‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 208 sur 234 · ÉCLAMPSIE · texte numérisé non relu

ÉCLAMPSIE

elle alti'ralion tUi san j , qu'il est devenu plus tenu , plus fluide , el qu'il n'est plus en quelque sorte en rapport dynamique avec les parois vasculaires restées

! aines , mais organisées de manière à coërcer un sang moins subtil que celui-ci le l'est devenu momentanément; c'est ce qui me parait arriver chez les indiviliis afTeclés de scorbut ou de fièvres graves; c'est surtout ce que j'ai observé chez es individus affectes de phlébite; individus chez lesquels le foie, le poumon, e tissu des membranes séreuses , synoviales , etc. , deviennent le siège frè- Jiient d'ecchymoses remarquables , auxquelles succèdent des inflammations iromptement suivies de suppuration , et d'abcès tout-h-fait spéciaux.

On a donné des noms particuliers à quelques espèces d'ecchymoses : la sugilnfion est l'ecchymose protluite par la succion; la pciéchie est cette petite cc- .•hymose cutanée qui apparaît dans les fièvres graves.

Les signes caractéristiques de l'ecchymose ne frappent les sens que lorsque elie-ci siège dans le tissu de la peau; et, dans ce cas , très favorables pour le liagnosfic, les signes varient, suivant l'époque h laquelle on observe la malalie ; dans les premiers momens, si le sang est épanché en certaine quantité, la lai tie malade offre une teinte d'un noir bleuâtre très-foncé au centre de l'ec- ■liymose ; mais à partir de ce lieu la couleur va successivement en se modifiant 1 mesure que l'on s'éloigne vers les limites du mal, de manière h passer au u un clair , au jaune foncé , au jaune serin et au jaune clair. Dans les ecchyiioses sous-cutauèes , ou même d jns celles q\ii sont plus profondes , tantôt la leau parlicipe à l'affection , tantôt elle conserve son état normal: et dans ce lernier cas , les signes de la maladie sont bien plus obscurs. Quelquefois on ibserve seulement un peu d'empâtement local, et une douleur qui toutefois nanque souvent.

L ecchymose se termine ordinairement d'une manière prompte et heureuse , [uand elle est médiocrement étendue et de cause externe ; bientôt le sang qui •Il forme la matière est résorbé , et le centre des parties ecchymosées revêt ucccssivement les teintes de plus en plus claires qvie j'ai indif(uées , jus(|u'à ce (u il ait repris son état normal ; en même temps le sang se re'panci au loin , et ommunique la teinte ecch3'mosée à des parties qui paraissaient intactes dans origine. Mais si l'ecchymose dépend d'une cause interne, sa terminaison est iibordonnée à celle de l'altération du sang qui lin a donné naissance. Dans les ■cchymoses qui a-pparaissenf chez les individus affectés de phlébite, le sang ilttu-é qui s'épanche paraît avoir des qualités délétères; il irrite vivement les >arlies qu'il touche , et les enflamme h un degré tel. que la suppuration arrive rès-promptement , et qu'avec elle survient le sphacèle des parties ; à peu près ;omme U chose arrive aux organes vers lesquels se font des fusées urineuses.

L ecchymose traduit toujours à l'extéi ieur une altération des vaisseaux ou lu sang cliairié par ceux-ci; quelquefois elle a été invoquée comme signe de certains épanchcmens profonds : on sait que Valenlin considérait l'apparition il une eccliymose dans la l égion loinbiiire, comme l'indice certain d'un épancliêment .sanguin dans la poitrine , à la suite des plaies pénétrantes de cette cavité.

On tloit soigneusement distinguer l'ecchymose , des lividités que présentent es cadavres : celles-ci dépendent uniquement delà stase du sang dans quelques loints du système capillaire; tandis que, dans l'ecchymose, le sang est réelleïienl sorti de ses vaisseaux. Les lividités cadavériques se rencontrent principaement vers la partie postérieure tlu tronc , et sur le point où le corps a reposé Ml se refroid. ssant ; enfin elles se développent après la mort , au moment de la ■oagulatiou du sang dans les vaisseaux où il s'est porté en obéissant à l'action le la pesanteur. Il importe également de distinguer les ecchymoses simples de xdies qui résulteraient de la sugillation : les premières, en effet, peuvent être e produit de violences extérieures , tandis que les secondes peuvent avoir été ;ausees pai l'envie de simuler ces violences ; le produit de la sugillation est nen une ecchymose, mais c'est une ecchymose circonscrite, et dans laquelle m l emarque une rondeur toul-à-fait étrangère à l'ecchymose ordinaire.

Il est à peine nécessaire d iusistci- pour établir le traitement très-simple de ecchymose; d'abord l'eccliymose de cause interne réclame seule une méditation spéciale ; les autres ne sont, en effet que des phénomènes , iniportans ■ uns doute , mais secondaires , de maladies bien plus graves, et contre lesquelles loivent presque exclusivement être dirigés les efforts du médecin. Des applicalions résolutives froides, la compression et le repos de la partie affectée, tels iont les moyens les plus efficaces et les plus généralement conseillés pour les iccliymoses du premier genre. (Fréd.-Ph. Blandin )

ECLAMPSIE , ec/«w;jii^/. Mot créé par Sauvage pour désigner l'affection ■onvulsive el épileptilorme des enfans en bas âge et des femmes en couches.

L'éclampsie doit être effectivement bien distinguée, Indes coiifuhions o\x mouvemens convulsifs qui , le plus souvent , laissent au malade l'intégrité de x s fiicullés intellectuelles, et ne mettent guère la vie en danger ; 2» de l'^y^i- 'e/ziiedont elle retrace presque tous les symptômes , aiais sans former , comme i lle , une maladie véritablement chronique et de longue durée , une maladie qu'on peut dire constitutionnelle ou liée à l'idiosyncrasie.

§ I"'"'. Ectanipste des jeunes enfans. — Nous devons ici distinguer deux sortes d'éclampsies qui se ressemblent beaucoup par les symptômes , et se confondent quelquefois totalement l'une avec l'autre, mais qui, le plus souvent, différent du tout au tout par leurs causes, leur pronostic et leur traitement; l'une est idinpalhicjue . l'autre sj!)!pnlhicjue.

A. La première ad'ecle piesque exclusivement les nouveau-nés; c'est le plus ordinairement un effet même du travail puerpéral , d'un travail pénible ou prolongé, d'une extraction laborieuse.

Soit que la tête ait été violemment comprimée par le forceps, et surtout que quelque fracture ait amené des épanchcmens de sang à la surface de l'encéphale , soit que le sang ait été retenu ou refoulé dans les vaisseaux intérieurs ,

DiCT. DE MÉDECIKE ET Dt ClH RU KGIE PRATIQUES.

et, notamment dans ceux de la lête par la compression simultanée de l'enfant , et du placenta dans un utéi us long-temps contracté, ou par la compression successive des iliverses régions du corps dans l'extraction par les pieils, soit que le cou seul ait été serré par les circulaires du cordon ombilical . ou pressé contre les parois du bassin ( présentation de la face ), il eu résulte un état apoplectique que nous avons rapidement décrit à l'article Accocchememt , et à celte apoplexie se lie fréquemment l'éclampsie Deux fois nous avons vu les convulsions faire périr un enfant enlevé, par l'opération césarienne , du sein d'une mère récemment morte ; et l'éclampsie a une fois aussi fait périr un nouveau-né extrait à l'aide d une pareille opèiation pratiquée par M. Paul Dubois sur une femme vivante; on pouvait croire, pour les deux premiers cas, que, la circulation étant arrêtée chez la mère avant la sortie du fœtus, il en était résulté pour celui-ci stase et asphyxie pléthorique, comme dans les cas de compression du cordon ombilical ( luijcz ce mot ) ; mais il serait difficile de donner une bonne raison de ce qui s'est passé dans le troisième.

L'éclampsie idiopalhique se montre quelquefois le jour même de la naissance, précédé seulement des symptômes de ra|)0|ilexie , tels que couleur violacée et gonflement de la face, dilatation des pupilles et injection des vaisseaux de l'iris et de la conjonctive, immobilité, coma, flaccidité, ou bien raideur des membres, mouvemens du cœur forts et précipités. Quelquefois son invasion est plus tardive, quoiqu'elle se montre rarement après le quatrième jour. En pareil cas elle est assez ordinairement annoncée par quelques prodromes , lors racine que les symptômes apoplectiques ont plus ou moins complètement disparu ; tels sont l'agitation, les plaintes vagues et brèves, l'irrégularité et l'embarras passager de la respiration, des mouvemens brusques, irréguliers et bizarres , un strabisme mouienlané, des bàillemens accompagnés du tremblotement de la mâchoire inférieure, ou bien un [leu de trismus , des grimaces singulières ; quelquefois des alternatives de pâleur et de rougeur, des sueurs même.

Un signe bien plus positif fjue tous ceux que nous venons d énoncer, c'est la somnolence avec raideur des poignets inclines vers le bord cubital de l'avantbras et des doigts appliqués de toute leur longueur sur la paume de la main , et couvrant le pouce fortement fléchi. On peut assez aisément vaincre cette raideur, mais pour un instant seulement. Dans un degré d'intensité plus considi rable , on trouve la raideur propagée à l'avant-bras , et les mains en pronalioii forcée. Les prodromes peuvent quelquefois être supprimés par un traitement convenable; plus souvent ils sont suivis d'un et oidinairemenl tie plusieurs accès d éclampsie : ils persistent pendant l'intervalle des accès, et , dans les cas heureux même , leur survivent q !iel([uefois pendant plusieurs jours.

Les accès se caractérisent par un air d'étonneineiit ou d'efl'roi , une pâleur bientôt suivie de rougeur et île gonflement de la f.ice et du cou , avec dilatation des pupilles. Les yeux sont ouverts, louches, renvcrsi's, agités de secousses rapides; les traits de la face se tordent par secousses analogues, et les membres sont également secoués et en même temps raidis et étendus. La lèvre inférieure est souvent renversée vers l'intérieur de la bouche, et celle-ci tirée plus d'un côté que de l'autre, la respiration est singulteuse en raison du spasme lies muscles ihoraciqucs. Cet accès ne ilure guère que quelques minutes; nous en avons vu de bien plus longs , mais dans des cas difl'érens de ceux dont il est ici question. Leur nombre est infiniinent variable. Dans leurs intervalles , tantôt il y a un rétablissement complet, ce qui est de bon augure; tantôt il reste un état de stupeur qui va croissant par ilcgrés et amène le coma, puis tu mort, qui peut avoir lieu de iloiize heures à c(uatre jours après l'invasion des piemiei's symptômes. Cette fâcheuse terauuaison n est rien moins que rare en effet , et i on en concevra la raison aussi bien que de 1 hémiplégie , de l'idiotisme , que, tiaus des cas ])lus rares , nous avons vu persister opiuiâtiément après l'éclampsie , quand on saura que les cadavres tout voir d ordinaire une couche épaisse de sang coagulé autour des lobes postérieurs du cerveau, du cervelet, de la moelle alongée. Les ventricules n eu contiennent presque jamais , et je n'y ai vu que de la sérosité sanguinolente , rarement même eu quantité remarquable.

La guérison peut cire spontanée si l'épanchement est peu considérable, ou si l'éclampsie tient à une compression de reneéphale due à une autre cause, à une enfonçure des os par exemple. Nous avons vu plus d'une fois ces enfoncures , qui ne peuvent pourtant pas avoir lieu sans fractures , se relever peu à peu , et avec elles disparaître les symptômes convulsifs ou paralytiques qui en dépendaient.

Dans tous les cas, la maladie étaul ici sous l'influence d'une cause matérielle , la surabondance et la nature vaineuse du sang accumulé dans les vaisseaux encéphaliques ou épanché dans le cràiie, il ne faut attendre aucun effet avantageu.x des antispasmodiques. Dissiper la pléthore générale ou locale, rétablir l.t liberté de la respiration , ce sont là les deux indications fondameiitules. Nous avons parlé au mot Accoiichement , des secours propres à produire ces deux eiï'ets quand les accidens succèdent presque iinuiédiatemeiit à la naissance ( saignée ombilicale , insufflation ); si les accidens sont plus tardifs, c'est sur une saignée capillaire (sangsues, une ou deux) aux tempes, derrière les oreilles, qu'il faut plutôt compter. Là il est facile d'arrêter au besoin l'effusion du sang, et de prévenir une hémorragie mortelle ou un affaiblissement excessif. Il parait utile , quand la maladie traîne en longueur, d'entretenir la liberté du ventre à l'aide de doux laxatifs. Les sinapismes peuvent être utiles quand la stupeur est profonde; pour les vésicatoiies derrière les oreilles ou sur la tête, ils ne conviennent que contre la paralysie qui pourrait survivre aux convulsions. Il en est de même des frictions mcrcurielles et autres moyens prr pr.;s à favoriser la résorption des liquides épanchés.

ECLAMPSIE.

ÉCL AMPSIE.

B. TJéclampsie sjmpatliiqite se déclare le plus souvent durant la première dentition , c*est-à-dire au plus tôt vers le sixième mois de la vie extra-utérine. (Nous avons vu se reproduire, à diverses reprises, durant le cours même des quatre ou cinq premières années , des accès d'éclampsie dus à une lésion organique de l'encéphale , à son atrophie , à quelque épanchement circonscrit, etc., mais alors la maladie se confondait totalement avec Vépilepsie idiopathique. ) ( l^ojez ce mot ) La présence de quelques vers dans les intestins , l'incubation d'une maladie éruptive ( variole surtout) , une indigestion même peuvent aussi causer l'éclampsie. Il est h remarquer que le frisson d'invasion de la plupart des alTections fébriles et inflammatoires (catarrhe puhnonaire, etc. ) , est accompagné très-fréquemment, chez les enfans en bas âge, d'un, deux ou trois accès d'éclampsie. Ces accès difièrent peu de ceux que nous avons décrits ci-dessus; ce sont toujours des symptômes épileptiformes , mais qui laissent peu ou point de stupeur et de coma à leur suite, et qui même quelquefois semblent laisser, pendant leur durée, une demi-connaissance aux jeunes malades. On en juge par les efforts qu'ils font pour exécuter les mouvemens qu'on leur commande , comme de tirer la langue , etc., aussi sont-ils bien moins dangereux. On a même remarqué qu'ils étaient d'un favorable augure dans l'incubation de la variole. Parfois pourtant ils se répètent , s'aggravent , se prolongent, et chaque fois la tendance à l'apoplexie devient plus marquée , jusqu'à ce qu'enfin elle ait lieu avec toutes les conséquences possibles (mort ou hémiplégie, ou bien guérison graduelle J.

C'est surtoui h reconnailre la source des accidens et à les combattre directement qu'ilfauts'attacher. La dentition diflicile ne réclamerait toutefois l'incision des gencives qu'autant que l'éclampsie se montrerait grave et fâcheuse; sinon on se borne aux bains , aux lavemcns , aux boissons antispasmodiques ( eau de fleurs d'oranger, de mélisse, de tilleul, etc., la thi'idace , le pavot même). Les vers, si leur existence est constatée surtout par l'expulsion de quelqu'un d'eux, seront attaqués par les anthelmintiques. li'indigesiion se traite par des boissons tliéiformes et aromatiques , ou des eaux distillées de même nature , peut-éire par le vomitif. Ce dernier moyen, employé d'une manière empirique contre l'éclampsie des jeunes enfans dans le pays que j'habite, n'aurait d'inconvéniens que dans le cas de forte tendance à l'apoplexie ; il semble souvent utile dans le cas contraire. Toutefois je ne crois pas qu'il soit de rigueur d'en faire l'application, même quand une variole, un catarrhe pulmonaire s'annoncent, si d'autres sympiùmes n'en réclament point l'emploi.

Quand , au contraire, la congestion sanguine vers l'encéphale est caractérisée par des symptômes sérieux et durables (face violacée, etc. ) , la saignée locale devient aussi nécessaire que dans l'éclampsie idiopathique.

3 IL Ëclainpsie des femmes en couches. Cette maladie, dont le développement semble quelquefois lié à la constitution atmosphérique , puisque , assez rare d'ailleurs , elle se répète chez un certain nombre de sujets à une même époque, peut se montrer à différcns termes de la grossesse, durant le travail et même après la parturition. Toutefois on l'observe rarement avant le septième et le huitième mois de la gestation, et son invasion suit ordinairement de près la délivrance, quand elle ne la précède pas : les cas où elle s'est montrée sept à huit jours plus lard sont ou peu communs ou douteux. Il est de remarque qu'elle est le partage presque exclusif des primipares, et que la pléthore séreuse , si l'on peut parler ainsi, c'est-à-dire i'inliltration du tissu cellulaire sous-cutané et l'ascite même, qui Iréquemment accompagnent une première grossesse , prédisposent singulièrement à l'éclampsie, surtout si l'œdème s'est propagé jusqu'aux membres supérieurs et à la face. Les femmes très-sanguines y sont aussi assez exposées. L'hystérie, l'hèmicrânie péribdicjue même semblent quelquefois se convertir en éclampsie durant le travail , et répile|>sie prend fréquemment cette forme avec tous ses attributs.

Comme celle des enfans , l'éclampsie des femmes marche par accès; mais tantôt le premier accès survient à l'improviste, tantôt des prodromes l'annoncent plusieurs jours, plusieurs heures, ou seulement queh|ues minutes à l'avance. Ces prodromes mêmes peuvent se dissiper ou être enrayés , sans que réclampsie se prononce. Ce sont ordinairement une céphulalgie partielle ou générale, quelquelois avec symptômes de congestion vers la tèie (somnolence, rougeur de la face et îles conjonctives , pouls élevé, etc. ) , plus souvent avec spasmes divers, tels que frissonnemens , vertiges , éblouisseniens , cécité incomplète ou comi)lète , nausées, votnissemens même, sentiment d'anxiété à l'èpigaslre ; pouls petit et serré , pâleur de la face et fioid des extrémités.

Pour l'oidinaire , à l'iumiinenoe de l'accès, la céphalalgie s'accroit ainsi que les vertiges et l'agitation; l'intelligence s'obscurcit, la malade s'étonne de son état , et bientôt la connaissance se perd tout-à fait. La pupille se dilate , la conjonctive s'injecte aussi bien que la face. Les yeux , fortement ouverts , sont fixés d'abord , puis agités de secousses brusques et répétées vivement ; les membres s'étendent et se raidissent de plus en plus.

Dans la force de l'accès , la face devient gonflée et violette ; elle est défo^rnée par des coritractions violentes et par secousses isochrones à celles qui remuent les yeux et les membres. La bouche est souvent tordue d'un côté plus que de l'autre; la langue., qui semble aussi tuméfiée, sort de la bouche et se trouve serrée , entamée par le rapprochement convulsif des arcades dentaires. La respiration, d'abord irrégulière, est alors totalement suspendue , et ta couleur violette de la face se propage à presque toute la surface du corps, le pouls est fréquent, plein et dur. Les urines , les matières fécales, sont involontairement expulsées.

Après une durée variable, les convulsions cessent, mais la connaissance ne revient pas encore ; un coma profond succède à celte scène tumultueuse ; quelques sanglots irréguliers annoncent le rétablissement de la respiration; elle

s'exécute ensuite avec un violent stertor dû à la présence d'une bave écumeiise et sanguinolente (si la langue a été mordue ) dans la bouche et les voies aériennes; cette bave est à peu près chassée au dehors ou bien avalée; la respiration redevient libre , et la malade revient à elle par degrés , sans se souvenuaucunement de ce qui s'est passé durant l'accès. Ceci toutefois n'a lieu qu'aur tant que les accès sont rares, ou du moins éloignés; en général la stupeur, plus tard même le coma , et quelquefois le stertor, prennent peu à peu plus de durée entre les accès , au point d'en remplir totalement les intervalles. Ces accès deviennent aussi, |iar degrés, d'une violence , d'une durée plus grande, et se rapprochent davantage vers la fin qu'au commencement, si la maladie est.gra\e et fâcheuse; c'est le contraire si elle est légère. Leur durée varie d'une à cinq minutes ; leur nombre d'un à trente ou quarante ; la distance qui les sépare, de quehjues minutes à des journées entières.

Le tableau que nous venons tle tracer offre un mélange des symptômes d'épi- Icpsic et d'apoplexie , et c'est dans une sorte de coma apoplectique que succombent les fenniies auxquelles cette maladie devient funeste. Parfois, peut-être, pcrissent-elles dans une aspiiyxie réelle et due à la suspension des fondions pulmonaires.

Celte fâcheuse terminaison serait sans doute la plus ordinaire si l'art n'intervenait point ici avec énergie : il est des cas même où toute sa puissance est sans elfct; il en est aussi où la nature fait seule les frais de la cure. On doit bien augurer d'une éclampsie dont les accès, nombreux ou non , mais courts et séparés par de longs intervalles , laissent rc|)rendi e , dans la rémission , une iutégrité parfaite à l'intelligence On a moins à craindre de celle qui succède à la délivrance que de toute autre; c'est au contraire une bien fâcheuse circonstance que son invasion avant ternie, ou seulement avant les premières annonces du travail. C'est alors surtout que , indépendamment des dangers que cowrlla mère, le pronostic devient encore plus défavorable , sous ce rapport, qu'il doit faire désespérer de la vie île l'enfant. Pour peu que l'éclampsie dure, le travail fût-il des plus naturels, le fœtus nait ordinairement ixiort, quehpicfois même puti éfié.

Si les femmes sanguines sont moins exposées que les lymphatiques au coma mortel que nous avons décrit plus haut, elles sont peut-être plus sujettes h ces restes d'apoplexie que l'on voit suivre l'éclampsie quand elle n'est pas inimcdialement mortelle. Tels sont diverses paralysies, la manie, l'aracliiiitis aigiic Cette dernière phlegmasie, assez commune à la Maternité de Paris, devient souvent fatale du troisième au septième jour après l'accouchement. Il ne faut pas la confondre avec la stupeur ou demi-connaissance qui dure quelquefois vingt-quatre heures encore après la ilélivrance. U ne faut pas non plus confonilre les paralysies durables , dont il était question lout à-l heure , avec celles de quelques jours seulement qui aifectent tré(|uemmcnt , après les cas les plus heureux, la vessie ou le rectum.

Le traitement préservatif est le même que le curatif, et nous n'aurons pas, en conséquence, besoin d'en séparer l'exposition. Nous n'insisterons pas non plus sur quelques petits soins que le bon sens indique, comme d'empêcher la femme de se renverser sur la face durant l'accès ou le coma subséquent, ce qui pourrait causer la sufTocation. Presque toujours, au reste, l'extension violente qui caraètérise le spasme chronique dont nous nous occupons ici , maintient le sujet dans la supination. Peut-être même, quand le ;o«t7;us mentionné plus haut annonce le rétablissement de la respiration , serait-il bon d incliner la femme sur le côté pour faciliter l'expulsion des mucosités et de la salive dont la bouche est remplie. On doit aussi, au début de l'accès, repousser la langue derrière les dents; les doigts suffisent à cette petite opération, et sans beaucoup d'adresse on évite les morsures auxquelles on l'exposerait par trop peu d'attention. Les cuillers et autres ustensiles métalliques dont on se sert queli|ucfois pour le même objet ont l'inconvénient d'ébranler, de briser iiiéine les dents entre lesquelles on les insinue.

Trois ordres de médications peuvent être recommandés contre l'éclampsie, les saignées, les è|jispastiqucs et les antispasmodiques; mais il tant auparavant mettre en première ligne la terminaison du travail iorsquelle est praticable. L'évacuation des substances qui distendent l'utérus est, sans contredit, le meilleur moyen de prévenir l'éclampsie imminente , d'enrayer celle qui a déjà pris naissance, de prévenir la terminaison funeste de celle qui a parcouru déjà la majeure partie de sa course. Malheureusement il n'est pas toujours possible d'en venir à ce remède souverain. Si le travail n'est nullement comuieiicé , il faut bien s'en tenir aux moyens dont l'exposé va suivre; s'il luaiche avec lenteur, quoique déclaré déjà , on peut l'accélérer en rompant les membranes, et cette seule opération peut même désemplir momentanément assez l'utcrus pour faire cesser les accidens. Peut-être, dans des cas graves, et lorsque toute autie médication serait inefficace , devrait-on même recourir à la ponction des meoibranes, quoique la parturition ne l'annonçât en aucune manière. Si, au contraire, le travail est assez avancé pour que l'extraction du fœius soit exécutable , on ne doit jamais hésiter à faire la version ou l'application du forceps pour sauver l'enfant , s'il est possible, et soustraire la mère à des chances plus périlleuses. Enfin on ne doit pas non plus négliger la délivrance artificielle lorsque les accès suivent la sortie de l'enfant.

Au premier rang des moyens auxiliaires nous avons placé les saignées; cfst effectivement dans la saignée du bras d'abord, dans l'application des sangsues au cou et aux tempes ensuite, que nous avons toujours placé notre conliauco quand les circonstances nous forçaient d'attendre les progrès d'un travail peu rapide, ou de déployer une grande activité thérapeutique. La saignée du bras nous a paru préférable à toute autre, et nous l'avons réitérée jusqu'à trois et quatre fois chez des sujets pléthoriques. Nous ne nous sommes pas même laisse

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