On reconnaît que la seconde liqueur B. contient
a. Du chlorure de potassium , lorsqu'elle forme , avec la dissolution de chlorure de platine , un précipité jaune de c/t/orti/'e £/o!i6/e, dont la quantité indique celle du chlorure de potassium ;
b. Du chlorure de sodium., lorsque la liqueur ne précipite pas par le chlorure de platine, ou ne forme qu'un précipité peu considérable par rapport à sa quantité Dans les deux cas, la liqueur concentrée donne naissance à de beaux cristaux lamelleux et orangés, qui sont un chlorure double do platine et de sodium.
12. Bromures et iodures. Ces sels , qui n'ont encore été trouvés qu'en petite quantité dans quelques eaux salées ou sulfureuses, peuvent se reconnaître aux caractères suivans :
L'eau ayant toujours été évaporée à siccité, le résidu traité par l'alcohol reetifié , et le produit du traitement alcoholique redissous dans l'eau ( 10), on y reconnaît la présence d'un iodure , en y ajoutant un peu de soluté d'amidon , et ensuite de l'eau saturée de chlore, qui doit faire prendre à la li(jueur une couleur bleue.
13. Pour reconnaître un biômure dans la liqueur, il faut, suivant le procédé donné par M. Serullas , l'évaporer à siccité, mêler le résidu avec partie égale de peroxide de manganèse , et chauffer le tout, avec un peu d'acide sulfurique, dans une petite cornue, munie d'un récipient contenant un peu d'eau. Le chlore, qui se dégage toujours dans ce cas, combiné au brôme, s'il en existe , vient se condenser dans le ballon bien refroidi. On verse ensuite dans le récipient à peu près autant d'éther qu'on y avait mis d'eau, et on agite. A l'instant l'éther se colore en rouge , dans le cas où la liqueur aurait contenu tlu brôme.
14. Nota. Ce moyen n'est exact qu'autant que l'eau minérale ne contient pas d'iode. Lorsque ce cas arrive , il faut d'abord précipiter la liqueur aqueuse , provenant de la dissolution du produit alcoholique, par du nitrate d'argent. Le précipité contient les chlorure , bi ômure et iodure d'argent. Ce précipité , bien lavé , est traité par l'ammoniaque caustique, qui dissout les deux premiers, et laisse l'iodure.
On ajoute à la liqueur ammoniacale du carbonate de potasse, et on la fait bouillir, non seulement pour dégager l'ammoniaque mais encore pour décomposer le chlorure et le brômure d'argent , et faire passer le chlore et le brôme dans la liqueur alcaline. La décomposition opérée , on sépare le carbonate d'argent insoluble; on neutralise la liqueur avec de l'acide hydrochlorique; on la fait évaporer à siccité, et alors on la traite par l'oxide de manganèse et l'acide sulfurique, commme l'a indiqué M. Serullas.
Quant aux bases qui se trouvent combinées au brôme ou à l'iode , il est fort difficile de les déterminer, par la raison que ces corps se trouvent toujours mélangés à des chlorures , et qu'il n'y a aucune raison pour attribuer une base plutôt qu'une autre, exclusivement au chlore , au brôme ou à 1 iode. On est donc réduit, le plus ordinairement , à exprimer ainsi le résultat : chlorure ou chlorures de telle et telle base , mélangés de brômure ou A'iodure.
15. Nitrates. Les nitrates sont très-rares dans les véritables eaux minérales, mais existent souvent dans les eaux des terrains supérieurs. Dans la méthode d'analyse que nous avons indiquée (10), ils suivent les chlorures ou les hydrochlorates; c'est-à-dire que les nitrates de chaux et de magnésie se trouvent avec les hydrochlorates de ces bases , et le nitrate de polasse avec les chlorures de sodium et de potassium ( surtout si le second traitement alcoholique a été fait avec de l'alcohol à 0,900 ( 26» B. ). On en reconnaît facilement la présence , en mélangeant un peu de ces sels desséchés avec de la tournure de cuivre dans une petite éprouvette de verre, et versant dessus de l'acide suU'urit|uc étendu de son poids d'eau. A l'instant, la partie supérieure de l'éprouvette rougit par le dégagement de i'ac'ie nilreux. Quant aux espèces, le nitrate dépotasse
EAUX MINERALES.
EAUX MIjNERALES.
s'obtient assez facilement par la cristallisation , séparé des chlorures , et se reconnaît à ses prisQies aiguillés et à la propriété de fuser sur les charbons ; mais ])0nr les nitrates teri eux , on ne peut les isoler des hydrochlorales, et on admet en général que les bases se trouvent partagées entre les deux acides.
IG. Sulf'ites. Toute eau non acide qui forme , avec le nitrate de baryte, un précipité blanc insoluble dans l'aciile nitrique , contient un ou plusieurs sulfates en dissolution. Comme tous ces sulfates sont insolubles dans ralcohol , il en résulte qu"en suivant le mode d'investigation précédemment exposé (1*)), ces sels restent dans le résidu non dissous. Alors , eu traitant et eu épuisant ce résidu par l'eau , on reconnaîtra :
a. Le suLJaie de cliaux , si la liqueur filtrée précipile par Toxalate d'ammoniaque ;
b. Le suljate de magnésie, si elle forme avec l'ammoniaque un précipité blanc insoluble dans la potasse caustique;
c. Le suljate d'alumine, si la lii[ULMir , préalablement acidifiée par l'acide hydrochlori(|ue , Ibrme, avec l'ammoniaque, un précipité blanc, soluble dans la potasse caustique;
d. Le snlfale d alumine et de potasse , ou Valun , si , indépendamment du sulfate d'alumine, l'essai qui suivra pour le sulfate de potasse , y fait découvrir la présence de ce sel ;
e. Le sulfite de fer ^ si l'ammoniaque y forme un précipité noir passant au rouge par rex|iosition à l'air {voyez d'ailleurs précédemment, 10).
J'.\ja su'faie de s'iude ^ si la liqueur concentrée, précipitée par un soluté saturé de sous carbonate d'ammoniaque, donne une liqueur qui laisse, par évaporation et calcinalioii , un sel susceplible de cristalliser en longs prismes eiHorescens.
g. he sulfate de potasse, quand le même sel calciné, remis en soluté concentré par l'eau , forme un précipité jaune par le chlorure de platine. Dans ce cas, et lorsque la solution aqueuse ( IG, f ) a également présenté du sulfate d'alumine, on en conclut que l'eau contenait de l'alun.
17. Carbonates. Ceux de ces sels , trouvés jusqu'ici dans les eaux minérales, sont les carbonates de soude, de chaux, de magnésie, de fer et de manganèse. Les quatre derniers ne peuvent être dissous qu'à l'aide d'un excès d'acide carbonique , et se précipitent toujours par lébuUition et l'évajioration de l'eau. On peut les séparer à ce moment, par le repos et la décantation. Si alors la liqueur décantée contient du carbonate de soude, elle jouira de la propriété de verdir fortement le sirop de violette, et la détermination des autres principes deviendra plus facile; car, ne pouvant plus contenir que des sels à bases de soude , et quelque peu de sel de potasse , sans aucun sel soluble de fer , de magnésie ou de chaux, le traitement alcoholique prescrit dans l'article 10 devient inutile, et il ne s'agit plus que de connaiire les proportions des sels sodiques, en déterminant celles des aciiles hydrochlorique , sulfurique et carbonique.
Quant aux carbonates insolubles précipités pendant l'évaporation de l'eau, on reconnaît d'abord leur qualité de carbonates par l'effervescence qu'ils produisent avec l'acide hydrochlorique ; ensuite on en distingue les espèces de la manière suivante :
La dissolution hydrochlorique est évaporée à siccité au baiii-marie , puis reprise par l'eau , et filtrée , alors :
a. Si l'eau minéiale contenait du carbonate de fer , le cyanure de fer et de potassium déternvinera dans la liqueur un |)réci|)ité blanc;
b. Si du carbonate de manî;anèse , la liqueur traitée par l'hydi osulfate d'ammoniaque donnera un juécipité <jui , lavé, calciné et fondu avec de la potasse pure, la colorera en vert;
c. Si du carbonate de chaux , la liqueur, précipitée trauord par l'Iiydrosulfafe d'ammoniaque, formera ensuite un précipité blanc par l'oxalate delà même base ;
d. Si du carbonate de magnésie . la liqueur précédente . précipitée par l'oxalate d'ammoniaque , et ne contenant plus que de l'hydrochlorate de magnésie, sera évaporée à siccité, et le résidu fortement calcini', pour mettre la magnésie il nu ; alors on la combinera à l'acide sulfurique, afin d en former un sulfate soluble et de caractères bien connus ( IG , i ).
e. Quelques eaux des terrains supérieurs contiennent du caibonate d'ammoniaque. On s'en assure en les distillant aux deux tiers dans une cornue munie d'un récipient. On ajoute à la liqueur distillée un excès d'acide hydrochlorique , et l'on évapore il siccilé , à la chaleur du bain-marie; il reste de l'hydrochlorate d'ammoniaque.
18. Borates. On n'a trouvé jusqu'ici que celui de soude, et seulement encore dans les eaux de quelques lacs du Thibet, entretenus par les sources salées qui les environnent. Les eaux qui contiennent ce sel , de u.ême que celles qui sont alcalisées par le carbonate de soude, ne peuvent guère tenir en dissolution que des sels à base de soude ou de potasse , et s'analysent de la même manière. Ou y reconnaît d'ailleurs la présence du borax, en versant dans l'eau, concentrée et filtrée, quehpies gouttes d'acide sulfurique qui en précipite l'acide borique sous forme de paillettes brillantes.
19. Hj dromlfutes ou sulfures dissous. Toute eau alcaline qui contient à la fois de l'acide hydrosulturique ('l) , doit être considérée comme contenant un hydrosutfale ; car cette eau contînt elle de l'acide carbonique libre, et malgré l'action décomposante exercée parce gaz sur les hydiosulfates , lorsqu'il traverse en grand excès une eau sulfureuse, dès que l'eau contient naturellement, et h la fois, de l'acide carbonique , de l'acide liydiosulfuri(|ue et une base alcaline , il n'y a aucune raison pour sup|)oser tout l'acide hydrosulfurique libre, et la base exclusivement combinée à l'acitte carbonique. Le même raisonne-
ment s'applique aux eaux qui , sans carbonate de soude , offrent à l'analyse de acide hydrosulfurique et des carbonates de chaux ou de magnésie. Il n'y a que les eaux sulfureuses privées de carbonates, qui puissent être considérées comme ne contenant que de l'acide hydrosulfurique hbre; ces eaux sont en très-petit non,bre, et sont en général très-peu sulfureuses. La plupart des auteurs distniguent une troisième sorte d'eaux sulfureuses qui sont celles contenant un sulfure hydrogéné ( hydrosulfale sulluré) mais ce composé est évidemment le résultat de l'altération éprouvée par l'hydiosulfate pendant le transport de I eau , ou dans le cours de l'analyse.
20. Fluates. Le fluate de chaux a été trouvé par M. Berzélius , dans l'eau de Carisbad, et il est probable que des recherches spéciales le feront reconnaître dans d'autres eaux analogues. On en découvre la présence en f.dsant évaporer l'eau à siccité, épuisant le résidu par l'eau, et traitant la partie insoluble par l'acide sulfurique, dans un petit vase de platine recouvert d'un verre de montre renversé. 11 pourrait très-bien arriver ce|)endant qu'une eau couiîut un fluate qui ne fut pas sensible par ce moyen, si le gaz fluorique trouvait dans le résidu assez de silice pour se suturer et annuler son action sur le verre. Dans ce cas il faudrait traiter le résidu par l'acide sulfarique , dans une petite cornue , et faire passer le gaz à travers un soluté de carbonate de soude. Il se dépose de la silice, et l'acide fluorique se combine à la soude. ( Annales de Chimie et de Physir/ue, t. 28, p. 214.)
21. Matières organiques. Il est peu d'eaux minérales qui ne contiennent des matières organiques sur lesquelles l'analyse n'apprend rien , si ce n'est qu'elles sont en général azotées , plus ou moins analogues à l'albumine animale, et prcci|iitables par le chlore et la noix de galle. Nous nous rangeons à l'opinion de M. Henry fils , qui pense que ces matières sont dues, le plus souvent, à des infusoires dont l'examen au microscope "devrait précéder l'analyse chimique de l'eau.
DEfXiÈME SECTION. — Détermination des quantités. • 5 I. Substances gazeuses ou volatiles.
22. Ocigène et Azote. On remplit eutioi ement d'eau un ballon d'un liire de capacité; on y adapte nu tube d'un petit diamètre, qiii se rend sous une cloche pleine de mercure, et l'on chauffe le ballon jusqu'à faire bouillir l'eau Lors qu'il ne se dégage plus de gaz sous la cloche, on arrête l'opération. De cette manière , la cloche peut contenir de Vo.rigène , de Vazote et de l'acide carlonique; plus , une partie de l'eau que la dilatation et l'ébullition y ont fait passer" Après avoir affleuré le mercure à l'inténeur et à l'extérieur de Ja cloclie on laisse cette eau pendant un jour ou deux en contact avec les gaz , afin qu'elle s'en sature autant que possible, et on en retranche le poids de celle qui a été soumise à l'expérience : c'est la différence seule qui est censée avoir fourni les gaz passés sous la cloche. A cet effet, on a dû prendre le poids exact de l'eau contenue dans le ballon si dans le tube, et l'on connaît celui de la cloche en marquant au dehors , avec des bandes de papier, le volume de l'eau qu'elle contient. Lorsque l'analyse des gaz est faite, on détermine le poids de ce volume et on le retranche du premier. '
Pour i)rocéder à I analyse des gaz, on commence par en éliminer l'acide carbonique , dont on détermine plus exactement la quantité par une autre opération. Pour la présente, on fait passer sous la cloche un morceau de potasse caustique qui se dissout dans l'eau , et absorbe l'acide carbonique après ua contact sullisant. Alors on affleure de nouveau le mercure ii l'intérieur et à l'extérieur de la cloche, on marque le volume du gaz , on note la hauteur du baromètre et le degré de température, et l'on fait passer une partie du gaz dansu» tube gradué , où on le met en contact avec un morceau de |il!osphoi e qui en absorbe l'oxigène. Ce qui reste est de l'azote, et le volume de gaz absorbé par le phosphore représente l'oxigène ; il suffit alors d'une proportion pour en ramener les quantités au volume total du gaz produit de l'opération , et de corriger ensuite les volumes d'après les formules connues pour les ramènera la pres.^ion de 0.76 cenlimètres , et à o de température.
Telle est la marche suivie pour déterminer les quantités d'oxigène et d'azole contenues dans nue eau minérale. Les embarras qu'elle cause et le temps qu'elle emploie ne sont pas compensés par les résultats : d'abord parce que, ainsi que je l'ai dit , les véritables eaux minérales ne peuvent contenir que des quantités minimes d'oxigène , et que celle de l'azote est toujours insignifiante par rapport à leurs propriétés médicales; ensuite parce que le procédé en luimême manque d'exactitude; l'oxigène disparaissant en grande partie, avant l'ébullition de l'eau, par la réaction des principes organiques ; et , d'un autrç côté, l'eau passée sous la cloche ne devant pas reprendre les gaz qui en ont été dégagés dans leur proportion primitive. IVous regardons tlonc 1 opération qui vient d'être décrite comme à peu près inutile.
23. Acide carbonique. L'opération se fait à peu près comme la prérédenic , mais offi e des résultats plus certains. On met dans un matras de verre de deux litres de capacité environ, un litre d'eau minérale; on y adapte un tube recourbé qui va se rendre sous une cloche pleine de mercure , au haut do laquelle on a fait passer une solution mixte d'ammoniaque et d'hydrocliloiate de baryte. On chauffe d'abord le matras de matière à entretenir un dégagement de gaz modéré , et enfin on fait bouillir et vaporiser l'eau presque entièrement ; car il n'y a aucun inconvénient dans ce cas à ce qu'elle passe sous la cloche, que l'on a d'ailleurs soin de rafraîchir convenablement. Après quelque temps que l'opération est terminée , on enlève la cloche dans une soucoupe pleine de mercure, et l'on reçoit le liquide et le iirécipité qu'elle contient dans une capsule qufe l'on place au-dessous ; il ne s'agit plus que de recueillir le préci|)ité sur un filtre,
EAUX MINÉRALES
EAUX MINERALES.
'de le laver et de le sécher exactement. Ce précipité est du carbonate de baryte dont 100 parties représenicnt 22,34 d-'acide carbonirpie , et l'on sait d'ailleurs que I gramme de cet acide occupe un volume de 0 litre 5065.
' 21. Carbonate d'tunmonia^fut;. L'opération que nous avons indiquée ( 17, e ) pour s'assurer de la présence de ce sel volatil , sert à la fois à en délerminer la quantité II suflil de peser l'hydrochlorate d ammoniaque obienu , et d'en multiplier le poids par 0,8794 pour le transformer en carbonate. Suivant ce que nous avons dit . ce sel n'exisie que dans quelques eaux des terrains supérieurs, et toujours en Irès-pciile quantité.
,25. /Icic/e hydrosul/hficjtie La distillalion ou l'action de la ponqie pneumatique sont des moyens Irop inexacts de (irlerininer la quantité de cet acide, pour que nous puissions conseiller de les mettre en usage; d'ailleurs , suivant iiotre opinion , la distinclion que l'on fait entre les quantités d'acide liydrosulfurique libre et combiné d'une même eau minérale, est h peu près arbitraire; enfin , les qualités particulières qui distniguent les eaux sulfureuses dépendant lie la (piunlité totale d acide liy drosulfiirique qu'elles contiennent , nous préférons en précipiter la totalité, en versant directement ilans une quantité donnée jd'eau un soluté de nitrate d'argent. Il se forme un précipité noir qui coulient, outre le sulfure, du cidorure et du sulfate d'argent. On lave le précipité, on f edissoul le chlorure et le sulfate par le moyen de l'animoiMaque, et on fait sé- . chérie sidfurc, dont 100 parties représentent 12,95 de soufre, ou 13,8)7 d'acide Iiydrosidfurique.
§ IL Substances salines contenues le plus habituel' cment dans les eaux
minérales.
A. L'eau contient du carbonate de soude.
5 26. D'après ce qui a été dit ( 17), l'analyse des eaux de celle classe est des ; plus faciles. Après avoir déterminé, par les moyens qui vieimeiit tl'ètre indi- Hjjues , les quantités d'acide carbonique, et même d'acide by drosulfurique jnu'elles peuvent contenir, on en fait évaporer complètement une quantité sufjfisanlc pour produire de 20 à 30 grammes de résidu bien desséché. On traite ce ■esidu par l'eau , qui le sépare en deux parties, l'une soluble, l'autre insoluble.
Sels solubles.
11 . Ces sels solubles ne peuvent être que du cidorure de sodium et <lcs suljalc ii cai bonaie de souda , auxquels se joignent quelquefois un peu de borate ou ie phosphate de soude et du chlorure de potassium. On les réduit de nouveau à siccité , et on les cbaufTe même au rouge dans un creuset de platine, pour en avoir le poids exact. Alors on les redissout dans l'eau, et l'on traite la lissolution de la manière suivante.
28. On y verse d'abord du nitrate de baryte , lequel y forme un précipité de parbonate et de sulfate de baryte. Ce précipité est bien lavé, séché au rouge ;t pesé. On le traite alors par l'acide niti i(|ue affaibli , qui dissout seulement le îarbonate; on lave le sulfate et on le fait de nouveau chaufi'er. Son poids sert I conn^iitre celui du sulfite de soude. Ce qu'il a perdu par l'acide nitrique appartient au carbonate de baryte, et donne le poids du carbonate de soude. 100 parties de sulfate de baryte contiennent 34,37 d'acide sulfurique, et indilljHent 61,17S de .sulfate de soude ; 100 parties de carbonate de baryte contienlent 22,34 d'acide carbonique, et indiquent 54,06 de carbonate de soude sec.
Nota. a. Lorsque l'eau minérale contient du phosphate de soude, le préei- )ité barytique contient lui-même du phosjihate de baryte qui se dissout dans 'acide nitrique avec le carbonate. On en reconnaît la présence lorsque la dissolution nitrique forme un précipité , étant neutralisée par l'ammoniaque causiqiie. (^e précipité est encore du phosphate de baryte . dont 100 parties contienleiU 31,80 d'acide phosphorique, et représentent 59, 66 de phosphate dr soude sec.
b. Quand, au lieu de phosphate, 1 eau contient du borate de soude, le derlier piécipité formé par l'aminoniaque est du borate de baryte, dont 100 paries contiennent 21,98 d'acide borique, et représentent 53,85 de borate de < oude sec.
^ c. Lorsque l'eau contient à la fois du borate et du phosphate de soude , ce nême précipité est formé des deux sels barytiques , que l'on sépare de la madère suivante, après en avoir déterminé le poids total. On les décompose tous leux en les faisant digérer, à une douce chaleur, dans l'acide sulfurique mis ;n excès ; on e'tend d'alcohol rectifié , qui enlève les acides sulfurique et phosphorique, et laisse l'acide borique mêlé au sulfate de baryte; on dissout l'acide (li îorique par l'eau bouillante , on le sature par un alcali, et on l'amène de noui"?eau à i'c tat (II! borate de baryte , dont le poids fait connaître celui du borate le soude. Le même poids , retranché du précipité composé , donne le poids du ihosphate de baryte.
29. Dans la liqueur qui a été précipitée par le nitrate de baryte (28), et à aquelle on a joint l'eau de lavage du précipité , on verse un excès de nitrate l'argent. Il se forme un précipité de chlorure d'argent , doni 100 parties, bien lesspchées, contiennent 24,625 de chlore , et représentent 40,88 de chlorure de ■ odium.
30. Il ne reste plus de sel, non encore déterminé, qu'un peu de chlorure de tolassium. Voici comment M. Berzélius parvient à en connaître la quantité.
On ajoute de l'acide hydrochlorique dans la liqueur qui a été précipitée sncipessivement par le nitrate de baryte et le nitrate d'argent. L'argent seul est préipipilé ; on évapore à siccité, et l'on l'ait redissoudre le sel dans l'eau ; on verse ians la nouvelle dissolution du carbonate d'ammoniaque , qui en précipite la jaaryte ; on y ajoute alors de l'hydrochlorate d'ammoniaque pour détruire tout jtcide nitrique , en chauffant et faisant rougir la masse. Il ne reste plus que des ihlorures. On redissout le sel sec dans l'eau , on y ajoute du cjilorure double
DiCT. DE MÉPECIEE ftT DE CuIHURGIE PRATIQUES,
de platine et de sodium ; on évapore à siccité , et l'on traite par de l'alcohol à 0,85 de densité. Le chlorure de platine et de potassium reste non dissous ; on le lave, on le sèche et on le pèse: 100 parties représentent 47,03 de chlorure de potassium.
Substances insolubles.
31. Ces substances peuvent contenir les différens carbonates insolubles mentionnés à l'article 17, en observant toutefois que celui de fer a été décomposé pendant l'évaporation , et converti en peroxide de fèr. Elles peuvent contenir de plus de la ii'/Zcfi et des quantités minimes àe. finales et de phosphates terreur, i^và w' kUxcnX. dissous qu'à la faveur de l'acide carboniques ; mais dont il est très difficile de fixer la proportion Quant aux autres substances , le traitement par l'acide hydrochlorique prescrit au même article î7, l'évaporation h siccité et la reprise par l'eau, laissent à nu la silice. On la lave, on la fait rougir et la pèse.
32. On ajoute à la dissolution hydrochlorique de I hydrosulfate d'ammoniaque , qui en précipite \c fer et le manganèse à l'état de sullure. Par une calciiiation prolongée, ces sulfures se ch.ingent en oxidcs que l'on dissout de nouveau tians l'aciile hydrochlorique, et que l'on sépare j>ar le siicciuate d ammoniaque ; le fer seul est j>récipilé; on le calcine pour le i-amener à l'état de peroxitle , et on le pèse. Son poids, multiplié par 1,46, donne le poids du souscaibonatedej'er qui existait dans l'eau minérale.
33 La liqueur précédente , d'où le fer a été |)récipilé par le snccinate d'ammoniaque, est précipitée à sou tour par le caibonaie de potasse. On obtient ainsi un carbonate de manganèse qui est lavé et fortement chauffé- Réduit alors à l'état d'oxide brun , le poids de cet oxide, multiplié par l,0(j3, donne le poids du proto- carbonate de mnn^aiièsi'.
34. La dissolution hydrochloii(pie , il où le fer et le manganèse avaient été séparés par I hydrosulfate d'ammoniaque, e.-.t évaporée à siccité pour la priver de l'excès du réactif ajouté. Le résidu est redissous par l'eau aiguisée d'une goutte d'acide hydrochlorique, et la liqueur qui doit être assez étendue, est traitée par l'oxalate d'ammoniaque qui en piécipite la chaux à l'étal d'oxalate. On transforme cet oxalale en sulfate , à l aide de la calcinatioii et d'une addition d'acide sulfurique dont la chaleur volatilise l'excédant. Le poids du sulfate, multiplié par 0,7368, donne le poids du carbon ile de chaux de l'eau minérale.
35. La liqueur précédente, après avoir été précipitée par l'oxalate d'ammoniaque, ne tient plus en dissolution que de la magnésie que I on précipite par le carbonate de soude ; on la calcine , après l'avoir lavée exactement. Le poids de cette terre, multi|dié par 2,065, donne le poids du carbonate de magnésie^
B. L'eau ne co'itieiit pas de carbonate de soude.
36. Cette eau doit toujours être soumise aux expériences propres à déterminer les quantités des acides carbouicpie et hydrosulfuiique , ensuite on en fait évaporer à îiccité une quantité déterminée , en se contentant, vers la fin, de la chaleur du bain-inarie. Il est presque inutile de peser le résidu, qui n'est jamais parfaitement sec ; il suffit qu'il y en ait de 20 à 30 grammes. Il est également inutile de le traiter |iar l'alcohol à différentes densités , comme on a dû le faire pour découvrir la nature de plusieurs sels qu'il contient (10) ; car ce moyen n'opère pas un départ exact de ces sels. On traite de suite ce résidu par de l'alcoliol à 0,8/5 de pesanteur spécifique, qui dissout, à l'aide de l'ébullition, tous les chlorures , hydrochlorates et nitrates , et laisse les sulfates , les carbonates et la silice.
37. Sels dissous par rulcohol. L'alcohol est évaporé à siccité , et le résida repris par l'eau. On partage la solution aqueuse en quatre parties égales , pour suffire aux e.xpéi ieiices suivantes ; il est évident que l'on quadruple les produits obtenus, afin d'avoir des résultats qui répondent à la totalité de la liqueur.
38. Si l'essai préliminaire ( 10, a) avait annoncé la présence do Vliydrochlarate d'ammcniacfue, on en déterminerait la quantité en chauH'ant une première portion delà liqueur (37) dans une cornue, avec un peu de potasse caustique ; à la cornue se trouve adapté un récipient contenant de l'eau aiguisée d'acide hydrochlorique. On évapore à siccité, dans une capsule et h la chaleur du bain marie , le produit contlensé dans le ballon. Ce produit est de Vh) di octiloriile d'ammoniaque en quantité égale à celle contenue dans la portion de liqueur analysée.
39. Le résidu reste dans la cornue , où une nouvelle quantité de liqueur (37) sert à déterminer la quantité de chlore ou d acide hjdrochlori(ji,e , par la précipitation avec le nitrate d'argent (29).
40. Pour Aèterramev V acide nitritjue , on fait bouillir une nouvelle quantiié de liqueur (37 ) avec du phosphate d'argent qui décompose tous les hytlrochlorates, et on (jîécipite l'acide à 1 état de chlorure d'argent. Les hydrochlorates de chaux et de magnésie disparaissent même en entier, parce que leurs bases sont en même temps précipitées par l'acide phosphorique. Il ne reste plus en dissolution que du phosphate de soude et tous les nitrates. On concentre la liqueur, et on la distille avec de l'acide sulfurique dans une petite cornue munie d'un récipient qui s'y joint à frottement ; on neutralise le produit distillé par la potasse , et l'on évapore à siccité. Le résidu est dvi nitrate de potasse , dont 100 parties contiennent 53,45 d'acide niiricjue sec.
41. Pour déterminer la chaux, on précipite une nouvelle quantité de liqueur (37), préalablement étendue d'eau, par l'oxalate d'ammoniaque. On convertit l'oxalate de chaux en sulfate , comme il a été dit (34). 100 parties de sulfate de chaux calciné contiennent 41,53 de chaux.
Si, ce qui est rare, la liqueur conlennil du Vliydrochlorate defer , on \e décomposerait d'abord par l'hydrosulfate d'ammoniaque (32). Le sulfure,
EAUX MINÉRALES
EAUX MINiRALES
chauffe au ronge pendant un temps suffisant, se convertit en peroxide dejer.
42. La liqueur, précipitée par Toxalate d'ammoniaque, est traitée par le carbonate de soude pour obtenir la mni^nésie . On la calcine et ou la pèse.
43. Il ne reste plus qu'à déterminer les quantités de soude et de potasse qui peuvent se trouver dans la liqueur du n" 37. A cet eflet on en prend la quatrième et dernière portion; on la concentre presque au point de cristallisation, et on la mêle avec un soluté saturé de carbonate d'ammoniaque. Il est utile que ce soluté contienne un léger excès d'ammoniaque , afin d'être certain de n'avoir ni bi ni iejf/«!-carbonate. Je me suis en effet assuré que , par ce moyen , on précipitait entièrement la chaux et la magnésie de leurs dissolutions. On jette le tout sur un filtre, et on lave le précipité avec la même solution de carbonate ammoniacal qui n'en dissout pas la moindre portion. Toute la liqueur filtrée est évaporée à siccité. On ajoute au résidu de l'iiydrochlorate d'ammoniaque , et l'on chauffe au rouge pour détruire l'acide nitrique. De même que dans l'essai n° 30 , il ne reste plus alors que des chlorures (Je sodium et de potassium. On en détermine le poids et on les sépare par le chlorure de platine et de sodium , comme il est dit au même endroit. 100 parties de chlorui e de sodium représentent 39,66 de sodium ou 53.29 de soude ; lUO parties de chlorure de potassium renferment 52,53 de potassium , répondant à 63,26 de potasse.
44. Toutes les données précédentes étant connues , voici comment on peut procéder à la composition des sels sohibles dans l'alcohol.
On suppose d'abord tout le sodium et tout le potassi um a 1 état de chlorures ; les quantités en sont fournies directement par l'expérience 43.
S'il y a de l'hydrochlorate d'ammoniaque , la quantité en est aussi fournie directement par le n" 38.
Si , d'après la composition connue de ces sels , la quantité totale d'acide hydrochlorique déterniniée par le n" 39 offre un excédant , on le combine à volonté, à la chaux ou à la magnésie, mais plutôt à la première, si elle existe. Enfin, si l'expérience (40) a démontré la présence de l'acide nitrique , on doit trouver un excédant de magnésie; et, si l'analyse a été bien faite, celte magnésie doit neutraliser exactement le dernier acide. Il est facile de voir qu'on pourrait admettre tout autre ordre de combinaisons, tel que du nitrate de potasse , etc.
45. Sels soluhles dans l'eau. Le résidu insoluble dans l'alcohol (36 ) est exactement séché et pesé. On le traite , en deux ou trois reprises, par une vingtaine de fois son poids d'eau froide, qui peut dissoudre tous les suijales mentionnés à l'art. 61 , mais dont les plus communs sont ceu.v de soucis et de magnésie , et une petite quantité de sulfate de chaux. Lorsque la liqueur offre ce liegré de simplicité , on précipite la chaux par une petite quantité d'oxalate il'ammoniaque, et l'oxalate de chaux, converti en sulfate, est réuni au résidu insoluble tlans l'eau (48). Ensuite ou précipite la magnésie par le carbonate d'ammoniaque, suivant le procédé indiqué n" 43, On la lave avec le même carbonate, et ou la calcine. Son poids , multiplié par 2,942 , donne celui du sulfate de magnésie. La liqueur d'où la magnésie a été précipitée, est évaporée a siccilé , et le résidu chauffé au rouge. C'est du sulj'aie de soude.
46. Lorsque la composition de la solution aqueuse précédente est plus compliquée , on procède comme l'ont fait MM. Deyeux et Barruel pour l'eau de Passy (voyez ce mot). Ou acidifie la liqueur |)ar un peu d'acide hydrochlorique , et l'on précipite Valurnine et Voxide du fer par l'ammoniaque. Le jirécipité, bien lavé et encore humide, est traité par la potasse caustique , qui redissout l'alumine. On lave et on calcine Voxide de fer. Son poids , multiplié par 1,922, donne le poids du prolo-sulj'ale anhydre qui existait dans l'eau minérale, ou, multiplié par 3,531, il donne le poids du même sel cristallisé. Quant II Valuiniiie , on la précipite par le muriate d ammoniaque mis en excès , on la lave et on la calcine. Son poids , multiplié par 3,3406 , donne le poids du sulfate d'alumine supposé sec ; multiplié par 5,039, on trouve le poids du sulfate d alumine et de potasse anhydre ; enfin, multiplié par 9,24, il en résulte le
poids Au uième sel cristallisé.
Après avoir ainsi séparé de la solution aqueuse l'alumine et l'oxide de fer, on l'évaporé 'a siccité et l'on chauffe au rouge pour chasser l'hydroclilorale d'ammoniaque ; on redissout les sels dans l'eau , et l'on procède comme au no 45.
47. Lorsque la solution aqueuse contient de l'alun, le sulfate de soude trouvé par le n" 45 confient du sulfate de potasse. Ou le reconnaît facileiuent par la différence de solubilité et de crislalli.sation des deux sels, et par la manière dont ils se comportent à l'air. L'efflorcscence même du sel cristallisé est un moyen sufîisamment exact pour les séparer.
48. Résidu insoluble dans l'eau. Ce résidu ne diffère de celui qui provient des eaux minérales alcalines (31) que par la présence habituelle du sulfate de chaux. On le traite toujours par l'acide hydrochlorique , et on i'évapore à siccité à la chaleur du bain marie. On traite le produit |)ar l'alcohol rectifié qui dissout tous les hydrochlorates formés , et laisse le sulfate de chaux et la silice. On pèse ce résidu fortement chauffé , et on le fait bouillir dans une grande quantité d'eau faiblement acidulée. La silice reste iudissoute; on la fait rougir et on la pèse. La perte de poids qu'elle a éprouvée appartient au sulfate de chaux et en fait connaître la quantité.
Quant aux hydrochlorates dissous par l'alcohol , on les ramène à siccité , et on les fait dissoudre dans l'eau. Alors on détermine les quantités de chaux, de magncsie , de fr et de manganèse , par les moyens indiqués sous les numéros 31, 32, 33, 34 et 35.
Nous bornerons ici ce petit traité analytique; tel qu'il est , il nous a paru pouvoir s'appliquer à la presque généralité des eau.x. minérales , et il donne les
moyens de reconnaître la nature, sinon la quantité, de quelques principes trouvés en proportion minime dans urt petit nombre d'entre elles. Nous n'avons d'ailleurs jamais pensé qu'il pût dispenser de recourir aux préceptes et aux exemples donnés par les Vauquelin , les Thénard , les Berzélius , etc. C'est à leurs mémoires et à leurs ouvrages que nous renvoyons les praticiens jaloux d'atteindre, dans l'analyse des eaux minérales, le degré de perfection que ces chimistes ont su lui donner. (Guieobrt.)
EAUX MINÉRALES , aquœ minérales (thérapeutique), hes eaux minérales ont été assez long-temps considérées à travers le prisme de la prévention, et entourées d'un merveilleux qui a toujours réussi dans les temps d'ignorance. Maintenant il convient de les envisager sous un point de vue qui soit en rapport avec l'état actuel de nos connaissances , et de les apprécier 'a leur juste valeur. Pour cela nous allons d'abord examiner ce que sont les eaux minérales, ce qu'en ont dit les auteurs, et, tâchant de dégager le vrai du faux , quels secours on en peut attendre , et quel degré de confiance on leur doit accorder.
Des eaux après avoir traversé divers gisemens , après avoir dissous différentes substances minérales salines ou autres, après s'être échauffées en passant près de foyers souterrains , et s'être chargées de gaz, quelquefois même de matières végélo-animales , viennent sortir à la surface du sol. La singularité de leur aspect , de leur température , de leur odeur et de leur saveur, fixent l'attention de ceux que le hasard conduit sur leurs bords ; quel([ues effets médicinaux se manifestent chez ceux qui osent tenter l'expérience. Ici un malade affecté de rhumatisme, de névralgie ou de phlegmasie chronique de la peau , se plonge dans un bain chaud et stimulant offert par la nature , et guérit tn employant un remède qu'il aurait pu mettre en usage chez lui , s'il eu avait connu l'efficacité. Là une purgation heureusement provoquée, par une eau saline, dans quelque maladie des organes digestifs ; une action chimique salutaire exercée sur la sécrétion urinaire chez un sujet affecté de calcul, produisirent l'étonnement , la reconnaissance et l'enthousiasme. La superstition vint après, suivie du charlatanisme qu'elle fait naitre , et que l'ignorance nourrit.
Dès lors les eaux minérales deviennent des propriétés et des exploitations ; alors on raconta , on grossit les guérisons qu'elles avaient produites ; les malades afflaèrent vers celles qui avaient le plus de réputation ; des villes s'élevèrent dans les lieux où chaque année revenait un peuple de voyageurs cherchant la santé , et des etablissemens se formèrent dans lesquels on s'efforça ds procurer aux baigneurs tous les agrémens et toutes les commodités qu'ils pouvaient souhaiter. Car, dès le commencement les propriétaires de ces sources avaient vu qu'elles n'étaient pas aussi merveilleuses qu'ils avaient intérêt à le faire croire , et que les moyens accessoires n'étaient pas à négliger.
En remontant vers l'antiquité, nous voyons que les eaux minérales étaient regardées comme un présent des cieux ; aussi étaient-elles placées sous la protection de quelque divinité, dont les prêtres , plus ou moins éclairés, pratiquaient sur les malades des métiications diverses. Plus tard les couvens et le* saints remplacèrent les temples et les dieux du paganisme, et les malades y perdirent : car les derniers venus étaient plus ignorans peut-être , et n'étaient pas moins avides. Dans les temps modernes, des médecins plus ou moins distingués ont été successivement à la tète des établissemens d'eaux minérales , et en ont dirigé l'administration qui , dans les premiers temps , était abandonnée à l'instinct des malades , ou pour parler plus exactement, à un aveugle hasard qui faisait souvent des victimes, et presque toujours des dupes.
Le nombre des sources minérales est immense; on en connaît plus de quatorze cents, sans compter celles qui n'ont pas encore appelé l'attentioii des médecins; et il n'est peut-être pas une seule portion du monde connu qui n'en présente plusieurs. Mais combien celte richesse apparente est trompeuse! Quand on examine toutes ces eaux , on y retrouve les mêmes principes à peu près, avec quelque différence seulement dans les proportions : aussi les auteurs de matière méciicale les ont-ils réduites à quatre classes , les sulfureuses , les acidulés, les ferrugineuses et les salines , auxquelles on a depuis ajouté une cinquième peu nombreuse qui renferme les eaux iodurées ; et l'on ne connaît pas encore de source qui ne puisse être rangée dans l'une ou dans l'autre de ces quatre grantles divisions.
Les premiers observateurs qui examinèrent de bonne foi et avec les lumières nécessaires les eaux minérales et les effets qu'elles produisaient sur l'horame malade, envisagèrent les choses sous le véritable point de vue, et s'en firent l'opinion qu'on en doit avoir; c'est-à-dire que les eaux minérales sont des composés médicamenteux offerts par la nature , et dont on peut tirer parti dans le traitement des diverses maladies qui affectent le corps humain. Ils comprirent bien aussi toute l'influence que pouvaient exercer les circonstances accessoires, et, rapportant avec exactitude chaque effet aux causes qui l'avaient deteiminé, ils ne virent aucun fait surnaturel ou merveilleux.
Malheureusement la classe d'observateurs dont nous venons de parler n'a jamais été et ne sera jamais , peut-être , la plus nombreuse. Au contraire , les hommes disposés à quitter la voie de l'observation rigoureuse, et ceux qui sont intéressés à faire croire au public des absurdités , se rencontrent à chaque pas. Aussi rien n'cst-il plus bizarre que le résumé des opinions hasardées ou fausses qu'on a répandues sur les eaux minérales , et qui sont adoptées généralement comme les choses les mieux démontrées, sans qu'on veuille se donner la peine de les vérifier. Tant il est vrai que les hommes en général aiment mieux croire aveuglément que d'examiner et de juger par eux-mêmes.
Il semblerait au premier abord bien difficile qu'il s'établit des idées fausses sur des choses que l'expérience la plus simple peut constater à chaque instant. Rien cependant n'est plus vrai. Bien plus , telle est la puissance des préjuges , que les démonstrations les plus exactes des savans ne peuvent la balancer. Eu
EAUX MINÉRALES
EAUX MINERALES.
min les contradictions les plus choquantes , rabsurditc la plus confirnaée se iprésenteut dans les théories ; elles n'en sont pas nnoins admises avec une inébranlable confiance.
Prenons un exemple saillant, la température des eaux minérales , et nous trouverons vingt opinions, non seulement en opposition avec ce qu'apprenjnent les expériences exactes, mais encore contradictoirrs entre elles. Ainsi, d'une part, nous lisons que telle source a été découverte parce qu'un animal, y étant tombé , et se sentant brûlé , aura , par ses cris , attiré l'altention de jceux qui se trouvaient dans le voisinage; on nous apprend que les œufs cuisent |promptement dans ces eaux , que les bouchers s'en servent pour échaiuler les 'viandes, qu'on les emploie pour toutes sortes d'usages domestiques : d'un autre Icôté, on prétend nous faire croire que les eaux thei males, à égalité de température, brûlent mi-ins que l'eau qu'on a échautrée au feu, qu'on |)eut les avaler et s'y baigner sans produire de brûlure ; qu'enfin , les fleurs qu'on y plonge (reprennent leur fraîcheur , tandis qu'elles cuisent dans l'eau chaude de nos smaisons. Remarquons ici que ces bizarres idées sont presque toutes nées d'un jintérêt. Pour faire des eaux minérales un monopole, il fallait bien empêcher de jcroire qu'on pouvait les imiter facilement : alors on a prétendu que le caloriqne, les gaz et les sels qui s'y trouvent, y sont dans un état de combinaison ;plus intime que dans les eaux artificielles; que les eaux naturelles se refroijdissent moins promptement que l'eau échautrée k nos foyers ; fait long-temps admis, de confiance, même parmi les savans , et que des expériences plus soignées ont relégué au rang des fables , depuis qu'on a reconnu que les lois de la nature sont uniformes et invariables.
C'est cependant d'après ces données toutes inexactes, et d'après la persuasion que les eaux minérales jouissaient d'une sorte de vie jiarliculière, qu'avaient dans leur composition et leur manière d'agir quelque chose de surnaturel , de divin même (car on n'a pas craint de le réimprimer récemment) , qu'on a introduit dans la matière médicale ces agens énergiques il est vrai, mais dont les bons effets sont loin de leur appartenir toujours exclusivement. Ajoutons à cela que les auteurs qui ont écrit sur les eaux minérales, sont, pour la plupart, récusables, comme personnellement intéressés dans la question, par les avantages qu'ils en retirent , ou , tout au moins , par l'amour-propre ; deux causes d'erreur presque également puissantes.
Ceux au contraire qui , placés bien en dehors de la question, ont pu l'esaiininer avec calme et indépendance, se sont presque tous accordés dans le ijugement qu'ils en ont porté, et dont nous allons donner les principes.
On a vu , en ell'et, quepresque toutes les eaux minérales, quelles que soient leur composition chimique ou leur température, ont été conseillées et vantées également contre toutes les maladies ; que c'est , en général contre les aff'ections chroniques qu'elles sont recommandées, alors qu'on a épuisé sur le patient toutes les méthodes connues de traitement, et que, suivant l'expression de Slalh , le médecin est réduit à chercher l'excuse de sou ignorance ; que leur usage est toujours précédée ou accompagnée de médications diverses , évacuantes, purgatives, etc.; que souvent on modifie les eaux , et qu'on en fait tout autre chose que le produit olFert par la nature, et auquel on accordait confiance , soit en les coupant, quand les malades les supportent mal, soit en les laissant abandonner parle repos une partie des substances qu'elles tiennent en dissolution, soit enfin en faisant refroidir celles qui sont chaudes et chauffer celles qui sont froides. On a été conduit alors à reconnaître que l'administration des eaux minérales , ainsi dirigée , rentrait dans les règles générales de la thérapeutique , et que , par conséquent, ces eaux ne pouvaient pas constituer un ordre de remède à part, ayant sur l'économie animale des effets spéciaux , et impossibles à expliquer d'après les lois connues de la physiologie.
Sans doute , les eaux minérales jouissent de propriétés tort actives ; les sels et les substances métalliques qu'elles tiennent en dissolution ou en suspension , les gaz qui s'en dégagent, le calorique ilont la présence y est incontestable , sont des agens d'une grande énergie , et qui nianifeslent leur puissance par des leffets non équivoques, lesquels même ne tournent pas toujours au profit des malades. Mais les résultats obtenus , en les admettant même comme bien établis , appartiennent-ils plus aux qualités intriiisèt[ues des eaux minérales qu au mode d'administration plus ou moins heureux employé par tel ou tel médecin, et qu'aux circonstances accessoires dont la part n'a pas été faite d'une manière équitable parles partisans crédules des eaux minérales et de leur rfi'p'i'/iu/// qiiid? Faisons entrer en ligne de compte le voyage, c'est-à-dire, l'exercice et la distraction qui en sont la suite , le changement d'air , de régime et d'habitudes; l'usage de boissons abondantes et pourvues de propriétés purgatives , ou qui agissent seulement comme diurétiques ou sudorifiques par leur température et jleur quantité ; des bains multipliés , prolongés , à une haute température , ou. froids, et dans une eau contenant des sels , du soufre, du fer, etc. Ajoutons à {cela que l'usage des eaux est toujours précédé ou accompagné de saignées , de ipurgatifs , d'émétiques , de narcotiques, etc. , d'un régime lacté , animal, ou !|autre , suivant les indications ; en un mot, de toutes les médications auxquelles ^on peut avoir recours en tout lieu comme en toute occasion; qu'enfin (et cette Idernière circonstance n'est pas peut-être la moins import.inte aux yeux des ÎTéritables observateurs), les malades qui arrivent aux eaux ont été , pendant ^la durée du voyage au moins , et en général pendant les premiers jours de leur ^arrivée , soustraits aux médications intempestives ou exagérées auxquelles ils «étaient soumis par leur médecin ordinaire.
A l'époque où les eaux minérales jouissaient d'une grande faveur, et où l'on, 'admettait sans examen tout ce qui se disait et s'imprimait sur leurs merveilleuses propriétés, on semblait ne pas remarquer que presque toutes les eaux médicamenteuses sont situées dans des pays de montagnes; d où résulte pour les
malades qui s'y rendent, toujours dans les plus beaux mois de l'année , un spectacle nouveau pour la plupart d'entre eux. On sait, en effet, que la saison c'est-à-dire le temps pendant lequel on prend les eaux , est pour toutes le même savoir, du mois de mai au mois d'octobre. Plus tôt ou plus tard la neige et le froid attristent la nature; mais alors une végétation active, une douce température , des sites enchanteurs , excitent à faire de longues promenades à pied , achevai ou en voiture ; pendant ce temps , les malades respirent un air vif et pur, qui à lui seul serait un puissant moyen de guérison. Ces promenades se font la plupart du temps le malin de bonne heure et à jeun; elles ont souvent pour but la source dont on doit boire les eaux ; et, indépendamment des propriétés médicinales que possèdent les sources , n'est-ce pas déjà quelque chose que de faire lever de bonne heure , et prendre de l'exercice en plein air, des gens accoutumés à dormir presque jusqu'au milieu du jour, et à ne sortir qu'enfermés dans des voitures? Car, c'est la classe des personnes qui préconise le plus les eaux minérales et qui en éprouve le plus de bien. Qu'on ajoute à cela les réunions , les fêtes , les bals et autres moyens d'amusement que les propriétaires de ces établisseuiens s'empressent d'y accumuler, pour attirer chez eux la bonne ou plutôt la riche compagnie, et que I on dise s'il est bien prouvé que les eaux , qu'on n'emploie souvent qu'après les avoir dénaturées , sont pour beaucoup dans les elfets obtenus.
On ne peut ilonc pas se refuser à reconnaître que, si l'on analyse l'ensemble des moyens tant hygiéniques que médicamenteux qui sont réunis dans l'usage des eaux minérales , on n'y trouve, au lieu de merveilles inexplicables, que des faits éléujentaires simples et bien connus, que des médications diverses, que l'on peut groupper soit de la même manière , soit d'une manière différente, non seulement avec autant davantage, mais encore avec d'autantplus desuccès que , au lieu de se laisser entraîner par une aveugle routine, on se dirigerait d'après une observation plus éclairée et plus rationnelle.
On ne voit rien île semblable dans la pratique actuelle de ceux qui préconisent les eaux minérales , et l'on ne sait qui l'on doit plus accuser de l'ignorance ou de la prévention. Quelles sont, en effet, les maladies contre lesquelles les eaux sont recommandées? JNe sont-ce pas ces atfections chroniques et rebelles qui lont le désespoir du médecin ordinaire , lequel , suivant l'expression qui lui échappe quelquefois dans un moment de franchise indiscrète , se débarrasse du malade en l'envoyant aux eaux. Ce qui veut dire en traduisant son idée mot à mot, qu'il l'y envoie sans croire le moins du monde qu'il puisse y trouver la guérison. C'est , en effet , ce qui arrive le plus souvent ; car les malades reviennent dans un état aussi fâcheux et même plus grave que celui où ils étaient au départ, toutes les fois que leur affection est de celles dont les progrès non interrompus mènent ceux qui en sont atteints au tombeau. Voici , pour exemple, la liste des maladies contre lesquelles les eaux de Barèges sont recommandées ; on pourrait la croire faite à plaisir et ilans un esprit de malveillance et de dénigrement. Aussi nous empressons-nous de dire qu'elle est fidèlement extraite des écrits d'un des plus ardens apôtres des eaux minérales , M. Alibert. Il fa>it noter que les eaux minérales de Bourbonne, de Bagnères , etc., ne sont pas moins efficaces, si l'on en croit le même auteur, et l'on n'aurait que l'embarras du choix. Les eaux de Barèges sont donc conseillées contre les maladies vénériennes , les affections catarrhales chroniques , l'asthme humide, les maladies laiteuses, les congestions lymphatiques, les scrophules , les suppressions menstruelles , les engorgemens du vagin et de l'utérus , les diarrhées séreuses , l'ictère, les engorgemens des viscères abdominaux, les rétractions des muscles, des tendons , des ligaraens ; enfin , pour qu'il ne manque rien à leurs propriétés merveilleuses , elles cicatrisent les anciens ulcères et les plaies d'armes à feu. Le même auteur , dit , dans un autre passage , que les eaux minérales conviennent dans les embarras hémorrhoi'daires , la gêne du sang dans le système de la veine porte , la paresse du foie , etc. Peut-on voir quelque chose de plus vague et de plus incohérent, pour ne rien dire de plus? Et le lecteur nous saurait-il gré d'attaquer, une à une, chacune de ces assertions pour en démontrer le néant? nous ne saurions le penser.
Eh bien ! cependant ouvrez les livres publiés par les médecins des eaux minérales, livres nombreux , bien plus qu'utiles à la science : et vous y trouverez à peu de chose près, l'énumération des mêmes maladies; savoir, de celles qui sont de leur nature longues et rebelles, et contre lesquelles le voyage, le régime, l'exercice, les bains multipliés, et l'ingestion d'une grande quantité d'eau , plus ou moins pourvue de principes médicamenteux , peuvent être salutaires en effet , soit comme moyens palliatifs , soit comme curatifs , surtout lorsqu'ils se trouvent secondés par des évacuations sanguines , des purgations , des excitations diverses de la peau , des membranes muqueuses , du système nerveux, etc.
Il est surtout une classe de maladies contre lesquelles les eaux minérales sont préconisées et contre lesquelles , en effet , elles peuvent agir efficacement , moins peut-être par les qualités intrinsèques dont elles sont pourvues, que par les circonstances accessoires qui en accompagnent l'emploi. Ce sont les affections nerveuses, les aliénations mentales, contre lesquelles les voyages sont également recommandés et véritablement salutaires.
D'ailleurs, outre la composition chimique des eaux , le voyage , la distraction et les autres conditions qui se trouvent dans leur usage , il faut tenir compte encore , dans le succès qu'on obtient , de la manière dont on administre les eaux, soit en boisson, soit en bains, soit des deux manières à la fois. En effet, dans le premier cas , on en ingère chaque jour une quantité assez considérable ; dans le second , la multiplicité des bains et leur durée sont telles qu'on a peine à s'en faire une idée. 'Voici , pour donner un exemple saillant , comment on administre les eaux de Loèche, eaux sulfureuses qui ont une température de trente-
EAUX MINÉRALES
EAUX MINÉRALES
six à quarante degrés. Le maladie qui arrive aux bains reçoit une robe de flanelle dont il doit se couvrir le corps, avec une péleiine de la même ctofTe pour g;arantirles épaules du froiil. On débiile par une heure de bain , le premier jour, le second |)ar deux heures, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on soit ai-rivé à huit heures de bain par jour, dont quatre le matin et quatre le soir. La seconde semaine de la cure se nomme limite baignée , et chaque jour six à huit heures de bain sont de rigueur. Vient enfin la semaine de dèbaignèc ^ pendant laquelle on diminue graduellement la durée du bain Le phénomène qu'on nomme \è,pous- .se'e, et qui consiste dans un mouvement fliixionnaire plusou moins marqué vers la peau , se manifeste ordinairement vers la fin de la seconde semaine. La cure est donc de trois semaines; et I on renouvelle les cui'es quand la première n'a pas été décisive.
Dégageons la vérité du milieu de cet appareil bizarre de pratiques; que reste-t-il ? Trois semaines de bains dans une eau chaude et sulfureuse, donnant en totalité cent trente-six heures de séjour dans l'eau, sur cinq cent quatre heures, c'est-à-dire une moyenne de six heures sur vingt-quatre. Et l'on renouvelle la cure quand besoin est !
Quelle est l'eau qui ne produirait par sur l'économie des effets sensibles, soit en bien, soit en mal , si elle était employée de la même façon. Quel est le malade qui, excepté aux eaux, consentirait à se baigner six heures par jour pendant trois .semaines ? Quel est surtout celui qui, après s'être soumis sans succès à une première cure, consentirait à entreprerulre une seconde, et surtout une troisi'cme épreuve?
Qu'est ce doue lorsque, suivant l'usage adopté aux eaux, le malade en use à la fois en boissons, en bains, en douches, etc.; qu'il est saigné , purgé; qu'il prend de l'opium et d'autres médicamcns? Et n'cst-il pas superflu de vouloir créer une llicorie à part, pour des faits qui ne diflcrent en rien de ceux qui se passent chaque jour sous nos yeux , sans exciter de notre part la moindre sur- ]>rise ? Il n'est peut être pas indifférent de faire lemarcpier l'espèce de uRlliode cabalistique qui piésidait à l'administration des eaux. Le nombre trois y jouait un grand rôle. En effet, on commençait par faire prendre les eaux en boisson jii'udant neuf jours ; durant neuf autres jours , on en usait à la fois en bains et en boissons ; enfin , pendant neuf derniers jours , on faisait marcher simultanément les bains, les douches et les boissons. Apiès un repos de huit à quinze jours , on faisait faire une nouvelle saison ; car c'est par ce nom qu'on désignait les trois périodes ternaires de l'emploi des eaux. D'ailleui-s, on les administrait par verres de six onces , depuis une pinte par jour jusqu'à huit pintes. C'était la marche suivie dans la plupart des établissemens d'eaux minérales, ainsi qu'on peut le constater en consultant les ouvrages spéciaux. L'esj)rit du siècle a un peu modifié ce qu elle avait de trop suranné.
On reconnaîtra sans peine , pour peu qu'on apporte de lumières et surtout de bonne foi dans l'examen de la question, que le point principal pour le succès des eaux minérales , c'est qu'il faille les aller chercher au loin. Voilà pourquoi les eaux minérales de Passy et d'Enghien ne seront jamais bonnes aux habitans de Paris , et fei onl merveilles à ceux qui viendront de Londres , de Vienne et de Saint-Pétertbourg |)0ur en faire usage. C'est le voyage et la distraction qui manquent aux eaux minérales artificielles, bien plus que quelques atomes de sel ou quelques pouces cubes d'acide carbonique. Veut-on un exemple? le voici. C'est M. Alibert qui parle, et nous citons textuellement, de peur qu'on nous accuse de malveillance envers les eaux minérales. « Je me souviens, dit-il, d'un }iy/joconc/rifUjne , bibliothécaire de sa profession , très-morose , à face plombée , qui parvint à se gut rir de ses maux d'entrailles , en allant tous les matinsà pied, h la source, boire deux ou trois verres de cette eau salut. lire (eau de J'assy ). Cet exercice dura un mois , il m'a souvent dit depuis que rien ne lui avait été plus salutaire. >•■ Quel effet merveilleux ! Courez donc à la source, vous tous hypocondriaques, bibliothécaires ou autres, qui êtes tourmentés de maux d'entrailles; ou plulôt a|)prenez que vos souffrances tiennent h la vie sédentaire que vous menez, et à la constipation qu'elle entraîne. Prenez de l'exercice à pied, tous les jours, buvez de l'eau ou des boissons aqueuses, et vous guérirez aussi bien qu'aux eaux de Passy, et surtout d une manière plus économique. Vous aurez de plus l'avantage de savoir le moyen de conserver la santé que vous aurez recouvrée. Que si vous, ou votre médecin peut-être, pensez que ce ne sont pas l'exercice et l'eau seuls qui ont guéri l'hypocondriaque de M. Alil>ert , apprenez que les eaux de Passy ne sont que de l'eau claire, ou à peu près, quand on les boit; car on les laisse déposer tout ce qu'elles contiennent d'actif. Et, en elÇet, ces eaux seraient tiès-énergiques , trop énergiques peut-être, si on les employait telles qu'elles sortent de la source , car elles renferment une proportion si considérable de proto-sulfates et de carbonates de fer, de chaux et île magnésie , d'liy<lro-chlorate de soude , de suifate d'alumine et de gaz acide carbonique , qu'elles ne seraient pas potables.
Le temps est venu où toute vérité doit être proclamée, et où les médecins , loin de caresser les erreurs du public pour les exjiloiter ( car les erreurs sont généralement lucratives), doit l'éclairer sans cesse, et lutter contie les préjugés, sous peine de se ravaler au niveau des charlatans. Ainsi un médecin honorable utilisera les eaux minérales qui seront à sa disposition, sans imposera ses malades des déplacemens onéreux ou gêiians. 11 leur dira la véi ité et la leur fera comprendre; persuadé que celui-là est bien près de tromper les malades à son profit , qui se croit trop facilement autorisé à les abuser dans leur intérêt.
La manière dont on emploie les eaux minérales est la même à peu près pour toutes, quelles que soient leur composition chimique et leur tempcruture. qu'on leur conserve d'ailleurs très-rarement; puisque, comme nous l'avons déjà fait remarquer, on coupe celles qui sont trop chargées de principes actifs, ou addi-
tionne celles qui en contiennent moins ; puisque l'on fait refroidir celles qui sont chaudes et cliauffcr celles qui sont froides. On voit par là que tel malade a pu aller aux eaux et en revenir sans les avoir réellement prises ; car, ce ne sont plus les eaux qu'on prend lorsqu'on leur fait subir quel<|ues-unes de ces altérations, qui sont extrêmement fréquentes. Les malades, s'ils raisonnaient, auraient donc à faire ce dilemme : les eaux que l'on m'a conseillées conviennent à mon état, ou non : dans le premier cas, pourquoi ne pas me les administrer telles que la nature les présente? Dans le second, pourquoi m'y avoir envoyé? Mais les malades ne raisonnent pas. L'expérience même ne leur profile guère : car tel homme riche qu'on envoyé aux eaux tous les ans , et qui en change chaque année, aurait dù remarquer cette identité dans le niode d'administration ; il aiirail du voir qu'à Vichy, comme à Barèges , comme à Spa, comme à Carlsbad , les malades en arrivant sont soumis au repos pendant quelques jours, puis examijiés par le médecin des eaux, qui, lorsqu'il est homme de talent, les pré/jure par des évacuations sanguines, des purgalions, quelquefois même par des bains simples et les boissons adoucissantes ; les met à l'usage des eaux plus ou moins modifiées , et déguise ainsi , sous un traitement illusoire, le traitement réel qu'il leur a fait subir, mais qui ne doit pas avoir les honneurs de la guérison plus ou moins réelle et durable qui peut survcniri Notre malade aurait dù voir encore que la foule de ceux qui fréquentent les eaux peut se diviser en plusieurs classes , à part celle tle ceux qui s'y rendent pour faire des dujies. Les uns sont des gens qui s'ennuient, et qui sont atteints de quelques affections légères , et susceptibles de guérir par la distraction, l'exercice, les bains, etc.^': ceux là guérissent. IMais ceux qui sont véritablement m.ilades guérissent bien rarement , lorsque leurs affections ont un certain degré de gravité, ou d'ancieniielé. Pour la plupart, ils quittent les eaux dans un état senddable à celui où ils étaient en y arrivant; souvent même leur position y devient plus fâcheuse, surtout lorsque les eaux sont douées d'une certaine énergie, et lorsqu'on s'obstine à les administrer a contretemps Car il en est des eaux comme de tous les auties médicamens; plus elles sont actives , plus leur cm|doi inopportun peut avoir d'inconvéniens. Il en résuie, en effet, ce qui résulterait de l'emploi mal dirigédn soufre, du fer, de l'iode, des sels neutres ; savoir, suivant la disposition des sujets, des vomisscmens , des superpurgations , elc. Mais ces faits défavorables n'ont pas toute k publicité qu'on devrait leur donner, dans l'intérêt de la science et de l'iuimanité; on bien , les personnes qui exploitent les eaux accusent alors le médecin ordinaire d'avoir envoyé son malade à une source dont les eaux ne sauraient liii convenir. Mais par une contradiction qui s'explique d'ailleuis facilement , ils vantent ces mêmes eaux contre toutes les maladies, sans exception, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant leurs ouvrages, espèces de prosjicctus aussi mensongers que les autres. Enfin, poui' se tirer d'embarras dans les cas nombreux où les malades n'éprouvent pas aux eaux le soulagement qu'ils y étaient venus chercher, ils ne craignent pas de dire que les eaux n'agissent souvent qu'anbout d'un mois après qu'on a cessé d'en faire usage. Artifice grossier, et dont on s'étonne que cjuelqu'un puisse être la du|)e !
On boil les eaux minérales par verres , à plusieurs reprises, ordinairemeut le matin ; on les boit tantôt pures, tantôt coupées, tantôt à la température qu'elles présentent à leur sortie de la source, tantôt après les avoir refroidie» ou échauffées. Quelques i^idividus en avalent d'énormes quantités; mais, le plus souvent, les médecins règlent la proportion. 11 y a même des sources dont l'eau est exclusivement consacrée aux bains , et qui ne sauraient, sans inconvénient, être prises à l'intérieur. Quant à ce qui cc-ncerne les bains , nous avons déjà, dans cet article, exposé la manière dont on les administre; cela ne varie que du plus au moins. On se sert également des eaux minérales pour doucher des parties malades ; et ces douches ne diffèrent en aucune f;içon de celles qu'on peut donner partout, puisque leurs effets ne dépendent que de la leuq)ératiire et de la composition du liquide, et de l'intensité et de la durée de la percussion. Pour ne rien laisser sans emploi, on se sert également des boues minérales; c'est-à-dire, du sédiment que déposent les eaux abandonnées à elles-mêmes ou refroidies. Ces espèces de cataplasmes foj més de substances minérales, ne sont pas assurément sans vertu ; mais sont-ils préférables à ceux qu on pourrait friparer extemporanément avec les mêmes ingrédiens? Nous ne craignons pas de le demander à tout médecin éclairé.
L'éloignement des eaux minérales , les frais considérables qu'entraînent elle voyage et le séjour aux sour ces très-fréquentées , rendaient ce moyen inaccessible à tous ceux qui n'avaient pas une bourse bien garnie. Cependant, il eut été cruel de priver de ce secours si merveilleux ceux que la fortune n'avait pas lavorisés de ses dons, et l'on fit venir les eaux minérales, en bouteilles , en faveur de ceux qui ne pouvaient pas les aller prend; e sur les lieux. Ainsi transportées , elles avaient perdu les trois quarts de leurs vertus, en supposant même qu'elles arrivassent sans altération, ce qui était loin d'avoir lieu dans tous les cas; d'ailleurs, elles étaient trop coûteuses pour être employées autrement qu'en boisson , et les malades étaient privés d'une immense ressource, celle des bains , lorsqu'on commença à fabriquer des eaux artificielles , dont nous parlerons plus loin. En général , les médecins même qui recommandent le plus les eaux minérales estiment peu celles qu'on transporte loin des sources : ils sentent qu'il leur manque de grands élemens de succès , savoir l'exercice et la distraction; que , d'une autre part, les eaux thermales se trouvent altérées par le refroidissement : aussi les voit-on, pour la plupart, préférer même les solutions salines ou gazeuses , connues sous le nom d'eaux minérales factices.
Si les divisions des eaux minérales étaient en raison du nombre de celles que l'on connaît, elles seraient très-considérables. Au lieu décela, on les partagi
EAUX MINÉRALES