‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 182 sur 234 · DOULEUR · texte numérisé non relu

DOULEUR

DRÂGONNEÂU.

cessairement une perception cérébrale, un véritable jugement , comme le disait Petil de Lyon ; si elle est le fruit d'une modification directe ou indirecte de la sensibilité , ayant pour cause actuelle ou comraémorative une irritation d'un point donné de la fibie nerveuse, les remèdes doivent avoir pour but de modifier, suivant les différens cas, ou le centre même delà perception, ou les extrémités nerveuses devenues le siège de quelque irritation; de la , par conséquent, deux ordres de moyens capables de remédier à la sensation île la douleur, suivant qu'ils sont dirigés contre le cerveau lui-mcnie comuie organe de perception, ou contre les exlrèinilés nerveuses devenues le siège actuel de la douleur.

1°. Les premiers sont toutes les influences hygiéniques ou pharmaceutiques, physiques ou morales, capables de suspendre ou d'arrêter la perception de la sensation île la douleur.

L'excitation nerveuse , étant en partie sous l'influence de la circulation sanguine, on obtient surtout les plus grands avantages de l'euiploi de la saignée, soit générale, soit locale ; le bain plus ou moins prolongé est encore un puissant sedatifdu système nerveux ; mais aucun moyen n'est plus propre à calmer la douleur que le fioiil appliqué au voisinage du centre sensilif. J-lusieurs fois, ainsi que je l'ai déjà dit ailleurs ( vojez Affdsion) , j'ai fait cesser, par des affusious froides sur la tète , des douleurs plus ou moins vives occasionées par des névralgies, îles brûlures ou autres afl'ections occupan^t même des parties plus ou moins éloignées du centre sensitif , et je persiste à croire que l'on enlèverait ainsi ces douleurs Ojiiniàtres qu'accusent les amputés dans un membre dont ils sont privés. On peut rendre les bains émolliens, (oniqueSj excitans, etc., suivant la natuje de la douleur et la marche qu'elle allecte.

Parmi les remèdes tirés de la pharuidcie, l'opium est suiis contredit le plus puissant que l'art puisse op|)Oser à la violence de la douleur; mais il est remarquable que,eoaune toutes les préparations dites narcotiques , ce uiédicauient ne produit de calme réel qu'autant qu'il opère sur le cerveau des elieis somnifères bien éviilens ; et je ne doute nullement que toute application topiijue d'opium , comme toute application locale du froid sur une partie douloureuse, n'opère d'effet sédatif que par une action directe ou indirecte sur le cerveau : en sorte cpi'il-me parait h peu près indifl'éient d'employer des uiéilications sédatives, réirigérantes ou riarcoliques , etc., ou sur le centre même de la sensibilité, ou sur luift partie douloureuse quelconque.

Les alcoholiques , les éthers , ofl'ient sous ce rapport quelque analogie avec les préparations narcotiques , en ce qu'ils agissent également sur le cerveau , y causent un état d'ivresse qui engourdit, pour ainsi dire, les sensations et la douleur, en jetant les malailes dans un sommeil plus ou moins profond. Toutes les fois que la douleur a une marche intermittente , des retours périodiques plus ou moins réguliers, on peut es])érer les plus grands avantages des préparations de quinquina combinées à l'opium. Dans ce cas même la circonstance de lésions locales ne pourrait justilicr la proscription de cette médication.

{ Voyez NÉVRALGIE. J

Certaines influences jihysiques ou morales capables d'opérer des effets sédatifs sur le cerveau, sont d'iai cft'et non moins prouipt, non moins certain que les précédentes. Elles peuvent agir de plusieurs manières sur le cerveau : soit comme moyen narcotique, en provoquant le sommeil, qui est incompatible avec la douleur, coumie on le reuiarque dans le sommeil que déterminent les manipulations du magnétisme , le balancement d'une voiture, d une bercelonnette , etc., etc. ; soit en modifiant brusquement la sensibilité cérébrale, de manière à interrompre la série des sensations actuelles , comme il résulte des effets d'une nouvelle fâcheuse ou agréable , de I apparition soudaine d'une personne inalteiidue , etc. 11 faut encore rapporter à cet ordre d influences une forte contention d'esprit , une méditation profonde , le fanatisme , etc. , comme pouvant également suspendre l'action cérébrale destinée à l'exercice de la douleur.

Dans certains cas aussi les exercices spontanés du corps, tels que la marche, la course, peuvent être de puissans moyens de soulager la douleur. Les contractions, les roidisseinens , les plaintes , les cris et autres mouvemens musculaires nous révèlent assez le but d'une organisation qui s'agite comme pour imprimer aux instrumens de la locomotion cette irritation sensitive qui constitue la douleur.

Dans d'autres cas, au contraire, tout mouvement devient à la fois nuisible et diflicile, et iloit être sévèrement interdit. Tel est le cas des tlouleurs qui sont la conséquence de phlegmasies plus ou moins aiguës, de fractures, de luxations, etc., en un mot dans toutes les douleurs qui rentrent dans la ileuxième variété que nous avons atlmise , c'est-à-dire dans celles qui accusent une cause physicpie quelconque.

2". Toutes les fois que les douleurs sont l'effet de quelque lésion locale, et ce cas est le plus ordinaire, il est évident que les moyens sédatifs doivent être dirigés contre la cause physique, mécanique, ou autre qui entrelient la douleur ; ain<i 1 on devra d'abord extraire des esquilles qui peuvent séjourner dans les membres fracturés , dégorger par des incisions la partie tuméfiée et distendue par une plileginasie locale; faire l'extraction d'une dent cariée, des corps aux pieds, des corps étrangers introduits ou formés dans les cavités naturelles , etc., etc.

Toute préparation narcotique, tout moyen sédatif quelconque non seulement serait intempestif, mais pourrait être suivi d'accidens plus ou moins graves. 11 importe donc bien de se rappeler que, dans l'immense majorité des cas, la douleur n'est que le symptôme, l'élément nécessaire et inséparable d'un état morbide quelconque contre lequel tous les moyens de traitement doivent être dirigés, et que ce ne peut être qu'après avoir satisfait à ce premier chef

in-4'", MootpelliiM-, 1757. j ;'i em|iloyer avant quclçiut.'S opérations poui

d'indications qu'il est permis de compter sur une médication sédative proprement liite.

F . Hoffmann. Compeniliosa et cliiiica praxis doloruni cuni caïUclis. Disserl., in-l" Hal,-e, 1706.

Boissier et Sauvasses. Tlieoria dolori.s. Dissert.

A. Sassaid. Essai el disserlalioii sur mi moyen en diniinuiirla douleni. 1791.

M. A. Velil. Discours sur la douleur. Lyon , an 'VII , ia-8",

( P. j0Lt.T.)

DRASTIQUES. Voyez Pcrgatifs.

DR A.GONWEA.U, drai^oniieau Je Médine, vercle Guinée^ Jîlaire, goicli'us me ciuiiitsts, venu Mediiiiz uia/ni/ri , tli-iicuiiciiliis. C'est un ver sur la couforraalitii duquel les auteurs ne sont pas parfaitement d'accord. Suivant Liiul , il estd'ui blanc pâle, tendie , de la grosseur d'une corde de harpe; sa lête est armée d petit pods , et présente une trace de bouche ; sa queue est [lercée en manièr d'anus. D'après M. Chapotin, la tête de ce ver parait offrir dans le centre ui suçoir, sur les côtés ducjuel se voient deux petites protubérances arrondies; I corps , d'un blanc o|)aqiie, n'est pas parfaitement filiforme; il présente de inégalités , et semble compo.-é d'anneaux très-courts ; sa queue est assez briisi quemeut terminée par un petit crochet contractile. Enfin , selon Ureuiser, il es cyliiidi i([ue , filiforme ; d'une grosseur égale dans toute son étendue , si ce n'es a sa queue, qui est [)lus amincie et un peu recourbée. Le même désaccor existe sur sa longueur, qui paraît varier depuis cinq à six pouces jusqu'à si ou sept aunes. Doit-on s'étonner que paruii les médecins , qui ne conuaisser cet enUizoaire que par des descriptions aussi conlradictoires , il s'en soit trouv quelques-uns qui en ait nié l'existence? Mais des observations aulheiitiqui ne permettent pas d'en contester la réaliié. Sa grosseur varie depuis celle d'u fiijusqu'à celle d'une ficelle. Son siège ordinaire est dans le tissu cellulaire sousj r,| tégumentaire des exIi êmilés inférieures, et le plus ordinairement autour d(j .ji malléoles; on 1 a quelquefois aussi rencontré aux extrémités supérieures, pli| fréqueuiment dans le scrotum, et dans quelques cas au cou, à la tète, sur k troue; M. Clot , diiecteur de l'école de médecine du Caire, l'a rencontré prâ du frein de la langue. 1

Les causes qui président à la formation du dragonneau sont encore couvert» d'un voile impénétrable. Comme tous les autres eniozo^ires il se dèvelopp spontanément dans le cor|)s de 1 homme; telle est du moins l'opinion la plt acciédilée; maison ignore complètement les causes prochaines de son dévf loppement. On en a tout accusé : la mauvaise qualité de l'eau, l'usage du vi de palmier, de certains poissons, du froment de l'Inde, des sauterelles poi aliment , les excès vénériens, les vents et les rosées des pays où on l'ohservi mais on a vu des individus soumis à ces influences sans être atteints du dragof neau, et d'autres qui les avaient soigneusement évitées en être au contrais affectés. Quelques auteurs pensent qu'il s'introduit à travers la peaupcy* temps après sa naissance, époque h laquelle ils le supposent d'une ténui( extrême, suivant quelques-uns à l'état d'animalcule , suivant d'autres à l'état il larve. Les premiers le regardent comme identique avec le goidius aqualicui\ et croient qu'il s'introduit ilans le corps de i'homrae avec l'eau qui sert fj boisson, ou par la peau pendant qu'on se baigne. Les seconds le font proveni d'un insecte qu'ils ne nous fout pas connaître.

Le dragonneau ne se montre que dans certaines contrées ; ce sont : l'Arab; Pétrée, les bords du golfe Persique , ceux de la mer Caspienne et ilu Gangt l'Abyssinie et la Guinée. On ne l'a jamais observé en Euro[)e que sur des il dividus venant de ces pays. i

Les jjremiers symptômes qui annoncent la présence du dragonneau sonll dit-on, une démangeaison désagréable sur une partie quehpielbis accompagnij de la sensation d'un corps qui rampe sous la peau , et suivie de la formatic. d'une tumeur analogue au furoncle. Chez certains individus cependant, ce vij reste pendant plusieurs mois et même pendant plusieurs années sans manifest»! sa présence par aucune incommodrté ; il est même probable qu'il en est aiii, chez la plupart des malades; autrement on ne comprendrait pas comment ilj pu acquérir le développement considérable qu'il atteint quelquefois. Chczd'ai, très, au contraire, outre les symptômes locaux que j'ai indiqués, il produ encore un dépérissement plus ou moins rapide , mais sans fièvre ni perte d'à] j, pétit. ' '

Mais lorsque le ver veut sortir , des symptômes plus constans et plus marqu< | se nianif> steiit. D'abord il survient du mal-aise, des nausées , delà céplialalgi * des maux d'estomac, et bientôt après une douleur fixe se fait sentir dans i' point par où le ver doit sortir. Un ou deux jours après l'invasion de cette doi f leur , et quelquefois trois jours après le ilébiit des premiers symptômes gén , raux,il se forme de petites vésicules qui causent de vives démangeaison surtout là où le \er perce la peau ; bientôt la douleur ne laisse plus de relàchi un gonflement quelquefois considérable et de l'inflammation se déclarent, ' | la suppuration s'établit. Quelquefois une grosse pusl nie , rem)dic d'un liquiil i| transparent, se développe au centre tlu point douloureux, d'autres fois on ni \ sent qu'un peu de dureté sans inflammation; enfin, tantôt le ver se présen i j aussitôt que la suppuration est établie , et tantôt il ne se montre que lorsqu'el \ est prête à se tarir. Ordinairement, à l'ouverture spontanée ou artificielle de pustule ou de la tumeur, il s'écoule du pus sanieux ou un liquide iclioreux, la tête du ver sort avec quelques pouces du corps. Il faut éviter avec le pli grand soin de le rompre en exerçant sur lui de trop fortes tractions , car la pli part des auteurs qui ont observé cet accident disent qu'il est quelquefois sui de la gangrène et de la mort , que presque toujours au moins il prolonge durée de la maladie, et que souvent il donne lieu à des fistules difficiles

Page 1