ACCLIMATEMENT
es arrivans, c'est la fièvre jaune. S'ils en guérissent ou s'ils ne l'ont pas , ils s'habituent assezfacilemeut à la température médiocrement élevée des Antilles , et ils ne sont plus malades. Au contraire, dans les Indes-Orientales, il n'y a que quelques points où, sous l'influence de causes toutes locales, se développent des fièvres endémiques plus ou moins analogues k la fièvre jaune : cette cause de maladie et de mortalité est donc beaucoup moins grande dans l'Inde qu'en Amérique. Mais dans l'Inde, l'élévation infiniment plus grande de la température, et de plus, si l'on peut s'exprimer ainsi , la brusquerie si remarquable des vicissitudes atmosphériques, ce passage si rapide de la chaleur étouffante du jour à l'extrême fraîcheur des nuits , produisent peu à peu dans les organes les plus importans des désordres graves , qui deviennent d'autant plus multipliés que le séjour se prolonge davantage.
L'Européen qui va habiter les régions équatoriales , peut jusqu'à un certain point éviter les maladies , et s'acclimater sans péril en se soumettant à quelques règles d'hygiène que nous allons retracer.
Il est très-important que , pendant la traversée même, il s'astreigne à une grande tempérance dans ses alimens et dans ses boissons. L'on a souvent eu occasion d'observer que la bonne santé que conservent plusieurs Européens après leur débarquement , dépend de la sobi-iété qu'ils ont montrée pendant qu'ils étaient en mer. Une fois débarqués, ils ne doivent pas oublier qu"il existe chez toutes les personnes qui arrivent dans les pays chauds une disposition notable a l'inflammation , et que le plus sûr moyen de l'éviter est de se soumettre à un régime peu substantiel , composé en grande partie de substances végétales; à plus forte raison doivent-ils éviter tout excès de table. Il sera bon qu'ils ne fassent que deux repas , l'un dans la matinée , l'autre vers le milieu de la journée ; il est d'observation dans les pays très-chauds, qu'en ne se surchargeant pas l'estomac dans la soirée, on se procure une nuit meilleure. Un usage modéré des fruits est très-salutaire aux étrangers; ils leur deviennent uuisibles , s'ils en mangent avec excès ; leur usage immodéré augmente l'excitabilité du tube digestif, déjà si grande dans les pays chauds, et il favorise outre mesure la sécrétion biliaire. Le choléra-morbus , qui frappe souvent les personnes nouvellement arrivées aux Indes, reconnaît pour une de ses causes l'abus des fruits du pays. Plusieurs de ces fruits produisent encore chez les inacclimatés un autre effet singulier : ils déterminent chez eux plusieurs espèces d'éruptions cutanées. Il n'est pas besoin de dire que les divers condimens, dont les gens de mer usent avec tant de profusion, et qui peuvent avoir leur utilité ou du moins être sans inconvénient dans les pays froids, sont éminemment nuisibles aux individus qui arrivent au Bengale et aux Antilles.
Les boissons doivent être, comme les substances alimentaires, douces et rafraîchissantes. Un des préjugés les plus funestes aux Européens, et qui heureusement commence à se déraciner parmi eux , c'est qu'à leur arrivée dans un pays chaud ils doivent faire usage de boissons excitantes pour se donner du ton, et diminuer l'abondance des sueui-s. Si dans nos climats l'abus du vin et des liqueurs donne souvent des maladies de l'estomac et du foie, à plus forte raison doit-on admettre que les affections de l'appareil biliaire, si fréquentes aux Indes , sont au moins favorisées par les boissons alcooliques ou les excès de table. Dans les Indes, plus souvent encore que dans nos climats, de pareilles causes doivent souvent donner naissance à des gastro-duodénites chroniques. Elles doivent aussi singulièrement prédisposer aux irritations cérébrales , et, par exemple , à cette forme de délire qui dans nos pays vient compliquer la plupart des maladies aiguës chez les individus habitués à s'enivrer. Du reste, Johnson nous apprend que les Européens qui habitent les Indes sont aujourd'hui beaucoup plus sobres qu'ils ne l'étaient il y a seulement quelques années , et il sera curieux de savoir jusqu'à quel point cette amélioration dans le régime produira une diminution dans le nombre comme dans la gravité des maladies , on en modifiera la nature. L'eau pure, l'eau acidulée l'eau lactée chez d'autres individus , sont les seules boissons que devraient se pei'mettre les Européens pendant la première année de leur séjour aux Indes- Il est très-dangereux pour eux de se livrer au plaisir de boire très-froid.
L'homme du Nord qui va habiter les pays équatoriaux ne doit pas moins y modifier son habillement que son régime. Il n'a rien de mieux à faire que d'imiter les indigènes qui, par instinct, ont merveilleusement adapté leurs vCtemens à la nature du climat.
Ainsi, dans les Indes, l'Européen échangera son chapeau contre un turban qui le garantira plus efficacement des rayons solaires ; comme l'habitant du Bengale, il s'entourera d'une large ceinture, dans le but de se préserver les entrailles de la funeste influence du froid du soir ou de la nuit. Il quittera ses habits de lin, pour prendre des vêtemens de coton; car ceux-ci sont moins bons conducteurs du calorique , et , comme tels, d'une part ils transmettent moins au corps la chaleur extérieure, et d'autre part, dans les cas d'abaissement subit de la température de l'atmosphère, ils conservent mieux la chaleur du corps; ils sont donc propres à garantir à la fois du chaud et du froid. Le coton est aussi préférable à la flanelle que portent plusieurs Européens ; car cette flanelle est trop lourde , et , dans les cas d'abaissement de température extérieure, elle garde trop la chaleur du corps; de plus ella produit dans les pays chauds une irritation de la peau qui est très-pénible e^ qui favorise la sueur. L'expérience a aussi appris qu'il ne fallait pas trop^ souvent renouveler les vêtemens imprégnés de sueur; Johnson a remarqué ^ qu'on rendait moindre la transpiration cutanée si, au lieu d'échanger continuellement contre des vêlomens humides de sueur des vêtemens lessivés , on reprenait les mêmes, deux ou trois fois , après s'être contenté de les faire bien .sécher. En principe général il faut chercher, par tous les moyens possibles, à modérer la transpiration cutanée, sans toutefois la supprincr.