflexions s'appliquent à toutes les autres associations du même genre. Il est faux , par exemple , et des expériences faites à l'hôpital des Vénériens de Paris le prouvent, que le mélange du camphre et d'onguent mercuriel prévienne la salivation. Les praticiens qui ont l'habitude d'employer le mercure savent bien qu'aucun correctif n'a le pouvoir de neutraliser l'action , en quelque sorte élective, qu'exercent sur la bouche les préparations mercurielles , et que le seul moyen de prévenir cet accident consiste dans l'administration prudente et mesurée du remède, {f^ojrez Mebcore , Salivation.)

Appliqué à l'extérieur sous forme de Uniment, de pommade ou de fumigation, le camphre a produit de bons effets dans divers cas de douleurs rhumatismales ou nerveuses , mais lorsqu'elles étaient exemptes de toute complication inflammatoire, qu'elles fussent d'ailleurs anciennes ou récentes. Mais ne doit-on pas tenir compte, dans les effets obtenus, de l'action delà chaleur, dans la fumigation ; de celle de l'alcool, des huiles volatiles, dans les divers linimens dont nous possédons les nombreuses formules? Que la goutte ellemême en puisse être parfois soulagée, c'est ce qui ne surprendra personne; mais on ne voit pas pourquoi le camphre en produirait la rétrocession , ainsi que le prétendent quelques auteurs, qui ont redit, sans les examiner suffisamment, les assertions de leurs devanciers. Enfin, si l'on peut se promettre, dans la goutte, quelques avantages de l'application du camphre, on ne doit pas oublier que ceux qui vantent ses succès , et qui se sont servis de l'huile camphrée, préparation bien faible, ont toujours fait marcher, de concert avec lui, les émissions sanguines, les bains simples ou médicamenteux, les fumigations de diverse nature, les applications émollientes ou narcotiques, etc., tous moyens capables, soit inviduellement, soit par leur ensemble, d'amener des résultats avantageux.

L'odeur pénétrante du camphre le rend propre à masquer les émanations putrides qu'exhalent les ulcères de mauvaise nature ou les parties gangrenées; mais assurément il est inférieur , pour cet usage , au charbon , et surtout aux chlorures désinfectans ; ces derniers ont encore sur lui l'avantage d'être moins dispendieux , et d'imprimer , aux parties restées saines , une excitation plus énergique : outre qu'ils font subir aux matières putrides inie véritable décomposition chimique dont le produit peut être absorbé sans inconvénient, tandis que le mélange du camphre ne fait que dissimuler , bien imparfaitement encore, leur mauvaise odeur, en laissant subsister leurs propriétés délétères.

L'usage a placé le camphre au nombre des résolutifs ; et c'est comme tel qu'on l'emploie dans le *raitement des f acturcs et des luxations; affections dans lesquelles, ainsi que l'ont" démontré d'habiles chirurgiens, l'usage de l'eau suffit bien souvent. Cependant, on continue d'employer chaque jour l'alcool ou le vinaigre camphré, étendus dans l'eau pure, ou associés à la décoction de quinquina, ou à la solution d'acétate de plomb. Il est à peine nécessaire de faire remarquer ce qu'il y a de peu méthodique dans cette pratique , où le camphre se trouve joint à l'alcool , au vinaigre , à l'acétate de plomb, substances pourvues de propriétés résolutives , auxquelles il n'est pas démontré qu'il ajoute quelque chose.

Des praticiens recommandables conseillent le cam])hre à l'extérieur, dans les cas d'engorgement inflammatoire des mamelles, qui surviennent pendant l'allaitement, et qu'on tiésigne sous le nom de poil. D'aprèsleurs observations, un Uniment composé de camphre et de jaune d'oeuf diminue la douleur et favorise la résolution ; ce qui se conçoit à merveille : ils disent même que ce médicament administré à l'intérieur , et mêlé avec le nitrate de potasse et l'acétate 4'ammoniaquc , diminue la sécrétion du lait. On peut également admettre le

fait. Mais ils entrent évidemment dans les conjecturos , et autorisent le doute et les recherches ultérieures, lorsqu'ils prétendent que le camphre émousse et paralyse l'orgasme mammaire, à la manière dont il agit sur les spasmes. Jus-i qu'à ce que des expériences positives, faites sur des femelles d'animaux pen-| dant la lactation, aient prouvé qu'on peut tarir le lait par l'usage interne eli externe du camphre, et indépendamment de la diète , du traitement débilitant j des révulsifs portés sur le canal intestinal , qui ont été constamment mis on œuvre dans les observations citées en faveur du camphre, il sera naturel de penser que ce médicament ne mérite pas d'ajouter à la liste déjà si mm^ breuse de ses titres celui d'antilaiteux.

Dépouillé des propriétés merveilleuses par l'appréciation sévère des faits thérapeutiques , réduit à sa véritable nature par les travaux des chimistes le camphre perd beaucoup de son importance; mais il n'en reste pas moins un médicament dont un peut tirer parti, bien que l'on puisse sans inconvénient lui substituer des substances moins chères et plus communes. JXous avons déjà} prouvé précédemment que, dans un grand nombre de cas, le mode d'administration fait que le camphre, ou n'exerce aucune action , ou n'agit pas en vertu d'une propriété spécifique. Nous citerons deux nouveaux exemples. Un auteur, qui vante les bons effets du camphre dans les fièvres graves , ne veut pas qu'on l'emploie à l'intérieur ; mais il prescrit de faire des frictions , avec un sachet de toile forte rempli de ce médicament pulvérisé. Il est certain que les corps solides sont peu propres à être absorbés, et que la chaleur développée dans cw frictions doit favoriser la volatilisation et la déperdition du camphre. Or à quoi se réduit son action dans cette circonstance? Parmi les diverses préparations du camphre, on voit figurer une huile de camphre, qui est fort différente de l'huile camphrée , et qui consiste dans une dissolution dans l'acide nitrique , et qui a été recommandée comme cathérétiquc. E.st-ce le camphre , ou. n'est-ce pas plutôt l'acide nitrique qui jouit de la vertu caustique ? et les résul^ tats sont-ils différens de ceux qu'on obtiendrait de l'acide nitrique employé séparément? Telles sont les questions qui se présentent naturellement à l'esprit, et qui devraient se représenter sans cesse dans l'application des moyens thérapeutiques.

Le camphre était autrefois d'un usage presque journalier; aussi a t-il exerce l'imagination des médecins et des pharmaciens qui, par des manipulations diverses, prétendaient accroître ou diminuer son énergie. Il fait la base de quelques préparations pharmaceutiques ; dans d'autres on le retrouve seulemen comme un ingrédient plus ou moins important. Valcool camphré, qui s'emploif très-fréquemment, contient cinq gros de camphre par livre de liquide. On se ser pour cette solution d'alcool affaibli. On prépare aussi un -vinaigre camphré don la proportion est d'un demi-gros par livre , mais qui peut , sans inconvénient être portée beaucoup plus loin. Nous avons dit précédemment ce que c'étai que l'huile de camphre, qui d'ailleurs est peu usitée ; l'huile camphrée, au contraire , dont on se sert à chaque instant pour faire des onctions , des frictions , des embrocations , est une solution de camphre, en quantité arbitraire , dans l'huile d'amandes douces, ou dans l'huile d'olives. On choisit souvent pour cela l'huile de camomille, c'est à-dire, l'huile d'olives, dans laquelle on a fait bouillir des fleurs de camomille.

Le camphre est un des ingrédiens principaux du baume opodeldoch , composé dont le nom bizarre a fait fortune , et qui renferme, outre. lé camphre, du savon de tBoelle de bœuf, de l'alcool , de l'eau distillée de thym , des huiles essentielles de thym, de romarin et de l'ammoniaque, et dont les propriétés excitantes n'ont rien de spécial.

Toutes ces préparations ne servent qu'à l'extérieur ; il en est d'autres , mais nous n'avons cru devoir citer que les plus connues. A l'intérieur on emploie le camphre en substance , et comme il n'est pas soluble dans l'eau, quand on veul le donner en potion ou en lavement , et surtout de cette dernière façon , on le triture avec un jaune d'œuf , qui en favorise la suspension. La dose est depuis six grains jusqu'à un ou deux gros , qu'on donne par doses plus ou moins fractionnées et distantes l'une de l'autre. Nous avons vu , dans le cours de cet article, qu'on a également employé le camphre dissous dans le vinaigre radical , à la dose d'un gros par once , et qu'on administre par cuillerées dans un véhicule approprié. En général , lorsqu'on veut donner le camphre par l'estomac, c'est en pilules qu'on a coutume de le prescrire , pour éviter l'impression <lésagréable qu'il fait sur l'organe du goût lorsqu'il est en solution. On l'associe d'ordinaire à d'autres substances, mais principalement avec le nitrate de potasse. ' Trois grains de chacun des deux forment les célèbres bols camphrés et nitrés, auxquels étaient inévitablement condamnés , il y a quinze ou vingt ans , tous les malades ayant délire , soubresauts des tendons ou sécheresse de la langue. Ce fut à cette époque environ qu'on inventa Yeau élhéréc camphrée , préparation qui jouit d'une certaine renommée, et qui depuis est tombée dans l'oubli. Elle se fait en dissolvant quatre gros de camphre dans une once et demie d'éther sulfurique très rectifié , qu'on étend dans deux livres d'eau pure; de manière que chaque once représente neuf à dix grains de camphre et vingt-cinq grains d éther. Cette eau, à la dose de deux à quatre onces , faisait la base de potions auxc|uelles on ajoutait de l'extrait de quinquina , de l'acétate d'ammoniaque, et d'autres médicamens analogues.

L'eau camphrée, qui ne contenait à peine que quelques atomes de camphre en suspension, a été abandonnée avec raison, comme une préparation contraire à toute connaissance sur les propriétés physiques et chimiques de ce médicament.

(F. Ratieb.)

CAMPHRE {toxicologie). Le camphre , envisagé sous le rapport toxicologi-j que , présente quelque intérêt , tant à cause des phénomènes qu'il développÇj

CANCER

ue parce qu'il est très-répandu dans le commerce, et que souvent les doses nxquelles on le prescrit en médecine sont portées trop loin. Alcool camphré , ou eau-de-vie camphrée; liquide incolore ou légèrement oloré en laune; exhalant une odeur de camphre, légèrement modifiée par elle de l'alcool ; d'une saveur forte , amère , chaude et piquante ; volatde en otalité ; jetée dans l'eau , elle la trouble et fournit une matière blanche qui s'y ient en'suspension. Dans ce cas, l'alcool se combine avec l'eau , et le camphre stmis à nu. On peut le recueillir et le reconnaître aux signes indiqués précélemment. L'alcool camphré brûle avec une flamme blanche qui n'est plus celle le l'alcool seul.

Le camphre et ses préparations exercent une influence très-marquée sur les nimaux. On a fréquemment expérimenté cette substance , et l'on a vu qu'elle léveloppait des symptômes en quelques points analogues à ceux produits par anoix vomique et les diverses espèces Ae strjrchnos , mais qui en différaient celendant en ce que les symptômes paraissent plutôt dépendre d'une action sur le ystème en général, que sur la moelle épinière en particulier, ce qui a lieu dans ■empoisonnement par la noix vomique. Voici, au surplus , les phénomènes que 'onobserve quand on fait prendre deux ou trois gros de camphre en dissolution ,

unchien de moyenne taille , et qu'on lie l'œsophage afin de s'opposer au vomisement. Quelques instans s'écoulent après l'introduction du poison sans que l'aninal présente de phénomène remarquable. Bientôt il parait inquiet ; sa démarche levient vacillante ; sa tète fait quelques mouvemens convulsifs qui la jettent en rrière , etbientôt tous les muscles du corps entrent en convulsion. A ce moment 'animal tombe sur le côté et s'agite en tous sens; les convulsions cessent etle calme ;st rétabli ; il dure pendant vingt ou vingt cinq minutes , intervalle de temps penlant lequel le chien paraît avoir recouvré l'usage de ses sens. Mais bientôt une louvelle attaque s'annonce par les secousses de la tête et son renversement en irrière ; alors un saut brusque, comme pour faire la culbute, jette l'animal à erre ; mais quelquefois il a d'abord exécuté des marches irrégulières dans la ihambre qu'il a parcourue en sens divers , et avec une assez grande facilité frexécution dans les mouvemens , si ce n'est dans les derniers momens où elle larait un peu gênée. Dans d'autres cas, il se raidit en portant son corps en irrière et eu paraissant prendre un point d'appui avec ses pâtes de devant. Tombé de côté , tous les muscles de la face entrent en convulsions , les yeux leviennent fixes, immobiles, saillans ; les muscles de la mâchoire sont violemiient agités , la gueule remplie d'écume; les gencives et les lèvres deviennent

ioleltes; tous les muscles des extrémités sont dans des convulsions horribles ; .1 respiration devient laborieuse , elle exhale l'odeur de camphre. Cette nou- ■elle attaque cesse, mais une troisième lui succède à un intervalle plusrappro-

hé : elle débute d'un manière plus violente, persiste pendant plus long-temps, ■t c'est dans un accès de ce genre que l'animal succombe à l'asphyxie résultant de la raideur convulsive des muscles respiratoires. En effet, la difficulté de resjiirer est telle qu'il ouvre la gueule pour aspirer une plus grande quantité d'air, [iorsqu'on ne pratique pas la ligature de l'œsophage, des vomissemens ont lieu presque constamment.

! Quand on examine l'estomac et les intestins d'un chien qui a succombé à Taclion du camphre, on trouve des traces non équivoques d'inflammation , consis- :ant en des plaques ou bandes rouges , mais sans ulcération. Néanmoins, cette altération ne répond pas aux symptômes observés pendant la vie de l'animal, 31 ne peut pas les expliquer; c'est ce qui porte déjà à admettre que le camphre ;st absorbé et porté dans le torrent de la circulation. L'expérience vient consacrer cette présomption. Quand on incise la peau d'un animal et que l'on injecte dans le tissu cellulaire du camphre dissous, l'animal présente les mêmes iymptômes; seulement ils sont moins intenses. Si Ton injecte quelques grains de îamphre dans les veines , ou observe que l'injection, à peine terminée , est iliuivie de convulsions et de raideur tout à fait analogues à celles que Ton observe 'dans le cas où cette substance est introduite dans Testomac,

On ne connaît chez Thomme que quelques exemples d'accidens développés, par le camphre. Ils n'ont jamais été assez intenses pour compromettre la vie des individus qui en étaient atteints, et jamais aucune médication spéciale n'a été mise en usage pour les combattre. Évacuer le poison et calmer le système nerveux par l'opium , les bains , les saignées , telles sont les deux indications principales que le praticien doit chercher à remplir. Je suis porté à penser que les saignées seront en général utiles , à cause des symptômes que Ton observe dans cette sorte d'empoisonnement : tels que la couleur rougé, l'injection et la vivacité des yeux , la coloration des lèvres et les gencives, l'agitation et l'excitation générale auxquelles est en proie l'individu qui est sous l'influence du camphre. ( Alph. Devergie.)

CANCER , mot latin dont la signification est crabe , cancre. Ce mot , qui est l'équivalent du mot grec y.vpxi-Mi , n'a d'abord été introduit , dit-on , dans la langue pathologique, que pour désigner une tumeur du sein, environnée de grosses veines , imitant, jusqu'à un certain point, les pâtes d'un crabe. On voit donc ique le mot cancer, ou xa^xfvsj, est une de ces expressions figurées pour les- 'quelles les Grecs avaient tant de goût. D'ailleurs , nous sommes bien forcés de recourir, même dans les sciences , à de telles expressions, toutes les fois que la nature des choses que nous voulons nommer , nous est plus ou moins complètement inconnue ; et certes les médecins grecs et latius étaient loin d'avoir la moindre notion précise sur la nature intime de la maladie à laquelle ils donnèrent le nom de xayjxtyoj ou de cancer. Quoi qu'il en soit, cette dénomination fut appliquée par la suite à toutes les autres maladies , soit externes, toit internes, qui avaient une ressemblance frappante avec celle des mamelles pour laquelle il avait été primitivement créé, et c'est ainsi que, d'individuelle, l'e^tpression cancer devint générique. En conservant une e:;ï.pression éminem-

|i DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

) CANCER

ment vicieuse aujourd'hui , du moins à ne considérer que la grossière analogie qui lui sert d'origine, les modernes y ont attaché des idées beaucoup plus précises que n'avaient pu le faire les anciens, privés qu'ils étaient de l'utile flambeau de l'anatomie pathologique. Néanmoins , la science ne paraît pas encore assez avancée pour que Ton puisse résoudre d'une manière définitive diverses questions relatives au cancer , et Ton peut dire , sans craindre de se tromper , que , sous quelques rapports , c'est une des maladies dont Thistoire réclame le plus impérieusement de nouvelles recherches.

Nous allons essayer de mettre sous les yeux du lecteur un tableau fidèle de l'état actuel de nos connaissances sur ce point aussi important que difficile de la pathologie. Dans une première partie de cet article, nous étudierons le cancer en général ; nous consacrerons la seconde à Thistoire de chaque cancer en particulier.

Nous nous proposons ici d'exposer ce qu'il y a de commun entre tous les cancers, sous le rapport de leurs caractères analomiques, de leurs symptômes, de leur marche , de leurs causes , soit prédisposantes , soit eflicientes , de leur nature et de leur traitement. Par conséquent, dans la seconde partie , nous n'aurons plus qu'à faire connaître les traits propres à chaque cancer en particulier, et, grâce à cette méthode, nous épargnerons au lecteur une foule do répétitions, qu'il importait d'ailleurs d'autant plus d'éviter que par lui-même notre sujet est nécessairement long à traiter.

Abt. I"'. Caractères anatomiques et siège du ca.icei: — On a long-temps confondu , sous le nom de cancer, plusieurs altérations anatomiques essentiellement différentes entre elles. C'est à M. Laennec qu'appartient la gloire d'avoir, le premier, décomposé pour ainsi dire le cancer des anciens, et d'y avoir démontré la présence d'élémens bien distincts. D'après cet illustre anatomo-pathologiste, il faut admettre deux classes de productions accidentelles :dans la première se rangent les tissus anormaux qui ont des analogies parmi les tissus naturels de l'économie; dans la seconde , ceux qui n'en ont point. Les productions de cette dernière espèce, quoique très-nombreuses et dilTérenfes entri; elles, ont été confondues, suivant M. Laennec, sous les noms vagues et indéterminés de squirre , de carcimone , de stéatome , de tumeurs lardacées , cancéreuses, etc.

Parmi les productions anormales que M. Laennec considérait comme n'ayant point d'analogues dans les tissus naturels, il faut distinguer les tubercules , le squirre j les encéphaloides ou la matière cèrébriforme et les mèlanoses. Quoique tous ou plusieurs de ces élémens anormaux puissent se rencontrer dans des tumeurs vaguement désignées sous le nom de cancer, il est cependant incontestable, et M. Laennec en convient lui-même, que c'est plus spécialement aux productions squirreuses et encéphaloides que le nom de cancer est aujourd'hui réservé. Laissant donc de côté les tubercules et les mèlanoses que presque personne ne désigne aujourd'hui sous le terme de cancer , bien qu'assez récemment on ait voulu faire de cette dernière production une espèce de cancer (cancer /we/a/îe de M. Alibert), nous ne décrirons, comme constituant essentiellement le cancer considéré anatomiquement, que les matières squirreuse et encéphaloïde ou cèrébriforme.

En traçant cette description , nous mettrons à contribution les nombreuses recherches de M. Laennec sur la matière qui en constitue le sujet.

Selon M. Laennec, le squirre et la matière cèrébriforme , ainsi que les autres productions accidentelles qui n'ont point d'analogues dans les tissus de l'économie, offrent, dans le cours de leur évolution, deux états différens, qu'il désigne , le premier sous le nom d'état de crudité , le second sous celui d'état de ramollissement.

fo Squirre. — Dans sa période de crudité , le squirre est une matière d'un blanc tantôt parfait, tantôt un peu bleuâtre ou grisâtre, légèrement transparente , d'une consistance telle qu'elle crie ordinairement sous le scalpel qui l'incise, et qui varie depuis celle de la couenne de lard, avec laquelle le squirre a été justement comparé , jusqu'à une dureté voisine de celle des cartilages. Ordinairement homogène , cette matière semble se diviser en masse , qui se subdivisent elles-mêmes en lobules , réunis par un tissu cellulaire serré , et dont la forme, d'ailleurs très-variable , ofTre cependant quelquefois, suivant M. Laennec , une sorte de régularité , et se rapproche de celle des alvéoles d'un rayon de miel. Plusieurs squirres ont une grande ressemblance avec la substance du navet , les autres avec celle du marron , etc.

Dans sa période de ramollissement , cette matière prend graduellement la consistance et Taspect d'une gelée ou d'un sirop, dqnt la transparence est quelquefois troublée par une teinte grisâtre sale, ou par un peu de sang.

Le squirre présente, soit dans l'état de crudité, soit dans celui de ramollissement, plusieurs différences dont quelques-unes constituent , selon M. Laennec, des variétés et peut-être même des espèces particulières. Quelques-unes de ces variétés ont reçu récemment des noms particuliers ( squirre pancrèatoide , squirre napiforme , etc. ).

2» Matière encéphaloïde ou cèrébriforme. — La matière cèrébriforme peut exister sous trois formes différentes : ainsi, elle est tantôt enkystée , tantôt rassemblée en masses irrégulières non enkystées , tantôt enfin , infiltrée dans le tissu des organes.

Parvenue à son entier développement, et pour ainsi dire à son état de maturité, la matière cèrébriforme est homogène, d'un blanc laiteux, à peu près semblable à la substance médullaire du cerveau; elle offre ordinairement, par endroits , une légère teinte rosée ; coupée par tranches minces , elle a une légère transparence , tandis qu'elle est opaque quand on en examine une masse

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un peu épaisse ; sa consistance est analogue à celle du cerveau humain ; mais son tissu est ordinairement moins liant, et se rompt ou s'écrase plus facilement entre les doigts. Selon qu'elle est plus ou moins ramollie, cette matière morbifiqiie présente une ressemblance plus exacte avec telle partie du cerveau qu'avec telle autre. Le plus souvent elle offre l'aspect et la consistance de la substance médullaire d'un cerveau un peu mou, comme celui d'un enfant. C'est sans doute cette ressemblance qui a fait donner, par les médecins anglais, le nom de mcdulLary tumor à l'espèce de production que nous décrivons ici. En pressant entre les doigts une masse encéplialoïde qu'on a incisée, on voit sourdre ordinairement à la surface de l'incision une matière analogue à du suif fondu.

Lorsque la matière cérébriforme est réunie en masses plus ou moins volumineuses, celles-ci présentent ordinairement un assez grand nombre devaisseaux sanguins , dont les troncs parcourent leur superficie et s'enfoncent dans leurs scissures , tandis que leurs ramifications pénètrent le tissu même de la matière morbifique. Comme les tuniques de ces vaisseaux sont très-minces , elles sont fort sujettes à se rompre. Le sang qui s'extravase alors forme des caillots , souvent assez volumineux , au milieu de la matière cérébriforme , et il peut en résulter une lésion qui retrace quelquefois d'une manière frappante celle que l'on observe dans le cerveau d'un individu mort d'apoplexie sanguine.

Ces épanchemens peuvent quelquefois être très-considérables et envahir la totalité de la masse cérébriforme, dont quelques points restés intacts indiquent seuls alors la nature. Un tel accident survenu dans les tumeurs cancéreuses extérieures paraît avoir donné lieu, suivant M. Laennec , à la dénomination de Jongus hœmatodes , par laquelle quelques chirurgiens modernes ontdésigné.des cancers qui, après s'être ulcérés , offrent une surface boursouflée et répandent une grande quantité de sang. M. Laennec croit aussi que ces chirurgiens ont confondu sous le même nom des tumeurs d'espèces différentes , particulièrement celles qu'on appelle communément variqueuses , et qui consistent dans le développement d'un tissu accidentel fort analogue à celui des corps caverneux de la verge.

La matière cérébriforme , selon M. Laennec, ne conserve pas longtemps l'état qui vient d'être décrit ; mais elle tend sans cesse à se ramollir, et bientôt sa consistance égale à peine celle d'une bouillie un peu épaisse. Alors commence une nouvelle période. Les progrès du ramollissement deviennent de plus en plus prompts , et la matière cérébriforme acquiert une liquidité semblable à celle d'un pus épais ; cependant elle conserve toujours sa teinte blanchâtre ou d'un blanc rosé. Parfois , à cette époque du ramollissement, ou même un peu auparavant, le sang extravasé des vaisseaux qui parcourent la masse cérébriforme se mêle à cette matière et lui communique une couleur d'un rouge-noir, et un aspect semblable à celui des caillots de sang pur. Plus tard le sang ainsi extravasé se décompose; la fibrine se concrète et se combine, ainsi que la partie colorante, avec la matière cérébriforme, tandis que la partie séreuse est absorbée. Le mélange peut être si intime que l'on serait tenté de regarder les masses cérébriformes ainsi infiltrées de sang comme des matières morbifiques d'une espèce particulière, si quelques portions de la tumeur ordinairement exemptes de l'infiltration sanguine n'en indiquaient la nature.

Ces caractères de la matière cérébriforme considérée dans la dernière période de son développement sont absolument les mêmes dans les trois formes que cette matière peut revêtir. Voici maintenant, d'après M. Laennec, les caractères propres à chacune de ses formes , étudiée dans sa première période.

Première Jorme. ( Masses cérébriformes enkystées. ) — La grosseur des masses cérébriformes enkystées est très-variable , il en est d'aussi petites qu'une aveline et de plus grosses qu'une pomme de moyenne grosseur. Les kystes qui les enveloppent doivent être rangés parmi les cartilages imparfaits. La matière cérébriforme se détache avec assez de facilité de la surface interne de ces kystes, elle est ordinairement séparée en plusieurs lobes par un tissu cellulaire trèsfin, comparable, sous ce rapport, à la pie-mère, et parcouru, comme cette den\ière, par un grand nombre de vaisseaux sanguins. C'est principalement dans leur première période , celle de crudité , que les masses encéphaloides enkystées offrent des lobes très-marqués. Ces lobes sont surtout prononcés à la périphérie de la tumeur , où leurs divisions représentent quelquefois assez bien les circonvolutions cérébrales. Dans cette période, la matière cérébriforme , d'une fermeté assez grande , et souvent même supérieure à celle de la couenne de lard, coupée en tranches minces, offre une légère transparence; sa couleur est d'un blanc terne , grio de perle ou même jaunâtre. Si l'on incise une tumeur cérébriforme dans sa première période , elle parait subdivisée intérieurement en lobules beaucoup plus petits que ceux de sa surface extérieure. Intimement appliqués les uns contre les autres, ces lobules intérieurs ne laissent aucun intervalle entre eux. Us ne se distinguent les uns des autres que par des lignes rougeàtres, traces du tissu cellulaire injecté qui se trouve interposé entre eux. Ces lignes décrivent des espèces de volutes ou d'autres courbes irrégulières.

Deuxième J'arme. ( Masses cérébriformes non enkystées. ) — Le volume de ces masses est extrêmement variable. Il en est de plus grosses que la tête d'un foetus à terme , et d'aussi petites qu'un grain de chènevis. Leur forme , ordinairement sphéroïde, est quelquefois aplatie, ovoïde, ou tout-à-fait irrégulière. En général elle varie suivant celle des organes où se développe la masse cérébriforme , et suivant la disposition des parties environnantes. La surface extérieure de cette masse, divisée en lobes que séparent des scissures plus ou moins profondes , est cependant moins régulièrement bosselé que celle des musses encéphaloides enkystées. Les masses cérébriformes non enkystées , dans

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leur période de crudité , offrent un tissu plus transparent que par la suite ; (, tissu, presque incolore, présente d'une manière très-légère un œj7 bleudtri il est assez dur et divisé en lobules nombreux ; son aspect est alors gras et assd semblable à celui du lard. 1 Troisième forme. ( Matière cérébriforme infiltrée. ) — On distingue cetl forme de la précédente (encéphaloïde non enkystée) en ce qu'elle est constî tuée par des masses non circonscrites , et dans lesquelles la matière cérébri forme se montre d'autant plus voisine de l'état de crudité qu'on l'examine ph loin du centre de ces masses. Elle offre en outre un aspect très-varié , en rason de son mélange en diverses proportions avec les différens tissus organiqu» au sein desquels elle prend naissance.

Tels sont les caractères du squirre et de la matière encéphaloide , produ. tions qui, tantôt seules , tantôt combinées avec quelques autres, constituent h maladies désignées sous le nom de cancers.

Nous avons vu que M. Laennec considère comme un résultat du ramollisst ment de la matière dite squirreuse les produits gélatiniformes que l'on ret contre fréquemment dans les masses appelées cancéreuses. Il n'existe, ceper dant , aucune preuve de cette métamorphose du squirre proprement dit , et est extrêmement probable que les matières gélatiniformes que l'on rencontt dans certaines tumeurs cancéreuses n'ont point commencé par être d'un dureté squirreuse , mais qu'elles se sont déposées sous la forme qui leur é propre dans les mailles du tissu cellulaire, et qu'elles n'ont qu'un simple raf port de coïncidence avec la matière squirreuse elle-même. Une opinion sembh bleà celle qui vient d'être émise ici a d'ailleurs été déjà adoptée par M. Andra ( en ce qui concerne la matière encéphaloïde. Laissons parler cet auteur luif même : « Une tumeur squirreuse prend elle une teinte d'un blanc de plus e 1. plus mat, des vaisseaux viennent-ils à s'y dessiner, au lieu de l'appelé, » squirre, Laennec lui a imposé le nom àetissu encéphaloïde à l'état de crudité » nom impropre, puisqu'à cet état, il n'y a aucune ressemblance entre cett « matière et la pulpe cérébrale. D'un autre côté , rien ne prouve que lamatièr. » demi-liquide , comparée très-exactement par le même observateur à la sub' » stance du cerveau , et qu'il a appelée tissu encéphaloïde à l'état de ramollii B sèment, mais à laquelle il serait plus convenable de donner exclusivemer 11 le nom de matière encéphaloïde , ne puisse exister qu'après avoir passé pa » un autre état dans lequel elle serait dure et d'un blanc mat. La matière encé ï> phaloïde est effectivement une des variétés les plus tranchées des produit :> morbides organisables. Elle contient le plus ordinairement des vaisseaux o » au moins du sang. Tantôt elle existe seule, tantôt elle se trouve au sein d » tumeurs diverses , mais je ne connais aucun fait qui démontre qu'elle en soi » une transformation. Il est probable au contraire que cette transformation n' » réellement pas lieu. C'est cette même matière encéphaloïde que quelque » auteurs ont désignée sous le nom de sarcome médullaire. » ( Précis d'anatomi pathologique, tome 1er.)

Ce n'est pas assez d'ailleurs que de connaître les caractères physiques de productions désignées sous le nom de cancer , il faudrait chercher à détermine leur composition intime ou chimique. Suivant M. Andral, la fibrine , solidifié dans les vaisseaux sanguins, constitue quelquefois au sein des organes des mas ses blanchâtres semblables a,ix tumeurs dites cancéreuses. Sur le cadavre d'ui homme de moyen âge, cet obsei-vateur trouva l'un des poumons rempli d. masses de cette espèce. L'artère pulmonaire, dans ses moyennes ramifications était gorgée d'une matière solide, d'un blanc sale, rougeâtre en quelque points, liquide et semblable à une bouillie grisâtre en quelques autres. Cett matière , attentivement examinée , ne parut à M. Andral être autre chose qm du sang solidifié , réduit à l'élément fibrineux , avec conservation de la matièr colorante en quelques points, etçà et là liquéfaction de la fibrine. En poursui vant la dissection, M. Andral constata dans les plus petits vaisseaux, aussi loii qu'il lui fut possible de les suivre , la présence d'une semblable matière , et i se convainquit que les masses blanchâtres qui parsemaient le poumon , au liei d'être ou une dégénération de l'organe , ou un tissu accidentel formé de toute pièces au milieu de lui, n'étaient autre chose que des assemblages de petit vaisseaux remplis par de la fibrine solide , et en grande partie décolorée M. Andral s'est également assuré que, dans le foie , aussi certaines masses dite: cancéreuses sont produites par des ramifications de la veine-porte , remplie,' de fibrine solide, plus ou moins complètement décolorées. Ce médecin a vi la même chose dans un rein : une concrétion fibrineuse, d'un blanc sale, remplissait la veine cmulgente , aux parois de laquelle elle adhérait ; elle se prolongeait dans les divisions de cette veine , et on pouvait la suivre dans ses plu! petits rameaux, dans les points du rein où, avant cette dissection , l'on n'avaii va autre chose que des masses blanches ou d'un rouge pâle, que Laennec aurait appelées du tissu encéphaloïde à l'état de crudité. Il y a déjà quelque.' années que l'auteur de cet article a publié , dans le Journal complémentaire un fait assez analogue à ce dernier. Dans un cas d'encéphaloïdes du rein, il trouva dans les veines émulgentes et dans la veine-cave une mafière fibrineuse concrète et altérée , qui avait une ressemblance presque parfaite avec la matière encéphaloïde dont le rein était rempli. M. Velpeau, qui a eu occasion d'observer quelques faits de ce genre , en avait conclu que le cancer peut se développer primitivement dans le sang. Il vaut beaucoup mieux dire avec M. Andral qu'une certaine altération de la fibrine du sang est une condition qui joue un rôle important dans la formation de quelques productions cancéreuses. Que si cette altération de la fibrine coagulée dans les vaisseaux peul être confondue aveç ce que M. Laennec a désigné sous le nom de matière encc phaloïde, on conçoit très-bieu que la même chose peut arriver, ajoute M. Andral , lorsque celte fibrine altérée , sortie de ses vaisseaux , est rassem-

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lée en masse plus ou moins considérable au sein d'un organe quelconque.

Comme ces masses fibrineuses ont une grande disposition à s'organiser , en dmettant qu'elles constituent un des principaux élémens des productions cancéreuses, on se rend facilement compte de la présence de vaisseaux de nouvelle formation au sein de ces productions.

Espérons que des recherches multipliées sur la structure intime et la composition chimique des diverses productions anormales en général , répandront sur ce point d'anatomie pathologique de nouvelles lumières, et que nous verrons enfin disparaître plusieurs des difficultés que l'on rencontre encore, lorsque l'on veut classer d'une manière méthodique ces productions. Elles ne sont peut-être pas aussi nombreuses qu'on pourrait le penser au premier abord , si on réfléchit que , parmi celles considérées comme constituant des espécss simples , il en est plusieurs qui consistent uniquement dans la réunion de deux 5u plusieurs de celles qui méritent vraiment le nom de simples , de primitives DU d'élémentaires , et que, pour cette raison, M. Laennec avait appelées des productions composées.

Quoi qu'il en soit, les productions désignées sous le nom de cancer peuvent îxister avec ou sans solution de continuité de l'organe où elles se sont développées. Cette solution de continuité ou mieux l'ulcération des organes cancéreux peut être primitive ou consécutive.

Lorsque la formation de la matière cancéreuse (squirreuse ou cérébriforme ) ;st précédée d'une ulcération, les chirurgiens désignent ordinairement la maadie sous le nom d'ulcère cancéreux.

Lorsque, au contraire, l'ulcération est consécutive au développement de la natière cancéreuse , ils donnent à la maladie le nom de cancer ulcéré. Maintenant que nous connaissons les caractères anatomiques des productions ancéreuses, pouvons-nous déterminer quel est le siège immédiat de ces proluctions? Si l'on considère que , quelque différens que soient entre eux les organes au sein desquels elles peuvent se développer, les productions cancéreuses présentent néanmoins partout les mêmes caractères , on aura de grandes raisons lie croire que c'est dans la trame celluleuse de ces organes que ces productions )rennent naissance. Cette opinion est d'autant plus probable que le tissu cellulaire ou cellulo-graisseux libre est très-souvent lui-même le siège de tumeurs :ancéreuses. Les matières gélatiniforme , melliforme , albuminiforme , etc. , :jiie l'on rencontre dans les tumeurs de ce nom sont sécrétées par le tissu cellulaire et se déposent dans ses aréoles, en même temps que les parois de celles-ci s'indurent, s'épaississent et s'hypertrophient. N'oublions pas aussi , jue , dans certains cas , suivant M. Andral , la matière encéphaloïde parait l'être autre chose qu'une altération de la fibrine contenue ou non dans les vaisseaux.

Lorsque c'est dans le tissu cellulaire des organes parenchymateux que seforiient les matières cancéreuses , il peut en résulter une compression considérable il même une véritable atrophie de ces organes. Ce cas se rencontre assez fréquemment.

Art. II. — Symptômes et marche du cancer. — Cachexie cancéreuse. — Diagnostic.— Soit que nous portions nos regards sur les phénomènes locaux qui se ïnanifestent pendant le développement des productions cancéreuses, soit que lous considérions la manière dont le cancer, aux diveises phases de son évoulion , réagit sur l'économie, il est bien difficile de séparer nettement les sympi.ômes de cette maladie de ceux qui appartiennent à celle quia été décrite sous ie litre d inflammation chronique.

i Quelques praticiens avaient pensé que l'existence des douleurs lancinantes itait un signe caractéristique des affections cancéreuses. Mais dans une foule de -js , ces affections ne sont point accompagnées des douleurs indiquées ; celles- ;i ne se manifestent que dans les circonstances où le cancer, occupant un organe îénétré ou entouré de nerfs plus ou moins nombreux provenant de la moelle jpinière , ces nerfs ou leurs ramifications viennent à s'irriter. C'est ce qui a iurtout lieu dans les cancers du sein, de la face, des membres, du rectum et Ju col de l'utérus , etc. Quant à une foule d'autres cancers , tels que ceux du pie, des reins, de la rate, des poumons, etc., il est certain qu'ils ne donnent presque jamais lieu aux douleurs lancinantes ; celles-ci ne se développent que lorsque le mal s'étendant hors de leur parenchyme , envahit le tissu cellulaire ^t détermine une irritation des nerfs voisins. D'ailleurs , des douleurs lanciantes peuvent apparaître dans des cas où il n'existe aucune trace de cancer. En général, les productions cancéreuses se développent lentement et sans ue l'organe où elles siègent éprouve une notable augmentation dans sa tempéature. Ce n'est que dans les cas où une inflammation aigué vient à s'emparer es parties où croissent les tissus dits cancéreux , ou dans ces tissus eux-mêmes ue l'on observe une chaleur vive , ainsi que les autres symptômes de l'inflamlalion aiguë en général.

Les productions ou végétations cancéreuses doivent être considérées comme les espèces de corps étrangers qui gênent mécaniquement les fonctions des oranes qu'elles occupent. Quant aux effets qui résultent de cette gêne , ils diffèent selon les organes et ne seront énumérés que dans l'histoire de chaque caner en particulier. Ils sont d'autant plus graves que l'organe malade est plus Important, et, dans quelques cas, ils le sont assez pour être une cause inévi- |table de mort.

Ce n'est guère qu'à l'époque où s'opère le ramollissement des productions fcancéreuses , qu'on voit se manifester des phénomènes de réaction générale. Alors, comme dans les phlegmasies chroniques purulentes, le teint s'altère, il devient tantôt terne, plombé , livide , tantôt d'un jaune de paille, ou d'un blanc de cire ; une fièvre hectique s'allume , l'amaigrissement survient , les liquides le dépravent et toutes les fonctions se détériorent. C'est à cet ensemble de

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symptômes, probablement produit en grande partie par la résorption d'une certaine quanlilé de la matière ramollie , que les auteurs oui doimt! le nom de cachexie cancéreuse. Ce n'est qu'au bout d'un temps plus ou moins long que cette cachexie amène la mort.

u Suivant M. Laennec, pendant la plus grande partie de l'existence des eno céphaloïdes , il n'y a pas de fièvre sensible; et dans beaucoup de cas même, 11 la mort arrive sans que le pouls ait jamais offert d'altération notable. Quand « il existe un mouvement fébrile bien marqué , il parait ordinairement dù à 11 des' circonstances accidentelles, plutôt qu'à la présence des encéphaloïdes >i elles-mêmes. Ainsi , lorsque ces tumeurs , à raison de leur position, gênent 11 des organes essentiels , ou occasionent une inflammation locale plus ou moins » étendue; lorsque l'irritation produite par leur présence détermine un flux n abondant d'un liquide quelconque , la fièvre se développe assez souvent et n peut même devenir très-forte. Mais ce n'est guère qu'aux approches de la » mort que l'on voit paraître la fièvre , sans que l'on puisse l'attribuer à autre 11 chose qu'à l'action délétère delà matière morbifîque sur l'économieanimale.

n Les encéphaloïdes peuvent exister long-temps sans produire un notable « amaigrissement. Mais ce symptôme est constant vers l'époque de la ternù- » naison de la maladie , et il marche alors très-rapidement. Les seuls cas où la » mort arrive sans qu'il y ait eu d'amaigrissement sont ceux où elle est déter- I) minée parla situation même des tumeurs morbifiques, et par la pression » qu'elles exercent sur des organes essentiels, comme le cerveau ou le poumon. » Les cas, au contraire, où l'amaigrissement s'annonce de bonne heure, sont » ceux où la matière morbifique, à raison du lieu où elle s'est développée, oc- B casione un flu.-ï colliquatif , propre par lui-même à causer l'amaigrissement , 1) comme il arrive dans les squirres de la matrice.

» L'hydropisie n'est point un effet nécessaire du développement de !a matière » morbifique dont il s'agit ; mais elle survient cependant assez fréquemment » aux approches de la mort , surtout lorsque la matière cérébriforme s'est dé- » veloppée dans le foie ou dans la matrice. »

Ces dernières réflexions sont très-justes : nous ajouterons que les encéphaloïdes du foie déterminent ordinairement l'ascite, tandis que celles de l'utérus produisent l'infiltration des membres inférieurs. Il est facile de se rendre compte de l'accident en question, en considérant que chez plusieurs individus atteints d'encéplialoides du foie , on rencontre le tronc de la veine-porte ou ses principales ramifications oblitérés , ou simplement comprimés par les masses cancéreuses, et que chez les femmes affectées de cancer utérin, il n'est pas rare , ainsi que je m'en suis assuré, de trouver une oblitération , ou du moins une compression des grosses veines du bassin , oblitération qui s'étend quelquefois, d'une part, à la veine-cave, et d'autre part aux veines des membres inférieurs. Ce n'est qu'en déterminant directement ou indirectement un obstacle à la circulation veineuse que les masses cancéreuses produisent des hydropisies plus ou moins considérables.

Rapprochons maintenant de ce qui vient d'être dit sur les symptômes du cancer, les remarques de M. Andral sur les symptômes des produits organisables en général , produits parmi lesquels il classe ceux qui portent le nom de sqiiirre et de matière encéphaloïde.

« Considérés dans ce qu'ils ont de général et de commun , les symptômes qui accompagnent les produits morbides indiqués peuvent, selon cet auteur , se ranger dans les séi'ies suivantes :

» La première série de symptômes dépend du seul fait du développement du produit morbide au milieu d'un tissu vivant , et de la somme d'activité vitale que consume ce développement. De là, tantôt quelques symptômes locaux, comme une douleur variable en nature et en intensité ; tantôt absence complète de symptômes locaux , et seulement altération du mouvement nutritif général , diminution graduelle de l'cnbonpoint et des forces , quelques accès de fièvre erratique. Q'ielquefois il est impossible de reconnaître le point de départ de ce dérangement de la santé.

» Une seconde série reconnaît pour cause les divers états pathologiques , dont le produit morbide peut devenir lui-même le siège. 'Vient-il , par exemple, à s'irriter , à se congestionner? on observera pendant la durée de cette irritation, soit une douleur insolite, soit une réaction fébrile, soit divers désordres nerveux.

« Une troisième série se rattache à l'état des parties qui entourent le produit morbide. Suivant que celles-ci sont restées saines ou devenues malades, suivant le degré et la nature de leur affection, selon qu'elle est aiguë ou chronique, continue ou intermittente, on voit apparaître divers groupes de symptômes qui n'appartiennent point au produit morbide lui-même. Il importe de ne pas perdre celte circonstance de vue , puisqu'on peut en tirer la conséquence pratique , que, lorsque apparaissent ces symptômes, on peut essayer de les combattre, sans chercher à modifier le produit morbide lui-même.

» Une quatrième série de symptômes se manifeste à l'époque où s'accomplit le travail d'élimination. C'est alors que la douleur locale apparaîtou s'exaspère ; c'est alors qu'un mouvement fébrile continu s''établit, qu'un dépérissement considérable a lieu; c'est alors , enfin , que le sang , modifié dans sa composition , donne à la peau cette teinte jaune-paille , que l'on a regardée comme caractérisant cet état que les auteurs ont appelé cachexie cancéreuse.

» Enfin, une cinquième et dernière série de symptômes coïncide avec l'ulcération qui suit la destruction du produit morbide. Ces symptômes varient suivant que l'ulcération marche vers la cicatrisation , suivant qu'elle s'étend de plus en plus eu suivant qu'il y a répullulation de produit morbide , soit dans le lieu même où il existait , soit ailleurs. »

Cette répullulation du cancer, soit dansTendroit même où il existait d'abord,

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soit clans des organes plus ou moins éloignés , est un fait qui a vivement frappé les observateurs et qui ii"a pas moins vivement exercé leur imagination. C'est , il faut en convenir, une circonstance fort singulière , mais dont quelques auteurs ont lire des conséquences peu rigoureuses relativement à la nature intime du cancer. Quant à la reproduction immédiate de cette maladie dans le lieu même qu'elle occupait , elle dépend ordinairement de ce que le mal n'a pas été extirpé jusque dans ses plus profondes racines. Ce qui reste est une sorte de germe au moyen duquel le cancer se développe de nouveau.

Quant à ces cancers que l'on rencontre dans différens organes, chez des individus auxquels des cancers extérieurs ont été extirpés, il est possible qu'ils existassent avant l'opération et qu'ils se fussent développés sous l'influence de causes semblables à celles qui avaient déterminé ceux de l'extérieur ; il se peut aussi que l'irritation chronique à laquelle certains cancers extérieurs doivent leur origine se communique à quelques viscères intérieurs. On admet aujourd'hui une troisième explication du phénomène qui nous occupe ; suivant cette explication , la matière cancéreuse ramollie serait résorbée en quantité plus ou moins considérable, transportée dans le torrent sanguin, et déposée ensuite dans divers organes , tels que le poumon , le foie , etc. Cette explication s'est concilié un assez grand nombre de partisans , depuis surtout que l'on a regardé comme un fait aussi incontestable que fréquentla résorption du pus et sa déposition dans différens organes intérieurs. Toutefois , l'explicaliou dont il s'agit ne nous paraît pas devoir être encore placée parmi les vérités démontrées, mais bien parmi les hypothèses plus ou moins probables. Ce n'est pas le phénomène de la résorption qui nous semble susceptible de contestation , mais bien le dépôt en nature des matières résorbées dans des organes plus ou moins éloignés du foyer où s'est opérée la résorption. N'oublions pas, d'ailleurs , que si des productions cancéreuses internes pouvaient ainsi se développer par la résorption delà matière contenue dans des foyers cancéreux exléiieurs , l'inverse pourrait également avoir lieu , c'est-à-dire que certaines productions cancéreuses extérieures pourraient être le résultat de la résorption de matière cancéreuse ramollie , primitivement développée dans les viscères et déposée ensuite dans la trame celluleuse des organes externes.

Quelques pathologistes ont admis, pour l'interprétation du fait quenous examinons , l'existence d'une condition générale, inconnue, mystérieuse, à laquelle ils ont donné le nom de diathèse cancéreuse : « Il existe , disent les auteurs de n l'article Cancer du Dictionnaire des Sciences médicales j une disposition iuté- I) rieurc qui suffît, dans certains cas , pour donner lieu au cancer. Sans chercher )i à expliquer ni à définir cette disposition intérieure qui est et sera peut être » toujours inconnue dans son essence , nous la désignons par le nom de diathèse 1) cancéreuse. C'est cette diathèse tfui est la véritable et l'unique cause de la réci- » dive du cancer après l'extirpation ; c^est à elle qu'est du le dcfeloppement n simultané ou successif de plusieurs maladies cancéreuses dans divers organes , » souvent très-éloignés les uns des autres. » Suivant ces auteurs, la diathèse cancéreuse peut exister long-temps, et même toute la vie, sans se manifester par aucun signe extérieur, et sans produire aucune maladie cancéreuse. (Comment recoimaître une diathèse cancéreuse , qui ne s'est manifestée par aucun signe extérieur , qui n'a donné lieu à aucune maladie cancéreuse , et que ces auteurs disent être inconnue dans son essence ? Cela est tout à fait impossible. Or, si l'on ne possède absolument aucun moyen de la reconnaître, de quel droit prétendre qu'elle existe ? ) Les auteurs dont nous examinons l'opinion se demandent ensuite si la diathèse cancéreuse est antérieure à la naissance, ou si elle survient à une certaine époque de la vie, et ils déclarent que cette question est insoluble à l'époque à laquelle ils écrivent.

N'est-il pas évident , d'après ce que nous venons de voir, que la diathèse cancéreuse , telle que l'entendent Bayle et M. Cayol, est un être purement imaginaire? La disposition au cancer, telle qu'elle existe réellement, ne peut consister , comme toute autre disposition à une maladie quelconque, qu'en un certain état de l'organisation. Quiconque attache au mot diathèse un autre sens tombe nécessairement dans les ténèbres de l'ontologie , ainsi que cela est arrive à Bayle et à son collaborateur, qui affirment que la diathèse cancéreuse «suffit » quelquefois pour produire le cancer, sans le secours d'aucune cause extérieure ; » que le cancer n'est jamais, h proprement parler , une maladie locale, lors » même qu'il est déterminé par une cause extérieure; que c'est à cette diathèse » enfin que des cancers doivent la propriété de se reproduire plus de vingt » ans après l'extirpation, malgré toutes les apparences d'une santé parfaite. » Considérer comme la reproduction d'un cancer déjà extirpé celui qui se manifeste plus de vingt ans après cette extirpation , lorsque , pendant cet immense intervalle, ont existé toutes les apparences d'une santé parfaite , qu'elle bizarre doctrine! et comment admettre un principe d'où l'on peut tirer logiquement de pareilles conséquences !

Une autre conséquence du principe de la diathèse cancéreuse , telle que la conçoivent Bayle et M. Cayol, c'est que le cancer est constamment incurable. Ces auteurs se sont eux-mêmes chargés d'en tirer celle dernière conséquence, et ils ont dit formellement , en dépit d'un assez bon nombre de faits , que le caractère le plus constant, le plus général des maladies cancéreuses est leur incurabilité. Sans doute , il est certaines maladies cancéreuses qui , en raison de leur siège ou de leur étendue, sont nécessairement incurables; mais soutenir que tous les cancers extérieurs , même traités dans leur principe , et ^ n'eussent-ils que la grosseur d'un pois, » ne sont pas guérissables , voilà une opinion qui heureusement , j'oserai le dire, est en contradiction avec la plus saine expérience. D'ailleurs , si l'incurabilité des affections cancéreuses était leur caractère le plus général et le plus constant, elles auraient cela de commun avec quelques autres maladies essentiellement différentes sous le rapport anatomique,

en sorte que ce caractère le plus général et le plus constant ne servirait à rien pour la distinction du cancer.

En quoi consiste donc maintenant le diagnostic des affections cancéreuses? Évidemment dans l'unique détermination du produit qui en constitue le caractère anatomique (squirre, encéphaloïdes). Or, pour parvenir à cette détermination , on doit , quand le cancer est situé à l'extérieur , consulter la vue et le toucher , et , grâce aux signes fournis par ces deux sens , on se trompe assez rarement. Mais quand le cancer occupe les organes intérieurs, le diagnostic offre plus de difficultés , et ce n'est que par un examen approfondi du trouble survenu dans les fonctions que l'on surmontera ces difficultés. Cet examen est indispensable dans les cas mêmes où les masses cancéreuses , développées dans les organes intérieurs , peuvent être appréciables par le toucher à travers les parois des cavités dans lesquelles les organes sont contenus. En effet , si l'on s'en rapportait au seul toucher dans les cas dont il s'agit , comme , par exemple, dans certains cancers du foie, de l'estomac, du rein, etc., on s'exposerait à commettre de graves erreurs; erreurs qu'on ne peut pas toujours éviter complètement, même en se servant de tous les moyens d'exploration qui sont en notre pouvoir {voyez la section seconde de cet article).

L'appareil symptomatique auquel on a donné le nom de cachexie cancéreuse ] peut servir à nous éclairer dans les cas douteux; néanmoins il ne faut pas tropj compter sur les lumières que fournit cet ensemble de phénomèues, attendu) qu'il a lieu dans quelques cas de désorganisations chroniques , où l'on ne ren- 1 contre pas les matières squirreuse ou encéphaloïde. |

Les produits encéphaloïde et squirreux , étant des matières vivantes, ils| peuvent s'irriter, s'hjpérémier , s'enflammer, s'ulcérer; de là , une nouvelle série de phénomènes. On a vu la gangrène s'emparer de la totalité ou d'une portion seulement de certaines tumeurs cancéreuses. M. Dupuytren pense que c'est particulièrement lorsqu'une masse cancéreuse existe sous la forme enkystée que la gangrène peut la détruire dans sa totalité, et c'est dans cette circon-i stance que, selon cet illustre chirurgien, les malades pourront être complètement guéris. (Journal hebdomadaire de médecine , tom. 4, page. 38.)

L'inflammation, le ramollissement et l'ulcération des tumeurs cancéreuses semblent quelquefois être une simple conséquence de cette loi , en vertu de laquelle la nature tend à expulser les corps étrangers introduits ou formés accidentellement dans les organes. L'inflammation des tumeurs cancéreuses doit offrir et offre en effet des caractères particuliers , vu la nature des parties où elle se développe; il en est de même de l'ulcération qui succède à l'inflammation. La surface du cancer ulcéré est ordinairement inégale , anfractueuse, quelquefois hérissée de végétations, d'une couleur d'un rouge blafard ou d'un brun livide ; les bords de l'ulcère sont renversés en dehors , parfois taillés à pic . toujours durs et épais; son fond se recouvre souvent d'une couche grisâtre molle, putrilagineuse , sorte de fausse membrane qui se renouvelle à mesurt qu'on la détache ; la suppuration est fétide , ténue, ichoreuse , quelquefois tellement âcre qu'elle irrite les parties avec lesquelles elle est en contact ; les ganglions voisins des cancers ulcérés se gonflent , s'enflamment , s'indurent, puis se ramollissent; les vaisseaux se dilatent, s'enflamment aussi quelquefois et s'oblitèrent; ils peuvent s'ulcérer, et c'est à cet accident qu'il faut attribuer ces hémorrhagies considérables dont quelques ulcérations cancéreuses deviennent le siège.

Art. III. Causes du cancer. — Prédisposition. IJérédité. — Contagion. — Si l'on recherche avec attention quelles sont les causes sous l'influence desquelles se manifestent les affections cancéreuses, on ne tarde pas à se convaincre que ces causes sont absolument les mêmes que celles qui donnent lieu aux phlegmasies chroniques. Lisez les auteurs mêmes qui ont combattu avec le plus d'opiniâtreté ceux qui soutiennent que les productions cancéreuses sont les suites d'une inflammation chronique, et vous verrez que ce qu'ils ont dit sur les causes du cancer n'est point contraire à l'assertion que nous venons d'avancer. Tous les agens irritans, soit mécaniques, soit physiques , soit chimiques , tels que les coups , les chutes, les pressions , les frottemens long-temps prolongés , l'abus des liqueurs alcooliques , etc. , sont placés par eux au nombre des causes du cancer. Que dis-je ? Bayle et M. Cayol citent les phlegmasies aiguës ou chroniques parmi ces causes. Il est vrai qu'après avoir énuméré toutes les causes irritantes qui peuvent provoquer la formation du cancer, ils ajoutent qu'on voit des cancers se développer sans aucune de ces causes, et que, d'un autre côté, très-souvent des individus, soumis à l'influence de toutes les cause» mentionnées, ne sont néanmoins jamais affectés de cancer; d'où ces auteurs sont conduits à conclure que « les cancers spontanés sont bien plus communs » qu'on ne pense , et que , sans la diathèse cancéreuse , toutes les causes exlc- » rieures, soit locales, soit générales , ne peuvent jamais produire le cancer. »

Quant à nous qui ne croyons point à la spontanéité du cancer, attendu qu'il n'y a pas d'effet sans cause , nous osons affirmer que sans le concours de causes déterminantes quelconques , la diathèse de Bayle et de M. Cayol ne parviendrait jamais à produire un seul cancer. Nous ne reviendrons pas d'ailleurs ici sur ce que nous avons dit précédemment de cette diathèse , et spécialement de la ma iiièrc dont il fallait la concevoir.

Il résulte de plusieurs observations qu'une certaine forme d'organisation paraît disposer au développement des productions cancéreuses, comme on voit certaines constitutions prédisposées aux tubercules.

Certains âges prédisposent également aux affections cancéreuses ; ces maladies sont en effet très-rares dans la première jeunesse (elles existent cependant à celte période de la vie et peuvent même se développer pendant la vie intrautérine , ainsi qu'il résulte de quelques observations de M. Billard). C'est cLea les adultes et les vieillards qu'on les rencontre le plus souvent.

CANCER. -

CANCER

il semblerait résulter àiissi de quelques faits que les personnes nées de parens cancéreux sont plus sujettes que les autres aux maladies cancéreuses. Pourquoi n'en serait-il pas de cette forme morbide comme de tant d'autres? ( f^oyez HÉRÉDITÉ, Maladies héhéditaires. ) Aux cas qui paraissent venir àl'appuide l'hérédité des maladies cancéreuses, on a voulu en ajouter un fameux , celui recueilli sur la personne de Napoléon, qui mourut , ainsi que son père, il un cancer gastrique. Mais peut-être que l'illustre captif de Sainte-Hélène n'en serait pas moins mort d'un cancer de l'estomac , quand bien même son père ne lui eût légué aucun héritage de l'espèce funeste qui nous occupe ici.

Le cancer est-il susceptible de se transmettre par contagion? Les expériences IdeMM. Alibert, Biett et Dupuytren répondent négativement à cette question , ainsi qu'on devait assez s'y attendre à pi-iori.

Art. IV. De la nature du cancer. — Chercher à déterminer la nature d"une maladie dont on a déjà décrit les caractères anatomiques , c'est, en d'autres termes , chercher à révéler quelle est l'espèce de lésion survenue dans l'action organique de la partie où siège la lésion anatomique. Or , le cancer étant une production anormale , il est évident que , pour en pénétrer la nature, il fauiraitd'abord savoir quel est le mécanisme des productions organiques normales, c'est-à-dire comment s'opèrent la nutrition et la sécrétion à l état normal. Mais dans l'état actuel de la physiologie , nous n'avons aucune donnée positive sur ce genre d'opération de chimie vii'ante. Tout ce que nous savons, c'est que le sang apporte aux divers organes les matériaux de leur nutrition et de leur sécrétion ; et quant à l'action, au moyen de laquelle chaque organe soustrait à ce liquide les principes de sa nutrition ou de sa sécrétion , c'est un de ces mystères pliysiologiques qu'on n"est point encore parvenu à dévoiler. Il suit de là que la nature intime du cancer ne saurait être actuellement expliquée. En classent celte maladie parmi les lésions de structure, avec M. Laenncc ; parmi les lésions de sécrétion ou de nutrition, avec MM. Andral, Cruveilhier et Lobstein; on n'en spécifie point la nature. Quelle est, en effet, l'espèce de lésion (les lésions de forme "et celles puicracnt nerveuses exceptées) qui ne puisse être placée parmi les lésions de texture , de sécrétion ou de nutrition ? Or , tant qu"on n'aura pas précisé le genre de lésion de sécrétion ou de nutrition qui donne lieu à cette forme morbide qui a reçu le nom de cancer , il est clair comme le jour qu'on n'aura rien fiitpouren expliquer la nature. Dira-t-on qu'il suffit de décrire les caractères anatomiques d'une maladie pour en déterminer la nature ? A cela nous répondrons que les caractères anatomiques d'une maladie sont dans un rapport nécessaire avec la nature de celle-ci , qu'ils en sont pour ainsi dire l'expression , mais qu'ils supposent toujours une perturbation de l'action vitale, et que la connaissance de celte pei turbation se confond pour ainsi dire avec celle de la nature de la maladie. Seulement on remonte à cette perturbation par les caractères anatomiques , comme on remonte des elTets à leur cause ; et tel est le rapport qui existe entre celte nature de la maladie et les caractères anatomiques par lesquels elle se révèle, jque des caractères anatomiques différens nous conduisent nécessairement à Ireconnaitre des maladies de nature différente. Ainsi, par exemple, nous affirmons que la nature de la lésion physiologique qui donne lieu à la formation de la matière encéphaloïde n'est pas absolument la même que celle qui produit le pus d'un phlegmon , par cela seul que cette matière encéphaloïde diffère beaucoup du pus phlegmoneux ; mais il est de fait que nous ignorons et la najture intime de la lésion qui produit le pus et celle de l'autre lésion qui protluit la matière cancérause. Il en est de même de presque toutes les actions molécuilaires qui s'opèrent au sein de la matière vivante, soit à l'état normal, soit à l'état anormal.

Mais notre ignorance sur la nalure intime de l'action anormale qui préside au développement des productions cancéreuses une fois reconnue, il reste à examiner si cette action ne serait pas la même que celle qui a lieu dans la maladie que l'on désigne sous le nom d'inflammation chronique. Cette question bst d'une haute importance; car, si l'on pouvait , avec M. Broussais , la résoudre ar l'affirmative , il en résulterait une grande simplification en pathologie. Les aisons que le célèbre auteur des phlegmasies chroniques allègue en faveur de on opinion sont puissantes. Rappelons d'abord que les antagonistes de Broussais eux-mêmes ont avoué dans leurs écrits que le cancer succédait [uelquefois aux phlegmasies chroniques ; or, pourquoi avoir fait celle remarque 'ils n'admettaient aucun rapport de causalité entre les productions cancéreuses l'inflammation chronique ? et s"ils admettent, au contraire, ce rapport dans pertains cas , pourquoi ne l'admettent-ils pas dans les autres ? car il est évident que s'il existe dans un cas, il faut nécessairement qu'il existe dans tous les au- Ires cas semblables à celui-ci.

, Quant à nous , considérant que nous avons vu un très-grand nombre de fois es productions cancéreuses se développer dans des parties où avait existé maifestement une phlegmasie , et que d'ailleurs ces productions coïncident trèsouvent avec d'autres altérations que l'on est généralement convenu de regarder omnae une suite de phlegmasie, nous déclarons franchement et de bonne foi ue l'on ne saurait établir une ligne de démarcation dislincte entre les produits bui peuvent se développer à la suite des phlegmasies dites chroniques , et ceux bu'on appelle cancéreux. Si l'ori objecte que c'est un vice de logique que de Rapporter, comme on le fait , à l'inflammation , des produits d'aspect et de forme différens , nous répliquerons que le mot générique inflammaiion indique seulement ce qu'il y a de commun entre le mode de formation de ces produits, et ^ue , pour exprimer leurs différences, il importe de joindre au mot inflammation un certain nombre d'adjectifs ; c'est d'ailleurs une méthode que l'on a déjà suivie en se servant des mots, inflammation aiguë, inflammation chronique, inflammation ulcéreuse, pustuleuse, vésiculeuse , pseudo-membraneuse, etc. Aq

DlCT. DB MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

reste , en traiiant de chaque cancer en particulier , nous aurons soin de rei'enir sur les faits qui déposent en faveur des idées que nous professons ici. Ces idées trouvent une confirmation nouvelle dans les recherches d'après lesquelles M. Andral est arrive' à découvrir que le squirrc ne lui semblait souvent être autre chose qu'une hypertrophie avec induration du tissu cellulaire. Qui ne sait, en effet, que l'induration et l'hyperthropie du tissu cellulaire sont au nombre des caractères anatomiques les plus communs de l'inflammation chronique.

Mais qu'on n'oublie pas qu'en faisant intervenir ainsi l'inflammation chronique dans le développement des productions cancéreuses, nous ne prétendons pas en expliquer la nature. On sait assez que rien n'est plus obscur que la nature de celte inflammation chronique.) La seule chose que nous nous proposions d'établir, c'est que parmi les produits qui peuvent se manifester dans une partie qui a été frappée d'inflammation , on aurait tort de ne jamais compter ces végélations anormales qui portent le nom de squirre ou de matière encéphaloïde. Quant à ce mot inflammation lui même , il est évident que le sens que l'on doit y attacher varie selon les périodes de cette maladie, selon son intensité , et suivant la structure et les conditions des parties où elle se développe. Il faut ajouter que cette manière de procéder est conforme à celle adoptée en physiologie , où l'on désigne sous le nom commun de nutrition , une opération dont les produits sont si différens, selon qu'on les examine dans tel ou tel organe, ou qu'on les étudie dans telle ou telle période de la vie. Si les produits organiques normaux sont si variables dans le cours de l'cvolulion , soit intra , soit extra ulérine , qu'y a-t-il d'étonnant qu'il en soit ainsi pour les produits anormaux , soumis comme les premiers, à une véritable évolution?

Faut il considérer l'ulcération comme constituant en quelque sorte le caractère palhoguomonique du cancer? Rapportons ce qu'a dit à ce sujet l'auteur du Précis d' Jnatomie pathologique (tom. 1, pag. 501 ). v Qu'est-ce que le cancer, n et dans quelle classe de maladies faut-il le ranger ? A mon avis , te cancer n'est » pas une altération à part. Toutes les lésions, soit de nutrition , soit de sécré- I) lion , arrii'ées à ce terme oit on les voit se termine?' par une ulcération qui » étend de plus en plus ses ravages, soit en superflcie, soit en proflondeiv; voilà )i le cancer. Cette expression , toute métaphorique, qui appartient à l'enfonce » de la science, comme celle d'inflammation, n'indique que la terminaison n commune d'altérations très-différentes les unes des autres. Je ne crois pas que » l'on puisse maintenant répéter avec Bayle et Lacnnec , que le cancer est une » altération sui generis , caractérisée par la présence des tissus squirreux et « encéphaloïde, soit isolés, soit combinés. D'une part , en effet, il n'est nulle- Ti ment rare de constater sur le cadavre l'existence de ces deux productions, n bien qu'on n'ait observé pendant la vie aucun des accidens qui , d'après les n auteurs , accompagnent le cancer , de telle sorte qu'en pareil cas , on a les » caractères anatomiques de la maladie, sans en avoir les symptômes. D'une 11 autre part, on rencontre ces symptômes dans plus d'un cas où par l'anatomie , n on ne peut découvrir ni squirre ni encéphaloïde. En effet , le simple dévelop- » pement d'un réseau capillaire insolite à la surface ou dans la trame de la mem- 11 brane tégumentaire interne ou externe ; une ancienne fluxion vers une por- » lion de membrane muqueuse, sans qu'il y ait changement réel dans sa tex- » ture ; l'hypertrophie d'un point de celte membrane ou du derme ; un bouton , » une excroissance, qui s'élèvent des surfaces muqueuse ou cutanée et qui ne n sont formés que par une simple expansion du tissu propre des membranes, » sans trace de formation nouvelle ; l'épaississemcnt du tissu cellulaire ; l'infil- » tration de ses mailles par une matière albumineuse ou gélatineuse ; l'indura- » tion rouge ou blanche des ganglions lympathiques , induration dans laquelle n il n'y a pas [dus de tissu accidentel , qu'il n'y en a dans le poumon en hépali- 11 sation rouge ou grise; voilà autant de lésions qui, aussi bien que la matière >i encéphaloïde et le squirre , peuvent toutes se terminer par la destruction de fi la partie où elles se sont développées, et par la production d'une ulcération 1) qui tend sans cesse à s'agrandir en tous sens. Toutes ces lésions , qui n'ont » aucun caractère anatomique commun, peuvent avoir de commun ce motle de 11 terminaison ; toutes , dans la dernière période de leur existence, deviennent » ce qu'on a appelé un cancer. De quoi s'agit-il donc dans l'étal actuel de la » science? Il s'agit pour le praticien de déterminer, d'après ce que lui a appris >i l'expérience, si telle lésion, par son mode de développement, par sa marn che, par les symptômes locaux ou généraux qui l'accompagnent, lui paraît )i devoir se terminer par une ulcération qui, au lieu de se cicatriser, tendra à » s'agrandir en tout sens, à détruire lentement ou rapidement tous les tissus » environnans. Cette lésion, il l'appellera cancer, non parce qu'elle est consti- « tuée par telle ou telle production morbiile, mais parce qu'elle tend vers la » terminaison indiquée , en produisant dans toute l'économie un trouble général 11 en rapport avec la gravité de l'affection locale. »

On voit, par ce passage, que M. Andral ne considère pas la présence des matières dites squirreuse ou encéphaloïde comme un caractère essentiel du cancer. Sans discuter cette opinion subversive de culle généralement adoptée par les anatomo-palliologistes qui ont précédé M. Andral, je ferai seulement remarquer qu'elle constitue pour ainsi dire le pendant de l'opinion de M.. Broussais sur la cause productrice d'une foule de lésions dites organiques. Ainsi d'une part, M. Broussais attribue à l'irritation l'origine des lésions dont il s'agit, et M. Andral , de son côté , considère toutes ces mêmes lésicns , quelque différentes qu'elles soient, sous le point de vue anatomique, comme pouvant avoir pour commune terminaison une ulcération q.iii , au lieu de marcher à la cicatrisation , tend à s'agrandir dans tous les sens.

Comme il ne me parait pas moins important de tenir compte des differeifces ^les maladies que de signaler leurs analogies et leurs communautés , je crois que

CANCER

( SIO )

CANCER

tout en adoptant ce qu'il y a de philosophique dans la manière de voir de M. Andml , il faut cependant continuer à désigner sous des noms différens les diverses altérations dont l'ulcération indiquée peut être la terminaison, et il me semble que donner le nom de cancer à cette ulcération , au lieu de le conserver pour l'afTection caractérisée par la présence des tissus squirreux ou encéplialoiïle, ce serait jeter une nouvelle confusion dans la science. Mieux vaudrait, à mon avis, renoncer entièrement à cette vicieuse expression de cancer, que de l'employer pour désigner une foule de choses différentes ; en effet , détourner sans cesse les mots de leur acception ordinaire , c'est s'exposer à donner naissance à d'interminables disputes.

Art. V. Traitement. — Les moyens employés contre le cancer s'élèvent k un nombre si considérable que nous ne pourrions les indiquer tous ici sans dépasser les bornes qui nous sont prescrites. Nous ne signalerons donc que les principaux d'entre eux.

On conçoit aisément que le traitement du cancer a dù subir des modifications plus ou moins remarquables, selon les idées différentes que l'on s'est formées , au.x diverses époques de la science , sur la nature de cette maladie. En effet, comme l'a très bien remarqué Bichat , chaque système pathologique reflue, pour ainsi diie , sur la thérapeutique , et lui imprime en quelque sorte son cachet. Faut-il citer des faits qui , pour le cancer, prouvent la vérité de la remarque de Bichat? Eh bien, lorsque, dans son enfance, la médecine, parla plus grossière des erreurs, considéra le cancer comme une sorte d'animal vorace , la thérapeutique , s 'accommodant servilement à cette absurde idée , proposa d'appliquer des tranches de viande sur le cancer, et d'assouvir ainsi la faim dévorante du vaufoi//' cancéreux; conséquence bien digne du principe dent elle dérivait. Lorsque, au contraire, dans ces derniers temps, le chef d'une école célèbre a crn pouvoir rallier le cancer aux phlegmasies , quelques partisans de cette manière de voir s'empressèrent de lui opposer le traitement antiphlogistique. Lorsque régna l'opinion que c'était à l'action d'un virus particulier qu'il fallait attribuer le développement des affections cancéreuses, on s'efforça de trouver des agens qui fussent doués de la propriété de neutraliser ce prétendu virus. Mais outre les moyens que des idées théoriques plus ou moins imparfaites ont conduit à employer conti'e le cancer, il en est une foule d'autres qui ne reconnaissent qu'une origine purement empirique.

Les moj'cns que , dans l'état actuel de la science , la saine pratique prescrit contre les affections dites cancéreuses doiventètredistingnés en ceux qui appartiennent à la matière médicale proprement dite , et en ceux qui sont du ressort (le la chirurgie.

§ Traitement médical du cancer. — Les agens dont il se compose diffèrent selon que l'on se propose de résoudre les engorgemens cancéreu.x, ou que l'on cherche seulement à calmer les douleurs qui peuvent les accompagner, ou bien enfin à remédier h cet état général qui constitue la cachexie cancéreuse.

Après avoir indiqué les médicamens que réclame cette triple source d'indications, nous pi ésenterons quelques réflexions sur le régime qu'il convient de prescrire aux individus atteints de cancer.

1" Les préparations mercuriellcs , celles de plomb, les substances alcaline* et entre autres l'ammoniaque , certaines eaux minérales, celles de Plombières, Barèges , Vichy, ont été préconisées comme propres à résoudre ou à fondre les engorgemens squirreux, cancéreux. On ne saurait nier que, parmi ces moyens, quelques-uns, et spécialement les frictions mercurielles , n'aient procuré la résolution d'engorgemens réputés cancéreux. Peut-être obtiendraiton des résultats non moins avantageux de l'emploi des préparations d'iode , et l'hydriodate de potasse en particulier. Ces préparations possèdent, comme on sait, une vertu résolutive très-énergique.

Nous pourrions citer la ciguë parmi les moyens employés pour résoudre les cancers ; mais comme cette substance exerce en même temps une action narcotique, nous n'en parlerons qu'un peu plus loin.

Il résulte d'un assez grand nombre de faits , publiés depuis quelques années, que les émissions sanguines locales, secondées par les topiques émoUiens, ont procuré la résolution des divers engorgemens cancéreux. Comme malheureusement ce n'est que dans les cancers des organes extérieurs que l'on peut faire usage de ce mode de traitement, il nous suffit de l'indiquer ici. Nous en exposerons les p,articularités à l'occasion de chacun des cancers contre lesquels il a été dirigé. Contentons-nous de faire remarquer ici que, dans la majorité des cas où l'on a eu recours à l'application réitérée des sangsues autour des engorgemens cancéreux , on a obtenu une diminution dans leur volume plutôt que leur résolution complète. Cela ne surprendra pas ceux qui ont fait une étude approfondie des divers elémens qui concourent k la formation de certaines tumeurs composées qui sont vaguement designées sous le nom de cancéreuses.

Quoi qu'il en soit , nous pensons que dans une foule de cas de cancers extérieurs , c'est agir sagement que de tenter le traitement propre aux phlegmasies chroniques, avant de recourir aux opérations chirurgicales que nous indiquerons plus bas.

2" Parmi les moyens employés pour calmer les douleurs qui accompagnent un grand nombre de cancers, se présentent en première ligne l'opium, la cigiiè, la jusquiame, l'aconit et la belladone, médicamens que l'on a considérés aussi comme curatifs du cancer lui-même. Les médicamens de cette série ont été administrés sous mille formes différentes Parmi ces formes, il en est auxquelles on peut recourir dans tous les cas de cancer en général , tandis qu'il en est d'autres qui ne sont applicables qu'à quelques cancers en particulier. C'est ainsi que, dans les cancers du sein , du testicule , etc. , les narcotiques peuvent être em'ployés sous forme de cataplasme , de pommaile, de liniment; que dans les cancers du col de l'utérus, du rectum , etc. , on peut injecter ces médicamens

en dissolution dans un véhicule approprié, etc. Dans les cas de cancer de: organes inaccessibles au contact immédiat des médicamens qui nous occupent ce n'est qu'après avoir été introduits il'une manière quelconque dans le lorren circulatoire qu'ils exercent leur action sur l'organe malade. On les ordonnij aussi quelquefois de cette manière , même dans les cas où l'on peut les appli-j quer immédiatement sur les parties affectées de cancer.

L'extrait de ciguë est, entre toutes les préparations faites avec cette plantf vireuse, celle qui a spécialement été expérimentée. Storck, médecin de Vienne qui le |)remier a préconisé cet extrait , prétend en avoir retiré des avantage: merveilleux. Répétées en France , les expériences de Storck ne répondireni pas k ce qu'on avait droit d'en attendre. Sur plus de cent femmes affectées de maladies cancéreuses, M. Alibert (Traité de matière médicale) a. prescrit, sans en retirer aucun avantage , l'extrait de ciguë , préparé k la manière de Storck. Cependant , dans l'ouvrage qu'il a récemment publié sur le cancer. M. Récamier assure avoir recueilli un assez grand nombre de cas de résolution d'engorgemens de l'utérus , du foie , de la rate , des seins , des testicules et des membres, par l'administration de l'extrait de ciguë. Pour se rendre compte des différences qui existaient entre les résultats obtenus en France, et ceux obtenus en Allemagne , M. Récamier examina comparativement la manière d'agir de la ciguë , selon que l'on abandonnait les malades à leur régime accoutumé, ou qu'on les astreignait à un régime sévère et très-propre k les faire maigrir. Or, il ne tarda pas à reconnaître que les effets de la ciguë étaient bien différens selon la quantité d'alimens qu'il permettait : dans les cas où ce médicament était employé en même temps que les malades usaient d'une forte alimentation, son action était k peu près nulle; tandis qu'elle était très-prononcée j lorsqu'on retranchait une grande partie des alimehs ordinaires.

M. Récamier a fait modifier par M. Caventoula manière de préparer l'extrait de ciguë ; cette modification consiste k soumettre celte plante k la coction par les vapeurs acétiques ou alcooliques avant d'en exprimer le suc ; le suc qu'on obtient après cette coction est ensuite soumis kl'évaporalion au bain-marie jusqu'k consistance d'extrait. L'extrait que l'on obtient par ce procédé n'a plus l'odeur vireuse et nauséabonde de celui que l'on emploie vulgairement , bien qu'il en possède toute la vertu résolutive , et sur lequel il a d'ailleurs l'avantage d'être toujours mieux supporté par l'estomac.

M. Récamier combine donc l'usage de la ciguë avec le régime le plus sévère ; voici comment il procède :

c< lo Le malade prend une dose d'extrait de ciguë matin et soir, deux heures « avant le premier repas , et deux heures avant le dernier ; on commence par )) un demi-grain , et on s'élève graduellement jusqu'à six grains chaque fois. » On continue cette dose pendant une quinzaine de jours, afin d'hubituer les n organes , puis on la porte jusqu'à douze grains chaque fois , dose à laquelle » on se tient pendant deux , trois ou quatre semaines, parce qu'elle exerce » déjà une influence suffisante.

» 2° Après chaque dose de ciguë , ainsi qu'aux repas , on fait boire , au lieu f d'eau simple , de la décoction de squine ( une demi-once pour deux livres » d'eau).

>i 3» On ne permet que le tiers environ de la quantité ordinaire des alimens, i> qui doivent être très-simples et partagés en trois petits repas.

0 4o Si la ciguë ne passe pas sous une forme, on l'emploie sous une autre, ou »i bien ou la remplace par l'extrait d'aconit napel (préparé également à la va- » peur), avec la précaution de le donner à moinilre dose que celui de ciguë.

11 A la fin du traitement, on diminue peu à peu la dose de la ciguë ainsi que n la ri"ueur du régime. » (Recherches sur le traitement du cancer, par M. Récamier , tom. 1 , pag. 474 et suiv. )

M. Récamier rapporte quelques cas de guérison de cancer obtenue par l'emploi de cette méthode.

Sans doute , on n'est pas toujours assez heureux" pour obtenir la guérison d'engorgemens cancéreux , en se bornant k l'emploi de la ciguë , secondé par uu régime approprié. Mais dans les cas trop nombreux où le médicament indiqué ne saurait procurer la résolution des engorgemens cancéreux , il peut encore être utile comme calmant ou sédatif, et c'est pour celte raison que nous l'avons placé dans la même catégorie que l'opium , la jusquiame, l'aconit, etc.

3o Quant au traitement qu'il convient d'opposer k cet ensemble de phénomènes qui a été désigné sous le nom de cachexie cancéreuse, il consiste dans l'emploi des remèdes adoucissans, secondés par les soins hygiéniques. Il ne diffère pas essentiellement de celui d'une phlegmasie chronique quelconque accompagnée de fièvre hectique. Comme cet état général est l'effet des affections locales, le seid moyen de le faire cesser serait de guérir ces dernières. Nous avons vu que le principal élément de cette réaction générale n'était autre chose qu'une infection du sang et, par suite, des autres liquides. Or, une infection, de quelque nature qu'elle soit, exige d'abord pour se dissiper complètement que le foyer dont elle émane soit détruit. Tant que la cause persiste, l'effet doit persister également. Avouons franchement, d'ailleurs , que , dans l'état actuel de l'art, nous ne possédons aucune méthode propre k neutraliser en quelque sorte le poison cancéreux qui circule dans le torrent sanguin.

4o Le régime alimentaire des individus en proie aux affections cancéreuses doit être puisé dans la classe des substances gélatineuses , féculentes , albumineuses ; il doit être plus végétal qu'animal. Toutes les substances irritantes, stimulantes doivent être sévèrement prosciitcs r tous les praticiens sont d'accord sur ce principe. Au reste, le régime doit subir diverses modifications, selon le siège du cancer, ainsi qu'on le verra dans la seconde section de cet article. Nous avons dit plus haut comment M. Récamier, marchant sur les traces de Calliseu et de Pouteau , était parvenu k guérir uu certain nombre

CANCER

(PenToroemens cancéreux en diminuant la quantité des aiimens, en même temps Iqu'il" administrait la ciguë à l'intérieui-. Nous n'insisterons pas davantage sur ce point; nous dirons seulement que le cura Jh mis , pour nous servir de l'expression technique, par lui mêmie impuissant contre les maladies cancéreuses en général, est cependant un auxiliaire dont il ne faut pas mépriser les secours. 11 est des cas où la sévérité du régime est plus spécialement indiquée ; c'est lorsque le cancer siège dans quelqu'une des portions du tube digestif. L'eau pure, tant vantée par Poutoau, n'est pas, sans doute , un spécifique contre les engorgemens cancéreux; mais en réduisant ainsi un individu à ne rien prendre autre chose que cette boisson, on imprime à l'action absorbante une grande énergie, et peu à peu la partie liquide qui concourt à la formation des tumeurs cancéreuses doit rentrer dans le torrent circulatoire. Toutefois , par cela même qu'elle favorise la résorption , cette méthode pourrait être plus nuisible qu'utile, à une certaine période des alTections cancéreuses.

§11. Traitement chirurgical des affections cancéreuses. — L'impuissance des ressources île la matière médicale contre les cancers fit bientôt concevoir l'idée de détruire la maladie par l'application des caustiques , ou de l'enlever par l'instrument tranchant. Un autre moyeu chirurgical a été mis en usage dans ces derniers temps : c'est la compression.

A. Compression. ■ — C'est en Angleterre que pour la première fois la compression fut mise au rang des moyens que l'on peut diriger contre le cancer. Au docteur Young apppartient l'invention de cette méthode, qui ne paraît pas ivoir obtenu de nombreux suffrages dans le pays où elle est née. En effet, voici ;orament s'exprime sur la compression l'un des chirurgiens les plus distingués le la Grande-Bretagne ; « J'ai parlé , dans un autre ouvrage , de la méthode de I traiter le cancer par la compression ; je n'ai besoin ici que de répéter que 1 c'est une méthode qu'aucun de nos meilleurs praticiens ne croit digne d'ap- 1 prohation. » (M. Samuel Cooper , Dictionnaire de chirurgie pratique , art. pAKCER , pag. 296.) D'un autre côté, dans un rapport au comité médical de *Iiddlesex , M. Charles Bell déclare que la compression des tumeurs cancé- •euses, ulcérées et non ulcérées, est définitivement nuisible, et enamène prompement la dégénérescence.

MM. Breschet et Ferrus, dans leur article Cakcer du nouveau Dictionnaire te médecine ((822) , affirment aussi que l'application qu'on a faite de la comiression au traitement du cancer n'a pas été heureuse , et ces médecins distin- ;ués conseillent d'y renoncer.

Telle n'est pas l'opinion de M. Récamier, qui, depuis cinq ans, a eu de [(Ombreuses occasions d'essayer la méthode de MM. Young et Pearson contre es maladies cancéreuses.

Nous allons consigner ici les résultats généraux obtenus par M. Récamier, els qu'il les a exposés dans son ouvrage sur le cancer (tom. 1 , pag. 550).

lo Cent malades se sont présentés à M. Récamier pour être traités d'afFecions cancéreuses. Sur ce nombre, seize lui ont semblé tout à fait incurables , t n'ont été soumis qu'à un traitement palliatif. Des quatre-vingt-quatre autres, fi ente en ont été complètement guéris par la seule compression. Vingt-un , 'oumis au même moyen , n'ont éprouvé qu'une amélioration , à la vérité trèsotable. Quinze ont été radicalement débarrassés, soit par l'ablation seule, ait surtout par l'ablation combinée avec la compression ; et six par ce dernier fjoyenuni a la cauléri?ation. Chez les douze autres malades, l'affection a résisté fpiuiâtrément.

2» Des tumeurs semblables , ou du moins analogues à celles qui dégénèrent il cancers incurables , guérissscnt par une compression méthodique et par uelques autres moyens extérieurs et intérieurs.

3° Lorsque la compression a imprimé pendant long-temps un mouvement îrs la résolution aux engorgemens mammaires qui n'ont point encore dégééré , celle-ci continue même après la cessation de la compression ; mais si 3ngorgement a dégénéré, et qu'après avoir obtenu une grande diminution , on ;sse de comprimer le noyau dur et isolé restant , on doit craindre de voir l'enjrgeraent reprendre son premier volume , et sa dégénérescence marcher avec lus de rapidité.

4o La compression peut aider à pre'venir les récidives après l'ablation. 5" La résolution des mammites chroniques est frès-énergiquement favorisée ir la compression seule ou associée aux saignées locales, etc. 6" Diverses engorgemens utérins se résolvent en comprimant l'utérus au oyen d'un pessaire fait en forme de cône creux, et percé à son extrémité qui rraine une olive.

7" Il est permis d'espérer que , si l'on se détermine à commencer la com- "ession de très-bonne heure , c'est-à-dire , avant la dégénérescence des engor- ■raens qui en sont susceptibles , on en résoudra un plus grand nombre, et le la nécessité de l'ablation des cancers desseins , si souvent suivie de récidive, rsque les tumeurs ne sont pas enkystées , deviendra de plus en plus rare. Si la compression n'a pas été suivie de succès à l'hôpital de Middlesex , c'est iparemment, dit M. Récamier, qu'elle n'a pas été exercée d'une manière connable , ni modifiée comme elle doit l'être suivant les périodes du traitement ! la maladie elle-même.

La compression n'étant possible que dans un certain nombre de cancers, et ;vant être exercée différemment selon la forme et la position des parties canreuses , lorsqu'elle est applicable, ce n'est que dans l'histoire de chaque pèce de cancer que le lecteur trouvera de plus longs détails sur ce moyen érapeutique.

L'emploi de mèches dont on augmente graduellement le volume , préconisé ir Desault dans le traitement du cancer du rectum , ne doit-il pas être consi- ^:ré comme faisant partie de la méthode par compression? s'il en est ainsi,

cette méthode est plus ancienne qu'on ne le pense généralement, et les succès obtenus par Desault, dans le cas particulier dont il s'agit, auraient dù conduire plutôt les praticiens à étendre l'application de cette méthode aux cancers extérieurs , où il est bien plus facile de l'employer.

Quel que soit le jugement que l'on porte sur la méthode de la compression , convenablement pratiquée, nous devions en consigner ici les résultats. Nous croyons que de nouveaux faits sont nécessaires pour que l'on puisse prononcer en dernier ressort sur la méthode dont il s'agit, méthode que M. Récamier seul , jusqu'ici , parmi les praticiens français , a essayée d'une manière suivie.

B. Cautérisation et ablation des productions cancéreuses. — Lorsque les divers moyens indiqués plus haut ont été vainement employés pour combattre une affection cancéreuse , la dernière ressource que l'art puisse offrir aux malades, c'est la destruction du mal par les caustiques ou son ablation par l'instrument tranchant. Les cautères appelés /jo(e/2tie/* sont , dans le plus grand nombre des cas, préférés au cautère actuel. Parmi les caustiques dont on s'est servi jusqu'ici, ceux qui ont réuni le plus de suffrages sont la pâte arsenicale ou le caustique du frère Côme , le nitrate acide de mercure dont M. Récamier se loue beaucoup , la potasse caustique, le nitrate d'argent et les chlorures d'antimoine. C'est plus particulièrement contre les ulcères cancéreux de la face que la pâte arsenicale a été employée. Ce n'est toutefois qu'avec une grande précaution qu'il faut en faire usage , attendu que l'on a vu des accidens mortels souvenir par suite de l'application de ce topique. L'arsenic est absorbé dans ces cas malheureux, et produit l'empoisonnement comme s'il eut été administré-à l'intérieur. Le temps n'est-il jieut-être pas venu de renoncer entièrement à ce moyen de cautérisation ?

Quanta l'ablation des cancers par l'instrument tranchant, elle peut être pratiquée selon diverses méthodes , et consiste tantôt dans Vamputation totale de l'organe où siège le cancer , tantôt dans l'extirpation des productions cancéreuses , l'organe où elles se sont développées étant conservé en tout ou en partie. Ces diverses méthodes et les procédés qui s'y rattachent seront décrits à l'occasion du traitement chirurgical de chaque espèce de cancer. On conçoit qu'ils doivent subir une foule de modifications selon le siège, l'étendue, la profondeur, le volume des productions cancéreuses.

L'ablation totale ou partielle des organes cancéreux est sans contredit le seul moyen vraiment efficace que nous possédions , lorsque la maladie est parvenue à un certain degré, soit qu'on ait eu recours ou non aux remèdes dont nous avons parlé plus haut. Dans le cas où l'opération est jugée nécessaire , si déjà l'on n'a mis en usage les émissions sanguines locales, il est bon de le faire, avant de pratiquer cette opération ; les saignées locales diminuent le volume des engorgemens, et l'opération n'en devient que plus facile. Parmi les chirurgiens qui ont donné ce conseil et qui l'ont mis en pratique, nous citerons MM. Lisfranc, Sanson etBlandin.

11 s'est trouvé dans ces derniers temps des opérateurs assez hardis pour étendre la méthode de l'amputation ou de l'extirpation à des cancers que l'on avait crus jusqu'à présent tout à fait inaccessibles au fer de la chirurgie. C'est ainsi que MM. Récamier et Roux , en France, et d'autres praticiens , en Angleterre et en Allemagne, sont parvenus à extirper la matrice dans sa totalité; c'est ainsi que M. Dupuytren a plusieurs fois extirpé une portion très-considérable de l'os maxillaire supérieur, que M. Richeranda pratiqué la résection de plusieurs côtes , que M. Lisfranc a excisé une portion très étendue du rectum , etc. (f^ojrez ci-dessous les articles Cancer de l'utérus , Cancer du rectum , etc.)

Quelques praticiens, considérant que parfois des tumeurs cancéreuses se sont détachées complètement par suite de la gangrène qui s'en était emparée , avaient eu l'idée de provoquer une gang.rène artificielle , pour obtenir la guérison de certains cancers. Mais , outre que cela n'est pas aussi facile qu'on pourrait se l'imaginer au premier abord , il ne faut pas oublier que ce ne serait pas toujours impunément que l'on provoquerait la gangrène d'une énorme tumeur cancéreuse. Il faut donc laisser à la nature ce dangereux procédé de guérison, et ne pas chercher à l'imiter.

Si , comme le prétendent les auteurs de l'article Cancer du Dictionnaire des sciences médicales , et quelques chirurgiens modernes très-célèbres, Yincwabilité était le caractère essentiel des affections cancéreuses, et que, d'un autre côté , il fut vrai que , presque constamment après l'opération , le mal sévit avec plus de violence , assurément il faudrait proscrire l'ablation des tumeurs cancéreuses. Mais des faits qui semblent se multiplier de jour en jour ne permettent pas d'adopter de telles idées dans toute leur rigueur. Il est incontestable que plusieurs fois l'ablation d'une tumeur cancéreuse a été suivie d'une guérison radicale. Si tant de fois l'opération a été pratiquée sans succès , c'est que bien souvent le mal n'a pas été enlevé jusque dans ses dernières racines , ou bien que l'ablation d'un cancer extérieur était pratiquée à une époque où l'existence de cancers intérieurs ne permettait pas de sauver les jours des malades. Remarquez bien d'ailleurs que , par une heureuse contradiction , les auteurs de l'article Cancer du Dictionnaire des sciences médicales , presque immédiatement après avoir dit que dans aucun cas le cancer n'était guérissable, s'empressent de signaler un assez grand nombre de cas dans lesquels l'amputation d'organes cancéreux a été suivie d'une guérison parfaite , radicale. 11 est vrai que pour se garantir du reproche de contradiction que nous venons de leur adresser, ces auteurs ajoutent que c'est à tort que l'on a considéré comme des affections cancéreuses celles qu'on a guéries , soit par les opérations chirurgicales , soit autrement. Il était d'autant plus facile , disent-ils , de commettre une méprise de ce genre, qu'avant les dernières découvertes de l'anatomie pathologique, nous n'avions aucun moyen sûr pour distinguer dans tous les cas une maladie cancéreuse d'avec une autre lésion organique. Ainsi, après avoir pré-

CANCER

sente rincurabililé comme le caractère /e plus général , le plus constant da cancer, les auteurs de l'article indiqué déclarent qu'il n'appartient qu'à l'analomie pathologique de prononcer sur la question de savoir si une affection est ou non cancéreuse. Or , nous le demandons, comment l'anatomie pathologique pourrait-elle décider une telle question , s'il était vrai, comme l'aflirment nos auteurs, que l'incurabilite fût en quelque sorte le caractère pathognomonique du cancer. Est-ce, en effet, un caractère anatomique que l'incurabilité ?

Convenons donc franchement que les maladies qui portent le nom de cancer ne sont réellement pas incurables dans tous les cas, surtout lorsque les moyens appropriés sont emplojcs à temps. Que si, dans un grand nombre de cas , les opérations pratiquées pour la guérison des cancers, accessibles à ce mode de traitement, ne sont pas suivies de résultats favorables, nous en avons expliqué les raisons dans le cours de cet article , et tout nous porte désormais ;» espérer que les praticiens , évitant des causes d'insuccès sur lesquelles ils sont éclairés, pourront être plus heureux qu'ils ne l'ont été jusqu'ici. Une des conditions les plus importantes au succès de l'ablation d'un cancer quelconque, c'est de la pratiquer avant que se soient manifestés les signes de la cachexie cancéreuse.

Les productions cancéreuses étant de véritables corps étrangers qui déterminent des accidens plus ou moins graves, on ne peut faire cesser ceu-x-ci qu'en enlevant leur cause productrice, c'est-à-dire en extirpant pour ainsi dire Vépine cancéreuse , toutes les fois que cette opération est possible. A rigoureusement parler, il n'y a de réellement incurables que les cancers intérieurs , que l'instrument des chirurgiens doit respecter. Combien d'autres affections internes, d'ailleurs , ne sont-elles pas incurables , i)ar cela seul qu'elles ne laissent aucune prise aux secours de la chirurgie ?

Les principes que nous avons émis dans cette première partie de notre article vont trouver leur confirmation dans l'histoire de chaque cancer en particulier, dont nous allons maintenant nous occuper.

Seconde partie. — Histoire Je chaque cancer en particulier.

Section I^e. — Cancers de la cauilé abdominale. — A. Cancer de l'estomac. — L'estomac est , sans contredit, l'un des organes où se développent le plus fréquemment les productions cancéreuses. L'étendue que nous allons donner il riiistoire du cancer gastrique nous dispensera de nous arrêter longuement sur celui des autres portions du tube digestif.

§ I. Caractères analomiques — On dit qu'il existe un cancer de l'estomac, toutes les fois qu'on rencontre, dans une étendue plus ou moins considérable de ce viscère , ces productions que nous avons déciites sous les noms de squirre et de matière encéphaloïde. Mais dans l'immense majorité des cas, cette altération n'est pas la seule qui existe ; elle est ordinairement accompagnée d'une série d'autres lésions qui sont généralement considérées comme des traces d'une gastrite chronique. Qu'il me soit permis de citer , à l'appui de cette assertion , quelques faits qui serviront eu même temps à faire connaître les principales formes du cancer gastrique. Or , chez huit sujets affectés de cancer de l'estomac , voici quel était l'état de cet organe.

Chez le premier , l'estomac était dilaté et contenait une énorme quantité d'alimens ; le doigt introduit dans le pylore ne pouvait pénétrer dans le duodénum et rencontrait des corps durs et piquans. Examiné du côté du duodénum , l'orifice pylorique se présentait sous la forme d'un trou recevant à peine l'ex'trémité du petit doigt; il ressemblait assez au museau de tanche et ofliait quelques végétations fongueuses, pendantes dans le duodénum. A partir de là et dans l'étendue de deux pouces , les parois de la région pylorique, épaissies , formaient une espèce de cylindre creux , dont la base avait l'étendue d'une pièce de cinq francs; la cavité du cylindre était comme hermétiquement oblitérée par un noyau de prune et plusieurs pépins de raisin (ce sont là les corps durs et piquans que l'on sentait en cherchant à introduire le doigt dans le pylore par son orifice gastrique). Les parois épaissies offraient, quand on les incisait, un aspect parfaitement semblable à la couenne de lard. On ne trouvait tlans la masse squirreuse presque aucune trace de vaisseaux , ni le moindre ramollissement. A l'extérieur delà masse squirreuse, existaient une infinité de petits tubercules jaunâtres. Les trois membranes paraissaient confontlues dans l'e.'îpace qu'occu-^ pait cette masse ; partout ailleurs , la membrane muqueuse offrait un fond blanc où se dessinaient de très-belles arborisations rosées. Entre les lames du mésocolon transverse , on trouvait plusieurs petits tubercules ainsi que des ganglions lymphatiques rouges et tuméfiés (du volume d'un gros pois ). Le foie adhérait a l epiploon.

Chez le second, l'eslrmae, contracté , alongé, offrait à l'intérieur une rougeur générale, peu foncée, si ce n'est en quelques points où I on voyait des plaque? li'un rouge vif; l'injection était surtout très-pronoiicée vers le pylore , où l'on remarquait des réseaux à mailles très-serrées. Avant le pylore, dans la région de la petite courbure , existait une ulcération de la largeur d'inie pièce de cinij francs , grisâtre , plus profonde à son centre , en sorte qu'on eût dit qu'elle était formée de deu.x ulcérations concentriques. La circonférence de ce vaste ulcère était relevée et parsemée de points d'un rouge de sang ; elle était formée, ainsi que le fond , d'un tissu dur , résistant, lardacé , grisâtre. La membrane muqueuse gastrique se déchirait très-facilement ; au-dessous d'elle, les vaisseaux étaient très-injectés ; elle était coaiplètement détruite dans l'endroit qu'occupait l'ulcération et se détachait plus facilement que partout ailleurs aux environs de celte dernière.

Chez le troisième, l'estomac, peu volumineux, adhérait comme par continuité de tissu à la face intérieure du foie; ses parois, généralement épaissies, l'étaient beaucoup plus vers la petite courbure et l'orifice œsophagien; celui ci était rétréci à tel point, qu'il pouvait à peine permettre l'introduction du bout

CANCÉè.

du pclit doigt. Vers cet orifice , les parois avaient un demi-pouce d'épaisseui dures et vraiment squirreuses ; elles criaient sous l'instrument qui les incisai la surface des incisions, d'un gris de lard, était sillonnée de petits vaisseairouges. La cavité de l'estomac pouvait à peine contenir le poing ; la surface i terne de cet organe, inégale , bosselée , offrait plusieurs plaques d'un rouge < sang et quelques ulcérations. La dégénérescence cancéreuse disparaissait mesure qu'on approchait de la région pylorique, où l'on observait une rougei ponctuée et des follicules muqueux hypertrophiés , dont on distinguait bien 1 orifices elliptiques. La valvule et l'anneau pylorique étaient dans l'état norma la membrane muqueuse gastiique, ramollie, se déchirait en la raclant av. l'ongle , si ce n'est dans la portion cancéreuse où elle semblait confondue aT( Ses autres membranes. Le pancréas , intimement adhérent à l'estomac, éti en partie transformé en matière cancéreuse.

Chez le quatrième, la membrane muqueuse gastrique , légèrement épaissi( facile à déchirer , était injectée et d'une rougeur amarante générale, plus pri noncée toutefois à mesure qu'on approchait de la région pylorique ; dans cet région elle-même, la membrane muqueuse était d'un brun verdâtre , et les ) rois étaient épaissies , transformées en un tissu demi transparent , d'un bl légèrement rosé, d'une consistance de lard. Le pylore était rétréci, au poi que le manche d'un scalpel ne pouvait passer de l'estomac dans le duodénum s'ouvrant dans celui-ci, le pylore y formait une saillie , à peu près comme col de l'utérus en fait une dans le vagin.

Chez le cinquième , la membrane muqueuse gastrique , ramollie , était d gris cendré dans la région pylorique. Du milieu de sa face inférieure s'éleva | une végétation rougeâtre, molle et pulpeuse; auprès d'elle se remarquait disque blanchâtre , parsemé de taches rouges , situé au-dessous de la muqueu et composé d'un tissu , en partie dur et squirreux , en partie friable , ramol! de l'épaisseur de trois lignes; autour de cette plaque arrondie, la membrar muqueuse était plus rouge.

Chez le sixième , vers la région pylorique, du côté de la petite courbnr* existait une perforation de la largeur d'une pièce de dix sous , et par laquai les matières contenues dans l'estomac s'étaient épanchées dans la cavité du per toine. Les bords de cette perforation étaient minces , taillés en biseau ; el était comprise dans une vaste ulcération, ayant la forme d'une parabole doi l'orifice pylorique représentait le foyer. Cette ulcération était circonscrite un rebord épais , imitant une sorte de bourrelet. Les trois membranes de 1 4omac étaient complètement détruites dans toute l'étendue de l'ulcératior dont le grand diamètre avait trois pouces, et le petit un pouce et dem fond de cette ulcération était formé par la surface antérieure du pancréa laquelle était polie et comme muqueuse ; le pancréas adhérait fortement et continuait en quelques soi te avec le rebord décrit plus haut. Avant que l'est mac n'eut été ouvert, l'ulcération se trouvait pliée sur elle-même, de telle sor qu'une petite portion de son étendue occupait la paroi antérieure de l'est mac; c'est dans cette portion, qui n'était pas fortifiée par la présence du pai créas qu'avait eu lieu la perforation dont il a été parlé. Le bourrelet allait confondre dans la valvule pylorique ; le pylore n'était pas rétréci. Dans le resi de son étendue , la surface interne de l'estomac était parsemée de plaqu( rouges.

Chez le septième l'estomac était cancéreux dans plus des trois quarts de se étendue. Vers la région pylorique , ses parois avaient plus d'un pouce d'épai scur , elles étaient indurées comme dans les cas précédens ; mais elles étaiei en même temps infiltrées d'une matière transparente, treuiblante, et tout fait semblable par son aspect à la gelée de pomme. ( Je n'ai pas décrit dans mi notes l'état particulier de la membrane muqueuse dans le cas actuel. )

Chez le huitième, la portion pylorique de l'estomac, sa partie antérieui exceptée, était le siège d'une dégénérescence cancéreuse; de là, une sorte gouttière ou de canal dont un côté aurait été enlevé. L'orifice pylorique n'éta pas rétréci , la membrane muqueuse était détruite et remplacée par une sori de cicatrice inégale, informe Cependant les parois de la portion cancéreu avaient un demi-pouce d'épaisseur; elles offraient après l'incision l'aspect de couenne de lard ; dgs fongosités et des matières gclaliniformes , les unes ani logues à de la gelée de groseille, les autres semblables à de la gelée de pomm se rencontraient dans la portion cancéreuse, dont la texture était vraiment m connaissable. Les ganglions lymphatiques voisins étaient développés , rouge très , transformes eux-mêmes en matière gélatiniforme. La portion splénique parfaitement saine , était séparée de l'autre par une ligne de démarcatio bien tranchée.

On voit que, dans les cas précédens , l'existence des produits accidentels aui quels on est convenu de donner le nom de cancer, se trouve réunie à d'aulr altérations que l'on rapporte ordinairement à la gastrite chronique. Tout no porte à croire que ces produits eux-mêmes constituent une des terminaisons d cette dernière maladie, et qu'ils doivent être comparés à l'induration qui suri vient dans le tissu cellulaire environnant certains ulcères cutanés , long-temf rebelles. Le squirre de l'estomac n'est pour ainsi dire qu'une induration d tissu cellulaire , qui entre dans la composition des parojs tie cet organe. Aus l'observation nous apprenil-elle que , toutes choses égales d'ailleurs, ce sqnin se développe de préférence dans les portions de l'estomac où le tissu cellulaii se trouve répandu en plus grande abondance, telles que la région pylorique la petite courbure, l'oriûce œsophagien.

M. Andral est le premier qui ait bien signalé le rôle que joue, dans la foi mation tlu squirre de l'estomac, l'altération, ou pour me servir de l'expressic de cet auteur , l'hypertrophie , du tissu cellulaire.

Quoi qu'il en soit, l'induration ou l'hypertrophie du tissu cellulaire gaslr

CANCER

CANCER

que peut être plus ou moins étendue. Il est rare qu'elle existe clans la tolalilé (le rcstomac. Dans un des cas que nous avons rapportés , elle occupait les trois quarts de cet organe. Le plus ordinairement , l'altération n'occupe qu'un espace assez circonscrit, la région p^Iorique ou œsophagienne , par exemple. Dans certains cas , la dureté des parois de l'estomac est telle , qu'elle ne diffère pas beaucoup de celle des fibro-cartilages , ou même des véritables cartilages. Alors , il y a plus qu'une simple hypertrophie du tissu cellulaire. Celte carti- Jaginification du tissu cellulaire pourrait être approchée de celle qui s'opère assez souvent k la suite des phlegmasies des membranes séreuses.

L'hypertrophie squirreuse du tissu cellulaire de l'estomac peut coïncider avec la dilatation ou le rétrécissement de la cavité de cet organe. D'autres fois cette cavité conserve sensiblement son état normal. Ce n'est que dans les cas où l'oritîce pylorique est libre, que parfois le squirre se développe eu quelque isorte aux dépens de la cavité de l'estomac. Au contraire , si cet oridce est conidérablement rétréci, comme il arrive eu général, quand il est lui-même le Isiége du squirre , dans ce cas , dis-je , la cavité de l'estomac est agrandie, ce qui dépend de ce que les matières , ingérées ne pouvant franchir le pylore, [s'accumulent dans l'organe -et le distendent dans tous les sens; je crois aus.'.i que les gaz qui se forment en si grande quantité dans l estomac cancéreu.^ , concourent puissamment à la production de la dilatation de cet organe.

On trouve dans la Clinique médicale de M. Andral, des observations de dilatation de l'estomac tellement considérable , que cet organe recouvrait tout le aquet intestinal, et que sa grande courbure touchait les pubis. Il semblerait que la dilatation de l'estomac devrait être constamment accompagnée d'un niincement des parois gastriques proportionnel à cette dilatation. S'il n'en est as toujours ainsi, si quelquefois même, au lieu d'être amincies , ces parois ont plus épaisses que dans l'état normal , c'est que souvent, comme cela a lieu pour cei taines dilatations du cœur et de tous les autres organes creux en général, l'estomac s'hypertrophie en même temps qu'il se dilate.

Les matières puriformes , gélatiniforoics ou autres que l'on rencontre quelquefois au milieu des masses squirreuses de l'estomac , sont sans doute le i-ésultat d'une sécrétion anormale au sein du tissu cellulaire chroniquemont Enflammé, plutôt qu'un simple ramollissement d'une portion de la masse squirreuse elle-même.

L'induration squirreuse de l'estomac est souvent précédée de l'ulcération de membrane muqueuse gastrique ; néanmoins elle ne l'est pas constamment. JVous avons vu d'ailleurs que cette ulcération pouvait détruire à la longue toute épaisseui' des parois de l'estomac , dans une certaine portion de leur étendue, bans ce cas , des adhérences s'établissent ordinairement entre l'estomac et les parties environnantes, et les matières que contient cet organe ne s'épanchent pas dans l'abdomen. Malheureusement les adhérences protectrices dont il s'agit n'existent pas toujours , et un épancliement promptement mortel des matières :jue renferme l'estomac s'opère alors dans la cavité du péritoine. J'ai cité précédemment des cas dans lesquels la face antérieure du pancréas formait le fond le l'ulcération. D'autres fois l'ulcération pénètre plus ou tnoins profondéjnent dans le foie; elle peut s'étendre dans l'épaisseur des parois abdominales !;lles-mêmes. Suivant Bayle et M. Cayol, « on a vu le colon transverse comrau- ' niquer avec l'estomac, et recevoir directement de ce viscère des alimens non > digérés ; on a vu les vertèbres^dorsales corrodées , le diaphragme percé d'ou- ' tre en outre , et les alimens épanchés dans la poitrine par suite des ravages d'un cancer des environs du cardia (j'ai vu moi-même un épanchement de ce genre , à la suite d'une ruptiiie très-étendue de l'extrémité inférieure de 1 l'œsophage, mais sans existence de maladie cancéreuse) ; ou a vu la rate profondément excavée et formant le fond d'un vaste ulcère du grand cul-de-sac de l'estomac. »

Ce n'est pas seulement le tissu cellulaire sous-muqueux que l'on voit hyperirophié dans les cas décrits sous le nom de cancer e?e Z'firo/wac ; quelquefois |ussi, comme M. Laennec me paraît l'avoir signalé le premier ( Z);'cij'o«7iai'/-e 'les sciences médicales , art. Anatomie pathologique ) , on trouve la membraiie )u tunique m|usculeuse dans le même état. ( D'autres fois cependant cette mem- ;)rane est au contraire amincie, et réellement atrophiée. ) 1 De même que dans les cancers des organes extérieurs , on rencontre souvent es vaisseaux et les ganglions lymphatiques voisins plus volumineux que dans 'état normal , ainsi, dans quelques cas de cancer de l'estomac, on a constaté une sorte d'hypertrophie des vaisseaux de cetorgane, et un gonflement anormal pes ganglions lymphatiques , situés dans les replis du péritoine les plus voisins 'le l'estomac.

Les nerfs de l'estomac eux-mêmes ont été trouves hypertrophiés dans queli(ues cas de cancer gastrique. Bichat en a vu un exemple. Un autre est rap- [)orté dans l'ouvrage de M. René Prus sur le cancer de l'estomac.

Quelquefois ce n'est pas une hypertrophie pure et simple , mais bien une éritable inflammation des vaisseaux gastriques que l'on rencontre chez certains individus affectés d'ulcérations cancéreuses de l'estomac. M. Andral a •apporté dans sa Clinique médicale deux cas de phlébite gastrique. L'inflammajion chronique des vaisseaux qui rampent à la surface de l'uicération donne [uelquefois lieu à la rupture de ces vaisseaux. C'est sans doute à cette rupture ju'il faut attribuer l'hématémèse qui se manifeste chez quelques-uns des individus affectés de cancer gastriques. Celte hématémèse serait bien plus fréquente 1 , dans un grand nombre de cas , à l'époque où leurs parois se perforent, les 'aisseaux ne s'étaient oblitérés sous l'influence de cette forme de phlegmasie, ju'on appelle adhésive. Ce n'est que par cette suspension de la circulation ju'on peut expliquer pourquoi , dans le fond d'ulcérations cancéreuses de l'esoinac , on a trouvé des vaisseaux largement ouverts sans qu'il y eût eu pendant

I DiCX. DE MÉDECIKE ET DE ChIRUBGIE PEATIQUES.

la vie la moindre hématémèse, et sans qu'on ait trouvé dans l'estomac aucune goutte de sang épanché. M. Dalmas a communiqué à M. Andral un fait de ce genre. (Clinique médicale, tom. 4 i pag- 'iOG. )

Néann\oins il est des cas où du sang est exhalé à la surface de l'ulcération cancéreuse gastrique, et de là cette couleur brunâtre ou noirâtre qu'elle peut présenter; c'est aussi la présence d'une quantité plus ou moins considérable de sang altéré qui donne une couleur noirâtre aux matières que l'on trouve dans certains estomacs affectés de cancer, matières que l'on a comparées k du marc de café , ou k de la suie délayée dans de l'eau.

§ II. Sjinplômes et diai^noslic du cancer de l'esLomac. — Bien que tous les auteurs n'aient pas considéré le squirre de l'estomac comme constituant une des terminaisons , ou si l'on veut une des formes de la gastrite chronique , tous s'accordent néanmoins k reconnaître qu'il est très-difficile, et même quelquefois impossible de distinguer la phlegmasie chronique de l'estomac du squirre de cet organe. C'est ainsi que Bayle et M. Cayol eux-mêmes ont placé la gastrite chronique en têle des maladies qui peui'ent simuler le squirre de l'estomac. Ils avouent qu'il est des cas où celte gastrite simule si bien le squirre de l'estomac, que nul signe ne peut nous apprendre quelle est celle de ces deux maladies qu'on absous les yeux. Heureusement, ajoutent-ils, que les mêmes remèdes conviennent , dans la plupart des cas , pour le traitement des deux maladies.

Quant k nous , qui reconnaissons que le squirre de l'estomac n'est qu'une des nombreuses altérations par lesquelles se révèle quelquefois la gastrite chronique , nous ne sommes pas surpris si ceux qui ne partagent par cette opinion se trouvent dans un grand embarras quand ils cherchent k tracer une démarcation entre les symptômes propres k la gastrite chronique en général et les symptômes du squirre de l'estomac.

Après avoir parcouru les diverses altérations que présente l'estomac chroniquement enflammé, M. Andral pose aussi cette question : Des symptômes spéciaux distinguent-ils le cancer d'estomac des autres lésions de cet organe ? Le lecteur nous saura gré de lui présenter ici la discussion k laquelle ce médecin s'est livré pour résoudre celte question.

ic Les symptômes des lésions produites par la gastrite chronique sont de trois sortes: les uns sont purement locaux, et consistent dans un trouble plus ou moins profond des fonctions de l'estomac; les autres résultent de l'altération du mouvement nutritif général , altération qui est la conséquence nécessaire derafTection gastrique; d'autres enfin sont purement sympathiques.

» Les lésions infiniment variées qu'offre l'estomac chroniquement enflammé, sont-elles chacune annoncées par des symptômes spéciaux? Nous ne craignons pas de répondre négativement. A l'exception de quelques accidens qui sentie résultat tout mécanique de l'oblitération du cardia ou du pylore jiar une tumeur, les mêmes phénomènes révèlent le plus ordinairement pendant la vie ces altérations organiques , de forme et de structure si différentes.

» Ainsi , par exemple , ce serait une grande erreur de croire que les douleurs dites lancinantes accompagnent plus particulièrement la lésion désignée sous le nom de cancer de l'estomac ; loin de là , nous croyons pouvojr déduire d'un grand nombre d'observations que de pareilles douleurs ne sont que bien rarement le produit de cette affccticn : nous ne sommes même pas sûrs de les avoir jamais observées en pareil cas. Il nous parait bien probable que les auteurs qui ont donné ces douleurs comme un s.igne caractérisque du cancer d'estomac ne les ont admises que par analogie avec ce qu'ils observaient dans les cancers mammaires. Parmi les individus chez lesquels nous avons constaté, après la mort, l'existence des diflërentes formes du cancer gastrique (induration squirreuse ou encéphaloïde des tissus subjacens k la membrane muqueuse , végétations fongueuses , cérébriformes de cette membrane, ulcération avec destruction profonde des tissus , et fond constitué par le foie ou le pancréas); parmi ces individus, disons-nous, les uns n'ont jamais accusé de douleur k l'épigastre ; chez d'autres' elle ne consistait que dans un sentiment de gêne et de pesanteur habituelle vers cette région ; ailleurs , la pression seule la faisait naître , tandis que d'autres fois l'épigastre pouvait être impunément comprimé. Chez plusieurs malades, la douleur ne naissait que lorsque des alimens avaient été introduits dans l'estomac.

.) Que si maintenant nous comparons les malades atteints d'affection dite cancéreuse de l'estomac , avec ceux qui n'avaient que ce que l'on reconnaît être généralement une gastrite chronique, nous ne trouverons dans le caractère et l'intensité de la douleur aucun signe k l'aide duquel nous puissions distinguer d'une manière certaine cette dernière affection de la première.

» Chercherons-nous des signes différentiels plus sûrs dans les troubles variés de la digestion? Nous ne trouverons rien de plus satisfaisant. Aussi , pour ciler les deux extrêmes , nous avons vu des individus qui n'avaient eu , pendant la vie , d'autre signe d'affection de l'estomac que de l'anorexie , et tout au plus un peu de gêne , un peu d'embarras k l'épigastre après avoir mangé , et chez lesquels nous avons trouvé de vastes ulcérations dites cancéreuses à l'intérieur de l'estomac , ou bien une induration squirreuse étendue de ses parois. Nous avons vu , au contraire , d'autres individus qui éprouvaient à l'épigastre une sensation beaucoup plus pénible après avoir mangé , qui vomissaient , soit des eaux acres le matin ctk différentes époques de la journée , soit leurs alimens , qui avaient de fréquentes éructations acides ; et , chez eux , cependant, que trouvions-nous ? Rien autre chose qu'un épaississeraent rouge , brun ou ardoisé , de la muqueuse, ou bien un ramollissement plus ou moins considérable de cette môme membrane.

n La nature des vomissemens pou rra-t-elle davantage nous éclairer? On a dit que l'hématémèse était exclusivement liée k l'existence de végétations fongueuses, d'ulcères cancéreux, de masses encéphaloïdes ramollies, développées à

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l'intérieur de l'estomac. On a dit que ces mêmes lésions produisaient aussi ces vomissemens, semblables à de la suie ou à du marc de café , qu'on observe assez fréquemment , et en très-grande abondance , chez les individus atteints d'aflection chronique de l'estomac. Nul doute qu'ils n'aient lieu fréquemment, lorsque l'estomac est le siège d'une des lésions qui viennent d'èlre indiquées ; mais ils peuvent se montrer avec des altérations bien diffcrenles, et, dès lors, ils n'ont plus de valeur pour en caractériser aucune. Nous eu avons effectivement constaté l'existence, 1" chez des malades dont l'estomac ne nous présenta, dans la muqueuse, d'autre altération qu'un peu d'injection ou de ramollissement , avec induration squirreuse plus ou moins considérable des tissus subjacens ; 2° chez d'autres , dont la muqueuse gastrique était hypertrophiée , avec coloration grise ou brunâtre, les tissas subjacens étant intacts.

Quant aux symptômes , généraux soit sympathiques , soit résultant du trouble de la chiraiBcation ou de son anéantissement, ils ue nous semblent pas plus propres que les symptômes locaux à distinguer avec certitude les unes des autres les diverses altérations organiques de l'estomac. Il faut toutefois reconnaître que la teinte jaune-paille de la face , la maigreur, le dépérissement , sont surtout très-prononcés dans le cas où l'estomac est le siège d'affection squirreuse ou cancéreuse proprement dite.

11 II suit de ces considérations que , hors le cas où une tumeur se fait sentir à travers les parois abdominales , il n'existe aucun signe certain pour distinguer ce qu'on appelle, dans le langage médical ordinaire , un cancer d'estomac, de ce qu'on appelle une gastrite chronique. » ( Clinique médicale , tom. 4, pag. 429 et suiv. )

Malgré tout ce que l'on vient de voir, j'oserai affirmer qu'il est des cas nombreux où le diagnostic du cancer de l'estomac peut être établi d'une manière assez positive. Dans la plupart des observations que j'ai recueillies sur cette maladie , on n'avait point attendu l'ouverture des cadavres pour la reconnaître.

Je ne disconviens pas cependant qu'il ne se présente des cas où aucun signe certain ne révèle l'existence d'un affection cancéreuse de l'estomac. Quelles sont donc , dira-t-on , les raisons pour lesquelles parmi les cancers de l'estomac les uns peuvent être reconnus , tandis que cela n'a pas lieu pour les autres? Celte différence tient surtout au siège et à l'étendue des productions cancéi-euses développées dans l'estomac. Ainsi , par exemple , quand la totalité ou la presque totalité de l'estomac se trouve convertie en un tissu squirreux,les troubles de la digestion et la sensation de dureté que font éprouver les parois de l'estomac à la main qui explore la région épigastrique , ne permettent guère de méconnaître l'existence de la maladie. Il en est de même , lorsque , bien que locale , la production squirreuse forme une masse assez volumineuse pour être sensible au toucher , et qu'il existe d'ailleurs une lésion des fonctions digestives. D'un autre côté , les cancers qui occupent l'un ou l'autre orifice de l'estomac déterminent, en général , une série de symptômes assez constans et assez spéciaux pour que l'on puisse diagnostiquer la maladie. Lorsque le pylore est le siège de l'affection et que le rétrécissement qui en résulte oppose un obstacle plus on moins invincible au passage des alimens dans le duodénum, le vomissement de ceux-ci au bout d'un temps variable après leur ingestion , les rapports nidoreux , les éructations fréquentes au moyen desquelles les malades se débarrassent des gaz qui , de concert avec les alimens , distendent l'estomac; ces symptômes , dis je , joints à cet état général qui annonce l'existence d'une maladie chronique de l'estomac, suffisent pour que le médecin puisse reconnaître l'espèce de cancer gastrique dont il s'agit ici. Que, si à ces signes s'ajoute la présence d'une tumeur sensible à la main qui explore la partie de la région épigastrique correspondante à la portion pylorique de l'estomac , le diagnostic acquerra le plus haut degré de certitude auquel il puisse atteindre dans le cas que nous examinons. Quant au squirre de l'orifice œsophagien , les principaux symptômes auxquels on le reconnaîtra , lorsqu'il a déterminé une oblitération presque complète de cette ouverture , sont l'impossibilité d'avaler des alimens solides et leur rejet immédiatement après leur trajet dans l'œsophage , la difficulté d'avaler les substances liquides clle méraes et la sensation de gêne ou de véritable douleur qu'éprouvent les malades , dans la région correspondante à l'orifice supérieur de l'estomac , sensation qui peut être constante ou ne se manifester qu'au moment où les ingesta traversent ou tendent à traverser cet orifice. La seule maladie avec laquelle le cancer de l'orifice supérieur de l'estomac puisse être confondu , c'est le cancer de la portion inférieure de l'œsophage. Heureusement qu'une erreur de ce genre serait peu importante.

Si les. espèces de cancer gastrique dont nous venons déparier sont en général accessibles à nos moyens de diagnostic , il n'en est pas toujours de même de quelques autres et spécialement du cancer qui occupe la région de la petite courbure. On peut même dire que toutes les fois que le squirre de l'estomac est circonscrit, et qu'il ne gêne nullement les orifices de ce viscère, nous n'avons aucim signe certain de son existence ( je fais abstraction des cas où il serait assezvolumineux pour être perceptible au toucher à travers les parois abdominales , cas d'ailleurs assez rares).

Les symptômes qui peuvent se manifester alors ue dépendent pas essentiellement de la présence de la production squirreuse , puisque ces symptômes , tels que les vomissemens, la douleur épigastrique, etc., n'existent pas dans tous les cas, et que, d'un autre côté , nous les observons souvent en l'absence de cette espèce de cancer. Parmi les observations nombreuses qui prouvent la vérité de la première de ces assertions , je citerai la suivante: une femme déjà avancée en âge, mais offrant tous les attributs de la plus parfaite santé, mourut à l'hôpital Cochin des suites d'une fracture du col du fémur. A l'ouverture de son corps, nous ne fûmes pas médiocrement surpris de rencontrer quatre végétationi cancéreuses s'élevant delà face postérieure de l'estomac et assez voisines de la

région pylorique . mais ne gênant aucunement l'orifice inférieur de l'estoma

Pour terminer ce que nous avions à dire du diagnostic des cancers de l'estt mac, ajoutons que les vomissemens de matières noirâtres, comparées, avi assez de raison , à du marc de café ou à de la suie délayée dans l'eau , sont é général un indice assez assuré de l'existence d'une ulcération carcinomateu!^ de l'estomac. j;

§ III. — Causes prédisposantes et déterminantes du cancer de Vestomac. — d considère assez généralement comme prédisposés à cette maladie, les individil qui présentent cet ensemble de caractères auquel on a donné le nom de temp| rament bilieux. Le cancer de l'estomac ne se rencontre presque jamais avaij l àge de vingt-cinq ans ; cependant il peut se développer quelquefois chez d«j individus moins âgés. M. Andral dit , en effet, avoir rencontré, chez un jeuBj homme de vingt-deux ans , une volumineuse fumeur squirreuse qui occupait li région pylorique. Ce jeune homme avait éprouvé pendant trois ans les sympfci mes ordinaires du cancer du pylore. Le cancer de l'estomac est une maladj qui s'observe fréquemment dans l'âge adulte. Il n'est pas très-rare non pli' chez les vieillards, quoique moins commun que chez les adultes. Les individij nés de parens qui ont succombé à un cancer de l'estomac , n'y sont prcdisposi qu'autant qu'ils ont hérité pour ainsi dire de la prédisposition qui existait cht leurs parens eux-mêmes. Mais cette prédisposition resterait sans effet , si It personnes qui en ont hérité évitaient l'influence des causes déterminantes doii il nous reste à parler.

Parmi ces dernières , les principales sont les excès de régime habituels , < surtouts l'usage immodéré des liqueurs alcooliques; les coups, les contusiow sur la région épigastrique , la compression prolongée de cette région , compr&i sion k laquelle exposent certaines professions ; enfin , disent eux-mêmes Bayli et M. Cayol, tout ce qui peut déterminer une irritation quelconque de l'estoma^ Les chagrins profonds et durables ont été également mis au rang des causes dj cancer de l'estomac. Nous ne pourrions nous étendre ici davantage sur l'hiai toire de ces causes , sans anticiper sur ce qui sera dit eu traitant de celles de li| gastrite chronique. \

§ IV. Traitement du cancer de Vestomac. — Il n'est presque aucun des moyeci intérieurs, dont nous avons parlé plus haut ( traitement du cancer en général e qui n'ait été employé contre le cancer de l'estomac. Cependant, je ne sacbi pas qu'on ait publié un seul fait avéré de guèrison d'un cancer bien caractérisé de l'estomac. Autant il est facile , en effet , dans un assez bon nombre de cas I , de prévenir le développement de cette funeste maladie , autant il est difficile) pour ne pas dire impossible , de la guérir une fois qu'elle s'est développée. Poi) en prévenir le développement , il faut d'abord ne pas s'exposer à l'action dffl causes indiquées plus haut , et lorsque sous cette influence des signes d'irrité tion gastrique se sont montrés, on doit combattre celle-ci avec opiniâtreté jusqu'à ce qu'il n'en reste plus la moindre trace.

Puisqu'il résulte des considérations dans lesquelles nous sommes entrés prè cédemment , que le cancer de l'estomac naît et s'accroît sous l'influence d'u» irritation chronique de cet organe , ou plutôt qu'il n'est réellement qu'une df formes anatomiques que peut revêtir la gastrite chronique, il est clair que lu saignées locales , les émolliens intérieurs et la sévérité du régime doivent êtri' mis au premier rang des moyens propres à combattre ce cancer. '

Je veux bien que par ce traitement , pas plus que par aucun de ceux usité avant lui, on ne fasse point disparaître les productions cancéreuses qui se se ront formées au scindes parois de l'estomac ; toujours est-il qu'on arrêtera d moins leur progrès ultérieurs en éteignant l'irritation gastrique. Peut-être mêm des observations nouvelles prouveront-elles qu'un squirre commençant de l'es tomac peut disparaître et se résoudre en quelque sorte sous l'influence d'un méthode antiphlogistique et sédative sagement dirigée. En effet, s'il est bie vrai que cette maladie ne soit qu'une induration hypertrophique du tissu celli laire gastrique, pourquoi ne pourrait-elle pas se dissiper, quand elle n'est ps i très-avancée , comme nous voyons certaines indurations analogues du tissu ce lulaire sous-cutané céder à l'emploi des émissions sanguines locales et des top ques émolliens, résolutifs et caïmans ? Mais remarquez bien que je ne parle i( que d'un squirre de l'estomac encore à l'état naissant, si je puis ainsi dire; ca ] il faut avouer, avec douleur, qu'une profonde désorganisation cancéreuse d| l'estomac est au-dessus de toutes les ressources de la médecine. j I La chirurgie seule dans de semblables circonstances pourrait triompher quel j quefois de la maladie; malheureusement les cancers de l'estomac ne sont pa j du nombre de ceux qui se prêtent aux moyens chirurgicaux. Je sais bien qu t M. Récamier traite aussi par le procédé de la compression les squirres de l'es j tomac , et qu'il croit en avoir déjà guéri par cette méthode. Toutefois , il est in i possible d'accorder une grande confiance à la compression dans l'espèce d ) cancer dont il s'agit. Au reste, le temps et l'expérience nous apprendront,') cette méthode répond ici aux espérances que M. Récamier en a conçues.

L'extrait de ciguë , les pilules savonneuses , les eaux minérales fondantes ( celles de 'Vichy et de Plombières en particulier, les sucs dépurés des plante : chicoracées , tels sont les principaux remèdes qu'on a proposés pour résoudr ' et fondre les tumeurs squirreuses de l'estomac. Ces moyens peuvent être admi ' nistrès quand il n'existe pas des symptômes d'une irritation gastrique bien pro noncée, et s'ils ne déterminent pas de douleur ou de prompts vomissemens dans le cas contraire , il faut s'en tenir aux émolliens , aux opiacés , seconde par un régime sévère. '

La diète lactée est, sans contredit, fort avantageuse, quand les malades s ' résignent à s'y soumettre long-temps. La diète blanche, disent Bayle e, M. Cayol, continuée pendant fort long-temps, et l'usage de l'eau pure, on' quelquefois amélioré singulièrement l'état de malades déjà très araaigris. Quan

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certains individus qui, dans aucun temps, ne supportent l'usage du lait, il lut remplacer cette substance par quelque autre choisie dans la classe des alilens les plus doux. Les liqueurs alcooliques doivent être sévèrement défenues bien qu'elles soient vivement désirées par quelques malades; une sorte sentiment de bien-être peut se manifester d'abord ap' ès leur ingestion ; mais lies ne manquent jamais de précipiter la marche de la maladie. Le vin le plus ger, même étendu d'une grande quantité d'eau , tourne sur l'estomac , suivant expression de quelques malades , et ils sont obligés de s'en abstenir entièrement. Les gaz qui s'accumulent dans Vesiomsic , les aigreurs , etc., sont pour cerins malades la principale cause de leur soufiVance. Pour les soulager , on prèsit assez vulgairement, et quelquefois avec succès , l'opium, l'extrait de jusniame, des fomentatioas narcotico-émollientes sur l'épigastre. La magnésie, ther, leau de menthe, conseillés par plusieurs praticiens , au lieu de proirer l'effet qu'on en attendait, exaspèrent souvent les symptômes. Il est , en néral , prudent de n'y pas recourir.

Quand il existe des phénomènes d'une irritation névralgique plutôt que vériblement inflammatoire , c'est surtout alors qu'on obtient du succès de l'admislration des préparations d'opium et autres sédatifs. On favorise l'action des Imans énergiques en prescrivant pour boisson ordinaire , une infusion légère 3 tilleul et de feuilles d'oranger ou toute autre tisane analogue. Est il besoia de dire aujourd'hui que les purgatifs et les vomitifs seraient de ritables poisons dans les cas de cancer de l'estomac ? Il faut donc bien se irder de condescendre aux vœux de ces malades qui supplient quelquefois le édecin de leur prescrire un vomitif, persuadés qu'on ferait cesser par un tel oyen le sentiment de malaise et de plénitude qu'ils éprouvent dans la région igastrique. D'autres sollicitent un purgatif contre une constipation , qui est résultat de ce que les alimens sont réjetés avant d'avoir pénétré dans les instins.

Quelques médecins recommandent l'application des révulsifs sur la région >igastrique , tels que les moxas , les cautères , les vésicatoires , etc. Mais que ;iit-on espérer de ces moyens , dans un cancer confirmé? 11 faut en dire autant ; cet emplâtre de thériaque , naguère tant usité , et que quelques médecins , imme entraînés par la force de l'habitude , ordonnent encore aujourd'hui. Les préceptes que nous venons d'établir suffisent à noti-e objet. Nous avons 1 réserver pour l'article gastrite chronique , plusieurs détails qui s'y trouvent mieux placés qu'ici. En se conformant à nos conseils , on ralentira , on )urra même suspendre entièrement les progrès des productions cancéreuses ;veloppées dans l'estomac, et l'on éloignera du moins le moment fatal. Les s les plus graves sont ceux dans lesquels la maladie a déterminé un rétrécisiment extrême de l'un des orifices de l'estomac. On conçoit en effet que la lépn mécanique qui s'oppose à l'introduction des alimens dans l'estomac, ou à ur passage de celui-ci dans le duodénum , n'est pas accessible à nos moyens ; , dans l'un et l'autre cas , l'individu doit succomber , au bout d'un temps plus 1 moins éloigné , à l'espèce d'inanition qui en résulte inévitablement. B. Cancer des intestins. — § l". Le cancer du canal intestinal est pour le oins aussi commun que celui de l'estomac. Les mêmes rapports qui existent Ire celui-ci et la maladie connue sous le nom de gastrite chronique, se rejuvent entre le cancer des intestins et l'entérite chronique. Il me serait très- ;ile de démontrer cette proposition par des faits multipliés , si l'espace me rraettait de placer ici des observations particulières.

Toutes les parties du canal intestin peuvent être le siège du cancer. Néaninns le gros intestin en est plus souvent affecté que le grêle , et parmi les por-

ins du premier que cette maladie atteint avec une sorte de préférence , il faut iicer ses deux extrémités, c'est-à-dire le cœcum et le rectum. Les raisons de »tte particularité sont sans doute les mèoies pour lesquelles le cancer de l'es- .//, jaaac se développe plus fréquemment dans la région p^lorique que dans au- , ne autre portion de cet organe. Nous avons déjà dit d'une manière générale ' e , toutes choses égales d'ailleurs , le cancer se manifeste d'autant plus fré- - emment dans une partie, qu'elle abonde davantage en tissu cellulaire ou celi o-fibreux. Or , de toutes les portions du tube digestif , celles où se rencontre irtout cette condition sont précisément la région pylorique , la région du coe- |m et celle du rectum.

Dans un grand nombre de cas , le cancer des intestins s'étend aux parties ad- ;entes , et il peut en résulter la formation d'énormes masses squirreuses ou céphaloïdes au milieu desquelles plusieurs organes différens se trouvent nfondus. C'est ainsi , par exemple , que, dans certains cancers du rectum , cet I igane, le tissu cellulaire de l'excavation pelvienne, la vessie, et chez la > I nme, l'utérus , sont quelquefois compris dans une seule et même masse canreuse, où l'on ne peut que très-difficilement distinguer les uns des autres ces Térens organes dégénérés.

L'étendue du cancer intestinal est très-variable. J'ai vu les parois du gros int itin présenter dans presque toute leur longueur un épaississement lardacé et j,, tluirreux. Il est une foule d'autres cas , où le cancer se circonscrit dans un esl'ce assez limité, et il se présente alors sous la forme d'une masse plus ou nins volumineuse. Presque constamment cette hypernutrition des parois in- ' finales a été précédée d'ulcérations. Celles-ci sont plus ou moins profondes; ' leur surface s'élèvent souvent des végétations qui font une saillie plus ou Sms considérable dans la cavité intestinale. Au reste , les détails dans lesquels suis entré en décrivant le cancer en général , et celui de l'estomac en partilier , sont applicables à celui des intestins. Il serait inutile de les reproduire us ici. Une des circonstances anatomiques qu'il importe le plus de noter , en j icrivant le cancer des intestins , c'est le rétrécissement et quelquefois même blitération complète de la cavité intestinale par suite de ce cancer. En effet ,

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celte circonstance est la clef des principaux symptômes que déterminent par elles-mêmes les productions cancéreuses nées dans l'épaisseur des intestins.

Les ulcérations cancéreuses de l'intestin peuvent se terminer par la destruction de toute l'épaisseur des parois intestinales dans une étendue plus ou moins considérable. Un épanchement mortel dans la cavité du péritoine en est quelquefois la suite. Cependant, en vertu d'adhérences qui s'établissent ici, comme nous l'avons vu aussi dans les cas d'ulcérations de l'estomac , cet épanchement ne s'opère pas toujours. J'ai vu le fond de certaines ulcéi-ations cancéreuses du rectum être formé par la paroi correspondante de l'utérus , ou bien par la vessie. J'ai vu aussi communiquer le rectum avec l'intérieur de l'un de ces deux organes , par suite d'une perforation cancéreuse. Bayle et M. Cayol disent avoir vu plusieurs fois le colon transverse et l'estomac réunis par une masse squirreuse , et communiquant ensemble par un large ulcère cancéreux. Ce ne sont pas là, d'ailleurs , les seules communications anormales qui puissent s'établir.

De même que, dans les cas de rétrécissement de l'orifice pylorique cancéreux, nous avons vu que l'estomac pouvait acquérir un volume énorme, ainsi l'on voit le canal intestinal se dilater plus ou moins derrière les portions des circonvolutions intestinales, dont les productions cancéreuses ont déterminé le rétrécissement , ou même l'oblitération.

§ II. Les désorganisations cancéreuses de l'intestin se manifestant à la suite d'une phlegmasie chronique de cet organe , on doit observer, pendant le cours de leur développement, les symptômes propres à cette phlegmasie. Aussi, remarquez bien que les symptômes du cancer intestinal , tels qu'ils sont tracés par les pathologistes mêmes qui n'admettent aucun rapport de causalité entre ce cancer et l'entérite chronique ; remarquez bien , dis-je , que ces symptômes sont précisément ceux de cette dernière maladie. Contentons-nous de signaler ici les effets qui résultent essentiellement de la présence des productions cancéreuses de l'intestin , indépendamment de ceux qui sont le produit de l'entérite chronique elle-même. Or, les effets propres aux productions cancéreuses intestinales sont en quelque sorte purement mécaniques. Ces productions peuvent, par la compression qu'elles exercent sur les parties environnantes, eu déranger les fonctions. Quand elles donnent lieu à un rétrécissement considérable , ou même à une oblitération complète d'une portion d'intestin , il en résulte une série d'accidens qui ne diffèrent pas essentiellement de ceux qui caractérisent un étranglement intestinal proprement dit, si ce n'est qu'ils ne surviennent pas brusquement, comme cela arrive ordinairement dans ce dernier cas. Ces accidens sont le ballonnement, le méléorisme du ventre, des coliques plus ou moins violentes, une constipation opiniâtre, des hoquets , des borborygmes , des vomissemens de matières fétides , stercorales , un état de malaise et d'anxiété inexprimables. C'est au milieu de cet appareil des symptômes, dû à l'obstacle qu'éprouve le cours des matières contenues dans l'intestin , que la mort arrive , au bout d'un temps variable. Notre célèbre tragédien Talma a succombé à des accidens de cette espèce , et, h l'ouverture de son corps, on rencontra dans une portion du gros intestin un rétrécissement tellement considérable, qu'il équivalait à une véritable oblitération.

Comme plusieurs causes, autres que le cancer de l'intestin , peuvent entraver mécaniquement le cours des matières intestinales, il est évident que les symptômes que nous venons de signaler ne suffiraient pas pour nous révéler l'existence d'un cancer du canal intestinal avec rétrécissement considérable d'un point de ce canal. Que si, avant l'explosion de ces accidens , on a observé les symptômes d'une entérite chronique , on pourra bien soupçonner l'existence d'un cancer intestinal. Mais ces soupçons ne pourront se convertir en certitude, qu'autant que l'on aurait senti , à travers les parois abdominales, la tumeur formée par la portion d'intestin devenue cancéreuse.

De tous les cancers des diverses portions du canal intestinal, celui dont le diagnostic soit constamment possible, c'est le cancer de l'extrémité inférieure de ce canal ou du rectum. En effet, dans ce cas, le toucher suffît pour faire reconnaître la maladie. On peut aussi alors , comme dans les cas de cancer du col de l'utérus, recourir à l'emploi du spéculum inventé par M. Récamier. ( f^oj'ez plus loin l'article particulier consacré au cancer du rectum. )

§ III. Les causes du cancer des intestins ne diffèrent pas esssentiellement de celles du cancer de l'estomac ; c'est pourquoi nous ne nous y arrêterons pas.

§ IV. Le cancer des intestins réclame le même système de traitement que celui de l'estomac. Le cancer de l'extrémité inférieure du rectum est jusqu'ici le seul des cancers intestinaux auxquels s'adapte le traitement chirurgical. M. Récamier cependant applique la méthode de la compression à tous les cancers des intestins indifféremment.

Lorsque le cancer occupe un point du canal intestinal Irès-éloigné de l'estomac, et qu'il n'existe pas un grand obstacle au cours des matières dans ce point; lorsque d'ailleurs les portions du tube digestif, situées au-dessus du cancer , conservent leur état normal , on peut, à l'aide du régime sagement dirigé , prolonger beaucoup , et pour ainsi dire indéfiniment, les jours des malades. Les alimens difficiles à digérer , qui donnent lieu à un résidu considérable, ceux dont la digestion est accompagnée de la production d'une quantité considérable de gaz , les boissons stimulantes, seront sévèrement proscrits. Les malades doivent aussi prendre habituellement des lavemens émoUiens. Dans certains cas où le cours des matières est complètement intercepté , par suite d'une dégénérescence cancéreuse peu étendue des intestins , l'établissement d'un anus artificiel ou contre nature ne pourrait-il pas sauver la vie des malades ?

Nous ne parlerons point ici du traitement spécial de l'entérite chronique , bien qu'ellesoit lacause productrice du cancerintestinal : nous dirons seulement

CANCÈR. (

que Bayle et M. Cayo! eiix-mùmes^ prescrivent de se hàler d'avoir recours aux saignées locales réitérées, toutes les fois qu'on a lieu de craindre quelque complication inflammatoire; ils assurent avoir été souvent témoins de l'ellicaçité des sangsues appliquées à l'anus. ( (■'ojez Entérite chronique. )

C. Cancer du foie. ■ — § I"". Le foie est peut-être, entre tous les orsranes glanduleux intérieurs , celui dans lequel on rencontre le plus fréquemment des masses squirreuses ou encéphaloïdes. Dans certains cas, le foie affecté de cancer augmente prodigieusement de poids et de volume, et il peut en doubler ou même en tripler. Les masses cancéreuses font quelquefois saillie à la surface de ce viscère , et lui donnent un aspect inégal et bosselé. Tantôt elles adhèrent à peine à la substance qui les environne et s'enlèvent comme par enuc/t'aiiora; d'autres fois, on ne peut les détacher que par une véritable déchirure de la substance saine du foie , avec laquelle elles se continuent par une sorte de dégradation. Elles sont d'ailleurs, tantôt d'une dureté extrême, et tantôt d'une mollesse difiluente.

Les masses cancéreuses du foie sont rarement uniques ou solitaires ; cet organe en est souvent comme farci dans toute son étendue. Alors , le parenchyme hépatique , refoulé , comprimé par elles , est atrophié , et , dans quelques cas , on en trouve à peine quelques vestiges. On dirait que la matière anormale ne se développe qu'aux dépens du tissu propre du foie, dont elle usurpe alors en quelque sorte la place. Le tissu ([ui circonscrit les niasses cancéreuses, irrité pour ainsi dire par leur contact, devient quelquefois le siège d'une phlegmasie aiguë, et de là le ramollissement, la suppuration qu'il présente chez certains sujets.

Ce que nous avons exposé précédemment sur les divers caractères des productions cancéreuses en général est , d'ailleurs , entièrement applicable à celles du foie. Bornons-nous donc à indiquer ici les principales lésions que des, masses cancéreuses plus ou moins volumineuses du foie peuvent déterminer dans les organes voisins , par la compression qu'elles exercent sur eux. Or, la pression de ces masses sur des organes creu.x en produit lo rétrécissement ou même l'oblitération complète. C'est ainsi qu'on voit le tronc de la veine-porte ou ses principales branches , les canaux excréteurs de la bile, comprimés par une tumeur cancéreuse née do la face inférieure du foie , opposer un obstacle plus ou moins grand au cours du sang dans le premier cas , et à celui de la bile dans le second; de là certaines ascites, de là certains ictères. Dans un cas que j'ai recueilli avec RL Berlin neveu , à l'hôpital Cochin , on trouva , chez une femme depuis long-temps ictérique , un cancer de la face inférieure du foie comprimant les conduits excréteurs de la bilo et une portion du duodénum. Il était résulté de cette pression une dilatation considérable de l'estomac et des canaux biliaires en deçà du point où elle s'exerçait sur eux. Mais la dilatation la plus remarquable existait dans la vésicule biliaire, qui avait acquis le volume de la léte d'un fœtus à terme.

La pression d'un foie cancéreux sur un organe plein fiait par l'atrophie à un degré variable; j'ai vu des atrophies du rein droit produites parce genre de causes.

Ces exemples suffisent pour donner une idée des effets purement mécaniques, auxquels peuvent donner lieu les masses cancéreuses nées dans le parenchyme du foie. Sans la connaissance de ces particularités auatomiques , il serait impossible de se rendre compte d'une foule de phénomènes observés pendant la vie chez les individus affectés de cancer du foie.

Je regrette de ne pouvoir consigner ici un certain nombre d'observations propres à démontrer les rapports qui existent entre les productions cancérèuses du foie et l'hépatite chronique.

Ces productions coexistent ordinairement avec d'autres d'une espèce diftërente , et avec des altérations variables des élémens nombreux qui concourent à la structure du foie. Qu'il me soit permis de rapporter à ce sujet un cas bien digne d'être soumis aux méditations de nos lecteurs.

Le 27 août l.'' 28, on ouvrit à l'hôpital de la Charité un individu chez lequel M. Fouquier, dans le .service duquel il était placé , avait soupçonné des hydatitics du foie. Après l'.iutopsie cadavérique , ce professeur considéra comme un cancer les altérations trouvées dans le foie du malade , chez lequel , entre autres symptômes, on avait obsçrvé l'ictère et l'ascite. Ce foie me fut montré le lendemain de l'ouverture par M. Reynaud : il était très-voliilnineux, et bosselé à sa surface. Sa substance était généralement d'un jaune foncé et ramollie. Il était parsemé de très-nombreuses masses qui ne différaient des masses cancéreuses ordinaires que par une coloration jaune , due à ce qu'une certaine quantité de matière jaune de la bile semblait concourir à leur formation. Du sang altéré était probablement mêlé à la substance des masses indiquées. Dans divers autres points du foie, on trouvait des foyers contenant du sang bien reconaaissable; ce sang était coagulé et la fibrine conservait encore une certaine quantité de matière colorante. Ailleurs, le sang était infillré à l'état liquide, et formait ainsi de véritables petits foyers n/>ioyy/ec/i(/i(Ci. Plusieurs des veines du foie étaient gorgées d'une matière analogue à celle qui constituait les masses décrites plus haut, et leur cavité en était à peu près complètement oblitérée. Une masse , du volume d'une grosse amande, se remarquait à l'embouchure des veines hépatiques dans la veinecave qui était restée libre. Quelques veines du foie, d'un moyen calibre, étaient ulcérées intérieurement; dans une autre veine d'un gros calibre, on voyait un rétrécissement de l'étendue d'un pouce environ , avec des adhérences entre quelques points opposés de la circonférence interne de ce rétrécissement. Non-seulement les veines de l'intérieur du foie, mais aussi celles qui sillonnent la face abdominale cl la face thoracique du diaphragme , étaient obstruées par la matière dont il a été parlé. Par la pression, on faisait circuler cette matière dans leur canal. Les plus petites veines , examinées de près, en conteDaicnt aussi : quelques-unes des veines superficielles du foie pliaient

516) CANCER. j

s'ouvrir dans les troncs intérieurs, dont quelques-uns se trouvaient oblitcni ( immédiatement au-dessus de cette embouchure. La vésicule biliaire contenai i une bile brunâtre Les canaux cystique et cholédoque parurent libres. La sJ rosité épanchée dans l'abdomen était mêlée de sang, ce qui lui donnait ui j ] teinte rouge assez foncée ; il y avait même quelques véritables caillots de sar . dans la cavité abdominale.

Remarquable sous plusieurs rapports , le fait précédent l'est surtout par | présence, dans un grand nombre de veines , d'une matière tout à fait.serabl, ble à celle qui constituait les masses encéphaloïdes colorées en jaune qui cxi talent dans le foie. Faut-il admettre que la matière dont ces veines étaient goi gées n'était autre chose que le résultat d'une altération , d'une maladie du san ( qu'elles contiennent normalement? Faut il au cont»aire , considérer cette m; \ lière comme provenant de la, résorption de celle qni existait dans plusieui ■ points du parenchyme du foie ?

§ IL Le diagnostic du cancer du foie est souvent fort difficile, pour ne p; : dire impossible. Cette 'maladie peut exister sans déterminer aucune douleur ■ sans entraver notablement la sécrétion de la bile ; quelquefois aussi le foie n'e; i pas sensiblement augmenté de volume. Comment dans des cas de ce gem \ reconnaître l'existence d'un cancer du foie ? Mais il est des cas moins défavii j rables au diagnostic. Un individu , par exemple , est afl'ecté d'ictère ; son foie! ! énormément tuméfié , dépasse de plusieurs pouces le rebord des fausses côtcij j occupe une grande portion de la région épigastrique , et l'on sent à sa surfat | des bosselures et des inégalités plus ou moins multipliées; la pression est phi | ou moins douloureuse ; l'amaigrissement est considérable , le teint d'un jaun(| j paille , etc. : cet appareil syraptotnatique étant donné , on ne saurait s'empêche | de soupçonner l'existence de masses cancéreuses dans le foie. Je dis de souf \ çonner et non de reconnaître , attendu que de volumineux tubercules du foi | pourraient donner lieu aux phénomènes ci-dessus indiqués. Il est vrai qu'un | erreur de ce genre serait de bien peu d'importance.

De tous les symptômes que nous venons d'indiquer, la sensation detumeui plus ou moins saillantes , occupant la surface du foie, est sans contredit le pli important; sans lui, tous les autres seraient presque insignifians. En effet, l'i tère n'est pas une signe propre au cancer du foie ; il manque même dans presqu tous les cas de cancer de ce viscère, coïncidant avec la liberté des divers canauj excréteurs de la bile. Toute affection de ces canaux qui intercepte le cours t la bile , suffit pour produire cet ictère. Le simple développement du foie a lie dans une foule de cas où cet organe ne contient aucun vestige de caiiAf. Quant à la douleur, elle n'est pas plus caractérisque du cancer du foie que t toute autre lésion de ce viscère , et l'on sait qu'il n'est presque aucune de ci lésions qui ne puisse exister sans douleur. Celle-ci , dans les maladies du foie est donc un accident plutôt qu'un véritable signe. Enfin , l'amaigrissement l'altération du teint et les autres symptômes de la cachexie dite cancéreuse , i deviennent de quelque valeur, dans le diagnostic du cancer du foie , qu'autaii qu'il existe en même temps quelqu'un des phéqomènes locaux indiqués p)^ haut.

L'ascite qui accompagne si souvent les profondes désorganisations du foie n'indique rien autre chose , sinon un obstacle au cours du sang dans la veini porte , obstacle qui se rencontre efléctivement dans la plupart de ces désorgi nisations. Mais comme il n'est pas plus particulier à celle tiésignée sous le noi de cancer qu'à telle autre ; comme, d'ailleurs, l'ascite peut se manifester indépei damment des lésions du foie , puisque l'obstacle au cours du sang dans la veilit porte peut exister dans la portion abdominale de cette veine, et que d'ailleu) la portion hépatique elle-même peut être le siège de cet obstacle, sans qu' existe en même temps de désorganisation du foie ; comme enfin le cours d sang de la veine-porte n'est pas entravé toutes les fois qu'il existe un cancer <1 foie ; d'après toutes ces considérations , dis-je , il est évident que l'ascite seu et par elle-même ne saurait constituer un signe patliognomonique du canci du foie.

§ III. Les coups , les chutes , les pressions sur la région du foie , les excès c régime , l'abus des purgatifs violens , toutes les influences , en un mot , qiiel'c considère comme pouvant donner naissance à l'hépatite chronique , voilà aus les causes que l'observation démontre avoir agi chez les individus atTectés c cancer du foie. Certaines productions cancéreures du foie peuvent-elles se di velopper par le seul fait de la résorption de la matière encéplialoïde ramoU existant dans un organe plus ou moins éloigné du foie ? Sans doute cette résor , tiou doit être considérée comme une circonstance favorable à l'apparition ( cancers dans le foie , ainsi que dans quelques autres parties ; mais je pense qi les faits actuellement connus ne suflisent pas encore pour démontrer que ce tains cancers du foie sont le résultat pur et simple de la position d'une matiè< de même nature résorbée dans une partie plus ou moins éloignée. Il me scd ble donc que , dans une telle question , le doute est le seul parti sage que l'c puisse adopter.

§ IV. Le traitement du cancer du foie ne diffère pas essentiellement de cal du cancer de l'estomac. Il serait par conséquent superflu de nous y arrêti longuement. C'est une des maladies contre lesquelles on a déployé i'appart de CCS médicamens long-temps connus sous le nom d'apéritifs , de fondans , ( ! désobslruans. Parvenu à un certain degré , le cancer du foie , comme tous cei qui ne comportent pas l'emploi îles moyens chirurgicaux , est tout-à-fait ai, dessus des ressources de. l'art. Peut-être n'en est-il pasainsi du cancer comme " çant Mais comme nous n'avons aucun signe certain de l'existence de celui-c on pourra toujours objecter à ceux qui prétendraient l'avoir guéri, qu'ils n' vaienl affaire qu'à une hépatite chronique sans production de matière squi reuse ou cncéphaloïde.

CANCER

CANCER

I Que faut-il penser de la méthode des Anglais qui , dans la plupart des mala-

ics du foie , et particulièrement dans celles que l'on peut , selon toutes les j robabilités, considérer comme des cancers du foie, administrent largement I; 3S purgatifs et divei'ses préparations dites fondantes, parmi lesquelles le calo- ; ael ou mercure doux tient le premier rang? Nous n'avons pas de documens

ssez précis sur cette méthode pour pouvoir la juger en dernier ressort. Peut-

tre que, dirigés par une main prudente et exercée, ces moyens ne sont pas i ans utilité dans un certain nombre de cas qu'il s'agirait de déterminer d'une li panière rigoureuse. Mais n'oublions pas qu'il est des phlegmasies du foie qu'on t le peut raisonnablement attribuer qu'à l'abus des purgatifs et autres excitans

ppliqués sur la surface digestive. En ne perdant pas de vue ce fait ou se gari; lera bien de prodiguer de tels moyens dans des cas où la seule affection du ; oie , dont les symptômes observes nous révèlent positivement l'existence , n'est

utre qu'une véritable phlegmasie de ce viscère. Il est évident qu'en un tel 1! itat de choses , il faut , avant de chercher à fondre les produits formés acciden-

ellenient dant le foie , s'occuper d'éteindre l'irritation qui leur a donné nais- «I ance et qui préside à leurs progrès. La méthode antiphlogistique doit donc

itre mise en usage avant toute autre. 11 est vrai que les purgatifs font aussi t. )artie, à titre de révulsifs, de cette méthode, et c'est par-là qu'on peut expli- È. juer leur utilité dans quelques cas de maladie du foie. Mais les révulsifs eux-/ 1 nêmes ne doivent être administrés qu'avec une grande circonspection , sans i pioi , ils seraient bien souvent plus nuisibles qu'utiles. Dans les cas de ma-

I adies du foie, l'existence d'une complication de phlegmasie gastro -intes- )i inale contre - indique formellement l'emploi des purgatifs, (fojcz Hépatite

y. CHBOSIQCE. )

>. D. Cancer de la vésicule et des conduits hiliaires. — On trouve quelquefois

II es canaux biliaires épaissis , endurcis et lardacés. Celte altération peut s'y développer primitivement , mais le plus ordinairement elle est consécutive au léveloppement d'une masse cancéreuse dans le tissu cellulaire environnant ou à a face inférieure du foie.

La vésicule biliaire , chroniquement enflammée , peut se convertir en un issu squirreux ou encéphaloïde. J'ai vu un cas où , en même temps qu'elle ofrait ce genre de lésion, ses parois étaient profondément ulcérées dans une issez grande étendue. Sans des adhérences que la vésicule avait contraclées ivec l'arc du colon, un épanchement de bile aurait eu lieu dans le péritoine. M le sujet eût vécu plus long-temps, il est probable que la cavité delà vésicule :urait fini par communiquer avec celle du colon.

Je ne crois pas qu'il soit possible de reconnaître , pendant la vie , l'existence lu cancer de la vésicule et des conduits biliaires. Les troubles qu'il peut occaioner dans la sécrétion de la bile , et par suite dans les autres fonctions , lui sont communs avec un grand nombre d'autres lésions de l'appareil biliaire.

E. Cancer de la rate et du pancréas. — De véritables productions squirreuses )U encéphaloides ont rarement lieu dans la rate ; M. Andral n'en a même fait lucune mention en traitant des altérations de cet organe.

Le pancréas, au contraire, présente assez souvent une induration squirreuse, oit dans toute son étendue , soit dans une portion de sa substance. Le cancer lu pancréas est souvent consécutif à celui de la petite courbure de l'estomac, i celui de la région inférieure du foie , ou bien à ces masses cancéreuses qui 10 développent dans le tissu cellulaire dont le pancréas est environné.

Le cancer du pancréas est au-dessus de nos moyens actuels de diagnostic.

F. Cancer des ganglions mésentériques. — Je ne sais pourquoi les auteurs qui iC sont occupés du cancer n'ont rien dit de celui des ganglions mésentériques , equel n'est rien moins que très-rare , bien qu'il soit cependant moins fréquent \uc les tubercules de ces ganglions. La matière «érébriforme se développe noins communément dans les ganglions mésentériques que la matière squir- 'cuse. En voici cependant un exemple : chez un homme qui mourut, eu 1828, Jans le service de M. Lerminier, les ganglions mésentériques formaient une masse énorme , molle , d'un blanc grisâtre, parcourue de quelques foyers sanguins. En la pressant , il s'en écoulait un liquide analogue à du suif fondu. Une désorganisation encéphalo'ide , semblable à la précédente, existait aussi dans d'autres organes , et spécialement dans le colon.

Au reste, nous ne ferons qu'indiquer ici le cancer du mésentère, attendu que, sous le rapport de ses causes , de ses symptômes et de son traitement , il se confond en grande partie avec la maladie connue sous le nom de carreau. 1 Fojez ce mot et Méseutérite chronique.)

Le cancer des divers ganglions lymphatiques de l'abdomen est souvent consénulif à celui d'autres organes , tels que les testicules , l'utérus , les intestins, etc .

G. Cancer des reins. — Le cancer peut se développer dans les reins sous les diverses formes que nous avons indiquées. Il est rare que ces deux organes soient envahis à la fois. Souvent même un seul rien n'est affecté que dans une portion de son étendue. Dans un cas que j'ai observé , le rein droit , converti en matière encéphaloïde, excepté à son extrémité supérieure , s'étendait jusqu'au foie auquel il adhérait; son volume égalait la moitié de ce dernier organe. Au devant et en dedans de la tumeur passaient , d'une part l'aorte , qui était saine , et d'autre part la veine-cave qui était gorgée d'une matière pultacée , oblitérant complètement sa cavité ; cette matière , de couleur lie de vin , friable , avait une grande analogie avec la matière anormale du rein. L'altération de la veine-cave s'étendait jusqu'au bord postérieur du foie. Celte veine , comprimée par la tumeur encéphaloïde du rein , était aplatie à l'endroit où elle reçoit les veines du bassin et dès membres inférieurs , lesquelles étaient oblitérées par un long caillot pultacé , brunâtre, que l'on pouvait suivre jusqu'aux jambes.

ÎjCs veines émulgentes étaient gorgées de la même matière que la veine-cave. Cptte matière adhérait à la face interne de celle-ci , qui ét^it d'ailleurs blanche.

DlCT. DE MlÎDEClIfE ET DE CninURGlE PRATIQUES.

L'extérieur de la veine-cave , au point correspondant à la tumeur , était comme confondu avec celle-ci. Les veines des parois abdominales étaient énormément dilatées et flexueuses. Le rein gauche parut parfaitement sain , si ce n'est qu'il était sensiblement hypertrophié.

Si j'ai cité cette observation, c'est que les faits de ce genre étant encore peu nombreux et fort importans à connaître, on ne saurait trop les signaler à l'attention des médecins.

§ II. Les symptômes du cancer commençant du rein ne sont pas , en général , moins obscurs que ceux du cancer du foie. Quand Forgane est devenu très-volumineux , on sent la tumeur qu'il forme , à travers les parois abdominales. Cette tumeur est ordinairement indolente, et il n'est guère possible de la distinguer d'un autre tuméfaction du rein qui ne serait pas de nature cancéreuse. La sécrétion de l'urine n'est pas sensiblement altérée quand un seul rein est le siège de productions cancéreuses. S'il existe une compression considérable ou même une oblitération de la veine-cave , les membres inférieurs deviennent le siège d'une infiltration plus ou moins considérable (ce phénomène avait lieu chez l'individu dont j'ai rapporté le cas ci-dessus). L'infiltration et les autres hydropisies , encore une fois , ne sont point l'effet direct et nécessaire des affections cancéreuses , elles reconnaissent pour cause prochaine un obstacle au cours du sang veineux. Quand les productions cancéreuses ne sont pas accompagnées d'un obstacle de ce genre, l'hydropisie ne se manifeste point.

On conçoit que si les deux reins étaient à-la-fois transformés tout entiers en matière cancéreuse , et partant devenus inhabiles à la sécrétion de l'urine , il en résulterait de très-graves accidens. Je ne connais , d'ailleurs, aucun fait de ce genre.

§ III. Les causes du cancer du rein sont de la même nature que celles des autres cancers , et se confondent entièrement avec celles de la néphrite chronique. ( oyez ce mot. )

§ IV. Le cancer du rein est , quant à présent du moins , tout à fait incurable. Le traitement palliatif est le seul auquel on doive songer. Les chirurgiens n'ont point encore eu l'idée d'extirper cet organe, bien que cette opération ne paraisse guère plus dangereuse que l'extirpation des ovaires et de l'utérus , qu'ils ont pratiquée un certain nombre de fois.

Des bains plus ou moins répétés, quelques saignées locales , surtout s'il se manifeste de la douleur dans la région du rein , les sédatifs , tels sont les moyens qu'il convient de mettre en usage. Que pourraient les remèdes fondans contre un volumineux cancer du rein ?

Je ne sache pas que M. Récamier ait encore essayé la compression dans les cas de cancer du rein. L'eflicacité de ce moyen me parait ici plus que douteuse.

H. Cancer de la vessie et des uretères. — § I. Le cancer de la vessie est tantôt général et tantôt partiel. On peut appliquer à sa description presque tout ce qui a été dit à l'article Cancer de l'estomac. Ainsi , par exemple , le cancer de la vessie peut exister avec dilatation ou rétrécissement de la cavité de l'organe , avec ou sans ulcération , avec ou sans hypertrophie de la couche musculaire, etc . Les productions cancéreuses de la vessie peuvent se présenter quelquefois sous la forme de végétations fongueuses, saillantes dans la cavité de ce viscère , qu'elles remplissent quelquefois tout entière. J'ai vu un cas de ce genre, chez un bijoutier qui succomba en 1828 , dans le service de M. Fouquier, à la Charité ; chez cet homme, un fongus cancéreux, de la grosseur du poing, et ressemblant à un chou-fleur, bouchait , pour ainsi dire , hermétiquement la cavité vésicale.

L'induration hypertrophique du tissu cellulaire de la vessie joue un rôle important dans le développement de la plupart des cancers de la vessie. Le cancer de la vessie se propage souvent au tissu cellulaire du petit bassin et aux autres organes contenus dans cette cavité. D'autres fois , le cancer de la vessie est , au contraire , le résultat de l'extension de celui du rectum , de l'utérus , etc. Nous avons déjà dit ailleurs qu'il n'était pas rare de voir s'établir des communications anormales entre les cavités des divers organes de l'excavation pelvienne , dans les cas de cancer ulcéré de ces organes.

§11. La formation du cancer de la vessie est accompagnée des symptômes d'une cystite chronique. « Jusqu'à ce jour, disent MM. Breschet et Ferrus , >^ nous ne pouvons assigner au cancer de la vessie d'autre cause qu'une phleg- » masie chronique. » Quant aux symptômes provenant uniquement de la présence d'un cancer de la vessie, ils sont souvent nuls. Ce n'est que dans les cas où une masse cancéreuse assez considérable fait saillie dans la cavité vésicale que le cathétérisme peut faire reconnaître la maladie. Dans le cas que j'ai cité tout à l'heure, en sondant le malade , on sentait distinctement une sorte de masse légèrement flottante dans l'intérieur de la vessie. La douleur , la difliculté d'uriner ou la rétention complète de l'urine, et plusieurs autres symptômes, n'appartiennent point en propre aux affections cancéreuses de la vessie. Ils peuvent se rencontrer dans des cas de cystite chronique , qui n'aurait pas encore déterminé la formation de masses squirreuses ou encéphaloides. Toutefois , on ne saurait trop faire remarquer qu'ici , comme dans les cancers de tous les autres organes creux, comme dans le cancer de l'estomac , par exemple , les productions cancéreuses peuvent , en tant que simples corps étrangers, donner lieu à des accidens plus ou moins graves , selon qu'elles rétrécissent ou oblitèrent complètement par leur présence des passages dont l'entière liberté est nécessaire à l'exercice complet des fonctions. Si la masse cancéreuse s'oppose à k sortie des urines, ou bien si , comprimant l'cifice vésical des uretères, elle empêche le liquide de couler dans la cavité de la vessie , il en résultera , dans le premier cas , une distension de cet organe , qui pourrait se terminer par rupture , si l'on n'avait recours au cathétérisme, et, dans le second cas, une dilatatiou des uretères , des bassi^xets, etc.

CANCER. ( 518

§ m. Le cancer de la vessie se développant, ainsi qu'il a été dit , sous l'influence d'une phlegmasie chronique de cet organe, l'histoire paiticulière de ses causes et de son traitement rentre dans celle des causes et du tralleraent de la cystite chronique. Four prévenir la production du cancer de la vessie , il faudrait donc s'opposer à la terminaison des phlegmasics de la vessie par la chronicité. Les niasses cancéreuses vésicales une fois formées , il ne reste plus qu'à mettre en usage le traitement palliatif, et les moyens propres à combattre les effets mécaniques qu'elles pourraient occasioner. On sondera les malades dans les cas de rétention d'urine, on fera des injections émoUienles, adoucissantes, sédatives; on prescrira des bains , des boissons rafraîchissantes, un régime lacté , etc.

Le cancer des uretères est rarement primitif; l'exlrcmité inférieure de ces conduits est quelquefois comprise dans les masses cancéreuses du petit bassin. J'ai vu, dans des cas de ce genre , une dilatation énorme des uretères au-dessus de l'endroit affecté, soit qu'il ne fût que comprimé , soit qu'il fut devenu cancéreux lui-même, et que l'épaississement des parois eût été suivi de rétrécissement ou d'oblitération de la cavité. D'ailleurs, la maladie est au-dessus de nos ressources.

L Cancer des ovaires. — On est étonné de voir Bayle et M. Cayol mettre, pour ainsi dire , en doute l'existence du cancer de l'ovaire : h Si cette maladie « a été quelquefois observée , disent ces auteurs, elle n'a jamais été bien dé- >) crile. >i Les productions cancéreuses ne sont point très-rares dans les ovaires, surtout chez les femmes parvenues h un certain Sge. Elles se développent communément à la suite des phlcgmasies des annexes de l'utérus et du péritoine de l'excavation pelvienne, phlegmasies qui se communiquent facilement aux ovaires eux-mêmes. Ceux-ci , d'ailleurs , peuvent s'enflammer primitivement , et la terminaison de la maladie pari état chronique est d'autant plus facile que les signes del'ovarite aiguë ayant été jusqu'ici presque entièrement ignorés , on n'a pu diriger contre elle les moyens les plus appropriés. En général , en même temps que les ovaires deviennent le siège de productions cancéreuses, il s'y développe aussi des productions d'une autre espèce , telles que des matières fibreuses , fibro-cartilagineuses , des kystes séreux, des substances colloïdes ou gélaliniformes , etc. Ces productions combinées donnent quelquefois h l'ovaire un volume prodigieux. Un cas de ce genre a été observé l'année dernière , chez une femme très-connue dans le faubourg Saint-Germain. Celte femme avait, depuis jjlusieurs années, le ventre énormément développé. A l'ouverture de son corps , ou trouva un cancer de l'ovaire. Cet organe pesait plus de soixante livres. Cette observations été communiquée à l'Académie royale de médecine par M. Maingault , présent à l'autopsie cadavérique. Une tumeur aussi volumineuse n'est pas un cas commun ; mais il n'est pas rare de rencontrer des ovaires ayant le volume de la lète d'un fœtus à terme.

Les tumeurs de l'ovaire compriment les parties voisines , les déplacent et en dérangent ainsi les fonctions. Le fait suivant donneja une idée de ce genre de désordre. Une femme qui portait une énorme tumeur dans la région inférieure de l'abdomen , mourut à l'hôpital Cochin, après un séjour assez prolongé. Les membres inférieurs étaient infiltrés. Dans les derniers jours de son existence , elle rendait par la bouche des matières sales , et comme sanguinolentes. Voici dans quel état nous trouvâmes les ovaires : ces organes se touchaient par leur face interne, remplissaient toute la partie inférieure de l'abilomen et refoulaient vers le diaphragme les intestins , dont ils avaient dérangé la position naturelle. L'ovaire gauche était plus gros et plus pesant qu'un foie ordinaire. L'ovaire droit offrait le volume d'une tète de fœtus à terme. L'un et l'autre étaient bosselés à leur surface. Fendus suivant leur plus grand diamètre , il s'écoula du droit , une sérosité d'un jaune foncé , et du gauche , une sérosité d'un rouge brunâtre. La surface de la section, d'un blanc grisâtre mêlé de rouge , avait quelque ressemblance avec la substance cérébrale; mais la consistance des ovaires était bien différente de celle du cerveau , et analogue à celle de la couenne de lard. Les ovaires, ainsi transformés en substance cancéreuse , étaient injectés (surtout le gauche , dans lequel on trouvait quelques épanchemens sanguins). Au milieu de la dégénérescence lardée se faisaient remarquer encore des vésicules de l'ovaire , remplies d'un liquide transparent et ayant le volume d'une noix ou même d'un œuf; la membi-ane fibreuse, hypertrophiée, environnait de toutes parts les masses cncéphaloules , etc. Les veines des membres inférieurs, infiltrés, étaient oblitérées par un caillot fîbrincnx et solide , comme carnifié , s'écrasant facilement. L'oblitération s'arrêtait à l.i veine-cave , qui contenait du sang liquide.

Il n'est pas facile de distinguer le cancer de l'ovaire des autres productions qui peuvent se développer dans cet organe, distinction d'ailleurs peu importante. Je ne parlerai point ici des symptômes qui précèdent ordinairement l'apparition du cancer des ovaires , puisqu'ils doivent être exposés ailleurs. (I^ojez OVARiTE.) Quant aux symptômes des lésions purement mécaniques, produites par la présence îles masses cancéreuses de l'ovaire , ils sont très-variés : telle est l'hydropisie des membres inférieurs par suite de la compression , tle l'oblitération des veines ; tels sont des dcr.mgemens dans les actes de la défécation et de l'expulsion des urines causés par la pression qu'exercent les ovaires sur la vessie et le rectum , etc. Je crois que, chez la femme dont j'ai tout à I heure rapporté l'histoire, l'évacuation de matières sales, sanguinolentes, par la bouche était le résultat de la violente compression que les ovaires faisaient sup- |)orter aux viscères gastro-intestinaux ; en effet, ce n'était point un véritable vomissement qu'on remartpiait chez la malade; l'évacuation cl,ait en quelque sorte passive, et avait lieu comme par regorgement.

Je ne dirai rien du traitement médical du cancer des ovaires ; mais je dois rapporter qu'un chirurgien célèbre d'Édimbonrg , M. Lizars , a pratiqué troi.s

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fois l'extirpation de l'ovaire devenu squirreux; il assure que deux de ses ofj rées guérirent. Dans un quatrième cas , ayant fendu l'abdomen depuis l'appé^ dice xiphoïde jusqu'au pubis , pour extraire une prétendue tumeur de l'ovaii M. Lizars, plus hardi dans ses opérations qu'heureux dans son diagnosti trouva l'organe indiqué parfaitement sain. La malade qui fut le sujet , ou , l'on veut , la victime de cette effrayante méprise , se rétablit.

Je me borne à la relation de ces faits. Les chirurgiens français n'ont poi encore imité l'opérateur écossais; mais de l'extirpation de l'utérus, pratiqu déjà plusieurs fois à Paris, h celle des ovaires , il n'y a pour ainsi dire qu'i pas. Il ne m'appartient pas de décider s'il convient ou non de le franchir ; toi fois, si l'on considère que les malades peuvent vivre long-temps avec une tume de l'ovaire, même assez volumineuse, on aura peut-être quelque raison de plac l'opération de M. Lizars au nombre de celles que réprouve la saine chirur" J. Cancer du péritoine et du tissu cellulaire soits péritonéal et inter-périi néal. — §1. Les tumeurs cancéreuses du péritoine décrites par quelques obsf' vateurs , et entre autres par Math. Baillie , ne sont réellement pour l'ordinai! que des affections du tissu cellulaire lâche et abondant situé sous cette mei brane séreuse; aussi ces tumeurs ou masses cancéreuses se forment-elles , | plus souvent, là où ce tissu est le plus lâche et le plus abondant, c'est-à-di dans les différens replis du péritoine , connus sous les noms de mésentères d'épiploons. C'est pendant le cours d'une épiploïte ou d'une mésentérite cht nique que se développent sourdement les masses cancéreuses qui nous occupe ici. Ces masses acquièrent quelquefois un volume très-considérable. Dans S' beau traité des Phlegmasies chroniques, M. Broussais a cité un cas de ce genre fc remarquable (observation 56 , intitulée : Développement extraordinaire du tis cellulaire post-péritonéal , avec état lardacé et ulcération) ; un autre , recuei i par M. Laennec , a été rapporté par Bayle et M. Cayol dans leur article Ca t:ER (Dictionnaire des sciences médicales). i La forme des masses cancéreuses du tissu cellulaire sous-péritonéal varie i' raison du point où elles se développent. Elles se moulent en quelque sorte s i; les organes voisins. Dans l'observation citée de M. Broussais, « les intestin-' » dégagés de la masse cancéreuse , y laissèrent un sillon imitant , par ses cou [i 11 bures, leurs diverses circonvolutions. » li Dans quelques-uns des points des masses cancéreuses des épiploons ou d • mésentères se rencontrent parfois , tantôt des ulcérations, tantôt des ramolli i semens ou de véritables foyers purulens , tantôt des dépôts sanguins plus i moins considérables.

Les tumeurs sous-péritonéales contiennent d'ailleurs souvent, en mêti temps que des masses cancéreuses , d'autres productions d'espèce différent! telles que des matières tuberculeuse , mélanique, des substances fibro-cartil gineuses, osseuses, etc.

Toutes les tumeurs dont nous venons de parler naissent en quelque sorte i la face adhérente du péritoine , et là où cette membrane ne recouvre pas imm (liatement les viscères abdominaux. Quelquefois cepciulant c'est de la surfa> de quelques-uns des viscères enveloppés par cette membrane que paraisse: s'élever certaines tumeurs. J'en citerai un exemple : chez une femme , mor d'une péritonite aiguë , greffée en quelque sorte sur une chronique , l'utérétait surmonté d'une masse gélatiniforme , formée de grains agglomérés comn un chou-fleur ; elle était plus volumineuse que le poing , et remplissait le pet bassin. Un peu déjetée à gauche , elle adhérait à l'ovaire de ce côté , qui éta désorganisé. Sa surface grenue avait une couleur rosée ; les granulations do. elle était formée étaient demi-transparentes et assez analogues à des grains t grêle; on troovait dans son centre une matière jaunâtre, comme graisseust disposée en petites boules , comparables parleur forme à des pois à cautère , > s'écrasant facilement. Incisée en différents sens, elle offrait à l'instrument ur résistance due à la présence d'une membrane dense , épaisse de plus d'une I gne , et qui, en se ramifiant, servait pour ainsi dire de pédicule aux granul; tiens indiquées. En exprimant cette singulière production, il en sortait u liquide mousseux , ressemblant à de la salive ou à de la synovie.

§ II. 11 n'est pas toujours facile de reconnaître l'existence des masses canci reuses développées dans le tissu cellulaire sous-péritonéal ; dans bien des c; elles n'ont pas même été soupçonnées. Elles sont par elles-mêmes indolente. Quand elles sont assez volumineuses pour pouvoir être senties par le touchei elles peuvent être confondues avec d'autres maladies. Le cas que j'ai rapport plus haut , d'une énorme dilatation de la vésicule biliaire, fut pris pour u cancer du grand épiploon. Cependant, en examinant attentivement les malade qui portent dans l'abdomen des tumeurs sensibles au toucher , et en s'infoi mant exactement des circonstances qui ont précédé la formation de ces ti meurs , on pourra quelquefois en reconnaître la véritable espècî.

En raison de la compression qu'elles exercent sur les parties voisines, Ift tumeurs cancéreuses développées dans les mésentères et les épiploons peuvei déterminer des symptômes plus ou moins graves, et qui ne diffèrent pas essen tiellement de ceux que nous avons déjà signalés , en traitant des cancers de plu sieurs des organes contenus dans la cavité abdominale. Toutefois , d'une pari la mobilité de plusieurs des organes abdominaux , et l'extensibilité des paroi du ventre , d'une part, affaiblissent , jusqu'à un certain point, les effets de cetli compression.

§111. Les causes des masses cancéreuses du tissu cellulaire sous-péritonés étant les mêmes que celles de l'inflammation chronique du péritoine et de ph sieurs viscères abdominaux, elles seront énumérécs en temps et lieux, (^'o/e Épiploïte, Mésentérite, Péritonite, etc.)

§ IV. La science ne possède point d'exemple de masses cancéreuses du tiss cellulaire sous-péritonéal terminées par la guérison.

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Section ÏI. Cancers de la cavité thoracique. — K. Cancer des poumons.

^ jer Caractères anatomiqiies . — Bayle paraît être le premier qui ait assez

exactement décrit le cancer des poumons , dont il ût une espèce particulière de phthisie pulmonaire ( phthisie cancéreuse ). Ce cancer , sans être aussi commun que celui de plusieurs autres organes, n'est cependant pas très-rare, et quiconque s'est livré avec quelque suite à l'ouverture des cadavres , a dù en rencontrer des exemples. Sur deux cents ouvertures de cadavres environ, dont j'ai conservé les détails, il ne se trouve que quatre cas de cancer des poumons. Cette maladie se présente sous deux formes principales.

1 0 Dans la première forme, une ou plusieurs masses cancéreuses , de volume et de configuration variables , enkystées ou non , se trouvent déposées dans la I substance pulmonaire. Ces masses cancéreuses s'enlèvent facilement , et le tissu I pulmonaire environnant ne paraît pas notablement altéré. En général , il ne se j développe de semblables productions dans les poumons que dans le cas où exisj tant des masses cancéreuses plus ou moins volumineuses dans d'autres parties i du corps. C'est ce qui avait lieu dans l'observation publiée en 1825 par M. Velj peau , sous ce titre : Exposition remarquable de maladie cancéreuse ; c'est ce qui avait également lieu dans le fait publié par M. Andral (Clinique médicale, tom. 2", pag. 396, 2" édition ).

Dans cette forme de cancer pulmonaire , on dirait que la matière qui le consitilue ( c'est ordinairement la matière encéphaloïde) a été simplement déposée dans les points où elle se rencontre , et que le tissu pulmonaire lui-même est en quelque sorte étranger à sa formation.

2° La seconde forme de cancer des poumons consiste dans la transformation jd'une portion plus ou moins considérable de ces organes en matière cancéreuse (cette matière appartient le plus communément à l'espèce dite squirreuse) ; iquelquefois un des lobes d'un poumon seulement, d'autres fois un poumon tout entier est ainsi converti, dégénéré en cancer. Dans le premier cas de ce genre que j'ai observé ( c'était en 1819, à l'hôpital Saint-Louis, chez une jeune fille, jqui avait un cancer de la glande lacrymale et un polype carcinomateux des aririère-narines) , le lobe supérieur du poumon gauche s'était transformé tout entier en une masse compacte , homogène , lardacée , d'un blanc jaunâtre, où ^'on n'apercevait aucune trace de vaisseaux sanguins ni de nerfs. Cette masse^ ^'était ramollie en aucun point; on j'oyait dans son intérieur quelques ouvertures provenant de la non-oblitération de tuyaux bronchiques considérables dont les parois se confondaient avec la production cancéreuse. Dans un second jcas , que j'ai également recueilli à l'hôpital Saint-Louis , chez un individu qui [portait en outre un bouton cancéreux à la région mammaire droite , le poumon liroit, coupe dans plusieurs points, offrait une substance grisâtre , lardacée , Iparsemée de foyers contenant du véritable pus ( j'ai rencontré aussi de semblajbles foyers purulens dans des masses cancéreuses extérieures et dans celles du pein en particulier). Dans un troisième cas , que j'ai recueilli en 1822, à l'hôpi- Ital Cochin, un poumon tout entier était converti en substancecancéreuse.Seule- Iment, au sein delà masse squirreuse, on apercevait çà et là quelques vésicules puî- Imonaires parfaitement reconnaissables, quoique affaissées et comme atrophiées.

i Enfin , dans un quatrième cas, chez un individu affecté de phlegmasie chro- Iiique de la poitrine , ainsi que les précédens , je rencontrai autour d'une masse |;omme albumineuse , de la grosseur d'un œuf, développée dans le sommet du Jpoumpu gauche , une petite étendue de cet organe transformée en une sub- Itance de consistance lardacée , homogène , se rapprochant de la matière encé- Iphaloïde non ramollie.

I § IL Symptômes et diagnostic du cancer des poumons. — Le cancer des poul-nons , parvenu à la période qu'on appelle de ramollissement , détermine , J;omme tous les autres , une profonde altération de la nutrition , la fièvre hecti- Ijue , le marasme , et cette teinte terne , livide de la face , qui , non moins que il a couleur jaune-paille , est un indice assez assuré de l'existence de quelque af- Jîection cance'reuse. Mais est-il des symptômes locaux qui puissent nous faire jj econnaître d'une manière positive la présence de productions cancéreuses au >ein des poumons ?

1 M. Laennec pense, « que le cylindre doit indiquer l'existence des encépha- |ioïdes du poumon , lorsqu'elles forment des masses volumineuses; ce qui , ajouite-t-il , est assez ordinaire à cette espèce de production accidentelle- » ( Op. hit. , tom. 11 , pag. 63.) Malheureusement, le célèbre auteur de VAuscultation hiédiate ne rapporte aucune observation particulière à l'appui de son assertion. g|| On conçoit qu'une dyspnée plus ou moins considérable, suivant l'étendue du [( jancer pulmonaire , le son mat et l'a-bsence de la respiration , dans la région de ( ,!a poitrine correspondante à la maladie , sont des phénomènes inséparables de , ;ette dernière. Mais ces mêmes phénomènes peuvent être le résultat de toute

uitre production accidentelle. Si à ces signes se joignait une fétidité particu- (lière de l'haleine, la teinte plombée , livide du visage, l'existence d'un cancer jilans quelque organe extérieur , on aurait de fortes probabilités en faveur de la présence de productions cancéreuses dans les poumons. Je dois avouer que ilans les quatre cas que j'ai recueillis, on ne reconnut le cancer pulmonaire liu'après la mort; mais ce qui n'avait point échappé au diagno.^tic , c'est l'exis- Jience d'une phlegmasie chronique de la plèvre ou des poumons. Dans les cas il-apportés par MM. Andral et Velpeau , ce ne fut également qa'à l'ouverture

des cadavres que le cancer des poumons fut constaté, j En somme , on peut assurer que nos moyens actuels de diagnostic , éclairés I par la connaissance des circonstances antécédentes , peuvent bien nous indi- ; ijuer l'existence de productions accidentelles volumineuses dans les poumons,

mais qu'ils ne nous permettent pas , dans un très-grand nombre de cas, de dé-

ii terrfiiner quelle est précisément l'espèce de ces productions. Les symptômes tirés de la percussion , de l'auscultation et de l'état de la respiration sont à peu

près nuls , quand la matière encéphaloïde dépose'e dans les poumons existe en petite quantité , et qu'elle ne s'oppose pas , par conséquent , d'une manière bien notable , à l'entrée de l'air dans le tissu vésiculcux de ces organes.

§ III. Causes et traitement du cancer des poumons. — Nous n'avons rien de spécial à exposer touchant l'origine de cette espèce de cancer , si ce n'est que , plus qu'aucun autre organe intérieur, ces viscères sont exposés au développement de la maladie qui vient d'être nommée , toutes les fois qu'il existe dans d'autres points de l'économie des masses cancéreuses considérables; comme aussi dans les cas de vastes suppurations extérieures , c'est dans les poumons , plus encore que partout ailleurs , que l'on voit se former des collections purulentes. Quelle qu'en soit l'explication, ce fait mérite d'être signalé.

Le cancer du poumon n'est point accessible aux moyens de la chirurgie, et il est rebelle à tous ceux de la médecine. Le traitement palliatif est le seul qu'on puisse employer. ( Kojez les articles consacrés aux phlegmasies chroniques des poumons et de la plèvre, )

L. Cancer des ganglions bronchiques . — Comme les ganglions extérieurs et les ganglions abdominaux, ceux des bronches peuvent être le siège d'une désorganisation vraiment cancéreuse. Toutefois, leur dégénérescence tuberculeuse est bien plus commune , et je ne sache pas que jusqu'ici aucun auteur se soit appliqué à l'étude spéciale du cancer des glanglions bronchiques. Nous nous contenterons nous-mêmes d'avoir indiqué ici la possibilité de ce cancer.

M. Cancer des plèi'res et du tissu cellulaire sous pleural ou inter-pleural. ~ §. I. Des masses cancéreuses plus ou moins volumineuses se développent quelquefois dans le tissu sous jacent à la plèvre , et surtout dans celui placé entre les feuillets de cette membrane , là où par leur écartement ils forment ces espaces auxquels on a donné les noms de médiastin antérieur et de médiastin postérieur, La plèvre elle-même peut acquérir une consistance et une dureté squirreuse, comme on le voit dans le cas remarquable de résection des côtes pratiquée par M. Richerand : « La plèvre , dit ce professeur , était évidemment malade, v> épaissie, fongueuse ; l'état cancéreux de cette membrane occupait huit pou- « ces carrés environ de son étendue, » ( Nosog. Chir. 5" édit., tom. 4 , pag. 401 .)

M. Laennec dit avoir rencontré , mais rarement , des encéphaloïdes entre la plèvre costale et les parois thoraciques. Dans le cas cité plus haut de M. Velpeau, quatre masses cancéreuses existaient entre les côtes et la plèvre.

Quelquefois la matière cancéreuse se forme sous la plèvre pulmonaire ellemême , et telle est même l'origine première de certains cancers du poumon. Mais c'est dans le tissu cullulaire des médiastins que se développent avec une sorte de prédilection les masses cancéreuses. Les tumeurs cancéreuses développées dans ces points compriment plus ou moins les parties environnantes, telles que l'aorte , l'artère pulmonaire, la veine-cave, les nerfs phréniques, etc. Quelquefois aussi, la dégénérescence cancéreuse se propage de toutes parts. J'ai vu , avec M. le docteur Dalmas fils, un cas de tumeur cancéreuse du médiastin antérieur, avec oblitération de la veine-cave supérieure. La concrétion volumineuse qui oblitérait le vaisseau était très-solide, grisâtre, et presque entièrement semblable à la matière cancéreuse du médiastin. La concrétion adhérait solidement, et comme par continuité, à l'une des faces de la veine. Enfin, il est des tumeurs cancéreuses, des médiastins, et particulièrement du médiastin antérieur, qui , à l'instar des tumeurs anévrysmales et des fongus de la dure-mère , amincissent les os , les atrophient , les perforent , puis viennent former sous les tégumens une saillie plus ou moins considérable. J'ai sous les yeux un cas d'une semblable tumeur du médiastin antérieur qui fut prise pour uu anévrisme de la crosse de l'aorte,

§ II. Le diagnostic des masses cancéreuses développées dans le tissu cellulaire sous-pleural, est ,' en général, fort difficile. Lors même que la masse cancéreuse fait saillie à l'extérieur, on peut se méprendre sur sa véritable nature- .Outre les symptômes généraux qui leur sont communs avec toutes les autres affections cancéreuses, les tumeurs que nous étudions ici , quand elles sont vo lumineuses , produisent divers accidens , dus à la compression qu'elles exercent siir les parties environnantes. Les parties supérieures s'infiltrent , se congestionnent, par l'effet de la compression de la veiue-cave ; une dyspnée plus ou moins intense résulte de la compression des principaux tuyaux bronchiques; cet accident pourrait aussi survenir , si , comme dans un cas fort remarquable rapporté par M, Andral (Clinique médicale) , les nerfs diaphragmatiques étaient comprimés par une tumeur du médiastin antérieur. Les phénomènes que nous exposons ici ne sont que des signes fort équivoques des tumeurs cancéreuses du tissu cellulaire de la cavité thoracique , attendu que des tumeurs d'une espèce différente sont également propres à leur donner naissance.

§ III. Les masses cancéreuses de la cavité pectorale se développent ordinairement à la suite de coups , de chutes sur la poitrine , de pressions long-temps continuées sur quelque région de cette cavité; toutes les autres causes qui peuvent enflammer chroniquement le tissu cellulaire sous-pleural ou la plèvre , sont par cela même aptes à en déterminer le cancer.

§ IV. Il est à peine besoin de dire que nos moyens thérapeutiques seraient tout à fait impuissans contre les tumeurs cancéreuses de la cavité thoracique, en supposant que leur diagnostic pût être établi. La science ne possède encore qu'un seul fait d'excision d'une portion de plèvre cancéreuse. (Cette excision fut pratiquée par M. Richerand , qui avait préliminairement réséqué les sixième et septième côtes également cancéreuses. Le malade guérit parfaitement des suites de l'opération ; mais il succomba à une récidive de l'affection cancéreuse de la région précordiale, )

N. Cancer du cœur, du péricarde et du tissu cellullaire sous-jacent. — Cancer des vaisseaux. — I. Le cancer du cœur paraît avoir été décrit pour la première fois par M. Carcassonne (Mémoires de la Société royale de médecine,

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pour les années 1777 78). MM. Rccamier , RuUier, Cruveilhier, Ferrus , en ont rencontré quelques exemples. Trois observations de cancer du cœur ont été publiées par MM. Andral et Bayle; M. Laeiinec dit avoir recueilli deu.\ cas de cancer encéphaloïde du cœur. Dans l'un, la matière cancéreuse formait de petites masses de la grosseur d'une aveline , ou moindres , dans la substance musculaire des ventricules. Dans l'autre, elle était disposée en forme de couches épaisses d'une à quatre lignes, le long des vaisseaux coronaires, entre le feuillet séreux du péricarde et le cœur lui-même. Dans une observation de M. Trélat, les parois de l'oreillette droite, épaisses d'une ligne et demie, étaient très-consistantes, grisâtres, lardacées. Toute la masse charnue intermédiaire à cette oreillette et au ventricule correspondant, était entièrement transformée en matière squirreuse d'un pouce et demi environ d'épaisseur. La même dégénérescence se remarquait sur l'oreillette gauche ; les ventricules étaient à peu près sains, mais leur cloison était cancéreuse. Dans le cas remarquable de maladie cancéreuse , publié en 1825 par M. Velpeau, le cœur contenait une douzaine de masses cancéreuses de grosseur variable , mais dont la plus grosse ne dépassait pas le volume d'un œuf de pigeon. M. Billard , dans l'atlas de son Traité des Maladies des Enfans nouveau-nés , a réprésenté un cas de squirre du cœur. A ces faits j'ajouterai les deu.x suivans. Chez un jeune homme de dixneuf ans, scrofuleux , qui succomba en 1822, à une phlegmasie chronique de la plèvre, du péricarde et du péritoine, avec complication il'induration des ganglions lymphatiques de la poitrine et de l'abdomen, chez cet individu , disje, le cœur, surtout en arrière , offrait au toucher une consistance squirreuse. Les deux feuillets du péricarde adhéraient de toute part entre eux; celui qui recouvre le cœur , généralement épais d'une ligne , offrait une épaisseur plus considérable encore à la partie postérieure de l'organe ; il criait sous l'instrument qui le divisait. Le tissu de la partie antérieure des ventricules, ferme et vermeil, contrastait avec celui de le leur partie postérieure , qui, moins distinctement fibreux et charnu , était décoloré , comme s'il eût participé à la dégénérescence lardacée du péricarde et du tissu cellulaire sous-jacent. Chez un autre sujet (le même dont j'ai parié plus haut, à l'occasion des tumeurs cancéreuses du médiastin antérieur) , le péricarde, singulièrement épaissi , faisait partie d'une tumeur lardacée, développée entre les lames du médiastin antérieur; la portion du poumon , en contact avec le péricarde, semblait avoir été envahie elle-même par la transformation cancéreuse.

Il résulte des faits que nous possédons sur le cancer du cœur que, dans cet organe, comme dans les autres , la maladie peut aff'ecter deux formes principales, celle de tumeurs isolées, et celle d'infiltration interstitielle , dans laquelle le tissu charnu du cœur semble transformé lui-même en substance cancéreuse, tandis que dans l'autre espèce, les fibres du cœur ne sont que refoulées, écartées. Il me semble que dans la plupart des cas de cancer du cœur, c'est le péricarde et le tissu cellulaire sous jacent qui ont été le point de tlépart de la maladie, laquelle s'est propagée ensuite au tissu cellulaire interposé entre les fibres musculaires du cœur, et enfin à ces fibres elles-mêmes, à moins qu'on n'aime mieux admettre que celles-ci , complètement atrophiées, aient disparu en quelque sorte au milieu de la transformation cancéreuse du tissu cellulaire. Dans quelques cas , et celui de M. Velpeau est du nombre , les masses cancéreuses paraissent se développer primitivement entre les diff'érens faisceaux musculaires du cœur.

Jusqu'ici , le cancer du cœur n'a guère été observé que chez des individus qui avaient une affection de même nature dans d'autres parties du corps.

Je ne sache pas qu'on ait encore reconnu , pendant la vie , l'existence de productions cancéreuses dans le cœur. Il est impossible , dans l'état actuel de la science, d'assigner aucun symptôme propre à cette maladie. Des observations ultérieures éclaireront peut-être ce point obscur de l'art du diagnostic.

Plusieurs des faits recueillis sur le cancer du cœur portent à croire qu'il existe entre cette maladie et la cardite ou la péricardite chroniques les mêmes rapports qu'entre le cancer des autres organes et leurs phlegmasies chroniques.

II. liC cancer des gros vaisseaux est fort rare. Je ne connais même aucun exemple authentique de cancer des gros vaisseaux artériels , tels que l'aorte et l'artère pulmonaire. On voit assez souvent l'aorte traverser d'énormes masses cancéreuses , sans que ses parois participent à l'altération. Seulement dans ces cas , son calibre est parfois plus ou moins rétréci. Il n'en est pas de même de la veine-cave. Dans les points où elles sont en contact avec des tumeurs cancéreuses , ses parois se convertissent assez ordinairement en substance lardacée.

Nous avons cité quelques cas dans lesquels les veines contenaient une matière analogue à la matière cancéreuse que l'on rencontrait dans les organes voisins.

M. Velpeau a trouvé dans l'aorte elle-même une oblitération produite par des concrétions analogues ii la matière encéphaloïde. Que faut il conclure des faits de ce genre? Avant d'en tirer aucune induction positive , il est bon , ce me semble, d'attendre qu'ils soient plus nombreux , et que toutes les circonstances aient été plus mûrement examinées.

Section JII. — Cancei-s de la cavité céphalo-rachidienne. — O. Cancer des centres nerveux ( cerveau , cervelet , moelle spinale ) . — § !<■ ■■. Caractères anntomiques. — Le cancer du système cérébro-spinal , comme les autres altérations de cet important système , n'a été bien décrit que depuis peu d'années. Des productions squirreuses ou cncéphaloïdes ont été rencontrées dans chacune des différentes portions de l'appareil cncéplialo-rachidien. J'ai rapporté, dans le traité de l'encéphalite, dix observations sur les masses squirreuses, cncéphaloïdes, stéatomateuses , colloïdes du cerveau. On trouve dans l'excellent ouvrage de M. OUivier , sur les maladies de la moelle épinière , deux exemples de cancer de la moelle et deux de caçcer du cervelet. Dans la troisième édition de

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Y Histoire des phlegmasies chroniques , M. Broussais rapporte un cas de canf ' de la moelle allongée. I 1

Tantôt les productions cancéreuses, développées dans les centres nerver, ; sont parfaitement séparées de la substance cérébrale environnante, au mil i | de laquelle elles se trouvent comme enchatonnées ; tantôt, au contraire, l « ( portion de substance cérébrale , transformée en matière caucéreuse , conseiii | ses rapports de continuité avec le reste du centre nerveux. On a rencontré qiN i quefois un véritable kyste autour des masses cancéreuses formées dans l'éps . | seur des centres nerveux. Toutefois les cas de ce genre ne sont pas les pi i communs. Le volume et la forme de ces masses offrent de grandes variétés, i ] en voit dans le cerveau qui ont le volume d'un gros œuf. Celle que M. Broi ! | sais rencontra à la partie supérieure de la moelle alongée , et dans répaiss( < | du corps pyramidal du côté droit, était à peu près de la grosseur d'une cl j | taigne médiocre. (Histoire des phlegmasies chroniques, tome 11, p. 41 3e édit. )

Comme les masses cancéreuses des centres nerveux ne diff'èrent point , qui i a leur structure, de celles des autres organes, je n'ajouterai rien ici à ce ( a été dit plus haut. (Voyez Caractères anatomiques du cancer en général.) \

% II. Symptômes et diagnostic du cancer des centres nerveux. — Il résulte ( j diverses observations que j'ai rassemblées sur ce cancer . que son dévelop] i \ ment s'est effectué au milieu des symptômes qui caractérisent l'inflammali j j chronique de l'appareil cérébro-spinal. Nous exposerons en temps et lieu | | symptômes (voyez Cérébellite, Encéphalite, Myélite ) ; nous devons seu • i ment ici faire connaître les phénomènes que déterminent les masses can. > ; reuses des centres nerveux , considérées comme constituant de véritables coiT étrangers. Ces phénomènes sont essentiellement les mêmes que ceux prodii par une compression directe exercée sur les centres nerveux ; en sorte que .1 masses cancéreuses, abstraction faite de l'opération morbide qui préside àl<| naissance et à leur développement , ou de leur cause génératrice , ne sont aui chose que des agens d'une compression lente et graduelle. Ajoutons queli| ramollissement et la résorption de la matière qui en résulte donnent lieu aî ( symptômes dont la série porte le nom de cachexie cancéreuse. Des paralysJl j plus ou moins étendues, tels sont les effets de la compression exercée par I masses cancéreuses développées au sein d& l'appareil des centres nerveux. 1? mêmes effets se manifestent quand la matière anormale , au lieu de se dépo j> : dans la substance nerveuse et de la refouler, semble n'être qu'une espèce 'i conversion ou de transformation de la portion des centres nerveux qu'elle i • cupe.

On conçoit qu'en vertu de la différence de fonction des divers élémens di,! I se compose le système cérébro-spinal, les masses ou désorganisations can • reuses produisent des symptômes particuliers, selon qu'elles siègent dans I ou tel de ces élémens. Nous allons par conséquent indiquer successivement i symptômes, suivant que le cancer occupe le cerveau , le cervelet, ou les . verses portions de la moelle. ,

I. En parcourant les divers cas de cancer du cerveau, consignés dansai traité de l'encéphalite, on trouve que cette altération a été accompagnée d'i ji abolition plus ou moins complète et plus ou moins étendue , so'it de certaii |i fonctions intellectuelles, soit de quelques sensations, soit des mouvemens '.lontaires de certaines parties. Citons quelques exemples : le premier des n ,•' lades dont les observations se trouvent rapportées dans le traité de l'encépl lite avait une tumeur vers le lobule antérieur de l'hémisphère gauche, et iiji seconde dans le lobule moyen, vers la scissure de Sylvius. On observa pend. s la vie une hémiplégie incomplète du côté droit, une altération profonde d; ji la faculté de parler , et une sorte d'idiotisme. Chez un second malade , In par f était également embarrassée , la mémoire conjuse; il oubliait ce qu'il z^enaic t dire. 11 se plaignait d'une douleur fixe et profonde vers la partie antérieure i la tête. La dure-raère était adhérente à l'arachnoïde, vers la partie anfériet ! de l'hémisphère gauche ; dans cet endroit la substance corticale , adhérente l'arachnoïde, était endurcie, comme squirreuse. Un troisième malade , p • sieurs mois après avoir reçu un coup violent à la tête , éprouve des douiez dans cette partie ; ses facultés intellectuelles se dérangent . le côté droit s'af] • blit ; enfin la parole s'embarrasse de plus en plus , se perd entièrement ; il n'; plus de suite dans les idées. Après la mort , on trouva à la partie antérieure externe de l'hémisphère gauche une tumeur grosse comme un œuf, d'une f meté remarquable , adhérant à l'arachnoïde, qui était rouge et épaissie , c Chez trois autres malades qui avaient présenté un trouble dans la mémoire dans la faculté de parler . une sorte d'idiotisme, avec ou sans douleur d.in,' région frontale, on constata l'existence de tumeurs occupant la partie an ricure du cerveau. Chez un septième sujet , affecté d'une Ae/nj/s/eg-îc co;w/>/ | du côté gauche , une masse cancéreuse, lardacée , occupait la plus grande p I tie du lobe postérieur , presque tout le lobe moyen , et une partie du lobe ai | rieur de l'hémisphère droit du cerveau. Chez un' huitième , à la suite de d< | leurs lancinantes dans le côté droit de la tête, il se déclara une paralysie i membres gauches. On trouva , en dehors de la couche optique droite et du ce, | strié correspondant , une masse squirreuse , longue de quatre travers de do i' j et large de deux ou trois. Enfin , dans un neuvièuie cas, chez un individu < ] avait offert une paralysie incomplète du bras droit, il existait une prodiicti I cancéreuse dans le centre de la ))artie postérieure de l'hémisphère gauche. |

Des faits sur lesquels nous venons do jeter un rapide coup d'œil , on doit 1 rer cette double conclusion, loque les masses cancéreuses des lobes céréliM déterminent une lésion dans les fonctions intellectuelles et les mouvemens ■ lontaires ; 2° que cette lésion varie selon le siège du cancer dans telle ou Ce portion dçs lobes cérébraux. Nous ne possédons point encore assez de fs

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pour déterminer rigoureusement quelle est la lésion fonctionnelle caracte'ristique du cancer de chacune des diverses portions du cerveau. Néanmoins , je pense que l'embarras ou la perte de la parole et de la mémoire , une sorte d'état idiotique, annoncent que la maladie siège dans la partie antérieure de cet organe , et que la paralysie des membres , au contraire , est un indice que les masses cancéreuses affectent ou compriment, soit les lobes moyen et postérieur du cerveau , soit les corps striés et les couches optiques. ( Pour plus de détails à ce sujet, voyez Encéphalite.)

II. Quels sont les symptômes qui peuvent faire reconnaître le cancer du cervelet? La science ne possède pas assez de faits pour la solution de cette question. Si, comme tendent à le démontrer les expériences pratiquées sur les animaux, et quelques observations recueillies chez l'homme , le cervelet est le régulateur de la station et de la locomotion, le cancer de cet oi'gane devra

I donner lieu à un trouble plus ou moins prononcé de ces fonctions. Il me semble que l'un des faits de cancer du cervelet rapportés par M. Ollivier pourrait être

I cité à l'appui de cette assertion. En effet , on voit que l'individu dont le cervelet contenait dans son centre une tumeur encéphaloïde , remuait, s'agitait conti-

' nuellement , ne pouvait se soutenir même assis; que le tronc se renversait en arrière , sans raideur. Or , dans les nombreuses expériences que j'ai faites sur le cervelet , j'ai constamment observé celte tendance continuelle à remuer, à s'agiter, cette impossibilité de la station et mille contorsions bizarres du corps.

III. Quant aux symptômes propres au cancer de la moelle , ils diffèrent selon que le mal occupe telle ou telle portion de l'organe. Le cancer de la région lombaire produit la paralysie des membres inférieurs, de la vessie et du rec-

'tum;la paralysie des muscles de la respiration, celle des membres supérieurs auront lieu quand le ca-nccr siégera dans une portion plus élevée de la moelle. C'est parce qu'elles peuvent, à la longue, entraîner la mort par une ve'ritable asphyxie, que les tumeurs cancéreuses de la portion supérieure de la moelle

!eont des maladies si graves.

Tels sont les symptômes que produisent les. cancers de l'appareil cérébrospinal, soit en raison de la simple compression qu'ils exercent sur une portion de cet appareil , soit par la destruction de cette portion. Je n'ignore pas qu'une foule d'autres phénomènes se rencontrent chez les individus affectés de cancer des centres nerveux ; mais ils dépendent d'une complication, laquelle dans le 'plus grand nombre des cas , consiste en une inflammation plus ou moins aiguë, soit des centres nerveux, soit de leurs enveloppes. C'est à cette complication que succombent le plus ordinairement les malades.

Terminons en ajoutant que les phénomènes de paralysie, produits par les masses cancéreuses des centres nerveux , peuvent résulter également de la présence de tumeurs d'une autre nature, et que nous n'avons aucun moyen de re- 'connaître, pendant la vie, l'espèce de production accidentelle dont les diverses ■portions de l'axe cérébro-spinal sont quelquefois le siège.

Les paralysies occasionées par l'apoplexie ou un épancheinent sanguin dans 'quelqu'une des divisions du système cérébro-spinal pourront toujours être facilement distinguées de celles qui reconnaissent pour cause la présence des productions cancéreuses. Celles-ci, en effet, ne se manifestent que consécutivement à des signes d'irritation ou de phlegmasie cérébrale ; elles se produisent lentement; au contraire, les paralysies par apoplexie surviennent en général brusquement, et sans avoir été précédées, du moins nécessairement, d'inflam- 'fflation cérébrale.

On ne confondra point non plus les paralysies produites par les masses cancéreuses avec celles qui peuvent être le résultat des congestions séreuses encé- Iphalo-rachidiennes , pourvu qu'on examine attentivement les phénomènes qui îont précédé l'apparition de la paralysie , son mode de développement , et que l'on n'oublie pas que les congestions séreuses, d'ailleurs, entraînent ordinairement une paralysie plus ou moins générale , tandis que les masses cancéreuses au contraire, ne déterminent que des paralysies partielles. Mais il ne faut pas | perdre de vue que certaines tumeurs cancéreuses du cerveau peuvent, en comprimant les sinus veineux , donner naissance à une hydropisie cérébrale. Dans ! 'ce cas , on voit se généraliser une paralysie qui n'était d'abord que partielle. Il In'est pas très-rare de voir succomber au milieu d'un état comateux, les indivi- Idus atteints de cancer du cerveau , et de trouver , à l'ouverture de leur corps , une collection séreuse plus ou moins abondante dans les ventricules , dans la grande cavité de l'arachnoïde ou dans les mailles de la pie-mère. On peut rapprocher ces hydropisies de celles qui se manifestent fréquemment dans les cas id« cancer des organes abdominaux ou thoraciques , et dont nous avons expliqué plus haut le mécanisme.

§ in. Cnuses du cancer des centres nerveux. — Le cancer des centres nerveux se développant sous l'influence d'une irritation de ces organes , il est évident que les causes de celle-ci sont aussi de véritables causes de cancer. Nous ne si- IgDalerons pour le moment, parmi les causes déterminantes des masses cancéreuses des centres nerveux, que les influences vulnèrantes, telles que les coups, les chutes sur la tète. On trouvera aux articles Encéphalite , Myélite, etc., des détails e'tiologiques qui seraient déplacés ici.

Les causes prédisposantes du cancer des centres nerveux ne sont pas bien connues. Nous dirons seulement, relativement à l'Age, que des productions cancéreuses ont été rencontrées chez des enfans très-jeunes , ce qui ne nous [surprendra pas, si nous réfléchissons aux rapports qui existent entre elles et les irritations cérébrales , et à la fréquence de ces dernières dans le premier âge de la vie.

I § IV. Traitement du cancer des centres nerveux. — Il n'est aucun moyen injtérieur qui ne soit impuissant contre les productions ou tumeurs cancéreuses développées au sein des diverses portions du système cérébro-spiiial. Quant aux '

DiCT. DE MfcDECINE ET DE ChIRUIÎCIE PRATIQrES.

moyens chirurgicaux, si leur application n'est pus absolument impossible dans certains cas, il faut néanmoins convenir qu'elle n'offre pas de médiocres difficultés. En admettant que le diagnostic fût solidement établi , quel chirurgien serait assez hardi, d'autres diront assez téméraire, pour porter l'instrument tranchant sur des tumeurs situées dans des parties si importantes . si délicates , et qu'il ne peut atteindre qu'après avoir franchi l'épaisse barrière que lui opposent, et les parois osseuses, et la triple enveloppe membraneuse dont ces parties sont protégées ?

En attendant que les maîtres de l'art aient fixé, d'une manière invariable, le plan de conduite que l'on doit suivre dans le traitement d'une maladie sur laquelle la science ne s'est procuré que tout récemment des connaissances assez positives, je crois devoir rapporter ici les paroles et les préceptes deQuesnay, à l'occasion d'une tumeur carcinomateuse , de la grosseur d'un œuf de poule, formée dans la substance cérébrale, i' Il paraît, dit le célèbre académicien, » que l'extirpation des tumeurs du cerveau ne doit pas être toujours impossii> ble. surtout lorsqu'elles n'ont pas un volume trop considérable, et qu'elles >i sont placées à la surface du cerveau; car cet organe peut soutenir de part reilles opérations , puisqu'il résiste souvent à des plaies et à des grangrènes )i considérables. Or, si dans une douleur de tête intolérable, extrêmement à » craindre pour l'événement, on soupçonnait une pareille tumeur, ou si l'on » venait à la découvrir, ne serait-il pas raisonnable d'en tenter l'extirpation, D plutôt que de laisser cruellement mourir le malatle , dans un cas où l'on » peut essayer de le secourir par une opération qui est infiniment moins à j) craindre que la maladie ? On peut penser des fongus du cerveau comme des i> tumeurs carcinomateuses, par rapport à l'extirpation. » (Remarques sur les plaies du cerveau , etc., insérées dans le recueil des Mémoires de V Académie 7-oyale de Chirurgie. )

Quoi qu'il en soit des conseils donnés par Quesnay, si l'on fait attention à la difficulté de reconnaître la présence d'une tumeur cancéreuse dans le cerveau , et surtout de déterminer le point précis qu'elle occupe ; si l'on considère que l'opération du trépan et l'extirpation d'une tumeur située dans l'épaisseur de la substance cérébrale constituent une des plus périlleuses opérations de la chirurgie, on sera fort disposé à penser que les maladies que nous étudions ici attendront long-temps encore avant que l'art ne soit parvenu à découvrir le secret de leur guérison. L'appareil des moyens dits palliatifs est, à notre avis , le seul auquel l'état actuel de nos connaissances permette de recourir. Les antiphlogistiques , quand il se manifeste des signes de congestion sanguine active, les sédatifs, s'il existe des douleurs violentes et comme névralgiques , le régime le plus adoucissant , les dérivatifs appliqués sur la peau ou le tube intestinal, tels sont les agens thérapeutiques qu'il convient de mettre en usage.

P. Cancer des méninges et du tissu cellulaire sous-méningien.

§ I". A la surface atlhérente des membranes cérébrales et surtout dans le tissu cellulaire sous-jacent, peuvent naître, comme dans l'épaisseur même des centres nerveux, des masses cancéreuses plus ou moins volumineuses. On doit rapporter aux productions anormales de cette espèce plusieurs des cas décrits par les chirurgiens sous le nom de tumeurs fongueuses de la dure-mère , tumeurs sur lesquelles Louis a composé un très-beau travail. ( Fojez les Mémoires de V Académie royale de chirurgie , où ce travail est inséré. ) On trouve dans l'ouvrage de M. Rochoux sur l'apoplexie l'exemple d'une tumeur grosse comme un œuf, développée dans les membranes du cerveau , au point correspondant à la partie antérieure de l'hémisphère gauche. J'ai observé un cas où la maladie était en quelque sorte à l'état naissant. A l'ouverture d'une femme phthisique , je rencontrai à la surface externe de la dure-mère plusieurs petites végétations grisâtres, d'un tissu résistant et lardacé. Dans les points correspondans à ces tumeurs , la voûte du crâne présentait des fossettes assez profondes , avec un amincissement tel de la substance osseuse , qu'elle était devenue transparente.

Les végétations cancéreuses de la dure-mère ou du tissu cellulaire sousjacent n'amincissent pas , n'atrophient pas seulement la portion des os du crâne ou des vertèbres qui leur correspondent, mais, semblables aux tumeurs anévrysmales , elles finissent par perforer la substance osseuse ; après s'être ainsi fait jour à travers les parois osseuses, elles viennent former une saillie plus ou moins considérable sous les tégumens. Une fois triomphantes , si l'on peut ainsi dire, de la résistance que leur opposait la paroi osseuse du cr.îne ou du rachis , les tumeurs cancéreuses dont nous nous occupons , obéissant pleinement au mouvement de végétation dont elles sont animées , font des progrès beaucoup plus rapides qu'auparavant. Ce n'est pas contre les parois osseuses uniquement que ces tumeurs réagissent, elles compriment aussi la substance nerveuse sous-jacente, et y creusent parfois de profondes dépressions , où elles se logent en partie. La circonférence de la perforation osseuse est tantôt assez régulière et unie , tantôt assez irrègulière et hérissée d'inégalités, d'aspérités, de pointes qui peuvent s'enfoncer dans la substance de la tumeur.

Dans son mémoire sur les tumeurs fongueuses de la dure-mère , l'illustre secrétaire de l'Académie royale de chirurgie ne s'est occupé que de celles de la dure-mère qui revêt le crâne. Mais de semblables tumeurs prennent aussi naissance dans l'intérieur du canal rachidien , et s'y comportent de la même manière. Lecat rapporte un cas de tumeur carcinomateuse qui détruisit les apophyses épineuses des quatre premières vertèbres lombaires. ( Traité de l'existence et des propriétés dufluide nerveux , '^a^a b'i.) Le docteur L. Wolf junior a recueilli un cas de tumeur encéphaloïde (fongus médullaire) des enveloppes de la moelle spinale , chez un garçon de dix ans. M. Abercrombie a observé un fait analogue sur un jeune homme de quulorïe ans. Suivant M. 01-

C AKCEIl.

livier , quand ces tumeurs se développent de dedans en dehors , la moelle n'est pas altérée; mais quand elles affectent une marche inverse, et qu'elles font saillie à l'inférieur du canal rachidien , la moelle et ses membranes s'enflamment dans le voisinage. M. Ollivier rapporte trois cas de ce genre. Dans l'un de ces trois cas , c'était manifestement dans le tissu cellulaire sous-jaccnt à la dure-mère rachidienne que la tumeur encéphaloide avait firis naissance.

M. Ollivier a aussi consigné dans son ouvrage un cas fort remarquable de production de matière encéj.lialoïde sur la face postérieure de la moelle épinicre , entre la pie-mère et l'arachnoïde.

§ II. Les tumeurs cancéreuses développées dans les méninges ou dans le tissu cellulaire sous-méningien , tant qu'elles ne font pas saillie sous les tégumens , ne sauraient êtres distinguées par les symptt^mes qu'elles déterminent île celles qui prennent naissance dans l'intérieur môme des centres nerveux. Comme ces dernières , eu raison de la compression qu'elles peuvent exercer sur le cerveau, le cervelet ou la moelle, elles produisent différentes paralysies. Ces organes viennent-ils à s'irriter, on observe des phénomènes de cérébrite, de myélite plus ou moins aiguë, et c'est à des aecidens de ce genre que succombent la plupart des malades. Lorsque les tumeurs sont encore peu volumineuses , elles ne sont annoncées par aucun signe. Ainsi la femme chez laquelle je rencontrai plusieurs petites végétations à la face externe de la dure-mère de la convexité du crâne , ne nous avait offert aucun symptôme propre à nous faire soupçonner la maladie.

Dans les cas où les tumeurs font saillie sous les tégumens , leur diagnostic présente assurément moins de difficultés qu'à l'époque où elles étaient encore cachées dans la cavité crânienne ou rachidienne ; néanmoins il ne faut pas croire que même alors toute erreur de diagnostic soit impossible. Bien que les tumeurs cancéreuses qui forment un relief sur les tégumens du crâne présentent des pulsations isochrones à celles des artères, il sera impossible de confondre ces tumeurs avec un anévrysme , si l'on porte à leur examen une attention suffisante. « La dure-mère, dit Louis, n'a point de vaisseau capable d'une >i dilatation aussi volumineuse que celle qu'on observe dans les cas dont il s'a- « git. Le tact ne doit-il pas discerner une tumeur de ce genre de celle qui se- » rait formée par un anévrysme? La pulsation de celui-ci lui est propre ; la » tumeur cancéreuse ( fongueuse de Louis) ne bat pas réellement; elle n'é- ■> prouve que des soulèvemens alternatifs , effet de l'impulsion du cerveau, aun que! ces raouvemens sont commuuicfués par la pulsation des artères qui sont !i à sa base. »

Ce serait faire preuve d'une singulière inadvertance , sinon d'une impardonnable ignorance, que de confondre aujourd'hui une tumeur cancéreuse ou fongueuse de la dure-mère avec une hernie accidentelle du cerveau. Louis rapporte un exemple d'erreur de ce genre, et indique en même temps les moyens de l'éviter. M. Royer cite aussi un cas de hernie du cervelet qui fut prise, non pas pour une tumeur fongueuse, mais pour une loupe. On ne s'aperçut de la méprise qu'après avoir commencé l'extirpation de la tumeur. On n'acheva pas ; néanmoins la mort arriva le huitième jour.

Les tumeurs cancéreuses des méninges ou du tissu cellulaire sous-méningien ne sont pas toujours douloureuses; elles sont même le plus ordinairement indolentes, quand il n'existe aucune complication d'irritation dans les nerfs de leur voisinage. Si l'on comprime celles qui font saillie sous les tégumens , il en résulte ties étourdissemens, des éblouissemens et même la perte totale des sens et de la connaissance. S'il existe de la douleur, cette compression, exercée modérément, la fait cesser. Suivant Louis, comme la douleur ne tient point ordinairement au caractère de la tumeur , mais à l'irritation de cette tumeur sans cesse picotée par les pointes irrégulières et les inégalités dont est quelquefois hérissée la circonférence de la pei-foration osseuse; il n'est pas étonnant que cette douleur disparaisse par la compression delà tumeur, puisque cette répulsion intérieure la préserve en quelque sorte de la piqûre des aspérités et de l'impression du bord trancha nfde l'ouverture contre-nature des os.

*j III. De toutes les causes capables de produire les tumeurs fongueuses ou cancéreuses des méninges et du tissu cellulaire sous-méningien, les plus puissantes et les plus communes sont, sans conti*edit , les violences extérieures appliquées sur la région du crâne ou du rachis. En consultant le Mémoire de Louis, on voit que c'est sous l'influence de cet ordre de causes que plusieurs des tumeurs fongueuses dont il rap])orte l'histoire se sont manifestées. Le sujet de l'observation de M. Rochoux avait reçu un violent coup à la tête. Celui de l'observation de Leeat avait également reçu un coup violent sur les lombes. Le garçon de dix ans chez lequel M. Wolf rencontra une tumeur encéphaloide d ais les membranes du rachis, avait fait une chute sur le dos. Le sujet de l'observation de M. Abercrombie avait aussi fait une chute sur le dos , d'un second étage.

Louis place parmi les causes internes fongueuses de la dure-mère le vice ou virus vénérien. Si ce virus n'existe pas, dirontquelqucs palhologistes modernes, comme pourrait il causer ces tumeurs? Peut-être l'abus du mercure dans le traitement des maladies vénéi-iennes a-t-il occasionc quelquefois des tumeurs de l'espèce qui nous occupe ?... Au resle , ou conçoit que toute cause propre à irriter sourdement les membranes cérébro-rachidiennes ou le tissu cellulaire sous-jacent, est par cela même une véritable cause des tumeurs cancéreuses ou fongueuses de ces parties.

§ IV. Ce que nous avons dit du tr;;itcment des masses cancéreuses des centres nerveux est applicable h celles dont il s'agit maintenant, tant qu'elles sont encore contenues dans la cavité du crâne ou du rachis. Mais comment doit-on agir lorsque les tumeurs lonl saillie sous les tégumens ? « I,es indications curay tivcs, dit l/ouis , exigent, lorsque les cirronslances locales permet troul l'ap-

» plicalion des secours de l'art, qu'on mette par les procédés convenables » très-connus , la tumeur pleinement à découvert. Ce n'est qu'après avoir en » porté la circonférence osseuse , qui en cache la base, qu'on devra employ n les moyens de détruire la végétation sarcomateuse de la dure-mère , par » voie de l'extirpation , de la ligature , des poudres afomatiques , et même •1 l'aide des cathérétiques appropriés, suivant l'occasion. »

M. Royer ne regarde l'opération comme indiquée que dans un très-pe nombre de cas. La tumeur ayant été découverte , il faudrait l'isoler en co pant la dure- mère circulairement à sa base et l'enlever en totalité. Mais i » doit presque toujours, ajoute M, Boyer , se borner aux moyens palliati; M. Delpech, considérant que l'incurabilité est le caractère essentiel de tous 1 cancers (nous avons vu plus haut ce qu'il faut penser de cette opinion) , et qi les fongus de la dure-mère sont de vrais cancers , n'admet d'autre méthode i traitement que celle qui consiste dans les soins palliatifs. M. Richerand ne co seille l'ablation de la tumeur qu'au cas où elle occupe la région supérieure ( la tête. Est-elle située près de l'oreille , a-t-elle détruit les parois de l'orbiti ce chirurgien pense que son ablation est alors impossible. Lorsque cette op ration est praticable, l'instrument tranchant lui paraît bien préférable, se aux caustiques, soit à la ligature.

Une lecture attentive des faits contenus dans le Mémoire de Louis n'est p très-propre à encourager ceux qui pourraient être tentés trop légèrement i pratiquer l'ablation des tumeurs saillantes au-dessous des tégumens du eràn Sur vingt cas de tumeurs de ce genre rapportés par Louis , il en est douze da lesquels on eut recours, soit à l'extirpation, soit à la ligature, soit à la ca térisation , ou bien à de simples incisions. Des douze malades ainsi opéré dix succombèrent plus ou moins promptement des. suites de l'opératio (vo/ez observations 2= , 0' , 8", 10% 11', 12», 13°, 17°, 18°). Deux, pl |. heureux , guérirent , et le succès paraît ici d'autant plus surprenant, que I'. opérations qu'ils avaient subies étaient beaucoup plus laborieuses que cell pratiquées chez les malades qui périrent.

Chez l'individu dont Lecat nous a transmis l'observation , la tumeur de dure-mère rachidienne fut extirpée, et le malade mourut deux jours aprl l'opération. i

La méditation de ces faits doit engager à ne toucher qu'avec une extrên'; circonspection à la plupart des tumeurs dont il s'agit ici. « Que les jeunes ch i 1) rurgiens, dont la prudence s'accroît par les lumières, ne se laissent poi ; >i emporter à des tentatives indiscrètes et meurtrières par le désir de faire u " cure brillante dans les cas désespérés , sous le prétexte plus spécieux q 1 solide, qu'il vaudrait mieux expérimenter un remède douteux que de n' » point faire du tout. » (Louis , mémoire cité. ) !

C'est par cette sage maxime de thérapeutique, trop peu respectée par que ques praticiens, que nous mettrons fin à cet article. ( J. Bociliacx.

Section iv. — Des cancej's externes en pirticulier. ',

Phénomènes généraux , marcJte et terminaisons. — Quelles que soient 1 parties qu'ils affectent, les cancers externes, c'est-à-dire ceux qui peiivc ; être soumis à l'investigation immédiate dos sens, et devenir l'objet d'opéri lions chirurgicales , se présentent dans quatre conditions très différentes et iti portantes à distinguer au lit des maladas : I

|o Dans le premier état, ils sont ce qu'on nomme crus, ou formés encal par la matière squirreuse ou encéphaloide non ramollie. Que ces matièL<l soient agglomérées, ou enkystées, ou diffuses entre les lames des organeJ elles constituent alors des tumeurs plus ou moins volumineuses , pesantel d'une dureté analogue à celle de la pierre, souvent bosselées et irrégulière f quelquefois lisses et arrondies , adhérentes ou mobiles au milieu des tissi sains qui les environnent. I

Ces tumeurs se sont développées avec lenteur, à la suite de l'action de cal ses stimulantes locales ou sympathiques dont il a été question dans la premièJ section de cet article, et, dans des cas beaucoup plus rares, sans cause coi nue. Toujours, à l'état qui nous occupe , elles sont indolentes . et ne gêne] les malades, ou n'entravent l'exercice des fonctions , que par l'effet mécaniqi de leur présence et de leur poids. I

2° Dans un second état, ou à une période plus avancée de leur durée, Il cancers externes deviennent le siège d'élaucemens , d'abord rares et passager* d'éclairs de douleurs, selon l'expression de M. Dupuytren , qui graduelli ment , se multiplient, se renouvellent à des époques plus rapprochées , et enfll deviennent si fréquens que le sommeil des malades en est empêché. PendantqJ ce phénomène se développe, la tumeur augmente de volume avec une rapidil plus grande qu'auparavant; sa surface devient presque toujours irrégldière 1 bosselée , si elle ne l'était déjà ; sa dureté fai* place à une sensation de mollessl vague, profonde et non élastique, qui , peu à peu , devient plus superliciellif et arrive enfin jusqu'à donner lieu à une fluctuation manifeste, au sommi d'un ou de plusieurs des mamelons qui les surmonient. |

A cette époque encore, le cancer, qui avait été jusque là isolé, c'est-à-di| qui ne présentait qu'une masse unique , s'entoure de tumeurs secondaires , fo ! mées par l'engorgement des ganglions lymijlialiqucs , et dont le nombre air] que le volume s'accroissent incessamment. Ces tumeurs, d'abord dures, gl ' buleuses , indolentes, isolées les unes des autres, deviennent graduelleme| inégales , s'agglomèrent entre elles , sont parcourues par ces cianceuiens pl j ou moins vifs, et participent enfin au ramollissement de la masse primitiv Toujours développées sur le trajet des vaisseaux lymphatiques nés des parti i tl'idjord affectées , les tumeurs secondaires qui nous occupent y constituent d chapelets plus ou moins considérables et quelquefois des cordons do

CANCER

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: ioureux et bosselés , qui s'étendent h des distances variables vers les régions il ;entrales de l'organisme.

5 3o A mesure que les tumeurs cancéreuses s'accroissent et se ramollissent , ' leur surface se rapproche des tégumens. Ceux-ci deviennent de moins en 1 moius mobiles au-devant d'elles ; ils s'amincissent, s'enflamment , et enfin s'ulcèrent. Le cancer est alors arrivé à sa troisième période. Tantôt l'érosion à fl lieu comme dans les cas d'abcès, et donne issue à des liquides purulens, ichot( icuxou mêlés de sang ; tantôt, occasionée par une distension toujours crois-

I liante , elle s'est opérée au moyen d'une sorte de déchirure ou de crevasse, à it jtravers laquelle le sommet de quelque fongosité se montre aussitôt et prend il |in accroissement rapide. Dans tous les cas, la solution de continuité s'agran- ||lit, ses bords, amincis par la destruction du tissu cellulaire sous - cutané

II environnant, se renversent en dehors. L'inégale résistance que les élémens de » lia peau opposent à l'érosion cancéreuse rend ces bords inégaux et dentelés; ;! Quelquefois , ils semblent mécaniquement repousses à la circonférence delà t jplaie par les végétations qui s'élèvent de sa surface. Une teinte rouge bleuâtre , !f jsouvent livide, s'étend à une distance variable autour de la maladie; les veines F. [dilatées y forment des cordons volumineux, irréguliers, qui représentaient

aux anciens les appendices de l'animal cancéreux par lequel ils croyaient voir f les tissus vivans dévorés.

i Les plaies des cancers sont ordinairement anfractueuses, parsemées de font gosités celluleuses et vasculaircs , molles, blafardes, facilement saignantes, i [qui s'élèvent plus ou moins haut, puis se flétrissent, se gangrènent et tombent, i; [pour faire place à de nouvelles végétations , dont la marche est semblable, et t qui subissent à leur tour le même sort. Dans d'autres portions de sa surface , i; jla solution de continuité présente des plaques grisâtres, comme mortifiées, et I des excavations qui semblent pénétrer au centre de la tumeur ou dans la profon- , deur des parties sous-jacentes. Un de ses caractères les plus constans est de i s'agrandir sans relâche, par la destruction toujours croissante de la peau , id'une part, et de l'autre par l'envahissement successif de tous les tissus et de jtous les organes sur lesquels elle repose. Les os, les cartilages , les lames ifibreuses ne sont pas plus à l'abri de ses atteintes que les muscles , les vaisiseaux , le tissu cellulaire graisseux ou les élémens les plus friables d'organisation animale. La suppuration que fournissent les ulcères cancéreux est un jcoraposé de sanie , de pus , d'ichcr sanguinolent et souvent de sang pur. ;. [Cette matière exhale constamment une odeur désagréable , qui lui est ipropre , et qui dégénère successivement en une horrible puanteur. D'après les résultats de quelques recherches récentes , elle contient de notables proportions d'ammoniaque. Les hémorragies qu'on remarque à la surface des ulcères cancéreux anciens sont produites, ou par les exhalations que fournisjsent les végétations celluleuses et vasculaires qui s'y développent , ou par l'érosion successive des vaisseaux artériels ou veineux, que le ramollissement atteint avant que la circulation se soit arrêtée dans leur cavité. Celles-ci sont beaucoup plus dangereuses que les autres, et contribuent davantage à l'épuisement jgraduel des forces qui précède et détermine enfin la mort des sujets, j 4" Le quatrième état des maladies cancéreuses externes se rapporte moins laiix lésions locales qui les constituent, qu'à l'afreclioii plus ou moins générale |de l'organisme et aux altérations qu'il éprouve sous leur influence. Pendant un temps plus ou moins long, malgré la présence des squirres externes, à (quelque période de leur existence qu'ils soient parvenus, toutes les fonctions s'exercent avec leur régularité et leur énergie normales. A l'exception de la linasse encéphaloïde ou squirreuse qu'il porte, le sujet jouit d'une santé parfaite. Mais enfin cet état de santé s'altère; le teint perd sa vivacité, la couleur de la peau se ternit, une coloration jaune-paille se répand sur toute la surface du corps. L'embonpoint diminue par gradation, et une sorte de bouffissure transparente et blafarde le remplace, surtout au visage. L'appétit s'affaiblit et s'éteint, le sommeil ne peut avoir lieu qu'à l'aide de quantités toujours croissantes d'opium ; la circulation, agitée à son centre , languit vers les extrémités, qui s'infiltrent graduellement, et toutes les actions vitales cessent par l'ab- [sence des matériaux et par l'extinction des forces destinés à les entretenir.

Cette marche des cancers externes , loin d'être semblable dans tous les cas et chez tous les individus, présente au contraire des variations infinies. La résistance que certaines organisations opposent aux progrès et à l'extension de la î maladie est quelquefois telle, que le squirre ou l'encéphaloïde, à l'état de crui dite , reste indolent, mobile, et en quelque sorte inaperçu durant un grand nombre d'années ou même pendant une longue vie tout entière. Chez d'aui très sujets , les élancemens précurseurs du ramollissement ne paraissent que ! fort tard , et bien que l'ulcération soit complètementopérée, le cancer demeure ! encore indiffèrent stationnaire. Quelques personnes, malgré les destructions les plus étendues , ne présentent jamais le-s signes et l'altération de la nutrition qui caractérisela cachexie cancéreuse :1a maladie reste chez elles locale, sans action sur le reste de l'économie. Dans d'autres cas, au contraire, c'est-à-dire lorsqu'il atteint des organisations moins heureuses, le cancer, d'une part, fait souvent de rapides progrès dansles lieux qu'il occupe, et de l'autre trouble profondement, dès ses premières périodes, les fonctions nutritives. Il est enfin des individus qui semblent naturellement doués des caractères organiques que le cancer tend à imprimer aux sujets chez lesquels il se développe accidentellement , et qui , sous l'influence des causes les plus légères , voient cette forme d'altération des tissus se manifester simultanément, ou se succéder avec rapidité et sans cause appréciable , dans un grand nombre d'organes.

Il est à remarquer que les progrès locaux et généraux des maladies cancéreuses sont subordonnés, au moins jusqu'à un certain point, à l'action nerveuse. Ils se uionli-cnt plus lents ou plus rapides en raison du nombre , de l'intensité

j et de la fréquence du renouvellement des élancemens douloureux dont nous I avons parlé. Ce fait important semble avoir servi de b&se aux médecins qui recommandèrent l'emploi local et général des narcotiques contre les cancers, aussi bien qu'à la théorie hypothétique selon laquelle le système nerveux serait le siège immédiat de ces affections.

Lorsque le cancer affecte la peau , les membranes muqueuses ou l'utérus , l'ulcération succède presque toujours avec r.ipidité à ses premiers développcraens , et ce n'est que plus tard , sous la plaie inégale , fongueuse ou saignante qu'il présente , que se forment les endurcissemens squirreux ou cérébriformes qui constituent sa base. Dans les cas dont il a été question précédemment , l'ulcération est consécutive au ramollissement du squirre ; dans ceux-ci , l'érosion est primitive au contraire, et l'endurcissement squirreux n'est produite que secondairement, par l'effet de l'irritation qui a déterminé il'abord et qui entretient ensuite la maladie. Les cancers, primitivement ulcérés, sont ce que les auteurs nomment spécialement carcinôn:e ; celte différence de dénomination ne repose sur aucun caractère anatomique , non plus que sur aucune particularité dans le traitement de la maladie, et doit être rejetée.

11 importe de savoir, afin d'apprécier à leur juste valeur les divers moyens chirurgicaux de traitemens conseillés contre les cancers externes, que les tumeurs de ce genre éprouvent dans leur structure des changemens considérables , à mesure qu'elles passent de l'un à l'autre des étals indiqués plus haut.

Aussi long-temps que les tumeurs cancéreuses sont indolentes et dures, on les trouve composées du tissu squirreux , de la matière cérébriforme crue , ou bien encore d'une fibrine dense et organisable , répandue entre les mailles des tissus , sous l'influence de l'irritation chronique.

En se ramollissant, les cancers squirreux ou cérébriformes deviennent plus vasculeux. On y observe graduellement une matière pultacée , diffluente , que M. Dupuytren, le premier , compara à la substance du cerveau d'un jeune enfant, et que Lacnnec a designée depuis sous le nom d'encéplialoide. Des vaisseaux sanguins apparaissent dans la tumeur ; ils y forment quelquefois des gerbes, et lui donnent, en divers points , l'apparence d'une fongosité molle : c'est le fongus hématodes de quelques chirurgiens anglais, le fongus ou le sa)xôme médullaire des analomistes de notre pays. Dans d'autres cas, ou sur d'autres points des masses cancéreuses , se forment de véritables congestions apoplectiques ou des épancliemeiis sanguins, résultats de la rupture des vaisseaux dilatés qui les parcourent. On y rencontre assez souvent une matière blonde , gélatineuse , tremblante, analogue à de la colle. Enfin , des portions de tissus, morbides demeurées squirreuses ou passées à l'état cartilagineux ou à l'état osseux , s'unissent, dans les tumeurs composées, aux altérations précédentes, les séparent, les environnent et quelquefois leur constituent de véritables kystes.

Les cancers ulcérés ont presque constamment pour base la matière encéphaloïde ramollie. Elle forme la couche immédiatement sous-jacente à lu plaie ou le fond de celle-ci. C'est d'elle que s'élèvent les végétations fongueuses qui la recouvrent. Dans les tumeurs cancéreuses ramollies et ulcérées, cette couche est fort épaisse, et se prolonge au centre de la maladie. Elle est ordinairement fort mince , an contraire, dans les ulcères cancéreux , cutanés, muqueux ou utérins primitifs, et repose alors à son tour sur un fond squiircu.x ou fibro-cartilagineux, qui semble la constituer par le ramolissement successif de ses portions les plus superficielles, tandis que, profondément, il fait sans cesse de nouveaux progrès et envahit de nourelles portions des tissus sains qui le supportent.

Ces changemens sont graduels ; ils s'opèrent avec le temps dans la ]ilupart des cancers externes , et tous les chirurgiens savent que , s'il est rare de trouver une tumeur récente et dure, qui contienne autre chose que du tissu squii'reux, ou de la matière, soit fibrineuse , soit cérébriforme solide , il l'est autant de rencontrer des cancers ramollis et depuis long-temps douloureux , qui ne présentent la réunion complexe de plusieurs des produits liquides vasculeux, encéphaloides , ou autres dont il a été question.

Un fait important que démontre encore l'observation chirurgicale , est que l'invasion des douleurs et le début du ramollissement, dans les tumeurs cancéreuses, conïcident ordinairement, soit avec l'action de causes irritantes nouvelles , qui viennent exercer leur influence sur la masse morbide ^ soit avec quelques-uns des changemens que l'âge entraine dans l'organisme animal. Ainsi, des coups, des pressions, ou d'autres violences analogues, déterniinentfréquemment le passage du cancer externe de l'état occulte et indolent, à l'état douloureux , et aux transformations qui en seront la suite. Les cancers des mamelles ne commencent , chez beaucoup de femmes , à s'émouvoir pour ainsi dire, qu'à l'époque de la cessation de l'évacuation menstruelle, et lorsque d'autres excitations tendent à remplacer celle de l'utérus, ainsi que les écouiemens sanguins périodiques dont elle est accompagnée.

L'examen attentif des phénomènes , explique assez bien comment les cancers externes n'exercent , en général , d'influence sur l'ensemble de l'organisation , qu'autant qu'ils deviennent douloureux et que leur ramollissement commence. A l'état dur et indolent , ils ne constituent que des masses étrangères , à peu près inertes , et dont les relations sympathiques sont nulles; mais lorsque de l'irritation s'y développe, lorsque des douleurs habituelles s'y font sentir, lorsqu'un travail inflammatoire permanent s'y établit, ils deviennent le siège d'une phlegmasie chronique manifeste, et dès lors modifient, comme toutes les affections du même genre, les actions vitales de Téconomie entière.

Diagnostic. Ce qui a été dit précédemment de l'aspect et des caractères des plaies cancéreuses , suffit pour établir en général leur diagnostic. Il importerait cependant de ne pas confondre des ulcères entretenus par des causes pi 'jlon-

CANCER

CA.NCER.

gées ou permanentes d'iri itation , avec de véritables cancers. Mais les uns et les autres oflient trop souvent les raênies apparences , pour que cette distinction soit possible. Supprimez, dit-on, l'excitation des premiers, soumettez-les à une médication aniiphlogistiqne bien dirigée, et bientôt ils prendront d'autres caractères , se détergeront et marcheront vers la cicatrisation ; tandis que les seconds résistent au contraire avec opinâtreté , et ne cèdent ordinairement qu'à l'excision ou à la destruction des parties altérées qui leur servent de base. Qui ne voit que ce raisonnement, fondé sur les effets des divers traitemens , est inapplicable, lorsque aucun d'eux n'a encore été employé? Serait-il plus juste de prétendre que les cancers incurables sont seuls des cancers , qu'il ne le serait d'affirmer qu'il n'y a de pneumonies ou d'encéphalites que celles dont on étudie les traces sur les cadavres? Il faut absolument s'en rapporter ici, comme dans toutes les maladies, aux symptômes observés et aux caractères appréciables de structure que présentent les parties altérées pendant la vie ou après la mort.

Relativement aux tumeurs non ulcérées et indolentes, il est très-difficile et souvent même impossible , bien qu'elles soient accessibles à la vue et susceptibles d'être touchées à travers de faibles épaisseurs de tissus , de déterminer positivement, avant de les avoir extirpées et ouvertes, les élémens.organiques morbides qui les composent. Ni l'époque plus ou moins reculée de leur apparition, ni l'obscurité des causes qui les ont produites, ni leur densité, ni leur mobilité ou leur adhérence , ne fournissent des indications certaines pour prononcer si elles sont formées par du tissu squirreux solide , par de la matière cérébriforme , par des corps fibreux ou fibro-cartilagineux , ou enfin par un simple endurcissement chronique des organes qui en sont le siège.

Mais si l'exactitude du diagnostic n'est pas telle encore que l'on puisse recopnaitre ces particularités auatomiques , on parvient cependant avec assez de facilité à distinguer de toutes les autres les productions squirreuses ou cancéreuses , et à réunir sur leur existence des signes assez positifs pour autoriser la pratique des opérations chirurgicales.

Les tumeurs squirreuses , situées à l'extérieur du corps , peuvent être confondues avec toutes celles qui existent sans chaleur, sans changement de couleur à la peau , et sans fluctuation. La présence de l'un de- ces trois phénomènes suffit pour exclure toute idée de squirre ou d'amas cérébriforme non ramolli ; et la douleur par élancemens vifs , rapides et irréguliers des cancers déclarés , ne sera jamais confondue avec celle que déterminent les tumeurs inflammatoires ordinaires.

La situation des anévrysmes sur le trajet des artères, et leurs mouvemens il'expansion et de retrait, isochrones aux contractions et à la dilatation des ventricules du cœur, suffisent, même lorsqu'ils sont durs et non fluctuans, pour les faire distinguer des squirres , qui peuvent également se développer le long des cordons lympathiques et dans les gaines des vaisseaux des membres.

Les tumeurs mélicériques et les loupes graisseuses présentent, soit une mollesse non élastique, soit une fluctuation obscure et imparfaite qui ne permettent pas de les confondre avec les produits organiques dont il s'agit ici. Ces tumeurs d'ailleurs ne se développent que rarement dans les régions où les squirres sont les plus communs.

Certains kystes , à parois denses , fibreuses , ou fibro-cartilagineuses, renfermant, soit des hydatides, soit des matières analogues au suif, et quelquefois des productions pileuses, sont susceptibles d'en imposer pour des squirres ou des masses cérébriformes ; mais les tumeurs de ce genre sont rares à l'extérieur du corps, et elles présentent presque toujours une résistance élastique , une souplesse particulière, ou une fluctuation obscure, à l'aide desquelles on évitera sans trop de peine de se méprendre sur leurs véritables caractères.

Il est en général plus difficile de distinguer les squirres des tumeurs fibreuses, dont le développement est si commun dans la plupart des organes , et spécialement aux fosses nasales, à l'ulérus , aux mamelles, et dans toutes les parties abondamment pourvues de tissu cellulaire. Mais les productions fibreuses présentent des surfaces lisses , des formes arrondies et régulières , des déliminations tranchées d'avec les tissus sains, une élasticité propre , et souvent une disposition pédiculée , qui contrastent avec les bosselures globuleuses , avec les adhérences intimes , et surtout avec la densité matte, pesante et comme pierreuse du squirre.

Lorsque la tumeur est de tou-les parts circonscrite et mobile , elle forme une masse compacte , distincte , des tissus voisins qu'elle a refoulés , et qu'on peut croire enkystée ou libre d'adhérences intimes. Cette disposition est la plus ordinaire au squirre comme aux corps fibreux. Les tumeurs uioins dures, entièrement dépourvues d'élasticité, confontlues avec la trame des organes qu'elles affecteiit, et peu susceptibles d'en être parfaitement séparées , appartiennent ordinairement, soit à la matière cérébriforme à l'état de crudité , soit à l'endurcissement (|ue produit la lymphe plastique organisable , dont l'inflammation chroni(]ue détermine l épanchement dans les tissus. Les tumeurs dures et indolentes qui succèdent aux adénites prolongées , et dont il est souvent si difficile il'obtenir la résolution, appartiennent presque constamment à cette dernière forme d'altération.

Si , sur une Itmieur demeurée pendant long-temps dure , comme inerte, et qui est devenue graduellement le siège d'élancemens plus ou moins rapides et fréquens , apparaissent des points ramollis, fluctuans , au dessus desquels la peau s'amincit et s'enflamme , nul doute qu'il n'y existe des dégénérations déjà avancées. La fluctuation est tantôt alors franche et produite par des collections de liquides sanguins , ichoreiix ou puriformes, tantôt obscure ou imparfaite , et le résultat de la végétation de fongosités mollasses, qui soulèvent la peau et provoquent son irritation ulcérative.

Pronostic. Le cancer, même externe, constitue toujours une maladie îles

plus graves. Quelques praticiens ont même, à diverses époques , et tout rt cemment encore , proclamé son incurabilité absolue, soit parce qu'il résiste aui traitemens directs les plus énergiques , soit à raison d'une disposition organiqu qu'ils croient impossible de détruire entièrement, et qui, suivant eux, tenj toujours à le reproduire, tant dans les parties primitivement affectées qu dans des organes plus ou moins éloignés. Cette erreur funeste qui aurait pou conséquence d'abandonner aux progrès d'un mal horrible, et à une mort iné vitable, toutes les personnes affectées de cancer , a été réfutée dans la premier partie de cet article; les faits de chirurgie qui s'élèvent contre elle sont tro nombreux et trop fréquens pour qu'il soit nécessaire de les invoquer ici d nouveau.

Il importe, toutefois, de ne pas s'abandonner dans le traitement des cancei extérieurs , et à la suite des opérations qu'on leur oppose , à une sécurité tro] gi'ande , et d'éviter les déceptions qui en seraient trop souvent la suite. Les can cers les plus simples , les mieux circonscrits , les moins considérables , emporté de la manière la plus complète par l'instrument tranchant, sont susceptibles d repulluler après un temps variable; tandis que cette reproduction n'a pas liei quelquefois dans d'autres cas , malgré la gravité , l'étendue et la profondeu des désorganisations. Une telle incertitude, fondée sur une foule de faits , es bien propre à inspirer aux médecins les plus expérimentés une extrême cir conspection. Il est constamment de règle d'opposer à un mal cruel toutes le ressources de l'art , et de ne reculer devant aucune difficulté pour arracher le malades à une perte certaine; mais on ne doit concevoir ou transmettre , 11 trop d'espérances , ni trop de craintes sur les résultats des traitemens ou de^ opérations que l'on se croit autorisé à entreprendre.

Dans toutes les circonstances , et à quelque parti que s'arrête le chirurgien les cancers externes sont d'autant plus graves qu'ils atteignent des parties plu rapprochées du centre de l'organisatiôii , moins accessibles aux moyens locau;| de traitement , et environnées de troncs nerveux et vasculaires plus considéra-' blés. Il peut se faire que ces dispositions , dont on a des exemples à l'œil , dani l'angle parotidien , à l'aisselle, à l'aine, aux côtes , à l'utérus , soient telles que la maladie , après avoir résisté aux médications internes et externes les plu énergiques, ne puisse absolument être détruite par aucune opération.

Les progrès que le cancer a déjà faits constituent une seconde cause aggra. vante du pronostic, toujours fâcheux, que sa seule existence doit engager ' porter. La rapidité variable de ces progrès doit être prise en considération 1 les tumeurs qui restent stationnairçs peuvent ne pas abréger la vie; les autre menacent de le faire plus ou moins prochainement. Le simple squirre, encon dur et indolent, les masses cérébriformes ou fibrineuses à l'état de crudité' constituent toujours des affections entourées de plus de probabilités de résolu tion ou de guérison radicale par l'ablation, que les tumeurs dans lesquelles de élancemens se sont déjà fait sentir, ou que le ramollissement a commencé à al térer. L'ulcération du cancer n'est pas plus que les autres ravages déjà exercéi dans les parties, la source d'un pronostic défavorable : elle pe saurait, isolée diS toute circonstance aggravante, motiver l'opinion que la maladie est devenu absolument incurable. Les cancers non entourés de ganglions lymphatique déjà engorgés , douloureux ou dégénérés , sont moins graves que ceux dont ce. lésions secondaires compliquent la présence.

Plus le cancer a été évidemment produit par une cause externe , violente e mécanique , plus il est proba"blc que sa guérison , par quelque moyen qu'o~ l'obtienne , sera définitive. On doit se méfier, au contraire , des tumeurs déve loppées sans irritation vive préalable , avec lenteur et comme spontanément : i est à craindre alors , ou que la disposition organique qui leur a donné nais-' sance n'ait agi en même temps sur d'autres parties, ou qu'elle ne détermine leur réapparition après une ablation première. Cette crainte est surtout foudét lorsqu'il existe en même temps des tumeurs externes et d'autres à l'intérieur. On observe ordinairement que celles-ci prennent une extension plus rapid après l'extirpation des premières , et accélèrent la mort des sujets. C'est pourquoi il est, dans ces cas , de précepte de se borner aux traitemens généraux el d'éviter la pratique des opérations chirurgicales.

Un dernier et très-important objet doit enfin fixer l'attention du chirurgienappelé à porter un jugement sur l'issue d'une maladie cancéreuse déterminée. 11 consiste à apprécier jusqu'à quel point l'organisation en général , et en parti culier les actions nutritives , ont déjà souffert de la présence de la maladie locale. Le sujet conserve t-il son embonpoint habituel, la fraîcheur de son teint, la vivacité de son appétit, la tranquillité de son sommeil? ces circonstances sont on ne peut plus favorables ; et quels que soient les progrès locaux que la maladie a faits , à quelque degré de développement que soit parvenue la masse morbide , on peut espérer de la traiter ou de l'opérer avec succès. Un jugement opposé devra au contraire être porté toutes les fois que le cancer, si peu considérable qu'il soit d'ailleurs, a provoqué l'amaigrissement, la couleur jaunepaille du teint, l'insomnie, la perte de l'appétit, la diminution notable des forces. Il est encore quelquefois possible , dans ces cas , de retarder la marche des symptômes , d'apaiser les douleurs , de prolonger la vie ; mais il est excessivement rare que la guérison radicale puisse être obtenue et que les opérations pratiquées ne soient pas suivies de récidive.

Il Cit d'observation que les cancers secondaires ont en général une marche ] beaucoup plus rapide que ceux auxquels ils succèdent. Un squirre qui avait dus un grand nombre d'années à s'accroître et à devenir douloureux est ordinaire- ' ment suivi , lorsque la récidive a lieu , d'une tumeur qui se développe , se ra- ! mollit, s'ulcère et produit d'affreux ravages en peu de mois. L'ulcération nou- I velle de la cicatrice d'une plaie cancéreuse acquiert quelquefois, en peu de' semaines, les dimensions et l'aspect que la maladie primitive n'avait présente*

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qu'après plusieurs années. Ces cancers secondaires doivent donc être l'objet de pronostics plus graves encore que les affections primitive. , sans oublier que , par cela même que la récidive a eu lieu une première fois , il est à craindre qu'elle ne survienne encore , et que la maladie ne dépende d'une disposition organique indestructible. On a vu cependant les opérations être alors suivies d'une guérisdn solide et dtirable ; mais les cas de ce genre sont assez rares , et l'on ne doit les considérer que comme des exceptions qui confirment la règle.

Traitement. — Les préceptes généraux de thérapeutique exposés dans la première partie de cet article sont tellement applicables au, traitement des cancers externes , que nous devons nous borner ici ii des remarques succinctes , concernant l'ordre selon lequel il convient d'employer les procédés spéciaux qu'ils réclament et le manuel de leur application.

Les tumeurs squirreuses externes, développées sous l'influence d'un mode anormal de nutrition , dont l'irritation est la cause provocatrice la plus manifeste et la plus générale, se montrent souvent, dans leur état de dureté et d'indolence , exémptes cependant de tout phénomène appréciable d'inflammation sanguine. C'est alors qu'on peut leur opposer les frictions avec les pommades d'hydriodate de potasse, la teinture d'iode ou les préparations mercurielles , les applications d emplàtres , dans la composition desquels entrent les sels de mercure ou de plomb , les cataplasmes arrosés de teintures stimulantes ou d'aicétate de plomb liquide , etc. Mais ces moyens ne conviennent jamais lorsque les tumeurs sont douloureuses, sensibles, ou lorsque les malades y ressentent delà chaleur, de l'embarras , de la plénitude : ils augmenteraient alors, selon toute vraisemblance, l'intensité de ces phénomènes, provoqueraient auisi l'afflux de plus de sang et détermineraient ou accéléreraient le ramollis.sement qu'on a tant d'intérêt à relarder.

Or , comme le diagnostic est souvent incertain , comme il existe chez la plupart des sujets qui, pour la première fois, viennent réclamer les secours de l'art contre des affections qu'ils avaient jusque là dédaignées, une nuance plus ou moins obscure d'excitation sanguine et de sensibilité , la prudence conseille de commencer presque constamment le traitement des tumeurs présumées cancéreuses par l'usage des antiphlogistiques internes ou généraux , ainsi que par l'emploi des saignées capillaires et des applications relâchantes locales. Cette conduite , justifiée par l'expérience, a pour effet , d'une part , d'apaiser jles excitations viscérales qui peuvent compliquer la lésion externe , réagir sur elle et contribuer à l'entretenir; de l'autre, de détruire la disposition à la phlogose , ou les nuances obscures d'irritation, dont les parties dégénérées, ainsi que celles qui les avoisinept, sont ordinairement le siège. A l'intérieur, ce raitement prépare le sujet à l'emploi des révulsifs généraux ou des narcotiques , dont l'intervention peut être réclamée plus lard; au dehors, il ramène les tisbus malades à un état de sous-excitation qui leur permettra de supporter ensuite sans inconvénient l'impression des stiaiulans résolutifs, ou d'obéir avec facilité aux actions mécaniques auxquelles on devra les soumettre.

Dans le plus grand nombre des cas, le traitement antiphlogistique général et local détermine d'abord une diminution notable dans le volume et dans la du- !reté de la tumeur, en même temps qu'il rend ses adhérences moins intimes et bugmentesa mobilité. Il convient d'en poursuivre l'emploi aussi long-temps que ses résultats se montrent favorables. Mais comme la nature ne procède alors qu'avec lenteur, il convient de ne pratiquer à-la-fois que des faibles déplétions banguines : douze , huit, si.x ou quatre sangsues , selon la force des malades, le ivolurae des tumeurs , ou l'étendue des ulcères , et les progrès du traitement, bont des quantités qu'il ne faut presque jamais dépasser. En général , on se trouve bien de faire piquer ces animaux sur les parties malades elles-mêmes, et dans les ulcérations s'il en existe. Le conseil opposé, qui a long-temps prévalu , doit céder à l'évidence des faits. On n'est autorisé à placer les sangsues lu voisinage ou sur des points plus éloignés du mal , que lorsqu'on s'aperçoit qu'effectivement elles occasionent sur celui-ci une irritation trop vive. Mais ce Jjhéno'mène est rare; il dépend presque toujours de ce que l'évacuation sanguine n'a pas été assez considérable. La piqûre de quelques filets nerveux dafJg les plaies est un accident qui ne doit pas arrêter davantage, à raison de sou peu de fréquence et du peu de durée des douleurs qui en sont la suite. Les prepières applications provoquent ordinairement une saignée copieuse, qui diminue par gradation dans les suivantes; de telle sorte qu'il n'est pas rare, après lun certain temps , de ne plus obtenir que des évacuations très restreintes et très-difficiles. Il semble que les vaisseaux capillaires reviennent sur eux-mêmes, que la circulation locale diminue d'énergie , que moins de sang pénètre les tissus soumis à des dégorgemens souvent réitérés.

Les déplétions sanguines capillaires favorisent singulièrement l'absorption des produits morbides , accumulés sous l'influence de l'irritation dans les tissus vivaus. Afin d'en favoriser les effets , on peut, à l'exemple de quelques praticiens, et entre autres de Pouteau, y ajouter une abstinence de plus en plus rigoureuse des alimens, et l'usage abondant de boissons délayantes ou d'eau pure. Cette méthode curative paraît jouir d'une grande activité, et l'on a publié dans ces derniers temps de nombreuses observations qui constatent ses bons effets. On doit éviter toutefois d'en porter trop loin l'application. Il faut y reponcer , ou lui associer d'autres moyens, aussitôt que les malades, en même temps que le cancer local reste stationnaire , maigrissent et s'épuisent : cette règle est également applicable aux saignées provoquées par les sangsues.

Parmi les médications internes dont il a été question dans la première partie de cet article , il en est une sur laquelle je crois devoir revenir , à raison des heureux résultats qu'on en obtient. Les expériences répétées en France , relalijTement à la ciguë , n'ayant pas justifié les assertions de Stœrck , non plus que le» éloges dont ce médicament avait été l'objet à Vienne, l'usage en était presr

DiCT. DE MÉPECISE ET DE CHlRUnClE PBATIQCES.

CANCER

que abandonné. M. Gama est revenu sur ce jugement défavorable. Il unit l'e.xtrait de ciguë au calomélas , dans la proportion de quatre parties d'extrait sur une de sel , et fait faire avec ce mélange des pilules d'un grain. Ces pilules sont, dans les engorgeraens squirreux , administrées d'abord à la dose d'une matin et soir, puis de deux, et en augmentant ainsi chaque jour d'une pilule malin et soir. On les porte ainsi successivement jusqu'à vingt-cinq , trente ou même quarante par jour. Ce traitement exerce une action énergique. Quelquefois une salivation abondante en est la suite; le plus ordinairement il provoque un effet purgatif doux et soutenu. Je crois avoir remarqué que lorsque les malades ont d'abondantes évacuatidns alvines ils salivent peu ou tardivement, et, par réciprocité , que lorsque les glandes salivaires s'affectent promptement et avec violence , le canal intestinal reste à peu près inerte. La susceptibilité variable des sujets est la seule cause de ces différences. Quoi qu'il en soit, le traitement est poursuivi jusqu'à ce que l'un des efl'ets indiqués ou tous deux se manifestent ; puis on le maintient stationnaire , de manière à entretenir les évacuations à un degré convenable , sans les augmenter et les rendre excessives. Si le malade se fatigue , on suspend l'administration du médicament pour le reprendre ensuite, lorsque les organes sont revenus à leur état normal. Celle association du calomélas à l'extrait de ciguë a été introduite, depuis plusieurs années, par M. Gama au Val-de-Gràce , et depuis lors, lui-même et la plupart des chirurgiens de cet établissement en ont obtenu, dans les adénites squ'- reuses , les orchites chroniques , les ulcérations de mauvais caractère et d'aspect cancéreux de toutes les parties du corps , tl'excellens résultats. Il est peu de combinaisons médicamenteuses qui justifient plus souvent l'attente du praticien. Il ne faut pas oublier , toutefois , qu'on l'emploie rarement seule. On fait précéder son administration par les antiphlogistiques généraux et locaux , et l'on favorise ensuite son action par la continuation des mêmes moyens et en particulier par les saignées locales, les applications émollientes ou narcotiques , ou même par la compression , si celle-ci est praticable.

£n résumé , la sévérité du régime, portée moins loin que lorsqu'on en fait l'agent principal du traitement {curaj'aniis) ^ se concilie fort bien avec l'usage des narcotiques, -des révulsifs et des caïmans internes, dont la sensibilité de la tumeur et l'apparition des élancemens douloureux font souvent naître l'indication. Les sangsues , en quantité modérée et à de longs intervalles, peuvent être également associées à toutes les autres médications, lesquelles sont à leur tour combinées utilement, en beaucoup de cas, avec la compression locale directe. Ces combinaisons de moyens locaux et généraux déplétifs , adoucissans et narcotiques , constituent les méthodes de traitement les plus eflicaces contre les cancers externes.

Il ne par.iît pas que le charbon animal , administré à l'intérieur, par le docteur T. A. Weiss, contre le squirrè , à la dose de demi-grain à deux grains, matin et soir, mêlé à la poudre de racine de guimauve ou de réglisse , puisse produire de grands effets. Le charbon végétal, depuis long-temps recommandé pour le pansement des ulcères cancéreux ou des cancers ulcérés, n'a d'autre avantage que d'en modifier légèrement la suppuration et de la rendre moins fétide. Ces moyens, comme beaucoup d'autres dont nous nous abstenons de présenter la stérile énumération , sont sans efficacité réelle.

Si la compression n'a pas également réussi entre les mains de tous les chirurgiens qui l'ont employée, on doit en accuser, et l'imperfection des procédés mis en usage par quelques-uns d'entre eux pour l'exercer, et la négligence des médications générales et locales propres à favoriser ses effets. La compression est rarement infructueuse ou stérile de résultats ; toujours elle en détermine de nuisibles ou d'avantageux. Les parties sur lesquelles on l'exerce sonl-elles le siège d'une excitation marquée , ou est-elle opérée à l'aide d'instrumens ou de bandages trop durs et trop serrés ? elle provoque de la douleur, devient insupportable, irrite et enflamme davantage les tissus malades. Je l'ai vue occasioner ainsi de la phlogose et des abcès, dans des tumeurs squirreuses ou lardacées des environs de la mâchoire inférieure et de la région p'arotidienne. Si , au contraire, les parties soumises à la pression sont à peu près inertes, si, cédant sans réagir à l'affaissement qu'on y provoque, elles reçoivent de moindres quantités de sang , l'absorption s'empare avec une rapidité variable des produits morbides (.léposés entre leurs élémens primitifs, et les tumeurs diminuent graduellement de volume.

Pour réussir, la compression des squirres doit donc débuter par être excessivement douce et légère. Elle ne doit consister d'abord que dans l'action de soutenir les tumeurs , de les appliquer avec exactitude contre les parties sousjacenles. A mesure que les tissus morbides s'habituent ensuite à son action , on la rend plus forte, et l'on arrive graduellement jusqu'à lui donner une grande énergie. Plus les productions cancéreuses, ou présumées telles, sont disposées à s'irriter, et plus il importe d'insister sur ces précautions.

J'ajouterai aux résultats obtenus par M. Récamier, et indiqués dans la première partie de cet article, que, plusieurs fois, nous avons obtenu au Val-dc-Grâce , sous l'influence d'une compression permanente, la résolution d'adénites squirreuses de toutes les régions du corps. Consulté en 1828 par un ouvrier, qui portaitsous l'aisselle une tumeur dure, non élastique, étendue depui.s le tiers externe de la clavicule jusque sous l'omoplate , qui soulevait le muscle grand pectoral , et tenait le bras éloigné du tronc, je conseillai d'ajouter à des frictions mercurielles une compression permanente Celle-ci était exercée à l'aide d'une sorte de corset, qui , partant de l'épaule du côté sain, venait recouvrir et emboîter la tumeur , sur laquelle on le laçait,, après l'avoir recouverte de linge , avec plus ou moins de force. Je ne voulais qu'obtenir une réduction de volume et une mobilité susceptible de rendre praticable l'ablation de cette tumeur : le résultat fut tel, que le malade non-seulement reprit son travail, mais

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que rengorgement, réduit au volume d'un œuf, ne le gênant presque plus , il se refusa à une extirpation désormais sans danger.

Dans les premiers temps, la compression doit avoir pour intermédiaire des corps doux et moelleux, susceptibles de s'adapter à la forme des parties. De la charpie enveloppée dans un linge , du coton, des compresses appliquées les unes sur les autres sont les substances dont il convient de se servir d'abord. Des tours de bande , disposés diversement selon les régions sur lesquelles on agit, affermiront cet appareil et lui donneront le degré de pression jugé convenable. L'agaric en feuilles ou en lames souples , dépouillées de toute nodosité , formant des disques plus ou moins larges, selon la région à recouvrir , et qu'on interpose entre les divers tours de bande, afin de rendre leur action plus forte, est généralement préféré par M. Récamier, et semble en effet devoir présenter des avantages. Les lames superposées de cette substance sont très-propres à exercer une action douce, constante et élastique sur les parties sous-jacentes , et sont, pour cela même, incapables de les blesser ou de les irriter. Lorsque les masses compriuiées s'affaissent, j'ai plusieurs fois subtitué aux corps mous une plaque de plomb laminé, -modelée sur la tumeur , et surmontée d'une pyramide de compresses graduées; que le bandage alTermissait. Ce procédé m'a réussi, et a plusieurs fois liàlé la résolution des engorgemeus; mais, dans quelques cas aussi, il devint douloureux, et il fallut y renoncer.

M. Récamier conseille de renouveler tous les jours ou tous les deux jours le bandage compressif, afin d'étendre de nouveau les lames d'agaric, d'effacer leurs plis et de rétablir la régularité d'action de tout l'appareil. Ce précepte est utile lorsque la compression doit être exercée sur des parties mobiles , où les tours de bandes se maintiennent diflicilement. Mais , en général , il m'a serablé préférable de ne toucher aux agens de la compression qu'à des intervalles éloignés, et seulement alors que les parties sont devenues trop libres au-dessous deux. Les renouvellemens , toujours accompagnés de dérangemens plus ou moins considérables, du déplacement des parties, de leur exposition à l'air, et souvent, malgré toutes les précautions, d'une action compressive ou plus faible , ou plus forte , ou autrement dirigée que la précédente , sont des causes manifestes d'imperfection et d'insuccès dans l'emploi du moyen qui nous occupe. Si, les tumeurs étant bien saisies et bien recouvertes , on pouvait se dispenser entièrement de toucher à l'appareil qui les presse , et qu,e celui-ci pût revenir par une action lente et successive sur les parties à mesure de leur aflTaissement, on aurait obtenu un immense avantage, et fait faire un grand pas à la compression. A l'aisselle, je préfère donc le corset dont j'ai garlé aux tours de bande; je crois qu'un corset analogue, dans la construction duquel des agens élastiques, tels que le caoutchouc ou les ressorts en spirale de bretelles , pourraient être employés , serait également plus utile à la mamelle que le bandage conseillé par M. Récamier, qui a toutefois, en faveur de sou procédé, l'autorité des résultats heureux qu'il en a obtenus.

On a proposé comme méthode générale de traitement du squirre et du cancer, la ligature des artères qui apportent aux parties affectées les matériaux de leur nutrition. M. Maunoir a préconisé ce moyen contre le sarcocèle; quelques chirurgiens anglais ont lié la carotide dans l'intention de faire disparaître des fongus hématodes de l'orbite. Mais il est manifeste que la ligature des troncs artériels ne saurait convenir tout au plus que pour les parties isolées , qui ne reçoivent le sang que d'une seule source. Dans les autres cas , les anastomoses rendraient presque sûrement l'opération inutile. Et alors même que les conditions sont les plus favorables , la maladie ayant sa course moins dans l'abord d'une grande quantité de liquide artériel que dans l'altération des tissus affectés , il est douteux que la ligature des artères puisse exercer sur elle une influence considérable. Cependant , on conçoit qu'en détournant l'afflux sanguin de parties habituellement engorgées , il soit possible de modifier leurs actions organiques; c'est pourquoi , sans attacher trop d'importance à ce procédé, et par cette raison surtout qu'il ne saurait présenter d'inconvénient grave, il conviendrait d'en faire l'essai, et de constater par l'expérience directe ce qu'on peut en obtenir dans les cancers des organes favorablement disposés pour son emploi.

On ne doit jamais perdre de vue que les médications et les procédés, dont il a été jusqu'ici question, ne sauraient en aucun cas devenir nuisibles. Alors même que les déplétions sanguines locales , que les émolliens , que les narcotiques , que le régime,- que la compression ne suffisent pas pour faire obtenir la guérison du cancer, presque toujours ces moyens diminuent sa violence, le circonscrivent dans de moindres limites , rendent les parties qui en sont le siège plus mobiles , et , sous tous les rapports , facilitent la pratique des opérations que l'on est obligé de tenter, ou contribuent à en assurer le succès. Les stimulans locaux et généraux, tels que l'iode, le mercure, le plomb, ne présentent pas ces avantages : souvent ils augmentent l'irritation des organes affectés , rendent la marche de la maladie plus rapide, portent aux viscères et à la nutritio;i générale de profondes atteintes, et aggravent, lorsqu'ils ne l'améliorent pas, )a situation des sujets. Un des premiers, partant des idées émises par M. Broussais et des faits dont j'avais été témoin , tant à Strasbourg qu'au Val-de-Grâce, j'ai émis cette proposition, justifiée depuis par l'observation et l'expérience de plusieurs chirurgiens habiles , que les antiphlogistiques et les saignées capillaires locales doivent être considérés, même dans les cas les plus graves, et lorsqu'ils ne peuvent opérer de guérison complète , comme des moyens utiles et des préliminaires avantageux à la destruction des parties affectées .de cancer.

Cette destruction des tissus cancéreux, dernière ressource de l art, peut être obtenue par deux méthodes générales : les caustiques et l'instrument tranchant.

Les caustiques , au nombre desquels la pâte arsenicale , le nitrate acide c mercure et la potasse caustique tiennent le premier rang, ne conviennent qi dans les ulcères cancéreux de la peau , des membranes muqueuses et del'utéru qui reposent sur une base squirreuse peu épaisse. Le succès de leur applicatio n'est assuré qu'autant qu'ils peuvent, en une, deux ou trois fois au plus,détruii entièrement toutes les parties fongueuses ou endurcies qui constituent le fon de la plaie. Le pâte arsenicale , et surtout le nitrate acide de mercure (d'un quatre gros de sel dissous dans une once d'acide) , peuvent bien quelquefo réprimer les végétations et déterminer , sur des tissus demeurés squirreux , 1 formation de cicatrices plus ou moins denses et épaisses; mais ces guérisons r sont que temporaires , et on les voit ordinairement suivies de la récidive t l'ulcération dans le lieu même qu'elle occupait. On ne doit considérer comir durables et définitives que les cicatrices blanches , souples , indolentes, qui re posent sur des tissus exempts d'engorgement, et parfaitement ramenés à leui conditions normales.

On ne larde plus , comme le faisaient nos prédécesseurs , les tumeurs canc( reuses ulcérées, de trochisques , composés de sels de plomb ou de mercure, (! destinés , en cernant successivement diverses parties de la masse morbide, provoquer leur mortification et leur chute. L'art, devenu plus hardi , a subst tué, dans tous les cas où l'ablation peut être tentée, l'instrument tranchant ces procédés , empreints d'une timidité trop souvent funeste.

J'ai indiqué plus haut les circonstances qui , en favorisant ou en rendant dot teux le succès des opérations de cancer, influent sur le pronostic de la mali die elle-même. Relativement à la question, souvent débattue et quelquefo épineuse, de savoir dans quels cas le chirurgien est autorisé, ou à tenterai opérations, ou à se refuser à leur pratique , une considération spéciale viei dominer toutes les autres , et doit servir de règle fondamentale à sa conduit' Que la tumeur cancéreuse ait un volume très-considérable , que des ganglioi squirreux et des cordons lymphatiques engorgés l'environnent, que sa surfati soit plus ou moins profondément détruite , ulcérée ou fongueuse , enfin que 1 ' nutrition du sujet ait éprouvé ou non de notables altérations , toutes ces circor' stances peuvent motiver une hésitation fondée sur le peu de probabilité de i réussite de l'extirpation. Mais aucune d'elles , prise isolément , ne saurait , d'un j manière absolue , faire rejeter l'emploi d'une tentative , qui n'ajoute rien a i danger de malades qu'une mort inévitable et cruelle va frapper. Mille exea pies attesteraient au besoin, en cas pareils, que des opérations , devant le: j quelles des chirurgiens habiles crurent devoir reculer , ont été pratiquées av( j le plus heureux succès par des rivaux plus hardis. La considération fondamei j taie qui doit alors guider le chirurgien est la possibilité d'enlever la totalité c | la maladie, c'est-à-dire toute l'étendue des tissus altérés. On peut ne pas réu sir , alors même que cette condition se trouve remplie ; on ne réussit jama , lorsqu'elle ne l'est pas complètement. ,

Le chirurgien, qui reconnaît la nécessité d'opposer à une tumeur cancéreu! ! l'instrument tranchant , doit donc s'attacher , d'abord , à la bien reconnaître | et à s'assurer qu"il pourra , nonobstant les obstacles dépendant des organi j affectés , du nombre et du volume des vaisseaux, de l'étendue des incisions pratiquer, atteindre au-delà des dernières limites du squirre. Il peut y avo de la hardiesse à entreprendre ces opérations sur des parties très-important< i à la vie ; mais l'art applaudit à de semblables tentatives , tandis qu'il repouss \ toutes celles qui sont faites , sans que l'on possède la certitude d'emporter la t( ' talité des parties altérées : les premières l'honorent et l'enrichissent fréquen ment, les secondes le compromettent et n'attestent que la présomptueuse témi rité de leurs auteurs.

Les opérations de cancer rentrent dans la catégorie des excisions , des extiJf pations, des résections : les règles générales relatives à leur exécution ne di;' fèrent pas de celles qui seront exposées à ces divers articles. Il ne doit êtr | spécialement question dans celui-ci que des procédés applicables à chacun d( ' cancers externes dont il nous reste à traiter en particulier. i

I. Cancers cutanés. — Il est fort rare que la peau devienne le siège de lui meurs squirreuses ou cérébriformes , circonscrites, indolentes et susceptiblt ' de passer secondairement à l'état ulcéreux. Le tissu du derme est peut-êtr trop résistant pour se prêter à cette forme de dégénérescence ; il se détrii; ' presque toujours de prime-abord , ou devieut très promptement le siège d'érc I sions , qui s'étendent par gradation jusqu'aux parties les plus éloignées et le' plus profondes.

Toutes les régions du corps peuvent être le siège de ces affections redouta . bles ; elles sont toutefois plus communes au visage , aux mamelles , aux organe génitaux, près de l'anus, et en général au voisinage des ouvertures externes dt membranes muqueuses , que partout ailleurs. Le tissu vasculeux et semi-érec tile, étendu en couches plus ou moins épaisses dans ces parties, semble dou d'une organisation éminemment propre à contracter cette forme d'irritation c à subir la destruction cancéreuse. '

Le début de la maladie, ainsi que ses caractères anatomiques, présentent des di; férences importantes à noter : 1° chez quelques sujets , une élévation dermoïde à peineappréciable , dense , avec ou sans coloration particulière , ordinairemen congéniale , sert d'origine au cancer. Soit sous l'influence de stimulations mé caniques extérieures, soit sans cause appréciable, cette élevure devient 1 ' siège d'un prurit incommode , qui engage le malade à y porter la main , à 1 ■ gratter, à ccorcher sa surface. De la gerçure superficielle et presque imper; ceptible déterminée par cette action , suinte un liquide visqueux , concresoible ! qui se dessèche aisément et constitue une croûte dense et adhérente. Selon qu ! les démangeaisons se renouvellent plus ou moins fréquemment , cette croûte ei j laissée intacte ou arrachée pour faire place à une nouvelle. Il n'est pas rar!

CANCER

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de voir la maladie rester stationnaire, ou du moins ne faire que des progrès Irès-lents, et la croûte, sans tomber entièrement, recevoir à sa base de nouvelles couches, tandis que son sommet s'élève par gradation. Ces concrétions sont alors dures , grisâtres , alongées, quelquefois contournées d'une manière bizarre, et présentant des sillons perpendiculaires à leur axe, qui marquent le nombre de couches dont elles ont été successivement formées. Telles sont, entre autres , celles qui ont été récemment présentées à l'Académie royale de médecine, et qui ressemblent parfaitement à des cornes de bélier. Leur base , toujours plus large que leur sommet , repose sur une peau quelquefois saine en apparence , plus souvent tuméfiée ; elle est presque constamment entourée d'un cercle inflammatoire violacé, d'une à deux ou trois lignes au plus de largeur. En la détachant , on la trouve quelquefois évidée à son centre par une fongoïité saillante et charnue.

Enfin , ces croûtes , qu'elles qu'aient été les variétés de leur aspect, tombent et l'ulcère est mis k nu. Il présente alors une surface unie , peu vasculeuse, d'où ne s'écoule que peu de pus , et qui est habituellement recouverte par une couche grise , pultacée , qui se détache et se renouvelle; incessamment. Les tégumens du voisinage sont intacts : à peine un cercle rose ou violet de quelques lignes entoure-t-il les bords de la plaie. Cette variété du cancer cutané est ordinairement indolente ; elle reste souvent, durant de longues années, stationnaire, ou ne fait que des progrès assez lents.

2o Dans d'autres circonstances , le cancer cutané a pour origine quelquesunes de ces taches rouges , bleues ou brunes , plus ou moins étendues , vasculeuses et érecfiles , qui constituent les nœi'i mater ni. Elles se distinguent des précédentes par la spongiosité de leur tissu, dont une trame celluleuse, résistante et rare , entremêlée de vaisseaux, capillaires sanguins très-développés , forme la base. Ces tumeurs s'irritent facilement, sous l'influence d'excitations mécaniques et quelquefois par le contact de l'humeur perspiratoire odorante et âcre que fournissent certaines régions , comme l'aisselle, la marge de l'anus, les voies génitales. Les malades sont alors excités à y porter la main et à déchirer leur surface; un écoulement sanguin assez souvent abondant et difficile à arrêter, résulte chaque fois de ses manoeuvres. Enfin après un temps variable , la petite érosion ne se ferme plus; entre ses lèvres paraît une fongosité molle, spongieuse, saignante au moindre attouchement. Les bords de l'ulcère, enflammés et rouges , dans une étendue proportionnée à l'intensité de la douleur prurigineuse qui accompagne la maladie, se détruisent graduellement; une humeur sanguinolente découle de la plaie. Enfin, les couches extérieures de la fongosité se flétrissent , se mortifient et tombent, en même temps que la végétation de sa base lui fournit de nouveaux accroissemens.

Chez un oflicier qui portait un cancer de ce genre au-dessous du condyle interne du tibia gauche , l'irritation du tissu érectile morbide avait été précédée de fourmillemens qui , partant de la tumeur , s'étendaient , d'une part , au gros orteil, et de l'autre à la base du membre, le long du trajet du nerf sapliène interne. Les caustiques, les excisions les plus complètes , la compression , furent tour à tour employés contre cette maladie , qui repullula toujours opiniâtrement. Une tumeur de même nature se développa à la partie moyenne de la cuisse, sur le trajet des vaisseaux, et l'amputation du membre , au-dessus de toutes les limites apparentes du mal, fut elle-même suivie de lareproducjtion des fongosités à la surface du moignon. Il est à remarquer qu'à la suite de chaque opération , le cancer semblait définitivement guéri , qu'une cicatrice se formait, et que , plusieurs semaines seulement après, en voyait un point de la surface , consolidée en apparence , s'élever , rougir , devenir sensible et se déchirer pour donner passage à une végétation nouvelle. Or, pendant toute la durée de ces guérisons temporaires , les fourmillemens n'existaient pas, leur réveil et leur concentration fut à trois ou quatre reprises l'avant-coureur constant de la repullulation du cancer dans l'endroit où elles se faisaient sentir. A l'ouverture du cadavre, le système nerveux, examiné avec soin , ne montra aucune trace sensible d'altération. Aucune observation , cependant, ne semblait plus propre , au premier abord , k appuyer la théorie selon laquelle l'appareil nerveux est le siège immédiat des affections cancéreuses.

Les cancers nés des tissus érectiles anormaux diffèrent de ceux de la variété précédente en ce qu'ils contiennent une très-grande proportion de matière fongueuse et cérébriforme ramollie el végétante; tandis que ceux-ci en sont presque dépourvus aussi bien que de tissu squirreux , et semblent formés par une érosion des parties quelquefois analogue à celles qui résulteraient de l'action d'un emporte -pièce , ou de la morsure inégale d'un animal rongeant.

30 La plupart des cancers du visage , et spécialement ceux qui naissent k la surface des lèvres , près de leur bord libre , débutent par un bouton rouge , dur, à la base large , à sommet élevé , et qui est le siège d'un prurit continuel et brûlant. Le sommet de ce bouton ne tarde pas à être entamé par le malade , et la croûte qui s'y forme étant arrachée, soit durant l'action de se raser, soit parles doigts qui semblent y être irrésistiblement attirés par le prurit, laisse voir enfin une érosion k bords élevés, k fond grisâtre, sanguinolent ou fongueux, qui ne tarde pas k faire des progrès. Cette forme est celle qui avait le plus frappé les observateurs anciens , et qu'on trouve décrite dans la plupart Ides traités de chirurgie , sous le nom de boutons chancreux , a son origine , et jious celui et de noli me tangere , lorsque la destruction des parties est devenue considérable.

La surface de cette variété des cancers cutanés est surmontée de moins de pégétations que celle de la précédente ; mais la base squirreuse sur laquelle jjelle repose est plus prononcée. Elle se complique très-facilement de la tuméfaction des glanglions du voisinage , et fait , en général, des progrès plus rapides que ceux des variétés croûteuse et fongueuse.

40 Dans une quatrième catégorie doivent être rangés tous les cancers cutanés qui succèdent aux ulcères, quelle qu'en soit la cause , qui sont accompagnés d'une vive irritation et habituellement soumis k des causes irritantes nouvelles. Ces cancers ont pour caractère d'offrir une base squirreuse épaisse, dense et étendue , un fond grisâtre et baveux , une surface facile k faire saigner. Une douleur brûlante , une inflammation intense les accompagnent fréquemment. Cependant leurs progrès sont lents et consistent surtout dans l'augmentation progressive de l'endurcissement sur lequel ils reposent : tels sont les ulcères de la langue et des joues, que des dents inégales ou tranchantes excitent incessamment; tels sont les ulcères dits phagédéniques des organes génitaux, lorsque leur existence se prolonge; tels sont enfin 'certains ulcères dartreux ou scrofuleux , irrités par l'application intempestive et continuelle de stimulans énergiques.

Bien que toujours fondée sur les principes indiqués plus haut, la thérapeutique des cancers cutanés doit éprouver quelques modifications selon les variétés de ces affections qu'il sagit de combattre , et les moyens de traitement qu'on leur oppose ne produisent pas dans chacune d'elles des résultats exactement identiques. Ainsi, les cancers consécutifs aux ulcères déterminés par des causes accidentelles , de même que ceux-qui sont la suite de l'érosion des boulons chancreux , cèdent plus fréquemment et avec plus de facilité que les autres aux moyens antiphlogistiques généraux et locaux. On obtient sur eux, par l'application réitérée des sangsues dans la plaie, par les fomentations émoilieutes et narcotiques, par l'éloignement de toutes les causes possibles de stimulation , enfin par l'usage des bains , du régime , des délayans et des caïmans k l'intérieur, des résultats heureux qu'on aurait peine k espérer, et qui n'ont que rarement lieu dans les cancers croûteux et fongueux.

Lorsque ces moyens échouent , il ne reste qu'k détruire les parties altérées , et k mettre k nu des tissus sains, afin d'obtenir, par leur intermédiaire, la formation de cicatrices solides. Les caustiques et l'instrument tranchant se partagent en ce cas les suffrages des praticiens. Autant qu'il est possible d'en juger d'après les écrits des maîtres de l'art , et d'après le plus grand nombre des observations cliniques , les caustiques conviennent surtout dans les cancers croûteux et rongeans, ainsi que dans ceux qui sont fongueux, mous, imparfaitement limités et exempts de squirre , tels que ceux qui succèdent aux nccfi materai. Il faut presque toujours , dans ces derniers cas , exciser d'abord les végétations qui surmontent la plaie ; mais la cautérisation de celle-ci doit être employée ensuite , afin de compléter et d'assurer les effets de la première opération. Il n'en est pas de même des cancers k base squirreuse , épaisse, dure, exactement séparée des parties saines du voisinage ; l'excision, qui n'est soumise d'ailleurs k d'autres règles qu'k celle d'emporter toutes les parties suspectes , présente contre eux une eflicacité dont l'expérience ne permet pas de douter. Les caustiques alors ne pouvant pénétrer rapidement jusqu'aux limites des tissus altérés, irritent ceux-ci, et provoquent l'extension de la maladie plutôt qu'ils ne la détruisent.

A la pâte arsenicale, telle que nous l'employons en France, et dont le mode général d'application a été décrit dans un précédent article [pâte AnsENicALE) , plusieurs chirurgiens allemands prêtèrent la méthode de Hellmund. Cette méthode consiste h incorporer la poudre arsenicale , dite de Rousselot, k la dose d'un grain et demi , dans un gros d'un onguent composé de : baume du Pérou et extrait de ci^uë , de chaque un gros ; acétate de plomb , un scrupule ; laudanum , un demi-scrupule ; cérat , une once. Cette préparation s'applique avec de la charpie, comme les onguens ordinaires. On en continue l'emploi jusqu'à ce que l induration du contour et du fond de l'ulcère ait disparu , et que la surface de celui-ci se couvre d'une couche grise, tenace, spongieuse, comme fentré, dont la chute a lieu en peu de jours, et qui laisse à découvert un fond de bon aspect. Si, après cette chute, l'ulcère reprenait sa forme première, il faudrait revenir aussi k l'onguent arsenical , dont on peut augmenter d'ailleurs l'activité selon l'occurrence. Le docteur Besschler emploie, par exemple, deux gros de poudre sur une once de l'onguent précité.

On assure que le procédé de M. Hellmund présente l'avantage d'occasioner moins de douleurs que celui du frère Côme , de donner lieu k des cicatrices à peine différentes de la peau saine et très-peu étendues, enfin de réussir dans des cas où la pommade ordinaire a échoué. Le docteur Heyfelder , de Trêves , a rapporté plusieurs observations de guérison opérées par elle; le professeur Chelius l'a employée également avec succès, en particulier sur les plaies consécutives aux extirpations des cancers mammaires, lorsqu'elles prenaient un mauvais aspect , et sur les tumeurs qui se font jour k travers les cicatrices qui leur succèdent. Le procédé de Hellmund a produit en Allemagne une telle sensation que des essais en ont été ordonnés , k l'hospice de la Charité de Berlin, sous les yeux d'une commision spéciale , composée de MM. Rust et Kluge , dont le rapport n'est pas moins favorable à ses résultats que les expériences de MM. Heyfelder et Chelius. Selon ce rapport , la composition nouvelle n'a montré que peu d'efficacité dans les cas des cancers fongueux ; quelques cancers du sein ont été guéris par elle ; enfin , elle a présenté de très-grands avantages contre les cancers croûteux et ulcéreux, ainsi que contre les dartres rongeantes. Il est à désirer que ces faits soient soumis parmi nous à de nouvelles expérimentations.

Le nitrate acide de mercure , dont il a été précédemment question , convient spécialement lorsque les ulcères cancéreux tendent à détruire de grandes étendues de peau , et ne sont pas compliqués de couches squirreuses , compactes et épaisses. Depuis long temps M. Dupuytren fait usage de cette préparation avec succès contré les ulcères dartreux et rongeans. M. Delpech a publié d'intéressantes observations qui constatent également l'eflîcacité de son action. Le ni-

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trate acide de merciii e détermine il est vrai une douleur excessive , quoique peu durable, et que la plupart des malades redoutent beaucoup une fois qu'ils l'ont éprouvée. Mais cet inconvénient est compensé par de notables avantages. Son application ne l'ait courir au sujet aucun des dangers attachés à l'absorption possible des molécules arsenicales ; il agit d'une manière prompte , susceptible d'être graduée à volonté selon la profondeur à laquelle la destruction des tissus doit être portée , et il exerce en même temps sur les parties qui forment le fond des plaies qu'il produit , une impression de telle nature , qu'elles ont une tendance très-proponcée à la cicatrisation. Il offre en cela quelque chose d'analogue à la manière d'agir du feu, qui est sans contestation le moyen le plus rapide et le plus sûr d'atteindre le même but, qui est aussi le plus effrayant, et par cette raison celui pour lequel les malades témoignent le plus de répugnance.

Le nitrate acide de mercure s'applique sur les ulcères ou les fongosités cancéreuses à l'aide d'un pinceau de charpie. Il réduit presque instantanément les parties qu'il touche en une escarre jaunâtre , dont 1 épaisseur peut être successivement augmentée par l'apposition de nouvelles couches de ce liquide. Les surfaces mortifiées tombent en trois ou quatre jours , et selon que tes plaies semblent debonne natureou encore fongueuses, on les laisse se cicatriser ou l'on réitère la cautérisation

Afin de contrebalancer l'extrême tendance des tissus à reproduire les végétations morbides, même après les cicatrisations les plus complètes , et en apparence les plus saines, il convient, dans les cancers fongueux, tels que ceux qui succèdent aux nœi>i materni , de faire succéder à l'action des caustiques une compression soutenue pendant fort long-temps , c'est-à-dire jusqu'à ce que les cicatrices rougeàtres , pelliculaires et fragiles que l'on obtient d'abord soient tlevenues solides, blanches et épaisses. Ce n'est qu'alors que l'on peut avoir une certitude à peu près complète que la disposition à la végétation et au développement vasculaire érectile est entièrement détruite dans les parties voisines de la maladie. Plusieurs récidives de cancers cutanés de ce genre semblent avoir été le résultat de l'oabli de ce précepte , jusqu'ici trop rarement indiqué , et qui doit prendre rang parmi les règles importantes de l'art.

Quelles que soient les régions de la peau que les cancers affectent , les mêmes moyens de traitement leur sont applicables j c'est pourquoi nous n'entrerons pas à leur sujet dans de plus longs détails.

II. Cancers des nerfs. — On considère comme affectant les nerfs externes, deux genres de tumeurs fort distinctes, dont les unes se développent dans le tissu cellulaire sous cutané , et les autres dans les cordons nerveux qni parcourent les membres.

A. Les premières sont connues sous le nom de tiihercules ious-culanés douloureux. On les a rencontrées dans presque toutes les regious du corps , et Cheselden , Camper, "Wood, Chaussier , M. Marjolin et quelques autres chirurgiens en ont donné d'exactes descriptions. Ces tumeurs sont ordinairement formées par un' tissu blanchâtre, consistant, d'une densité quelquefois semblable à celle du fîbro-cartilage. Développées dans le tissu cellulaire, elles ne soulèvent qu'à peine la peau, dont elles n'altèrent pas la couleur, et, dans beaucoup de cas, ne peuvent être reconnues que par le toucher. Leur surface paraît isolée de toutes parts et n'adhérer au reste du corps que par des filamens très déliés. On a reconnu chez quelques sujets qu'elles siègent dans l'épaisseur même de quelque filet nerveux , dont les fibiiles écartées les entourent. Enfin , dans un grand nombre de cas , elles paraissent consister en des kystes fibreux , recouverts par des enveloppes nerveuses , et renfermant une substance concrète, analogue à la matière tuberculeuse, parfaitement isolée.

Ces tumeurs, en apparence peu importantes, deviennent , à l'occasion des moindres pressions , le siège des douleurs les plus vives , quelquefois accompagnées de convulsions et d'accès épileptiformes. Les douleurs s'étendent avec la rapidité d'une commotion électrique à toute l'élendue des troncs nerveux avec les ramifications desquels la tumeur a des connexions. Elles se renouvellent, dans certains cas , sans aucune cause extérieure, sous la forme de paroxysmes irrcguliers, plus moins ou violens , prolongés, et dont les retours tendent incessamment à se rapprocher.

Comme l'engorgement est peu considérable , que les parties voisines sont parfaitement saines , et que l'opération la plus siinj)le suffit pour débarrasser le malade des incommodités qu'il éprouve , on ne laisse jamais les cancers nerveux sous-cutanés acquérir un grand volume, et surtout se ramollir , et se transformer en ulcérations rongeantes. Une petite incision , faite à la peau , sur la tumeur , permet facilement de saisir celle-ci , et de l'attirer au-delà des lèvres de la plaie, au niveau desquelles on achève de couper les filamens (|ui la retiennent encore. La réunion immédiate est pratiquée ensuite, et la guérison, qui ne tarde pas à s'opérer, n'a été, dans aucun des cas rapportés par les observateurs, suivie de récidive.

B. La seconde variété des tumeurs qui nous occupent comprend les squirres ou les cancers des gros troncs nerveux. 'On tissu blanc, compacte et plus ou moins ferme , leur sert de base. Leur enveloppe est formée par le névrilème du nerf, qui se continue sur elles et adhère à leur surface. On a trouvé leur substance intérieure, tantôt solide et lardacée , tantôt ramollie et présentant les caractères de l'encéphaloide , tantôt, enfin, divisée en cellules remplies d'un liquide épais, jaunâtre , d'apparence sirupeuse. Ces tumeurs augmentent assez rapidement de volume , et subissent par gradations les dégénérescences propres aux autres cancers. Les causes les plus fréquentes des affections de ce genre sont les contusions exercées sur le trajet des nerfs. Elles se sont quelquefois développées à la suite de névralgies plus ou moins prolongées ; ce qui veut

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dire que la lésion du nerf malade , qui donnait lieu à la douleur , a aussi provoqué l'altération de sa texture et l'apparition du squirre.

Les tumeurs formées par les cancers des troncs nerveux sont ordinairement^ fort douloureuses au toucher. Mobiles latéralement, elles ne peuvent être déplacées qu'avec peine, et en occasiouant des souffrances aiguës , dans le sens^ delà longeurdu nerf affecté. Par opposition avec les tubercules douloureux! sous-cutanès, elles sont plus fréquentes chez l'homme que chez la femme, et ne: se développent presque jamais que sur les sujets adultes ou les vieillards. E. Home a observé une tumeur de ce genre qui avait acquis le volume d'un petit œuf de poule, et qui affectait le nerf musculo cutanè ; M. Dubois en a rencontré dans le nerf médian , Hesselbach dans le nerf cubital , Marandel dans le nerf saphène externe, M. Dupuytren dans le nerf tibial postérieur, enfin, MM. Cayol . Moutard-Martin , Lévêque-Lasource et Wardrop , dans l'épaisseur des nerfs du bras et de la jambe, dans le trif.icial, et jusque dans le nerf i optique. M. Dupuytren a vu le nerf trifacial transformé en substance céiébri- î forme , et son plexus à la face antérieure du rocher, très-volumineux et dégé- I neré en carcinome. Le nerf facial présentait , dans toute son étendue la même ' altération. J'ai observé, sur le même nerf, une altération analogue. M. Bérard a rencontré sur le trajet du nerf diaphragmatique droit un tubercule noirâtre, ! de la grosseur d'un petit pois, et d'une dureté comparable à celle du squirre I non dégénéré. Ces mélanoses sont fort rares.

Les tumeurs squirreuses ou cancéreuses des troncs nerveux qui sont accessibles au toucher, et à la portée des instrumehs , doivent être extirpées sans re- | tard. On ne possède pas jusqu'à présent d'exemple de leur guérison , produite par aucune médication interne ou externe. L'opération qu'il convient de prati-l quer alors consiste en une incision dirigée selon le trajet du nerf affecté, et assez étendue pour mettre à découvert la surface de la tumeur. Celle-ci doit être ensuite saisie et isolée à l'aide de deux sections pratiquées sur le tionc nerveux affecté, l'une au-dessus et l'autre au-dessous d'elle. 11 est presque inutile de faire observer que la section supérieure doit être pratiquée la première , afin d'éviter au malade la douleur de la seconde. La plaie sera réunie ensuite par première intention. On conçoit que la guérison ne pourra être achetée que j)ar la paralysie ou l'insensibilité plus ou moins complète des parties auxquelles se distribuait le nerf dont on a excisé une portion. f m. Cancer des os. — 'Voyez Ostéite et Ostéo Sarcome. ' IV. Cancers des paupières. — Les ulcérations cancéreuses des paupières ont leur siège , tantôt sur le bord libre , et tantôt aux commissures de ces organes ; les premières sont presque toujours la suite de boutons chancreux irrités et; dégénérés; les seconds , et surtout ceux de la commissure externe, se présentent souvent d'abord sous la forme d'une fissure douloureuse , à fond grisâtre,' dont les bords s'élèvent graduellement en s'écartant l'un de l'autre. Le cancer de la commissure interne débute en beaucoup de cas par la caroncule lacrymale , qui se tuméfie , se durcit , devient squirreuse et s'ulcère. Il comprime , i dévie ou envahit presque toujours les points et les conduits lacrymaux, et s'ac-j compagne d'un larmoiement continuel. I On comprend que le voisinage de l'œil rend ordinairement impraticable contre les cancers des paupières l'application des caustiques, aussi bien quel celle du feu. Il faut tlonc , lorsque la nécessité de délivrer l'organisme des par- ^ ties affectées devient pressante, faire usage de l'instrument tranchant. On a généralement conseillé de cerner alors les cancers du rebord -des voiles palpébraux par deux incisions en V , écartées du côlé de ce bord , et réunis , vers la base de l'organe , au-delà de la maladie, qu'elles circonscrivent. Les bords d€' ces incisions doivent être immédiatement rapprochés ensuite à l'aide d'un ou de deux points de suture. Mais les paupières sont trop minces et leurs bordi libres, fortifiés par les cartilages tarses, trop résislans pour que ce procédé soit facilement praticable. Aussi n'était ce que dans les boutons cancéreux trèspeu considérables, et en tiraillant fortement les parties, qu'on parvenait à affronter les deux lèvres de la section dont il s'agit; encore les points de suture coupaient-ils souvent les tissus, de manière à rendre la réunion impossible. M. Dupuytren a établi , afin de remédier à ces inconvéniens , le précepte de cerner le cancer par une incision semi-elliptique. La tumeur étant préalablement saisie et soulevée au moyen de pinces à ligature, des ciseaux courbes sut le plat sont portés sur un de ses côtés et servent à la détacher par une section demi-circulaire , dont la concavité correspond au bord ciliaire , et la convexité à la base de la paupière malade. Cette opération est aussi simple que rapide; un seul, ou tout au plus deux coups de l'instrument suffisent pour la pratiquer. On lie, si elles fournissent trop de sang , les artères palpébrales , puis la plaie est recouverte d'un linge fenêtré enduit de cérat et de charpie mollette; une compresse et un bandeau affermissent cet appareil. '

A mesure que la guérison fait des progrès , le milieu de la concavité de sec-' tion s'élève , en même temps que ses angles s'affaissent légèrement et se rapprochent, de sorte qu'après la cicatrisation, le rebord de la paupière est redevenu presque droit, et ne présente d'autres traces de l'opération que l'absence des cils. Il est vrai que cette restitution, formée aux dépens de l'alongement de la peau du voisinage, n'est complète qu'autant que l'excision n'a compris que la moitié au plus de la hauteur de l'organe malade. Dans les cas contraires, la paupière reste échancrée , l'œil ne peut plus être exactement recouvert, et sa surface , continuellement soumise au contact de l'air, ne tarde pas à s'enUamnaer. Les altérations qui s'y manifestent pénètrent quelquefois par gradation, vers les parties profondes , dont la lésion est suivie de la perte de vue. Chea| certains sujets très-sensibles, on a vu l'irritation s'étendre jusqu'à l'encéphale-: donner lieu aux phénomènes les plus alarmans , ou même occasioner la mort. Les cancers qui envahissent au-delà de la moitié de la hauteur des paupièrci.

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CANCER. ( 52

constituent donc des maladies toujours graves; et je crois que lorsque la maladie exige que l'excision soit portée jusqu'auprès de la base de la partie affectée, il faut, en même temps qu'on la pratique, extirper l'œil. Ce conseil est fondé , d'abord , sur ce que , si l'on n'en agit pas ainsi, le globe oculaire se désorganisera plus tard, avec un appareil plus ou moins dangereux de symptômes ; ensuite sur cette autre considération , qu'un cancer arrivé à un si grand voisinage de l'œil ne peut guère manquer d'avoir, par la continuité de la conjonctive , étendu son influence jusqu'à cet organe, et devra tendre à récidiver

isurlui si on le conserve.

Les ulcères cancéreux de l'angle externe des paupières doivent toujours , par opposition avec ceux des bords ciliaires, être emportés au moyen de deux incisions en V, dont les branches , écartées du côté de l'œil , vont se réunir , vers la tempe, au-delà de la maladie. La laxité des tégumens favorise singulièrement alors la réunion, qui s'obtient au moyen d'un point de suture placé près

idela commissure nouvelle qu'on veut établir, et d'emplâtres agglutinatifs disposés sur le reste de la plaie. Il est rare que l'opération laisse après elle aucune difformité sensible.

Les cancers de l'angle interne réclament la pratique d'une incision demicirculaire , partie de l'un et de l'autre bord palpébral, et contournant l'ulcère du côté du nez. On peut être entraîné alors, soit à exciser avec exactitude la caroncule lacrymale, ce qui ne présente ni difficulté ni inconvénient , soit à emporter les points ou les conduits lacrymaux, et même à intéresser le sac lacrymal, opérations dont un larmoiement continuel et incurable sera nécessairement la suite. Cette considération toutefois ne doit pas arrêter; elle n'est que d'une médiocre importance, comparée à la nécessité de ne laisser en arrière aucune partie altérée susceptible de reproduire la maladie.

V. Cancer de l'œil. — Les affections cancéreuses du globe oculaire débutent quelquefois par l'apparition, sur la conjonctive ou sur la cornée, d'un bouton à base rouge, douloureux, irrité, qui s'ulcère graduellement, et s'étend à la manière du bouton chancreux du derme. Mais elles sont plus ordinairement encore le résultat d'inflammations chroniques , développées et entretenues dans quelques-unes des membranes de l'organe. Ces cancers commencent alors, tantôt par la conjonctive, qui devient fongueuse , ou s'endurcit et se désorgajnise, tantôt par la cornée transparente, dont les lames se ramollissent, se laissent pénétrer par le sang , puis se détruisent et deviennent le siège d'une ulcération à bords élevés, à base squirreuse, qui envahit parla suite les parties voisines. Toutes les causes susceptibles de pousser l'œil en avant, au delà des paupières, et de s'opposer à ce que ces voiles s'abaissent au-devant de lui, peuvent donner lieu ainsi à des inflammations cancéreuses de sa surface. Les exostoses des parois de l'orbite, les hydatides, les kystes tibro-séreux , développés dans cette cavité, les tumeurs tibrenses du sinus maxillaire, sont, de [même que la destruction d'une grande partie des paupières, susceptibles de provoquer ces dégénérescences de la surface externe de l'œil. Mais, chez certains sujets, le cancer affecte d'abord les membranes profondes de cet organe, jet spécialement la rétine ou la choroïde. Aux symptômes de l'ophthalmie profonde succèdent alors la perte de la vue, puis le développement d'une tumeur, qui , marchant d'arrière en avant, refoule l'humeur vitrée, déplace le cristallin, vient s'appliquer à l'iris, puis à la cornée, et, après avoir contracté des adhérences avec ces parties, détermine leur ulcération. Le fongus, car ce cancer appartient presque toujours à ceux qui sont mous, vasculeux , et désignés sous le nom de fongus médullaire; ce fongus , disons-nous , est dès lors mis à découvert et suit la marche que nous avons décrite précédemment, i Quelque peu étendu et isolé que soit le cancer, même superficiel de l'œil, il est ordinairement indispensable, lorsque la maladie résiste aux moyens antiphlogistiques et aux traitemens intérieurs les mieux appropriés, de sacrifier l'organe fout entier. Nous pourrions citer un assez grand nombre d'exemples dans lesquels l'excision partielle de la cornée, ou de portions de la conjonctive devenues cancéreuses , a été suivie de récidives qui n'ont cessé que par l'extirpation complète du globe oculaire. L'avantage qui résulte de la conservation d'un tubercule presque inutile au fond de l'orbite est trop peu considérable pour qu'on expose les malades , eu laissant en place le reste de l'œil , livré à l'atrophie et à la suppuration, à tous les dangers d'un cancer nouveau , dont l'extension vers l'encéphale peut devenir funeste. Par cela même d'ailleurs qu'il a résiste' à toutes les médications qu'on lui a d'abord opposées , il est à craindre que le cancer oculaire n'ait de profondes racines , et ne soit très-disposé à se reproduire.

L'extirpation de l'œil est une opération assez simple et assez facile h pratiquer. Son introduction dans la thérapeutique chirurgicale ne remonte cependant qu'au milieu du seizième siècle. L'espèce de cuiller à bords tranchans dont Bartisch se servit d'abord pour cerner le globe oculaire et vider l'orbite n'est plus employée. Le procédé plus méthodique de Fabrice de Hilden, qui consistait à détacher l'œil en avant , avec un bistouri droit ordinaire , puis à couper le pédicule formé postérieurement par son nerf principal , ses muscles et ses vaisseaux avec un bistouri boutonné , recourbé sur une de ses faces , est luimême tombé en désuétude. Le procédé de Louis, généralement adopté, est le seul qui mérite aujourd'hui d'être décrit.

Pour l'exécuter, le malade doit être assis sur une chaise solide , la tête appuyée et soutenue contre la poitrine d'un aide, le corps garni d'alèzes. L'appareil se compose d'un bistouri droit , de ciseaux courbes sur le plat, d éponges ét d'eau tiède et froide , enfin de charpie , de colophane en poudre , de compresses , d'une bande ou d'un bandeau. Le chirurgien , placé devant le suj«t, incise d'abord la commissure externe des paupières , afin d'agrandir leur ouverture. Ensuite il abaisse la paupière inférieure, et, enfonçant la lame du

DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

) ^ CANCER

bistouri droit dans l'angle externe de l'orbite, il la ramène vers l'angle interne, et divise d'un seul trait la conjonctive, à l'endroit de sa rOflexion au devant du bord orbitraire , qu'il suit exactement, afin de ne pas manquer, en dedans, l'altaclie du muscle petit oblique. L'instrument, porté sous la paupière supérieure , que l'aide relève , sert à diviser de la même manière , et toujours de l'angle externe vers l'interne, la conjonctive supérieure , ainsi que l'attache de la poulie de renvoi du tendon du muscle grand oblique. Après ces incisions, l'œil, isolé dans l'orbite, n'y est plus retenu que par son pédicule postérieur. Le chirurgien le saisit alors avec des pinces de Museux, tenues de la main gauche , l'attire en avant, et l'incline de manière à porter facilement, entre lui et la paroi orbitaire, les ciseaux courbes dont sa main droite est armée. La concavité de cet instrument doit embrasser le globe oculaire, et les extrémités de ses branches atteindre le nerf, les vaisseaux et les muscles optiques , près du trou qui leur donne passage , ou au contour duquel ils prennent leur insertion. La section de ces parties est aussitôt suivie de la sortie de l'œil et d'un jet plus ou moins considérable de sang, fourni par l'artère opthalmique. Après avoir laissé s'écouler une quantité de ce liquide proportionnée aux forces du sujet, après avoir exploré la cavité orbitaire , saisi et retranché les portions du tissu cellulaire endurci qui peuvent y exister ; après avoir enfin extrait la glande lacrymale, dont la conservation serait suivie d'un larmoiement continuel, on arrête l'hémorrhagie à l'aide d'un tamponnement médiocrement serré, que soutiennent les parois de l'orbite, ainsi que les compresses et le bandage qui complètent l'appareil.

Si les paupières, adhérentes à la tumeur, participaient à sa désorganisation il faudrait les sacrifier sans hésiter , et les diviser à leur base du même trait de bistouri que l'on emploie à inciser la conjonctive. Ce surcroît d'ablation rendrait la difformité plus grande , et l'application d'un œil d'émail à peu près impossible.

Après l'opération , les malades éprouvent ordinairement, durant quelques heures, une douleur intense, qui, de l'orbite , se propage à tout le côté correspondant de l'encéphale , et résulte autant de la compression indispensable pour arrêter le sang , que de la section des troncs nerveux considérables que l'instrument a atteints. L'encéphalite est alors imminente , et c'est afin de la prévenir qu'il n'a pas fallu craindre de laisser perdre au sujet une certaine quantité de sang avant de le panser. D'autres évacuations sanguines peuvent même devenir nécessaires ; de légers narcotiques , et des applications froides sur la tête, conviennent presque toujours ; enfin, le régime des maladies aiguës sera prescrit dans toute sa sévérité. Dès le second jour, il est permis de desserrer l'appareil; on le renouvelle du quatrième au cinquième, et l'on continue ensuite de panser simplement les parties. De toute la surface orbitaire interne s'élèvent graduellement des bourgeons celluleux et vasculaires, qui rétrécissent singulièrement la cavité laissée libre par la sortie de l'œil et qui servent de base à la cicatrice. Lorsque ces bourgeons sont fongueux et menacent de reproduire le mal , on doit les emporter avec l'instrument tranchant et cautériser leur base, soit avec le nitrate acide de mercure, soit au moyen du cautère actuel , porté sur eux avec la légèreté et la prudence que commandent le voisinage du cerveau et la faible épaisseur des parois de l'orbite.

VI. Cancer de la glande lacrymale. — Il est rare,que la glande lacrymale devienne le siège de tuméfactions squirreuses et de cancer. Sa situation cachée, la protection qu'elle reçoit contre les atteintes des corps extérieurs des parois de l'orbite et de l'œil lui-même ; enfin , le petit nombre des excitations auxquelles elle est exposée, telles sont, sans doute, les causes de ce phénomène. Heister , et dans ces derniers temps MM. Daviel et Guéria , et Bordeaux, rapportent toutefois quelques exemples d'extirpation de glandes lacrymales devenues squirreuses. Pour procéder à cette opération, le malade^ convenablement garni d'alèzes, doit être assis sur une chaise solide, la tête soutenue contre la poitrine d'un aide. Le chirurgien incise alors en dehors la commissure externe des paupières ; puis, soulevant par la dissection la paupière supérieure , il met à nu la partie antérieure de la glande. Des pinces à érignes servent à la saisir et à l'attirer au dehors , tandis qu'avec le bistouri ou les ciseaux il achève de la détacher , en ayant l'attention de respecter le globe oculaire , ainsi que ses muscles. Si la tumeur repoussait fortement les paupières en dehors de leur commissure externe, l'opérateur pourrait aisément la découvrir au moyen d'une incision faite à la peau delà paupière supérieure, sans toucher à l'angle externe de l'œil. On arriverait alors directement sur la glande, et la difformité consécutive en serait moins marquée encore qu'après le procédé ordinaire.

Cette modification opératoire indiquée par M. Sanson , est celle qu'a suivie M. Daviel. Il est à remarquer que l'œil était porté eu bas et en devant en même temps que les paupières étaient soulevées. Après avoir incisé la paupière supérieure du petit angle <le l'œil vers le grand , ce chirurgien fit l'extraction de la glande squirreuse, de portions de tissu cellulaire altéi'ées , et , dans un cas , de fragmens de l'orbite frappés de nécrose. Sur un sujet, les deux glandes lacrymales furent ainsi enlevées. Le strabisme , résultat du refoulement de l'œil , en bas et en dedans, a toujours disparu immédiatement après l'extirpation ; les malades ont guéri sans conserver d'incommodité, malgré l'absence de l'organe sécréteur des larmes. L'humeur perspiratoirc de la conjonction paraît susceptible de remplacer ce liquide.

VII. Cancers de l'orbite. — Les tumeurs fibreuses ou squirreuses , dégénérées ou non en cancer, dont l'orbite est quelquefois le siège, et qui, repoussant l'œil, déterminent sa dégénérescence, doivent être extirpées en même temps que cet organe , selon le procédé décrit plus haut. Elles naissent presque toujours

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des environs du trou orbitaire , et l'opération est loin de présenter de grandes certitudes de succès. Une tumeur de ce genre, emportée avec les soins les plus minutieux sur une jeune fille de douze à quatorze ans , ne tarda pas à repulluler , à remplir de nouveau l'orbite , et à faire , au devant des paupières , écartées et distendues , une saillie presque aussi considérable que le poing. Après la mort , je trouvai que cette production s'implantait sur la gaîne fibreuse qui traverse le trou optique; et, chose remarquable! qu'elle était continue, par son pédicule , à une tumeur de même aspect , de même texture et d'un égal volume , qui se prolongeait dans le crâne , soulevait la paroi inférieure du ventricule latéral correspondant, et avait détruit par la compression la couche optique , ainsi qu'une partie considérable du lobe antérieur du cerveau. Ces deux tumeurs , à pédicule commun , ressemblaient parfaitement à une double calebasse , ou au jouet nommé diahle dont se servent les eufans.

VIII. Cancer du nez. — Les érosions cancéreuses de la portion inférieure ou cartilagineuse du nez et du contour des ouvertures nasales ne présentent rien de spécial. Les caustiques , ou des incisions dont les formes ainsi que l'étendue sont commandées par la situation et les limites de la maladie , peuvent leur être opposés , sans autre motif de préférence que ceux fournis par les variétés d'aspect et de texture des tissus altérés dont il a été précédemment question.

Dans un cas remarquable de destruction complète du nez et d'une partie des joues par un ulcère cancéreux , M. Sanson circonscrivit la maladie à l'aide de deux incisions semi-elliptiques , s'étendantdu milieu d'une joue à l'autre, et passant , en haut sur la racine du nez , en bas , au milieu de la lèvre supérieure. Toute la surface ulcérée fut emportée ; la base osseuse du nez fut coupée d'un trait de scie, et les cartilages latéraux ainsi que celui de la cloison turent divisés avec de forts ciseaux courbes sur le plat. La malade guérit parfaitement. Ces cas sont du genre de ceux qui laissent des difformités susceptibles de donner lieu à la pratique de la Rhinoplastie.

IX. Cancer des lètres. — Analogues aux cancers des paupières, les affections du même genre dont les lèvres peuvent devenir le siège réclament la pratique d'opérations fondées sur les mêmes principes. Les hommes adultes ou sur le retour de l'âge sont plus souvent que les femmes atteints de cancers aux lèvres; la lèvre inférieure y est infiniment plus exposée que la supérieure. Presque toujours , ils commencent par le bouton chancreux décrit plus haut. Les cancers des commissures ont quelquefois cependant une gerçure pour origine.

Quoi qu'il en soit , l'excision des cancers des lèyres , lorsque les autres moyens de traitement sont inefTicaces , a été généralement pratiquée, jusque dans ces derniers temps, de la manière suivante : le sujet est assis sur une chaise solide, la tête maintenue contre la poitrine d'un aide, qui comprime avec ses doigts les artères maxillaires externes sur les branches de la mâchoire inférieure. Le chirurgien, armé d'un bistouri droit ordinaire, saisit la tumeur avec la main gauche, tandis qii'un aide pince la lèvre à quelques lignes de dislance et la tire en sens opposé , afin de la tendre de gauche à droite. Une première section partant du bord libre de la lèvre, et dirigée obliquement vers le menton , sert à isoler le côté gauche de la tumeur ou de l'ulcère. La partie malade est alors prise par l'aide, en même temps que le chirurgien retient le côté opposé de la lèvre, et une seconde incision, inclinée en sens opposé de la première , va rejoindre l'extrémité inférieure de celle-ci , et forme avec elle un angle plus ou moins aigu. La maladie est alors cernée , et si quelques adhérences la retiennent encore en arrière, quelques coups de bistouri suffisent pour les diviser. La plaie en forme de V , qui résulte de l'opération, est ensuite réunie d'un côté à l'autre , au moyen de la suture entortillée et du bandage unissant , de la même manière que s'il s'agissait du Bec de lièvre.

La laxité des tissus qui entrent dans la composition des lèvres et des joues permet d'obtenir , dans ce cas, le rapprochement des bords de la solution de continuité , alors même qu'elle comprend une très-grande partie ou la presque totalité de la largeur de l'organe. Ce résultat entraine toutefois un rétrécis-"sèment proportionné de l'ouverture de la bouche , et un plissement de la lèvre restée intacte, qui désormais trop étendue, se porte en avant et forme une saillie désagréable. 11 est vrai que l'alongement successif des parties rapprochées diminue ou fait graduellement disparaître cette inégalité choquante de la grandeur relative des deux lèvres. Mais il est à remarquer que la cicatrice est par cela même tiraillée avec force , et l'on a lieu de penser que cette action , exercée sur des tissus encore disposés à l'irritation, et qui conservent peut-être de la susceptibilité au cancer, contribue pour quelque chose à la récidive de la maladie.

AUu de prévenir ces imperfections et ces dangers , M. Dupuytren a substitué à l'incision en V une section demi-circulaire, semblable à celle que nous avons indiquée pour les paupières, et dont Fabrice d'Aquapendente avait déjà fait usage. La tumeur étant saisie et soulevée avec la main gauche , cet habile praticien la cerne et la sépare eu un ou deux coups de ciseaux courbes sur le plat, dont la convexité est tournée vers le menton. L'incision doit être faite sur les tissus sains. La plaie est ensuite pansée simplement avec du linge fenêtré enduit de cérat et ite la charpie sèche. Un bandage convenable affermit et complète l'appareil. La salive s'écoule d'abord abondamment au dehors; mais, peu à peu , les bords de solution de continuité s'abaissent , en même temps que le centre de sa concavité s'élève , et l'organe se rétablit dans presque toute sa hauteur. Dans les cas même où 1 étendue de la destruction à opérer est telle que la lèvre devra être excisée presque eu totalité, M. Dupuytren préfère encore la section demi-circulaire aux deux sections en V, et l'eflicacité des efforts réparateurs de l'organisme justifie cette manière d'agir. S'ils ne suffisaient pas la réunion de la plaie triangulaire serait également impossible. Une lèvre d'ar-

gent pallierait alors la difformité , retiendrait la salive, et servirait à rendr l'articulation des sons moins pénible.

L'incision en 'V ne retrouve ses avantages que dans les cancers situés vers le| commissures. Ils doivent être opérés commme ceux de l'angle externe de paupières, et la plaie, réunie de la même manière de haut en bas, guérit é, lementsans difformité. Un point de suture est toutefois presque toujours utilei à la jonction de la plaie avec l'ouverture de la bouehe , afin de prévenir les dé rangemens que les mouvemens de celle-ci pourraient communiquer aux lèvre de l'autre.

X. Cancer de la mâchoire injerieure. — Chez beaucoup de sujets , le cance[ des lèvres , lorsqu'il est abandonné à lui-même , étend successivement ses ravaj ges à l'os maxillaire inférieur. Cet organe se tuméfie alors, se ramollit et donaJ naissance aux fongosités qui constituent le fond de la plaie. La simple ablatioii des parties molles externes ne suffit plus dans des cas aussi graves : il faut atta quer, en agissant sur l'os lui-même , les racines du mal.

Plusieurs circonstances peuvent alors se présenter, et nécessiter l'exécutioi d'opérations différentes :

1° Le cancer n'a quelquefois atteint encore que la surface externe la plu superficielle de l'os, près du rebord alvéolaire. Il n'y a autour de la plaie au cun ramollissement appréciable de la substance osseuse; le malade n'a profon dément ressenti aucune douleur lancinante; les dents ne sont pas ébranlées, ci celles qui correspondent à la maladie extérieure ont seules perdu de leur soli dité. Le chirurgien peut alors , après avoir emporté les parties molles affectées | se borner à arracher les dents malades , à échancrer le bord alvéolaire , à ruj giner l'os , et à détruire, à l'aide du cautère actuel chauffé à blanc , tout o, qui peut avoir participé à la dégénérescence cancéreuse. La plaie de la lèvri! sera faite par une section elliptique; et quoique une brûlure profonde en oc' cupe sa partie moyenne , on pourra, après la chute des escarres , obtenir!: réparation successive de l'organe, ou suppléer après la guérison à la perte dil substance qu'il conserve, au moyen d'une pièce artificielle , qui retienne la sa , live , serve à l'articulation des sons et cache la difformité. La Chéoplastie peu encore dans ces cas être pratiquée avec succès.

2° Des ulcérations cancéreuses , nées dans l'intérieur de la bouche , à la basii de la langue , ou des tumeurs des gencives et des alvéoles, devenues fongueu; «] j, ses et ulcérées , peuvent se propager encore à l'os maxillaire inférieur, et déj truire une partie de sa substance. Ces cas réclament comme les précédons | lorsque la maladie de l'os est superficielle et bornée à d'étroites limites , rexcij sion de toutes les parties molles dégénérées , puis l'enlèvement , au moyen di la rugination , de la surface osseuse ramollie, et enfin la cautérisation profond' des racines du cancer. Le cautère actuel est alors infiniment préférable au: caustiques solides ou liquides les plus vantés , et l'on ne doit jamais craindr d'en porter l'action trop loin.

3° Lorsque la mâchoire inférieure est tuméfiée dans toute son épaisseur, qui son corps est ramolli, que le cancer a manifestement pénétré toute sa suh stance, il devient indispensable de retrancher complètement sa portion altéré© Cette opération, créée par M. Dupuytren, est d'une exécution assez simple! l'appareil consiste en des bistouris, une scie à main , des ciseaux, des pinces ligatures , des fils cirés, une plaque de carton ou de bois ; des éponges , des vi ses avec de l'eau froide et de l'eau chaude , des aiguilles à suture , des emplâi' très agglutinatifs , de la charpie , des compresses et un bandage en fronde. Dan une pièce contiguë , loin des yeux du malade , un réchaud et des cautères seroi disposés, de manière à pouvoir servir au besoin.

Si le cancer, né de l'os maxillaire lui-même, ou des parties voisines, laissi les lèvres intactes, il faut , le sujet étant assis , convenablement garni d'alèzes et maintenu par des aides ; il faut , dis je , que le chirurgien , saisissant la por tion droite de la lèvre inférieure , tandis qu'un aide prend la partie opposé^ afin de la tendre , divise d'un seul trait les parties molles, sur la ligne médiane depuis le bord libre de la lèvre jusque près de l'os hyoïde. Lorsque, au cod traire , la lèvre est détruite par une ulcération plus ou moins large et profonde on doit cerner la maladie à l'aide de deux incisions obliques, réunies inférieu jement, et prolongées aussi bas qu'on le juge convenable. Dans l'un commi dans l'autre cas, les lambeaux formés latéralement par la section des partie! molles seront successivemeut détachés de l'os jusqu'au-delà des limites de l'ali tération dont il est le siège. Les artères labiales et les vaisseaux ddatés que l'in' strument peut atteindre , pendant cette première partie de l'opération , doiven être liés immédiatement. Les lambeaux étant maintenus, renversés en dehor' par des aides , il convient de dégager 1 os , en portant un bistouri le long de 1: face interne, afin de le séparer dans une petite étendue des parties molles sous jacentes. On coupe ensuite avec soin le périoste sur toute sa circonférence. Lij plaque de carton ou de bois est alors glissée derrière lui , et le chirurgien , apré ^ l'avoir assujettie, le divise avec la scie, qu'il est de précepte de porter un pei obliquement, de manière à opérer une section en biseau , aux dépens de Iil face interne de l'os.

Ce troisième temps de l'opération pourrait être exécuté au moyen d'une soi' à chaîne, semblable à celle dont les chirurgiens anglais font usage dans d'autre circonstances , et telle que M. Charrière en a fabriqué. Après la section de I parties molles et l'isolement des branches maxillaires, cette chaîne serait por tée , à l'aide de l'aiguille courbe qui arme une de ses extrémités, derrière li portion osseuse; puis, l'aiguille étant dégagée , on monterait l'extrémité àla| quelle elle tenait, et la section opérée de deilans en dehors, deviendrait aussi sûre que facile. J'ai fait construire sur ce plan , par M. Charrière , une scie i' chaîne qui agit de la manière la plus sûre. La scie à main , ordinairement employée , ue présentejias les mêmes avantages ; son c.vtrémito se porte contre 1:

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oue, et ses dents sont exposées à dilacérer les parties voisines, en même temps qu'elles achèvent la division de la surface osseuse interne.

Quoi qu'il en soit, les deux côtés de la mâchoire étant sciés, le chirurgien „ plus qu'à détacher sa portion moyenne des tissas , auxquels elle adhère. 11 lest important , avant d'y procéder , de faire saisir et fixer en avant par un aide , la pointe de la langue , qu'on entoure d'un linge afin qu'elle ne puisse échapper. Sans cette précaution , elle pourrait, à l'instant où ses muscles antérieurs sont divisés, se renverser brusquement du côté du pharynx, contre la glotte, t occasioner un commencement de sufiTocation. Cet accidenta été observé par Lallemand. 11 fut obligé de recourir à la laryngotomie pour faire respirer le alade , qui avait déjà perdu connaissance. Apres quelques instans la langue habitua à sa situation nouvelle, et son renversement n'est plus à craindre. On 'a pas besoin de traverser son extrémité, comme le conseille M. Delpech , vec un fil d'or , et de la fixer contre les dents antérieures. Ce serait multiplier sans utilité les douleurs du malade. Les artères, telles que les sous-mentales , iyt leurs ramifications , dont le volume est augmenté , sont nécessairement ouvertes durant cette division des parties intérieures ; elles doivent être compritnées par les doigts des aides , et ceux même du chirurgien, jusqu'à ce que i'ablation étant achevée , on puisse jeter sur elles des ligatures. Si du sang coulait en nappe du fond de la plaie , ou si des portions suspectes de tissu cellulaire semblaient avoir besoin d'y être détruites, les cautères, préparés à l'ai-ance , serviraient à remplir cette double indication.

Après l'opération, les parties molles doivent être rapprochées d'un côté à l 'autre. Deux ou trois points de suture , aidés des emplâtres agglutina tifs ser- Liront à affermir les rapports des deux portions de la lèvre. Afin de favoriser l'écoulement du pus et de prévenir son accumulation dans la bouche , ainsi que les dangers attachés à sa déglutition , une mèche , placée à l'angle inférieur de la plaie, s'opposera à sa réunion, et laissera ouverte, vers ce point déclive, Lne gouttière par laquelle la salive et les liquides altérés trouveront une libre I ssue. De la charpie , quelques compresses et une mentonnière compléteront jl'appareil.

I Pratiquée un grand nombre de fois par divers chirurgiens , l'ablation de l'os inaxillaire inférieur a presque toujours réussi , non qu'aucune récidive n'ait eu ieu après son exécution , mais en. ce sens qu'elle n'a pas été ordinairement suiie d'accidens immédiats, susceptibles de compromettre la vie des sujets. On a orté , sans que le succès en ait été moins complet, la section jusque sur les iranches verticales de l'os , et même , dit-on, malgré le danger attaché au voilinage des artères maxillaires internes et temporales , jusqu'à la désarticulation 'le ses condyles. Les tentatives de ce genre sortent des voies communes , et ne )euvenl être soumises à d'autres règles qu'à celles que s'impose , à l'instant de les pratiquer , le chirurgien qui ose y recourir. Il est à remarquer que , chez lous les sujets sur lesquels l'ablation de la mâchoire inférieure fut faite au-depnt des angles de cet os , les deux fragmens se sont rapprochés, puis unis par line production osseuse nouvelle et solide , dont la saillie a reconstitué une sorte le menton , qui a pu servir d'appui à la pièce artificielle , destinée à cacher la lifFormité. Dans le cas où la partie moyenne seule de l'os maxilliaire a été Retranchée , on a vu cette production réparer presque complètement la perte le substance , les dents voisines s'écarter et se porter en avant, de telle sorte jue la difformité était presque nulle.

XI. Cancers des os maxillaires supérieurs . — Ici encore la maladie peut avoir lébuté par la lèvre. Elle naît cependant quelquefois des fosses nasales , et plus îommunément encore des gencives , des alvéoles ou de la voûte palatine. Dans ous les cas , elle peut affecter des formes si variées , et étendre ses progrès à les régions si différentes , qu'il serait difficile , si ce n'est entièrement impossiile , de décrire avec exactitude les opérations dont les cas difliciles qui résulent de ces anomalies peuvent nécessiter la pratique. 11 suffira de signaler ici es points principaux de ces opérations. Ils consistent : 1° à découvrir par des iicisions convenables, ainsi que par la dissection des lambeaux, les parties irofondes altérées ; 2° à séparer celles-ci , soit en les cernant à l'aide de la gouge t du maillet, soit en les divisant avec des cisailles très-fortes dont une des iranches est portée dans les fosses nasales et l'autre dans la bouche, soit enfin vec la scie à main ou au moyen de ces divers instrumens successivement lis en usage; 3° à arrêter, après les ablations , le sang qui s'écoule, au aoyen du tamponnement, ou mieux encore en portant le cautère actuel sur les lortions osseuses qui fournissent l'hémorrhagie. On a pu enlever de cette malière une grande étendue du rebord alvéolaire supérieur et de la voûte palaine , ouvrir entre la bouche et les fosses nasales de vastes communications , et iresque toujours les malades ont guéri heureusement. M. Dupuytren, par 'xemple , a quelquefois , dans les cancers de la partie moyenne du palais , déaché la lèvre supérieure, coupé avec de forts ciseaux la cloison des fosses naaies, puis porté dans chaque narine inie scie à main qui servit à faire deux ections , réunies en arrière, entre lesquelles la portion malade fut circonscrite t détachée. Dans un autre cas , au lieu de scie , cet habile chirurgien se servit e l'instrument de jardinage nommé sécateur, dont une de.s branches fut lacée dans la bouche et l'autre dans la narine , de manière a détacher en deux oups la partie moyenne et antéi'ieure du palais frappée de cai.cer. La tête , et spécialement les cavités et les os dont se compose la face , sont de Butes les parties du corps celles où le chirurgien peut impunément opérer les blations de ce genre les plus considérables , parce qu'elles sont aussi celles où 1 nature déploie le plus d'efforts et possède le plus de ressources pour réparer îs pertes de substance. Dans c^s régions d'ailleurs l'art intervient presque tou- )urs avec succès pour fermer les communications anormales que les cicatrices 'ont pu entièrement effacer. ( Voyez Obtubateur. )

XII. Cancer de la langue.— Des ulcérations déterminées par la saillie inégale de quelque dent, ou succédant à des aphlhes, ou symptomatiques d'affections vénériennes prolongées , constituent l'origine la plus commune des cancers de la langue. On les voit cependant débuter , chez certains sujets , par des boutons chancreux analogues à ceux des lèvres ; des tumeurs fongueuses , érectiles, leur ont aussi, quoique rarement , donné naissance. Enfin , ils commencent quelquefois par des engorgemens durs, squirreux , indolens , circonscrits, d'étendue variable, qui, après être demeurés inaperçus pendant un temps assez long , deviennent le siège d'élanceraens de plus en plus fréquens et vifs , et dont le sommet se ramollit et s'ulcère. Les érosions cancéreuses de la langue présentent, dans presque tous les cas, un fond grisâtre, livide, facile à faire saigner, d'où s'écoule une matière plus ou moins fétide. Leurs bords sont durs , rouges, renversés en dehors. Leur fond est formé par une base squirreuse , épaisse, presque toujours exactement séparée des parties saines voisines. Les progrès de ces affections sont assez lents. Elles déterminent toutefois Tengorgement des ganglions lymphatiques sublinguaux et sous-maxillaires; et, à raison des obstacles qu'elles opposent à l'alimentation , aussi bien que par l'infiltration , dans les voies de la déglutition et de la respiration , de la sanie qui découle de l'ulcère , elles ne tardent pas à exercer sur l'ensemble de l'organisme une telle influence, que la mort u presque toujours lieu avant même que la langue soit complètement envahie.

Les engorgemens syphilitiques de cet organe ressemblent quelquefois si bien aux squirres , qu'il est presque impossible d'établir entre ces lésions uu diagnostic certain. Cependant, les premiers sont plus larges , plus diffus que les seconds, ordinairement placés au centre plutôt qu'à la pointe ou sur les bords de l'organe, sillonnés de gerçures ou de fentes profondes, à bords inégaux , et qui ne fournissent aucune suppuration appréciable ; enfin , ces engorgemens n'ont que peu de tendance au ramollissement et à l'ulcération , et, lorsqu'ils affectent ces dernières terminaisons , ils dégénèrent en véritables cancers.

Les saignées locales , opérées sur le lieu malade lui-même, les gargarisme» émolliens et narcotiques , un silence presque absolu , un régime exclusivement composé de substances douces et molles , sont autant de moyens applicables au traitement des ulcérations d'apparences cancéreuses de la langue. Ce n'est qu'après en avoir épuisé l'action qu'il convient de recourir à la destruction du siège du mal. La pâte arsenicale ne saurait évidemment être employée , et les autres caustiques , tels que le nitrate acide de mercui'e , ne conviennent que peu , à raison de l'épaisseur considérable de la couche fibro-squirreuse qu'il faudrait détruire. L'instrument tranchant fournit donc presque seul une ressource assurée.

L'appareil nécessaire pour l'extirpation des cancers de la langue doit comprendre , dans la plupart des cas, des cautères à plaques ou en roseau, disposés sur un réchaud , loin des yeux du malade, et destinés, soit à arrêter l'hémo^hagie qui peut devenir dangereuse , soit à consumer les restes des tissus altérés, au-delà desquels l'instrument n'a pu être porté.

Le malade étant convenablement assis , maintenu et garni d'alèzes , on s'oppose au rapprochement des mâchoires , en plaçant de chaque côté , entre les dents molaires , deux coins de bois. Si le cancer afiécte la pointe de la langue, le chirurgien , après avoir engagé le sujet à sortir cet organe de la bouche, saisit sa portion altérée avec les doigts de la main gauche garnis de linge , et portant derrière elle la lame du bistouri dont la main droite est armée , la retranche d'un seul coup , par une section transversale. Cette opération peut être pratiquée ainsi , alors même que la moitié ou les deux tiers antérieurs de la langue sont affectés dans toute leur épaisseur. Cet organe est tellement mobile, et fixé dans la bouche par des parties si extensibles , qu'il est facile , en le saisissant , de l'attirer presque en totalité au dehors des arcades dentaires. Ses muscles luttent quelques instans avec la puissance qui tend à les alonger ; mais ils cèdent bientôt, et la base de l'organe arrive presque au niveau des dents antérieures. Lorsque la pointe seule a été entamée , l'écoulement du sang est peu considérable et s'arrête de lui-même; mais dans les cas plus graves où il a fallu porter l'instrument sur le centre ou à la base de la langue , il survient souvent , par tous les points de la section, une hémorrhagie qu'on ne peut arrêter qu'en usant largement du cautère actuel dont on a dû se munir.

Si le cancer n'affecte que l'un des bords de la langue, il convient de le cerner par une incision courbe , plus ou moins profonde , dirigée dans le sens de la longueur de la partie. Chez un sujet dont la moitié gauche de la langue était cancéreuse , M. Dupuytren , après avoir fait saisir et attirer en avant cet organe, le divisa par une incision profonde, étendue de sa partie postérieure à l'antérieure , sur la ligne médiane, en deux moitiés égales, l'une saine et l'autre malade. Celle-ci, séparée de la première, fut emportée à sa base. Le sang qui surgit de la surface de la plaie fut arrêté au moyen du cautère actuel. L'aide n'avait pas cessé de retenir la pointe de la partie saine de l'organe , ce qui laissa en évidence toute la solution de continuité , et facilita singulièrement l'application du feu sur elle. Des lames de carton disposées convenablement servent alors à préserver les dents et les lèvres de l'action du cautère.

Les tubercules cancéreux de la langue, après avoir été saisis avec des pinces à érignes, devront être retranchés à leur base, soit avec le bistouri, soit à l'aide de ciseaux courbés sur le plat. Lorsque toute l'épaisseur de l'organe n'est pas compromise, on peut, en y creusant une sorte d'excavation , enlever les portions altérées, sans diminuer ses dimensions normales. Le cautère est ordinairement alors indispensable , afin d'achever de détruire les dernières racines du mal. Quelles que soient l'étendue et la gravité de ces cautérisations , aucun pansement n'est utile : la chaleur humide et douce de la bouche, ainsi que le

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contact de la salive, constituent les meilleurs topiques dont on puisse faire usage.

Il est à remarquer que la langue est un des organes de 1 économie dont le tissu s'alonge avec le plus de facilité et répare le mieux les pertes qu'il a subies. Après des excisions transversales portées très-loin, on voit l'extrémité du moignon, d'abord courte, épaisse et carrée, s'amincir graduellement, s'alonger ensuite, et figurer enfin une extrémité nouvelle, un peu plus large seulement et plus courte que celle qui existait auparavant. A la suite de l'excision de la moitié entière de la langue, dans le cas cité plus haut, la portion restée en place s'élargit peu à peu , au point de remplir l'arcade dentaire , et la mutilation ne laisse d'autre trace qu'un amincissement marqué du bord de l'organe correspondant à l'excision. Le procédé conseillé et employé par M. Boyer sur ua sujet atteint de cancer k la pointe de la langue , et qui consiste à séparer la partie malade , à l'aide de deux iucisions en V, écartées en avant et réunies au delà de l'ulcère , est donc inutile. La réunion des parties latérales de la langue, au moyen de deux points de suture entrecoupée, a dans ce cas pour objet de conserver ou de reproduire la pointe de l'orgaue ; mais l'expérience démontre que cette reproduction a lieu par les seuls efi'orts de la nature , sans qu'il soit besoin de l'acheter par tant de soins et de douleurs.

On a proposé aussi de faire tomber la langue devenue cancéreuse à l'aide de la ligature. Une aiguille courbe, armée d un fil de soie solide et double , traverse alors l'organe , de bas en haut, sur la ligne médiane, au-delà des limites du cancer. Les deux fils étant ainsi passés , le chirurgien les sépare , et chacun d'eux doit être serré convenablement à l'aide d'un serre-nœud sur une des moitiés de la langue. Celle-ci , étranglée à sa base, ne peut manquer de se tuméfier , puis de fournir une sanie putride , plus ou moins abondante , enfin d'être frappée de mort dans la bouche. Des douleurs plus ou moins vives , des menaces de suffocation, de la fièvre ou d'autres accideus formidables sont les résultats presque inévitables d'une pareille opération. Ce procédé, que la saine chirurgie ne consacrera sans doute jamais, ayant été employé dans un grand hôpital de Paris , fut suivi de la mort du sujet. 11 a réussi cependant au professeur Galenzowsky de Wilna, dans un cas de fongus sanguin, implanté sur la langue. La portion affectée de cet organe fut cernée à l'aide de deux ligatures ; mais il fallut recourir ensuite à la cautérisation : l'extirpation faite avec l'instrument tranchant eût été plus simple , suivie de moins d'accidens et sûrement aussi efîicace.

Xni. Cancer des amygdales. — L'hypertrophie et l'induration simple des amygdales sont aussi fréquentes dans la pratique que leur endurcissement squirreux et leurs ulcérations cancéreuses sont rares. Ces dernières affections se présentent cependant quelquefois, et succèdent chezcertains sujets à l'irritation chronique des follicules muqueux dont se composent les organes affectés. Le traitement , non plus que le procédé opératoire indiqué en cas semblables , soit afin de guérir la maladie , soit pour extirper les parties qui en sont le siège, iie diffèrent pas de ce qui a été décrit aux articles Amygdale et Amygdalite.

XIV. Cancer du pluirynx. — Les membranes qui contribuent à former l'arrière-bouche et le pharynx ne sont heureusement pas disposées à contracter facilement la nuance d'irritation dont le cancer est le résultat. Lorsque cependant cette affection s'y développe, elle est ordinairement annoncée par un sentiment vague d'embarras à la gorge et de gêne durant la déglutilion. En examinant l'arrière-bouche , on y reconnaît, à l'œil et au toucher, une tumeur dure, circonscrite, indolente, occupant une partie plus ou moins grande des parois pharyngiennes. Après un temps variable , des douleurs lancinantes se font sentir; l'engorgement augmente de saillie aussi bien que de largeur; la gêne qu'il oceasione devient plus considérable, les alimeas et les boissons i-efluent fréquemment par les fosses nasales ; enfin , une ulcération à bords durs , renversés , inégaux, à fond blafard, grisâtre ou fongueux , apparaît sur les parties malades. Dans ses progrès successifs , elle atteint , en avant et en haut, les piliers du voile du palais et les ouvertures postérieures des fosses nasales; en bas, l'origine de l'œsophage , les environs du larynx et la base de la langue. Les douleurs deviennent de plus en plus vives; la voix s'altère, s'affaiblit et s'éteint; une matière sanieuse sanguinolente et fétide, est rejetée avec effort, et, la déglutition devenant impossible, il faut, pour faire parvenir jusqu'à l'estomac les boissons et les alimens , se servir d'une sonde de gomme élastique iutroduite dans l'œsophage. Cette sonde , portée d'abord par la bouche, sera ramenée ensuite et fixée dans les fosses nasales, si sa présence au milieu des parties ulcérées ne cause pas trop de douleur et d'irritation.

Ce cancer est au-dessus des ressources de l'art. On ne peut que le combattre k son début, à l'aide df.s médicatious générales et locales précédemment indiquées , et surtout au moyen des sangsues appliquées, sur les parties altérées elles-mêmes. Lorsque la maladie est encore circonscrite , et que cependant elle se montre rebelle aux traitemens les mieux appropriés , il serait peut-être possible de porter , jusque sur les parties qu'elle affecte , un cautère en roseau ou des caustiques liquides, tels que l'acyde hydro cldorique ou le nitrate acide de mercure. Si l'instrument tranchant semblait préférable , ce serait au génie du chirurgien à instituer, en présence des diflicultés , le procédé opératoire le plus convenable pour les surmonter.

XV. Cancerde l'œsophage. — Plus diflicileà reconnaître que le précédent, à raison de la profondeur plus considérable des partiesqu'il affecte, le canccrde l'œsophage est, dans ses périodes avancées, plus complètement encore au-dessus des ressources de la médecine. Cette cruelle maladie s'annonce par une douleur habituelle au cou , entre les épaules , ou au dos , selon le point de l'œsophage qui est affecté. Cette douleur, d'abord peu distincte, se manifeste avec plus de

force lors du passage des alimens, devient graduellement constante , et s exa paie durant les repas, en même temps qu'elle s'accouipagne des clanceme carastenstiques du cancer. Le malade éprouve la sensation d'un obstacle qu le bol alimentaire est obligé de franchir avant de parvenir à l'estomac.

La difficulté de ce passage augmente graduellement , jusqu'à ce que les sub stances solides , puis celles qui sont molles , et enfin les liquides eux-mêmes] soient rejetés de temps à autre , puis presque constamment , après leur ing tion. Ce rejet a lieu, par un effort de vomissement stomacal , mais d'une nière douce, et par la seule contraction de la portion de l'œsophage supérieur à la maladie. Si le squirie occupe la région cervicale ou la partie supérieu de la poitrine , les matières avalées reviennent à la bouche presque aussil* après la déglutition; plus de temps s écoule lorsque la fin de l'œsophage est siège ilu mal. Dans ce cas , plusieurs bols alimeutaires peuvent même être i gérés et s'accumuler sur l'obstacle avant d être repoussés au dehors. On a y les parties de l'œsophage supérieures au squirre , qui était lui-même plapi ès du cardia , se dilater , et recevoir des repas entiers , dont les élémens, alt" rés et mélangés de mucosités, étaient rejetés ensuite en dehors après un tem plus ou moins long.

Tant que le squirre est dur, les douleurs, à quelque degré de rétréciss ment que soit parvenu l'œsophage , sont presque nulles ; mais lorsqu'il s'ul cère, la surface de la plaie devient quelquefois tellement sensible que le cou tact des matières, même les plus douces , suffit pour occasioner d'insuppor Lies souffrances. A cette époque aussi , le malade rejette avec les alimens d quantités variables de matières purulentes ou sanieuses. Dans ses progrès de tructeurs , le cancer de l'œsophage peut ramollir les parties voisines, détrui une des bronches , par exemple, ou la trachée-artère, et déterminer une co munication anormale entre les cavités alimentaires et l'intérieur des voi aériennes. On est averti de cet accident aux menaces de suffocation qui suc dent k l'ingestion de chaque portion d'aliment ou de boisson , et k leur reje au milieu d'efforts de toux plus ou moins violens et prolongés. Dans d'autrej circonstances, le cancer s'ouvre dans les plèvres ou daus le parenchyme pu' monaire , et oceasione des épanchemens ou des irritations qui précipitent 1 mort toujours certaine des malades.

Le traitement du squirre et du cancer de l'œsophage repose sur les même bases que celui de tous les cancers internes. La chirurgie ne peut constater 1 lieu que la maladie occupe; et si les moyens généraux qu'on lui oppose l réussissent pas, tous ses efforts n'aboutissent qu'à prolonger de quelque tem" la vie des sujets , eu maintenant ouvert et dilaté le conduit que l'endurciss ment tend k oblitérer. Une tige d'argent , flexible , terminée k son exlrémi par une boule de six à huit lignes de diamètre , sert k explorer l'œsophage, ( indique , par le point où elle s'arrête , ainsi que par le degré de résistanc qu'elle éprouve ou l'intensité des douleurs qu'elle provoque, le lieu que la mi' ladie occupe et les progrès qu'elle a déjà faits. Si le sujet éprouve une gêa| considérable ou une impossibilité presque absolue de faire parvenir les alimeil dans l'estomac, il faut tenter de dilater l'œsophage par l'usage de sondes c gomme élastique plus ou moins volumineuses. Lorsque la présence de instrumens n'est pas incommode, on peut les laisser k demeure , et ne les rem placer que pour en introduire de plus volumineuses; dans le cas contraire, convient de les retirer pour les réintroduire toutes les fois que le sujet a qu que besoin pressant k satisfaire. Ces manœuvres, toujours douloureuses , do' vent être rendues aussi rares que possible , et l'on s'efforcera de suppléer, des lavemeiis nutritifs et par des bains mucilagineux , k l'éloignement di ingestions stomacales. On a vu , dans quelques cas, ce traitement dilatant, qi n'est autre chose qu'une compression exercée de dedans en dehors sur les pai' tics endurcies, produire les meilleurs effets, et retarder long-temps les progr d'une maladie trop constamment funeste. Mais , dans les cas les plus ordin" res, les sondes occasionent de l'irritation et de la douleur; leur introductioEi après être devenue de plus en plus pénible , est enfin impraticable, et les si jets succombent k la privation des alimens, si les souffrances continuelles, l'ii soinnie et la fièvre qui les tourmentent les ont jusque là épargnés.

XVI. C ancer de la parotide et des ganglions sous-maxillaires. — Il est ass' rare que le tissu de la parotide , non plus que celui des autres glandes saliva res , contracte l'endurcissement squirreux, et devienne le siège de cancers n mollis ou ulcérés. Presque toujours , les tumeurs décrites ou extirpées com appartenant k la parotide , ne sont que des squirres ou des cancers des glions semés en assez grand nombre dans la région que celte glande occup ou au-dessous de l'angle et des branches de l'os maxillaire inférieur. L'erreis est d'autant plus facile k comprendre , que, lorsqu'ils se tuméfient et s'endut cissent, les ganglions situés au-devant de la parotide la refoulent, la compr* ment, l'atrophieut , et la réduisent enfin quelquefois k une lame presque ce luleuse , peu épaisse ; d'où il résulte qu'après l'extirpation de ces ganglions, u vide si considérable existe entre l'apophyse mastoide et la mâchoire, que glande semble ne plus s'y trouver. Mais on conçoit difficilement que la par lide puisse être complètement enlevée sans donner lieu, par l'ouverture pre que inévitable de la carotide externe ou de ses principales branches, à ur hémorrhagie, sinon assez abondante et assez rapide pour compromettre toi jours immédiatement la vie des malades , du moins assez violente pour jeter I chirurgien dans le plus grand embarras.

Quoi qu'il en soit, les squirres et les cancers de la parotide ou des gai glions placés à son voisinage , ne reconnaissent pas de causes spéciales , et succession de leurs progrès ne diffère en rien de ce que l'on observe dans toulu les affections du même genre. La compression est assez facile k opérer sur région parolidienne , que l'on recouvre de compresses élevées en pyramide

C A.NCER.

C A.NCER.

aiiitenues par des tours de bandes verlicaux et circulaires, disposés de ma- , ère à maintenir solidement l'appareil. Je suis parvenu plusieurs fois, ainsi ue je l'ai dit plus haut, à atrophier ces tumeurs et aies faire disparaître.

I'ans quelques cas même, où des clapiers et des fistules existaient, la suppution s'est tarie, les parties décollées se sont réappliquées les unes aux autres, la cicatrisation des ouvertures extérieures s'est opérée. Lorsque l'extirpation devient indispensable , le sujet étant couché sur le côté jjposé à la maladie , la tête médiocrement élevée , et maintenue par un aide ,

I! chirurgien pratique sur la tumeur une incision cruciale qui comprend la eau et le tissu cellulaire sous-cutané. La dissection des quatre lambeaux perlel de découvrir toute la surface externe de la maladie. Une incision longituinale doit être faite alors sur le squii re , et pénétrer dans sa substance , afin de onner à l'opérateur la facilité de s'assurer si la masse qui le compose est nkystée ou non. Dans le premier cas , la poche peut être vidée par une sorte l'énucléation , et la dissection de ses parois ne présente ensuite que peu de lilEcultés. Ou parvient presque toujours même à respecter alors les branches u nerf facial , et à conserver ainsi à la face la liberté des mouvemens. Lorsque, au contraire, la tumeur ne présente aucun liyste , il faut la déta- 'her en bloc des parties voisines , tantôt avec le bistouri à extrémité mousse , jantôt avec les doigts portés autour d'elle, quelquefois avec le manche même Ile l'instrument , à l'aide duquel on déchire le tissu cellulaire dans les endroits |iù il serait dangereux de porter la pointe d'une lame tranchante. Des pinces lie Museux , implantées dans la tumeur et confiées à un aide , ou saisies par le liirurgien , servent à tirer la masse morbide en dehors, ou à l'incliner dans es sens les plus favorables à la séparation des divers points que l'on cherche uccessivement à détacher. Enfin , après un temps dont la durée est proporionnée aux difficultés et à la délicatesse de l'opération, et après avoir lié à nesure tous les vaisseaux ouverts , on arrive presque toujours à une sorte de pédicule profond, épais, dense et fibreux, dont la section achève de séparer |a tumeur. Mais des vaisseaux considérables sont ordinairement contenus dans 'épaisseur de ce pédicule , et il convient de l'étreindre avec une forte ligature ivant de porter sur lui l instrumenl.

! Si la parotide elle-même paraissait malade, ce que la profondeur à laquelle )énètrent les parties altérées pourrait assez bien faire reconnaître , je crois [u'il serait prudent , avant d'aller plus loin , de prolonger en bas l'incision aite sur la tumeur , et de découvrir l'artère carotide externe. Ce vaisseau erait coupé ensuite entre deux ligatures, et son bout supérieur enlevé avec le quirre lui-même. La dissection se ferait alors principalement de bas en haut, m lierait les vaisseaux secondaires à mesure de leur ouverture , et , arrivé au pédicule vasculaire de la tumeur, une dernière ligature serait placée sur lui, ivant de le diviser. Ce procédé me semble le seul qui puisse rendre le chirurïien maître du sang pendant tout le cours de l'opération , et écarter de l'extix-pation de la parotide les dangers qui en sont inséparables. La ligature de la barotide externe est un préliminaire dont les avantages ne sauraient être Contestés : ils doivent faire considérer comme peu importante, sous tous es i-apports , la légère complication qu'elle ajoute au procédé opératoire.

Les ganglions sous-maxillaires devenus squirreux ou cancéreux doivent être importés h l'aide d'incisions simples , en T , ou cruciales , faites sur eux. On les saisit ensuite avec des pinces à érignes , on les attire, on les renverse , et on es sépare avec précaution des parties environnantes qu'ils ont repoussées de loutes parts.

Dans tous les cas , de même qu'après l'extirpation de la parotide , les vaisseaux étant liés , les lèvres de la plaie doivent être rapprochées sans qu'il soit

E utile d'opérer leur réunion immédiate. Un pansement simple convient excluivement alors, parce que la suppuration ne saurait être évitée dans des xcavations que la végétation des bourgeons celluleux et vasculaires peut seule

tombler.

XVIL Cancers de l'oreille. — Les ulcères cancéreux de l'oreille externe sont ares. Bornés à la conque ils réclament une ablation qui ne saurait offrir de jdifficulté. Étendus profondément dans les cavités auditives, ils sont au-dessus des ressources de l'art. Tels étaient les cas de deux sujets dont le docteur Kruegelstein a publié les observations.

XVIII. Cancer du corps thyroïde. — Des engorgemens squirreux , plus ou moins disposées à dégénérer en cancers , se développent quelquefois dans les goitres anciens. Chez certains sujets , la thyro'ide en totalité s'endurcit et prend les caractères du squirre.

Tantôt alors la tumeur est unique et considérable, tantôt la maladie se développe par plusieurs points, qui restent isolés et parcourent séparément leurs périodes , ou qui se réunissent et se confondent en une tumeur unique. Il est assez rare que les squirres delà thyro'ide se ramollissent et s'ulcèrent; mais leur persistance à l'état solide et indolent ne les rend pas moins dangereux, à raison de la diathèse cancéreuse qui se développe à une époque plus ou moins avancée, sous leur influence, et surtout par la gêne incessamment croissante qu'ils apportent à la circulation encéphalique et à la respiration.

Les extirpations des tumeurs thyroïdiennes sont toujours graves. Elles ne doivent être entreprises qu'autant que ces tumeurs sont peu volumineuses , circonscrites et parfaitement isolées au milieu des parties saines. Dans ces circonstances , on peut pratiquer sur le squirre une incision longitudinale ou j cruciale , le saisir et l'enlever à l'aide d'une dissection attentive. Mais l'opérajtion est presque toujours entravée par la sortie d'une quantité considérable de jsang, qu'on ne parvient que difficilement à arrêter. Les vaisseaux sont en si };rand nombre, et tellement divisés, que , malgré les plus nombreuses ligatures, le liquide s'échappe de toutes les parties de la plaie ; il fournit un écoulement

DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRUBGIE PRATIQUES.

d'autant plus dangereux que le voisinage des voies aériennes s'oppose .H ce qu'on le combatte à l'aide de la compression. Le cautère actuel, ou , dans les cas peu graves , les absorbans , les astringens et les caustiques sont les seuls moyens qu'il convienne alors de mettre en usage pour l'arrêtei".

Le danger attaché à l'abondance inévitable des hémorrhagies est bien plus grand encore lorsqu'il s'agit de l'extirpation complète du corps thyroïde. Les plus habdes chirurgiens ont échoué dans cette entreprise , en dépit des efforts les mieux dirigés. Les uns furent obligés de suspendre l'opération et de la laisser imparfaite; d'autres virent les malades succomber d'hémorrhagie entre leurs mains, et lorsque, afin de prévenir cet accident, ils ne procédèrent à. la section des vaisseaux qu'après les avoir au préalable embrassés entre deux ligatures , la dissection devint si longue , que les sujets, épuisés par la douleur, comme ils l'auraient été sans cette précaution par la perte du sung, périrent au bout de quelques heures. Tout semble donc démontrer que l'extirpation de la totalité du corps thyroïde est impraticable , et doit être bannie du domaine d'une chirurgie éclairée. Si l'on pouvait parvenir à l'exécuter, ce serait sans doute en emportant avec la tumeur une certaine épaisseur des parties voisines, afin de diviser les vaisseaux thyroïdiens, alors qu'ils forment encore de gros tj oncs , et d'éviter les innombrables anastomoses qu'ils forment en pénétrant dans le corps auquel il se rendent.

XIX. Cancer (les mamelles. ■ — Bien qu'à peu près exclusives à la femme, les affections cancéreuses des mamelles sont , de toutes les maladies du même genre, celles que l'on rencontre les plus communément dans la pratique. Les squirres mammaires se développent spécialement vers l'âge de quarante à cinquante ans , lors de la cessation des menstrues. Il n'est pas rare , chez des femmes qui portaient depuis longues années des indurations roulantes, circonscrites et indolentes au sein, de voir, à l'époque critique, ces engorgemens squirreux s'accroître tout à coup avec rapidité, devenir douloureux, et acquérir en peu de temps les caractères du cancer. Certains squirres survenus plus tard , vers la soixantième année , font des progrès très-lents , ne causent pas de douleurs , n'abrègent pas sensiblement les jours des malades, et semblent jusqu'à un certain point le résultat spontané des progrès de l'âge. Il faut les respecter, par cela même que leur extirpation serait sans motif et sans utilité

Les engorgemens squirreux du sein se présentent à leur origine sous trois formes bien distinctes.

Ils débutent chez la plupart des sujets , par une tumeur arrondie ou oliyaire, à surface lisse, roulante sous le doigt, plongée dans le tissu adipeux qui entoure la glande, plus ou moins près de la peau, et n'ayant aucune connexion apparente avec le corps glanduleux lui-même. Les lames celluleuses , refoulées autour ce ce corps, lui forment un véritable kyste, et les doigts peuvent aisément le circonscrire.

Dans d'autres cas , moins nombreux que les précédens , le squirre affecte , dès les premiers instans , la glande mammaire proprement dite , dont le parenchyme devient plus dur, plus pesant et graduellement plus velumineux que dans l'état normal. L'engorgement commence quelquefois par les parties voisines du mamelon , et sur d'autres malades , par un des points de la circonférence , ou par une des divisions périphériques du corps glandulaire. Le squirre alors ne peut jamais être exactement circonscrit ; il se confond de tous côtés avec les portions encore saines de la glande; et lorsque celle-ci est entièrement envahie , il la transforme en un corps bosselé , auquel le mamelon est adhérent, et qu'enveloppe un tissu cellulaire plus ou moins flasque ou graisseux.

Enfin, chez quelques sujets, la maladie prend son origine dans le tégumens du sein. Il s'y développe çà et là des tubercules arrondis consistans, de couleur violacée , qui augmentent graduellement en nombre, ainsi qu'en volume, et se confondent peu à peu en se rapprochant. La peau endurcie se plisse et se relire sur la mamelle desséchée. Des élancemens s'y font sentir; les ganglions axillaires s'affectent, et le mal ne tarde pas à exercer ses ravages accoutumés.

Cette dernière forme de la maladie est incomparablement la plus rare ; elle est aussi la plus rebelle et la plus tenace. Les deux autres ne tardent pas à se confondre ensemble dans leurs progrès successifs.

A la suite d'un coup , d'un froissement rude , ou de toute autre violence analogue, et quelquefois sans cause extérieure appréciable, l'engorgement isolé, et pour ainsi dire extra-mammaire, s'accroît, s'approprie, en rayonnant, les parties voisines , contracte des adhérences avec la glande, et l'envahit graduellement tout entière. Dans les mêmes circonstances , le squirre, primitivement glandulaire, prend une extension nouvelle, pénètre le tissu adipeux qui l'enveloppe et s'étend, du centre à la circonférence, à une partie plus ou moins grande des tissus extérieurs de la mamelle. Lorsque la tuméfaction s'approche de la peau , celle-ci obéit et se laisse soulever , tandis que le mamelon , solidemeiitattaché par les conduits excréteurs et par un tissu cellulaire fibreux résistant , au corps de la glande , conserve avec elle les mêmes rapports. Il s'efface dès lors de plus en plus , à mesure que les parties voisines font plus de saillie , et, dans beaucoup de cas semblables, s'enfonce dans im perluis ou un sillon que forment les parties tuméfiées autour de lui, et du fond duquel s'écoule une matière ichoreuse plus ou moins abondante et fétide.

Les progrès subséquens de la tumeur, les élancemens dont elle devient le siège, sa forme irrégulière et bosselée, son ramollissement, son ulcération, l'engorgement lymphatique qui en part et se dirige vers l'aisselle, le gonflement squirreux des ganglions de celte partie, enfin, la maigreur des malades, leur afiaiblissement et l'apparition de la cachexie cancéreuse, sont autant de

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phénomènes qui ne présentent i-ien de spécial à la mamelle, et pour lesquels nous renvoyons aux descriptions générales tracées précédemment.

Lorsque les moyens internes et externes de traitement conseillés en pareils cas, et surtout les déplétions sanguines capillaires locales et la compression, sont restés sans effet, le chirurgien doit, sans perdre un temps durant lequel lu maladie ferait de nouveaux progrès, et deviendrait plus diflicile à détruire, décider le sujet à l'opération. Celle-ci varie selon la lorme du squirre ou du cancer , et selon l'extension plus ou moins considérable que la tumeur a déjà prise. Eu général, il vaut mieux opérer plus tôt que trop tard : l'extirpalion d'un noyau squirreux roulant et isolé est sans importance, tandis que cet engorgement, en prenant plus d'accroissement, constituera une maladie grave, disposée à la récidive , et qui ne pourra être emportée que par une opération laborieuse et à l'aide de divisions étendues et profondes.

Dans tous les cas, la malade doit être assise sur une chaise solide, la tète et le corps appuyés contre la poitrine d'un aide , et convenablement garnie d'alèzes. Si l'opération devait être longue, ou si l'état de faiblesse du sujet faisait redouter qu'elle ne pût être supportée dans la situation assise, il faudrait coucher la malade , la tête et la partie supérieure du tronc élevées , le bras du côté affecté entièrement libre , et la mamelle parfaitement en évidence. Des bistouris droits et convexes, des ciseaux, des fi's cirés, des pinces à ligature, des érigues, des pinces de Museux, des éponges, de l'eau, des emplâtres agglutinatifs, un linge fenêtre enduit de cérat, de la charpie , des compresses et une bande de sept à huit mètres de longueur , tels sont les objets dont on doit s'être muni avant de commencer l'opération.

Lorsque la tumeur est isolée , arrondie et mobile , elle doit être soulevée entre le doigt indicateur et le pouce de la main gauche , qui la font saillir et tendent la peau sur elle. Une incision d'étendue suffisante, faite aux tégumens et au tissu cellulaire sous-cutané , met sa surface à découvert. Si , par la pression exercée derrière elle, on peut la pousser au dehors, entre les lèvres de la plaie, cette manoeuvre abrège l'opération, et après qu'un aide l'a saisie avec l'érigne ou les pinces, il suffit de quelques coups de bistouri , ou du doigt porté derrière elle, pour achever de la détacher et de l'extraire. Lorsque cette sorte d'énucléation ne peut avoir lieu , il faut , après avoir incisé les tégumens jusqu'à la tumeur, implanter sur celle-ci une érigne, l'attirer, et diviser successivement les adhérences celluleuses qui la retiennent.

Ces extirpations isolées des squirres de la mamelle ne conviemient que lorsqu'ils forment des corps distincts et roulans en dehors de la glande. Toutes les fois que celle-ci est affectée, ne le fût-elle que dans une partie Irès-restreinte de sa circonférence , il est prudent de la retrancher tout entière. Il en est ici comme de l'œil : il est très-rare qu'un organe puisse être désoi ganisé sur un point sans que le reste de sa substance n'ait éprouvé de profondes atteintes , et ne soit disposé à contracter par la suite la même forme de maladie. La distinction établie plus haut entre les squirres d'abord isolés, et ceux qui atteignent primitivement la masse glanduleuse, n'est donc pas sans importance pour la pratique chirurgicale. L'extirpation totale de la glande mammaire partiellement squirreuse, mais non adhérente et non volumineuse , exige également la pratique d'une incision simple, ou de deux incisions demi-elliptiques , faites aux tégumens dans une étendue convenable. Une dissection qui n'est jamais accompagnée alors de grandes difficultés sert à séparer ensuite et à détacher le corps glandulaire. Le mamelon doit toujours être emporté avec la peau qui le supporte. Il faudrait que la forme des engorgemens fût bien irrégulière , pour qu'on fût obligé de pratiquer des incisions cruciales ou en T, qui sont toujours jilus longues, plus douloureuses, et qui laissent des plaies plus difficiles à cicatriser.

Lorsque la tumeur qu'il s'agit de séparer du reste du corps est considérable, lorsque surtout les tégumens qui la recouvrent sont amincis , adhérens à sa surface , ou ulcérés , il convient de circonscrire sur sa partie la plus saillante un lambeau elliptique, que l'on emporte avec elle. Ce procédé peut même être nécessité par la seule considération de ne pas conserver de peau exubérante, (jui serait souvent incommode pendant le travail de la cicatrisation, et dont la dissection multiplierait sans utilité les douleurs des malades. Dans toutes ces circonstances, la tumeur étant soulevée avec la main gauche, le chirurgien pratique d'abord l'incision serai-elliplique inférieure , puis achève, par une section supérieure parfaitement semblable , de circonscrire la portion de peau qu'il se propose d'emporter. Le grand diamètre de la plaie produite par cotte double section doit, en général , être oblique de dehors en dedans et de haut en bas , c'est-à dire parallèle à la direction des fibres du muscle grand pectoral. Une disposition insolite des tliamèlres de la tumeur pourrait seule engager à s'écarter de cette règle. La dissection des lèvres de la plaie doit être exécutée ensuite , avec précaution , jusqu'aux limites périphériques du squirre. La masse morbide est alors saisie et soulevée avec la main gauche, tandis que de la droite , tantôt avec le bistouri, et plus souvent , selon le conseil de M. Dupuytren , avec le doigt , on divise ou l'on déchire ses ailhérences postérieun^s. Si la tuuieur est libre et exempte de complication , on peut sans inconvénient la renverser de haut en bas , jusqu'à ce qu'elle soit entièrement détachée.

Des aides attentifs et sûrs placent leurs doigts sur les ouvertures des vaisseau.x que l'on rencontre en nombre variable, et dont, après l'ablation de la tumeur, on recherche avec soin les extrémités, afin de procéder à leur ligature. Les bouts des fils doivent être coupés au niveau des lèvres de la plaie, que l'on rapproche aussi complètement que possible , à l aide d'emplâtres ag- "lutinatifs. Malgré les assertions de quel([ues modernes enthousiastes de la suture , ce procédé n'a pas encore prévalu pour la réunion des solutions de continuité produites par les opcr:;tions de ce genre.

Lorsque les tumeurs des mamelles sont adhérentes aux parties profonlL^â i": qu'elles recouvrent . il faut , durant leur dissection , faire écarter le bras d('a fl malade du corps, afin d'étendre les fibres du muscle grand pectoral, et de- i * ciliter leur séparation d'avec les tissus altérés. De? praticiens habiles ont qil. <t Pl quefois été contraints de pénétrer au delà des deux muscles pectoraux , et ; ; mettre à nu les côtes ou leurs cartilages. Mais ces opérations, toujours hasi. denses , ne sauraient être justifiées que par l'alternative cruelle oû se trouvi chirurgien d'abandonner le sujet à une mort inévitable , ou de lui faire cou tous les dangers attachés à l'ablation d'un mal aussi étendu.

Chez les sujets où le cancer s'est propagé aux glandes du voisinage, il ci vient de prolonger les incisions de la peau assez loin pour comprendre, s'il possible , les tumeurs secondaires tlans la même plaie que la maladie principa et simplifier ainsi l'opération. Lorsque des cordons noueux de vaisseaux ly phatiques engorgés s'étendent jusqu'à l'aisselle, on doit, après avoir soulevé séparé la mamelle cancéreuse de bas en haut et de dedans en dehors , inciser tégumens le long de cette ligne squirreuse jusqu'à ses limites supérieures, poursuivre ainsi l'extirpation de toutes les parties altérées. Il est facile d'arrii de cette manière jusqu'à l'aisselle; et le cordon endurci que le chirurgier détaché sert à attirer les ganglions tuméfiés auxquels il correspond , et à renc leur excision moins dangereuse. Dans les cas où les ganglions axillaires se entièrement isolés de la tumeur principale , il faut , après l'ablation de celle-c les découvrir par des incisions convenables, les attirer avec des pinces à éi gncs, et les extraire, comme s'il s'agissait de squirres primitifs et roulans se la peau. Enfin , il arrive quelquefois que les tumeurs de l'aisselle sont trop pi fondement situées , trop rapprochées des nerfs et des gros vaisseaux de cet région , pour qu'il semble prudent de porter des instrumens au-delà des sailli qu'ils forment. On doit alors , après les avoir séparés autant que possible dl parties qu'ils recouvrent, porter sur leur pédicule une forte ligature qui pri voquera leur chute.

Après toutes les opérations dont il vient d'être question , il importe d'explor attentivement, à l'aide du doigt, toutes les parties de la plaie qui vient d'èt faite , afin de bien s'assurer qu'on n'y a rien laissé de suspect. Les portions ei durcies, compactes et globuleuses du tissu cellulaire , qui peuvent avoir é épargnées, doivent être saisies avec la pince à érigne et immédiatement ec portées. On ne saurait avoir quelque sécurité , relativement au succès de l'op ration, qu'autant que la plaie est parfaitement nette de toute partie altérée.

C'est moins à raison de la pleurite intense qui tend à lui succéder, que pan qu'il est impossible d'acquérir la certitude de pouvoir emporter toute la mal; die , que la résection des côtes et d'une portion de la plèvre affectée de canci est une opération téméraire, qu'il convient de rejeter. Comment savoir alo jusqu'où s'étend l'altération de la plèvre? Comment s'assurer que le poumot contigu , et peut-être adhérent à la surface interne de cette membrane , ne pa ticipe pas déjà à la maladie et ne servira pas de base à sa reproduction ? Cii adage antique, melius anceps quam nulluni , est sans doute fort respectable! mais il vaut mieux encore s'abstenir que nTiire. j

XX. Cancer du pénis. — A raison sans doute de son extrême sensibilité etdj sa texture vasculaire , le pénis est assez fréquemment le siège des affection I cancéreuses. Elles y reconnaissent des origines diverses. Ainsi des ulcères vé nériens , ceux surtout qui occupent le sillon placé en arrière du gland . entr lui et le prépuce, lorsqu'ils sont soumis à des pansemens irritans, ou expose à des causes réitérées de phlogose , deviennent aisément phagédéniques , ron geans et cancéreux. On a remarqué que les sujets atteints de phimosis congé ! niai sont fort exposés au cancer du pénis , à raison sans doute de l'excitatioi i continuelle que détermine sur le glanil et sur l'intérieur du prépuce la réten j tion de l'humeur sébacée qui lubrifie ces parties , et la présence de l'urine I qui , à chaque émission , s'y introduit en certaine quantité.

Quoique recouvert, le gland, dans ces derniers cas, devient graduellemen 1 le siège de douleurs d'abord obscures, puis lancinantes; il se tuméfie ensuite : i augmente graduellement de pesanteur, de consistance, et enfin s'ulcère. L( ^ prépuce participe bientôt à cet état. Ce repli cutané s'irrite , s'épaissit, devien I squirreux et forme à l'extrémité de la verge une tumeur plus ou moins volumineuse. Il n'est pas toujours facile de déterminer par lequel de ces deux or-. ; ganes la maladie a débuté ; souvent même le prépuce , encore intact , mainte-j< nant le gland caché, on ne peut savoir si celui-ci est sain ou altéré qu'après|j l'avoir mis à découvert. i;

Chez quelques sujets, le gland devient le siège d'une sorte de verrue , oujî d un bouton tuberculeux analogue à celui des lèvres; iriitées par le frottement jj ou le coit, ces tumeurs s'ulcèrent, et servent d'origine au cancer. D'autre» ji fois, le gland s'endurcit, devient squirreux, gêne même la sortie de l'uriue,',] et reste dans cet état pendant un nombre plus ou moins considérable de moisij; ou d'années , jusqu'à ce qu'enfin il s'enflamme plus vivement, et se détruise^ par la dégénérescence cancéreuse. Les cancers du gland fournissent fréquem-» ment des végétations , qui se distinguent par leur énorme volume , ainsi que par la rapidité de leur reproduction.

Le cancer du pénis , lois même qu'il n'affecte encore que le prépuce , réclamei presque toujours l'ablation de toutes les parties de l'organe qu'il embrasse ou qui sont placées au devant de lui. 11 est à peu près inutile d'ajouter que ces opérations ne doivent être pratiquées qu'après l'usage suffisamment continué des antiphlogistiques , des saignées locales et des applications opiacées. Les cancers de la verge sont du nombre de ceux qui se montrent les moins rebelles à ces moyens. Mais lorsque l'opération est enfin devenue indispensable , on doit généralement préférer les sections complètes aux ablations partielles. Celles-ci exposent à des récidives fréquentes , et par suite à des opérations plus élcn-

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Jues, qui, pratiquées tardivement, alors que le mal a fait plus de progrès et que l'organisme a souffert davantage de sa présence , réussissent moins bien que si on y avait eu recours d'abord.

L'excision du prépuce cancéreux , celle d'une partie du gland endurcie et ulcérée, celle enfin d'ulcères à base squirreuse , implantés dans la profondeur des corps caverneux , sont donc des opérations peu sûres. On ne doit y recourir que lorsque la maladie est très-superlicielle , bornée à une très-petite étendue, et entourée de tissus sains qui l'isolent des autres parties de la verge. Hors ces cas, en petit nombre, l'amputation de cet organe est indispensable.

L'appareil nécessaire se compose d'un bistouri, de ciseaux, de pinces et de fils à ligatures , d'épongés , d'eau froide et chaude, d'une sonde en gomme élastique , de compresses, de charpie et d'un bandage en T.

Le malade étant placé sur un lit garni d'alèzes, et près de l'un des bords, le chirurgien saisit avec la main gauche la portion du pénis altérée et enveloppée de linge , en ayant l'attention de tirer en avant la peau qui recouvre la partie j postérieure de l'organe. La règle qui consiste à ménager autant que possible les légumeiis , durant les opérations , subit ici une exception positive. Si l'on cou- Ipait la peau sans l'avoir au préalable attirée en avant, elle se trouverait trop longue , lors de l'affaissement et de la rétraction des corps caverneux ; elle recouvrirait la plaie , gênerait dans la recherche des vaisseaux , et formerait à la surface du moignon une sorte de capuchon ou de prépuce , qui nuirait à l'émission de l'urine , ou serait irrité par le contact de ce liquide. Cependant , si l'on opère près du scrotum , il convient de faire retenir par un aide les tégumens de cette poche , afin d'éviter de les amener sous le trançhant du bistouri, ce qui augmenterait sans utilité l'étendue de la plaie.

La verge étant donc saisie ainsi qu'il a été indiqué , le chirurgien la retranche d'un seul coup, en arrière des limites apparentes du cancer. Les vaisseaux sont iensuile liés : les artères de la cloison, celles des corps caverneux , les dorsales de la verge , les artérioles du corps spongieux de l'urèthre , et quelquefois les Iramitlcations des tègumenteuses , doivent être spécialement recherchées. Si , ipialgré ces ligatures , le sang coulait abondamment et en nappe de la surface des (corps caverneux , il faudrait réprimer cette hémorrhagie capillaire à l aide du l^autère actuel. Avant de procéder au pansement, la soude de gomme élastique Moit être placée dans l'urèthre ; de la charpie recouvrira la plaie, et des compresses , percées à leur centre pour recevoir la sonde et soutenues par le banliage , compléteront l'appareil. Un suspensoir en taffetas ciré doit recouvrir les jjourses , afin de prévenir le contact de l'urine avec leur surface et l'irritation Ijui en résulterait.

Au.x paiisemens suivans , on trouve les corps caverneux revenus sur euxuùmes , au niveau des tégumeus qui semblaient d'abord devoir rester en ariière. La sonde doit être maintenue jusqu'à l'entière cicatrisation de la plaie, fin de prévenir la coarctation du nouvel orifice de l'urèthre. Bertrandi raplorte, d'après Nannoni , un cas dans lequel cette attention n'ayant pas été kise , il fallut secondairement agrandir l'ouverture extérieure du canal , develue trop étroite pour suffire au passage de l'urine. Enfin , après la guérison, ^ malade , qui conserve la faculté de lancer au loin l'urine , si le moignon de i verge a une certaine longueur , et qui est privé de cette faculté lorsque l'orane a été divisé très-près des pubis, est obligé alors de se servir d'une canule

argent , à l'aide de laquelle le liquide est conduit à une distance convenable, ans cette précaution, il serait obligé, pour uriner, de s'accroupir comme les ! rames.

On a porté l'ablation de la verge jusqu'au-delà des pubis, et près de la raine des corps caverneux. La ligature employée par Ruisch et conseillée par eister et Courcelles , pour faire tomber le pénis cancéreux , est universelleent abandonnée pour l'instrument tranchant , dont l'action , plus prompte et oins douloureuse , expose à de moindres dangers.

XXI. Cancer du scrotum ou des ramoneurs. — Cette affection débute ordiîirement par une excroissance verruqueuse qui, chez beaucoup de sujets ste slationnaire et à peu près indolente, durant plusieurs mois, ou même usieurs années. Tantôt sans cause nouvelle appréciable , tantôt à la suite de Smidations accidentelles, cette verrue s'irrite , s'entrouvre, cl sécrète une atière ichoreuse tellement acre que les tissus environnans en sont excoriés. 3 centre ulcéré de la tumeur fournit des végétations nombreuses, en même mps que ses bords se renversent et acquièrent la dureté du squirre. Les prode l'érosion deviennent, dès cette époque, ordinairement rapides : le rolum entier, les tégumens du périnée et de l'une ou de l'autre région inguile , deviennent quelquefois, en peu de temps, le siège de ses ravages. La ppuration consiste en une matière sanieuse , fétide et très-irritante; la transration des malades , qui est très-abondante , exhale également , selon H. Earle , uneodeurammoniacale particulière , qu'onne saurait méconnaître lefois qu'on l'a sentie. Dans les cas les plus communs, les ganglions inguinaux ngorgent, se durcissent et forment graduellement des tumeurs squirreuses in volume variable. De l'extérieur des bourses , l'affection pénètre souvent iqu'aux testicules. Cet organe contracte d'abord d'intimes adhérences avec "> enveloppes; puis il se tuméfie, devient douloureux, et enfin participe à llcération. Des escarres, en apparence gangréneuses , se forment quelquefois , ;: 1 laissent , après leur chute , des excavations profondes , qui pénètrent jusque jf? iQsla substance du testicule. Il est à remarquer que les végétations naissent ,\; I moindre quantité, et forment des tumeurs moins considérables lorsque les j(S I ticules ou les ganglions sont envahis par la maladie , que dans le cas où ella

1 ite bornée aux tégumens et aux feuillets celluleux du scrotum. Ij, -.a partie inférieure de cette enveloppe cutanée est le siège le plus ordinaire df < cancer qui nous occupe. Cependant, J. Earle l'a observé au poignet , sur un

jardinier qui se servait , tous les printemps , de beaucoup de suie pour détruire les limaçons. Depuis lors, H. Earle l'a vu se développer quelquefois au visage.

Les sujets adultes sont plus spécialement disposés que les enfans ou des adolescens à cette affection. Pott ne l'avait jamais rencontrée avant l'âge de la puberté, lorsque J. Earle lui montra un enfant de huit ans qui en était atteint. S. Cooper l a vue une fois sur un sujet de seize ans. Parmi les malades observés par H. Earle , le plus grand nombre avait de trente à quarante ans , et trois seulement n'avaient que vingt à trente ans.

Ainsi que l'indique le nom vulgaire du cancer scrolal (sootwart, poireau de la suie) , ce mal semble être particulièrement déterminé par l'amas et le séjour de la suie dans les replis de la peau du scrotum des ramoneurs ou des ouvriers qui se servent de cette substance. D'autres personnes , et surtout celles qui restent exposées à l'action des vapeurs arsenicales , sont dit-on , également atteintes d'une affection cancéreuse analogue, qui envahit aussi le scrotum ; mais cette observation a besoin d'être confirmée. Dans tous les cas, la remarque de Pott qui , sans contester que des individus autres que les ramoneurs peuvent être atteints du cancer au scrotum , considérait cependant celte maladie comme étant aussi spéciale à cette classe d'ouvriers , que l'est an.t peintres la colique du Poitou , est demeurée confirmée par l'ensemble des faits recueillis jusqu'à présent.

Tous les écrivains anglais s'accordent sur ce point que le cancer des ramoneurs résiste opiniàtrément aux médications internes ou locales les plus variées et les plus actives. 11 reste à déterminer cependant, malgré leur assertion, ce qu'on pourrait obtenir contre cette maladie de bains répétés et de saignées capillaires , pratiquées avec persévérance sur les parties ulcérées elles - mêmes. Jusqu'ici l'excision est le seul procédé auquel on se soit arrêté ; et comme le scrotum ne constitue pas une partie très-importante, le précepte le plus généralement adopté est d'y recourir le plus tôt possible , afin d'éviter le danger de voir, par une temporisation inutile, le mal faire des progrès plus étendus, atteindre des parties profondément situées , et devenir incurable. Par une exception assez remarquable , qui résulte des opérations de M. H. Earle , les ganglions inguinaux tuméfiés sous l'influence du cancer scrotal , et abandonnés à eux-mêmes, demeurent presque toujours stationnaires , ou reviennent à leur état normal, après l'ablation des parties altérées. Ce praticien ne connaît qu'un seul cas dans lequel un bubon se soit alors terminé par la suppuration , et ait été suivie d'une ulcération qui revêtit ensuite les caractères de celle qui avait d'abord affecté le scrotum ; d'où il résulte qu'en gétiéral , la présence des engorgemens inguinaux ne constitue , pour le cancer des ramoneurs , ni une contre-indication à l'ablation des parties affectées , ni une circonstance qui doive engager à poursuivre , comme on le fait dans les autres opérations du même genre , jusqu'à l'aine , l'extirpation des organes secondairement tuméfiés. Il ne serait pas toutefois très-prudent de s'en rapporter sur ce point à l'expérience d'un seul praticien , et l'excision des ganglions inguinau.x me semble actuellement le parti le plus sûr. M. H. Earle doit exciter plus de confiance, lorsqu'il assure , d'après de nombreuses observations que , pourvu que le cordon testiculaire soit encore sain , l'ablation du testicule envahi et ulcéré par le cancer peut être suivie de la guérison radicale des sujets. Celte opinion n'était pas celle de Pott. Bien , dit-il , que , dans quelques cas , les malades soient sortis de l'hôpital après l'extirpation du testicule, en apparence bien guéris et en bon état, il est ordinairement arrivé, dans l'espace de quelques mois, qu'ils sont revenus , ayant le même mal de l'autre côlé , ou avec un air si défait , un teint si pâle et si plombé , un dépérissement de forces si parfait , et des douleurs internes si fréquentes et si aiguës, que l'on voyait clairement que quelques-uns de leurs viscères étaient dans un état morbifique. Il est à regretter qu'aucune ouverture de corps n'ait permis à Pott de constater, dans ces occasions , l'état des organes intérieurs.

Plus encore que le précepte d'opérer promptement les cancers du scrotum , celui qui consiste , afin de prévenir la récidive d'une aussi cruelle maladie, à faire quitter au sujet sa dangereuse profession , mérite de fixer l'attention des praticiens et doit être rigoureusement observé. On conçoit que , soumis de nouveau à l'influence des mêmes causes , le malade , dont la susceptibilité à en éprouver de funestes effets n'est que trop dc'montrée , ne pourrait guère échapper à la récidive.

Il m'a paru convenable d'insister sur cette vêriété des cancers, jusqu'à présent observée d'une manière presque exclusive dans la Grande-Bretagne, parce que la multiplicité toujours croissante des usines dans lesquelles le charbon de terre est employé , et l'introduction de plus en plus générale de ce combustible dans les usages domestiques, nous portent à croire qu'il ne sera plus pendant long-temps aussi complètement inconnu que par le passé dans notre pays.

XXII. Cancer du testicule. — Suite ordinaire del'orchite chronique, le cancer du testicule est spécialement connu sous le nom de Sarcocèle. (Voyez ce mot.)

XXIII. Cancer de l'anus. — Le pourtour extérieur de l'anus est assez souvent le siège de fissnres, de rhagades ou d'ulcérations syphilitiques , qui , sous l'influence de l'irritation occasionée par les efforts d'expulsion des matières stercorales ou par le contact de ces matières , sont susceptibles de s'enflammer et de dégénérer en cancers. Il est rare que cette maladie se présente au premier abord sous la forme de boutons cancéreux. Ses progrès sont presque toujours plus rapides que ceux des affections analogues développées dans d'autres régions. Du point isolé qu'il envahit d'abord , l'engorgement squirreux gagne bientôt la totalité du contour anal , lui donne une rigidité qui s'oppose à la défécation , en même temps que l'ulcère , incessamment irrité et déchiré parla distension que lui font éprouver les matières, fournit du sang foules les fois

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qu'elles sortent , et devient le siège de douleurs intolérables. D'abord peu prolongées, ses douleurs se continueut ensuite d'une excrétion à l'auti e, et ne laissent plus enfin de relâche au malade.

Le cancer rongeant de l'anus doit être opéré le plus promptement possible. La disposition des parties et la rapidité avec laquelle la désorganisation peut atteindre des limites au-delà desquelles on ne saurait lui opposer que les secours incertains des médications internes ou locales , sont autant de circonstances qui imposent la loi de n'insister sur celles-ci qu'autant qu'on eu obtient avec rapidité une amélioration notable et progressive. Dans le cas contraire , il faut, sans plus tarder, détruire les parties malades.

S'il n'existe qu'une ulcération circonscrite sur un des points de la circonférence de l'anus, le procédé le plus simples consiste à saisir avec des pinces à érignes la partie affectée, à la cerner au moyen du bistouri, et à l'emporter, à peu près comme on le faisait autrefois lorsqu'on opérait la fistule à l'anus par excision. Si l'hémorrhagie qui succède à cette opératiou est abondante et prolongée , il convient de lui opposer le fer rouge, de préférence au tamponnement , à raison de la sûreté de sou action et de la destruction plus complète et plus profonde qu'il achève de produire dans les parties immédiatement en contact avec la maladie. Le cautère actuel est encore le moyen que l'on doit préférer lorsque l'ulcération étant étendue , superficielle et presque dépourvue d'engorgement squirreux , on espère la détruire par une seule application. La pâte arsenicale ne saurait être maintenue en contact avec les parties durant tout le temps nécessaire à son action. La nitrate acide de mercure est , à défaut du feu, que la timidité du malade porte souvent à refuser, le caustique dont l'emploi paraît devoir être le plus utile.

XXIV. Cancer du rectum. — En se prolongeant de bas en haut, vers les parties profondes , le cancer de l'anus franchit bientôt les limites des sphincters et gagne le rectum. Mais la maladie peut également se développer d'abord dans ce dernier organe , et n'atteindre que consécutivement le pourtour de l'anus. Dans le rectum , le cancer succède quelquefois à des tubercules hémorrhoidaux , durs , irrités , squirreux , qui font saillie dans l'intestin , et dont le sommet se ramollit et s'ulcère. Chez d'autres sujets , le rectum , sain à sa surface interne, est entouré, dans une partie variable , ou dans la totalité de sa circonférence , par un engorgement profond, résistant, non élastique, formé aux dépens du tissu cellulaire qui l'environne. Les malades , dans ce cas , n'éprouvent aucune douleur appréciable, et ne sont avertis de l'existence de la tumeur ou plutôt de la virole squirreuse que par la gêne progressive qu'elle apporte à l'excrétion des matières stercorales , ainsi que par la forme rubanée ou cannelée qu'elle imprime à ces matières. Presque toujours , du moins cette disposition est-elle celle que j'ai rencontrée dans trois cas, le rectum est sain immédiatement au-dessus des sphincters , et l'engorgement squirreux ne commence qu'à deux ou trois pouces , ou même davantage, au-dessus de l'anus; de telle sorte que, d'une part, une exploration superficielle pourrait en certains cas faire méconnaître l'existence de la maladie, et de l'autre , qu'alors même que les matières éprouvent un obstacle à leur sortie , les lavemens peuvent être en partie reçus jusqu'à ce que l'espèce de cul-de-sac resté libre entre les limites inférieures de rétrécissement et l'anus soit rempli. Si alors on pousse davantage , Icliquide reflue par regorgement le long de la canule de la seringue. Ce phénomène, ajouté à la pesanteur que le malade ressent au fondement , à la difliculté croissante et enfin à l'impossibilité de rendre les matières stercorales , constitue un des signes les plus positifs de l'existence des rétrécissemens cancéreux ou autres du rectum.

Le cancer de cet intestin a plus de tendance à s'étendre du côté de la cavité' abdominale, le long du colon, qu'à se porter vers l'anus. Je l'ai vu se prolonger jusqu'à la partie gauche du colon transverse , et transformer toute la portion descendante du gros intestin en un conduit squirreux , inerte , dont les parois avaient en divers points trois et quatre pouces d'épaisseur, et dont le calibre était presque complètement effacé , sans que les trois pouces inférieurs du rectum eussent éprouvé la plus légère altération.

A mes\ire que la maladie fait des progrès, elle rétrécit le canal de l'intestin, jusqu'à ce qu'enfin elle en applique les parois internes l'une à l'autre. La muqueuse, restée long temps saine, contracte avec l'engorgement des adhérences intimes, devient squirreuse, puis se ramollit et s'ulcère. Les malades succombent presque toujours alors, plutôt aux effets de la rétention des matières stercorales qu'à la lièvre, à l'épuisement, aux douleurs lancinantes et aux accitlens du même genre qui se développent graduellement.

Lorsque le cancer du rectum est encore borné à peu de parties, lorsque la tumeur qu'il forme est circonscrite et mobile sous le doigt , lorsque surtout elle consiste en un tubercule arrondi et saillant dansla cavité de l'intestin, il est indiqué de recourir à son extirpation. Après la pratique d'un toucher e.xact , un spéculum sera porté jusqu'au siège du mal et permettra d'en examiner plus positivement encore toutes les dispositions, puis de saisir la tumeur et de l'emporter. Si l'on croyait pouvoir la faire saillir au dehors comme le font quelquefois les tubercules hémorroidaires , il faudrait engager le malade à exercer des efforts de défécation et la saisir aussitôt qu'elle paraîtrait. On ne doit pas hésiter, si ce procédé ne réussit pas , et si la tumeur , quoique circonscrite , est peu mobile, à fendre les sphincters, à porter des pinces à érignes sur l'engorgement, à l'attirer au-delà de l'anus , et à réséquer toutes les parties malades. De grands dangers peuvent sans doute être attachés à une semblable opération; mais la mort est inévitable si l'on n'y a pas recours, et les hémorrhagies du rectum, bien que fort graves, peuvent cependant encore être arrêtées, soit par Je Ciiutère actuel, soit à l'aide du tamponnement. On a pu cerner l'anus par deux incision» semi-elliptiques, et, avec le doigt porté dans le rectum , attirer au

dehors la partie inférieure de l'intestin, puis en resciser, à l'aide des ciseaux! jusqu'à deux pouces d'étendue.

Dans les cas où aucune opération n'est praticable , à raison de l'étendue di l'engorgement , de l'épaisseur considérable des parties qu'il envahit et delà si tuation élevée, nous avons obtenu, au Val-de-Grâce, de très-bons effets de sang sues portées à l'aide d'un spéculumjusque surles parties tuméfiées. A cessaignéej capillaires on fit succéder la compression , exercée à l'aide de longs pessairese; gomme élastique, renflés à la portion de leur extrémité qui devait correspondn à la maladie, rétrécis à leur base, que l'anus embrassait, garnis au dehors d'uni plaque étroite propre à se loger dans le sillon des fesses, percés dans toute leu longueur d'une ouverture destinée à laisser sortir au besoin les gaz stercoraux et tellement disposés que les malades pouvaient les porter pendant long-temp sans en éprouver la moindre gêne , et sans qu'aucun appareil fût nécessair pour les maintenir. Sous l'influence de cette compression , aidée de saignée locales, nous avons vu un engorgement considérable et squirreux du rectum dis paraître entièrement, au point que le malade réclama sa sortie afin de se ren dre aux eaux. Nous avons appris depuis qu'il avait éprouvé une récidive, duc san doute à la trop prompte interruption de son traitement, et qu'il avait succomb un an plus tard dans un autre hôpital militaire.

Lorsque l'engorgement squirreux est arrivé au point d'intercepter le cour des matières stercorales, on doit s'efforcer de remédier à cet accident à l'aid de sondes de gomme élastique dont on augmente graduellement le calibrt Dans le cas dont il a été question plus haut, il fallut porter l'instrument à douz et quinze pouces de profondeur , avant d'arriver au siège de l'accumulation dt' matières. Mais ce moyen n'est que palliatif ; la seconde excite , après un temp plus ou moins long , de la gêne , de la douleur , de l'irritation , qui rendent s présence insupportable et obligent de renoncer à la laisser à demeure dans le; parties. 11 faut alors réitérer son introduction aussi souvent que le besoin de 1{ défécation se fait sentir : mais bientôt celte sorte de cathétérisme devient impre ticable au milieu des parties ramollies, saignantes au moindre contact , et docj la susceptibilité s'est exallée au plus haut degré. Arrivée à ce point, la maladi est au-dessus de la puissance de l'art dont les efforts ne sauraient même prolot ger la vie du sujet.

XX'V^. Cancer du clitoris et du méat urinaire , chez la yè/nme. — L'orific extérieur de l'urèthre est quelquefois, chez la femme , le siège d'ulcératior syphilitiques qui , incessamment irritées par le contact de l'urine , ou par d( panseraens peu méthodiques et des médications intérieures stimulantes , dégi nèrent assez facilement en érosions cancéreuses. Lorsque ces affections rési tent aux saignées locales , aux émolliens , aux fomentations narcotiques , il coi vient d'emporter , sans trop tarder, les parties qui en sont le siège, enfin < prévenir sûrement les progrès qu'elles pourraient faire , et dont la profondei serait susceptible de rendre toute opération impraticable. L'excision d'une pa tie de'l'urèlhre ne doit pas arrêter le chirurgien : ce canal se cicatrise bientôt, e quoique raccourci de quelques lignes, il continue à remplir parfaitement s. fonctions.

Des ulcérations syphilitiques, et quelquefois des excitations non ménagées c des froissemens trop rudes , sont susceptibles d'irriter le clitoris et de prov quer son engorgement squirreux ou sa dégénérescence cancéreuse. Cet organi lorsque l'excision devient nécessaire, peut être aisément saisiavecles pinces d Museux et retranché jusqu'au-delà des limites de son altération, à l'aide du bi touri. Il serait même facile de poursuivre son extirpation jusqu'à l'insertion* ses corps caverneux à l'ischion. Si quelque hémorrhagie abondante survenai on y mettrait promptement un terme en cautérisant les vaisseaux ou les surf ces d"où le sang s'écoule.

XXVL Cancer des grandes et des petit lèiTes , ainsi que de la partie cxteri du vagin. — Le tissu vasculaire et irritable qui sert de base aux diverses parti de la vulve présente à un haut degré la structure la plus favorable au dévelo pement des érosions cancéreuses. Celles-ci naissent assez fréquemment ai grandes lèvres , par des pustules ou des excroissances verruqueuses qui s'e flamment, s'ulcèrent et s'agrandissent. Aux petites lèvres et au contour l'orifice extérieur du vagin, les ulcères cancéreux succèdent le plus ordinairi ment à des chancres vénériens passés à l'état rongeant ou phagédénique. 1 contact de l'urine , celui des liquides , souvent irritans , fournis par la met, brane muqueuse génitale, les froissemens inséparables de la marche ou l'exercice du co'it , telles sont les causes qui rendent cette dégénérescence as! facile à s'opérer.

Lorsque des opérations deviennent alors nécessaires , il faut, après av( placé le sujet en travers , sur le bord d'un lit , les cuisses écartées , fléchies, les jambes soutenues par des aides, saisir et exciser complètement toutes parties malades. La section des tissus n'est presque jamais par elle-même longue ni difficile : on a pu enlever ainsi la presque totalité des parties génital» externes, sans qu'il en résultât d'inconvénient grave et de gêne dans les fou' tions. L'hémorrhagie seule doit fixer l'attention du praticien. Fournie en nap j de presque tous les points de la surface des plaies , il est souvent indispensabjj*f( de lui opposer l'application du feu. Une sonde placée dans la vessie, a l'avajlJ* tagede préserver l'appareil de l'imbibition de l'urine ; et lorsque la cauférir lion ne semble pas nécessaire , il est facile, en laissant, au moyen de cel soude, l'excrétion urinaire parfaitement libre, d'exercer sur les parties s gnantes une compression assez foi te ]iour arrêter l'effusion du sang. I boulettes de charpie, trempées dans la colophane, de l'agaric, des compresse." un bandage en T composent l'appareil le plus convenable dans ces circonslanc Il importe surtout de remplir le vagin , afin d'éviter qu'il ne reçoive le sang ( pourrait encore s'écouler , et ne lui permette de s'épancher dans sa cavité.

CANCER

CANCER

XXVII. Cancer de l'utérus. — Les affections squirreuses et cancéreuses de la matrice sont des maladies à-la-fois communes et graves. La texture de l'organe affecté, les excitations périodiques ou autres auxquelles il est soumis, les sympathies étroites qui l'unissent à presque toutes les parties de l'organisme, expliquent facilement la fréquence de ses lésions, tandis que sa situation profonde, l'importance des organes qui Tavoisinent et la proximité du péritoine, rendent compte du danger qui les accompagne presque toujours. Le cancer de l'utérus a été observé à tous les âges, bien qu'il soit plus fréquent hez les femmes qui vont cesser d'être réglées, ou qui ne le sont plus depuis eu de temps qu'aux autres époques de la vie. Les causes qui le provoquent le plus ordinairement sont toutes celles dont l'action et susceptible de déterminer a MÉTRiTE. Il ne doit par conséquent pas en être ici question.

Cette maladie commence ordinairement par l'induration et le squirre ; mais juelquefois aussi, comme au.^ lèvres, à la langue, et sur tous les organes j^evêtus par des membranes muqueuses , la partie affectée se ramollit et s'ulcère

!e prime-abord.

Le col est la partie de l'utérus par laquelle débutent ordinairement les malaies qui nous occupent , et sa lèvre postérieure en est plus souvent le siège ijue l'antérieure.

1 Les accidens qui annoncent le développement du squirre de l'utérus se rap- Lortent tons à l'irritation de cet organe. Les malades éprouvent ordinairement, ^ans le fond du bassin , à l'hypogastre et vers l'anus , un sentiment vague d'embarras , de pesanteur et de gêne; les règles paraissent irrégulièrement, à des [iDlervalles plus ou moins rapprochés, ou se renouvellent quelques jours après Lu'elles semblaient avoir définitivement cessé. Le sang qui les forme est tantôt plus pâle , tantôt plus coloré , et souvent plus abondant que dans l'état normal. Presque toujours, des flueurs blanches se manifestent, ou celles qui avaient ieu augmentent de quantité , et deviennent, pour les parties qu'elles touchent, )Ius acres et plus irritantes. Plus tard, elles dégénèrent en une matière ver- Jâlre, mêlée de sang , qui exhale une odeur pénétrante et désagréable. Le ^entfe éprouve , sans cause appréciable , des alternatives de tension et de flac- ;idité , de tuméfaction et d'affaissement, qui se succèdent avec plus ou moins le rapidité. Les malades ressentent également, de tempsàautre , des envies plus li'réquentes d'aller à la garde-robe ou d'uriner; dans beaucoup de cas, il existe le l'ardeur îi la valve ou du ténesme. Toutes les fois que de semblables phénomènes se manifestent et se prolonent au-delà du terme ordinaire des irritations passagè.-es et aiguës , le toucher loit être pratiqué. Rien ne saurait dispenser de cette exploration immédiate. jdi négliger, c'est s'exposer à traiter eu aveugle des lésions dont il importe de onnaitre parfaitement toutes les dispositions, et compromettre à-la-fois 'honneur de l'art et sa propre réputation.

Dans les cas d'engorgemeus squirreus commençans, on trouve la portion Woéminente du col ou le museau de tanche tuméfié, endurci, inégal, chaud, iouloureux, souvent bosselé, et quelquefois ramolli sur divers points, tandis [ue sur d'autres il oppose au doigt une résistance considérable. La lèvre postéieure est plus volumineuse et plus saillante que l'antérieure. L'orifice est négal, irrégulier, entr'ouvert. Examinées à l'aide du Spéculum (voyez ce Qot), les parties que le doigt a parcourues se montrent tendues, luisantes, l'un rouge foncé ou brunâtre; quelquefois elles semblent spongieuses, et l'on n fait sortir par la pression un liquide analogue à celui qui constitue l'écouleaent dont la femme est incommodée.

A un degré plus avancé de la maladie, les douleurs que la malade ressentait Icviennent lancinantes , insupportables ; elles se propagent aux reins , à la réion sacrée , vers les aines , et jusqu'à la partie supérieure des cuisses. L'écouement vaginal augmente de quantité et entraîne au dehors , tantôt des caillots anguins volumineux et à demi putréfiés, tantôt îles débris de chairs fongueues et décomposées ; il exhale dans presque tous les cas une odeur forte et lepoussante. Les pertes, c'est-à-dire les liémorrhagies utérines, assez abonlantes pour inquiéter et affaiblir considérablement la malade, ne sont pas ares. Si l'on examine alors les parties , on trouve presque toujours le contour le l'orifice utérin et le museau de tanche plus ou moins profondément échaurés par un ulcère à bords rouges, tendus, renversés, endurcis, et dont le Dnd est ou grisâtre et pultacé, ou fongueux et surmonté de végétations charmes, saignantes au moindre contact, de densité ainsi que de volume variailes. Dans leurs progrès ultérieurs, l'ulcération et le squirre qui la précède 'étendent au vagin, puis à la vessie et au rectum , de manière à faire commuliquer ces réservoirs et à entraîner par la vulve la continuelle et dégoûtante racuation des matières stercorales et de l'urine , mêlées à la suppuration que burnit la surface ramollie du cancer. A cette époque , les forces diminuent , « phénomènes de la cachexie cancéreuse se prononcent, et presque toujours is malades succombent , épuisés par les douleurs , par des hémorrhagies icessamment répétées , par l'abondance de la suppuration et par la fièvre, vant que les ganglions inguinaux se tuméfient ou que la péritonite se déeloppe.

Lorsque l'ulcère paraît primitivement , sans avoir été précédé de l'engorgeent squirreux des parties qu'il affecte , les douleurs sont moins profondes, oins intenses; les malades éprouvent quelquefois une sensation de rongeent , plus agréable que pénible, et qui, dans certains cas, les excite |bême au coït. L'ulcère , dont la présence peut être constatée dès les pre- ^bières périodes de la maladie, n'est accompagné ni de gonflement considé- [■able, ni d'endurcissement profond, et sa surface est recouverte d'une couche pisâtre, comme inorganique , qui se détache et se renouvelle incessamment. Plus tard, il s'étend comme les précédens aux parties voisines , détermine le

I DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChIBUUGIE PRATIQUES.

même épuisement de l'organisme, et entratfie d'uno manière aussi certaine la perte des sujets.

Le pronostic des affections squirreuses et cancéreuses de l'utérus est toujours grave. Celles qui ne compromettent (jue le col tle l'organe peuvent cependant être encore guéries , soit par l'usage de médications appropriées , soit à l'aide d'opérations chirurgicales ; mais lorsqu'elles dépassent le museau de tanche et s'étendent au corps de la matrice, au-delà de la portée des instruniens , on doit les considérer comme devant , à de rares exceptions près, entraîner plus ou moins promptement la mort des malades. Les squirres et les ulcères qui ilébutcnt pur le corps de l'utérus, ce qui est heureusement fort rare, ont été jusqu'à ces dei nières années considérées comme placées , à presque toutes les périodes de leur durée, au-dessus des ressources de l'art.

Le traitement interne des cancers utérins ne présente rien de spécial. Relativement aux moyens locau.x qu'on peut leur opposer , il importe d insister sur les bains de siège, éiiioliiens et narcotiques, sur les injections et les fomentations de même nature , et surtout sur les sangsues appliquées à l'aide du spéculum, contre la surface même du col. L'endurcissement et même l'érosion de cette partie ne contre-indiquent pas de semblables applications , dont l'expérience a démontié les bons effets, et qui provoquent d'autant mieux le dégorgement des tissus irrités et endurcis , qu'elles agissent immédiatement sur les vaisseaux mêmes qui les animent. ( f^ojez Métkite. )

Mais enfin , lorsque tous les efforts paraissent infructueux , et cjue la maladie continue ses progrès , il faut se décider à détruire ou à emporter avec l'instrument tranchant les portions de l'organe qui en sont le siège.

MM. Dupuytren et Récamier paraissent avoir les premiers songé à cautériser les ulcères cancéreux du col de !a matrice. L'un emploie généralement la potasse caustique pure , coulée en cônes , longs de plusieurs pouces, larges d'un pouce à leur base, et qu'il monte sur un porte-crayon, de manière à les appliquer, selon la disposition des parties, par leur extrémité la plus large ou par la plus mince. Quelquefois M. Dupuytren se sert de cônes de nitrate d'argent fondu. M. Récamier emploie de préférence le nitrate acide de mercure, dont il a déjà été plusieurs fois question.

Dans l'un comme dans l'autre cas, le procédé opératoire est assez simple. La malade étant renversée sur le bord de son lit, les cuisses écartées, relevées vers le ventre et les jambes convenablement soutenues, le spéculum uteri est placé dans le vagin, de manière à embrasser exactement le museau de tanche par son extrémité profonde. Un petit rouleau de charpie est place immédiatement au-dessous de la surface à cautériser, au fond du spéculum , afin de recevoir l'excédant de la matière du caustique qui, sans cette précaution, pourrait couler dans le vagin et agir sur la face interne de cet organe. Un ou plusieurs bourdonnets de charpie portés sur de longues pinces servent à absterger à dessécher la surface de l'ulcère , sur lequel ou applique ensuite le caustique, soit au moyen ilu porte-crayon, si l'on emploie la potasse ou le nitrate d'argent , soit par l'intermédiaire tl'un pinceau de charpie si l'on préfère le nitrate acide de mercure. Le caustique doit être laissé pendant quelques instans en contact avec la partie ulcérée, qui se couvre immédiatement d'une escarre grisâtre ou jaunâtre plus ou moins épaisse. Une injection à grande eau est faite immédiatement, pour laver les parties et emporter les débris de la substance cautérisante , puis on retire le spéculum , et la mahide^st plongée dans un bain tiède. -/ry^^^^^^

Le bain , répété tous les jours , et aidé des injections ainsi que deé'fo^fientations émollientes , suffit ordinairement pour prévenir le développement d'ace] dens inflammatoires considérables, qu'il faudrait, s'ils se manifestaient-, conibatlre à l'aide des antiphlogistiques énergiquement employés. Après cinq à six jours, l'escarre est détachée , et l'on peut réitérer l'application du caustique jusqu'à ce que les parties squirreuses soient détruites , et que la surface de l'ulcère se couvre de bourgeons celluleux et vasculaires de bonne nature , disposés à devenir la base d'une cicatrice solide.

La méthode de la cautérisation, appliquée aux cancers du col de l'utérus , offre l'avantage de ne pas effrayer les malades ; elle ne cause généralement que peu de douleurs, et semble favorisée par la texture serrée et charnue de l'organe affecté. Toutefois , elle ne convient pas lorsque l'ulcère cancéreux repose sur une base endurcie fort épaisse : il faut, pour que son emploi réussisse, que la surface de la plaie atteigne presque immédiatement jusqu'aux tissus sains, ou que du moins le fontls squirreux puisse être détruit par un petit nombre d'applications des caustiques. Sans cette condition, dont nous avons déjà parlé, la cautérisation ne fait qu'irriter les parties. Sous son influence, le squirre s'étend en profondeur plus rapidement que sa surface n'est réduite en escarre ; de telle sorte que la marche de la maladie se trouve accélérée, et que l'opération devient plus nuisible qu'utile.

Les cancers ulcérés du museau de tanche réclament donc l'emploi de l'instrument tranchant , toutes les fois qu'ils sont volumineux , durs et accompagnés d'une dégénérescence squirreuse profonde. On doit à Osiander les premières tentatives méthodiques qui aient été faites pour exciser le col cancéreux de l'utérus. La malade étant placée ainsi qu'il a été dit plus haut, cet habile chirurgien passait ordinairement deux anses de fil à travers les parties affectées , et s'en servait pour les fixer et les attirer vers la vulve. Il recisait ensuite le col cancéreux au-delà des liens qui le retenaient. Lorsque cet abaissement ue pouvait être opéré, Osiander introduisait deux doigts jusque dans la cavité de l'ut'érus , et ces organes servaient ensuite de guide au bistouri boutonné ou aux ciseaux , avec lesquels il pratiquait sur place l'ablation des parties malades.

M. Dupuytren , qui donna le premier eu France l'exemple de la pratique de celte opération, l'a singulièrement perfectionnée. Lorsque le col est résistant ,

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il porte jusqu'à lui des pinces de Museux , le saisit, et par des tractions continues et graduées, l'attire à l'ouverture de la vulve. Ayant ainsi au dehors , et sous les yeux, les parties malades , ce professeur en retranche tout ce qui est alt'hé ou squirreux, soit à l'aide du bistouri ordinaire, soit au moyen d'un couteau à double trancliant , recoui bé sur une de ses faces, soit enfin avec des ciseaux coui bes sur le plat.

Les détails de ce procédé, tel qu'il est actuellement pratiqué par le plus grand nombre des chirurgiens , sont assez faciles à comprendre. La femme étant couchée et soutenue à la manière ordinaire , le chirurgien introduit avec lenteur dans le vagin un spéculum brisé , garni de son ambout. Arrivé près du col , l'ambout est retiré , et l'instrument ouvert par une douce pression exercée sur les branches extérieures qui lui servent de manche. La muqueuse du vagin se trouve déployée par cette action, et le museau de tanche est parfaitement mis à découvert. 11 devient alors facile , à l'aide d'une petite éponge , d'absterger et de nettoyer sa surface. Des pinces de Museux, à branches très-longues, à doubles où h triples crochets , médiocrement recourbés , sont ensuite portées fermées dans le spéculum , puis ouvertes sur le col , que le chirurgien saisit d'avant en arrière , le plus haut possible. Il convient de pousser les pinces en avant, à mesure que les mors pénètrent, afin que les tissus profonds soient accrochés à une égale hauteur que les superficiels. Le spéculum est ensuite extrait, et les pinces, qui ont passé dans l écartement de ses deux lames, servent à exercer sur le museau de tanche des tractions modérées , lentes et soutenues , à l'aide desquelles l'opérateur l'attire graduellement jusqu'à la vulve. Ce temps de l'opération est pour la femme le plus douloureux. On éprouve d'autant plus de diflicultés à l'exécuter que les ligamens de la matrice ont conservé plus de raideur et plus de force. Lorsque la première pince menace de céder, et déchire les tissus qu'elle embrasse, ou même afin seulement que tous les points du pourtour du col fassent à l'extérieur une saillie égale , il faut en implanter une seconde , d'un côté du museau de tanche à l'autre, et, en réunissant leurs branches, exercer sur les parties des tractions plus puissantes et plus efficaces. Ces tractions doivent être ilirigées successivement selon l'axe des deux détroits supérieui' et inférieur du bassin.

Afin d'avoir sa main gauche libre, le chirurgien , placé entre les cuisses de la malatle, confie alors les pinces à un aide , qui maintient le col abaissé et saillant. S'arraant ensuite d'un bistouri droit ou recourbé, et boutonné à son extrémité, il porte le tranchant de cet instrument, guidé par le doigt indicateur de la main gauche au dessous du col, que l'aide relève légèrement , afin de découvrir sa face postérieure. Le chirurgien emporte alors , par une ilivision lente et ménagée , les parties malades, en mémo temps que l'aide incline successivement le col, de manière à favoriser la section des divers points de sa circonférence à des hauteurs convenables. L'extrémité mousse du bistouri ne saurait piquer les parties voisines; mais il importe, pendant qu'on le fait agir, de surveiller la marche de son tranchant, et d'en écarter les grandes et les petites lèvres.

Si le col est trop volumineux , pour être engagé dans le spéculum, il faut diriger l'action des pinces de Museux sur lui , à l'aide du doigt.

Lorsque, ramolli et fongueux, le col de l'utérus n'ofiVe aucune résistance aux pinces à crochets, et se déchire sur elles au lieu d'obéir à leur traction , il devient indispensable de pratiquer sa résection sur place. M. Guillon a bien imaginé un instrument susceptible d'être introduit dans la cavité utérine , de s'y ouvrir et de saisir les parties altérées de dedans en dehors; mais il est douteux que ce moyen réussisse. Le procède le plus simple consiste alors à placer dans le vagin un spéculum dont l'extrémité profonde embrasse e.Kacteraent le cancer, puis à emporter celui-ci, soit h l'aide d'une sorte de cuiller tranchante, soit en se servant d'un bistouri boutonné recourbé sur le plat. La cuiller, employée par M. Dupuyiren, peut même servir à curer en quelque manière une partie de la surface intérieure de l'utérus. Si son action n'était pas complète, on retrancherait avec des ciseaux et des pinces les débris des parties altérées qu'elle aurait épargnés. M. Dupuytren a fait quelquefois usage d'un anneau d'acier, présentant un tranchant circulaire, et monté, au moyen de deux branches, sur un manche transversal , ou sur un cercle large et mousse. Ce tranchant est porté dans la cavité du spéculum, jusquesurle squirre , qu'il embiasse, etdans lequel de légers mouvemens alternatifs de rotation le font aisément pénétrer. Le col est alors cerné comme par un emporte-pièce, et régulièrement incisé dans toute sa circonférence. Le chirurgien acliève ensuite de le détacher, en le saisissant avec des pinces, et en divisant , à l'aide des ciseaux ou du bistouri boutonné, les portions de tissus laissées intactes qui le retiennent encore. Si quelques parties suspectes n'avaient pu être atteintes par l'instrument, ou si par la suite des chairs de -nauvaise nature s'élevaient de la plaie , il faudrait recourir aux ap])licatious de caustiques , afin d'achever la destruction restée incomplète, ou de consolider la guérison et de prévenir la récidive du mal.

M. Hatin , dans l'intention de rendre les rescisions sur place plus faciles, conseille l'usage d'un instrument qui , ouvert dans le col, le tend et le fixe; puis d'un utcrotonie composé île deux lames séparées, articulées en forceps, qui divisent les parties de la cii conférence vers le centre du museau de tanche. M. Colombat a proposé, dans la même vue, nn instrument composé d'abord d'une sorte de pince à double érigne , destinée à saisir le col et à le fixer , tandis qu'une tige, terminée supérieurement par un tranchant transversal, tourne au-devant des extrémités des crochets, et coupe circulaircment les parties que ceux-ci ont embrassées. Ces iuslrumens sont trop compliques pour qu'il soit possible d'en donner ici une description détaillée.

Avec de l'habitude et une dextérité même médiocre , le bistouri boutonné ordinaire, guidé par le doigt , ou porté sur le col à travers le spéculum , suiTit

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pour pratiquer l'opération. On doit se défier de ces instrumens circulaires ; qui agissent avec une régularité que ne comportent pas ordinairement les progrès inégaux du mal, et dont les sections s'étendent presque toujours, sur quelque^ ponits, au-delà de ce qui est utile , et restent, sur d'autres, en deçà des liml tes du ramollissement et du cancer.

Quant à la comparaison des deux modes généraux de résections sur place, ou après l'attraction du col à la vulve , on conçoit qu'il ne saurait y avoir entre eux aucune supériorité absolue. Ils doivent être tour à tour préférés , selon les dispositions spéciales des parties ; et, bien qu'il soit toujours plus simple et plus avantageux d'attirer le col à la vulve, afin de le resciser au dehors , il faut bien, lorsque ce mouvement éprouve trop d'obstacles , s'abstenir de l'exécuter et emporter les parlics malades sans les déplacer. '

Il est rare que l'écoulement sanguin déterminé par ces opérations soit considérable. S'il se continuait pendant un temps trop-long, on pourrait l'arrêter, soit à l'aide d'injections froides, soit au moyen du tamponnement, soit, ce qui est préférable , en portant sur les points qui fournissent du sang, un stylet boutonné, rougi au feu. Un spéculum faciliterait cette cautérisation, et l'instrument serait appliqué sur l'orifice du vaisseau à l'instant où l'on soulèverait la boulette de charpie qu'on aurait posée sur lui, afin d'absterger le liquide. Les mêmes médications qu'après l'usage des caustiques doivent être employées à la suite de la rescision , afin de prévenir l'inflammation de la matrice et les dangers qu'elle peut entraîner.

La cicatrisation , à la suite des rescisions ou des cautérisations du col de l'utérus, ne se fait jamais long-temps attendre. Les écoulemens de mauvaise nature cessent aussitôt que les parties altérées sont emportées ou détruites ; les douleurs s'apaisent, les fonctions reprennent leur énergie , les plaies se ferment, et l'organisme rentre si bien dans l'ordre normal , que plusieurs femmes ' sont ensuite devenues mères ctontaccouchéde la manière la plus heureuse après avoir subi ces opérations. La récidive, toutefois n'est pas très-rare : Osiander, M. Dupuytren et d'autres praticiens, en ont observé trop d'exemples; mais les guérisons sont plus nombreuses, et lorsque la maladie se reproduit, il est quelquefois possible de recourir de nouveau, avec plus de succès , aux procé- . dés chirurgicaux qui l'ont d'abord détruite. t Mais dans les cas plus graves où la matrice est altérée jusque dans son corps, I au-delà des parties que l'on peut atteindre à l'aide des opérations décrites i précédemment, doit-on, comme se le demandèrent déjà Wrisberg et Osian- i der, porter plus loin les tentatives, et extirper l'utérus dans sa totalité, oui abandonner les malades à la mort qui les menace? Cette imposante question, soulevée chez nous par les essais récens de M. Récamier, est digne de fixer, toute l'attention des chirurgiens.

A. Et d'abord, un premier cas se présente ; c'est celui dans lequel la matrice, altérée dans toutes ses parties , est en même temps précipitée hors de la vulve , et forme entre les cuisses du sujet une tumeur volumineuse, ulcérée, recouverte par le vagin renversé, qui lui sert de pédicule. Ce cas est celui qui , s'est présenté le plus souvent, et auquel se rapportent presque tous les exemples, vrais ou faux, d'extirpation de l'utérus qu'on trouve dans les recueils de ■ faits merveilleux, ordinairement peu dignes de foi , que nous ont légués les siècles passés. Il est hors de doute cependant que l'opération a réussi alors. Les témoignages des lluysch, de Wolf, de Hosack,de Marschall , celui plus récent de M. Fodéré , ne sauraient permettre le moindre doute à cet égard, i Lorsque l'utérus cancéreux présente cette disposition, on peut donc, sans ' craindre d'être accusé de témérité, recourir à son ablation complète.

Trois procédés s'offrent alors : !<> lier le pédicule formé par le vagin renversé , et attendre la chute spontanée de l'organe , par suite de l'étranglement ■ de ses vaisseaux; 2" appliquer également une ligature sur le vagin, mais re- • trancher ensuite les parties au-dessous des fils; 3" enfin, emporter la matrice ' malade, sans pratiquer aucune ligature préalable.

De ces trois procédés, le dernier peut donner lieu à des héraorrhagies graves. Il fait communiquer tout à coup , et par une large ouverture , la cavité du péritoine avec l'air atmosphérique , et expose par suite à l'invasion d'une péritonite suraiguë. Bien que la matrice renversée ait quelquefois été,paf"i une grossière ignorance , arrachée violemment ou emportée à l'aide de l'instrument tranchant, ainsi que Wrisberg et Siebold en rapportent des exemples, et que la mort n'ait pas été le résultat d'aussi cruelles mutilations , ce procédé doit cependant être rejeté. L. Wolf, chirurgien habile de Hanovre, ayant, en 1824, excisé l'utérus renversé , par la section de son pédicule vaginal, pratiqua ensuite un point de suture sur le vagin, mais la malade succomba deux jours après, par l'efFet d'une violente péritonite, accompagnée de pleurésie.

Le premier des procédés indiqués plus haut est , malgré les précautions avec lesquelles on ménage la constriction des ligatures, accompagné de douleurs vives et prolongées. La matrice étranglée ne tombe qu'après plusieurs jours, durant lesquels le.î malades, en proie à la fièvre, à l'agitation, et infectée» par les matières putrides que fournissent les parties gangrenées, sont exposée» aux plus graves accidens. Il n'est donc ni plus favorable, ni plus sûr que le précédent. Il y a plus; des symptômes alarmans, déterminés soit par la phlogose , soit par la décomposition putride de la tumeur utérine étranglée , étant survenus , il fallut, pour les faire cesser, retrancher au-delà des ligatures le» parties tuméfiées ou désorganisées. MM. Windsor en Angleterre, et Récamier i en France , ont suivi ce procédé. Il est vrai de dire cependant que la ligature | seule a réussi un assez grand nombre de fois , ainsi que l'attestent les observa- i tiens de MM. Baxter , Rheineck , Ch Johnson, Ncwham , Gallot, Gooch el Davis; mais presque toujours, alors, sont survenus des accidens qu'on aurait évites eu ue laissant pas eu place les tumeurs dont ou avait cireint le pediciile.

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En liant au contraire, et en emportant immédiatement les parties au-desicnisdes fils, on évite à-la-fois, et Ihémorrhagie , et l'ouverture de la cavité jritonéale , elle gonflement de l'utérus , et sa fonte putride. L'opération est mssi simple que possible, et si elle se trouve encore accompagnée de trop de -hances défavorables , ces dangers résultent moins du procédé opératoire en ui-mcme que de la nature et des connexions des parties sur lesquelles on porte es iustrumeus.

La malade sera placée alors comme s'il s'agissait de la résection partielle du ;ol. L'utérus sera saisi et attiré en avant, de manière à mettre parfaitement à ni son pédicule vaginal. On s'assurera ensuite que ni la vessie, ni l'intestin ne ont descendus dans la cavité que forme le vagin renversé. On connaît le cas rapporté par Van Heer, dans lequel un charlatan, en s'obstinant à retrancher la matrice cancéreuse , emporta en même temps une anse d'intestin qui était descendue dans la cavité vaginale. Le docleur Rheineck cite également l'obseration d'une femme chez laquelle une portion du canal nitestinal fut comprise ans une ligature placée sur le vagin. Il est presque inutile d'ajouter que la erte rapide des sujets fut, dans l'une et dans l'autre de ces circonstances , la uite d'une aussi fatale erreur. Les précautions les plus attentives ayant donc lé prises afin de s'en préserver , le chirurgien devra traverser les parois du agin d'un côté à l'autre, ou mieux, encore du pubis vers le rectum , avec une 'liguille armée d'un double cordonnet de soie très-solide. Les deux moitiés de jiette double ligature seront ensuite séparées et liées sur chacune des portions correspondantes du pédicule à étrangler. Moins de parties se trouveront de :ette manière embrassées par les fils , et leur constriction sera plus immédiate t plus efficace que si le vagin tout entier avait été serré par un lien cellulaire, joutez qu'ayant traversé les membranes de ce canal, on risquera moins de oirla ligature glisser après l'ablation de la matrice, et abandonner les parties u'elle embrasse qu'après la constriction en masse. On procédera ensuite h la llésection de la tumeur cancéreuse , et la malade sera soumise à toute la sévérité lu traitement des maladies aiguës les plus graves. La présence des ligatures lura pour effet inévitable d'oblitérer le vagin, et de fermer, en provoquant des dhérences plus ou moins solides , l'espace devenu libre par l'absence de l'utélus entre la vessie et le rectum. Ce procédé , mis en usage par Alex. Hunter et Clarke , a été , dans les deux cas , suivi de succès.

B. La matrice cancéreuse peut occuper sa place normale. Mais lorsque ses jens sont relâchés , il est facile , à l'aide de tractions répétées , de l'amener, iusi que nous l'avons vu plus haut, à l'orifice de la vulve , puis de la faire sailr davantage au dehors, et enfin d'opérer sa précipitation complète. A l'aide e ces mançeuvres , on ramène les parties à la disposition qu'elles présentaient

abord dans le cas précédent, et dès lors les opérations qui conviennent à ;lui-ci deviennent applicables. La ligature du vagin et des annexes de l'utérus, ^ec ablation immédiate de ce viscère , nous semble de beaucoup préférable au rocédé de M. Langenbeck , qui , après avoir incisé circulairement le conduit aginal , près de sou insèrtion au col, et avoir mis le péritoine à découvert, isséqua laborieusement cette membrane , et la détacha du fond de la matrice our la repousser ensuite dans l'abdomen. La cavité péritonéale ne fut pas ouîrte, il est vrai ; mais une portion de l'utérus resta adhérente à la membrane ireuse ; il survint une hémorrhagie abondante , et la malade ne conserva la ie qu'après avoir couru les plus grands dangers.

C. Enfin, la matrice afTectée de cancer, non-seulement occupe sa situaon normale, mais encore ne peut ni être attirée au dehors, ni même ;der aux tractions qui tendent à la rapprocher de l'orifice externe du vagin, ii se présente l'histoire d'une des tentatives les plus hardies de la chirurgie oderne.

Un des premiers, le docteur Gutbcrlat proposa d'inciser la ligne blanche -dessus de la symphyse des pubis , dans une étendue suffisante pour laisser métrer la main du chirurgien. Après l'ouverture de l'abdomen , un aide est large, selon ce procédé, de contenir les intestins et la vessie. L'opérateur in- ^duit alors la main gauche dans le bassin et y saisit la matrice , qu'il attire et ulève ; de l'autre main, il porte sur la première des ciseaux fermés , longs et lides , avec lesquels il coupe les ligamens de l'utérus ainsi que le vagin ; ce li permet de retirer la masse cancéreuse par l'abdomen.

Le procédé de M. Sauter est plus simple. Avant de le pratiquer , on videra vessie et le rectum ; la malade sera horizontalement placée en travers de n lit; un aide déprimera l'utérus avec la paume de la main , appliquée aussus des pubis.

Tous ces préparatifs étant faits , le chirurgien introduit les doigts index et édius de la main gauche dans le vagin, jusqu'à son sommet. Un bistouri conxe, porté entre ses doigts , sert à couper circulairement le vagin sur le col , squ'à deux ou trois lignes de profondeur. Des ciseaux courbes sur les bords mplacent le bistouri, et, toujours guMés par les doigts de la main gauche , nt portés entre l'utérus et la vessie , de manière à séparer ces organes jusau péritoine. On les fait agir plus près de la matrice malade que du réserir de l'urine, afin de ne pas s'exposer à pénétrer dans la cavité de celui-ci. i même manœuvre doit être répétée en arrière, entre le rectum et l'utérus, ec des ciseaux recourbés sur le plat, dont la concavité est dirigée vers le rnier de ces organes. La main gauche est portée alors dans la cavité du pé- ;oine , derrière la matrice , qu'elle enveloppe. Avec l'index et le médius de ttemain,le chirurgien tire en bas la plus élevée des attaches latérales de itérus et la coupe avec un bistouri concave : dirigé sur ces doigts , la mèoie (•ération est pratiquée sur les attaches opposées ; et dès lors l'organe , enprement isolé , est amené au dehors , soit avec la main, soit au moyen de nces à érignes. Le pansement consiste à placer au fond du vagin un tampon

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de charpie sèche , et à remplir le reste de la cavité de ce conduit d'agaric de chêne, soutenu par un bandage approprié. La malade sera tenue horizontalement couchée ; elle devra éviter tous les efforts susceptibles de faire descendre les intestins dans la cavité du bassin.

Tels sont les yirocédés qui étaient usités en Allemagne depuis neuf ou dix ans , lorsque M. Récamicr essaya de naturaliser parmi nous l'extirpation complète et sur place de l'utérus. Ce médecin a été conduit, dans ses tentatives, à un procédé qui ne diffère que peu de celui du docteur Sauter.

Les pinces de Museux dont le praticien français fait plus largement usage que les chirurgiens allemands, lui permettent presque toujours d'abaisser l'utérus au niveau de la vulve , dans les circonstances où ceux-ci sont obligés de l'abandonner entièrement à sa situation normale. Cette manœuvre préalable facilite l'opération, sans toutefois, comme nous la verrons plus loin, la rendre plus sïire. L'abaissement étant ainsi obtenu , M. Récamier incise d'abord le vagin au-devant du col, en suivant la surface de l'utérus , qu'il rase de très-près, afin d'éviter les uretères et le bas-fond de la vessie. Après avoir ouvert le péritoine, il place dans l'ouverture l'extrémité de l'index gauche, qui sert de conducteur au bistouri boutonné , avec lequel il prolongé l'incision à droite et à gauche jusqu'aux ligamens larges. 11 procède ensuite de la même manière en arrière. L'utérus ne tenant plus , à la suite de ces sections, que par ses parties latérales , il incise avec un bistouri boutonné la moitié supérieure de chaque ligament large ; puis il passe, à l'aide d'une sonde de Bellocq, au-dessus du reste, une ligature, qu'il fixe avec un serre-nœud. Il retranche ensuite l'utérus , en ne laissant au-devant des fils qu'un court moignon destiné à les soutenir. Celte adililioii des ligatures au procédé de Sauter a pour objet d'éviter l'hémorrhagie ([ue pourrait entraîner la section de l'artère utérine; l'opération est rendue, par elle, plus méthodique et plus sure, bien que l'expérience semble démontrer qu'aucune perte inquiétante de sang n'est alors à redouter.

Lorsque l'utérus ne fournit absolument aucune prise , ou que la rigidité de ses ligamens rendent son abaissement impossible , M. Récamier ouvre d'abord le vagin en avant et en arrière du col, comme M. Sauter, mais en se servant du pharyngotoine. Le lilhotome caché du frère Côme , porté dans l'ouverture antérieure, et guidé par le doigt indicateur gauche , sert à agrandir successivement, à gauche et à droite , rouvertiire antérieure, jusqu'aux ligamens larges. La même manœuvre est répétée en arrière. La sonde de Bellocq sert à porter ensuite une ligature sur chacun des ligamens larges , qui sont enfin divisés près de la matrice. Ce viscère , dès lors entièrement séparé du reste du corps , peut être saisi avec des pinces , et facilement extrait du bassin. Aucune pression ne doit être exercée par les aides sur l'hypogastre : elle aurait pour résultat d'abaisser la vessie et de ia porter à la rencontre des insfrumens.

C'est enUe ces procédés que le pralicien doit actuellement choisir pour l'extirpation de l'utérus sur place. Bien qu'il soit difficile d'assigner à aucun d'eux une grande supériorité sur les autres, il est cependant manifeste que celui de Gutberlat, qui exige l'incision préalable delà ligne blanche, doit être généralement proscrit. C'est bien assez d'ouvrir à l'air une voi.x libre de communication avec la cavité péritonéale. En ailoptant le procédé de Sauter, M. Récamier l'a amélioré, elles modifications qu'il lui a fait éprouver méritent , jusqu'à présent au moins, la préférence. Quatre points sont ici importans à considérer : l'ouverture du péritoine, la ligature des ligamens larges, le pansement de la malade et le traitement consécutif à l'opération.

En divisant les parties qui unissent le vagin et l'utérus aux organes voisins, on est exposé à ouvrir la vessie en avant et le rectum en arrière. Le premier de ces accidens est arrivé à M. Récamier lui-même. Il est d'autant plus facile qu'après l'incision des parois du vagin , le doigt porté dans la plaie, afin de déchirer le tissu cellulaire, s'engage volontiers dans le repli que forme la vessie lorsqu'elle est attirée en bas avec l'utérus. La sortie d'un flot d'urine annonce que cet organe est déchiré. Une sonde placée dans la vessie, selon le conseil de M. Lizars et ensuite de M. ïarral, mettrait peut-être à l'abri de cet accident et servirait de guide au chirurgien. Si, malgré cette précaution, la vessie était ouverte , il faudrait suspendre l'opération, l'ajourner, et attendre que la plaie fut cicatrisée. Continuer l'extirpation , sans avoir le moyen d'empêcher l'urine de pcnéirer dans le péritoine, c'est condamner la malade à tou» les résultats de l'épanchemcnt de ce liquide, c'est-à-dire à une péritonite presque inévitablement mortelle.

Lorsqu'on place la ligature sur les ligamens larges, il importe de se rappeler que les uretères, accolés au bas -fond de la vessie , doivent rester en dehors du trajet parcouru par le bouton de la sonde de Bellocq ou par la pointe de l'aiguille dite de Deschamps dont M. Tarral conseille l'usage. Avant de serrer les fils, il faudrait s'assurer encore que les uretères ne sont pas compris dans leur anse. Quoique la ligature de ces organes n'ait pas encore eu lieu, on conçoit qu'elle puisse être opérée , et il importe de se tenir en garde contre elle.

En lisant qu'après l'extirpation de l'utérus le vagin a été rempli de tampons imbibés de vinaigre ou saupoudrés d'alun, il semble voir des chirurgiens s'efforcer de provoquer les inflammations abdominales que l'on a tant d'intérêt à prévenir. Aucun tamponnement n'est alors utile. L'hémorrhagie est rendue impossible par la ligature des artères utérines. Les intestins retenus par le mésentère ne peuvent descendre jusqu'il la vulve, et la situation horizontale suffit pour les faire rester au-dessus du bas-fond du bassin. Il suffit donc de couvrir la vulve de compresses imbibées de quelque décoction émollieiite , et de veiller à ce que l'urine ne coule pas vers le vagin. Tout autre pansement me semble superflu ou dangereux.

Les malades , après l'opération , sei^ont tenues dans un repos absolu. Des ap-

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plicatioiis émolîienles, des lavetnens destinés à prévenir les efForts de défécation, des boissons tempérantes , une diète absolue , des évacuations sanguines générales ou locales proportionnées aux forces du sujet et à l'intensité des accidens , tels sont les moyens qu'il convient de mettre en usage.

Et qu'on ne croie pas que tant de précautions soient superflues. Si l'on considère qu'il faut nécessairement ouvrir le péritoine, manoeuvrer au voisinage et souvent avec le contact des intestins; que la vessie en avant et le rectum en arrière sont exposés à être atteints par les inslrumens ou par les doigts du chirurgien , il sera facile de se convaincre que , entourée de difficultés manuelles très-grandes , l'extirpation de l'utérus est aussi une des opérations les plus dangereuses de la chirurgie. L'opération de Sauter dura plus d une deuii-heure; d'autres ne furent achevées qu'apiès trente-cinq à quarante minutes, et, si l'on en croit les récits de quelques personnes , il en est qui se sont prolongées pendant plus long-temps encore.

Les résultats obtenus à la suite de l'extirpation de l'utérus sont peu propres à encourager les praticiens à répéter celte opération. Si la malade de M. Sauter a survécu deux mois, et n'a succombé qu'à une affection du poumon; si une femme opérée par M. Récamier paraît s'être complètement rétablie ; si , enfin , une autre malade de M. Blundell , guérie de l'extirpation de l'utérus a vécu jusqu'à la récidive de son cancer, qui s'est repioduit dans les débris épargnés , quoique endurcis , du vagin, ces succès équivoques sont rachetés par une foule de désastres. Après avoir opéré à la manière de Gulberlat , M. Langenbeck vit imc malade périr en vingt-quatre heures; dans deux autres cas, le même professeur, suivit le procédé de Sauter, et les femmes succombèrent l'une le second jour et l'autre le quatorzième. Paletta et Moteggia , ayant extirpé la matrice , en croyant n'agir que sur un polype, le sujet mourut en quarante et quelques heures. En France, MM. Récamier et Roux ne furent pas plus heureux : une malade à qui la vessie fut déchirée périt en trente heures ; une seconde en vingt-quatre heures. Dans huit autres cas d'extirpations de l'utérus, pratiquées selon la méthode de Sauter, par MM. Siebold , Hoischer , Blundell, Banner et Lizars, les malades périrent, le plus tôt en neuf heures, et le plus tard quatre jours après l'opération; ce qui donne, comme résultat général , pour une guérison jusqu'ici parfaite , et deux rétablissemens incomplets ou contestables, quatorze morts, toutes promptes, toutes évidemment déterminées par l'épuisement nerveu.^ ou par des inflammations péi itonéales , à la suite de l'opération.

Ce relevé statistique, dans lequel j'ai fait indistinctement entrer tous les faits qui sont venus à ma connaissance , en dit plus , sur l'opportunité de l'extirpation de l'utérus exécutée sur place, et hors la circonstance d'un prolapsus préliminaire de l'organe , que ne le pourraient faire les considérations les plus étendues. Cette opération doit être rejetée de la pratique d'un art dont le premier objet est de conserver; et l'on arrivera, lorsqu'un engouement meurtrier sera passé, à reconnaître que la matrice squirreuse ou désorganisée par le cancer ne doit être emportée en totalité, que lorsque, ébranlée dans ses connexions, et déjà expulsée du bassin , ou facile à attirer au-delà de la vulve, elle est en partie détachée du reste de l'organisme, et a perdu jusqu'à un certain point •son droit de domicile dans l'abdomen.

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(L.-J. BÉGIN

CANNE DE PROVENCE. Aiundo donax , roseau à quenouille; Triand. Digynie , Linn. ; Graminées, Juss.

Cette plante a joui long-temps d'une grande réputation parmi les antilaiteiiï; ( vojez Aktilaitecx ) , et maintenant encore , on voit beaucoup d'accoiiclieuri| la prescrire à la suite des couches, avec un religieux respect pour la tradition.j C'est sans doute sa nullité presque absolue qui en fait tout le mérite, dans des; cas où le repos, la diète, et quelques boissons délayantes sont les seuls moyem véritablement utiles.

On peut même admettre que, donnée chaude et en abondance, elle peut, provoquer doucement la transpiration cutanée, et diuiinucr par conséquent, l'action sécrétoire des mamelles. C'est , d'ailleurs , ce que ferait aussi bien tout; nuire médicament du même genre, employé dans les mêmes circonstances et. de la même manière. j

Quoi qu'il en soit, la seule partie de la plante, qu'on ait employée en médecine , est la racine qui est longue et charnue. Mais on ne la trouve dans le corn-, merce que sèche et coupée en morceaux de grosseur inégale , d'un blanc jaunâtre en dedans , d'inie structure aréo-làire. La portion corticale ofl're une résistance assez grande ; elle est jaune, luisante et marquée de rides longitudinale* et d'anneaux concentriques. La canne de Provence n'a qu'une saveur sucrée extrêmement faible; elle est tout à fait sans odeur. Cependant, malgré le peu d'intensité de ses propriétés physiques , l'analyse chimique y a révélé des principes assez intéressans. Ce sont: 1° un extrait muqueux légèreaient amer; 2" une matière résineuse aromatique ayant une odeur de vanille ; 3" de l'acide malique; 4" de l'huile volatile; 5" une matière azotée ; du sucre , des sels de potasse et de chaux ; de la silice.

Mais ces i-echerchcs ont conduit à un résultat plus curieux que véritablement utile ; car les principes , doués de quelque activité , se trouvent en proportion si faible, qu'il est impossible d'en attenilre aucun eifet certain , surtout à la dose où l'on a coutume de l'employer, et qu'on pourrait assurément décupler sans en obtenir davantage. On en prescrit ordinairement deux gros, en décoction , dans une pinte d'eau , que l'on fait réduire à un tiers.

CANNELLE. Cinnainornum . On désigne sous ce nom l'écorce, dépouillé* de son épiderme , du cannellier , Laurus ciitnamomum , ennéandrie monogynie, j

CANTHARIDE

CANTHARIDE

LiifK.; laurinées, Joss. C'est aux natiuiilisles et aux pharmaciens qu'il appartient de rechercher et d'étudier l'origine et l'extraction , le choix et l'introduction dans le commerce de ce médicament; c'est à eux de nous apprendre que souvent , par erreur ou par fraude , ou confond avec la véritable cannelle les écorces du Laurus cassia et celles du laurus culilaban (cannelle giroflée); qu'on distingue dans le commerce avec la cannelle de Ceylan, celle de Cayenne et celle de la Chine ; enfin, celle qu'on emploie encore sous le nom de cannelle blanche, une écorce qui jouit, bien qu'à un moindre degré, de propriétés analojgues. Ces détails sont étrangers au plan de ce Dictionnaire; il suffit de dire que l'expérience et l'analyse chimique ont prouvé que la cannelle de Ceylan renferme la plus grande proportion de principes actifs, et doit être conséquemment préférée pour l'usage médical. Celle-là se présente en morceaux tubulés, 'longs d'un pied environ, d'un jaune clair et rougeàtre, minces et luisans. Elle ploie beaucoup avant d« se rompre, et sa cassure est irrégulière. La cannelle a une odeur que tout le monde connaît, et qui est généralement recherchée , et une saveur agréable , chaude, aromatique avec un arrière-goùt sucré.

L'analyse chimique a été faite avec tout le soin qu'exigeait une substance si importante : elle y a montré : 1° une huile volatile acre et plus pesante que l'eau , mais soluble dans l'alcool ; 2° beaucoup de tannin ; S" une matière colorante azotée ; 4° uu acide en très-faible pioportion ; 5° du mucilage, de la fécule et du ligneux.

Les propriétés physiques de la cannelle , et la connaissance des élémens qui la composent, devaient faire prévoir l'action qu'elle pouvait exercer sur l'économie animale, et la faire placer au rang des médicamens excitans et toniques. C'est dans ce sens qu'elle agit, en effet, lorsqu'elle est administrée convenable- {ment, et son emploi devrait être plus fréquent , puisqu'à des propriétés fort énergiques, elle réunit l'avantage d'une odeur et d'une saveur agréables. Ce- Ipendant il n'en a pas été ainsi , et elle a été considérée plutôt comme une sorte :de condiment pharmaceutique destiné à masquer la saveur ou l'odeur désagréable d'autres médicamens, que comme un agent médicamenteux. On ne la retrouve guère que comme accessoire dans les composés médicamenteux , trèsnombreux , d'ailleurs, dans lesquels elle a été introduite.

La cannelle a été conseillée dans un grand nombre de maladies , sans cependant qu'on lui ait attribué , contre aucune d'elles , des propriétés spéciales ; il est facile de comprendre q-j'el!e ait pu être utile dans toutes les affections qui réclament l'usage des excitans , et dont l'énumération serait tout à la-fois inutile st fastidieuse. Le plus généralement, ainsi que nous l'avons dit, elle a été administrée avec d'aulies médicamens pourvus eu^'-mêmes de propriétés diverses: ^ais souvent aussi on l'a prescrite séparément ea poudre , en iusion , en eau jlistillée , en huile volatile, eu teinture sitr.pla ou étherée, et en sirop. Le lec- >eur appréciera facilement ce qu'on doit attendre de ces formes diverses, et les as dans lesquels il convient ds 'es préférer. La cannelle d'ailleurs entre dans [ine foule, presque oubliée de :;os jours, ('3 poudres, de tablettes , d'élec- ^uaires , de confections, de teinturas , d'éiizirs, décorés des noms de céphalijues , stomachiques, carminatifs , ctc , 3t dans lesquels elle est associée à la plupart des aromates connus. L'eau distilîée de cannelle orgée , fort employée ladis , et qu'on demande queiqueiTois encore dans les pharmacies, est une préparation qui choque toute espèce de règle. Les doses peuvent être mesurées assez arbitrairement, parce qu'on n'a pas à raindre de mauvais résultats de ce médicament. Cependant , celles qui sont le Mus généralement admises sont les suivantes : en poudre, un scrupule à un ;ro3 et même deux gros ; en infusion , deux gros pour une pinte d'eau. L'eau listillée fait souvent la base de potions toniques; on en met de deux à quatre nces. On ajoute quelquefois à des potions du même genre une demi-once ou ae once de teinture de cannelle. Quant à l'huile volatile qui est fort acre, 'est par gouttes seulement qu'il convient de l'administrer.

(F. Ratier. )

CANTHARIDE, cantharis vesicatoria , litta vesicaloiia , meto'e vesicato- •itts. La cautharide est un insecte coléoptère , qui a cinq articles aux quatre ■remiers tarses , et seulement quatre aux deux derniers ; dont chaque article xtrême est profondément divisé ou double ; qui a la tête en cœur, et séparée u corselet par un étranglement brusque en forme de cou ; dont les antennes iliformes atteignent au moins la longueur de la moitié du corps; enfin dont les lytres sont longues et flexibles et d'un vert doré; les tarses et les antennes ont noires.

Cet insecte n'est bien connu que sous son état parfait ; on sait cependant ue sa larve vit sous terre , où elle se nourrit de racines , et qu'elle est molle , 'un blanc jaunâtre, composée de treize anneaux, avec une tête arrondie, eux antennes courtes et filiformes , six pâtes courtes et écailleuses. L'insecte arfait parait sous le climat de Paris vers le solstice d'été; il se rassemble en oupessurles peupliers , les frênes , maie par préférence sur les frênes , dont il évore les feuilles. Ainsi rassemblés , ils répandent une odeur forte , vireuse , angereuse même à respirer , qui annonce le voisinage des essaims , et dirige |eax qui veulent en faire la récolte. Cette récolte se fait le matin , avant le ler du soleil , et lorsque les cantharides sont encore engourdies par la fraîcheur l'humidité de la nuit. On secoue les arbres au-dessous desquels on a étendu s draps destinés à recevoir les insectes ; on fait mourir ceux-ci à la vapeur du maigre chaud , et on les fait sécher au soleil ou dans une étuve. Il est de la plus grande nécessité que la dessiccation soit parfaite , et que les hntharides amenées à cet état soient renfermées dans des vases hermétiqueent fermés, ou au moins déposées dans un lieu très-sec. Autrement elles ne rdent pas à devenir la proie des mites et des anlhrènes , qui en détruisent les rties les plus actives et finissent même par les rendre presque inertes (voyez

DiCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

le Journal de chimie médicale, tom. 3 , pag. 49 et 435). Ce que les expériences que j'ai faites à ce sujet m'ont offert de plus intéressant, c'est la distinction de trois genres de mites , dont l'un se rapporte exactement à celui que l'on a décrit et dessiné sous le nom de sarcopte de la gale. <s Cet insecte , disais-je alors , » se répand très-facilement sur le corps humain ; car on ne peut toucher le lon cal qui le renferme sans le ressentir, quelques minutes après, au visage et 1) partout où peuvent s'être portées les mains. Si , comme je le crois , cet anin mal est le même que le sarcopte de la gale, il me serait facile d'accorder fi ceux qui l'ont observé dans cette maladie avec ceux qui n'ont pu l'y voir, n J'admettrais qu'il n'est pas essentiel à la gale qui pouriait exister sans lui ; « mais si on le suppose amené d'ailleurs , ou produit par la malpropreté , il s'atn tachera aux pustules et s'y multipliera , comme dans tous les lieux humides n où se trouvent des matières animales désorganisées. »

L'analyse des cantharides a été tentée par plusieurs médecins chimistes , tels que Thouvenel et Beaupoil , dont les recherches ont été poussées aussi loin qu'on pouvait l'espérer à l'époque où ils les ont chacun exécutées; mais c'est M. Robiquet qui nous en a fait connaître la composition exacte, et qui, le premier, est parvenu à en extraire le principe vésicant ou la cantharidine. Pour y parvenir , cet habile chimiste a commencé par priver les cantharides de toute propriété vésicante en les faisant bouillir plusieurs fois dans l'eau. La poudre, épuisée et desscchée, ne cédait plus alors à l'alcool qu'une huile neite qui n'était nullement vésicante. L'extrait aqueux , au contraire , traité par l'alcool , s'est séparé en deux parties , l'une noire et insoluble , l'autre , jaune , visqueuse et très-soluble ; toutes deux vésicantes.

La matière noire , parfaitement privée de matière jaune par l'action réitérée de l'alcool bouillant , ne conserve plus rien de vésicant; la matière jaune perd également sa propriété épispastique par l'éther sulfurique. qui en sépare une substance particulière, insoluble dans l'eau et dans l'alcool froid , tlissoluble dans l'alcool bouillant, et s'en séparant parle refroidissement sous forme de paillettes cristallines , qui sont la cantharidine. Celte substance , ainsi isolée de toutes les autres, qu'elle a laissées inertes, est soluble en toutes proportions dans les huiles , et les rend éminemment caustiques. On doit donc la considérer comme le vérit.nble principe vésicant des cantharides.

L'infusion aqueuse des cantharides fraîches contient , en outre des substances précitées, du phosphate de magnésie dissous à l'aide de l'acide urique ; et il est fort remarquable , dit M. Robiquet , que ces insectes , qui ont une action si marquée sur les voies urinaires , présentent dans leur composition plusieurs points d'analogie avec l'urine. Une seule chose me parait encore à éclaircir dans l'analyse des cantharides ; c'est la nature de leur principe volatil , qui ne paraît pas être étranger non plus à l'énergie avec laquelle elles agissent sur l'appareil urinaire. Au moins M. Larrey nous a-t-il assuré qu'on pouvait priver les cantharides de cette propriété si nuisible à leur emploi, en les exposant pendant quelque temps à la vapeur de l'eau bouillante, qui les prive de toute odeur vireuse.

Plusieurs autres coléoptères jouissent de la propriété vésicante, mais dans un moindre degré que la cantharide , et sont en conséquence presque inusités aujourd'hui. Ce sont le proscarabée (meloe proscarabœus) , le luéloë de mai, la coccinelle à sept points , le mylabre de la chicorée , etc. ( Guibourt. )

CANTHARIDE (Considérations toxicologiques et thérapeutiques sur la). Le médecin peut être chargé de constater la présence des cantharides dans plusieurs états : réduites en poudre elles offrent une couleur jaune brunâtre, exhalent une odeur particulière, nauséabonde et tout à fait caractéristique. Si on examine cette poudre avec soin , on voit une foule de petits points brillans d'un beau vert doré, dont l'aspect est lout-à-fait semblable à celui que présentent les cantharides entières. Cette poudre . mise sur le feu , fournit tous les produits des matières animales , et répand , comme elles , une odeur désagréable due à l'huile empyreumatique qui résulte de leur décomposition. Elle colore en jaune l'eai. et l'éther sulfurique , lorsqu'elle macère pendant quelque temps dans ces liquides. Elle peut fournir à l'alcool toutes ses substances actives et constituer une teinture employée quelquefois en médecine. Cette teinture est d'un jaune brunâtre , donne à l'eau un aspect laiteux quand on la mêle avec elle, exhale l'odeur des cantharides et fournit de la cantharidine , quand on l'évaporé et qu'on la traite par l'éther , ainsi que nous l'avons dit plus haut.

On trouve dans les pharmacies divers mélanges de graisse et de poudre de cantharides , sous le titre de liparolées , ou sous celui de rétinolées quand la matière est mêlée à une certaine quantité de résine qui lui donne plus de consistance; les premières constituent les pommades épispastiques , et les secondes les onguens à vésicatoires. Le praticien doit savoir que l'on prépare ordinairement trois espèces de pommades épispastiques. La première est dite pommade forte ou verte ; elle contient Vsa de cantharides. La seconde est appelée pommade moyenne ou jaune; on la confectionne avec Visde cantharides , et cependant elle agit avec moins d'énergie que la précédente , parce que les principes actifs sont mieux disséminés dans la niasse par le fait du mode de préparation que l'on emploie , et qu'une grande quantité de poudre de cantharides en est séparée par la filtration à travers un linge. La troisième , à l'usage des eufans , est préparée avec V-jS de cantharides ; elle est encore mieux privée des résidus de poudre que la précédente , puisque la filtration s'en opère à travers du papier. Les onguens à vésicatoires sont aujourd'hui bien mieux confectionnés qu'autrefois ; les principes de la cantharide y sont mieux incorporés , en sorte que l'on n'est plus obligé de saupoudrer les vésicatoires de poudre de cantharides ; on évite de cette manière l'action énergique de ces insectes sur les organes génito-urinaires. Aussi est-il rare d'employer aujourd'hui des vésicatoires camphrés , quand on se serait bien gardé autrefois de négliger cette précaution

CANTHARIDE

CANTHARIDE

dans les cas où un peu de susceptibilité du sujet pouvait faire supposer une influence trop directe. On a même composé des tafletas vésicans qui se conservent pendant très long lemps sans s'altérer, et qui agissent beaucoup plus promptement. Ces taffetas sont enduits d'une couche très-légère d'une sorte d'extrait dont la composition varie suivant le mode adopté parles pharmaciens, mais qui renferme toujours une quantité notable de cantharidine. MM. Henry et Guibourt ont mis à profit la propriété que possède l'éther de dissoudre facilement cette substance, pour épuiser la poudre de cantharide , faire évaporer l'éther, et obtenir un extrait qu'ils incorporont à de la cire pour l'étendre ensuite sur le taffetas.

L'analyse la plus récente et la plus exacte qui en ait été faite est celle de M. Hobiquet. Il y a trouvé lo une substance blanche en lamelles cristallines, insoluble dans l'eau , à moins que ce liquide ne contienne une certaine quantité d'une matière jaune dont je vais parler ci-après ; soluble dans l'alcool bouillant et dans l'huile; elle s'en dépose en paillettes micacées par le refroidissement, et à la manière de la cétine. On a nommé celte substance cantharidine. 2° Une matière jaune , visqueuse , soluble dans l'eau et dans l'alcool , même à froid , n'exerçant d'ailleurs aucune action vésicante. 3" Une huile verte sans action sur nos tissus, insoluble dans l'eau , soluble dans l'alcool. 4» Une matière noire, soluble dans l'eau et insobluble dans l'alcool , qui ne possède aucune propriété vésicante. 5° Une matière grasse, insoluble dans l'alcool. 6" Du phosphate de chaux et de magnésie constituant la base du squelette de l'insecte; enGn , un peu d'acide acétique et d'acide urique.

L'analyse des élytres , faite par M. Odier , tend à démontrer qu'elles renferment une substance particulière différente de la cantharidine , et à laquelle il a donné le nom de chitine. Elle n'est pas cristallisée ; elle est insoluble dans l'eau et dans les alcalis; elle se dissout dans les acides sulfurique et nitrique, et se charbonne sans changer de forme. Cette substance parait former le quart du poids de l'élytre ; elle s'y trouve unie avec une matière extractive soluble dans l'eau, une huile colorée , une substance animale de couleur brune, et de l'albumine.

Le procédé à l'aide duquel on peut démontrer l'existence de la cantharidine est très-simple. On fait bouillir les cantharides eu poudre dans de l'eau distillée ; on évapore la liqueur jusqu'en consistance d'extrait , et on traite le résidu de l'évaporation par l'alcool bouillant , qui dissout la matière jaune et la cantharicline. C'est à l'aide de l'éther rectifié que l'on sépare ces deux substances ; et, à cet effet, on évapore l'alcool et on agite le résidu avec de l'éther pendant plusieurs heures. L'éther dissout la cantharidine et une partie delà matière jaune ; mais , par le fait de l'évaporation qu'on lui fait subir , il se forme des lames micacées salies par des gouttelettes de matière jaune ; il suffit de traiter ce résidu par l'alcool froid pour dissoudre toute Vx matière jaune sans attaquer la cantharidine.

La poudre , la teinture et tous les composes officinaux dans lesquels entrent les cantharides , peuvent être considérés comme des poisons. Les observations nombreuses que l'on a recueillies à ce sujet ne laissent aucun doute à cet égard. Il résulterait des expériences faites sur les animaux que ces insectes agissent sur l'économie , et par la cantharidine qu'ils renferment, et par le principe odorant et nauséabond qu'ils exhalent. Déjà M. Robiquet avaitfaituneexpériencebien concluante en faveur de la cantharidine : il avait pris la centième partie d'un grain de cette substance , et l'avait appliquée sur sa lèvre ; au bout d'un quart d'heure il était survenu de légères douleurs, et bientôt une petite ampoule, analogue à celle que [yoduit un vésicatoire. M. Beaupoil d'abord, et M. Orfila ensuite, firent sur les animaux des expériences nombreuses, d'où l'on peut déduire les corollaires suivans : l» les cantharides , réduites en poudre , déterminent presque constamment la mort des chiens de moyenne taille , à une dose qui varie cntie trente grains et un gros, que l'œsophage ait été lie' ou non. Des vomissemens suivent le plus souvent l'introduction du poison dans l'estomac; des frissons , quelques mouvemens convulsifs , une agitation dénotant les plus vives douleurs, puis un état d'abattement, sont les symptômes qui précèdent la mort. A l'ouverture du corps, on trouve constamment des traces d'inflammation de l'estomac et ,des intestins. 2° La poudre de cantharides, appliquée dans le tissu cellulaire, à la suite d'une plaie faite à un membre , développe une inflammation locale des plus douloureuses , qui acquiert une grande étendue , et qui amène la mort en peu de temps. Les animaux présentent alors les symptômes qui accompagnoit une phlegmasie considérable, une rougeur assez marquée de la membrane muqueuse de la vessie ; cette rougeur qui , du reste , n'est pas constante , est la seule preuve malériclle de l'absoption des principes des cantharides. 3" Les expériences faites avec la teinture des cantharides injectée dans les veines ne prouvent rien; car l'alcool seul , employé a la même dose, a produit les mêmes effets. 11 n'en est pas de même à l'égard de l'injection d'un gros et demi d'huile d'amandes douces, dans laquelle on avait fait chauffer, pendant un quart d'heure , un gros de poudre des cantharides ; ici la mort a eu lieu au bout de deux heures , et après des accès convulsifs répétés. 4° le principe odorant ou volatil des cantharides est bien peu énergique, puisque douze onces d'eau, provenant delà distillation de deux livres de ce liquide, qui avaient macéré pendant dix heures sur huit onces de cantharides en poudre, n'ont amené la mort qu'au bout de six heures , quoiqu'on eût lié l'œsophage , et que quatre gros de cette eau distillée , injectée dans la veine jugulaire d'un chien, ne l'ont pas incommodée sensiblement. 5» La poudre de cantharides, privée du principe volatil, et appliquée sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien, parait amener la mort un peu plus lard que la poudre non privée du principe volatil; mais les expériences ne me paraissent pas asssez nombreuses pour affirmer ce résultat. G" L'extrait alcoolique de canlhaiides est plus actif

que la poudre. 7» Il paraît exister peu de différence entre la nocuité de l'extrait aqueux et celle de la poudre. 8° L'extrait alcoolique de cantharides, épuisé par l'éther , donne un résidu qui n'a pas sensiblement d'action sur l'économie.! 9° La cantharidine, introduite dans l'estomac, à la dose de dix à douze grains , amène très-promptement la mort. Telles sont les inductions que l'on peut tirer des expériences faites sur les chiens. Voici maintenant ce que nous apprennent les observations recueillies chez l'homme.

Un effet constant de l'ingestion des cantharides dans l'estomac, soit de la poudre, soit de la teinture, soit de l'extrait , c'est d'agir sur l'appareil génito-i urinaire , en diminuant d'abord la sécrétion de l'urine, puis en la supprimant tout à fait, puis, enfin, en déterminant l'hémorrhagie delà membrane muqueuse vésico-urétrale. Lescantharides réveillent, en outre, l'appétit vénérien, quand elles sont administrées à petites doses ; elles produisent un priapisme des plus douloureux, des cuissons à l'urètre, des besoins continuels de pratiquer l'émission de l'urine, lorsqu'elles ont été portées à haute dose. En sorte que , loin de remplir des vues souvent coupables, elles ne font que donner lieu aux douleurs | les plus cuisantes. Ces effets , portés à des degrés divers , suivant la quantité de poison avalée, sont constans. Un second mode d'action a lieu sur le système nerveux, en général, et en particulier sur la moelle épinière; il détermine une excitation suivie de convulsions portées souventà un haut degré, avec des symptômes tétaniques très-marqués. Dans quelques cas même , des phénomènes hydrophobiques ont été la suite de cette sorte d'empoisonnement.. Ces deux ordres de phénomènes sont tout à fait indépendans de l'action locale déterminée par les cantharides; en sorte qu'une inflammation de l'estomac est toujours la suite nécessaire du contact de ces préparations; et si les canthari- i des déterminent une vésication à la peau en trois ou quatre heures , à plus i forte raison la phlegmasie de la membrane muqueuse gastro-intestinale doit-i elle se développer dans un espace de temps beaucoup plus court. Leurs princi-;i pes actifs sont-ils absorbés? tout porte à le croire; car, dans les applications: de vésicatoires recouverts d'une couche abondante de poudre de cantharides, on observe presque constamment des accidens du côté de la vessie.

Lorsqu'un individu a avalé une préparation dans laquelle entre la cantha-i ridine , il éprouve, peu de temps api-ès l'ingestion du poison dans l'estomac, une chaleur forte , un sentiment de brûlure dans la région épigastrique , de la soif, un commencement d'agitation , d'excitation générale contre nature; bientôt de la chaleur se fait sentir dans la région de la vessie ; il éprouve le besoin d'uriner , et, peu de temps après y avoir satisfait , la même sensation se ! renouvelle avec plus d'intensité ; il urine , mais quelques gouttes seulement, i et, au moment de leur éjection, un sentiment de cuisson et de brûlure se développe dans toute la longueur du canal de l'urètre. L'agitation générale est > alors devenue plus active, et tantôt elle prend un accroissement rapide, tantôt elle n'est suffisante que pour développer une exaltation de force contre nature, qui porte l'individu à briser et à rompre des objets qui lui eussent résisté auparavant. L'appétit vénérien est beaucoup augmenté, et le besoin del'éjaculation est quelquefois tellement pressant , que certains individus n'ont pas honte de se masturber en présence même des personnes qui leur sont étrangères , que l'on a appelées pour leur donner des soins, et l'on trouve dans les recueils anciens d'observations , des exemples d'individus qui ont sacrifié à Vénus plus de quatre-vingts fois dans une nuit. Ces exemples, en supposant qu'ils soient bien exacts, sont plus propres à donner un.e idée du degré d'excitation de l'appareil génito-urinaire qu'à présenter le tableau fidèle de ce qui a lieu communément. Ces phénomènes peuvent persister pendant un temps très-variable, i douze, vingt-quatre , trente-six heures , s'accroître de plus en plus , et l'indi- d vidu périr ; ou bien , ils disparaissent graduellement ; mais il reste toujours du | « côté de l'appareil génito-urinaire , une sensibilité , un état douloureux qui ne lii se dissipent que long-temps après. i -

Quelquefois, et ce sont les^cas où la dose de cantharides a été plus forte, } aucun désir vénérien ne se fait observer. On ne remarque que les syptômesl d'une inflammation intense de la vessie, de l'estomac , et d'une excitation géné- i| raie du système nerveux. Ainsi douleur dans les régions rénale et hypogastri- j que, voix faible, respiration laborieuse; pouls petit , concentré, soif dévorante,! sentiment de constriction à la gorge , tel qu'il est impossible d'introduire une i goutte de liquide sans provoquer des angoisses inexprimables ; douleurs aiguës dans tout l'abdomen, ténesme, besoin fréquent d'uriner, mais le malade ne rend, après les efforts les plus cruels, que quelques gouttes de sang, par l'urè- . tre et par le rectum. Dans d'autres circonstances , le système nerveux joue 1^ i rôle principal, ce qui s'observe surtout chez les jeunes gens et chez les femmes i délicates; ainsi quelque temps après l'ingestion du poison, 'des convulsions! surviennent, le malade se roule dans son lit, se jette à terre, se relève et i s'élance furieux sur les objets ou sur les personnes qui l'entourent , jette des ■ cris, tombe dans un délire furibond; les convulsions prennent des caractères i variés : tantôt c'est un emprosthotonos qui se manifeste , tantôt nu opisthotonos , tantôt un trismus des plus marqués avec grincement de dents. Daus i quelques cas le malade a horreur des liquides , en sorte que son état simule i assez bien celai de l'hydrophobie. !

Il n'est pas nécessaire qu'une forte dose de poudre de cantharides ait été prise i pour développer tous ces accidens et amener la mort , et je suis porté à penser , que celle qui tue les chiens serait beaucoup plus que suffisante pour faire; périr l'homme. Ne voit-on pas d'ailleurs à quelles souffrances et dans quel état i sont les personnes auxquelles on a fait prendre quelques grains de poudre de cantharides incorporée au vin, dans l'intention coupable de provoquer chez, elles des désirs vénériens? Ces administrations ont lieu dans toute l'inconsé-l quence de la jeunesse, et les élèves en médecine s'en rendent le plus souvent 1

CAPILLLAIRE.

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