Deuxième partie. — Influence des émanations
En résumant les efFèts des émanations, on trouve l» quelques sensations spécialement éprouvées par l'odorat ; 2" des modifications plus ou moins notables de la constitution ; 3» des maladies plus ou moins graves et la mort. Tous les efl'ets connus des émanations rentrent dans ces trois séries : l'odorat, la constitution , la santé éprouvent leur influence , ou bien elles n'en ont pas.
Influence des émanations sur l'odorat. — Elle se borne le plus souvent à une impression plus ou moins vive de plaisir ou de dégoût. Accumulées dans un lieu circonscrit, les émanations odorantes peuvent produire de légères indispositions , et même, s'il faut en croire beaucoup d'auteurs , des maladies graves et la mort. L'intensité de quelques odeurs est mise chaque jour à profit dans certains cas où il y a trouble prononcé des fonctions des sens et de l'entendement.
Influence des émanations sur la constitution des individus — Cette influence n'est possible qu'à une condition : c'est la continuité, c'est la persévérance de leur action. Un homme qui serait passagèrement en rapport avec elles, pourrait tomber malade , mais sa constitution ne souffrirait aucune atteinte. Elle ne pourrait être modifiée qu'autant qu'il habiterait, qu'il vivrait dansl'alnio-
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plière qu'elles auraient viciée. C'est, au surplus , une loi commune à tous les nodificateurs.
r, Celles des viandes fraîches exceptées , les -émaiwtions:n';»gissent sur les conlitutions qu'en les détériorant. C'est ce qui frHppe surtout quand on obsiii-ve les individus qui habitent le voisinage de certains marais. Là sont des hommes }Mi respirent dès l'enfance des émanatioriè. malfaisantes:; souvent ils ont été naïades par elles, et leur état de santé passerait à juste titi;e ailleurs, poiu- un î'tat de maladie. Ils sont, en général , sous le rapport physique intellectuel et noral , fort au-dessous de ceux qui habitent des atmosphères meilleures. Je (('entreprendrai pas de dresser ici le tableau de leur constitiition. Ils diffèrent ellement, suivant les localités , qu'un tableau qui prétendrait réunir les traits j*iie leur constitution présente dans toutes , manquerait nécessairement de rfi'fité. Cependant, au milieu de ces dissemblances , on peut saisir quelques ii»"actères qui saillent au milieu des autres par leur géûéi'alilé| j'en signalerai tcux.
Le plus constant, celui qui se présente d'une manière plus générale , c'est la aiblesse , et plus spécialement la Jaib/esse musculaire. Je ne sache pas un lieu .'rainemment jnalsain par les miasmes marécageux dont les habitans ne soient •elativement plus faibles qu'ailleurs. La lenteur de leur démairche et de leurs nouvemens indique d'abord celle faiblesse : leur inaptitude au travail seréycle I chaque instant. C'est ce qu'on peut observer chez les Brassans,, les Brênois , os Solognots, etc. M. Prony rapporte que des habitans des marais Ponlins ont morts subitement après un travail un peu forcé.
Le second caractère , c'est l'ubondaiiçe des Jluiles blancs , surtout dans le issu lamelleux. Dans certaines contrées, elle se manifeste par un excès de .raisse , qu'Hippocrate , en parlant des habitans des rives marécageuses du ^hasc, qualifiait de mauvaise graisse. Ailleurs, comme dans le Forez , la irenne , les marais Ponlins , la Bresse , etc. , l'abondance des liquides blancs )rend , à un degré quelconque, le caractère de l'œdème. Dans la Bresse surout , ce sont des individus tlont la peau est fine, blafarde, et quelquefois jaune ■t terreuse ; dont les chairs molles et gonflées , conservent quelques instans impression du doigt , et ne laissent apercevoir ni les saillies des os , ni celles les muscles ; dont la bouflissure est telle qu'elles oient aux membres leur gililé et à la face son expression. De cet état aux hydropisies , il n'y a qu'un )as : aussi sont-elles fréquentes dans ces pays, ainsi que les engorgemens glanluleux; ceux dos viscères abdominaux , les ulcères aux extrémités ,, les affccions tuberculeuses , etc. , etc.
Sous le rapport moral et intellectuel , la constitution de ces individus . préente aussi quelques caractères communs. C'est une intelligence généralement >ou dévelcJppée , et souvent fort étroite; c'est l'apathie, l'insoucianco et l'abence ou la faiblesse de cette disposition syu(pathique qui forme les liens de amille et rapproche les individus. On présume bien qu'avec une telle constituion , la vie doit être plus courte. C'est ce qui a été constaté par des relevés tatisliques; et pour n'en citer qu'un exemple , tandis que la vie moyenne pproche on France de 25 ans , elle n'est en Bresse que de 20 à 22 ans.
Influence des émanations sur la santé.- — Elles agissent sur la santé de quatre nanières : !<> en détruisant immédiatement nos organes : c'est ce qui arrive lar l'explosion de certains gaz; 2° en irritant les surfaces qu'elles touchent : 'est l'effet que produisent entre autres les vapeurs d'ammoniaque , l'hydrohlorate d'ammoniaque, les gaz acide sulfureux et acide hydrochlorique , le hlore , etc. ; 3" en se substituant à l'air respirable : c'est , dit-on , la seule maière dont agissent l'azote, l'hydrogène, l'hydrogène carboné , le gaz acide arbonique, etc. , etc. ; 4° en causant des maladies variées après avoir pénétré ar l'absorption dans nos organes. Nous ne nous occuperons que de ce dernier iode, renvoyant pour les autres au mot Gaz. Il n'est pas toujours facile de déterminer qu'une maladie est causée par des manations; on ne peut suivre celles-ci jusque dans l'économie, les prepdre ur le fait quand elles y mettent le désordre; du foyer d'où elles sortent aux ffets qu'elles produisent , il n'y a que des inconnus. Cependant on a pu savoir u'une foule de maladies sporadiques, endémiques et épidémiques étaient ées des émanations. Comment ces convictions ont-elles été acquises? Principalement à cause de la certitude, de la probabilité ou de la possibilité 'un rapport entre le malade et l'atmosphère d'un. foyer ;
A cause de la constance avec laquelle la plupart de ceux qui avaient iljprécédemment les mêmes rapports, s'étaient trouvés atteints des mêmes laLidies ;
A cause de l'analogie reconnue entre les phénomènes présentés par certains lalades , et ceux qu'ils eussent offerts par suite de l'application immédiate e. la substance dont les émanations avaient dû s'échapper (plomb, mercure, Uebore, tabac) ;
Parce qu'aucune influence, autre que des émanations , ne paraissaient pouoir rendre compte du développement et des caractères de la maladie liservée ;'
P^rce qu'enfin on trouvait une analogie marquée entre certaines maladies e source inconnue et celle que cause, à n'en pas douter , l'influence des émajatious.
Les maladies que, par ces divers procédés , on a pu reconnaître comme origine miasmatique , sont infiniment nombreuses et variées. Leurs diffésnces sont telles qu'on doit croire d'abord, quand on considère leur masse , n'en ne ^aura leur trouver un caractère qui leur soit commun. Il en est un ppendant qui, sinon présente cette généralité, au moins en approche : mais iî caractère n'est pas spécial aux maladies causées par les miasmes : elles le ^rtageut avec toutes les affections nées d'un principe morbijicjue introduit du
DlCT. DE MÉDECIKE ET DE CuiRITBGlE PCATIQUES.
EMANATIONS.
dehors dans nos organes , et peut-être dans certains cas créés par eux. Ce caractère, est l'abjection morbide des membranes tégumentaires.
C'est une chose bien remarquable, que la lésion presque constante d'une partie quelconque d« nos membranes excrétoires, chez les malades qui portent en eux un principe dont l'excrétion est nécessaire. Que l'on passe en revue les maladies contagieuses , la variole , la vaccine , la rougeole , la scarlatine, La syphilis , les typhus , la peste, la fièvre jaune ,1e choléra morbus, certaines dysenteries, certaines angines, la rage, etc., etc. ; les maladies causées par la morsure ou la piqûre des animaux venimeux , les cmpoisonnemens , quelle qu'ait été la voie par laquelle le poison aurait été introduit : passez aussi €n revue la longue série des épidémies, qui parleur étendue et la spécificité de leur aspect paraissent le produit d'agens spécifiques : ajoutez-y le nombre immense des maladies causées par les émanations, a quelque classe quelles appartiennent ; et vous trouverez presque constamment, soit pendant la vie par l'observation des symptômes , soit après la mort par l'examen des traces cadavériques , des signes ou des indices d'une affection , dans une mesure quelconque , de la surface , soit extérieure , soit intérieure du corps.
Pour la peau ce sont des éruptions de toute espèce, des macules , des pétéchies, des altérations de couleur, etc. Pour les muqueuses, ce sont des ophtalmies , des coryzas, des angines, des gastrites, des entérites, etc., dos éruptions aphtliçuses , diphléritiques , des vomissemens de matières variées ; des douleurs, dos angoisses, des sensations de brûlure, dans la région cpigastri([ue et le reste du ventre ; des diarrhées , des douleurs de vessie , etc. ; et après la mort des lésions nombreuses de couleur et de texture de cette partie de nos tégumens.
Qu'on ne pense pas qu'en signalant ce caractère, je prétende que toutes les maladies qui l'offrent soient des maladies de la peau et des muqueuses , soient des gastrites, des entérites, etc. Non, ces lésions ne constituent pas la maladie: elles contribuent à Vexprimer , souvent même elles ne sont qu'un de ses moindres moyens d'expression. J'ai seulement voulu montrer la constance d'une affection à un degré quelconque des membranes excrétoires chez les sujets qui portent en eux un principe , une cause matérielle de maladie ; constance à laquelle ou trouvera d'autant moins d'exceptions qu'on s'occupera plus de la constater. Mais après ce caractère , étouffé , perdu souvent au milieu des autres symptômes, les maladies miasmatiques ne présentent plus rien dans leur aspect qui soit commun à toutes : ce qui ne veut pas dire qu'elles n'offrent que des différences , car il est bien constant qu'elles présentent des analogies de formes qui répondent aux analogies des foyers, comme MM. Audouard , Pariset et autres en ont déjà fait la remarque. Mais ce qu'il importe bien de •noter, c'est que, indépenddmmeut de cos analogies, les maladies causées par les émanations , comme celles qui résultent de l'action des poisons , des virus ou des venins , offrent, non-seulement quant à leurs symptômes, mais encore relativement à leur durée, leur gravité et la manière dont elles se comportent sous les modificateurs, une multitude de différences qui concourent à dénoter la spécificité de leur origine.