ADULTE
qui est comprise entre la fin de Tadolescence et le début de la vieillesse, soit le sujet lui même qui a atteint cet âge. La plupart des auteurs étendent cette portion de l'existence humaine depuis la vingt- cinquième année chez l'homme et la vingt-unième chez la femme , jusqu'à la soixantième année dans l'un et l'autre sexe ; mais si le point de départ de ces limites est assez exactement fixé , leur terminaison est manifestement reculée trop loin. L'observation démontre que l'âge adulte finit, et qu'une véritable vieillesse commence , pour la femme , entre quarante-cinq et cinquante ans , et, pour l'homme, entre cinquante et cinquante-cinq. Il ne s'agit que de la généralité des individus; les exceptions se montrent sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, en très-grand nombre; et s'il n'est pas très-rare de trouver des sujets non dépouillés encore à soixante ans des attributs de la virilité , il est bien plus commun encore d'en rencontrer qui présentent, dix ans plus tôt , tous les caractères de la vieillesse.
Quoi qu'il en soit , l'âge adulte, que plusieurs écrivains , et Hallé entre autres , ont subdivisé en trois parties secondaires, selon que le corps humain se perfectionne encore , ou qu'il reste stationnaire , ou qu'il commence déjà à décliner, ce qui constitue la virilité ascendante , la virilité confirmée et la virilité décroissante; l'âge adulte, dis-je , est caractérise l'état complet de développement auquel sont parvenues toutes les parties de l'économie animale. Aux balancemens vitaux qui se faisaient remarquer chez l'enfant et durant l'adolescence , succèdent un mouvement organique plus régulier, une harmonie et une stabilité plus grandes entre les diverses fonctions. L'encéphale , les organes des sens, les appareils de la circulation , de la respiration , de la digestion et de la locomotion étant arrivés au plus haut degré de perfection , la vie s'exerce avec toute la puissance que comporte la constitution de l'individu chez lequel on l'observe. L'équilibre qui résulte de cet état entre les principaux rouages de l'organisation assure la conservation de la santé, et rend la machine vivante moins accessible aux causes de maladies.
Au début de l'âge adulte, la taille du sujet a acquis toute sa hauteur, le tronc et les membres présentent les proportions relatives qu'ils doivent conserver à l'avenir. La peau continue cependant à acquérir plus d'épaisseur et de solidité ; des poils plus nombreux et plus rudes la recouvrent ; la barbe surtout croît plus rapidement chez l'homme, se montre plus épaisse et s'étend de plus en plus vers les régions supérieures du visage. La voix , pendant quelque temps encore , continue à prendre un timbre plus fort, plus grave , et mieux accentué. Les os augmentent en pesanteur, leurs saillies et leurs enfoncemens se pronon-
: cent de plus en plus; les muscles se dessinent par des saillies plus considérables, et toutes les parties fibreuses acquièrent une densité, une épaisseur et une résistance plus manifestes. L'appareil de la respiration, qui a pris tout son accroissement, éprouve, selon quelques observateurs, un changement de structure en raison duquel les cellules pulmonaires deviendraient graduellement plus amples par l'affaissement successif, ou même par la disparition de quelquesunes des parois qui les séparent. Les ganglions ainsi que les vaisseaux lympha-
I tiques s'affaissent , diminuent de volume et.ne conservent que peu de traces de la prédominance vitale dont ils étaient le siège durant les âges antérieurs. Le cœur est à la fois plus puissant et moins mobile chez l'adulte que chez l'adolescent. Les artères conservent leur prépondérance sur les veines , et leurs parois sont aussi épaisses, aussi fermes et aussi denses que possible , sans avoir encore rien perdu de leur souplesse et de leur extensibilité. Mais les tissus dans
I lesquels ces vaisseaux se terminent sont moins mous, moins spongieux, moins perméables au sang que durant les périodes précédentes de la vie; des élémens plus solides en ont renforcé la trame , et déjà les injections réussissent moins bien et parviennent à des distances moins considérables dans le parenchyme des organes, chez l'adulte que chez les sujets plus jeunes. Enfin, les viscères digestifs, l'appareil biliaire, les parties génitales, les reins et le reste des voies urinaires "faisant équilibre avec le reste de l'organisation , fournissent aisément à toute sa dépense , ou le débarrassent sans efforts des matériaux surabondans
'. que l'assimilation introduit dans son sein. Tout semble enfin assurer à la fois et l'action libre et facile, et la longue durée de tous les rouages de la machine animale.
I C'est chez le sujet adulte que se dessinent le mieux les caractères des divers tempéramens; jusque là les révolutions vitales que l'organisme éprouve ne leur
i permettaient pas de se développer , ou s'opposaient à ce qu'ils acquissent un haut degré d'intensité , ou les modifiaient incessamment et les laissaient même se succéder'lcs uns aux autres. Mais , indélébiles , ou du moins peu altérables il à l'avenir, ils se montrent, durant l'âge viril, avec toute leur puissance, ctimri priment profondément leurs caractères variés sur la constitution des hommes. : ! Il faut donc, dans tout ce qui précède, faire abstraction des influences spéciales ; i exercées par les variétés d'organisation des sujets , bien qu'il soit vrai de dire !• ; que dans chacune d'elles l'âge adulte est encore celui qui présente le degré de i' i structure le plus parfait et l'état des organes le plus favorable à la santé. tï Les fondions suivent , dans leur accomplissement, les mêmes phases que le I matériel des instrumens qui leur sont consacrés. Moins facile à mettre en mou- « ï vement que durant l'adolescence , le suje t adulte résiste mieux à la fatigue , est » t capable d'efforts plus prolongés et plus considérables ; son appareil nerveux se i montre moins irritable, moins susceptible , bien qu'il reçoive et conserve avec l î plus de force les impressions qui lui sont transmises. Si l'imagination n'a plus ) la même fraîcheur que pendant la jeunesse, la réflexion a acquis plus d'empire, 1 et les pensées plus de profondeur. L'âge adulte est celui de la raison , de la t\ prévoyance , du calcul; c'est alors que les ambitions de tous les genres se 1 montrent et veulent le plus impérieusement être satisfaites; les illusions^ de la '(jeunesse se dissipent; les hommes aussi bien que les choses sont appréciés à leur véritable valeur et dépouillés de tous ces prestiges dont ils semblaient en-
tourés au début de la vie. C'est alors que les traits de la physionomie portent l'empreinte des passions qui agitent le plus habituellement les sujets , et qu'à la mobilité et à l'expression ouverte et franche qui les caractérisaient précédemment succèdent soit l'immobilité calculée que leur donne la dissimulation , soit la teinte pensive et sérieuse que fait naître l'habitude de la réflexion et du travail intellectuel.
Mais cette époque de la \ie, durant laquelle l'homme possède dans toute leur plénitude les facultés qui lui furent départies, dure peu. Arrivé au sommet de l'échelle , il la descend bientôt du côté opposé. Vers la fin de la période qui nous occupe, la peau perd de son éclat et commence à se flétiir; les chairs deviennent moins fermes, moins élastiques; les poils blanchissent, la tête se dépouille souvent vers le sommet d'une quantité plus ou moins considérable de cheveux ; les muscles deviennent moins puissans, moins aptes à soutenir de violens efforts ; les os se creusent des cavités plus amples; les dents, usées parle frottement qu'elles exerce'nt les unes sur les autres , aussi bien que par le long exercice de la mastication , sont en partie abandonnées à leur base par les gencives, et, moins solidement retenues dans leurs alvéoles, elles vacillent outom- \ bent avec une rapidité variable ; les organes génitaux deviennent graduellement moins excitables , sont le siège de besoins moins pressans , moins fréquemment renouvelés , n'exercent plus leurs fonctions avec autant de promptitude et de facilité. Le cœur semble perdre de sa force et suivre la dégradation commençante des autres muscles ; les artères ne prédominent plus autant sur les veines, qui sont plus habituellement distendues, et forment sur diverses parties du corps, notamment sur les membres abdominaux , des lignes saillantes, et chez beaucoup de sujets des cordons variqueux considérables. Alors aussi , l'appareil veineux abdominal , la rate et surtout le foie sont quelquefois le siège d'une réplétion sanguine habituelle. Les facultés intellectuelles s'exercent avec plus de lenteur , moins d'énergie et moins de lucidité qu'au début de la virilité ; si l'expérience s'est enrichie de plus d'observations et de faits , la mémoire conserve déjà ces matériaux avec moins d'exactitude , et la raison en déduit des corollaires moins nombreux ou moins lucides. Tout annonce , à la fin de l'âge adulte , la décadence déjà commencée de l'organisation animale et le prélude de la vieillesse.
Il est à remarquer qu'à toutes les époques de la vie , et surtout pendant la longue période de l'âge adulte, l'exercice même des fonctions crée , pour ainsi dire, dans l'organisme, des dispositions aux maladies. Un équilibre parfait entre les rouages diversifiés d'une machine aussi compliquée que la machine humaine n'existe guères que par supposition; et presque toujours quelques organes, plus actifs, plus exercés, ou doués d'une plus grande excitabilité que les autres , tendent à y dominer et à devenir le siège d'une stimulation prépondérante. Au sortir de l'adolescence , l'homme adulte conserve encore , par exemple, cette tendance à l'exercice outré des organes génitaux, et cette susceptibilité de l'appareil de la respiration qui le dispose aux irritations et aux phlogoses de ces diverses parties. De là le nombre si considérable des maladies de l'urètre , du pénis , des testicules , et des autres parties de l'appareil génital, tant chez l'homme que chez la femme , qui sont contractées à cet âge ; de là aussi les phthisies qui sont encore si communes entre la vingt-cinquième et la trentième année. Plus tard, l'appareil gastro-hépatique devient graduellement le centre d'une prépondérance marquée. Les plaisirs de la table succèdent à ceux de l'amour, et l'estomac ainsi que le foie sont fréquemment atteints, vers la fin de l'âge adulte, de lésions chroniques plus ou moins profondes et graves. Par la même raison, les voies urinaires, qui participent ordinairement aux sur-excitations génitales et gastriques, commencent à se détériorer et à contracter des ii-ritations dont la gravelle , les calculs vésicaux . les dégénérescences de la vessie et surtout de la prostate sont les résultats les plus communs.
Chez la femme , que son organisation et ses goûts préservent de la plupart des excès dont il vient d'être question, la matrice , qui a été pendant longtemps le siège des congestions périodiques , et que les stimulations produites par le coït , les grossesses et les parturitions ont plus ou moins affectée ; la matrice , dis-je, qui a été la partie du corps la plus constamment active, est aussi celle dont le tissu est, aux dernières périodes de l'âge adulte , le plus exposé aux irritations chroniques , aux dégénérescences de tous les genres et même à des destructions étendues et irrémédiables. Les autres parties de l'appareil de la génération, telles que les mamelles et les ovaires, qui ont partagé les stimulations de l'utérus , sont également exposées aux résultats qu'elles entraînent après elles ; et chacun sait combien les squirres et les cancei's de ces organes sont multipliés chez les femmes qui ont atteint trentecinq à quarante ans.
L'âge adulte est celui pendant la durée duquel se manifestent spécialement les effets produits par l'exercice des diverses professions. C'est presque toujours au début de cette période de l'existence que les hommes se livrent avec le plus d'ardeur au genre de vie qu'ils ont embrassé. Jeunes encore , sentant le besoin de se créer un avenir, pleins de vigueur et peu aécessibles à la fatigue ou au dégoût, ils bravent les dangers et s'abandonnent tout entiers au besoin d'agir qui les entraîne. Mais aux dernières périodes de l'âge adulte, comme à la fin d'une carrière prolongée , parcourue avec peine , les organes qui ont été le plus stimulés, ceux dont le tissu a fourni aux principaux efforts, présentent les traces de cette sur-excitation habituelle et de cette action extraordinaire. C'est ainsi que chez les hommes adonnés à de violens exercices musculaires , le cœur devient souvent anévrismatique ; que chez les gens de lettres le système nerveux se montre disposé aux irritations de tous les genres ; que chez les sujets dont le cerveau a beaucoup fatigué , les apoplexies sont communes, etc.
ADYNAMIE. ( og )
Lorsque raccroissement en hauteur est terminé, et que les pertes organiques deviennent un peu moins considérables , les organes digestifs continuant presque toujours à recevoir des matériaux, réparateurs aussi abondans que par le passé, l'excédant de nutrition qui résulte d'un pareil état produit des résultats divers. Chez beaucoup de sujets , la quantité de sang augmente outre mesure , les vaisseaux sont distendus par ce liquide , les principaux organes menacent à chaque instant d'être envahis par des congestions foudroyantes; et des évacuations sanguines , abondantes et répétées , deviennent indispcnsa])les. D'autres fois, la pléthore s'établissant avec plus de lenteur, les sucs fournis par la digestion sont assimiles aux tissus , qui augmentent de volume et acquièrent quelquefois un développement énorme. C'est alors que le ventre devient proéminent, que le tissu cellulaire se pénètre de graisse, que tous les traits, que toutes les saillies musculaires sont successivement effacés pourfaire place à la distension uniforme et à la rondeur générale qui accompagnent l'obésité. Chez beaucoup de personnes , l'organisme se débarrasse spontanément, vers la fin de l'âge adulte , de cet excédant des élcmens nutritifs , au moyen d'évacuations de diverse nature. Tantôt des évacuations pituiteuses journalières, tantôt des expectorations habituelles , souvent des sueurs abondantes, que le plus léger exercice suffit pour provoquer ; chez un grand nombre de sujets des hémorrhoïdes périodiquement fluentes : telles sont les voies par lesquelles la nature obtient, le plus communément, le résultat qui nous occupe.
Par cela même que les sujets adultes sont plus forts, plus résistans et moins excitables que les adolescens et les enfans , on peut chez eux employer, durant les maladies , des médications plus énergiques et plus actives. C'est alors que les affections des organes se montrent avec leurs caractères les plus tranchés, et que, déployant toute leur impétuosité , elles menacent en beaucoup de cas de détruire tout à coup des parties indispensables à la vie , et réclament l'emploi de moyens non moins vigoureux et non moins rapides dans leurs effets. Quant aux lésions lentement déterminées, soit par des professions insalubres, soit par des excès habituels dans l'usage des choses nécessaires à la vie, c'est spécialement par l'emploi de précautions hygiéniques convenables, ou par l'abandon de métiers nuisibles , ou bien encore par l'adoption de régimes plus réguliers et plus sobres, qu'il faut s'opposer à leurs progrès et s'efforcer de les guérir. La cause étant enlevée, disaient les anciens, les effets disparaissent bientôt ; cette vérité est chaque jour confirmée dans la médecine pratique , où l'on voit les organes, après qu'ils ont cessé ,'d'être soumis aux stimulations qui les détérioraient, reprendre assez souvent leur texture normale et l'exercice régulier de leurs fonctions.
User avec modération de tout ce qui est agréable et utile est la règle fondamentale de l'hygiène des sujets adultes. En s'y conformant , les organes , préservés de stimulations trop vives, conserveront l'intégrité de leur structure et leur aptitude a ressentir avec délicatesse les impressions des corps extérieurs. Si, malgré l'observance de ces préceptes , la pléthore se manifestait, c'est moins encore à l'aide des évacuations sanguines, qu'au moyen d'une réduction plus ou moins considérable dans la quantité des alimens et d'exercices convenables , qu'il faut y remédier. Les saignées générales ou locales peuvent bien dissiper des accidens graves qu'elle occasione ou qu'elle complique, et qui menacent d'une manière plus ou moins immédiate la vie des sujets; mais ces évacuations n'atteignent pas jusqu'à la cause du mal; l'alimentation restant la même, la perte produite par la phlébotomie ou par l'application des sangsues est bientôt réparée, et les accidens se reproduisent aussi pressans et aussi formidables qu'auparavant. Une diète convenable peut seule remédiera cetinconvénient et assurer le succès des évacuations sanguines. Plus les sujets avancent dans l'âge adulte , et plus ces préceptes deviennent importans à la cçnservation de leur santé; en entrant dans la vieillesse, les précautions doivent redouble;- , soit pour se soustraire à l'influence des causes morbifiques, dont les organes commencent à ne plus pouvoir aussi impunément supporter les atteintes, soit pour remédier promptement aux affections qu'elles tendent à produire.
( L. J. BÉGiw. )
ADUSTiON. Vojez Cautérisation.
ADYNAMIE, s. î. ^ adynainia , de «privatif, et tWiJK/;i(s, force, puissance, exprime la perte des forces , la faiblesse morbide. Si l'on s'en était toujours tenu à la valeur élymologiquc de ce mot, on pourrait le conse'rver avec avantage dans le langage médical ; mais les acceptions diverses qu'on lui a données en cmt altéré le sens et ne permettent de l'employer aujourd'hui qu'avec beaucoup de réserve. Ainsi , Vogel l'a fait synonyme A'asihé/iie { voyez ce mot ) , en l'appliquant comme terme générique à toutes les maladies qui lui ont paru consister principalement dans une diminution ou dans Tabolilion complète de l'énergie des fonctions , des mouvemens volontaires , et des sensations ; il l'a fait on outre ."iynonyme de prosivation ( vojez ce mot) , en l'employant pour désigner cet état de faiblesse extrême dans lequel les malades ne peuvent plus se mouvoir dans leur lit. Ciillen a désigné sous le non à'adjnainies les maladies caractérisées par la dimiimtion ou l'aff.iiblissement des mouvemens ini^olonlaires, ou des fonctions. Il diffère de Vogel en ce qu'il ne comprend pas sous cette dénomination la diminution ou l'abolition des sensations ni celle des mouvemens involontaires , çt qu'il y range au contraire l'affaiblissement des mouvemens involontaires. Pinela restreint outre mesure la. signification de ce mol, en ne l'employant que pour exprimer Textrême faiblesse musculaire qui accompagne certaines maladies qu'il nommait Jièvres adynamiques {voyez ce mot) ; il fallait l'appliquer à toute faiblesse musculaire, quelle qu'en fût la cause. Enfin, dans ces derniers temps, plusieurs médecins ont donné le nom d'adynainie a cet état de stupeur et de faiblesse générale et profonde qui accompagne ]cs gangrènes internes cl, dnns quelques cas, les gangrènes extérieures; l'action
ADTNAMIQUE.
des gaz éminemment délétères , et celle des miasmes putrides lors qu'elle est énergique.
Frappés de l'état apparent d'adynamie qui s'observe dans certaines maladies, et cela d'autant plus que l'état peu avancé de la science ne leur permettait que rarement de remonter à la cause prochaine de ces affections et d'en découvrir la nature, influencés par les terreurs des malades, auxquels la faiblesse inspire toujours un grand effroi, égarés par de fausses théories, les médecins ont pendant long-temps regardé la faiblesse musculaire, la diminution des sensations ou de l'énergie des fonctions, l'adynamie, eu un mot, comme la chose prin- ,cipale dans la plupart des maladies , comme la maladie elle-même. En conséquence de celte idée, ils ont cherché des moyens thérapeutiques dans les substances slimulanles , toniques , irritantes , pour remédier à ce qui n'était presque toujours qu'un symptôme, et c'est de laque nous est venue cette thérapeutique incendiaire dont on n'aperçoit heureusement plus que des vestiges dans la pratique et les écrits des médecins de l'époque actuelle. Ce n'est pas un des moindres services rendus à la science, par M. Broussais , que d'avoir démontré que l'adynamie n'est presque jamais essentielle , que dans la très-grande ma- jorilé des cas elle est le symptôme d'une inflammation intérieui'e , qu'elle est d'autant plus considérable que l'inflammation est plus intense et attaque un organe plus important, enfin, que les meilleurs moyens de la faire cesser sont de détruire par le traitement antiphlogistique les phlegmasies qui la provoquent.
Nous nous bornerons à ce peu de mots sur l'adynamie. Ce n'est qu'un symptôme , et non une maladie; c'est la faiblesse musculaire , et rien de plus; son étude est donc inséparable de celle des affections morbides qui la produisent,
(L. Ch. Roche.)
ADTNAMIQUE, adjectif, état adynamique , fièvre adynamique. Pinel a donné le nom de Jlèvre adynamù/ue au groupe de symptômes suivans: «Couleur livide et affaiblissement général ; langue recouverte d'un enduit jaune-verdâtre , brunâtre, noirâtre, et même noir, d'abord humide , puis sec et même aride; étal fuligineux des gencives et des dents, haleine fétide, soif variée , déglutition souvent impossible ou comme paralytique; parfois vomissemens de matières variées, plus ou moins foncées en couleur; constipation ou diarrhée, déjections souvent involontaires , noires et fétides; dans quelques cas , méléorisme ; pouls petit, mou, lent ou fréquent, souvent dur , et en apparence développé les premiers jours , mais passant subitement à un état opposé ; parfois , dès le début, apparence momentanée d'une congestion vers la tête ou la poitrine; dans quelques cas, hcmorrhagies passives par le nez , les bronches , l'estomac , l'intestin et les organes génitaux ; pétéchies , vibices et ecchymoses; respiration naturelle, accélérée ou ralentie; chaleur àcre au toucher, augmentée ou diminuée ; sécheresse de la peau , ou sueur partielle froide , visqueuse et même fétide; urine retenue, rejelée avec difficulté, ou rendue involontairement, citrine ou de couleur foncée dans les premières périodes, et trouble , avec un sédiment grisâîre vers la fin ; yeux rougeâtres , ou jaunes-verdâtres , chassieux , larmoyans ou contournés ; regard hébété; affaiblissement de l'ouïe, de la vue , du goût et de l'odorat ; dépravation fréquente de ces deux derniers sens; céphalalgie obtuse, état de stupeur, somnolence, vertiges, rêvasseries, ou délire taciturne; réponses lentes, tardives; indifférence sur son propre état; prostration , affaissement des traits de la face et des saillies musculaires en général ; ! coucher en supination ; quelquefois éruption de parotides avec ou sans diminution subséquente des symptômes; impossibilité de rubéfier la peau et d'ex- ' citer l'organisme ; gangrène des plaies , et en général des parties sur lesquelles le décubitus a lieu. « (Nosographie philosophique , tome 1er. )
Assemblage confus de traits empruntés à des maladies différentes , ce tableau prétendu descriptif n'appartient à aucune affection spéciale. Pinel, i comme on le sait , pour créer ses types de maladies , fondait ensemble tous les I symptômes qu'une même maladie peut offrir chei divers individus dans toutes les circonstances possibles; aussi legardait-il les relations épidémiques comme les sources les plus précieuses où pussent puiser les iiosograplies. Cette manière de procéder , assez bonne lorsqu'on l'appliquait a la description d'une ''. affection bien connue , ne pouvait conduire qu'à des descriptions arbitraires et fausses, lorsqu'on verkait à s'en servir pour des maladies dont le siège et la nature étaientignorés. C'est ce qui est arrivé pour la fièvre adynamique .-Pinel a confondu dans sa description, des symptômes de gastro-entérite intense, des i symptômes de la véritable fièvre putride des anciens , celle qui résulte de l'absorption de miasmes putrides; des symptômes de cette asthénie profonde qui accompagne certaines gangrènes, etc. Aussi , dans ces derniers temps, les médecins qui ont attribué la fièvre adynamique de Pinel à l'une de ces trois causes , à l'exclusion des autres , n'ont-ils pu parvenir à s'entendre dans leurs discussions.
Mais existe-t-il un état morbide auquel on puisse donner aujourd'hui le nom de fèvre adynamique? nous n'en connaissons aucun. Il faut d'ailleurs autant que possible aujourd'hui désigner les maladies par leur siège et leur nature , et les mots fèvre adynamique ne satisfont aucunement à cette condition. Les médecins qui les emploient encore s'exposent donc à n'être pas compris, ou à être interprétés de plusieurs manières différentes , ce (}ui revient à peu i près au même.
Plusieurs médecins ayant reconnu que les symptômes assignés par Pinel à sa fièvre adynamique étaient toujours symptomatiques de la lésion d'un organe, et croyant devoir retrancher cette maladie du nombre des fièvres essentielles ( Fournier el Vaidy , Dictionnaire des sciences médicales , tome 15, article Fièvre) , ont désigné sous le nom d'état adynamique l'ensemble de ces symp tômes , abslraclion faite de leur cause prochaine. Colle expression n'est pas
AFFUSION
AFFUSION
moins inutile que la première , et nous l'enveloppons dans la même proscription. Plus qu'aucune autre science peut-être, la médecine a besoin d'épurer son langage; sous cenipport, elle est destinée à s'enrichir de ses perles, et elle en a beaucoup à faire. {Foyez Fièvre putride, Gastro-ektérite,Ttphus.)
(L. Ch. Roche.)
AFFAISSEMENT. L'affaissement est une variété, une nuance de l'abattement : aussi les dictionnaires de médecine les plus récens ne lui ont-ils point consacré d'article spécial. Ce qui caractérise ce degré d'abattement n'est pas facile à décrire. Suivant M. Chomel, l'affaissement est cette augmentation de la faiblesse et de la maigreur qui survient dans le cours d'une maladie aiguc ou chronique, lorsqu'elle tend prochainement vers une terminaison funeste.
Le mot affaissement s'applique particulièrement à la diminution profonde des forces musculaires. Quand ce phénomène n'existe que danà les puissances musculaires de la face , on dit que les traits sont affaissés. ( Foyez Abattemekt, Prostration, Adtnamie. ) ( J- Bobillatjd. )
AFFUSION , s. f. , affusio, dayerbe affundere , verser , répandre; action de verser sur la totalité ou sur une partie seulement de la surface du corps une quantité déterminée d'eau , le plus ordinairement à la température de 10 à 15° Réaumur.
Les affusions chaudes étant raretaent employées, c'est uniquement des affusions froides qu'il faut entendre ce que nous dirons de ce moyen thérapeutique, nous réservant toutefois d'indiquer dans le cours de cet article ou ailleurs les circonstances dans lesquelles il pourrait être utile de substituer l'eau chaude a l'eau froide dans son emploi. Envisagée sous ce point de vue , l'étude des affusions embrasse trois principaux ordres de considérations relatives à leur histoire théorique et pratique , à leur mode d'action et K leur administration ; 1 examinons successivement chacun de ces objets en particulier. { §1". Considérations générales, historiques et pratiques. — Plusieurs passages des œuvres d'Hippocrate attestent que les affusions étaient fréquemment mises en usage et suivies des plus heureux effets dans la pratique des médecins grecs ; on y voit qu'elles étaient principalement employées contre ré causus ou fièvre ardente bilieuse, le typhus causodes, le tétanos , la goutte , le rhumatisme, les maladies cérébrales , et en général toutes les affections accompagnées I de vives douleurs. Mais ce n'est guères que dans les écrits du père de la i médecine que l'on trouve ce que l'antiquité nous a transmis sur l'emploi des affusions; les auteurs latins et arabes en font à peine mention; tout porte à croire cependant qu'ils en firent usage en même temps que des autres formes de bains, dont ils furent, comme on sait, très-grands partisans. S'il en était I autrement , on concevrait difficilement qu'ils eussent laissé dans l'oubli un I moyen aussi énergique et sur lequel les médecins de la Grèce leur avaient ! laissé des documens si précis , tant "sur les circonstances dans lesquelles il I convient d'y avoir recours que sur ses effets curatifs. Quoi qu'il en soit, 1 pendant un long espace de temps, il n'est presque plus question des affusions dans la thérapeutique, et ce n'est qu'à une époque assez rapprochée de nous que nous les voyons reparaître. Kœmpfer ( 1712 ) nous apprend que les médecins de Java et de Batavia les employaient constamment et avec succès dans le traitement de la rougeole; d'autres médecins, Hahn ( 1737), Samoëi lowitz ( 1777), Wright (1780), Valentin ( 1785), Currie (1798), Giannini j ( 1802) , etc. , proclamèrent les bons effets des affusions froides dans beaucoup de maladies aiguës, épidémiques ou contagieuses. De nouvelles tentatives, '. faites dans plusieurs contrées de l'Europe et de l'Amérique , en confirmèrent les résultats , et le moyen fut bientôt admis dans la pratique.
Si nous recherchons dans quelles circonstances les praticiens ont eu recours aux affusions, nous voyons qu'à l'exemple d'Hippocrate, ce fut presque toujours dans les maladies caractérisées par un trouble notable des fonctions nerveuses.
On trouve, en effet, dans les auteurs , une foule d'observations de fièvres dites nerveuses, malignes, ataxiques ou cérébrales, de frénésies, d'encéphalites, de méningites , etc. , qui ont cédé aux affusions froides. C'est encore dans cette classe de maladies qu'elles sont le plus souvent employées dans plusieurs j contrées de l'Europe et de l'Amérique (Brandreth , Frank, Gérard, Récamier, I Valentin, etc.). On sait même qu'il est en Russie une pratique populaire qui consiste à traiter dans leur début toutes les maladies aiguës par les affusions.
Le tétanos surtout parait avoir été combattu avec succès par ce moyen, ainsi qu'il résulte d'un grand nombre de faits rapportés par MM. Hillary, Ean-ère , Delavergne , Currie, Dalrymplc , etc. On trouve dans le deuxième volume de la Nouvelle Bibliothèque médicale, pour l'année 1828, un Mémoire de M. le docteur Doucet, de New-York, où se trouvent consignés plusieurs faits propres à justifier l'emploi des affusions dans le traitement de cette maladie.
Dans sa Dissertation inaugurale, M. le docteur François raconte l'histoire d'une dame qui éprouvait depuis plusieurs années des mouvemens d'éclampsie qui avaient résisté à toute espèce de traitement , et qui fut guérie par le même moyen. Pendant cinq semaines elle reçut, chaque jour, six ou ^ept vagues d'eau de mer sur la tête, et pendant tout ce temps elle n'éprouva qu'une seule fois les atteintes de sa maladie.
Les recueils d'observations contiennent aussi des exemples de rhumatismes nerveux (névralgies externes) , qui ont été traités avec succès par les affusions. M. le docteur Bird, deRees, en Saxe, dit les avoir souvent employées avec bonheur pendant la violence des accès, et j'ai eu moi-même plusieurs fois occasion de constater dans ce cas leur efficacité; mais il est vrai de dire que, si ce moyen possède la propriété incontestable de calmer promptement les iv es douleurs qui caractérisent les accès de névralgie , il paraît peu propre à en prévenir le retour.
DiCT. de Mkdecise et de Chirurgie pratiques.
On lit dans beaucoup d'auteurs que des coliques dites nerveuses (névralgies internes) ont été calmées par des affusions. Hippocrate a consigné dans son cinquième livre des Epidémies , l'histoire d'une dame tourmentée par des douleurs intestinales si vives, si atroces, que sa vie paraissait dans le plus grand danger, lorsqu'elle fut sauvée tout à coup par trente affasions froides pratiquées sur toute la surface du corps.
On a également cité des cas de fièvres intermittentes rebelles , qui ont cédé aux affusions. Huxham, d'après les médecins grecs et d'après sa propre expérience, les recommande comme un puissant fébrifuge, et l'on sait que Giannini les employait fréquemment dans le même cas. M. Wedekind a publié dans le cahier de février 1824, du Journal de Hufeland, un Mémoire fort curieux sur l'emploi des affusions dans les fièvres intermittentes. Nous ne connaissons qu'un seul fait tiré de la pratique de M. Récamier où ce moyen ait été employé dans le même cas, et sans succès.
Quand on sait quelles e'troites sympathies existent , en santé et en maladie , entre la peau et la membrane muqueuse intestinale , on conçoit que les affusions aient pu guérir des diarrhées, des dysenteries , etc. M. le docteur Nardi raconte dans un journal italien ( Gi'oï'w. critic. de »2eû?jcj«. ), qu'étant atteint depuis quelque temps de cette dernière maladie, il fit sur lui-même la plus heureuse application de ce moyen; ce qui l'a conduit depuis à en faire un fréquent emploi dans sa pratique particulière. Nous pensons toutefois que ce n'est guères qu'en désespoir de cause que l'on devrait se résoudre à y avoir recours.
Quant aux croups que des praticiens assurent avoir guéris par les affusions et les applications froides, nous ne voyons pas trop quelle influence elles ont pu avoir sur ce genre de maladie, à moins qu'on ne les ait opposées au spasme de la glotte qui la complique si souvent que des médecins ont cru devoir admettre une espèce de croup spasmodique; tels paraissent être , en effet , les cas publiés par Baumback dans le 23* volume du Journal de Rust, ceux que Wolfers a insérés dans le tome 5 du Journal de Siebold , et ceux que MM. Hardes, de Pétersbourg , et Aberle , de Saltzbourg , ont rapportés, en 1822, dans la Gazette médico-chirurgicale de Saltzbourg. On croira plus facilement que les affusions aient arrêté des pertes utérines , comme la pratique des accouchemens en fournit journellement des exemples ; qu'elles aient facilité la réduction de hernies étranglées, ainsi qu'Hippocrate l'avait déjà signalé, et que beaucoup de chirurgiens ont été à même de l'observer; qu'elles aient conjuré des apoplexies imminentes et arrêté les phénomènes de congestion et d'hémorrhagie cérébrale, dans certains cas d'ivresse et d'empoisonnement par des substances alcooliques et narcotiques. M. Wedekind a publié dans le Journal de Médecine pratique de Hufeland et Osann diverses observations , d'où il résulte que des affusions froides ont évidemment sauvé la vie à plusieurs personnes qui avaient été empoisonnées par des préparations opiacées. La circonstance qui lui suggéra l'idée d'employer ce moyen est assez singulière pour que nous croyions devoir la rapporter ici.
Trois juifs furent plongés par plusieurs de leurs coréligionnaires dans un ëtatd'ivresse que l'on acheva de rendre complet en leur entonnant de l'eau-devie. Il en résulta, chez tous trois, une asphyxie caractérisée surtout par la perte du mouvement et du sentiment et par la lividité de la face. La température de leur corps n'était pas diminuée, mais le pouls n'était plus sensible. M. Wedekind fit pratiquer sur les trois corps des affusions avec de l'eau que l'on venait de tirer d'un puits, et bientôt des signes de vie se déclarèrent. Un vomitif, des applications aromatiques et vinaigrées sur la tête et sur le creux de l'estomac achevèrent de les rétablir.
Les affusions sur la tête ont été employées par quelques praticiens dans les maladies mentales, mais on a eu bien plus souvent recours aux douches, comme moyen plus actif de surpriseetde saisissement. Peut-êtré conviendraitil davantage d'employer les affusions lorsqu'il s'agit uniquement d'opérer sur le cerveau un effet sédatif, ce qui est le plus ordinaire, et d'avoir recours aux douches lorsque l'on veut tenter un ébranlement , une perturbation du système nerveux.
On possède aussi des exemples de péritonites puerpérales qui ont cédé aux affusions froides ; mais ce n'est guères que chez les Anglais que l'on a osé faire en pareil cas l'essai de ce moyen. A ce sujet , nous ferons cependant observer que , dans les péritonites, les malades sont portés à chercher tous les corps qui, soit à l'extérieur , soit à l'intérieur, peuvent leur faire éprouver la sensation du froid. Les topiques chauds, les boissons chaudes, leur sont le plus communément insupportables , et ils sont souvent immédiatement soulagés par l'emploi des boissons et des applications froides. Aussi , sous ce rapport, les affusions pourraient-elles devenir fort utiles si la simple applicatiou du froid n'était un moyen plus rationnel et d'un emploi plus facile , ainsi que le docteur Jagielski , de Posen , dit l'avoir heureusement expérimenté.
Hippocrate et les médecins grecs faisaient usage des affusions dans les douleurs articulaires et la goutte, comme on le voit par l'aphorisme suivant : Tumores autem in articulis et dolores absque ulcère , podagricos et co?ivulsiones horum plurima frigida multa affusa, et levât, et atténuât, etdolorem solvit. Tissot dit, en parlant des rhumatismes , qu'il n'a pas trouvé de remède plus puissant contre cette maladie. Des praticiens de notre époque ont aussi publié des observations de goutte et de rhumatisme guéris par ce moyen, sans que toutefois il soit souvent possible de dire comment, dans ce cas, les affusions ont agi, puisque chaudes ou froides elles ont eu le même résultat, la guérison.
On a beaucoup parlé dans ces derniers temps de scarlatines, de rougeoles, guéries par les affusions faites sur toute la surface du corps. Currie est un de l ceux qui ont le plus préconisé ce moyen dans les fièvres éruptives. Un mé-
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tlecin de Nassen, en Saxe, a publié, dans le quatrième volume du Zeitchrift fur Natur und Heiïkund , plusieurs faits sur lesquels il s'appuie pour en justifier l'emploi lorsque la chaleur de la peau est augmentée , que Téruption se fait difficilement , et qu'il y a menace de phlegmasie cérébrale.
On trouve aussi dans le quatrième volume du Journal de Hufeland , année 1825, plusieurs observations favorables à ce traitement. Mais, en France, les médecins se sont toujours montrés beaucoup plus réservés dans l'emploi des aflfusions contre les fièvres éruptives , et en cela peut-être ont-ils été plus sages; car, si ce moyen a pu quelquefois faciliter l'éruption qui caractérise ces maladies, et calmer ainsi les accidens qui la précèdent et l'accompagnent , nous ne pensons pas que ce soit une raison suffisante pour en autoriser l'emploi. Nous n'hésiterons point à recourir aux affusions froides , mais sur la tête seulement, dans les maladies éruptives qui se compliqueraient d'une phlegmasie du cerveau ou des méninges. Ce ne serait plus alors contre l'affection principale , mais contre les complications que seraient dirigées les affusions , et nous ne pourrions pas dire avoir guéri une scarlatine, une rougeole , etc. , etc. , par ce moyen. Quant à l'emploi des affusions comme propres à favoriser l'éruption, nous regardons au contraire ce remède comme rarement nécessaire , fort infidèle et très-dangereux, en ce qu'il peut sans nécessité exposer les malades à une répercussion funeste. Il serait infiniment plus convenable , lorsque l'éruption se fait difficilement , de recourir à des affusions chaudes, ou à des bains chauds, de peu de durée, dont on augmenterait graduellement la température , ou que l'on rendrait plus excitans par l'addition de quelque principe stimulant, tels que la farine de moutarde, les acides acétique, hydrochlorique, etc.
§ II. Du mode d'action des affusions. — Les auteurs qui ont traite' de l'emploi des affusions sont peu d'accord sur la manière dont ils expliquent leur mode d'action : les uns les considèrent comme propres à provoquer une réaction salutaire , d'autres comme un agent perturbateur du système nerveux , d'autres enfin comme l'un des contre-stimulans les plus énergiques. Aucune de ces opinions ne nous parait exacte. Nous croyons que les affusions froides peuvent en tout point être assimilées aux applications réfrigérantes ; que , comme elles , elles sont un moyen de sédation ou de re'percussion lorsqu'elles sont prolongées, et un moyen de stimulation si elles sont instantanées. Toute la différence consiste en ce que les affusions, étendant leur action sur une plus grande surface que les applications locales du froid , l'impression qu'elles déterminent est plus prononcée ; mais à part cette différence dans l'intensité du saisissement , à part l'effet moins sensible qui résulte de la circonstance de la percussion du liquide , l'identité est parfaite entre les deux moyens. Ce principe consacré , on ne peut guères, ce nous semble, se refuser d'admettre que les affusions n'agissent qu'en produisant ou une réaction consécutive ou une sédation directe.
Maintenant, est-il rationnel de prescrire les affusions froides dans le dessein de provoquer une réaction , c'est-à-dire , de produire une excitation générale ou locale i de tenter une-perturbation du système nerveux, de solliciter une éruption qui ne se fait qu'imparfaitement ou ne se fait pas , etc. , etc. ? A cet égard nous ne craignons pas de nous inscrire contre une semblable médication, et de dire qu'il est peu de médecins sages qui osassent employer un moyen aussi hasardeux. Il noiis semble , au contraire, que , dans l'emploi des affusions , l'on doit toujours chercher à éviter cette réaction consécutive; et pour cela, il suffit de prolonger plus qu'on ne fait communément la durée de l'opération. Ce précepte, généralement suivi pour les applications extérieures du froid, doit l'être aussi rigoureusement pour les affusions , l'un et l'autre moyen ayant une propriété commune qu'ils tiennent principalement de la température du liquide à laquelle ils doivent leurs effets thérapeutiques.
D'après cela , il est presque inutile d'ajouter que nous ne considérons les affusions froides que comme un moyen de sédation, et que dans toute pratique rationnelle l'on ne doit y avoir recours que dans ce seul but. Notre opinion à cet égard se déduit non-seulement des faits qui précèdent , c'est-à-dire de la nature même des maladies auxquelles on les a opposées avec le plus de succès , mais encore des règles qui ont été consacrées pour leur administration.
Nous avons vu , en effet , que les cas dans lesquels on a eu le plus souvent recours aux affusions sont aussi ceux où il y a évidemment exaltation de la sensibilité , exagération des forces vitales , en un mot tout ce qui caractérise une irritation ou une phlegmasie des centres nerveux principaux. Or, s'il est vrai que l'inflammation ait son siège dans les vaisseaux capillaires , vaisseaux sur lesquels le cœur n'a qu'une faible action et sur lesquels le système nerveux exerce au contraire la plus puissante influence, n'est-on pas fondé à penser que l'inflammation se développe constamment sous l'action du système nerveux , et que si l'on parvient à tuer la douleur , à assoupir l'irritation nerveuse qui constitue la première- condition, l'élément inséparable de toute phlegmasie naissante; si l'on parvient à détruire celte tendance de l'innervation à accumuler dans un organe tous les élémens de l'inflammation , celle-ci ne pourra s'établir. Telle du moins nous parait être la véritable théorie de l'inflammation , tel aussi nous semble devoir être le but de toute pratique rationnelle, dans l'emploi des agens médicamenteux désignés sous le titre général d'antiphlogistiques. Or , les affusions , comme toute application froide, employées au début des phlegmasies , sont tout-à-fait propres à remplir cette indication ; elles peuvent empêcher la perception de la douleur par le cerveau , conséquerament toute réaction de la part de cet organe, et arrêter ainsi dans son développement le travail morbide qui tend à produire l'inflammation.
L'expérience est entièrement d'accord avec cette théorie , ou plutôt cette dernière n'est que l'explication d'un fait qui se passe journellement sous nos yeux. Nul doute, en eftet, que les émissions sanguines n'opèrent des effets
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si promptement sédatifs qu'en diminuant l'excitation nerveuse, qui a pour agent principal le fluide sanguin , et que l'abord de celui-ci augmente nécessairement dans tout organe sur-irrité. Nul doute aussi que les bains, les cataplasmes, etc., n'amènent de semblables résultats que par un effet purement sédatif de l'excitabilité nerveuse des parties avec lesquelles ces moyens se trouvent en contact. J'ai plusieurs fois arrêté par des affusions froides pratiquées sur la tête, le phénomène de la douleur dans des névralgies, des brûlures et autres maladies douloureuses qui avaient leur siège dans des organes plus ou moins éloignés du centre sehsitif ; et peut-être enlèverait-on ainsi ces douleurs que des amputés continuent d'accuser dans un membre qu'ils n'ont plus. De même j'ai souvent calmé des symptômes d'irritation cérébrale dépendant d'une affection gastro-intestinale , par l'application du froid sur l'épigastre. Je suis persuadé que toute application locale du froid, comme tout moyen narcotique appliqué sur une partie douloureuse , n'exerce d'effet sédatif que par une action directe ou indirecte sur le cerveau ; en sorte qu'il me paraît à peu près indifférent d'employer les médications sédatives, réfrigérantes ou opiacées, soit sur le centre même de la sensibilité, soit sur une partie douloureuse quelconque , à moins que celle-ci ne soit dénudée et ne prête une surface absorbante au médicament narcotique. J'en appelle du reste à l'expérimentation des physiologistes et des praticiens sur cette loi de la sensibilité qui me parait de la plus haute importance, et digne de fixer leur attention.
Ce qui confirmera également notre opinion sur l'effet sédatif des affusions , c'est que tous les auteurs conseillent de choisir pour leur administration, soit le moment d'une exacerbation , soit le début des maladies inflammatoires , c'est-à-dire lorsque l'affection ne consiste encore que dans une irritation nerveuse. Plus tard, disent-ils, les affusions sont sans résultat heureux, ou même elles aggravent la maladie. Tous aussi s'accordent sur ce point essentiel , qu'après les affusions , les malades éprouvent un état de calme , de bien-être , à tel point qu'ils donnent tous le conseil de répéter l'affusion une deuxième, une troisième, une quatrième fois, et davantage encore si le calme n'est pas d'assez longue durée , c'est-à-dire s'il s'établit une réaction. Comment l'observation qui dicta des préceptes si sages n'a-t-elle pu éclairer sur la véritable manière d'agir des afi'usions? Comment a-t-on pu méconnaître que ce moyen guérissait par une propriété purement sédative ?
On peut encore trouver , dans les effets généraux produits par les affusions froides , une nouvelle preuve de leur action sédative. Que se passe-t-il , en effet , chez un individu soumis à l'action de ce moyen ?
lo. L'impression de l'eau froide sur la surface du corps détermine d'abord un saisissement général; la peau se resserre, se contracte; le sang est refoulé vers l'intérieur, d'où la décoloration de la peau. De ce refoulement du sang à l'intérieur résultent de l'embarras , de la gêne dans les fonctions des principaux viscères et en particulier du poumon; aussi la respiration devient-elle alors entrecoupée, incomplète, difficile, haletante ; en même temps l'action du cœur est troublée , ralentie; le pouls diminue de fréquence , de force, est parfois même insensible ; les sécrétions sont suspendues , et la température du corps baisse d'une manière notable.
2°. Après cette première période qui cesse du moment où l'on cesse l'affusion, le sentiment de malaise qu'avait fait éprouver l'impression du froid diminue peu à peu ; la respiration et la circulation reprennent leur régularité , et une douce chaleur commence à renaître.
S". Bientôt dans une dernière période marquée par le retour de la chaleur naturelle , de la respiration et de toutes les sécrétions , la peau est fraîche , se couvre d'une douce moiteur, le pouls reprend du développement, et reste toutefois moins fréquent, plus souple, plus régulier qu'il n'était avant l'affusion. Cet état de calme et de sédation peut n'être que passager, et c'est alors qu'il faut revenir à l'opération, jusqu'à ce que l'on soit parvenu à surmonter la force de réaction qui tend à s'établir après toute application instantanée du froid.
Dans la description que nous venons de faire des effets des affusions , nous avons supposé qu'elles étaient pratiquées sur toute la surface du corps; mais nous sommes loin de penser qu'on doive les employer ainsi d'une manière générale, car , dans beaucoup de cas, elles pourraient être remplacées avec avantage et d'une manière moins pénible pour les malades , par l'immersion plus ou moins prolongée d'une partie du corps dans un bain froid , ainsi que Giannini conseillait de le faire.
Dans les affusions bornées à une partie du corps , ces effets seront bien moins marqués , à moins que la partie exposée à leur action ne soit d'une sensibilité extrême comme l'abdomen ou le thorax; mais, nous le répétons, ce moyen est peu usité dans les affections abdominales; il serait peut-être dangereux dans les affections thoraciques ; c'est surtout dans les maladies de l'appareil cérébro-spinal que les affusions pratiquées sur la tête et le trajet de la moelle épinière ont été employées avec le plus d'avantage. Peut-être serait-il rationnel d'en tenter l'application dans les cas d'hydrophobie, eu prenant toutes les précautions possibles pour soustraire la vue du liquide aux yeux des malades.
§ III. Des préceptes généraux relatifs à l'administration des effusions. — Pour que les affusions aient tout le succès qu'il est permis d'en attendre, il est certaines dispositions pathologiques ou individuelles à noter dans leur emploi, et certaines règles à observer dans leur administration : la nature et l'époque de la maladie, la constitution, le sexe, l'âge , la susceptibilité du sujet, etc., sont autant de circonstances dont il importe de tenir compte, et qui ont la plus ' grande influence sur le résultat de ce moyen. Le degré de température , le diamètre de la colonne du liquide et surtout la durée de l'affusion établissent éga-