CHARPIE
typhoïdes, ils réclament le nsême système de traitement. { Fojrez les articles consacrés à ces maladies. )
Les éraétiques et les purgatifs , tant vantés autrefois, ne doivent être employés qu'avec une extrême réserve , si même ils ne doivent pas être tout-à-fait bannis du traitement des maladies charbonneuses. Avouons du moins que tout ce qui a été dit sur l'efficacité de tels moyens , ne saurait être aujourd'hui considéré comme un article de foi thérapeutique , qu'autant qu'une nouvelle expérimenta ticin viendrait à le sanctionner.
L'usage des cordiaux et des alexipharmaques exige aussi de grandes précautions. On sait assez, en effet, que ces moyens , pour la plupart, jouissent à un haut degré de propriétés excitantes; or, exciterait-on toujours impunément des individus chez lesquels on observe souvent les phénomènes d une ardente irritation intérieure , et la vertu qu'on leur suppose de neutraliser le principe carbonculeux est-elle assez évidente dans ces agens pour engager à les employer malgré l'inévitable danger d'augmenter cette irritation intérieure?
11 est assez clair, d'ailleurs, cfue les moyens généraux deviennent inutiles toutes les fois que le traitement local a été appliqué à teuips , puisqu'il prévient l'explosion des gravesaccidens contre lesquels ces moyens généraux sont dirigés .
( J. BOLILLAUD. )
CHARDON B^NIT, CHARDON ETOILE et CHARDON ROLAND.
Ces deux plantes appartenant à des espèces différentes, bien que rassemblées sous une dénomination à peu près semblable , figuraient jadis au nombre des fébrifuges.
Le chardon bénit, centaurea benedicla (syngénésie frustranée, Likn. Synan- Ihérées, Juss. ) , est une plante herbacée annuelle, qui croît dans les champs, et dont les fleurs jaunes forment des capitules. Elles ont une odeur aromatique assez faible , et une saveur amère plus prononcée qui l'avait fait ranger parmi les fébrifuges, (^ojez ce mot.) On sait ce qu'il faut penser de ces vertus attribuées à des médicamens dans lesquels les principes actifs ne se trouvent qu'en proportion minime. Il est inusité.
Chardon étoile, chausse lrappe. Centaurea calcitrapa. Syngénésie frustranée, LiNN. Synanthérées , Jtjss. Le chardon étoilé appartient ainsi que le chardon bénit à la même famille que la centaurée ( voyez ce mot ) , et présente des propriétés physiques assez analogues pour qu'il soit permis de conclure à l'identité d'action sur l'économie animale. L'analyse de cette plante a déjà été tentée plusieurs fois, mais on n'en possède point de complète. Cependant son amertume bien prononcée fait croire qu'on y trouverait un principe cristallisable. Mais celte supposition, fùt-elle même convertie en certitude, n'expliquerait pas comment elle a pu jouir d'une si grande réputation contre les maladies des voies urinaires , la néphrite calculeuse , etc. , contre lesquelles d'ailleurs on ne l'emploie plus de nos jours. Elle était la base du remède de Baville, qui est tombé , ajuste titre , dans le plus entier oubli.
Le chardon rouland , ou roland, ou panicaut, appartient à la pentandrie digynie , Likn., et à la classe des ombellifères , Juss. Ce végétal , qui croit sans culture , a comme toutes les ombellifères une racine charnue dont les pauvres font leur nourriture dans quelques pays. Le chardon roland renferme de l'huile volatile , mais ses vertus diurétiques et aphrodisiaques sont bien peu établies , et il n'est presque plus employé. ( F. Raïier. )
CHARPIE , s. f. , linteum carptum; filamens plus ou moins longs et fins , enlevés à du linge usé , et réunis de manière à composer une substance molle , douce , spongieuse et absorbante.
Pour être de bonne qualité, la charpie doit provenir de toile de lin ou de chanvre, blanche de lessive età deuii usée. Il importe qu'elle soit fine , douce à la main, d'un blanc pur , parfaitement souple , sans autre odeur que celle de la lessive elle-même , et loiigue de quatre ou cinq travers de doigts, afin que l'on puisse aisément façonner avec elle les plumasseaux , les bourdonnets , les mèches, et tontes les autres pièces d'appareil dont on fait usage dans le traitement des blessures. La charpie dont les fils, carrés à leurs bouts et dépourvus de souplesse, sont encore contournés en spirales, ou conservent fortement l'empreinte du tissu qui les a fournis , est ordinairement rude , tlure au toucher, mal liée , et doit être rejetée du pansement immédiat des plaies et des ulcères. Elle provient d'une toile grossière , non suffisamment usée, qu'il a fallu diviser avec des ciseaux au lieu de la déchirer, et n'est propre qu'à servir aux remplissages, ou à garnir extérieurement les solutions de continuité, d'abord recouvertes d'une charpie plus convenable. Celle ci ne laisse rien à désirer lorsqu'elle présente des brins déliés , cotonneux , veloutés , pointus à leurs deux extrémités, faciles à s'allonger et à se rompre, en se séparant en linéaments très-fins, toutes les fois qu'on les tire entre les doigts.
La coufeclion de la charpie exige d'assez grandes précautions. Aucune substance n'est plus propre à absorber par son contact , ou à recevoir par l'intermédiaire de l'air atmosphérique , et à conserver dans tous les cas pendant long-temp,s les émanations animales , putrides ou autres qui se dégagent dans les lieux où elle séjourne. Percy avait déjà fait remarquer que la cliai pie qu'on se procure chez les Israélites, entrepreneurs assez ordinaires de cet article, est souvent suspecte , et , selon quelques personnes , sujette à inoculer la gale ; celle qu'on tire des dépôts de mendicité, des maisons de réclusion, ou des hospices d'enfans trouvés, n'est guère plus saine et présente le même danger ; enfin il faut se défier de la charpie confectionnée dans les hôpitaux ou hospices, à raison delà malpropreté trop commune des mains qui l'eliilent, ou des couvertures et des draps des lits sur lesquels elle repose pendant sa confection, et spécialement de l'atmosphère, toujours plus ou moins viciée, des salles où on la fait. Le linge de rebut des prisons , des hôpitaux et des casernes , lorsqu'il n'a pas été blanchi et assaini avec un soin particulier, sous la direction de personnes
Cni ILOPLÀSTIE.
éclairées , produit fréquemment encore une charpie imprégnée de miasmes délétères et susceptible de devenir malfaisante.
La conservation de la charpie n'exige pas des précautions moins minutieuses et moins multipliées que sa fabrication. Il importe de ne l'emmagasiner qu'après l'avoir exposée pendant plusieuis jours à l'action réunie de la lumière et d'un courant d'air pur et sec. Elle doit être déposée ensuite et entassée avec force dans des tonneaux ou des caisses hermétiquement fermés , d'un bois neuf et sans odeur, qu'il convient de placer à l'abri de l'humidité et loin des lieux où peuvent exister des sources d'infection atmosphérique. Il est peu de substances plus susceptibles d'altération que la charpie. Lorsqu'elle séjourne dans des magasins humides, elle fermente , moisit, et même se putréfie. Déposée près des salles des malades, au voisinagedes lalrines ou des amphithéâtres d'anatomie, elle absorbe les effluves putrides que fournissent ces lieux, et s'imprègne de tous les germes de contagion. Pelletan a fait la remarque que de la charpie, conservée depuis plusieurs années à l'Hôtel-Dieu de Paris, à la portéedes salles, ayant été distribuée à de nombreux blessés, envenima leurs plaies et y fit naître la pourriture d'hôpital. Entassée pendant trop long-temps , même dans les lieux les plus convenables, mais à l'abri de l'influence de l'air et de la lumière, la charpie est encore disposée à s'altérer, et contracte presque toujours une odeur d'hydrogène sulfuré, ou cette odeur fade et nauséabonde qui se développe si aisément partout où séjourne du linge vieux et malpropre.
Cette extrême susceptibilité à contracter des qualités nuisibles , dont le développement ne peut être évité que par l'excellent choix des matières premières et par une surveillance continuelle , quelquefois impossible , est un des plus graves inconvéniens attachés à l'usage de la charpie. Cette substance d'ailleurs est quelquefois , dans les établissemcns publics , l'objet de sophistications et de manœuvres ténébreuses, funestes à la santé des blessés. On a remarqué enfin que son prix s'élève chaque jour, et qu'il devient incessamment plus difficile , à raison de l'usage de plus en plus général des tissus de coton , de se la procurer en quantité suffisante pour assurer, mêQ:)e en temps ordinaire de tranquillité et de paix , le service des hôpitaux militaires ou civils. On a donc attaché une grande importance à remplacer la charpie de linge par quelque autre substance jouissant de propriétés analogues.
Il est à remarquer d'abord que, quelle que soit sa qualité, la charpie ne peut presque jamais être réemployée sans danger. Celle qui a servi à des pansemens suspects, ou qui est imprégnée de matières provenant de la pourriture d'hôpital , doit être irrévocablement détruite ; et celle qui n'a reçu que des matières sanguines ou purulentes non altérées exige , pour être assainie , une lessive si exacte , et ensuite une manutention si compliquée pour reprendre sa première souplesse, qu'il vaut presque autant en acheter de neuve, dont l'usage est toujours plus sûr.
Les anciens , qui ne connaissaient qu'à peine l'emploi de la toile, se servaient pour les pansemens de lin façonné, ou de chanvre soumis à des préparations convenables, d'où sont venus les noms de linamentum et de pexa cannabisj par lesquels ils désignent quelquefois la charpie. Les Anglais ont imaginé une sorte de tissu de lin, dont une des faces est linéamenteuse et absorbante, tandis que l'autre est lisse et semble légèrement gommée. Cette préparation leur sert de charpie. Elle est disposée en longues pièces ou en larges gâteaux , dans lesquels ou taille, à mesure des besoins , les plumasseaux dont on se propose de couvrir des plaies. Mais cette sorte de charpie est peu absorbante , à raison de la trame qui lui sert de base , et qui suffit, malgré son peu de consistance, pour retenir le pus en contact avec la surface des plaies.
Il ne doit pas être ici mention de l'étoupe non préparée, et d'autres substances plus grossières encore, telles que la mousse et le foin ,dont on s'est quelquefois servi à l'armée, au lieu de charpie , pour les pansemens et les remplissages des appareils de fractures : ces moyeiis, employés dans des cas de pénurie extrême, ne sauraient être proposés pour les circonstances ordinaires. Le coton , et plus encore la laine, doivent être proscrits du pansement immédiat des plaies , à raison des aspérités qui hérissent leurs filamens et les rendent irritans à un haut degré pour les surfaces dénudées sur lesquelles on les applique. Enfin , l'éponge , proposée par quelques praticiens , présente ce singulier inconvénient desoUicitcr en quelque sorte la végétation des bourgeons cclluleuxet vasculaires dans les trous dont clic est creusée , et de telle sorte qu'après un séjour même peu prolongé elle adhère aux solutions de continuté , et ne peut en être détachée que par une véritable dissection.
Nous avons déjà dit que M. Gama était parvenu , en employant le chanvre , à surmonter toutes les difficultés attachées au remplacement de la charpie de linge (voyez Ambulance). La charpie nouvelle qu'il a fait préparer, plus simple que celle des Anglais, d'un prixde plusdemoitié moindre que la charpie ordinaire, jouit au plus haut degré de la propriété absorbante. Préparée au chlore, elle en conserve une odeur légère, qui rend sa conservation sans danger, et son application utile sur les plaies qui tendent à dégénérer ; douée d'une grande légèreté , elle forme des plumasseaux souples, spongieux , qui s'adaptent parfaitement aux inégalités des plaies , et pèsent beaucoup moins , à volume égal , que ceux que l'on fait avec la charpie ordinaire la plus fine. Ces avantages , dus en grande partie aux perfectionnemens apportés dans la fabrication de cette charpie par M. Gama , sont de nature à frapper l'attention de tous les praticiens. A mesure qu'ils seront mieux sentis, l'usage d'une substance aussi utile deviendra plus général. Les blessés des hôpitaux seront ainsi soustraits aux dangers attachés à l'usage de la charpie commune, et les adaiinistratioiis publiques affranchies des dépenses considérables , m?lgré lesquelles il leur est aujourd'hui presque impossible de s'en procurer. ( L.-J. Bégin. )
CHEILOPLAuSTIE , s. f., ( De . Labi um, tahitim, et de K/«7o-to , w/arrw,
CH^ILOPLISTIE.
/"^got/f^rmo.) On désigne par ce mot nouveau en médecine opératoire, touU opération qui a pour but la régénération plus ou moins complète de l'une ou de l'autre lèvre , et le rétablissement plus ou moins parfait de l'ouverture antérieure de la bouche dans ses conditions normales. î
D'après cette acception étymologique , la qualification de clicilopLislie pour-j rait être exactement appliquée encore h certaines opérations que l'on pratique! sur les lèvres de la vulve ; mais l'usage n'a point consacré celte extension. |
Comme la plupart des opérations, la chéiloplastie présente plusieurs degrés,! qui sont toujours invariablement soumis aux vices de conformation nombreux et variés que peuvent présenter les lèvres ; tantôt en effet le chirurgien est appelé à faire disparaître une simple divisioii congéniale ou accidentelle, récente ou ancienne des lèvres; tantôt au contraire il doit remédier à une perte de substance plus ou moins étendue; enfin d'autres fois il s'agit simplement de séparer les deux lèvres, réunies par des adhérences. Dans le premier cas , la chéiloplastie n'est autre chose que l'opération du bec-dc lièvre , qui a été décrite suffisamment, et sur laquelle nous ne reviendrons pas; par coiiséqueni nous ne devons examiner ici que les deux dernières variétés de celte opération !
Diverses causes peuvent produire une perte de substance véritable des lèvres.l et amener à la nécessité de recourir à la cliéiloplaslie : une affection gangré-! neuse, un ulcère syphilitique, une brûlure profonde, une plaie par instrumens! tranchans , l'extirpation d un cancer profond des lèvres, etc. La perte de sub-: stance qui nous occupe peut être toute récente , ou bien au contraire elle esl| ancienne ; dans ce dernier cas les bords de la solution de continuité formés pai' la peau, sontaffaissés vers les os maxillaires, et adhèrent fortement à ces parties! à l'aide d'un tissu cellulaire dur et comme squirreux; souvent ces adhérencesj forment des brides plus ou moins longues , plus ou moins extensibles, qui réunissent les mâchoires, les empêchent de jouir de la liberté de leurs mouve' mens , et gênent la mastication et la prononciation. Quelquefois la cicatrice esi' étendue jusque sur les côtés de la langue , circonstance qui apporte aux action; qui s'accomplissent dans la bouche des obstacles bien plus grands encore ; dan; tous les cas les dents , exposées à l'action continuelle de l'air, se dessèchent noircissent, s'altèrent de diverses manières et tombent prématurément , ou éprouvent des changemens dans leur direction. La salive coule involontairement au dehors , irrite les parties voisines , et affaiblit le malade doublement , pai la perte qu'il supporte et par la gêne qui en résulte pour la digestion. Celté lésion des lèvres n'est pas seulement la source d'un dépérissement continuel elle produit encore une difformité qui rend celui qui en est affecté un objc d'horreur pour ses semblables, et qui le tient nécessairement éloigné de la société , sans laquelle la vie n'est souvent qu'un pénible fardeau.
L'adhérence simple des lèvres qui réclame aussi la chéiloplastie, mais un( variété plus simple de cette opération, est le plus souvent un vice congénial, quel quefois cependant on l'a vu résulter de brûlure de la face , dont le traitemen avait été peu méthodiquement dirigé. Toutefois , dans ce dernier cas , la défor mation de l'ouverture buccale se réduit toujours à un simple rétrécissement L'oblitération congéniale de l'ouverture antérieure de la bouche est rare , or ignore absolument la cause qui la détermine. Ce vice de conformation consiste-t i dans un arrêt d'évolution , comme l'ont pensé quelques anatomistes , qui croien que les lèvres sont normalement réunies par la membrane muqueuse dans lei.' premiers temps de la vie intra-utérine , comme les paupières ? ou bien , ce qu nous parait plus probable, y a-t-il là au contraire hypergénésie , ou formatiori plus avancée cjue de coutume? La question reste encore indécise.
Il est peu nécessaire d'insister pour établir la nécessité de la chéiloplastie i dans les premiers cas, elle peut rendre à la société un être malheureux, qu'auparavant elle repoussait de son sein, injustement sans doute, mais enfin qu'elli repoussait comme un objet d'horreur; dans les seconds cas, l'établisseracn prompt de l'ouverture buccale est nécessaire , pour que le jeune enfant puisse saisir le sein de sa mère, et pour qu'il prenne la nourriture dont il a besoin Instituée , ou au moins singulièrement perfectionnée de nos jours , la chéiloplastie est une véritable conquête chirurgicale, c'est une opération véi itablemenl réparatrice , et à ce titre revêtue d un cachet de perfection qui manque à ui; grand nombre d'autres parties de la médecine opératoire.
Il est difficile d'assigner des bornes à l'art chirurgical , sous le rapport de Isj chéiloplastie, dans une description théorique; le chirurgien instruit, qui seir doit entreprendre cette opération délicate, après avoir reconnu le degré A< l'altération des lèvres , la gêne qu'elle apporte dans l'exercice des fonctions d( la bouche, et la difformité qu'elle produit, ne doit prendre conseil que de sor talent et de sa prudence.
Il est plus difficile encore de tracer le mode opératoire de la chéiloplastie car il est nécessairement variable comme les lésions qui requièrent cette rçs-' source exti'ême : toutefois, essayons de poser sous ce rapport l'état de la science soit en montrant ce que l'art a déjà fiit , soit en indiquant ce qu'il pourra tentei encore. D'abord, il est évident que tout ce qui précède s'applique peu à h simple oblitération de la bouche par l'adhésion congéniale des lèvres; car I; conduite du chirurgien est, dans ce cas , facile et bien réglée : si la ligne d(: séparation des lèvres est apparente, il faut avec un bistouri pointu prafiquci ime ponction sur la membrane anormale , et ensuite achever l'opération , ei glissant une sonde cannelée dans l'ouverture, et en portant sur celte sondt un bistouri boutonné; la séparation doit être étendue jusque vers les lieux oi, paraissent les commissures. Que si, au contraire , l'ouverture buccale n'étai indiquée à l'extérieur par aucune des circonstances ordinaires , ce qui n'arrivii guère que chez des enfans affectés de défectuosités organiques consiilérables et chez lesquels, pour cette raison, la vie extra-utérine est impossible, oi devrait inciser transversalement dans le lieu qu'occupe ordiiiniremcnt la bouche
CHlélLOPLASTIE.