‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 138 sur 234 · COEUR · texte numérisé non relu

COEUR

dans des cloportes, n'auraient pas suffi pour expliquer les effets qu'on leur a it attribués contre les malailies de ia peau, par exemple.

;ç prétendu médicament est tombé dans l'oubli ; on omet même de l'ajouter al composés dans lesquels il entrait jadis , et dans lesquels son absence n'est ji même remarquée. On ne saura bientôt plus que ces insectes devaient être ( iiffés dans du vin blaiic et desséchés pour l'usage médicinal ; et on ne lit pas lîis sourire que les médecins anciens faisaient quelquefois avaler à leurs ma- Ijles des cloportes tout vivans. ( F.Ratieb.)

CLYSOIRE. Fojcz SEniKGiE.

COCHLEARIA.. Herbe aux cuillers , cran officinal ; coclitearia officinalis. 'Itradyuamie siliqueuse Linn. ; crucifères Jrss. Le cochléaria , qui figure au )ig des anti-scorbutiques les plus vantes, est une plante fort répandue, et (i appartient à une famille végétale reiuarquable par la nature et l'activité ( ses principes constituans. Ses feuilles radicales sont en foroie de cœur, ariidies à leur extrémité , un peu creusées et il'un beau vert. Cette plante , lors- J'elle est entière, n'a pas d'odeur; mais lorsqu'elle est écrasée entre les ligts, elle en répand une très-sensible , et qui est due à la présence d'une jile volatile qui se dissipe par la dessiccation; aussi doit-on ;ivoir soin de .mployer à l'état frais , sous peine de n'avoir qu'une substance insignifiaule.

Iaveur est acre et amère.

e cochléaria n'a pas été analysé par les chimistes actuels; on sait, d"après travaux de leurs devanciers, qu'il contient de l'huile volatile , une subce azotée et de l'acide suifo-sinapique. On aurait besoin de recherches i exactes, ependant, long-temps avant qu"on se fût occupé de reconnaître les prinis constituans du cochléaria, on avait apprécié ses propriétés jdiysiques , on en avait fait usage dans le traitement de diverses maladies. Mais c'est out contre le scorbut et les scrofules qu'il a été recommandé , et employé ides résultats variables , suivant l'état des sujets et le mode d administra- . Des praticiens recommandables l'ont employé dans la fièvre quarte , pis le calcul, dans le rhumatisme vague.

^'action de ce médicament est évitlemment excitante pour les suifaccs sur ^quelles il est déposé. De plus, l'absorption, introduisant ses principes actifs ns le sang, peut exercer sur Téconoraie une modification salutaire , mais i nt l'essence nous est encore inconnue. L'observation montre que des ludi-

• Jus scorbutiques ou scrofuleux ont éprouvé de bons efiets du cochléaria, et hutres substances analogues; mais elle fait voir également que ceux chez

■ Isquels le scorbut ou les scrofules étaient acconjpagnés d'un état inflymma- !ire des organes de la digestion ou de la respiration , en ont éprouvé un croissement notable de leurs souffrances , et des désordres dont leurs organes jient le siège. Souvent même on a vu les accidens se calmer et la guérison ivre, lorsqu'on eut supprime ces moyens de traitement. C'est aux articles iOBBni et Scrofule qu'il faut chei cher les détails convenables sur ce sujet. iPour nous borner à ce qui est relatif au cochléaria , nous dirons que celte tinte a perdu beaucoup de la faveur dont elle jouissait. Autrefois elle était pn usage journalier , et entrait soit comme principale , soit comme accessoire, lins une foule presque innombrable de préparations antiscrofuleuses ou antiorbu tiques. Tantôt elle s'y trouvait associée à d'autres substances analogues flic , ou bien à des amers et à des aromatiques , le tout infusé dans du vin ou ; l'idcohol, dont l'action devait assurément entrer pour quelque chose dans s résultats. Tantôt , et c'était quand on l'administrait à des-individus atteints : symptômes inflammatoires, on sentait le besoin de tempérer une action jop énergique, et alors on la donnait dans le petit-lait, dans le bouillon de feau , etc. Quoi qu'il en soit, le médecin qui voudra utiliser les propriétés iicilsntes du cochléaria, et , à plus forte raison , celui qui tiendrait à les conlater par son expérience personnelle , devrait choisir la préparation qui pré- [nte dans toute leur intégrité les élémens actifs de ce médicament. Le suc liprinié , et dépuré soigneusement est dans ce cas. La teinture spirilueuse est igalement utile , pourvu qu'on tienne compte des propriétés du véhicule. Les

• oses ne peuvent èire indiquées d'une uiànière précise. Le cochléaria entier lésente. outre ses principes actifs, une grande quantité de mucilage et delà icule qui permettent de le manger en salade. Le suc dépure , qui est plus ctif , peut se donner à la dose de deux à quatre onces , et la teinture depuis eux gros jusqu'à une once. (F. Ratiek.)

COEUR ( Considérations générales sur les maladies du). — § L Privés du ambeau de l'ouverture des cadavres , les médecins grecs et romains n'ont pu icn nous laisser de satisfaisant sur les diverses maladies du cœur. C'est à elles ue doivent être rapportées plusieurs des affections qu'ils ont décrites sous les loms à\tsihme et de ~dy si>née. Lorsque , à la renaissance des sciences et des teltres , les médecins fouillèrent dans les cadavres humains pour y trouver le iége des maladies , ils ne tardèrent pas à reconnaître que le cœur était suscepible de plusieurs lésions- différentes. Vésale , Nicolas Massa , Charles Étienne; •lus tard , Bonnet, Lancisi , Valsalva et Albertini firent connaître, d'une maliere assez précise , quelques-unes de ces lésions , et, entre autres, les dilatalous ou anévrjsmes du cœur. Un des hommes qui ont le plus contribué à enri- :hir le point de pathologie qui nous occupe est, sans contredit, l'immortel aueur du traité De sedibus et causis morboriim , etc. Les 17^ et 18<^ lettres de ce 'raité, consacrées tout entières à l'étude des maladies du cœur , sont réelleiaent des chefs-d'œuvre d'observation. Scnac , dans son savant et volumineux jpuvrage sur la structure et les maladies du cœur, présenta un tableau assez Ipomplet de toutes les connaissances que l'on possédait alors sur cette branche li'e la médecine. Il était réservé à notre illustre Corvisart d'attacher , pour SJUisi dire, sou nom à l'histoire des maladies du cœur. Depuis la pv.blication cje

DlCT. DE MÉPECIKE ET DE CuinURGIE PRATIQUES.

son bel Essai sur les maladies et les lésions orgunitjues du rœurei des gros vaisseaux, plusieurs auteurs, marchant sur les traces de ce grand maître, soit en Italie, soit en France, soit en Allemagne, seit en Angleterre, ont agraudi et perfectionné l'éditice qu'il avait élevé; et je crois pouvoir dire, sans exagération, qu'aujourd'hui les maladies du cœur sont du nombre de celles dont l'histoire laisse le moins à désirer.

§ II. Si l'on cousidère la structure compliquée du cœur ; si l'on réfléchit que c'est un des organes les plus agissans de l'économie, et qu'il est soumis aux influences physiques et morales les plus multipliées, on ne sera point étonné de la fréquence et de la variété de ses maladies. C'est un des organes intérieurs où se rencontrent-le plus souvent des vices de conformation congénitaux, tels que la transposition de ses cavités, la communication anormale ties cavités droites et des cavités gauches , l'oblitération complète ou incomplète de quelqu'un des orifices qui font communiquer ces cavités les unes avec les autres , oul)ien avec les grosses artères et les grosses veines qui s'insèrent immédiatement au cœur, etc. Le cœur est aussi susceptible tie certaines lésions qui sont du ressort de la chirurgie, les divers tissus de cet organe s'enflamment soit ensemble, soit isolément ; et de là , si la phlegmasie revêt le caractère chronique , diverses productions accidentelles qui , suivant le lieu qu'elles occupent , opposent un obstacle plus ou moins insurmontable au cours du sang. Nous avons fait voir ailleur^*, par exemple [Traité des maludin du cœur et j des gros vaisseaux , par MM. Bertin et Bowllaud) , comment certaines indu- I rations des valvules du cœur, et par suite les rétrécissemeiis des orifices auxi quels ces valvules sont adaptées , se rattachaient à une phlegmasie chronique I lie ces soupapes organisées. Le tissu charnu du cœur s'hyperirophie ou s'atroj phie , s'endurcit ou se ramollit; il s'ulcère et se rompt quelquefois ; les cavités de cet organe se dilatent ou se rétrécissent; le sang qui les parcourt se coagule parfois , et produit alors , sous les formes les plus variées , ces concrétions morbides long-temps célèbres sous le nom de polypes du cœur.

Quelques auteurs , et entre autres M. Laennec, se sont efforcés récemment de restreindre singulièrement la fréquence de l'inflammation des tissus du \ cœur, et de combattre l'opinion de ceux qui ont rapporté diverses altérations organiques de cet organe à une phlegmasie. J'ai lu et médité attentivement toutes leurs objections, et je n'en suis pas moins resté convaincu que, pour le cœur comme pour tous les autres organes, on ne sauraitnier l inlluciice qu'exercent les phlegmasies chroniques sur la production d'un grand nombre des alltralious de structure , sans nier l'existence de ces phlegmasies elics-mêines. Ce n'est point d'après de vains systèmes ou des idées à priori . mais bien d apie: une masse très-considérable de faits observés par moi-même , que je crois devoir persister dans l'opinion que j'ai adoptée à ce sujet. Je regrette beaucoup de me trouver ici eu opposition avec M. Laennec , au génie observateur duquel personne- plus que moi , d'ailleurs , ne se plaira jauiais à rendre le plus sinccre hommage. Puisque l'occasion s'en présente , que le lecteur me permette de me justifier du reproche qui m'a été adressé par ce célèbre professeur. Il m'accuse ( tom. 1, 2" édit. , pag. 684) d'avoir rangé u parmi les effets de l'inflammalion , i « non-seulement toutes les productions accidentelles , mais même toutes ies « congestions sanguines et séreuses, n Un tel reproche se conçoit d'autant moins i de la part de M. Laennec que, dans un précétlent endroit de son ouvrage, il ! avait bien voulu rappeler les recherches que j'ai faites pour prouver que eerj taines congestions sanguines ou séreuses sont le résultat pur et simple d'un ! obstacle mécanique à la circulation. Je n'ai jamais soutenu , non ]/lus , que i tontes les productions accidentelles fussent des effets de l'inflammation; et quant à celles que j'ai rattachées à ce grand acte pathologique , j'ai eu soin d'indiquer par quelle gradation défaits on pouvait remonter des uïies a l'autre. Mais je reviens 'a mon sujet.

Comme tous les organes qui reçoivent de nombreux filets nerveux , le cœur est susceptible de lésions purement nerveuses ; lésions dont les symptômes ne pourront quelquefois être distingués de ceux des lésions organiques , qu'au moyen d'une exploration très-attentive.

§ III. Les causes dès maladies du cœur varient comme ces maladies ellesmêmes. Celles de certains vices de conformation nous échappent entièrement, et semblent consister dans une sorte de caprice ou de jeu de la force formatrice [nisus formativus). L'abus des excitans , les exercices violens, les coups sur la rés;ion précordiale, certaines passions qui activent et précipitent cxlraordinairement les mouvemens du cœur, voilà quelles sont les principales causes sous l'influence desquelles se manifestent les irritations idiopactiques du cœur, lesquelles , suivant leur degré, déterminent tantôt une simple hypertrophie, tantôt le ramollissement et même ia suppuration du tissu malade (on sait que la plupart des inflammations graves et étendues des autres organes irritent sympalhiquement le cœur ). Quant aux dilatations du cœuç, nous en avons indiqué ailleurs les causes ( voy ez AK^VRYSMf; ) , et il serait plus que superflu d'y revenir ici.

§ \N . Avant que M. Laennec ne nous eût en quelque sorte créé un nouveau sens médical par sa belle découverte de l'auscultation, le diagnostic de plusieurs maladies du cœur , malgré les lumières dont Corvisart l'avait environné , présentait souvent de grandes et nombreuses difficultés. Mais aujourd'hui, gr.îce aux signes fournis par l'auscultation des mouvemens du cœur, les lésions organiques du cœur sont généralement faciles à reconnaître. D'ailleurs , comme ces signes varient pour chacune d'elles, nous ne pourrions les exposer ici , sans entrer dans des détails que ne comporte pas un article consacré à de simples considérations générales. [Voyez Amîvrysme , Cardite, Hypertrophie , etc. ) Nous ajouterons seulement que le procédé de la percussion perfectionné par M, Piorry, partage avec l'uuscultaiion l'avantage a'éclairer puissamment le

COLCHIQUE

COLCHIQXte.

(lirtgnoslic (le certaines maladies du coeur et spécialement de celles qui consistent en une augmentation ou une diminulion du volume de cet organe. C'est stirlout par l'emploi wélliodique de ce double procédé d'exploration que le médecin parviendra ;i ilisliiiguer îles symptômes purement nerveux , de ceux (jiri se rattachent à une lésion dite organique.

§ V. Le traitement des maladies du cœur ne peut être le sujet d'aucun précepte général, il doit être approprié à chaque espèce de lésions. Ainsi il est évident que la même méthode thérapeutique ne devra pas être employée, et dans le cas où des palpitations seront le résultat d'une hypertrophie énorme du cœur, et dan» ceux où ces palpitations reconnaîtraient pour point de départ une lésion purement nerveuse. Ce n'est que dans les articles spéciaux consacrés à chacune des maladies du cœur, que Ton trouvera toutes les règles d'après lesquelles le traitement de ces maladies doit être dirigé. Dans un Dictionnaire essentiellement destiné aux praticiens, les considérations générales doivent occuper peu de place. Il ne faut pas néanmoins les négliger entièrement. Il est un juste milieu à garder en cette matière : heureux si nous ne nous en sommes pas trop écarté ! ( Bouillaud. )

COLCHIQUE. Colchicum autumtialc. Colchique, tue-chien , veillote , safran des prés, safran bâtard. Le colchique , plante qui donne son nom à une famille naturelle rcmaï quable par les propriétés vénéneuses de la plupart des espèces qui la composent , appartient a I hexandîie trigynie de Linné. Elle est commune dans les prairies basses et humides , et fleurit en automne. Elle offre une bulbe qui est dans toute sa vigueur au mois d'août, et renferme alors un suc laiteux et acre, dans lequel résident toutes ses propriétés. L'odeur de l'ognon de Colchique est presque nulle 5 mais sa saveur est amère, chaude, et d'une àcreté mordicanle, qui semble adhérer à la langue , et qui se fait sentir longtemps encore après que le contact-.i cessé. Le principe âcre, peu abondant lorsque l'ognon est jeune, se dissout bien dans l'eau bouillante, et laisse à nu une assez grande quantité de fécule nutritive , et susceptible d'être utilisée. Ce principe s'observe , d'ailleurs , dans un grand nomhre de végétaux vénéneux, tels que la bryone,etc. C'est pour n'avoir pas tenu suffisamment compte de l'âge, des localités, de la saison , du mode de préparation et des autres circonstances qui iuÛuent sur la quantité proportionnelle du principe vénéneux, que les auteurs ont été conduits à des résultats différons, dans les expériences qu'ils ont faites sur les propriétés du colchique.

L'analyse du colchique, faite par MM. l'clletier et Caventou , y a démontré l'existence de la vératrine , principe alcaloïde auquel il doit ses propriétés , et qu'on retrouve dans plusieurs plantes. {Fojez ViînATniNE.) Cette substance s'y trouve à l'étal de gallate acide, et associée à une matière grasse (composée d'oléine, de stéarine et d'acide cévadique); à une matière colorante jaune ; à de la gomme , de l'amidon, de l'inuline , et du ligneux.

Les cflets du colchique sur l'économie animale sont ceux de la vératrine, puisque c'est le seul principe actif qui s'y trouve conteiiu : les exposer ici serait donc faire un double emploi. 11 suffira de rappeler que son action porte principalement sur l'estomac et les intestins, et que dans quelques circonstances elle a paru s'étendre jusqu'aux organes de la sécrétion urinaire.

Nous passons rapidement sur les vertus merveilleuses que les anciens ont attribuées à ce médicament, pour arriver au temps où Storck commença à l'expérimenter plus méthodiquement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors : bien que ses exjjériences ne portent pas le cachet d'exactitude qu'on exige de nos jours. Quoi qu'il en soit, le médecin de Vienne le présenta seulement comme succédanée de la scille, plante qui d'ailleurs, appartenant à la même famille végéïale, doit également ses propriétés à la vératrine; et l'on reconnut , dans le cours des essais qui furent tentés , que le colchique provoquait le plus ordinairement des vomissemeus et des évacuations alvincs; et quelqueftiis des urines abondantes.

C'est principalement contre l'hydropisie appelée passive que le colchique a été conseillé : et il est facile , d'après la connaissance de ses propriétés , de concevoir dans quels cas il peut être avantageux , comme aussi dans quelles circonstances on en obtiendrait de mauvais effets. {Fojez Yi\-DMv\s\B Traitement.) Mais nous ferons reuiarquer que les auteurs , en parlant de ce médicament , tombent dans les plus bizarres contradictions; et nous croyons devoir les signaler aux praticiens. Storck, par exemple, qui d'ailleurs avoue qu'il n'a pas toujours réussi , préférait l'oxymel de colchique , considérant le vinaigre comme propre « adoucir la trop grande (ici clé de cet ognon. Un autre donnait deux gros par jour d'oxyrael; ce qui était fort innocent, mais qui n'a pas ré/issi dans les cas où l'hj'dropisie était liée à une afl'ection organique. D'un autre côté, des praticiens vantent la poudre de colchique dans les hydropisies qui résultent de l'obstruction du mésentère, et prétendent même que la fièvre qui existe parfois, dans ce cas, n'empêche pas le succès. Que conclure au milieu de semblables assertions ?

Storck l'a également employé comme expectorant dans les phlegmasies bronchiques avec sécrétion muqueuse surabondante; et, voulant expliquer le phénomène observé , il l'attribue aux propriétés incisives et fondantes du colchique.

Nous avons vu enqiloyer plusieurs fois le colchique, soit en substance, soit sous forme d'oxymel , devin, de teinture , etc. ; et nous n'avons jamais rien remarqué, dans ses effets, qu'on ne pût expliquer facilement d'après son action physiologique bien connue, et qu'on ne pût également obtenir , soit des substances qui, comme lui, contiennent de la vératrine, soitdetel autre médicament )Mirgatif doué d'une égale énergie ; le jalap , par exemple, qu'on trouve recommandé dans les cas analogues.

C'est d aines ces principes, et en vertu de son action purgative, qui le rend jMopre à opérer une puissante révulsion, que le colchique ( les faits relatés étant supposés bien exacts) a pu être utile dans un grand nombre de maladies

(lifiérentes , mais dans lesquelles une excitation plus ou moins considérable!! ;aiial digestif peut être salutaire. Telles sont diverses phlegmasies, dans ]|quelies la médication purgative, essentiellement débilitante, peut figii;, comme accessoire et même comme succédanée de la saignée; telles sont encj; les congestions cérébrales, les maladies cutanées, les affections iierveus(:, enfui le rhumatisme et la goutte , dans lesquels il a été préconisé outre mesui. Le vin et la teinture de colchique jouissent en effet d'une réputation po|. laire dans le traitement de la goutte et du rhumatisme, qu'ils guérisseï;, dit on , d'une manière sûre et rapide. Mais on sait ce qu'on doit penser de U pompeuses annonces, et l'on doit se rappeler que, de toutes les maladies I n'en peut-être aucune qui soit moins propre à être le sujet d'essais thérapeij. ques , que celles que nous venons de nommer. 11 suffit d'ailleurs pour se etvaincre que leur remède est encore à trouver, de jeter les yeux sur les obj. valions, presque toujours incomplètes , qu'on rapporte en faveur du colchiqi, que les charlatans avaient déjà exploité à leur profit, lorsque les médeci commencèrent à l'essayer. Une première remarque se présente: c'est cj M. Éverard Home , qui l'a employé sur lui-même pendant dix-sept mois ( 1 dit que le médicament guéi il cùô et tutb,) recommande de filtrer le vin i colchique, afin de le priver d'un dépôt qui s'y fait lorsqu'il est préparé depi quelque temps. Ce dépôt, qui n'est autre chose que la vératrine precipiii par le tannin et la matière extraetive , jouit d'une telle activité qu'il enflamii le tube digestif et produit l'empoisonnement. N'est il pas clair que, parcf! fillration , le vin de colchique est réduit h une nullité presque absolue? etc ( doit-on penser lorsqu'on lit que le vin de colchique fait cesser promptetn 1 les accès dégoutte? En examinant ainsi les faits sous toutes leurs faces, |i s'explique comment les Anglais emploient le vin et la teinture de colchiqo, plutôt que l'oxymel, dont l'acide tient la vératrine dans un état de dissolutli favorable à son action toxique ou médicamenteuse.

Cependant, si les observations dont nous venons de parler méritent peu 1 confiance, il en est qui présentent un caractère d'authenticité plus recomtn dable , parce qu'on a fait usage d'un médicament préparé avec soin , et pa '! qu'on a constaté la présence d'une plus grande quantité d'acide uriqne di; les urines de ceux qui en faisaient usage. (Foyez Calculs.) Mais , tout en S' ■ haitant que les expériences se poursuivent, et même en y coopérant , les mé • cins , qui s'occupent habituellement de matière médicale , et sont accoutur i h examiner avec sévérité, mettront en regard ces deux faits, savoir que, di|i les observations citées à l'appui , le médicament a été administré à doses ailrantes ; et que, vers la fin des accès de goutte , lors même qu'aucun trai ' ment n'a été administré, les malades rendent des urines très-chargées d'aci! urique. t Dans le choix des mcdicamens on doit préférer les parties qui renfcrmif la plus grande proportion de principes actifs. Or, pour le colchique, c'! dans la bulbe que résilie la plus grande quantité de vératrine. C'est donc;: bulbe qu'on doit préférer, ou plutôt, afin de pouvoir compter sur quelci: chose de positif, c'est cette dernière substance à laquelle on devrait toujo i avoir recours. Ainsi donc on doit mettre de côtelés semences elles flcuis i colchique, bien que des praticiens distingués les recommandent comme p» douces que les bulbes. Car elles contiennent comme lui de la vératrine, eL en contiennent moins, ce qui rend leur action moins marquée. Elles peuvij donc être remplacées par la vératrine, administrées à des doses proportiilnées à l'état des sujets et aux effets qu'on veut obtenir. i Si l'on adoptait les principes qui viennent d'être émis, il serait siiperi d'exposer le mode d'administration du colchique , et il suffirait de renvoi ' à l'article VÉRATKixE. Mais, pour l'exactitude historique, nous allons indiqii les préparations les plus usitées jusqu'à ce jour. Les bulbes de colchique éti. recueillies et coupées par tranches , on les fait sécher au four. On peut les p ; vériser, et les donner, en substance , à la dose de deux grains, qu'on rend velle plus ou moins suivant l'indication; mais cette méthode est peu usili L'oxymel de colchique se donne depuis un scrupule jusqu'à une , deux et mêi trois onces par jour. On le prépare en faisant digérer deux parties de bul de colchique dans douze parties de vinaigre. On le convertit en sirop oa oxymel au moyen du sucre ou du miel. On possède plusieurs formules poa préparation du vin fie colchique; elles sont pour la plupart vicieuses , suri lorsqu'on y ajoute la précaution de laisser déposer et de séparer au moyen filtre le sédiment qui occupe le fond du vase. La meilleure manière de faire vin serait celle de Parmentier, qui consiste à faire une teinture alcoholiquet chargée , dont on ajoute deux à quatre onces par litre de vin. Mais , dans l'é actuel des choses , il n'y a rien encore de fixe à cet égard , et l'on est expos en prescrivant le vin de colchique, à trouver un médicament tout différent ' celui sur lequel on avait compte. En général , les auteurs conseillent le vin ' question à la dose d'un à deux gros. Enfin la teinture s'obtient en faisant mac rer deux onces de bulbes coupées et mondées, d.ins quatre onces d'alcohol pe dant quinze jours : le produit se donne à la dose d'un gros matin et soir. C't d'après les mêmes prin( ipes qu'on peut faire un vin et une teinture avec 1 fleurs et les semences de colchique aussi bien qu'avec la bulbe; mais quoiqu'i ait pu dire, il n'y a aucune ililférence dans la nature des principes constituan la proportion seule varie, et cette incertituilc, qu'on retrouve d'ailleurs lo même qu'on emploie la bulbe de colchique , est la principale raison pour fai préférer l'emploi direct de la vératrine. (F. Ratier.)

COLCHIQUE. {Toxicologie. ) F oyez VÉnATRiwE.

COLCHOTAR. Tritoxide de fer. { Foycz Feb.) ' COLIQUE. Si l'on s'en tenait à son acception étymologique , ce mot ne sigr ' fierait autre chose qu'une douleur ayant pour siège le colon. Mais il s'en fai

COLIQUE

,èaucoup que sa signifioalion soit aussi restreinte, et non-seukn.eiit ou l'a ap- ,Jiauée h de simples douleurs dont le siège n'était pas dans le colon , mais •ncore à une foule de maladies dans lesquelles la colique e>t un phénomène consécutif et en quelque sorte accessoire. Parmi ces maladies abdooiinales qui peuvent ainsi déterminer des coliques plus ou moins violentes, il faut surtout ranaer l'inflammation de Li membrane muqueuse du gros inlColin et de la membrane séreuse qui revêt la cavité abdominale. Mais ce ne sont pas là les seules llésions des organes abdominaux qui puissent déterminer des coliques. Un ob- Ltacle quelconque au cours des matières fécales , l'accumulation de gaz dans les premières voies , quelquefois la présence d'une concrétion calculeuse dans les voies biliaires ou i.rinairos , une irritation quelconque des nerfs qui , delà moelle épinièrc, se rendent dans les diverses parties qui concourent à former la cavité abdominale; voilà autant de conditions morbides susceptibles d exciler diverses douleurs qui ont reçu le nom commun de coliques, et qu'on différencie les unes des autres par un adjectif qui indique le siège ou la cause présumée de chacune d'elles : de là les expressions de colique hépatique , colique néphrétique, iolique venteuse, nen^euse , etc. On sent bien que pour ce qui concerne les coliques purement symptomatiques , nous n'avons rien de mieux à faire que |le renvoyer le lecteur à I histoire des maladies qui les déterminent. Quant à L colique purement névralgique , nous ne nous en occuperons pas ici non plus d'une manière spéciale , attendu qu'à l'article Névralgies de ce Dictionnaire, on trouvera réuni tout ce qui est relatif à ces maladies en général et à chacune d'elles en particulier.

Les seules coliques dont nous ayons à traiter ici avec tous les détails convenables , sont celles qui ont reçu les noms de colique métallique et de colique végétale. La première surtout , en raison de la spécificité de ses causes pioduc- :rices, mérite qu'on lui consacre un article particulier.

Article premier. — De In colique métallique.

On distingue deux variétés de la colique métallique : la première de ces val-iélés est désignée sous le nom de co/iV/ue de plomb {colique saturnine, colique lïles peintres) , et la seconde sous celui de colique île cuim-e.

A. Colique de plomb. — § I". Symptômes, marche et durée. — La colique fie plomb est une maladie essentiellement caractérisée par de violentes douijeurs abdominales qui se développent chez les individus soumis à l'action du llomb. A ces douleurs que les malades désignent sous le nom de coliques , se oignent ordinairement une constipation opiniâtre, une rétraction plus ou 'noins considérable des paroi.^ antérieures de l'abdomen , accompagnée quel- Tuefois de la rétraction des testicules. Des nausées et des vomissemens de natières liquides , verdAtres et amères , ont lieu chez un grand nombre de naïades. Avant de signaler quelques autres symptômes qu'on observe chez les ndividus atteints de la colique de plomb, il importe de présenter quelques flétails sur ceux que nous venons d'indiquer.

Les douleurs de ventre, obscures dans le commencement de la maladie, inissenl par devenir tellement aiguës, surtout par intervalle , qu'elles arrajplient des cris aux malades. Alors, ceux-ci s'agitent sans cesse et cherchent Linemenf quelque attitude qui puisse les soulager; plusieurs se couchent ' ur le ventre ; ils portent comme machinalement leurs mains sur cette partie ;t y exercent des frictions légères , espérant ainsi calmer leurs souffrances. On 1» cru remarquer que les plus vives exacerbations des coliques saturnines se Manifestaient surtout pendant la nuit ; ce qui explique l'insomnie habituelle :hez les individus atteints de cette cruelle maladie. Il ne faut pas croire , avec juelques médecins, que les douleurs qui nous occupent soient constamment

iiminuéos par la pression abdominale. Dans un grand nombre de cas, cette ression n'aggrave ni n'allège sensiblement la douleur ; assez souvent elle en ccroit manifestement l'intensité : néanmoins la pression , dans ces cas mêmes, 'est jamais aussi insupportable que chez les individus qui sont en proie à une léritonite sur-aiguë. Les douleurs de la colique de plomb se réduisent queltiaefois au sentiment d'une sorte de constriction.

Le siège précis des coliques saturnines est un problème qui a beaucoup ,;xcrcé l'esprit de certains médecins. Se fondant sur ce que le palper du ventre î l'est pas douloureux, Astruc pensait que les coliques dont il s'agit n'avaient )oint leur siège dans le ventre , mais bien dans les nerfs qui tirent leur )rigine de la moelle ëpinière, et de là le nom de rachial^ie qu'il imposa lia colique de plomb. Cette opinion offre quelque chose d'assez vraisem- )lable; il faut convenir au moins que, jusqu'ici, les névralgies sont, entre otites les maladies , celles dont la colique de plomb parait se rapprocher e plus.

La constipation, comme les douleurs abdominales, offre diversdegrés. Elle est ellement forte, loisquela maladie est parvenue à son maximun d'intensité, que )Oorla vaincre il ne fjut rien moins que le secours des purgatifs les plus actifs. Juelques auteurs, M. Mératentrc autres, disentavoir observé une telle constricion de l'extrémité inférieure du rectum, qu'il était difficile de faire pénétrer "a canule d'une seringue dans l'anus. Un tel phénomène doit cependant être ort rare, puisque M. Chomel , que sa place de médecin à l'hôpital de la Chaité a mis à même d'observer un si grand nombre de fois la colique de ))lomb, ffirme ne l'avoir jamais rencontré. Quoi qu'il en soit, la constipation constitue éelleraent l'un des symptômes les plus invariables de la colique de plomb, ^omme ce phénomène précède les douleurs de ventre , et que celles-ci dimimentdu moment où les selles commencent à se rétablir, il ne faut pas t eton- »ersi quelques médecins , Gardane , par exemple , ont cru pouvoir allribuer |a colique a la présence des matières fécales accumulées dans les intestins. Les premières matières que les malades parviennent à évacuer sont très-dures , netites , arrondies , à l'instar des crottins de quelques quadrupèdes ( chèvres,

: G15 ) COLIQU E

brebis, etc.), noires selon quelques observateurs { M. Cliomel . etc. ), d'un jaune remarquable suivant d'autres ( M. Mérat, etc. ). Il résulte de l'analyse chimique qui a été laite de ces matières par .M. Méraf , qu'elles ne contiennent point de molécules de plomb. Il est vrai que cet auteur ne les a analysées que chez un seul sujet; ce qui ne suffît pas peut-être pour affirmer d'une manière absolue « que le plomb n'existe point dans les premières voies îles gens attaqués « de la colique métallique, n Traité de la colique métallique , 2<'èdit. , pag. 124. > Les nausées, l'inappétence, les vomissemens, les borborygmes , sont des symptômes moins conslans que la constipation, o Les vomissemens , dit M. Métrât, sont rarement spontanés; ils sont ordinairement provoqués dans l'ori- » ginc du traitement. »

Là rétraction des parois antérieures de l'abdomen n'est pas un phénomène que l'on observe chez tous les individus atteints de la colique de plomb. M. Andral assure même qu'il est peut-être aussi commun de trouver l'abdomen ayant conserve sa forme , ses dimensions ordinaires , ou même plus gros , plus développé que de coutume, ce qui paraît dépendre de la distension de l'intestin par des matières ou par des gaz. {Clin, méd , l'^ édit. , t. 4, p. 488.} La rétraction, quand elle existe, provient-elle d'une sorte de contraction spasmodique des muscles abdominaux ? ou bien n'est-elle autre chose , comme le pense M. Mérat, que le résultat passif et mécanique du rétrécissement du canal intestinal ?

Passons maintenant à la description de quelques autres phénomènes que l'on observe dans la colique de plomb. La face offre ordinairement une teinte pàle et jaunâtre; les traits portent l'empreinte de la souffrance, et sont plus ou moins grippés suivant l'intensité et la durée îles coliques. Chez quelques malades il existe une dysurie plus ou moins prononcée.

La fièvre n'accompagne point la colique de plomb ])ure et simple; quand elle se développe, elle est le résultat d'une complication inflammatoire dont le siège est v-ariable.

Les phénomènes que nous venons de décrire se rapportent tous à une lésion de la cavité abdominale. Nous devons ajouter que ce n'est pas seulement sur celte région que le plomb exerce sa funeste influence. Ce métal paraît agir à la longue sur le système neiveux cérébro-spinal tout entier, et occasione ainsi un trouble plus ou moins marqué dans les fonctions des diverses parties que ce système anime. Chez quelques individus long-temps exposés à l'action des émanations saturnines, il survient du délire , des convulsions générales , arcom pagnées de douleurs plus ou moins intenses. Toutefois des accideiis aussi généraux sont rares. Il est plus commun d'observer seulement des douleurs dans les membranes ; ces douleurs constituent quelquefois le seul symptôme dont se plaignent les individus qui manient le plomb et ses composés : d'autres fois , elles sont suivies delà colique de plomb proprement dite. Ces douleurs sont souvent réunies à une faiblesse insolite des mouvemcns des membres où elles ont leur siège , faiblesse qui se transforme peu à peu en une véritable paralysie, comme on peut en voir des e.'icmples dans la Clinique )nédicale de notre collaborateur M, Andral, et qui affecte de préférence les muscles extenseurs. Le médecin que nous venons de nommer dit aussi avoir observé , chez un petit nombre tl'ouvriers maniant les préparations de plomb, des symptômes nerveux ens des précédens, tels que des palpitations, une atroce céphalalgie , une dyspnée revenant par accès, une petite toux fatigante , semblable à cette toux nerveuse que présentent les hystériques , une sensation à la région précordialc qui, coïncidant avec l'engourdissement des bras, rappelait quelques-uns des caractères assignés à l'angine de poitrine. On peut, il est vrai, supposer que dans les cas dont il s'agit, il n'y avait entre les symptômes observés et l influence du plomb qu'un simple rapport de coïncidence. En attendant que de nouvelles observations aient éclairé celte question, M. Andral se borne à noter que les phénomènes morbides indiqués cédaient au même mode de traitement que la colique de plomb.

La description sy mptomatiqiie de la colique de plomb, telle que nous venons de la tracer , ne permet pas de confondre cette maladie avec l'entérite ou la péritonite, soit aiguës, soit chroniques. Sans entrer, à ce sujet, dans de.s détails que nous interdit la nature de cet ouvrage, nous ferons simplement remarquer que , pour distinguer la colique saturnine des phlegmasics que nous venons d'indiquer, il suffira de faire attention aux circonstances suivantes : Dans la péritonite aiguë, il existe une fièvre plus ou moins vive , la pression de l'abdomen augmente excessivement la douleur, les malades redoutent le moindre mouvement , et le ventre est plutôt tuméfié que rétracté ; tandis que dans la colique de plomb simple, la fièvre manque, la pression abdominale n'est pas en général douloureuse ( quand elle l'est, c'est à un degré bien moins prononcé que dans la péritonite ) , le ventre est ordinairement rétracté , et la plupart des malades, loin de redouter le mouvement, s'agitent sans cesse , comme pour trouver une position qui allège leur souffrance. Sans parler des autres signes différentiels , l'épanchement qui a lieu dans la péritonite chronique ne permettra jamais de la confondre avec la colique de plomb. L'entérite des gros intestins , la seule qui , en raison des coliques qui l'accompagnent, ait quelque rapport avec la colique de plomb, en diffère essentiellement en ce que , soit sous la forme aiguë, soit sous la forme chronique, elle a pour un de ses principaux symptômes des selles fréquentes, liquides; tandis que la constipation est, comme nous l'avons vu, le caractère le plus constant delà colique de plomb.

La colique nerveuse pure et simple est la seule maladie qui , sous le rapport symptomatique , pourrait réellement être confondue avec la colique de plomb; mais la spécificité de la cause productrice de cette dernière suffirait seule pour faire éviter toute erreur de diagnostic.

COLIQUE

h'iin'asion de la colique de plomb est lente , progressive, ou brusque et soudaine. Toutefois ce dernier mode d'invasion est bien plus rare que l'autre; en sorte que, suivant un calcul de M. Mérat, sur cent sujets , on en trouve à peine un chez qui les symptômes de la colique de plomb se développent tout à coup avec violence.

- La durée de la maladie est en quelque sorte indéfinie , quand les malades ne réclament pas les secours de la médecine. Suivant M. Mérat, la colique saturnine peut alors durer plusieurs années, pourvu toutefois qu'elle ne soit pas trèsintense; car autrement, dit c(t auteur, le malade périrait avant le terme indiqué. Si la colique est modérée , et que les malades cessent d'être soumis à l'influence du plomb, elle se dissipe d'elle-même au bout d'un certain temps. Quelle que soit l'intensité de la colique de plomb , elle cède promptemcntàun traitement convenablement dirigé; mais les rechutes sont faciles, lorsque l'individu guéri s'expose de nouveau à l'influence des émanations saturnines.

Lorsque la colique de plomb se pi olonge indéfiuiment , non-seulement on voit survenir les paralysies dont nous avons parlé précédemment, inais aussi un état cachectique général et la fièvre lente (Mérat, Dehaen ). Cette terminaison est heui eusemcnt très-rare , aujourd'hui que presque tous les malades ont recours au traitement approprié , dès qu'ils ressentent les premiers symptômes de la colique de plomb.

§ IL Des dii'evses circonstances au milieu desquelles se développe la colique de plomb. — Ainsi que son nom l'indique, la maladie que nous étudions est due à l'action du plomb sur l'économie animale, soit que ce métal existe à l'état simple , ou qu'il se trouve combiné avec diverses autres substances. Les ouvriers qui manient ce métal ou ses diverses préparations , telles que le massicot, le minium , la litliarge, la céruse , sont particulièrement exposés à la colique de plomb : ces ouvriers sont principalement les plombiers fondeurs, les fabricans de blanc de plomb, les broyeurs de couleurs, les peintres en bâtimons et eu voitures, les potiers d'étain , les vernisseurs , les imprimeurs et les mineurs. Parmi les ouvriers que nous venons de nommer, il en est bien peu qui soient exempts de la colique de plomb , et il en est un grand nombre qui en sont atteints , non pas une seule fois , mais dix , vingt et même trente fois , dans le cours de leur vie ( Chomel ).

L'usage habituel d'une eau ou d'un vin qui conlientlrait en dissolution une certaine quantité de composes de plomb, tels que le carbonate et l'acétate de ce métal, la lithargej etc., peut être suivi de tous les symptômes de la colique de plomb. (On sait d'ailleurs que, prises à trcs-hautes doses, les préparations de plomb déterminent un véritable empoisonnement. ) Parmi les faits qui prouvent Passerlion précédente, on peut citer les suivans : « Bourdelin rap- » portait dans son cours de chimie, dit M. Mérat, qu'il avait observé dans le » faubourg Saint-Germain un grand nombre de coliques provenant de l'usage » de vin qui contenait de la litharge." James raconte avoir traité deux fois une colique saturnine causée par l'acétate de plomb, pris pour arrêter des flueurs blanches. Si la colique de plomb était autrefois si commune à Amsterdam , c'est en partie parce que l'eau que buvaient les habitans de cette ville, avant d'arriver dans les citernes où ils la puisaient , était recueillie sur des plate-formes en plomb exposées à l'air; circonstance favorable à la formation d'une certaine quantité de carbonate de plomb, qui se dissolvait ensuite dans ce liquide.

Ces considérations n'empêchent pas qu'on ne puisse se servir avec avantage des préparations de plomb dans certaines maladies ; mais elles nous apprennent que l'emploi d'un tel médicament exige de la prudence et de la circonspection.

On a beaucoup agité la question de savoir s'il était nécessaire, pour la production de la colique de plomb, que ce métal ou ses composés fussent introduits en substance, d'une manière quelconque , dans l'économie animale. Cette introduction est un fait incontestable dans la plupart des cas de colique de plomb; mais il en est d'autres où il n'en est pas tout à-fait ainsi. Lorsque , par exemple, la maladie se déclare chez des personnes qui n'ont fait que coucher dans des apparlemens nouvellement peints, doit-on admettre que du plomb en nature a pénétré dans l'économie animale? C'est en réfléchissant aux faits de ce dernier genre que M. Mérat a été conduit à «établir qu'il n'est nullement » nécessaire que le plomb pénètre dans notre intérieur pour causer la colique » de ce nom. mais que l'arôme qui est particulier à ce métal suffit pour cela. » Ce médecin croit que, si l'on pouvait dépouiller le plomb de son principe odorant, il deviendrait incapable de produire la colique dont nous traitons. L'opinion de M. Mérat paraîtra un peu hypothétique, si l'on réfléchit que la divisibilité du plomb peut être telle que l'aromc dont parle cet auteur, contienne lui-même des molécules saturnines <jui pénétreraient dans le corps par les voies de la respiration.

^ III. Ri'sullfitsjnurnis par l'inspection cadai^érique. — La colique de plomb, quand elle est simple , n'entraînant point la mort , ce n'est que dans les cas compliqués qu'on a pu faiie des recherches sur l'état des organes des individus atteints de cette maladie. Malheureusement parmi ces recherches , il en est qui seraient'plus propres à nous induire en erreur qu'à nous éclairer sur les altérations anatomiqucs propres à la colique de plomb , Soit que les auteurs de ces recherches les aient mal exposées, soit qu'ils aient considéré comme appartenant à la colique de plomb des lésions anatomiqucs qui étaient le résultat de complications accideniclles. Ce reproche s'adresse surtout aux recherches de Senac , d'Astruc, et de Bordeu lui-même. Dehaen, qui a ouvert plusieurs individus morts pendant le cours d'une coli<[ue métallique , dit avoir vu chez tous une coiistriction du colon , accompagnée , chez un certain nombre seuletiient.d'un • îcridjlable cor.s'rictiou du ccccum. Le; sept obscrv.itions il'ouverturc

616) COLIQUE

de corps de personnes qui avaient été en proie à la colique de plomb , consignées dans l'ouvrage de M. Mérat , fournissent des résultats analogues h ceuxi déjà observés par Dehaen. « Toutes les lésions , dit M. Mérat, se bornent à dcj » simples rétrécissemens des gros intestins, le plus souvent du colon. » Ltj même auteur, qui a eu occasion d'observer chez certains animaux soumis rl l'influence des émanations saturnines, des symptômes analogues à ceux qu'elles produisent chez l'homme, dit qu'ayant ouvert un de ces animaux ( c'était ur chat ) , il ne trouva de notable à l'intérieur qu'une contraction un peu marquét des intestins. M. Anàral {Clinique médic. i^e édit. , tom. 4) rapporte six fait^ qui tendent à prouver que le tube digestif ne présente aucune lésion chez le:* individus attaqués de la colique de plomb. Chez les malades ouverts par ccl observateur, le rétrécissement intestinal-signalé par Dehaen et M. Mérat, n'existait même pas. M. Andral lire de ces faits la conclusion que , dans les cas où l'on rencontrerait une phlegmasie intestinale (et divers auteurs assuren l avoir déjà observée), chez les individus emportés dans le cours d'une coliqw saturnine , on serait en droit de ne regarder cette phlegmasie que comme uns! simple complication. !

Tels sont jusqu'à présent les résultats que nous possédons sur l'étal de organes digestifs des individus atteints de la colique de plomb. Ils sont loii d'être entièrement satisfaisans, et l'on a lieu d'espérer qu'avec le temps ci arrivera à quelque chose de plus complet. > La plupart des personnes qu'on a eu occasion d'ouvrir dans cette maludii' ayant succombé à des accidens nerveux, tels que des convulsions épileptiformes! des paralysies, etc. , il était intéressant de rechercher si les centres nerveu:| offriraient des altérations correspondantes aux lésions fonctionnelles observées Oj-, dans quatre cas de ce genre, M. Andral n'a rencontré aucune altératioi appréciable , soit dans le cerveau , soit dans la moelle épinière , soit dans le cordons nerveux qui en partent.

§ IV. Siège et nature de la colique de plomb. — Il n'est pas facile d'assignérigoureusement le siège et la nature d'une maladie qui , comme la coliqu ' saturnine , n'est encore , selon les observateurs les plus dignes de foi , caraclc risée par aucune altération appréciable et constante des organes abdominau.\' Pour décider une telle question, il faudrait s'en rapporter aux inductions pliy siologiques , et malheureusement les inductions de cette espèce sont sujettes caution, en raison de l'incertituile même de la base sur laquelle elles se fondeni quelquefois. 1° Astruc croit que la colique saturnine a son siège dans la moell tpinière ; les vives el néi'ialgiques douleurs ressenties par les malades seiB blent , en effet, démontrer que c'est dans la portion tle la moelle qui fourn des nerfs aux parois abdominales et à quelques viscères du bas-ventre, ou bic dans ces nerfs eux-mêmes , que la maladie réside essentiellement. Les convu! sions et les paral^'sies qui accompagnent la maladie , quand elle se prolonge! tendent à justifier cette manière de voir. 2° Dehaen place, au contraire , le siég ' de la colique saturnine dans le grand sympathique. Cette opinion est moii 1 vraisemblable que la précédente , puisque jusqu'ici rien ne prouve que le uci| grand sympathique soit un nerf tle sentiment. 3° M. Mérat pense que c'est si:' la membrane musculaire des intestins que le plomb porte son influence dclt, tère, et que très-probablement c'est le système nerveu.x qui se distribue à ccll! membrane qui est seul afi'ecté primitivement. A l'appui de sa doctrine, M. Mér; insiste sur le retrait, la conslriction des intestins. L'hypothèse de ce médcci peut être juste; mais l'argument sur lequel il l'établit n'est rien moins qu, concluant, puisque la constriction des intestins n'est pas constante dans 1' maladie qui nous occupe. 4" Divers auteurs anciens et modernes ont souteii que la colique saturnine avait son siège dans l.i membrane muqueuse inteslinali et en ont rapporté les symptômes a une phlegmasie de cette membrane. Noi I avons fait voir , en traitant îles symptômes de la colique de plomb , qu'ils diffij raient de ceux propres à l'entérite; nous avons vu d'ailleurs que les ouverture cadavériques étaient loin de pouvoir être invoquées , comme on l'a fijil M. Palais , entre autres , à l'appui de l'opinion que nous discutons ; par coiisc quent il est impossible d'admettre que la colique de plomb soit une véritabi phlegmasie intestinale. Nous- ne nions pas néanmoins qu'il n'existe des phcn( mènes d'irritation dans cette malailie ; mais il nous parait évident que ces ph(' nouièues se rattachent h une irritation piiremenl nerveuse. Ajoutons au^^i que si certains phénomènes de la colique de plomb , et spécialement les doidcurs' paraissent attester l'existence d'un état irritatif, il n'en est pas de même d' quelques autres , delà constipation en particulier. Frappé surtout de la prc' seiice de ces derniers symptômes, M. Mérat présume que, dans la coliqu' métallique, le tube intestinal est comme paralysé. On verra dans le p^issag suivant de la Clinique médicale , par lequel nous terminerons ce paragraphe que M. Andral a émis une conjecture qui se rapproche de celle de IM. Mcrat « La colique de plomb , se demande M. Andral , est-elle le résultat d'un » inflammation gastro-intestinale ? Nous pouvons répondre négativement » cette question. Ce serait, en effet, une singulière gastro-entérite que ccl » dont l'ouverture des cadavres ne montrerait aucune trace; qui. assez inlcn: » pour produire les plus atroces douleurs, n'éveillerait jamais la fièvre, et q: » serait toujours sûrement guérie par les médicamens les plus éminemmei ' i> propres à exaspérer cette gastro- entérite , si elle existait réellement. S'ile » un Jait dont nous sommes convaincus en médecine , c'est que la colique i

» plomb n'est point une inflimmalion La colique de plomb est pour iioi

11 une névrose , dans laquelle paraissent être particulièrement lésés le proloi, » gement l achidien et les plexus abdominaux du grand sympathique. La consi » pation semble dépcndr<; , ou de ianéaulisienienl du mouvement conlracl .« des intestins, ou de la snspe/ision de sécrétion du mucus intestinal. ( Cli/r'q. piédic . V édit., (om. 4, pag. 5t(i. ) i

COLIQUE

§ V. Pronostic. — Qiiand les émanations saturnines se bornent à détei'mincr jurement et simplement la colique qui porte le même nom , les malades ne curent aucun danger, et leur prompte guérison est assurée si l'on a recours u traitetiient convenable. Mais ces émanations produisent quelquefois des hénomènes nerveux qui , malgré l'emploi d'un traitement approprié , entraîlent la perte des malades. Il faudrait bien se garder de considérer comme le ésultat de la colique métallique, la mort qui survient chez des individus iffectcs à la fois et de cette maladie, et d'une antre que sa nature ou ses prorès rendent nécessairement mortelle. M. Mérat assure que , pendant douze innées , il n'est aucun des malades traités à l'hôpital de la Charité, pour une clique saturnine simple , qui n'ait élé guéri. Voici d'ailleurs quelques autres Icnnées sur le rapport de la mortalité et des guérisons dans tous les cas de Iclique de plomb indistinctement , c'est-à-dire , soit simple , soit compliquée , [oit accompagnée d'accidens nerveux produits comme elle par les émanations aturnines. Dubois dit que dans douze cents coliques de plomb traitées par lui ku le docteur Burette à la Charité , durant l'espace de vingt-trois ans , vingt Labdes seulement ont succombé , c'est-à-dire un sur soixante. Sur mille sept ent cinquante-cinq malades traités par Gardanne, dans l'espace de douze ans, 1 en a perdu soixante-quatre , ou environ un sur vingt-huit. Sur cinquante-sept lialades entrés à la Charité en 1811 , M. Mérat dit qu'il en mourut cinq , c'est- 1-dire un peu moins d'un dixième , mortalité qui serajt effrayante , si elle ne expliquait par la gravité des complications qu'un funeste hasard avait réunies hez les individus qui succombèrent. Sur cinquante sept malades traités par le lecteur Doasan , un seul succomba. Enfin , d'après M. Andral, sur plus de cinq ents individus qui, depuis huit ans, ont été traités do la colique de plomb dans e service de M. Lerminier, à la Charité, cinq seulement ont succombé, ce [uifait moins d'un mort sur cent malades. En faisant l'addition générale des cas iidiqucs ci dessus, nous voyons que sur trois mille cinq cent soixante-neuf naïades, la mort n'en a frappé que quatre-vingt-quinze : donc la mortalité a té un peu moins d'un sur trente. Qu'on ne perde pas de vue, nous le répéns, que cette mortalité est due aux complicalions , ou bien à l'explosion i'accidens nerveux autres que ceux qui s'observent le jjIus ordinairement chez ps individus atteints de la colique de plorajj. ,

§ VI. Traitement. — Plusieurs modes de traitement ont élé employés contre n colique de plomb. Nous allons les exposer successivement, le plus brièvement u'il nous sera possible , en commençant par celui qui est encore , à ce qu'il pa- •ait,lcpJus généralement adopté et qui porte le nom <\e. Irailemeiit de la Charité .

[" Ti aitvnicnt dit de la Charité. Nous allons rapporter ici les différens lémens dont se compose ce traitement, en indiquant scrupuleusement l'ordre lans lequel ils sont mis eu œuvre , et l'époque à laquelle chacun d'eux est dminisiré.

Le jour d'entrée du malade à l'hôpital , ou le lendemain , à la visite du mélecin, on ordonne le lavement purgatif des peintres {enema piclorum purgans) lent voici la formule :

Prenez : feuilles de séné 3 i^-

Faites bouillir dans une livre d'eau : et ajoutez à la décoction :

M sulfate de soude 3 i^-

M vin émétique § iv.

S Dans la journée, on tlonne l'eau de casse avec les grains [ai/ua cassiœ cum rranis) dont la recette est celle-ci :

Prenez : eau de casse simple ft 'j-

sel d'epsora § j .

émétique gr. iij.

Quelquefois on ajoute, si la maladie est forte :

sirop de nei prun § j.

ou confection hamech 3 'j-

Le soir à cinq heures, on fait prendre un lavement anodin {enema pictoruni nodjnuin) , préparé de la manière suivante :

Prenez : huile de noix § vj.

vin rouge § xij.

A huit heures, on donne un gros et demi de théiiaque , dans la(juelle on ncorpore oï dinairement un grain et demi d'opium , ou seulement un gros de Uériaque et un grain d'opium.

Le deuxième jour du traitement, on prescrit, le matin, l'eau dite bénite aqua benedicla) , ainsi composée :

Prenez : tartre stibié gr. ^'j.

eau tiède § viij.

A prendre en deux fois à une heure de distance.

Quand les voraissemens ont eu lieu , le malade , pendant le reste du jour, ;st rais à l'usage de la boisson suivante (tisana sudorifera) :

Prenez : gayac

squine

salsepareille

Faites bouillir pendant une heure

dans eau commune îfe ''j-

Réduisez à deux, et ajoutez :

sassafras § j.

réglisse 5 i'*'-

Faites bouillir , légèrement, et passez.

Le soir à cinq heures , le lavement anodin ; et à huit heures , la théria- Jiie avec l'opium , comme le premier jour.

Le troisième jour , on administre la tisane sudorifique laxafivG {tisni2a suiorifera laxans) qui suit :

DICT. DK MlÎDEClSE ET DE ClIIRl!r.CIE PRATIQUES.

aa g j.

) COLIQUE

Prenez : tisane sudorifique simple ft

séné 5 j.

Faites un peu bouillir et passez.

A prendre en quatre fois dans la matinée. '

Dans la journée , la tisane sudorifique simple ; le soir à quatre heures , le la. vement purgatif des peintres , et deux heures plus tard le lavement anodin; enfin , à huit heures , la thériaque avec l'opiimi ( theriaca cum opio).

Le quatrième jour , vient le purgatif des peinties (purgans piclorum) , dont voici la formule :

Prenez .• infusion de séné o ^j-

( Elle se fait avec deux gros de séné , qu'on fait bouillir dans huit onces d'eau, jusqu'à réduction à six onces.)

sel de Glaubert § £.

jalap en poudre 3 j-

sirop de nerprun § j.

On favorise l'action du purgatif par l'usage de la tisane sudorifique; à cinq et à huit heures du soir, on se comporte comme le premier et le seconil jour.

Le cinquième jour , la tisane sudorifique laxative ; le soir à quatre heures, le lavement purgatif; à six, le lavemi-nt anodin, et à huit, la thériaque avec rojiium.

Le sixième jour, on revient au purgatif des peintres , et comme le quatrième jour , on donne la tisane sudorifique simple , le lavement anodin et la thériaque avec l'opium.

Ordinairement les malades sont guéris après la seconde médecine. S'il en était autrement, c'est-à-dire si les coliques subsistaient encore, on réitère le purgatif une , deux ou trois fois de plus en observant, d'ailleurs , la même conduite que les quatrième et sixième jours; dans les jours intercalaires , on se comportera comme les troisième et cinquième jours.

Nota. Il est (les circonstances , rares à la vérité, où les purgatifs ne déterminent d'évacuations ni par le haut ni par le bas : dans ces cas on emploie les bols pui-gatifs des peintres [boli purgantcs piclorum) , dont voici la recette :

Prenez : diagrède ) aa " ■ y

résine de jalap j ' o • • •

gomnie-gutlc gr. xij.

confection Hamech gr. 5 ii-

En quantité sufiisante de sirop de nerprun pour faire du tout douze bols, ( on en prendra un de deux en deux heures).

Plutôt que d'accumuler ainsi drastiques sur drastiques , si des évacuations ne s'opéraient pas , Desbois de Rochefort employait, avec raison, les purgatifs doux et les huileux.

Enfin quelquefois les médecins qui suivent le traitement de la Charité, se ci-oient obligés de revenir à plusieurs fois au vomitif, et de doubler ou même de tripler la dose d'émétique. ( Desbois de Rochefort en a donné jusqu'à dixhuit grains en une seule fois, sans accidens. )

Chez les enfans , chez les personnes faibles et chez les femmes , on fractionne le traitement que nous venons de faire connaître. Il imporle surtout d'en agir ainsi pour le vomitif et le purgatif, dont on ne donnera qu'une demi-dose , ou deux tiers de dose au plus.

Tel est ce fameux traitement de la Charité, dont on rougirait presque, à l époque de simplicité thérapeutique où nous vivons , de transcrire scrupuleusement les nombreuses et barbares formules , s'il ne comptait en sa faveur îles milliers de succès , et s'il n'était recommandé par des médecins de la plus haute autorité. Toutefois, depuis plusieurs années déjà, des praticiens distingués, parmi lesquels se trouve M. le professeur Fouquier, ont pensé qu'il n'était pas nécessaire de suivre à la lettre, et pour ainsi dire servilement, le traitement dit de la Charité. Une des modifications que lui a fait subir le professeur que nous venons de nommer, consiste dans la diminution de la quantité des purgatifs et dos vomitifs , et dans l'emploi de la saignée , lorsqu'il existe des signes de pléthore, ou des symptômes franchement inflammatoires. M. Mérat, l'un des plus ardens partisans du traitement de la Charité , et qui le décore du titre pompeux de spécifique , M. Mérat convient lui-même qu'il est des cas où l'on est obligé d'y renoncer. C'est ce qui lui arriva chez un nii^lade qui vomissait même les tisanes qui font partie de ce traitement. L'émétique en lavage passait seul. M. Mérat fut donc réduit à l'usage de cet unique moj'en. La guérison n'en fut pas moins complète au bout de huit jours , (environ 80 grains d'émétique furent administrés dans cet intervalle , tant en boissons qu'en lavemens ). <.< Pcut- )i être, dit M. Mérat, pourrait-on essayer si cette méthode ne réussirait pas « dans toutes les coliques métalliques; auquel cas on pourrait substituer » ce traitement à l'autre, qui est on ne peut plus dégoûtant à prendre.»

Pendant le traitement de la Charité, on doit prescrire une diète sévère pendant les deux ou trois premiers jours. On commence à donner des bouillons le quatrième ou le cinquième. On augmente ensuite graduellement les alimeiis. On ne se pressera pas de donner du vin , et lorsqu'on en donnera, dit M. Mérat, il faudra qu'il soit vieux et bon, puisque certains mauvais vins sont au nombre des causes produrlrices de la colique saturnine.

2° Méthode antiphlogistique. Cette méthode remonte à une époque fort éloignée. Henckel parait en avoir jeté les premiers fondemens. Toutefois c'est à Dehaën qu'il appartient d'en avoir le premier signalé avec détail les avantages , dans une brochure imprimée à la Haye, en 1745, époque à laquelle le traitement dit de la Charité n'était pas encore généralement répandu , surtout chez les étrangers. En 1751 , dans une thèse consacrée r la colique de plomb, et plus tard dans l'ouvrage intitulé Ratio mcdendi , cet illustre praticien s'éleva

COLÎQUE.

contre la méthode de la Charité : poiest hœc mcthodus , dit-il , muilos levars , at vero à relapsu non presen'are. Il faut convenir que le reproche de ne pas préserver de rechute, adressé par Dehaën au traitement de la Charité, n'est rien moins que fondé (s'il survient des rechutes après ce traitement , comme après toute autre méthode , c'est que les individus guéris s'exposent de nouveau à l'influence des émanations saturnines). Un jour devait venir où les partisans victorieux du traitement de la Charité rétorqueraient en quelque sorte contre la méthode de Dehaën , retirée du long oubli auquel elle fut condamnée, le reproche que ce grand médecin avait adressé le premier h leur propre mélhode. Quoi qu'il en soit, Hoffmann, Asîruc, Tronchin, Tissot et Bordeu se constituèrent aussi les défenseurs de la mélhode antiphlogistique.

De nos jours, M. Renauldin , médecin de l'hôpital Beaujon, a expérimenté pour ainsi dire en grand le traitement antiphlogistique , et les faits publiés par MM. Thomas , Palais , de Routteville et Piquenot, ne permettent plus d'en révoquer en doute l'efficacité. Le traitement employé par M. Renauldin est fort simple : 1° On pratique une ou plusieurs applications de sangsues sur l'abdomen ; 2» on prescrit l'usage des boissons adoucissantes, délayantes, et des lavemens émoUiens, ou légèrement laxatifs ; 3° on peut faire prendre aux malades quelques bains tièdes ; 4° on les soumet pendant quelques jours au régime des phlegmasies aiguës.

3» Traitement par L'alun (sulfate d'alumine et dépotasse). — Depuis plusieurs années , M.Kapeler, médecin de l'iiopilai Saint-Antoine, combat avec les plus heureux succès la colique de plomb , par l'emploi de l'alun , à la dose d'un ou deux gros dans une [)otion gomraeuse. Ou réitère cette dose quand le mal ne se dissipe pas après la ])remière. Les autres moyens mis en usage par le praticien distingué dont nous venons de parler, sont tles lavemens, soit simpdement émoUiens , soit huileux, que l'on répète fréquemment, quelquefois toutes les demi-heures. Tel est, suivant M. Monlanceix , l'efïicacitë de ce mode de traitement, qu'il propose de lui donner le nom de ircdicment de L'Jiopilal Saint- Antoine j comme on a donné le nom de Vaitement de la Charité à ecdui par l'exposilion duquel nous avons commencé ce paragrajihe.

4o Méthode de M. Ranque , médecin en chef de l'Hôtel-Dieu d'Orléans. Les MOj'cns dont celte méthode se compose, sont les suivans :

1" On recouvre le ventre d'un épilhème dont voici la composition :

Prenez : diachilon gommé. 'o Si-

lliériaque 3 i5-

masse emplâtre ciguë. . - g ij.

camphre en poudre 3 ]•

soufre en poudre 3 J3-

Faites un amalgame du tout à un feu très-doux, clendcz sur une peau de la gr andeur de l'abdouien; unissez la surface et saupoudrez avec

camphre )

tartre stibié f ^

fleurs de souffre • ■ o S-

Mélangez les poudres ci-tlessus avant d'en saupoudi er l'épithèrae.

M. Uanque donne iî cet épithème le nom à'ahdominal,

. 2° Appliquez sur les lombes , de manière à recouvrir cette région depuis l'av.nit-dernière vertèbre dorsale jusqu'au sacrum , l'épithème suivant ( épithème lombaire ) :

Prenez : masse emplâtre ciguë deux tiers.

diachilon gommé un tiers.

(M. Ranque ne précise pas autrement les quantités de ces deux ingrédieiis. ) Taites liquéfier à un feu doux,

camphre et- souffre aa 5 j-

3». On prescrit le liniment antinévralgique dont voici la formule ; /■■/•e/ze: : eau distillée de laurier-cerise . . § ij.

éther sulfurique o ]■ '

extrait de belladone 9 'j

Employez pour chaque friction environ deux cuillerées à bouche (moitié si les sujets sont jeunes).

4°. Faites prendre le lavement antinévralsique suivant : Prenez : teinture cthérée de feuilles de belladone, goutt. xx.

huile d'olives ou d'amandes douces. ... 5 i^' ]\Ièlez et donnez à froid.

5". Prescrivez des boissons adoucissantes (eau d'orge coupée avec îe lait , petit-lait ou autres analogues).

L'épithème abdominal sera retiré du moment où les malades se plaindront de l'apparition de pustules. On le remplacera par un nouveau , si les coliques ne sont point calmées dans les de'ux premiers jours.

L'épithème lombaire peut être laissé cinq ou six jours sans inconvénient.

M. Ranque a fait connaître cette méthode dans un mémoire qu'il a communiqué à riiislitul , et qui a été publié dans le tome 7 des Archii'os de Médecine. 11 est dit dans ce mémoire que plus de trois cents observations déposent en faveur de l efficacité de la méthode de M. Ranque.

S". Trailemenl. par les laxatif s et les purgatif s doux , a Iminislrés surtout sous la forme de lauemens.

Dans un mémoire récemment publié sur le traitement de la colique saturnine, M. llipp. Fournier, interne des hôpitaux , s'est proposé de faire connaître les succès qu'obtient h l'hôpital Saint-Antoine, entre les mains de M. Rayer, médecin de cet hôpital, un mode de traitement que l'on peut considérer comme le traitement de la charité , réduit je ne dirai pas à sa plus simple expression , mais à ses élémens les plus innocens. Ce mode de traitement consiste essentiel lement dans l'emploi de laxatifs et de purgatifs doux , administrés surtout sous

sir"

la forme de lavemens. Il su/fit , dit M. Fournier , dans l'immense majorité (K cas, pour guérir la colique saturnine, d'une manière aussi prompte et aus! sûre que toutes les autres méthodes. Cet auteur va même jusqu'à soutenir que dans toutes ces méthodes , le seul élément vraiment efficace , celui qui est d'ai leurs commun à toutes , c'est, pour nous servir de son expression, l'élémer déconstipant. S'il n'est pas tout-à-fait d'accord avec les partisans actuels d la mélhode antiphlogistique, en ce qui concerne l'emploi des sangsues ( il pen; qu'on doit s'en abstenir dans le plus grand nombre de cas), M. Hipp. Fournie réunit du moins ses etTorts aux leurs pour " proscrire du traitement de la ce « lique de plomb, soit comme inutiles, soit comme fatiguans, soit même comn; « susceptibles de devenir dangereux, et les vomitifs elles purgatifs drastiques i >i les stimulans de toute espèce qui composent le traitement trop fameux de » Charité. » [Journal hchdomiid'iire de médecine j n" 82, avril 1830.)

Les faits rapportés par M. Fournier ne sont pas assez nombreux encore poi | démontrer qu'etTeclivement la mélhode qu'il propose satisfait pleinement à tout' i|itl(W les indications qui se pi ésentent dans la colique de plomb ; mais son trava nous parait très-propre à faire sentir la nécessité de simplifier le traitement d de la Charité.

6°. Traitement fondé sur les lois de l'ajjlinlé chimique. Ce traitement, q appartient à MM. Chevalier et Rayer , a pour but de neutraliser l'action vén neuse des oxides de plomb, en opérant, jiar la combinaison de l'acide hydro-st furique avec cette substance un sulfure de plomb qui , comme on le sait, est i. soluble et absolument sans effet sur les animaux. On emploie dans cette intet piu

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sion les eaux sidfLireuses , en même temps que l'on combat la constipation p des laxatifs , qu'on calme les douleurs par des narcotiques. On sent que ce tra tement doit être d'autant plus efficace qu'il est plus promptement appliqué, c'est dire , avant que l'absorption du plomb ait donné lieu aux symptômes d'empo sonneinenl qui constituent la maladie.

Nous venons de parcourir les principales méthodes curalives de la coliqii saturnine employées en France. Nous ne croyons pas devoir parler Ion ment de celles usitées dans les autres pays. A l'hôpital de Dublin, on appl que sur le ventre des malades dés compresses imbibées dans une déeoctioa c tabac. M. le docteur Graves, qui a fait connaître cette méthode qu'il recon mande, conseille en outre d'employer les cathartiques , et spécialement d jiilules préparées avec l'huile de croton liglium (il y a plusieurs années qi M. Fouquier substitue, dans certains cas , ce purgatif à celui qui fait part du traitement dit de la Charité). Eu Prusse et en Autriche , on suit une mi thode qui n'est qu'un modification de celle de la Charité (purgatifs, sudorit ques, narcotiques à haute dose).

Si l'on jette maintenant un coup d'œil sur les succès des nombreuses méth( ifjj'ijj des qui viennent tl'ètre indiquées , et si l'on réfléchit de plus que dans tous h cas où la colique de plomb est modérée , les malades guérissent sans l'iiifluene d'aucun traitement, pourvu qu'ils cessent d'être exposés à l'action du jilomL on verra c[u'il est bien peu de maladies contre lesquelles nous possédions ai tant de ressoui'ces. La facilité avec laquelle nous triomphons de cette affeclic doit nous consoler de ne pas posséder encore des idées plus précises sur sa Vi ritable nature.

Si l'on nous demande quel est entre tous les modes de traitement préconisi contre la colique de plomb, celui qu'il convient de préférer, nous rcpondror qu'on ne peut encore résoudre cette question , d'une manière pleinement sali faisante. On n'y parviendra qu'après un examen comparatif des résultats cl tenus par l'application de chaque procédé thérapeutique à de grandes masse d'individus. En attendant , nous ne voyons pas cju'il soit prudent de renonce j(i,s{| entièrement au traitement dit de la Charité, pour la méthode antiphlogistiqu pure et simple ; mais nous pensons qu'il n'est pas nécessaire , au moins dans 1 plupart des cas, d'emiiloyer le traitement de la Charité dans toute sa rigueui Voici d'ailleurs, relativement à la question que nous agitons, les conclusion que îil. Andral a cru devoir déduire de cinq cents observations à peu prèï recueillies dans les salles de M. Lerminier.

« lo. Les coliques saturnines , traitées par les émissions sanguines et les boi » sons émoliientes , ont en général une durée beaucoup plus longue que le, » coliques traitées par la méthode dite de la Charité. 2". Beaucoup de coliquei n qui ont résisté au traitement antipdilogistique , cèdent promptement au traii » tement de la Charité. 3". Nous n'avons jamjis vu échouer ce dernier traite « ment; quelquefois seulement, il faut recommencer jusqu'à deux et trois fou Il de suite pour que la guérison soit complète. 4°. Dirigé avec prudence et ad' n ministré en temps opportun , il ne nous a jamais paru déterminer aucune es » pèce d'accident. »

Il n'est pas besoin de dire que dans les cas où la colique saturnine est com pliquée, il faut , soit avant, soit après le trailement de la colique , couibaltr( la complication par des moyens appropriés. S'il existait une phlegmasie aigui de l'un des principaux viscères , par exemple, et spécialement du tube digestif rien ne saurait dispenser de traiter cette phlegmasie, avant de songer à guérii la colique saturnine.

Voici quelques considérations sur la manière dont on doit procéder au trai tement des accidens nerveux qui accompagnent parfois la colique de plomb JMusieurs auteurs , tels que MJl. Mérat, Andral, etc., assurent que ces acciden se dissipent , dans certains cas, pendant l'administration du traite uent de l^i colique. Cependant la paralysie ne disparaît , en général, qu'autant qu'elle esl encore récente et incomplète. S'il en est autrement, elle résiste, et dès lor" il faut recourir aux médicamens qui jouissent de la propriété d'exciter la contraction musculaire. Ces médicamens seront indiqués à l'article Paralysie Nous croyons cependant devoir mentionner ici les résultats obtenus par MM. An

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COLIQUE

COLITE

ral etLerminier dcTemploi dclastryclinine et tle la brucinCj dans quelques cas e paralysie survenue sous l inlluence des ciiianatious saturnines. Sur neuf indiidus atteints de cette paralysie, chez lesquels les alcalis indiqués furent adminis- ■ésjsix obtinrent uncgnérison complète on du moins un noiable soulagement. I. Andral ajoute qu'il pourrait citer tl'antres cas de paralysie du même genre, ui cédèrent à l'extrait alcoholiquc de noix vomiqtic, et l'on sait que c'est de a noix vomique que l'on retire la strychnine. (Pour le mode d'administration e ces deux alcalis , voj-ez les articles qui leur sont consacrés dans ce Dictionfaire.)

I Nous ne terminerons point ce paragraphe sans dire quelques mots du iraicment prophylactique. On peut affirmer à la rigueur que l'unique moyen de ; garantir, d'une manière ceitaine, de la colique de plomb . c'est de ne point

exposer h l'action déiclère de ce métal et de ses composés. Néanmoins il est, ourles ouvriers occupés à manier le plomb, certaines précautions qui , si elle ne PS préservent pas entièrement de la colique, rendent du moins le développelent de cette maladie plus difficile. Au premier rang des moyens prophylactiues il faut placer la propreté. Les ouviiers devraient se laver tous les jours lusieurs fois les mains et le visage , se rincer la bouche et les narines , et se iaigner de temps en temps , il convient aussi qu'ils changent de vclemens le llus souvent que leurs moyens le leur permettent. Les fabriques où ils travail- L'iit devront être disposées de manière qu'ils soient le moins possible exposés

respirer les émanations saturnines. Il est bon de passer les jours de repos à 1 campagne, où l'on respire un air bien plus pur qu'à la ville. M. Mérat a vu 'es ouvriers qui ressentaient déjà les premières atteintes de la colique saturiiie, eu être délivrés pour avôir passe quelques jours à la campagne. L'usage Libituel des lavemens simples est aussi une pratique salutaire. Henckel et Hoff lann conseillent aux ouvriers de boire de l'eau-de-vie et de fumer la pipe, fais si l'usage du ))rcuiier de ces moyens peut avoir quelque avantage, son bus serait encore bien plus nuisible.

Quelque simples que soient les jirécautions précédentes , il est peu d'ouvriers ui s'y assujettissent , et c'est peut-être là une des raisons de la facilité avec la iiellc la maladie récidive après avoir été guérie par l'emploi d'un traitement onvenable.

B. CoLTQi E DE CUIVRE. — L'ètudc détaillée que nous venons de faire de la coque saturnine, nous dispense de nous étendre longuement sur la colique de iiivre, puisque celle-ci , de l'aveu de tous les auteurs qui s'en sont occupés, e diffère de l'autre qu'en ce qu'elle est accompagnée ordinairement de dévoie" lent , tandis que la constipation est un des symptômes essentiels de la colique e plomb. Los registres de la Charité , dit M. Méi at , font-mcnlion d'un grand Dmbre d'ouvriers qui ne travaillant absolument que sur le cuivre , ont conaclé une colique semblable par ses symptômes à celle de plomb , et cédant 3mme elle au traitement dit de la Charité. Ce fait était déjà connu de Henckel l de Desijois de Rochcfort : c'est à tort qu'il a été nié par Bordeu. Dubois raporte que la coliq^ue métallique sévit souvent sur les habitans de Ville-Dieu- ■s-Poë!es , endroit où I on travaille beaucoup le cuivre , et où l'on mctnge , livant l'énergique expression de Dubois , du pain de cuit're.

S'il est vrai que la diarrhée soit un symptôme à peu près constant de la coque de cuivre, il semble cju'il ne faudrait pas appliquer au traitement de ette maladie la méthode purgative usitée dans les cas de colique de plomb- .a méthode adoucissante et sédative serait peut-être celle qu'on devrait prcfé- ;r. La colique cuivreuse attaque parti culièrement les lapidaires , les monteurs a cuivre, les serruriers et les chaudronniers ; M. Chomel dit qu'on l'a égaleicnt observée chez les personnes qui avaient mangé des alimens conservés dans es vases de cuivre mal élamés. Dans ce dernier cas, elle constitue à propreicnt parler un empoisonnement. ( Fojez Cuivre , Toxicologie.)

Article deuxième. De la colique ■uégdtnlc.

Si nous consacrons ici un article à la colique végétale , c'est moins pour la écrire en détail , c{ue pour prouver que l'histoire de cette maladie ne saurait Ire séparée de celle des irritations gastro-intestinales proprement dites. l'ojez Colite, CnoLEnA-iioRDus , Dtsenteeie), En effet, si l'on étuilie attentitmcnt ce que les auteurs ont écrit sur les causes ,les symptômes et même le trai- ;ment de la colique 7>égétale , on ne tarde p.as à se convaincre que , sous tous es rap[)orts, la maladie dont il s'agit ne diffère pas essentiellement de la dyînterie ou de la colite. Malheureusement les auteurs ne nous ont rien laissé irles caractères anatomiques de la colique végétale. Il nous paraît indubitable lie les ouvertures des corps déposeraient en faveur de l'opinion que nous venons d'émettre.

La colifjue végétale était anciennement connue sous le nom de colique de 'ûitou ( colicu Piclonum , colique des Poitevins) . nom qui lui fut donné par )itois , médecin de Louis XIII et du cardinal de Riciielieu. Huxham , qui avait bservé ce genre de colique dans le Devonshire, comme Citois en Poitou, appelle coliq ue, de Devonshire. Luzuriaga, marchant surles traces de ces deux jédecins, lui donna le nom de colique de Madi id , parce qu'il eut occasion île 1 voir régner dans cette capitale de l'Espagne. Mais cette maladie ne sévit oint exclusivement dans les endroits dont elle porte le nom , et , comme la dy- (enterie, elle éclate dansions ceux où se trouvent réunies des causes pro|)res à rriter le tube intestinal , et l'on peut dire qu'elle est moins endémique qu'épiémique. L'usage des fruits acerbes pris en grande quantité , de certaines boisons fermentées de mauvaise qualité, telles que le cidre aigri, les vins auslèes ; l'influence du froid humide succédant à une forte chaleur , ce sont là , en (fet , les principales causes de la colique végétale. L'influence des boissons de iiaavaise qualité , par exemple, est on ne peut pas plus évidente dans les cas uivans. Bonté , qui a vu la colique dite végétale ravager Coutances en Nor-

mandie , et qui en a tracé une description fort étendue , assure que les pei sonnes qui ne buvaient jamais de cidre , mais de bon vin , échappaient à la mala- . die, de même que ceux dont l'eau était l'unique boisson. Charles Pison parle aussi d'un couvent où il n'y avait que les novices qui n'avaient pas la colique , parce qu'ils ne buvaient pas , dit-il , autant que les moines.

Des nausées , des vomissemens , des selles nombreuses . glaireuses, souvent un ténesme des plus douloureux après les premières évacuations, tels étaient avec les coliques, les symptômes locaux les plus constans.

N'esl-il pas évident , d'après ces courtes données , que, comme il a été dit plus haut, la colique végétale n'est réellement qu'une espèce tle dysenterie; et que par conséquent en traiter ici , ce serait s'exposer à répéter tout ce qui sera dit à l'article consacré à cette dernière maladie , ou bien à l'article Colite, qui suit immédiatement celui-ci? C'est pour ne point tomber dans de semblables répétitions que nous nous bornerons aux considérations précédentes sur la colique dite végétale.

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Nota. La collection des thèses de la facullé de médecine de Paris, contient plusieurs dissertations sur la colique de plomb : consultez , entre autres , celles de MM. Thomas ,Mirande, de Boulleville, Piquenol.

( J. Bouillaud. )

COLITE, s. {.,coli/is, inflammation de l'intestin colon. Cette maladie se trouve désignée dans les auteurs , sous le nom de lorminrt, rhur/iatisnius intestinorum cuni ulcère , /luxas cruentus cwn tenesmo ,Jluxus djsentericus ,Jlunten dj senicricum , dfsenleria 'Ijsenteric. Nous préférons le mot colile comme exprimant mieux la nature et le siège de la maladie , et convenant à toutes ses formes et à tous ses degrés , depuis la diarrhée la plus simple jusqu'à la dysenterie la plus intense ; tandis que celui de dysenterie plus généralement employé, ne s'applique qu'à la colite aigué accompagnée de douleurs vives et d'excrétions sanguinolentes , et à la colite chronique purulente. Par colite cependant, nous n'enlendrons pas seulement l'inflammation du colon, mais bien celle de tout le gros intestin depuis le crecum inclusivement jusques et y compris le rectum. Au reste , nous nous servirons fréquemment encore du met dysenterie, consacré par un long usage.

La nature et le siège de la dysenterie ont été entrevus par les médecins de la plus haute antiquité. Déjà Hippocrate disait qu'elle était produite par l'ulcération des intestins, avec une érosion des vaisseaux sanguins, d'où naissait le flux de sang qui l'accompagne ordinairement; el l'on trouve la même opinion

COLITE

COLITE

émise dans les écrits d'Archigène, d'Arétée de Cappadoce , de Galieii, d'Alexandre de ïralles , etc. Panaroli paraît être le premier qui ait avancé que chez les dysentériques ,les ulcérations ne se rencontraient que dans le gros intestin et principalement dans le colon. Morgagni prouva ensuite qu"il n'était jias besoin que les intestins fussent ulcérés ni les vaisseaux sanguins rompus ou érodés , pour qu'il y eût flux de sang dans la dysenterie, et fit voir que l'effusion du sang s'opère dans cette maladie par le même mécanisme que dans les liémorrhagies nasales. Enfin, Pinel rapporta cette maladie à sa véritable cause , en la classant parmi les inflammations de la membrane muqueuse du gros intestin. Dès ce moment se trouva jugée la question si longtemps débattue desavoir s'il y avait ou s'il n'y avait pas toujours des ulcérations intestinales dans la dysenterie , et la distinction de la dysenterie en rouge ou sanguinolente, et en blanche ou purulente, muqueuse ou séreuse, admise par la jjlupart des auteurs , perdit immédiatement toute importance. Comme toutes les inflammations des membranes muqueuses , de la peau , et de la plupart des tissus, tantôt elle produit l'ulcération, et tantôt elle n'en est pas suivie, elle est aiguë ou cliionique, continue ou intermittente, sporadiquc ou épidémique.

Causes. La colite attaque indistinctement les individus de tout âge, des deux sexes , et quel que soit leur tempéramment. On a remarqué cependant qu'elle sévissait en général d'avantage sur les hommes que sur les femmes, et, dans les armées, sur les nouvelles recrues plus que sur les vieux soldats. Mais cela titnt évidemment pour le premier cas , à ce que les hommes sontbeaucoup plus 1 xposés que les femmes à l'influence des causes qui font naître et éclater la maladie; et, pour le second cas , à ce que les \icux soldats ont coniraclé l'haliitude de la vie des camps , et résistent par conséquent mieux que les conscrits à toutes les vicissitudes inséparables de ce genre de vie.

On voit se manifester la dysenterie dans toutes les saisons de l'année; mais clic est beaucoup plus commune vers la fin de l'été et pendant l'aulonme , surtout lorsque la teuipérature est chaude et humide, et lorsque des nuits trèsfioides succèdent à des journées brûlantes. Aussi est-ce presque exclusivement dans cette saison qu'elle règne épidémiqucment ; aux autres époques de l'année, elle ne se montre presque jamais que d'une manière sporadique. Par la même raison, c'est dans les pays chauds surtout , dans les contrées où les conditions de chaleur intense et d'humidité, de froid vif des nuits et de chaleur hrûlante des jours, se trouvent réunies au plus haut degré , que la dysenterie est plus grave et plus meurtrière. Malheur à l'Européen c|ui , dans les contrées équaloriales, se laisse surprendre le soir par le serein ou passe quelques nuits sans abri ; rarement il échappe à la colite , et pour lui cette maladie est presque toujours funesle. C'est elle qui tue la plupart de ces intrépides voyageurs qui essaient de pénétrer dans l'intérieur des terres en Afrique. Les indigènes euxmêmes n'en sont pas a l'abri : seulement, comme on le pense bien , la maladie est beaucoup moins grave chez eux que chez les étrangers. En Egypte, dans les lieux bas et humilies , elle est endémique et dure toute l'année.

La chaleur seule, lorsqu'elle est excessive , fait quelquefois naître la dysenterie; l'épidémie qui désola l'Allemagne eu 1583 , et dont Caraerarius nous a transmis l'histoire , survint après un été extrêmement chaud et sec. L'humidité .seule peut aussi produire celte maladie. On sait que les saisons très-pluvieuses fomentent presque toujours des dysenteries pour la saison qui suit. Celle observation , qu'il est facile de vérifier souvent , n'est pas nouvelle , car llippocrate l'avait déjà faite ; elle est d'ailleurs confirmée par l'histoire de la plupart des épidémies de dysenterie. Ce que produit l'humidité prolongée de l'air, une simple averse , une nuit passée en plein air et à la pluie , quelques heures de station et dans l'immobilité sur un sol humide , l'immersion d'une partie du corps dans l'eau, en traversant une rivière à gué par exemple, lorsque l'on est en sueur, et surtout pendant la digestion , suffisent souvent aussi pour la produire. J'ai vu de nombreux exemples de ct^lites, peu intenses, il est vrai , développées sous l'influence de toutes ces causes. Pringle rapporte qu'à la bataille de Dettingue , l'armée anglaise ayant été exposée à une pluie abondante, elles soldats 33^3111 conservé sur eux , pendant toute la nuit, leurs vétemens mouillés, un grand nombre d'entre eux furent atteints de dysenterie, landis qu'un corps de réserve qui n'avait pas été soumis à la mêmC cause fut exempt de cette maladie.

Les miasmes qui se dégagent des substances animales en putréfaction, n'ont pas moins d'action que la chaleur humide sur le développement de la colite. Il n'est pas un médecin qui n'ait eu l'occasion de voir la dysenterie se manifester chez plusieurs personnes après l'ouverture d'un cadavre infect. M. Cliomel a vu plusieurs élèves en être atteints quelques heures après avoir ouvert le corps d'un individu asphyxié dans une fosse d'aisance; -M. Desgenettes raconte qu'étant au Caire , il contracta la dysenterie pour s'être exposé aux émanations infectes qui se dégageaient de la peau putrifiée d'un cerf; plusieurs personnes soumises aux mêmes miasmes furent également atteintes de la maladie. L'un (les auteurs de l'article Dïsekterie, du Dictionnaire des Sciences médicales , lut violemment afTeclé de cette maladie, après avoir fait inhumer un grand nombre de cadavres d hommes et de chevaux restés depuis plusieurs jours sans sépulture. Zimmermann rapporte le fuit d'un indivitlu qui en fut atteint pour avoir flairé une bouteille contenant du sang pourri. Enfin, car c'est assez multiplier ces exemples, Desault disait souvent, dans ses cours d'anafomie , que l'odeur des cadavres putrifiés , lui avait constamment donné la diarrhée. Un sail que cetetfetest très-ordinaire chez les jeunes élèves en médecine, dans les preniiers temps qu'ils fréquentent les amphiihéâlres de dissection ; on sait aussi qu'après une Injure ou plus de séjour dans ces lieux, tous les gaz qui s'échappent des intestins ont exactement l'odeur des cadavres en putréfaction. Eafin, la dysenterie peut encore se contracter en s'exposaut aux éinanatiens

infectes qui se dégagent des déjections alvines des hommes déjà atteints de celle affection, soit qu'on les respire, soit qu'on en reçoive l'impression en s'asseyani sur des latrines qui servent h un grand nombre de dysentériques. Beaucoup d(! médecins nient la possibilité de contracter la maladie de cette manière ; mai; puisque les miasmes qui émanent des substances auiuiales en putréfaction h produisent si facilement, pourquoi ceux qui se dégagent des dysentériques el de leurs déjections n'auraient-ils pas la même propriété? Les faits d'ailleurs semblent déposer en faveur de celte opinion , et les médecins qui ont pu Ici observer en grand, aux armées par exemple, la regardent comme une ehosf démontrée. ( Pringle , Coste , M. Desgenettes , etc. )

On voit que nous nous rangeons de l'avis des médecins qui regardent h dysenterie comme contagieuse. Sans doute elle ne l'est pas dans tous les cas et ces dysenteries sporadiques qui éclatent au sein de nos cités, la plupanj même de ces petites épidémies dont toutes les années offrent cjuelques excm-j pics, n'ont certainement pas la propriété de se transmettre par contagion. | Mais quelle différence énorme n'y a-t-il pas entre ces affections et ces colites] effroyables , plus meurtrières peut-être que le typhus et la peste , que tous les: médecins militaires ont vues, et que j'ai vues moi-même , tuer en quelque; jours les hommes les plus robustes, et décimer nos armées avec une rapiditc effrayante! Certes, il n'y a aucune comparaison à établir entre les premièresi et les secondes , et l'on peut croire à la contagion des unes, alors même quel; non-contagion des autres est démontrée , sans mériter pour cela d'être accus( de contradiction. Les miasmes qui se dégagent des dysentériques ne doivent ilii pas avoir une activité bien plus grande lorsqu'ils sont concentrés dans un peti espace, lorsque l'air en est en quelque sorte saturé , ainsi que cela a presque toujours lieu sur les vaisseaux , dans les hôpitaux, dans les prisons , dans les cauips même, que lorsqu'ils nagent librement dans un grand espace et que l'air n'en est que faiblement imprégné? Mais alors, me dira-t-on, c'est pai infection et non par contagion que la maladie se communique. Pure logomachie que nous essayerons d'éclaircir lorsque nous traiterons la grande question de la contagion {voyez ce mot). En attendant, je n'hésite pas à dire dès à présent., qu'il n'est plus permis de douter de la funeste propriété de la dysenterie de s(i transmettre par contagion , quand on a observé cette maladie aux arme'cs, e' quand on a lu les faits rapportés par Pringle, Coste, Degner , Lodibert | Pinel, Latour, etc. Cette opinion est aussi celle de Fabrice, de Hilden | d'Hoffmann , de Lind, de CuUen, de Zimmermann, de Franck, de Bosquillori| de MM. Gilbert, Desgenettes, etc., et de la plupart des médecins d'armée qui , en dernière analyse , sont les plus compélcns pour juger la question.

Telles sont les circonstances extérieures au sein elesquelles la colite prent généralement naissance. Mais ce ne soiil pas là peut-être les causes les plu; puissantes de cette maladie , car elles n'ont pas de prise sur tous les individini indistinctement, il faut presque toujours une prédisposition individuelle pouij qu'elles aient leur effet. 11 en est d'autres au contraire fjui.cjuand ellesagissen avec une certaine intensité, ne manquent jamais de développer la dysenterie parce que leur action sur la membrane muqueuse du gros intestin est directe Telles sont les substances alhiienlaires de mauvaise qualité, l'ingestion d(| certaines sirbslances dépourvues de j)ropriétés nutritives, certaines boissons 1 el l'abus des purgatifs. Ainsi on voit très-fréquemment la colite se déclarai, après l'usage prolongé du pain mal fait ou préparé avec des farines avariées oij extraites de blé mouillé, moisi, échauffé , fermenté ou déjà corrompu, ou hierj encore mélangées avec d'autres substances, comme cela n'arrive cfue tropdaiisi les temps de disette. Elle se développe souvent encore par l'usage de viandesi ayant subi un commencement ele fermentation putride ou provenant d'animaux malades, chez les individus qui mangent beaucoup de fruits non parvenus à leur degré de maturité ( on pense généralement que la dysenterie qui fittanlj de mal à l'armée prussienne en Champagne, en 1792 , fut provoquée par l'usage du raisin vert), enfin chez les mallieureu.x qui, dans les temps de famine , ou renfermés dans une place forte et réduits à la dernière extrémité à la fin d'un long siège , trompent la faim qui les dévore en mangeant l'herbe des champs . des rues désertes et des jardins , ou la chair d'animaux immondes, el une foule de substances douées de propriétés plus ou moins mallaisanles. Elle survient aussi quelquefois à la suite des indigestions répétées que se donnent les individus qui passent tout-à-coup des tourmens de la faim ou seulement de l'état de privation au sein de l'abondance. Chez les convalesccns et chez quelques individus faibles , il suffit quelquefois d'une simple erreur de régime pour la faire naître. Parmi les boissons, les vins doux non fermentés, pris avce excès, la provoquent très-rapidement ; les liqueurs alcoholiques auxquelles on ajoute des substances irritantes pour en augmenter la force , ainsi que cela se pratique dans les grandes villes , l'occasionent aussi très-fréquemment ; mais les eaux stagnantes et bourbeuses , contenant des débris d'animaux et de végétaux, auxquelles sont souvent réduits, dans les temps de grande sécheresse les liabitans de certaines localités, et quelquefois les militaires en traversani des pays arides, ainsi que les eaux corrompues de citerne dont les assièges sont souvent forcés de faire usage , la font presque toujours éclater avec beaucoup de violence et lui impriment même une gravité toute particulière. Enfin parmi les médicamens doués ele propriétés purgatives, ce sont principalement les drastiques qui }a déterminent quelquefois. N'est-ce pas à la dysenterie quel succombe la majeure partie des victimes de la drogue de l'empoisonneur Leroy :l

On ne parait pas généralement assez convaincu de l'influence des ahmcns elj des boissons sur le développement de la colite. Dans les principaux ouvrages, qui traitent de cette mal.;die, on voit presque toujours les auteurs s'évertuera trouver, dans les circonstances extérieures, les causes qui la fomentent, à moin.' <ju'une évidence grossière ne les force en quelque sorte à reconnaître el ;

COLITE

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agiter celles dont raction est cependant immédiate. Il semble , en vérité, que les explications les plus naturelles des faits soient trop simples à leurs yeux pour mériter leur attention. Celte erreur a produit beaucoup de mal. Les jeunes médecins qui, jetés tout-à-coup au sein d'une épidémie de dysenterie , n'ont pas d'autres guides que ces ouvrages , méconnaissent ou négligent les véritables causes de la maladie , \es seules précisément qu'il leur soit possible d'atteindre etd'écarter, pour disserter savamment sur des causes sur lesquelles ils n'ont aucune prise. Nous ne saurions donc trop insister sur cette vérité, que les premières, les plus directes, les plus puissantes causes de la dysenterie prennent en général leur source dans le régiuie alimentaire des individus. Souvent au reste l'action de cet ordre de causes s'exerce en même temps que celle de la chaleur humide ou des miasmes. On ne me fera pas conclure , j'espère , de ce qui précède, que la chaleur humide ou les miasmes putrides ne puissent pas seuls produire des dysenteries, j'ai dit précédemment le contraire; tout ce que j'ai voulu établir ici , c'est l'influence plus grande des substances ingérées sur le développement de cette maladie.

Toutes les causes que nous avons étudiées jusqu'ici font naitre le plus ordinairement la colite à l'état aigu , et plus spécialement encore sous cette forme k laquelle on a donné le nom de dysenterie. Mais c'est en général sous l'influence d'autres causes qu'on la voit se développer à Tétat chronique ou de dun i hèe , DU , à l'état aigu , sous cette forme plus particulièrement connue sous le nom de diarrhée aiguë. Ces causes sont, chez les enfans : un mauvais lait, l'usage prématuré d'alimens trop substantiels , les douleurs de la dentition, et des impressions trop vives éprouvées par les nourrices. A tous les âges , elle peut sire produite par le refroidissement subit des pieds, par un mouvement de :olère ou de frayeur , jiar certains alimens , le veau et le porc frais rôtis , par îsemple , mais chez quelques personnes seulement; par une boisson trop

iraiche prise après le repas, par l'inspiration , et surtout parla déglutition, vec la salive, des émanations de certains métaux ou de la poussière de iverses substances, auxquelles sont exposés les peintres, les broyeurs de :ouleur, les tourneurs en cuivre , les bronziers , les hommes qui achètent et crauenl les vieux cuivres souvent chargés de vert-de-gris. Enfin , la plupart les individus qui arrivent pour la première fois dans une grande ville, comme ^aris , Londres , etc. , eu sont promptement affectés , sans que la cause qui la iroduit soit bien connue. Ou en accuse généralement les qualités de l'eau , nais il parait probable que cela dépend plutôt des qualités de l'air et du chanementde toutes les hal«itudes , et principalement de l'alimentation qui n^est ilus la même dans les grandes villes que dans les provinces. Ces causes, omme on' le pense bien, peuvent, lorsqu'elles agissent avec une gi-aiule iitensité ou sur des sujets très-prédisposés , provoquer des colites très-aiguës, e même que les précédentes, agissant faiblement ou sur des sujets non prédisposés , peuvent n'occasio;ior que de simples diarrhées. La dysenterie épidémique se développe quelquefois sans qu'on puisse découl ir les causes qui l'ont fait naître. Telle fut la terrible éj)idémie de 1528 , dont arle Fernel , qui se répandit sur foule l'Europe et fit un grand nombre de iclimes; elle ne put être rapportée à aucune cause appréciable. 11 est probable lie dans tous les cas de ce genre , les pays où l'épidémie éclate ont été infectés iir des miasmes dégagés de quelque marais lointain , et chassés par le vent vec les nuages, au moyen de la vapeur d eau qui les tient en dissolution. Pour terminer enfin ce qui a trait k l'étiologie de la colite , nous devons ippeler l'opinion de Linnée , qui attribuait celte maladie et sa transmission nr contagion à la présence d'un insecte. Il serait superflu de s'arrêter à réfuter lie pareille hypothèse, mais les faits qui lui servent d'appui méritent de trouver ■i leur place. « Au rapport de Berlholin , dit Linnée {Jmœnit. acad., vol. v, issa-tatio 82), un médecin danois , qui habitait Elseneur, sujet à de fiéquentes ysenteries , observa dans ses déjections une multitude inuombrable d'insectes

ni s'agitaient avec une rapidité incroyable M. Rolandcr était affligé d'une

jsenterie , qui fut guériç au moyen de la rhubarbe et des parégoriques.

quinze jours de là, il éprouva une nouvelle attaque, qui fut guérie delà lêrae manière; huit jours après la maladie reparut pour la troisième fois : n conseilla au malade , qui s'occupait d'entomologie, d'examiner ses matières tercorales , afin de confirmer, s'il était possible , l'observation de Barlhulin ; ^ malade reconnut avec étonnement des milliers d'animalcules , dont la desliption fit connaître qu'ils ressemblaient aux cirons que l'on trouve dans la uine. Or , le malade avait coutume de boire dans un vase de bois de gcnièvi e; s'aperçut avec un microscope que les côtés du vase étaient remplis de cirons :1s que ceux qu'il avait rendus. On parvint à les détruire avec de l'esprit^dein, et, ce qui est bien remarquable, avec de la rhubarbe. Il esta croire, joute notre auteur, que la dysenterie des armées est occasionée et se commuique parles mêmes animalcules et par les mêmes circonstances. » Il est donc rai qu'il n'est pas d'opinion si étrange qui ne trouve des faits pour l'appuyer, lais les opinions passent , les faits restent, et le praticien sage sait en faire sqn i'o6t. Chez les pauvres et dans les campagnes , où l'on se sert quelquefois de ases de bois , souvent très-malpropres , il se peut donc que 4ans quelques cas ■ dysenterie soit en effet produite par dps insectes avalés avec les boissons ou ■s alimens. Avertis de la possibilité de ce fait , les médecins appelés auprès des iidades placés dans celte condition, doivent donc avoir soin de se faire prénter dans tous les cas les vases dont ceux ci font usage.

Symptômes et marche. — Les symptômes de la colite diffèrent suivant qu'elle 5t aiguë ou chronique, et, sous chacune de ses formes, suivant ses degrés ivers d'intensité.

A l'état aigu et peu intense, elle s'annonce ordinairement par quelques douiirs abdominales , irrégulières, niobiles , et que la pression semble souiaoej-.

DlCT. DE MÉDKCiME BT DE CHIRURGIE PRATIQUES.

Des borborygmes surviennent bientôt, l'envie d'aller à la selle se déclare ; le malade veut obéir à ce besoin , il fait des efforts , et ne parvient qu'avec peine à expulser quelques matières stercorales liquides et des mucosités, dont le passage détermine une sensation de chaleur et de vive cuisson à l'anus. Ce évacuations se répèlent jusqu'à douze ou quinze fois dans les vingt-quatre heures, quelquefois trente et quarante fois et plus; elles ne contiennent bientôt plus de matières stercorales , et ne sont formées que par du mucus filant et blanchâtre ou sanguinolent, mêlé quelquefois à une sérosité rougeàtre , ou à des débris d'apparence membraneuse en lambeaux ou en globules , à du sang pur, à de la bile , à des gaz, et quand la phlegmasie est un peu ancienne , à du pus ; quelquefois , cependant, des matières stercorales très-dures sont rendues de temps à autre, même après plusieurs jours de maladie; il n'est pas rare, siu tout dans les dysenteries épidémiques , que des ascarides lombricoïdcs en plus ou moins grande quantité soient rejelés avec la matière des selles. (L'épidémie dysentérique observée par Brandt sur l'armée danoise en 1677, était accompagnée de l'expulsion d'un graud nombre de vers de toutes espèces.) Les tranchées plus ou moins fortes, le ténesme et les épreintes continuent . une chute rapide des forces accompagne cet état: la face est pâle, surtout immédiatement après chaque selle ; le pouls est petit et quelquefois accéléré ; souvent l'appétit est conservé.

Dans la cotiic aiguë intense , dans celle surtout qui se manifeste dans les grands rassemblemens d'individus, dans les camps , les vaisseaux , les prison":, les hôpitaux , les villes assiégées : dans celle enfin qui règne épidémiquement , les douleurs abdominales sont toujours très-aiguës , les envies d'aller à la garde-robe sont presque continuelles, et quelques malades se présentent jusqu'à deux cents fois dans les vingt-quatre heures poury satisfaire, La matière des évacuations est séreuse, presque toujours uièlee de beaucoup de sang , quelquefois de pus ; sa couleur est brune ou noire, ou d'un blanc grisâtre, et pres([ue toujours elle exhale une odeur d'une fétidité insupportable. Dès le début, le malade est forcé de s'aliter; ses forces sont promptement anéanties , et sa figure porte l'expression d'une altération profonde. En vingt-quatre heures l'amaigrisseni eut est quelquefois si considérable, les yeux sont tellement excavés, qu'il semble que la maladie dure déjà dep.uis plusieuri mois. La soif ett vive et les boissons sont à peine avalées que le besoin d'aller à ta selle se fait sentir; le pouls est quelquefois fréquent, mais plus souvent encore sans aucune accélération ; la peau est sèche et rude , et prend bientôt un aspect terreux. Si rien n'arrête les progrès de la maladie, on voit bientôt la face prendre un aspect cadavéreux ; il survient du hoquet , le ventre se gonfle et se ballonne, les douleurs abdominales disparaissent, les extrémités se refroidi ssent , le pouls devient jietit et: insensible , et la mort ne tarde pas à terminer cette scène de souffiances.

Quelquefois l'inflammation' se communique rapidement de la membrane muqueuse aux tuniques musculaire et péritonéale de l'intestin ; ordinairement dans une petite étendue ; ou bien , dès le début , elle occupe ces trois membranes à la fois. C'est la dysenterie phU-gnioneuse des auteurs. Dans cette forme de la colite, il se manifeste une douleur vive et fixe dans un point du colon , ou dans la région cœcale, le moiudre contact l'exaspère , une tumeur oblongue et rénilcnle se fait sentir dans le point douloureux , et la peau qui la recouvre est le siège d'une chaleur brûlante. Tantôt alors l inflammation se communique au tissu cellulaire environnant, et si l'on ne parvient à la faire avorter par les moyens convenables, il se forme un abcès dont le pus vient se faire jour au dehors par l'intestin , par la vessie, par le vagin , ou à travers les parois abdominales correspondantes. MM. Husson et Dauce , Ménières , Teallier, ont publié de nombreux exemples de ce mode de terminaison de la colite et principalement de la ccecite. Tantôt, au contraire l'inflammation ne dépasse pas les parois de l'intestin , celles-ci se tuméfient , s'épaississent , et le calibre de cet organe eu est plus ou moins diminué. Fréquemment alors les portions supérieures de l'intestin s'invaginenl dans celle qui est ainsi tuméfiée, et diminuent encore son calibre. Quand cela arrive, l'abdomen se rétracte d'abord, puis il se tuméfie; les évacuations alvines se suspendent après avoir contenu du mucus sanguinolent, la constipation les remplace , des vomissereiens se déclarent", le pouls devient dur et déprimé , une soif vive s'allume ; en un mot , on voit se développer une série d'accidens qui ont la plus grande analogie avec ceux de la hernie étranglée. C'est qu'en effet , un rétrécissement se forme dans la portion d'intestin enflammée. Le cours des matières se trouvant interrompu , elles s'accumulent au-dessus de l'obstacle , et distendent l'intestin , dont l'inflammation s'accroît encore par les efforts que fait le malade pour les expulser ; la douleur devient intolérable. Enfin, après plusieurs jours de souffrance et de constipation opiniâtre , les matières , ramollies et délayées par le mucus dont la sécrétion est augmentée , finissent par traverser la portion rétrécie de l'in testin, et le malade est soulagé, jusqu'à ce qu'une nouvelle accumulation vienne ramener ses douleurs et les accidens. Cette marche de la colite est assez rare dans l'état aigu ; ce n'est ordinairement qu'à la suite de colites chroniques très - anciennes ou fréquemment répétées que le rétrécissement de l'intestin s'opère.

Les caractères principaux de la colite chronit/ue consistent dans la fréquence de selles et la liquidité des déjections. Mais il existe encore des degrés divers d'intensité dans cette forme de la phlegmasie, et par suite autant d'aspects particuliers sous lesquels elle se manifeste. Nous nous bornerons toutefois à en décrire- les deux degrés extrêmes, il sera facile d'en concevoir toutes les nuances intermédiaires.

Dans la colite chronique légère, les évacuations sont peu fréquentes, elles se répètent cinq ^ six fois par jour seulement; la madère évacuée est jaune ou

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bi iine et Jemi-liqiiide : chez les jeunes enfjiis , elle est souvent trts verle ; des douleurs obscures, quelquefois cepeiulaut assez fortes, des venis et des borborygmes précèileiit et suivent chaque selle ; du malaise et de la faiblesse en sont les suites; elle s'accompagne rarement de la perte de l'appétit ; jamais elle ne réagit sur le cœur et n'en accélère les contractions.

Dans la colite clironique iiuensn, les selles sont plus nombreuses et s'élèvent jusqu'à quinze, vingt, et quelquefois davantage dans les vingt-quatre heures; elles sont aussi plus liquides et souvent involontaires ; les douleurs qui les piécèdent sont plus vives, quelquefois même elles sont violentes au point de produire des sueurs froides , des défaillances , et une décomposition rapide des traits ; des borborygmes et des tortillemens d'intestins les accompagnent. Les matières esciétées produisent dans quelques cas un sentiment de cuisson à l'anus , mais ce n'est ordinairement qu'après que les selles se sont déjà répétées un certain nombre de fois. La nature de ces matières est variable ; d'abord , c'est un liquide cjiais et jaunâtre , mêlé de mucus et de bile ; plus tard , c est un mélange de mucus , de sérosité, et de bile jaune ou verte, rendu écumeux parla présence de quelques gaz ; l'odeur en est plus ou moins fétide. En quelques jours , et quelquefois même eu vingt-quatre heures , l'affaiblissement est considérable et l'amaigrissemenl effrayant , comme dans la colite aiguë la plus intence, cela lirnt à l'abondance des matières excrétées. Dès le début de la maladie, la face pfdit, la peau se sèche et devient d'une sensibilité extrême à l'impression du froid ; elle prend aussi de bonne heure cet aspect terreux dont nous avons déjà parlé précétleminent. L'appétit est presque toujours aboli, les malades sont altérés; tous les soirs le pouls s'accélère, la peau s'échauffe, la soif augmente, la langue se sèche et s'allonge en pointe; les malades éprouvent quelquefois des tiraillemens très-douloureux à la partie postérieure des cuisses et des jambes. Tous ces accitlents augmentent &])rès l'ingestion des alimens , siirlput s'ils sont choisis pai mi les subst;mces animales. Dans les premiers jours, si les substances alimentaires ne sOnt pas digérées , du moins on ne les retrouve pas intactes dans la matière des selles , mais bientôt elles traversent tout le canal intestinal presque immédiatement après avoir été ingérées, et sans avoir subi aucune élaboration. Celte dernière forme de la colite a reçu le nom de lienlerie.

11 existe une forme de colite chioniquc qui est presque toujours méconnue: elle n'est pas accompagnée de diarrhée si le malade est très-sobre et vit surtout île laitage, de légumes et de viandes blanches ; la diarrhéel'accompagne au contraire si le malade se nouri it de viandes et cherche à se fortifier par le bon vin. C'est dans le premier cas qu'elle estditlicile à reconnaitre; voici cependant quelques phénomènes qui jettent du jour le diagnostic. Le malade ressent dans un point fixe du gros intestin , le plus ordinairement dans le cœcum , une douleur sourde, quelquefois assez vive , intermittente , irrégulière , qui souvent survient tout à coup et disparait subitement après avoir duré plus ou moins de temj)s. Tant qu'elle se fait sentir , les idées du malade sont tristes , il est abattu et éprouve une fatigue e.iitrème dans les membres, et tout cela s'évanouit avec elle. Rarement elle se fait sentir dans la position horizontale , si ce n'est par la pression et chez les personnes maigres seulement; car chez les individus qui ont de l'embonpoint la pression la plus forte ne la réveille pas; l'ingestion des alimcns la calme, les laveraens émolliens et narcotiques produisent promptement le même effet. Elle se manifeste surtout quatre à cinq heures après les repas, après une marche prolongée, à la suite des sccouses du cheval ou d'une voiture lin peu rude; elle se fait sentir aussi cfuelquefois lorsque le malade fléchit le corps en avant, ou lorsqu'il le courbe fortement en arrière. Le chagrin , les contrariétés, la colère , la font reparaître. Elle peut durer de longues années sans influer sur la nutrition si le malade est sobre, mais enfin , tôt ou tard , si on ne s'occupe pas de cette affection , l'amaigrissement commence, et quelquefois on découve alors une tumeur dans la région douloureuse. Le rétrécissement de l'intestin, sa dégénérescence cancéreuse , et enfin l'ascite , sont souvent les conséquences de cette phlegmasie quand on la néglige. Lorsqu'elle a son siège dans le cœcum, il arrive assez fréquemment qu'elle se propage au tissu cellulaire environnant , et donne lieu à l'un des ces abcès dont j'ai parlé ))récédemment.

La colite chronique de tous les degrés se trouve désignée dans les auteurs sous le nom de diarrhée, et suivant la nature des matières excrétées , on l'a nommée slercorale, muqueuse , hilicufe^ laiteuse, graissexise , purulente et vermineuse. On a donné généralement le nom de colUquative à la diarrhée cjui produit un épuisement rapide des malades , comme cela s'observe fréquemment à la fin des affections chroniques graves. Cette variété dans la nature tles déjeclions ne correspond pas en général à des différences dans la nature de la maladie, il est cependant bon d'en tenir compte pour le pronostic ; ainsi , on a remarqué , par exemple , que , toutes choses égales d'ailleurs , les déjections muqueuses et séreuses affaiblissent plus rapidement les malades et entraînent pnr conséquent plus de danger. Mais nous reviendrons sur ce sujet lorsque jious traiterons spécialement de la Durrhée ( vojtz ce mot), c'est-à-dire de plusieurs affections comprises sous cette dénomination, dont le caractère commun consiste bien encore ilans la f'iéquence cl la liquidité des garde-robes, niais qui ne dépendent plus d'une inflammalionn du gros intestin.

La colite aiguë ou chronique entraîne quelcjnefois à sa suite un accident toujours douloureux et qui dcvieul (la,ns quelques cas fort grave, c'est la chute ou le renverscmenl du rectum. Chez les jeunes enfans, cet accident est fort ordinaire quand la diarrhée se prolonge. 11 ne consiste? ortiinairemcnt que dans la sortie et le boursoufflement de la membrane muqueuse du rectinn , mais quelquefois c'est tout le rectum invaginë qui sort par l'anus. Dans ce dernier cas, la portion d'intestin sortie peut tomber eu gangrène par suite de l'étrangle-

ment qu'elle éprouve , et se détacher entièrement. {Foyez Chute et RE^•vERsE- MEKT DU UECTIM. ) On en lit plusieurs observations dans les auteurs. Ce qui se passe à l'extérieur et sous nos yeux ne peut-il pas avoir lieu à l'intérieur? Une poi tion d'inteslin plus ou moins longue et invaginée ne peut-elle pas être étranglée de la même manière , se détacher et être rendue par les selles? Ou ne peut se refuser aujourd'hui à admettre la possibilité de ce fait si Icng-teojps contesté; les exemples en sont trop nombreux et trop authentiques. Héviii , dans un mémoire ayant pour titre Recherches historiques sur la gastrotomie chins le volt^iilus (Mémoire de l'académie de chirurgie , tome 4) , et M. Cayol, à la suite d'une traduction du Traité des hernies de Scarpa , ont rassemblé nu grand nombre de faits de ce genre qui ne permettent aucun doute. Mais les deux exemples les plus remarquables ont été recueillis dans ces dernières années. Dans le premier, observé par MM. Legoupil et Delisle, une portion d'intestin de la longueur de quatorze à quinze pouces , et comprenant le bout inférieur de l'iléon , le cœcum en entier , et le commencement du colon, a été expulsée par l'anus, chez un enfant de quatre ans et demi qui a survécu; l; pièce paihologiquc a été soumise à l'examen de la société de médecine de Paris Le second de ces deux faits a été communiqué, en 1 823, à l'académie royale do médecine de Paris , par MM. Higal et Boniiiol ; ces médecins ont mis sous les yeux de cette société savante une portion d'intestin mortifiée, de la longueur de trente-huit pouces, rendue par les selles sans que la mort en ait été la suite Tous ces faits, sans doute , n'appartienneul pas à la dysenterie , mais plusieurs sont dans ce cas; tous prouvent qu'une portion plus ou moins longue d'intestin peut s'invaginer dans la portion située au-dessous, y être étranglée, tomber en gangrène, et enfin être expulsée au dehors, sans enlrainer la mort du sujet^ Une adhérence s'établit avant la séparation de la portion gangrenée, entre lesi deux bouts d'intestin en contact par leurs membranes séreuses , et prévient tout éparichement de matières fécales dans la cavité du péritoine.

Il ne faut pas prendre toutefois, pour des portions de la membrane interne du gros intestin, ces débris de fausses membranes dont les matières cxcrétcc sonl quelquefois remplies. Ce n'est autre chose C{ue du mucus concrète pa l'effet de l'inflammation , comme on en voit se former à la surface de toutes lei membranes muqueuses dans plusieurs phlegmasies. La quantité qu'en rendenil les malades est parfois prodigieuse , surtout dans les colites chroniques. J'ai vr des malades , et , chose remarquable , c'étaient toujours des femmes , affecté:, d'une diarrhée excessivemcul opiniâtre pendant des mois et des années en| tières , rendre chaque jour , tant que durait la maladie, une quantité considci rabie de ces fausses membranes. Les colites qui présentent cette parlicularitu n'en sont pas plus graves pour cela ; nous revienilrons , au reste, sur ce suje' en traitant de la Diarrhée en particulier {voyez ce mot). |

L'inflammation du gros intestin peut exister avec toutes les phlegmasies, e' la plupart des auteurs ont cru devoir décrire plusieurs de ces complications; Quelques-uns ont étéplus loin, et subordonnant toutes les autres affections à I:! colite, principalement lorsqu'elle régnait épidémiquement , ils ont créé de 1 I sortedes dysenteries gastriques, muqueuses, adjnamiqnes , ataxiqucs , typhoïdes pesiilcnliillcs , etc. Nous ne les imiterons ni les uns ni-les autres ; nousdiroii* seulement que dans les armées , dans les prisons , sur les vaisseaux , etc. , dani toutes les circonstances, en un mot, où la dysenterie se transmet par conta gion , elle prend assez souvent les caractère du typhus, c'est-à-dire qu'ellii coexiste avec l'inflammation de toutes les voies digestives et de l'encéphale et probablement avec une infection du sang. Mais alors la colite doit-elle êln' considérée comme la malatlie jn incipale? Ce serait une grave erreur que di le croire. Quelque violente que soit dans ces cas l'inflammation du gros inles lin, elle ne forme qu'une portion de la maladie, et ne doit pas seule absorbe* l'attention. Tout l'appareil morbide est probablement ici sous l'influence dd l'infection du sang. ( Fojez Typhus. )

Les principaux symptômes de la colite , tels que coliques et déjections frc ! queutes, reviennent quelquefois d'une manière périodique , précédés de fris sons et suivis de sueurs comme les accès d'une Jihvre intermittente. Diouicdi Cornarus en rapporte le premier exemple ; on eu trouve çà et là quelques au très faits disséminés dans les auteurs. Ces faits constituent \a fièvre interiml teille dysentérique ou diarrhéique des anciens. '

Durée, terminaisons et pronostic. — La difficulté d'assigner, même d'unii manière ajiproximative , la marche et la durée générale des maladies, se fail surtout sentir dans celle qui nous occupe. Violente dès le début, ou bienn'at' teignant son plus haut degré d'intensité que progressivement , cessant tout ; coup ou ne diminuant que gratluellemcnt , se terminant en vingt-quatre heure ou se prolongeant pendant vingt ou trente jours, la colite, lorsqu'elle est aiguë n'a réellement ni marche fixe ni durée déterminée; cependant en général , s.' marche est telle que je l'ai précédemment décrite, et sa durée moyenne est di quatre à huit jours. Quant à la colite chronique , elle peut durer pendant plu sieurs années ; souvent, au contraire elle se termine en quelques heures; sa durc' moyenne est de sept à huit jours. Légère, elle dure onlinairement deux a troi jours; intense, elle se prolonge rarement ajii-delà d'un mois.

C'est par résolution que se termine le plus ordinairement la colite aiguë d dysenterie quand elle est sporadiquc , et rarement elle entraîne la mort ; ell passe quelquefois à l'état chronique; mais lorsqu'elle règne d'une mauierecpi' démique, et surtout dans les camps, les villes assiégées, les hôpitaux, les pn sons , etc. , elle entraîne fréquemment l'ulcération et la suppuration de la mem brane muqueuse du gros intestin ; dans quelques cas , la perforation de ce intestin immédiatement suivie d'une péritonite mortelle, dans d'autres, s gangrène, et qu'elle se termine de l une de ces manières ou de l'autre , elle tai en général des ravages si épouvantables, que plusieurs médecins qui ont pu I

COLITE

COLITE

.mparer aven la peste et la Jlèvre jaune , Cosleet M. Desgenelles entie autres, regardent comme beaucoup plus funeste aux armées que ces deux maladies. Il t permis de croire toutefois que le vice des méthodes thérapeutiques a beauiip contribué à augmenter sa gravité , et que, traitée par les moyens que sa .lure mieux connue réchime et dont l'expérience de plusieurs années a déjà

Iouvé l'etTicacité , elle serait infiniment moins meurtrière. La colite chronique oduit presque toujours l'ulcération de la membrane muqueuse du colon, rsqu'eUe se prolonge au-del.i de quinze à vingt jours; quelquefois elle déterine répaississement des parois de l'intestin , et par suite sa dégénérescence ncéreuse ; il est rare que dans ce dernier cas elle ne fasse pas naître un épan- ; iicment de sérosité dans la cavité ilu péritoine {<iscile). C'est parla guérison I ;pendant qu'elle se termine le plus communément.

Une transpiration douce, égale, des urines abontlantes , le retour de ippétil, du sommeil et des forces , l'évacuation de quelques matières de plus 1 plus consistantes , la diminution du nombre de selles , sont autant de signes i vorables dans la dysenterie; ils présagent la convalescence. On doit considérer 'i 1 contraire comme de fâcheux augure , l'extrême liquidité des selles et leur ' ;ssemblance avec de la lavure de chair, la couleur noire, porracée , vertiâtre, ' 1 livide des matières excrétées, leur grande fétidité et leur odeur cadavéreuse " ïii vero mngis Lelhalia suiil nigra j ant pinguia , aiit livida , ant eru^mosH , et ' Htda (stereora) Hippocrate, prœnoiionum y liber 2, § 19), l'absence de > liite odeur, comme cela arrive assez souvent dans la lientcrie , la présence de lamens , de sang noir et fétide , et celle d'une grande quantité de pus dans ces latières ; enfin leur excrétion involo'ntaire et non sentie par les malades. Vers ; cic'clin de la maladie, l'apparition du hoquet annonce presque toujours une ■iminuison promptemcnt funeste; il en est de même d'un développement bondant d'aphthes dans la bouche et dans la gorge. Enfin, lorsqu'à de fortes jliques et à une fièvre intense, on voit succéder tout à coup un grand calme ; chute du pouls et îles forces , on peut pronostiquer une mort prochaine , suite écessaire delà gangrènequi vient de fiapper les intestins. Toutes choses égales, ailleurs, le pronostic de la colite aiguë est plus grave chez les hommes et chez s enfans , que chez les femmes et les vieillards. Chez les femmes enceintes ^pendant , elle provoque très-souvent l'a vortement. (Midicvi in utero gerenti j ah'us mtdluni fluxerit, periculum ne ahorliat. Hippocrate, scctio 5, aphor.33.) Le pronostic de la colite chronique est beaucoup moins grave que celui de ligué, ou plutôt il ne l'est presque jamais. Cependant, chez les vieillards ès-avancés en âge et chez les enfans très-jeuncs, elle est plus dangereuse u'à toute autre époque de lu vie. Les évacuations aqueuses et la diminution ipide de l'embonpoint et des forces sont surtout de mauvais signes. Lorsque peau est aride, jaunâtre, écailleuse et recouverte comme d'une couche ■rreuse , la lésion est profonde, la maladie sera de longue durée et difficile à lérir. Qiuiud les pieds sont constamment froids, œdématiés , et couverts de elles scorbutiques , la mort est presque inévitable. Quant à la diarrhée colLiuai\e , outre qu'elle ne dépend pas toujours d'une colite {voyez Djarkhée ) , ; qui en fait le danger, c'est qu'elle survient chez des individus épuisés par ne longue maladie qui seule eût suffi pour les entraîner dans la tombe, et l alors elle ne fait que hâter la terminaison funeste, mais inévitable. Caraclèrcs anaLoinicjues. A l'ouverture des cadavres des individus qui sueimbcnt à la colite aiguë, on trouve constamment des traces d'iiiflammatioii JUS tout le gros intestin, et principalement à la fin du colon et dans le rectum, insi la membrane muqueuse de ces parties est d'un rouge plus ou moins iicé, depuis le rose vif jusqu'au brun ; elle est en même temps gonflée, épaissie, par places comme érodée ou ecchymosée , ramollie dans quelques points, juelquefois parsemée çà et là d'ulcères grisâtres et surtout brunâtres , plus ou loins étendus, plus ou nioins profonds, recouverts , dans quelques cas rares, 3 fausses membranes au-dessous desquelles on la trouve rouge et évidemment iflammée , plus rarement encore frappée de gangrène, enfin toujours tapissée ir une quantité plus ou moins considérable de mucus clair, puriforme ou nguinoleat, semblable en un mot aux matières qui étaient excrétée* pendant vie. Lorsque 1 inflammation a été partagée par les trois tuniques de l'intestin,

iles présentent toutes trois des traces de cet état morbide , les parois de Dlestin sont ordinairement très-cpaissies ; on trouve en outre quelquefois cet gane comme étranglé par un anneau circulaire ou par une bride , dans le lint où l'inflammation a été la plus vive, on rencontre des portions supérieures

! conduit alimentaire invaginées dans les inférieures; l'intestin est facile à chirer.

Les caractères anatomiqucs de la colite chronique consistent bien encore quemment dans la rougeur, lépaississement et le ramollissement de la imbrane muqueuse du gros intestin ; mais le plus ordinairement ce sont de ritables marbrures que l'on voit à la surface de cette membrane , plutôt que e l'injection capilliforme ou des plaques; elle est très-pâle en général dans intervalle de ces marbrures, et partout recouverte par un mucus épais et uriforme ; quelquefois elle est couleur d'ardoise ilans plusieurs points; Irés- ' équemment on la trouve ulcérée ou superficiellement érodée ; elle est en lême temps mamelonnée et indurée dans l'intervalle des ulcères; ceux-ci sont fond rosé et un peu rugueux, quand ils sont superficiels : d'un gris brunâtre U contraire lorsqu'ils sont profonds ; arrondis , s'ils ont peu d'étendue ; in éiJliers, s'ils occupent l'ine assez gr.mde surf ice , parce qu'ils résultent ordinaijîinent alors de la réunion de plusieurs ulcères. Les bords en sont tantôt

SHeve's , renversés et d'un rouge livide ; tantôt alTaissés et obliques ou coupés à s, et d'un rouge violet plus ou moins foncé. {Foycz , pour de plus grands tails, McQTjEusES (membranes) [anatomie pathologique]. Quand la maladie " H très-ancienne 5 la surface de ces ulcères devient souvent fongueuse et

saignante; il s'y développe quelquefois des végétations considérables. Fantoni rapporte avoir trouvé sur un homme mort à la suite d'une dysenterie grave, au milieu d'une ulcération du colon, un corps charnu, arrondi, de la longueur de près de huit travers de doigt , adhérent par un pédicule étroit à la surface de l'ulcère et pendant dans l'inlestiu. C'est aussi à la suite des colites très-aneieiines que l'on trouve quelquefois le colon , et plus fréquemment le rectum , converti dans une étendue plus ou moins grande , en une substance homogène, lardacée et cancéreuse, et presque toujours en même temps un épancheinent de sérosité dans la cavité du péritoine, f^oyez l'excellent article Cancer de mes savans amis WM. Bégin et Bouillaud.

Traitement. Pendant plusieurs siècles, les médecins n'ont vu d'autres indications à remplir dans le traitement de la colite , que celle d'évacuer la matière âcre, irritante, acide ou alcaline , qui, selon eux, se jetait sur les intestins, les irritait , les enflammait, les ulcérait, et produisait ainsi la maladie, puis celle de corriger la putridité des humeurs, et enfin celle de donner du Ion à la membrane muqueuse intestinale. Eu conséquence île ces idées théoriques, les vomitifs, les purgatifs, les antiputrides et les toniques, ont été considérés comme les meilleurs moj'cns de combattre celte maladie , et jusqu'à ces derniers temps , ils ont fait la base de sa thérapeutique. Les purgatifs surtout ont toujours ins[)iré une confiance sans bornes. Hippocrate les conseille ; Alexandre de ïralles vante leur utilité; Sydenham, Degner, Pringle, etc., les préconisent; Huxhain, Zimmernann, Durondeau et une foule d'autres auteurs, en font pour ainsi dire les spécifiques de la dysenterie. Pinel lui-même (tant est puissant l'empire des noms sur les meilleurs esprits), Pinel, qui reconnaît que la maladie consiste tout entière dans l'inflammation de la membrane muqueuse du colon, n'en conseille pas moins, d'après l'autorité de ses prédécesseurs, l'usage des doux laxatifs, les émétiques dans quelques cas, et les toniques vers la fin de la maladie.

Quelques conseils salutaires s'étaient cependant introduits de bonne heure au milieu de ces dangereux préceptes. Ainsi la saignée est déjà recommandée par Hippocrate, Cœlius Aurélianus, Alexandre de Tralles ; on trouve dans Archigène le conseil d'employer les opiacés ; Oribase et Celse signalent les avantages des lavemens d'eau tiède; Avicenne vante les gommeux et principalement la gomme adiagant ; Xénocrate conseille les boissons mucilagiiieuses ; Félix Platcr, Salius Diversus reconnaissent les bons effets des sangsues à l'anus ; enfin l'utilité du régime féculent, des boui'.lpns gélatineux, des œufs frais, des fruits bien mûrs, etc., est signalée dans la plus haute antiquité. INIais faute d'être déduits de la connaissance de la nature intime de la maladie, ces sages préceptes, qui n'avaient que l'expérience pour base et pour justification , ont été continueliement oubliés ou méconnus , et toujours regardés surtout comme d'une bien moindre importance que les préceptes dangereux dictés par de fausses théories. De là cette thérapeutique incertaine , et il faut bien le dke , plus souvent nuisible qu'utile, qui jusqu'à ces derniers temps a fait de la dysenterie le fléau des armées et des populations Enfin , M. Broussais a posé les bases certaines du traitement delà colite, en montrant queles principales indications à remplir dans cette maladie, sont : 1° d'épargner à la membrane plilogoséc la présence de corps étrangers qui pourraient augmenter son irritation; 2° de lui faire parvenir au contraire ceu.x qui jouissent des propri(ités opposées^ de combattre l'inflammation intestinale par les saignées locales. Ajoutons-y celle de calmer la douleur et celle de diminuer directement le nombre des selles et la quantité des matières excrétées, indications qui pour être plus restreintes que les précédentes n'en ont pas moins leur utilité constatée par l'expérience de plusieurs siècles , et faisons connaître les moyens de remplir ces indications dans les formes diverses et dans les différens degrés de la maladie.

L'abstinence complète des alimens est la première chose à exiger de tout malade atteint de colite aiguë. Quelque doux que fussent ceux dont il ferait usage, leur résidu agirait toujours comme un corps étranger, et irriterait par sa seule présence la membrane enflammée.

On doit en,;uite le mettre à l'usage des boissons mucilagineuses , telles que les décoctions d'orge , de riz,desagou, de salep, d'arrow-root , de mie do pain , de racine de guimauve, les infusions de fleurs de mauve, de graine de lin , etc. , rendues gommeuses par l'addition des gommes adragant ou arabique, et sucrées avec les sirops de gomme ou de guimauve. En même temps, il faut prescrire plusieurs lavemens par jour , ou plutôt des demi-lavemens , plue faciles à garder et moins douloureux, parce qu'ils distendent moins l'intestin enflamme , faits avec les décoctions de graine de lin , de racine de guimauve , de son , de gélatine, avec de l'eau simple ou bien chargée d'une petite (juantité d'auiidon. Lorsque les coliques et les épreintes sont douloureuses, il est utile de rendre ces lavemens un peu narcotiques en y ajoutant soit de la tète de pavot, soit du cerfeuil , soit enfui quelques gouttes de laudanum liquide. On joint avec avantage à ces moyens l'application sur le ventre de cataplasmes de farine de graine de lin , ou de mie de pain, ou de riz, faits avec de l'eau simyle, ou avec des ilécoctions émollientes de son, de mauve ou de guimauve , arrosés ou non île laudanum , suivant l inteusilé des douleurs abiloiiiinales. Les bains et les demi-bains procurent aussi quelque soulagement, mais chez plus d'un malaile ils augmentent les colicjues ; il ne faut donc y avoir recours que chez les personnes qui en retirent habituellement d'excellens elléts. Enfin, on place autant que possible son inaiade dans un endroit sec et chaud, et on lui recommande de boire tiède et de petite quantités à la fois.

il est rare qu'une colite récente et sans fièvre ne cède pas en quelques jours aux moyens simples cjue je viens d'indiquer. ÎMais lorsque la phlegmasie est déjà un peu ancienne, ou bien lorsqu'elle est intense et accompagnée d'accélérations du pouls, il devient indispensable d'avoir recours aux saignées locales pratiquées à l'anus, et répétées autant de fois que l'intensité et la persis.

COLITE

COLITË.

tance de l'inflammation l'exigent. Souvent une seule application de quinze a vingt sangsues chez un adulte, de quatre à six chez un enfant, suffit pour arrêter complètement l'inflammation et tous ses eirefs, et tel malade qui allait trente et quarante fois à la garde-robe dans les vingt-quatre heures avant cette évacuation sanguine, cesse immédiatement après d'en ressentir le besoin. 11 est plus ordinaire cependant dans les colites avec fièvre et surtout au sein d'une épidémie , que l'on soit obligé de revenir plusieurs fois à l'application des sang, sues à l'anus ; mais les malades éprouvent presque constamment après chaque application une amélioration qui encourage à persister dans l'emploi de ce puissant moyen. Dans quelque cas , dans ceux par exemple ou l'inflammation occupe toute l'épaisseur des parois de l'intestin, lorsqu'il est gonllé , qu'il se dessine à travers les parois abdominales et qu'il est douloureux au toucher, il est avantageux de pratiquer quelques saignées locales sur son trajet. C'est dans le même cas que les cataplasmes émolliens et narcotiques ont une grande utilité. Enfin , lorsque la colite est très-intense , il y a toujours de grands avantages K commencer le traitement chez les sujets pléthoriques par une ou deux saignées du bras. Ca;lius Aurelianus, Alexandre de Tralles et Botal y avaient recours dans presque tous les cas au début de la maladie; Rivière, Forestus, Hoffmann, Huxham , Monro , de La Mettrie , Tissot , Quariii l'employaient aussi pour empêcher les progrès de l'inflammation; Cullcn, Zimmermann, tout en la restreignant aux seuls cas de dj senleTie inflammatoire , c'est-à-dire au cas de colite intense avec fièvre , chez des individus jeunes, robustes , sanguins et pléthoriques, en conseillaient cependant l'emploi; Sydenham la répétait plusieurs fois avec succès dans la dysenterie chronique elle-même. Touf dois , ce n'est en général qu'au début de la maladie et chez les individus pléthoriques que les saignées générales sont utiles ; dans toutes les autres circon" st inces on doit leur préférer les saignées locales.

De tous les médicaniens employés contre la colite , l'opium est certainement le plus efficace ; aussi n'hésitons nous pas à le placer immédiatement après les moyens que nous venons d'indiquer. Aucun médicament cependant n'a été l'objet de jugemens plus contradictoires. 'Vanté par quelques médecins à l'égal d'un spécifique {Wedel,Wepfer, Latour, etc.) il a été proscrit par d'autres comme un poison funeste (de La Mettrie ,Thonnerus). Cette différence d'opinions tient a ce que , de part et d'autre , on n'a pas suffisamment distingué les circonstances dans lesquelles on y a eu retours, et que l'on n'a pas su préciser les conditions qui en favorisent ou en cOntr'indiquent l'emploi.

Dans toutes les colites sans fièvre , dans toutes celles que de vives douleurs accompagnent, enfin dans tous les cas où il existe des évacuations séreures excessivement abondantes et qui exténuent les malades en quelques heures , l'opium est utile. Ce médicament est encore avantageux dans le cas où les douleurs et les épreintes persistent après que les déjections ont repris leur couleur et leur consistance naturelles. Mais il faut s'en abstenir entièrement lorsque l'inflammation intestinale est accompagnée de fièvre , lorsque les selles sont trèssanguinolentes , et lorsque les malades éprouvent un sentiment d'ardeur dans le trajet du colon, ou , comme dit énergiquement de La Mettrie, dans ces dévoiemens chauds et brûlaus qui causent des tranchées de feu. Autant les opiacés sont. efficaces dans les premiers cas , autant ils nuisent dans les seconds. Administré à propos , l'opium , sans le concours des évacuations sanguines etsecondé seulement par les boissons mucilagineuses et la diète, guérit un très-grand noudjre de dysenteries ; donné intempestivement au co.ntraire , il aggrave les accidens , malgré l'emploi simultané des saignées générales ou locales et de toute la série des autres moyens aiitiphlogistiques. Le choix de sa préparation et de son mode d'administration n'est pas tout-à-l'ait indifférent. Ainsi l'extrait gommeux a paru à quelques praticiens plus efficace que le laudanum et que l'opium brut, et la A'oie de l'estomac la plus convenable pour l'aduiinistrer. Un grain de cet extrait dans cinq à six onces d'eau gommée et sucrée, par cuillerées plus ou moins rapprochées , suivant l'intensité des douleurs et la fréquence des garde-robes, telle est la formule la plus généralement usitée. Disons toutefois que c'est au laudanum que Sydenham, Willis , Wepfer , et beaucoup d'autres durent toutes leurs guérisons, et que Monro retira de meilleurs efiets de cette même teinture administrée en lavemens que par les voies supérieures. Il n'y a donc rien d'absolu dans le choix à faire entre les diverses préparations d"o))ium ni dans la manière de les administrer; tout ce qu'on peut dire, c'est que l'extrait gommeux et la voie de l'estomac doivent être d'autant préférés que l'inflammation du colon est plus vive. On en comprend aisément lep motifs..

Les médicamens doués de propriétés toniques , et surtout de propriétés astringentes , ont été géné-alemenf regardés comme si efficaces dans la dysenterie, qu'on les a depuis-longtemps décorés de la qualification à'antidjsentérifjues. Archigène déjà faisait de ces agcns et des opiacés la base de tout le traitement de celte maladie. Mais leur efficacité a été singulièrement exagérée. On en retire de bons effets sans doute dans les cas où il n'y a point de tranchées, point d'épreintes et par conséquent pas de fièvre, lorsqu'en même temps la mutière des selles est muqueuse ou séreuse et sans mélange débile ni de sang, et h la fin des colites aiguës qui menacent de passer h l'état chrenique ; mais ils nuisent dans toutes les autres circonstances de la maladie. Alexandre do Tralles avait apei çu déjà les inconvéniens des astringens en particulier , mais ils ont été surtout signalés par Degner , Tissot et Zimmermann. Ces médecins les accusent d'arrêter les selles avant que la matière acrimonieuse ne soit suffisamment évacuée ; ils arrêtent les selles en effet , mais en accroissant l'inllammai ou . et c'est là qu'est l'inconvénient vérilable , inconvénient qu'au reste Zimmermann avait aussi reconnu. C'est encore h Tissot et à Zimmermann , pour le dire en passant , que nous renvoyons ceux qui, siu- la foi de Brown et de lilar-

cus, seraient tentés de traiter la colite aiguë par les aromates ou les spirilueu

Les astringens sont donc rarement utiles et très-souvent dangereux dans colite aiguë. Les plus usités sont : le cachou, le simarouba , l'arnica, la bi torte, la tormentille, le ratanhia, la rhubarbe, l'ipécacwanha et le quinquinj en décoctions ou en infusions : l'eau de chaux, à la dose de deux ou trois i vres en boissons ou en lavemens , pure ou coupée avec le lait, compte aui quelques succès Dans les cas où l'on croit pouvoir se servir avec avantage l ces agens , cas que j'ai essaye de préciser plus haut, il est toujours bon de I, associer aux opiacés ; l'expérience a depuis long-temps montré les bons eff^ de cette combinaison. Le diascordium doit certainement son efficacité à ui association de cette nature [voj-ez DiAsconniCM ). Je ne dois pas omettre (i parler de certains fruits astringens , dont on fait en général trop peu de cas, qui cependant sont quelquefois d'un grand secours dans la colite. Tels sontl sorbes , les nèfles , les grenades , les coings et le cynorrhodon Leurs propriét sont faibles, il est vrai , mais par cela même ils peuvent difficilement deven nuisibles , et me paraissent devoir être d'excellens auxiliaires dans une foulée circonstances. j

J'ai déjà dit ma façon de penser sur l'emploi des vomitifs et des purgati dans la colite aiguë; je les crois dangereux , et je ne fais , eu le disant, qu'e: primer l'opinion de la grande majorité des praticiens de nos jours. Cependai on a souvent guéri des malades par ces moyens, et, en lisant les laits consigU' dans les auteurs, on est tout étonné de voir dans beaucoiqj de cas diminuer l tranchées , les épreintes et les selles , après un vomitif et surtout après des pu gatifs répétés. Mais à côté de ces faits , on en lit d'autres dans lesquels tous 1 symptômes se sont aggravés sous l'influence de ces médications ; on voit des mlades tomber dans le marasme on périr hydropiques à la suite d'évacuafioi devenues incoercibles après l'administration de quelques pui gatifs. En parcoil rant le» hi^toiicns des épidémies dysentériques, on remarque que les vomitijj étaient nuisibles dans celle de 1713 à Breslaw , dans celle de 1746 en Saxe et Zurich ; que les vomitifs et les purgatifs produisaient de mauvais effets daii l'épidémie observée par Bontius à Java, dans celle de 1670 à Londres, etc] etc., et l'on se demande si meilleurs observateurs ou moins esclaves des thé^ ries régnantes , les narrateurs de ces épidémies n'ont pas mieux vu que ceij qui n'ont observé qu'à travers le prisme des théories liumorales. Ce n'est p.! chose facile en effet que de bien apprécier les effets d'une méthode thérapeut] que. Quelque mauvaise que soit celle qu'on met eh pratique , comme on ne 1 adoptée que par conviction, on lui fait toujours honneur des guérisons , pov si petit qu'en soit le nombre , et l'on s'en prend à la gravité de la maladie d! revers qu'on éprouve , alors même qu'ils surpassent numériquement les succèj Et quelle maladie a été réputée plus grave que la dysenterie? N'a-t-on pas d claré qu'elle faisait plus de victimes que la lièvre jaune et la peste?

Quoi qu'il en soit , il est bien démontré aujourd'hui , ce me semble , que I j vomitifs et les purgatifs sont en général plus nuisibles qu'utiles dans la colii aiguë, et que, faute de signes propres à nous faire distinguer à l'avance lesc ! dans lesquels ils peuvent nuire de ceux dans lesquels ils peuvent produire ( bons effets , le parti le plus sage est de s'en abstenir dans le traitement de celj maladie. On serait d'autant plus coupable d'en agir autrement, qu'il est loii jours possible de les remplacer par des moyens plus certains et qui ne font p i courir les mêmes chances aux malades. Si quelque médecin ce|)endanl éta tenté de les essayer, je dois le prévenir que depuis longtemps l'expérience : fait rejeter les drastiques , et que les plus chauds partisans des purgatifs dai la dysenterie , tels que Degner, Huxham , Pringle, Tissot, Zimmermann , Liei taud, Stoll , Quarin , Durondeau , etc., ont reconnu qu'il fallait se borner au purgatifs légers , comme la i luibarbe , la manne , l'eau de Sei'-lilz , la crème d tartre, l'huile tie ricin. Les partisans de Rasori ont cependant essayé d'inlrc duire la gomme gutle, la scammonée et d'autres drastiques dans le Iraitemei de cette maladie ; mais ils n'ont heureusement trouvé en France qu'un petj nombre d'imitateurs , qui paraissent même aujourd'hui complètement déseï I chantés de cette merveilleuse thérapeutique.

Pendant long-temps, on a cousetllé la cire fondue comme un puissant moye de guérison, et j'ignore po;irquoi ce médicament est tombé en désuétude, coup sur, il méritait autant d'être conservé qu'une foule d'agens incendiaire! qu'on n'a pas oublié de nous transmettre ; s'il est sans efficacité , on a du mou > la certitude de son innocuité. La manière dont on l'a administré le plus it<> querament, c'est uni au verre d'antimoine [verre d'antimoine ciré) ; mais il m ' paraîtrait préférable , si on voulait en expérimenter les propriétés , de la doii ner à la dose d'un ou deux gros fondue dans une tasse de lait chaud. C'est d| cette manière que les médecins italiens, qui servaient dans l'armée français! en 1635, dans le Brabant hollandais, la faisaient prendre aux malades, et onrajj porte que deux ou trois doses au plus suffisaient souvent pour guérir la maladif i

Les sudoriliques ont aussi trouvé des prôneurs , mais jamais leur réputatio d'efficacité n'a été bien établie. Il en est de même de la noix vomique , du cain phre, du musc, de l'acide nitrique, etc. Tous ces agens sont repoussés par 1 nature de la maladie ; les derniers surtout ne peuvent qu'en aggraver le: accidens.

On emplnierarementdansla dysenterie d'autres m03'ens externes que les es taplasmcs et les fomentations. Cependant quelques praticiens ont eu recoui parfois au vésicatoirc sur le ventre. 'Monro , Durondeau et M. Desgeuettes di sent en avoir retiré d'assez bons effets. C'est un moyen chanceux dont nous ii conseillons pas l'usage. On peut toutefois s'en servir comme ressouice en que que sorte dé.scspcrée , dans les cas où, après avoir poussé l'emploi des évacua tiens sanguines a|issi loin que possible , il reste une douleur locale dans u point fixe de l'abdomen , om bien lorsque les évacuations alvinci» resleut frc

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[uentes, liquides et abondantes , après la disparition presque complète des aures symniômes inflammatoires. Jamais on nedoit y recouriran débutdcla dyenteric. Les venlotises sèches et scarifiées olFrent beaucoup moins d'inconvéiens, mais leur action est en général trop faible pour qu'on puisse en attcnre quelques elfets marques dans la colite aiguë ; chez les enfans seulement on n obtient quelque fois des résultats avantageux, quand on a épuisé la ressource les évacuations sanguines. Comme le vésicatoire , elles conviennent eu géncal beaucoup mieux dans l'état chronique de la maladie.

Quelques médecins ont eu recours encore aux frictions avec le Uniment amnoniacal ; ce révulsif peut sans doute être de quelque utilité dans plus d'une irconstance , mais on retirerait, je crois, des cfl'ets bien plus certains, de la lommade d'Autcnrieth. Je l'ai employée du moins- dans la colite chronique vec beaucoup de succès, et je pense qu'elle ne serait pas moins utile h la fin les colites aiguës.

Le traitement de la colite chronique repose sur les mêmes bases que celui le la colite aiguë : la diète , les boissons , les lavemens et les cataplasmes muilagineux et éraolliens , les évacuations sanguines locales , les opiacés et les siringens sont encore les principaux moyens qui le composent. Comme dans a colite aiguë , c'est encore le traitement antiphlogistique qui réussit le mieux, 'ai vu des colites chroniques céder après dix mois et un an de durée à une eiile application de sangsues à l'anus, vingt-quatre ou quarante-huit heures He dicte, et un peu d'eau de riz gommeuse. Mais il est dans l'emploi de tous ces moyens quelques règles particulières à cette forme de la maladie ; nous allons 5s tracer en peu de mots.

I .Quand la colite chronique et légère et récente ; il suffît souvent de diminuer ) !s aliuiens et de faire un choix parmi eux , de prescrire , par exemple , l'usage 1 ïelusif des œufs frais , du riz , des fécules , des panades , et de joindre à ce réime, pour tisane, l'eau de riz, la décoction blanche de Sydenham , les soluons de gomme arabique édulcoiées avec les sirops de gomme, de coings ou e grande consoude , pour en obtenir la guérison rapide. Mais lorsqu'elle est itense , quand les selles sont très-fréquentes , il est indispensable d'avoir re- I ours aux applications de sangsues à l'anus, d'imposer une diète sévère et 'en seconder les elTels par l'emploi des potions goinmeuses laudanisces , par s laveraens avec addition de cinq à six gouttes de laudanum ou a^'ec l'amidon , iir les cata])lasmes de riz ou de farine de graine de lin arrosée on non de lauti.inum , sur le ventre. Chez les jeunes enfans , on ne doit prescrire les opiacés ii'avec la plus grande circonspection ; ces médicamens produisent chez eux le jrcotisme avec une très-grande facilité.

i Souvent la colite chronique résiste à l'emploi de ces moyens, soit parce [u'elle est trop ancieime et que des ulcérations se sont formées dans l'intestin; i\l parce que les malades indociles enfreignent de temps en temps le régiuie uquel il sont soumis. Il ne faut pas se hâter pour cela de passer à l'emploi des siringens , il faut mieux insister sur les antiphlogistiques et les opiacés^ et y iiudre les frictions sèches et aromatiques sur tout le corps , les bains île vaeur et ceux de baignoire, tes vètemens de flanelle, les ventouses sèches sur ' trajet du colon ou à la partie interne et supérieure des cuisses et au j)érinée liez I homrae ; et même l'application sur l'abdomen d'un large vésiealoii e , ont les iiiconvéniens sont beaucoup moins grands et les bons effets plus cerluis dans la colite chronique que dans l'aiguë. Lorsque le colon est é|)aissi dans 11 point de son étendue et qu'il se fait sentir à travers les parois amaigries de .ibilomen, on retire les plus grands avantages de l'application d'un large séton iir cette région. Ce puissant révulsif n'est pas assez employé dans le traitement |e la colite chronique.

1 On lit dans les auteurs un trop grand nombre d'exemples de guérison de la :)lite par Tusage de fruits bien murs, et surtout par celui des raisins , pour

i- ouvoir révoquer ce fait en doute. Le transport à la campagne a très-souvent

I ussi suffi pour guérir des colites qui avaient résisté jusque là à tous les moyens, lais c'est surtout dans les dysenteries contractées dans les pays chauds, que

I i changement d'air, et principalement l'émigration vers le nord, jouit d'une rande efficacité. Parmi les exemples nombreux qui prouvent cette influence, ous citerons de préférence celui queM. Desgenettes a observé sur des mililaiîs de l'armée d'Égypte. Quatre cents hommes de cette glorieuse armée , rëuits à un état de marasme extrême, par suite d'une dysenterie chronique, yant été embarqués à Alexandrie pour retourner en France , éprouvèrent de i bons effets de ce voyage , qu'à l'exception de dix-neuf qui succombèrent dans es premiers jours de la traversée, ils étaient tous en pleine convalescence en rrivant à Maltê. M. Desgenettes pense que les mouvemëns du vaisseau , en exilant des nausées et des vomissemens et intervertissant sans cesse les contracions péristaltiques exagérées des intestins , ont contribué autant que le ehan- [ement d'air et l'approche d'un climat tempéré à la guérison de ces malheueux. Cette explication nous paraît fondée. Quoi qu'il en soit, l'usage des fruits )iens mûrs , le thangemeut d'air et 1 émigration vers un climat tempéié , sont !ncore des moyens à joindre aux précédens , avant de se décider à l'emploi des istringens.

Mais enfin il est des cas très-nombreux dans lesquels les astringens réussisent complétemens. Malheureusement , dans l'état actuel de la science , il n'est las encore possible de préciser les conditions qui en assurent le succès , ou du noins celles qui permettent de les administrer sans crainte. Les praticiens en ont donc réduits à une sorte de tâtonnement aveugle, que l'expérience rend ;haque jour moins incertain et par conséquent moins dangereux. Quelqnesins de ces médicamens cependant peuvent être et sont tous les jours employés >vec sécurité , parce qu'ils ont peu d'activité; tels sont, le diascordium , la hériaque , la conserve de roses rouges et la confection hyacinthe (ce dernier

DiCT. DE MïDECIWE ET DE CHlRnUGlK Pn.^.TI90ES.

) COLITE

n'est plus usité). C'est donc par eux qu'il faut toujours commencer, lorsqu'on se décide à user de la médication astringente; la prudence conseille de n'avoir recours aux décoctions de ratanhia , cachou , simarouba , historié, au sulfate d'alumine , à l'eau de chaux, elc , qu'après avoir éprouvé l'insuffisance des premiers, de même qu'elle fait une loi de ne se servir des uns et des autres qu'après s'être convaincu de l'impuissance des antiphlogistiques , des opiacés et des révulsifs.

Ou blâmera sans doute la sévérité du jugement que je porte sur l'emploi des astringens dans le traitement de la colite chronique; plus d'un praticien dii a Les avoir employés maintes et maintes fois avec un succès complet , et toujours du moins sans inconvéniens. Mais j'en appelle aux partisans eux-mêmes les plus déclarés de ces médicamens, combien de fois ne les ont-ils pas vus inutiles et impuissans à arrêter le cours de cette maladie! Or, tout médicament à propriétés un peu énergiques qui ne produit pas les effets qu'on est en droit d'eu attendre est mal appliqué , il aggrave le mal ou tout au mohis le perpétue. De plus, dans les cas où les astringens ont répondu à l'attente des praticiens, est-il bien certain qu'ils aient toujours eu affaire à des colites ? Non, car pour les uns toute diarrhée est une colite , et pour les autres il n'y a presque jamais colite dans la diarrhée. Il n'en est qu'un petit nombre qui sache se tenir à une égale distance de ces deux exti êuies, et reconnaître toujours la colite et la diarrhée là, partout, et seulement où elles existent réellement. Cette distinction , il est vrai , n'est pas toujours facile à établir; mais c'est précisément parce que je suis convaincu qu'on a souvent confondu ces deux affections , que je crois fermement que la plupart des guérisons obtenues par les astringens appartiennent à des diarrhées. ( f^'oj ez ce mot.) Il en est probablement de même d'une grande partie des succès dus aux vomitifs et aux purgatifs. JN'ous examinerons au reste de nouveau celte question quand nous traiterons de la diarrhée.

Il est rare que l'intermittence soit bien complète dans les colites intermittentes ; lorsqu'elle l'est, tout le traitement consiste dans l'administration du quinquina dans l'intervalle des accès ; lorsqu'il n'y a que remitlence au contraire , il faut employer les antiphlogistiques, etc., comme ilans la colite continue. Il arrive alors , ou bien que la maladie cède à ce traitement, ou bien que l'intermittence s'établit d'une manière nette , et dans ce dernier cas le quinquina achève la cure.

Le ti aitement préservatif de la colite n'offre rien de particulier. Se préserver de 1 humidité, porter de la flanelle sur la peau si l'on habite des lieux ou une contrée humides, éviter les écarts de régime, s'abstenir des fruits \crts . des viandes faisandées, ete.^ eu un mot, éviter les causes, voilà loulc sa prophylaxie.

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