‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 175 sur 234 · HC . I · texte numérisé non relu

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DIABETE.

11a Société médicale crémulation, M. Dez.eimeris a enriclii ce recueil des servulions anciennes, propres à constater la coïnculence d'une hypertrophie !S organes sécréteurs de i'urine avec le diabète, de trois faits nouveaux obrvés à l'Hôlel-Dieu , dans l'espace d'une année ( un de ces faits a été publié iir M. Ségalas dans le Journal de physiologie expérimentale ) ; et il ajoute que . J. Clo({uet lui a communiqué trois autres faits du même genre. «Dans tous ces cas, dit M. Dezeimeris, le volume des reins était de beaucoup accru ; tous leurs vaisseaux étaient Ir'es-développés; leur tissu , gorgé de sang et d'un rouge très-foncé , se déchirait avec une extrême facilite. >i ( Cette dernière rconslance est moins le caractère d'une véiilable hypertrophie que celui une inflammation. Dans l'hypertrophie pure et simple, la densité des organes jigmente au lieu de diminuer. Au reste , un elat d'inflammation des reins a été acontré chez quelques diabétiques. Dans un cas publié par M. Caveutou, par temple, des loyers purulens existaient dans ces organes. ) M. Andral a couiné dans son Précis d'analomie /jatho/ogu/ue quelques faits dont il a déduit des aséquenccs qui s'accordent avec ce qui vient d'être dit. « J'ai observé, dit-il , iue hj-pércmic très considérable des reins , sans autre altération de leur texture, sur un individu mort pendant le cours d'un diabète Dans un autre

cas où la mort survint également pendant le cours d'un diabète , les reins n'étaient pas hypérémiés , mais ils ne présentaient pas non plus cet état de pâleur et d'aiiéniie, qu'on a long-temps regardé comme constituant la principale altération qui se rencontre chez les diabétiques. Parmis les observations elatives à des ouvertures de cadavres de diabétiques, qui ont été publiées epuis une dizaine d'années, il n'en est aucnne, à ma connaissance, dans aquelleles reins aient présenté cet état d'anémie donton a tant parlé. L'hy/iertrophie des reins est une des lésions les plus communes qu'on ait i-encontrées \dans les cas de. diahèle. » { Précis d'anuLuinie pathologiciuc, tome 2, deuxièufie rtie , pag. (il 7 et suiv. )

bue conclure de ce qui précède relativement à la nature du diabète ? Nous

I croyons pas que, dans l'état actuel de la science , il soit prudent de se proncer positivement sur cette question. Nous voyons bien que l'hypertrophie s reins a été rencontrée un assez bon nombre de fois chez les diabétiques , et

M est d'autant plus tenté de considérer celle lésion comme le earactère ana- Lique de la maladie , qu'elle en explique assez heureusement le principal kiplôme , savoir le flux surabondant des urines. Mais, d'une part, les anales lia science contiennent quelques faits où il n'est point fait mention de l'hyi-trophie des reins chez des diabétiques dont on a pratiqué l'ouverture (un js de ce genre a été publié par M. Deuiours , dans le Juuinal umi^ersel des Lnces médicales, tome 14, pag. 121, 1819). D'un autre côté, si l'hypertrophie (S reins suliil pour rendre raison de l'augmentation des urines, elle n'explique jsde même les modifications qui sont survenues dans la composition chimique J dans la qualilé de ce liquide.

II est vrai que la présence du sucre dans l'urine des diabétiques, caractère wmique le plus saillant de la maladie, a été considéré dans ces derniers temps (jmme une circonstance tout-à-fait secondaire, «accidentelle, qui manque i sscz souvent , qui offre chez les divers sujets , et sur le même individu obi|crvé à plusieurs reprises , un grand nombre de variétés, n ( Dezeimeuis , mél*ire cité.) Parlant de ce fait, et réfléchissant, d'un autre côlé, que des symp- Ipes de phlegmasie gastro intestinale existent chez la plupart des diabétiques (àlegmasie dont on a d'ailleurs constaté la présence, à l'ouverture de plusieurs (ibétiques , et en particulier à l'ouverture du diabétique dont M. Caventou a jiblié l'histoire) , M. Dezeimeris a proposé sur la nature du diabète une opil|n que nous signalerons ici. Suivant lui, la cause prochaine , ou l'essence du nbèle , consiste dans l'iri ilalion des reins. Celle irritation est rarement pril\ive ; elle n'est , le plus ordinairement , quune des suites de la g'islrite , surl\t chronique. Dans les cours de cette dernière maladie , il surt ient une soif Kessive ; le malade boit beaucoup ; il urine en proportion. Cet état se prol'se ; l'actifilé des reins s'accroît tous les jours aux dépens de celte des autres i^anes excréteurs , ils enlèi/enl à l'économie des fluides qu'il faut incessamment y\arer , et contribuent ainsi à augmenter encore la soif. On voit le cercle dans i ftel tourne le malade. { Mémoire cité. )

jClle théorie parait séduisante au premier abord. Mais Cfuand on l'examine Biiitivement, ou ne tarde pas à s'apercevoir de son côté faible. Le rôle que

jouer cette théorie à la gastrite , dans la production du diabète , paraît sur-

l un peu exagéré. Car, d'une part, on ne rencontre point de gastrite à l'ou- Vturede la plupart des diabétiques; et, d'une part, combien d'individus

;irits de gastrite, soit aiguë, soit chronique , sans avoir présenté le moindre

bptôme du diabète !

■ liais si nous ne pouvons partager complètement l'opinion de M. Dezeimeris »1 l'influence de la gastrite dans le développement du diabète, nous recon- Bfssons au moins qu'une irritation gastro-intestinale se rencontre assez souvj,t chez les diabétiques, et l'on ne sera point surpris de cette coïncidence, q'ind on aura fixé son attention sur quelques-unes des causes auxquelles on aribue le diabète.

jj m. Des causes du diabète. La plupart des auteurs se sont acccrdés jusqu'ici àjlacer l'influence d'une humidité habituelle parmi les principales causes du djbète. On expliquait par là pourquoi cette maladie sévissait avec une fâcheuse Pijdilection sur les habitans des pays humides, brumeux et froids , tels que la tdlande et l'Angleterre. Cette opinion paraît assez vraisemblable ; cependant IfiDezeimeris affirme que dans le grand nombre d'observations qu'il a pu lire, a|iime ne lui a montré que le diabète fût le résultat du froid humide. Nonob- Sit celte remarque, il est permis de croire que l'influence dont il s'agit, par tCMeul qu'elle s'oppose à la libre transpiration de la peau, et qu'elle active la

DIABETE.

sécrétion urinaire, ne doit pas être tout-à fait retranchée de la liste des causes du diabète. Une autre cause du diabète signalée par tous les auteurs, et sur laquelle M. Dezeimeris a insisté dune manière toute particulière, c'est l'intempérance dans le vin et les liqueurs alcoholiques , et l'abus des boissons excitantes en général , telles que le thé , par exem|)le ; l'usage des diurétiques, des préparations dans lesquelles il entr e des canlharides , etc., mérite également une place parmi les causes du diabète. Jusqu ici on n'a pas fait, à notre avis , de recherches suffisantes relativement à l'influence que peut exercer certaine classe d'alimens sur la production du diabète. Il est cependant assez probable que cette maladie, ainsi que la gravclle, a quelque fois des rapports avec la qualité des aiimens dont on fait usage. Un jour viendra peut-être ou, comme M. IMagcndie l'a fait pour la gravelle , quelque habile observateur précisera le genre d'alimentation qui favorise le développement du diabète. Quant à la part que prennent le vin elles boissons feruieiilees à ce développement, nous pensons qu'elle ne sera contesté par aucun de ceux qui liront avec soin les observations de diabète rapportées par les auteurs. Comme ce genre de modificateurs produit souvent, en même temps que le diabète, une irritation gastrointestinale , M. Dezeimeris, prenant ce qui n'était qu'une simple coïncidence pour une véritable cause , a cru pouvoir avancer que le diabète , ou ce qui est pour lui la même chose , l'ii'riiation des reins, n'est le plus ordinairement qu'une des suites de In gastrite. Il eût , ce semble , mieux valu dire simplement que ces maladies sont quelquefois le double effet d'une seule et même cause.

Quant à l'influence des affections morales tristes, des hémorrhagies abondantes , des grandes suppurations , des maladies chroniques en général , etc. , sur le vrai diabète, nous croyons qu'elle n'est pas établie sur des faits suffisamment authentiques. Mais passons au traitement de celte maladie.

§ IV. Traitement du diubèle. — Si l'on considère la profonde obscurité qui a long temps régné sur la nature intime du diabète (obscurité qui malheureusement n'est pas encore entièrement dissipée), on ne sera point étonné d'apprendre que le traitement de cette maladie n'ait reposé jusqu'à nos jours sur aucune base solide. Convenons même que, malgré les traits de lumière que les recherches des modernes ont répandus sur la nature du diabète, son traitement est loin d'avoir obtenu cependant foute la précision désirable.

Disons quelques mots des moyens employés par les anciens, Celse recommande les aiimens astringens, et veut qu'on fasse usage d'un vin austère , avec la précaution de ne jamais satisfaire complètement la soif II conseille, en outre, les purgatifs , l'exercice , les frictions , et l'abstinence de tout ce qui serait propre à solliciter une sécrétion abondante d'urines. Arétée insiste sur les iiiconvéniens des boissons prises en trop grande quantité, et, considérant comme la cause de la soif les dérangcmens de l'estomac ( rapprochez cette opinion de celle soutenue récemment par M. Dezeimeris), il fait de cette lésion la base principale des indications curalives. Après avoir purgé le malade, il propose l'application de cataplasmes toniques sur l'épigaslre , la diète lactée, féculente, l'usage d'un vin astringent, et plusieurs médicamens qu'il avait l'habitude de prescrire dans les hydropisies. Alexandre de Tralles suivait la méthode d'Arétée , si ce n'est que, le premier, il a préconisé les avantages d'alimens fortement nutritifs. Il jugeait aussi convenable de faire boire les malades en plus grande quantité que de coutume. Aétius conseillait aussi les viandes nourrissantes et le vin généreux, mais sans proscrire entièrement le régime végétal (il recommandait même formellement l'usage des végétaux rafiaicliissans ). Houllier et Duret,son commentateur , sont les seuls, parmi les anciens , qui aient appliqué la méthode antiphlogisfique au traitement du diabète : les saignées, les boissons délayantes, le régime végétal, tels sont, selon ces médecins, les moyens qu'il convient d'employer contre cette maladie. Il résulte de ce que nous venons d'exposer que la plupart des indications des anciens n'avaient d'autre but cpie de diminuer la quantité des urines.

Il était réservé aux modernes de trouver une nouvelle indication curative dans les changemens chimiques que ce liquide a subis chez les diabétiques. Réfléchissant que le sucre que contenaient les urines était une matière non azotée, ils crurent que pour prévenir la formation de celte matière, il sufîirait de soumettre les malades à l'usage d'alimens fortement azotés, tels que les substances animales en général, mais spécialement les matières grasses et Vosmazome. Nous avons vu qu'un aveugle empirisme avait déjà conduit quelques médecins anciens à ordonner le régime animal. R(dlo parait être le premier C[ui ait essayé de prouver par des observations les bons effets de la diète animale. Nicolas et Gueudeville, un peu plus tard MM. Dupuylicn et Thénard, prétendirent en avoir retiré les plus grands avantages. 'V'tdci comment MM. Dupuytren et Thénard traitèrent le premier malade confié à leurs soins : Ils lui donnèrent, pour toute nounilure, de la soupe grasse, du lard, du pain et du vin , et, dans l'intervalle des repas, un peu d'eau rougie. Leur malade, assurent-ils, se trouva guéri en fort peu do jours. Cependant il avait tellement pris en dégoût son nouveau régime, que c'est en grande partie pour s'y soustraire qu'il sortit de l'hôpital , avant que sa guérison fût suffissamment assui ée. Outre l'usage intérieur des substances grasses, Nicolas et Gueudeville ont donné le précepte de frictionner les membres inférieurs avec le laril et les graisses rances (il est probable qu'il n'y aurait pas un grand inconvénient à s'airranchir d'un pareil piéccpte).

Nicolas et Gueudeville conseillèrent aussi , dans la vue de soutenir les forces de l'estomac ( vue tant soit peu hypothétique, pour ne lien dire de plus), des bols composés avec l'e-xtrait gommeux d'opium , le quinquina , et quelquefois le musc. Une petite saignée , au début , leur paraissait quelquefois convenable.

Le traitement du diabète par la méthode de MM. Dupuytren et Thénard a joui d'une véritable vogue, et M. Renauldin n'a pas craint dédire que le régime

DIABETE.

gfas n'était pas moins efficace contre le diabète que le quinquina contre les fièvres intermittentes. Le professeur Pinel, tout en recommandant la métiiode dont il s"agit, était loin de la considérer comme l'unique moyen d'obtenir la guérison du diabète : témoin le fait suivant rapporté dans sa Nosographie : « Dans un cas de diabète , ilit il , causé par des chagrins profonds et prolongés, » et parvenu au dernier dcpré , un malade à qui je donnais des soins , l'année » passée, a été guéri eii séjournant à la campagne, en se livrant à un exercice îi régulier, en sortant de son abattement, et en insistant autant sur le régime » végétal que sur toute autre substance. «

Les purgatifs , l'opium à haute dose , les divers toniques ( quinquina, gentiane , etc. ), et line foule d'autres médicamens , ont été employés, soit isolément, soit combinés entre eux , contre le diabète ; et chaque praticien cite des faits à l'appui de sa mélliode.

Les idées de M. Dezeinieris sur la nature du diabète ne lui permettaient guère d'adopter la plupart des modes de traitement proposés avant lui. Ce traitement doit varier, à son avis, suivant les époques de la maladie. Dans les premiers temps , il faut employer les moyens les pins propres à conibuttre l'irritation de l'estomac. On ne prescrira qu'une quantité modérée de boissons, sans toutefois faire supporter au malade le tourment d'une soif excessive. Il convient, en même temps , d'exciter à la surface cutanée une exhalation en quelque sorte supplémentaire de la sécrétion urinaire, ce qui ])eut contribuer à abréger beaucoup le diabète. Les moyens les plus propres à remplir cette indication sont les bains de vapeur, les frictions, etc.

M. Rocheux a proposé d'administrer l'urée contre le diabète , bien que cette substance, loin de diminuer la sécrétion ui inaire , soit propre au contraire, s'il faut en croire les expériences de M. Ségalas, à augmenter cette fonction. Qui peut prévoir, dit M. Rochoux, les avantages qui résulteraient de l'introduction , dans l'économie , d'une substance que doivent contenir les urines dans l'état de sanlé? Le fait suivant répond à la question de M. Rocheux (toutefois un seul fait ne suHit pas pour résoudre une question de thérapeutique ) : Une femme diabétique (c'est celle dont le sang ne présenta à MM. Vauquelin et Ségalas aucune trace de sucre ), placée dans le service de M. Asselin , à l'Hôlel- Dicu, fut mise, pendant quelques jours, comme le conseille M. Rochoux, à l'usage de l'urée. Cependant on ne trouva point d'urée dans l'urine que rendit ensuite la malade; la quantité de ce liquide augmenta sous l'influence de ce mode de traitement.

Tel est, à notre connaissance , l'état actuel de la thérapeutique 'a l'égard du diabète. On voit que cet état est loin d'être tout-à-fait satisfaisant. Nous avons dû consigner dans cet article les diverses méthodes par lesquelles on a tenté de guérir le diabète , quelque peu rationnelles que paraissent quelques-unes d'entre elles , attendu que dans une maladie dont on ne connaît pas encore Lien exactement la nature , toute méthode curative complètement rationnelle est impossible , et qu'il faut alors s'en rapporter, de toute nécessité , au témoignage, souvent trompeur, il est vrai, de l'expérience (experientia fallax.)

Les fait suivans vont nous fournir un remarquable exemple des moyens contradictoires qui, tous néanmoins, suivant les praticiens qui les ont conseillés, ont été employés avec succès contre le diabète.

lo. Opium, scamnionée , culomel, émélic/ue. — Le docteur C. Heineken a publié un cas de guérison de diabète par l'emploi de la méthode suivante , qui probablement ne se fera pas de nombreux partisans parmi nous. Voici , jour par jour, comment fut traité le malade de M, Heineken :

Le 3 juin , 12 pil. composées de poudre de scammonée , 9 j ; opium , gr. ij ; calomel, gr. x; dont il devait prendre une, trois fois par jour. — Ce même jour, le malade rendit huit pintes d'urine, tellement sucrée que les mouches se rassemblent dans le vase qui la contient.

Prescription pour le jour suivant : scammonée, 9 j ; opium, 9 j ; calomel , gr. y; émètique, gr. ij : f. 12 pil., dont on prendra trois par jour ; bain chaud chaque soir avant de se mettre au lit; frictions avec huile d'olive sur la poitrine, les bras et le ventre, chaque matin; et gilet de flanelle sur la peau.

Le 8, liquide bu, 7 pintes. Urine évacuée , 8 pintes.

Le 9 , — 7 i — 6

Le 1 1 , Prescription : scammonée , 9 'j i opium , gr. xxxj : calomel , gr. vj ; e'mét., gr. ij. Divisez en douze doses , dont on prendra trois par jours. Le 12, liquide bu , 6 pintes. Urine évacuée, G pintes. Le 13, — 9 — 8

Le 14,-6 6

Le 15, — 6 — 7

Le 16, — 5 5 I

Prescription du 12 . scammonée , 9 j J? ; gomme-gutte , gr. iv ; calomel , gr. x ; opium, 9 J3 Douze paquets , dont on prendra trois par jour. Le 18, liquide bu, 8 pintes. Urine évacuée, 7 ^ pintes. Le 19, — 7 — 5

Le 20, — 6 — 4i

Le 22. Même prescription, si ce n'est qu'on augmente de deux grains la gomme-gulle , et qu'on diminue de moitié le calomel. (Au lieu de 153 livres, que pesait le malade en bonne santé , il n'en pèse plus que 134. )

Le 23, liquide bu, 6 pintes. Urine évacuée , 5 pintes.

Le24, - 5i - 7

Le 25, - 6 ^ - 5

Le 26, — 6 5

Qo porte l'opium à 9 ij.

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