‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 19 sur 234 · ACUPUNCTURE · texte numérisé non relu

ACUPUNCTURE

syslcmc de Sylvius serait encore vicieux, comme tous les systèmes, dont le caractère commun est de n'embrasser qu'une portion de la science sur laquelle ils roulent, en d'autres termes, d'être exclusifs. Nous le disons hautement = tout système exclusif de ?«ec"i2/iî5//2ej de mathématisme , o\i Ae phjsico-chimisme est un véritable contresens médical. Mais nous affirmons en même temps que c'est dans cette triple branche des connaissances humaines , qu'il faut chercher l'explication des phénomènes de l'organisme. Quant au vitalisme dont quelques auteurs s'enorgueillissent comme de la plus belle conquête de la physiologie moderne , c'est, à notre avis , une des plus malheureuses conceptions de l'esprit humain. Ce vitalisme n'est autre chose que V animisme , ou le spiritualisme de Stahl , qui s'est introduit de nouveau en médecine, à la faveur d'un changement de nom. Dire avec quelques modernes , d'ailleurs très-recommandables , cjue les phénomènes organiques ne sont ni physiques, ni mécaniques , ni chimiques, mais vitaux, c'est là un des principes les moins philosophiques qu'on ait jamais tenté d'introduire dans la médecine. Ce principe, en effet, réduit à zéro le rôle du physiologiste ; il ne tend à rien moins qu'à proscrire toutes les recherches expérimentales , puisque ces recherches ne peuvent évidemment avoir pour objet que des phénomènes mécaniques, physiques ou chimiques. Il brise , par conséquent , l'un des plus précieux instrumens de toutes les découvertes physiologiques.

Ces réflexions nous rendront moins sévères envers le système de François Sylvius de Le Boë. Ce système est monstrueux , sans doute ; mais il est préférable à la désespérante stérilité du vitalisme pur.

Nous reconnaîtrons , en tei minant , dans le système de Sylvius deux principes sanctionnés par la raison; savoir , que les humeurs ou les liquides sont susceptibles d'allér.T(ion comme les solides , et que la saiiie chimie est un des flambeaux de la science de l'organisme. Hors de là, la doctrine de Sylvius n'est guèrcs qu'un tissu d'opinions imaginaires ou absurdes, exprimées dans un langage devenu presque inintelligible ; et le seul mérite qu'il soit permis de lui reconnaître, c'est d'être moins détestable encore que le mysticisme de Paracelse, auquel elle succéda. N'oublions pas d'ajouter que le premier germe de la doctrine de Sylvius se trouve dans Vaiihelmont , successeur immédiat de Paracelse , auquel il était, sous tant de rapports , infiniment supérieur.

(J. BoL'ILLAtID. )

ACUPUNCTURE, s. f. {acus , aiguille; punctuj-a , piqûre), opération nic'dico-chirurgicale , consistant dans l'introduction méthodique d'aiguilles en diverses parties du corps.

Cette opération , usitée de temps immémorial en Chine, où elle paraît être avec le mosa le principal agent de la médecine curative , passa des Chinois aux Japonais , qui ne l'employèrent pas avec moins d'ardeur. Inconnue aux médecins grecs, latins et arabes, elle fut pour la première fois révélée aux Européens à la fin du dix-septième siècle, par Tcn-Rliyne, chirurgien hollandais, qui avait long-temps résidé au Japon. De retour en Europe , il inséra une dissertation sur l'acupuncture à la suite d'un traité sur la goutte, publié à Londres en 1693 ; après lui , en 1712, Kœmpfer , dans ses Àmœnitates exoticce , ajouta de nouveaux détails à ceux qu'avait donne's Ten-Rhyne. Depuis ce temps, cette opération était restée dans l'cmbli, lorsque Dujardin , dans son Histoire de la Chirurgie , en 1774, rappela légèrement l'attention sur elle ; mais, plus spécialement, Vicqd'Azyr la rangea o parmi les moyens irritans et stimulans , comme pouvant « dompter des spasmes violens, et rétablir la sensibilité dans les organes où n cette fonction a été affaiblie. >■> Dès l'année 1811, M. Berlioz fit des expériences, et obtint des succès dont il fit part à la Société de médecine. Après lui plusieurs médecins firent usage de l'acupuncture ; on remarque parmi eux , en France, MM. Bretonneau, Haime , Demours, Béclard qui, dans un article du Dictionnaire de médecine , rejette cette opération comme inutile et quelquefois dangereuse. En Angleterre , MM. Scott et Churchill se sont occupés de celte opération , et disent en avoir obtenu du succès ; mais elle n'a réussi à personne plus qu'à M. Jules Cloquet, dont les vues sur ce nouvel agent thérapeutique et les nombreuses expériences sont consignées dans un traité sur l'acupuncture , public , sous les yeux de cet habile chirurgien , par M. le docteur Dautu.

Les aiguilles propres à l'acupuncture doivent être fines et acérées, garnies d'une tête en métal ou eu cire , de peur qu'elles ne pénètrent trop pi-ofondément, quoique MM. Berlioz et Dantu aient vu plusieurs fois , faute de cette précaution, dés aiguilles se perdre dans les chairs sans qu'il en soit résulté d'accidens. Celles dont se servent les Chinois et les Japonais passent pour être d'or et d'argent ; elles ont une extrémité tournée en spirale , pour aider les mouvemens de rotation qu'on leur imprime, et sont enfermées dans le manche d'un petit marteau en ivoire ou en ébène, dont la tête est percée de petits trous comme un dé à coudre (vojrez les planches de V Histoire de la Chirurgie ). Le petit marteau leur sert à donner le premier coup ef à pousser l'aiguille; il est complètement inutile. Quand les aiguilles sont d'acier (on n'emploie guères que celles-là chez nous), elles doivent être recuites, de crainte qu'elles ne se brisent dans la partie piquée. Ces aiguilles ont une longueur variable ; il n'est point nécessaire qu'elles dépassent si.\ pouces ; une longueur de quatre pouces est généralement suffisante.

Ces aiguilles , extrêmement déliées , peuvent-elles être irapunémenl enfoncées dans toutes les parties du corps humain? liCS Japonais et les Chinois , dans leur ignorance de l'anatomie, se règlent, pour l'introtluclion des aiguilles, d'après les figures grossières qui servent aussi h l'application du moxa. Des lignes dirigées dans le sens du tronc et des membres présentent de distance en distance des points rouges et des points verts ; les points rouges indiquent le lieu où doit*être appliqué le mo.Ka, les points verts celui où il faut piquer. Ces lignes et ces points paraissent plutôt clisposés arbitrairement qu'avec une

connaissance exacte des gros troncs artériels et nerveux , 'comme on peut s'ei convaincre en considérant la poupée japonaise qui se trouve dans les collection de la Faculté. Toutefois, il est certains lieux , spécialement les articulations, où les Japonais évitent avec le plus grand soin de placer les aiguilles ; cepen dant, si l'on en croit les auteurs, ils poussent la hardiesse jusqu'à piquer li fœtus dans le sein de sa mère , pour réprimer ses mouvemens désordonnés Mais le lieu d'élection c'est le milieu de l'espace compris entre l'ombilic et li creux de l'estomac. C'est là que le plus ordinairement sont pratiquées neu piqûres sur trois lignes horizontales et parallèles ; chaque ligne porte un non particulier. La distance entre les piqûres est d'environ un de«M-pouce. Quoi qu'au Japon, où l'acupuncture est en grand honneur, il soit<;ommun de voii des individus de la classie inférieure s'enfoncer eux-mêmes des aiguilles, quel quefois par sim|rle précaution , ce genre d'opération est toutefois exercé spécia lement par des espèces d'experts brevetés, qui ont les figures peintes sur leur boutiques. Il est des cas cependant difficiles , lorsqu'il s'agit, par exemple, d'ui grand seigneur , où les médecins ne dédaignent pas d'appliquer eux-même les aiguilles. Les praticiens qui chez nous ont employé l'acupuncture recom mandent seulement d'éviter les gros troncs nerveux et artériels, quoique 1. plupart d'entre eux affirment que les piqûres môme dans ces cas ne sont poin dangereuses , et qu'on ait même enfoncé dans le cœur d'un chien une aiguill très-fine sans qu'il en soit résulté aucun accident. Les viscères semblent d même pouvoir être piqués impunément. C'est ainsi que M. Jules Cloquet pénétré dans le tissu des poumons , du foie , du testicule et des intestin; M. Bretonneau a perforé d'outre en outre , et dans toutes les directions le cerveau et le cervelet de jeunes chiens sans qu'ils aient manifesté la moindr douleur.

L'acupuncture , aussi communément employée chez les Japonais que l'es chez nous la saignée que ces peuples ont en horreur, a été mise en usage pa eux à peu près contre toutes les maladies , dans l'inflammation du cana intestinal et dans la cataracte commençante , dans l'ophthalmie et les affection vermineuses , etc. Cet emploi peu méthodique ne doit point présenter dei succès nombreux. M. Jules Cloquet en a obtenu des résultats avantageu et de promptes guérisons dans les rhumatismes musculaires , dans les né vralgies faciale, dentaire, sus-orbitaire, cubitale, sciatique ; dans les céphalj algies opiniâtres, dans des contusions profondes, dans les crampes, 1<( contractions musculaires. Elle a réussi également, dit-on, dans des gastrc' dynies et dos pleurodynies , et a paru diminuer les symptômes inflammatoire i dans l'ophthalmie, l'inflammation des testicules, et les phlegmasies chronique | du tube intestinal. M. Récamier a calmé par ce moyen des douleurs lancinante ! de l'utérus. |

Lorsqu'on veut pratiquer l'acupuncture, après avoir choisi le lieu même qi! est siège des douleurs , ou le plus voisin de l'endroit douloureux , comme 1( 1 parties qui recouvrent le crâne dans la céphalalgie, les tempes dans l'ophlhalmii on saisit l'aiguille entre le pouce et les deux premiers doigts de la main droite tandis qu'avec le pouce et l'indicateur de la main gauche on tend la peai puis, pressant perpendiculairement l'aiguille, on lui fait traverser les tégi mens ; alors lui imprimant entre les doigts un léger mouvement de rotation , c la fait pénétrer plus ou moins profondément, directement ou obliquement on applique ainsi orelinairement plusieurs aiguilles. Les Japonais ne les laisseï tlans les tissus qu'environ pendant trente respirations ; mais ce temps a él reconnu insuffisant par ]M. Jules Cloquet , qui a prolongé le séjour des aiguilh même pendant plusieurs jours. Ce chirurgien a fait ajouter à la tête di aiguilles un petit anneau métallique. Dès que l'aiguille est introeluite il y pas; un conducteur métallique , qu'il fait plonger dans un vase également en mét contenant de l'eau salée. Pendant que l'aiguille traverse la peau , le raalae sent ordinairement un léger picotement , inaperçu lorsqu'il éprouve d'ailleu des douleurs très-vives; puis succèdent elcs élancemens dans la région c l'aiguille, des frémissemens qui se propagent dans les parties environnante Quelquefois , dit M. le docteur Dantu , à l'instant même de l'introduction, malade sent partir de l'aiguille une sorte d'étincelle électrique qui silloni les tissus voisins. Les symptômes sont ordinairement plus marqués quar l'acupuncture a déjà été pratiquée plusieurs fois. Quelques minutes après l'intr eluction , apparaît autour du lieu piqué une auréole, tantôt très-vive, tantôt peine apparente, qui disparaît au bout de ejuelques heures. Quand on lais: les aiguilles à demeure , il faut avoir soin de les garantir du frottement d vêtemens ; autrement il se forme un léger engorgement cjui peut se termim par suppuration.

Les aiguilles d'acier introduites ainsi dans les tissus s'oxydent avec la pli grande rapidité. Cette oxydation recouvre toute l'aiguille ou est dissémim par plaques ; c[uand elle est intense , elle paraît entraver la marche de l'opér. tion ; aussi ne doit-on introduire que des aiguilles parfaitement décapées. ( phénomène d'oxydation est accompagné de phénomènes galvaniques, appr ciables au. multiplicateur de Schweiger , et dont la cause est dans le faite l'oxydation, comme l'ont constaté MM. Pelletan fils et Pouillet. Ces dei phénomènes , qui s'observent chez l'homme sain comme chez l'homme maladt chez les animaux et sur les cadavres même, lorsqu'on leur donne une tempi rature convenable , ne sont nullement liés à la guérisou ; car si on se sert d i métal non oxydable ils disparaissent, et cependant les résultats sont les même D'après M.Jules Cloquet, dans certains cas , une seule acupuncture a su pour guérir les malades ; ilans d'autres, il a fallu répéter celte opérati(, plusieurs fois; enfin f[uelquefois elle n'a apporté qu'un soulagement passage plus rarement les cflèts en ont été nuls ou presque nuls. Si un malade présen plusieurs points douloureux , il faut eu général introduire une aigu illc ela k

ADHÉSIONS, A.DHÉRÊNCES.

ADHÉSIONS, ADHÉRENCES

chacun de ces points; cependant il peut arriver qu'une seule aiguille fasse disparaître des douleurs assez éloignées; par exemple, que, placée à la partie supérieure d'un membre , elle arrête les douleurs qui s'étendaient dans toute sa longueur. On a vu une première application ne produire aucun effet, et une seconde être suivie de succès. Si, dès le commencement, des douleurs très-vives se font sentir j on doit suspendre l'opération et retirer entièrement les aiguilles; quelquefois nlême, lorsque déjà elles étaient assez profondément enfoncées, il suffit de les retirer en partie. Il est d'observation que plus les maladies sont anciennes , plus il est nécessaire de laisser les aiguilles long-temps.

Des accidens peuvent survenir à la suite de l'acupuncture ; ils ont paru assez graves à Béclard pour qu'il crût devoir entièrement rejeter cette opération. Ce savant professeur a vu chez un malade, dans la jambe duquel une aiguille avait été enfoncée pour calmer des douleurs aiguës , se manifester une syncope prolongée, à laquelle succéda un délire furieux. Cependant cette exaltation cérébrale s'apaisa ; plus tard un abcès se développa à l'endroit qui avait été piqué. M. Jules Cloquet n'a jamais vu de semblables accidens sur le grand Jiombre de malades qu'il a opérés à l'hôpital Saint-Louis ; il n'a remarqué à la suite de l'acupuncture comme accidens à craindre que de légères lipothymies , et de l'exaspération dans les douleurs des malades ; dans un cas où l'artère temporale avait été piquée , il se forma seulement une petite tumeur sanguine, qui sous l'influence d'une compression légère di.sparut entièrement en quelques

Diverses théories ont été proposées pour expliquer l'action des aiguilles ; les Japonais ont aussi la leur : des vents malins, disent-ils, qui circulent dans nos tissus , sont la cause de toutes nos maladies ; par la piqûre on leur donne issue; si l'on ne doit pas piquer les articulations, c'est que là ils sont trop profondément cachés.

Les médecins qui, chez nous, se sont occupés d'acupuncture ont pensé, les uns qu'elle agissait d'une manière dérivative , les autres qu'elle avait une action spéciale et du genre des actions électriques. Sans doute la dérivation que peut produire cette légère piqûre ne parait pas en rapport avec les grands effets qu'on en a obtenus quelquefois ; mais les diverses théories qui reposent sur l'existence du fluide nerveux , sont tellement hypothétiques que nous croyons inutile de les rapporter. D'ailleurs elles ue sont d'aucune importance par rapport aux résultats thérapeutiques de cette opération.

L'acupuncture a eu ses enthousiastes et ses détracteurs. Maintenant nous ne devons ni la regarder avec les uns comme un moyen de guérison très étendu , et pouvant avantageusement remplacer la saignée ; ni nous ne devons entièrement la proscrire avec les autres. Reste à l'expérience et à de nouvelles observations à constater les cas dans lesquels elle peut être employée utilement , et ceux dans lesquels elle serait impuissante.

Te/i Rkjrne.Maulissî schemalica de Acupuncturâ, addissertat. de arlbritide, in-S", Lond., 1683.

Bidloo. De PuDcto diss. , Lugd. Batav. , 1709.

Kcempfer. Amœnitates exoticae , Lemgoviae, 1712.

Dujardin. Histoire delà Chirurgie, 1774 , tom. 1er, p. 89.

Vicq-d'Azyr (édit. Moreau), 1805 i tom. 5 , p. 133.

BerZioa . Mémoire sur les Maladies chroniques, les Évacuations sanguines et l'Acupuncture, 1816.

Haime. Notice sur l'Acupuncture, 13» volume du Journal universel des sciences médicales' Churchill. Traite de l'Acupuncture , traduit de l'anglais par M. Charbonnier , 1825. Dantu. Traité de l'Acupuncture , 1826.

Morand , Pelle tan , Thion, etc. (Ph. Fréd. BlANDIN. )

ADÉNO-MÉNINGÉE , fehris adeno-meningica , de à'JVv , glande , et R'J'V? ■> membrane. Ce nom a été donné par Pinel à la fièvre muqueuse des auteurs. {Voyez Gastro-entérite.)

ADENO-NERVEUSE ,feb VIS adenO'newosa. j de aJ^'y, glande, et v-J^ov, nerf; nom donne' par Pinel à la peste. ( Vojez ce mot. )

ADHÉSIONS , ADHÉRENCES (^«aîowic pathologique , Pathologie, Thérapeutique). II est dans l'économie animale des parties destinées à être contiguës; il en est d'autres qui , destinées à être continues , deviennent contiguës accidentellement. Or, dans l'un et dans l'autre cas, les surfaces contiguës peuvent devenir continues; c'est cette réunion, restauratrice dans le second cas , morbide dans le premier , qui constitue les adhésions. De là deux classes bien distinctes d'adhésions: les adhésions restauratrices, et les adhésions morbides. Les unes et les autres s'opèrent par le même mécanisme; leur étude s'éclaire mutuellement : et ce n'est pas un des moindres avantages de la classification des maladies, sous le point de vue des lésions organiques, que ce rapprochement d'affections, que semblait séparer un intervalle immense , dont les unes étaient classées parmi les maladies chirurgicales , les autres parmi les maladies médicales , toutes disséminées dans divers articles et dont un grand nombre étaient rejetées parmi des effets , des épiphénomènes. C'est d'après le même principe que je rapprocherai des adhésions morbides les adhésions congéniales que l'on étudie généralement en même temps que les autres vices de conformation; mais si l'on considère que ces adhésions sont le résultat de maladies intra-utérines , on conçoit quel avantage il y aurait de les faire marcher de front avec les mêmes maladies survenues après la naissance.

Les adhésions constituent donc une classe importante de lésions de l'orgaiiisartion : aussi lesavais-je déjà envisagées d'une manière générale sous le titre de transformations celluleuses (Essai sur l'anat. pathol. , tom. 1", pag. 144). Leur étude plus approfondie m'a conduit à en faire une classe de lésions que j'ai placées immédiatement après les solutions de continuité, en raison du grand nombre de points de contact que les solutions et les adhésions présentent entre elles ; car c'est par l'adhésion que guérit la solution de continuité, et réciproquement c'est par la solution que guérit l'adhésion contre nature. Les adhé-

DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQtES.

sions ne constituent donc pas une maladie, à proprement parler; elles ne sont que des eff'ets , une terminaison de l'inflammation , et quelquefois produites d'une manière tellement occulte qu'on ne sait à quel travail les attribuer . Tantôt elles ne donnent aucun signe de leur existence; tantôt elles produisent des symptômes plus ou moins graves, et exigent même l'emploi des moyens chirurgicaux; dans un très-grand nombre de cas, elles sont un bienfait de la nature qui prévient par elles des accidens fâcheux ou y remédie; quelquefois enfin, c'est l'art lui-même qui les provoque et les obtient par des procédés plus ou moins ingénieux , et les adhésions deviennent entre ses mains un puissant moyen thérapeutique.

Classe ït". — Adhésions restauratrices. — Tout tissu qui a été divisé tend à l'adhésion ; c'est une loi de la nature , loi de conservation , que l'on peut appeler loi d'intégrité , loi de restauration , et qui devient loi de reproduction dans les espèces inférieures; loi nécessaire, vu le peu de cohésion de nos organes sans cesse en butte à l'action des corps extérieurs plus résistans qu'euxmêmes. Supposez une plaie aussi hétérogène, aussi étendue que possible; pourvu que le travail réparateur n'excède pas les forces de l'individu, dans toute la surface de cette plaie s'organise un travail inflammatoire, et si les bords sont en contact immédiat , l'adhésion a lieti dans l'espace de quatre , cinq, six jours : c'est la réunion par première intention ; si les bords ne sont pas en contact , la tendance à l'adhésion se manifeste par des végétations qui s'élèvent de toute la surface de la plaie et viennent à la rencontre les unes des autres, s'unis sant par leurs parties latérales, si c'est par leurs parties latérales qu'elles se touchent; par leur sommet, si le contact a lieu par le sommet; et celte tendance à l'adhésion est telle qu'on peut obtenir la réunion par le rapprochement des bords , tout le temps que la surface de la plaie est humide et sécrétante, toutle temps qu'elle n'est pas recouverte par un tissu fibreux; aussi ne connais-je rien en chirurgie de plus difficile à établir qu'un canal artificiel , qu'une surface artificielle; aussi , une fois que deux surfaces naturellement contiguës sont devenues continues, le rétablissement de la contiguité est presque aussi difficile à obtenir que si les surfaces avaient été naturellement continues. Il suit de là que les méthodes de traitement de fistules par le rétablissement du canal naturel sont bien préférables à celles qui ont pour but d'organiser un canal artificiel; et des moyens de dilatation mécaniques, continués pendant un temps très-long et même pendant toute la vie , peuvent seuls en assurer le succès. Ce n'est donc qu'en entretenant une irritation constante pendant plusieurs années que peuvent s'organiser ces trajets fistuleux anciens qui persistent indépendamment de la cause qui les a produits. C'est l'adhésion latérale des caroncules qui réduit à une surface très-petite de vastes plaies qui occupent une large surface; c'est cette même adhésion latérale qui opère uniquement le renversement de la paupière, des doigts, de la main, dans les cas de plaies avec perte de substance, si par des moyens mécaniques on ne lutte eflîcacement contre la force d'adhésion toujours agissante.

En vain objecterait-on contre cette tendance à l'adhésion le défaut de réunion des parois du foyer dans les fistules axillaires , pelviennes, etc. Dans tous ces cas , et autres analogues, il sera facile de prouver l'existence d'une cause qui neutralise pour ainsi dire la force d'adhésion ; tel est, dans les cas que je viens de citer, le défaut de contiguité des parois.

Ainsi , dans toutes les solutions de continuité, le rôle du chirurgien se borne à diriger la force d'adhésion , à mettre les bords de la plaie dans des conditions telles que cette force puisse s'exercer; c'est à lui d'opter, suivant les cas, entre la force d'adhésion primitive et la force d'adhésion consécutive, entre l'adhésion latérale et l'adhésion par le sommet des caroncules ; un vice local, un vice général , qui se portent sur la solution de continuité , peuvent seuls empêcher la cicatrisation. C'est à l'aide de cette force d'adhésion bien dirigée que le chirurgien peut faire tant de merveilles , remplacer des parties qui manquent par des parties voisines et même par des parties éloignées, faire des joues, des lèvres , des nez artificiels. Qui sait jusqu'où peut aller le génie chirurgical , fécondé pr.r une connaissance approfondie des lois de la vie?

Mais quel est le mécanisme de l'adhésion des surfaces accidentelles? Comme tous les phénomènes qui se passent dans l'intimité de nos organes, celui-ci ne peut être qu'en partie pénétré , et , sans empiéter sur ce qui sera dit à l'occasion des plaies , je vais résumer ici le résultat de mes observations.

RÈGLE GÉNÉRALE. — Tout tissu quia été divisé ne se répare jamais . — Les vaisseaux divisés se retirent, les fibres musculeuses , nerveuses, osseuses, tendineuses , ne sont le siège d'aucun travail de réparation. L'élément réparateur, en même temps qu'il est l'élément désorganisateur, c'est le tissu cellulaire séreux, si abondant autour et dans l'épaisseur des organes. Plus j'étudie les lois de la vie elles lésions de l'organisation , plus je deviens pénétré de cette vérité que toutes les lésions résultent du dépôt de liquides de diverse nature dans les mailles celluleuses des parties, que les tissus eux-mêmes sont susceptibles seulement d'atrophie et d'hypertrophie. Il y a long-temps qu'on a observé que les membranes séreuses son! pour ainsi dire inaltérables, au moins dans l'inflammation; que sous les fausses membranes, plus ou moins épaisses, plus ou moins avancées dans l'organisation , dont elles sont recouvertes, il existe un feuillet séreux, mince, pellucide, tout-à-fait semblable à celui qui n'a été le siège d'aucun travail morbide. Eh b'en ! j'ai fait la même remarque pour les membranes muqueuses, pour les puscles , pour les os , les tissus fibreux, etc. : dans l'affection même la plus désorganisatrice , le cancer, c'est dans les mailles du tissu cellulaire qu'est déposé le suc cancéreux ; le tissu propre est comprimé , atrophié , quelquefois hypertrophié dans quelques-uns de ses élémens , et dans tous les cas il semble remplacé par un tissu nouveau.

Ne soyons donc pas étonnés de l'uniformité, de l'identité des altérations orga-

ADHESIONS, ADHERENCES.

ADHÉSIONS, ADHÉRENCES

niques, quel que soit le tissu affecté; ne soyons plus étonnés des points de contact qu'elles présentent entre elles, des combinaisons des unes avec les autres, qui constituent les lésions organiques complexes; et dans l'espèce qui m'occupe, ne soyons pas étonnés que l'adhésion des surfaces divisées se fasse par le même mécanisme , quel que soit le tissu divisé ; car ce ne sont pas les tissus si hétérogènes et de structure et dévie qui concourent à leur réparation. Ces tissus ont été organisés pour tel ou tel usage spécial, ils vivent pour remplir cet usage , ils n'ont que celui-là ; le muscle se contracte , la fibre nerveuse sent, la glande sécrète; ils ne font que cela; la nutrition est plus ou moins active, suivant qu'ils sont plus ou moins exercés; ils peuvent disparaître par^ l'efTet d'une compression long-temps continuée qui empêche d'abord des sucs nutritifs , mais leurs maladies ne portent que sur les fibres celluleuses qui les . enveloppent elles pénètrent.

Cela posé, comment s'opère l'adhésion? Est-ce le sang interposé entre les bords de la plaie qui opère le recollement? Devons-nous considérer le sang, avec Hunter , comme un moyen provisoire d'union? Ne devons-nous pas plutôt le regarder, avec Celse, comme un corps étranger dont l'absorption ou l'abstersion est nécessaire pour que la réunion s'opère , au moins quand ce liquide est eu trop grande quantité? Ce n'est pas le sang en nature qui opère la réunion ; ce n'est pas la lymphe du sang , c'est un produit de sécrétion nouveau ; à la sérosité limpide que fournit le tissu cellulaire dans l'état d'intégrité succède une sérosité coucrescible , une lymphe coagulable , comme le disaient les anciens; lymphe organisable d'après Thomson , qui, se concrétant en membrane , ici mince , là épaisse, remplit les vides , égalise la surface de la plaie et permet aux parties d'adhérer entre elles. Chose remarquable ! toutes les fois que le sang touche un tissu enflammé , il se coagule; c'est ce que nous voyons tous les jours dans la phlébite et l'artérite dont le premier degré est la coagulation du sang; ainsi , le tissu cellulaire enflammé produit dans les premiers temps une lymphe coagulable. Au bout de vingt-quatre heures, cette membrane est blanche , aréolaire; au bout de quarante-huit heures , et quelquefois plus tôt, elle est déjà pénétrée de sang qui suinte de toutes parti et en assez grande abondance, lorsqu'on écarte les bords de la plaie. Au bout de trois jours elle est plus solide etplus vasculaire ; mais au bout de cinq à six jours , elle est quelquefois tellement bien organisée , qu'il faut pour la déchirer la même violence qu'e pour déchirer des parties saines; il est même douteux si la déchirure ne porte pas sur les parties voisines; au bout de dix à douze jours la cicatrice est linéaire, mais fibreuse.

Si l'adhésion a été détruite une première fois , il est rare qu'elle ait lieu immédiatement une seconde fois; de là le précepte d'introduire, pendant douze à vingt-quatre heures seulement, des mèches de charpie dans les incisions qu'on veut maintenir quelque temps. Cepremier temps d'adhésion primitive passé, la cicatrisation ne peut plus s'opérer que par adhésion consécutive, c'est-à-dire par les caroncules, organes sécréteurs d'un pus liquide d'abord , puis d'un pus concret ou fausse membrane , qui s'interpose entre les surfaces granulées et les réunit par un mécanisme analogue à celui que je viens d'exposer tout à l'heure: la cicatrice est également fibreuse. C'est par ce second mécanisme qu'a lieu l'adhésion des parois opposées d'un abcès.

Que se passe-t-il ? La fausse membrane n'est-elle qu'un moyen provisoire d'union? Est-elle absorbée? S'organise -t- elle? Ces questions seront discutées plus bas.

Lorsque les parties divisées sont en contact avec l'air , l'adhésion s'opère de la même manière, quel que soit le tissu divisé, os, muscles, tendons, vaisseaux , etc. Lorsque ces parties ne sont pas en contact avec l'air , le mécanisme de l'adhésion a quelque chose d'un peu différent ; l'adhésion peut se faire au bout de plusieurs jours sans 'suppuration; c'est ce qu'on voit dans les épancheraens sanguins , suite de contusions , suite de déchirures par fluxion sanguine; dans l'apoplexie , par exemple , le sang est absorbé, et les parois opposées s'unissent au bout de trente, quarante, cinquante jours, à moins que la juxta-posilion ne puisse pas avoir lieu , cas dans lequel il se forme un kyste ou une membrane disposée en poche , de la même manière que les solutions de continuité , exposées à l'air , et dont les bords ne sont point en contact , se couvrent d'une membrane ou pellicule , laquelle offre absolument les mêmes caractères que le kyste , dont elle ne diffère que parce qu'elle n'est pas disposée en poche.

Il n'en est pas de même des solutions de continuité des os qui ne sont point en contact avec l'air. Ici l'adhésion se fait au moyen d'un tissu osseux, formé aux dépens des parties environnantes , sans qu'on puisse expliquer cette exception , qui était un des argumens les plus favorables pour la doctrine de Stahl , qui nous représente l'âme rationnelle présidant à l'accomplissement des phénomènes morbides.

Mais, pour que l'adhésion s'opère, il faut que les deux surfaces contiguës soient actuellement vivantes ; si l'une d'elles seule est vivante , il pourra se faire une agglutination mécanique, mais là ce n'est pas une véritable adhésion.

Ain^i , le travail dont la nature se sert pour rétablir la continuité des parties contiguës accidentellement, c'est l'inflammation, grand moyen pour réparer comme pour détruire. Ici c'est une inflammation restauratrice, si bien désignée par Hunter sous le titre d'adhésive , que nous verrons jouer un si grand rôle, Tion-seulement dans les solutions de continuité, mais dans toutes les inflammations par cause interne; nous dirons seulement ici par anticipation que , pour que cette inflammation restauratrice ou adhésive se dévelop pe , il faut plusieurs conditions; la première c'est l'intégrité des parties, la seconde c'est le peu d'intensité ou mieux l'instantanéité de la cause qui la produit, {l^ojrez Inflammation. )

Classe ii. — Àdhciions morbides. — Le domaine des adhésions morbides ^

c'est-à-dire des réunions des surfaces contiguës est beaucoup plus étendu qu'ï ne le semblerait au premier abord; car, indépendamment des surfaces libres séreuses, synoviales, vasculaires, muqueuses, cutanées, il existe encore ci grand département cellulaire qui, comme un immense réseau , embrasse tou les organes. Or, chaque cellule du tissu cellulaire pouvant être considéré( comme une petite membrane séreuse , les adhésions s'y établissent avec la plui grande facilité , et leur étude est d'autant plus importante qu'elle permet de si rendre compte de ce qui arrive dans les mflammations les plus habituelles; j( veux parler des inflammations phlegmoneuses.

Genbe ler. — Adhésions du tissu cellulaire. — Lorsqu'une inflammation s'em pare du tissu cellulaire, son premier effet est de déterminer l'exhalation d'une grande quantité de sérosité jaunâtre et d'une lymphe concrescible qui agglutine entre elles les différentes mailles du tissu cellulaire. Dès lors plus de perméabilité ; tous les liquides qui vont être appelés par l'irritation resteront concentrés dans un seul et même point; de là la tumeur plus ou moins acuminée; cl si l'inflammation diminue, si la résolution s'opère, l'absorption du liquide a lieu , les lames celluleuses s'unissent à la manière d'une plaie récente dont les bords sont juxta-posés. Mêmes conditions , mêmes phénomènes dans une plaie récente ; ce qui s'enflamme, ce ne sont pas les tissus divisés, c'est uniquemeni le tissu cellulaire, seul capable d'inflammation ; la lymphe non coagulable et la lymphe coagulable ou fausse membrane sont absolument de la même nature que dans le cas de phlegmon ; l'adhésion définitive a lieu de la même manière , et , de même que la cicatrice , quelque immédiate qu'on la suppose , est beaucou [i plus dense, moins extensible que le tissu cellulaire environnant; de même le tissu cellulaire qui a été le siège d'un phlegmon est beaucoup moins mobile ; et si la laxité du tissu cellulaire environnant n'y suppléait, il y aurait beaueouj^ de gêne dans les mouvemens. ^ Mais poursuivons l'analogie : nous avons vu dans l'adhésion restauratrice qu^ lorsque le temps de la réunion immédiate primitii>e était passé , des earonculesj s'élevaient de toute la surface de la plaie , que du pus était sécrété , et qu'alorsl il arrivait deux choses, ou bien que les bords de la plaie suppurante, juxta-j posés , se réunissaient immédiatement, c'est la réunion immédiate consécutive ou bien , que ces bords restant écartés , toute la surface delà plaie se recouvrait' d'un tissu cutané nouveau : de même dans le phlegmon, si la réunion immédiateî^ primitive des lamelles celluleuses, c'est-à-dire si la résolution n'a pas lieu, itj y a sécrétion de pus sans développement de caroncules bien prononcé ; et si léj pus est absorbé , ou bien si on lui donne issue, si une compression méthodique,] opère la juxta-position des parois, il y a réunion immédiate consécutive ; enfin ,j si les parois sontmaintenues écartées , soit par la présence permanente du pus,j soit par la situation de l'abcès dans le creux axillaire, dans la région pelvienne,' il y a organisation d'un tissu muqueux, tout-à-fait analogue au tissu cutané) nouveau qui constitue les cicatrices. ■ Toutes les fois donc qu'une partie a été le siège d'une inflammation , il y aî adhésion des lamelles celluleuses, conséquemment densité plus grande, d'où' le besoin de l'instrument tranchant pour séparer des parties qui , dans l'étati naturel , se séparent avec la plus grande facilité, sans le secours de la dissec-.j tion. Le chirurgien ne saurait donc trop avoir égard à cette circonstance lors-' qu'il va procéder à une extirpation de tumeur, à une amputation , à la ligature^j d'un vaisseau. J'ai vu pratiquer quelques amputations immédiatement au-dessus •du genou, au niveau de cicatrices d'abcès. Ilyavailàpeine rétraction des chairs,! et dans un cas oùl'adhésion s'était étendue jusqu'au tissu cellulaire qui environnai l'artère, il fut absolument impossible de pratiquer la ligature suivant la mé-'< thode ordinaire; il fallut circonscrire le vaisseau avec une aiguille courbe.

C'est donc sur l'adhésion du tissu cellulaire que doit être fondé ce précepte, i qui sans doute a été donné par les auteurs de chirurgie , de s'éloigner des i cicatrices, des lieux qui ont été le siège d'inflammation phlegmoneuse dans | les amputations des membres. Ce même précepte s'applique aux extirpations. - Je me rappellerai toujours la peine que me donna la dissection du scrotum dans un cas de sarcocèle. Le dartos avait été le siège d'une inflammation : chronique, et, bien que j'eusse cerné une partie de la peau entre deux incisions > semi - elliptiques , comme l'adhésion s'étendait très-loin, je fus obligé de pratiquer une dissection minutieuse là où on n'a besoin que d'une sorte i d'énucléation, de manière que dans ce cas il faudrait circonscrire entre deux \ incisions toutes les parties adhérentes des tégumens. Je regarde comme impra- ! ticable toute extirpation de tumeur cervicale dont les racines plongent dans le ; tissu cellulaire qui environne les vaisseaux, lorsque ce tissu cellulaire est adhèrent, lorsqu'il ne suflît pas d'une simple traction, ou de l'action d'un instrument mousse pour la détacher ; j'en dirai autant des tumeurs profondes axillaires, tandis que cette extirpation devient une des plus faciles de la chirurgie, lorsque le tissu cellulaire environnant n'a pas subi le travail inflammatoire qui a entraîné l'adhésion. En vain invoquerait-on les connaissances anatomiques les plus minutieuses pour pratiquer la dissection. Elles nous abandonnent là où des changemens de rapports imprévus ou des combinaisons infinies de circonstances peuvent avoir lieu. J'ai extirpé quelquefois avec une ra- ( pidité qui étonnait des tumeurs enkystées très-volumineuses ; tout mon secret c'était de fairo une longue incision à la peau , et lorsque je voyai? que le kyste \\ n'était pas adhèrent, je l'ouvrais, je saisissais l'un des bords de l'incision avec ; une pince à mords larges, et le kyste suivait avec une extrême facilité. Des i adhérences avaient-elles lieu, il fallait disséquer péniblement la poche jusqu'aux i limites de l'adhésion. On a établi en anatomie pathologique une grande distinction entre les altérations organiques déposées pour ainsi dire au milieu i de ces tissus, et celles formées aux dépens de ces tissus eu.x-mêmes. Suivant I ma manière de voir, celte distinction n'est d'aucune importance cl dépend I

ADHESIONS, ADHERENCES,

ADHESIONS, ADHÉRENCES.

riiniqiieraent delà laxité et de l'ampleur des mailles du tissu cellulaire dans lesquelles ces produits sont déposés. Il faut faire entrer en ligne de compte les adhésions du tissu cellulaire qui entoure ces tumeurs, adliésions qui peuvent faire croire à l'altération du tissu propre ; enfin , cette adhésion explique pourquoi , dans les ligatures d'artères , il faut toujours s'éloigner des parties qui ont été le siège d'une inflammation; elle établit la prééminence de la méthode de Hunter sur la méthode ordinaire dans l'anévrisme, la nécessité d'aller chercher l'artère loin de la plaie lors d'une hémorrhagie consécutive.

C'est par l'adhésion du tissu cellulaire que le pus d'un abcès par congestion ne s'infiltre pas dans le tissu cellulaire à la manière de la sérosité , mais circule dans des canaux de nouvelle formation , qui présentent quelque analogie avec les canaux muqueux.

Voyez les épanchemens de sang dans le tissu cellulaire. Ce sang s'infiltre les premiers jours , et se dissémine au loin ; mais l'adhésion s'établit; alors le sang est circonscrit, et si l'absorption est rapide, si les parois du foyer peuvent arriver au contact, ils s'agglutinent; si au contraire le contact n'a pas lieu, il s'organise une poche fibro-séreuse qui représente parfaitement les cicatrices cutanées et muqueuses, de même que l'adhésion des parois représente les réunions immédiates consécutives. Au reste, le tissu cellulaire qui a subi cette adhésion offre cette densité et cette inextensibilité dont nous avons déjà parlé; il conserve de plus une couleur brunâtre , brun-marron plus ou moins foncé, signe non équivoque d'ua épanchement sanguin antérieur.

Dans les anévrismes , c'est à l'aide d'adhésions successives que le kyste ancvrismal s'approprie toutes les lamelles celluleuses, soit libres, soit combinées, qui le recouvrent , lamelles qui doublent , triplent la force de la poche altérée , pour la remplacer bientôt lorsqu'elle aura complètement cédé.

C'est à l'aide de l'adhésion du tissu cellulaire que les corps étrangers tels que les balles, les entozoaires, les divers liquides accidentels, s'entourent d'un kyste séreux ou fibreux qui les isole des parties environnantes. Soit une perforation du canal de l'urètre : si l'urine s'épanche en grande quantité, elle s'infiltre au loin et fait les plus grands ravages ; si au contraire l'urine s'échappe il goutte à goutte, l'irritation est vive, désorganisatrice au point de contact; les lames adjacentes en reçoivent une moindre part, mais assez pour produire l'adhésion qui devient une sorte de rempart contre l'infiltration, conséquemment contre les accidens graves : l'adhésion du tissu cellulaire peut seule expliquer ces fistules urinaires ou stercorales aussi simples, aussi exemptes d'inflammation que les fistules purulentes les plus bénignes. L'adhésion a évidemment , dans ces cas , précédé ou immédiatement suivi l'épanchement d'urine.

Gekhe II. — Adhésions des membranes séreuses. — Après les adhésions du tissu cellulaire, il n'en est pas de plus communes que celles des membranes séreuses, et tandis que les premières avaient e'chappé à la sagacité des observateurs , vu la petitesse du lieu, les secondes sont connues dès la plus haute antiquité. Il est vrai que peu d'auteurs les ont envisagées d'une manière générale ; la plupart n'ont parlé que d'une membrane séreuse en particulier, ou même d'un fragment de ces membranes séreuses ; tels sont Arnaud, Richter , Petit, Scarpa pour le péritoine dans les hernies , Corvisart pour la séreuse du péricarde. Mais les divisions qu'ils ont adoptées pour une séreuse en particulier s'appliquent parfaitement à toutes les autres. Ainsi , il existe des espèces bien distinctes d'adhésions : adhésions couenneuses, adhésionsjilamenteuses, adhésions celluleuses, adhésions par l'intermédiaire d'une membrane organisée persistante, adhésions par une Jausse membrane tuberculeuse.

Toutes les conditions pour l'adhésion se trouvent réunies dans les membranes séreuses; elles sont lisses, elles sont dans un état de contiguïté permanent ; or ici , comme dans le tissu cellulaire , le premier effet de l'inflammation est l'exhalation d'une lymphe concrescible; d'où la réunion des surfaces conliguës à la manière des deux lèvres opposées d'une plaie , réunion provisoire , si l'on veut , que remplacera bientôt une réunion définitive QU organique. Ce mécanisme de l'adhésion des membranes séreuses est donc absolument le même que celui de l'adhésion des deux bords d'une plaie. J'ai examiné comparativement les phénomènes qui ont lieu à la surface intérieure delà tunique vaginale ouverte chez un chien et à la surface d'une plaie faite |au pli de l'aine ; des deux côtés , il y a eu sécheresse, suspension de l'action Ipendant les premières heures; le lendemain, vingt- quatre heures après l'opération, l'adhésion avait lieu dans une partie des surfaces divisées ; celles qui n'étaient point eu contact immédiat étaient recouvertes d'une fausse membrane qui remplissait les vides, qui m'a paru plus épaisse sur la membrane séreuse que sur le tissu cellulaire, espèce de gluten blanc, spongieux, élastique, qui collait fortement à la surface de la séreuse les poils renversés de l'animal , comme dans les plaies il colle l'appareil ; d'où la douleur atroce à la levée du premier appareil , lorsque cette levée a lieu avant la formation du pus. J'ai pu enlever avec ces poils une masse observable de ce gluten qui remplissait la gouttière de séparation du corps du testicule et de l'épididyme. Quant aux parties de la séreuse réunies immédiatement au bout de vingt-quatre heures , [l'adhésion était d'une solidité remarquable , et il a fallu une certaine violence ipour séparer les deux surfaces continues , et une grande quantité' de sang s'est écoulée. Comment , en aussi peu de temps , le sang peut-il avoir traversé la séreuse pour s'épancher dans la fausse membrane ? L'adhésion n'était pas à beaucoup près aussi solide entre les bords de la plaie.

Tel est le mécanisme des adhérences couenneuses des séreuses. Mais que de variétés sous ce rapport ! Tantôt l'adhésion a lieu au moyen d'une couche mince, granuleuse, réticulée, tantôt au moyen d'une couche épaisse de fausses membranes qu'on peut diviser en plusieurs lamelles d'inégale épaisseur ,

d'inégale consistance ; et , chose remarquable , les lamelles les moins résistantes et conséquemment les plus récentes occupent le centre ; dans quelques cas les couches pseudo-membraneuses qui appartiennent k chaque moitié de séreuse sont séparées par de la sérosité , par du pus , des flocons membraneux. Dans ce cas , comment ont été produits la sérosité , le pus , les flocons membra neux intermédiaires? Leur formation est-elle postérieure à celle des couches de pseudo - membranes appliquées immédiatement aux séreuses ? et alors comment expliquer leur présence au milieu de fausses membranes inorganiques? La solution de cette question, qui se rattache à d'autres phénomènes tels que la présence du pus au milieu des caillots de sang dans l'inflammation veineuse, me parait facile : ce ne sont pas les fausses membranes non organisées encore qui sécrètent cette sérosité , ce pus , ces flocons membraneux , pas plus que ce ne sont les caillots sanguins qui fournissent le pus déposé au milieu d'eux; mais ces fausses membranes spongieuses, poreuses , ces caillots sanguins deviennent une sorte de filtre qui , en vertu de leur capillarité , se laissent traverser par les liquides fournis par la séreuse , liquides concrescibles (fausses membranes) , non concrescibles ( sérosité , pus ). Du reste , il serait diflîcile d'indiquer toutes les variétés que présentent les fausses membranes, et par leur consistance, et par leur adhérence avec la séreuse, et par leur épaisseur ; quelquefois elles sont comme hérissées de flocons plus ou moins longs qui n'adhèrent que par une de leurs extrémités ; cela a surtout lieu pour le coeur, à cause des mouvemens dont il est sans cesse agité, d'où l'hypothèse des cœurs velus.

Mais de même que , dans les plaies , à l'adhésion couenneuse succède une adhésion organique, de même l'adhésion des séreuses produite au moyen d'une membrane couenneuse ne saurait être que temporaire et est bientôt remplacée par un tissu vivant. J'ai long-temps cru que les fausses membranes ne s'organisaient jamais, que la nature avait donné à nos parties une force de développement illimitée, mais non point la faculté de communiquer la vie à des produits sortis des voies de la circulation; que les fausses membranes ne paraissaient s'organiser que parce qu'elles constituaient une sorte de trame à travers laquelle se prolongeaient les vaisseaux des tissus enflammés , et que la fausse membrane elle-même était absorbée. Des observations ultérieures m'ont prouvé que ces fausses membranes s'organîseiit réellement par un mécanisme analogue à celui du développement du poulet , tout-à-fait semblable à celui du développement du placenta. C'est surtout dans le cas de coexistence de fausse membrane et de sérosité , lorsque les fausses membranes sont horizontalement ou obliquement étendues de la plèvre pariétale à la plèvre pulmonaire , qu'on peut étudier leur mode d'organisation, et c'est un de ces cas qui m'a fait revenir sur l'opinion que j'avais émise précédemment. J'ai vu en effet celte membrane tachetée de sang , creùsée de cavités pleines de caillots ( insulœ ), communiquant entr'elles par des canaux formés dans l'épaisseur de cette fausse membrane ; plus tard les insulœ diminuant finissent par disparaître . les canaux perdent également de leur calibre , et bientôt la fausse membrane présente une foule de ramifications vasculaires , injectables , ainsi que l'a fait Bogros dans une fausse membrane pleurale qui estentre les mains de M.Blandin ainsi que je l'ai fait moi-même plusieurs fois, ce qui n'est pas toujours facile , vu la résistance des caillots sanguins qui remplissent ces canaux et le défaut de résistance des parois de ces canaux ; aussi les injections ne sont-elles que partielles, et faut-il piquer un grand nombre de points pour qu'une certaine étendue de la membrane puisse être injectée. Il est presque toujours nécessaire d'enlever les caillots qui remplissent ces vaisseaux nouveaux pour pouvoir y faire pénétrer l'injection , qui est rarement poussée sans crevasses ; plus tard , ces canaux pseudo -membraneux deviennent solides : ce sont des veines reconnaissables au peu d'épaisseur de leurs parois, à leurs flexuosités ; ces veines sont en communication de circulation avec les vaisseaux sous-séreux; car on les injecte à merveille par le système artériel , et mieux encore par le système veineux. On voit à la circonférence de la membrane organisée des capillaires qui viennent se jeter dans des troncs situés çà et là dans l'épaisseur de la membrane, desquels partent d'autres ramifications qui deviennent enfin capillaires. C'est un véritable système de la veine-porte. Je n'ai jamais trouvé de vaisseaux artériels dans ces fausses membranes organisées. A quoi serviraient-ils , puisque leur système capillaire veineux communique avec le système capillaire veineux général , et conséquemment avec le torrent de la circulation? et ce fait concorde parfaitement avec les expériences qui m'ont prouvé que le système veineux était le siège immédiat de toute sécrétion , de toute inflammation, de toute nutrition. Voilà donc cette pseudo-membrane sécrétée par un tissu dont la vitalité exaltée dans une certaine mesure paraît imprimer aux produits de sa sécrétion un commencement de vitalité , comme génération ; la voilà contenant des vaisseaux injectables et de la cellulosilé ; d'après cela les transformations fibreuses, cartilagineuses et osseuses dont elle est si souvent le siège n'ont rien qui doive nous étonner , et on concevra très-bien que la persistance de l'irritation puisse donner à ces fausses membranes organisées plusieurs lignes , un pouce d'épaisseur. On conçoit comment la matière tuberculeuse peut être sécrétée au milieu d'elles , parce que l'inflammation s'y développe quelquefois , mais à un degré extrêmement obscur.

Voilà le cas le plus compliqué; à l'adhésion pseudo-membraneuse a succédé l'adhésion par une membrane organisée persistante.

Ordinairement au lieu de membrane c'est un tissu cellulaire dense ou lâche, ce sont des bandelettes ou des liens qui ont quelquefois plusieurs pouces de longueur , tellement réguliers et tellement fréquens , qu'on les a pris pour des liens naturels (ligamens du poumon). Le mécanisme des adhésions celluleuses

ADHESIONS, ADHERENCES.

est aussi peu connu que celui des adhésions dans les plaies ; c'est surfout dans ce cas qu'on peut émettre l'idée que la fausse membrane est absorbée ; car il arrive souvent que l'adhésion est intime entre les deux feuillets séreux, et qu'aucun intermédiaire ne semble les séparer. Quant aux liens, aux bandelettes ccUuleuses, comme on ne les observe que dans le cas où l'adhésion a lieu entre deux parties dont l'une au moins est mobile , il est facile de concevoir que les fioltcmens continuels exercés sur les points adhérens doivent opérer l'alonsrement des adhérences, soit en agissant sur la substance intermédiaire ellcmôme , soit en agissant sur la séreuse environnante , qui s'alonge en tube conique à parois plissées sur elles-mêmes. Cela est si vrai que la longueur des liens celluleux est en raison directe des causes de déplacement.

Supposons que là plèvre costale soit unie à la plèvre pulmonaire par des liens celluleux très courts : un épanchement de sérosité se fait dans la cavité de la plèvre , le poumon est comprimé , les liens tiraillés s'alongent , et dans le cas où le poumon aminci est réduit à l'épaisseur d'une feuille de papier ou à une petite masse reléguée au sommet de la cavité thoracique , on voit quelquefois cette cavité traversée dans toute son étendue par une bride membraneuse. Ces prolongemens tiraillés se déchirent-ils ? Cela est possible quelquefois : dans plusieurs expériences de suture et de ligature d'intestin chez les animaux vivans, j'ai été obligé d'aller reconnaître au milieu du paquet intestinal la portion d'intestin sur laquelle j'avais pratiqué la suture ou la ligature, et cependant on ne peut douter que cette masse d'intestin , attirée an-dehors , divisée, puis suturée , n'ait dû contracter des adhérences avec les parois abdominales. Dans d'autres cas, j'ai trouvé l'intestin à une très-grande distance de la plaie , et ne tenant aux parois abdominales correspondantes que par un ou plusieurs liens celluleux dont la rupture paraissait imminente. Je ne pense pas, avec M. Villermé , que les prolongemens celluleux et vasculaires qui s'élèvent si souvent d^^ la surface des séreuses dans le cas d'inflammation chronique soient dus à cette cuuee ; j'ai vu plusieurs fois le péritoine hérissé dans une bonne partie de sa surface de sembïohles prolongemens; et certes, si l'on peut admettre que quelques-uns fussent le résultat d'adhérences rompues , on ne peut l'admettre pour tous. Il suffît d'une cause d'irritation persistante dans le même point pour produire un développement prodigieux. Un peu de tissu

Uulaire étant donné, on parviendrait par des irritations répétées à obtenir toutes sortes de tumeurs.

Ces adhérences filamenteuses ou ligamenteuses contiennent des vaisseaux beaucoup plus considérables que les autres espèces d'adhérences, sans doute à cause des tiraillemens auxquels elles sont exposées. J'ai pu injecter ces vaisseaux avec du mercure ; il n'est pas rare de rencontrer ces filamens d'une densité fibreuse , d'autres fois ils sont dans un état d'infiltration ; j'y ai vu des tubercules : ils partagent la vie du tissu cellulaire , conséquemment ils doivent être sujets aux mêmes lésions. J'ai vu l'emphysème du tissu cellulaire nouveau, intermédiaire aux deux plèvres, devenir cause probable de mort. {Anat. path. ^ p. 161, t. 1".)

La cause générale des adhésions est l'inflammation, mais une inflammation qui ne dépasse pas certaines limites , et qui se termine par résolution. Si l'on rencontre des adhésions chez des individus qui n'ont présenté pendant leur vie aucune inflammation de la séreuse adhe'rente , c'est qu'indépendamment de la difficulté de s'assurer de la vérité à cet égard , il peut se faire que la compression des tractions détermine l'inflammation adhésive , dans un ou plusieurs points , sans symptômes généraux ou locaux qui la décèlent.

Cela posé sur les adhésions séreuses en général, indiquons les particularités que présentent les adhésions de chaque membrane séreuse en particulier, en ne rappelant ici que les inductions pratiques auxquelles elles peuvent donner lieu.

Sous le rapport de la fréquence , en premier lieu vient la plèvre , en second lieu le péritoine , en troisième lieu le péricarde ; puis vient la tunique vaginale, et en dernier lieu l'arachnoïde. Les membranes synoviales occupent le dernier degré de l'échelle.

De toutes les causes qui produisent l'inflammation adhésive des séreuses , la plus fréquente , la plus remarquable peut être , est l'épanchement du sang dans leur cavité. Le sang , épanché hors de ses réservoirs, dans l'épaisseur de nos tissus , à l'abri du contact de l'air, est peut-être de tous les corps irritans le moindre ; et quelque grande que soit sa quantité , il peut être absorbé , et à la suite de celte absorption on trouve l'adhésion de]deux feuillets séreux. Il arrive même quelquefois , lorsque sa quantité est énorme , que des adhésions le circonscrivent de toutes parts , qu'un kyste s'organise autour de lui, et qu'alors, tantôt l'absorption complète s'effectue, tantôt il agit comme corps irritant.

Espèce i^e. — Adhésions de la plèvre. — Il est rare d'ouvrir des individus qui présentent le poumon entièrement libre d'adhérences. J'en ai rencontré < hez plusieurs individus que j'avais interrogés avec soin et qui ne se rappelaient avoir éprouvé aucune inflammation, aucune douleur. Faut-il admettre que l'adhésion puisse avoir lieu sans inflammation? je ne le pense pas; mais comme cette inflammation adhésive peut se faire dans un espace très-circonscrit , et que les tractions légères , la compression , suffisent pour la produire, clic peut aussi n'être accompagnée d'aucun symptôme général qui la révèle ; et cette adhésion 'générale , apportant des limites à la dilatation du poumon, maintient affaissées les parois thoraciques , q ui se moulent nécessairement sur le viscère.

I<a pleurésie est la cause la plus commune des adhérences , et c'est à la suite des pleurésies générales qu'on voit la plèvre pulmonaire et la plèvre pariétale confondues , et ces tissus cellulaires plus ou moins lâches.

Il est des adhésions partielles ; celle du sommet du poumon au sommet du

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cône représenté par la cavité thoracique est une des plus fréquentes e presque i toujoius la suite de la présence de quelques tubercules. Les adhésions de la, ! base ne sont pas moins fréquentes après des pleurésies diaphragmatiques primi- j tives ou consécutives à une péritonite partielle correspondante. Il est rare do , rencontrer des adhésions de la rate ou du foie au diaphragme , sans rencontrer i en même temps l'adhésion de la base du poumon à ce même diaphragme. C'est \ parla qu'on explique comment des abcès du foie se sont ouverts dans le poumon, ] et réciproquement. J'ai rapporté , à Varlicle Acépualoctstes , des cas de kyste | acéphalocyste du poumon ouvert à l'ombilic et des cas de kyste acéphalocyste * du foie ouvert dans le poumon. En effet , la plèvre participe , comme toutes les ! séreuses, à l'inflammation des parties environnantes, et toute inflammation j j soit du tissu pulmonaire, soit du tissu cellulaire qui avoisine cette membrane, i a pour résultat , non un épaississement, comme on l'a dit, mais une adhésion j qui prévient l'épanchement du liquide dans sa cavité. L'adhésion est donc ea ; général la barrière qu'oppose la nature à l'ouverture des abcès extérieurs dansj les cavités séreuses ; cependant , ne disons pas que les membranes séreuses j soient, parla nature de leur tissu et par leur tendance à l'inflammation adhésive , i une barrière que le pus ou autres liquides ne puissent franchir; les faits nous démentiraient. Et sans parler de l'exemple du fils de J. L. Petit , qu'on peutl récuser, il est vrai , puisque l'ouverture du cadavre n'a pas été faite, je rappellerai ici les cas cités plus haut des kystes acéphalocystes pulmonaires ou hépa^; tiques ouverts dans la cavité de la plèvre; je rappellerai ces observations devenues? très-communes depuis quelques années, de foyers tuberculeux ouverts dans la' cavité de la plèvre , et dont nous devons rapprocher les perforations des intestins.' Il n'est pas nécessaire d'admettre un épanchement préalable qui éloigne leâj deux surfaces séreuses , pour expliquer le défaut d'adhésion ; nous avons vil? beaucoup de cas dans lesquels la rupture dans la cavité thoracique avait lieuj sans épanchement antérieur ; cela dépend du mode d'inflammation, l'inflamv matiou ulcéreuse dissociant, détruisant les fibres sans que l'irritation soit res-j sentie par les fibres voisines. '\ L'adhésion est quelquefois bornée à deux lobes pulmonaires voisins : du pujfi épanché entre ces lobes , et circonscrit de tous côtés par des adhérences , en i^ imposé pour un abcès de poumon ; d'autres fois le pus s'amasse entre la plèvrç costale et la plèvre pulmonaire , dans un espace également circonscrit, entre 1* base du poumon et le diaphragme , ce qui a donné lieu aux mêmes méprises de là l'opinion des praticiens qui disent n'avoir jamais vu d'abcès du poumon,' J'ai prouvé ailleurs la fausseté de cette opinion. Si les pneumonies ordinaires! sont si rarement suivies de collections purulentes , cela tient à l'étendue de l'ias flammation ; le malade succombe avant la période <le collection purulente : \à pneumonie circonscrite ou lobulaire arrive toujours à cette période.

Les effets des adhésions de la plèvre sont en général une gêne plus ou moins considérable dans la respiration ; on conçoit en effet que le poumon , se diJatant dans le sens vertical comme dans le sens transversal et entéro-postérieur , il doit y avoir un glissement de la plèvre pulmonaire sur la plèvre costale. De» adhésions filamenteuses et peu multipliées ne produisent de gêne que lorsqu'elles unissent la base du poumon au diaphragme, ou bien lorsqu'elles occupent cette espèce de gouttière qui règne entre le diaphragme et la partie postérieure du thorax. Alors la contraction du diaphragme est gênée , et les individus ne peuvent courir sans douleur. Tel était le cas d'u n jeune homme qui accusait souvent des tiraillemens douloureux à la base du thorax , et qui , de bon coureuu qu'il était avant une pleurésie, ne pouvait plus aller qu'à pas lents.

Enfin , les adhésions de la plèvre méi-itent d'intéresser sous le point de vu« chirurgical : le chirurgien, en pratiquant l'opération de l'erapyème, doit toui jours agir comme s'il devait rencontrer des adhésions , et voilà pourquoi \i méthode par incision est préférable à la méthode par ponction.

Espèce ii. — Adhésions du péritoine. — L'étendue de cette membrane sé reuse , la multiplicité des organes qu'elle revêt , rendent l'étude des adhésionij péritonéales extrêmement importante. Je me bornerai ici à une simple indi( cation. Quelquefois l'adhérence est générale; l'épiploon, les intestins, lesl parois abdominales , tous les viscères abdominaux qui recouvrent le péritoinJ sont réunis en une seule masse. L'estomac échappe en général à ces adhésions) qui peuvent être de diverse nature : celluleuses serrées , celluleuses lâches, filaj menteuses; quelquefois elles ont lieu au moyen d'une fausse membrane orgai nisée, parsemée de granulations et de tubercules. J'ai vu plusieurs fois cej adhésions coïncidant avec une induration blanche de l'épiploon et du mésentère ^ tous les viscères abdominaux étaient confondus, formaient une tumeur trèal volumineuse qui avait donné lieu à beaucoup de conjectures. Il n était pas po!( sible de séparer toutes ces parties les unes des autres , tant elles étaient intimij ment unies. Les tissus divisés présentaient çà et là les orifices béans des inteslinij On ne conçoit pas comment la vie peut persister malgré une altération ausi j considérable; des tiraillemens habituels, des douleurs sourdes, lagênedar; les fonctions des viscères abdominaux pour lesquels la mobilité est nécessaire', le dépérissement , un état de langueur, voilà les moindres conséquences d'adh I sions aussi étendues, qui sont toujours la suite d'une péritonite générale qu'ol a fait avorter de manière à obtenir la résolution, c'est-à-dire , l'inflammatio j adhésive. La mort est ordinairement la suite des adhésions tuberculeuses di péritoine, c'est-à-dire, de ces fausses membranes parsemées de milliers d| tubercules. L'adhésion peut-elle devenir une cause de péritonite? Weidmiij {Mentor, cas. rar. ) en cite des exemples ; mais il est bien difficile de connaîtil la vérité à cet égard. Les adhésions sont souvent le résultat du travail <jj résorption du sang épanché. J'ai vu dernièrement des adhérences celluleusi générales, avec une couleur brunâtre ou noirâtre, chez un jeune homme qj; mourut six semaines environ après avoir reçu un coup d'épéc dans rabdcmeiii

ADHESIONS, ADHÉRENCES.

une des branches du tronc cœliaque avait été ouverte. Il échappa d'une manière inespérée aux accidens primitifs, et succomba à une hémorrhagie consécutive.

Que n aurais-je pas à dire sur les adhésions partielles , bien plus fréquentes et peut-être plus importantes encore que les adhésions générales ! L'esprit le plus inventif aura beau faire toutes les suppositions possibles, il ne parviendra jamais à imaginer les innombrables variétés que présentent ces adhésions : que de combinaisons peuvent en effet résulter d'un si grand nombre de facteurs! Parcourons rapidement les principaux cas , ceux qui se rapportent directement à la pratique.

Adhésions partielles du péritoine. — 1°. Le foie adhère très-souvent au dia" phragme, soit par des brides analogues à ce que les anciens appelaient ligamens du poumon, soit par du tissu cellulaire lâche, soit par du tissu cellulaire fibreux. Ces adhésions sont la suite de péritonites bornées à la région du foie , péritonites beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit communément, et qu'on prend pour des pleurésies. Ces adhésions existent souvent en même temps que celles de la plèvre diaphragmatique à la base du poumon ; c'est ce qui explique l'ouverture des abcès ou kystes du foie dans le poumon , et réciproquement. Lorsque la plèvre n'a pas participé à l'adhésion , le pus ou le liquide contenu dans le kyste s'épanche dans la cavité de la plèvre. La même face convexe du foie adhère quelquefois aux parois abdominales , surtout dans le cas où cet organe , ayant acquis un volume considérable , a contracté des rapports avec ces parois, d'où la rupture des abcès , des kystes au-dehors. Nous serions heureux si nous pouvions déterminer à volonté des adhésions, sans lesquelles point de ponction, point d'incision possible. La potasse caustique a-t-elle ce privilège! voyez Acéphalocystes du foie) ? La vésicule du fiel peut également devenir adhérente aux parois abdominales et s'ouvrir au-dehors , et cette adhésion dont il est si difficile de s'assurer à priori, peut seule autoriser les opérations que Petit, abusant de l'induction, a proposées pour l'extraction des calculs biliaires.

2°. La face inférieure du foie adhère souvent à l'estomac, au duodénum , à l'arc du colon , d'où l'ouverture du kyste ou de l'abcès hépatique dans la cavité de ces viscères. La vésicule du fiel, adhérente à la première courbure duodénale , s'est vidée dans cet intestin , et des calculs biliaires énormes ont pu être rendus par cette voie. t

S». La rate adhère aussi souvent, plus souvent peut-être que le foie, à la portion du diaphragme qui lui correspond. Ces adhésions sont presque toujours la suite des fièvres intermittentes , et accompagnées de la transformation cartilagineuse ou osseuse des enveloppes. J'ai eu occasion de m'assurer qu'elles avaient pour résultat un sentiment de gène , d'embarras dans l'hypochondre gauche , gêne , embarras qui deviennent douleur dans la course, d'où peut-être le préjugé populaire sur l'obstacle que la rate apporte à la course. Souvent elles existent en même temps que l'adhésion de la "portion de diaphragme correspondant à la base du poumon.

4°. L'estomac détruit par une affection squirreuse a trouvé, dans son adhésion ^vec les viscères environnans , une barrière contre l'épancliement : combien souvent le foie et le pancréas n'ont-ils pas remplacé la portion d'estomac ulcérée !

5". Lorsqu'un intestin est le siège d'une inflammation chronique avec ulcération progressive, il devient le plus souvent adhérent à l'arc intestinal voisin et s'ouvre dans sa cavité; cette ouverture persiste quelquefois toute la vie , et rend inutile la portion intestinale intermédiaire; nous avons vu le rectum ouvert dans la vessie au niveau d'un rétrécissement circulaire : les matières fécales s'échappaient parla vessie. L'adhésion, dans des cas de ce genre, décide , pour ainsi dire , de la vie ou de la mort. N'a-t-elle pas lieu , les matières s'épanchent dans le péritoine. A-t-elle lieu , ces mêmes matières sont évacuées .Tu-dehors. Dans le cas de rétrécissement, et même d'oblitération complète de l'intestin, on a vu l'intestin adhérer à un autre intestin, au-dessus des rélrécissemens, et s'y ouvrir ; la circulation des matières se rétablir, et le malade échapper à une mort iœuninente. Ce travail conservateur était presque achevé Jjchez le célèbre tragédien Talma.

f 6o. Les formes de l'adhésion de l'épiploon sont innombrables. Tantôt il adhère par toute sa face extérieure aux parois abdominales; tantôt, libre de ce côté, il adhère aux intestins par des liens celluleux plus ou moins lâches; ou f bien, ramassé sur lui-même en forme de corde, il n'adhère que par son extrémitéf renversé sur l'estomac, il adhère au diaphragme ; adhérent dans des points plus ou moins distans, il forme des anneaux dans lesquels s'engagent quelquefois une ou plusieurs des anses intestinales ou des brides qui occasionent un étrant-leuient interne. — Une ponction est pratiquée pour une ascite ; le malade meurt deux heures après. A l'ouverture ou trouve une hémorrhagie intérieure dont la source était l'épiploon adhérent aux parois abdominales dans le point où avait lieu la ponction.

7°. On a vu l'épiploon adhérent au fond de l'utérus. M. Dngès et Lacliapelle pensent que cette adhésion peut être une cause d'inertie de l'utérus Ils l'ont observée chez des femmes qui étaient mortes d'hémorrhagie par inertie ( Iccouch: de M""' Lachapelle et M. Dugès , tom. 2 , pag. 376). J'ai vu 1 epiploon ramasse sur lui-même obturer, en y adhérant, des ulcérations .ivec perforation de 1 intestin. '

8o. Les adhésions du mésentère consistent presque toujours dans les brides qm sont une cause fréquente d'étranglement interne.

On a vu l'appendice iléo-cœcal adhérent sur son extrémité , former un anneau Idans lequel s était engagée une anse intestinale.

i 9o. J'ai vu l'utérus adhérent au rectum, dans le cas de rétroversion; adhérent la la vessie, dans le cas d'antéversion : presque toujours Tadhésion a lieu au

UlCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

ADHESIONS, ADHERENCES.

moyen d'une bride plus ou moins forte. Rien de plus commun que ces adhésions dans le cas de cancer de l'utérus ; elles seules peuvent prévenir l'épancliement qui accompagnerait le cancer pultacé ou ulcéreux de l'utérus; mais l'adhésion s'étendant toujours de quelques lignes au-delà de l'altération , l'utérus peut être détruit jusqu'à son bord supérieur , sans qu'il en résulte de péritonite.

10». Rien de plus fréquent que l'adhésion morbide des ovaires, et des pavillons de la trompe. J'ai rencontré ces adhésions à la fois et chez les femmes stériles et chez les femmes qui avaient eu des enfans , à la suite d'épanchement de sang, de sérosité, de pus, et ces adhésions circonscrivaient le sang, la sérosité et le pus. H est probable que chez ces dernières, les adhésions étaient postérieures à la conception , car il est évident qu'elles rendent impossible le jeu de ces organes. M. Renauldin (Dict. des se. méd., Adhéuekces) dit que de pareilles adhérences sont très-communes chez les filles publiques. L'ovaire malade devient très-souvent adhérent aux parties voisines : d'où l'absurdité de l'extirpation des ovaires transformés en kystes de différentes natures.

Adhésions du péritoine dans les plaies. — Rien de plus rapide que les adhésions du péritoine dans les plaies de l'abdomen. Attirez au-dehors l'intestin chez un animal vivant ; divisez-le ; maintenez l'intestin au niveau de la plaie pendant deux heures, au moyen d'une anse de fil passée dans le mésentère; dès ce moment, l'adhésion pseudo-membraneuse a lieu; vous n'avez plus à craindre l'épanchement des matières fécales. Bien entendu qu'il faut tenir l'animal couché sur le dos et immobile , car si vous l'abandonnez à lui-même, tout le paquet intestinal s'échappe bientôt par l'ouverture. La même chose a lieu chez l'homme ; la crainte de l'épanchement n'existe que dans les premiers instans. C'est en méditant sur cette aptitude externe des membranes séreuses à l'adhésion, sur cette loi par laquelle toute solution de continuité est nécessairement suivie d'une inflammation adhésive, que M. Dupuytren a eu l'ingénieuse idée de guérir les anus contre nature par la division de l'éperon qui sépare les calibres des deux bouts d'intestin. C'est cette même aptitude à l'adhésion que M. Jobert , prosecteur de la Faculté, a appliqué si heureusement au traitement des plaies intestinales , en substituant une surface séreuse à une surface muqueuse , par le renversement en dedans des deux lèvres de l'intestin divisé.

N'oublions pas que les adhésions qui fixent une anse intestinale aux parois de l'abdomen ne restent jamais telles qu'on les observe d'abord. Le mouvement péristaltique du canal alimentaire a pour résultat une traction continuelle sur les moyens d'union ; cette traction peut être telle que l'adhésion pseudo -membraneuse ne soit pas remplacée par l'adhésion celluleuse. C'est ainsi que dans un certain nombre d'expériences sur la cicatrisation des plaies intestinales (chez le chien), après avoir pratiqué la suture de l'intestin et des parois, l'animal ayant parfaitement guéri , j'ai été tout étonné, dans quelques cas, de né plus retrouver l'intestin derrière la plaie des parois; il m'a fallu dérouler, pour ainsi dire , tout le paquet intestinal pour reconnaître l'intestin sur lequel j'avais opéré. D'autres fois, l'intestin tenait par une bandelette très-longue à la cicatrice des parois ; on conçoit facilement ce phénomène , vu la puissance de la tunique musculeuse de l'intestin de l'animal sur lequel on opère. Ces adhérences devenues celluleuses peuvent-elles se rompre? Cette opinion me paraît probable dans quelques cas. M. Ribes assure n'avoir rencontré aucune trace d'adhérence sur les cadavres des militaires invalides qui avaient eu long temps avant la mort des plaies pénétrantes dans l'abdomen. Reste à savoir si les intestins avaient été intéressés; toujours est -il que cette traction permanente, exercée sur les adhérences, les alonge d'une manière quelquefois prodigieuse ; et c'est à cet alongement qu'est due la guérison spontanée des anus contre nature , guérison qui serait absolument impossible si les deux bouts d'intestin conservaient le parallélisme qu'ils présententau moment de la production de l'anus accidentel.

Adhésions péritonéales dans les hernies. — Ce sujet que j'ai traité ailleurs (Essai sur l'anat. pathol., tom. 2 , p. 322) avec beaucoup de détails, est sans contredit un des points les plus importans de l'histoire des hernies ; je me bornerai ici à une simple énumération, c'est l'adhérence qui, précédant la gangrène des parties déplacées dans les hernies avec étranglement, s'oppose à l'épanchement des matières dans l'abdomen. *

On ne peut jamais les reconnaître à priori , quoi qu'en dise Arnaud : elles sont une des causes de l'irréductibilité des hernies ; elles ne requièrent par elles-mêmes aucun traitement , et on ne conçoit pas comment des praticiens célèbres ont osé conseiller et pratiquer l'opération de la hernie pour de simples adhérences ; commei|t n'ont-ils pas réfléchi que de nouvelles adhérences étaient produites par les moyens mêmes qu'ils employaient pour les détruire? Ce n'est donc que dans l'opération de la hernie que les adhésions peuvent devenir la source d'indications particulières.

lo. De simples adhésions couenneuses en ont tellement impose' qu'on a ouvert l'intestin en croyant ouvrir le sac ( Anat. path., p. 331 ) , ou bien on a réduit le sac herniaire , lisse par la face extérieure , adhérent par sa face intérieure, en croyant réduire 1 intestin seulement (p. 329]. Lorsque l'adhésion couenneuse unit les deux portions d'une anse d'intestin, il faut, en général, la respecter et réduire : on la détruirait si l'intestin présentait des replis qui s'opposassent au cours des matières.

2". Les adhésions filamenteuses qui ont lieu entre l'intestin et le sac doivent être divisées avec des ciseaux , jamais avec le doigt ; elles peuvent devenir cause d étranglement ; mais les adhésions filamenteuses situées derrière l'anneau , les brides, méritent surtout de fixer l'attention. Combien d'opérations inutiles, parce que Ton n'a point eu la précaution de porter le doigt derrière l'anneau pour reconnaître et diviser une bride , un anneau constricteur !

ADHÉSIONS, ADHÉRENCES. ( 90

3°. Le testicule a été trouve' adhérent soit à l'épiploon, soit à l'appendice | vertniforme pendant qu'il était encore contenu dans l'abdomen ; sa descente , j dans ce cas, entraîne toujours une hernie. L'adhésion des parties déplacées | avec le testicule, a plus souvent lieu après la naissance dans les hernies congéniales. On est alors obligé de réduire et l'intestin et le testicule. On a vu l'épiploon adhérent au testicule et pelotonné sur lui-même en imposer pour un sarcocèle ; il est évident que celte adhérence doit être respectée.

•io. Souvent, dans l'opération de la hernie, après avoir divisé plusieurs couches celluleuses et fibreuses, on cherche un sac herniaire. On arrive à une surface qu'on présume être l'intestin ou l'épiploon , ou bien on blesse ces organes sans se douter qu'on soit parvenu jusqu'à eux. D'où provient cette disposition? A-t-on affaire à une hernie cœcale ou à une hernie graisseuse? Cela peut avoir lieu dans quelques cas ; mais le plus souvent c'est le sac herniaire qui a contracté une adhérence celluleuse soit avec l'épiploon soit avec la tunique péritonéale de l'intestin.

Les adhérences celluleuses se divisent en celles qui ont lieu entre les parties déplacées seulement et l'intestin , celles qui ont lieu entre les parties déplacées et le sac herniaire. A. Les deux moitiés d'une anse intestinale adhèrent entre elles, mais nullement avec l'épiploon et le sac herniaire. B. Les replis de l'épiploon adhèrent entre eux , sans adhérer ni à l'intestin ni au sac herniaire.

C. L'intestin adhère à l'épiploon dans une petite étendue, dans la majeure partie, dans la totalité de son étendue; il peut être la cause de l'étranglement.

D. L'épiploon adhère au sac sans adhérer à l'intestin; cette adhérence peut avoir lieu avec le fond, le collet du sac, la presque totalité , la totalité de ce sac, derrière l'anneau où elle forme des brides très-propres à devenir cause matérielle de l'étranglement. E. L'intestin adhère au sac herniaire dans un petit espace, à la paroi postérieure du sac, au collet du sac, et lorsque l'étranglement est produit par ce collet , il faut ouvrir l'intestin et débrider à la fois sur l'intestin , sur le collet et sur l'anneau ; enfin , l'intestin adhère au sac dans toute son étendue.

5°. Si les adhérences sont souvent une maladie , plus souvent encore une complication fâcheuse d'où résultent les indications les plus importantes et quelquefois les plus difficiles à remplir , elles deviennent aussi un moyen puissant de guérison , que la nature toute seule emploie dans quelques cas, et que l'art, à son exemple , sollicite ou favorise.

C'est au moyen des adhérences que s'opère presque toujours la cure radicale des hernies. Tous les cas de guérison définitive des hernies à la suite de l'usage long-temps continué du brayer , que j'ai lus dans les auteurs ; tous ceux que j'ai observés par moi-même, concordent parfaitement à cet égard. Or, voici les différences qui se sont présentées à mon investigation : tantôt les parties du sac herniaire , appliquées l'une contre l'autre , sont réunies au moyen d'une couenne pseudo-membraneuse, d'une substance celluleuse, ou même confondues en un cordon ligamenteux. — Dans d'autres cas , le sac épaissi, revenu sur lui-même, forme une espèce de bouchon impénétrable aux parties contenues dans l'abdomen. — On a vu l'adhésion bornée au collet du sac, lequel , converti eii kyste séreux , en a souvent imposé pour une hydrocèle enkystée du cordon. — Souvent l'épiploon ramassé sur lui-même , adhérent de toutes parts au collet du sac, ou bien à la totalité du sac, froncé, revenu sur luimême, d'une densité presque cartilagineuse , forme une espèce de bouchon de mastic qui remplit l'anneau. — L'épiploon peut être adhérent avec le sac dans la plus grande partie de son étendue. — Il peut n'être adhérent qu'au collet du sac. — Camper, disséquant le corps d'une femme âgée , trouva l'ovaire droit placé dans le col du sac hei-niaire, auquel il adhérait de tous côtés. — Arnaud a vu un homme de condition guéri d'une hernie à l'aide de fortes adhérences que le testicule , repoussé dans l'abdomen, avait contractées avec l'anneau. — On a vu l'intestin adhérent derrière l'anneau suffire pour la guérison.

Les anciens, dont nous sommes forcés d'admirer le talent observateur, même au milieu de leurs écarts , avaient tellement senti l'importance des adhésions, que tous les procédés qu'ils avaient imaginés pour obtenir la cure radicale des hernies, défectueux d'ailleurs, avaient tous pour but la production de ces adhésions. Et en définitive , il fallait bien quelques succès pour accréditer des pratiques quelquefois barbares. Ainsi Petit conseillait d'appliquer un bandage très-dur dans les hernies épiploïques , afin d'obtenir l'adhésion de l'épiploon ou du sac. Richter donnait le même conseil dans toute sorte de hernies, pour obtenir l'oblitération des feuillets du sac. C'est encore en déterminant le rétrécissement, l'oblitération de l'anneau , du collet du sac et du sac lui-même, l'adhésion de la cicatrice à l'anneau^, qu'agissent le cautère actuel, le cautère potentiel , la castfatiori , le point doré, la suture royale, la ligature du sac et des tégumens , l'opération de la hernie , les scarifications du collet du sac, etc., tous moyens employés pour la guérison radicale des hernies. Enfin, nous devons mentionner, à côté des adhésions dans les hernies , celles qui ont lieu entre les deux feuillets séreux dans l'invagination de l'intestin, suite de l'anus contre nature , adhésion qui avait lieu dans l'étendue d'un pied dans un cas qui a été soumis à mon observation , et dans lequel toute tentative de réduction avait été inutile.

Les adhésions que contractent, dans le renversement du vagin, les viscères déplacés, soit entre eux, soit avec les parois du sac, entraînent l'irréductibilité des parties déplacées, et contre-iudiquent toute espèce d'extirpation de l'utérus.

Espèce m. — Adhésions du péricarde. — Les adhésions couenneuses du péricarde prennent souvent un aspect particulier , celui de flocons albumineux qui hérissent la surface du cœur, d'où la fable des cœurs poilus dont on s'est plu à gratifier les grands hommes et les scélérats. — J'ai rencontre tout récemment une adhésion couenneuse et tuberculeuse; des milliers de tubercules

ADHÉSIONS, ADHÉRENCES. ,

étaient disséminés dans la fausse membrane épaisse qui unissait le péricarde au cœur. — Quelquefois la fausse membrane remplit exactement tous les vides- ; qui existent entre le péricarde et le cœur; et c'est alors qu'on peut avoir upe idée parfaitement exacte sur la capacité du péricarde comparée au volume du < cœur. D'autres fois un liquide séreux ou purulent sépare les deux feuillets pseudo-membraneux. j Les adhésions organiques filamenteuses sont très-communes , et s'expliquent i parles mouvemens du cœur. — On rencontre cependant aussi dans le péricarde ■? des adhésions celluleuses denses, celluleuses lâches. Les adhésions graisseuses ^ admises par Haller n'existent pas. Il faut bien distinguer ces adhésions acciden- | telles de l'absence du péricarde, dont Colombus a parlé le premier, dont j Barlholin, Vieussens , Baillie, etc. , ont fait mention, et dont M. Breschet m'a montré un exemple si remarquable, qu'il a décrit avec beaucoup de détails dans le Répertoire d'anatomie et de physiologie pathologiques.

Quels sont les effets de ces adhésions ? Beaucoup d'auteurs leur rapportent | les symptômes les plus graves : le fait est que je les ai rencontrées (les I adhésions celluleuses ) chez des sujets qui tantôt présentaient des symptômes du côté du cœur, et tantôt n'en présentaient aucun. Les anévrismes et les j hypertrophies du cœur sont quelquefois accompagnés de cette adhésion, i L'anévrisme par déchirure, ou l'anévrisme faux consécutif du cœur, paraît i toujours accompagné d'adhésion de la poche fibreuse au péricarde.

Espèce iv. — Adhésions de V arachnoïde. — C'est dans le tissu cellulaire sous - arachnoïdien qu'est le plus souvent déposée la pseudo - membrane, ainsi que je l'ai fait remarquer {Essai sur l'anatomie pathologique , tome l<^'', page 175), d'où la rareté des adhésions qui s'explique mieux encore par la gravité de l'inflammation , laquelle se termine si rarement par la résolution. — J'ai rencontré les ventricules latéraux oblitérés. Les parois opposées étaient j réunies au moyen d'un tissu cellulaire très-dense. — Chez un idiot épileptique, qui mourut dans une attaque , j ai trouvé la face profonde de la dure-mère parsemée d'ecchymoses, dont le siège était entre le feuillet séreux et le feuillet fibreux de cette membrane. La dure-mère , l'arachnoïde et la pie-mère étaient ; intimement unies sur les côtés du sinus longitudinal supérieur, et au niveau des hémisphères dans une étendue de plusieurs pouces. Les faces latérales de la faux adhéraient également à la partie correspondante des hémisphères.

Espèce v. — Adhésions de la tunique vaginale. — Suite de contusion , i d'hématoccle ; suite d'altération organique des testicules , l'adhésion de la j tunique vaginale est bien plus souvent encore provoquée par l'art pour la ( guérison définitive de l'hydrocèle. L'application d'un vésicatoire sur le scrotum ( a été quelquefois suivie d'inflammation adhésive de cette tunique. C'est dans i| le même but qu'ont été conseillés et pratiqués l'incision , le séton , la cautérisa- i tion, l'injection de liquides plus ou moins irritans dans la cavité de cette tunique, toutes méthodes dont les unes provoquent l'adhésion à la suite de la suppuration , incision , séton , dont les autres la produisent immédiatement à l'injection , à la suite d'une exhalation abondante de sérosité. Il arrive cependant I quelquefois que l'injection elle-même détermine l'inflammation suppurative : , le pus est évacué; l'adhésion ou la transformation celluleuse suit. On trouve '< d'ailleurs là les cinq espèces d'adhésions que j'ai indiquées : adhésions pseudo- j membraneuses, adhésions filamenteuses, adhésions celluleuses , adhésions par il une fausse membrane organisée persistante. Je n'ai jamais rencontre' d'adhé- \ sions tuberculeuses ; mais je suis persuadé qu'elles existent ici comme partout ( ailleurs. C'est par une adhésion normale que la tunique vaginale se sépare du J péritoine, dont elle n'est qu'une expansion, et avec lequel elle communique I toute la vie chez un grand nombre d'animaux. Il est bien difficile de déterminer i quelle est la cause de cette oblitération , sans laquelle les hernies congéniales \ arriveraient à tous les hommes , vu l'attitude verticale. !

Adhésions des kystes accidentels. — La doctrine de l'adhésion des séreuses \ a été appliquée avec beaucoup de succès au traitement des kystes accidentels. 1 Au lieu d'extirpations souvent impraticables, et en raison du- siège, et en raison i du volume, une ponction qui évacue le liquide continu dans le kyste , une i injection plus ou moins irritante , qui produise soit l'adhésion immédiate , soit ( l'adhésion consécutive à la suppuration , voilà ce qu'indique la théorie pour I tous les kystes accessibles à nos moyens chirurgicaux; et voilà ce que la ] pratique a confirmé pour plusieurs kystes du foie , des ovaires [voyez Acépha- J LOCTSTEs , Kystes ). Je ne parle pas de l'application de ce point de doctrine ( aux hydropisies ascites , aux hydro-plèvres, aux hydro-péricardes, l'inflam- I mation adhésive du péritoine , de la plèvre , du péricarde étant si souvent i mortelle : l'analogie doit se taire toutes les fois que, en même temps que des I points de contact, se trouvent des points de dissemblance d'une importance bien ■ plus grande encore. Des polypes développés soit dans l'utérus, soit dans les fosses nasales, peuvent-ils devenir adhérens par une partie de leur surface? quelques faits semblent le prouver.

Adhésions de la membrane de l'humeur aqueuse. — L'adhérence de l'iris à la I face postérieure de la cornée , celle de l'iris à une plaie de la cornée , de l'iris au cristallin, la coarctation , l'oblitération complète de l'iris , s'observent dans H un grand nombre de cas. {Voyez Ophthalmie. ) '] Adhésions des synouiales. — C'est par l'adhésion que se termine presque '| toujours l'hygroma. Lorsque l'adhésion n'a pas lieu spontanément, on la i favorise par l'injection ou par une incision. — Les synoviales des tendons sont i beaucoup plus sujettes à l'adhésion qu'on ne le croit communément. Il est rare 4 qu'une inflammation occupe le voisinage d'une synoviale , sans que celle-ci n y ^ participe et ne devienne celluleuse. J'ai observé ce phénomène dans le cas y d'ulcères anciens situés au voisinage des tendons des doigts et des orteils , de . prétendues fausses ankyloses ducs à l'adhésion des tendons avec leurs gaines; ^|

ADHÉSIONS, ADHERENCES. (91) ADHESIONS, ADHERENCES.

'est ce qu'on observe souvent à la suite des panaris. Je me suis assuré que a rétraction des tendons fléchisseurs des doigts, maladie si commune , était e résultat d'une inflammation adhésive de la synoviale tendineuse. — Les ynoviales articulaires deviennent très-rarement adhérentes. Les ankyloses ■raies des articulations mobiles ne sont pas aussi faciles qu'on le croit commulément : il ne faut donc jamais désespérer des mouvemens d'une articulation ,

I quelque degré d'immobilité qu'elle soit parvenue. Je ne connais que trois spèces d'ankyloses : 1° celle à laquelle ne participent pas les surfaces articuaires ; une espèce de virole osseuse , ou des productions osseuses de diverses ormes , les cerne et les unit. 2° Les deux surfaces articulaires , dépouillées de eurs cartihges , sont unies entre elles par un tissu fibreux très-dense , né du xissu osseux lui-même. Quelquefois ces deux modes d'adhésion existent à la fois. 3» Il y a, pour ainsi dire, fusion des os , de telle manière qu'on ne saurait listinguer ce qui appartient à l'autre : on dirait un travail analogue à celui lar lequel les cpiphyses des os longs s'unissent aux diaphyses. ( Fojez

I^KKYLOSE. )

! Adhésions des membranes tégumenteuses de la peau. — La peau ne présente [u'une partie de sa surface qui soit contiguë à elle-même ; l'épiderme dont ;lle est revêtue forme une couche inorganique qui s'oppose à toute adhésion ; nais enlevez cet épiderme , rendez la surface de la peau saignante ou suppuantc, et la réunion s'opérera avec la plus grande facilité. C'est contre celte x'ndauce à la réunion que doit lutter sans cesse l'homme de l'art, pour prévenir les adhérences des doigts entre eux , des doigts avec la paume de la nain , etc. , si communes à la suite des brûlures. Elle est utilisée , cette tendance , dans l'opération du bec de lièvre non sanglante , telle que la conseillait Louis. Le praticien en est tous les jours le témoin à la suite de l'opéiration du sarcocèle, lorsqu'il existe une grande quantité de peau surabondante, [dont les bords , renversés en dedans , se dépouillent d'e'piderme et deviennent contigus.

Adhésions des muqueuses . — Comme la peau, les membranes muqueuses sont destinées k être contiguës , sans contracter d'adhérence entre elles. Elles doivent ce privilège à l'épiderme extrêmement délié qui les unit , aux villosités dont elles sont hérissées et qui ne peuvent se toucher que par quelques pomts. Cela est si vrai que je n'ai jamais pu obtenir la réunion dans un certain nombre de sutures intestinales, pratiquées de manière à opposer surface muqueuse à surface muqueuse. Quelque rapprochés que fussent les points de suture, les matières s'échappaient entre eux, tandis que je n'ai pas vu le moindre épanchement en renversant les deux bouts en dedans, à la manière de M. Jobert. Si j'ai obtenu tout aussi aisément la réunion des plaies œsophagiennes et vésicales en appliquant muqueuse contre muqueuse qu'en renversant en dedans les bords de la plaie , cela tient sans doute à ce qu'il est très-difficile de s'opposer au contact du tissu cellulaire des bords.

Le défaut d'aptitude à l'adhésion des membrane's muqueuses explique pourquoi le canal intestinal ne s'oblitère jamais au-dessous d'un anus contre nature ; ])ourquoi l'anévrisme, que précède toujours une inflammation adhésive, s'ouvre dans un canal bronchique , lorsque c'est un canal bronchique qu'il rencontre , soit dans la trachée , l'œsophage, l'estomac.

Les muqueuses enflammées d'une manière aiguë se recouvrent très-souvent d'une fausse membrane qui tapisse la membrane dans une plus ou moins grande étendue. Cette forme d'inflammation a fixé d'une manière bien plus particulière l'attention des praticiens dans les membranes muqueuses que dans les autres tissus ; on l'a même crue d'une nature spécifique : mais nous n'y devons voir que les effets d'une inflammation adhésive identique à celle que nous avons observée dans le tissu cellulaire, les membranes séreuses et la peau; et si l'adhésion ne suit pas , cela tient à la différence des conditions dans lesquelles se trouvent les surfaces revêtues de pseudo-membranes. La preuve c'est ce qu'on voit arriver à la muqueuse utérine qui adhère au germe fécondé au moyen de la membrane caduque.

Mais aussitôt que , par l'inflammation , la muqueuse a perdu ses qualités de muqueuse, son épiderme, sa mucosité, qui, comme une couche inorganique et tenace s'opposent si efficacement à tout contact immédiat , lorsque l'élément ccUuleux qui en forme la base s'est développé , alors l'adhésion se fait avec la plus grande facilité , pourvu qu'il y ait contact. Aussi voit-on tous les canaux muqueux qui sont le siège d'une inflammation chronique se rétrécir et quelquefois même s'oblitérer, lorsque la vie peut se concilier avec cette oblitération.

Ainsi les deux bords libres des paupières deviennent adhérens entr'eux , la conjonctive palpébrale adhère à la conjonctive oculaire , soit par des filamens celluleux, soit par un tissu cellulaire serré. Ainsi j'ai vu la paroi e!Lterae des fosses nasales adhérente à la cloison par suite du déjettement produit par un polype. Les points lacrymaux , les conduits lacrymaux, le canal nasal s'oblitèrent par le seul fait d'une inflammation chronique. Qu'un polype occupe les fosses nasales, le sinus maxillaire , il comprimera , affaissera le canal nasal ; et si la compression va jusqu'au contai t des deux parois opposées, il y a oblitération complète. L'oblitération de la partie inférieure du canal nasal , de cette portion membraneuse qui se prolonge plus ou moins inférieurement , est une cause fréquente de tumeur et de fistule lacrymales.

Lorsque l'orifice du canal de Warthon est enflammé , il s'oblitère , d'où la grenouillette ; lorsque les orifices des glandules labiales ou buccales sont enflammés , ils s'oblitèrent , de là des kystes quelquefois du volume d'un œuf.

L'adhésion des parois de la trompe d'Eustachi, soit de son pavillon , soit de sa partie membraneuse , est une cause de surdité.

Lorsque par l'inflammation la muqueuse intestinale a été décomposée en ses élémens organiques , l'adhésion s'y établit avec une grande facilite. Rien de

plus commun que les ulcérations circulaires. L'effet de cette ulcération est la coarctation de cette ulcération qui va quelquefois jusqu'à l'oblitération ; alors le malade succombe si une voie nouvelle n'est pas ouverte aux matières. L'adhésion de la séreuse est destinée à réparer les funestes effets de l'adhésion de la muqueuse , et l'on a vu les matières se frayer un passage dans un autre intestin à travers un trajet d'un pouce , un pouce et demi , et même davantage. Chez Talnia , l'oblitération du gros intestin avait lieu dans l'espace d'un pouce et demi, et la partie de l'intestin qui était au-dessus adhérait à la partie qui était au-dessous ; déjà un canal de communication commençait à se former au milieu de ces adhérences. Dans deux autres cas l'intestin s'ouvrait dans la vessie.

Il est commun de rencontrer l'oblitération complète du canal cystique, de la vésicule du fiel. Il existe plusieurs exemples d'oblitération complète du canal cholédoque. Que devient la bile dans ce cas? il faut bien qu'elle soit absorbée. J'ai rencontré un cas d'oblitération de l'orifice du canal pancréatique. Il y avait rétention du liquide continu dans ce canal , qui était énormément dilaté.

Dans les organes génito-urinaires , j'ai vu l'orifice du prépuce, à la suite d'irritation de diverses natures , tellement rétréci qu'à peine pjouvait-il admettre la tête d'une petite épingle. L'urine s'épanchait entre le prépuce et le gland avant de pouvoir être expulsée au-dehors. J'ai vu un rétrécissement analogue produit par la même cause à l'orifice du canal de l'urètre. Un cas d'oblitération complète de cet orifice , suivi de rétention complète d'urine et de mort, a été consigné dans la thèse de M. Bérard aîné.

La théorie semble repousser la cautérisalion , au moins la cautérisation pure et simple sans dilatation, ainsi que le conseillent Home et M. Lallemand. Que fait le caustique? il ne se borne pas à détruire l'épiderme , il brûle la couche superficielle de la muqueuse : il lui enlève donc ses caractères de muqueuse et développe la tendance à l'adhésion; il doit y avoir rétrécissement circulaire. C'est comme un renversement des paupières , suite de cicatrices , qu'on prétendrait dissiper par l'ablation de la cicatrice , sans se donner la peine de maintenir les bords écartés. La sonde à demeure , employée après la destruction de la bride , s'oppose à la coarctation, suite nécessaire de la solution de continuité. Ce que je viens de dire s'applique à la méthode par incision , imaginée par M, Amussat. Je pense donc que la cautérisation et la dilatation doivent être combinées.

Rien de plus commun que les adhésions du canal de l'urètre chez rhoran;ie a la suite d'une inflammation chronique qui a dénaturé les caractères de la membrane muqueuse. Il peut y avoir oblitération complète dans un ou plusieurs points , et cette oblitération peut être circulaire ou avoir lieu dans l'étendue d'un , de deux ou de trois pouces. L'uretère oblitéré par un calcul peut con- Iracter au-dessous de ce corps étranger une inflammation adhésive.

Il est probable que les canaux séminifères , l'èpididyme , le canal déférent, les vésicules séminales , et surtout les conduits éjaculateurs sont quelquefois le siège d'inflammation adhésive. J'ai vu tous ces'conduits, les séminifères exceptés, oblitérés par une matière d'apparence tuberciileuse.

Il est très-commun de voir les grandes lèvres des petites filles s'agglutiner à la suite d'une excoriation légère. Il estpossible que l'imperforation de la membrane hymen soit due quelquefois à une inflammation de son ouverture qui aurait pour résultat le rétrécissement et par suite l'oblitération.

II n'est pas très-rare de rencontrer l'oblitération complète du vagin. 1" Sur la (in de la grossesse, on a vu la paroi postérieure du vagin adhérente à la paroi antérieure. On touche la femme; point d'orifice utérin. 2» Il est plus commun de voir cette agglutination après un accouchement laborieux chez des femmes étroites dont le vagin a été confus, déchiré. 3° J'ai donné mes soins à une femme , mère de plusieurs enfans , chez laquelle le vagin se termine en cul de sac à un pouce du méat urinaire. L'oblitération a été le résultat d'injections vaginales faites avec une forte dose de sublimé. 4° L'oblitération complète du vagin , réduit en un cordon membraneux, peut coexister avec une oblitération du museau de tanche , et une oblitération de l'orifice de communication du col avec le corps. Tel est un cas que j'ai observé récemment.

Cette oblitération a pour résultat la rétention des règles , laquelle détermine des accidens plus ou moins graves. La malade à laquelle je donne mes soins a éprouvé des accidens formidables. L'on peut détruire ces[adhésions; mais presque toujours ce secours a été funeste , excepté dans le cas où l'oblitération n'avait lieu que dans une petite étendue.

L'oblitération de la cavité des trompes est une cause de stérilité. Elle existe toujours dans la grossesse tubaire , mais elle est consécutive.

L'oblitération de l'orifice du col utérin a été observée à la suite d'accouchemens laborieux , de cautérisation de ce col. L'oblitération de la cavité de l'utérus existe quelquefois, mais très-rarement, dans le cas de corps fibreux. Il faut quelquefois beaucoup d'attention pour découvrir cette cavité dans des utérus alongés, déformés, atrophiés et convertis en une espèce de cordon.

Adhésions des vaisseaux lymphatiques , artériels et veineux. — La ténuité des vaisseaux lymphatiques les dérobe à notre observation. Il est probable néanmoins qu'ils s'oblitèrent dans un grand nombre de cas , et que de cette oblitération résultent des effets que nous attribuons à des causes bien différentes. Les anciens regardaient l'oblitération des lymphatiques de distance en distance comme la source des kystes séreux hydatiques ; mais cette opinion était tout-àfait erronée. N'est-il pas probable que , lorsqu'à la suite des saignées l'inflammation de ces vaisseaux se manifeste par des duretés noueuses, cette inflammation se termine par adhésion? On cite un certain nombre d'exemples d'oblitération du canal thoracique. Chez un individu qui mourut d'affection tuberculeuse des organes thoraciques et abdominaux avec hydropisie , M. Nasse trouva le canal thoracique converti en un cordon gros comme une plume d'oie, étendu depuis

ADHÉSIONS, ABHÉRENCES. (

la deuxième vertèbre lombaire jusqu'à la veine sous-clavière gauche. Il était oblitéré ; on pouvait encore distinguer les valvules. M. Aslley Cooper rapporte trois cas d'oblitération incomplète du même canal.

Rien de plus fréquent que l'oblitération des veines et des artères. Ce sujet iraportapt fournirait à lui seul le texte d'un long article; comme dans tout ce qui précède, je me bornerai à une simple énumération.

Toutes les fois que le sang cesse de circuler dans une artère ou dans une veine , l'inflammation adhésive s'en empare; il y a oblitération. C'est ce qu'on voit à la naissance pour les artères ombilicales et le canal artériel d'une part, pour la veine ombilicale et le canal veineux d'une autre part. L'absence du sang devient donc le stimulant de l'inflammation; le sang se concrète, et adhère aux parois vasculaires ; il se décolore d'abord, puis est absorbé couche par couche , molécule par molécule; l'oblitération a lieu. Mais il arrive quelquefois que l'inflammation , d'adhésive qu'elle était, devient suppurative. J'ai rencontré deux fois chez des enfans nouveau-nés la suppuration de la veine ombilicale et des canaux veineux ; je n'ai pas trouvé d'autre cause de mort. La ligature du cordon paraissait la cause de cette suppuration.

La compression , en s'opposaut à la circulation du sang et en appliquant les parois l'une contre l'autre , a pour résultat l'adhésion , soit dans les artères soit dans les veines. C'est ainsi que j'ai rencontré récemment , dans deux cas d'anévrisme de la crosse de Taorte , les deux veines sous-clavibres et la partie supérieure de la veine cave descendante complètement oblitérées ; je pense que l'adhésion était récente, car il m'a été facile de séparer les parois opposées. C'est ainsi que la compression exercée par un exostose, par une tumeur de toute autre nature, et même la compression à l'aide du tourniquet a pour résultat l'adhésion des artères.

Une^altération organique qui avoisine une veine se propage très-souvent à celte veine. La veine cave ascendante était oblitérée chez un individu qui mourut d'un abcès par congestion, suite de la carie des premières vertèbres lombaires. La veine axillaire comprise au milieu d'une masse tuberculeuse dans un cas, cancéreuse dans un autre cas, était oblitérée.

L'inflammation adhésive s'empare des veines avec une extrême facilité. Mais un point sur lequel on ne saurait trop fixer l'attention , c'est la facilité avec laquelle cette inflammation d'adhésive devient suppurative. Le premier effet de toute irritation , soit mécanique , soit chimique, fixé sur la membrane interne d'une veine, c'est la coagulation du sang ; sU'irritation est maintenue dans certaines limites, à cette coagulation du sang cjui remplace ici la fausse membrane dos séreuses et qui peut-être se confond avec cette fausse membrane, succède une oblitération définitive. Il est bien rare que la suppuration ne succède pas à la coagulation du sang, et alors surviennent des symptômes très-graves , analogues au typhus. L'adhésion immédiate consécutive peut-elle avoir lieu? je n'eu doute nullement; mais alors il faut que l'inflammation suit circonscrite, que le pus trouve une issue au-dehors , soit par l'ouverture de la saignée, si c'est à la suite de la saignée que l'inflammation est survenue, soit par une ouverture artificielle , et alors tout se passe comme dans un abcès.

J'ai vu une fois l'adhésion filamenteuse des veines iliaques primitives, iliaques externe et interne. Les parois adhéraient entre elles au moyen de lamelles ou de fibres qui n'oblitéraient nullement la cavité de la veine , mais la divisaient en cellules et lui donnaient même dans quelques points un aspect spongieux, caverneux.

L'étude des adhésions peut conduire à des résultats physiologiques trèsimportans. J'ai vu un cas d'oblite'ration de la veine cave ascendante au niveau <l es premières paires lombaires, un cas d'oblitération de la veine cave descendante; on a vu la veine cave descendante et la veine azygos oblitérées; M. Bérard aîné a consigné dans sa thèse un cas d'oblitération de la veine cave ascendante au-dessus de l'embouchure des veines hépatiques : dans tous ces cas la circulation a continué. Le système des veines azygos (j'appelle ainsi tous les troncs veineux qui, placés le long de la colonne vertébrale, établissent des communications entre le système veineux spinal et les veines des régions environnantes) , ce système , dis-je , rend raison de ce phénomène.

Les plaies artérielles, les anévrismes ne guérissent que par l'oblitéralion des vaisseaux ; de là la supériorité de la ligature sur la compression. L'oblitération s'étend à une distance plus ou moins considérable, ordinairement jusqu'à la première collatérale un peu volumineuse. Du reste, quel que soit le stimulus de l'inflammation adhésive, son premier efiet est la coagulation du .<ang. Le sang coagulé, voilà la fausse membrane des artères; ce coagulum est absorbé au bout d'un temps plus ou moins long , et l'artère est convertie en un cordon fibreux. D'autres fois, il s'organise et représente exactement les fausses membranes organisées des séreuses; j'ai vu des vaisseaux très-multipliés dans l'épaisseur d'un caillot qui obstruait complètement l'artère carotide primitive. On a vu l'aorte oblitérée au-dessous de l'origine de la sous-clavière ; Ilunter parle d'une artère pulmonaire gauche imperméable , le canal artériel étant resté libre. L'inflammation adhésive des petits vaisseaux est peut-être plus remarquable encore ; la gangrène est la suite immédiate du premier effet <le cette inflammation , de la coagulation du sang.

adhésions morbides congciiiales. — Pour compléter l'histoire des adhésions, il me reste à mentionner les adhésions morbides congéniales. D'après le plan que j'ai adopté dans mes leçons, je rapproche ces adhésions congéniales des adhésions morbides accidentelles , et cet ordre me paraît bien préférable à celui génér.ilement adopté d'après lequel on groupe sous le titre de vices de conforuiation l'.'s maladies les plus hétérogènes. Les adhésions morbides congéniales ne sont pas en effet le résultat d'arrtt dans le développement, mais bien le résultat de l'inflammation adhésive; dans les ilciix cas il y a maladie, et les différciiccs qui

!)2 ) ADOLESCENCE

existent tiennent >«fns doute à la facilité avec laquelle s'établissent les adhésioBs les fusions d'organes, à une époque de la vie où ces organes sont si délicats, s susceptibles de ressentir les effets de la moindre cause comprimante. Ainsi, o trouve des adhésions congéniales des bords libres des paupières, de la conjonctiv palpébrale à la conjonctive oculaire, des points et conduits lacrymaux, du ca nal nasal , qui ressemblent tout-à-fait aux adhésions accidentelles des même parties. De même qu'il existe des cas d'oblitération de deux ou trois pouces survenue à la suite d'une inflammation chronique du canal intestinal, demèm, on voit des enfans venir avec une partie plus ou moins considérable, et mêmi la totalité de ce. canal convertie en un cordon fibreux. L'étroitesse excessivi de l'orifice du prépuce , l'oblitération, dans une étendue plus ou moins considè rable , du canal de l'urètre , s'observent chez les enfans nouveau-nés commi chez les adultes; dans ces deux cas il y a fistule urinaire (hypospadias, épi spadias , fistule ombilicale chez les enfans ). L'imperforation du vagin par un membrane, l'oblitération complète du vagin remplacé par un cordon fibreux sont des maladies congéniales comme des maladies acquises après la naissance et j'ai été une fois embarrassé pour décider si j'avais affaire à une oblitératio: congéniale ou bien à une oblitération accidentelle du vagin. Les doigts adhé rens entre eux , à la manière des palmipèdes , peuvent être un vice de confoi malion congéniale, de même qu'une difformité, acquise par exemple, à 1 suite de brûlure; enfin, la fusion des os , leur réunion dans les différentes dil formités , soit lorsque plusieurs doigts , plusieurs orteils qui semblent manque sont confondus avec les doigts voisins , soit lorsque les deux fémurs, les deu: péronés , les deux derniers orteils sont réunis comme dans la raonopodie Toutes ces adhésions congéniales ne sont-elles pas évidemment l'effet d'un compression exercée sur le fœtus par lui-même,, par ses organes ployés ei cercle , et qui se trouvant les uns à côté des autres, pouvant se déplacer pal l'effet de quelque circonstance , ou recevant à travers le liquide l'influence de corps extérieurs, contracteront une coalition qui n'existait pas d'abord , qu ne provient nullement de la conformation primitive vicieuse des germes? sort d'explication que nous devons repousser de toutes nos forces, parce qu'ell revient à dire que les organes sont mal formés parce qu'ils sont ou doivent clr' mal conformés. (J. Chuveilhier. )

ADJUVANT, adjuvans , ù.'adjuvare , aider; qualification donnée à touti substance qui, dans la formule d'un médicament composé , ajoute à l'effet d( la substance principale désignée sous le nom de base. Le plus souvent celti distinction de base et d'adjuvant est arbitraire; et, par exemple, dans un< potion purgative composée de manne et de séné, il est assez difficile, inutih même , si l'on veut, de dire quelle est la base et quel est l'adjuvant.

(GUIBOURT. )

ADOLESCENCE , ,s. f. , adolesccntia ; période de la vie humaine comprisi entre l'apparition des premiers signes de la puberté et l'achèvement complc de l'accroissement du corps. Elle est intermédiaire entre la seconde enfanci et l'âge adulte. Les phénomènes qui la caractérisent et qui se succèdent pen dant sa durée doivent être observés et dirigés avec la plus active sollicitude tant par le médecm que par le moraliste , car de leur apparition régulière , de leur développement normal et de leur contention dans de justes bornes dépendront, en grande partie, la solidité de structure, l'énergie d'action des divers organes, et, par suite, l'exécution vigoureuse et durable de toutes les fonctions. C'est ordinairement pendant l'adolescence que la constitution des hommes se perfectionne ou se détériore pour toujours. Cette époque est éminemment critique, et .si le jeune sujet qui la parcourt peut être comparé à une fleur qui s'épanouit, on ne pourrait apporter trop d'attention à ce que rien ne trouble , n'exaspère ou ne pervertisse ce travail , et n'altère ou ne flétrisse ainsi d'avance les fruits qui doivent lui succéder.

L'adolescence débute , dans nos climats tempérés , à onze ou douze ans chez les jeunes filles, et à quatorze ou quinze chez les jeunes garçons ; elle se termine , pour les premières, à vingt-un ans, et pour les seconds à vingt-cinq environ. L'habitation des climats chauds hâte de plusieurs années l'apparitionj de l'adolescence, tandis que celle des contrées septentrionales la retaixle , au contraire. C'est ainsi qu'en Asie et dans les pays intertropicaux, les femmes sont souvent nubiles à sept ou dix ans , et les hommes à douze ou treize, tandis que vers les pôles la puberté ne se déclare guères qu'à seize ou dix-huit ans pour les filles et quelquefois à dix-neuf ou à vingt pour les garçons. Faisons observer que sous tous les climats l'exposition au midi, une situation élevée, l'influence d'un air vif et pur, l'abondance des choses nécessaires à la vie, un exercice modère" et l'absence de travaux trop rudes, susceptibles d'épuiser les forces au lieu de les accroître, sont autant de causes qui hâtent l'époque de l'adolescence et exaltent les phénomènes qui l'accompagnent. Les circonstances opposées , telles que l'exposition au nord , la situation basse et humide du sol , la misère , i les travaux excessifs, et surtout la privation ou la mauvaise qualité desalimens, retardent au contraire l'invasion de la puberté, ou la rendent plus calme etil plus lente dans son développement. C'est à raison de ces influences locales i (ju'on voit l'époque de l'adolescence varier, dans les mêmes contrées, d'un i canton à l'autre, de la ville à la campagne voisine, de la plaine aux pays | montueux qui la circonscrivent. j

A l'instant où l'adolescence va débuter la seconde dentition vient d'être j terminée , et l'organisme semble s'être préparé par un accroissement moins | intense au nouvel effort d'évolution dont il va être le siège. C'est toujours dans j les foyers centraux de la vie qu'il faut chercher l'origine et les moteurs cachés de ces révolutions , que provo<[uent et que limitent régulièrement les lois éternelles de la nature. Chez l'adolescent, l'elongation subite de la taille, l'ampleur rapidement accrue de la poitrine , le volume augmenté du cou , la

ADOLESCENCE

ADOLESCENCE

solidité et la compacité des os , résultat d'une accumulation plus abondante du phosphate calcaire dans leur parenchyme celluleux, la coloration plus intense des chairs , l'arôme plus marqué qui les imprègne , l'odeur plus forte qu'exhale la transpiration cutanée , surtout aux aisselles , aux aines et au voisinage des organes génitaux, en un mot, tous les phénomènes extérieurs de la puberté, si longuement et si fastidieusement décrits par quelques auteurs , sont le résultat d'un accroissement d'énergie et d'activité survenu tout à coup dans les actions nerveuses, en même temps que dans celles des viscères.

Un appareil demeuré jusque là inactif et comiiie oublié dans l'organisme, s'éveille alors , et semble donner à la machine entière l'impulsion dont elle ne tarde pas à laisser paraître au -dehors les admirables effets. En même temps que le système nerveux cérébral devient le siège d'une excitation plus grande, les organes génitaux s'émeuvent, se développent, se disposent à agir, et envoient au reste de l'organisme des irradiations stimulantes plus ou moins intenses. Chez l'homme, les testicules acquièrent plus de volume, de pesanteur et de résistance ; le pénis s'alonge , grossit et se gonfle par de plus fréquentes érections; les tégumens du scrotum prennent une couleur plus foncée , et des poils y apparaissent , pendant que d'autres productions du même genre couvrent la région pubienne, s'étendent au ventre , se développent à la partie inférieure du visage , à la poitrine , aux régions externes des membres , et plus tard envahissent quelquefois., par couches épaisses et touffues, la presque totalité de la surface du corps. Chez la femme , la vulve acquiert des dimensions plus considérables ; les bords externes des grandes lèvres et la région pubienne se couvrent de poils , d'abord rares et fins , qui deviennent graduellement plus épais et plus sohdes. La matrice, qui, depuis la naissance, était demeurée presque stationnairc , se pénètre de plus de sang, se développe dans toutes ses parties et acquiert les dimensions cju'on lui connaît chez les sujets adultes, hors le temps de la gestation. Les ovaires eux-mêmes se gonflent, deviennent plus vasculeux, plus fermes, et de petites vésicules commencent à se dessiner à leur surface. Enfin , appendices de l'appareil génital et lices avec lui par d'étroites sympathies , les mamelles s'élèvent au-devant du thorax et y acquièrent un volume plus ou moins considérable. Dans l'un et l'autre sexe le mouvement commence par l'organe principal de la génération, c'est-à-dire par les testicules chez l'homme et par les ovaires chez la femme ; c'est sous l'influence de la stimulation des imes et des autres de ces parties que le reste de l'appareil génital éprouve graduellement les accroissemens de vitalité et d'énergie dont il vient d'être question.

On conçoit qu'un travail aussi important et aussi considérable ne saurait avoir lieu sans le concours des autres divisions de l'organisme et sans réagir sur elles à son tour ; c'est effectivement ce qu'on observe. A l'époque qui nous occupe, les matériaux nutritifs étant employés en plus grande abondance , tant pour l'achèvement de l'accroissement du corps , que pour l'évolution génitale, les organes digestifs augmentent d'énergie , afiu de suffire à cette double dépense; de là l'appétit presque insatiable des adolescens et la rapidité de leur digestion. L'appareil circulatoire, de son côté, redouble d'activité , ce qui donne lieu au pouls , ordinairement vif et rapide qu'on observe alors , ainsi qu'a la turgescence des réseaux capillaires et a la disposition aux hcmorrhagies, rejiiltats ordinaires de la sur-excitation du cœur et des vaisseaux. Le poumon, a son tour, traversé par un sang plus abondant et dont la rotation s'achève avec plus de promptitude , est le siège d'une nutrition plus active . d'un développement plus considérable ; ce qui donne à la poitrine plus d'étendue et dispose lés bronches aux irritations et aux liémorrhagies si fréquentes à l'époque de vie qui nous occupe.

L'appareil nerveux encéphalique ne reste pas étranger à ces mutations. Sa partie antérieure perd de la prédominance qu'elle avait conservée sur la face, d'une part, à raison des dimensions plus considérables que celle-ci acquiert, de l'autre, et cette cause n'a pas été jusqu'ici assez remarquée, parce que le crâne éprouve sur la colonne cervicale un mouvement de bascule qui abaissé son extrémité postérieure et élève l'autre d'autant. Ce mouvement est indispensable pour que le visage trouve en avant l'espace nécessaire à son accroissement en hauteur. Dès lors les traits s'alongent; le nez devient plus saillant et plus droit; les arcades surcilières, plus élevées, laissent aux 3'eux un espace plus libro'^ le front, repoussé en haut , prend la direction et le développement les plus propres à donner l'idée de l'intelligence , et toutes les parties supérieures de la face deviennent, par leur mobilité, autant d*organes où se peignent les sentimens et les passions qui agitent les hommes. La partie postérieure de la tête acquiert, pendant ce temps , plus de largeur et devient plus proéminente ; ce qui donne aux muscles qui s'y attachent un champ d'insertion plus étendu, et par suite ay cou des dimensions transversales plus considérables,

Il n'est pas jusqu'aux derniers élémens de l'organisme qui ne ressentent l'influence de ces modifications importantes. Chez l'homme, par exemple , le larynx se développe en même temps que la poitrine , le cartilage thyroïde devient plus saillant; la voix, qui était claire et grêle , perd ces caractères , et après être demeurée pendant quelque temps voilée, se prononce en sons plus ou moins graves , pleins , étendus et intenses. Les muscles sont devenus fermes et saillans; la peau semble se coller sur eux , et se dépouiller de tissus graisseux sous-dermiques; ce qui donne aux formes un caractère de force et quelquefois d'àpreté, qui se rencontre surtout durant la première moitié àc l'âge adulte, et chez les hommes qui sont livrés à de pénibles travaux. Les articulations, relativement aux masses musculaires , semblent petites, et les tendons ainsi que les ligamens qui les environnent se détachent autour d'elles en cordes sèches, dures et saillantes , qui concourent à leur solidité.

DlCT. DE MiDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

Chez la femme , le travail de l'adolescence est plus caché, circonscrit dans de plus étroites limites, accompagné de transformations extérieures moins manifestes. Le bassin, qui , chez l'homme, est resté le même , acquiert chez elle des dimensions plus étendues dans toutes ses parties; mais la poitrine, par opposition , ne s'agrandit presque pas. La tête conserve quelque chose de délicat et d'enfantin ; bien que l'occipital s'élargisse, il le fait moins que chez l'homme, et la région postérieure du cou reste plus étroite et plus grêle. La voix éproufe sans doute un accroissement d'étendue et de puissance , mais elle ne parvient pas au degré de gravité et de force qui caractérise celle de l'homme. Aussi le larynx de la femme ne fait-il pas au-devant du cou de saillie appréciable; et chez elle , le contour gracieux de cette partie n'est point interrompu, comme chez l'homme, par la proéminence irrégulière du cartilage thyroïde. Enfin, les membres n'éprouvent que peu de modifications dans leur structure ; ils restent graisseux et arrondis comme chez l'enfant ; et le développement des masses charnues n'a d'autre effet que de leur donner des formes conoïdes, qui en rendent les lignes plus gracieuses , et l'ensemble plus harmonique.

Des changemens remarquables dans les fonctions intellectuelles et morales coïncident avec ceux dont il vient d'être question. L'encéphale , en se développant, devient de plus en plus apte à recevoir les impressions, à les comparer entre elles , et à en déduire des conséquences multipliées. Le jeune sujet commence à observer plus attentivement les autres et lui-même ; il se met, par anticipation , en rapport avec la nature entière ; et comme il n'a encore été ni trompé par ses semblables , ni froissé parles malheurs, ses plans sont généreux, et ont ordinairement pour unique objet l'amour de la gloire ou le bonheur du genre humain. 'Une autre cause vient s'ajouter à cette source d'agitations , en augmenter la force et lui donner une direction spéciale. Des irradiations nées des organes génitaux agitent le jeune homme , le portent à rechercher la société des personnes de l'autre sexe , et remplissent son esprit d'un trouble vague , plus agréable que pénible , dont il ne peut deviner ni l'origine , ni le but. Cet état le ramène incessamment vers ses semblables , dont la fougue de ses sensations tendrait à l'éloigner; et bientôt les femmes, après avoir pris place dans ses projets , le dominent entièrement , et deviennent l'objet exclusif et continuel des désirs de l'adolescent , jusqu'à ce qu'enfin , ces désirs étant satisfaits, l'emportement qui en avait signalé l'explosion se calme à son tour, pour céder la place aux actions plus régulières, plus froides et mieux raisonnées de l'âge adulte.

Chez la femme encore , ces phénomènes cérébraux intellectuels , qui accompagnent l'adolescence , s'épanchent moins que chez l'homme en actes extérieurs.. Son esprit et son cœur sont bien agités par une vague inquiétude ; elle sent bien qu'il lui manque un soutien, un compagnon, un être enfin qui remplisse le vide que font naître des besoins intérieurs , indéfinissables, et que rien autour d'elle ne peut satisfaire. Tourmentée , honteuse quelquefois de ces sensations inusitées, elle s'échappe, afin de se livrer sans contrainte aux raouvemens qui l'agitent. C'est alors qu'elle se crée l'image de celui qu'elle entourera de toutes ses affections ; mais , timide et contrainte , elle n'ose s'abandonner à l'impulsion qui l'eniraine; l'approche de l'homme l'émeut, accélère les pulsations de son cœur , détermine une congestion cérébrale souvent intense ; mais elle comJ?a.tset^'ièd^,èi;ifi.n^q,ye lorsque la raison l'abandonne, parce que les besoins soj^t\tievenus assez puTssari^ pour étouffer sa voix. \ « v ^

On a essayé de rapporter tous les phénomènes de î^^^gtr^i^ig^^jetela puberté au développement de l'appareil nerveux encéphaliqueTeT^êpêcialement à la suractivité du cervelet. Suivant cette opinion , le point de départ de tous les changemens dont nous avons parlé serait l'encéphale , qui en i-èglerait encore l'intensité , les progrès et la durée. Mais une manière de voir aussi étroite ne saurait soutenir un examen sérieux. L'homme n'est composé exclusivement ni par des organes qui domineraient l'appareil nerveux et ne lui laisseraient aucune influence, ni par une masse cérébrale qui ferait agir tous les autres viscères sans en recevoir aucune modification. L'organisme constitue , au contraire , un ensemble harmonique, dont toutes les parties sont réciproquement subordonnées les unes aux autres et concourent au but commun. Dans le cas qui nous occupe , l'absence des organes génitaux , leur faiblesse native portée trèsloin, leur retranchement pendant l'enfance, rendent nuls les phénomènes de l'adolescence et s'opposent à la manifestation de la puberté bien que le cervelet n'ait éprouvé aucune atteinte. D'un autre côté, une organisation cérébrale imparfaite , l'affaissement ou la blessure profonde des parties postérieures de l'encéphale, peuvent occasioner des effets semblables. Et enfin, l'habitation de lieux bas , la privation d'alimens convenables, et d'autres circonstances analogues , susceptibles de retarder et de faire languir la nuiritios , réudent encore, ainsi que nous l'avons vu plus haut , l'adolescence moins précoce, et l'explosion de la puberté moins intense. D'où il résulte que , d'une part, une organisation génitale convenable et vigoureuse, de l'autre, une disposition favorable des centres nerveux , et en dernier lieu , l'action de stimulans nutritifs abondans et de bonne qualité , sont les trois circonstances sans lesquelles l'adolescence resterait languissante et imparfaite.

Ces détails physiologiques , puisés à la source d'une observation exacte, sont, si je ne m'abuse, éminemment propres à jeter une vive lumière sur les causes des maladies variées auxquelles les adolescens sont exposés , ainfi que sur le choix des moyens hygiéniques et médicinaux les plus propres à ramener chez eux les actions organiques à leur rhythme normal. Les discussions théoriques ne sont utiles qu'autant que, reposant sur des faits bien constatés, elles conduisent au perfectionnement de la pratique.

Si par défaut de vigueur organique native , ou parle résultat de l'habitation

ADOLESCENCE

de lieux insalubres , ou par la privation d'alimens suffisans , ou enfin par l'effet de travaux excessifs , le jeune adolescent conservait un état habituel de langueur et de faiblesse qui s'opposât au libre développement de la puberté, il conviendrait, en écartant ces causes débilitantes, de chercher à rendre à ses actions organiques la vigueur qu'elles devraient présenter. Il serait inutile d'entrer à ee sujet dans de longs détails. Chacun voit que l'exposition à un air vif, chaud et pur, que des exercices modérés, qu'une nourriture abondante et substantielle , que des frictions sèches pratiquées sur la peau , que des bains simples ou stimulans seront les moyens les plus simples a conseiller dans ce cas. Le vin, les amers , les ferrugineux ne conviennent que lorsque les viscères digestifs sont exempts d'irritation et dans le cas où le corps semble frappé d'étiolement et d'œdématie. Mais ces cas sont rares , parce que l'altération très-profonde de la constitution et des actions nutritives coïncide presque constamment avec un état de susceptibilité , d'irritation ou de phlegmasie chronique des viscères abdominaux, qui contre-indique l'emploi des stimulans internes et doit portera leur préférer , au moins pour un temps, les excitans et les révulsifs extérieurs.

Les organes génitaux sont quelquefois , à l'époque de l'adolescence, le siège d'une sur-activité qui porte incessamment le sujet à les exciter encore et à se procurer des plaisirs solitaires dont l'abus est une cause puissante de la détérioration des organes et de la santé. A mesure que ces stimulations génitales se prolongent et deviennent fréquentes , on voit les mouvemens organiques se concentrer de plus en plus sur l'appareil mis eu action ; le reste du corps s'affaiblit , s'énerve , et des irritations consécutives , lentes et profondes , se développent dans les centres nerveux aussi bien que dans les principaux viscères. Rappeler les actions vitales au-dehors par des exercices bien ménagés , par une gymnastique rationnelle , par des voyages même, s'il est nécessaire; occuper l'esprit des sujets , éclairer leur raison , cultiver et développer les sentimens généreux qu'ils sont si disposés à recevoir et à nourrir; en un mot, ne jamais les laisser abandonnés à eux-mêmes , stimuler leurs membres , et donner , sans leur faire sentir de contrainte , une direction meilleure à leurs penchans , tels sont les moyens les plus propres à prévenir ou à dissii^er les funestes abus de la masturbation.

Lorsque , chez les adolescens , les organes digestifs s'irritent par le fait seul des stimulations sympathiques qui convergent vers eux , on doit combattre les mouvemens fébriles, dits de croissance, qui se manifestent alors , moins par des évacuations abondantes et une abstinence prolongée, qui seraient funestes, qu'à l'aide d'un régime doux, féculent, d'un repos convenable, de bains tièdes, et de moyens analogues. Les gastro-entérites aiguës et intenses exigent seules alors un traitement antiphlogistique actif; mais les nuances légères de ces affections guérissent fort bien par la soustraction des stimulans trop énergiques, tels que le vin, les viandes salées ou rôties , etc., et. bien qu'on accorde encore, en substances alimentaires de faciles digestion, des matériaux suffisans pour entretenir dans les organes la nutrition que réclame leur accroissement, la convalescence ne tarde pas à se prononcer. L'habitude de la pratique peut seule enseigner où est le juste milieu qu'il convient de tenir alors. Il suffit de signaler ici le double écueil , et de l'abus des stimulans qu'on est porté à prodiguer chez les jeunes sujets , et de la trop forte application d'un traitement débilitant que leur maladie semblait réclamer, et dont la prolongation ou l'excessive rigueur ne présenterait pas de moindres dangers.

Les mouvemens tumultueux du cœur qui simulent quelquefois, chez les adolescens , les hypertrophies ou les autres altérations de cet organe , les toux habituelles, les dispositions aux hémoptysies, qui se manifestent dans les mêmes circonstances , sont autant de lésions qui attestent la sur-excitation des appareils circulatoire et de la respiration. Ici le raisonnement et l'expérience démontrent la nécessité de recourir au régime adoucissant et lacté , au repos , ou du moins à la proscription de tout exercice violent, à l'usage des révulsifs extérieurs, tels que l'application de vêtemens de laine sur la peau , à l'abstinence de toute substance stimulante , alcoolique ou autre à l'intérieur. Les sensations qu'on provoque chez des sujets ainsi disposés doivent être modérées et douces; il convient de les éloigner de tous les travaux trop assidus, de toutes les causes susceptibles d'exciter en eux ou de très-vives émotions ou des passions violentes. De légères évacuations sanguines sont spécialement utiles lorsque les accidens s'aggravent et menacent de constituer de véritables maladies. J'ai vu plusieurs fois, sous l'influence prolongée de ces moyens, plutôt hygiéniques et moraux qu'empruntés à la médecine active , les sur-excitations du cœur et du poumon céder à mesure que l'adolescence s'e'coulait et que le malade s'approchait davantage du début de l'âge adulte. Dans ce cas, j'ai obtenu 'a diverses reprises des résultats heureux du transport des sujets menacés d'anévrisme du coeur ou d'hémoptysie et de phthisie , à la campagne, dans des localités basses ou bien abritées, dont l'air était médiocrement chaud et pur , 'juoique dépourvu de la vivacité et de la raréfaction qu'il présente sur les coteaux élevés ou dans les plaines trop découvertes.

Enfin , chez quelques adolescens , les irradiations nées des organes génitaux , en .stimulant avec trop de force l'appareil encéphalique, déterminent le développement d'accidens nerveux plus ou moins graves. Une mélancolie profonde et opiniâtre se manifeste assez souvent chez les jeunes pubères, surtout lorsque, peu conûans en eux-mêmes, ils désespèrent d'obtenir jamais la satisfaction de leurs vagues désirs ou l'accomplissement de leurs projets fantastiques. On les voit alors s'éloigner du monde , rester tristes, moroses, chagrins, obsédés par des pensées décourageantes et comme tourmentés par une oppression intérieure insurmontable. Cet état a beaucoup de ressemblance avec la nostalgie. Il entraîne à sa suite la stimulation habituelle, ou même l'inflammation chronique des viscères, surtout de ceux de la digestion; il n'est pas rare de la voir conduire h la folie. On ]5arviont toutefois assez

i ) , ADULTE.

aisément à le combattre, en encourageant les jeunes malades , en s'efforçant de leur donner une meilleure opinion d'eux-mêmes , en leur montrant le monde et l'avenir sous un aspect plus riant, en soutenant leurs premiers pas et en leur montrant ainsi qu'ils ne sont ni isolés , ni dépourvus d'appuis prêts à secourir leur faiblesse. S'il s'agit d'un jeune homme, la condescendance, les éloges, les-encouragemens des personnes de l'autre sexe ont ordinairement une efficacité que rien ne peut suppléer. Chess les jeunes filles , la mélancolie qui nous occupe est moins commune et moins opiniâtre , parce que , dans notre état de société, elles manquent plus rarement d'occasion d'exercer de l'empire , de recevoir des hommages et d'être instruites sur la puissance do l'autorité qu'elles peuvent exercer.

L'excès de stimulation des organes génitaux , parmi les adolescens , peut déterminer, chez les sujets nerveux , des spasmes , des secousses analogues à l'épilepsie , et, chez les jeunes filles, des accès d'hystérie plus ou moin,? fréquemment répétés. Un appareil nerveux, irritable et mobile , est la cause prédisposante lâ plus ordinaire de ces affections , dont le traitement repose sur la double indication, et de calmer à l'aide des adoucissans , des bains et d'autres moyens analogues la stimulation génitale exagérée, et d'affaiblir la mobilité nerveuse en prescrivant les exercices gymnastiques , les travaux intellectuels modérés et en recourant aux révulsifs extérieurs.

Il sera question, dans d'autres articles, de toutes les maladies que nous n'avons dû qu'indiquer ici , afin de montrer comment les phénomènes de l'adolescence peuvent les occasioner , et quels moyens il convient le mieux de leur opposer. ( L. J. BÉGiK. ) |

ADOUCISSANS lenientia , deinulcentia {Thérapeutique).

Il est plus facile de sentir que d'exprimer ce qu'on entend par adoucissans : et sans discuter si tout ce qui fait disparaître la douleur ne mériterait pas ce nom , aussi bien que ceux d'émolliens , caïmans , anodins , relâchans , etc. , nous dirons seulement que l'usage l'a restreint à certaines substances dans lesquelles prédominent l'eau, la gomme, le mucilage, la gélatine, l'albumine et autres principes du même genre , dont l'application sur des parties enflammées a pour effet de diminuer la tension, la chaleur, le gonflement, et d'en favoriser la résolution. L'effet produit par les adoucissans est un effet secondaire ou curatif, qui peut reconnaître des causes très -différentes, et empruntées autant h l'hygiène qu'à la matière médicale.

Les adoucissans, comme la plupart des médicamens , s'emploient d'une manière générale ou locale, directe ou indirecte, intérieure ou extérieure (vojrez Médications). Le grand nombre des affections sthéniques et douloureuses rend leur usage très-fréquent; mais il ne saurait mériter une préférence exclusive , même dans les inflammations , où il convient cependant dans le plus grand nombre des cas. D'ailleurs la médication adoucissante est éminemment aslhénique , et lorsqu'elle est trop long-temps continuée , même dans les circonstances où elle est le mieux indiquée d'abord , elle entraîne des inconvéniens , tels que la congestion que l'on peut appeler passive , les sécrétions morbides, etc. Aussi l'appréciation du temps pendant lequel on doit continuer le traitement adoucissant, et de l'époque où l'on doit l'abandonner, et même lui substituer des stimulans , est-elle un des points les plus délicats et les plus importans tout à la fois de la médecine pratique. ( Voy ez Émollieks , Relâchans , Calmars.) (F. Ratier.)

ADRAGANTHE (gomme ), g';<»2;rtt ira^aca/zî/ia, suc gommeux qui exsude spontanément à travers l'écorce de plusieurs astragales croissant en Crète et dans le Levant , mais dont la plus grande partie paraît produite par Yastr. y crus , petit arbrisseau observé par Olivier , dans la Perse et l' Asie-Mineure. La gomme adraganlhe est sous forme de lanières ou de fils minces , contournés et vermiculés ; elle est opaque et d'une couleur blanche ou jaunâtre ; elle est peu soluble dans l'eau , s'y gonfle beaucoup , en absorbe une grande quantité , et forme un mucilage tenace et très-épais. Elle est usitée pour donner de la consistance aux loochs et lier les pâtes destinées à la préparation des pastilles. On l'emploie aussi en nature contre les inflammations des différentes parties de l'appareil digestif. Suivant Bucholz {Journal de Pharmacie, ii , 87 ) , la gomme adraganthe est formée de cinquante-sept parties d'une gomme trèssoluble dans l'eau , semblable à l'arabique , et de quarante-trois parties d'une substance insoluble dans l'eau froide , mais entièrement sol,uble dans ce liquide bouillant, qui lui fait perdre la propriété de se gonfler dans l'eau froide. Presque tous les chimistes ont admis ces résultats , et plusieurs ont donné le nom à'adraganthine à celte partie insoluble , qu'ils ont regardée comme le principe sui generis de la gomme adraganthe. Cependant, ces i-ésultats ne sont pas exacts , et on n'en sera pas étonné, lorsqu'on fera attention que Bucholz a traité 100 grains de gomme adraganthe pjr 16 lii^res d'eau ; que son traitement a duré au moins quinze jours , et que la masse de liquide a été évaporée sur le feu ; circonstances qui ont suffi pour altérer profondément le principe gommeux. Nous croyons donc pouvoir opposer nos propres observations à celles de Bucholz.

Suivant nous, la gomme adraganthe , délayée dans une grande quantité d'eau froide, se divise en deux parties : l'une soluble, mais différente de la gomme arabique , forme des précipités muqueux par l'alcool , le sous-acétate de plomb et le proto-nitrate de mercure ; l'autre insoluble, qui en compose environ la moitié, bleuit fortement parla teinture d'iode. A l'aide de l'ébullition , on obtient une dissolution plus avancée, mais jamais complète de la gomme. Alors la liqueur bleuit aussi par l'iode , mais le résidu conserve la même propriété dans un degré très-intense. Ce résidu me parait être une combinaison naturelle d'amidon et de ligneux. . (Guibourt.)

' ADULTE, adj., adultus. On désigne par ce mot, soit la période de la vie

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