‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 169 sur 234 · DELIVRANCE · texte numérisé non relu

DELIVRANCE

tort que l'on prétentl ne faire depenilre le délire nerveux que d'une seule cause ; l'observation d'accord avec le raisonnement prouve qu'il peut être l'efTot de plusieurs. Nous avons déjà cité les mieux connues ; il faut y ajouter toutes les impressions morales vives, la colère principalement , et la suppiession d'une liémorrhagie habituelle chez les individus pléthoriques. M. Diipuytren , qui le premier a fait connaître le délire nerveux des blessés et des opérés, a remarqué qu'il attaquait surtout'les malades dont l'imagination avait été vivement frappée par les craintes de l'opéralion , et ceux qui uiTectaienl dans ces circonstances de grandes tiémonstrations de courage.

L'invasion du délire nerveux est en général subite ; celui surtout que produisent les liqueurs alcoholiques se déclare ordinairement au milieu d'une orgie ou peu d'instans après. Quelquefois, cependant , des symptômes précurseurs préludent à son développement; ils consistent dans du mal-aise, de la faiblesse musculaire , de l'insomnie , et de la douleur ou de la pesanteur de tête. Mais précédé ou non de ces prodrômes, le délire éclate et présente les parircularilés suivantes : il roule presque toujours sur les occupations habituelles des malades; doux ou furieux , il n'empêche pas ceux qui en sont atteints de reconnaître les personnes avec lesquelles ils ont un commerce habituel , il leur permet aussi de répondre juste à la plupart des questions qui leur sont adressées, mais il reparaît aussitôt que l'on cesse de fixer leur attention; gai et tendre chez quelques individus , et se manifestant surtout alors par un babil intarissable, il est furieux chez d'autres et s'exhale en vociférations , en cris , en invectives. On est souvent obligé de contenir les malatles, et celte violence augmente toujours leur fureur; elle s'augmente aussi chez quelques-uns parle refus d'obtempérer à leur désir de liqueurs spiritueuses.

Ce délire est continu ou rémittent ; toujours on le voit accompagné de quelques symptômes généraux , tels que le tremblement des muscles des membres tlioraciques , des secousses rapides et plus ou moins fortes dans les bras et les poignets , et quelquefois dans presque tout le système musculaire, la coloration de la face, l'injection des yeux, la lougcur et la chaleur du front. Dans quelques cas , les yeux des malades deviennent hagards , très-brillaiis , fixes ou roulans dans les orbites ; les muscles du visage et les mâchoires sont agités de mouvemens convulsifs, la face est tuméfiée; puis bientôt les dents se sèchent, et une salive écumeuse couvre les lèvres. En même temps les malades sont ordinairement tourmentés par une insomnie opiniâtre; ils sont aussi constipés et ne rendent pas d'urine. On n'observe en général ni chaleur anormale de la peau, ni fréquence du pouls, ni rougeur tle la langue , ni soif bien vite, h moins qu'une inflammation plus ou moins intense de la membrane muqueuse gastro-intestinale ne complique le délire.

On voit quelquefois le délire nerveux se prolonger à l'état chronique ; il se présente alors avec un appareil beaucoup plus simple de symptômes , mais au moindre excès il s'exaspère , et parfois mèuie , sans cause appréciable , il ofï're de temps en temps des exacerbalions. Mais alors la maladie doit être consitlérée comme un véritable état de folie; elle finit tôt ou tard par entiaîner la paralysie et la mort.

Le délire nerveux aigu n'a presque jamais aucune gravité; les malades guérissent souvent en vingt-quatre heures , et dans les cas les plus graves , il est rare de voir les accidens se prolonger au-delà du vingtième jour. L'anatomie pathologique n'a rien appris sur la nature de celte affection , qui parait évidemment consister en une simple névrose cérébrale.

îl est peu de maladies sur le traitement desquelles il existe une pareille unanimité d'opinions. Presque tous les auteurs qui ont écrit sur le délire nerveux Sulton , MM. Dupuytren, Rayer, Léveillé , etc., regardent les évacuations sanguines comme dangereuses dans cette maladie; ils pensent qu'il faut restreindre leur emploi , et principalement celui des saignées générales, aux seuls cas de pléthore considérable, ou de congestion forte et inquiétante vers le cerveau et au début de la maladie. Hors ces cas , c'est à l'opium qu'ils conseillent tous d'avoir immédiatement recours. Sous quelque forme qu'on l'administre il est également eliicace. On le donne ordinairement à doses croissantes , depuis un demi grain jusqu'à trois à quatre grains , et jusqu'à ce qu'on parvienne à déterminer de la somnolence d'abord , et ensuite du sommeil. Il n'est pas rare de voir les accidens disparaître ilès les premières doses de ce médicament. Dans le délire nerveux des blessés etdesopérés , M. Dupuytren prescrit habituellement six à dix gouttes de laudanum dans un lavement , et souvent cette dose su/fit à la guérison. Quelquefois l'agitation des malades redouble après les premières doses d'opium ; mais on ne doit pas s'en effrayer, cette agitation dure peu , ils ne tardent pas à s'endormir, et après un sommeil plus ou mois prolongé , ils se réveillent en pleine santé , et ne conservent souvent aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant leurdulire.

Quand ou possède un moyen aussi certain de guérir une maladie, il est sans doute superflu d'en chercher d'autres. Cependant il peut arriver telle circonstance ou le moyen cflicace vienne à manquer, et il serait fâcheux de ne pouvoir le suppléer. L'art n'est heureusement pas réduit à celte disette de ressources. Klapp a réussi à guérir le délire nerveux en provoquant des vomisscmcns à l'aide du tartrale d'antimoine et de potasse, et ses guérisons ont été aussi rapides que celles que l'on obtient par l'opium , la convalescence de ses malades n'a pas été moins prompte ni moins assurée. Voilà donc un moyen de plus d'obtenir la cure île la maladie qui nous occupe. Mais ce n'est pas le seul. Les évacuations sanguines , sur lesquelles nous avons vu que pèse une proscription presque universelle , ne sont pas aussi nuisibles ((u'on le prétend dans cette maladie. Il parait même que, secondées par les autres moyens antiphlogistiques , elles guérissent aussi. Georgot du moins nous apprend que M. Escjuirol traitait avec un succès complet toutes les femmes qui étaient conduites à la Salpétrièrc

pour ce délire , par les boissons aqueuses , quelques jours de diète , et une deux saignées du bras , quand la malade était forte et pléthorique , ou lorsquj existait des signes d'une forte congestion vers la tète. Cependant c'est l'opiul qu'il faut préférer en général; les évacuations sanguines et les émétiques, ef caccs quelquefois dans le délire nerveux produit par l ivrognerie , seraient pri bablement inutiles et peul-ètre dangereux dans celui qui succède aux blessur et aux opérations graves.

Th. Sullon. Tracts on delirium tiemens. London 1813, iu-S". P. Eaj er. Mémoire sur le ciélirium treinens. Paiis , 18(9, in-S".

Leveillé. ML-moire sur la folie des ivrognes ou sur le délire tremblant. [Mémoire de l'Ai demie royale de Médecine, tom. 1":^. Paris, 1828, ia-4'', fig.)

(L.-C. Roche. )

DELITESCENCE. C'est le nom imposé par quelques pathologistes à mode de terminaison de l'inflammation , dans lequel les symptômes de cet ét morbide disparaissent brusquement. Suivant M. Richerand, la délitesceui n'est autre chose que la résolution promptement opérée. ( ^oj'ez Inflamm,

TION.) (BOUILLAUD

DELI"VRANCE, sortie du placenta, des membranes et des caillots qui s forment immédiatement après la parturition.

La déluTiince normale peut être spontanée et s'exécuter selon le mécanism que nous avons succinctement décrit à l'article accoucliement Aoul elle consti tue la quatrième période ; nous y avons aussi exposé les manœiivres simples e faciles au moyen desquelles on aide à l'expulsion des secondines dans les cas le plus ordinaires. Il ne doit donc être ici question que de la ilélivrance aHOJwai et ariijicielle. (Pour la délivrance, dans le cas d'accouchement multipare ziojez Jumeaux. ) j

§ I^r. Causes de la déliviance anormale. — l» Il faut , avons-nous dit ailleui, ( vojez Accouchement) , que l'utérus , par de nouvelles contractions, détachj le placenta encore adhérent à ses parois , si un travail long-temps prolongé^ surtout après la rupture des membranes, ne l'a pas décollé en partie ou en to. talité. Si ce décollement n'a pas eu lieu, si Yutérus reste inerte après l'aclièvei ment de la parturition , les secondines séjournent dans l'utérus ; elles résister; même aux efforts de l'accouclieur, et ce ne serait que par de violentes et dan, gereuses tractions sur le cordon ombilical qu'on parviendrait à détacher et , entraîner la masse des secondines. Le renversement de l'utérus a été quelque( fois la suite d'une telle manœuvre; dans d'autres cas moins graves, il n'eues! résulté que la rupture du cordon ombilical et l'inévitable nécessité de la déli' vrance artificielle.

2° Dans quelques circonstances, celte rupture a reconnu pour cause la gra,; cilaé^ XaJ'ragilité même du cordon , sur lequel on n'a exercé que des traction; modérées, ou bien le poids de l'enfant, dans un accouchement imprévu, 1 femme étant debout, a pu arracher ce cordon à son insertion même au pla centa , parce que la traction s'est exercée dans une direction défavorable ; enfli la même raison , c'est-à-dire, l'omission des préceptes donnés ailleurs sur 1 i manière de procéder à la délivrance a pu aussi , dans des mains inhabiles , de ■ venir l'occasion d'un semblable arrachement. Dans cet état de choses , la ma , trice ne suffira pas toujours à l'expulsion de son contenu , l'inertie aura ici en j core le môine effet, celui du séjour des secondines; mais, quoique le placenta^ ne tienne plus , comme dans le cas précédent , à la cavité qui l'enferme , la dé-| livrance artificielle n'en deviendra pas moins nécessaire ; il y a plus , lors mémcj que l'utérus se serait débarrassé de son contenu , l'art sera quelquefois forcéj d intervenir si le vagin est très-làehe et si la femme ne fait aucun effort. Nous' avons extrait un placenta contenu depuis quatorze heures dans le vagin d'uDe, femme indocile. i 3" Malgré quelques contractions utérines , le placenta pourra tarder à sortir et résister aux tractions extérieures si Vutérus est furlenient incliné en avant, • comme nous l'avons plusieurs fois observé.

4° Il séjournera et résistera encore dans certain cas ou l'utérus lui forme unej sorte de loge à col étroit, ce qui a fait désigner la disposition dont il s'agit parj l'expression de placenta enkysté. Dans la majeure partie de ces sortes de cas, on peut croire que l'enkystement est dù au resserrement de l'orifice interne ou ecrvico-utérin ; mais on assure avoir aussi observé des enkystameiis latéraux, dus à des contractions irrégulières et diflîcilement explicables des parois de la j matrice. I 5" Une cause plus sérieuse de la rétention des secondines c'est leur ac/Ae- | 7'ence organùfue à l'intérieur de l'utérus ; ces adhérences , bien différentes de j celles que constituent à l'étal normal cette membrane pulpeuse si molle, et l ces vaisseaux uléro-placentaux si fragiles , dont se compose ce que quelques au- ! leurs ont appelé |)lacenta utérin ; ces adhérences , dis-jc , sont quelquelois trèsintimes et très-résistantes, tantôt partielles et tantôt générales, quelquefois telles qu'une lacération est inévitable. Elles sont dues à un degré d'organisation hypcrnormal du placenta utérin.

G" A la suite d'un avorteinent , les secondines se décollent aussi moins aisément et semblent avoir une plus intime adhésion avec les parois utérines; mais, en outre , le col de la matrice qui n'a point souffert encore celte longue distension particulière à la parturition des derniers mois de la grossesse; ce col, qui ne s'est légèrement dilaté que pour le passage d'un chélif embryon , oppose au placenta un obstacle bien plus puissant et qui résiste long-temps aux contractions les plus énergiques du fond de l'organe.

^ II. Diagnostic. — L'absence des ilouleurs secondaires ou postérieures à la parturition caractérise l'inei tie; l'absence d'une portion du pl.icenta, accessible au doigt près de l'orifice utérin, in<lique qu'il n'est point décollé ou qu'il est retenu par l'obliquité de l'utérus ou 1 enkystement. Dans le premier cas , en

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