CARBONIQUE
CARDITE.
portion dans Tatmosphère , sont très-connus; il s'oppose à la conversion du sang veineux en sang artériel, et produit l'asphyxie. A une époque déjà assez loin de nous , on avait cru trouver, dans l'inspiration du gaz acide carbonique, un moyen de ralentir les progrès de la plithisie pulmonaire, et même de guérir cette cruelle maladie. Celte espérance , comme tant d'autres du même genre , a été complètement déçue , et l'on a même totalement renoncé à expérimenter cet agent dont l'emploi, lorsqu'il n'était pas bien dirigé, pouvait, d'ailleurs, faire courir quelques dangers aux malades.
L'acide carbonique a été vanté comme antiseptique; 'mais s'il possède la propriété d'arrêter les progrès de la putréfaction, c'est à un degré bien moindre que le charbon et les chlorures ; d'ailleurs, sa nature gazeuse le rend d'un emploi difficile, et suffit pour le rendre inférieur aux moyens qui viennent d'être indiqués ; c'est ce qui l'a fait abandonner.
Dissous dans l'eau , et c'est la manière dont on l'emploie le plus communément, soit qu'il se trouve naturellement dans cet état, comme dans les eaux minérales naturelles, soit qu'on l'obtienne ainsi par la décomposition des carbonates alcalins et calcaires , ou bien qu'on l'introduise dans l'eau par le moyen de la compression, l'acide carbonique a été conseillé contre diverses maladies.
Dans les cas de vomissemens spasmodiques , même quelquefois dans ceux qui se lient à des lésions matérielles des organes digestifs, les eaux gazeuses naturelles ou artificielles produisent souvent de bons effets , qu'on attribue à l'acide carbonique; c'est à lui que doivent également se rapporter les succès obtenus de la fameuse potion de Rivière , qui se com|iose de sous-carbonate de soude et de suc de citron, qu'on administre à l'instant du mélange, afin que la décomposition s'opère dans l'estomac. Mais ce dont on n'a pas assez tenu compte dans l'appréciation du phénomène observé , savoir la cessation du vomissement, c'est que, dans la plupart des cas, l'eau et gazeuse la potion de Rivière furent substituées à des médicaraens plus ou moins excitans. Or rien n'est plus avantageux , dans les vomissemens opiniâtres , que de laisser l'estomac pendant plusieurs heures dans un état de vacuité complet, ou de n'introduire dans ce viscère que des liquides très-ténus , et qui ne sollicitent presque pas son action péristaltique.
Ce n'est pas à dire, cependant, que l'on doive considérer l'acide carbonique comme une substance inerte dans la circonstance dont il vient d'être question; mais il ne faut pas croire, comme le veulent des observateurs peu attentifs ou prévenus, qu'il constitue un antiémétique par excellence, et en quelque sorte spécifique. Dans la dyspepsie, phénomène morbide dont les causes sont bien variables , l'acide carbonique a paru salutaire ; et l'eau de Seltz , ou plutôt l'eau saturée d'acide carbonique, est estimée des gourmands comme un moyen propre à exciter l'appélit , et à favoriser les digestions. Aussi, dans la convalescence, et dans les affections chroniques non fébriles , prescrit-on souvent l'usage des eaux naturelles ou artificielles {voyez Eaux minérales) qui renferm «it cet acide. On les emploie pures , ou plus souvent encore coupées avec un vin blanc léger, pour en faire la boisson habituelle pendant les repas. Elles donnent au vin un piquant agréable, analogue à celui du vin de Champagne mousseux , qui , comme on le sait bien , doit ses propriétés à l'acide carbonique qu'il contient. Il faut dire d'ailleurs que les vertus de cette boisson ne sont pas extrêmement puissantes, et qu'on ne l'administre que dans des circonstances peu graves.
Mais il est une affection dans laquelle l'usage de l'acide carbonique, administré en dissolution dans l'eau, ou bien combiné avec les bases à l'état de sous carbonate ou de bi-carbonate , a des effets vraiment remarquables : c'est la gravelle. A l'article qui concerne cette maladie , on trouvera les détails relatifs à l'emploi de l'acide carbonique dans ce cas , et les observations d'après lesquelles on a été conduit à eu tenter l'application.
Plusieurs moyens se présentent pour administrer à l'intérieur la substance gazeuse qui nous occupe. La nature nous la fournit dans un grand nombre de sources minérales , dont elle fait bouillonner les eaux. On peut l'obtenir encore, en faisant agir un acide sur une dissolution de sous-carbonate de soude ou de potasse ; c'est même la méthode la plus employée. Ainsi , par exemple , la potion de Rivière se compose d'une certaine quantité de sous-carbonate de potasse, auquel on ajoutait, au moment de la faire avaler, une cuillerée de jus de citron. Il vaut mieux, pour éviter la déperdition du gaz , faire prendre d'abord la solution alcaline , puis immédiatement un demi-verre d'une limonade acide, au citron ou au vinaigre.
Mais la meilleure manière d'obtenir l'acide carbonique consiste à en saturer l'eau , par le moyen d'une pompe foulante. On peut de cette manière lui en faire absorber cinq ou six fois son volume. On ne doit pas perdre de vue que cet acide étant très-volatil , l'eau gazeuse doit être conservée dans des bouteilles soigneusement bouchées et maintenues dans un endroit frais; qu'en outre, il faut qu'elle soit employée dès qu'elle a été tlébouchée , sous peine de perdre toutes ses vertus. Il est à peine nécessaire de dire qu'il en serait de même si l'on s'avisait de la faire chauffer.
L'usage de l'eau acidulée par l'acide carbonique peut être poussé très-loin sans inconvénient ; quelques personnes , très-susceptibles , ont paru en éprouver une ivresse faible et passagère. D'ailleurs , elle a une tendance tuès-marquée à passer par les organes de la sécrétion urinairc , dont elle modifie sensiblement les produits en vertu d'une action toute chimique. On voit en effet les sujets dont les urines renferment beaucoup d'acide urique , finir , au bout d'un certain temps, par rendre des urines alcalines, lorsqu'ils boivent en abondance des eaux naturellement ou artificiellement saturées de gaz acide carbonique , ou plutôt encore, tenant en dissolution des carbonates alcalins.
Ou peut préparer exlemporanément l'eau acido-carbonique , en recevant le
gaz produit par la décomposition du carbonate de chaux par l'acide hydrochli I rique affaibli, dans une bouteille pleine d'eau, qu'on renverse sur une cu^i i pneumatique. Quand le gaz a chassé la moitié de l'eau, on bouche la bouleili i et ou l'agite fortement. Un moyen plus expéditif et plus employé consiste i \ faire une solution de sous-carbonate , ou plutôt de bi-carbonate de potasse l\ i de soude, à laquelle on ajoiife du vinaigre ou du jus de citron et qu'on avale si \ moment de l'effervescence. C'est ainsi qu'on prépare les limonades gazeuses i et ce que les Anglais appellent soda water (eai\ de soude.) Quelques praticiei ( conseillent de prendre successivement les deux solutions; mais le mélangée; < plus agréable au goût, et n'est pas moins salutaire dans ses résultats. Il fai avoir soin seulement , quand on veut préparer une limonade gazeuse , de metti assez d'acide pour qu'une portion reste libre, lorsque l'autre a été employée s'emparer de la base alcaline.
On a renoncé aux fumigations d'acide carbonique ; cependant . si l'on jugea convenable d'en essayer encore, on se servirait d'un flacon à deux tubulures ù dont l'une porterait un tube inspiratoire , et l'autre un entonnoir pour versei ^ l'acide. Le gaz acide carbonique , étant très-léger, n'a pas même besoin, poul \ se dégager, de l'action de la chaleur. (F. Ratier.) i »
CARBONIQUE (acide). (Toxicologie.) Voyez Gaz Délétères. | i
CARBAMINE , cardamina pralensis, naslwtium /jratense; plante de la fa! \ mille des crucifères, très-analogue .au cresson par ses propriétés médicamenj i teuses et par ses caractères botaniques, et d'ailleurs très-peu usitée. (Voye\ ' Cresson , CnnciFÈREs. ) (F. Ratier.)
CARDAMOME, cardamomum. Ce médicament, célèbre chez les anciens! \ est tombé dans l'oubli de nos jours. Ce n'est pas , cependant, qu'il ne jouisse dj il propriétés fort actives , car il renferme une grande quantité d'huile volatile, | mais comme il est exotique et fort coûteux , on lui a préféré , avec raison , de i substances indigènes, qu'on peut se procurer plus facilement, et qui ne son i pas moins efficaces. Il suffira donc de rappeler ici que les cardamomes sont le f fruits de plusieurs espèces végétales appartenant à la famille des amomées , f j principalement de Yamoinum cardamomum , Likn., et qu'on les apporte de. \ Indes orientales. On distingue, d'après le volume et quelques différences d \ forme , le grand , le moyen et le petit cardamome ; c'est le grand qui estle plu s aromatique , et qui , par conséquent, devrait être préféré pour l'usage médi, < cal. Les cardamomes en'raient dans une foule de médicamens composés don J nous connaissons à peine les noms. On en préparait une huile essentielle etuni jli teinture qui ne sauraient avoir de vertu particulière. (F. Ratier.) \ \
CARDIALGI2. Voyez Gastralgie. i ,
CARDITE. Ce a:ot signifie inflammation du cœur. Les dirers tissus qu | concourent à composer le cœur peuvent s'enflammer isolément ou simultané > ment. On connaît sous le nom de pèricardite l'inflammation du feuillet séreu: i qui enveloppe immédiatement la surface extérieure du centre circulatoire il L'expression de cardite désigne aujourd'hui spécialement l'inflammation di j tissu musculaire du cœur; on n'a point encore imposé une dénomination parti \ culière à la phlegmasie de la membrane qui revêt les cavités du cœur , non plu | qu'à celle du iissu fibreui. qui se rencontre dans les valvules et les zônes tendi \ neuses qui bordent lea orifices de cet organe. Le nom (Vindocardite (^cavAiU, i, interne ) pourrait , ce me semble , servir à désigner l'inflammation de la mem< 'J brane interne du c'3ur. Quoi qu'il en soit , en attendant que cette maladie ai « reçu une dénomination spéciale , nous avons cru devoir en traiter dans l'artichi ïj consacré à l'histoire de l'inflammation de la substance musculaire ou charnm. s du cœur. Cette méthode n'est pas d'ailleurs sans quelque avantage , si l'on rcflé H chit que ces deux inflammations se développent simultanément dans plusieurs •! cas , et que celle du tissu musculaire du cœur estbien souvent précédée de cell< t de la membrane qui tapisse sa surface intérieure. . .
Que l'inflammation affecte uniquement la membrane interne ducœur,0U|/. bien cette membrane à la fois et les tissus musculaires et fibreux du cœur^^p elle peut être générale ou partielle, aiguë ou chronique. L'observation semblejj^ démontrer que la portion de la membrane interne qui se réfléchit sur les val- ') vules est celle qui s'enflamme le plus fréquemment.
§ I. Caractères anatomiques. — Les altérations auxquelles peut donner lieu l'inflammation dont nous nous occupons ne sont pour la plupart connues que depuis peu de temps. Comme elles diffèrent beaucoup , selon que la maladie existe sous la forme aiguë ou sous la forme chronique , nous en traiterons dan» deux paragraphes séparés.
A. Caractères anatomiques de la cardite aiguë. — 1° Lésions de la memhrant interne, du tissu Jibreux et delà substance musculaire du cœur. La rougeur, par injection capillaire , un léger épaississement avec ramollissement et friabi- ^ lilé , telles sont les altérations que nous offrent la membrane interne et le tissu musculaire du cœur, dans le i)remier degré de leur inflammation aiguë. La rougeur sans injonction capillaire et le ramollissement , pouvant se rencontrer chez les individus dont le cadavre a éprouvé un commencement de putréfaction, ne doivent rigoureusement être considérés comme des traces d'inflanainalion qu'autant que cette putréfaction n'existe point dans les cas où nous les rencontrons [voyez ce qui a été dit à ce sujet à l'article Artérite). Lorsque l'inflammation est parvenue à une autre de ses périodes , les tissus peuvent être ulcérés. Alors il ne sauiait y avoir aucun cloute sur l'existence de l'inflammation. Toutefois , semblable en cela aux membranes séreuses , avec lesquelles elle | a tant d'autres analogies , la membrane interne du cœur ne s'ulcère que trè<- , rarement, surtout sous l'influence "d'une phlegmasie aiguë. Nous reviendrons plus bas sur ces ulcérations.
2° l'rodnits anormaux sécrétés par la membrane interne du cœur, et altéra- ^ tion du sang conlmu dans les cavités de cet organe. — L'inflammation aiguë de ^
CARDITE. {545)
a membrane interne <la cœur donne quelquefois lieu à une exsudation de maière plastique ou pseudo-membraneuse. Il est probable que l'on rencontrerait )lus fréquemment ce genre d'altération, si, à mesure que le produit pseudonembraneux se forme , il ne se délayait pour ainsi dire dans le sang qui baigne a membrane enflammée, et n'était incessamment balayé par le mouvement de e liquide. Les fragmens de fausse membrane que l'on trouve parfois à l'intérieur lu cœur existent le plus ordinairement sur les valvules.
La coagulation du sting dalis les cavités du cœur peut-elle être le résultat de inflammation de la membrane interne de cet organe ? on est porté à le croire, ar analogie de ce qui se passe dans plusieurs cas d'artérite et de phlébite, lependant, il faudrait bien se garder de croire que la concrétion du sang soit bnstamment produite par la cardite interne. D'un autre coté, cette coagulaon peut avoir lieu , comme on le sait très-bien , dans un grand nombre de cas ins que l'inflammation dont il s'agit ait existe. Kreisig , dans son traité des laladies du cœur, a donné le nom de cardite polypeuse à l'espèce anatomiquc e cardite que nous signalons. Mais quiconque lira attentivement l'ouvrage du jjjédecin saxon ne tardera pas à se convaincre que , dans plusieurs des cas qu'il [lésigne sous le nom de cardite polypeuse, il n'existait réellement point d'in-
Îimmation du cœur. C'est ici l'occasion de dire quelques mots du pus que l'on cuve au milieu de certaines concrétions sanguines du cœur. Ce pus est-il toulursl'indice d'une inflammation de la membrane interne du cœur ? s'est-il formé (e toutes pièces dans ces concrétions enflammées, comme le veulentaujourd'hui [uelques médecins? enfin, du pus introduit dans le torrent circulatoire ne eut-il pas se déposer ensuite dans les cavités du cœur , ainsi que le prétendent 'autres médecins? Une complète solution des questions qui viennent d'être josées ne me parait pas pouvoir être donnée , dans l'état actuel de la science. L'inflammation aiguë du cœur peut aussi se terminer par la formation d'une ertaine qitantité de pus , soit au-dessous de la membrane interne , soit dans les aterstices mêmes du tissu musculaire de l'organe; néanmoins, les véritables bcès du cœur ne doivent pas être placés au nombre des altérations anatomiues qui se présentent communément.
L'inflammation aiguë du cœur peut-elle entraîner la gangrène de cet organe? L ne consulter que le raisonnement , il semble que c'est par la négative qu'il Dnvient de répondre à cette question ; en effet, le cœur est un organe d'une îlle importance que son inflammation sur-aiguë doit emporter les malades vant que la gangrène ait eu , pour ainsi dire , le temps de s'opérer, Au reste , observation confirme le raisonnement, puisque , comme l'a déjà avancé l'ilistre auteur de VEssai sur les maladies du cœur, il n'existe aucun fait bien véré de la gangrène du cœur. Divers auteurs , je le sais , tels que Senac , Délier, Bauhin, etc., nous parlent de cœurs pourrit , gangrènes; mais les faits qujls apportent à l'appui de ce genre de lésion sont loin d'être concluans , tant ils 5nt incomplètement décrits; il est probable que ces auteurs auront confondu vec une véritable gangrène du cœur, soit certains ramollissemens inflammabires, soit surtout les ramollissemens cadavériques de cet organe.
B. Caractères anatomiques de la c.ardile ohro nique . — Quand unis phlegmasie e la membrane interne du cœur et du tissu cellulaire sous-jacent se prolonge idéfiniment, ces parties s'épaississent, s'hypertrophieot; elles perdent de !ur cohésion, s'ulcèrent quelquefois , et nous avons dit, à l'article Anétrysme , bmment cette dernière maladie se rattachait dans quelques cas aux lésions que ous indiquons maintenant. Les ulcérations se terminent quelquefois par une erforation complète du cœur.
Chez quelques sujets, la membrane interne du cœur et le tissu cellulaire uis-jacent, épaissis, se divisent en plusieurs feuillels, et offrent, suivant l. Reynaud,une structure qui rappelle celle des artères. En même temps ue la membrane interne du cœur s'épaissit, elle prend en général une teinte 'un blanc mat ou laiteux, et son vent sa consistance augmente dune manière otable ; sa surface libre a paru quelquefois rugueuse, aréolée. Les valvules f; les zônes qui bordent les orifices du cœur sont fréquemment le siège de épaississement et de l'induration qui nous occupe ; ces altérations sont accomagnées d'une déformation des valvules et d'un rétrécissement plus ou moins busidérable des oriflces. Aq lieu d'un simple épaississement fibreux ou fibroirtilagineux des valvules et des zônes tendineuses, on trouve souvent des icrustations calcaires ou ossiformes. Quelquefois aussi des végétations plus Il moins multipliées, plus ou moins volumineuses, et de forme variable, élèvent de la surface et des bords des valvules du cœur.
Il n'est pas très-rare de rencontrer à la surface interne du cœur , et spécia- ^ment dans les oreiUettes, des plaques opaques, blanchâtres , analogues à filles que présente parfois la surface externe du cœur, à la suite de la périsrdite chronique. J'ai vu un cas où la membrane interne de l'oreillette gauche tait partout doublée d'une fausse membrane organisée.
j L'épaississement de la membrane interne du cœur, suite de cardite interne ^ronique, coïncide souvent avec un état d'hypertrophie pure et simple de la pbstance musculaire du cœur, comme on voit la tunique musculaire de la [fissie ou de l'estomac s'hypertrophier à la suite de certaines cystites ou gas- Htes chroniques. D'autres fois, le tissu musculaire du cœur est décoloré, 'une teinte feuille-morte ; il a perdu notablement de sa force de cohésion, est evenu friable , et s'écrase facilement sous une pression légère. Ce ramollisselent jaunâtre , chronique, du cœur est accompagné d'une sorte de sécheresse e la substance musculaire, comme si elle contenait beaucoup moins de sang jue dans l'état normal , tandis que le ramollissement rouge, aigu, coïncide vec une hyperémie active. Au lieu de trouver le tissu propre du cœur plus ,4ou qu'il ne l'est naturellement, on le rencontre quelquefois beaucoup plus ur ; cette induration du cœur me parait surtout provenir de ce que le tissu
DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
CARDITE.
cellulaire inlcr-musculaire de cet organe a été le siège spécial de l'inflammation chronique. Au reste, il peut arriver que le cœur soit induré dans un pointf tandis qu'il est ramolli dans un autre.
Certaines masses squirreuses ou tuberculeuses du cœur paraissent avoir été précédées d'une phlegmasie de cet organe.
Les diverses altérations que nous venons deparcourir ne diffèrentpoint essentiellement de celles que l'on rencontre à la suite des autres inflammations chroniques en général , et c'est pour cette raison que nous avons cru pouvoir les rattacher à la cardite chronique.
Au reste, ce n'est qu'en étudiant les productions accidentelles en général , et chacune de leurs es|)èces en particulier, que l'on doit discuter les rapports qui existent entre elles et l'inflammation. ( A'oj ez Productions accidentelles, Cancer , Tubercules , Ossifications , Inflammations. )
Je ne terminerai point cet article sans appliquer aux caractères anatomiques de la cardite aiguë ce que j'ai dit en traitant de l'artérite , savoir que , pour rencontrer les lésions indiquées plus haut , il faut que la maladie ait duré un certain temps , et qu'elle ait été assez intense. En effet, il me parait indubitable qu'il peut exister pendant la vie des signes d'une irritationlégère du cœur, sans que l'on trouve après la mort des altérations notables de cet organe. C'est, par exemple, ce qui a lieu dans les irritations sympathiques du cœur, compagnes presque inséparables des phlegmasies aiguëi des principaux viscères.
§ II. Symptômes de la cardite. — 1° Symptômes de la cardite aiguë. — Ces symptômes ne paraissent pas différer essentiellement de ceux que les auteurs rapportent à la péricardite. Quelques malades éprouvent une douleur vive, intolérable, dans la région précordiale; d'autres ne ressentent pas de véritable douleur, mais bien une sorte de gêne ou de malaise inexprimable dans la même région ; les baltemens du cœur sont fréquens , précipités, tumultueux, quelquefois réguliers, mais souvent inégaux, intermiltens , désordonnés; le pouls offre des caractères en rapport avec les battemens du cœur; la respiration est ordinairement très-gênée : les malades sont en proie à une anxiété déchirante, accompagnée de terreur et d'un pressentiment de mort prochaine ; ils sont à chaque instant menacés de défaillance, de syncope, ou de lipothymies ; ils s'agitent sans cesse, à moins que le mouvement n'exaspère considérablement la douleur précordiale qui existe chez quelques-uns; le visage est contracté, grippé , souvent violet , ou un peu bouffi , l'œil terne , comme égaré. Ces symptômes sont suivis d'une mort très-^prompfe , si l'art n'est pas assez heureux pour faire avorter la lésion qui les détermine. L'importance des fonctions du cœur explique assez la gravité des accidens qui se développent, lorsque ces fonctions se trouvent tout à coup profondément troublées. Néanmoins des phénomènes aussi alarmans que ceux qui viennent d'être indiqués ne se manifestent pas dans tous les cas de cardite; ils supposent que l'inflammation est très-intense, et qu'elle occupe la totalité ou la majeure partie de l'étendue de la membrane interne du cœur. Si l'on réfléchit aussi qu« , dans le cas que nous supposons, le sang contenu dans les cavités du cœur a une tendance à se coaguler, et qu'une portion de ce liquide se coaguleréellement chez quelques sujets , on sera , ce me semble , fort disposé à croire que les lipothymies dont nous avons parlé plus haut , et la mort qui peut les suivre, sont quelquefois le funeste résultat du genre d'altération que nous signalons actuellement, c'est-à-dire la formation brusque de concrétions sanguines dans les cavités du cœur.
Lorsque la cardite est moins aiguë ou plus circonscrite, elle peut n'être annoncée par aucun symptôme inquiétant et se borner à précipiter les battemens du cœur. Ce degré de la cardite est une sorte de passage entre cette inflammation et l'irritation purement sympathique du cœur , qui se remarque dans les maladies fébriles en général.
2° Symptômes de la cardite chronique. — Soit que cette forme succède à la cardite aiguë , soit qu'elle s'établisse primitivement, elle ne nous est révélée que par des signes qui jusqu'ici ont été confondus par les auteurs avec ceux des maladies qu'ils désignaient sous le nom de lésions organiques du cœur, lésions dont la plupart, ainsi que nous croyons l'avoir prouvé, se rattachent effectivement à la cardite prolongée. Lorsqu'il ne s'est pas encore formé de productions accidentelles assez considérables pour opposer un obstacle mécanique au cours du sang à travers le cœur, la cardite chronique n'est pas toujours facile à reconnaître. Quelques faits me portent h croire qu'un état de palpitement continuel, plutôt que des palpitations bien prononcées, doit être considéré comme un des indices de cette maladie. Cette sorte d'agitation du cœu», indépendante de toute irritation aiguë ou chronique des autres viscères, augmente toutes les fois que les malades commettent le moindre excès de régime, se livrent à quelque exercice de corps un peu fatigant, ou éprouvent quelque émotion morale un peu vive.
Lorsque , à la suite d'une phlegmasie chronique , les valvules se sont épaissies, indurées, qu'elles se sont hérissées de végétations, etc., et que j)ar conséquent ces soupapes organisées ne peuvent plus jouer comme dans leur état normal; lorsqu'en même temps les orifices auxq.iels sont adaptées les valvules se trouvent plus ou moins rétrécis ; dans ces cas , dis-je , on voit apparaître une séried'accidens qui proviennent uniquement de la gêne qu'éprouve le cours du sang, et dont nous parlerons ailleurs, f^oyez Coeur (rétrécissement des orifices du). L'hypertrophie, qui peut être la suite d'une cardite interne chronique, s'annonce par des symptômes que nous examinerons en temps et lieu, (f^oyez Hypertrophie ; voyez aus^i notre article Anévrysme.)
Les ulcérations delà surface interne du cœur ne sont révélées par aucun symptôme particulier ; elles peuvent se terminpr par une perforation du cœur,
C ARMINATIFS.
CARREAU
et donner lieu à une mort subite. L'érosion et la rupture des colonnes charnues du cœur et des tendons valvulaires ne déterminent aucun symptôme qui puisse nous en faire reconnaître l'existence.
5 III. Causes de la cardite. — Elles ne difTèreut pas beaucoup de celles de l'artérite et de l'aortite , dont nous avons fait mention à ces articles. Ce sont l'abus des boissons excitantes , spiritueuses ; l'introduction de certains poisons irritans, de l'arsenic par exemple , dans le système circidatoire ; des exercices très-fatigans. Les mêmes conditions atmosphériques sous l'influence desquelles se développent les autres plilegmasies pectorales (pleurésie, pneumonie, péricardite ) , déterminent aussi quelquefois la cardite. Dans certains cas, cette dernière semble être la suite de l'extension des autres. On peut même dire, à la rigueur, que toute phlegmasie, assez aiguë pour exciter un mouvement fébrile très-violent, tend réellement à produire la cardite. Les inflammations des grosses veines ou des grandes artères sont celles qui se communiquent le plus facilement à la membrane du cœur, qui n'est, comme on sait, qu'une continuation de celle des vaisseaux.
§ IV. Traitement de la cardite. — Si l'on réfléchit à la gravité des accidens qui accompagnent la cardite sur-aiguë, et à la rapidité avec laquelle ces accidens peuvent être suivis de la moit, on sentira la nécessité de recourir, dès le début de la maladie, au traitement antiphlogislique le plus vigoureux. Les saignées générales et locales, répétées autant de fois que l'exigera la persistance des symptômes , doivent être placées au premier rang des moyens qu'il convient d'employer. Il faudrait bien se garder de considérer comme une contre-indication aux émissions sanguines les défaillances, la petitesse et l'inégalité du pouls; en effet, ces phénomènes sont Teflet de la phlegmasie du cœur elle-même, et ce n'est qu'en modérant ou en faisant avorter celle-ci par de copieuses saignées qu'on parviendra à dissiper le trouble de la circulation. Les boissons adoucissantes, délayantes, rafraîchissantes, la diète absolue, le repos le plus parfait du corps et de l'esprit, devront seconder l'action des émissions sanguines. Il est inutile d'ajouter qu'il fauttoujours commencer par soustraire les malades aux influences que l'on présume avoir été les causes de l'inflammation.
Que, si malgré les saignées convenablement pratiquées, la maladie ne cède pas complètement et menace de revêtir la forme chronique , on pourra recourir aux difl'érens révulsifs appliqués sur la région du cœur ( vésicatoires , ventouses scarifiées, moxas , cautères). Toutefois, il ne faut pas trop se presser d'en venir à cette méthode, attendri qu'il est bien rare qu'on en obtienne des résultats favorables , quand elle est appliquée avant que tout symptôme d'acuité, que toute espèce de réaction sympathique ait cessé.
Lorsque l'inflammation , devenue chronique , a donné sourdement naissance à diverses productions anormales ; que les valvules sont épaissies , les orifices du cœur rétrécis , etc. , il ne reste plus qu'à mettre en usage le traitement dit palliatif. Des saignées générales ou locales, lorsque les palpitations et l'étouffement sont très-considérables ; les médicamens caïmans et les préparations de digitale en particulier, un régime sévère, l'abstinence rigoureuse de toute boisson excitante, tels sont les moyens que le médecin prescrira. Les exercices pénibles, les aff'ections morales, seront soigneusement évités. Ce n'est qu'en se conformant strictement à ces préceptes que l'on pourra prolonger la vie des malades.
Nous terminons ici l'histoire de la cardite. Des travaux ultérieurs combleront les lacunes qu'elle présente encore. Ce qu'il importait surtout de signaler ici, ce sont les rapports qui existent entre la cardite et plusieurs des altérations dites organiques du cœur, lesquelles altérations en ont été trop longtemps regardées comme absolument indépendantes. Nous sommes heureux que notre opinion à cet égard soit aussi celle de M. Amiral , comme l'attestent les propositions suivantes , extraites de la seconde édition de la Clinique, médicale : « Si la phlegmasie de la membrane interne du cœur passe à l'état chro- « nique, cette membrane s'épaissit de plus en plus, là surtout où elle se double -1 pour constituer les valvules des différens orifices du cœur. Non-seulement îi cette membrane s'épaissit, mais encore elle devient le siège de végétations, » de dégènérations variées. Le tissu fibreux des valvules frappé d'inflamma- >> tion , tend à passer à l'èlat cartilagineux ou osseux. Un grand nombre de n rétrécissemens des différens orifices du cœur, reconnaissent pour point de 11 départ une inflammation aiguë ou chronique de la membrane qui tapisse les n cavités du cœur. Sous l'influence d'une cardite interne, la substance charnue » peut s'hypcrtrophier , comme la tunique musculaire de l'estomac à la suite 11 d'une gastrite. » ( Clinique médicale , 2' édit. , tom. l", pag. 53 et suiv. )
Le lecteur trouvera le complément de l'article que nous venons de consacrer à la cardite et aux diverses lésions qu'elle entraine à sa suite , en consultant les articles AwévnïSME, Hvf ertuophie , Productions accidentelles , de ce Dictiorniairc. ( J. Bocillacd. )
CARIE 7)E OS. Fojez Ostéite.
CARMIN ATIFS , carminanlia ; médicamens employés pour remédier aux accidens que l'on croyait être produits par la présence de vcnls , dans les différentes parties du canal digestif. Cette classe d'agens médicamenteux est, par la nature des choses , vague et indéterminée, puisipi'on ne sait pas bien dans quelles circonstances des gaz de nature diverse arrivent en grande quantité dans les intestins et dans l'estomac, auxquels ils font éprouver une distension et des tiraillemens douloureux. Quoi qu'il en soit , l'expérience ayant appris que ces souffrances étaient souvent dissipées d'une manière instantanée et comme par miracle, par l'ingestion ou l'application de quelques substances excitantes , dont l'action était suivie de l'explosion de vents par l'une et l'autre ouverture du canal digestif, on considéra ces divers phénomènes comme liés, et dépendans les uns des autres, et l'on fit une classe de carminatifs. On y
voit figurer les substances amères et aromatiques, le vin , l'àlcoliol , l'étherl et toutes les combinaisons qui peuvent résulter de ces divers agens , parm lesquels la chaleur aurait dû trouver une place, car on sait combien rinjectioiî de l'eau chaude ou l'application de linges chauds sur l'abdomen est avantai J geuse dans les douleurs occasionées par les flatuosités (voj-ez Pkeumatose)! « Le froid appliqué sur le ventre dans ces coliques venteuses n'est pas un moyei ti moins efficace, de même que les boissons très-froides. Ces agens sont d'ailleur | plus faciles à se procurer qu'aucun autre. Les effets rapides et salutaires quç i produisaient, en pareil cas, les excitans ont conduit à un funeste abus. Sou vent on attribue à des vents des douleurs abdominales dépendantes d'une péri tonite ou d'une entérite; et les médecins ont trop fréquemment à déplorer le suites de cette dangereuse méprise. Tout ce qui est relatif aux carminatifs, su» lesquels les anciens ont longuement discuté , peut donc se résumer en peu di mots : savoir , qu'il est des douleurs abdominales dépendantes , ou , pour parle plus exactement , accompagnées d'une production considérable de gaz intes tinaux , et auxquels l'usage tant interne qu'externe des excitans dont il rien d"être parlé apporte un soulagement très-prompt ( voj^ez Colique*. ). Il ne fau' ■( pas oublier non plus que ces douleurs sont mobiles et en quelque sorte fanl <: tasques , et qu'elles cessent souvent d'elles-mêmes au moment où l'on est prê| t| à donner le médicament. | \
Ce n'est pas ici le lieu d'exposer les signes auxquels on peut distinguer le coliques susceptibles de guérir par les carminatifs, de celles qui, liées; un état inflammatoire, en seraient inévitablement exaspérées.
( F. Ratier. )
CAROTTE, daucus carotta. Pentandrie monogynie , Likh.; ombellifères Juss. La carotte, surtout celle qui est cultivée, est une plante potagère troj connue pour qu'il soit convenable d'en donner la description C'est un alimen fort usité et très-salubre , qui présente en abondance du sucre, de la fécule ' du mucilage , et autres principes analogues , peu propres à le faire entrer dan^ la liste des médica«iens. Au contraire, celle qui est à l'état sauvage et qui n'es pas employée offre , tant dans sa racine que dans ses semences, des éléraen actifs et notamment de l'huile volatile , ainsi que cela s'observe dans les di verses ombellifères (voj-eî Huiles volatiles , Ombellifères), et l'on couçoi facilement quel parti on en pourrait tirer en thérapeutique, et dans quelle circonstances on pourrait en essayer l'emploi.
Mais ce que l'on comprend moins bien , c'est que des médecins recomman dables aient pu , à cause de l'analogie de couleur, la vanter contre la jaunisse et même la considérer comme un puissant anticancéreux. De semblables asser tions n'ont besoin que d'être exprimées pour être appréciées à leur justi valeur, et l'on ne saurait attribuer qu'aux propriélés émollieutes de la carotti les bons effets qui ont pu être observés. Quant à l'emploi de la carotte r.îpéi ou pilée contre les brûlures récentes , le temps qu'on perd à préparer 1( remède, d'ailleurs utile, est trop précieux pour qu'on ne doive conseille) bien plutôt l'immersion dans l'eau froide , qu'on trouve bien plus facilemen que toute autre chose. La carotte ne peut guère servir qu'à faire des cataplas mes émolliens.
A- F. BridauH , Traité sur la CaroLle. La Roclielle , sans date, in-S".
( F. Ratier. )
CARREAU , s. m. Tabès mesenterica , tabès in/antum, atrophia injanù lis ■ contabesccnlia injanlilts ; atrophie mésentérique , hectisie rachinlgique . écrouelles mésenlériques, c/iartre, physconie, mésentérite, entéro-mésentérile, tu bercules du mésentère. Tels sont les nomstlivers sous lesquels on trouve désigne dans les auteurs un état morbide dont les caractères les plus saillans consistent dans la tuméfaction et la dureté du ventre, et la maigreur des extrémités, eM i qui comprend deux maladies essentiellement distinctes , l'entérite, avec engor-| 1 gement inflammatoire des ganglions du mésentère , et l élat tuberculeux de cesl i ganglions. La première de ces maladies sera décrite à l'article Entérite; nous nei i traiterons ici que de la seconde, dont l'histoire devrait sans doute être renvoyéel ' à l'article tubercules du mésentère, mais que nous préférons décrire sousic' nom de carreau ^ sous lequel elle est plus généralement connue des praticiens. ■
L'enfance est, de tous les âges de la vie, celui qui offre les plus nombreux exemples de carreau ; mais les autres âges n'en sont pas exempts, comme paraissent le croire quelques médecins; on l'a trouvé chez des fœtus , on l'a ! observé chez des adultes et des vieillards. Celte affection n'est même pas aussi fréquente chez les enfans eux-mêmes qu'on le pense généralement, puisque,. | d'après les relevés de M. Guersent, la proportion des tubercules mcsen- j tériques est , à l'hôpital des enfans , à peu près de sept à huit pour cent chez i les jeunes filles , et de cinq à six pour cent chez les jeunes garçons. Or cette, ] proportion est encore beaucoup plus faible dans la pratique particulière , les , • enfans qu'on y observe étant presque tous beaucoup moins exposés aux causes . de tubercules, telles que le froid humide , la mauvaise nourriture, la malpro- j prêté, etc., etc., que ceux qui peuplent les hôpitaux. On n'a regardé pendanti long-temps cette maladie comme très-commune, tandis qu'elle l'est si peu , I que parce que l'on a toujours confondu, ainsi que nous l'avons déjà dit, sous Ici nom de carreau, deux maladie^ distinctes, dont l'une ( l'entérite avec engorge-' ment inflammatoire des ganglions mésenlériques) est en ellét très-fréquente! chez les enfans II est en outre probable que l'abus que l'on faisait générale-, ment des stimulans dans le régime habituel et dans le traitement des maladies; de l'enfance, avant la révolulion médicale opérée par M. Broussais , ne contribuait pas peu à multiplier les deux affections confondues sous le nom de carreau. Tous les praticiens ont pu remarquer en effet que l'engorgement, surtout inflammatoire, des ganglions du mésentère, se montrait beaucoup plus rare depuis une dizaine d'années.
CARREAU
CARREAU
Causes. Deux ordres de causes concourent ordinairement à la production des tubercules mésentériques ; les unes , générales, sont communes à toutes les afiTections tuberculeuses; les autres, locales, appartiennent spécialement à celles du mésenlère. Parmi les premières il faut placer en première ligne l'enfance le sexe féminin, le tempérament lymphatique exagéré, le froid humide, une alimentation insuffisante , l'usage d'alimens de mauvaise nature , ou pris trop exclusivement parmi les substances végétales , et surtout parmi les farineux, l'allaitement artificiel, au dire de quelques auteurs, et enfin l'allaitement par une nourrice scrofuieuse, et surtout phthisique. Deux faits observés par nous tout récemment ne nous permettent pas de douter de l'influence de cette dernière cause. Les secondes comprennent tout ce qui peut irriter la membrane muqueuse gastro-intestinale d'une manière lente , chronique , continue, ou fréquemment répétée; comme les indigestions fréquentes, et par conséquent les alimens indigestes ou pris en trop grande quantité, les vomitifs, les purgatifs et les autres médicamens irritans, dont beaucoup de mères parmi les gens du peuple, et surtout les nourrices, fout un abus si fréquent et si funeste.
Bien que le concours de ces deux ordres de causes soit nécessaire dans le plus grand nombre des cas, pour faire naitrc des tubercules mésentériques , on les voit cependant se développer quelquefois sous l'influence des premières ou des secondes isolément. Il suffit, par exemple, qu'un enfant soit allaité par une femme plongée dans la misère , et ne tette par conséquent qu'un lait séreux et trop peu nourrissant , qu'il habite en même temps un lieu humide, et soit à peine protégé contre le froid par de misérables haillons, pourqu'il contracte bientôt une affection tuberculeuse du mésentère, ou plutôt ime affection tuberculeuse générale ; caries enfans placés dans ces conditions meurent pour la plupart -phthisiques , et, à l'ouverture de leurs cadavres , on 'trouve les poumons , comme le mésentère , farcis de tubercules à tous les degrés (vojez TuBERcrLES ). D'un autre côté, il suffit aussi que , par l'effet d'un mauvais régime ou par l'abus des médicamens , un enfant ait les voies digestives dans un état presque continuel d'irritation, pour que les ganglions méentériques s'engorgent et deviennent tuberculeux, bien que, sous tous les autres rapports , le petit malade soit placé dans les conditions les plus favorables. Dans ce dernier cas , les ganglions du mésentère s'enflamment avant de jasser à l'état tuberculeux , et la maladie reste ordinairement locale , tandis rpie , dans le premier, c'est en général le contraire qui a lieu.
Si l'irritation continue ou répétée des voies digestives peut amener à la ongue la tuberculisalion des ganglions du mésentère , à plus forte raison l'inlammation chronique de ces parties doit-elle produire le même effet. 1! est plus )rdinaire, toutefois, que l'entérite provoque le simple engorgement iuflamnatoire des ganglions , et ce n'est que dans un petit nombre de cas , et seulenent chez les sujets élevés au sein des funestes conditions hygiéniques que lous avons fait connaître, que le passage des ganglions à l'état tuberculeux, ucccde à leur inflammation. Dans les grandes villes, il est vrai, les enfans auvres végètent pour la plupart entourés de ces tristes conditions : aussi bst-ce parmi eux que le carreau se montre plus fréquent et qu'il succède plus louvent à l'entérite chronique.
I| Symptômes. Dans les descriptions que les auteurs ont jusqu'ici données du larreau , on trouve confondus les symptômes propres à cette affection et ceux J'ui appartiennent à l'entérite chronique. On donne cependant comme apparfenantplus spécialement au carreau : la tuméfaction et la sensibilité du ventre; les vomissemens glaireux ; une diarrhée de matières fécales de couleur grise , lessemblant à de l'argile, et qui alterne quelquefois avec la constipation; lî perte de l'appétit, quelquefois une sorte de voracité , du malaise après les Ijepas; de temps en temps, et principalement vers le soir, un peu d'accéléption du pouls, la sécheresse de la peau, et l'amaigrissement de la face et es membres. Mais il est évident que la plupart de ces symptômes se renlontrent plus ordinairement avec l'inflammation chronique de la membrane puqueusc intestinale. Quant aux autres caractères indiqués aussi comme partiuliers à cette maladie , tels que l'aspect laiteux de l'urine , l'odeUr acide de la anspiration, la pâleur de la face, et la couleur livide et plombée des paupières, n sait qu'ils appartiennent plus spécialement aux affections vermineuses, et u'on les observe également dans plusieurs maladies chroniques de l'enfance. Quels sont donc les signes auxquels on peut reconnaître le carreau? Si, mme nous avons cru devoir le faire , on n'applique plus cette dénomination u'aux tubercules mésentériques, on est presque tenté de répéter, avec Guersent, qu'il n'est possible de constater cette maladie que par le toucher, r, lorsque les tubercules sont assez volumineux pour qu'on puisse les sentir listinctement à travers les parois abdominales , l'art est à peu près impuissant pur les guérir. Il serait donc important de se livrer à de nouvelles recherches jour éclairer, s'il se peut , le diagnostic de celte affect ion à son origine. Mais pmment y jiarvenir? et, si les tubercules du mésentère n'existent jamais olés , si M. Guersent, cet excellent observateur , médecin d'un hôpital d'enns , et par conséquent placé dans les conditions les plus favorables pour en ir de nombreux exemples, ne les a jamais rencontrés sans qu'il en existât même temps dans d'autres organes et principalement dans les poumons , à ci servirait leur diagnostic même au début de leur formation ? Toutefois y eùt-il d'autre avantage que d'épargner un traitement inutile aux enfans i en seraient atteints , il importerait encore d'acquérir cette connaissance, ssayons donc de jeter un faible rayon de lumière sur ce point obscur de histoire du carreau. Qui sait d'ailleurs si l'on ne parviendra par un jour à pmbattre efficacement cette funeste maladie !
C'est en précisant bien les symptômes de rengorgement inflammatoire des
ganglions me'sentériques , en les dlaguantdu nombre des élémens de diagnostic du véritable carreau , on plutôt en cherchant dans leur absence même des preuves de l'existence de cette dernière affection, lorsque déj'a cependant quelques-uns des signes communs aux deux maladies ont mis sur la voie ; en un mot, c'est en grande partie par des signes négatifs que l'on peut arriver à diagnostiquer de bonne heure les tubercules mésentériques. Quelques signes généraux , l'absence de la coexistence d'une autre affection tuberculeuse , et l'étude des causes sous l'influence desquelles la maladie a pris naissance, peuvent aussi cependant contribuer à en faire reconnaître la formation.
La tuméfaction du ventre , l'amaigrissement des extrémités inférieures , et le dérangement des fonclionsdigestives. sont des signes communs à l'entérite avec engorgement des ganglions mésentériques et à l'affection tuberculeuse de ces ganglions. Tant qu'on se borne à ce coup d'œil superficiel , ou ne peut parvenir à distinguer l'une de l'autre ces deux affections. Mais si l'on examine moins superficiellement , si l'on analyse son observation, on parvient quelquefois à préciser le diagnostic. Ainsi , par exemple , lorsque les signes que nous venons d'indiquer sont accompagnés de soif habituelle, de chaleur et de sécheresse de la peau , d'une douleur sourde dans un des points de la région abdominale, de déjections glaireuses ou verdàtres, d'amaigrissement de la ligure avec étirement des traits, et d'accélération du pouls; et que fous ces accidens augmentent après les repas, et principalement après l'ingestion d'alimens de nature excitante, la maladie consiste évidemment dans une inflammation de la membrane muqueuse intestinale. Lorsqu'au contraire on n'observe aucun de ces derniers symptômes , que le malade est scrofuleux ou phthisique, que sa peau est comme étiolée , et habituellement humide plutôt que sèche , que la diarrhée n'est formée que par des alimens mal digérés , que ni les repas ni la nature des alimens n'influent d'une manière sensible sur la maladie elle-même , ce qui arrive assez souvent, que le bouillon gras et les viandes sont plus facilement digérés que le laitage et les farineux, il est presque certain que le malade est affecté de tubercules dans le mésentère.
Mais , il faut en convenir , ce ne sont pas les cas les plus communs que ceux où l'on observe les caractères des deux maladies aussi tranchés que nous venons de les décrire ; loin de là , il est plus ordinaire d'observer une telle combinaison des symptômes propres à l'une et à l'autre affection qu'il devient trèsdifficile de savoir à laquelle des deux on a affaire. C'est ici que l'étude des causes devient d'un grand secours. Si la maladie s'est développée sous l'influence d'un sevrage mal dirigé , ou â la suite de l'abiis des médicamens irritans, ou enfin par l'effet d'une alimentation trop stimulante, il est plus que probable que c'est une entérite. Au contraire , on devra plutôt pencher k croire à l'existence d'une affection tuberculeuse du mésentère , si le mal a pris naissance sous l'influence de l'allaitement par une nourrice misérable ou phthisique, ou d'une alimentation composée presque exclusivement de farineux , ou d'une habitation humide et privée de l'action solaire. Enfin , dans les cas où toutes ces données sont encore insuffisantes pour dissiper l'incertitude , il faut se servir du traitement lui-même comme d'une pierre de touche. On doit donc commencer par soumettre le malade à l'emploi des antiphlogistiques ( voyez Entéhite ) , et s'il en éprouve un soulagement marqué , soutenu et progressif (ce qui arrive toujours, lorsque la maladie n'est pas trop ancienne), on ne peut plus douter que ce ne soit une entérite. Si , au contraire , cette médication semble aggraver les accidens, l'affection est très-probablement de nature tuberculeuse ; il suffit même que les antiphlogistiques ne procurent aucun soulagement , ou qu'une amélioration passagère soit suivie bientôt d'un accroissement notable des symptômes, pour qu'on doive soupçonner que telle est la nature du mal.
Je n'ai pas la prétention d'avoir dissipé toute l'obscurité qui couvre le diagnostic du carreau à ses premières périodes; mais je pense qu'en suivant la marche que j'ai tracée et qui m'a plus d'une fois conduit au but, on parviendra très-souvent a distinguer cette maladie de l'engorgement inflammatoire des ganglions mésentériques. J'ajouterai qu'en raison de la grande fréquence de cette dernière maladie , si on le compare sous ce rapport au carreau , lorsqu'on est appelé auprès d'un enfant dont le ventre est volumiheux est dur , qui a les extrémités très-amaigries , et dont les fonctions digestives s'exécutent mal , il y a plus de cent à parier oontre un que cet enfant est atteint d'entérite.
Lorsque le carreau est arrivé à son plus haut degré , il devient beaucoup plus facile de le reconnaître. On sent alors distinctement les tubercules à travers les parois amincies de l'abdomen ; ils sont durs , presque toujours indolens , et souvent agglomérés en nombre plus ou moins consiilérable , de manière à former plusieurs masses ou une masse unique remplissant toute la cavité abdo. minale. A cette époque aussi tous les accidens sont beaucoup plus graves ; la digestion des alimens ne s'opère plus qu'incomplètement, et on les retrouve à demi digérés et encore reconnaissables dans les selles ; le pouls est plus fréquent, la peau est aride, écailleuse et terreuse; la soif est inextinguible, l'amaigrissement devient extrême ; souvent un épanchement se forme dans la cavité du péritoine, et le malade, réduit à un état de marasme extrême, ne tarde pas à succomber.
Pronostic. Le pronostic du carreau , comme celui de toutes les affections tuberculeuses des organes importans , est presque toujours funeste. Toutefois , c'est moins par lui-même que par sa complication ordinaire avec la phthisie , qu'il devient mortel ; l'expérience a prouvé que l'on pouvait porter pendant long-temps des tubercules mésentériques , sans qu'aucun accident en fût l'effet. Iiigrassias rapporte l'autopsie cadavérique d'un nègre qui venait d'être pendu, et chez lequel il trouva une soixantaine de tubercules mésentériques ; ce nègre jouissait cependant d'une bonne santé avant son supplice. On cite aussirobser.
CARREAU
CASCARILLE.
vation d'une jeune fille de cinq ans, morte cinq heures après être tombée dans Je feu , et qui présenta douze de ces tumeurs en partie ramollies , quoiqu'elle jouit d'une santé parfaite lors de l'accident qui causa sa mort. Mais si l'on possède des faits qui démontrent qu'il peut exister des tubercules dans le mésentère sans qu'aucun symptôme les accompagne, on n'en possède qu'un bien petit nombre qui atteste la possibilité de les guérir, et l'opinion générale les regarde comme à peu près incurables.
Caractères nnatomiques. A l'ouverture des cadavres , on trouve un plus ou moins grand nombre de ganglions mésenlériques accrus de volume et en partie ou en totalité tuberculeux , d'un rouge plus ou moins vif dans les points qui ont échappé à celte désorganisation , et tantôt ayant conservé leur consistance et tantôt ramollis. ( ^ oj-ez Tubercules. ) Presque toujours , on trouve en môme temps des ulcérations dans l'intestin grêle aux points qui correspondent aux tubercules, et autour d'elles, dans leur centre , au-dessous d'elles, entre le péritoine et la membrane musculaire de. l'intestin , on observe souvent des granulations tuberculeuses. Ces résultats d'anatomie pathologique tendent à confirmer l'opinion des médecins qui regardent la tuberculisation des ganglions mésentériques comme étant toujours produite par l'inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale.
Traitement. Soit que les tubercules mésentériques succèdent à l'inflammation, soitqu'ils n'en aient pas été précédés, on conçoit difliicilementla possibilité de les guén'r une fois qu'ils sont développes ; et c'est en ce sens qu'il est vrai de dire qu'ils sont incurables. Mais il est évident que, dans le premier cas, on peut en prévenir la formation en détruisantl'inflammation qui les fait naître, par un traitement antiphlogistique bien dirigé, et dont les règles seront exposées à l'article E^TÉRITE. Or, comme il est toujours très-difficile de reconnaître le carreau à son origine et de le distinguer de l'entérite ; comme, d'une autre part, il est très-souvent, sinon toujours, ainsi que le pensent plusieurs pathologistes modernes, précédé et produit par cette phlegmasie , c'est en définitive par les moyens qui conviennent contre l'inflammation que l'on doit l'attaquer dans tous les cas à son début. On réussit très-certainement par ces moyens à prévenir souvent le développement du carreau, et nous pourrions rapporter un bon nombre d'observations de guérison , tirées de notre pratique , obtenues par le régime adoucissant, les cataplasmes, les lavemens et les bains émoUiens, les évacuations sanguines locales, chez des enfans déclarés atteints de cette maladie et regardés comme incurables par des praticiens distingués de la capitale.
Mais lorsque la dégénération tuberculeuse des ganglions mésentériques est commencée , ce dont on est averti par l'insuccès du traitement antiphlogistique , encore plus peut-être que par les signes que nous avons précédemment indiqués , c'est à une médication tout opposée qu'il faut avoir recours . On doit immédiatement faire recouvrir tout le corps de flanelle ; mettre l'enfant à l'usage des viandes rôties , du bouillon gras , et d'un bon vin coupé d'eau , lui prescrire une tisane amère, telle que les infusions de houblon, de patience, de bardane, de rhubarbe , et le matin à jeun une cuillerée à bouche de sirop ou de vin antiscorbutique, ou de quinquina, ou de gentiane; on doit en môme temps faire pratiquer des frictions sèches sur toute l'étendue de la peau ; et, si l'enfant habite un endroit humide et privé des rayons solaires , le faire transporter dans un lieu sec, bien aéré, exposé à l'influence du soleil , et, s'il se peut, dans les pays chauds. Parmi les médicamens employés avec le plus de succès , la rhubarbe en poudre unie à l'acétate de potasse ( seize grains de ce mélange à parties égales , matin et soir) tient le premier rang. Les savonneux seuls ou combinés avec les extraits de chardon bénit, de trèfle d'eau , de furaeterre et de pissenlit , les bains de mer paraissent aussi jouir de quelques propriétés contre la maladie qui nous occupe. On retire aussi , dans quelques cas, de bons effets des ferrugineux et de la ciguë. Il est probable que l'iode aurait ici la même efiicacité que dans les scrofules; mais noias manquons d'expériences bien faites sur l'emploi des diverses préparations de ce puissant agent thérapeutique.
On lit dans les auteurs quelques observations de malades présumés atteints de carreau , et guéris par les moyens que je viens d'énumérer. On pourra sans doute toujours objecter à ces faits, qu'il n'est pas bien évident que ce sont des tubercules mésentériques auxquels on a eu aflaire ; mais il faut convenir pourtant que ce ne sont pas des entérites qui ont été guéries par ces médications stimulantes , et dès lors il est bien probable que c'étaient réellement des carreaux commençans. Loin donc de proscrire d'une manière absolue l'emploi de ces médications , comme on l'a fait dans ces derniers temps , je pense que lorsqu'on ne voit pas de signes bien évideiis d'enléi ite , et lorsque les malades sont des enfans lymphatiques et placés dans les conditions défavorables que j'ai fait connaître , on ne doit pas craindre d'y avoir recours, pourvu toutefois qu'on les administre d'une manière sage etraisonnée, que l'on sache en surveiller l'action , et que l'on se li.îte de les suspendre et de les remplacer par les moyens adoucissans, aussitôt qu'ils exercent une action irritante sur les voies digestives , au lieu de l'action tonique qu'ils sont destinés à produire. Mais je dois ajouter qu'il y a beaucoup plus d'inconvéniens à les prescrire d'une manière loutinière , et à persister aveuglément dans leur emploi, malgré leu^-s mauvais effets évidens . comme je l'ai vu faire un très-grand nombre de fois, qu'à traiter toutes les afl'ections que l'on confond sous le nom de carreau par les seuls antiphlogistiques. C'est une raison de plus, selon moi, pour commencer toujours le traitement du carreau par les antiphlogistiques , et pour ne tenter la médication stimulante qu'après s'être assuré de l'inutilité de la première, à moins qu'on ne soit appelé au dernier période de la maladie et que le malade ne soit déjà dans le marasme.
Ce n'est qu'au début du carreau , lorsque les ganglions mésentériques com-
mencent à éprouver la dégénération tuberculeuse , que l'on peut se prometlre de bons eflTets du traitement que je viens de tracer. Dès que la tuberculisation est opérée, je regarde , avec la plupart des praticiens , la maladie comme audessus de toutes les ressources de l'art. On a cependant préconisé une foule de moyens encore que je dois faire connaître , en prévenant que je n'ajoute aucune foi à leur efficacité prétendue. Ces moyens sont les mercuriaux, la gomme ammoniaque, l'aloès, le séné; les extraits de myrrhe, d'absinthe, d'ellébore noir, de chicorée ; la racine d'arum, le carbonate de potasse, la baryte, et plusieurs préparations composées, telles que l'eau de mercure de Theden, l'essence douce de Stahl, les pilules de Bêcher, celles de Grateloup, de Janin] de Gisler, de Plummer et de Rosen. Il me serait facile de grossir encore celte liste , car c'est toujours contre les maladies incurables que l'art semble posséder le plus de' ressources ; mais qui ne sait aujourd'hui qu'en thérapeutique le luxe décèle toujours la misère? Tous ces médicamens, impuissans contre la maladie, ne sont propres qu'à accélérer la perte des malades; en irritant, eu enflammant la membrane muqueuse gastro-intestinale , ils hâtent le moment du ramollissement des tubercules , que tous les efforts du médecin doivent tendre à retarder le plus possible. Le plus sage parti est de s'en abstenir, et de se borner à l'emploi du régime et des soins hygiéniques précédemment indiqués ; le seul but que doive se proposer en pareil cas le praticien étant de prolonger la vie de ses malades autant qu'il est en son pouvoir, et d'écarter la douleur de leurs derniers momens.
Albcrti. Disserlalio de Alrophiâ. Halœ, 1729.
Baumes .'VraMé de l'amaigrisiiement des enfans. Paris, 1806.
J.-P. Janceau. Essai sur le rachilis et l'atrophie mésentérique. Paris , 1808.
(L.-Ch. Roche.)
CARUS , de y.apoi, sommeil profond ; expression par laquelle on désigne le dernier degré de l'assoupissement. Le carus n'est et ne peut être que le symp- i tôme d'affections cérébrales qui trouveront ailleurs leur description , et aus- . i quelles nous renvoyons pour le phénomène dont il s'agit. ( Fojez Apople^«,i; i Catalepsie, Commotion , Compression , Congestion , Ivresse , eta.) J i
(P. JOLLY.) j '
C^RVI,carun2 caret; pentandriedigynie,LiNN.; ombellifères, .Tuss. La ra-.j i cine de carvi , adoucie et rendue plus volumineuse par la culture , est employée i comme aliment; mais ce sont les semences qui , douées d'une odeur forte et , ^ aromatique, figuraient au nombre des médicamens parmi les quatre semence*,^ chaudes majeures. On sait ce qu'on doit penser de ces groupes numériques de , i substances médicamenteuses, pour lesquels nos devanciers avaient un goût «i i, prononcé. Quoi qu'il en soit, les propriétés assez énergiques de ce médicament, | propriétés dues à l'huile volatile qu'il renferme en grande proportion, per- ( mettent de croire qu'on ait pu l'employer avec avantage dans des affections di- i verses, qui réclament, ou du moins qui supportent l'usage des excitans , et|, dans lesquelles on peut , d'ailleurs , se promettre un égal succès de toute subii ') stance analogue. ; ,
Les semences de carvi peuvent se donner en infusion à la dose de deux gros. < On peut en préparer une teinture ou en extraire l'huile volatile; mais, dans le ( fait, son usage est peu répandu. (F.Ratier.)
CASCARILLE , 6'/'o/o« cascarilla, monoécie monadelphie, Linn.; euphor- , i biacées, Jrss. On employait jadis, beaucoup plus qu'aujourd'hui, l'écorce de ) cette plante, qu'on apportait de l'Amérique méridionale , et que l'on désignaiti t encore sous les noms d'e'corce éleulhérienne ou quinquina aromatique. Elle se ^ présente en fragmcns roulés, compactes , peu épais, ayant une cassure rési-^ j neuse et rayonnée. Elle est à l'extérieur recouverte d'un épiderme blanc v, 4 rugueux, fendillé, souvent parsemé de cryptogames. En dedans elle est d'un jj brun obscur. Elle a une Ofleur aromatique faiblement musquée , qui se déve- l loppe par la combustion, et une saveur amère, un peu àcre , mais asseKij^ agréable. t <
Nous ne rappellerons pas même les vertus merveilleuses qu'on lui a succès- j ^ sivement prêtées : assez d'autres veillent à ne laisser perdre aucune des vieilles erreurs. Nous dirons que l'analyse de la cascarille a été faite par TromsdorfT, ^ i et qu'il n'y a pas trouvé de principes très-remarquables ; il est à croire cepwidant qu'ils n'eussent pas échappé à cet habile chimiste , auquel la science est redevable de travaux importans. Un extractif amer, une huile volatile vexle d'une odeur suave, et de la résine, tels sont les élémens qu'il y a rencontrés. On ^ j présume qu'il y existe aussi de l'acide benzoïque , et que l'extractif amer pourrait Jjien renfermer un alcali organique.
Mais, quand même des recherches ultérieures viendraient à démontrer dans i la cascarille l'existence des principes qu'on y a seulement soupçonnés jusqu'à I présent, toujours est-il qu'ils s'y rencontrent en trop faible proportion pour | qu'elle puisse jamais être rangée au nombre des médicamens actifs. Comment, i en effet, peut-elle agir sur l'économie, si ce n'est eu produisant une légère excitation , d'abord à la surface sur laquelle elle est déposée ; puis sur les divers , tissus , par l'absorption de ses principes actifs , en supposant qu'elle soit admi- , nistrée à dose suffisaijte? Que celte stimulation locale, ou plus ou moins j générale, puisse être utile dans la dysenterie, dans quelques fièvres d'accès peu rebelles , et même dans beaucoup d'autres circonstances, c'est ce que l'on peut facilement comprendre; et l'on pourrait faire de la cascarille un ujagc ))lus fréquent, si ce n'était une substance exotjque et par conséquent chère el plus sujette que d'autres aux falsifications. Mais, on ne saurait lui accorder de préférence motivée sur les autres substances analogues par leur composition chimique.
L'addition de la casc.irille au quinquina et à la rhubarbe , semble peu capabk d'accroître ou de modifier, d'une manière quelconque, les propriétés de ce:
CASTORÉUM.
CASTORÉUM.
niedicatnents ,(lout l'activité est bien supérieure à la sienne; et l'on ne doit pas , idans l'état actuel de la science, conseiller des mélanges propres seulement à compliquer les questions , et à induire en erreur sur la cause véritable des résultats observés.
i Kous ne parlerions pas de l'usage où sont quelques fumeurs de parfumer leur tabac avec de la cascarille, si nous ne lisions, dans un ouvrage récent, que cette substance ainsi employée produit des vertiges et même l'ivresse. Cette assertion est dépourvue de fondement, et l'expérience la dément. Lorsiqu'en fumant du tabac (plante vireuse, et bien capable de produire à elle seule le mal de tête et l'enivrement) , ainsi parfumé , on éprouve ces accidens , est-il raisonnable de les attribuer à quelques brins de cascarille qui s'y trouvent mêlés ?
La cascarille s'emploie en poudre , en sirop , en teinture alcoholique. Rarement on l'administre seule; mais elle figure au nombre' des correctifs et des iadjuvans , qui devaient autrefois entrer dans une formule bien conditionnée. |La dose peut être portée assez loin sans inconvéniens ; on donne ordinairement un à deux gros de la poudre. (F. Ratier.)
I CASSE, rasi/a fistula, décandrie monogynie , Lihn.; légumineuses , Juss. j|C(iiie des boutiques ; casse en bâtons ; canèjice.
\ La casse est un médicament très-vanté des anciens, qui le faisaient venir k (grands frais des pays chauds de l'ancien et du nouveau monde, tandis qu'ils 'avaient, près d'eux , des substances d'une composition chimique analogue, et dont les propriétés médicinales n'étaient pas moins salutaires. De nos jours la casse est réléguée dans les officines, d'où l'ordonnance de quelques vieux médecins vient seule la faire sortir. Ce n'est pas cependant qu'elle soit une substance à dédaigner, lorsqu'on se trouve dans les contrées où elle est indigène.
Sans entrer dans des détails superflus de botanique ou d'histoire naturelle, nous dirons que l'arbre qui la produit se nomme canéficier, et que ses fruits sont cylindriques et presque toujours droits ; de là le nom vulgaire de casse en bâtons. Ils sont d'une couleur noire , et formés de deux valves réunies par deux sutures longitudinales. L'intérieur présente des cloisons transversales formant un grand nombre déloges, dont chacune contient une graine rouge, lisse et luisante, environnée d'une pulpe noirâtre , douce et sucrée. C'est cette pulpe ^u'on extrait pour l'usage médical ; en l'ôtant, avec un instrument approprié , des loges qui la renferment , et dont on peut l'extraire aussi au moyen de la de'coction. Le produit de cette dernière opération est ce qu'on appelle la casse cuite. La remarque la plus importante qu'il y ait à faire à l'occasion de ce médicameiit, c'est que, comme toutes les substances sucrées, il est exposé à subir la fermentation aeéteuse, et que, quand il est préparé sans précaution dans des vases de cuivre , il peut renfermer du vert-de-gris, dont les funestes Effets sont trop bien connus.
1 La casse a été examinée sous le rapport chimique par 'Vauquelin. Il y a signalé beaucoup de sucre, de gélatine végétale et de gomme; un peu de gluten et de matière extractive ; enfin du parenchyme et de l'eau ; tous élémens qui n'ont rien de rare , et que nous retrouvons d:ins les pruneaux , et dans les fruits mucoso-sucrés qui présentent même de plus de l'acide m^lique et qui sont, par conséquent, plus laxatifs.
"Aussi cette substance n'est-elle employée que comme un laxatif doux, c'est-à-dirq,, très-faible. Si l'on voulait en obtenir des effets purgatifs , il faudrait en donner au moins deux ou trois onces. Encore des estomacs un peu frobustes digéreraient parfaitement ce prétendu purgatif. Aussi , dans la plupart 'ies formules où figure la casse , la voit-on associée à des substances purgatives blus ou moins énergiques , et auxquelles elle ne sert que d'excipient. I D'ailleurs la casse est à peu près tombée en désuétude, et les médecins de bos jours la remplacent facilement, dans les cas où son usage était autrefois [conseillé. Ils ont également abandonné les composés médicamenteux dans lesquels elle figurait et parmi lesquels on remarquait l'élcctuaire lénitif, la marmelade de Tronchin , qui n'est pas le meilleur titre de la célébrité du médecin Genevois, enfin l'eau de casse avec les grains qui fait partie du traite-
rent empirique de la Charité dans la colique des peintres. D'après les faibles propriétés de la casse , on doit réléguer parmi les coptes populaires les vertus qu'on lui prêtait contre telle ou telle maladie; par exemple, contre les hémorrhoïdes , affection dans laquelle Geoffroy vantait son usage interne , et son application à l'extérieur. On ne saurait voir dans cette double médication, d'ailleurs bien indiquée dans le cas dont il s'agit, qu'une application émolliente , et une boisson laxative.
j La dose la plus usitée est d'une à trois onces; mais on conçoit facilement qu'on peut la dépasser sans la moindre ■crainte C'était en général en solution qu'on la faisait prendre ; mais on 1 administrait aussi sous forme solide ou plutôt demi-liquide , et presque toujours avec addition de quelques médicamens capables de suppléer à son insuffisance. (F. Ratier.)
CASTOREUM. On nomme ainsi, du nom de l'animal qui la fournit, une substance médicamenteuse autrefois fort usitée, et dont l'emploi devient plus restreint de jour en jour. Le castoréum est une substance onctueuse, qu'on extrait de poches placées à la région périnéale chez le castor {castor fiber L ) JOn ignore quel peut être, chez l'animal, l'usage de ce produit de sécrétion qu'on jine trouve que chez un petit nombre d'espèces; on ignore encore plus peut-èire -comment et pourquoi cette matière s'est trouvée introduite dans la matière médicale, où on la voit cependant depuis très-long-temps.
Chez l'animal vivant, le castoréum est fluide; mais, dans le commerce, on ne le trouve que concret, et desséché à la fumée dans les poches qui le renferment. Peut-être même cette opération (le fumage) lui imprime-t-elle quel-
DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
ques modificalioTis , et hii donne-t-ello des propriétés nouvelles , par le développement de quelques principes (ju'il ne contenait pas primilivemeul. Le castoréum dépouillé de ses envelo|)pes membraneuses , et tel qu'on le trouve dans les officines , est une substance d'un brun noirâtre, sèche sans être pulvérulente , solide, grumeleuse et friable. Il a une odeur particulière, forte et désagréable, et une saveur amère et un peu mordicante. On préfère le castoréum de Sibérie 'a celui du Canada ; mais comme on ne donne pas les motifs de cette préférenae, il est permis de penser que . comme tant d'autres , elle en est dépourvue. Enfin , il est bon d'ajouter, afin d'inspirer aux médecins qui voudraient encore expérimenter le castoréum , ou étudier ce que les auteurs nous ont transmis sur le même sujet, une prudente réserve dans l'appréciation de ses effets, que cette matière, qui nous est apportée de l'étranger, est bien souvent falsifiée avec des substances inertes.
Le médicament qui nous occupe est insoluble dans l'eau, mais il se dissout presqu'en totalité dans l'alcohol. Exposé à la flamme d'une bougie, il brûle à la manière des substances qui contiennent de la résine et de l'huile volatile. La chaleur de la main le ramollit, et le met en état d'être réduit en pilules.
L'analyse chimique du castoréum a été faite à plusieurs reprises , et elle y a trouvé , à peu de chose près , les mêmes principes. Celle de M. Brandes , qui est la plus récente , y a démontré de l'huile volatile, de l'urate , du carbonate et du benzoate de chaux; une matière résineuse, de l'albumine, des traces d'une substance analogue h l'osmazôme ; du muriale , du sulfate et du benzoate de potasse ; du phosphate et du sulfate de chaux ; du mucus animal ; du carbonate d'ammoniaque ; enfin , une substance membraneuse. M. Brandes y a également constaté l'existence d'une matière blanche, cristallisable , ayant l'odeur du castoréum , qui y avait été signalée d'abord par M. Bizio , chimiste italien , lequel lui avait donné le nom de caslorine , et l'avait présentée comme le principe actif du castoréum. Mais aucune expérience positive n'a encore constaté les effets de cette substance.
Le castoréum lui-même, quoique depuis long-temps connu et employé, n'a pas été encore l'objet de recherches suivies et propres à constater son action sur l'économie animale, soit dans l'état de sanlé , soit dans l'état de maladie; et bien qu'on lise, dans un ouvrage récent, qu'on ne connaît pas de médicament plus anli hystérique , et qu'il agit sur le système nerveux, on est encore dans l'incertitude sur ce point, aussi bien que sur le siège et les causes prochaines des affections appelées hystériques. Nous avons vu bien des fois administrer le castoréum, et dans des circonstances très- variées , et nous n'en avons pas observé de résultats constans. Cela tient sans doute à ce qu'il était toujoui's donné aux malades, soit à trop faible dose, soit associé k d'autres substances médicamenteuses; soit, enfin , accompagné d'autres moyens hygiéniques ou médicamenteux, qui devaient, au moins , avoir part aux succès quand ou en a obtenus , ou quand on a cru en obtenir. A moins qu'on ne le donne k fortes doses, ou qu'il ne soit reçu dans des organes digestifs malades, il ne produit guère de phénomènes physiologiques appréciables; et, dans ce cas,c'e,'>t vers le canal intestinal que se manifestent les phénomènes d'une irritation qui ne présente pas de caractères particuliers , et qui n'est pas durable.
Voilk tout ce qu'on sait de positif sur cette substance médicamenteuse , dont l'odeur, généralement considérée comme désagréable, paraît causer aux femmes hystériques une impression agréable. Mais, ce fait même, fût-il aussi constant qu'il souffre d'exceptions , ne prouverait pas que le castoréum fût salutaire dans toutes les affections , même purement nerveuses , et exem])tes de toute lésion matérielle. De ce que, dans le pica et le malacia , on voit les malades manger avec plaisir des substances dégoûtantes et qui ne sont pas alimentaires , en a-t-on jamais conclu que ces substances devaient être conoidéi ées comme de précieux remèdes dans ces affections? On est donc forcé de reconnaître que l'administration du castoréum est, le plus souvent, dictée par une aveugle routine , et par le besoin de varier les médicamens, afin, dit-on , de soutenir la confiance des malades dans des affections longues et opiniàties. Telle est, d'ailleurs, sur cette substance, l'opinion des médecins praticiens qui ont le mieux observé l'hystérie et les maladies nerveuses.
Nous ferions grâce k nos lecteurs de toutes les erreurs qui ont été débitées sur cette drogue , si nous ne craignions d'être accusés de négligence ou d'un scepticisme outré. C'est donc pour motiver notre opinion , que nous examinerons encore la propriété emménagogue du castoréum. En effet elle lui a clé attribuée par quelques médecins , dont une foule d'autres ont répété les assertions. Comme, chez la plupart des femmes, l'hystérie et les affections nerveuses s'accompagnent de dysménorihée , ou même d'aménorrhée, et que, pendant le cours d'un traitement dont le castoréum faisait partie, on a vu ((uelquefois la menstruation se rétablir, on en a conclu que ce médicament devait avoir constamment le même effet; et, en conséquence , il a été rangé dans la classe des emménagogues. On sait ce qu'on doit penser d'une pareille assertion, et l'on peut en rapprocher celle qui veut recommander le castoréum comme jouissant d'une grande efficacité contre les fièvres typhoïdes; maladies dans lesquelles le pouvoir de la médecine est plus que pi obléinalique. Mais c'est dans l'hystérie, l'hypochondrie , l'épilepsie , et même la manie qu'il est principalement recommandé; et cependant nous ne voyons pas qu'aucun praticien digne de foi se présente comme garant des succès obtenus par ce moyen ; ni le mode d'administration , ni les doses auxquelles on doit le porter, ne présentent rien de positif, et ce serait un nouveau travail k entreprendre , si le sujet méritait quelque attention.
Jusqu'à ce que de nouvelles recherches aient appris quelque chose de précis k ce sujet, on est réduit k se guider d'après la pratique toute empirique et irréfléchie des auteurs anciens. On administre le castoréum soit par la bouche
CASTRATION
CASTRATION
soit par l'anus , à la dose de dix, vingt, trente et même quarante grains. Il est évident, d'après l'examen des élémens qui entrent dans sa composition, qu'on pourrait en faire prendre beaucoup plus, sans avoir à craindre d'accidens sérieux. Une purgation plus ou moins active, serait tout ce qui pourrait eu résulter. La saveur très-désagréable qui lui est propre prescrit de le faire prendre en pilules plutôt que de toute autre manière. Cependant on se servait assez fréquemment de la teinture, qu'on ajoutait d'ordinaire aux potions antihystériques. D'ailleurs il serait difficile de dire les combinaison* qu'on lui a fait subir : il faut pour cela consulter la Pharmacopée univei'selle de Jourdan , où l'on verra plus de cinquante formules dans lesquelles le castoréum se trouve associé au musc , au capphre , à l'opium et à l'assa-fœtida ; sans parler encore d'une foule de substances plus ou moins actives. Il figure également dans un grand nombre de composés médicamenteux que tout le monde a renoncé à défendre et h prescrire , et dont la génération médicale qui nous suit connaîtra , peut-être, à peine les noms; tels sont le philouium, le mithridate , la thériaque, et autres amas semblables de médicamens de tous les pays.
(F. Ratier.)
CASTRATION, s. f., castvatio , opération qui a pour but l'extirpation d'un seul testicule , ou de ces deux organes à la fois sur le même individu ; dans le langage ordinaire on désigne plus spécialement par ce mot l'ablation simultanée des deux organes formateurs du sperme; telle n'est pas toul-à-fait , comme on le voit , son acception chirurgicale.
La castration n'est presque jamais indiquée que dans les cas de maladie organique profonde du testicule, soit que l'altération reste limitée à cet organe, soit qu'elle ait envaiii déjà les membranes qui l'enveloppent. Toutefois le sarcocèle et ses variétés diverses, comme on le dira plus tard, à l'occasion de cette maladie, n'exigent pas toujours impérieusement cette opération. [Voyez Sarcocèle. )
La castration peut convenir encore dans les cas d'hydrocèles anciennes , lorsque la tunique vaginale , revêtue à l'intérieur de couches pseudo-membraneuses très-épaisses, a été altérée dans toute son étendue jusque sur le testicule et l'épididyme ; dans ce cas l'opération de l'hydrocèle par excision de la tunique vaginale pourrait seule remplacer la castralion, mais d'une part, elle entraînerait après elle des accidens bien plus graves , et d'un autre côté elle ne laisserait le plus souvent qu'un testicule faible , atrophié , et impropre à remplir ses fonctions ; quoiqu'il en soit pourtant , on doit alors n'agir qu'avec beaucoup de prudence, et tenir compte soigneusement, avant d'adopter la castration, de l'état du testicule de l'autre côté , et de l'âge particulier de l'individu pour lequel l'opération est jugée nécessaire.
Les plaies de la région scrotale , lorsque le cordon testiculaire a été complètement coupé, mettent encore le chirurgien dans la nécessité d'enlever le testicule; [cet organe , en effet, non-seulement ne pourrait vivre privé de ses vaisseaux nulriciers et de ses nerfs, mais en outre, en supposant possible sa conservation ultérieure, il serait rendu inutile par la section de son conduit excréteur.
Dans le cas de plaie du testicule lui-même, il ne faut jamais se hâter de l'enlever; sans doute alors cet organe est presque toujours détruit complètement par la suppuration qui s'établit ultérieurement dans sa substance , mais le contraire est quelquefois arrivé; et quelquefois dans ces cas aussi la destruction s'étant bornée à un point de l'organe , on conçoit qu'il a pu encore concourir à la sécrétion spermalique.
Pendant long-temps la castration a été mise en usage surtout en Italie , dans la vue de conserver aux enfans l'éclat et la flexibilité de leur voix, et pour empêcher qu'elle subît les modifications qu'y apporterait nécessairement la révolution de la puberté; mais , grâces au progrès des lumières, cette barbare coutume est presque complètement abandonnée partout , même dans les pays où des lois justes et sévères n'ont pas encore été portées contre elle. Le temps également est passé où d'indignes charlatans enlevaient aux jeunes enfans leurs testicules pour les guérir radicalement de hernies, pratique que l'on observait encore du temps de Sabatier dans quelques départeraens éloignés de la capitale. Au reste , le Code français a rangé dans la même catégorie ces méfaits du charlatanisme ignorant , et les cas où la castration est opérée par une main criminelle dans des motifs de vengeance ou de toute autre nature ; elle n'a fait d'exception que pour les circonstances dans lesquelles cette action aurait été préalablement excitée par un outiage violent à la pudeur. Plus d'une fois la castration a été le résultat de plaies de divers genres. On a cité des exemples d'ablation de testicules par un boulet ; une passion violente dans d'autres cas a poussé des individus à produire cette mutilation sur l'objet de leur haine ou de leur jalousie; quelquefois aussi on a vu des malheureux, dans un accès d'aliénation mentale, ou de fanatisme, se mutiler eux-mêmes d'une manière plus ou moins complète ; nous-mêmes nous avons donné des soins à un jeune ecclésiastique, plein de force et de santé, qui, honteux de s'être un instant abandonné à un penchant vers lequel la nature le ramenait à tout instant et d'une manière iirésislible , s'était, d'un seul coup de rasoir, coupé à la fois le pénis, les deux testicules et la poche membraneuse qui contient ces derniers.
Les femmes aussi , dit-on , ont été soumises à la castration ; quelques historiens rapportent que, chez les Arabes et enÉgypte, on enlevait les ovaires aux femmes, soit pour en faire des eunuques, soit pour empêcher la révolution de la puberté île s'accomplir chez elles ; quelques chirurgiens seulement ont osé proposer cette opération dans des cas de maladies des ovaires ; mais de semblables tentatives, contiaires également aux principes de l'art et aux lois de riuimanité, établissent scidemcut ce f.iil, ([n'en médecine opératoire, comme
en toutes choses, il n'est rien, si téméraire qu'il soit, qui ne puisse venir dari l'esprit de quelques hommes.
Telles sont les circonstances dans lesquelles on a fait ou proposé de faire 1' castration; mais qu'on se garde de croire que toujours elle est possible; e effet, il arrive quelquefois 'que l'altération qui indique cette opération n'es point bornée aux seuls testicules, mais s'étend plus ou moins loin vers l'ab domen, au-delà des parties que l'on peut rationnellement atteindre : dans ce cas toute opération serait nuisible ; elle ne comprendrait qu'une partie du mal et laisserait le malade dans un état plus fâcheux qu'auparavant.
Quellequesoit la lésion pourlaquelle on pratique la castration, le mode opé ratoire est toujours à peu près le même ; aussi trouvons-nous un grand avautag. aie ilécrire ici d'une manière générale , faisant soigneusement abstraction d toutes les variétés qui pourraient dépendre de la nature particulière de l'affec tion contre laquelle on dirige cette ressource extrême de l'art.
Deux bistouris , l'un convexe sur le tranchant, l'autre à tranchant droit, de ciseaux, une pince à disséquer, et un tenaculum, des fils, de la charpie dis posée en bourdonnets et eu plumasseaux, un linge troué, enduit de cérat j I quelques compresses longuettes, un bandage en T , de l'eau tiède et de:| I éponges , telles sont les choses qui sont nécessaires , soit pour l'opération elle| ij même, soit pour le pansement qui doit la suivre. j i
Le malade doit être couché sur le bord de «on lit , ou sur une table convenablement disposée , et maintenu par des aitles ; le chirurgien se place à droite cette position cependant n'est pas autant de rigueur que l'ont dit plusieurs chirurgiens.
Les manœuvres de l'opération proprement dite comprennent l'incision esté- • rieure , la dissection delà tumeur, l'isolement du cordon et la section définitivf, I de celui-ci ; examinons successivement ces quatre temps bien distincts , avec i les modifications plus ou moins nombreuses qui y ont été apportées. Nous nei i parlons pas de la castration par écrasement, procédé qui n'est et ne peut être, i employé que chez les animaux et jamais dans un but thérapeutique. j
L'incision extérieure doit comprendre la peau , les couches superficielles de i la poche testiculaire, et s'étendre depuis la partie supérieure jusqu'à la partie i inférieure de cette région; il est inutile, pour la pratiquer, de faire un pli.. [ comme l'ont conseillé quelque* personnes ; toujours celte incision sera dirigée' i de haut en bas et de dehors en dedans; tantôt elle sera simple et droite. ( lorsque le testicule seul sera malade; tantôt elle aura la forme d'une ellipse. ( dont les deux branches circonscriront une partie des enveloppes du testicule, i lorsque la maladie aura envahi ces enveloppes.
Dans le procédé ordinaire, c'est en avant que l'on pratique l'incision ; extérieure. Toutefois on conçoit que divers accidens des maladies pour les- J quelles on pratique la castration peuvent obliger à diriger cette incision d'un % autre côté. Le docteur Aumont, dont la science déplore la perte prématurée, 1^ avait eu l'idée d'attaquer la poche testiculaire en arrière dans les cas ordinaires, Jj afin de donner à la plaie une position déclive , favoriser ainsi l'écoulement du p» pus, et hâter l'agglutination des parties séparées. Ce procédé opératoire a été \ plusieurs fois essayé par M. Roux en particulier, et il n'a pas paru posséder les avantages que lui attribuait son auteur ; il rend plus difficiles les pausemens .! consécutifs, après lesquels alors les pièces d'appareil restent moins exactementi, J appliquées sur la surface de la plaie.
Pendant que l'on pratique l'incision extérieure dans l'opération de la castra- Il tion , on doit soulever ou faire soulever la tumeur , et la pincer en arrière, en attirant la peau de ce côté; de la sorte , le testicule fait hernie au dehors par i| l'ouverture pratiquée, et la dissection de la tumeur qu'il forme peut être il exécutée plus facilement et avec beaucoup plus de rapidité. Si la tumeur est très- (1 grosse, il est impossible d'adopter ce mode opératoire ; on doit se contenter de I renverser en dehors, alternativement, les deux^ lèvres de la plaie, puis les |{ séparer du testicule à grands coups de bistouri. Dans cette dissection , qui Él quelquefois est difficile , lorsque la maladie a envahi une partie des enveloppes 1 du testicule, il faut diriger avec soin le tranchant du bistouri vers les parties profondes ; l'omiss^ion de cette précaution a souvent fait pratiquer des bouton- 1* nières à la peau. l;
Pendant les deux premiers temps de l'opération , on divise les artères (I honteuses externes; on doit immédiatement en faire la ligature, si elles don- 1* nent du sang en abondance ; pour cela on saisit leur tronc dans la lèvre externe de la plaie. Le second temps de l'opération, au reste, n'est accompli qu'au moment où le testicule, entièrement séparé des parties molles voisines, ne tient plus que par sou cordon.
Le cordon doit être dégagé jusqu'à l'anneau inguinal dans les cas ordinaires; h quelquefois , seulement , lorsqu'il a siïb'i l'altération du testicule , il doit être d poursuivi jusque dans le canal inguinal. Mais au moment de l'opération où nous sommes arrivés, le cordon n'est pas encore complètement isolé, il est «j recouvert de ses enveloppes immédiates; l'une, prolongement du fascia irans- || veisalis l'autre constituée par le muscle cremaster. Or, c'est vers cette fin , l: meure à nu le cordon, que doit être dirigé le troisième temps de l'opération : (. pour cela , on saisit avec une pince à disséquer la gaîne qui recouvre le cordon; i) on la coupe en dédolant;et, loisque l'on a pénétré dans son intérieur, on \\ tient le cordon soulevé sur une sonde cannelée pendant qu'on coupe derrière lui le reste de sa gaine. Beaucoup de chirurgiens négligent , dans la castration, le temps que je viens de décrire, et procèdent h la section du cordon promplemeut, et après la dissection de la tumeur jusqu'à lui ; mais pliisieui s accidens peuvent suivre cette pratique, particulièrement la rétraction du corilon avant qu'on ait pu lier ses vaisseaux, et par suite une hémorrhagic. La rétraction du cordon, ci effet, est chose facile c^and on a laissé sur lui le muscle cremaster;
CASTRATION
CATALEPSIE
liais la crainte de ces acciJens devient une chimère, si l'on a pris la précaution l'agir comme nous l'avons indiqué. Ensuite, pour terminer l'opération, on recommande à un aide de saisir le cordon près de l'anneau; soi-même on élève ie la main gauche la tumeur testiculaire , tandis que , avec des ciseaux ou avec un bistouri , on tranche , d'un seul coup , le pédicule par lequel cette tumeur lient encore à l'abdomen.
Sans parler des ligatures assez nombreuses qu'il est nécessaire d'appliquer (ur les vaisseaux des enveloppes testlculaires , deux ou trois sont souvent néceslaires sur le cordon lui-même , nombre au reste qui varie suivant la hauteur à aquelle ce cordon a été coupé. Parmi les artères du cordon qui fournissent du ang, il en est une qui doit être cherchée autour du canal déférent, et qui nême pénètre quelquefois son tissu.
Les chirurgiens qui ne dissèquent pas le cordon aussi exactement que nous ivons conseillé de le faire , redoutent et de tout temps ont redouté la rétraction le cette partie ; de là sont nés divers modes opératoires plus ou moins négligés àujourd'hui , et qui tous ont été vantés par leurs inventeurs. Quelques-uns ont •onseillé de lier en masse le cordon avant de le couper , soit que cette ligature, ;omme le voulait Chopart, dût rester à demeurepour empêcher l'hémorrhagie, oit qu'au contraire elle fût seulement tempoi-aire, et destinée à empêcher la étraction du cordon pendant le moment nécessaire à la ligature définitive de es vaisseaux. Celte pratique a été justement abandonnée. En efl'et, ou bien le il n'est serré que médiocrement , et alors il n'agit pas assez fortement sur le jordon pour l'empêcher de glisser dans la gaine , et il survient l'hémorrhagie [u'on redoutait; ou bien il étreint très-exactement les parties, et alors il peut ;onner lieu à de graves accidens, tels que l'inflammation du tissu cellulaire de i fosse iliaque , même le tétanos , comme Morand en cite un exemple, j Bichat, toujours dans le même but, veut que d'abord on cherche le conduit Werent que sa dureté rend extrêmement facile à troui'er dans le paquet vasculïi;'e, que l'on fasse tenir ce conduit par un aide , que Von glisse entra lui et le \aquet vasculaire un bistouri, que l'on coupe les naisseaux en laissant le conduit \nact, que l'on fasse la ligature de l'artère que son jet de sang indique ssez bien, et qu'enfin une fois cette précaution prise , on coupe le conduit eférent.
Nous avons vu employer à M. Roux , pour la section du cordon , un procédé ilqué sur celui de Bichat, et qui, sans contredit, est plus simple et tout aussi ir. Ce professeur coupe cette partie à petits coups, d'avant en arrière ; il lie iccessivement les vaisseaux qui donnent du sang à mesure qu'ils sont ouverts,
il n'achève la section de la dernière partie du cordon que lorsqu'il s'est suré que cette partie qui lui servait à retenir le tout en dehors , ne contient is de vaisseaux importans, cas dans lequel il passe auparavant un fil autour 'elle.
C'est la ligature des vaisseaux du cordon, comme nous l'avons fait remarier , qu'il convient d'employer pour arrêter l'hémorrhagie après la castration ; utefois nous devons dire que d'autres moyens hémostatiques pourraient à la gueur être employés. Ledran conseillait le froissement ou la torsion des vaisaux, procédé mis en usage chez les animaux par les châlreurs. J.-L. Petit et )uteau ont employé la compression du cordon; à cet efi'et ils voulaient qu'on jssât à cette partie une certaine longueur, ce qui, pour le dire en passant, t loin d'être toujours possible , et qu'ensuite on la retournât en haut ou en 'dans contre la paroi abdominale ou le pubis , de manière à l'aplatir contre s points avec les pièces destinées au pansement de la plaie. Ces derniers )yens sont moins sûrs que la ligature; le froissement lui-même, s'il n'est dans !même cas, a plus qu'elle le tort d'irriter davantage, et par suite de plus dis- ] série cordon aune inflammation vive.
pans quelques circonstances le cordon du testicule est malade jusqu'à Janeau, ou même jusque dans le canal inguinal ; alors l'opération est beau- (Lp plus laborieuse : le canal inguinal doit être ouvert en avant avec soin , et i devient nécessaire d'apporter les plus grandes précautions pour faire la lalure des vaisseaux avant d'achever la section du cordon; c'est ici surtout ce convient le procédé employé par M. Roux pour le dernier temps de Ipération.
Plusieurs fois des testicules malades et arrêtés dans le canal inguinal ont dû < e enlevés; l'opération alors demande ime attention toute spéciale, et souffre «elques modifications. Une incision parallèle à l'arcade crurale devra être pra- 1 uée sur la tumeur; elle comprendra la peau, l'aponévrose fascia supeifcialis, • l'artère tégumenteuse abdominale , dont on fera la ligature ; ensuite , sur une s|jde cannelée , on soulèvera l'aponévrose du muscle grand oblique, dans le 1 u où elle constitue la paroi antérieure du canal inguinal , puis on l'incisera ; (: lors la tumeur allongée paraîtra à uu , on la disséquera avec précaution, c attirera son pédicule au dehors, on coupera graduellement ce pédicule, et g(duellement aussi on fera la ligature des vaisseaux qui se rencontreront.
Quelque mode opératoire qu'on ait mis en usage pour la castration , une fois l;esticule enlevé , le pansement doit se faire de la même manière. La réunion première intension des bords de la plaie doit-elle être effectuée? ou bien tl|t-on rejeter complètement ce mode de pansement? Voilà une première Gestion à poser et à résoudre. Deux choses s'opposent ici à l'agglutination par lumière intension : l'excès de peau , et l'impossibilité d'exercer une exacte Cljnpression sur le fond et sur la surface de la plaie; il résulte de là que si la imion a été tentée immédiatement, lorsque l'agglutination s'effectue, elle a 1|> seulement vers les bords de la plaie et point vers son fond; que le pus spcumule sous la cicatrice , y séjourne , et cause des accidens dont le moindre le retard apporté dans la guérison complète. Aussi n'hésitons-nous point à Idire, la réunion immédiate de la plaie qui résulte de la castration, serait
une sorte de contre-sens chirurgical, elle constituerait une faute réelle, Ou plutôt elle prouverait de la part du chirurgien qui la mettrait en usage, peu d'expérience dans le traitement des plaies des bourses. Le pansement après la castration consistesimplement dans l'application de charpie mollette sur le fond de la plaie, sur ses bords, et aussi dans le pli qui sépare les cuisses de la région scrotale, tandis que d'autres parts les ligatures étant renfermées dans un petit linge, le tout est retenu par des compresses longuettes et par un bandage en T.
Au bout de trois jours, on lève l'appareil avec soin , et on recommence le pansement de la même manière , en prenant seulement la précaution de serrer un peu moins fortement que la première fois. Pendant tout le traitement, de la charpie doit être placée entre les lèvres de la plaie, de manière à les empêcher de se retourner en dedans , tendance qu'elles manifestent de très-bonne heure , comme on le sait. Avec ces précautions , on ne peut même empêcher le plus souvent que l'inversion de la peau ne se fasse à un certain degré , et qu'à la fin la plaie , réduite à une rigole étroite et enfoncée , ne soit longue à se fermer complètement.
Divers accidens peuvent se montrer après la castration, ou pendant l'opération elle-même; la rétraction du cordon , l'ouverture d'un sac herniaire cache' dans le cordon , une hémorrhagie , une inflammation du cordon ou de ses veines, le tétanos. Nous avons indiqué les circonstances dans lesquelles arrive la rétraction du cordon du testicule, et les moyens propres à l'empêcher ainsi que l'hémorrhagie qui en est la conséquence; si cependant semblable accident se reproduisait, il faudrait inciser la paroi antérieure du canal inguinal, et aller à la recherche des vaisseaux pour en faire la ligature. La phlébite, ici comme ailleurs , constitue un accident fort grave , le plus souvent mortel , pour des raisons que nous avons déduites à l'occasion des amputations [voyez ce mot). Ici en particulier, pour prévenir la phlébite, on évitera la ligature des veines grosses et flexueuses du testicule; cet accident , en effet, a plusieurs fois été le résultat de la ligature en masse du cordon. L'inflammation du cordon est peu grave , lorsqu'elle ne se propage pas vers le ventre; souvent elle est accompagnée d'étranglement, produit par la constriction qu'exerce le canal inguinal sur la partie malade ; on fait cesser cet étranglement en débridant l'anneau dans une grande étendue ; nous avons observé plusieurs fois cette complication , qui a été notée également par Bertrandi , Garangeot, Lafaye et Ledran; ces chirurgiens ont également conseillé et mis en usage le mode de traitement que nous conseillons et qui nous a constamment réussi.
Les individus sur lesquels la castration complète a été opérée , n'éprouvent dans leur constitution que des changemens peu sensibles , lorsque l'opération a été faite pendant l'âge adulte; mais il en est autrement lorsque la castration a été pratiquée de bonne heure ; alors le larynx, les organes génitaux conservent leur état infantile , la barbe ne se développe pas, l'habitude extérieure a quelque analogie avec celle de la femme ; le moral subit également d'importantes modifications. (Pour tous ces détails plus ou moins curieux que ne comporte point le plan de ce Dictionnaire, voyez les articles Castrais, Eunuques des divers ouvrages.)
Nous ne voulons point cependant terminer cet article sans dire quelques mots sur une circonstance médico-légale relative à la castration, circonstance qui s'est plusieurs fois présentée , et sur laquelle encore quelquefois les médecins peuvent être appelés à donner leur avis. Un homme , qui a subi depuis quelque temps seulement l'opération de la castration, peut-il encore procréer une fois ? et la femme qui accouche plus de dix mois après l'époque où son mari a été privé de ses deux testicules , peut-elle être admise à prouver la légitimité de ses enfans? Sans doute ces cas sont fort embarrassans ; sans doute au fond , en semblable matière , il s'élève de fortes présomptions contre la moralité de la mère; mais pourtant on conçoit que du sperme, renfermé dans les vésicules spermatiques au moment de l'opération , y ait été conservé pendant quelque temps, et ait pu servir à la reproduction d'un nouvel cire , d'autant plus que l'état de castrat n'empêche pas toute érection. De savans médecins se sont prononcés affirmativement sur cette question; et nous croyons qu'en cela ils ont obéi aux règles de la bonne médecine légale. (P. -F. Blandin.)
CATATiEPSIE Ce mot est dérivé de xxTctlxf/.Sx-jirj , qui signifie saisir, ou plus imaiédiatement de zk7x>,j'/'(5 , prehensio , action de saisir.
La catalepsie est au nombre des maladies les plus rares , et son histoire offre une foule de points sur lesquels règne encore la plus profonde obscurité. Les divers cas qui ont été publiés sous le nom de catalepsie sont bien loin de se ressembler sous tous les rapports, soit que tous ces cas ne soient pas réellement des exemples d'une seule et même maladie, soit que la maladie observée par les divers auteurs étant la même, les différence's qu'elle présente viennent de ce que certains phénomènes constatés par quelques-uns de ces auteurs, aient échappé à d'autres. Les observations de catalepsie, même les plus simples , offrent quelque chose de tellement extraordinaire, qu'on ne doit pas être surpris, si les esprits Jaibles ont considéré cette singulière maladie comme un fait surnaturel, tandis que les esprits forts ont trouvé plus expéditif d'en nier la possibilité. Quant aux vrais médecins , qui , comme il n'est pas besoin de le dire , ne reconnaissent dans la nature rien de surnaturel , ils n'en confessent pas moins qu'il existe dans la catalepsie des phénomènes qu'il n'est pas permis à nos connaissances actuelles d'expliquer. S'il fallait nier l'existence de tous les faits qui se dérobent actuellement à nos explications , ce serait rétrécir beaucoup le cbump de la science physiologique ; il faudrait nier, par exemple, le sommeil, sorte de fonction négative dont la catalepsie n'est peut-être qu'une lésion.
§L Définition de la catalepsie et description de ses symptômes. Il résulte des réflexions précédentes qu'il est impossible de donner une définition qui con-
CATALEPSIE
CATALEPSIE
vienne à tous les cas de catalepsie rapportés par les auteurs. Tissot (des Nerfs et de leurs Maladies ) définit la catalepsie une perte absolue des sens et des mou- •vemens volontaires , sans fièvre , et avec une aptitude dans les muscles à rester et par cela même à maintenir les membres dans l'altitude dans laquelle on les met; c'est , ajoute Tissot, la réunion de ce dernier caractère avec la perte des sens qui forme la catalepsie. Cette définition, sauf quelques modifications peu essentielles, a été assez généralement adoptée par les divers auteurs qui, depuis Tissot , se sont occupés de la catalepsie. Voici comment elle a été modifiée par Georget ( Dict. de Mêd. , en 21 vol. , art. Catalepsie ) : On donne, dit ce médecin , dont la science déplore la perte récente et prématurée; on donne le nom de catalepsie à une affection intermittente et apjrétique du cerveau, qui se compose d'attaques ordinairement caractérisées parla suspension la plus souvent complète de l'entendement , et par une raideur comme tétanique , générale ou partielle, du système musculaire; les membres conservent souvent, tout le temps de l'attaque , la position qu'Us avaient au commencement , ou celle qu'on parvient à leur faille prendre pendant cet état convulsif. Cette définition, plus précise que celle de Tissot , pèche en ce point qu'il n'existe pas constamment, chez les cataleptiques, une raideur comme tétanique du système musculaire; Vétat opposé, c'est-a-dire la souplesse des memhres , parait même être plus ordinaire. Une définition bien différente de la précédente est celle qui a été proposée par Petetin , de Lyon , dans son ouvrage sur l'-Ç/ectnciVe animale, prouvée par la découverte des phénomènes delà catalepsie hystérique, et de ses variétés; définition que je crois devoir reproduire ici: or, suivant ce médecin , d'étrange mémoire, je l'avoue, la catalepsie hystérique est une abolition réelle des°sens , et apparente de la connaissance et du mouvement , avec transport des premiers ou de quelques-uns d'entre eux dans l'épigastre , à l'extrémité des doigts et des orteils; et pour l'ordinaire , une disposition de la part des membres à recevoir et à conserver les attitudes qu'on leur donne. Je ne me constitue pas assurément le défenseur de la définition du docteur Petetin, mais je pense que quiconque lira attentivement les observations contenues dans l'ouvrage de cet auteur, restera convaincu que, parmi les caractères symptomatiques de la catalepsie , abstraction faite de ceux qui paraissent bien plus fabuleux que réels , il en est que ne comprend pas la définition ordinaire de cette maladie. On sera d'ailleurs conduitau même résultat en parcourant les faits que nous ont laissés des observateurs moins suspects, ou, si l'on veut, moins crédules que Petetin. On peut objecter, à la vérité, que les cas qui ne s'adaptent pas complètement à la définition indiquée plus haut sont des exemples de catalepsie compliquée et non de catalepsie pure et simple. S'il en est ainsi, il faut convenir , avec Georget , que les exemples de catalepsie offrant exclusivement les caractères énoncés dans cette définition sont rares , et que les phénomènes cataleptiques unis à d'autres phénomènes cérébraux sont plus communs.
Développons un peu maintenant les idées comprises dans la définition de la catalepsie , et faisons connaître la marche qu'elle affecte. Nous avons vu que la maladie consiste essentiellement, suivant la plupart des auteurs, en une abolition des sensations , de l'intelligence et des mouvemens volontaires , avec cette particularité que le tronc et les divers membres conservent la position qu'on leur donne. Ce dernier caractère est fort remarquable : on voit les cataleptiques conserver long-temps des positions tellement pénibles, qu'elles ne pourraient être supportées, pour quelques instans seulement, par un individu en bonne santé. C'est un fait dont j'ai été moi-même témoin, en 1818, chez un cataleptique placé dans l'une des salles de chirurgie de l'hôpital de la Charité. Ce malade offrait la rigidité serai-tétanique indiquée par Georget , surtout dans les membres supérieurs. Les attitudes fatigantes qu'on lui faisait prendre augmentaient, au bout d'un certain temps, la rougeur habituelle de la face , et excitaient la sueur. L'immobilité des traits, la fixilédeyeux, qui sont dirigés en avant ou en haut, donnent aux cataleptiques une ressemblance frappante avec ces personnages en cire que l'on montre à la curiosité du public. Une circonstance signalée depuis long-temps, c'est que les membres que l'on soulève chez les cataleptiques paraissent extrêmement légers, comme si l'on était aidé par les malades eux-mêmes dans l'exécution de ce mouvement , tandis qu'on éprouve en général une sorte de résistance, quand on cherche à abaiser les membres. Celte particularité n'a point échappé à M. Sarlandière dans l'observation qu'il a publiée en 1816, sous ce titre -.Histoire d'un cataleptique, dont la maladie a duré l'espace de six mois. Petetin a inséré dans son ouvrage un cas de c.itakpsie où manquait le symptôme que nous examinons actuellement, savoir : la disposition de la part du tronc et des membres k garderies attitudes qu'on leur imprime. Georget ne parait pas considérer non plus ce phénomî ne comme nécessairement lié à l'existence de la catalepsie. Toutefois nous croyons qu'il convient de réserver le nom spécial de catalepsie pour les cas où ce phénomène se rencontre ; cl de désigner sous le simple nom d'extase le cas où , ce même phénomène manquant, on observegpéanmoins les autres symptômes signalés précédemment.
La perte du sentiment est telle dans la catalepsie complète , que l'on peut pincer, piquer les malades sans qu'ils manifestent aucun signe de douleur. L'intelligence pardit aussi entièrement éteinte. S'il faut en croire Petetin, lou.s les sens, ou du moins la plupart d'entre eux se seraient réfugiés dans l'épigaslre , et rinlelligence , loin d'être abolie , serait tellement exallée, que les cataleptiques seraient doués , jusqu'il un certain point, du don de prophétie, etc'eslainsi que se trouverait justifiée une assertion de Maupertuis , combattue par Voltaire avec cette arme du ridicule qu'il maniait avec une si redoutable habileté. Mais laissons là une question dont la discussion trouvera plus naturellement sa place aux articles Extase , ou Magnltisme ahimal (question fjue
les opinions des Georget, des Londe, des Rostan ne nous permettent plus di considérer comme absolument indigne d'occuper l'esprit du philosophe et di' médecin ).
Les fonctions intérieures, ou de la vie organique, offrent quelques lésion; qui méritent d'être signalées. La respiration et la circulation sont le plus sou vent ralenties, affaiblies; quelquefois néanmoins la circulation, loin d'êtni il ralentie et plus faible que dans l'état normal , présente des caractères opposés le pouls est accéléré, fort, dur et comme vibrant. Certaines excrétions, cellei de l'urine et des matières fécales , par exemple , sont suspendues , sans doutt parce que, d'une part, les sensations internes ou besoins qui sollicitent l'ini dividu à l'exercice de ces fonctions sont abolies, et que, d'un autre côté, le' puissances musculaires qui concourent à leur exécution restent dans l'immo bilité. On remarque aussi chez les cataleptiques des anomalies plus ou moin prononcées dans la température du corps en général , ou de quelques-unes di ses parties seulement. En général , la tête est plus chaude que dans l'état naturel les artères battent avec force , le visage est rouge , fleuri , animé.
Les phénomènes de la catalepsie surviennent tout à coup, ou bien sont pré ; cédés de phénomènes précurseurs , tels que des maux de tête, des hallucina •» lions, un dérangement des fonctions intellectuelles , etc. ; le retour, la durée i la violence des accès cataleptiques offrent de notables différences. La durée d i il l'accès peut n'être que de quelques mijiules ; d'autres fois elle est de plusieui heures et même de plusieurs jours. Le malade dont M. Sarlandière a rapport l'histoire présenta pendant six mois les phénomènes d'une catalepsie imparfaitt Quand les accès sont très-courts , ils peuvent se renouveler un grand nombr de fois dans les vingt-quatre heures; c'est ce qui avait lieu chez une malad, « dont l'observation, recueillie par M. Bouvier, est citée dans le tome seconi, i des Nouveaux Elémens de thérapeutique de M. Alibert. Les accès étaient telle 1 ment multipliés dans ce cas, qu'on en comptait plus de cent dans les vingt j quatre heures ; il n'existait que quelques minutes d'intervalle entre ces accès i Si nQiis devons ajouter foi à ce que nous racontent les auteurs , il y a dan | les attaques cataleptiques des particularités fort singulières; ainsi, dan l'ouvrage de Petetin , ou voit une cataleptique achever , après une attaque d \ I trois heures, une phrase au milieu de laquelle cette attaque avait eu lieu '. Dans une dissertation sur la catalepsie, publiée par Dionis vers le commen t cément du siècle dernier, se trouve rapportée l'histoire d'une cataleptiqu i dont l'accès avait lieu chaque jour à onze heures du soir pour se terminer 1 i matin à onze heures, au premier coup de la cloche de l'horloge de l'endro qu'habitait la malade. On ne pouvait pas douter, dit l'auteur de l'observatioD ( que ce ne fût le son de la cloche qui éveillait la malade, puisque, si l'o ( arrêtait cette horloge, il n'était pas possible de l'éveiller, quelque bruit qud l'on fit dans la chambre , tandis que , dès que l'horloge sonnait , elle s'éveilla 1 aussitôt. Ce qui paraîtra plus extraordinaire encore, c'est que le médecin qi «| vit cette cataleptique ayant fait porter près du lit où elle couchait des clach / beaucoup plus grosses que celle de l'horloge , leur sonnerie ne put cependai produire le réveil. On ne finirait pas, au reste, si l'on voulait rapporter toute qu'il y a de bizarre et d'inexplicable dans les faits de catalepsie que nous lisoi dans les auteurs.
Les malades ne conservent ordinairement aucun souvenir de tout ce qui. pu leur arriver dui-ant l'accès; le temps qu'ils ont passé dans cet état est, e | quelque sorte, pour eux comme s'il n'eût jamais été. , j
On observe assez souvent chez le même individu, tantôt la catalepsie propri | ment dite, tantôt l'extase seulement, tantôt les phénomènes d'un véritabl, i somnambulisme, tantôt, si c'est une femme, les caractères de l'hystérie pur, et simple. 11 existe entre ces diverses maladies des rapports incontestables, <| ' il semble qu'elles ne constituent que les formes variées que peut revêtir ud| ' lésion des centres nerveux inilentique dans son fond. L'état que présentent icin individus plongés dans un sommeil magnétique parait aussi devoir être rap| proché de la catalepsie. |
§. II. Causes de la catalepsie. — Tous les auteurs s'accordent à considère^! le tempérament nerveux comme une prédisposition à la catalepsie; mais onn, peut pas tirer un grand profit de cette donnée, puisque ce tempérament pré dispose également à une foule d'autres névroses. Il reste toujours à préciser (i certes ce n'est pas là un problème facile à résoudre) quelle est la variété de c tempérament qui constitue la véritable prédisposition à la catalepsie. L< causes déterminantes de cette maladie ne différent pas essentiellement de celle auxquelles on rapporte la plupart des autres névroses, telles que l'hystérie, 1 mélancolie, l'épilepsie, etc. Parmi ces causes , celles qui occupent le preffiie, rang sont: une vive frayeur, de violens chagrins, la colère, l'indignalion, des méditations profondes, celles surtout qui roulent sur des sujets rcligieus, celles aussi qui ont l'amour pour objet (ces deux derniers ordres de causi agissant en général plus impérieusement chez la femme que chez l'homme, . ne faut pas s'étonner si l'une est bien plus sujette que l'autre à la catalepsie On place aussi la suppression des menstrues au nombre des causes de la cala, lepsie; il en est de même de la présence des vers dans les voies digestives.
Citons quelques faits à l'appui de ce qui vient d'être dit sur l'éliologiede i, catalepsie. La femme qui fait le sujet de la première des observations contenu) dans l'ouvrage de Tissot sur la catalepsie était une dame d'une rare pieic tourmentée par la crainte de perdre un procès d'une grande importance. Oj lit dans y^ctes des curieux de lu nature l'observation d'une catalepsie suij venue tout à coup chez une fille de cinq ans , vivement contrariée de ce que s, sœur avait enlevé, pendant le repas, un morceau choisi dont elle avait ell» même la plus grande envie. ( Pinel a cité ce fait dans sa Nosographie phtU . sophique.) De deux cataleptiques dont Vidélius nous a transmis l'histoire
CATALEPSIE
une le devint par suite des grandes inquiétudes que lui causait la maladie de )D mari , l'autre pour avoir été soupçonnée injustement de vol. Tulp vit un ;une homme devenir sur-le-champ cataleptique, à la nouvelle de la rupture e son mariage avec une personne qu'il aimait passionnément. Rondelet raporte un exemple de catalepsie due à une cause analogue. Didier a publié ans le Journal de Trévoux ( en 171 1 ) deux observations de catalepsie. Le sujet ela première observation était un homme de cinquante-cinq à soixante ans, ui avait essuyé divers chagrins domestiques ; le sujet de la seconde était un pldat qui ressentait une profonde tristesse d'avoir abandonné sa famille ( à la prité les deux faits rapportés par Didier sont des exemples d'une catalepsie )rt compliquée ). Le cataleptique dont M. Sarlandière a re'cueilli I histoire vait été en proie aux chagrins les plus vifs et les plus prolongés. L'un de nos jollaborateurs, M. le docteur Jolly, a vu une dame qui tombait constamment llans un état cataleptique, pendant la oiesse, au moment de l'élévation. Je [approcherai de ce fait les deux suivans, tirés des annales de la ville de Tououse , et rapportés dans le petit ouvrage de Dionis sur la mort subite et la atalepsie : uL'an 1415, il arriva dans l'église des Cordeliers de Toulouse un accident digne de remarque : un religieux disant la messe , après l'élévation du calice, comme il faisait la génuflexion ordinaire, demeura raide et immobile , les yeux ouverts et élevés vers le ciel. Le frère qui servait la messe le voyant trop long-temps en cet état , l'ayant secoué plusieurs fois par la chape, il n'en resta pas moins dans la même immobilité. Ceux qui entendaient la messe s'en étant aperçus , il se fit une grande rumeur dans l'église , loui le monde criant miracle Mais un médecin , nommé Natalis, s'ctant approché du religieux , et lui ayant tâté le pouls , dit qu'il n'y avait point de miracle à cela, et que ce n'était qu'une maladie de ce moine fort difficile à guérir. On l'enlève sur cela de l'autel, et on y en met un autre pour achever la messe , ainsi qu'il est ordonné par le rituel. Mais à peine celui-ci a-t-il achevé l'oraison dominicale, que le voilà frappé du même saisissement, en sorte qu'il fallut
aussi l'emporter Cependant il fallait achever la messe; tous les moines
effrayés osaient h peine regarder l'autel ;enfin on en choisit un des plus vigoureux pour l'achever. L'opinion des médecins fut, à l'égard du premier, qu'il avait été surpris dans le moment d'une maladie qu'ils appellent catalepsie, et, pour le second , que ce pouvait être un eflét de sa peur et de son imagination blessée. »
L'influence des vers sur la production de la catalepsie a certainement été sagérée. Georget ajoute peu de foi à cette cause. Cependant quelques faits :mblent en attester la puissance ; tel est le suivant : Van-Swiéten vit une imme qui , étant auprès du feu , occupée à faire frire des châtaignes , fut tout coup saisie d'une vraie catalepsie; logé très-près , il se rendit sur-le-champ uprés de cette femme pour laquelle on l'avait fait appeler. Elle vomit en sa résence deux vers vivans , et continua ensuite sa friture sans se souvenir qu'elle vait été interrompue ( tom. 3 , p. 306 , § 1040).
S'il est difficile de saisir les rapports de causalité qui peuvent exister entre [présence des vers et la catalepsie , on n'est guère moins embarrassé quand tt veut pénétrer la raison pour laquelle cette maladie parait si souvent l'efl^et e la suppression des menstrues. Celte suppression des menstrues ne seraitjle, dans un grand nombre de cas, qu'une simple coïncidence , qui recon- 'aîtrait elle-même pour cause l'influence sous laquelle aurait éclaté la cata- .'psie? J'avoue que les fait* assez nombreux que j"ai parcourus pour la imposition de cet article me portent à répondre aflirmativement à cette uestion. J'ajouterai que , dans le plus grand nombre des cas où la suppression es règles a dû être considérée comme cause de la catalepsie, cette maladie lait compliquée d'hystérie, et de là le nom de catalepsie hystérique employé 'abord par La Meltrie et plus tard par Petetin, nom peut-être moins conveable que celui d'hystérie cataleptique, attendu que dans ces cas I hystérie araît constituer l'affiection prédominante.
Je termine ce paragraphe eu faisant remarquer aussi que plusieurs maladies réduites par les causes que nous venons de passer en revue, et consignées ans les auteurs, appartiennent autant à l'extase, au somnambulisme, etc., u'à la catalepsie proprement dite elle-même.
§. III. Siège , caractères aiiatomitjues et nature, de la catalepsie. — On ne eut douter que le cerveau ne soit le siège central de la catalepsie ; mais cette laladie occupe-t-elle le cerveau tout entier, ou bien une portion seulement je cet organe ? question bien difficile à résoudre. Adoptant l'opinion de Lieujiud , qui prétend que la catalepsie appartient à l'affection hysiérique , Georget ^signe à cette maladie le même siège qu'à l'hystérie. Mais quel esi dans le erveau le siège précis de cette dernière?.... Nous ne savons absolument rien e positif sur le mode d'altéralion di» cerveau qui donne lieu aux phénomènes ataleptiques. On doit ranger parmi les hypothèses et les faits purement imagiaires ce que quelques ancieps auteurs ont avancé à cet égard , comme le relâhement des fibres du cerveau , l'obstruction des vaisseaux de cet organe par n sang épais et brûlé, l'épanchement d'une matière séreuse (Hollier); la ompression de l'origine des nerfs (Petetin) ; le spasme de cette même origine es nerfs (HofTman); l'épaississement et la congélation des esprits animau.i Sennert, Scaliger, Sylvius); un état particulier de tension du sensorium ommune (Tissot), etc.
En supposant que l'altération cérébrale correspondante aux phénomènes ataleptiques pût être appréciable à nos moyens d'investigation, elle n'en erait pas moins inconnue , attendu qu'il n'existe encore aucun exemple aulhenique de catalepsie pure et simple qui ait entraîné la mort, et qui ait pu ournir, par conséquent, au médecin l'occasion d'examiner l'état du cerveau, -lais la supposition que je viens de faire ne me paraît guère admissible j et, si je
DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
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ne me trompe , la modification cérébrale, d'où dépend la catalepsie, n'est pas plus saisissable que celle -à laquelle est due le sommeil. Dire que nous ignorons entièrement en quoi consiste la lésion cérébrale qui détermine la catalepsie, ou si j'ose le dire, le sommeil cataleptique, c'est avouer , en d'autres termes, que la nature intime de cet état morbide nous échappe complètement.
§. IV. Diagnostic. — Suivant quelques auteurs, la catalepsie pourrait être confondue avec plusieurs maladies fort graves, telles que l'asphyxie, la syncope, l'apoplexie; on ajoute que cette maladie pourrait simuler la mort : on assure même que « des cataleptiques ont été pris pour des cadavres , et enterrés n vivans. » Il faut avouer que des méprises de ce dernier genre sont difficiles à concevoir , si même elles ne paraissaient pas tout-à fait impossibles. ( On cile, il est vrai , quelques faits à l'appui ; mais ces faits ne sont pas heureusement assez authentiques, pour qu'on doive leur accorder une grande confiance. ) Il est certain aussi qu'un médecin instruit, pour peu qu'il soit attentif, ne prendra jamais une catalepsie pour une syncope , une asphyxie ou une apoplexie.
Il n'est que l'extase ou l'hystérie que l'on pourrait confondre avec la catalepsie. Cependant, une telle erreur, bien peu grave d'ailleurs, ne saurait être commise elle-même , si l'on admet que l'immobilité du tronc et des membres dans la position qu'on leur donne , constitue le caractère essentiel de la catalepsie. Ce caractère ne se rencontre point nécessairement, en effet, ni dans l'extase proprement dite , ni surtout dans l'hystérie, laquelle, au contraire, est accompagnée de mouvemens convulsifs plus ou moins violens , qui n'ont jamais lieu dans la catalepsie pure et simple. Les observations de Petetin tendraient à prouver, au reste, que les convulsions hystériques et l'immobilité cataleptique peuvent se succéder avec une extrême rapidité.
La catalepsie est du nombre des maladies que les fourbes jouent quelquefois. Mais il ne sera pas, en général, bien difficile de distinguer les faux cataleptiques des vrais ; les premiers ne sauraient supporter, comme les seconds, une foule de positions excessivement gênantes, ni paraître insensibles aux vives irritations qu'on exerce impunément chez les vrais cataleptiques. Voici un fait à l'appui de ce qui vient d'être dit sur la catalepsie simulée : o une femme » jouait la catalepsie à Londres ; on s'en douta , et pour s'en assurer , on » lui suspendit un poids considérable au bras qu'on avait étendu ; elle se » soutint, ce qui dévoila la fraude, et elle l'avoua. « {Marx, de spasmis. Hal, 1765, § 19.)
§. V. Pronostic et terminaisons. — N. Pison , Sennert, Vogel , Boerhaave, avancent que la catalepsie est une maladie fort dangereuse et qui se termine souvent par la mort. Mais une assertion aussi effrayante est heureusement dénuée de preuve. En effet , comme il a été dit plus haut . aucun fait positif ne démontre que la catalepsie soit mortelle par elle-même. Elle ne le devient que par les complications dont elle est susceptible. Si l'on consulte les auteurs qui ont recueilli des cas de catalepsie, on verra que la plupart des malades se sont rétablis au bout d'un temps plus ou moins considérable ( voyez , entre autres, les observations de Tulp , de Reynell , de Dionis , de Petetin). Le cataleptique observé par M. Sarlandière a fini lui-même par guérir, après avoir éprouvé un accès qui s'est prolongé durant six mois, accès incomplet, il est vrai , puisque le malade exerçait par intervalles des mouvemens spontanés. Toutefois , M. Sarlandière pense que, si l'ont eût abandonné le sujet de son observation aux seules forces de la nature, il se fût affaibli graduellement et eût succombé. Ce fait n'infirme donc pas, à la rigueur, ce que nous avons dit plus haut du pronostic de la catalepsie ; mais , en admettant qu'il l'infirmât réellement, il resterait à démontrer que le cas , jusqu'ici unique dans son espèce , observé par M. Sarlandière, rentre naturellement dans la catégorie des catalepsies exemptes de toute espèce de complication. Petetin dit, je lésais, avoir vu périr une jeune personne cataleptique , dont les accès n'étaient séparés entre eux que de quelques minutes. A peine avait-elle le temps d'avaler une tasse de corsommé, dit cet auteur; enfin elle ne prit plus rien , et expira. Mais cette observation manque de détails, et il est plus que douteux que la maladie qui en fait le sujet et qui durait depuis trois ans fût une simple catalepsie. Pour I n'être pas une maladie mortelle par elle-même, la catalepsie n'en n'est pas ! moins une maladie fort grave, en raison de l'importance des fonctions qu'elle ! suspend momentanément, surtout quand les accès dont elle se compose se suc- ! cèdent un grand nombre de fois dans les vingt-quatre heures ; elle l'est encore j en pe qu'elle amène chez les individus qui en sont atteints une disposition à j d'autres afl'ections cérébrales, telles que l'épilepsie , les hallucinations, la I folie , etc.
I § VI. Traitement Je la catalepsie. — On conçoit que le traitement d'une maladie dont la nature est enveloppée de si profondes ténèbres, et qui d'ail-
j leurs est assez rare, ne doit pas reposer sur des bases bien solides. Heureusement , comme le dit Tissot, que cette maladie est souvent si courte , si légère
I et si fugitive , qu'elle n'a pas besoin de traitement. Ce serait faire trop d'honneur aux méthodes employées par divers auteurs que de leur attribuer la guérison ; surtout si l'on réfléchit que cette guérisoii a eu lieu au milieu des médications les plus opposées, et fondées sur les théories absurdes et ima-
'. ginaires que nous avons signalées précédemment.
I Quoi qu'il en soit, deux indications fondamentales se présentent dans le \ traitement de la catalepsie : 1" faire cesser l'accès ; 2° en prévenir le retour. Pj-ernière indication. — Pour remplir cette indication , c'est-à-dire pour faire cesser l'accès cataleptique , certains médecins, avec Boerhaave, ont conseillé les excitans de toute espèce; tandis que d'autres, tels que Sauvages, Hoffmann, Petetin, ont recours d'abord aux émissions sanguines, et mettent ensuite en usage les stimulans, tant extérieurs qu'intérieurs. Comme les malades obser-
CATALEPSIE
vés par Petelin présentèrent d'abord des phénomènes convulsifs, tels qu'ils ont lieu dans l'hyslèrie proprement dite , il employa les bains à la glace , et il assure en avoir retiré de bons effets. Plus tard, ce médecin crut avoir trouvé dans l'emploi de l'électricité un remède infaillible contre les accès cataleptiques. Enfin, son génie inventif lui inspira un autre moyen plus simple encore, et dont il garantit l'efficacité. En le trouvant consigné ici, plus d'un lecteur s'écriera , non sans quelque raison :
Credal judaeus Apella!
Non ego.
Laissons au docteur Petetin le soin de décrire lui-même ce merveilleux moyen qu'il imagina pour abréger au moins la durée des accès inquiétans de l'une de ses malades, s'il n'était pas possible de les prévenir. « A l'attaque » du soir, dit Petetin, j'aspirai fortement au bout du nez de la malade sans » succès. Je posai une main sur sa tête, et aspirai une seconde fois et une » troisième, mais inutilement. Je portai l'autre main sur l'épigastre. A la « première aspiration, elle eut un mouvement dans les bras, ouvrit les yeux; » à la seconde aspiration , elle récupéra l'usage de ses sens ; et cet accès de » catalepsie, qui n'existait que depuis quinze minutes, et qui devait durer
» deux heures , fut complètement dissipé en moins de deux minutes
» A l'accès suivant, au lieu d'aspirer , je soufflai dans le nez de la malade ( la » communication étant établie, comme précédemment, entre la tête et l'cpi-
» gastre); elle revint aussitôt à elle Il ne fallut pas davantage de huit
n jours pour dissiper la catalepsie. » (Ouvrage cité , pag. 101-102.)
La cataleptique, guérie par ce moyen emprunté pour ainsi dire de l'évangile, était sous la suprême domination de ceux qui se mettaient en contact ou en rapport avec elle. Je prie le lecteur de me permettre d'appeler son attention sur le passage suivant, où il trouvera , s'il est doué d'une foi convenable , la preuve de ce qui vient d'être dit : o Si l'on plaçait une main sur celle de Il la malade, et qu'on l'élevàt lentement, celle-ci la suivait, et s'arrêtait 11 quand l'autre suspendait ses mouvements. La malade était-elle assise , elle « ne manquait jamais de se lever pour obéir à la main qui la dirigeait impé- » rieusement. O prodige inconcevable ! formait-on une pensée sans la mani- » fester par la parole, la malade en était instruite aussitôt, et exécutait ce i> qu'on avait intention de lui commander, comme si la détermination fût ji venue d'elle-même. » Etc. , etc.
Georget partage l'opinion de Petetin sur l'utilité' des émissions sanguines locales 11 veut que des sangsues soient appliquées en petit nombre, et qu'on en renouvelle l'application, tous les cinq ou six jours, aux pieds , aux cuisses ou autour de la tête. Il approuve également l'application de la glace sur la tête. Georget pense aussi que les bains à peine tièdes, ou au plus à vingtquatre ou vingt-cinq degrés, et les pédiluves plutôt irritans que chauds, peuvent être souvent très-utiles, quoi qu'en aient dit Sauvages et Petetin. Quelques praticiens ont conseillé de provoquer une hémorrhagie nasale pour faire cesser l'accès cataleptique ; ils se fondent sur ce qu'Ae'tius a vu une catalepsie guérie par cette hémorrhagie survenue spontanément.
Le magnétisme a été proposé contre les accès cataleptiques. Il fut employé sans succès chez le malade observé par M. Sarlandière. Il résulte de l'observation de M Bouvier, consignée dans le tome second des Elémens de thérapeutique de M. Alibert (cinquième édition ) , pag. f)03-590, que les procédés magnétiques ne furent pas sans quelque efficacité. La malade passait de l'état cataleptique dans un sommeil paisible , pendant lequel toutefois elle répondait aux questions qui lui étaient adressées.
Si l'on fait attention, d'un côté, que les cataleptiques de Petetin offrent en grande partie les mêmes phénomènes que les individus plongés par nos Mesmer modernes dans un sommeil magnétique; et si l'on réfléchit, d'un autre côté, que les magnétiseurs suspendent à leur gré, et comme en se jouant, l'état magnétique qu'ils ont produit, on ne voit pas, en vérité, ce qui peut les empêcher de dissiper également l'état ou le sommeil cataleptique. Mais laissons là les merveilles du magnétisme , dont il sera parlé ailleurs, pour passer à la seconde indication du traitement de la catalepsie.
Deuxième indication. — Pour remplir celte indication , qui consiste à prévenir le retour des accès cataleptiques, il faut s'efforcer de remonter à la véritable cause de la maladie, et soustraire les cataleptiques à son influence. Malheureusement il n'est pas toujours au pouvoir du médecin de triompher des causes morales qui ont pu déterminer la catalepsie. On iloit conseiller les voyages aux personnes qui en ont les moyens C'est d'ailleurs au praticien habile à trouver le genre de distraction applicable au cas pour lequel il est consulte.
On ne négligera rien pour rappeler les évacuations supprimées , les menstrues particulièrement. En effet, bien qu'il ne soit pas démontré que cette suppression constitue la véritable cause de la catalepsie , quand l'une existe en même temps que l'autre , on conçoit cependant que le retour d'une aussi importante fonction peut être suivi d'un grand soulagement , ou même d'une guérison parfaite.
Georget recommande aux cataleptiques le laitage , les fruits doux , des alimens de facile digestion et pris en petite qnantité, les boissons presque entièrement aqueuses.
Les complications variées de la catalepsie seront combattues par des moyens appropriés qu'il n'est pas ici le lieu de faire connaître.
Jusqu'à présent il faut convenir que, dans plusieurs cas , l'art paraît avoir moins fait que la nature pour la guérison de la catalepsie. Cette vérité ressort de la lecture des observations les plus détaillées que nous possédions sur cette singulière maladie. Terminons en citant quelques exemples de guérisons de
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^ catalepsie. Des deux malades dont l'histoire se trouve dans l'ouvragé i !( Dionis, l'une guérit après avoir souffert deux ans , n'ayant voulu faire auc; ,i remède ; l'autre vit sa guérison arriver après que ses règles, suspendues dep ! i| huit mois, eurent enfin reparu avec une grande abondance, et après avi| \l vomi beaucoup de sang. Ces évacuations, dit Dionis, ne donnèrent pas! |i temps aux médecins de faire prendre à la malade un seul des remèdes qu j| avaient projetés. Le cataleptique, dont Tulp a recueilli l'histoire reviij ji quand on lui cria qu'il épouserait la femme qu'il aimait. Tous les remèdes e | Il ployés chez la cataleptique qui fait le sujet de la première des observaticcontenues dans l'ouvrage de Tissot, furent inutiles. On la renvoya dam s pays, d'où un procès l'avait forcée de s'éloigner, et elle ne tarda pas à y reco vrer toute sa santé. La malade dont M. Bouvier a recueilli l'observatioi éprouva plusieurs accès après être sortie de l'hôpital Saint-Louis. Cependar ce médecin ayant eu occasion de la rencontrer environ deux ans après cel sortie, elle lui apprit qu'elle était complètement guérie depuis plusieurs mô
Didier. OLseivalions de calulepsie , publiées dans le Journal de Trévoux, pag. 32 \.f ann. 1711. '?
Dionis. Dissertation sur la mort subite et sur la catalepsie , avec la relation de plusiei n personnes qui en ont été attaquées. Seconde édition. Paris , 1718. '
Sauvages. Observation de catalepsie , etc., insérée dans les Mémoires de V Académie i i Scifnces , pour l'année 1742.
Tissot. OEuvres complètes, tom. 11, édition de J.-N. Hallé. Paris, 1813.
Comme on trouve dans Tissot presque tout ce qui a été dit par les auteurs qui l'i précédé , nous avons cru inutile d'indiquer dans cette notice les ouvrages de la plupart i ces derniers.
Petetin. Electricité animale, prouvée par la découverte des phénomènes physiques î moraux de la catalepsie hystérique , etc. Paris, 1808. I
Sarlandière. Histoire d'un cataleptique , dont la maladie a duré l'espace de six mtri Paris, 1816. (J. BouiLLADD.) ;;
CATAPLASME, cataplasma. Ce mot, qui, d'après son étymologi'. signifie application, est employé pour désigner un médicament destiné à êt appliqué , à l'extérieur , sur des parties saines ou malades. L'humidité est ui des conditions indispensables aux cataplasmes , auxquels sont étrangères 1 ' i applications de substances sèches, solides ou pulvérulentes, auxquelles on quelquefois recours. Un cataplasme offre donc la consistance d'une bouill épaisse , et se prépare d'ailleurs avec des substances très-diverses. Cependa i les farines de graine de lin, de fèves, de seigle, de froment, de pommes d terre , de riz, la mie de pain , cuites dans l'eau , le lait , dans une décoctic; mucilagineuse , dans le vin ou la bière , dans l'huile , les graisses , etc., en so: 1 les ingrédiens les plus ordinaires. On y emploie également des pulpes de r ■ cines charnues , de bulbes , de feuilles ou de fruits ; des poudres de substanc , sèches. C'était un cataplasme émollient, et rien de plus, que la peau d't : mouton fraîchement écorché , qu'un morceau de chair de veau , ou qu'i; pigeon, ou un poulet, fendus en deux et appliqués encore tout vivans et toi i chauds sur des parties malades. On a renoncé avec beaucoup de raison à ci i pratiques quelquefois inutilement barbares; et qui , de plus , avaient souvei j le désavantage de faire négliger les moyens simples qu'on avait sous la mail l et de prolonger les souffrances des malades , de tout le temps qu'on employa j à se procurer ces remèdes bizarres. D'ailleurs les théories qui les faisaiet' autrefois rechercher sont depuis long-temps condamnées à un entier oubl ! Ainsi , bien qu'un chirurgien célèbre ait vanté la peau d'un mouton fraîchemei' enlevée, comme le meilleur topique qu'on puisse appliquer sur le dos d'u i homme qui vient d'être battu de verges, la raison ne peut voir dans ce moye ' qu'un cataplasme adoucissant et tiède, posé sur des parties contuses. '
Les additions qu'on fait aux cataplasmes peuvent en accroître ou en modifie' les propriétés; et il n'est pas de médication qu'on ne puisse exercer parc' moyen , qui , s'il n'est pas toujours le plus direct et le plus certain , est souvej) le plus innocent , et quelquefois même le seul qu'on puisse employer : chez le i 1 enfans, par exemple, auxquels il est si difficile de faire prendre des mé dicamens.
En traitant des cataplasmes , des auteurs , d'ailleurs estimables, nous sem blent avoir commis une méprise en donnant de longs détails sur toutes le I espèces de cataplasmes qu'on peut employer; èmolliens , narcotiques, astrin i gens , tous y trouvent place et description ; comme si un cataplasme , quel qu'i j soit, n'était pas seulement comme un bain, une lotion, une injection, uui , { manière d'appliquer des médicamens dont les propriétés sont très-diverses. Ci serait donc une redite superflue que de les envisager ainsi , puisque des émoi liens, des astringens et des narcotiques n'éprouvent aucune modification dan leurs vertus, pour être employés sous cette foruie plutôt que sous telle autre i
Si l'on examine ce qui se passe lorsqu'on applique un cataplasme , on voi qu'il exerce d'abord une action directe sui- les parties qu'il recouvre ; puis ensuite, qu'il peut agir sur des organes plus ou moins éloignés , par l'absorp tion des substances médicamenteuses qui entrent dans sa couiposition. Il esl . bien évident qu'il ne se passe pas autre chose : or, l'action locale est tout c( qu'il convient d'étudier ici; pour l'action secondaire, sous peine de faire ur ' double emploi, nous devons renvoyer aux articles Absorption , ENDEnMiQCS. Iatraleptique ; et même dans l'examen de ee qui est relatif aux effets immé-: diats des cataplasmes, renverrons-nous, toutes les fois que cela sera possible : i aux articles généraux. |
L'action des cataplasmes est assez généralement bornée à la peau , ou du | moins aux parties qu'elle recouvre immédiatement ; et ce n'est guère q"f|| quand ils sont composés de substances très-énergiques que leur influence | s'étend au loin. Nous ferons observer, d'ailleurs, que la peau non dépouillée dt i son épiderme , n'absorbe que faiblement les substances apposées à sa surface,!