‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 136 sur 234 · CICATRICE · texte numérisé non relu

CICATRICE

issyjir le traitement de cette maladie sur des bases plus lalionnelles et par ;onsé((iieiit plus fixes. j

(J. Bocillacd). ■

CHRONIQUES. Foj ez Maladies. Î

CICATRICE , s. f . , cicatrix ou cœcati-ix , cu>)j , de cœcare , empêcher de i foiv, cacher; production organique nouvelle, ordinairement cellulo-fibreuse-, 1 qui sert à réunir les parties divisées. On désigne sous le nom de cal [voyez j Fbactube) la cicatrice des os et des cartilages.

Les cicatrices, proprement dites, diffèrent d'aspect et même de texture selon qu'on les observe aux surfaces cutanées et muqueuses des corps, ou dans I la profondeur des organes et entre les lames celluleuses ou séreuses. Celles-ci sonslituent de véritables adhérences ; leur histoire générale a été tracée préîédemment ( voyez Adhésion ) ; il sera question des particularités qu'elles pi élentent dans les muscles, les nerfs , les tendons, etc. , lorsque nous traiterons 'les solutions de continuité de ces diverses parties, [voyez Plaies. )

Les cicatrices cutanées , qui sont de toutes ces productions de même genre es plus nombreuses , présentent une texture analogue à celle de la peau. Formées d'abord par l'exsudation d'une lymphe plastique et organisable à la surface des bourgeons charnus des plaies qui suppurent , elles se montrent à leur origine sous la forme d'une pellicule mince , rougeàtre et fragile , au dessous ae laquelle existe encore le tissu cellulo-vasculeux qui s'en est recouvert. A rai- [sonde l'affaissement desbordsdes solutions de continuité etdu resserrement des Ivégétations celluleuses , qui s'affaiblissent et se dessèchent pour les former , - lelles sont constamment moins étendues que les pertes de substances qu'elles i réparent.

; Pendant plusieurs semaines, et quelquefois durant plusieurs mois après leur formation première, les cicatrices perfectionnent encore leur organisa- .1 jtion. Elles deviennent plus denses, plus épaisses, plus résistantes, par la soli-

* dificatieii successive de la couche vasculaire sous-jacente. Leur tissu se resserre en même temps encore de la circonférence vers le centre, et elles perdent

% maDifestement une partie notable des dimensions qu'elles offraient immédiate- 8 Uent après la dessiccation complète de la plaie. Ce phénomène, souvent observé, '[ |a été utilisé dans la pratique chirurgicale pour remédier à la flaccidité et à S jl'excès de longueur des tégumens de certains organes , comme les paupières; s et pour ramener quelques parties, comme les cils renversés vers le globe ocu-

* laire, à leur direction normale.

It Les cicatrices cutanées, suites des plaies avec perte de substance, sont » recouvertes par un épiderme léger, Irès-aJhérent et comme brillant, dont w l'existence peut être facilement démontrée par la mace'ralion ou par l'applica-

* tion d'un vésicatoire. Au dessous de cette couche inorganique se rencontre un »s tissu dense, composé de lames fibreuses plus ou moins serrées , entrecroisées

■ ^lans tous les sens, et qui est l'analogue du chorion. C'est ce que M. Delpech ilï ^omme corps inodulaire; il le croit de même nature dans toutes les cicatrices, J jet a décrit avec beaucoup d'exactitude les phénomènes de rétraction consé- )(t ^utive diuit il devient le siège jusqu'à son organisation complète. Quoi qu'il iCi jen soit, on ne saurait reconnaître, à la peau , entre ce tissu et l'épiderme,

la moinilre trace du réseau muqueux , ce qui explique pourquoi les cicati ices présentent chez les noirs comme chez les blancs une coloration identique. La :rame de ces productions réparatrices ne renferme ni follicules sébacés ni bulbes pileux, au moins lorsque toute l'épaisseur de la peau a été détruite. Si

'i ppi'ès les plaies très-superficielles , quelques poils repoussent à leur siii face , Ils sont ordinairement rares, blancs et faibles, parce que, sans doute, la

l| touche muqueuse de Malpighi ne contribue plus à leur nourriture et à leur coloration. Les maquignons mettent souvent cette observation à profit , pour

5' firéer artificiellement des taches blanches sur le front ou d'autres parties du

■i'- jcorps des chevaux.

E Le tissu des cicatrices n'est percé que d'un très-petit nombre de porosités V exhalantes ou absorbantes ; aussi leur surface est-elle presque toujours sèche, (? même lorsque la sueur baigne le reste du corps ; et l'on ne peut provoquer que Pi itrds-diflicilement l'exhalation de substances médicamenteuses à travers leur a substance. On ne rencontre pas non plus à la face interne des cicatrices , ces II cloisons fibro-celluleuses qui existent au dessous de la plus grande partie de la t jpeau, et entre lesquelles sont logés les paquets séparés du tissu adipeux. Un 5 tissu lamineux plus ou moins serré et dépourvu de graisse unit la production r cutanée nouvelle aux parties sous-jacentes , et elle offre une dépression d'au-

* tant plus marquée, que, d'une part, la déperdition de substance qu'elle répare ; a été plus profonde, et de l'autre, que les parties voisines sont plus abon- I damment fournies de cellules graisseuses.

Lorsque les solutions de continuité ont pénétré jusqu'aux muscles, aux f tendons, aux cartilages , aux os, les cicatrices adhèrent ordinairement d'une manière intime à ces organes, sont entraînées par eux en sens divers lorsqu'ils se meuvent, et peuvent ainsi gêner les fonctions des parties voisines. Elles nesont libres et mobiles à la surface du tronc ou des membres qu'autant que des lames celluleuses, épargnées au dessous d'elles par les causes vulnérantes, ont conservé leur laxité. La dépression est alors d'autant moindre, que la couche celluleuse sous-jacente a conservé plus d'épaisseur.

Toutes les fois que des parties d'organisation différente vont se rendre à une

■ Itoême cicatrice , elles perdent, un peu avant d'y arriver, leur texture propre, et dégénèrent en un tissu fibreux homogène, qui se confond avec la production nouvelle , et les fait adhérer à sa surface interne. Cette disposition est surtout remarquable pour les nerfs, les muscles-, les tendons, les vaisseaux et les autres organes qui contribuent à former les moignons des membres à la suite (des amputations. Quelquefois, cependant, on observe alors que des capsules

synoviales accidentelles se développent entre les extrémités des os ou les cartilages des cavités articulaires mis à nu , et les cicatrices qui les recouvrent de manièi e à permettre à celles-ci des glissemens très-bornés ; mais ce cas es t loin d'être le plus commun.

La plupart des cicatrices sont indélébiles , et conservent , durant toutela vie du sujet , la forme , ainsi que les caractères organiques qui leur sont propres. Elles diffèrent d'aspect, et, jusqu'à un certain point, de texture, selon les causes qui ont déterminé les solutions de continuité dont elles sont le résultat ; et ces particularités, quoique susceptibles de devenir moins saillantes, ne s'effacent cependant presque jamais d'une manière complète. En dépit des années , et malgré les changemens opérés dans l'organisme, l'œil du praticien exercé distinguera toujours les cicatrices produites par les brûlures de celles qui résultent de plaies faites par des instrumens tranchans , et les unes et les autres des cicatrices qui succèdent aux ulcères cancéreux , aux dartres , aux érosions syphilitiques, aux abcès scrophuleux , etc. Dans quelques cas de médecine légale , cette connaissance des caractères spéciaux des cicatrices d'origine différente est de la plus grande importance afin de constater l'identité' des individus ( f^oyez Identité.) Qui ne sait combien il est utile de savoir distinguer les cicatrices de la véritable vaccine de celles qui succèdent aux vaccinations non préservatrices de la variole? Le praticien ne saurait trop s'exerctr à ce genre d'étude , et des conséquences graves ont été souvent la suite des erreurs dans lesquelles on peut tomber relativement à la nature des lésions qui ont occasioné les cicatrices à l'examen desquelles on est appelé.

Le développement de l'appareil vasculaire dans les cicatrices est très-variable ; dans les cas les plus communs, elles ne présentent que des ramifications capillaires très-déliees et très-rares, à travers lesquelles il est fort difficile de faire pénétrer les injections les plus ténues, et qui animent à peine leur coloration blanche; dans d'autres circonstances , au contraire, elles sont roses , rouges ou même bleuâtres, molles, gorgées de sang plutôt veineux qu'artériel, et disposées à en fournir an moindre conctact. L'expérience démontre que les premières sont beaucoup plus solides et moins disposées à l'irritation que les secondes.

Les cicatrices ne reçoivent que peu de nerfs , si même on en a vu pénétrer jusque dans leur tissu de nouvelle foruiation. Cependant elles sont loin d'être insensibles à l'impression des corps étrangers , et, lorsqu'elles s'enflamment , d'assez vives douleurs se font sentir. On sait d'ailleurs combien leur susceptibilité est grande, relativement aux divers états atmosphériques, et avec quelle fidélité elles annoncent, chez beaucoup de sujets , par de douloureux élancemens, les variations qui doivent survenir dans les qualités ihcrmométriques et hygrométriques de l'air.

Comme toutes les substances organiques anormales , les cicatrices s'irritent assez facilement , et surtout se détruisent , sous l'influence de l'inflammation, avec une prodigieuse rapidité. Toutes les fois qu'elles reposent sur des parties encore malades , c'est par un tissu que débute la reproduction des affections qui ont précédé leur formation. La récidive du cancer, celle des ulcérations syphilitiques, des dartres et des autres lésions analogues, s'annonce presque constamment par la tuméfaction , la rougeur bleuâtre et le ramollissement du tissu des cicatrices qui ont succédé, soit à leur guérison directe, soit aux ojiéralionspar lesquelles on avaitcru mettre un terme à leurs progrès. Dans la plupart des cas , il suffit de quelques jours , ou même d'un petit nombre d'heures pour détruire l'ouvrage réparateur de plusieurs mois, et pour rendre aux solutions de continuité toute leur étendue première.

A l'exception de celte tendance à l'irritation ulcéreuse, on connaît peu les maladies des cicatrices. Elles restent étrangères à la plupart des exanthèmes , tels que la variole, la rougeole ou la scarlatine, et restent pâles au milieu tle 'a phlogose et de l'éruption qui couvre les parties voisines. Si l'on a observé le contraire chez quelques sujets, cela n'a lieu que dans des cas de cicatrices superficielles, et au dessous desquelles des couches conservées du tissu cutané pouvaient encore participer au mouvement inflammatoire imprimé à la totalité de la peau. Quoi qu'il en soit, il serait intéressant de faire, des maladies les plus communes aux cicatrices , l'objet d'études et d'observations suivies q'ii manquent encore à la science, et dont la pratique pourrait déduire d'utiles préceptes. L'adhérence intime des cicatrices aux tissus soiis-jacens, et la difiiculté avec laquelle elles supportent l'inflammation, ont fait établir en médecine opératoire la règle importante d'éviter de pratiquer, sans une absolue nécessité, aucune section des tégumens sur elles ou à leur voisinage immédiat.

La conservation des cicatrices exige d'autant plus de précautions qu'elles sont plus molles , plus sensibles , plus disposées à l'irritation. 11 importe de les tenir à l'abri de tout contact rude, de tout frottement prolongé, à l'aide de linges plus ou moins épais, ou même en les recouvrant de plaques solides d'argent ou de cuir bouilli. La plus grande propreté doit être entretenue à leur surface. Elles sécrètent souvent une matière qui, en se desséchant, forme des croûtes dont l'épaisseur s'accroît incessamment , et au dessous desquelles leur tissu se ramollit, s'enflamme et s'ulcère. Il importe de prévenir ce résultat, non en enlevant avec force les croûtes trop adhérentes , mais à l'aide de lavages répétés à de médiocres intervalles , et d'onctions légères faites avec des corps gras.

Lorsque le tissu des cicatrices s'échauffe , devient douloureux 3t menace de s'ouvrir, les applications vineuses, auxquelles on a souvent recours dans 1 intention de le fortifier, sont constamment nuisibles. Le repos, l'élolgnement de tout froissement étranger, les lotions avec l'eau fraîche simple ou animée d'acétate de plomb liquide , constituent alors les moyens les plus convenables. Ils ne réussissent cependant pas toujours, et, dans quelques cas, spécialement à

CIGUË

CIGUË

la suite des amputations de la cuisse, la convexité du moignon y reproduit l'ulcération avee une telle facilité, qu'on a été obligé de réséquer le bout saillant de l'os , et d'emporter la totalité de la cicatrice afin d'en obtenir une plus «olide. Cette opération a même été, dans certains cas, répétée à plusieurs reprises, avant de fiiire obtenir les résultats qu'on en attendait.

U a élc question , en traitant des Brûlures, des procétlés h l'aide desquels on doit remédier aux cicatrices vicieuses qui brident certaines parties , et nuisent à leur mobilité. Les règles établies à ce sujet dans l'article cité sont applicables aux cicatrices protluites par toutes les causes autres que le feu ; car toutes doivent être , selon leurs dispositions , soumises à un allongement gradué, ou divisées en travers, ou excisées à leur bise, de manière a laisser, sur les régions qu'elles occupaient, des plaies longitudinales dont on approche les bords d'un côté à l'autre.

Les cicatrices deviennent un motif d'exemption du service militaire, toutes les fois qu'adhérentes aux muscles , aux tendons , aux capsules articulaires ou aux os , elles nuisent à l'exécution des mouvemens qui doivent être parfaitement libres chez les soldats.

Il en est de même de celles qui maintiennent les paupières renversées, qui déforment les conques des oreilles, et qui gênent ainsi d'importantes fonctions. Enfin, les cicatrices très-étendues , telles que celles qui recouvrent des parties considérables des membres ou du tronc, à la suite des brûlures au troisième et au quatrième degrés , doivent encore , quoique paifailement libres , faire rejeter les individus qui les portent desi angsde l'armée. Ces laiges surfaces de tissu nouveau ne seraient pas soumises sans danger aux frotleniens prolongés, à l'action pcrspiralrice considérable et aux fatigues de tous les géni es qu'entraîne le métier de soldat. (L.-J. Bé&ïk.)

CIDKE. Foy ez Botsson.

CIGUË. Sous le nom de ciguë on connaît plusieurs plantes qu'on distingue par les dénominations de grande et de petite ciguë , de cdcutaire ou ciguë aquatique, etc. Ces plantes, qui sont toutes vénéneuses , qui ont donné lieu à des accidens plus ou moins graves et qui ont mis à même d'apprécier leurs propriétés , ont toutes été employées en médecine. Mais il en est une dont l'usage est plus général , pi obablement parce qu'elle a été introduite dans la pratique par un médecin célèbre , c'est l.i gi ande ciguë , ciguë oHicinale , ciguë tachetée , ciciUa major y con um miiculalnm. D'ailleurs tontes ces plantes appartiennent à la m.ème famille végétale , celle des ombellilcr(.'s , et produisent sur l'i'conomie animale des effets analogues. Obéissant à l'usage , nous nous occuperons principalement de la grande ciguë , mais nous appellerons l attenlion du lecteur sur un fait important, et qui n'est pas à beaucoup près unique dans la matière médicale , savoir, que la ciguë tachetée est beaucoup moins active que la ciguë aquatique , qu'on a laissé tomber dans l'oubli.

Quoi qu'il en soit, la ciguë tachetée, que nous désignerons dorénavant sous le nom de ciguë, est celle dont il s'agit dans les auteurs et dans les pharmacopées ; c'est elle dont on se servait à Athènes pour donner la mort à ceux que la le' frappait ; c'est elle qui fut l'objet des recherches expérimentales de Storck.

Sa description botanique n est pas de notre sujet , et appartient aux ouvrages spéciaux de toxicologie et d'histoire naturelle médicale. La plante est d'une couleur sombre ; toutes ses parties froissées entre les mains exhalent une odeur fétide qu'on a comparée , à tort selon nous, à celle de l'urine de chat, et, sans plus de fondement, à celle du cuivre et du musc. Cet odeur, qui est très-pénétrante , peut , lorsqu'on la respire long-temps , produire le narcotisme. On remarque que l'odeur est plus sensible quand la plante est entière, que quand elle a été ccnlusejet après sa dessiccation que dans l'état frais. Ce sont les feuilles et les tiges dont on fait usage en médecine ; la racine et les semences , qui avaient été autrefois prescrites, ont été depuis abandonnées à cause de la moindre énergie de leurs propriétés, bien qu'elles renferment aussi un principe vireux.

Le climat influe sur les propriétés de la ciguë : c'est une observation qui a déjà été faite à l'occasion de la plupart des végétaux pourvus de principes aromatiques ou vireux, et qui en contiennent une proportion d'autant plus considérable qu'ils ont été recueillis dans un pays pltis méridional et dans une saison plus chaude. Mais ce qu'il ne faut pas perdre de vue . c'est que la température, l'époque de la récolte sont des circonstances accessoires, et influent non pas sur la nature, mais seulement sur la quantité de la substaiice active. Aussi est ce une preuve nouvelle de l'avantage qu'il y aurait à emplo)er séparément ces substances , et a diriger des recherches sur les médicamens dans lesquels on ne les a pas encore découvertes , ou même pas encore cherchées.

L'analyse chimique de li ciguë a fourni à M. Brandes de l'albumine, de la matière colorante verte , de la résine , une huile fortement odorante , et un principe particulier alcalin auquel il a donné le nom de cicutine. L'existence de ce corps , tel qu'il a été annoncé par RI. Brandes , n'a pas été reconnue par d'autres chimistes , et notamment |)ar M. Pelletier; mais tous ceux qui s'en sont occupés en ont obtenu une matière exlraclive, soluble principalement dans l'alcohol et dans l'élher, et tjui p.iraîtêtre ou renfermer le principe actif de la ciguë. Mais ces recherches ne sont pas encore complètes, et ont besoin d'être continuées ; il en résulte cepemlant un fait, c'est que l'extrait alcoholique ou éthéré devra êiri; préféré, dans la pralii|ue , à toutes les autres préparations. Il est probable il'aillcurs qu'on ne tarticra pas à en extraire l'alcalj organique «ignalé par M. Br.uules.

Des la plus haute antiquité , la ciguë a été employée en médecine , ainsi que l'attestent U's éciits qui son! parvenus jusqu'à nous; mais sa célébrité fut moins grande comme médicament que comme poison, et elle est moins connue pour avoir procuré quelques guérisons ér]ui\ oques que pour avoir donné la luori à

Phocion et à Socrate. Ces faits historiques , et surtout la mort du philosophe, ne sont pas sans intérêt pour le médecin : nous voyons en effet que sa mort fut douce, et nous apprenons que l'on ajoutait de l'opium à la ciguë pour en rendre l'action moins douloureuse. On s'explique difficilement ce phénomène, en le supposant avéré; car on voit ceux même qui sont empoisonnés par l'opium présenter des mouvemens convulsifs. Il est probable que l'action de l'opium rendait la mort plus prompte, ce qui est à coup sûr la rendre plus douce. Mais n'est-ce pas tirer une fausse conséquence de cette observation , que de vouloir proposer l'opium contre l'empoisonnement par la ciguë? ce qui d'ailleurs n'a jamais été constaté par l'expérience.

C'est à Storck seulement, pour éviter des longueurs superflues, qu'il convient de reprendre l'histoire de cette substance , dont la vogue est mainlenaut! bien diminuée. Le médecin de Vienne, il y a maintenant soixante-dix ans, entreprit sur la ciguë des recherches cliniques et expérimentales dont les résultats ont été mal appliqués. C'est ainsi que , après en avoir constaté les propriétés par des essais sur les animaux , il voulut les utiliser dans le Iraitement des maladies. Nous ne parlons pas des expériences qu'il fit sur lui-même ; si elles montrent un homme consciencieux , elles montrent aussi une prudence qui allait jusqu'à la timidité , et qui l'aveuglait sur les résultats observés, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant l'article Acokit [voyez ce mot). Suivant l'usage du temps , et malgré les sages critiques de son contemporain et compatriote de Haen , qui niait l'influence de quelques grains d'extrait de ciguë em-< ployés concurremment avec une foule de moyens plus actifs , et qui soutenai'i que l'eau chaude éti'.it plus efficace que la ciguë employée comme elle l'était alors; Storck, tout-puissant à Vienne, préconise ce remède comme d'une merveilleuse e'~.1cacité contre toutes les maladies. Son opinion fut redite et soin tenue par la foule de ceux qui recherchaient son appui; ainsi qu'on vit, uni peu plus tard, le sublimé corrosif vanté par Van-Swieleu être encensé par les flatteurs de l'impérieux archiatre, ou par les imitateurs serviles de tous lesl hommes célèbres. ^

Bien que la cigu 'i, d'après Storck, pût être utilement appliquée dans une foule ij d'affections, il en était quelques-unes cependant où il la recommandait d'une ma- ^ iiière toute spéciale ;c'étaitsurtoutcontre le cancer. Ses expériences, répétées en iy i?'rancc , ne donnèrent pas , à beaucoup près , les succès qu'il avait annoncés.' j! Le cancer confirmé n'a jamais été guéri par la ciguë; et les engorgemens chro-, .4, niques guérissent , comme on le sait, par divers moyens , parmi lesquels la ci-i guëpeut sans doute figurer, mais sans pouvoir prétendre à la réputation dC| spécifique. Sa propriété narcotique a pu la rendre utile pour calmer les tlouleurf, dont s'accompagnent trop souvent les affections cancéreuses ; mais sous ce rap-' port même l'opium lui est supérieur, parce que son action est plus sûre et plie, ;f|,| facile à diriger. Nous insisterions moins sur ce point, dont on ne parlait près , que plus, si dans ces derniers temps un praticien très-connu n'avait vouli : |,(| rappeler l'attention sur la ciguë. M, Récamier dans ses Recherches sur le trai'^ j, temcnt du cancer j dit avoir obtenu dans un assez grand nombre de cas la ré \ ^. solution à' engorgemens cancéreux, occupant diverses parties , par /V/tZ/niVîM- \^ iration de l'extrait de ciguë. Nous allons examiner avec soin ce point d« ij,; thérapeutique : car rien n'est. plus fâcheux qu'une assertion fausse, émise pai| un homme en réputation; elle se répète et se propage, si bien qu'il devieu presque impossible de la détruire. Frappé de la différence des résultats an noncés en Allemagne et de ceux qu'on observe en Fiance, le professeur don nous parlons voulut en trouver la cause ; et cette cause il l'a eue, mais sans h| ..^ reconnaitre , ainsi qu'on pourra s'en convaincre. En observant les effets di, ,. médicament, ou plutôt en notant les phénomènes qui se passaient pendant sor emploi, il vit que la mahulie prenait une direction plus favorable chez le.' | y sujets qui , en même temps qu'ils prenaient de l'extrait de ciguë, étaient soumis à un régime sei'ère et propre à Us faire maigrir, que chez ceux qui er ^ usaient sans rien retrancher à leur alimentation ordinaire. N'est-il pas au moioi; probable que le cura Jliniis a été pour quelque chose dans les effets observés ; lui qu'on a vu ieu/amenerla résolution d'engorgemens plus ou moins anciens , | on peut d'ailleurs dire que le méilicament se trouvant alors isolé dans les or j,j ganes digestifs, et par conséquent dans une condition plus favorable à l'absorp-J i, tiou. Mais ceci n'est qu'une supposition probable : car nous ne voyons pa.>< .^^ rapportés les effets physiologiques du médicament, dont on ne relate que le!i résultais thérapeutiques, ou plutôt ce qu'il plail à l'auteur de considérer coiiim(| tels.

Sans doute il est utile d'employer les médicamens sous la forme qui met h, ,^ mieux en évidence leurs propriétés. Mais ce qu'il ne faut pas perdre de vue ,^ c'est ({lie les préparations peuvent bien mettre en évidence et concentrer sou:i ,, un petit volume les principes actifs des substances médicamenteuses, raai: ^ qu'elles ne sauraient les changer. Ainsi, bien que l'extrait d'opium , ric hclla- j donc, etc., soient plus actifs que le pavot, la belladone , etc. , les résultat ^ qu'on en obtient ne diffèrent que par leur intensité et point du tout par !cui |j nature. Ces réflexions s'appliquent à lextiait de ciguë dont M. Récamier a fail' |j modifier la préparation, avec l'espoir d'en obtenir des résultats curalifs plui ^ certains. Le procédé qu'il indique consiste h soumettre cette plante àla eoctio;, ,j parles vapeurs acétiques ou alcoholiqiies avant d'en exprimer le suc, qu on fai ensuite évaporer au bain marie, en consistance d'extrait. Obtenu de cette ma nière l'extrait de ciguë est dépouillé de l'odeur vireuse et nauséabonde qui es propre à la plante, sans rien perdiedeses propriétés résolutives, à ce que pro tend M. Récamier; il a d'ailleurs l'.ivanlage d'être mieux supporté par l eatoiuac

Nous n'examinerons ()as ici jusipi'à quel point il est avantageux de sounielln la ciguë à une sorte de distillation préalable qui lui enlève un de ses éléiuen les plus notables ( son arôme particulier, qui est capable de produire le narco

CIGUË. ( 609

isme lorsqu'on le respire quelque temps); nous acceptons comme bonne' jassertion de M. Rccamier, savoir, que cette modification le rend plus facile à lupporter; toujours doit - on demander si les propriétés thérapeutiques sont iitférentes , et si un grain de cet extrait , par exemple , ne serait pas représenté 'ar deux , trois ou quatre grains d'extrait préparc parles procédés qui seront indiqués plus bas. Si donc l'on considère que les malades qui ont clé soumis vec quelque avantage à l'emploi de l'extrait de ciguë ainsi préparé, ont été n même temps assujettis à une abstinence plus ou moins rigoureuse, on sera eu disposé à changer d'opinion sur les propriétés anti - cancéreuses de la iguë , à plus forte raison si l'on venait à prouver que le principe volatil odoant de la ciguë n'est pas étranger à l'action qu'elle exerce sur l'économie anilale. C'est ainsi que , en examinant les faits avec détail , on les apprécie à leur iste valeur.

Une observation qui d'ailleurs frappe de nullité la plupart des faits apportés l'appui de l'action anti-cancéreuse de la ciguë, c'est qu'on voit les malades iser de doses si faibles d'un médicament peu éneigigue pendant un temps si sng, et avec d'autres agens thérapeutiques, qu'il est impossible, à moins 'une crédulité à toute épreuve , de leur accorder la moindre confiance. Ce qui vient d'être dit relativement à l'application tant interne qu'externe lé la ciguë dans le cas de cancer, peut s'appliquer h l'usage qu'on en a fait dans i'autres maladies chroniques et rebelles à des traitemens plus on moins actifs , it il nous suffira d'exposer les opinions des auteurs, sans entrer dans une disussion approfondie. La ciguë a été recommandée par des médecins praticiens iliis ou moins célèbres , contre les affections cutanées, scrophuleuses , syphiitiques ou rhumatismales anciennes; contre les lésions organiques du foie, de [estomac et des intestins , désignées autrefois par le nom insignifiant d'obstruéjion ; contre la phthisie , le rachitis ; en un mot , contre toutes maladies dont la bngue durée exigeait l'emploi successif d'un grand nombre de remèdes. Mais jîs succès qu'on dit en avoir obtenus ne se renouvellent malheureusement las entre les mains de ceux qui expérimentent avec plus d'exactitude et de Ijigueur.

I Redire que la substance qui nous occupe a été vantée contre l'engorgement piteux des mamelles , conire la coqueluche (de concert avec l'émétique) , dans [fhydropisie des articulations, c'est se montrer historien minutieux ; mais ce l'est pas rendre un grand service à la science. Enfin pour achever d'accomplir (elle tâche fastidieuse , il faut aussi rappeler qu'on l'a donnée avec quelque vantage dans les névralgies diverses, dans plusieurs névroses, telles que ijhystérie , l'épilepsie , la nymphomanie , etc. , et que M. Alibert avait imaginé

i es fumigations d'éther cicuté qu'il recommande dans la phthisie catarrhale , et aême dans la phthisie tuberculeuse et nerveuse. La ciguë s'emploie de plusieurs manières , et chacun a prétendu , en propoant une nouvelle manière de la préparer ou de l'employer, ajoutera ses ertus ou diminuer ses inconvéniens. Ainsi pour l'usage externe, quelques liuteurs conseillent la plante récente , pilée et réduite en pulpe , qu'on emploie |a guise de cataplasmes ; ou bien on saupoudre avec la ciguë pulvérisée des fataplasmes de farine de graine de lin. D'autres veulent qu'on la fasse brûler iWdes charbons ardens pour en respirer la vapeur, ou même , ce qui d'ailleurs [stplus commode, qu'on la fume en guise de tabac. D'autres enfin ont vanté le produit de la digestion de l'élher sur les feuilles de ciguë dont on s'est servi |our en respirer les vapeurs. Par une digestion lente dans l'huile d'amandes fouces ou d'olives à une faible température, on obtient Vhuile de ciguë . laquelle unie aux feuilles fraîches de la plante , à la résine , à la cire jaune, à la ioix blanche et à la gomme ammoniaque , donne Vempidtre de ciguë , si connu jomme fondant. Il serait facile de prouver que ces préparations sont pour la plupart défectueuses , et peu propres à produire les effets qu'on en attend. { On administre à l'intérieur soit la plante en substance , soit divers extraits. Dans |e premier cas, on se sert de la poudre , soit mêlée à quatre ou cinq fois son fioids de sucre également pulvérisé , soit réduite en pilules au moyen d'un sirop [md'un mucilage. On en fait des pilules d'un poids plus ou moins considérable , et ^ju'on administre plusieurs fois par jour, en augmentant par degrés la proportion, pli a pu aller jusqu'à quatre gros; mais on sait que l'habitude émousse l'impresjion que font les substances médicamenteuses , et l'action altérante qu'on veut |)ien leur supposer alors , n'est pas aussi bien prouvée qu'elle aurait besoin de être. Il en est de même des extraits dont plusieurs ont été successivement proposés. Storck employait une préparation bonne en elle-même, quoiqu'elle foit peu conforme aux règles de la pharmacie , et qu'elle soit en effet moins jiclive que celles qui ont été substituées depuis. Elle consistait n faire évaporer jin consistance de sirop le suc de la plante récente , et à l'épaissir ensuite par 'addition d'une suffisante quantité de poudre de la plante sèche. On voit que '^ela est à peu près équivalant à l'usage de la ciguë en substance , et qu'on pour- 'ait s'épargner des manipulations qui sont presque sans résultat. On appelait ixtrait de ciguë avec la fécule celui qu'on obtient en faisant évaporer sur des issiettes , à la chaleur de l'étuve , le suc non dépuré de la plante récente. Le ■professeur Orfila , d'après ses expériences , considère celte préparation comme ja plus efficace; et il est d'autant plus naturel de le croire que les élémens jponstituans n'ont pu éprouver aucune altération. Le professeur Fouquier ( reflierches inédites) s'est servi d'un extrait alcoholique, obtenu parla macération le la plante desséchée dans l'alcohol faible qu'on fait ensuite évaporer à une |;louce chaleur. Cet extrait présente à un haut degré les propriétés de la ciguë, 'pt doit être employé avec plus de prudence que les autres. C'est celui qu'il 'conviendrait de choisir lorsqu'on veut pouvoir compter sur quelques résultats. Enfin, vient la préparation indiquée par M. Récamier, sur laquelle nous n'avons pas de dpcumens autres que ceux donnes par ce médecin , mais que nous '

DlCT. DE MliDECIKE ET DE CniEUnGlE PEATigUES.

) CIGUËS

sommes portés, d'après les motifs que nous avons indiqués ci-dessus, à considérer comme moins active que l'extrait alcoholique. Il importe d'autant pluS de s'assurer de la qualité des extraits qu'on emploie . que les extraits mal préparés sont tout-à-fait inertes , ainsi que l'a constaté le professeur Orfila.

L'extrait de ciguë s'administre à la dose de deux grains en pilules , qu'on fait prendre plusieurs fois par jour . en augmentant leur nombre suivant les effets observés; effets généralement faibles dans les observations qui nous ont été transmises. On en obtiendrait in obablement de meilleurs résultats si , l'indication étant bien déterminée, on osait l'administrer avec plus d'énergie; de manière à produiie des effets primitifs bien marqués, et à tenir les malades pendant un certain temps sous l'influence du poison. C'est surtout dans les affections nerveuses apyrétiques que celle médication, qui d'ailleurs pourrait être déterminée par toute autre substance que la ciguë, pourrait être utilement essayée. Par quelque voie que ce médicament soit inli oduit , ses ( ffets sont à peu près semblables; on peut donc le confier h la membrane muqueuse gastrointestinale , à la peau saine et surtout dénudée, etc. Mais de nos jours il a perdu beaucoup de sa vogue : on se borne d'ailleurs à l'usage de l'exlrait , qu'on emploie tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et l'on a renoncé à pi csque tous les composés médicamenteux dans lesquels elle entrait, sauf l'emplâtre qui porte son nom . qui est d'ailleurs bien peu efficace. (F. Ratter.)

CIGUËS. (Toocicologie.) Les diverses espèces de ciguës sont vénéneuses. Toutes agissent à la manière des poisons nareotico - acres ; mais elles ne sont pas ilclétères au même degré, et les médicamens officinaux que l'on prépare avec la même espèce ne possèdent pas la même énergie. On doit à M. Orfila une série d'expériences propres à bien faire connaître le mode d'action de ces poisons , et les variations que leurs prépara lions peuvent offrir dans leurs effets ; nous les résumerons en peu de mots.

La grande ciguë , en poudre sèche serait peu énergique ; car sur trois expériences dans lesquelles on l'a administrée à la dose d'un gros et demi , d'une demi-once et d'une once , la mort n'est survenue qu'au bout de trois jours chez le chien qui avait pris la plus forte dose.

Huit onces de sue exprimé de la racine fraîche et mêlé à une once de racine en substance, n'ont pas amené la mort, il s'ensuivrait que cette partie du végétal est bien peu délétère. Cepeiid.irit Vieat rapporte le cas d'un vigneron italien qui, ayant mangé à son souper et avec sa femme une racine de grande ciguë, alla se coucher; tous deux se réveillèrent au milieu de la nuitenlièrement fous , se mirent à courir par toute la maison dans des accès de fureur et de rage , se lieurlèrent contre les murs , de manière à en être tout meurtris et ensanglantés. Ils se rétablirent sous l'influence d'un traitement convenable.

Le suc est au contraire beaucoup plus actif. Suivant les expériences de M. Orfila, il donne la mort en cinq heures à la dose de huit onces. Plusieurs observations démontrent qu'il n'est pas nécessaire que -l'homme en avale en aussi grande quantité : car on cite des cas dans lesquels des individus ont succombé pour avoir mangé des alimens oii la ciguë avait été introduite comme assaisonnement.

Mais les expériences de M. Orfila sont surtout curieuses sous ce point île vue , qu'elles prouvent que l'on peut prendre impunément tel extrait de ciguë, et que tel autre donne la mort à faible dose. L'extrait de ciguë préparé en faisant bouillir la plante sèche dans de l'eau, et en évaporant la dissolution jusqu'à consistance convenable, ne détermine que peu d'accidcns , même à la dose énorme de deux onces; tandis que sept gros d'extrait, préparés en évaporant au bain marie la grande ciguë fraîche , donnent la mort en quarantesix minutes.

Il paraît aussi résulter de ses essais, qu'injecté dans le tissu cellulaire, l'extrait de grande ciguë étendu d'un peu d'eau peut produire la mort en une heure vingt-cinq minutes à la dose de deux gros. Le principe actif de la ciguë serait donc absorbé et porté dans le torrent de la circulation.

La ciguë aquatique paraît être plus active que la grande ciguë ; la racine , comme les tiges et les feuilles , exerce une action très-vive sur l'économie ; les symplômes nerveux sont surtout prédominans : l'homme et les animaux sont en proie à des convulsions horribles , et expirent dans un espace de temps très-court. Elle n'agit pas d'une manière peu intense sur les organes de la digestion ; car dans toutes les expériences faites par 'Wepfer , le canal digestif a toujours présenté des traces d'une inflammation portée quelquefois jusqu'à la gangrène.

La petite ciguë , que l'on confond souvent avec le persil , est presque aussi active. Dans une expérience faite par M. Orfila avec cette substance, l'animal fut en proie à des convulsions horribles, et succomba dans l'espace d'une heure : on lui avait fait prendre sept onces de suc exprimé des feuilles fraîches. Les observations recueillies chez l'homme coïncident parfaitement avec ce résultat, et il ne faut pas une dose aussi forte de poison pour causer la mort.

En résumé, dans l'empoisonnement par les diverses espèces de ciguës, les premiers symptômes consistent le plus ordinairement dans un état d'ivresse, d'abattement ou d'assoupissement qui peut aller jusqu'au coma; une chaleur âcre dans la région épigastrique accompagne ces accidens. Bientôt le malade est en proie à des convulsions dans lesquelles le corps se roidit violemment , le tronc devient fortement arqué, les yeux fixes ou roulant dans leurs orbites, la respiration difficile, stertoreuse, le pouls leni ; les sens s'affaiblissent de plus en plus, et l'individu succombe dans les mêmes convulsions; l'estomac et une partie plus ou moins étendue du canal intestinal sont le siège d'une inflammation intense , les poumons et le cerveau sont gorgés de sang. Ces végétaux appartiennent donc à la classe des poisons nareotico acres.

On ne connaît pas leur antidote , et par conséquent le médecin doit s'em-

CI RCULATION.

presser de faire vomir le malade. C'est par ce moyen crue l'on est parvenu à saiivrr les malheureux qui avaient élé viclimés d'erreurs funestes. La saignée est en général indiquée dans ces snries de cas , mais il faut bien se garder d'administrer des opiaci's dans le but d'agir sur le système nerveux, puisque le j)Uis souvent des symptômes de congestion cérébrale prédominent.

( A. Devergie. )

CINABRE, royez Mebcure.

CINCHONINE. Voyez Q.I^Qt!INA.

CIRCULATdON (C<insidérations sémèiologùjues sur la ). L'exploration des pliénoiiièaes de la circulation du sang répand de vives lumières sur le diagnostic d'un grand nombre de maladies. Si l'on réfléchit que le cours du sang dans un organe C[ueIconque est la condition sine cjud non de son existence , et que les actions organiques, de quelque espèce qu'elles soient , exigent pourleui- exercice normal que les instrumens qui les accomplissent reçoivent une quantité dô sang déterminée , de telle sorte que, si cette quantité varie , soit en plus , soit en moins, ces fonctions seront nécessairement tioublées ; si , dis-je, on réfléchit à ces faits incontestables , on sentira sur-le-champ qu'entre toutes les fonctions dont l'examen mérite de fixer l'attention du sémciologiste , la circulation doit occuper un des premiers rangs. A la rigueur, l'exploration des phénomènes circulatoires ne nous fournit des notions que sur l'état des organes qui président à ces phénômènes. Mais en raison du rapport qui existe , comme nous venons de le voir, entre la circidalion et les fonctions propres à chacun de nos organes , on conçoit comnu'nt l'exploration de cette circulation nous procure aussi , d'une manière indiiecte, de précieux documens sur l'état de ces dernières fonctions elles-mêmes.

Plusieurs procédés sont employés aujourd'hui pour explorer les phénomènes circuhitoires : ce sont l'inspection directe, le toucher et Vnusculiation. De ces procédés, le dernier, que nous devons au génie inventif de Laennec , est. sans contredit , celui qui , dans la plupart des cas , éclaire le plus le diagnostic. 11 est d'ailleurs évident que le mouvement circulatoire doit être exploré dans le cœur, les artères , les veines et les systèmes capillaires.

§ l. ExpLo7'ation du cours ilu sang dans le cœur. — Les mouvemens de ce muscle creux, c'esl-à-dire , ses contractions et ses dilatations alternatives, constituant sinon l'unique , au moins la principale cause de la cir<;ulation , il en résulte qu'ils ne peuvent être troublés sans que le cours du sang ne le soit en même-temps dans les autres portions du système circulatoire. D'un autre côté , le cours du sang ne saurait être profondément troublé dans les artères et dans les veines, sans que les mouvemens du cœur ne le soient eux-mêmes. La raison de ces faits est tellement évidente pour quiconque réfléchit à l'enchainemcnl des diverses actions qui concourent à la grande fonction de la circulalion, qu'il n'est pas nécessaire de s'y arrêter.

Les battcmens du cœur peuvent être modifiés dans leur force , leur étendue, leur nombre , leur rhythme et leur bruit.

lo L'augmentation delà force des mouvemens du cœur , quand elle est permanente, doit être considérée comme le principal signe de l'hypertrophie du cœur; au contraire, la diminution permanente de !a force de ces mêmes mouvemens atteste l'existence d'un amincissement des parois du cœur. ( L'augmentation et la diminution passagères de la force des mouvemens du cœur peuventêtre le résultat d'une cause purement nerveuse, de certaines passions , par exemple ; l'augmentation de la force des contractions du cœur peut être aussi le résultat d'une irritation idiopatliique ou sympathique de cet organe. )

2" L'étendue d.ms laquelle les battcmens du cœur se font sentir est constam ment en rapport avec le volume du cœur. Elle peut coïncider avec la force ou la faiblesse des batlemens de cet organe, suivant que la dilatation du cœur co'incide avec un cpaississement ou un amincissement des parois cardiaques , ( on conçoit aussi qu'un épaississement de ces parois , avec altération de leur structure , au lieu de produire une augmentation dans la force des batferaens du cœur, serait suivi d'un effet contraire ).

3<' Le nombre tics battcmens du cœur dans un temps donné peut être angmenlt; ou diminué. On sait, par exemple , que la fréquence de ces battcmens est un des phénomènes qui caractérisent l'état fébrile. Cette fréquence des battemens du cœur suppose ime irritation directe ou indirecte du cœur; et cette irritation est tantôt purement nerveuse ou dynamique, tantôt, au contraire, accompagnée de l'ensemble des caractères analomiques qui révèlent une véritable phlegmasie. Ce n'est pas le lieu d'examiner ici en détail les diverses causes qui peuvent précipiter les batlemens du cœur. Quant au ralentissement des mouvemens de cet organe , il est l'indice d'un état opposé à celui qui caractérise l'irritation. On sait que certaines substances, la digitale entre autres, jouissent de la propriété de produire ce ralentissement.

4» La régularité des mouvemens du cœur n'est , en général , troublée que dans les cas où un obstacle mécanique s'oppose au libre passage du sang à travers les différentes cavités de cet organe : c'est ce qui a lieu , par exemple , lorsque , en raison d'une induration de leurs valvules , les oriftces du cœur se trouvent considérablement rétrécis. On observe cependant quelquefois des intermittences dans les battcmens du cœur chez des individus qui ne sont atteints d'aucune lésion de l'espi ce de celles dont nous venons de parler. Il sei a toujours facile de distinguer ces intermittences de celles qui accompagnent les obstacles mécaniques à la circulation , attendu que ces dernières , plus constantes , plus multipliées que les premières , co'incident , d'ailleurs, avec d'autres phénomènes ([u'on n'obsci ve nullement dans celles-ci.

5" De grandes moilificalions pi;uvenl survenir dans le bruit, qui accompagne les contiactions normales du cœur. Ce bruit peut être augmenté ou diminué, selon que les parois du cœur se soni C|)aissies ou amincies , que les cavités de cet

C ÎRCt LATlON.

organe se sont agrandies on félrécics, et selon que le sarig traverse plus oumoitts facilement les orifices qui font communiquer les oreillettes avec les ventricules, et ceux-ci avec les artères aorte et pulmonaire. Quant à cette dernière circonstance , il me parait indubitable que c'est l'existence d'un obstacle mécanique au cours du sang à travei s le cœur , et spécialement le rétrécissement des orifices de cet oi'gane qui doit être considéré comme la setde ou du moins la prineîpàle cause du bruit de soufflet et de râpe, ainsi que du frémissement cataire. Telle n'est pas, je le sais, l'opinion de l'illustre auteur de V Auscultation mè-i diate. « Il me semble, dit-il, que tous les faits tendent à prouver que lé brait « de soufflet est le produit d'un simple spasme , et ne suppose à«cune /e*(o;j! » organique du cœur. « ( Traité de l'Auscultation médiate , tom. 2, pag. '144 , 2" cdit.) Cette opinion, à laquelle Laennec paraît surtout avoir élé conduit; par l'étude du bruit de soufflet des artères , ne me parait pas pouvoir être rigoureusement admise.

6° Pour^terminer ce qui est relatif aux signes fournis par l'examen des baltè-j mens du cœur, il ne nous reste qu'à dire un mot de la suspension complète .| mais moQientanée, de ces battemens. La syncope (c'est ainsi qu'on appelle cettei suspension momentanée des contractions du cœur ) est , si l'on peut ainsi dire, un signe de mort, plutôt qu'un signe de maladie ; et l'on sait généralemetit que le premier soin du médecin chargé de constater la mort d'un individu, est, de porter la main sur la région précordiale , pour s'assurer si les battemens di i cœur ont cessé. La mort momentanée dont la syncope est l'indice , peut si terminer par la véritable mort ( cette dernière est même tout à-fait inévitable quand la syncope est due à une hémorrhagie produite par une large plaie, ci bien par une rupture du cœur ou des gros vaisseaux ). La syncope n'est pati d'ailleurs uniquement signe ou plutôt effet de grandes hémorrhagies ; elle l'esj aussi de profondes émotions morales ou de souffrances cruelles et prolongées elle peut également annoncer la formation d'énormes concrétions sanguine: dans les cavités du cœur.

§ II. Exploralinn du cours du sang dans les artères. — Les différentes lésion que les mouvemens du cœur nous ont présentées , en entMÎnent nécessaire ment dans les battemens artériels, puisque ceux-ci, dans l'état normal, son le résultat de la contraction des venliicules du cœur. Nous n'insisterons pa sur ce point. Mais il est des cas où l'on observe une sorte de discordance eni tre les battemens du cœur et ceux de certaines artères, ce qui indique uni lésion de ces dernières. Laissons de-côté pour un moment l'influence qu'exer' cent les différentes lésions des mouvemens du cœur sur la circulation artérielle pour ne nous occuper que des lésions primitives , idiopathiques ou essentiel les, de cette dernière. Or ces lésions consistent principalement dans l'augmen tation, la diminution ou la suspension complète du cours du sang dans 1( artères. On les reconnaît par l'exploration du pouls artériel. Ces lésions sont 1 traduction de certaines altérations des artères, comme nous avons vu l'augmen] tation , la diminution ou la suspension des battemens du cœur révéler des altf rations déterminées du cœur. 11 est une lésion de la eircidation artérielle, doi nous n'avions aucune idée avant que l'on eût appliqué la méthode de 1 auscu tation à l'exploration du pouls des grosses artères. Je veux parler du bruit d soufflet artériel, sur lequel Laennec, dans la seconde édition de son ouvrage, présenté des considérations fort étendues. Il attribue ce bruit anormal à u spasme des artères. Je pense que ce bruit peut résulter de toutes les causes c; pables d'augmenter le frottement qu'exerce naturellement le sang sur les parc artérielles. Par conséquent, si ces parois étaient susceptibles d'un véritabli état spasmodique , celui-ci devrait être regardé comme une des causes du bru | de soufflet. Mais des causés plus réelles de ce phénomène sont, à mon avis, le rélrécissemens mécaniques dont les tubes artériels peuvent être le siège, et h| incrustations osseuses ou cartilagineuses que l'on y rencontre si fréquemmen : La première lésion a pour effet nécessaire de rendre le frottement du san plus considérable, etla seconde d'augmenter la sonoréilédes parois artérielles double circonstance également favorable à la production du phénomène q» nous étudions. I L'interruption complète du cours du sang dans une artère est un phénom^rj qu'il n'est pas très-rare d'observer. Elle indique l'oblitération du vaisseau, so ■ par un caillot, soit par l'adlnision réciproque des parois opposées décevais seau. La suspension du cours du sang dans tout le système artériel d'une parliJ est pour ainsi dire une véritable syncope locale, et elle ne tarde pas à déteii miner la gangrène ou la mort de cette partie. Que si l'interruption du cours (I sang n'est pas complète, la partie diminue seulement de volume, s'atrophie et reste dans cet état jusqu'au développement d'un système collatéral capabl de remplacer parfaitement les troncs artériels oblitérés ou simplement rétréci § III. Exploration du conrs du sang dans les ueines. Le mouvement du sar dans les veines étant presque uniquement sous l'influence du cœur et des artn res , il se trouve nécessairement dérangé toutes les fois que les fonctions d cœur ou des artères le sont elles mêmes. Toutefois il est des lésions du cours (1 sang veineux qui annoncent de la manière la plus positive un état morbide d. veines. Ainsi, par exemple, l'engorgement d'une partie limitée du corps p^ une énorme quantité de sang veineux, la production d'une collection séreu: locale, inelépendaminent de toute lésion idiopatliique de l'organe sécréléur c s'opère cette collection, voilà des phénomènes qui ne permettent par demi connaître la présence d'un obstacle luécuniquc , tel qu'une concrétion sai guine, etc. , dans les veines chargées de ramener au cœur le sang de la part qui est le siège de rhy|)érémie veineuse , ou d'absorber la sérosité de la raei)! brane dans la cavité de laquelle s'est effectuée une liydropisie. Au rest t comme nous avons vu plus haut que, dans les cas d'obstacle au cours du sai dans certaines artères , il se développe une sorte de circulation collatérale p

CIRRHOSE

CITRIQUE (acibe)

,re î» siil-l'loer celle qui s(î trouve interceptée . i!e mémo quaiwlle retour du ang d"ia>ie partie estgèiié par roblitératiou du tronc veineux pi incipsil de celte lartie, il n'est pas rare de le voir se rétablir à la faveur de la foraiulion d'un pp»1?eii veineux collatéral. C'est un fait rjiie de récentes observations ont dc- QMrtré de la manière la plus positive; d'où il suit que le développement acci- I^Btel de certaines veines, naturellement peu apparentes, est lui même un ion© presque infaillible de l'interruption du coivrs du sang dans les veines norlafeiSient anastomosées avec les premières et pour ainsi dire leurs congénères. Un état général de congestion veineuse et de collection séreuse suppose existence d'un obstacle au centre même de la circulation. §1'^. Exploration du cours du sang dans les c.r.pilL'iires. — Bien que le Houvement du sang dans les systèmes capillaires proprement dits se dérobe i rifispeclion directe, il est des faits qui ne permettent pas de douter que |;e mouvement ne puisse êtie augmenté , accéléré, diminué, ralenti , ou com- Vretemeut suspendu. Si les lois qui président au mécanisme de la circulation i;apillairc étaient rigoureusement connues, les changemens qui peuvent surfettir dans cette fonction pourraient toujours être rattachés à des causes Précises. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi. De là l'incertitude qui •ègne sur le premier mobile de diverses modifications qui s'opèrent dans la kirculatiou capillaire. Comment expliquer, par exemple, pourquoi, dans l'état norbide que nous désignons sous le nom d'inflammation , le sang s'accumule lans ks capillaires de l'organe enflammé ? Le système de l'obstruction boerrhaancnne est bien loin de satisfaire à toutes les conditions du problème. Il iemble que le point enflammé soit un foyer d'attraction électrique, vers lequel les rBolécides sanguines se précipitent de toute part. Quoi qu'il en soit de celte jij-polhèse, ce qu'il y a de certain, c'est que les variations qui se manifestent dans 'es sécrétions et la nutrition des organes, et par suite dans les fonctions spé- ^les que chacun d'eu.x remplit, correspondent en général avec les cliange- 'nens que subit leur circulation capillaire. Ainsi les organes rougissent, s'échauffent, s'érigent en quelque sorte et agissent avec énergie, quand un sang artériel ibondant arrose leurs systèmes capillaires; ils pâlissent, au contiaii-e, se rcfroi- [lissent, et tombent dans la langueur ou même se paralysent cntièrenient, lorsque leur circulation capillaiie est diminuée ou qu'elle est entièrement fiUSpendue , comme dans la gangrène et la congélation.

tAu reste, si l'on est obligé, dans quelque cas, de placer les changeraens 'éprouve la circulation capillaire sous l'influence d'une force encore indéter- .^.née, il n'en est pas moins vrai que dans d'autres cas les lésions de cette circulation sont dues à des causes purement mécaniques, telles que la compression, j'oblitération , etc. On objectera peut-être que c'est encore là une hypothèse, Èlque, les capillaires échappant par leur ténuité à notre inspection, il est imlossible de constater leur état de rétrécissement ou d'oblitération. A cela nous •épondrons que les injections sont un moyen de s'assurer, jusqu'à un certain (joint du moins, de la lésion dont il s'agit, et qu'il est d'ailleurs des vérités ^'induction qu'il n'est guère plus permis de contester que des vérités sanctionjiées ]iar l'observation directe elle même. Ainsi, par exemple, lorsque, à la suite l'un C|)anchement pleurétique énorme , je trouve le poumon atrophié, je crois louvoir affirmer que la compression a dû gêner la circulation capillaire de cet iirgane, bien que la preuve directe de celte compression ne me soit pas fournie |[)ar mes yeux.

Les considérations que j'ai présentées dans cet article sont loin d'embrasser ous les faits de sémciologie tirés de l'exploration de la circulation. Mais j'ai lû n'effleurer en quelque sorte que le sujet ; des détails plus étendus se frouveont dans difFérens articles de ce Dictionnaire (voyez entre autres Fièvre, Ih- XAMMATioN , Pouls , et les articles consacrés aux maladies dont les lésions de a circulation sont les symptômes). (J. Bouii,r„4.uD.)

CIRRHOSE, I. C'est le nom que M. Laennec a cru devoir donner à un tissu iccidentel 'dont un des principaux caractères est sa couleur jaune. On le renontre sous la forme de petites masses ou de petites grains dans divers organes, nais spécialement dans le foie. Son développement dans ce dernier organe st , selon M. Laennec, une des causes les plus communes de l'ascite; et une )articularité digne de remarque , c'est qu'à mesure que les cirrhoses se déveoppent, le tissu du foie est absorbé , au point de finir piir disparaître entièrenent. Dans tous les cas , dit M. Laennec, un foie qui contient des cirrhoses 5erd de son volume, au lieu de s'accroître d'autant. Ce célèbre anatomo-pabîjlogiste assure que la cirrhose affecte aussi d'autres organes , 'et que , comme OHtes les productions morbifiques , elle finit par se ramollir. II. Les productions décrites par M. I^aennec, sous la dénomination de cirhoses, ne paraissent pas être un tissu morbide nouveau. Si l'on examine attenivement la description qu'il a donnée de deux cas de cette espèce, dans le ome second de son ouvrage (2e édit , pag. 196 et 649), on verra que les alléations dont le foie était le siège, pouvaient être rapportées à une hypertrophie es granulations de la substance jaune de cet organa, ou bien à la présence e petites masses squirrheuses colorées par la matière jaune ou par la matière erte de la bile. Cette coloration des produits accidentels du foie par la matière aune ou verte de la bile me paraît être la cause de l'erreur dans laquelle Laennec est tombé, en admettant comme un produit nouveau cel li qu'il |iippelle cirrhose, et qui devrait se déveIop[)er très tréquemment dans le foie, s'il était bien vrai qu'il constitue une d-s causes les plus communes de Vascile. L'opinion que nous avançons ici a d'ailleurs été tléjà émise par M. Andral : » Les granulations du foie, dit-il, semblables à des grains de cire jaune, avaient \ été regardées par Laennec comme un tissu accidentel , créé de toutes pièces » dans le foie, tissu qu'il avait appelé cirhosse , en raison de sa couleur. Ce » que j'ai dit de l'hypertrophie des grains de la substance jaune-ou blanche du

^ foie , me semble réfuter suffisamment son opinion ( /'/ écis d'nnalomie patho- » togccfue^ tome 2, 'le partie, pages 58j-86 ). »

111. On objectera peut-être que ce n est pas seulement dans le foie, mais aussi dans les autres organes que les cirrhoses se développent. C'est, en effet, ce que M. Laennec nous assure. Mais comme l'ouvrage de cet illustre auteur ne contient aucun exemple de cirrhoses dans des organes autres que le foie, il nous est impossible de discuter sur ce point. Si une mort prématurée ne l'avait pas ravi à la médecine, dont il était une des lumières, M. Lasnnec auiait, sans doute , décrit plus tard la cirrhose avec une telle exactitude de détails, qu'il n'eût plus été permis de la confondre avec une autre lésion, ou bien il eût cessé de la considérer comme une matière morbide sui generis. ( J. Bouilladd.)

CITRiQIlE (Acide). {Chimie.) Cet acide , composé de carbone tl'oxigène et d'hydrogène , tire son nom du citron , qui lui doit son acidité , et d'où Scheele l'a extrait le jiremier à l'état de pureté. Il existe aussi dans l'orange, et dan» presque tous les fruits rouges de nos climats mélangé à l'acide malique. Deritièremcnt M. Tilloy, de Dijon, a publié un procédé pour l'extraire des groseilles, qui le donne aussi pur que celui qui provient du suc de citrons. {Jour, ch im. médic, t. 4. p. 86.)

Pour obtenir l'acide citrique on sature du suc de citrons , à chaud, par de la craie pulvérisée, jusqu'à cessation d'effervescence; on lave le précipité plusieurs fois , et on le fait sécher; c'est du citrate de chaux. On traite ce sel par 2 d'acide sulfurique concentré, étendu de deux parties d'eau ; le citrate se trouve converti en sulfate, et l'acide citrique est mis k nu. On dissout celui-ci par quelques lavages, on le concentre, et on le fait cristalliser; on le purifie par de nouvelles cristallisations. L'acide citrique est blanc, cristallisé eu prismes rhombfiïd.iux très-courts, dont les bases sont remplacées par quatre faces rhomboïdalcs coupées sur les angles du prisme. Sa saveur est fortement acide, mais très-agréable lorsqu'il est étendu d'eau ; il rougit fortement le tournesol. L'eau en dissout plus que son poids à la température ordinaire, et bien plus cncpre à cent degrés; il est moins soluble dans l'alcohol; il se fond et disparaît au feu, sans laisser de résidu ; distillé dans une cornue, il se convei tit en partie en un nouvel acide nommé acide pj ro-citri(jue ; l'acide nitrique le convertit en acide oxalique.

L'acide citrique combiné aux bases salifiables forme des sels nommés citrates, qui ont été étudiés par M. "Vauquelin , mais qui sont sans usage. Ceux de potasse, de soude et d'ammoniaque sont très-solublcs dans l'eau; ceux de strontiane , de magnésie et de fer le sont beaucoup moins, et ceux de baiyte, de chaux , de zinc . de plomb, de mercure et d'argent sont sensiblement insolubles; mais tous se dissolvent facilement dans un excès de leur acide ou dans tout autre acide susceptible de former avec une partie de leur base un sel soluble.

L'acide citrique est employé pour faire des boissons acidulées, ou limonades artificielles , fort agréables et susceptibles d'être préparées en tout temps et'ïïT tous lieux. On peut même conserver dans un flacon portatif un mélange de sucre et d'acide pulvérisés, aromatisés avec quelques gouttes d'oleulè de citron et en faire dissoudre une cuillerée dans un verre d'eau , au moment d'en failivs usage. Ce mélange porte le nom de limonade sèche; on le transforme eu limonade gazeuse en y ajoutant une certaine quantité de bi carbonate de sonde qui, au moment de la dissolution dans 1 eau, est décomposé par l'acide citrique, avec effervescence et dégagement d'acide carbonique. (G. Gdibouut )

CLÉMATITE. On connaît sous ce nom plusieurs plantes appartenant à la famille des renonculacées , et qui, comme ces dernières, présentent un principe âcre et vénéneux. 11 est à remarquer que ce principe abonde quand la plante est arrivée à son entier dévt loppcmeiit; tandis qu'il est presque insensible lorsqu'elle est jeune, et qu'il se dissipe par la dessiccation. Elle (leut dans ces deux circonstances êlrc employée à la nourriture des bestiaux. Dans quelques pays même on mange les jeunes pousses comme des asperges , après les avoir fait cuire dans l'eau bouillante, cù elles abandonnent le principe âcre qu'elles renferment en petite quantité. Plusieurs espèces de clématites ont été utilisées en médecine: ce sont les clematis flammula, mauritiana , recta et vitalba. Cette dernière est connue sous le nom iTherhe aux i^ueux, parce que des mendians l'employaient pour se procurer un érysipèle vésiculeux , sur diverses parties du corps, afin d'appeler sur eux la pitié et les aumômes.

Cette espèce, qui est la plus commune chez nous, a une saveur acre et brûlante; et elle exhale, lorsqu'on la pile, une vapeur piquante, qui irrite vivement les membranes muqueuses de l'œil et du poumon. Lorsqu'elle est appliquée sur la peau, elle y détermine une vésication assez prompte; à l intérieur , elle détermine une irritation gastro-intestinale fort énergique.

Ou ne possède pas encore de travail chimique sur cette plante, dont les propriétés très-marquées auraient dû cependant ap[)eier l'attention. 11 est probable qu'on isolerait facilement le principe actif, qui paraît être volatil de sa nature. M. Guibourt s'est occupe des fleurs; il en a obtenu une substance azotée, dont jusqu'à présent on ne fait aucun usage.

Les expériences tentées sur les animaux, après que des évènemens malheureux eurent appelé l'attention sur la clématite, ont prouvé qu'elle agissait à la manière des poisons acres, en développant, dans les parties qu'elle touche , une inflammation qui peut aller jusqu'à la gangrène. Ou a vu également que celte plante, administrée avec précaution, pouvait produire une purgatiou plus.ou moins énergique.

Il y a long-temps que la clématite a été introduite dans la matière médicale et employée tant chez l'homme que chez les animaux. C'est un remède po. pulaire, Storck a expérimenté la clématite contre diverses maladies ; mais ce praiicien, dominé par les idées de son teiaps , au lieu d'apprécier l'action des

CLEMATITE.

Page 1