ACRIMONIE
' suite , au rocher et à la pulpe auditive, et de l'autre , à l'air qui remplit l'arrière bouche et qui communique , lorsque la trompe 'd'Eustaclii n'est pas obstruée , avec celui Je la caisse du tympan. Cet instrument paraît avoir été quelquefois utile ; mais son emploi présente des difficultés qui en restreindront nécessairement l'application., et qui tiennent à la nécessité de l'isoler entièrement de tous les corps extérieurs autres que les dents , afin d'obtenir des vibrations distinctes et appréciables de ses parois. Il doit être , ou suspendu par un fil au plafond , ou soutenu par une fourche appuyée sur le sol , au-devant du malade.
La troisième espèce de cornet est également due au médecin que nous venons de citer. Sa construction repose sur la propriété qu'ont les parois du crâne de transmettre, comme la base osseuse de la face, les vibrations sonores aux organes immédiats de l'audition. Ces instrumens consistent en une cavité métallique , circonscrite par deux plaques , dont les bords se touchent exactement, tandis que leur fond est séparé par un intervalle d'environ trois pouces à sa partie moyenne. L'une des plaques dont il s'agit s'applique exactement à la surface externe du crâne, avec laquelle elle est en contact par [tous ses points; l'autre, beaucoup plus concave et plus élevée, recouvre la ! première , la coiffe pour ainsi dire , et ne s'applique à elle que par sa circonf férence. Ce réceptacle des sons , pour nous servir de l'expression de M. Itard, il présente du côté du front une ouverture oblongue, évasée, garnie d'un pavillon I ovalaire , dans lequel la parole doit être dirigée; de chaque coté de l'instru- ' ment , un tube latéral descend le long des tempes et va gagner le conduit auditif externe dans lequel il s'insinue. De cette manière , les sons ébranlent l'air contenu dans la cavité métallique, font vibrer la plaque libre qui la : surmonte , éprouvent ainsi un renforcement notable , et communiquent des oscillations plus ou moins fortes, d'une part, à l'ensemble de la voûte du crâne, et de l'autre, a la membrane du tympan.
Quelque variés que soient les cornets acoustiques, sous le double rapport de leur forme et des principes qui ont préside à leur construction , les modifications individuelles de la sensibilité auditive chez les sourds sont plus diversifiées encore. Une personne atteinte de surdité incomplète étant donnée , il ', est impossible de déterminer positivement , de prime abord , quel genre d'instrument lui réussira le mieux. Il faut presque toujours en essayer un certain nombre avant de rencontrer celui qui produit les meilleurs effets, à peu près comme on est obligé de le faire lorsqu'il s'agit d'appliquer des lunettes aux yeux dont les humeurs sont ou trop abondantes ou trop rares. Il faut donc ne repousser aucune forme , si bizarre qu'elle paraisse , de cornets acoustiques^ on doit, au contraire, eîicourager les innovations en ce genre , 'parce qu'on a souvent des exemples de sujets qui ne pouvaient entendre à l'aide d'aucun des instrumens généralement usités, et auxquels des machines autrement disposées ont permis de distinguer les sons. M. Itard rapporte plusieurs observations qui confirment cette assertion, et il est vraisemblable qu'elles se multiplieront de plus en plus , k mesure que cette branche de la mécanique chirurgicale fera de nouveaux progrès. On doit attendre beaucoup , sous ce rapport , des travaux importans et des découvertes remarquables de M. Savart, qui a porté, dans ces derniers temps, l'acoustique à un si haut degré de perfection. • " (L. J. Bégim.)
ACRIMONIE, âcreté des humeurs {humorum acrimonia). §iei-. On a désigné sous ce nom tant d'états morbides diflëreus , qu'il n'est pas facile de le définir. Suivant Kurt Sprengel [Histoire de la Médecine , tome 5. page 63), Sylvius de Le Boë introduisit le premier le mot âcreté, pour indiquer la prédominance des élémens chimiques des humeurs. Ce même Sylvius , l'un des plus illastres, chefs de l'école chémiatrique , professait , vers le milieu du xvii« siècle, que la ç.&\x%çrj)rocliaine de toutes les maladies consiste dans les diverses âcretés dont les humeurs sont susceptibles. Il admettait deux sortes d'acr« , les acides et les alcalin, et , partant, deux ■grands ordres de maladies , dont chacun renfermait plusieurs variétés. Ces variétés correspondaient aux âcretés propres aux diverses humeurs, telles que la bile, le suc pancréatique , la lymphe , etc.
L'âcreté acide de la bile détermine l'épaississement de ce liquide et occasione des obstructions. Son âcreté alcaline excite la chaleur fébrile ; et c'est d'elle que tirent leur origine toutes les fièvres aiguës et continues. L'âcreté acide du suc pancréatique et l'obstruction qui en est la suite constituent la cause des fièvres intermittentes. Sylvius rapporte, à l'appui de cette bizarre hypothèse , les empâtemens qui surviennent assez fréquemment dans les viscères du bas-ventre des individus affectés de fièvres intermittentes. Enfin , lorsque l'acidité du suc pancréatique acquiert plus d'intensité, elle enfante l'hypochondrie , l'hystérie, et plusieurs autres maladies spasmodiques. L'origine de la goutte est la même que celle des fièvres intermittentes , si ce n'est que , dans cette maladie , il existe en même temps que l'acidité du suc pancréatique, une âcreté acide de la lymphe. La petite-vérole suppose ordinairement la même altération de la lymphe. La syphilis résulte de l'acide rongeant de cette humeur. Sylvius attribue les fièvres malignes à une âcreté alcaline , due à la surabondance des sels volatils. Il résulte de cette espèce d'àcreté ou d'acrimonie une trop grande ténuité du sang. Sylvius prouve, en effet , que l'injection de sels volatils dans les veines s'oppose à la coagulation de ce liquide.
, Nous ne nous étendrons pas davantage sur l'exposition historique de la doctrine de Sylvius, relativement à l'acrimonie des humeurs. Le lecteur n'a pu , sans doute, s'empêcher de sourire de pitié , en parcourant les passages que nous venons de mettre sous ses yeux. Croirait-on qu'une doctrine qui nous parait aujourd'hui si extravagante , fut généralement adoptée, et se répandit
jdans toutes les contrées de l'Europe? Son auteur, professeur à l'université de
Leyde, y enseigna la médecine avec tant d'éclat, qu'il n'y fut éclipsé que par son illustre collègue , le grand Boerhaave. Une circonstance qu'il est piquant de noter, et qui fait honneur à Sylvius , c'est que ce systématique si fameux , aujourd'hui si absurde , introduisit, le premier, l'excellente coutume de faire dans les hôpitaux des leçons de clinique. Il ouvrit, dit-on, un nombre prodigieux de cadavres, et, comme s'il eût voulu renverser de ses propres mains le fragile édifice qu'il avait construit, il signalait à ses auditeurs l'observation comme l'unique pierre de touche de tous les systèmes. Certes, si cet auteur n'eût consulté que les lumières de la saine et rigoureuse observation , il n'aurait pas avancé les étranges et chimériques opinions dont ses ouvrages sont infectés.
§ II. S'il faut déplorer les erreurs scientifiques en général, les erreurs médicales doivent nous affliger , sans contredit , plus que toutes les autres. En effet , comme , en général , la pratique est fondée sur la théorie qu'on s'est faite de la nature des maladies , il s'ensuit qu'une fausse théorie entraine néces. sairement une méthode curative vicieuse, c'est-à-dire toujours plus ou moins dangereuse et quelquefois mortelle. Sylvius opposait les purgatifs aux maladies produites par ce qu'il appelait V effervescence de la bile. Il cherchait à modérer l'âcreté de cette humeur par l'opium et autres moyens narcotiques. Il recommandait avec une constance effrayante les sels volatils , son sel volatil oléagineux , entre autres , comme les remèdes les plus efficaces dans presque toutes les maladies. Il s'imaginait qu'ils corrigeraient l'acidité de la lymphe, l'âcreté acide du suc pancréatique. Toute sa pratique, en un mot, consistait dans l'emploi des moyens qu'il croyait propres à neutraliser l'âcreté acide ou alcaline ? qui , d'après son système , faisait le fond de toutes les maladies.
Nous ignorons quels furent les résultats d'une pratique basée sur de tels principes ; mais il n'est pas probable qu'elle ait été bien salutaire à l'humanité.
Le système de l'acrimonie des humeurs fut embrassé par Boerhaave luimême , bien que cet illustre médecin appartienne à l'école iatro-mécanicienne, plutôt qu'à la chémiatrie. Plusieurs médecins du xyiii« siècle sacrifièrent à cette grossière idole. Il n'est pas jusqu'au sage Morgagni qui ne lui ait payé son trib'ut. On voit avec peine cet immortel observateur attribuer plusieurs des altérations qu'il rencontre sur le cadavre à je ne sais quelle âcreté des humeurs- Enfin, un médecin qui, saus tant de rapports, mérite d'être comparé à Worgagui , noire célèbre Corvisart , conservait, au xixe siècle , quelques restes des idées des partisans de Vacrimonie des humeurs. On peut voir dans son Essai SU}' les maladies du cœur, l'article très-court qu'il a consacré à la rougeur <le l'aorte. Ce grand médecin , après avoir signalé l'obscurité qui règne encore sur la cause de cette coloration, demande si elle ne serait pas le produit de quelque àcre... tant il est difficile , même à des hommes supérieurs , de secouer entièrement le joug de préjugés long-temps en honneur !
§ m. Nous venons de reconnaître les erreurs dont fourmille la doctrine de l'acrimonie des humeurs , telle qu'elle a été développée par Sylvius. Il s'agit de savoir maintenant quelles causes ont pu donner naissance à cette doctrine , et comment elle a pu séduire tant de médecins. Or , pour expliquer cet important événement, il suffira de considérer, l» que la pliipart des maladies aiguës ou fébriles offrent des phénomènes souvent très-analogues à ceux que déterminent les substances acres, soit acides, soit alcalines ou autres, appliquées sur l'économie animale ; 2° qu'à l'époque où florissait Sylvius , l'étude de Ja chimie était devenue une espèce de fureur; 3° que , dans tous les temps ,on a appliqué à l'explication des phénomènes du corps humain les théories physico-chimiques dominantes; que la doctrine de Vacrimonie ne nous paraît aujourd'hui si erronée, que parce que la chimie de notre époque a presque entièrement réformé les idées chimiques qui forment la base de ce système.
Supposez un instant que la chimie soit encore aujourd'hui ce qu'elle était il y a environ cinquante ans , et la doctrine de Sylvius, loin de paraître absurde? vous comptera probablement au nombre de ses partisans. N'oubliez pas surtout qu'elle succédait aux rêveries de Paracclse. Sous ce dernier point de vue , elle constitue un véritable progrès. On ne saurait trop répéter que , dans le jugement que nous portons des hommes qui ont enfanté des systèmes, il faut tenir compte de l'époque à laquelle ces hommes ont vécu, et comparer leurs systèmes, non à ceux de leurs successeurs , mais bien à ceux de leurs devanciers. Si la doctrine de Sylvius est vraiment détestable , ce n'est pas , comme quelques-uns le prétendent , parce qu'il a voulu appliquer la chimie à la médecine , mais bien parce *que , à cette époque , les connaissances chimiques n'étaient pas assez avancées pour permettre cette application , et parce que, d'ailleurs, Sylvius ne s'est pas donné la peine de soumettre au creuset de l'observation et de l'expérimentation les opinions qu'il a émises. Je suis tellement convaincu de cette dernière vérité , que je ne crains pas de dire qu'il serait très-heureux qu'un autre Sylvius voulût bien aujourd'hui appliquer les connaissances chimiques que nous possédons à l'expHcation des phénomènes organiques , soit en sanlé , soit en maladie , en ayant soin de'ne présenter aucune opinion qui ne fût appuyée sur des expériences et des observations directes. Ce n'est pas que je pense que, dans l'état actuel de la chimie , on puisse rendre raison de tous les phénomènes moléculaires dont l'économie est le foyer : loin de là ; mais une semblable application produirait probablement des résultats précieux. Ce qu'il y a de certain, c'est que la chimie seule pourra expliquer la plupart des phénomènes qui se passent dans la digestion , l'hématose, les sécrétions et la nutrition.
§ IV. On aurait tort de conclure de ceci que nous considérons tous les phénomènes de l'organisme comme des effets de lois ou de causes chimiques. Nous reconnaissons, au contraire , qu'il est des phénomènes dans les corps organises qui ne peuvent pas être rapportés à cette catégorie. C'est pourquoi le système de Sylvius, en supposant qu'il reposât sur des faits aussi positifs qu'ils sont douteux, imaginaires , ou même absolument faux, c'est pourquoi, dis-jc , le