CHAPITRE PREMIER. DES EKTOZOAIRES DES VOIES ALIMEMTAIRES
Les erilozoaires des voies alimentaires constituent la branche la plus importante de l lielminthologie. Leur fréquence , les accidens nombreux auxquels ils donnent ou peuvent donner lieu, leurs causes , les symptômes par lesquels ils manifestent leur présence, leur thérapeutique , intéressent à un haut degré le médecin praticien , tandis que leurs caractères zoologiques , l'organisation si complète de quelques-uns d'entre eux, réclament toute l'attention des zoologistes.
^ 1. Quatre espèces d'entozoaires ont été rencontrées jusqu'à ce jour dans le canal alimentaire de l'homme. Des caractères propres et différentiels de l'ascui ide lombricoide , de t'oxjure , du tricocéphale et du Icenia.
Les eutozoaires intestinaux de l'homme , connus jusqu'à ce jour , se réduisent à quatre espèces : l'ascaride lombrico'ide , l'oxyure , le tricocéphale et le tœnia. Rangés, dans l enfance de la science, parmi les vers de terre ou lombrics, en raison d'une analogie grossière de forme , ils 1 ont été sar.s plus de raison par les naturalistes modernes parmi les zoophytes. Mais il est de toute évidence que les eutozoaires intestinaux doivent faire une classe à part, moins élevée que les vers , mais bien plus élevée que les zoophytes. Le mot de vers ne saurait leur être conservé, dans l'état actuel delà nomenclature scientifique, et je les désignerai , avec M. Dumcril , sous le titre d'helminthes ( £>,«(J5 , ver ). Comme il importe au médecin de reconnaître à des signes certains l'espèce d'helminthe à laquelle il a affaire, il m'a paru indispensable de grouper ici les caractères spécifiques et différentiels de chacune de ces espèces. Ces caractères seront presque tous zoologiques , et ce n'est pas là le seul point de contact de la médecine et de la zoologie.
Espèce première. — De l'ascaiide lombricoïde , vulgairement lombric. — C'est l'espèce qu'on rencontre le plus fréquemment dans l'homme: aussi est-elle connue dès la plus haute antiquité. Les intestins grêles paraissent son siège habituel. On la rencontre souvent dans l'estomac , dans le gros intestin et même dans 1 œsophage , mais elle ne tarde pas alors à être expulsée. Il n'est pas trèsrare de voir des ascarides lombricoides sortir par les fosses nasales.
Caractères génériques. — Corps cylindrique (lombricus teres ), d'un rose plus ou moins foncé , aminci à ses deux extrémités , un peu moins du côté de la queue ,cauda obtusiacula ; corps sillonné de chaque côté, corpus utriiiq'ie suLcaiiim. La tête se reconnaît à une dépression surmontée de trois valvules. Les deux sexes sont séparés : le mâle se distingue de la femelle par sa queue, qui est recourbée : un double pénis sort quelquefois immédiatement au dessus de l'extrémité caudale , du côté de la concavité. Les organes de la génération de la femelle sont les conduits blancs, faciles à voir à travers la transparence de l'enveloppe; leur couleur tranche avec celle du canal intestinal qui est brunâtre.
Les lombrics sont ovipares ; leur longueur ordinaire est variable depuis six jusqu'à quinze pouces , mais on en rencontre qui n'ont qu'un pouce et demi de long ; leur diamètre est de deux à trois lignes.
Espèce deuxième. Ascaride vermiculaire. — Nommé dans ces derniers temps oxyure , oxyure vermiculairc par Rudolphi et Bremser , qui en font une espèce distincte des lombrics et lui ont assigné sa véritable place zoologique. Ces helminthes , connus dès la plus haute antiquité , se trouvent dans le gros intestin, surtout dans le rectum, et il est douteux qu'on les ait rencontrés ailleurs. Cependant Bremser dit en avoir vu dans le cœcum : on les observe plus fréquemment chez les eufuns que chez les adultes. J'ai été consulté par un malade
ENTOZOAIRES.
ENTOZOAIRES.
âgé <le cinquante ans qui en était horribremenl toarrâenté. Bremsei'a connu un vieillard de quatre-vingts ans qui en rendit jusqu'à {a mort.
Chracièi-es' génériques. — Vermiculaires , comme leur nom l'indique; oviparçs. Le mâte (suivant ËVemser , qui le premier l'a distingué de la femelle) a une ligne et demie de longueur; la femelle quatre à cinq lignes. Sa tête est obtuse , vesiculaire et traversée par un tube droit , qui n'est autre chose que Koesoplsage. La queue se termine par une extrémité i\ déliée qu'on a peine à. l'apercevoir ; elle est contournée en spirale chez le mâle, droite chez la femefle.
Espèce troisième. Tricocéphate , tviclxiure. — Cette espèce n'est connue que depuis la fin du siècle dernier; son histoire se rattache à celle de la fièvre muqueuse de Gœttingue, si bien décrite par Rœderer et Wagler, qui désignèrent cet helminthe sous le nom de trichiure. Il occupe ordinairement le gros intestin, et plus particulièrement le voisinage de la valvule iléo-ccecalc. J'en ai trouvé quelquefois dans l'intestin grêle. J'ai même fait dessiner (Anat. patholog. . avec figures , 8» livraison) un de ces vers adhcrens à une escharre gangréncuse de la fin de l'intestin grêle près la valvule. Il n'est pas d'épidémie d'entérite folliculeuse aiguë où je n'aie rencontré un nombre plus ou moins considérable de cette espèce d'helminthe. On l'observe très-souvent chez les fe mmes de la Maternité mortes de péritonite puerpérale..
Bremser dit qu'il existe dans presque tous les cadavres d'homme. Je puis assurer que je l'ai vainement cherché dans un grand nombre de cas ; rarement sont-ils en trés-grand nombre. Cependant Rudol|)hi dit en avoir vu plus de luille chez le même individu. Si les auteurs ne font pas plus souvent mention de tricocéphales rendus avec les selles , c'est que les helminthes échappent aisément par leur petitesse aux recherches de l'observateur.
Caractères génériques. — Long d'un pouce et demi à deux pouces, capillaire dans la plus grande partie de sa longueur , environ les quatre cinquièmes, parte capillari lon^issimd ; la tèle occupant cette extrémité capillaire n'a pas pu être étudiée , en raison de sa ténuité, capiie acuio indistmcto : le mâle, plus petit que la femelle, se reconnaît à ce que la partie renflée est spiriforme, tandis qu'elle est presque droite chez la femelle , corpore maris spiraliter involulo ,fœminœ subrecto ( Kudolphi ).
Espèce quatrième. Tceiiia , tœnia soliuin ; ver solitaire , tœnin à longs anneaux , tœnia cucurbitain. — Le tœnia est connu dès la plus haute antiquité sous le titre de lombricus teres ou tœnia solium : on l'appelle improprement ver solitaire; ie dis improprement , car on en trouve souvent plusieurs chez l'homme , de même que chez le chien , où uu nombre quelquefois considérable de taenias sont enlacés les uns dans les autres. Bremser croit que personne n'a encore vu un lœnia entier, parce que les dernières articulations, chargés d'œufs fécondes, se détachent et sont évacuées avant le complet développement des articulations qui avoisinent la tête. On a porté la longueur du tœnia jusqu'à trente et même cinquante aunes. Mais il est probable que les auteurs qui ont fait ce calcul , ou bien ont ajouté plusieurs vers les uns 'a la suite des autres , ou bien ont fait la somme de toutes les portions de ver rendues à diverses époques. C'est ainsi que Hufcland parle d'un enfant qui a rendu trente aunes de tœnia dans l'espace de six mois. Le plus long que possède Bremser a vingt quatre pieds. Robin , cité par Bremser, raconte qu'il trouva sur le cadavre d'un individu un lœnia reployé sur lui même qui s'étendait du pylore à sept ou huit pouces de l'anus, en parcourant toute la longueur des intestins ; ce tœnia avait trente pieds de long, y compris plusieurs pieds que le malade avait rendus.
La largeur du tœnia varie depuis un quart de ligne jusqu'à trois ou quatre lignes. Quelquefois demi-transparent , à raison de son peu d'épaisseur ; il est souvent opaque. Au reste, dans l'appréciation de ses dimensions, il faut toujours avoir égard à l'état de contraction ou à l'état de flaccidité dans lequel se trouve l'animal.
La tête est très-petite et ne peut être vue qu'à l'aide d'une forte loupe ; cependant quelquefois on peut la voir à l'œil nu. Cette tête est toujours pourvue de quatre suçoirs , qu'Andry regardait, avec ses prédécesseurs , comme autant d'yeux.
Au centre de ces quatre suçoirs se trouve quelquefois un disque pourvu de crochets, disque que, suivant Bremser, l'animal perdrait en vieillissant. Au reste, la grande ténuité de la tête explique pourquoi il est si rare qu'on l'obtienne intacte , d'après l'expulsion de cet helminlhe.
Le col , de largeur variable , est dépourvu d'articulation et déprimé. Le corps est articulé : chaque fragment est quadrilatère ; les plus voisins du col sont plus larges que longs , à mesure qu'on s'éloigne du col , ils deviennent beaucoup plus longs que larges. Au reste, il s'en faut bien que tous les fragmens se ressemblentexactement : ce qui tient , au moins en grande partie , à ce qu'ils sont inégalement contractés ou relâchés ; car la locomotion de ces animaux consiste uniquement dans le reserrement, suivant la longueur, aussi bien que dans le sens de la largeur.
Sur les bords d'un nombre plus ou moins considérable d'anneaux , on voit tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, des ouvertures qui ne sont autre chose que les orifices des oviductes. On n'a pas encore trouvé d'organes sexuels mâles dans le tœnia de 1 homme.
Ce sont les derniers fragmens ou anneaux chargés d'œufs fécondés du tœnia qui, détachés du reste du ver, et rendus isolément, constituent ce qu'on appelle vers cucurbiiains , vers dont on avait fait une espèce particulière.
Les naturalistes ne possèdent, sur la reproduction du tœnia , sur la chute et sur la réparation de ses anneaux, que des idées fort vagues. Chaque anneau paraissant tout-à-fait semblable aux anneaux qui précèdent et qui suircu t , il
sembïe qu'on doive considérer le taenia comme formé pal' faccoITemcnt d'une série d'animaux de la même espèce. Cette opinion , que Blumenback avait d'abord soutenue , a été réfutée par les naturalistes et par Blumenback lui-même , et on pense généralement que le tœnia se forme de prime abord en entier, mais que les articulalioas les plus voisines de la queue se développent et se détachent les premières. On ignore le temps nécessaire pour le développement complet du tœnia.
Comme variétédu ver solitaire, au moins sous le rapport médical, je placerai le tœnia large, tœnia à anneaux courts, bothriocéphale de Bremser. Plus large que le tœnia ( Rudolphi eu possède un dont les anneaux ont un pouce de largeur) , sa longueur la plus habituelle est de 20 pieds. Boerhaave assure qu'il a fait rendre à un Russe un ver de cette espèce , qui avait 300 aunes de long. La tête du bothriocéphale est allongée , creusée de deux dépressions latérales , que l'on croit être la bouche. On ne trouve pas de col , c'est-à-dire la partie qui fait suite à la tète et (jui n'est point articulée. Les articulations antérieures de l'animal ressemblent à des rides; les articulations postérieures sont bien dislin'.tes. Enfin, les ouvertures qui , dans le tœnia ordinaire, occupent les bords des pièces articulées , occupent ici le centre de ces pièces. On aperçoit quelquefois un dard qu'entourent les oviductes, ainsi qu'on s'en est assuré à l'aide d'un fort microscope. On voit que ces différences sont assez tranchées pour justifier Bremser d'avoir fait du bothriocéphale un genre particulier. Joignez à cela que cette espèce d'helminthe semble attaquer presque exclusivement les Russes , les Polonais, les Suisses et quelques parties de la France, tandis que le tœnia à longs anneaux séjourne dans les intestins grêles des autres nations européennes et des Égyptiens.
§ II. Les helminthes du canal alimentaire et tes entozoaires en général , ne sont point des vers tenus du dehors qui auraient subi des transformations adaptées au milieu nouveau dans lequel ils sont plongés : il est probable qu'ils s'engendrent, soit spontanément , soit par germes , qui trotteraient seulement là les conditions de leur déi'eloppement. Il n'est cutcun insecte qui puisse pénétrer dans le corps humain à l'état de lan'C, et en être expulsé à l'état de chenille.
La question de la génération des vers intestinaux , si intéressante pour le naturaliste, auquel elle fournit un champ d'observations immense, mais difficile, ne l'est pas moins pour le médecin qui, malgré ses mécomptes habituels dans l'étude de l'étiologie , se sent toujours pressé par le besoin de remonter des phénomènes morbides à leurs causes.
Or, comment se produisent les vers intestinaux ? 'Viennent-ils du dehors , sont-ils formés au dedans de nous? Sont-ils dus au développement de germes , ou bien le produit d'une génération spontanée ! Un mot sur chacune de ces questions litigieuses.
Plusieurs auteurs, à la tête desquels se place Linnœus , pensent que les vers intestinaux ne sont autre chose que des vers terrestres ou aquatiques avalés soit en nature, soit à l'état de germes ou d'œufs. Pour que celte opinion eût quelque fondement, il faudrait qu'on retrouvât hors du canal alimentaire de l'homme et des animaux des vers tout-à-fait semblables à ceu.x qu'on rencontre dans ce canal , et c'est en effet ce que prétend Linnœus avec tous les fauteurs de cette opinion. Mais si , à l'exemple de Bremser, qui a consacré douze ans de sa vie à l'étude des entozoaires, on analyse sévèrement tous les faits invoqués, on verra qu'ils sont vagues , mal observés , incomplets , et fournis par des hommes peu ou nullement versés dans l'helminthologie ; en sorte que nous pouvons regarder comme une proposition physiquement démontrée que jamais on n'a rencontré hors du corps de l'homme et des animaux des vers semblables aux vers intestinaux , à moins qu'ils n'aient été déposés par l'homme et les animaux. Et réciproquement jamais on /l'à rencontré viuans , dans le corps de l'homme et des animaux , des vers terrestres et aquatiques à moins qu'ils n'y aient été introduits immédiatement
Mais ne serait-il pas possible (et c'est là l'opinion soutenue par Boerhaave ) que les vers aquatiques et terrestres introduits en nature , se trouvant dans un milieu différent , dans des conditions extérieures toutes nouvelles , subissent des métamorphoses qui , à tout prendre , ne seraient pas plus extraordinaires que celles connues des insectes et de la grenouille ? Sans prétendre nier l'influence des circonstances extérieures sur tout ce qui a vie, je dirai avec M. Edwards que cette influence est subordonnée à l'action toute-puissante de la race ou de l'espèce ; or , lo il n'y a aucun rapprochement naturel à établir sous le rapport de la structure entre les vers intestinaux et les vers qui vivent dans la terre ou dans l'eau; 2° pourquoi les mêmes espèces d'helminthes ne se rencontrent-elles pas dans toutes les espèces animales , et pourquoi chaque espèce au contraire présente-t-elle des vers intestinaux qui lui sont propres? 3» pourquoi , dans le même animal, la même espèce d'helminthes occupé-telle constamment telle ou telle portion de son canal alimentaire? 4» comment se fait-il , dans l'hypothèse que je combats , que le ver intestinal meure presque immédiatement après sa sortie du canal alimentaire, de même que le ver terrestre ou aquatique meurt presque immédiatement après son introduction dans les voies digestives ? 5° comment expliquer la reproduction , en quelque sorte illimitée, des vers intestinaux, si le corps de l'animal n'était pas le milieu pour lequel ils sont destinés ? 6° enfin , comment concilier l'hypolhèse de l'introduction des vers dans l'intérieur du canal alimentaire avec la présence des vers dans le fœtus , présenée qui a été constatée par plusieurs observateurs dignes de foi.
Il suit de cette discussion que les vers intestinaux ne sont point des vers terrestres ou aquatiques qui auraient subi de grandes modifications par suite du milieu dans lequel ils sont plongés.
ENTOZOAIRES.
ENTOZOAIBES.
Mais, de même que certaines larves d'insectes iniroduites à l'étal d'œuf avec les matières alimentaires de certains animaux, trouvent la, seulement, les conditions de leur développement, ne serait-il pas possible que les vers intestinaux fussent le résultat de l'introduction de germes spéciaux qui , dans toute autre circonstance , meurent ou languissent ?
Cette question m'a été suggérée par le fait suivant : Un médecin des environs de Paris (M. le docteur Géiy , médecin à Donne-Warie, Seine-et-Marne) m'adressa, il y a plusieurs années , une très-giosse chenille qu'il disait avoir été rendue avec les matières fccales par un homme d'un esprit très-distingué et, en général , très-bon observateur. iM . le docteur Géry chercha d'abord à dissuader M. D.... tie cette idée; mais celui-ci lui ayant affirmé que le vase île nuit était parfaitement propre, qu'il élait impossible qu'un animal de celte espèce se fût introduit dans le vase penilant qu'il allait à la selle, et se (utenfin insinué jusque dans l'épaisseur des tnaticres dures, INI. Géry, à demi persuadé, voulut connaître mon opinion à et égard. Je counnuniquai l'insecte a la bociété anatomique, qui le conserve encore dans ses collections ; et ce fait ilcvint le sujet d'une discussion fort intéressante. Plusieurs membres s'élevèrent c?<uitre la qualification A'entozoaira qui avait été donnée à cet animal par l'observaleur, et n'y virent rien autre chose que la chenille d'un spliyux, qui s'était fortuitement introduite dans levasede nuit; et bien que I\l. D.... affirmât (pic la chenille était contenue dans l'épaisseur d'un boudin stercoral, dont il l avait dégagée 'a l'aide d'un morceau de bois, je partageai complètement l'opinion de la société. M. Jides Clocjuet fut prié de nous donner son avis à cet égaril ; et voici la note qu'il nous adressa : i< L'animal, qui m'e^t présenté est la chenille » d'un sphynx parvenue à son parfait développement et prête à se transformer » en chrysalide. Si elle a été reiuhie par le vomissement étant encore vivante , n elle a dù être avalée immédiatement avant dèire rejetée par le malade qui » iait le sujet de l'observation. Si cet insecte a été réellement avalé, on ne » peut supposer que ce soit par mégarde, à raison de son volume , ni que ce » soit lorsque sa larve était peu développée, parce <[uc son organisation » s'oppose à ce qu'elle puisse vivre et s'accroître dans le canal intestinal, o
Sans doute , voilà la solution la plus raisonnable, celle qui est le plus en harmoîiie avec 1 étal de la science. Néanmoins cette question ne me parait pas encore décitlée , et l'analogie semble la résouilre par l'affirmative. On sait, en effet, qu'il est un genre d insectes de l'ordre des dj'ptcres, connu sous le nom à''œslres j qui déposciil leurs œufs sur la peau, dans l'épaisseur de la j)eau , ou au voisinage de l'ouverture des cavités naturelles d'un certain nombre d'animaux, tous herbivores, tels que le bœuf, le cheval, le mouton, etc.; que ceux de ces œufs qui sont dé|)osés dans l'épaisseur de la peau trouvent, au milieu du pus dont ils provoquent la sécrétion, les matériaux nutritifs qui sont adaptés à leur organisation ; que ceux qui sont introduits par l'hCtion de léclier dans la cavité buccjjisa sont portés par la déglutition juscjue dans l'estomac ; que les œufs deviennent larves ou chenilles; que celles-ci s'attachent aux paiois de l'œsophage , de l'estomac , et rarement aux parois intestinales , à l'aide des espèces de tarières dont elles sont armées, se détachent spontanément, et sont rendues par les selles lorsqu'elles ont subi leur complet développement , et sont devenues aptes h une nouvelle métamorphose. Qui n'a vu l'estomac du cheval hérissé d'une multitude de ces larves, non-seulement dans sa portion revêtue d'épiderme ou spléiiique, sur laquelle ils s'implantent le plus habituellement , mais encore dans sa portion pylorique?
Pourquoi l'homme ne présenterait-il pas les mêmes phénomènes ? Croil-on qu'il n'avale pas, avec ses alimens, un grand nombre d'œufs d'insectes ? et supposc-t-on que ses organes digestifs aient constamment la propriété soit d'assimiler, soit de détruire, soit enfin d'expulser avec les fèces ces œufs qui ne trouvent pas dans le canal alimentaire les conditions de leur dévelo|ipemenl ? Cela est possible , mais cela n'est pas démontré d'une manière rigoureuse. Observons donc sur de nouveaux frais.
Puisque les helminthes intestinaux ne viennent pas du dehors, il faut qu'ils soient formés au dedans de nous. Or, le sont-ils par génération spontanée ? le sonl-ils par œiifs ou germes , en de cet axiome de Harvey : omne vifiwn
ex ovoj auquel M. Okcn a substitué celui-ci : nullurn v'n^ium ex oco .■ onirie vii'um e vivo ?
Celte question touche à ce qu'il y a de plus relevé en zoologie , et nous ne possédons pas assez de données pour la résoudre d'une manière satisfaisante. Voici la solution qui me paraît la plus probable. Tout liquide dans lequel a macéré pendant un temps plus ou moins long une substance végétale ou animale , ne tarde pas 'a se charger d'une quantité plus ou moins considérable de globules organiques , lesquelles se meuvent en tous sens comme par une force propre , toul-'a-fait indépendante de la force de gravité ; ces globules sont plus ou moins agiles et représentent assez bien les globules du sang , lesquels se meuvent avec une si grande rapidité. La dessiccation seule arrête le mouvement des globules , l'humectalion le leur rend. Si la macération est plongée , aux globules organiques succèdent des animaux infusoires , semblables aux têtards de la grenouille, qui jouissent d'une locomotion extrêmement remarquable , ont une volonté, fuient un obstacle, s'évitent les uns les autres, ne se choquent jamais, en un mot , paraissent doués d'une vitalité Irès-développée. C'est un lies plus beaux spectacles qu'il soit donné à l'homme de contempler , que ce monde microscopique , ces globules vivans , ces animaux infusoires qui semblent le résultat de l'agglomération de certain nombre de globules. Je ne m'étonne nullement que les savans qui se sont occupés de ce genre de recherches aient cru voir dans ces phénomènes le secret de la vie.
La formation des êtres par voie de génération, c'est-à-dire par im germe détaché d'un autre individu, satisf.iit pleinement l'esprit; c'est la voie îîi plus
habituelle de reproduction, la seule qu'on observe dans les animaox élevés ; mais les animaux aussi inférieurs que ceux dont il est question ici , les parasites du règne animal et du règne végétal, la moisissure, la matière verte de Priesllcy, les infusoires, les champignons , les lichens , les vers intestinaux, les cirons, les pous , me paraissent se former de toutes pièces dans des circonstances déterminées : au reste, je ne donne celte explication que comme une manière de voir, m\ à-priori. La preuve positive ne pourrait s'acquérir que par 1 observation directe de la formation et du développement des entozoaires ; mais quoi que nous fassions , nous ne pouvons , dans nos observations , franchir l'intervalle (pii sépare les animaux infusoires des animaux plus composés.
liudolphi et Bremscr me paraissent avoir observé des helminthes imparfaits , ou peut-être autre chose que des helminthes , lorsqu'ils ont cru reconnaître les diverses phases du développement de ces animaux.
Quant à l'opinion émise par un auteur allemand, qui regarde les vers intestinaux comme le produit de l'allongement des villosités intestinales , lesquels se tlelacheraicnt après avoir acquis une vie indépendante, elle ne peut être considérée que comme une vue ingénieuse de l'esprit , entièrement démentie par l'observation.
§ m. Les hehnirithes intestinaux reconnaissent , pour cause éloignée, une (issunilalion incomplète de matériaux nutriiifs surahonclans.
Laissant de côté la cause formelle de la production des helminthes intestinaux , cause formelle i[ue nos moyens d'investigation ne pourront peut-être jamais atteindre, étudions les causes éloignées tle celte production; car, ces causes étant connues, nous pourrons les conjurer ou les atténuer , et établir ainsi sur des bases solitles et le traitement prophylactique et le traitement cuiatif.
Je regarde , comme cause prédisposante des vers, le défaut d'équilibre entre les forces assimilatrices du canal disgeslif et les alimens ingérés ; or, ce défaut d'équilibre peut résulter tantôt du canal digestif lui-même . tantôt de la qualité et de la quantité des alimens, tantôt de ces deux causes à la lois.
I/influence , sur la production des vers , d'un climat froid et humide , d'une habitation froide et humide, ne saurait être révoquée en doute. Voyez la Hollande ; voyez encore toutes les localités qui réunissent ces deux conditions , le froid et l'humidité. J'ai voulu constater les causes d'une épizootie meurtrière qui emportait la majeure partie des bêles à laine et des bêtes à cornes du département de la Haule-Vienne (c'était pendant un hiver remarquable par l'abondance des pluies) : l'amaigrissement et la mort étaient le résultat de la présence de vers hépatiques (douves du foie), et la formation de ces vers était évidemment due à des pâturages humides et à des fourrages malsains.
Si les cnfans sont plus exposés aux vers que les adultes et les vieillards , cela tient à ce que chez eux les forces digeslives sont moins actives , l'assimilation moins parfaite, ou mieux encore, à une alimentation trop abondante et trop aqueuse. Je ne connais aucune habitude plus funeste à l'enfance que celle de ne point régler les heures de repas. Dans certains pays , la maladie vermineuse est endémique chez les enfans, parce que , indépendamment du froid et de l'humidilé, les digestions s'accumulent pour ainsi dire sans se parfaire jamais ; ce sont en général des farineux , des fruits , des alimens de mauvaise cjualfté qui remplissent les intervalles des repas ordinaires : aussi voyez tous ces enfans revêtir bientôt le cachet du tempérament lymphatique, lors même qu'ils seraient nés avec un tout autre tempérament, rendre des matières fécales en abondance , souvent liquides, et très-souvent mêlées de vers. J'ai pralic[ué la médecine dans un pays où les enfans des pauvres, relégués dans certains quartiers isolés, viennent faire leurs excrémens sur le pas île la porte; or, en traversant ces quartiers, j'ai été souvent frappé de la grande quantité de vers contenus dans leurs matières fécales. Cela ett si vrai, qu'il n'est pas d'enfant dans ce pays auquel ou ne fasse prendre de vermifuge tous les quinze jours, ou au plus tard tous les mois.
L'influence de la mauvaise qualité n'est pas moins funeste que celle de la trop grande quantité des aliuK us; c'est pour cette raison que les enfans des pauvres sont bien plus souvent tourmentés par les vers que les enfans des riches. Un grand nombre de chiens destinés à des expériences étaient exclusivement nourris de pain bis et d'eau (j'en ai conservé pendant si.x mois avec cette seule nourriture) : on ne se fait pas d'idée de la quantité de taenias que j'ai rencontrés dans leur canal alimentaire; la presque totalité de leur intestin grêle en était obstruée. Chargé pendant plusieurs années du service médical d'une maison d'aliénés, j'ai souvent été frap[)é de l'énorme quantité de vers que contenait le canal alimentaire des idiots. Mais jamais je n'en ai vu davantage que chez une idiote épileptiquc qui nningeait jusqu'à ses matières fécales; tout l'intestin grêle en était rempli ; ces vers formaient en outre des boules ou pelotes qui oblitéraient i'inlestin. J'en remplis un grand bassin , il y en avait plus de mille.
Y a-t-il des alimens C{ui favorisent plus particulièrement la production des vers ? On a ài). le lait, le beurre, le fromage ; on a dit les fruits verts, les h'gumes , les farineux, les substances végétales. Je crois qu'il n'y a rien d'absolu à cet égard ; que tout est relatif au climat, à la constitution, aux habitudes, au genre de vie , à la force digestive de l'individu. Toujours est-il constant (jue des alimens légèrement stimulans peuvent, en activant les forces digeslives, s'opposer à la production des vers. Une certaine quantité de vers ayant été produits, il est probable qu'ils peuvent se multiplier infiniment par voie de génération, même en l'absence des causes productrices ordinaires : au moins , cet te manière de voir est une conséquence nécessaire de la présence d'organes sexuels chez les animaux.
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On ne saurait donc révoquer en doute cette proposition : que la production des vers est le résultat d'une assimilation incomplète des substances alimentaires. On peut en quelque sorte les produire ou les supprimer à volonté, Suivant que l'on place les individus dans telle ou telle condition , ou qu'on les soustrait a telle ou telle influence.
D'après ce qui précède, on conçoit comment , dans certaines conditions hygiéniques , la production des vers a dû être générale; comment toutes les maladies de la saison ont dû se compliquer de vers : de là , les épidémies de maladies vermineuses décrites par divers observateurs, qui ont fait jouer à ces parasites un rôle exagéré , et leur ont même assigné la première place dans la série des phénomènes morbides. Dans une épidémie d entérites tolliculeuses aiguës que j ai observée en 1816, tous les malades rendaient une plus ou moins grande quantité d'ascarides lombricoïdes.
§ IV. Les helminthes ne révèlent leur présence par aucun symptôme propre. Leur sortie ou celle de quelques fragmcns d'helminthes , voilà le seul signe caractéristique. Il n'est pas prouvé qu'il existe des maladies vermineuses essentielles. Diagnostic différentiel des quatre espèces d'helminthes intestinaux.
La présence des helminthes intestinaux ayant été constatée dans un grand nombre de cas morbides obscurs dont les symptômes dominans partaient soit du système digestif, soit du système nerveux, soit même des autres appareils organiques , beaucoup de praticiens ont regardé ces parasites comme cause de tous les symptômes : et les raisonnemens à perte de vue , et les faits eux-mêmes n'ont pas manqué pour appuyer cette manière de voir. Ainsi , des ascarides lombricoïdes ayant été rencontrés chez plusieurs individus morts de tétanos , d'hydrophobie , même d'hydrophobie par morsure , de chorée , de manie (car on a admis une manie vermineuse ), d'apoplexie, dans un accès d'épilepsie, etc.; c'est à la présence de ces vers qu'on a rapporté ces diverses maladies. Des vers ayant été rencontrés dans certaines épidémies d'entérite folliculeuse aiguë ( fièvre putride des anciens ) , ou a cru trouver dans les vers la cause matérielle de la maladie, d'où le nom de fièvres putrides vermineuses. Enfin , quelques individus ayant succombé sans lésions organiques manifestes, on n'a pas craint d'attribuer la mort à quelques vers trouvés dans le canal alimentaire. Quen'a-l-on pas dit sur l'irritation des houppes nerveuses intestinales par les vers qui s'attachent , qui mordent , qui perforent , et pénètrent dans la cavité du péritoine? Et d'un autre côté , il s'est rencontré des auteurs qui regardent la présence des vers dans le canal alimentaire, non-seulement comme inoffepsive, mais encore comme salutaire : car, disent-ils, ces vers se nourrissent du résidu des substances nutritives, en débarrassent l'économie , ainsi que des mucosités surabondantes , stimulent le canal digestif par leurs mouvemens , et favorisent l'exercice de toutes les fonctions. Cette dernière opinion sent tout-à-fait le naturaliste ; et en effet elle est de Goèze , qui, dans son admiration pour ce vaste univers et surtout pour l'homme, le chef-d'œuvre de la création , cherche à prouver que tous les êtres créés l'ont été pour l'homme , parce que tous ont une utilité directe ou indirecte relative à l'homnie, voir même les helminthes. Mais, pour peu que nous descendions dans le domaine des faits matériels , nous verrons que, si une grande quantité d'helminthes ont pu, nombre de fois , séjourner impunément dans le canal alimentaire , et même ne manifester leur présence par aucun symptôme morbide, il est arrivé bien plus souvent encore que des aceidens plus ou moins graves ont cédé immédiatement après la sortie provoquée ou naturelle d'un nombre plus ou moins considérable de vers. Mais ici se présente une distinction importante à faire entre le médicament vermifuge et les vers : car le vermifuge peut guérir par toute autre propriété que par sa propriété vermifuge ; c'est ainsi qu'on lit dans les observateurs des exemples nombreux de coliques habituelles, d'épilepsie, de chorée, de dépérissement, de langueur de toutes les fonctions , d'hystérie 4'te vermineuse, de convulsions dites vermineuses , de vomissemens dits vermineux , de hoquet, etc., qui ont disparu par l'emploi des vermifuges sans évacuation appréciable des vers qu'on suppose avoir été rendus par fragmens.
Mais ce qui jette et jettera probablement toujours le voile le plus impénétrable sur les aceidens produits par les vers , c'est la difficulté de faire la part des symptômes qui tiepnent aux vers et de ceux quj tiennent à d'autres causes concomitantes. De telle sorte que, à l'exception d'un très-petit nombre de cas où des symptômes locaux ont été produits mécaniquement par le fait de la |)résence de boules vermineuses , jl est impossible de çiter une seule observation bien positive de maladie vermineuse proprement dite. Et à côté des cas où l'expulsion spontanée ou artificielle d'une quantité plus ou moins considérable de vers a fait cesser subitement tous les symptômes , à côté d'autres cas où l'autopsie a constaté pour toute cause matérielle la présence d'un grand nombre de vers dans le canal alimentaire , on pourra toujours citer un grand pombre d'observations où la présence d'une multitude innombrable de vers n'a entraîné aucune espèce d'accident. Donc, les aceidens rapportés dans les autres cas peuvent tenir à toute autre cause.
D'après cela, on conçoit combien est étroite cette médecine de l'enfance qui consiste à rapporter toutes les maladies de cet âge de la vie soit au.x dents , soit aux vers. Que d'accidens , que d'inQammations du canal alimentaire produites ou aggravées par la funeste habitude de prodiguer les vermifuges à la moindre indisposition des enfans , au moindre ver qu'ils rendent, soit par la bouche , soit par l'anus !
Nous ne pouvons donc, dans l'état actuel de la science, admettre des maladies vermineuses proprement'dites , c'est-à-dire des maladies qui seraient le résultat exclusif de la présence des vers dans le canal alimentaire; nous admettrons seu-
PiCT. DE MÉDECINE ET DE ChIKCRGIE PRATIQUE.
lement des symptômes vermineux ; et bien qu'il n'y ait rien de bien caractéristique dans ces symptômes , bien que, au contraire , ils soient tous plus ou moins vagues ,nous devons les connaître, les méditer pour les faire entrer en ligne de compte dans le calcul des probabilités que nous devons faire à l'occasion de chaque maladie ; la médecine a son côté positif et son côté conjectural, et ce serait une erreur funeste que de ne vouloir s'occuper que de la partie positive de la science , car ce qui est conjectural aujourd'hui pourra devenir positif demain.
On donne pour signes, sinon caractéristiques , au moins probables, de la présence des vers intestinaux , les symptômes suivans :
Pâleur ou teint plombé de la face ; bouft'ées de chaleur et de rougeur ; yeux ternes; pupilles dilatées, quelquefois strabisme; démangeaison aux narines , éternuement , odeur aigre de la bouche; anorexie ou appétit désordonné, bizarre; nausées , vomissemens , douleurs, coliques plus ou moins violentes (coliques vermineuses ); urines troubles et lactescentes, dépérissement plus ou moins prononcé , grincemens de dents pendant le sommeil, convulsions partielles et générales , délire; cécité, surdité temporaire, et divers symptômes cérébraux qui simulent plus ou moins les maladies cérébrales de l'enfance.
Parmi ces symptômes, les uns siègent dans le canal alimentaire, les autres sont sympathiques ; tous sont vagues : pris en particulier , ils ne disent rien ; groupes, ils forment un ensemble de probabilités qui n'arrive jamais jusqu à la certitude. La certitude de la présence des vers , on ne l'acquiert que par un fait matériel, par l'expulsion spontanée ou provoquée des vers soit vivans soit à demi putréfiés. Mais autre chose est de constater la présence des vers intestinaux , autre chose est de déterminer le rôle qu'ils jouent dans les maladies.
Comme il arrive tous les jours que des helminthes existent en nombre assez considérable sans manifester leur présence par aucun symptôme; comme, d'une autre part , les symptômes ci-dessus ont existé en l'absence de toute espèce d'helminthes , absence qui a été constatée après la mort comme pendant la vie, on a pensé ( Bremser) que la maladie vermineuse devait être soigneusement distinguée de la présence des vers; que la maladie vermineuse consistait dans un trouble des fonctions digestives qui a pour résultat ime accumulation de substances propres à la formation des vers ; que , d'ailleurs , les vers peuvent exister ou ne pas exister sans que la maladie vermineuse soit en aucune façon modifiée. La distinction est un peu subtile , elles maladies vermineuses sans vers me paraissent devoir être placées à côté des variolœ sine variolis de Sydenham.
L'obscurité du diagnostic des vers intestinaux a été souvent la source d'erreurs pratiques excessivement graves. Ainsi , on a vu des hommes de l'art accuser la présence des vers là où ils avaient affaire à une hydrocéphale ventriculaire aiguë , aune arachnitis aiguë et chronique, tandis que d'autres ont attribué à des maladies cérébrales commençantes des symptômes qui ont cédé à l'évacuation des vers intestinaux.
Pour se faire une idée de ce que peut la prévention sur les esprits les plus éclairés d'ailleurs, j'engage le lecteur à lire et les observations du docteur Ortassin, qui fajt des vers intestinaux le pivot de toute la pathologie, et plusieurs faits consignés dans l'ouvrage de Bremser (p. 664); là, on verra qu'il s'est rencontré des praticiens qui n'ont pas hésité à rapporter la mort, suite de violences extérieures, la mort subite elle-même, à la présence des vers intestinaux.
Les vers peuvent-ils par leur présence enflammer le canal alimentaire ? Quelques faits semblent le prouver ; mais des faita bien plus nombreux nous attestent l'innocuité de leur présence; en sorte qu'on est toujours en droit de se demander si , dans les cas de co-existence d'inflammation et de vers , il y a relation de cause à effet ou bien simple coïncidence. Il est même des praticiens d'un grand mérite qui pensent que, dans ces cas , lors même qu'on arriverait à un diagnostic aussi exact que possible, il faudrait négliger les vers pour s'occuper de la phlegmasie.
Les symptômes de l'iléus et d'un étranglement interne, bien plus , l'étranglement dans les hernies , ont été attribués , dans quelques cas , à la présence des vers intestinaux dans le canal alimentaire. Wedekind a même publié une dissertation intitulée : De l'étranglement dans les hernies occasioné par des vers. Ce dernier auteur pousse la subtilité jusqu'à admettre un étranglement x'ermineux spasmodique et un étranglement vermineux par obstruction. Il est certain que l'accumulation d'un grand nombre de vers dans l'intestin déplacé pourrait entraîner les mêmes inconvéniens que l'accumulation des matières fécales; encore , suivant l'observation de Bremser, ces vers seraient-ils bien plus faciles à réduire que les matières fécales , à cause de leur ténuité , de- leur forme , de leur mobilité , de leurs mouveraens propres , de la surface lisse de leur corps.
Diagnostic différentiel. — Cela posé sur le diagnostic des helminthes intestinaux considéré d'une manière générale , disons s il existe quelques symptômes spéciaux pour chacune des quatre espèces que nous avons admises; c'est à l'ascaride lombricoïde que s'appliquent la plupart des symptômes que j'ai indiqués comme caractéristiques de la présence des vers. Il paraît que leur présence dans l'estomac est presque constamment suivie d'efforts de vomissemens.
Uascaride vermiculaire ou oxyure vermiculaire est de toutes les espèces la plus facile à reconnaître , et celle qui , de toutes peut-être , occasionne les plus graves aceidens ; "l'oxyure en effet réside plus spécialement dans les plis de l'extréoiité inférieure du rectum ; il détermine des démangeaisons très-vives dans cette région, et quelquefois d'atroces douleurs. J'ai donné mes soins à un enfant de 9 à 10 ans qui était réveillé toutes les nuits à la même heure par des douleurs intolérables à la région de l'anus ; ce malheureux enfant poussait des
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cris , se comprimait le fondement , et se traînait dans l'appartement. La périodicité de ces douleurs me fit d'abord penser à une fièvre intermittente: je lui administrai le sulfate de kinine en potion , puis eu lavemens , mais sans effet; j'eus l'idée que ces douleurs périodiques pouvaient tenir à des oxyures : je priai de m'envoyer chercher à l'heure de la douleur; j'examinai Tanus, et je trouvai au fond des plis plusieurs de ces petits animaux, qui s'agitaient avec beaucoup de vivacité. Un peu d'onguent gris posé sur l'anus pendant plusieurs jours enleva les douleurs avec la cause. Quelques années après, les douleurs s étant reproduites , le même moyen les dissipa presque immédiatement. J'ai été depuis consulté pour plusieurs enfans que ces helminthes laissaient parfaitement tranquilles le jour , mais qui , le soir, au moment où ils allaient s'entlorrair, étaient pris de démangeaison, puis de douleurs, qui annonçaient en quelque sorte le réveil de ces hôtes incommodes.
Ou cite des exemples de convulsions ou même d'attaques épileptiformes produites par cette cause.
Il est probable que les oxyures vermiculaires ne produisent d'accidens que lorsqu'ils occupent l'extrémité inférieure de l'intestin rectum, que ces accideiis sont nuls dans le corps du rectum et dans le reste du gros intestin. Ainsi , on cite l'exemple d'individus qui rendent un nombre prodigieu.x. d'oxyures sans avoir jamais éprouvé le moindre accident. J'ai donné mes soins à deux malades qui en rendent habituellement ; le hasard seul les leur a fait découvrir à la surface des matières fécales , où ils se présentent sous la forme d'une poudre blanche. L'un et l'autre avaient usé beaucoup de remèdes pour s'en débarrasser, sans pouvoir y réussir.
Ces petits oxyures passent quelquefois du pourtour de l'anus dans le vagin , où ils déterminent de très-vives démangeaisons et quelquefois une véritable nymphomanie : cela se voit très-communément chez les enfans. Beck a observé ce déplorable résultat chez une femme de soixante-dix ans. Des injections a mères dans le vagin firent évacuer beaucoup d'oxyures et cesser les symptômes.
Les tricocéphales ne paraissent donner aucun signe de leur présence ; la part qu'ils prennent aux symptômes des entérites folliculeuses aiguës ou chroniques, aux fièvres muqueuses de Rœderer et Waglcr est tout-à-fait problématique.
Il en est de même du tœnia ; et si le diagnostic de cet helminthe est regardé comme plus facile , c'est que la présence des portions de tœnia dans les malières fécales ne peut pas échapper à l'examen le plus superficiel.
^ V. Chaque espèce de vers affecte clans le canal intestinal un siège bien déterminé. Les vers intestinaux rencontrés dans les voies aériennes , dans les canaux biliaires , plusieurs de ceux des x-oies génito-urinaires , viennent du canal alimentaire. Les vers trouvés dans la cavité du péritoine ou dans quelques abcès stercoraux j n'y étaient point arrivés en perj'orant l'intestin : la perforatio n avait précédé leur passage.
Nous avons dit que chaque espèce de vers avait dans le canal alimentaire son département bien marqué. Or, il est probable que leur présence doit être plus incommode lorsqu'ils occupent dans le canal alimentaire un département pour lequel ils ne sont pas destinés , que dans le cas contraire.
Cependant quelques auteurs ont beaucoup exagéré les fâcheux effets de ce déplacement : ainsi, par exemple, on a attribué au passage d'ascarides des intestins, où ils séjournaient habituellement, dans l'estomac, des accidens extrêmement graves, et néanmoins il m"est arrivé souvent de rencontrer un grand nombre d'ascarides dans l'estomac d'individus qui pendant leur vie n'a- ■vaient éprouvé aucun symptôme du côté de cet organe. Les vomissemens si intenses auxquels donnent lieu l'étranglement, la péritonite puerpérale, sont accompagnés d'un mouvement anti-péristaltique qui fait revenir dans l'estomac avec une énorme quantité de bile , tous les vers contenus dans l'intestin grêle. On serait quelquefois tenté d'attribuer à la présence de ces vers les vomissemens continuels qui font le supplice de cert;iiiies femmes en couches affectées de péritonite ; mais les vers manquent dans le plus grand nombre des cas.
Le passage des ascarides de l'estomac dans l'œsophage , tantôt produit des accidens graves , tantôt n'en produit que lorsque le ver atteint le pharvnx , d'où il est rejeté par le vomissement. J'ai vu plusieurs fois les vers atteindre l'isthme du gosier, sans avoir préalablement donné aucun signe de leur présence, y produire un chatouillement incommode, le malade, qui avait la sensation d'un corps étranger, introduire deux doigts dans l'arrière-bouche, et arracher un lombric au milieu des nausées qu'excite une horreur naturelle, qu'il faut bien distinguer de l'effet mécanique produit parla présence de ce corps étranger. J'ai vu plusieurs malades chez lesquels les vers lombrics sont sortis par les fosses nasales, au milieu d'efforts de vomissement.
On a même trouvé des ascarides dans les voies aériennes , mais cette introduction me paraît incompatible avec la vie : la glotte violemment contractée , toutes les puissances expiratrices mises enjeu pour chasser la colonne d'air s'opposeraient nécessairement à ce passage. C'est donc après la mort ou peutêtre dans les derniers momens d'une agonie avec asphyxie que des vers ont pu remonter de l'œsophage dans le pharynx et s'insinuer dans les voies aériennes.
C'est encore après la mort , ou pendant l'agonie , que j'admets la possibilité de l'introduction des vers intestinaux dans les conduits hépatiques. On cite dans les commentaires de Leipsick ( Comment. , t. 14,Leip3ick, 1767) un cas où trois de ces vers s'étaient introduits par le canal cholédoque et nichés dans la vésicule du fiel. J'ai consigné aiUeurs { Médecine pratique, avjnt-propos, p. XVI) le fait suivant que j'ai observé en 1820. J'ouvrais le corps d'une femme morte d une pneumonie latente. Je dis à un élève de détacher le foie , qui était très-volumineux. Il me dit qu'il y avait des vers dans ce foie. Je m'approche ,
et je vois avec étonnement que le scalpel avait divisé deux ascarides contenus dans le canal hépatique. Ces deux vers remplissaient les deux divisions du canal hépatique qui occupent le sillon transversal du foie. Trois autres vers étaient logés dans des divisions moins considérables. Du reste, aucune trace d'inflammation , soit dans le foie , soit dans les conduits biliaires. Cette malade n'avait éprouvé aucun symptôme du côté de l'abdomen. Doit-on rapporter à la présence des lombricoïdes dans les conduits hépatiques, les convulsions et la mort dans le cas suivant rapporté par M. Guersent? « Un enfant qui se plaignait de « coliques légères fut bientôt après pris de convulsions qui furent suivies d'une 11 mort prompte; à l'ouverturedu cadavre, nous netrouvâmes aucune altération • » dans le cerveau, dans le prolongement rachidien et dans les organes contenus n dans la poitrine et dans le ventre ; on reconnut seulement que deux ascarides, » de sept à huit pouces de longueur, avaient pénétré par le canal hépatique , et » s'étaient introduits dans les canaux biliaires. Comme les convulsions avaient » immédiatementsuivi les coliques, nous avons pensé que l'introduction brusque 11 et instantanée de ces deu.x animaux dans les conduits biliaires avait été la véri- 11 table cause do ces convulsions. Dans tous les autres cas où j'ai retrouvé des phé- » nomènes nerveux et des convulsions mortelles chez des enfans affectés de vers, il 11 existe évidemment une maladie cérébrale , pulmouaire ou gastro-intestinale, » indépendante delà présence de ces animaux. » (Dict. deMéd. en 21 vol. , t. 21, pag. 2i4 ). Il suit de la que c'est l'absence de toute lésion cérébrale, pulmonaire ou gastro-intestinale, d'ans le cas précédent, qui a fait admettre à M. Guersent que l'introduction des vers dans les conduits biliaires était la cause des convulsions. Mais combien de convulsious mortelles de l'enfance qui ne s'expliquent par aucune lésion organique appréciable ! Et comment l'orifice commun des canaux cholédoque et pancréatique, qui , comme tous les orifices muqueux, est pourvu d'une vitalité si remarquable , ne se sera-t-il pas opposé pendant la vie à la pénétration de ces vers dans les conduits biliaires? Cependant, un fait rapporté par Laennec ( Bulletin de la Faculté de Médecine , t. 16, n° 5 ) semble confirmatif de l'opinion de M. Guersent; car chez un enfant dont l'estomac contenait un grand nombre d'ascarides lombricoïdes , Laennec trouva les pores biliaires distendus , et le tissu du foie rongé dans plusieurs points par des vers de la même espèce. H est malheureux qu'un aussi bon observateur ne soit pas entré dans plus de détails , et surtout qu'il n'ait pas spécifié l'altération qu'il a voulu indiquer par l'expression métaphorique de rongé. Toujours est-il que la bile ne s'opposerait pas au séjour ni même au développement des ascarides dans les voies biliaires; car la bile existe dans le canal intestinal aussi bien que dans les voies biliaires. Il est vrai que , dans le canal alimentaire , son àcreté est atténuée par la présence des mucosités et des matières alimentaires; mais la douve du foie vit au milieu et probablement aux dépens de la bile.
L'importante question delà perforation de l'estomac , de l'œsophage et des intestins par les vers intestinaux de l'homme, est résolue diversement par les différeus auteurs. Ou a souvent trouvé des ascarides avec des perforations d'intestins, et plusieurs auteurs célèbres en ont conclu que ces perforations avaient été produites par ces vers. C'est ainsi que vous lisez dans les annales de la science plusieurs observations sous le titre de Perforation des intestins causée par des vers. Oii cite même quelques exemples d'abcès stercoraux dont l'ouverture a donné issue à un grand nombre de vers. Devons nous penser que l'inflammation qui a précédé la formation de l'abcès a été causée par les vers ? On insiste sur la forme arrondie de ces perforations qui paraissent assez exactement moulées sur le ver ; mais dans combien de cas ne rencoutre-t-on pas ces perforaiions circulaires sans ver? Enfin , on a invoqué en faveur de la perforation de l'intestin les cas de hernies étranglées terminées par gangrène dans lesquelles les vers sortent avec les matières fécales ; mais les vers n'agissent pas ici autrement que les matières fécale*. Je suis donc fondé à croire , avec Rudolphi et Bremser, que le passage des vers dans la cavité du péritoine , ou leur sortie à l'extérieur par suite d'un abcès, est toujours consécutive à une perforation produite par une cause qui leur est étrangère. Où sont en effet leurs organes perforateurs? Je n'ai jamais trouvé les vers intestinaux de l'homme attachés par une de leurs extrémités aux parois de l'intestin , jamais engagés par une de leurs extrémités dans les follicules isolés ou agminés. J'ai rencontré, comme (iaultier et Claubry (Nouveau journal de Médecine, 1821 ) , les vers engagés à travers une perforation de l'intestin ; mais ce passage m'a paru consécutif à la perforation elle-même. Il n'y a point , chez l'homme , d'helminthes qui puissent porter le titre des lombricus effractorius. Sous ce rapport, les helminthes de l'homme diffèrent essentiellement des helminthes échinorhynques du porc, qui perforent l'intestin dans les deux tiers, les trois quarts de son épaisseur, et déterminent la formation de tubercules qui peut-être survivent à la présence de ces vers; j'admets sans doute avec M. de Blainville (Appendice à l'ouvrage de Bremser, p. 537 ) , que les vers de terre percent la terre humide par l'extréniilé céphalique pointue et ércctile de leur corps ; mais je conteste l'analogie , car les parois de l'intestin sensible et irritable échappent aisément à une action aussi peu énergique que celles des suçoirs du lombric. Pour que l'intestin put être perforé, il faudrait que le ver se fixât fortement à ses parois.
Au moment où je corrige l'épreuve de cet article , je lis dans le Journal hebdomadaire , 1 83 1 , t. 4 , p. 367 , sous le titre de Perforations organiques produites parles vers intestinaux , deux faits très-curieux sous le rapport de l'anatomie pathologique , publiés par M. le docteur Lepelletier. L'une de ces observations a pour sujet un enfant de douze ans mort au milieu tics plus violentes convulsions: l'œsophage présentait vers le milieu de sa longueur,» droite , un ulcère inégal de six à huit lignes de diamètre ; cet ulcère communiquait avec une cavité creusée dans la partie inférieure du lobe pulmonaire moyen ; tieux vers lombrics de quatre à cinq pouces étaient contenus dans celte
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Cxivilc; un troisième ver était était encore engagé dans l'ulcère. Un paquet formé par six de ces vers remplissait entièrement le canal œsophagien au-dessus de l'ouverture anormale; trois autres vers occupaient l'estomac. L'auteur ne doute en aucune manière que l'ulcère n'ait été produit par les vers. « Le ver » encore engagé dans cette ouverture , lève, dit-il , tous les doutes qui pour- » raient s'élever à cet égard. » Dans un second cas, l'enfant âgé de cinq ans succomba à des symptômes qu'on avait attribués successivement à l'inflammation du péritoine et des intestins, ;i l'inflammation de l'encéphale ou à l'épanchement séreux arachnoidien ; vers le milieu de la longueur de l'œsophage, à droite , perforation d'un pouce au moins de diamètre , dans laquelle se trouve engagé un ver lombric assez volumineux ; deux autres vers ont franchi cette ouverture et occupent la partie correspondante du rachis; trois autres sont encore dans l'œsophage; un septième se rencontre dans l'estomac, u Du reste, « ajoute l'observateur, aucune inflammation gastrique , œsophagienne, aucune » taclic gangréneuse capable d'expliquer cette ulcération , autrement que par » l'action rongeante des vers. « Le premier fait me parait s'expliquer très-bien par une caverne pulmonaire qui se sera ouverte par ulcération dans l'œsophage, et on conçoit que les vers retenus dans ce conduit auront pu passer à travers l'ulcération. La perforation , dans le second cas , ne serait-elle pas un exemple des perforations spontanées de l'œsophage, qui s'accompagnent de vomissemens répétés , de décomposition des traits rapide et profonde , de symptômes vagues cérébraux, gastriques. L'absence complète d'inflammation semble militer en faveur de cette manière de voir; en un mot, nous voyons dans ces faits , comme dans tous ceux du même ordre , d'une part une solution de continuité, d'une autre part des vers engagés dans cette solution de continuité; mais nous ne voyons nullement que la solution de continuité soit produite par des vers. Qu'on me montre dans l'espèce humaine un ver attaché aux parois du canal alimentaire , et je serai convaincu de leur puissance perforatrice.
Je ne dois pas omettre ici un fait d'anatomie pathologique comparée qui peut trouver son application chez l'homme. En étudiant l'estomac du cheval, j'ai souvent rencontré dans son épaisseur des tumeurs de volume très-variable qui contenaient dans leur épaisseur un nombre plus ou moins considérable de petits vers. J'ai cru d'abord que ces petits vers s'étaient développés dans ces tumeurs consécutivement à un travail morbide , ou bien que ces petits vers avaient incomplètement perforé les parois de l'estomac; mais ayant eu occasion de voir que ces tumeurs communiquaient toutes par une ouverture avec la cavité <le l'estomac , j'arrivai à des tumeurs commençantes; je vis qu'elles étaient iormées par un follicule muqueux ; qu'un ou plusieurs petits vers avaient pénétré dàns sa cavité par son oritice , toujours visible à l'œil nu et toujours éminemment dilatable ; que l'inflammation et la suppuration étaient la suite de l'irritation produite par la présence de ces animaux.
Ce que je viens de dire sur le passage des vers du canal alimentaire dans les cavités voisines , soit par perforation , soit sans perforation , s'applique parfaitement aux voies génito-urinaires. Ainsi, vous concevez que la communication du rectum ou d'une partie du canal alimentaire avec la vessie, peut avoir pour résultat le passage des vers tout aussi bien que des matières fécales dans ce réservoir de l'urine. Le voisinage de l'orifice vulvaire et l'anus vous explique encore le passage des helminthes de l'anus dans le vagin, et les erreurs dans lesquelles peut tomber le malade à cet égard. Il y a quelques jours, une femme récemment accouchée prétendait avoir rendu trois vers avec les urines ( un ver à chaque fois). Le fait est qu'on trouva pendant trois fois un ver dans le bassin avec les urines sans trace aucune de matières fécales. J'examinai un de ces vers : c'était un ascaride lombricoïde mort et aplati. La malade , interrogé avec beaucoup de soin, me dit que , pendant qu'elle urinait, elle avait é|)rouvé une petite colique, mais qu'elle n'avait nullement la conscience du passage du ver par l'anus. Il est plus que probable que l'helminthe est venu du rectum.
§ VI. On peut prévenir la formation des helminthes. Les vermifuges proprement dits sont tirés des amers , des purgatifs ^ des toniques. Il faut user dans leur emploi de la plus grande circonspection ; beaucoup de lésions organiques i graves ont été déterminées par des remèdes dirigés contre des helminthes qui n'existaient pas.
Il n'est peut-être aucune maladie pour laquelle on ait proposé un plus grand nombre de remèdes que pour les helminthes intestinaux; ce n'est pas que nous manquions d'anthelmintiques très-eflicaces, mais souvent un diagnostic hasardé a conduit le médecin préoccupé à chercher dans des moyens nouveaux un spécifique contre une maladie qui n'existait pas; plus sage et plus rationnel , le thérapeutique moderne s'abstient des moyens actifs dans les cas douteux et ne marche qu'avec le flambeau d'un diagnostic bien établi. Or, il suit de ce qui précède, 1" que l'existence des helninthes n'est positivement constatée que lorsqu'ils ont été rendus par les selles ou par les vomissemens ; 2° que les helminthes peuvent exister en grand nombre sans déterminer aucun phénomène morbide: donc, l'emploi des vermifuges actifs doit être restreint à un trèspetit nombre de cas.
Hâtons-nous de dire ici que le médecin doit intervenir n.oins souvent pour administrer les anthelmintiques que pour en restreindre ou même en défendre l'emploi. A peine un enfant maigrit , à peine a-t-il le dévoiement , la fièvre , des vomissemens, des convulsions, qu'on accuse les vers; et vite on a recouis au vermifuge le plus accrédité dans le pays ; et un vermifuge est presque toujours un amer ou un purgatif. Il faut quelquefois vraiment du courage pour lutter contre les préjugés des parens , des commères , qui sans cesse vous harcèlent de leurs receltes et de leurs idées. Malheur à vous si l'enfant vient à succomber! car c'est vous qui l'aurez tué par votre opiniâtreté systématique, tandis que i
ENTOZOAIRES.
vous auriez été blanc comme neige si votre petit malade eût été suffisamment évacué, anthelmintisé. La lutte est plus pénible encore lorsque vous avez aflTaire à un hypochondriaque qui s'est mis dans la tête qu'il a des vers. Une discussion interminable s'engage entre votre malade et vous; que répondre à un homme qui affirme qu'il sent les vers courir à droite, à gauche, gagner l'œsophage, le pharynx, l'épaule , l'hypogastre ,1e mollet, le pied? Il vous décrira, si vous insistez, leur forme, leur volume, leur tête , leur tronc, leur queue, leurs pattes; il vous dira quand ils le pincent, quand ils le mordent, quand ils font leurs repas , quand ils se battent entre enx , etc. , etc. J'ai rencontré pour mon malheur dans le monde plusieurs malades de cette espèce : souvent , par pitié , j'ai usé d'une condescendance avouée par la raison et par la prudence; ne pouvant vaincre leurs idées, j'avais l'air de les adopler, je décorais du titre de spécifique contre les vers quelques remèdes insignifians ; leur imagination calmée ne se raidissait plus contre mes argumens ; une vie très-active, un régime approprié rétablissaient l'équilibre de l'innervation; point de vers , et cependant guérison parfaite : si les malades n'étaient pas assez forts pour supporter la vérité, je leur disais que les vers avaient été rendus morcelés par fragmens imperceptibles. Quelquefois j'avais affaire à des demi-savans qui connaissaient et avaient appris par cœur tout leur Buchan, qui avaient épuisé toutes les recettes de la pharmacie ; ils voulaient connaître le nom du médicament, sa dose, sa préparation; ils exigeaient des résultats prompts, énergiques : à ceux-là , j'ai été obligé de rompre en visière , et de déclarer que ma conscience ne me permettait pas de leur administrer des remèdes nuisibles , qu'ils allaient bientôt solliciter ailleurs d'une complaisance coupable ou d'un honteux charlatanisme. J'ai connu une vieille demoiselle qui a fini par succomber victime de son opiniâtre monomanie , par l'efi'et d'une entérite chronique , suite des remèdes les plus actifs, dirigés contre un taenia imaginaire.
Ces considérations conduisent à cette conséquence , que l'emploi des anthelmintiques doit être circonscrit dans de justes limites; car, en définitive, la présence des helminthes n'est pas une chose tellement grave qu'on doive lui opposer une médication active et persévérante. Les remèdes inconsidérément administrés, dit Bremser, sont bien plus nuisibles au malade que la présence des vers intestinaux réputés les plus dangereux. Gardons-nous , toutefois , de l'excès opposé, qui consiste à n'employer jamais les vermifuges , par ce seul motif qu'ils n'entrent pas dans le cadre de telle ou telle théorie. Acceptons toutes les vérités pratiques qui nous ont été transmises par nos devanciers, et contentons-nous d'en diriger, d'en limiter l'application.
La diathèse vermineuse , ou mieux la disposilion à la formation des helminthes intestinaux, se produit et se dissipe souvent spontanément dans certaines périodes de la vie.
Traitement préservatif On peut prévenir la génération des helminthes par un régime convenable, parla soustraction des causes indiquées plus haut, et si cela n'est pas possible , par des moyens propres à les neutraliser.
Ainsi l'humidité, et surtout le froid humide , doivent être évités autant que possible ; et si l'on habite un climat froid et humide, ou. ce qui revient au même, si le malade exerce une profession qui l'oblige à séjourner dans un lieu froid et humide , on contre-balancera celte influence par des vêtemens de laine , par l'exercice , par une nourriture stimulante.
Une assimilation incomplète des substances alimentaires ,soit à raison de leur quantité , soit à raison de leur qualité , est la cause la plus habituelle de la génération des vers? eh bien ! l'alimentation sera toujours au-dessous de l'activité des forces digestives. Une nourriture trop exclusivement végétale, trop aqueuse, les fruits nonmûrs seront évités; les substances animales, les viandes faites , un peu de vin , leur seront associés.
Tout cela s'applique surtout aux enfans dont le régime, immédiatement après le sevrage, est, en général, si mal ordonné. Il est une autre espèce de traitement préservatif , dont j'use très-souvent. Ce traitement consiste à faire prendre à certains enfans à constitution molle, tous les mois, pendant trois n quatre joui's, de 6 à 12 grains de semen-contrà en poudre le matin , dans du lait, ou bien une cuillerée à bouche de sirop de quinquina.
Traitement curalif. Mais des helmithes ont été rendus ; l'enfant présente un ensemble de symptômes qui caractérise l'état vermineux ?
Une double indication se présente : 1° expulser les helminthes qui se trouvent dans le canal alimentaire; 2» corriger la disposition des organes qui favorise leur production.
L'expulsion des helmintes peut être obtenue par une foule de moyens la plupart plus ou moins empiriques , dont on pourra lire dans Bremser et dans les savantes additions de M. de Blainville la fastidieuse énumération.
Tout moyen à la suite duquel des helmintes ont été rendus a été classé parmi les vermifuges : aussi le nombre en est-il immense. On les a employés à l'intérieur, en boissons et en lavemens; à l'extérieur, en frictions, cataplasmes, emplâtres, fomentations et bains. Disons quels sont ceux dont l'expérience la plus générale a consacré l'eflicacité.
lo. Les purgatifs sont tous ou presque tous vermifuges; est-ce par une propriété spéciale ? est-ce en augmentant la sécrétion intestinale et le mouvement péristaltique des intestins? I^es follicules de séné, la rhubarbe , la gratiole , i'aloës, la coloquinte , la racine de jalap en poudre et en infusion , le sulfate de soude , le tartre stibié , le lartrate acidulé de potasse, le carbonate de magnésie , et surtout le calomélas , ont été tour à tour vantés comme anlhelmintliiques spéciaux; les huileux surtout ont été préconisés; mais, d'après les expériences que je rapporterai plus bas, il est probable que les huiles agissent comme purgatives .
2». Les toniques , les amers , les ferrugineux , le .oufre , les eaux sulfureuses ^
ÊlVTOZOi.IRES.
EWTOZOAIRES.
le quassia amara , le quinquina , la valériane ; Toignon et l'ail , ce double yermifuoe de nos paysans ; le brou de noix recommandé par Hippocrate , l'éther, Tassa fetida, le camphre ; I huile essentielle de térébenthine, de pétrole ; l'huile animale de Dippel, I huile empyreumatique de Cliabert , qu'on croit n'agir que par I cssence de térébenthine qu'elle contient; l'étain , l'acide prussique vanté par Eréra ; l'eau dans laquelle on a fait bouillir du mercure , le muriate de soude, le fiel de bœuf, et beaucoup d'autres moyens encore comptent un grand nombre de succès en leur faveur : mais ces divers médicamens, possédant d'autres propriétés que la propriété vermifuge, ne peuvent être qu'incidemment rappelés ici. On sent néanmoins combien il importe de connaître ce genre d'action anthelminlhique , afin d'opter pour tel ou tel de ces médicamens dans le cas de maladies graves compliquées d'affections vermineuses. Ainsi , dans les entérites folliculeuses aiguës parvenues à cette période où la vie prête à s éteindre a besoin d'être soutenue, le quinquina en décoction ou en substance, le camphre, produisent quelquefois l'expulsion d'une grande quantité dhelminthes : on augmente singulièrement la propriété anlhelminthique du quinquina en y associant quelques cuillerées d'infusion de follicules.
Mais il est un certain nombre de substances qui jouissent exclusivement de la propriété vermifuge , et l'expérience a constaté que , parmi ces substances connues sous le titre A'anthelininiliiques , il en était un assez grand nombre qui exerçaient une action plus spéciale sur certaines espèces d'belmintes que sur d autres.
Ainsi , contre les ascarides lombrico'ides , le spmen-contrà , graine d'une espèce d'armoise [avtemisia sautonica) vel judaïca, jouit d'une réputation méritée ; la dose est de G à 20 grains en poudre. Une remarque bien importante , c'est d'employer des graines récemment pulvérisées ; aussi quelques praticiens préfèrent-ils à la poudre la graine concassée. D'autres espèces d'armoises, telle que l'aurone mâle (arlemisia abiotanum),\ii grande absinthe (avtemisia absinthium ), la petite absinthe [arlcmisia pontica), les fleurs de tanaisie (lanacelum ■vul-are ), la mousse de Corse ( helminlhocorihon ), espèce de conferve qui nous vient de la Corse, la coralline , substance animale qui appartient au genre des polypes, et qui parait douée d'une action très-faible; toutes les absinthes, employées sous diverses formes , et particulièrement en infusion , en extrait , procurent en général l'expulsion des ascarides. Ayant eu plusieurs fois occasion d'observer que telle de ces substances agit plus particulièrement dans un cas et telle autre dans un autre, et, d'une autre part, bien convaincu de l'impossibilité de distinguer à priori ces cas les uns des autres , j'ai pensé qu'un vermifuge composé produirait des effets bien plus constans qu'un vermifuge simple, et l'événement a dépassé mes espérances. La formule suivante, que j'ai employée un nombre considérable de fois, a fait rendre à certains enfans jusqu à soixante ascarides lombricoïdes dans une matinée.
Prenez. follic)jles,
Rhubarbe ,
Semun-contrà ,
Aurone,
Mousse de Corse, Fleurs de tanaisie.
Petite absinthe : de chacun 1 gros.
Faites infuser à froid dans 8 onces d'eau. Passez.
Sucre , q- s. pour un sirop, dont un prendra une cuillerée à bouche le matin pendant trois jours.
Sans contester sa vertu antelminthiquc , je n'ai jamais exn'^loyèYhuile empyreumatique de Chabert. Sa saveur détestable s'oppose à son administration chez les enfans, lors même qu'elle est corrigée avec le sirop de limons.
Le calomel , qui a le grand avantage d'être insipide, et dont on fait, sans doute pour cette raison, un si étrange abus, surtout chez les enfaus , est un vermifuge très-inûdèle.
L'électuaire suivant, pris à la dose de deux ou trois cuillerées à café par jour, est singulièrement vanté par Brcmser contre toutes les espèces d'helminthes , et en particulier contre les ascarides lombricoïdes : Prenez semin. cince, tanacel. rudit. contus , 5 J3 î pulv. valer.^'^ \y^jalap. 3j J5 - 3 'ji t"Tl-<^r. vitriolât., 5l J3"3'j ) oxym. scillit. q. s. ut fiât electuar.
Je ne connais point de remède spécifique contre le tricocépkale , qui, d'ailleurs, comme je l'ai dit, ne donne aucun signe de sa présence. — Il n'en est pas de même de Voxj ure vermiculaire. Comme ce ver habite exclusivement le gros intestin, et plus spécialeuient la partie inférieure du rectum , on conçoit qu on peut l'attaquer directement. Deux enfans chez lesquels ces helminthes causaient des démangeaisons périodiques suivies d'atroces douleurs , en ont été débarrassés par une onction ou deux d'onguent mercuriel. Un adulte, tourmenté depuis dix années par des oxyures vermiculaires , auxquels il attribuait une susceptibilité nerveuse excessive, avait employé la décoction de valériane, l'éther, le camphre, des purgatifs drastiques; je lui conseillai de s'abstenir de tout remède et de se contenter d'user de lavemcns froid.'! de temps en temps : il y a bientôt un an qu'il a suivi ce conseil , et depuis ce moment son indisposition habituelle a disparu. C'est à Van-Svieten qu'appartient l'honneur de l'indication de ce moyen. Des lavemens purgatifs huileux, des lavemens avec une forte décoction d'espèces vermifuges, avec l'huile empyreumatique de Chabert, à la dose d'une cuilleréeà café ou deux dans une décoction de graipe de lin, me paraissent bien préférables aux divers moyens conseillés par le haut. Le moyen que M. Jolly m'a dit avoir employé avec le plus de succès , est l'eau sulfureuse de Baréges en lavement. Les fleurs de soufre, à la dose de 10 à 15 grains , sont regardées comme spécifiques par le docteur de Vest. J'ignore si des faits nombreux ont confirme cette assertion.
Le traitement du lœnia {tœnia solium) et du bolhriocéphale [hothriocephalus latus) a été livré de tous temps au plus aveugle empirisme. Le charlatanisme, qui s'est emparé de ce genre de maladie , a accrédité une foule de remèdes que les gouvernemens ont achetés à grands frais , et qui presque toujours ont perdu leur vogue du moment qu'ils ont été connus. Je n'indiquerai ici que les remèdes principaux.
Dans presque toutes les méthodes de traitement, on débute par un vomitif, un ou plusieurs purgatifs : le zinc porphyrisé à la dose d'une demi- once pendant deux jours de suite, la limaille d'étain de Cornouailles , les purgatifs drastiques, l'huile douce de ricin, le calomélas , l'huile essentielle de térébenthine, la cévadille tant en poudre qu'en bol , l'huile de Chabert, le sulfate dépotasse, la fougère m;de en poudre ont été tour à tour proclames comme infaillibles. Je renvoie aux ouvrages ex professa , en particulier à celui de Bremser, pour la connaissance de toutes les méthodes de traitement et des diverses préparations plus ou moins singulières auxquelles les auteurs ou les partisans de ces méthodes assujettissent leurs malades. Je ne mentionnerai que les principales.
La plus usitée a pour base la fougère mâle en poudre , à la dose de 2 ou 3 gros tous les matins pendant plusieurs jours ; deux heures après on administrera l'huile douce de ricin , ou un bol purgatif. Cette méthode, qui est celle de madame NoufFer , réussit très-bien contre le bothriocéphale, mais elle échoue contre le ta;nia solium, qui , d'après Bremser, aurait un spécifique dans l'huik empyreumatique de Chabert : car cette huile lui a réussi sur cinq cents individus de tout âge , de tout sexe. Il débute par son électuaire, indiqué plus haut ; puis il a recours à l'huile de Chabert, qu'il emploie à une dose qui me parait trop élevée: deux cuillerées matin et soir. Il faut que le malade continue ce médicament dix à douze jours, et emploie , par conséquent, deux onces et demie d'huile. Bremser est allé jusqu'à sept onces, ce qui est exorbitant. « J'avoue que >> ce traitement est un peu long, ajoute-t-il , mais son résultat est certain. Il ne » cause aucune incommodité et n'offre pas le moindre danger. Du reste , il pa- « raît constaté par l'expérience qu'il faut toujours continuer le traitement pen- » dant long-temps si l'on veut débarrasser quelqu'un du taenia. » Du reste, Bremser insiste pour que l'on continue son remède pendant quelque temps j une seule dose un peu forte peut bien faire mourir le ver, mais les doses suivantes sont nécessaires pour détruire leurs œufs. Il est des praticiens qui , pendant toute la durée du traitement , prescrivent une alimentatiorï échauffante , des viandes salées; Bremser invite surtout à éviter les farines et les viandes grasses.
Je mentionnerai également , comme tout-à-fait rationnelle et comptant en sa faveur quelcjues succès, la méthode de Bourclier, ancien médecin de l'Hôtel- Dieu, qui consiste à donner le matin à jeun un gros d'éther sulfurique dans un verre de décoction de racine de fougère mâle. Quelques minutes après , on administre un lavement composé de la même manière. Au bout d'une heure, on fait prendre deux onces d'huile douce de ricin ; le même traitement est continivé pendant trois jours.
Mais toutes les méthodes de traitement vantées jusqu'à cejour le cèdent de beaucoup à celle par Yécorce de grenadier , qu'on peut considérer comme a^ véritable spécifique contre le t.ienia , et sur lequel nous devons, par conséquent, nous arrêter un instant. Connue dans l'Inde depuis un temps immémorial , la propriété anthelmintique on mieux taenifuge de l'écorce de grenadier ne l a été en Europe qu'en 1807 , époque où M. Buchanan , chirurgien de» établissemens anglais du Bengale , rendit publique la formule dont il faisais usage avec un succès constant à Calcutta, et surtout depuis 1821 que M. Breton jnsèra dans les transactions médico-chirurgicales huit observations non moins convaincantes ; mais ce n'est- guère que depuis 1823 que l'écorce de grenadier est généralement employée en France , et depuis lors les observations sont tellement multipliées que personne ne doute plus aujourd'hui de son efficacité contre ce genre d'helminthe.
C'est en décoction que ce médicament a été le plus souvent administré. Sa dose moyenne est de deux onces dans deux pintes d'eau jusqu'à réduction à une pinte qu'on fait prendre dans la journée. L'expérience prouve qu'une dose trop iaible n'a pas de résultat. On a pu porter la dose de l'écorce jusqu'à quatre onces par jour , et cela sans inconvénient. Cependant , on a vu quelquefois spn administration suivie de nausées, de vomissemens , de coliques et même dç vertiges ; mais ces effets n'ont pas tardé à se dissiper. D'après les observatiftns de Gomès , médecin portugais qui a beaucoup contribué à répandre l'usage dfi ce médicament , le moment le plus favorable pour son emploi est celui (^ù les njalades rendent des portions de taenia. On dit qu'il n'a jamais échoué dans ce cas. Lorsque l'écprce n'a procuré l'expulsion que d'une portion du ver , il faut attendre que de nouveaux fragmens se présentent pour l'administrer de nouveau. La qualité de l'écorce paraît influer beaucoup sur les résultais. Ainsi, l'écorce fraîche est beaucoup plus active que l'écorcee desséchée. On a dit que l'écorce exotique étgit plus eflicace que l'écorce indigène; mais la chQse n'est nullement démontré^.
Au premier abord, il semblerait que la thérapeutique des malaciies vermineuses soit susceptible d'expériences rigoureuses. Ne peut-on pas recueillir des Jielminlhes et les soumettre à l'action de diverses substances médicaofienteuses : celle qui tuera le plus pfomptement ces animaux sans avoir d'action nuisible sur le canal alimeutairé devra être évidemement préférée. Eh bien ! ces expériences ont été faites , mais le résultat n'a pas, à beaucoup près, répondu aux espérances qu'elles avaient fait naître. D'abord il est très-dinicile de se procurer des vers intestinaux vivans : ces animaux meurent très-promptcment lorsqu'ils habitent un milieu autre que celui pour lequel il-î sont destinés. L'air atmosphériqr.e est délétère pour eux. Joignez à cela qu'il est impossible de conclure de l'effet direct produit par certains médicamens sur les helminthes à l'efifet do
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ces mcdicatneiis , altérés, modifiés par le travail delà digestion. Cependant le petit nombre de résultats auxquels sont parvenus les expérimentateurs lielminiLologistes ne laissent pas d'être neufs et piquans tout à la fois : ainsi Redi et Arnemann ont démontré que les huiles fixes n'ont par la propriété vermifuge dont on les a gratifiées , sans doute par analogie. Les insectes meurent dans I rhuile qui bouche leurs trachées; mais où sont les organes respiratoires des vers intestinaux? Il suit même de leurs expériences que I huile de ricin n'agit pas autrement que les autres huiles , et que sa supériorité d'action vermifuge doit tenir uniquement à sa propriété purgative. Des ascarides humains ont vécu dans cette huile de quarante-quatre à quarante-huit heures.
Le froid, l'alcool et les huiles empyreumaliques tuent les versa l'instant. Aussi les lavemens froids m'ont-ils réussi dans plusieurs cas où les vers occupaient le gros intestin.
Gomès, ayant mis un tœnia large dans une décoction de racine de grenadier non affaibli, a observé que cet helminthe se raidissait et devenait immobile ; mis dans l'eau tiède , il n'exécutait que quelques mouvemens obscurs. Il en conclut que l'écorce de racine de grenadier est un poison pour ce genre des vers.
Telles sont les considérations principales auxquelles donnent lieu les helminthes intestinaux de l'homme. Avant de passera l'élude des helminthes qui siègent dans tout autre point de l'économie que le canal alimentaire, je pense (ju'il est bon de fixer l'attention des praticiens sur les erreurs auxquelles peuvent donner lieu certains corps rendus soit par les vomissemens , soit par les selles , qui simulent des helminthes , et ont été décrits comme tels.
Des pseiido-helmiruhes intestinaux. — Il ne sera pas sans intérêt , dans un ouvrage essentiellement pratique, de signaler les méprises auxquelles peuvent donner lieu des substances, qui, introduites dans le canal alimentaire , sont évacuées dans un état d'altération tel qu'elles sont méconnaissables et présentent toutes les apparences d'un corps organisé , d'un helminthe ou d'un fragment d'helminthe.
C'est ainsi que MM. les docteurs Carrier et Maréchal m'ont adressé, comme une espèce particulière d hydatide , une petite masse vésiculaire qui avait élé trouvée au milieu des selles , chez une malade affectée de coliques extrêmement violentes, lesquelles cessèrent immédiatement après son expulsion.
Je crus d'abord moi-même davoir rencontré une nouvelle espèce d'hydatides ; c'étaient des vésicules oblongues , terminées par deux extrémités effilées , dont l'une s'implantait à une sorte de parenchyme ; mais un examen plus attentif me fit reconnaître un tissu végétal , et, sans déterminer précisément l'espèce, je reconnus que cette substance appartenait au parenchyme d'un fruit.
Les naturalistes ont été en général trop prompts à imposer des noms à des corps organisés qui se présentaient avec quelque apparence d'animalité. Une erreur qui s'appuie sur une dénomination nouvelle est une erreur qui s'accrédite presque toujours et qu'il est souvent difficile de déraciner. Ainsi, Bremser me paraît avoir parfaitement démontré que le dj-trachjrcère rude de Suizep (bicorne hérissé , Lamark) n'est autre chose que la graine d'une plante. Les prétendues antennes sont les germes de ces graines. Ces corps avaient été rendus par une demoiselle à la suite d un purgatif composé de manne et de sel de Glauber.
Un enfant de onze ans, traité par Stiébel , était sujet à des accès nerveux d'une nature singulière. Pendant un de ces accès , il dit en se frappant l'épigastie : » Comment une aussi petite chose peut-elle autant me tourmenter! t, H rendit un petit corps enduit de mucosité; et depuis ce moment il lut délivré de ces accès. Or , ce petit corps , que Stiébel a fait dessiner et qu'il a nommé diacantlios fjoljcefihalus , n'est autre chose, d'après Uudolphi, qu'un tissu végétai dans lequel il a découvert des vaisseaux spiraux.
Bremser rapporte qu'on lui a souvent adressé des restes non digérés de membranes , de tendons, de végétaux et surtout d'asperges et de champignons comme des exemples d'helminthes. L'erreur la plus singulière est celle à laquelle a donné lieu l'appareil hyolaryngieii d'un oiseau , que toute l'Académie de Sienne prit pour un nouvel animal bipède et dont M. de Lamark a fait sou genre sagittule.
Il est évident qu'avec un peu d'attention et quelques connaissances anatomiques , on pourra toujours distinguer des débris de substance végétale ou animale d'avec les entozoaires proprement dits , et à l'aide de quelques connaissances zoologiques on déterminera le caractère de l'animal entier ou des fragmens d'animal qui seront soumis.
Souvent le médecin , dans le diagnostic qu'il doit porter sur les maladies , est dans la nécessité de lutter non-seulement contre les difficultés inhérentes à la nature des choses , mais encore contre une foule de supercheries. Tel est le fait dont parle Bremser et qui a pour sujet une femme , laquelle, dans un accès de manie, voulant se donner la mort, avala uii crapaud dans l'idée que cet animal était venimeux ; elle vomit , en effet, un crapaud mort et mutilé à la suite de grands efforts de vomissement. Le médecin éclairé reconnut la fraude, mais ce ne fut que long-temps après qu'il obtint l'aveu de la malade. Je ne puis d'ailleurs mieux, terminer cet article sur les pseudo-helminthes qu'en rapportant ici textuellement ce que dit M. de Blainville dans V Appendice qu'il a ajouté au savant traité de Bremser (p. 533) : u Si ce sont des animaux plus ou moins tron- » qués . un peu de sagacité et quelques bonnes figures d'animaux devront suffire » pour reconnaître aisément l'erreur. Enfin , quand ce seront des animaux » complets, quelques connaissances de zoologie, et surtput pour les médecins » qui en manquent (ce qui est malheureusement trop commun) , de bonnes » figures d'animaux faciliteront la reconnaissance. Ils auront bientôt reconnu n si c'est un animal vertébré, et par conséquent une supercherie; car, quoi « qu'on en ait dit , il n'est guère admissible que même un reptile , lézard ou
DiCr. DE MÉDECINE ET DE ClllBUnGIE PRATIQUES.
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« couleuvre, ou un amphibie , grenouille , crapaud ou salamandre eût pu s'in- » troduire dans le canal intestinal d'un homme , par accident et sans que ceîui- » ci s'en fut aperçu. Si c'est un animal articulé extérieurement, ce qu'il est » fort aisé de voir, on pourra se guider d'après la distinction du nombre des 1 articulations , et l'existence ou non des appendices sur leurs côtés.
» Tous les entozoaires connus jusqu'ici ont les articulations de leur corps » peu ou point marquées, mais toujours fort nombreuses et sans traces d'ap- » pendices locomoteurs ; par conséquent on ne peut les confondre ni avec les « myriapodes , ni avec les chétopodes ou néréides qui , ayant des articulations » très- nombreuses , les ont très-distinctes et pourvues d'appendices complets » ou incomplets. Par la même raison ils ne peuvent l'être avec les larves ou » vers d'hexapodes qui , si quelquefois leurs articulations sont peu marquées et » sans pattes, n'ont jamais des premières au dessus de quatorze ni des secon- » des au dessous de trois paires.
" On ne peut cependant nier qu'il soit à peu près impossible de ne pas con- « fondre plusieurs entozoaires avec plusieurs animaux extérieurs, par exemple, » les filaires avec quelques gordius , certaines fascioles avec des planaires et « peut-être même quelques strongles avec plusieurs ascarides. 11 n'y a peut- •1 être alors que la couleur presque constamment blanche , du moins à l exté- « rieur, qui puisse servir à assurer qu'un de ces animaux similaires présenté à » l'examen d'un médecin soit un ver intestinal ou non. »