DÉLIRE TREMBLANT
! xistent entre le mode aigu el le mode chronique de lésion d'un même organe. ,i nous avons vu le délire fébrile être accompagné de dérangcmens dans les )nctions nutritives, sensoriales et locomotrices, que nous ne trouvons pas
Iins la folie, c'est peut-être seulement parce que le propre des maladies aiguës it d'exciter des symphaties que n'excitent pas les maladies chroniques. Si ous considérions le cerveau comme un tout homogène, un organe unique, ous ne b ilancerious même pas à prendre un ton plus affirmatif dans cette as- ^rtion. Mais comme le cei'veau est pour nous une aggrégalion d'organes , nous li'osons pas affirmer que le délire frébile ne ditTcre de la folie que par plus d'aiiité, nous n'osons pas avancer qu'il n'y ait pas encore une autre difiérence , [lie, par exemple, il n'y ait pas une plus grande étendue de parties atteintes lans le délire frébile que dans la folie, etc. Quoi qu'il en soit de ces suppositions , le délire frébile et la folie n'ont et ne auvent avoir qu'une même cause immédiate : le trouble du cerveau et du cereau seul, c'est-à-dire à l'exclusion de toute autre partie, même de ses enve- )ppes ; snulenir qu'une autre alTection organique peut causer le délire, sans lhanger matériellement le mode d'existence du cerveau, serait aussi peu logique ue d'avancer que le trouble du cerveau peut altérer la bile sans que le foie [prouve aucune modification Quant aux causes secondaires, quoiqu'on puisse jire que le délire est idiopathique de la même manière que la folie, il est pourmt vrai d'ajouter que s'il est idiopathique de la même manière que celle-ci, I; est bien loin de l'être aussi fréquemment qu elle. Je m'explique : presque i)ujours la folie est idiopathique , c'est-à-dire, le dérangement (aifectioii chro- ;i(|iie si l'on veut ) du cerveau, qui la prorluit, est déterminé par des causes pissant de suite sur le cerveau, immédiatement et sans l'intermédiaire d'aucun |ulre organe Ces causes, qui ne peuvent qu'être des causes morales , occupent ■ cerveau , le fatiguent , en font un centre de fluxion, et quoique n207'«/ei , y îétermine un véritable changement physique. Ces causes sont , par exemple , DUS les motifs de chagrin, qui dans le fait n'ont rien de matériel. Au contraire, p délire fébrile , qui peut être idiopathique, c'est-à-dire causé aussi par un jolent chagrin imprévu , est néanmoins bien plus souvent encore déterminé jar une cause qui n'agit pas Tramédiatement sur le cerveau, par exemple, par irritation primitive de l'estomac, par une violence exercée sur les os du t-âne , etc.
• On peut, ce me semble, expliquer pourquoi la folie est nécessairement plus )uvent idiopathique que le délire , pourquoi même elle doit presque toujours ■Ire, pourquoi elle doit presque toujours être produite par des causes molles. Si , en effet , les causes qui agissent sur les organes autre que le cerveau ;issent forjement , elles produissent une excitation sympathique de celui-ci , •n peut aller jusqu'au délire fébrile; si elles agissent très-faiblement, l'organe ir lequel elles portent leur action s'enflamme dans le mode chronique, et par fia même n'excite pas de sympathie , n'excite ni folie ni délire. Si la folie est Il délire chronique, il faut que les causes qui la produisent agissent , comme lutes les causes qui produisent les maladies chroniques, faiblement et longmps; or, si elles agissent faiblement et long-lemps , il faut qu'elles agissent ■ suite sur le cerveau ; sans cela , elles n'i lèvei ont pas un autre organe à une iflammalion assez aiguë pour qu'il existe des sympathies , et il n'y aura aucun onble cérébral de produit.
Le troisième ordre de délire, celui qui est causé par l'ingestion de quelque ibstance mêlée au sang se dislingue facilement du délire de la folie, et plus cilement encore du délire fébrile. Les substances qui causent le plus commument ce délire sont les alcoholiques , le datura , les racines , les fleurs et les |uilles de ju^^quiame noire, les feuilles du sumac coriaria , le solanum de j.irin.l opium, le conium.
|Le délire qui suit l'ingestion de ces substances dure ordinairement peu de raps. est accompagné assez souvent d'un trouble des fonctions nutritives, des ns externes et de la locomotion , varie suivant les plantes qui le causent , et Tre des caractères qui le font distinguer de la falie , et qui doivent être indilés aux articles Ivbessp. et Narcotisme.
Le délire fébrile (c'est le seul auquel nous devions nous arrêter , puisque le ^lire de la folie a été traité au mot Aliénation mentale ) est annoncé le ])lus ^dinairement par d:'s maux de tête , des bourdonnemens d'oreille , im chanpment dans la voix; le malades l'air étonné, paraît oublier ses souffrances; tête est chaude , sa face est rouge , ses yeux sont brillans et ne peuvent plus Apporter la lumière ; tout indique une active circulation céphalique. A ces lénomènes succède le désordre qui caractérise le délire , et qui consiste dans le incohérence d'idées , une rêvasserie, une fixité particulière d'idées qui se (produisent malgré tous les efforts et qu'on ne peut chasser ; des cris, delà reur , des visions , des frayeurs , des éclats de rire , une espèce de rabâchage :eompagné pendant un court intervalle de perle de mémoire ; le malade comence une demande, perd le fil de ses idées, et ne sait plus ce qu'il voulait bmander. Bien qu'il y ait ordinairement dans le délire fébrile , comme nous ayons dit ci-de<sus, une grande altération dans les sensations externes et interes , cependant elles sont loin d'être abolies chez tous les malades; le délirant [teint d'une gastrite très-aiguë, qui produit un grand développement de calori- Me , se découvre continuellement l'estomac pour chercher de la fraîcheur; le plirant, au contraire, atteint d'une maladie qui lui a fait perdre son calorique, \ recouvre continuellement. Un autre entend parfaitement si on lui parle avec frce ; un autre demande à boire , parce que la sensation de la soif qui le dévore ft encore perçue.
L'apparition du délire n'est pas toujours dansles maladies aiguës un symptôme armant. Quand il est borné à une sorte de rêvasserie ; quand il se manifeste liez les jeunes gens ; quand il survient dans les accès des fièvres intermittentes
DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
ordinaires, dans le début des irritations légères qui n'offrent, jointes au délire, d'autres symptômes que ceux d'une réaction circulatoire peu intense, il n'annonce pas un grand danger. Il est d'ailleurs des personnes qui délirent pour la moindre cause.
Quand le délire est violent, accompagné de fureur, de taciturnité, quand il se joint à tous les symptômes qui annoncent un haut degré d'acuité de la maladie; quand il se développe immédiatement après ,une blessure ou une grande opération chirurgicale, il devient un symptôme de très-mauvais augure.
Lorsqu'il alterne avec le coma ; lorsqu'il est joint à une prostration musculaire profonde, à la paralysie des sens et des muscles ; lorsqu'il est accompagné de soubresauts des tendons, de mouvemens convulsifs partiels ou généraux, de carphologie ou bien de raideur tétanique, il annonce un danger pressant. La plupart de ces s^'mptômes annoncent un délire idiophatique , résultat d'une altération aiguë et profonde de l eiicéphale.
Quand le délire est symphatique, l'affection primitive doit considérablement influer sur le pronostic que l'on porte ; si , par exemple , le délire est symjiathique d'une maladie consomptive , qui dure depuis un certain temps, d'un cancer , par exemple, c'est sur la gravité de celle-ci que doit être base le pronostic , et , dans ce cas, le délire n'est ordinairement suivi d'aucune rémission; il annonce la mort , et ne la précède que de peu de temps.
Les ouvertures de cadavres fournissent bien peu de renseignemens sur la modification cérébrale nécessaire pour causer le délire. Les altérations que l'on rencontre dans la plupart des cas succèdent à la réunion de trop de symptômes pour qu'on puisse avancer rigoureusement que le délire est un de ceux qui les ont causées; quelquefois, au contraire, il existe trop d'altérations pour qu'on puisse dire à laquelle était spécialement lié le délire, w Toutes les fois , dit Georget , que le délire a existé sans désordres musculaires très-marqués , sans prostration, sans convulsions, sans paralysie, le cerveau ne présente que quelques cliangemens dans sa coloration, un peu d'injection, une consistance plus grande, une petite quantité de sérosité dans les ventricules, une injection de la pie-mère , quelquefois une infiltration de sérosité dans cette membrane. L'arachnoïde est plus rarement lésée. i< Quelque peu graves que soient ces altérations cadavériques , si elles sont nécessaires pour amener la mort, il n'en faut pas inférer qu'elles le soient pour amener le délire ; d'abord à une seule d'entre elles , celle du cerveau seul , peut être attribuée la cause immédiate , puisque ce ne sont point les membranes qui sont les organes des facultés intellectuelles ; ensuite le changement de consistance , ni même de coloration , ne sont, certes, point rigoureusement nécessaires pour qu'il y ait délire, puisqu'il y a eu souvent délire sans que ces traces qui dénotent une inflammation réelle aient été trouvées après la mort ; ensuite , parce que, soit pendant les accès de fièvre intermittente , soit pendant l'ivresse , soit après l'introduction dans l'économie d'une substance vireuse , il y a délire sans que , quelques heures après ces circonstances , le sujet qui a déliré ressente aucune suite de ce trouble intellectuel; ce qui, certes, n'aurait pas lieu si le délire eût été causé par les altérations ci-dessus désignées. Si la pulpe cérébrale pouvait être soumise à nos regards pendant le délire , il est probable qu'elle serait trouvée plus injectée que pendant l'état normal ; or , on sait avec quelle facilité disparaissent à la mort les traces d'une injection sanguine passagère ; il est poâsible aussi que nos yeux n'y découvrissent qu'une modification opposée. Nous ne pouvons sur cet objet raisonner que par analogie ou former des conjectures, etc.: en médecine on doit toujours s'arrêter là où manque l'observation.
Le traitement du délire ne peut être indiqué d'une manière absolue, puisqu'il doit varier suivant les causes qui y donnent lieu ; cependant, comme l'effet de ces causes est l'excitation du cerveau, on peut indiquer d'une manière générale, et après le traitement particulier employé contre la cause du délire, tous les moyens propres à diminuer le raptus qui se fait vers l'encéphale. Ainsi, dans beaucoup de cas, parmi lesquels on peut ranger ceux même où le délire reconnaît pour cause les substances vireu'ies , l'opium, par exemple, après avoir prescrit ce qui convient pour expulser ou neutraliser ces substances, on peut obtenir d'excellens résultats de la saignée, des applications réfrigérantes sur la tête , des pédiluves chauds, des cataplasmes légèrement sinapisés.
(Ch. LONDE.)
DELIRE TREMBLANT, JèUi-e ncrvenx , folie des wrognes , deliritim tremens , mania a teinulcntia, mania a polu , encephalilis tremefaciens , telles sont les dénominations diverses par lesquelles on trouve désigné dans les auteurs un délire d'une nature particulière, or<'.iiiairement produit par l'abus des liqueurs spiritueuses , mais se développant aussi quelquefois à l'occasion des blessures et des opérations graves, et après les tentatives de suicides, accompagné d'agitation et de tremblemens des muscles, et indépendant de toute inflammation du cerveau.
On n'assigne pas d'autres causes à ce délire que celles que nous venons d'indiquer. Plusieurs auteurs même, Léveillé en particulier, pensent qu'il n'en reconnaît qu'une seule, savoir, l'abus des boissons spiritueuses. Suivant eux, ou plutôt suivant Léveillé, car c'est lui qui a surtout défendu cette opinion, les blessures et les opérations graves ne donnent lieu au délire nerveux que chez les individus déjà prédisposés à le'contracter parl'habitude de l'ivrognerie; il regarde leur action comme purement occasionellc et ne différant pas de celle des pneumonies, des pleurésies et autres inflammations que l'on voit souvent provoquer le délire nerveux chez les i\'rognes. Toute vraisemblable cfue soit cette opinion, elle n'est cependant pas démontrée; disons plus, elle est contredite pas des faits. Léveillé lui-même rapporte dans ion Mémoire sur la foLie des ifrognes, plusieurs observations de délire nerveux survenu chez des gens ' sobres , ou tout au moins n'abusant pas des liqueurs dcoholiques. C'est donc à