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C ON GELAT I O N

CONGEX ATION.

dont nous venons de pailfr. A la fin de la caraj-agne de 1812, les débris de rarinée venus de Moscou continuèrent à résistei' au froid meurtrier <|ui les poursuivait, tandis qu'une division neuve, arrivée à Wilna par des temps plus doux, et obligée de quitter brusquement ses abris , se fondit et disparut tout entière en quelc|ues jours.

L'impression du froid peut être continuée pendant long-temps sans détermirier d'accidens appréciables. On a remarqué, à l'armée, que les accidens produits par cette cause sont ordina'iremeut moins multipliés durant la rigueur extrême de la températin-e la plus basse, que lorsque cette température s'adoucit tout-à-coup pour faire place à une rapide élévalion du tbermoQiètre. M. Larrey a consigné cette remarque dans ses ouvrages, et j'ai eu l'occasion d'en vérifier l'exactitude. La transition atmospliérique du froid au chaud détermine alors un efTet analogue à celui qui résulterait de l'exposition brusque des parties frappées de congélation à rinfluence d'un appartement echaufl'é.

Le traitement préservatif des lésions produites par l'excessif abaissement de la température consiste, d'abortl, dans l'usage habituel de vêtemens assez chauds pour isoler l'organisme au milieu des corps environnans , et pour concentrer autour de lui la chaleur qu'il dégage durant l'exercice de ses fonctions. Les onctions faites sur la peau avec les graisses ou les huiles, et l'application de linges, on de parchemins enduits des mêmes substances, préservent avec efficacité, ilit-on , les parties extérieures de l'action du froid. Il est à peu près inutile de rappeler que les tissus faits de substances végétales , comme le lin , le chanvre et même le coton, isolent bien moins de la température extérieure, et sont par conséquent moins chauds que ceux de produits animaux , tels que la soie, la laine, le duvet, etc. Les fourrures présentent , sous ce rappoit , des avantages que ne sauraient ofTrir les tissus les plus épais ou les plus compliqués. La peau oppose à la pénétration de l'air atmosphérique une résistance quesque invincible , tandis que les poils, tournés à l'intérieur, retiennent le calorique conccntié autour des tégumens du sujet et rendent sa difl'usion très-difïlcile.

Si, malgré les précautions les mieux calculées, et les peuples septentrionaux nous offrent sous ce rapport d'utiles exemples à suivre , le froid atteint les parties les plus exposées à son action , il importe , avant toute chose , d éviter de les récliauU'er immédiatement et par l inlerveiition directe du calorique. Si les pieds ou les ni.dns sont rouges, engourdis et douloureux , il suflira d'un mouvement accéléré et de l'agitation de ces parties pour y rétablir graduellement la circulation et la chaleur. Des frictions sèches rempliront les mêmes indications pour le nez, les joues ou les oreilles.

Si à la douleur et à l'engourdissement a succédé une insensibilité complète , il faut recourir aux frictions faites sur les parties privées de calorique avec la neige, et les continuer jusqu'à ce que le retour , non de la chaleur , mais de la sensibilité , indique le renouvellement de l'exercice des mouvemens vitaux. Lorsque ce premier résultat aura été obtenu , il faudra substituer à la neige de l'eau à la température de zéro , puis de quelques degrés plus élevée , et arriver ainsi à des frictions avec de l'eau tiède , c'est-à-dire à la température de 10 à 15 degrés. A défaut de neige , la glace pilée devrait être employée aux premières frictions. I^orsque la partie est devenue uniformément molle, souple et rouge, que sa pâleur ou les taches violettes ou noires qu'on y remart[uait ont disparu de sa surface , on devra substituer les frictions sèches avec la flanelle à celles dont on s'était jusque là servi , et recouvrir enfin les régions soufTrantes de vêtemens chauds ou de couvertures épaisses , qui maintiendront autour d'elles le calorique qu'on y a rétabli.

Le repos et le sommeil , précédés de l'ingestion de quelque boisson chaude, légèrement aromatique et stimulante, suffiront pour consolider la cure et pour maintenir l'équilibre ainsi que l'énergie des fonctions.

Plus l'aclion du froid a été prolongée, intense et profoftde , et plus ces préceptes, relatifs à la lenteur avec laquelle le calorique doit être rappelé dans les parties congelées , doivent être rigoureusement observés. ]l en est des tissus vi- V'ins, réduits à l'inaction et durcis par un froid e.\eessif, eommedes substances végétales congelées dans les lieux où on les conserve. Les fruits, par exemple, sont-ils alors plongés dans la glace fondante et graduellement ensuite dans un liquide de moins en moins froid , ils se raniment, ne perdent rien de leur saveur, et redeviennent susceptibles de conservation; tandis qu'ils s'allèrent et se décomposent par une exposition brusque à une chaleur immédiate, quoique modérée. Dans ce dernier cas , le calorique agit d'abord sur les couches les plus supei ficiellcs des tissus soumis à son action ; il en liquéfie les liquides, les dilate elprovoque leur exlravasalion à travers les éléraens solides qui les contiennent. De là résulte" une désorganisation presque inévitable de toutes les parties congelées, à laquelle conti ibuent encore le trop brusque rétablissement du mouvement circulatoire, et la congestion réactionnaire trop intense qui succède à la transition instantanée d'une inactivité com|)lele à l'exercice des mouvemens vitaux. Tous les observateurs ont signalé ce passage rapide de la congélation à la gangrène et au spliacèle , chez les sujets sur les parties congelées desquels on versait de l'eau chaude , ou qui s'exposaient imprudemment à l'influence directe du calori(|ue.

Si cependant malgré l'emploi des moyens les plus rationnels ou par l'oubli de ces moyens, les organes trappes par le froid devenaient le siège d'une trop vive réaction et s'enQaminaient , il faudrait combattre cette plilegmasie comme «i elle déi)enclait de toute autre cause. Les phlyclènes seront percées à l'aide de ponctions légères , et l'épiderme réappliqué avec soin contre la surface dénudée du chorion. Des applications émollientes, le repos et 1 absence de toute stimulation nouvelle amèneront ensuite la résolution facile de l'engorgement et de la phlogose.

Lursqiic des escarres superficielles existent , soit au dessous de l'épiderme sou-

levé , soit à la surface libre de la partie congelée , il convient encore , si à leui voisinage la réaction est vive et l'inflammatiou intense, de recourir aux anti phlogistiques , sous l'influence desquels on verra l'irritation s'apaiser, les par lies mortifiées se séparer des tissus restés vivans , ^çt les ulcères produits par leur chute se cicatriser.

Dans certain cas , malheureusement assez communs , en même temps que de;, gangrènes partielles se caractérisent, la réaction se montre autour d'elles fai-i ble , lente et incomplète ; le.'? tissus du voisinage conservent un état marqué d'a j lonie et d'insensibilité , et une tuméfaction oedémateuse y remplace la couleiii vive et rosée des cas préccdens. Il est à craindre alors que la mortification ne s'étende et ne dégénère en sphacèle ; ou si ce dernier état existe déjà dans le, extrémités des membres, on doit redouter qu'il ne remonte de plus en plus vers leur base. Les fomentations stimulantes et aromatiques , telles que celles faites avec les décoctions de quinquina , de sureau, etc., auxquelles on ajoutera du vin, de la teinture de myrrhe oudel'acohol camphré, trouvent dans ces casgra^ ves d'utiles applications. A l'intérieur, des boissons légèrement stimulantes chaudes seront prescrites. On insistera sur ces moyens de traitement jusqu'à ce que la gangrène soit définitivement bornée, et autour des points, qu'elle envahit qu'une réaction franche se prononce. Selon la gravité des cas, on pourra alors ou attendre la séparation des escarres et la cicatrisation des ulcères, ou procé der à des amputations rendues indispensables par la profondeur et l'éteudue lies désorganisations opérées.

Le traitement des inflammations superficielles, déterminées par les alterna^ tives fréquentes et subites de la température chaude et du froid marqué, ne diflère pas essentiellement de celui de toutes les autres phlegmasies. Lorsque l'engelure est récente et caractérisée par une inflammation légère, il suffit de re^ couvrir, la partie afTectée, de compresses imbibées d'eau de Goulard. Les répercussifs ti ès-actifs , comme le vinaigre, l'alcohol, les frictions avec la neige, Yéx-[ position à une chaleur très-forte, ne doivent être employés qu'avec défiance J parce qu'ils exaspèrent souvent le mal au lieu de le guérir. Chez les sujets dont| les engelures sont très-irrilées et donnent lieu à des élancemens insupportables, l'application de quelques sangsues produit presque toujours d'excellens effets. Des cataplasmes émolliens , puis des fomentations aromatiques, et enfin des applications résolutives et toniques , conviennent ensuite pour raffermir les tissus, dissiper leur engorgement et hâter la guérison.

Les ulcères qui accompagnent souvent les engelures ne changent en aucune manière les indications précédentes. Il s'agit toujours de calmer d'abord l'excès de stimulation dont les parties affectées peuvent être le siège. Un doux digestif provoquera la détersion des plaies, dont la cicatrisation sera plus tard accélérée par l'application de la ciiarpie sèche ou du cérat de Saturne, et par l'emploi de compresses imbibées de liqueurs résolutives et astringentes.

11 est peu de maladies plus rebelles que les engelures; il n'en est pas peutêtre qui se renouvelle plus souvent, et qui se perpétue avec plus de persévérance. Une foule de moyens populaires ont été vantés et mis en usage pour prévenir leur développement ou opérer leur prompte guérison. Les prétendus secrets de ce genre échouent presque toujours ; heureux même lorsqu'ils n'exaspèrent pas les lésions q i'ils sont destinés à combattre ! Il n'est qu'une attention fondamentale, qu'un moyen réellement eflicace pour écarter les engelures et les faires cesser , c'est d'éviter l'influence du froid , et surtout les transitions du froid au chaud. Avec cette attention , tous les médicamens , toutes les pratiques réussissent; sans elle , les moyens les mieux indiqués sont sans efficacité, et la maladie continue inévitablement ses progrès.

Effets généraux cluj'roi'l. — La soustraction du calorique détermine sur l'ensemble de l'économie vivante des phénomènes directs d'alFaiblissement, de stupeur et d'inactivité , analogues à ceux que nous avons décrits plus haut. Ils présentent toutefois cette différence, sur laquelle on a jusqu'ici trop peu insisté, que l'organisme animal réagit toujours autant qu'il est en lui contre le froid, et' (|u'il ne s'engourdit et n'arrête ses mouvemens que lorsque les sources de celle réaction sont enfiy taries. , ,

Toutes les fois que les sujets soumis à l'influence d'une très-basse température sont forts et vigoureux , l'impulsion qu'ils en reçoivent est d'abord toute tonique et stimulante. Le corps vivant réagit à l'instant même où il est olTensé. Le pouls devient plus grand, plus énergique, et un sentiment intérieur très-manifeste | d'au"mentation des forces musculaires se développe. A mesure que le froid continue, cette réaction s'afi'aiblit et tend à s'éteindre. Le sujet se fatigue, sa volonté chancelle , ses membres refusent leur ollice , le désir et bientôt le besoin du repos et du sommeil se font sentir et deviennent irrésistibles. Les organes se meuvent avec une difficulté incessamment croissante, jusqu'à ce qu'enfin leur langueur faisant de nouveaux progrès, ils restent complètement immobiles. La chaleur et la force nerveuse se confinent de plus en plus dans l,<;s parties centrales et profondes de l'économie, et la vie se restreint graduellement à des actes faibles et obscurs à peine saisissables , qui laissent au sujet l'apparence de la mort.

Celle-ci peut avoir lieu, ou par l'excès delà réaction organique, ou parles progrès successifs de 1 afTaiblissement des actions vitales. Dans le premier cas . le visage se colore, les conjonctives s'injectent , une congestion cérébrale intense se caractérise; les sujets chancèlent, s'expriment avec difficulté, éprouvent des hémorrhagies nasales, pulmonaires ou autres, et enfin tombent sur le sol, et périssent au milieu de secousses convul-sives analogues à celles de I épilepsie. Les accidens de ce genre ont été assez souvent observés durant la désastreuse retraite de 1612.

Mais dans les cas les plus ordinaires , la mort est le résultat de rextinclioii araduée des forces organiques. Elle est favorisée par la débilité sénciale , le*

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