TROISIÈME PARTIE. — Règles hygiéniques relatives aux éminalions
Ces règles se rattachent, l» aux foyers d'émanations, 2» aux émanations elles-mêmes , S» aux individus qui sont ou peuvent être soumis à leur action.
§ I. Règles relatives aux foyers d'émanation. — Détruire ces foyers ; empêcher qu'il s'en établisse ; éloigner des lieux habités ceux qui sont inévitables ; modifier , quand on le peut , le travail . qui s'y opère , voilà en quoi consistent les règles relatives aux foyers.
Détruire les foyers. — C'est l'indication qu'on remplit en étanchant les eaux ■stagnantes; en desséchant les marais, ou , au moins, en réduisant leur étendue ; en coupant, eu arrachant les végétaux qui s'y nourrissent ; en détruisant, quand on le peut, les fossés qui environnent les villes; en organisant dans cellesci un bon système de nettoiement ; en y multipliant les fontaines ; en pavant, ouau moins en lerrantbieii leurs rues; en maintenant la propreté dans les vaisseaux; en les débarrassant de la boue noirâtre et fétide qui fait de leur cale un marais ; enfin en dispersant les hommes accumulés dans les places de guerre , les casernes, les hôpitaux, etc.
Empêcher la formation des foyers. — C'est ce qu'on fait en encaissant les rivières sujettes à se déborder; en désobstruant leur embouchure; en rendant plus facile la retraite des eaux après leurs débordcmens, ou les hautes marées; en ne permettant pas, sans des graves motifs , la création d'étangs d'eau douce, ou de marais salans ou de rizières ; en ne souffrant pas les dépôts d'immondices sur la voie publique ; en se hâtant d'inhumer ou de brûler les cadavres de toute espèce , en prévenant l'encombrement des hommes, et surtout des hommes malades, etc.
Eloigner des lieux habités les foyers qu'on ne peut soit empêcher , soit détruire. — C'est l'indication que l'on a voulu remplir par le décret du 13 septembre 1810. Ce décret soumet les établissemens d'ateliers et de manufactures répandant une odeur incommode ou insalubre à des conditions rigoureuses. 11 range ces établissemens en trois classes , dont la première subit les conditions les plus sévères. Celle classe comprend les fabriques d'amidon, de bleu de Prusse , de charbon de terre et de bois épurés , de colle forte, de suif brun , de parchemin, de poudrelte , de laffetas de toiles et de cuirs vernis , d'huile de pieds de bœuf et de cornes de bœuf, d'acide siilfurique , de minium , de sel amoniaque, de soude artificielle ; les boyauderies , les fours à chaux, les routoires , les tueries , les triperies, les échaudoirs , etc. Sont ranges dans la seconde classe les fabriques de blanc de céruse, de noir d'ivoire ou de fumée ,
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de taffetas ciré, de tabac ; les chandeliers, les couverturiers , les hongroyeurs, les mcgissicrs , les dépôts de cuirs verts, les fonderies de suif en branche , les salles de dissection , les vacheries , les blanchisseries de toile par le chlore, etc. Enfin dans la troisième classe , qui contient les établissetnens qu'on peut laisser, mais en les surveillant, auprès des habitations, on trouve les fabriques d'alun, de boutons , de colles de parchemin et d'amidon , de cornes transparentes , de papiers peints , de savon , de vitriol , les brasseries , les fonderies de cire , etc.
Modérer, quand on le peut, l'activité des foyers. — C'est à quoi l'on parvient quand on soustrait les matières fermentescibles à l'action de la chaleur , de l'air ou de l'eau; en évitant autant que possible les exhumations, les fouilles des vieux ciuietières , quand la chaleur est forte et l'air humide ; et en choisissant de préférence pour ces opérations la saison froide; en prévenant, par une exécution prompte, l'exposition prolongée des matières exhumées à l'air et au soleil ; en tâchant qu'une couche d'eau reste , maigre les chaleurs , sur la vase des canaux et des marais; en n'entreprenant pas le dessèchement de ceux-ci pendant la saison la plus chaude; en préférant, pour le nettoiement des vaisseaux, le grattage et les froltemens aux lavages; en desséchant, soit parla chaleur, soit au moyen de substances absorbantes, les matières fermentescibles, comme on le fait à Montfaucon pour les urines avec le plâtre, et comme M. Parent a proposé de le faire avec la même substance pour la poudrette qu'on transporte au loin dans des vaisseauY ; en rafraîchissant par des courans d'air l'atmosphère des hôpitaux, des casernes, des prisons , etc. ; en choisissant de préférence pour les inondations des rizières et le rouissage du chanvre, l'eau courante à l'eau stagnante ; et enfin en faisant usage des substances désinfectantes dont il a été traité aux mots Chlorurks et Désinfection.
S II. Bègles reUitifes aux émanations considérées en elles-mêmes. — Ces règles ont poui' but : 1° d'empêcher l'effusion des émanations ; 2° d'opérer leur tliffusion qu.nnd l'effusion a eu lieu ; 3" de les détruire.
Empêcher l'effusion des émanations dans les lieux habités. — On tend ou l'on tendrait à remplir cette indication en donnant aux fosses mortuaires assez de profondeur pour qu'il ne s'en échappât que peu d'émanations ; en tenant clos hermétiquement les caveaux qui ont reçu des cadavres ; en évitant de remuer le sol des vieux cimetières , et, s'il faut absolument le remuer , en ne l'ouvrant que partiellement , peu à peu; en tâchant, dans les exhumations, de ne secouer ni enir'ouvrir les bières et les cercueils ; en essayant si , comme on 1 a avancé , le chanvre pourrait se rouir dans des fosses fermées qu'on n'ouvrirait qu'après l'opération finie et avec de grandes précautions ; en dirigeant par un tuyau d'évent dans les couches supérieures de l'air les émanations qui tendent à s'échapper des fosses d'aissances par les latrines ; en établissant surtout , au moyen du procédé de M. D'Arcet, un appel dans ce tuyau. En tenant exactement closes les ouvertures des sièges quand l'appel n'est pas suffisant pour établir un fort courant d'air , qui, passant par elles, sortirait par le tuyau ; en plaçant les latrines dans les endroits les plus éloignés possible des appartemens habités ; en ne souffrant pas dans l'intérieur des prisons, des hôpitaux, des casernes, etc. , les baquets découverts où les matières fécales sont déposées; en évitant, lorsqu'on le peut , les puisards , vu que, n'ayant qu'une ouverture , ils restent toujours ouverts ; en faisant que , dans les villes , les ruisseaux et principalement les égouts soient couverts ; en dirigeant au dehors , par des cheminées à la D'Arcet, les vapeurs qui , répandues dans les ateliers, altéreraient la santé de ceux qui y travaillent ; enfin en mettant obstacle , par rétablissement ou la conservation de forêts épaisses , h ce que l'atmosphère des lieux malsains ne s'étendit jusqu'à ceux qui sont habités.
Opérer la diffusion des émanations qui rendent l'air insalubre. — Cette diffusion s'opère seule quand on écarte tout ce qui pourrait lui èire obstacle. C'est ce qu'on fait lorsqu'on procède dans les villes à l'élargissement des rues et au percement des quartiers mal aérés ; en ne souffrant pas qu'on donne aux maisons une hauteur trop grande; en détruisant, ou au moins en perçant les hautes murailles dont quelques villes sont entourées; en abattant certaines forêts qui concentreraient les miasmes dans une vallée ou gêneraient l'arrivée des vents qui doivent les entraîner; en multipliant dans les hôpitaux, casernes, prisons, etc., etc., les portes et fenêtres ; en tâchant qu'elles se correspondent j et, si d'ailleurs on le peut sans danger, en ôtant les châssis des croisées et les panneaux des portes, comme, au rapport de M. Audouard, on l'a fait avec avantage à l'hôpital du Séminaire à Barcelonne ; en tenant ouverts, quand le temps le permet , les sabords et les écoutilles des vaisseaux ; en multipliant les puits dans les mines , etc. , etc.
On y parvient encore en agitant l'air des lieux circonscrits at'cc de larges swfaces. C'est ce qu'on fait dans beaucoup de pays en déplaçant avec des vatis l'atmosphère des étables. Percy utilisa ce moyen pour assainir un hôpital trèsinsalubre , pendant la campagne d'Austerlitz. Dans une autre occasion , il employa une espèce de moulin appelé tartare, qui, par le mouvement de ses ailes, sert à ventiler le grain. 11 a fait quelquefois aussi agiter par des infirmiers les ventaux des portes dans les hôpitaux malsains. Ce dernier moyen peut suflire pour renouveler l'air d'une pièce de médiocre étendue.
En dirigeant le vent du dehors dam la pièce qu'on veut assainir. C'est à quoi sert la manche à l'enl , sorte d'entonnoir en toile , qui par son ouverture extérieure reÇ"'' le vent et le verse par l'autre jusque dans la cale des vaisseaux. V Son effet , dit M. Keraudren , est très-avantageux sans être embarrassant. Cepentlant elle ne serait que nuisible par les temps humides. On ne |)cut s'en servir que lorsque le vent souffle avec force ; elle est tout-à-fait inutile par un temps calme. «
En introduisant de force l'air extérieur. On le peut avec de grands soufflets.
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Percy parle de cet instrument, mais il ne paraît pas qu'ill'ait employé. Le veii' tdateurde Halès agit de cette manière : c'est un assemblage de deux grandes boîtes, garnies de soupapes et de diaphragmes mobiles, lesquels, mis en mouvement par mains d'hommes , font de ce ventilateur une espèce de soufflet. Son étendue , le dérangement qu'il éprouve souvent, l'altération que les rats font subir à ses tuyaux, etc. , etc. , en ont à peu près fait abandonner l'usage dans l'intérieur des navires.
En pompant l'air intérieur. C'est l'office que devait remplir la roue centri' fuge , inventée en 1734 par Desaguliers , pour renouveler Pair de la Chambre des communes en Angleterre. Nous ne décrirons pas celte machine, qui est abandonnée.
En déplaçant violemment l'air par la déflagration de la poudre à canon. Pour cela il faut que la poudre soit sèche. En la brûlant après l'avoir humectée avec du vinaigre, comme on l'a conseilla et même pratiqué dans des navii^s, on ne fait que changer l'odeur de l'air. La déflagration de la poudre sèche me parait un bon moyen , et son usage ne doit pas être empêché par la crainte des vapeurs fort innocentes qu'elle laisse quelques instans. M. Keraudren pense qu'on peut avec avantage tirer des coups de pistolet dans les parties des nayires où , comme la cale et le faux-pont , l'air ne circule pas.
En établissant des feux dans l'atmosphère qu'on veut assainir. L'efficacité des feux en rase campagne est au moins fort problématique. Cependant M. Ramel raconte qu'en Afrique des faucheurs tombaient tous malades par le voisinage d'un étang. Entre eux et cet étang on établit une trentaine de grands fourneaux gazonnés, en forme de hulte, et dans lesquels on entretenait un grand feu. A dater de ce moment , le nombre des individus qui tombaient chaque jour malades diminua considérablement , et bientôt les maladies cessèrent tout-à-fait. ( De l'influence des Marais , etc., etc., 1802. )
Dans les lieux circonscrits , les feux clairs sont peut-être le meilleur moyen de renouveler l'atmosphère. Tous les jours on les utilise dans nos maisons pour chasser les odeurs , et Cook en fit grand usage dans son second voyage. Ce moyen ne peut , au reste, être employé que dans des atmosphères propres à la combustion. Il ne faudrait pas songer à lui pour des fosses d'aisance , des puits, des puisards, etc., qui seraient méphitisés par l'azote, l'acide carbonique ou l'ammoniaque.
En établissant , au moyen de la chaleur , entre l'atmosphère vicié et l'air ' extérieur , un courant qui verse l'une dans l'autre. Plusieurs moyens peuvent remplir cette indication.
Le premier et le plus simple, ce sont les cheminées. Un feu clair dans leur foyer, les portes restant ouvertes , l'air d'un appartement est promptement renouvelé. Les poêles atteignent avec plus ou moins d'efficacité le même but. Salmon, sur la demande de l'ancien conseil de santé militaire , avait imaginé, pour purifier des salles malsaines d'hôpitaux , un poêle de fonte autour duquel étaient fixés , par leur sommet, des cônes de tôle qui devaient aspirer par leur base l'air corrompu. Ces poêles ont été abandonnés.
Duhamel avait adapté à l'intervalle situé entre la cuisine des officiers et celle des équipages , dans les vaisseaux , intervalle où l'air est toujours échauffé, des tuyaux qui , prolongés dans la cale et le faux-pont , humaient l'air vicié qui s'y trouve constamment. Un procédé à peu près semblable a été inventé par Sutton , en Angleterre. Mais il était plus efficace à cause de ceci, que les tuyaux aspirateurs étaient adaptés au foyer même de la cuisine. M. Keraudren pense que si cette dernière, au lieu d'être placée sur le gaillard d'avant, l'était dans une partie plus centrale, l'entre-pont par exemple, on pourrait utiliser-la chaleur qui s'y dépense en pure perte en y adaptant des tuyaux aspirateurs. Le poêle de Forfait, qui humait l'air des parties basses des vaisseaux au moyen de deux tuyaux et le rejetait par un troisième , était conçu suivant le même système que les appareils précédcns. On peut en dire autant de l'appareil conseillé par Wuettig, en 1809 , pour l'assainissement des hôpitaux , des mines , des navires, etc. : c'est un ballon de cuivre placé dans un fourneau de tôle, absorbant l'air par deux tuyaux inférieurs et le rejetant par une douille verticale. Ce dernier appareil paraît être celui qui a le plus d'efficacité.
Le seul établissement d'un foyer de combustion sur une des ouvertures d'un lieu circonscrit suffit ordinairement pour en renouveler l'atmosphère. On n'emploie quelquefois qu'un feu clair de broussailles. On se sert aussi de fourneaux qui , pour cela , sont nommés ventilateurs ou purificateurs. Ce sont des réchauds ordinaires , surmontés ou non d'un tuyau, qui, étant ouverts par leur fond , obligent le courant d'air à traverser leur foyer : c'est eiicore un simple tuyau garni d'une grille à son milieu et dont la partie supérieure est remplie de charbons allumés. Dans le rapport fait à la Société de médecine, en 1780 , en réponse à quelques questions relatives aux caveaux d'une des églises de Malte , on propose un fourneau en brique, rond ou carré, construit sur une grille de même dimension que l'ouverture du caveau, afin que l'air ne puisse passer qu'à travers le fourneau. L'appareil qui me parait le meilleur est celui que l'on a employé dans ces derniers temps pour désinfecter plusieurs égouts de Paris et particulièrement l'égout Amelot. Il se compose de deux parties : une cheminée de tôle assez large pour embrasser l'ouverture de l'égout, et un fourneau que l'on descend à une hauteur calculée dans celte ouverture. On en trouvera la description au mot Désimection. Au surplus, ces divers fourneaux ne peuvent être utiles que pour les lieux qui ont aux moins deux ouvertures. C'est ce que présentent conslamment les fosses d'aisance et les égouts. Il faut que l'air extérieur pénètre pat l'ouverture libre , balaie 1 anvicié , et ressorte par l'ouverture où se trouve le foyer. On ne doit employer ce moyen pour les caveaux tie sépulture, qui généralement ne sont ouverts que d'un côté, qu'après les avoir percés à une autre place. Le choix delouvcr-
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ire qui doit recevoir le foyer n'est pas indifférent. On doit préférer celle où on suppose qu'on aura un tirage plus fort et qui est située de telle sorte que is émanations qui pourront s'en échapper , incommoderont moins le voisinage. [. D'Arcet a montré , dans son Mémoire sur l'assainissement des salles de pectacle {Annales d'hygiène , avril 1829 ) , que les latrines , qui d'ordinaire [mt une cjuse d'infection , peuvent servir de moyen de purification , si le coumt établi dans le tuyau d'évent est d'une intensité assez grande pour obliger air extérieur à pénétrer avec force par les sièges , que , bien entendu , on lisse alors débouchés.
L'assainissement et le rafraîchissement des salles de spectacle s'opèrent par n procédé analogue. Une cheminée de grandeur suflisante, montant au desjs de la toiture, ne communiquant avec la salle que par son ouverture inféieure , et garnie de trappes à doubles vantaux pour diminuer à volonté son iamètre , est placée à l'aplomb du lustre. Celui-ci et la chaleur de la salle )nt le reste. En même temps , un système de tuyaux est organisé pour conuire dans la salle l'air extérieur, préalablement chauffé ou rafraîchi, et diigé de manière qu'il ne vienne pas frapper immédiatement les spectateurs. 11 îrait à désirer qu'on procédât avec des précautions semblables à l'assainisselent des hôpitaux , des prisons, des dépots de mendicité, de tous les lieux nfin où une quantité d'hommes sains , détériorés ou malades , doivent vivre u se rétablir dans un espace circonscrit.
Ojjéi'er la deslruclion immédiate des émanations. — On y parvient en versant ans l'atmosphère des gaz qui décomposent les émanations qui s'y trouvent. Ce ujet ayant été traité aux mots Chlorures et Désikfectio» , nous n'y revienrons pas.
§111. Règles relatives aux indifidus qui sont ou peut^ent être soumis à l'ia- ^uence des émanations. — Ces règles sont de deux sortes : les unes ont pour bjct d'éviter aux individus le contact des émanations, les autres rendent homme insensible ou moins sensible à leur action.
A. Ei'iter le contact des émanations. — On observe cette règle quand, avant je pénétrer dans un lieu qui pourrait être méphitisé , on s'assure que l'air y Sst respirable. Cette certitude s'acquiert soit en plongeant un corps en comlustion dans l'atmosphère suspect, soit et mieux encore en y descendant un nimal vivant. Voyez au surplus le mot Désinfection.
On suit encore cette règle en évitant le séjour , même le moins long , près de narais malsains ou de tout autre foyer d'émanations dangereuses ; en évitant e se placer ou de rester sous le vent de ces foyers j en préférant, quand on est n mer, de voguer au large que d'approcher des côtes, surtout si on les sait usalubres; en faisant que les relâches soient les plus courtes possible j en hoisissant bien son mouillage ; en évitant , lorsqu'on touche une côte pour se avitailler , d'envoyer des matelots à terre , préférant se faire apporter l'eau , e bois , etc. , par les indigènes ou des ouvriers acclimatés. Lind était dans :ette indication quand il conseilla d'établir dans les pays chauds et malsains les espèces de comptoirs floltans , au moyen de vaisseaux déra.àtés , maintenus
une distance suffisante de terre ,et où séjourneraient les personnes qui ne seaient pas acclimatées.
C'est aussi en vertu du même principe que l'on doit s'abstenir d'élever des LÔpitaux , des casernes , des prisons , etc., d'asseoir des campemens dans le oisiuage des foyers ; qu'il faut abandonner , comme on fut forcé de le faire i)0ur un hôpital à la Jamaïque , les établissemens ainsi placés , ou même les létruire, parti que, au rapport de M. de Humboldt, le gouvernement espagnol a été plusieurs fois sur le point de prendre à l'égard de la 'Véra-Cruz. ^'établissement des fosses mobiles , en mettant une classe nombreuse d'ouriers à l'abri du méphitisme , est conforme aussi à cette indication.
On s'y soumet encore quand , ne pouvant se soustraire absolument aux oy^rs , on les évite du moins aux époques de l'année et aux heures du jour où Is offrent le plus de danger. C'est ce qu'on fait en combinant son départ, [uand on se rend dans une contrée malsaine , de manière à n'y arriver qu'à l'éroque où elle l'est moins ; en fuyant les marais et en général tous les foyers le putréfaction le matin au lever du soleil ou le soir a près son coucher ; en évitant d'y passer la nuit et particulièrement de s'y livrer au sommeil , et, si ■iiBn on y est forcé , en faisant des grands feux, en s'abritant , en prenant outes les précautions dont on peut s'entourer.
Pour compléter ce que nous avr)ns à dire sur cette indication , il nous reste , exposer les moyens qu'on a proposés pour soustraire les voies respiratoires u contact d'émanations délétères. C'est ce que nous allons faire sommaiement.
Ces moyens peuvent être rangés en trois classes. Les uns permettent de res- )irer une autre atmosphère que celle où l'on se trouve : les seconds entreiennent la respiration avec une provision d'air pur que l'individu porte avec ui : les troisièmes enfin obligent l'air i upur à traverser certains milieux pro- >res à le purifier , avant son arrivée dans les poumons.
Moyens qui permettent de respirer uns autre atmosphère que celle où l'on se rouve. — Ces moyens consistent à faire comuiuniquer directement la bouche )u le nez , par un tuyau , avec l'atmosphèi'e respirable. L'expérience a démonré qu'un tube de vingt millimètres environ de largeur peut suffire, quand sa ôngueur ne dépasse pas vingt à trente mètres, et qu'il vaut mieux, lorsque iette longueur doit être dépassée , aiigmenler successivement son di.imèlre de- )uis son embouciiure jusqu'à son autre extrémité. Cependant on pourrait se >asser de cet accroissement en adaptant à cette extrémité un soufflet dont on »eut varier à l'infini la forme et la puissance : c'est ainsi qu'on fournit maintelont de l'air aux ouvriers placés sons la cloche du plongeur, ce qui leur lermet de rester et de travailler sous l'eau des heures entières à des profon-
deurs de 7 à 8 mètres. L'air est sans cesse envoyé par une pompe foulante placée sur le rivage ou sur un bateau. L'emploi de cette machine est journalier en Angleterre. C'est avec une tube respirateur que Pilastre du Rozier a pu, en 1785 , descendre au fond d'une cuve de brasseur méphitisée par l'acide carbonique , y rester plusieurs heures sans gêne et sans souffrance , alors que des animaux qu'on mettait auprès de lui étaient immédiatement asphyxiés.
Moyens qui entretiennent la respiration at^ec une prot^is ion d'air pur que l'indii'ida porte avec lui. — Ces moyens ont été imaginés pour suppléer aux précédens , quand la disposition ou la profondeur des lieux ne permettent pas de s'en servir. Il consistent dans un réservoir rempli d'air pur, dont la capacité est relative au temps que devra durer le séjour dans l'atmosphère méphitique , et qui communique avec la bouche par un tuyau. On a calculé que pour suffire à la respiration pendant 15 à 16 minutes, sa capacité devait être de mètres cubes. Le réservoir est fait de cuir. Quand son étendue est médiocre, on le place dans une espèce de hotte que porte le sujet. S il est plus grand il est mis sur un chariot que l'ouvrier traîne à sa suite. M. Lemaire, d'Angerville, a perfectionné ces appareils de la manière la plus ingénieuse. Il se sert de deux réservoirs , le principal est en cuivre et placé sur le dos. 11 contient de l'air comprimé à 14 atmosphères et plus. Un tuyau garni d'un robinet le: met en communication avec un autre réservoir placé sur la poitrine , formé eu partie de peau, extensible conséquemment , et où l'air , arrivé par le tuyau , reprend son volume ordinaire. Un second tuyau , qui aboutit à une espèce de masque susceptible de s'adapter sur toutes les figures , porte l'air du réservoir pectoral , par le nez, dans les poumons. C'est avec cet appareil que M. Lemaire fit en 1828, sur l'invitation du ministre de la marine, des expériences dans la Seine qui ont parfaitement réussi : on en trouvera les détails dans l'excellent Mémoire sur un moyen proposé pour respirer impunément les gaz délétères inséré par MM. D'Arcet, Gaullier-de-Claubry et Parent-Duchâtelet, dans le 2'^ numéro des Jnnalcs d'Hygiène. On trouvera également dans ce mémoire, auquel nous avons fait plus d'un emprunt, les moyens variés qui ont été mis en usage pour fixer les tubes aux ouvertures respiratoires
Moyens qui forcent l'air impur à traverser certains milieux propres à le purifier avant son arrivée dans les poumons. — Le plus sim[)le de ces moyens est l'application sur la bouche de linges ou d'épongés imbibées de vinaigre ou mieux encore d'une solution de chlorure de soude ou de chaux ; le tamponnement des narines avec les mêmes substances humectées de liqueurs aromatiques a été conseillé par Macquart. M. Dcvèze rapporte que , dans rcpidémic de fièvre jaune qui ravagea Philadelphie en 1793, un grand nombre d'habitans se bouchaient si fortement le nez avec des éponges mouillées de vinaigre et des sachets camphrés que la respiration demeurait long-temps comme interrompue. Indépendamment de cet inconvénient , le tamponnement a celui non moins notable qu'il laisse la bouche libre et inspire une sécurité dangereuse. Il me semble qu'on pourrait avec plus de succès , et sans aucun des inconvéniens qui viennent d'être signalés , enfermer la tête dans une cage de toile métallique à larges maille.5 , qui serait recouverte d'une gaze qu'on humecterait souvent avec une solution de chlorure de soude ou de chaux. Ce qui me porte surtout à le croire , c'est l'assertion de Rigaud de Lisle, qui avance que la cloison la plus légère suffit pour préserver de l'influence des miasmes marécageux.
Dans la peste de Marseille , en 1721 , on portait , au rapport de Manget, des espèces de coiffes en maroquin vernissé qui emboîtaient les épaules et formaient une sorte de masque se terminant au niveau de la bouche et du nez , par un prolongement en forme de bec , dont l'intérieur était oint de matières balsamiques et rempli de parfums ; sauf le bec, qui a été supprimé , et le tissu qui maintenant est de taffetas ciré , ce vêlement est encore en usage dans le lazaret de Marseille.
Brize-Fradin imagina de faire passer l'air à travers une sorte de boîte à moitié remplie de coton mouillé , que l'ouvrier tient à sa main ou accroche sur sa poitrine , et qui se termine par un tube dont il porte l'orifice à la bouche chaque fois qu'il va respirer. Cet appareil offre de grandes imperfections ; et d'abord , comme il n'est pas fixé à la bouche , si pour une cause quelconque il n'y est pas porté à chaque inspiration , le sujet peut être atteint ; de plus , il a l'inconvénient d'occuper constamment une main de l'ouvrier , et celui encore de ne pas donner passage à l'air si le coton est trop mouillé, ou de ne pas le purifier si celui-ci est sec.
M. Gosse fils a perfectionné l'éponge , dont l'application sur la bouche avait été conseillée par son père et d'autres, en cousant ses mailles principales et en la composant de lames superposées de telle sorte que leurs cellules ne se correspondissent pas. Armé de cette éponge , il respira impunément un air chargé de poils , l'atmosphère d une fosse méphitisée où deux hommes venaient de succomber , et celle d'une salle que l'on avait remplie d'acide sulfureux, de vapeurs mercurielles , etc., etc. Il humectait son éponge de liquides différens, suivant l'atmosphère qu'il devait respirer. Quand il s'agissait de vapeurs mercurielles et de poils, il employait de l'eau simple ; c'était une dissolntion de potasse pour l'acide sulfureux; et, dans la fosse dont il vient d'être parlé , il se servit d'une solution d'acétate de plomb. MM. D'Arcet, Gaultier-de- Claubry et Parent pensent que l'eau seule doit suffire s'il s'agit de vapeurs métalliques, de mercure ou d'arsenic, par exemple ; qu'il faudrait substituer à la potasse le chlore ou le chlorure de chau.t dans la proportion de deux onces par litre , si l'on avait affaire à de l'hydrogène sulfuré, des gaz ammoniacaux , des émanations d'hôpitaux ou de matière en putréfaction ; et qu'en trempant l'éponge dans de l'eau de chaux on pourrait pénétrer impunément dans un lieu où l'acide carbonique se serait amassé.