CONGÉLATION
huer ffiie le froid trbs-sec est accompagné de moins J'accidens de congélation [|ue celui qui s'allie à riuimidité. Lorsque celle-ci pénètre les chaussures elles ètemens, elle les rend meilleurs conducteurs du calorique: de telle sorte que l'étant plus aussi exaclemenf isolées de la tempéi ature ambiante, les parties reouvertes se refroidissent plus promptement et d'une manière plus complète. ]'esl plutôt lorsque de la neige à demi solide et presque fondante couvre la erre, eue par des fioids secs et plus rigoureux , que des militaires se présenent en grand nombre dans les hôpitaux avec des congélations étendues et probndes aux extrémités inférieures.
De même que la brûlure, l'état qui nous occupe présente plusieurs degrés , [uc l'on peut réduire à deux principaux, selon que les tissus soumis à un abaisement considérable de température sont encore souples et perméables aux iquides , ou qu'ils sont devenus résistans et solides au point que les humeurs ' soient rendues stagnantes et congelées dans leurs canaux. Ces deu^c états ne l'appliquent qu'aux effets immédiats du froid. La congélation ne désorganise )as directement , comme le fait l'excès de la chaleur ; et les lésions inflammauires,de même que les mortifications plus ou moins étendues qu'elle provoque, le sont dans presque tous les cas que des résultats secondaires ou consécutifs le son existence.
ILa partie qui éprouve l'impression immédiate d'une température très-basse lâlit d'abord , diminue de volume , se ride et devient le siège d'une sensation mportune de picotement glacial. Si le froid continue d'agir, elle rougit, puis e tuméfie légèrement , et prend une teinte bleuâtre. Des fourmillemens désagréables, et, successivement , des élancemens douloureux s'y développent. Son tissu est mou , souple et rénitent. Le sang, manifestement retenu dans le ■éseau capillaire, l'engorge et lui communique sa couleur veineuse. Au touthcr. elle détermine la sensation d'une température plus basse que celle qu'elle Présente réellement. Il n'y a pas alors congélation selon l'acception rigoueiise de ce mot, mais ralentissement considérable des mouvemens vitaux dans es tissus refroidis.
Ce premier état, analogue au degré irritatif de la brùbwe , peut être porté |U-!qu"à la stupeur et à l'insensibité la plus complète. Le sujet ne peut alors ni Qouvoir les parties affectées, ni même avoir la conscience de leur existence )iopre : les muscles n'obéissent plus h la volonté; les pressions, les piqûres, t même , en certains cas , les incisions ne sont plus senties. Qui n'a vu, durant :'S froids rigoureux , les doigts engourdis , ne pouvoir être rapprochés par 'action des muscles lonibricaux, refuser de se fléchir ou de s'étendre, et deenir entici ement inhabiles à l'exercice du toucher ?
Le second degré de la congélation locale est plus fréquemment encore le irusquc résultat de l'action subite d'un froid très-àpre , que la suite lente et raduée îles progrès du reli oidissemcnt dont il vient d être question. La partie, lans ce dernier cas, au lieu d'un rouge bleuâtre uniforme , présente des taches iiarbrécs , violettes, livides, plus ou moins étendues, et qui peuvent même ecouvrir toute sa surface. La circulation s'est graduellement arrêtée, et la ;angiène ou même le sphacèle sont imminens. Dans les climats du nord , le ent glacial qui , sous une température de 18 , 20 ou 30 degrés au dessous de \èvo , agit sur les parties découvertes et saillantes du corps, les frappe quelquelois avec une telle violence qu'elles passent tout à coup, et presque sans internédiaire , de la vie à un état de mort apparente ou définitive. Les surfaces ainsi efroidies pâlissent graduellement et prennent une teinte d'un blanc sale ou orné , analogue à celui de la vieille cire ; elles perdent en même temps leur ensibilité et se durcissent au point de foi mer un corps solide , jusqu'à une irofondeur plus ou moins considérable. J'ai pu observer ce dernier résultat ur plusieurs personnes, et même sur moi , en 1812. Quelquefois , l'action du roid est tellemeiit intense et vive , qu'à peine la douleur avertit-elle du début e son action , que la vie , suspendue dans ses actes, est déjà prête à s'éteindre. I. Moricheaii-Beanpré rapporte qu'atin de prévenir ces brusques congélaions , ses compagnons d'inforttuie et lui, durent, en Russie, se surveiller réci- WFOquement, et s'avertir des changemens que pouvaient éprouver à leur insçu eur nez et leurs oreilles,
Les parties frappées par le froid peuvent rester pendant un temps fort long lans l'état de langueur ou de suspension des actions organiques dont il vient l'être question, sans éprouver aucun changement notable de texture, sans lerdre irrévocablement la vie. Par cela même qu'elle enraie tous les mouveoens moléculaires, la privation du calorique s'oppose à ce que des altérations iltérieures s'opèrent dans les tissus qui en sont le siège. Aussi a-t-on vu, après ilusieui's heures et même plusieurs jours d'une complète insensibilité, et d'une mpossibililé entière d'exécuter le moindre mouvement , des parties non-seuement n'être pas frappées de gangrène, mais se ranimer par l'emploi de layens convenables, et revenir à leur état normal. Les effets destructeurs •bservés en pareils cas dépenilent doiiC moins du froid en lui-même que des hangemens qui s'opèrent , lorsqu'il vient à cesser , dans les tissus jusque-là !ngourdis et rendus inactif-i.
Plus la soustraction du calorique a été brusque et considérable, et plus le irompt rétablissement de la chaleur tend à s'accompagner d'une vive et dange- | 'euse réaction.
Si l'on approche du feu , ou si seulement on laisse se réchauffer rapidement, lans un lieu dont la température soit élevée, les régions du corps devenues ouges et insensibles par le froid, un fourmillement et un prurit insupportables le tardent pas à s'y développer. La partie se tumélie par l'alïlux du sang ; une haleur àcre et monlicaiite s'y développe , et la douleur acquiert quelquefois in tel degré d'acui'é qu'elle arrache au patient des plaintes et des cris. Celle rritalion locale se dissipe, dans la plupart des cas, lorsque l'impression du
froid n'a pas été très-profonde, par une prompte résolution : la chaleur anormale diminue, la rougeur s'efface, le gonflement disparait, la douleur est remplacée par un léger degré de sensibilité , et en quelques heures tout rentre dans l'état ordinaire.
A un degré d'inlensifc de réaction plus considérable, les mêmes phénomènes se produisent encore; mais au lieu dune simple rongeur, la slin^ulation détermine l'exhalation d'une quantité de sérosité suffisante pour soulever l'épiderme et produire des phîyctènes plus ou moins étendues et nombreuses Le liquide est alors limpide, de couleur jaunâtre , et les points sur lesquels il repose sont entourés d'une auréole inflammatoire , large de plusieurs lignes, qui se confond avec celles du voisinage , lorsque les phîyctènes sont multipliées , de manière à former une plaque érysipélateuse quelquefois très-considérable. Telle est la ressemblance de cet état avec celui qui caractérise la brûlure au second degré, que si les circonstances commémoratives ne venaient éclairer le diagnostic , il serait impossible , sur beaucoup de sujets , de l'établir d'après l'inspection seule des parties affectées.
A la suite des congélations portées très-loin et long-temps prolongées, la réaction ne se borne ordinairement pas à un désordre superficiel. Le liquide accumulé sous l'épiderme se montre sanguinolent ou noirâtre, et les phîyctènes recouvrent des portions de chorion livides, insensibles et frappées de mort. Cette gangrène envahit tantôt une couche mince , et tantôt l'entière épaisseur de la peau. A îles degrés plus graves encore , on n'observe plus d'exhalation séreuse et de soulèveinont épidermique, mais la formation immédiate d'escarres grisâtres, brunes ou charbonnées , plus ou moins étendues, et comprenant la totalité ou seulement quelqui*s divisions des membres qui en sont le siège. C'est le sphacèle par congélation.
Ce qui complète l'analogie entre ces divers degrés d'altération et les nuances correspondantes des lésions produites par les brûlures , est qu'on les observe quelquefois réunis sur le même su jet, et que les escarres, d'abord produites, s'étenilent ordinairement encore pendantquelques jours dans les parties qui sont immédiatement en contact avec elles , et qui ont trop souffert pour supporter, sans se désorganiser, l'inflammation dont leur tissu devient le siège.
Engelures. Lorsque , sans que le froid soit très-intense , les parties vivantes sont exposées aux alternatives fréquentes d'une température basse et d'une chaleur élevée, l'inflammation que nous venons de considérer comme passagère devient habituelle , et constitue la maladie vulgairement désignée sous le nom d'engelures. Cette affection, assez répandue dans nos climats , atteint surtout les enfans , les femmes , et en général les sujets lymphatiques, dont les tégumens sont délicats, irritables et inaccoutumés aux variations rapides île l'.ctmosphère. Elle est assez rare chez les sujets adultes et robustes. Les individus qui plongent souvent leurs mains dans l'eau froide, ciJtnme les blanchisseuses, y sont spécialement exposés. Enfin, elle envahit presque excliisivement les parties les plus éloignées du (;entre delà circulation , les moins couvertes et les plus exposées à l'impression du froid, comme les diverses régions du pied et de la main.
Durant l'hiver, le développement des engelures s'annonce par une tuméfaction circonscrite des légumens , qui acquièrent une teinte rose très-marquée , et deviennent le siège d'une chaleur désagréable et d'un prurit cuisant trèsincommode. Cetta inflammation , d'abord légère, et qui , si aucune excitation nouvelle ne l'entretenait, se dissiperait bientôt, acquiert successivement plus d'intensité, par la continuation du froid et par ses transitions avec la chaleur. Les points qu'elle envahit se multiplient ; les orteils , les doigts , le talon et la région métacarpienne en sont le siège le plus ordinaire. Entre les divers foyers inflammatoires , le tissu cellulaire sous-cutané se tuméfie , s'engorge, se durcit, et les surfaces dorsales des mains et des pieds présentent souvent, avec une teinte bleuâtre ou violacée , une épaisseur double ou tiiple de celle qui leur est naturelle. Après un temps plus ou moins long, les endioits spécialement affectés se ramollissent, s'altèrent, et fournissent un pus ichoreux abondant. Des phîyctènes précèdent quelquefois l'appaiition de ces érosions, dont le fond est grisâtre, souvent fongueux, et qui, dans certains cas, pénètrent jusqu'au delà du tissu cellulaire, atteignent les muscles , les gaines tendineuses, et occasionent des désordres fort graves. On a vu la gangrène on des dénuilations étendues résulter de l'excès d'inflammation des engelures, et presque toujours la chaleur, le prurit et la douleur lancinante qui les accompagnent, loisqu'elles sont multipliées, entretiennent chez les sujets de l'agitation , de l'insomnie, même de la fièvre ou d'autres symptômes sympathiques également graves.
I;es lésions locales produites par la soustraction brusque et co;;sidérablc ilu calorique dans les tissus vivans , sont d'autant plus dangereuses que l'action du froid a élé plus violente , plus prolongée ; et que les sujets étaient plus faibles , ou moins capables de résister à l'influence st upèfi an te des circonstances dans lesquelles ils se sont trouvés. Si au plus haut degré de la réaction produite pa.V la transition île la température congélante à une chaleur marquée , la peau conserve une couleur rouge uniforme , une turgescence manifeste, et une sensibilité exallée, le passage à la gangrène est moins à craindre que lorsque cette I partie devient livide, marbrée, et qu'aucune douleur ne s'y développe. Les phîyctènes annoncent , en général , une moi l ifical ion moins prolonile que les escarres grisâtres ou noires au dessus ilcs(|iielles la sérosilé n'est pas exhalée. On doit redouter le sphacèle des orteils , des doigts et même des pieds et des mains, lorsque ces parties, après leur exposition à la chaleur perdent leur sensibilité , se flétrissent , et se couvrent d'une teinte violacée et livide.
L'habitude émousse, jusqu'à un certain point, les cfl'cfs du froid. Les hommes obligés à de rudes travaux , pendant l'hivei' , s'endurcissent contre la soustraction du calorique , èt n'éprouvent que rarement les accidens de congélation