‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 12 sur 234 · RAD · texte numérisé non relu

RAD

radix ,

la racine.

secundum artem ,

selon l'art.

SPIR. V.

spiritus vini,

esprit de viji.

transcribe ,

transcrivez.

Les abréviations les plus généralement consacrées pour exprimer les quantités sont les suivantes :

pour la livre de 16 onces ou 500 grammes.

Q demi-livre de 8 onces ou 250 grammes.

§ l'once de 8 gros ou 32 grammes.

§ J3 demi-once de 4 gros ou 16 grammes.

3 le gros ou dragme de 72 grains , 3 scrupules ou 4 grains.

3 & demi-gros de 36 grains ou 2 grammes.

9 le scrupule de 24 grains ou 13 décigrammes.

9 J3 l6 demi-scrupule de 12 grains ou 6 décigrammes.

G. le grain, ou 5 centigrammes. (P. Jolly. )

ABSINTHE ou aluine, de «privatif, et de tpiv$i>i, douceur, à cause de l'amertume très-prononcée dont sont douées ses fleurs et surtout ses feuilles.

On en distingue deux sortes : la grande, artemisia absinthium , et la petite, artemisia pontica ; l'une et l'autre appartiennent à la famille des corymbifères de Jussieu, à la syngénésie polygamie de Linnée. Elles ont entre elles une grande analogie de caractères botaniques , et partagent les mêmes propriétés médicales , quoiqu'à des degrés différens.

Là grande absinthe , que l'on emploie le plus communément dans les préparations pharmaceutiques , a une odeur extrêmement forte et une saveur des plus amères , propriétés qu'elle communique aux chairs et au lait des animaux qui en usent pour nourriture, et à tous les liquides auxquels on l'unit, surtout aux liqueurs alcooliques.

L'analyse de cette plante, faite par MM. Kunse-Muller , Braconnot, Caventou, y a découvert : !<> une matière résineuse fortement amère qui s'y trouve en très-grande quantité ; 2° une matière azotée également amère ; 3° une autre matière azotée insipide ; 4° une fécule particulière ; 5° une petite quantité de nitrate, d'hydrochlorate et de sulfate de potasse; 6" depetits cristaux très-amers qui se forment dans la teinture alcoolique, et qui paraissent en constituer un principe alcalin. Comme toutes les substances qui contiennent du tannin, elle . subit des altérations par les sulfates de fer et de zinc, l'acétate de plomb et le tartrate de potasse et d'antimoine.

L'huile volatile d'absinthe, mêlée dans la proportion de 3-4 parties avec une

ABSORBANS. ( 36

partie d'acide nitrique de 1,250 , poids spécifique , prend de suite une très-belle couleur bleue-foncée qui se perd de nouveau après quelques heures , et fait place à une teinte brune-noirâtre. Des expériences faites avec d'autres huiles volatiles n'ont pas donné les mêmes résultats. On pourrait, d'après cela , se servir de l'acide nitrique pour reconnaître les sophistications de l'huile d'absinthe par l'essence de térébenthine ou autre.

Les anciens faisaient un très-grand usage de l'absinthe. Galien est un de ceux qui l'ont le plus préconisé comme tonique dans certaines maladies chroniques, et surtout dans les leucorrhées accompagnées de ces douleurs gastralgiques attribuées trop généralement à une débilité de l'estomac.

Haller l'employait dans les maladies goutteuses, et Linnée dit avoir guéri par son usage des aft'ectious calculeuses rebelles.

Beaucoup de praticiens l'ont surtout vantée comme anthelmintique , et l'expérience a souvent justifié celte propriété.

D'autres qui semblent n'avoir étudié les propriétés des médicamens que dans les relations populaires, emploient fréquemment l'absinthe comme emménagogue; mais il n'est pas nécessaire de faire sentir le peu de confiance qu'elle mérite sous ce rapport. Ici, en effet, toute médication doit cire relative aux causes aussi nombreuses que variées qui ont déterminé l'aménorrhée , et l'absinthe, comme la plupart des médicamens dits emménagogues , ne peut recevoir d'utiles applications et n'amener de résultats salisfaisans que dans le très-petit nombre de cas où elle tient à la faiblesse réelle de l'utérus , et où l'estomac d'ailleurs est exempt d'irritation. Beaucoup de praticiens ont aussi employé l'absinthe dans les fièvres intermittentes. Les médecins allemands paraissent en faire un très-fréquent usage. Pinel, Chaumeton, Alibert assurent l'avoir employée avec beaucoup de succès dans leur pratique; mais son efficacité ne peut être , dans ce cas même, comparée à celle des préparations de quinquina. Ellepeut toutau plus être employée comme succédanée de cette substance dans des cas où il serait difficile de se la procurer. On administre l'absinthe de plusieurs manières :

1°. En infusion dans du vin blanc, dans la proportion d'une à deux onces par livre de vin, que l'on donne par cuillerées à bouche : c'est cette préparation dont les anciens faisaient un si fréquent usage sous le nom cVabsinlkites;

2o. En teinture alcoolique que l'on donne à la dose d'un demi- gros à 1 gros ;

3°. En huile essentielle, à la dose de 4 à 5 gouttes;

4°. En sirop, à la dose de 2 gros à 1 once;

5". En poudre, à la dose de 24 h 36 grains ;

6°. En extrait , à la dose d'un demi-gros à 1 gros. ( P. Jollt. )

ABSORBANS [Thérapeutique) , absorhentia. On a conservé le nom d'absorbans aux substances médicamenteuses propres à se combiner chimiquement aux acides qui, dans certaines conditions morbides encore peu connues, se développent dans les différentes portions du canal digestif. C'est un moyen de remédier à un symptôme incommode, et de pallier une affection dont la cause prochaine ne saurait être atteinte directement, et à coup sûr, au moins dans l'état actuel de nos connaissances. Ainsi donc l'emploi des absorbans ne constitue qu'une médication tout empirique , mais que cependant on ne saurait considérer comme tout-à-fait inutile , et que l'on peut conserver dans la pratique , pourvu qu'appréciant exactement sa portée , on n'aille pas exiger d'elle des résultats qu'elle ne saurait donner.

En considérant sous ce point de vue la médication absorbante , il est facile de voir dans quelle classe de substances elle doit choisir ses agens, et par conséquent de reconnaître qu'une foule de matières végétales, qualifiées parles auteurs comme absorbans , ne remplissent pas la condition essentielle, savoir , de fournir des bases salifîables propres îi se combiner avec les acides développés dans lès premières voies. I^es carbonates calcaires et alcalins, les savons, la magnésie, la chaux pure seront donc les seules ou du moins les principales substances propres à remplir l'indication désirée ; elles devront être préférées et présentées dans leur grand état de simplicité. C'est dire qu'il convient de rejeter de la pratique ces médicamens simples ou composés dont les carbonates alcalins , etc. , forment la partie essentielle, et auxquels les accessoires naturels ou accidentels n'ajoutent aucune vertu. Ainsi donc , les yeux d'écrevisses , la nacre de perle , les écailles d'huîtres , l'os de sèche , etc. , ne sauraient rester dans la pharmacopée d'un médccni instruit pour remplir l'indication qui nous occupe; il en sera de même des métaux réduits en poudre impalpable , dont l'action sur les acides est beaucoup trop lente pour être comparée à celle des véritables absorbans. Ce n'est pas ici le lieu de dire quelles affections réclament l'usage des absorbans ; mais il convient de remarquer , relativement à leur administration , que , quelle que soit la cause qui produise les acides dans les premières voies , le praticien qui aura pour objet de remédier aux incommodités qu'ils font naître devra observer s'ils s'engendrent dans telle ou telle partie du canal digestif. Ce serait vainement, en effet, qu'on adresserait à l'estomac ou au tube intestinal des absorbans pour neutraliser des acides dont la source serait dans les organes de la sécrétion buccale. Ce serait alors sous forme de masticatoires qu'il conviendrait de les employer, tandis qvic, dans le second cas, la forme pulvérulente serait préférable, et que dans le troisième il serait plus avaiita geux de les donner en dissolution ou en suspension dans un véhicule abondant L'usage continue trop long-temps de ces médicamens peut avoir quelques inconvéniens , de même que leur administration intempestive. On suppose plutôt qu'on ne le croit par expérience que certains absorbans sont préférables à d'autres. IVI. Gucrsent , par exemple, regarde le savon comme préférable , dans les diarrhées acides , chez les enfans dont la bile est albumineuse et décolorée ; mais il ne dit pas avoir préci .ément constaté ce fait. Une remarque assez importante c'est que l'acide carbonique, développé par la décomposition des car-

) ABSORPTION. I

bonates calcaires ou alcalins , ne s'oppose pas aux bons effets de ces médicamens. \

Telles sont les seules considérations avouées par l'expérience et le raisonnement que l'on puisse donner sur une médication secondaire rarement employée ^ de nos jours, surtout en comparaison de la faveur dont elle jouissait dans les i derniers siècles, par suite des doctrines chimiques alors dominantes. Nous ajou- ] ferons que les substances dites absorbantes peuvent être utilement appliquées aa i traitement des empoisonnemens par les acides, lorsqu'on est appelé à une épo- | que assez voisine de l'ingestion du poison , pour qu'il soit encore non décomposé ' dans les voies digestives. La nouvelle combinaison qui se forme alors n'a plus \ de propriétés irritantes. Il est utile encore de les administrer avec choix et d'une manière mesurée, même à une époque plus avancée, tant qu'il est permis ; de croire que des portions d'acide cheminent dans les voies alimentaires. 1

Le mode d'administration des absorbans est simple et facile , et depuis long- j temps déjà l'on a renoncé aux trochisques, aux terres bolaires, dont il n'est J plus question dans les traités de matière médicale. Quelques particiens jugent j convenable de les associer aux amers. M. Guersent , entre autres , conseille un j mélange de quinquina et de magnésie. Le même auteur recommande d'adminis- j trer les absorbans dans les liquides mucilagineux gommeux. Nous ne voyons j pas l'avantage de ce véhicule ; il nous semble plutôt nuisible qu'utile , vu la i tendance du mucilage de la gomme à subir la fermentation acide. C'est avec plus de raison que, dans les cas où les acides sont accompagnés de diarrhée, • il préfère la chaux délayée dans l'eau , à la magnésie , qui est purgative. j

Ajoutons , pour compléter cet article , que sous le nom d'absoi-bans on a i aussi employé des substances telles que le charbon, les résines, les écorces ' renfermant du tannin et de l'acide gallique , réduites en poudre . et dont on em- j baumait, pour ainsi dire, les parties gangrénées qu'on ne po uvait pas retran- ' cher immédiatement. Cette pratique avait pour but et pour résultat d'arrêter j les progrès de la décomposition putride dans les parties frappées de mort, de ■ stimuler peut-être aussi d'une manière salutaire les parties vivantes contiguës ; 1 enfin, en tout cas, de garantir les malades des accidens que peuvent produire les émanations infectes et l'introduction dans le système vasculaire de liquides plus ou moins altérés ; elle doit être conservée, et aura une utilité plus \ grande, si l'on fait entrer dans ces poudres les chlorures de sodium et de cal- ] cium , dont les bons effets , en pareil cas , sont trop évidens pour être i contestés. ( F. Ratier. ) <

ABSORPTION, sorhere , ab. Phénomène physiologique qu'il importe beau- | coup au médecin de connaître, puisqu'à chaque instant il le met en jeu , soit j par l'emploi des boissons , des alimens , soit par celui des médicamens internes; ou externes. j

Rien de plus simple et de plus facile à saisir que tout ce qui a rapport \ à l'absorption, et cependant rien de plus compliqué et de plus obscur dans les ! traités de physiologie ou dans les articles spéciaux des dictionnaires. C'est i qu'ici, comme dans bien d'autres occasions, les physiologistes et les médecins | ont mis leur imagination à la place de la réalité, et que des préjugés nombreux i et accrédités ont entouré la vérité de nuages épais. j

L'objet de ce Dictionnaire étant surtout pratique , il n'entre point dans mon I plan de faire ici un exposé physiologique complet des phénomènes de l'absorp- j tion; mais, comme il s'agit d'éclairer sur cette question grave l'esprit des méde- j cins-praticieus, et de leur montrer que ce qu'ils regardent comme impossible 1 à comprendre est au contraire quelque chose d'extrêmement simple et très- ] facile à expliquer, nous croyons nécessaire d'entrer dans quelques considéra-', lions sur le mécanisme même de l'absorption; on aura ensuite bien plus de facilité pour saisir les nombreuses applications thérapeutiques dont la nouvelle j théorie est susceptible. ^

Il y a deux points bien distincts dans le phénomène , ou , si l'on veut , | la fonction de l'absorption , Vaction locale et le transport de la matière absorbée j à l'intérieur du corps de l'animal. Ces deux actes sont entièrement différens \ sous tous les rapports, et c'est parée qu'ils ont été toujours confondus que ' l'explication de l'absorption a été singulièrement obscurcie. Ne tombons pas j dans la même faute, et séparons avec soin deux phénomènes si distincts.

§ ler. PHÉNOMÈNE LOCAL DE l'aBSORPTION. i

J'entends par phénomène local de l'absorption, l'acte par lequel une substance i susceptible d'être absorbée pénètre le tissu animal avec lequel elle se trouve \ en contact, quelle que soit d'ailleurs la profondeur à laquelle elle parvienne, j

En attaquant cette question , nous avons dès notre premier pas un préjugé à ] détruire, et, ce qui n'est pas moins important, une vérité simple et utile à I mettre à la place. i

Bichat, qui a exercé une si puissante influence sur les idées physiologiques de j notre époque, avait représenté toutes les membranes, tous les organes, tous j les tissus , comme étant doués d'une propriété vitale particulière , en vertu de f laquelle ses parties différaient essentiellement dans l'état de vie et dans l'état | de mort : mortes , elles présentaient les propriétés physiques de tous les I corps, elles pouvaient par conséquent se laisser pénétrer, imbiber par les ] liquides avec lesquels elles se trouvaient en contact ; vivantes au contraire et j jouissant de la sensibilité organique , ces mêmes parties étaient dans des condi- \ tiens entièrement opposées ; elles fermaient leurs bouches absorbantes a toute .! matière , à tout liquide qui ne serait pas en rapport ai>ec sa sensibilité organique, i tandis qu'elles se laissaient pénétrer avec la plus grande facilité par les matières j qui étaient en rapport avec leurs propriétés vitales. Pour exemple , on citait les fluides des cavités séreuses et muqueuses qui seuls pouvaient être résorbés par les membranes auxquelles ils appartenaient , et on ne manquait pas d'ajouter que si un fluide irritant était placé artificiellement dans une des grandes ca-

ABSORPTION

ABSOPRTION,

vilés du corps, tous les pores de la membrane séreuse se fermeraient à son contact, et qu'il n'y en aurait pas une molécule d'absorbée.

Il faut convenir que ces idées sont agréables à notre imagination; nous aimons à voir des pores imperceptibles , qui se ferment pour certaines molécules, qui s'ouvrent pour en laisser passer d'autres; nous trouvons piquant de rencontrer dans des êtres microscopiques une sorte de raisonnement, d'intelligence, et, dans cette circonstance comme dans beaucoup d'autres, nous nous complaisons, comme le beau Narcisse, à contempler notre image, avec cette différence que nous ne nous apercevons pas que c'est elle qui nous amuse et nous plaît.

Malheureusement nous sommes obligés de renoncer k cet ingénieux roman; car l'expérience en a depuis long-temps démontré et en démontre chaque jour la fausseté.

Il est prouvé aujourd'hui , par des milliers de faits, que ce prétendu choix des bouches absorbantes n'existe pas; un des premiers, j'ai attaqué cette doctrine par des expériences. J'ai montré, par exemple , que, quelque irritante ou même caustique que soit une substance, si elle est quelque instant en contact avec un point quelconque de nos tissus , elle est absorbée en général plus promptement que d'autres substances qui n'auraient pas les mêmes caractères. La pratique de la médecine démontre la même vérité. Mettez une solution de sublimé ou simplement du sublimé en poudre sur un point quelconque de la peau privée de son épiderme, donnez-le en lavement, placez-le dans la bouche , etc. ; ses effets généraux ne se manifesteront-ils pas aussi bien que si vous l'aviez introduit dans l'estomac ou administré sous la forme de frictions ? Bien plus, vous pouvez acquérir physiquement la preuve de cette absorption ; car en analysant le sang du malade ou de l'animal qui a été soumis à l'expérience , vous retrouvez dans ce liquide la matière qui a été absorbée.

Nous verrons ailleurs quelles sont les circonstances physiques , chimiques ou physiologiques qui sont favorables ou défavorables au phénomène local de l'absorption. (Foyez Imbibition.)

Mais par quelle puissance physique ou vitale une substance mise en contact avec nos organes pénètre-t-elle le tissu, jusqu'au point d'ari'iver au système sanguin et de parcourir ay-ec le sang le cercle de son mouvement?

Sans rappeler ici toutes les erreurs qui ont obscurci ce point important de la science, et qui existent encore dans beaucoup d'esprits, d'ailleurs très-éclairés, nous dirons que l'absorption considérée dans son acte local, dans son premier acte, si l'on veut, n'est autre chose que le phénomène AeXimbibition , '<^ropriété physique commune à tous les corps , et d'autant plus apparente qu'ils sont plus poreux. Cette action, qui a quelque rapport avec la capillarité des tubes , en doit être soigneusement distinguée, si l'on ne veut pas tomber dans de graves erreurs relativement 'a sa théorie.

Je renvoie à l'article Imbibition tout ce qui a rapport aux expériences qui établissent la part que ce phénomène prend dans l'absorption , ainsi que les causes qui le modifient. Je le prends ici comme un fait positif, qui rend parfaitement raison des phénomènes locaux de l'absorption, ainsi que la suite de cet article va nous le montrer.

J'établis donc , comme vérité démontrée , que toutes les fois qu'un liquide est en contact avec un point quelconque d'un de nos organes , d'un de nos tissus, il s'y imbibe et s'introduit dans les porosités physiques qui s'y trouvent. Si le corps qui doit être absorbé est solide, il faut d'abord qu'il attire l'humidité de la partie liquide de nos humeurs, et, quand il est liquéfié, il offre les conditions convenables pour pénétrer dans nos tissus. Si au contraire un corps solide , non soluble , est en contact avec l'une de nos membranes , ce corps ne sera point absorbé. C'est ainsi que des corps étrangers, des pointes d'épée , des balles de plomb , des aiguilles, etc., restent des années entières dans la profondeur de nos organes sans jamais être absorbés.

§ II. PHÉNOMÈNE GÉNÉRAL DE i'aESORPTION.

Le second phénomène de l'absorption est le transport de la matière imbibée dans tout le corps. Ce second phénomène est tout aussi facile à comprendre que le premier. L'expérience montre que la substance qui s'imbibe passe , par le fait même de l'imbibition , dans la cavité des vaisseaux capillaires ou même des gros vaisseaux , si l'imbibition se prolonge le temps convenable, comme le prouve l'expérience suivante : détachez l'artère carotide ou la veine jugulaire dans une certaine étendue, séparez le vaisseau du reste du corps par l'interposition d'une carte ou d'une feuille mince de métal, mouillez avec un liquide d'une action énergique et connue l'artère ou la veine; après quelques minutes vous pourrez voir que les effets généraux de la substance se manifesteront, et, si vous ouvrez le vaisseau , vous pourrez vous assurer que les parois sont imprégnées du liquide qui a servi à l'expérience , et que celui-ci est parvenu jusque dans la cavité de l'artère ou de la veine, et qu'ainsi il a dû être entraîné avec le sang et arriver au cœur par l'intermédiaire du système veineux. Ainsi le premier acte de l'absorption est un pliénomcne physique et le second un phénomène mécanique faisant partie de la circulation du sang.

On demande quel rôle jouent les vaisseaux lymphatiques dans l'absorption, eux qui portent encore le nom de vaisseaux ahsorbans , et qui ont été regardés et sont encore considérés par beaucoup d'auteurs comme les seuls agens de l'absorption ; pour éviter les répétitions, j'engage à lire sur cette curieuse question l'article Lymphatique. *

Je me contenterai , pour le moment, de faire remarquer que , possédant les mêmes propriétés physiques que les autres tissus , ils offrent sans aucun doute le phénomène local de l'absorption, je veux dire la faculté de s'imbiber. Mais , comme il est rare que la lymphe ait un cours apparent et qu'on ignore quand Ce cours s'établit , il est difficile aussi de savoir dans quelles circonstances les

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

vaisseaux lymphatiques offrent le second phénomène d'absorption , c'est-à-dire le transport.

Quoi qu'il en soit , examinons l'absorption dans les points du corps où le médecin a l'occasion de la mettre le plus souvent en jeu pour le traitement des maladies , et d'abord occupons-nous de la superficie pour nous arrêter ensuite sur l'absorption qui s'exerce dans les cavités respiratoires ,digestives , urinaires et génitales , partout enfin où il existe des membranes dites muqueuses.

Absorption cutanée. — Une circonstance remarquable est commune'à toutes les diverses surfaces cutanées ou muqueuses, c'est qu'elles sont recouvertes par une couche de mucus , qui , pendant un temps plus ou moins long , suivant l'épaisseur de la couche ou ses autres quahtés physiques, s'oppose à ce que l'absorption puisse s'exercer. A la peau où la couche muqueuse est solide et porte le nom d'épiderme , cet effet est très-sensible ; il l'est moins dans les membranes muqueuses, mais il y est toujours facile à distinguer.

Dans une foule de circonstances , le médecin fait mettre en contact avec la peau des substances liquides ou solides , afin de produire quelque effet thérapeutique. Le praticien éclairé ne doit jamais oublier que , dans certaines circonstances , la substance qu'il met en contact avec l'épidcrme pourrait passer dans la circulation et causer quelquefois des accidens graves ou des effets auxquels il ne désire point avoir recours. Ainsi je ne crois point m'écarter du but particulier de cet ouvrage , en entrant dans quelques détails sur la manière dont s'exerce l'absorption cutanée. Je le fais d'autant plus volontiers que ce phénomène est du petit nombre de ceux dont la physiologie donne une explication rigoureuse.

La surface de la peau est revêtue par l'épidernîo et par les productions épidermiques (poils et ongles). C'est sur cette circonstance qu'il faut arrêter notre attention.

Et d'abord remarquons que l'épiderme n'est pas une membrano. vivante à la manière des tissus ; [c'est une simple couche inorganique , sécrétée continuellement par la peau et destinée à s'user tout en remplissant ses usages , qui sont principalement de garantir la surface du derme du contact immédiat des corps extérieurs.

Une propriété de l'épiderme sur laquelle on n'a peut-être pas assez insisté , ce sont ses propriétés physiques relativement à l'imbibition. Il est certain qu'il n'absorbe les substances avec lesquelles il est en contact qu'avec beaucoup de lenteur comparativement aux tissus vivans. De là l'innocuité du contact des poisons , des virus , des venins sur la peau , surtout quand ce contact n'est que passager. Cette propriété de l'épiderme l'a fait comparer avec raison à une couche de vernis qui protégerait et garantirait la surface du chorion , et cette comparaison est en effet fort exacte , puisque la peau supporte impunément le contact des poisons les plus actifs , tant qu'elle est revêtue de son épiderme et qu'elle perd à l'instant cet avantage si l'épiderme est enlevé.

Il y a cependant une différence importante à établir entre une couche de vernis et l'épiderme. La couche résineuse refuse également l'imbibition par les deux faces , tandis que l'épiderme se comporte bien différemment. Il est presque imperméable par la face interne : c'est ainsi que nous voyons des vésicules, des phlyctènes conserver pendant plusieurs jours le liquide qui les remplit. De même, l'eau placée dans un sac d'épiderme ne s'évapore qu'avec une tvès-graude lenteur, si ce liquide est en contact avec la face cutanée; si au contraire le liquide était en rapport avec la face externe , l'évaporation s'en ferait avec une très-grande promptitude, {l^ojez Epiderme.)

Comme l'épiderme ne jouit pas de la vie et qu'il est sur la peau d'un homme vivant avec les mêmes propriétés que sur le cadavre , il est important de constater cette singulière propriété qui tient certainement à la disposition différente de ses porosités à ses deux faces.

Concluons que, malgré l'obstacle que l'épiderme met à l'absorption cutanée, ce phénomène doit cependant arriver sans beaucoup de difficulté, puisque la face externe de l'épiderme est justement celle qui offre le plus de perméabilité.

Lorsqu'on plonge un malade dans un bain d'eau simple , en raison de la présence de l'épiderme, il n'y a , dans les premiers temps, aucune absorption. Ce fait important résulte d'expériences directes. Mais , si le séjour se prolonge plusieurs heures , il est à croire qu'il y a de l'eau d'absorbée, bien qu'aucune expérience positive ne l'ait encore démontré. Cependant , comme on voit , particulièrement en certains points , l'épiderme s'imbiber d'eau , s'épaissir et devenir d'un blanc opaque , il est difficile que l'eau n'arrive pas à la face cutanée , et que là elle ne se trouve en contact avec les capillaires sanguins de la face externe du derme; et par conséquent il est physiquement nécessaire que l'absorption ait lieu.

Ce phénomène d'imbibition de l'épiderme se voit encore manifestement dans l'application des cataplasmes émolliens , des fomentations , etc. , etc. Dans ces circonstances, on remarque souvent que les substances médicamenteuses, l'opium, par exemple, produisent des effets généraux, bien qu'elles n'aient été employées que localement ; c'est qu'en effet elles ont été absoi'bées.

Le degré de résistance de l'épiderme à l'imbibition est loin d'être le même pour toutes les substances liquides. S'il résiste long-temps à l'eau , il cède beaucoup plus promptement aux huiles grasses, aux huiles essentielles, à l'alcool et surtout aux éthers. Ces derniers liquides n'éprouvent presque aucune difficulté à traverser l'épiderme. Aussi l'expérience a-t-elle depuis long-temps démontré l'utilité du mélange ou de la dissolution des médicamens dans les huiles, les graisses, l'alcool, etc., quand il s'agit de les administrer par la voie de l'absorption cutanée.

C'est en grande partie pour favoriser l'imbibition de l'épiderme , et faire parvenir les médicamens à la face vasculaire du chorion, que l'on emploie Ics

ABSORPTION

ABSORPTION

frictions , et comme cette imbibition est d'autant plus prompte que la couche à traverser est plus mince, on choisit de préférence, comme chacun sait, la partie interne des membres. Mais on sait que le même phénomène se produit dans tous les points de la peau ; la seule différence qui existe entre les divers points , c'est l'épaisseur et le degré de perméabilité de l'épiderme.

Puisque telles sont les propriétés de l'épiderme , et puisque sa présence à la surface de la peau est le seul obstacle à l'absorption immédiate des substances destinées à pénétrer dans la circulation, il est clair que si la peau est accidentellement dépouillée de son épiderme , que si on l'en prive artificiellement, ou bien que si l'on perce la couche épidermique pour placer au-dessous, c'est-àdire directement sur le chorion, des médicamens , des virus ou des poisons, l'absorption s'en fera avec promptitude. Cette absorption se voit quand on place des malades qui ont des boutons ulcérés, des écorchures , dans des bains médicamenteux. Dans ces cas, lés expériences ont établi d'une manière certaine l'absoi-ption cutanée , ainsi qu'il est facile de s'en rendre compte , d'après la théorie de l'absorption que nous avons énoncée.

Le phénomène est tout aussi évident dans les inoculations de la variole , de la vaccine chez l'homme ; c'est pour le déposer sous l'épiderme qu'on place le virus sur la pointe d'une lancette. ( Voyez Inoculation , Vaccination.)

La méthode curative dite endermie est fondée sur le même principe , puisc{u'elle n'a d'autre but que d'enlever l'épiderme par l'application d'un vésicatoire , et de placer ensuite sur la surface du chorion le médicament qui doit être absorbé. { A^oj^es Endermie. )

Absorption de la membrane muqueuse du canal intestinal. — L'absorption qui s'exerce à la surface muqueuse digestive étant celle qui est le plus souvent mise en jeu dans l'état de santé et dans celui de maladie, soit pour les besoins habituels de l'économie, soit pour l'introduction de divers médicamens, mérite une attention toute particulière. Cette absorption ne diffère de celle de la peau qu'à raison de la disposition physique du mucus et de l'arrangement anatomique des radicules veineuses. Et d'abord, remarquons que, chez l'homme, il n'existe réellement d'épiderrae muqueux que depuis les lèvres jusqu'au cardia , où il se termine par des franges trés-apparentes; mais aussi toute la partie susdiaphragmatique du canal intestinal est bien plutôt un agent de transport et de broiement qu'un lieu d'absorption. Cependant comme l'épiderme y est mince et qu'il se laisse facilement imbiber, comme on en a fréquemment l'exemple aux lèvres dans l'usage de certains alimens acides ou gras , quelques médecins ont choisi la bouche , et particulièrement les côtés de la langue et les gencives pour y faire absorber des substances médicamenteuses ; et l'expérience a prouvé que l'imbibition s'y exerçait promptement , ce qu'il faut attribuer en partie à la température élevée de la cavité buccale, à l'absence presque complète du mucus, et au grand nombre de capillaires veineux qui se voient sous l'épiderme des parois de la bouche. Cependant la médecine ne tire pas encore tout l'avantage qu'elle pourrait tirer de l'absorption qui se fait dans la bouche. On pourrait , dans beaucoup de circonstances , y faire séjourner des substances actives qui seraient promptement absorbées.

C'est surtout dans l'estomac que l'absorption mérite d'être examinée. Cet organe présente les conditions les plus favorables pour une absorption prompte; et en effet, cette fonction est une de celles qui lui sont propres. A la surface de l'estomac point d'épiderme, une simple couche de mucus peu épaisse, et qui se laisse aisément traverser par les substances sur lesquelles l'absorption va s'exercer. Aussi chacun sait que les boissons les plus abondantes disparaissent avec rapidité'quand elles ont été introduites dans l'estomac , et avec d'autant plus de promptitude , que leur température et leurs propriétés chimiques les rendent plus propres à s'imbiber dans les vaisseaux sanguins capillaires de l'estomac. L'expérience apprend que ces boissons, par exemple, sont presque absorbées tout entières dans l'estomac avant de franchir le pylore. En effet, une ligature appliquée sur ce dernier point ne recule pas de beaucoup l'instant où tout le liquide introduit dans l'estomac doit être absorbé. Il est fort probable que toute l'imbibition de l'estomac se fait par les radicules veineuses, et que les lymphatiques y ont fort peu de part.

Dans l'intestin grêle, l'absorption est aussi fort prompte, et tout y est disposé pour que les substances liquides ou autres soient successivement en contact avec un grand nombre de points où s'exerce l'imbibition. Ici , comme dans l'estomac, les capillaires veineux sont très-abondans ; ils forment de nombreuses papilles, qui ont le grand avantage de multiplier et d'accroître la surface d'absorption ; le mucus est peu visqueux et se laisse d'autant mieux pénétrer. Mais, indépendamment de toutes ces circonstances, la surface de l'intestin grêle offre les orifices du système absorbant chylifcre, ce qui a fait croire long temps que c'était par cette voie et non par celle des veines que les boissons et les médicamens étaient absorbés , par analogie; d'où on avait déduit que l'absorption s'exerçait constamment par les vaisseaux lymphatiques , qui , pour cette raison , se nommaient et se nomment encore absorbans.

On sait aujourd'hui, de manière à n'en point douter, que le système chylifère n'a d'autre oflice que d'absorber le chyle, et ce rôle est bien assez important parmi les fonctions pour qu'un seul appareil d'organes en soit chargé {voyez ma Physiologie, tom. ii, article Absorption exercée parles veines). Ainsi, excepté le chyle, toutes les substances en contactavec la surface muqueuse de l'intestin grêle sont absorbées par les veines mé.seutériques et par le même mécanisme que partout ailleurs, c'est-à-dire par l'imbibition.

Le gros intestin est aussi le siège d'une absorption d'autant plus active qu'il ne s'y sécrète point, comme dans l'estomac, une liqueur abondante et acide qui agit sur les substances médicamenteuses. Depuis que les expériences physiologiques ont bien démontre les caractères de ses propriétés absorbantes, sa

surface est fréquemment choisie pour y faire absorber des substances énergiques , telles que l'opium dans les cas de douleurs aiguës , et de la quinine dans le cas de fièvres intermittentes ; et , en général , les praticiens n'ont eu qu'à se louer d'avoir préféré cette surface absorbante. Elle offre en effet des dispositions physiques favorables à l'absorption : nul épiderme , si ce n'est au bas du rectum, peu de mucus et des recoins ou anfractuosités où peuvent séjourner les matières à absorber; enfin un mouvement péristaltique en général lent et qui ne s'oppose point à un contact suffisamment prolongé , pour que l'imbibition ait lieu.

Absorption des voies aériennes . —"La. membrane muqueuse qui revêt les voies aériennes jusqu'au voisinage des vésicules ou plutôt des cellules pulmonaires , jouit des mêmes propriétés que les autres membranes de ce genre. L'imbibition s'y produit d'autant plus facilement, que le mucus y est peu abondant. Aussi les diverses substances que l'on place dans les fosses nasales sontelles dans le cas d'être absorbées , et cette surface est devenue plus d'une fois le lieu d'entrée d'un poison dans la circulation. Sous ce rapport, le méat auditif, la cavité de la caisse du tympan et la surface de l'œil diffèrent peu de la membrane qui recouvre les organes de la respiration ; ils offrent les circonstances les plus favorables à l'absorption. J'ai plus d'une fois empoisonné des animaux en mettant quelque substance délétère à la surface peu étendue de ces parties. Il est rare cependant que la muqueuse aérienne soit dans le cas d'exercer son pouvoir absorbant sur des liquides ou des substances solides et solubles ; car ce n'est guère que les gaz et les vapeurs qui la traversent pour pénétrer de là dans les organes circulatoires. Mais le mécanisme de ce genre particulier de phénomènes , qui doit être distingué avec soin de l'imbibition , mérite une étude spéciale. ( Voyez Perméabilité. )

Dans les expériences sur les animaux vivans , la promptitude avec laquelle les substances appliquées sur la muqueuse aérienne et dans les cellules du poumon est telle qu'elle semble instantanée. Cet effet, qui paraît si surprenant, tient bien moins à la rapidité de l'imbibition qu'au peu de chemin qu'a , pour arriver au système nerveux , la substance absorbée , en parcourant le système circulatoire. Dans ce cas, en effet, la substance est absorbe'e parles capillaires veineux pulmonaires; elle se trouve presque instantanément au ventricule gauche, et passe sans retard dans l'artère aorte.

Absorption à la surface muqueuse génito-urinairs. — Cette surface est dans les mêmes conditions que les autres membranes muqueuses , et se comporte de même. Cependant , comme elle a peu d'étendue , l'imbibition ne peut y être très -abondante dans un temps déterminé. Cependant elle est assez active pour qu'on y ait égard , quand on prescrit des injections narcotiques ou autres , dans le vagin, l'urètre ou la vessie.

Absorption aux surfaces ie'reuie*. —• L'imbibition qui s'exerce par les membranes muqueuses est toujours plus ou moins empêchée par la présence du mucus à la surface de ces membranes qui , en outre , ne paraissent pas offrir les conditions physiques les plus favorables à l'imbibition. Il est bien loin d'en être de même pour les membranes séreuses , qui semblent , au contraire , principalement destinées à exercer l'imbibition. L'expérience a appris en effet que ces membranes s'imbibent avec une promptitude extrême de toutes les substances liquides avec lesquelles on les met en rapport ; et comme elles sont en général environnées de vaisseaux sanguins dont les dernières ramifications semblent se terminer dans leur tissu celluleu.x , il en résulte que le phénomène de transport suit rapidement le phénomène local. Ici se place une réflexion utile à la thérapeutique des hydropisies. Rarement dans ces maladies, quand elles sont simples, les membranes séreuses qui contiennent dans leur cavité la sérosité épanchée changent-elles de propriétés physiques , et par conséquent ce n'est pas par défaut d'imbibition que l'épanchement s'est accumulé. C'est donc dans les organes de la circulation qu'il faut chercher les causes des hydropisies ; aussi est-ce le plus souvent dans le cas d'affection organique du foie , du cœur, des gros vaisseaux, du poumon qu'on voit se développer les hydropisies. Il y a sans doute des cas d'hydropisies qui succèdent à des inflammations séreuses ; alors l'épanchement paraît dépendre du défaut d'imbibition.

Absorption exercée par les membranes synot'iales. — Ce qui vient d'être dit de l'absorption considérée dans les membranes peut s'appliquer, sans importante restriction, aux membranes et capsules synoviales. Cependant la synovie n'étant pas un fluide aqueux et albumineux comme la sérosité , et offrant , au contraire, une viscosité onctueuse prononcée , il est à penser que l'imbibition n'y est pas aussi rapide que dans les séreuses proprement dites. De plus , les synoviales n'étant pas entourées de vaisseaux sanguins abondans comme les séreuses, le rapport des matières imbibées doit y être plus lent. Ceci n'est point applicable aux franges synoviales qui sont au contraire dans les dispositions physiques les plus favorables pour exercer l'imbibition et le transport.

Absorption du tissu cellulaire. — On peut avec facihlé distinguer dans ce système les deux phénomènes qui composent l'absorption , car ils y offrent des caractères opposés. L'imbibition est très-active dans toutes les lames celluleuses, et, sous ce rapport, elles ne le cèdent en rien aux membranes séreuses. Cependant quand on introduit une substance énergique dans les points où la cellulosité est abondante , ses effets ne se manifestent qu'avec une certaine lenteur , dix minutes , un quart d'heure par exemple. Ce retard ne doit point être attribué à l'imbibition qui est extrêmement rapide , ainsi que je viens de le dire, mais à la rareté des vaisseaux sanguins qui viennent se distribuer aux lamelles du tissu cellulaire, et qui ne peuvent ainsi s'emparer que fort lentement des substances imbibées. On peu t j uger en même temps de l'énergie de l'imbibition et de la lenteur du transport dans l'absorption cellulaire par les phénomènes des ecchymoses; on sait avec quelle promptitude les lieux celluleux deviennent

ABSTINENCE

noirs et successivement bleus et jaunes , et quelle durée il faut , au contraire , pour que toutes les parties du sang extravasées et imbibées disparaissent complètement.

Absorption parenclijmateuse. — Ce genre d'absorption qui est souvent mis en jeu dans les blessures que causent les armes empoisonnées , les morsures des animaux venimeux ou malades mérite une attention particulière sous le rapport pratique , puisque ce doit être de la théorie physiologique de l'absorption , et non d'un aveugle empirisme , que doivent être déduits les moyens curatifs à employer.

Les phénomènes sont de même que partout ailleurs , locaux ou généraux , c'est-à-dire imbibition et transport. La promptitude de l'imbibition dépend, comme dans les autres points des propriétés physiques du tissu et de la solubilité de la substance délétère ou autres. Mais ce premier phénomène d'absorption n'étant nullement dangereux en lui-même , quelle que soit l'activité vénéneuse ou venimeuse de la matière imbibée , ne doit pas principalement fixer l'attention ; c'est dans le transport delà matière parles vaisseaux sanguins qu'est tout le danger , et c'est aussi contre ce dernier que tous les efforts doivent être dirigés, et, sous ce rapport, les organes pourraient être rangés en diverses séries :

lo. Les parenchymes où le sang n'est pas contenu dans des vaisseaux , et où par conséquent le transport de la matière se fait immédiatement. Tels sont les corps caverneux de la verge , du clitoris, la rate, les os , surtout leurs parties spongieuses et diploïques , etc.;

2°. Le tissu où les vaisseaux sanguins sont très-abondans , comme la peau , surtout celle du visage , les muscles , le foie , les reins , le cerveau et la moelle epinière, eu y comprenant les membranes vasculaires qui les enveloppent;

3". Les tissus où il y a fort peu de vaisseaux sanguins, comme les cartilages, les fibro-cartiîages, les tendons, les aponévroses , les nerfs, etc.

Il est facile de comprendre quel degré diffèrent de danger existe si la substance délétère est introduite dans l'une ou l'autre de ces trois classes d'organes; mais cette matière est trop importante pour être traitée dans cet article déjà trop long. ( ^q/ez Inoculation , Empoisonnement, (Morsure venimeuse et

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