VÉNÉNEUSE.) , (MAGENDIE
ABSTINENCE, s. î. abstinentia , de abstinere , s'abstenir. Nous désignons ici par ce mot, qui peut s'appliquer à une privation quelconque, la privation complète ou incomplète des alimens , soit solides soit liquides, dont on use ordinairement, ou la privation exclusive de quelques-uns de ces alimens.
L'abstinence peut être observée par un individu sain ou par un individu malade.
L'abstinence complète chez un homme sain, ou la privation absolue d'alimens et de boissons , causée par un événement qui met dans l'impossibilité de se les procurer, produit les phénomènes suivans, caractérisés par une alternative de langueur et d'excitation. Premier degré .• Quand le bien-être et le sentiment de forces qui suit la digestion sont passés , que la sensation de la faim s'est de nouveau manifestée et n'a point été satisfaite, cette sensation devient de plus en plus vive, se transforme en douleur; alors, faiblesse de toutes les fonctions , l'absorption exceptée ; faiblesse dans l'exercice des sens et des muscles ; facilité moindre dans celui des organes encéphaliques ; lenteur dans la circulation et la respiration; diminution de la chaleur animale et des sécrétions diverses. Ces premiers phénomènes d'une abstinence récente cessent à l'instant même où des alimens sont déposés sur la surface gastrique , et avant qu'ils n'y aient subi aucune altération. La faiblesse n'est encore, dans ce cas, que sympathique ; elle n'est qu'un avertissement donné au chef des organes de relation. Deuxième degré : Si l'abstinence continue , le cerveau perçoit dans l'estomac et dans les h'ypochondres une sensation pénible, d'abord des tiraillemens , puis des douleurs atroces ; tous les phénomènes précédens augmentent d'intensité ; ainsi , inaptitude au mouvement et même à toute espèce de travail , ardeurs de la bouche et du pharynx , àcrelé de la salive , développement extrême de la soif, sécheresse de la peau , rareté de l'urine qui devient brûlante, dessèchement de la conjonctive, rougeur des yeux. Troisième degré : Excitation du cerveau transmise aux sens, aux muscles, etc., exaltation des forces, égarement de la raison, transports désordonnés. Quelques auteurs, surtout depuis la publication de la relation du naufrage de la Méduse, ont joint à ces phénomènes le développement de la fureur , la manifestation d'un délire féroce. Je suis loin de nier l'existence de ce genre de délire ; mais je crois 1° qu'il n'est pas plus constant que tout autre ; la qu'il est dû à un concours de circonstances qui se joignent à la privation d'alimens. La nature particulière du délire ne peut être déterminée que par une disposition particulière de l'encéphale. Ces hommes en effet qui , sur le radeau de la Méduse , se montraient, dans leurs transports, tour à tour agités par les furies de la plus aveugle férocité , dominés par la plus insigne lâcheté , poussés par tout ce que la perfidie a de plus hideux ; qui , dans leur monomanie , se précipitaient, avides de meurtres et de cruautés , sur des compagnons innocens et protecteurs de leur infortune; qui, lorsque le radeau était jonché des cadavres de leurs complices , tombaient aux genoux des chefs , leur demandaient pardon , puis, de nouveau dévorés d'une insatiable soif de destruction, jetaient à la mer le peu de vin qui pouvait soutenir leur vie , et recommençaient avec perfidie leurs odieuses tentatives; ces misérables, dis-je, tous recrutés à Toulon, à Brest et à Rochefort, étaient l'élite des bagnes, où, suivant MM. Corréard et Savigny, on avait écumé ce qu'il y avait de plus impur pour en former la force chargée de la défense et de la protection de la colonie; tous ces héros de carnage portaient sur l'épaule la décoration qu'avaient méritée leurs exploits. Les hommes, au contraire, qui s'efforçaient de réprime i
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tant d'atrocités , étaient ou des membres distingués de l'ordre social , ou de laborieux ouvriers , ou de courageux matelots , mais tous étaient d'honnêtes gens ; aussi, au lieu du délire féroce qui s'emparait des bandits, ces hommes éprouvaient un délire, varié à la vérité de mille façons, mais dont auci;ue n'était préjudiciable à leurs semblables. Le délire destructeur n'est donc pas , comme on le répète à tort, plus constamment produit que tout autre par l'abstinence, et la nature particulière du délire tient , je le répète, à l'organisation individuelle. Maintenant il est diflicile d'attribuer à l'abstiaence seule, comme le font les auteurs modernes qui ont traité ce sujet, les divers symptômes cérébraux éprouvés par les naufragés de la Méduse; il est même difficile de mettre cette- cause en première ligne, comme le fait M. Savigny lui-même, l'une des plus courageuses victimes de cette catastrophe , quand on a lu avec soin sa relation. La perte du sommeil et l'influence permanente d'une chaleur brûlante me paraissent avoir eu plus de part encore que l'abstinence à la production des symptômes cérébraux, « On ne peut, dit M. Savigny, se figurer combien la circulation est accélérée, lorsqu'on est exposé aux feux du soleil de l'équateur. .T'éprouvais des maux de tête insupportables; je pouvais a peine maîtriser Timpétuosité de mes mouvemens ; pour me servir d'une phrase très-connue , mon sang bouillonnait dans mes veines ; tous mes compagnons étaient atteints de la même excitation {Naufrage de la Méduse, 1821 ). » Qu'on se rappelle maintenant que les naufragés étaient dans l'impossibilité de dormir, obligés de se tenir sur leurs gardes contre la fureur des flots , plongés dans l'eau jusqu'à la ceinture, et tellement serrés l'un contre l'autre (avant que la mort vint éclaircir leur groupe ) , qu'ils ne pouvaient faire un pas ; qu'on se rappelle qu'à l'époque même où leur nombre est déjà considérablement diminué, pendant la quatrième nuit , ils ne peuvent encore reposer que debout , ayant l'eau jusqu'aux genoux, serrés les uns contre les autres pour former une masse immobile ; qu'on se rappelle, d'un autre côté, que le besoin excessif du sommeil , joint à l'impossibilité de s'y livrer , causée par la douleur ou par toule autre cause , jette lui seul dans un état comateux et une espèce de délire ; qu'on joigne à tout cela la rage et le désespoir de malheureux si lâchement abandonnés , si insidieusement voués à une mort horrible et certaine , et l'on n'aura nulle peine à trouver autre part que dans l'abstinence la cause du délire. 11 se trouve ici dû à un assemblage de circonstances jusqu'alors inouïes dans les fastes de l'infortune , et qui ne semblent s'être réunies sur un aussi étroit théâtre , que pour éterniser le souvenir de tout ce que la douleur a de cruel , le désespoir de déchirant , la fureur d'insensé , et le courage d'héroïque. Quoi qu'il en soit de la nature du délire observé dans l'abstinence , ce symptôme est bientôt suivi du plus profond abattement, et la mort survient après un intervalle de temps qui varie selon les individus.
Pendant les phénomènes énoncés ci-dessus , il se passe encore dans l'économie quelques autres changemens : l'estomac revient sur lui-même par l'action de sa membrane musculeuse ; il se dégage d'entre les lames de la membrane séreuse , et tire un peu à lui le duodénum; sa membrane muqueuse se ride ; ses parois paraissent plus épaisses ; ses follicules muqueux , ses papilles nerveuses font saillie dans son intérieur ; sa cavité présente encore , dans les premiers jours de l'abstinence , du mucus et quelques bulles d'air. Il reçoit moins de sang; mais ce n'est pas, comme ledit Dumas, parce que ses vaisseaux sont plus flexueux , et ses nerfs plus comprimés : c'est tout simplement parce que cet organe manque de son excitant naturel; c'est par cette même raison que la bile cystique , au lieu de couler dans le duodénum où elle n'est plus appelée -, reste dans la vésicule, où elle devient d'autant plus noire que l'abstinence est plus prolongée. Bichat avance ne pas avoir vu moins de sang dans l'estomac chez les animaux qu'il a tués après les avoir fait jeûner , que chez ceux qu'il a tués en les nourrissant. Si, comme je n'en puis douter , cette assertion de Bichat , en opposition avec ce qu'ont vu Dumas , MM. Chaussier et Magendie , est vraie , cela tient à ce que l'abstinence avait été assez prolongée pour qu'il se fût développé un haut degré de gastrite. Tandis que se passent ces changemens locaux , le sang s'appauvrit de molécules alibiles , l'exhalation diminue sur les surfaces sécrétoires et dans le parenchyme des organes ; au contraire , l'absorption est considérablement augmentée ; les aréoles du tissu lamineux sont dépouillées de ce qu'elles avaient en réserve ; la graisse est la première enlevée, et cet enlèvement est apparent au bout de deux jours ; les autres sucs blancs sont ensuite à leur tour absorbés ; les molécules de toutes ces sécrétions sont rapportées de nouveau dans la circulation , sont de nouveau présentées à l'action pulmonaire, enfin sont de nouveau distribuées aux organes pour servir à leur nutrition. Bientôt les exhalations cessent, la graisse et la sérosité disparues laissent s'affaisser les aréoles du tissu lamineux, et toutes les parties molles , cônsidérablement diminuées de volume , donneraient bientôt au corps l'aspect livide du cadavre , si les yeux n'étincelaient dans le fond de leurs orbites. Alors l'absorption s'exerce sur les tissus et bientôt sur les organes eux-mêmes ; l'estomac sans force n'est plus rétracté sur lui-même , mais passivement affaissé ; il est dépouillé de tous ses sucs , et, suivant Dumas et M. Magendie , l'absorption s'exerce jusque sur sa membrane muqueuse , que Hunter , avant ces physiologistes , a dit avoir trouvée corrodée chez un homme mort d'abstinence (cette prétendue co7voi2o/î n'était sansdoute qu'un ramollissement consécutif àl'inflammation). Cette absorption universelle et prodigieuse a pour but de fournir des matériaux au sang , et de faire vivre l'économie d'elle-même. Mais ces emprunts faits aux organes ont un terme; ce sang, qu'aucune substance extérieure ne renouvelle, diminue de volume en même temps qu'il acquiert, peut-être par un excès d'animalisation, des propriétés irritantes. C'est ce changement de quantité et de qualité qui produit en partie et cette excitation du cerveau et ces contractions du cœur qui se multiplient pour suppléer par leur vitesse au
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trop peu de matériaux que chacune d'elles envoie aux organes. Le pouls enfin devient de plus en plus petit et fréquent , et la vie cesse dans un accès de délire , de convulsions ou au milieu d'un évanouissement.
Les cadavres des individus morts d'abstinence présentent les vaisseaux vides de sang, les solides et les fluides dans un état phosphorescent. Le docteur Vimont, médecin à Caen, m'a assuré avoir ouvert le cerveau de beaucoup d oiseaux et de quadrupèdes qu'il avait laissés mourir de faim, et avoir trouvé constamment chez ces animaux les deux substances cérébrales très-rouges. Cet état n'implique pas contradiction avec la vacuité des vaisseaux ; car une inflammation locale peut exister chez l'individu le plus exsangue. Cette rougeur des substances cérébrales ne peut-elle pas, d'un autre côté, lendre compte du délire observé chez l'homme dans les derniers temps de l'abstinence?
11 est impossible de préciser l'époque de la mort chez les individus soumis à l'abstinence. Hippocrate prétend qu'elle ne peut laisser subsister la vie au-delà du septième jour. Il existe des exemples d'abstinence prolongée pendant un temps plus considérable; mais ils ont été observes chez des femmes valétudinaires , très-faibles , ne faisant point d'exercice , et ne perdant que très-peu par les divers émoiictoires. Le sommeil et certains états du cerveau , pendant lesquels l'organisme dépense peu , permettent une longue abstinence. On cite, dans des ouvrages de médecine, l'exemple d'un homme qui ne s'éveillait que tous les huit jours pour prendre des alimens , et tout le monde sait que les animaux dormeurs , tels que la marmotte , par exemple , observent l'abstinence complète pendant toute une saison. Les effets de l'abstinence varient, au reste , suivant les âges , les tcmpéramens, les sexes, les saisons , les climats et les localités. Tout le monde connaît les aphorismes suivans d'Hippocrate : Senes J'acillimè jejunium ferunt; secundo œtate consisteiites , minimè adolescentes , omnium minime pueri ; ex his autem (jui inter ipsos sunt alacr-ioT'cs (sect. 1""^, Jph. 13). /Estate et autumno cihos dijjicillimè ferunt; hieme facillimè ; deindè ■vere (ibid. , Aph. 18). Il est facile d'expliquer ces sentences du père de la médecine. L'activité de l'estomac est, par une admirable sympathie, en rapport avec les besoins généraux tle l'économie. Cette activité est donc plus vive dans l'enfant qui se nourrit et s'accroît, que dans l'adulte qui n'a besoin que d'entretien. Par la même raison, elle est moindre dans le vieillard que dans l'adulte dont les mouvemens sont plus rapides , les pertes plus considérables ; il résulte de ce qui précède que l'enfant supporte plus difficilement l'abstinence que l'adulte , et celui-ci plus que le vieillard. Il en est de môme des tempéramens : les plus actifs, ceux chez lesquels la vie marche avec le plus de rapidité , sont ceux qui supportent le moins bien l'abstinence. On peut dire la même chose des sexes ; la femme, en admettant que sa constitution porte à moins de dépense que celle de l'homme , supportera mieux l'abstinence que lui. Pour ce ([ui est des saisons , des climats et des localités, on peut avancer que si l'abstinence est plus difficilement supportée pendant l'hiver que pendant l'été, dans un climat froid que dans un climat chaud , sur un lieu élevé que dans un fond, c'est parce que les fonctions de l'estomac se font avec plus d'activité sous l'influence des premières circonstances que sous celle des secondes. La thérapeutique tient compte de ces faits , et la même sévérité dans l'observation de l'abstinence ne sera jamais exigée de l'Anglais intempérant et du sobre Espagnol.
Les eiïets de l'abstinence des boissons rentrent dans l'histoire de l'abstinence complète. Présentés seuls, ce sont les suivans : sensation de sécheresse et de constriction de la gorge, rougeur de celte partie, diminution , puis suppression de la sécrétion salivaire, rougeur de la conjonctive, sentiment d'inquiétude vague , accélération de la circulation et de la respiration. Si l'abstinence des liquides continue, soif déchirante, inflammation du pharynx (si cette niflammation se termine par gangrène, la soif cesse quelques instans avant la mort) , anxiété portée à l'extrême , respiration haletante , circulation extrêmement accélérée , suppression des sécrétions, chaleur brûlante et sorte d'embrasement de toute l'économie , délire et mort précédée d'horribles souffrances .
A l'ouverture des individus qui ont succombé à l'abstinence des liquides, on trouve le sang coagulé dans le cœur et les gros vaisseaux.
L'époque à laquelle l'abstinence des liquides cause de la mort varie suivant les individus et suivant les circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Elle est plus rapprochée dans l'enfance que dans l'âge adulte; dans cet âge , que dans la vieillesse; dans les constitutions caractérisées par une grande activité vitale , que dans les constitutions apathiques; dans les saisons et les climats chauds et secs, que dans les circonstances opposées; après l'ingestion d'alimens stimulans , qu'après celle d'alimens doués de propriétés adoucissantes; après les causes qui ont donné lieu à de grandes évacuations aqueuses , que dans un état de l'économie qui n'occasione aucune perte; après l'exercice violent des muscles, l'explosion des passions, les travaux d'esprit, les grandes douleurs morales ou physiques, qu'après le calme de l'organisme.
On ne doit rien conclure de ce qui arriva aux naufragés de la Méduse , relativement au temps que l'on peut rester sans boire. Les tourmens de la faim <lécluraieut leurs entrailles quatre jours après leur séjour sur le radeau, et c'est le neuvième seulement que, dans leur relation, ils indiquent comme marqué par le tourment de la soif. « Une soif ardente , redoublée dans le jour par les rayons d'un soleil brûlant, nous dévorait; elle fut telle que nos lèvres desséchées s'abreuvaient avec avidité d'urine qu'on faisait refroidir dans des vases de fcr-blanc ( ouvrage cité , pag. 448 ). » Il paraît , d'après les observations de M. Savigny , que tous les naufragés n'avaient pas l'urine épaisse et Acre. On explique difficilement ce fuit. On expliquerait plus facilement l'envie d'uriner
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que l'urine oecasionait aussitôt qu'elle était bue. Rien ici ne peut éclairer sur le temps qu'on peut supporter sans périr l'abstinence des boissons ; car tout exposés qu'ils étaient aux feux du soleil de l'équateur , à des tourmens inouïs et à toutes les causes précitées , les naufragés avaient pourtant les jambes plongées dans l'eau, et, jusqu'à leur délivrance, ils purent prendre par jour quelques gouttes de vin.
li abstinence incomplète produit des eff'ets qui ne diffèrent que par une moindre intensité, de ceux qui sont oceasionés par l'abstinence complète; ainsi elle repose l'estomac, diminue le travail de la digestion, rend celle-ci plus facile , plus rapide , plus complète , laisse à l'exercice des autres fonctions plus de temps , plus de liberté , plus d'étendue , augmente l'absorption dans les parenchymes , laisse aux lymphatiques le temps d'enlever aux surfaces muqueuses digestives les produits de digestions antérieures imparfaites et de toutes ces sécrétions altérées ou augmentées qu'on désigne sous le nom de sabun'es, fait retrouver l'appétit et fait rentrer dans la circulation beaucoup de produits sécrétés , épanchés ou attirés dans des tissus irrités.
L'abstinence de certains alimens produit des eff'ets subordonnés à l'espèce d'aliment dont on s'abstient , à ceux dont on se réserve l'usage , à la constitution, au climat et à la profession de ceux qui sont soumis à cette abstinence relative. Prescrite parles institutions religieuses , cette sorte d'abstinence l'est aussi par la nature qui, pendant une saison, fournit à nos besoins des alimens qu'elle nous refuse dans une autre. EUe a , en général , de grands avantages , puisqu'elle diminue cette variété de mets inventés par la sensualité , au préjudice de l'estomac; cependant elle peut aussi avoir des inconvéniens graves , si le choix des mets qu'on se réserve n'est pas fondé sur les considérations relatives aux saisons, aux climats, aux tcmpéramens, aux sexes, aux âges, aux professions, etc. ( Fojez Aliment.)
L'abstinence, soit complète , soit incomplète , soit relatives certains alimens , est un moyen extrêmement important dans la thérapeutique. Les avantages de ce moyen doivent être exposés dans les diff"ére'ns articles où sera traitée chacune des maladies, et nous ne pouvons avancer ici, à ce sujet, que des propositions générales. Dans toutes les maladies aiguës , intenses , l'abstinence est un moyen de guérison puissant , pour ne pas dire indispensable; cependant on ne peut l'employer complète que dans les cas où l'estomac des malades j ■ phlogosé à un haut degré , rejette jusqu'à l'eau pure donnée par cuilleréesj L'abstinence incomplète est encore , dans les maladies chroniques, uu des plus puissans moyens de traitement.
Dans presque toutes les maladies du premier âge, l'abstinence, dontil estsij important de surveiller les résultats, puisqu'à cette époque elle peut devenir bien promptement mortelle, est pourtant le seul moyen qu'on puisse mettrei en usage. Elle est surtout indispensable pour dissiper ces symptômes bilieux,] muqueux , ces nausées , ces vomissemens , ces diarrhées que les enfans éprouvent si souvent pour avoir été gorgés par leur nourrice d'une trop grande quantité de lait. Dans toutes les aff'ections éruptives , le moyen de ne pas occasioner sur les viscères intérieurs , et surtout sur la membrane muqueuse gastrique , de révulsion funeste, est de prescrire l'abstinence des alimens solides ; c'est aussij le moyen de combattre avec succès les inflammations des membranes mu-| queuses , qui précèdent, accompagnent ou terminent quelques-unes de ces] éruptions, la variole et la rougeole , par exemple. I
L'abstinence remédie encore bien, plus efficacement que tous les stimulans, ai la plupart des sub inflammations désignées sous les noms de scrophules, tumeurs: blanches, carreau, etc. , surtout quand elles sont accompagnées d'un état' d'irritation des muqueuses gastriques. L'abstinence est, dans la plupart de ces| cas , un résolutif puissant. I
Dans l'adolescence, la réduction des alimens, ou la privation de quelques-unsi d'entre eux, est, avec l'exercice des membres, le moyen le plus efficace pouri diminuer celte surabondance de sues nutritifs qui, à cet âge, se porte versi la poitrine , la tête et les organes de la génération. L'abstinence d'une classeï d'alimens est donc le meilleur moyen de remédier aux palpitations , auxj hémorrhagies , aux éblouissemens , aiix céphalalgies. On sait que l'abstinence' presque complète est, pour la cure des anévrismes , la base du traitement dei Valsalva.
L'abstinence absolue est l'absorbant le plus puissant dont on puisse user^ dans le cas d'épanchement de liquides. Nous avons vu qu'aussitôt que lesi matériaux réparateurs manquent aux organes indispensables à l'entretien dei la vie, les parties qui ne jouent qu'un rôle secondaire sont dépouillées pouri fournir à l'entretien de ces organes; à plus forte raison donc sont enlevés' les liquides inutiles ou nuisibles au maintien de la santé. L'abstinence sans médicamens est un des moyens de guérir la syphilis, et, lors même qu'on emploie, contre plusieurs des symptômes de cette maladie, les médicamens usités, ils n'ont d'effet prompt que lorsqu'ils sont secondés par un peu d'abstinence. Il en est de même dans la goutte et dans beaucoup d'autres affections qu'il serait trop long d'énumérer ici.
Si l'abstinence est un moyen puissant dans les maladies, elle est pourtani soumise à des règles qui doivent en limiter l'emploi , et qui seront exposée; avec détail aux articles où il sera traité de chaque maladie. Ainsi , il esi dangereux de faire persister dans une abstinence complète ua homme atteini d'une inflammation chronique, lorsque l'on voit les forces diminuer sans qut l'inflammation cède. Il est également dangereux de prolonger l'abstinence prescrite à l'occasion d'une inflammalion aiguë récente , quand on sait qu< cette inflammation aiguë a fait suite à une phicgmasie chronique du mêm< organe; dans ce cas on ne doit chercher, par l'abstinence complète , qu'îj replacer le inalade au point où il était avant d'être frappé par l'inflammatior ;