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CONSULTATIONS

reclioiinelle , duquel on déduit des conséquences , qui confirment ou infirnt celles qui ont été tirées de chacun des rapports en particulier. les deus. ordres de consultations n'ayant entre eux aucune analogie , nous traiterons isolément, et si nous nous souimes décide à parler des premières, st plutôt pour satisfaire au but du dictionnaire que pour donner des notions puissent guider le praticien dans les conclusions médicales qu'il pourra pren- ;. Une foule de jeunes praticiens sont souvent fort embarassés dans la con- { ite qu'ils ont à tenir à l'égard du médecin consulté , et souvent , nous le disons egret , des médecins peu délicats abusent de leur ignorance et comprouiettent ez le caractère dont ils sont revêtus pour chercher à inspirer aux malades 3 confiance aveugle dans leurs avis , et faire oublier le confrère dont ils ont u la plus grande marque de considération à laquelle le praticien puisse asj er : celle qui est basée sur un jugement sain et une instruction solide.

est d'ailleurs des règles tle convenances réciproques dont on ne doit jamais départir , et si le jeune médecin qui débute sent toute sa faiblesse, s'il se rend jltice , le vieux praticien ne doit jamais perdre de vue qu'il fut jeune et qu'il L souvent se trouver dans les mêmes circonstances. Cherchons à assigner le e que l'un et l'autre devront remplir.

Du choix du médecin à consulter , impi oprement nommé médecin consultant.

Le médecin consulté peut être demandé par le malade ou par le médecin lilant. En général le médecin traitant doit toujours accepter avec erapresseint une proposition de ce genre , qu'elle ait été faite par le malade ou par ses [l'ens. L'homme instruit qui a agi selon sa conscience ne peut jamais craindre ( mettre sa conduite à découvert. Mais il ne s'ensuit pas de là qu'il doive touj rs accepter le médecin qu'on lui désigne. Trop souvent ce choix est fait à 1 stigation de garde-malades et de commères, et, par conséquent, d'après Te cprlatanisme de quelques confrères qui ne craignent pas de s'avilir au point Cjcourtiser ces sortes de gens. D'ailleurs, une considération bien plus puiss te exige son refus : la crainte que de mauvais conseils ne viennent compro- Bttre les jours du malade : l'ignorance et le charlatanisme marchent souvent dlpair. Hàlons-nous cependant de dire qu'il ne serait pas convenable de rcfuslun confrère parce que son nom ne serait pas placé en première ligne dans le Bjude médical; tout médecin dont la conduite a toujours été honorable, quels œ soient d'ailleurs son rang et son âge , doit être accueilli.

liOrsque le choix du médecin consulté est abandonné au médecin traitant, uî considération puissante doit le guider dans ce choix. Certains praticiens 8 lonnent d'une manière plus spéciale au traitement de telle ou telle maladie, e par conséquent , ils ont une plus grande habitude de sou diagnostic et de <i traitement. C'est vers celui-là que doivent se porter les regards du médeï traitant, persuadé qu'il peut être que le malade retirera plus de fruit de t avis.

In général , il faut être le premier à proposer aux malades des consultations. Îbs ne sommes plus au temps où ce moyen n'était employé qu'à la dernière eiémité, et où le malatle le considérait comme la preuve de l'incurabililé de Jiualadie. Aujourd'hui les médecins cherchent à s'éclairer dans les cas difficih\ et il en résulte toujours un avantage pour le malade et pour eux-mêmes. • hi nombre de médecins à consulter. — On a beaucoup discuté sur la néces- *i]de rejeter les consultations nombreuses. On s'est basé sur la nature même d|a médecine qui , entièrement soumise au jugement de chacun , fait souvent crevoir les maladies sous plusieurs aspects, et conduit à un conflit d'opinions ptôt nuisibles qu'utiles. Je ne partage pas cette manière de voir. Aujourtl'hui î«|iagnostic des maladies a fuit tant de progrès , grâce à l'analomie pathologiif ' , que tout le monde cherche, non des maladies , mais un organe malade, et q nd on ne trouve pas d'organe spécialement afTeclé, chacun convient qu'il est it ossible de localiser le mal. L'idée de doctrine n'est plus compatible avec la Bitecine pratique, et notre époque est véritableaient éclectique. Pourquoi Cljndre alors cet esprit de système , qui , pendant si longtemps , nous a attiré Iflritique lapins amère? La loque doctorale n'est plus qu'un brevet d'exercice d a médecine , et chacun , mettant tout pédantisme de côté , n'y voit que le d: t qui lui a été donné de soulager l'humanité. Qu'a-t-on donc à craindre d'une niion de plusieurs médecins '? ne doit elle pas produire le résultat général des eilmissions auxquelles sont soumises certaines questions cjue chacun discute et p sente sous plusieurs jours difFéi ens , et ilont chacun aussi se range de l'avis É(jparaît le plus général? Mais ce que je dis du nombre de médecins consul- , je ne l'applique pas aux médecins traitans ; je suis à leur égard d'une opii tout opposée; je crois qu'il faut dans le traitement d'une maladie une brmilé incompatible avec l'idée de plusieurs médecins journaliers. Le prain qui voit un malade s'en rend pour ainsi dire responsable ; il combine ses ans , les coordonne de manière à apprécier les efi'ets qu'ils produisent. U le'glige rien pour les faire exécuter avec soin et avec la plus grande exactituî; tandis que, dans le cas contraire , chacun fait la besogne à demi , chacun ilikie son avis , chacun propose son moyen curatif. L'un détruit souvent le soir ne l'autre a commencé le malin; aussi les personnes les plus riches sontan général le plus mal soignées, e quelcjues det^oirs à remplir avant la consultation. — En médecine pratiet au lit des malades les médecins sont égaux. C'est à l'âge seul que sont ]> les déférences. Un médecin consulté est-il plus jeune que le médecin iant , il doit prendre l'heure et la commodité de ce dernier pour la consul- ^n. Il est rare qu'il existe, dans ces cas, une grande différence d'âge , et les "lades qui savent garder des convenances ont l'habitude d'appeler, avec le ■njecin plus jeune, dont elles veulent avoir l'avis, un médecin plus âgé que celui leur donne habituellement des soins. Lorsque plusieurs médecins sont dés, c'est toujours le plus âgé qui assigne les rendez- vous. Dans tous les

cas, le médecin traitant doit en avertir le malade, et surtout rassurer Son moral en lui faisant entrevoir les avantages qu'il peut en retirer.

De la consultation proprement dite. — Sans parler de l'exactitude que doivent mettre des méilecins consultés à de pareils rendez-vous, nous dirons qu'ils doivent être introduits auprès du malade avant qu'on leur ait donné la moindre notion sur la maladie , afin qu'ils n'arrivent pas imbus d'une manière de voir basée sur quelques idées préconçues, ou sur celles mêmes du médecin qui donne des soins au malatle. Le médecin traitant peut alors leur tracer le tableau du développement de l'afTcction pour laquelle ils sont appelés, de sa marche, de sa durée , du traitement qu'il a adopté jusqu'alors , et des effets qu'il en a obtenus. Cette narration faite en présence du malade offre l'avantage d'être toujours exate , parce que , si des erreurs sont commises, elles sont aussi relevées sur-le-champs. Toutefois, il est bien entendu (pie dans les cas où il aurait à faire connaître des circonstances qui pourraient inquiéter le malade, il les omettrait à dessein. Alors le médecin le plus âgé interroge le malade, l'explore avec soin; chacun des consultans profite de cet examen et adresse ensuite les questions qu'il juge convenable de faire. Il est d habitude de se retirer dans une pièce voisine pour y discuter sur la nature de l'affection. C'est là que le médecin traitant doit faire part à ses confrères des circonstances qu'il a pu cacher, et leur fait connaître les maladies auxquelles ont pu être sujets les proches parens du malade. Alors le médecin consultant le plus jeune prend la parole, établit le diagnostic de la màladie, et propose ses moyens curatifs; viennent ensuite les autres médecins par rang d'âge. Que s'il y avait dissidence d'opinion, chacun devrait chercher à faire prcvaloii la sienne, s'il était réellement convaincu qu'elle fût dans l'intérêt du malade; mais il le fera toujours avec toute la mesure et tous les égards que se doivent les hommes honorables, et l'abandonnera ensuite si elle n'est pas appuyée. Croit-il apercevoir quelque faute de la part du médecin traitant, il lui fera entrevoir qu'il regarderait comme dangeureux pour le malade de revenir à tel ou tel moyen employé; il peut ajouter qu'en général ces moyens ne lui ont jamais été que désavantageux; mais là doivent s'arrêter ses observations.

Lorsque chaque médecin consultant a donné son avis , le médecin traitant a quelquefois une tâche difiicile à remplir. Beaucoup de personnes tiennent a donner quelque poids à leur consultation en modifiant le traitement adopté , et en changent même des médicamens qui n'ont entre eux de différence que le nom. C'est de leur part une mauvaise manière et de voir et de faire : mauvaise manière de voir, car un léger changement dans une tisane ne peut exercer une grande influence sur le moral du malade; et une mauvaise manière de faire, car c'est affaiblir la confiance du malade en son médecin habituel; aussi ce dernier doit-il s'élever de toute sa force contre des innovations de ce genre. Il faut de plus ([u'il discute les opinions émises par ses confrères , si elles sont opposées aux siennes, et qu'il appuie sa manière de voir, non pas avec la ténacité d'un ignorant, mais avec celle d'un liomme consciencieux.

Alors le plus jeune médecin écrit sous la dictée du plus âgé le mode de traitement adopté. Tous rentrent auprès du malade, et le doyen d'âge lui fait pari du résultat de la consultation.

Les consultations qui se font par écrit n'ont jamais lieu que pour des malades éloignés. On adopte ordinairement les formes suivantes : le médecin traitant rédige l'histoire hygiénique et pathologique du malade avec le plus grand soin. Cette pièce importante décide presque toujours de la valeur de la consultation , en sorte qu'elle peut quelquefois être plus nuisible qu'utile. Souvent elle est inutile, parce que chacun juge des nuances et des degrés d'une maladie à sa manière; que le médecin consulté n'ayant pas le malade sous les yeux, ne peut pas rectifier les erreurs de son confrère ; que ce dernier rassemble et groupe les faits de manière à appuyer son diagnostic et son traitement ; que le plus souvent enfin, le médecin consulté manque des documens qui peuvent l'éclairer et lui faire donner des avis salutaires. Si tous les hommes étaient pourvus du don d'observer les maladies avec soin , alors ces consultations seraient plus utiles ; aussi le deviennent-elles entre des médecins instruits et bons observateurs.

Dans tous les cas , le médecin consulté commence par rassembler en tête de sa consultation les faits qui appuient son diagnostic ; il indique ensuite quel est le traitement qu'il croit convenable de suivre.

Des consultations médico-lég des. — Déjà nous avons indiqué ce que l'on devait entendre sous ce nom. Il nous reste à faire connaître les cas qui les réclament et la marche que 1 on adopte dans leur rédaction. Les eoiisullatioiis médico-légales peuvent avoir deux sources différentes. Elles sont demandées ou par les parties inculpées ou par le ministère public. Elles se font le plus souvent avant un jugement prolioncé , mais quelquefois après si les parties .considèrent la chose comme mal jugée. Ces exemples ne sont pas rares , et nous pourrions citer des consultations médico-légales qui ontfait réhabiliter des individus condamnés à des peines infamantes ; mais ce n'est pas ici le lieu de pré ciser des cas.

Lorsque les parties inculpées demandent une consultation médico-légale , ils la veulent capable de militer en leur faveur dans la défense. Le médecin joue donc ici le rôle d'avocat. Ce rôle a des bornes , et , suivant nous, le médecin sort du caractère honorable dont il est revêtu lorsque, contre sa conscience, il prend les faits, les isole ou les rapproche au besoin , les dispose en un mol de manière à leur donner moins de valeur s'ils sont à la charge de l'accusé, et plus d'importance s'ils peuvent atténuer sa culpabilité. Dans la classe honorable des avocats on en trouve de deux espèces : les uns se chargent de bonnes causes et refusent celles dans lesquelles ils seraient obligés de morceler les faits , de les dénaturer pour servir leurs cliens ; les aulrec défendent tout espèce

CONTAdIOW.

de lliùse , paraissant aussi pénétrés d'un fait qui n'a pas même les apparences de la vérité que s"il portait le cachet de Texaclinde. J'aime à croire qu'ils sont trompés par leurs cliens. C'est dans la première catégorie que doit se placer le médecin légiste; mandé par l'accusé, mandé par l'autorité, le résultat doit être le même , la stricte iipprcciulioii des faits à leur véritable valeur. Il est cependant une nuance de partialité autorisée par la loi. Elle concerne les cas douteux ; alors la balance doit pencher en faveur de l'accusé ; à plus forte raison si des conclusions ne reposent pas sur une base solide : alors le médecin doit les combattre avec force, et faire entrevoir aux magistrats les fausses conséquences auxquelles ils peuvent être conduits. En un mot, c'est dans les consultations médico-légales que le médecin peut mettre au jour sou caractère d'homme probe , impartial , inaccessible aux passions comme à la clameur publique ; qu'il ait donc toujours présent à l'esprit les qualités qu'il doit posséder, et qu'on puisse dire de lui ce qu'on dirait de Muhon, vir prohus par excellence, âme forte sans exaltation , cœur bon et sensible sans faiblesse , mœurs pures et douces , franchise inaltérable, sans droit, jugement exquis, érudition vaste.

Un ou plusieurs médecins peuvent être consultés à la fois. Ils reçoivent tous les rapports faits par les personnes désignées comme experts, ainsi qu'un certain nombre de documens recueillis par les juges d'instruction, documens propres à les éclairer dans la manière dont le crime a été commis. Souvent même lorsque les personnes consullé< ,> ne peuvent pas se transporter sur les lieux, on joint au.x. pièces indiquées ci-dessus un plan exact des localités. A toutes ces pièces on annexe le plus souvent une série de questions que la nature de la cause pourra soulever dans les débats.

Il me semble qu'il est mauvais d'adresser aux médecins consultans les rapports des experts avec leur signature. Tel ou tel nom inspire plus ou moins de confiance , et souvent même l'autorité d'un nom peut modifier la manière de voir d'un médecin ; car un médecin est un homme avant tout : si j'étais appelé ;i donner mon avis dans un cas de ce genre , je commencerais par cacher le nom des premiers rapporteurs et les conclusions qu'ils ont prises.

Toutes les pièces ainsi réunies, il faut que le médecin se pénètrcbiendes faits mentionnés dans chaque rapport : il faut d'abord qu'il pèse leur valeur; puis, qu'il les groupe , les coordonne et qu'il en tire des conclusions. Il faut ensuite qu'il compare ses conclusions avec celles adoptées à la suite de chaquerapport ; et s'il existe quelque dissidence, qu'il recherche de nouveau quelles sont celles que les faits motivent. Ce premier travail achevé, il dressera sa consultation.

Il exposera ; 1° ses titres et qualités ; 2° l'autorité qui l'a requis de donner son avis; 3" l'énuméralion des pièces qui lui ont été adressées par numéros. 4o II fera un résumé succinct des circonstances dans lesquelles le crime a été commis, en ayant le soin de souligner celles dont il devra par la suite tirer quelques inductions. 5» Il passera rapidement en revue les faits cpii se rattachent à la maladie de l'individu , et soulignera encore les plus probans. 6° 11 en sera de même à l'égard des altérations que l'ouverture du corps aura pu démontrer ; et s'il s'agit d'un empoisonnement, il extraira des rapports les preuves chimiques que les expériences ont fournies. 1° Que si le malade avait survécu soit à sa blessure , soit 'a son empoisonnement, il relaterait encore les principaux symptômes qu'il aurait ofTcrts durant sa courte existence.

Jusqu'ici il n'y a qu'une simple exposition de faits, c'est la première partie d'une consultation médico-légale. La seconde se compose de la discussion des faits : c'est la plus difficile ; elle exige de la part du médecin beaucoup d'ordre et de sagacité; il faut qu'il s'élève des moindres preuves à celles del'ortlre le plus élevé, qu'il les commente par écrit isolément , puis groupées les unes avec les autres de manière à préciser leur valeur isolée et leur valeur d'ensemble, et c'est lorsqu'il a complété ce travail qu'il entreprend la troisième partie de ses consultations. Ell'e a pour objet les conclusions prises par les premiers rapport eurs , qu'il sanctionne par des faits raisonnés ou qu'il combat de la même manièie.

Enfin, la quatrième partie se compose de ses conclusions personnelles. Il doit toujours les motiver, et c'est là un des principaux caractères d'une consultation, c'est là ce qui en établit la difliculté. Tandis que dans un simple rapport, le médecin doit se borner à relater des faits et à en tirer des conclusions sans commentaire; dans la consultation, au contraire, il faut qu'il établisse les raisons qui l'ont porté h conclure de telle ou telle manière.

Le médecin consultant est souvent obligé de se livrer à des expériences particulières, dans les cas d'empoisonnement par exemple; c'est sur elles qu'il fonde la valeur de celles qui ont déjii été entreprises. Il doit alors les exposer avec détails; il a aussi souvent occasion de s'appuyer de faits étrangers à la cause , mais qui ont av<x elle les plus grands rapports. Ces faits puisés dans des auteurs recommaiidables tiennent ordinairement beaucoup de poids aux consultations ; car il en est en médecine légale comme en jurisprudence, dans les «as difficiles ou cherche des analogies dans les temps passés et dans les jugement rendus antéricuremeul pour appuyer de nouveaux faits et tirer le magistrat de la roule incertaine dans laquelle il peut être engagé.

Ainsi donc, dans une consultation médico légale , le médecin n'a pas de bornes tracées ; il peut discuter, commenter les faits avec la plus grande latitude, s'appuyer (le l'aiitorilé des noms , comme de celle des choses jugées, trouver mauvaise telle ou telle expérience , tel ou tel fait mal observé; mais il ne faut jamais qu'il oublie ((ue sa consultation est rarement la seule; que les magistrats s'adressent le plus souvent à plusieurs médecins ditTci eus , et que •ouvent aussi , leur consultation est envoyée à un autre expert , qui la discute et la commente de nouveau ; en sorte que l'on ne saurait apporter trop de précision dans le langage, trop de réserve dans l'infirmation des faits, et surtout trop d'impartialité dans le jugement que l'-on porte. ( Atph. DtVKnciK.)

( 640 ) CONTAGION

CONTAGION, conlagio , contages, contagium , Ae contingeie , toucher. il est peu de sujets en médecine qui présentent plus de difficultés ii résoudre q|: le grand problème de la contagion. Nous ne devons le considérer ici que s(ji un point de vue général ; les questions de détail seront examinées dans arliclesjconsacrés à l'étude de chacune des maladies contagieuses en particuli( §1. Définition de la contagion; de ses dii'erses espèces. — On entend as: généralement par contagion la transmissi on d'une maladie d'un individu h 6u plusieurs autres, par l'intermède du contact médiat ou immédiat. Dans ( derniers temps, M. Rocheux a proposé une définition qui difl'ère un peu de précédente. « Nous admettons la contagion, dit cet auteur , pour touté mala( » dans laquelle le corps du sujet qui en est alTecté produit un principe susce 11 tible de communiquer le même mal à un individu sain; quelles que puisse » être d'ailleurs l'origine primitive de ce principe, les conditions qui rende » son imprégnation plus ou moins facile , les voies par où elle a lieu, et la m 11 nière dont elle s'effectue. »

On peut établir diverses espèces de contagion, soit qu'on prenne pour ba de cette classification la nature même des principes contagieux, ou bien mode suivant lequel s'opère la contagion.

lo. Des diuers modes de contagion. — On trouve dans le mémoire de Quesna sur les vices des humeurs (voyez Mémoires de rjcadéniie royale de Chirurgi, la première origine des distinctions dont a été le sujet la contagion , éludi sous le rapport de son mode de transmission. Quesnay admet deux espèces c contagion : « la première espèce consiste dans la communication des maladi » qui s'étendent d'un corjis à un autre par la propriété qu elles ont de muH » plier la cause qui les a excitées, et de se multiplier elles-mêmes dans d'à; >i très sujets par cette augmentation de cause : la variole est un exemple bi( "1 sensible de cette espèce de contagion »

La seconde espèce de contagion admise par Quesnay est caractérisée par«;i » communication d'un mouvement spontané qui s'étend d'un corps à un aut » corps, qui est susceptible d'un tel mouvement. >i Ce qui se passe dans fermentation pauaire ordinaire est , suivant Quesnay , l image de ce genre > contagion. C'est encore ainsi , ajoute le même médecin , que si l'on place da un air corrompu , putride , un morceau de chair fraîche , la pourriture ue tan pas h s'emparer de cette chair.

M. Roclioux divise aussi les maladies contagieuses en deux genres , relativ ment à leur mode de production. Les unes, telles que la gale , la rage, lavi riole , la rougeole et la scarlatine , ont un germe susceptible de se reproduii et de se multiplier à la manière des êtres organisés ; dans les autres, quicoi: prennent les affections appelées autrefois pestilentielles, et désignées de n! jours sous le nom générique de typhus , ce germe n'existe pas du tout, oikbici si on le retrouve, il est faible et il a besoin pour se perpétuer d'une foulai conditions accessoires sans lesquelles il ne tarde pas à s'anéantir.

Dans un très-beau rapport fait à l'Institut en 1825, M. le professeur D puytren s'exprime ainsi concernant les divers modes de contagion. « La natu 1) est loin de n'offrir qu'un mode et qu'un moyen de communication des raal » dies contagieuses. Considérées dans leur euserable, ces maladies peuvc « être communiquées de trois ou quatre manières différentes : l'atmosphcr » le contact, l'application et le frottement , l'inoculation ou l'insertion , so » autant de moyens par lesquels la rougeole , la scarlatine, la vaccine , la v » riole, la pustule maligne, la gale, la syphilis et la rage peuvent être cou B muniquées.

» En eifet , parmi ces maladies, les unes se transmettent par l'intermédiaii » de l'air: telles sont la rougeole et la scarlatine, arrivées à une certait n période de leurs cours; d'autres se transmettent par le contact : telle esl .' » gale; celles-ci ont besoin du contact et du frottement : telle est la maladi » vénérienne; celles l'a, enfin, ont besoin de l'inoculation ou de l'insertion : » sont la vaccine et la rage. Quelques-unes ue peuvent être transmises que d'uri » seule manière : telles sont la rougeole et la scarlatine, la gale , la vaccine < » la rage; d'autres peuvent l'être de plusieurs manières : telles sont la sypliili » et la variole , qui peuvent être communiquées, la première par contact , avt » ou sans frottement , et par inoculation; et la seconde par inoculation , p: » contact et par l'intermédiaire de l'air; et c'est en vain qu'on tenterait <1 » transmettre la rougeole , la scarlatine ou la gale par inoculation , ou bie » qii'on essaierait de transmettre la rage et la syphilis par l'intermédiaire u • l'air : chacune de ces alfeclions a ses modes de transmission déterminés. Or » l'on sent combien il serait absurde de nier que telle de ces maladies n'est pi » contagieuse parce qu'elle ne l'est pas à la façon de telle autre. » i Quel que soit entre les modes qui vienneut d'être signalés, celui qui ait pr( sidé au développement d'une affection vraiment contagieuse, il suppose coi stamuicnt que cette affeclion a été transmise par un individu malade à un o plusieurs gntres qui ne l'étaient pas.

2". De la diversité de nature des principes contagieux. — La différence d(j principes contagieux se déduit presque uniquement île la did'érence des cffc | qu'ils produisent par leur application sur l'économie animale. En effet , la pli ' part de ces principes se dérobant poui' ainsi dire à l'œil de la physique et de 1 chimie, ne pouvant être saisis par aucun iiisirument, il devient impossible d les comparer entre eux sous le rapport de leur nature intime. Ces princip» contagieux , dont l'existence ne peut être constatée par les procéilés ordinaire de la physique et de la chimie , sont connus sous le nom de miasmes. Parmi C( miasmes, il en est, h la véiilé, que l'odorat, plus subtil que les instrumens tl la physique et de la chimie , nous fait connaître ; mais outre que des dislini tiens fondées uniquementsur des différences d'odeur, ne sont pas d'une grand solidité, remarquons qu'il est des miasmes contagieux qui ue s'annoncent pi

COWTA-GIOPf.

CONTAGION

Licune pspèce d'odeur ; tels sont en particulier ceux qui donnent naissance à rai'iole , à la rougeole , à la scarlatine , etc.

Quelques principes contagieux se présentent à nous sous la forme de liqnics de propriétés physiques et chimiques vari;ibles; de ce nombre sont le prinipe contagieux contenu dans les pustules de la variole , de la varioloide ou de I vaccine, le virus rabique , le virus syphilitique ( dont , à la vérité, Texistcncc it aujourd'hui contestée). Cependant , dans l'état actuel de nos connaissances, est impossible de déterminer quelle est la condition physique ou chimique à quelle les liquides indiqués sont redevables de leur propriété contagieuse; uelle est , par exemple , la condition qui distingue la salive propre à commuiquer la rage de la salive ordinaire.

Certains auteurs avaient prétendu que la communication de la gale s'opérait moyen d'animalcules {ncarus scabiei), contenus dans les vésicules psoriques , passant , à l'instant du contact, de l'individu affecté h l'individu sain. Mais sait que l'existence du ciron de la gale est aujourd'hui fort contestée, pour e pas dire, avec quelques observateurs", tout-à-fait chimérique. iQuoi qu'il en soit de notre ignorance sur la nature intime des principes conigieux , toujours est-il qu'on ne saurait admettre comme identiques, ou même ^alogues, des principes qui produisent des jihénomènes morbides aussi dif- •rens entre eux que le sont les phénomènes de la gale, de la variole, de la ige, etc.

Non seulement la nature, mais aussi la forme des principes contagieux exerce ne grande influence sur le mode de leur transmission. En effet, les principes Dntagieux miasmatiques n'agissent, du moins en général , qu'autant qu'ils sont lis en contact avec la membrane muq\ieuse des organes respiratoires. Les prinpes contagieux liquides, ou les virus , exigent , pour le développement coralet de leurs funestes propriétés , que les parties sur lesquelles ils sont déposés )ient convenablement disposées pour l'absorption. De là, par exemple, la né- ;ssité de l'inoculation , pour que les virus de la rage , de la variole , etc , puis- Mit, quand ils sont appliqués à l'extérieur, manifester toute leur puissance.

La contagion a été admise par certains auteurs dans une foule de cas où elle fexiste réellement pas. Quel est le médecin observateur qui ajoute foi mainte- ':nit à tout ce qui été débité , par exemple , sur la contagion de la lèpre , des .irtres, de la phthisie pulmonaire, du cancer, etc.? Jl est d'autres maladies ne l'on n'a considérées comme contagieuses que pour avoir confondu l'infecon pure et simple avec la contagion proprement dite. Ceci nous conduit à )niparer rapidement entre eux ces deux grands phénomènes. § n. Des différences qui existent entre la contagion et l'injection. — Qiiesnay uémoire cité) est un des premiers auteurs qui aient essayé de tracer une lile de démarcation entre l'infection et la contagion.il fait remarquer que , l'ns la contagion, la communication morbide se fait entre deux corps vivans , )nt'l un est malade et l'autre sain ; tandis que l'infection est causée, non-seument par des émanations que peut répandre autour de lui un individu made, mais aussi par les exhalaisons putrides qui se dégagent d'un corps mort

I décomposition. M. Dupuytren (mémoire déjà cité) s'est appliqué à approndir la question que Quesnay n'avait pour ainsi dire qu'effleurée. Exposons rièvement ici ses idées.

HAmVinJ'cciion , dit cet illustre professeur, la cause première du mal est JCtion que des hommes réunis et entassés dans des lieux bas , étroits, obscurs ; malpropres ; que des substances animales et végétales en décomposition lercenl sur l'air ambiant. Les émanations dont l'air est alors chargé agissent ir l'homme à la manière d'un gaz délétère. Les centres d'où se dégagent ces nanations constituent autant de foyers dont l'activité est plus ou moins grande, livant le degré de la température atmosphérique , et selon la nature et la quanlé des miasmes qu'ils renferment. La sphère d'activité de ces foyers d'infccon, ou , ce qui est la même chose , la distance à laquelle ils peuvent agir n'a aint encore été exactement mesurée. On pense que les vents peuvent, srlon

direction qu'ils affectent, éloigner l'infection de certains lieux et la répanre sur d'autres. M. Dupuytren considère ces foyers commodes espèces de nialis sous le vent desquels on ne saurait se trouver sans danger. Ces foyers se éveloppent-ils à bord d'un vaisseau , ils repi ésentcnt une sorte de marais flotnt qui porte en tous lieux^l'infection dont il est la source.

Les foyers dont il s'agit ne peuvent déterminer des maladies que chez les inividus places dans leur sphère d'activité , ou sous leur vent. Mais ni les malaés ni les choses qui ont été à' leur usage ne portent avec eux le germe de la laladie ; ils pourraient seulement agir à la manière de petits foyers d'infection.

Ce n'est pas ainsi que les choses se passent dans la contagion. Ici , la maladie ne fois produite , n'a plus besoin , pour se propager , de l'intervention des eau ;s qui lui ont donné naissance : elle se reproduit en quelque sorte par elleleme et indépendamment, du moins jusqu'à un certain point , des conditions Imosphcriques. Il se développe au dedans de chaque malade une espèce de errne , de virus , ou bien il se forme autour de lui une atmosphère chargée du nncipe de la maladie, et par l'intermédiaire de ce germe., de ce virus , ou de e principe j le mal peut se transmettre à d'antres irulividus , suivant l'un des iodes que nous avons indiqués précédemment.

II semble, d'après les distinctions qui viennent d'être établies, qu'il devrait Ire facile de déterminer rigovireusement si telle maladie se propage par le loyen de la contagion , ou bien, au contraire , par la voie de l'infection. Malcureusement, néanmoins, il n'en est pas encore ainsi , et de nos jours nous oyons des médecins croire à une contagion flagrante, précisément dans les lemes cas où d'aut res reconnaissent l'existence de l'infection. D'où provient ne divergence d'opinion? qu'il serait si important de faire cesser? Sans doute, npartie , de ce que tout le monde ne donne pas aux expressions de von'iigi''n

I DiCT. DE MÉDECIKE ET DE ClIinUr.CIE PBATIQT'ES.

et à'infeciion leur véritable signification; mais aussi de ce que les mêmes faits ont été racontés par les observateurs d'une manière complètement opposée. Voyez, sous ce dernier rapport, ce qui s'est passé daus l'épidémie de fièvre jaune qui décima, en 1821 , la malheureuse Barcelone. Lisez l ouvrage de la commission médicale française chargée d'observer l'épidémie, et il vous sera impossible, en admettant comme vrais les faits qui s'y trouvent consignés, de ne pas reconnaître l'existence de la contagion. Mais quand vous aurez ensuite lu les précieux documens recueillis avec une patience et un zèle vraiment admirables, par M. le docteur Chervin , vous resterez convaincu que les faits qui vous avaient décidé à partager l'opinion de MM. les commissaires, sur la réalité de la contagion , ne sont rien moins que concluaus ; dès lois l'idée de cette contagion s'effacera de votre esprit comme un vain songe , et pressé de toutes parts par l'évidence des observations, vous serez obligé d'attribuer à l'infection locale les effets que , trompé par une narration inexacte, vous aviez mis sur le compte de la contagion.

Convenons, de bonne foi, que dans ré]ndémie qui vient d'être prise pour exemple , comme dans plusieurs autres , la cause principale des ravages dépend de ce que des masses entières d'hommes ont été exposées à l'action déletèie des mêmes agens, et non de la transmission de la maladie d'un seul individu ou de cpielqucs individus à tous les autre,":. Toutefois, que les anti-contagionistes ne perdent jamais de vue cette vérité , savoir, que les personnes affectées du typhus . delà fièvre jaune ou delà peste, constituent, si l'on peut ainsi dire , des fo3'crs vivans d'infection qui s'ajoutent aux foyers déjà existans , et que plus ces personnes seront nombreuses, plus elles exerceront une influence meurtrière sur les individus sains qui les environneront. Les (ails qu'on invoque pour prouver qu'il a snfli d'un seul individu atteint d'affection typhique pour communiquer la maladie à d'autres individus, placés d'ailleurs tians les conditions hygiéniques les plus salutaires , ne méritent pas , peut-être , toute la confiance cpi'on leur accorde; mais , en regardant ces faits comme non avenus, il ne s'ensuit pas qu'il faille nier la ])ossil)ilité de la transmission de la maladie suivant le mode qui nous occupe, lorsque des indivitius sains sont mis en contact avec un assez srand nombre de personnes atteintes de typhus, et que d'ailleurs tous ces individus se trouvent placés dans des lieux étroits , ou l'air se renouvelle difilcilcment , etc.

An reste, remarquons bien que ce mode de communication rentre à la fois dans le système delà contagion et dans celui de l'infection. Eu efl'et, c'est bien un mode de contagion , puisque le mal est communiqué d'un individu qui en est atteint à un individu sain ; mais ce n'est réellement cju'après avoir altère l'air ambiant cjue le premier réagit sur le second, à l'égard duquel il joue en quelque sorte le rôle d'un véritable foyer d'infection.

En résumé, les foyers d'iofeclion , sous le rapport qui nous occupe , peuvent être divisés en deux grandes classes ; savoir : ceux qui proviennent de la présence de matières animales en décomposition , et ceux qui résultent de l'altération d; l'air par les émanations qui se dégagent d'individus atteints de maladies miasmaticjues. Ajoutons queces deux genres de foyer d'infection se trouvent souvent réunie-î. On peut bien désigner sous le nom de cent igiun le mode de transmission en vertu duquel un ou plusieurs individus communiqueraient la maladie, dont ils sont atteints , à des personnes saines ; et sous celui A'injcciion le mode de transmission en vertu duquel des personnes sont frappées d'affection typliique pour avoir été exposées à l'influence d'émanations ou de miasmes provenant de substances animales en putréfaction; mais on doit avouer, en même temps , que dans les cas dont il est question il n'existe réellement pas une diflorence essentielle entre la contagion et l'inlection. La forme, l'activité des foyers morbifiques , si l'on peut ainsi dire, ne sont pas les, mêmes ; mais la manière dont ils a^^issent les uns et les autres est toiit-à fait semblable , et c'est pour cette raison que les uns et les autres produisent des phénomènes morbides du même genre.

Quelques auteurs ont proposé de donner le nom commun de contagion aux deux modes de transmissions ci-dessus; et pour les distinguer l'un de l autre, ils ont appelé contagion vive celle qui a pour foyer des corps vivans, et contagion marie celle qui e.<-tle résultat des miasmes provenant des substances iiinnimces. { B bliothccjne germanique , t. 3, p. 25.5. ) M. Balme, au contraire, désigne l'une sous le nom iVinJ'ection organique (c'est la contagion proprement dite), et l'autre sous le nom A'inJ'rction inorganique (c'est l'iiil'eclion des auteurs modernes ).

C'en est assez sur le parallèle de l'infection et de la contagion. En poursuiv.mt ce sujet, nous craindrions de nous engager dans de stériles disputes de mots. Nous disons donc , en résumé, cjue le seul caractère qui dislingue la contagion de l'infection dans les affections miasmatiques , c'est que la première suppose que la maladie s'est transmise d'un individu malade à un indi\idu sain, taudis que la seconde consiste dans l'acliou qu'exercent des lieux infects sur une masse plus ou moins considérable d'individus jouissant aclutlkmcnt d'une bfinue santé.

P.irmi les modes de contagion que nons avons établis précédemment, le seul qui pût être confondu avec l'infection étant celui dans Ie(|uel la conlaginn se propage ensuivant la voie de i'almosphère , il serait toiH-à-fait inu,.le d'insister longuement ici sur les caractères qui distinguent de l'infection les autres modes de contagion. L'infection, telle que la comprennent aujourd'hui ses partisans , suppose toujours, pour condition, essentielle, une altération plus ou moins profonde de l'air. Or , cette condition ne joue aucun rôle, ou du moins ne joue qu'un rôle bien sec-ondaire dans les modes de contagion autres que celui dont l'air est le véhicule. Ainsi , par excmj-le , la variole , \i vaccine n'ont pas besoin, pour se développer au moyen de l'inoculation , d'une allératiou q irlconqne de i'atmospl èrc : i' en est de même de 1 hydrophobie , etc.

CONT IGION.

CONTAGION

5 III. Théorie de la contagion. — L'analj'se des phénomènes qui s'opèrent dans la production d'une maladie contagieuse, selon les divers modes indiqués plus haut, n'est rien moins que facile. On peut même dire qu'il n'est dans la nature aucun phénomène dont l'explicalion soit plus laborieuse que celle du mécanisme de la contagion par inoculation.

On peut bien comparer la contagion variolique h la germination , et avancer qu'un atôme du virus, que contient une pustule variolique, semé pour ainsi dire sous I cpiderme , produit un grand nombre de pustules varioliques , comme un seul grain de blé , jeté dans un terrain favorable, donne avec le teaips naissance à un nombre plus ou moins considérable de grains semblables ; on peut également comparer la production des typhus à la fermentation putride ; mais en vérité, outre qu'elles sont un peu forcées peut-être , de telles comparaisons paraîtront bien peu propres à répandre une vive lumière sur l'explication du mystérieux phénomèue de la contagion, si l'on réfléchit que lu théorie des opérations, auxquelles on compare ce phénomène, est elle-même, en plusieurs points, enveloppée des plus épaisses ténèbres. Pour pouvoir présenter une explication tant soit peu satisfaisante de la contagion , quel que soit son mode , il faudrait posséder des données qui nous manquent complèicment , telles que la connaissance de la nature des principes contagieux , la détermination précise des élémens organiques , soit solides , soit liquides, sur lesquels ces principes contagieux exercent principalement leur funeste puissance, etc. Privés de ces données, il nous est tout-à-fait impossible de répondre à une foule de questions relatives à la contagion. Que répondre , par exemple , si l'on nous demandait pourquoi certaines maladies contagieuses ne se manifestent généralement qu'une seule fois sur le même individu ? Pourquoi certains principes contagieux , tels que celui de la rage , ne développent leur effroyable activité qu'au bout d'un temps quelquefois très-considérable , qu'après une sorte à" incubation de plusieurs semaines ? Que répondre également si l'on nous interrogeait sur le mécanisme de la production primitive des principes contagieux 5 si l'on nous demandait, par exemple , comment s'engendre spontanément le virus rabique? Ainsi donc, dans l'état actuel de la science, la théorie des phénomènes intimes de la contagion est, en grande partie , un mystère impénétrable. Au reste, il est bien évident que, la contagion comprenant un grand nombre d'espèces différentes , nous devons nous borner ici à de simples considérations générales sur ce phénomène , et renvoyer pour les particularités aux articles consacrés à l'élude de chaque maladie contagieuse ( Voyez Gale , Peste, Rage , Vaccine, Varjole , etc. ) Ce n'est que dans ces articles que l'on pourra exposer quelquesuns des caractères physiologiques et anatomiques qui appartiennent à chaque maladie contagieuse.

L'infection , ainsi que nous l'avons précédemment établi , constituant moins un phénomène essentiellement différent de la contagion envisagée d'une manière générale , qu'une espèce particulière de contagion , sa théorie rentre véritablement dans celle de la contagion. La contagion par infection , si l'on peut ainsi parler, est constamment le résultat de l'action d'un air chargé de miasmes putrides sur l'économie animale. Mais n'oublions pas que pour avoir une idée complète de ce mode de contagion , il faut admettre que non-seulement il peut provenir des émanations fournies par des lieux où se trouvent entassés des débris de matières animales en putréfaction (contagion morte) , mais aussi des miasmes qui se dégagent d'individus affectés de maladies putrides ( contagion viVcj) quelle qu'ait été d'ailleurs l'origine primitive de celles-ci. Il importe seulement de ne pas exagérer l'influence de cette dernière variété de la contagion par infection, ainsi que l'ont fait plusieurs médecins, et particulièrement îiIM. les commissaires de l'épidémie de Barcelone en 1821 , lesquels, comme le démontrent incontestablement les imposantes recherches de M. le docteur Chervin , ont attribué la propagation de la maladie îi l'influence des émanations fournies par ceux qui en avaient été affectés les premiers, dans des cas où celte propagation était sinon l'unique, an moins le principal résultat de l'infection même du lieu où sévissait l'épidémie.

Parmi les conditions extérieures les plus favorables au développement des maladies qui reconnaissent pour cause la contagion par infection miasmatique, il faut placer la température élevée de l'atmosphère. Voilà pourquoi les différens typhus exercent le plus ordinairement leurs ravages pendant l'été; et lorsqu'ils sévissent pendant la saison froide, comme il arriva, en 1814, à Paris , par suite de l'encombrement des hôpitaux où étaient reçus les blessés , on observe que la mortalité est moins considérable que si la chaleur de l'été eût secondé l'action des agens miasmatiques producteurs essentiels de l'épidémie.

D'autres circonstances tirées soit des matériaux de l'hygiène, soit de la constitution des sujets, exercmt, sur le développementde certaines contagions, une incontestable influence. Mais comme ces circonstances influent également dans la production de plusieurs autres maladies non contagieuses, ce n'est pas ici le lieu de s'y arrêter. (Voyez Constittjtioks médicales , Prédisposition, RÉGIME , etc.)

5 IV. Des moyens préucnlifs de la contagion. — Les moyens de s'ojiposer à l'action des principes contagieux ou bien à la propagation des maladies que ces principes ont cngeiuhées, varient nécessairement selon les différentes espèces de principes contagieux et selon le mode qui préside à leur action. Ainsi, par exemple, une cautérisation prom ptc et profonde de la morsure par laquelle une certaine portion de virus rabique a été déposée dans un point de l'économie animale , prévient l'explosion des effroyables phénomènes qui caractérisent la rage. On sait aussi qu'on fait avorter les pustules varioliques par la méthode cctrotiquc, qui n'est elle-mèuie qu'un mode de cautérisation. Il suflit d'éviter le contact des individus atteints de la gale ou des objets dont ils se sont servis pour se préserver de la contagion. Ue nièn;e pour se mettre à l'abri de la con-

tagion syphilitique , il n'est besoin que de n'avoir aucun contact immédiat (| vénérien avec les personnes infectées. \

Personne n'ignore que Jenner s'est acquis une gloire immortelle et des droij éternels à la reconnaissance de l'humanité tout entière , en découvrant, dans vaccine, un moyen de préservation contre la variole , la plus meurtrière peiij cire de toutes les maladies contagieuses.

Quant aux précautions à prendre pour préserver les individus qui n'auraics pas été vaccinés de l'atteinte d'une épidémie variolique , elles ne diffèrent essentiellement de celles auxquelles il convient de recourir pour se nicttie l'abri de toute autre épidémie dans laquelle , et des choses inanimées etcertaii individus , soit en raison de leur entassement , soit en raison de la maladie doi ils seraient frappés, infectent l'air d'émanations miasmatiques. Or , voici e peu de mots quel est le système prophylactique qu'on a proposé dans les cas qi nous occupent.

Nous verrons ici combien il importe de déterminer rigoureusement que sont les vrais foyers producteurs du mal dont on se propose d'empêcher la pr( pagation, car de celle détermination découle le seul système de mesures san taires convenable. C'est pour avoir résolu d'une manière opposée le problèrr de cette détermination, que les infeclionistes et les contagionistes se sont ei gagés dans une lutte des plus animées , relativement aux mesures sanitairi qu'il faut déployer contre les épidémies de typhus en général et contre la fîèvi jaune en particulier.

1" De ta destruction du foyer de l'infection. — Il est clair que la premiètj mesure à employer dans les cas où une maladie contagieuse provient d'un foy( dont on a reconnu le siège , c'est de détruire ce foyer , comme on détruit par V cautérisation le virus , qui , déposé dans nos j)arlies , peut donner naissance ; la rage. Malheureusement le foyer est quelquefois d'une telle étendue que s destruction complète est au dessus de nos ressources. Le procédé de la destru( tion est encore bien plus inexécutable lorsqu'il est constitué par une mass d'individus vivans. Dans ce cas , l'isolement dont nous parlerons tout à l'heui est une des plus urgentes mesures auxquelles il convient d'avoir recours. On proposé dans ces derniers temps , pour la désinfection des lieux ou des chosi; infectées , contagices , de substituer aux fumigations guytoniennes, et à divei autres modes de purification, la dissolution des chlorures alcalins, doij M. Labarraque nous a fait connaître la puissance désinfectante. Des expérienct, ultérieures nous apprendront jusqu'à quel point on peut tirer parti de cell importante découverte. M. Pariset , considérant les chlorures comme un désii^ fecteur universel , avait pensé que par son emploi on pourrait faire disparaîti ^ la peste du sol égyptien , qu'il considère comme le berceau de cette affreus, maladie. Les journaux ont retenti des expériences tentées par la commissio envoyée en Égypte et présidée par M. Pariset. Il est fâcheux que ces expériei ces ne soient pas plus décisives. Voici ces expériences. La commission fa acheter six vêtemens d'hommes morts de la peste; ces vêlemeus sont lavés ^ après avoir été plongés pendant seize heures dans une solution de chlorure d soude; puis MM. les commissaires s'en sont revêtus , et aucun d'eux n'a con tracté la maladie. N'est-il pas évident que pour être concluante, il faudra qu'une telle expérience eût été pratiquée en se servant de vêtemens qui auraien déjà communiqué la peste à des personnes qui s'en seraient servies ? Il y a loir du reste , entre la possibilité de désinfecter quelques bardes et celle de désin fecter une contrée tout entière, par l'emploi des chlorures alcalins. Quoi qii'i en soit, on n'en doit pas moins regarder l'usage de ces agens comme un moyei de désinfection extrêmement précieux , dans un grand nombre de cas. ( Voje\ Chlorure.)

2". De l'isolement et des moyens de l'opérer. — S'il était bien prouve qufl certains individus atteints , soit de typhus , soil de fièvre jaune , etc. , peuvent la communiquer aux personnes qui les approchent et par suite à une popula-, tion tout entière , assurément ces individus devraient être sévèrement séquestrés de la société de leurs concitoyens, et l'on ne saurait trop admirer If dévouement de ceux qui leur prodigueraient les soins dont ils auraient besoin Mais il faut avouer que ce mode de communication , dans les typhus, suppose presque toujours le concours de l'entassement , et dès lors si la prudence exige que les malades ne communiquent pas librement avec les autres hommes, la saine pratique veut aussi que l'on disperse les malades entassés, puisque cet entassement lui-même est la condition la plus favorable à l'explosion d'une; maladie typhique. Isoler les malades de telle manière qu'ils soient obligés de respirer au milieu d'un air infecté de miasmes putrides , dont la quantité^ s'accroît nécessairement par le fait même de la présence de ces malades, nej serait-ce pas les condamner à une mort presque inévitable? <

C'est ici que le système sanMane infcctionisles parait l'emporter beau- , coup en sagesse sur celui des contagionistes proprement dits ; car on ne peut se dissimuler que , si la propagation de la maladie d'individu à individu n'est pas une chose impossible, surtout lorsque l'air ambiant est déjà profondément corrompu , il n'eu est pas moins certain que c'est à rinfecliou même des lieux où règne l'épidémie qu'il faut surtout rapporter la propagation de la maladie. Ainsi donc, l'isolement, pour être une mesure utile, exige, pour première condition, que les malades ne soient pas seulement isolés des individus sains, mais aussi isolés les uns des autres et placés dans un air pur et souvent renouvelé. Quant à l'isolement qui consiste dans l'évacuation des lieux infectés, c'est une mesure dont personne ne contestera , sans doute , les avantages ou même l'impérieuse nécessité. « En effet, dit M. le professeur Dupuytren, en parlant » de la fièvre jaune ( rapport cité ) , s'il est un fait démontré par la raison et par » l'expérience , c'est que le séjour dans les lieux où celle maladie existe est „ cssenliellement pernicieux ; que la cause et l'effet, multipliés l'un par l'aulrc,

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