CANAL ALIMENTAIRE
Les helminthes intestinaux, qui nous ont occupé jusqu'à ce moment, sont la partie la plus importante de l'helminthologie humaine. Les espèces qui séjournent hors du canal alimentaire nous offriront pour la plupart un bien moindre intérêt , sous le triple point de vue de leur excessive rareté , de la difficulté du diagnostic et de la nullité des moyens thérapeutiques à leur opposer.
Les acéphalocystes seuls, que nous avons cru devoir considérer comme des entozoaires, méritent une description particulière; mais les défaits dans lesquels je suis entré (vojez Acéphalocystes) me dispenseront d'y revenir.
Or , les entozoaires observés hors du canal intestinal de l'homme sont : 1° le strongle des reins , 2o la douve du foie , 3° les hydatides , qui comprennent le cysticerque, 4° l'échinocque , 5° l'acéphalocyste.
Première espèce. Du sifongle des reins. — Cette espèce d'enlozoaire , assez fiéquente chez le chien , le loup, le bœuf , le cheval, existe-t-elle dans l'espèce humaine? J'avoue que la lecture du petit nombre d'observations qui existent à cet égard dans les annales de la science ne m'a pas encore convaincu , et que je su's porté à croire que , dans un très-grand nombre de cas, on a pris pour ces lielmintiies des concrétions pseudo-membraneuses ou du sang coagulé , qui se sont moulés sur le canal de l'urèthre. On conçoit qu'une communication accidentelle de la vessie avec le rectum puisse avoir pour résultat le passage d'un helminthe intestinal dans la vessie, et conséquemment son expulsion à travers le canal de 1 urèlhre. En général , on peut reprocher aux helminthologisles le défaut de critique dans l'exposition d'un grand nombre <le faits. Ainsi, par exemple, ils regardent comme appartenant à l'espèce du strongle, tous les helminthes faux ou vrais rendus par le canal de l'urèthre ou par quelqu'un des points des voies urinaires. Mais , je le demande, devons-nous admettre comme des exemples de strongle des faits aussi vagues que ceux-ci : « On a trouvé une pierre et un ver » dans les reins du grand-duc Ernest d'Autriche. Grotius rapporte que ce ver 0 était encore vivant et avait rongé les parties environnantes. — Blasius raconte » qu'il n'a remarqué qu'une seule fois dans les reins d'un vieillard, deux vers » rouges de la longueur d'une aune ; et il ajoute que l'on rencontre souvent ces » vers chez les chiens. » Le fait suivant serait plus probant , si les vers avaient été examinés par un helminthologiste (Bremser , page 263) : Un enfant de dix ans, qui avait subi l'opération de la taille sept ans auparavant, éprouvait des douleurs très-vives à la région lombaire avec rétention incomplète d'urine. Un abcès se forme à cette région. Il est ouvert, une grande quantité de pus s'en écoule, et la plaie guérit. Pendant trois ans, cette tumeur s'ouvrait et se fermait alternativement. Quatre vers longs de cinq pouces et de la grosseur d'un tuyau de plume à écrire, sortirent successivement à la suite de divers accidens , et la malade guérit parfaitement.
Au reste, on conçoit que le diagnostic de ces helminthes est tout-à-fait impossible , que les accidens auxquels ils donnent lieu tiennent à leur qualité de corps étranger et nullement à leur caractère d'animalité. Comme je n'ai sur le strongle aucun fait qui me soit propre . je me bornerai à rapporter succinctement la doctrine émise par les helminthologisles les plus estimés , et en particulier par Bremser.
Caractères zoologiques. Tête obtuse, pourvue de six papilles; corps étendu en longueur, appartenant à la classe des nématodes de Rudolphi (uvî^a, fil) , formé d'anneaux et déprimé longitudinalement ; pour le mâle, queue vésiculaire , par laquelle sort un pénis extrêmement délié; queue droite et obtuse pour'la femelle. La longueur des strongles observés par Rudolphi était de cinq à trois pieds, leur grosseur de deux à six lignes ; ses grandes dimensions en longueur l'ont fait appeler strongle géant, nom sous lequel cette espèce est le plus généralement connue.
Deuxième espèce. Doutée du Joie. — Nous avons vu qu'il n'était pas excessivement rare de rencontrer des asc^irides lombrico'ides dans le canal cholédoque, le canal hépatique et ses divisions principales ; mais ces helminthes, qu'ils s'y soient introduits pendant la vie on après la mort , étaient évidemment déviés , et il n'est venu dans l'idée de personne de les regarder comme appartenant primitivement au foie. Il existe un helminthe propre aux voies biliaires, que
ENTOZOAIRES.
ENTOZOAIRES.
j'ai eu occasion dobserver un très-granil nombre de fois chez le mouton et le bœuf, mais que je n'ai jamais observé chez l'homme; c'est la douve du foie, distoma hepaticum , qui n'appartient plus aux helminthes filiformes ou nematoïdes , mais aux. acanlocéphales de Rudolphi.
J'ai donné ailleurs (Médecine pratique, 1"=^ cahier, avant-propos ) une description détaillée de ces petits animaux en forme de sole , de différente longueur , de différent volume, dont les plus grands n'ont pas plus de six lignes de long, parcourus par un vaisseau central , rameux , percé à son extrémité la plus large par une bouche ou suçoir visible à lœil nu ou muni d'un crochet rtlractile qui devient proéminent à l'aide d'une pression légère. J'en ai rencontré par milliers dans les conduits hépatiques du bœuf et du mouton , lesquels conduits étaient excessivemenl ddatés , car ils pouvaient admettre le doigt indicateur , considérablement épaissis , souvent cartilagineux , quelquefois ossifiés, parsemés à la surface interne de granulations ossiformes ; a un degré très-avancé de la maladie , ces conduits ne charrient plus de bile ; ils ne communiquent plus avec les granulations hépatiques , et ne contiennent que des mucosités. Le tissu ambiant du foie est astrophié , et les animaux affectés de cette maladie nous offrent l'étonnant spectacle de la vie se maintenant sans sécrétion biliaire, et quelquefois même pour ainsi dire sans foie, le foie étant astrophié dans la plus grande partie de son étendue. Cette maladie qui parait produite , soit par des pâturages humides , soit par l'encorabrement des étables , est le fléau de mon département (la Haute- Vienne). J'ai vu des bergeries enticiement dévastées. J'ai étudié cette maladie à tous ses degrés. J'ai vu ces helminthes , reçus dans l'eau tiède , se mouvoir avec «ne assez grande rapidité.
J'ai vainement cherché dans l'espèce humaine le disfome hépathique, et cependant j'ai dirigé mes investigations sur ce point dans tous les cas de maladies du foie, que j'ai observés depuis 1819, époque de mes premières observations : j'ai rencontré quelquefois les vaisseaux biliaires de l'homme très-distendus, épaissis, contenant un liquide filant , à peine coloré , comme dans le cas de douve du foie chez les .animaux; j'ai souvent trouvé des concrétions biliaires, jamais d'animalcules, bien que je sache parfaitement qu'il est des douves du foie extrêmement petites , qui se présentent sous l'aspect de petits points noirs ou bruns , qui répondent à la tète , le reste du corps étant transparent. Il est probable que ces petites douves , qui ont d ailleurs la même forme que les grandes, appartiennent à la même espèce , mais qu'elles constituent les petits , ainsi que paraît d'ailleurs l'avoir prouvé Zeder. La douve mâle ne se distingue.de la douve femelle que par l'absence des oviductes. Bien que Bremser n'ait pas été plus heureux que moi dans ses recherches sur l'homme , néanmoins il admet leur existence dans l'espèce humaine , il est vrai que c'est sur la foi d'observations bien incomplètes. 'Voici quelques-uns de ces faits : Pallas dit avoir trouvé, dans l'amphithéâtre de Breslau , des douves du foi incarcérées dans le canal hépatique d'une femme. Chabert a fait rendre à une jeune fille de douze ans , une quantité innombrable de ces helminthes. Bucholz a rencontré une grande quantité de douves dans la vésicule du fiel d'un forçat mort d'une fièvre putride. Brera en a observé dansje foie d'un homme mort hydropiqne.
Tout est donc à faire dans la science sur ce point. Peut-être ne fixons-nous pas assez notre attention sur la bile dans les autopsies cadavériques; nous n'ouvrons pas la vésicule avec les précautions convenables , et il ne serait pas impossible que nous prissions de petites douves pour des concrétions biliaires ; erreur que j'ai commise avant d'avoir un peu d'habitude dans l'étude du foie des animaux.
Si la douve infestait le foie de l'homme , nous verrions probablement pour tout symplf^me , chez lui comme chez les animaux, un amaigrissement plus ou moins rapide. Les bergers et les bouchers devinent en général assez bien ce genre de maladie ; et chose singulière , les animaux ne sont pas en général ictériques.
L'huile empyreumatique de Chabert, serait le premier remède que nous devrions administrer, remède dont cet helminthologiste dit avoir constaté l'efficacité dans le cas rapporté plus haut.
Tboisième espèce. Du Jilaire ou diagonneau. — Cet helminthe , connu aussi sous le nom de vende Médine ou de Guinée , n'appartenant pas à nos climats, je ne puis en tracer l'histoire que d'après les descriptions plus ou moins empreintes de merveilleux qui en ont été tracées par les divers observateurs. Que de fables n'ont pas été débitées sur ces helminthes , qu'on a tantôt regardés comme un petit serpent , dracunculus , dragonneau , tantôt comme une veine , une concrétion sanguine, une larve d'insecte, un gordius aquatique, etc. î Ce qui augmente encore l'incertitude et le dégoût que laissent dans l'esprit de semblables récits, où l'absurde semble le disputer au ridicule , c'est que les , observateurs eux-mêmes donnent de cet helminthe les descriptions les plus diamétralement opposées. Ainsi, M. Larrey , qui a pu étudier et voir de ses propres yeux la chose en Égypte , affirme que ce ver n'est rien autre chose que du tissu cellulaire frappé de mort à la suite d'un furoncle. D'un autre côté, Kœmpfer a extrait deux fois ce ver vivant du scrotum , et une multitude d auteurs assurent avoir vu ses mouvemens. Comme vingt faits négatiîs ne détruisent pas un fait affirmatif , je crois devoir me ranger de l'opinion de ceux qui admettent cet helminthe , qui disent l'avoir vu , l'avoir touche , l'avoir retiré avec labeur des parties dans lesquelles il était comme enchevêtré, enfin de ceux qui décrivent les accidens divers auxquels il donne lieu. Il faudrait être par trop pyrrhonien pour taxer d'autant de mensonges les cent quatre-vingt-quatre observations de Grégor sur le dragonneau. D'ailleurs , comme plusieurs espèces de cet helminthe existent de l'aveu de tout le monde , chez les mammifères , les oiseauxes, les reptiles et les poissons, il ne répugne nullement d'admettre son
existence comme démontrée dans l'espèce humaine. Plusieurs questions graves se présentent relativement à l'origine du Blaire.
Se forme-t-il de toutes pièces dans du tissu cellulaire libre ? Suivant les uns , doit il être considéré comme un œstre déposé à l'état de larve dans ce tissu cellulaire , suivant d'autres , avalé avec les boissons, ou bien enfin comme un gordius aquatique qui se serait insinué dans l'épaisSeur de nos parties?
L'hypothèse de la larve d'insecte est soutenue par le docteur Chivolon , qui dit avoir traité plus de mille individus affectés de dragonneau. Il admet presque indifféremment que cette larve peut être déposée dans l'épaisseur de la peau ou avalée avec les boissons ; mais cette double hypothèse est péremptoirement réfutée par Bremser. Les larves des œstres, en effet, trouvent dans le corps des animaux toutes les conditions de leur développement, et sortent constamment lorsqu'elles ont subi les métamorphoses qui les rendent aptes à vivre dans un autre milieu; or, le filaire de Médine ne sort jamais spontanément , et meurt immédiatement après sa sortie artificielle. L'hypothèse qui rapporte le filaire au gordius aquaticus , genre qui , zoologiquement parlant , est très-voisin du filaire, est diversement interprétée : les uns admettent que cet helminthe s'introduit dans le canal alimentaire avec l'eau des boissons ; les autres pensent qu'il s'introduit sous la peau pendant un bain , et qu'une fois implanté dans le tissu cellulaire sous-cutané , il y acquiert un très-grand développement. La première opinion me paraît insoutenable ; mais la seconde opinion (et je prie de ne pas oublier que je ne puis juger la chose que par analogie), la seconde opinion , dis-je , ainsi modifiée , savoir que le JiLaire n'est autre chose qu un animal terrestre ou aquatique propre aux pays chauds , paraît réunir bien plus de probabilités en sa faveur. Je me fonde sur ce qu'on observe presque toujours le filaire aux extrémités inférieures , quelquefois aux mains , à la face, presque jamais sur les parties couvertes.
Les nègres, les individus qui marchent pieds et jambes nus , sont en effet bien plus exposés à ce genre de maladie , que les Européens et que les indigènes. Plusieurs médecins qui ont pratiqué dans les pays où règne ce ver , ont observé que les officiers , qui ne se promènent jamais les bras et les pieds nus , et qui en outre ne se couchent pas sur la terre , n'en sont jamais affectés.
Les partisans de la génération spontanée de cet helminthe au sein de nos parties pensent qu'il tient à la nourriture propre aux pays chauds ou aux habitudes de ces climats , sans rien spécifier à cet égard. D'autres pensent que sa formation est liée à la température , car on ne l'observe que sous la zonetorride, en Guinée , dans la Haute-Égypte , en Abyssinie , dans 1 Arabie-Pétrée , sur les bords du golfe persique et de la mer Caspienne. Kœmpfer a observé que dans ces climats , où le dragonneau est endémique, le nombre des malades affectés est eu raison directe de la température. Il est évident que la température doit être regardée comme cause prédisposante du filaire, et que d'après ma manière de voir, tout individu qui aura quelqu'une des parties de son corps exposée à la piqûre de cet animal en sera affecté. Reste aux naturalistes à trouver et à déterminer les caractères zoologiques de ce ver, et à nous apprendre s'il subit une transformation ou s'il éprouve un simple développement dans l'épaisseur de nos tissus.
Quoi qu'il en soit de ces diverses manières d'expliquer la formation du filaire, donnons successivement et d'une manière succincte une idée générale : 1° de son organisation ; 2° des symptômes qu'il produit ; 3° du genre de médication qui lui est propre.
Description du fdaire. Cette description se trouve dans cette phrase linnéenne : Longissima , margine oris tumido , caudœ acumine injlexo. Développons cette définition. Sa couleur est blanche , sa longueur est extrêmement variable; en sorte qu'il règne sur ce point une grande différence d'opinions parmi les auteurs. Les uns veulent que le mininum de longueur soit de neuf pouces, et le maximum de quarante-deux; d'autres disent avoir vu des filaires de quatre à six pieds, de vingt pieds. Rudolphi, qui donne pour limites deux et douze pieds, fait remarquer avec justesse qu'il serait très-possible qu'on eût , dans quelques cas, retiré plusieurs individus à la suite les uns des autres. Cependant quelques auteurs disent n'avoir vu qu'un seul filaire chez le même individu , tandis que d'autres affirment en avoir vu jusqu'à trente et même cinquante. Ces helminthes sont d'ailleurs d'une ténuité excessive : le plus gros qu'on ait vu était de la grosseur d'une ficelle , d'un la de violon, quelques-uns gros comme un fil, et cette grosseur est uniforme. Rudolphi en a donné une excellente figure.
Son siège est variable ; il occupe presque toujours le tissu cellulaire souscutané des extrémités inférieures et supérieures. Sur les cent quatre-vingtquatre observations de Grégor, trente-trois filaires siégeaient aux jambes, onze aux cuisses , deux au scrotum et deux aux mains.
Sa situation est généralement superficielle : presque toujours il occupe le tissu cellulaire sous-cutané , et alors il soulève la peau à la manière d'une veine variqueuse , avec laquelle on l'a d'ailleurs souvent confondu. On dit l'avoir vu profondément , dans les rnterstioes musculaires , entourant les nerfs et les tendons. Presque toujours contourné en spirale à la manière des serpens, il est quelquefois placé en long ou diversement infléchi.
Diagnostic. — Les effets de la présence du filaire sont extrêmement variables- Il paraît qu'il peut séjourner plusieurs mois , plusieurs années , dans l'épaisseur de nos parties, sans manifester sa présence par aucun symptôme. Mais le plus souvent , au bout d'un temps plus ou moins long , il cause un prurit incommode, bientôt suivi d'un furoncle ou pustule douloureuse; et quelquefois le filaire est éliminé spontanément au milieu d'une suppuration plus ou moins abondante accompagnée ou non de symptômes généraux. Il est néamoins assez rare que la nature se suffise à elle même pour l'expulsion du filaire. D'après quelque»
ENTOZOAIRES.
ENTOZ,OAIRES.
auteurs, il n'eniraînerait que des désordres purement locaux ; mais plusieurs faits tendent à prouver que la cachexie et la mort peuvent en être la suite. Telle est l'observation d'un jeune n^gre de dix à douze ans , réduit au dernier degré de marasme , que M. Péré délivra d'un dragonneau qui occupait le tissu cellulaire sous-cutané de l'abdomen et du thorax. Le jeune nègre se rétablit si rapidement que M. Béré put le vendre douze cents francs trois mois après.
Du reste , le diagnostic est extrêmement facile. Comme le filaire rampe sous la peau , on le reconnaît à l'existence d'un petit cylindre presque toujours flexueux qui ressemble assez bien à une veine variqueuse avec laquelle on 1 a quelquefois confondu.
Traiieincnt. — Une seule indication se présente dans le traitement du (ilaire, c'est son extraction. Mais convient-il de l'extraire lorsqu'il ne détermine aucun accident ? Les opinions sont partagées à cet égard. 11 est vrai que les malades s'aperçoivent rarement de sa présence avant l'apparition de la démangeaison et de la pustule. Il paraît que l'extraction (tu filaire n'est pas une chose facile , si (lu moins on en juge par le grand nombre de procédés imaginés pour cet objet. Les précautions les plus minutieuses sont conseillées pour éviter sa rupture. Ainsi , une incision ayant été faite sur le furoncle ou plutôt sur le petit abcès qui s'est formé au niveau de l'une des extrémités du filaire , on saisit cette extrémité avec beaucoup de précaution , on exerce sur elle des tractions lentes et graduées; pour peu qu'on éprouve de résistance, on s'arrête; on enroule la partie sortie autour d'un cylindre de toile et on attend au lendemain. C'est de cette manière qu'opèrent les médecins qui ont pratiqué dans les pays où règne le dragonneau. Us redoutent singulièrement la déchirure de cet helminthe ; sans doute , parce que cette déchirure les oblige à attendre et à opérer sur de nouveaux frais. Une méthode qui mérite d'être mentionnée , c'est celle de Loeffer qui , négligeant la pustule , pratiquait une incision sur la partie moyenne de l'helminthe; on conçoit que cette méthode doit rendre l'extraction plus facile, parce que les efforts de traction se partagent également sur les deux moitiés de l'helminthe; mais elle suppose que le ver est placé immédiatement sous la peau.
Puisque , d'après l'hypothèse la plus probable, le filaire vient du dehors et s'est introduit mécaniquement sous la peau , il est évident que la seule méthode rationnelle de traitement est dans l'extraction de cet helminthe ; que des médicamens proprement dits ne peuvent avoir aucune action sur lui , à moins qu'ils ne soient appliqués directement; encore quel serait le résultat de ces applications? la mort de l'animal : or, le filaire mort est-il moins incommode que le filaire vivant? Le seul médicament qu'on puisse proposer devrait être pourvu d'une (Propriété attractive , et telle était en effet celle dont on gratifiait certains mélanges empiriques.
Mais en voilà assez sur ce genre d'heiminthes. Je ne ferai que mentionner le polystome pinguicole , que Treutler dit avoir trouvé au milieu de la graisse qui entoure Vovaire gauche. Il était libi-e au centre d'un noyau dur, du volume d une forte noisette. Sa forme très-bizarre et ses suçoirs ont été représentés par Treutler et reproduits par Bremser. J'avoue que je suis bien porté à révoquer en doute ce genre d'helminthe ; car je demanderai d'abord où est la graisse qui entoure l'ovaire. Il est bien étonnant que ce ver ne se soit présenté qu'à Treutler : et les corps libres et albumineux flottant librement dans des kystes ovariques ou autres sont si communs qu'il serait bien possible que ce corps , (le forme si bizarre , ne fût autre chose que de l'albumine coagulée. Il est d'ailleurs si facile de prendre pour des suçoirs de petites ouvertures accidentelles !
Je me hâte d'arriver au dernier genre d'entozoaires qui doive m occuper dans cet article, au genre hjdaiides , cystoïdes de Rudolphi , qu'on nomme aussi vers vésiculaires , parce qu'ils se terminent par une vésicule.
Des HYDATiDEs OTJ CTSTOÏDES., — Le mot liydatidc (de uêhip, eau et de «rw , je nuis), acjuula , aquositas des latifts , a eu plusieurs acceptions différentes- Dans l'enfance de l'art, on ne l'appliquait qu'à une tumeur particulière de la paupière supérieure ; bientôt on l étendit à des poches ou kystes contenant un liquide séreux, opinion qui est encore celle d'un grand nombre d'auteurs. Rédi paraît être le premier qui ait eu l'idée de rechercher si les hydatides sont Ues animaux doués d'une vie propre , indépend^inte ; et cependant on considère E;énéralement Hartmann , Malpighi et Tyson , comme les auteurs de cette découverte. Pallas {Dissert, de infest. virent, intra vii'ent.) , qui décrivit parfaitement la tète de ces animaux et leurs rapports avec le genre tœnia, les appelait tœnia hydatigena -vel hjdatoidea. Bloch les divise en trois classes : \avertnis vesicularis tœnicej'ormis ; 2° vermis vesicularis emerila; 3° vermis vesicularis sociaiis. Goëze, en 1782, augmenta le nombre des espèces , découvrit que les vésicules des cochons affectés de ladrerie étaient des taenias hydaligènes, et soupçonna que des vésicules trouvées chez l'homme par Meckel étaient de même nature. Verner Fischer (verm. intest, brevis expositio , 1786) décrivirent sous le titre de Jinna humana , une espèce d'hydatide , trouvée dans l'épaisseur d'un muscle sur un soldat submergé , et publièrent bientôt après un second cas analogue. Treutler, en 1793 , parle de deux espèces d'hydatides observées chez l'homme : il nomme l'une tœnia atbo-punctata , l'autre tœnia visceralis. Zéder , en 1800 , publia un supplément L l'histoire naturelle des vers intestinaux de Goëze.
Ludersen, confondant les kystes séreux avec les hydatides , a établi sept espèces 0^1 groupes , fondés sur l'adhérence ou la non-adhérence, l'unité ou la multiplicité des vésicules.
Laënnec a décrit sous le nom d'acéphalocjrstes des vésicules connues avant lui sous le titre A'yhydatides ou vers sans adhérence , hydatides qui sont extrêmement communs chez l'homme, et dont Rudolphi et Bremser rejettent l'aniraalité. Ces derniers auteurs partagent les hydatides ou cysto'ides en quatre
genres , Vanthocéphalc, le cysticerque, le cœnure et Véchinocoque. M. de Blainville fait observer que les anthocéphales ( qui d'ailleurs n'appartiennent pas à l'espèce humaine) paraissent n'être que déjeunes échinorrhynques ou bothriocéphales.
Mais., abandonnant toute discussion zoologique , je dois me restreindre au point de \'ue prati([ue ; je séparerai , tout d'abord , les kystes séreux, c'est-àdire les poches adhérentes par leur face externe et remplies de sérosité, des hydatides proprement dites , c'est-à-dire des vésicules libres de toutes parts , Tiivant d'une vie propre et ne demandant à V animal porteur , que le lieu , la chaleur, et des produits exhalés qu'elle a le pouvoir d'assinnler. Cette définition, qui comprend les acéphalocystcs de Laënnec, me paraît préférable à celle-ci , généralement admise, corps vésiculeux au moins postérieurement , et terminé par une tèle munie de trois ou quatre suçoirs avec ou sans crochets ( Lamark).
Trois espèces d'hydatides ont été trouvées jusqu'à ce jour dans le corps de l'homme -.Vacéphalocysle, le cysticerque celluleux et Véchinocoque de lliomme. Toutes les hydatides sont renfermées dans un kyste c|ui peut être séreux, cartilagineux ou osseux. Aussi dans Y Essai sur L' Anatoniie pathologique (tom. 1 , p. 225 ) , ai-je cru devoir décrire les hydatides en même temps que les tumeurs enkystées, sous le litre de kystes hydatiques ; car ce qui intéresse essentiellement l'homme de l'art, c'est la nature enkystée de la tumeur ; que les parties contenues soient de l'eau , de la matière mélicérique , stéatomateuse ou autre , un enlozoaire , peu importe pour le diagnostic , peu importe pour les indications thérapeutiques.
De toutes les espèces d'hydatides , la plus importante à connaître est sans contredit Vacéphalocysie, en raison de sa fréquence , de la gravité des accidens auxquels elle donne lieu et des transformations dont elle est susceptible; c'est à ce genre et aux k3'stes séreux qu'il faut rapporter tout ce que dit le médecin anglais Baron sur l'analogie , assurément bien éloignée , qui existe entre les tubercules et les hydatides , analogie sur laquelle je me suis assez longuement expliqué ailleurs ( voyez Ackphaloctste ) pour être dispensé d'y revenir, ainsi que sur tout ce qui a trait à cette espèce d'hydatide.
Le cysticerque du tissu cellulaire ( cyslicercus cellulosus) est assez rare pour qu'un assez grand nombre de médecins ne 1 aient jamais rencontré. J'ai eu occasion de le voir trois fois dans l'épaisseur des muscles, et quatre fois au moins dans le cerveau. Le cysticerque de l'homme appartient absolument à la même espèce que le cysticerque du lapin, que le cysticerque du cochon. Si on veut observer des cysticerques vivans , on n'a qu'à ouvrir l'abdomen d'un lapin qu'on a nourri pendant quelques jours, dans un lieu bas et humide , avec des substances pénétrées d'humidité. On verra des vésicule^ parfaitement transparentes , opaques, et blanches seulement dans le point qui répond à la tête, appendues à divers points de l'épiploon, et enveloppées d un petit kyste séreux. Doit-on admettre que le cysticerque puisse flotter librement dans quelque cavité séreuse, par exemple , dans les ventricules du (;erveau , dans la cavité abdominale ? Je n'admets la possibilité de ce fait que dans le cas où cet cntozoaire aura brisé la poche qui le contient ; encore est il probable que , dans ce cas , l'animal deviendra un corps irritant pour la cavité séreuse dans laquelle il sera tombé , et provoquera une inflammation semblable à celle que nous avons indiquée pour les acéplialocystes dans le cas de rupture de la poche qui les contenait ; cependant Bremser dit avoir observé plusieurs cysticerques libres dans la cavité thoracique des campagnols.
La question de la préexistence ou de la non préexistence du kyste est une question de pure théorie , on peut dire que le kyste et l'entozoaire se dévelop- ])ent simultanément. Il est bien évident que le kyste appartient au tissu cellulaire qui s'est transformé en poche séreuse.
Tandis qu'une seule poche contient quelquefois des centaines d'acéphalocystes, nageant au milieu d'une grande quantité de sérosité; chaque cysticerque a sa poche particulière qui est exactement moulée sur lui.
La planche viij de Bremser est frappante d'exactitude. P^lle représente dans une première figure le kyste hydatique contenu dans l'épaisseur d'un muscle. Dans une autre, le ver vésiculaire est dégagé de sa capsule. Presque toujours la tête , le eol et le corps sont rétractés dans l'intérieur de la poche , et apparaissent sous la forme d'un point blanc dont l'opacité contraste avec la transparence de la vésicule. En soumettant la vésicule à une double pression latérale, on provoque ordinairement la sortie des parties renversées, mais il est bien plus simple de plonger l'animal dans l'eau tiède, qu'on maintient à la même température; car le froid produit instantanément ce renversement.
Nous distinguerons donc dans le cysticerque une vessie et un corps. La vessie caudale, en général sphéroïde, quelquefois aplatie, conoide , plu's ou moins volumineuse et toujours en raison inverse du corps, a servi de base aux divisions de la plupart des naturalistes jusqu'à Rudolphi qui a choisi des caractères plus rigoureux.
Le corps, ordinairement enfoncé dans la vessie, dans l'hydatide morte, a de 2 à 10 millimètres de long. Il est , en général , composé d anneaux superposés, comme le tcenia. Aussi le cysticerque a-t-il été rangé parmi les taenias jusqu'à MM. Cuvier , Lamark et Bosc qui les en ont séparés , d'où les noms de tœnia Jinna , tœnia cellulosa, tœnia muscularis qui lui ont été imposés. La tête présente quatre petites protubérances percées d'autant de trous : ce sont les quatre suçoirs , au dessus desquels proémine une émiueuce conoide garnie d'une double couronne de crochets.
La structure du corps du cysticerque est complètement inconnue. Maugeot a vainement injecté du mercure dans la vessie caudale ; il n'a jamais pu le faire parvenir dans le corps. Aussi, considère-t-il ce corps comme formé par une substance homogène dépourvue de cavité. On ne connaît rien de positif sur les
ENTOZO AIRES,
ÉPHÉLIDE.
suçoirs. Sont- ils creusés d'ouvertures qui conduisent duns un ivoinbre égal de canaux? sotit-ils solides , comme le pensent Zéder et Steinbuch? c'est ce qu'il est impossible de déterminer.
La même ignorance existe sur les fonctions du cysticerque. Les seules bien démontrées sont la sensibililé et la contractilité ; plongé dans l'eau tiède ou dans le sang , il présente un mouvement unique , c''est la rétraction du corps et de la tête dans l'intérieur de la vessie caudale , et la sortie de ce corps et de cette tête hors de la vessie , par un mécanisme qu'on peut comparer , avec Bremser , au renversement d'un doigt de gant.
Du reste, voici les principaux observateurs qui font mention des cysticerques , 1" dans les muscles ; 2" dans le cerveau.
lo Cfsticerques des muscles. Werner est le premier qui ait trouvé chez l'homme le cysticerque, qui, depuis long-temps, avait été décrit chez le cochon. Il le rencontra sur le cadavre d'un soldat de 40 ans , mort d'asphyxie par submersion. Il dit que presque tous les muscles en étaient farcis. Steinbuch en a rencontré vingt cinq dans le trapèze , les scalènes , les dentelés postérieur et supérieur , les très longs du dos et le deltoïde du même individu. Isenllamm, cité par Rudolphi et Bremser , en a trouvé un dans le creux de l'aisselle , Chabert dans l'épaisseur de la langue; Himly en a vu plusieurs dans les muscles de deux cadavres. Werner assure que le tissu musculaire est plus rouge que de coutume au voisinage du cysticerque ; d'autres disent qu'il est plus mollasse et plus paie. Je n'ai trouvé aucune altération notable dans les fibres musculaires qui avoisinaient les cysticerques musculaires que j'ai rencontrés. Une fois, j'ai rencontré un cysticerque renfermé dans un kyste oblong , lequel occupait l'épaisseur du couturier d'un homme , il était uni aux fibres musculaires par un tissu cellulaire très-làche. Deux autres fois , le cysticerque était contenu dans la courte portion du muscle biceps liuméral. Au reste, pour avoir une bonne idée de ce genre de lésion , il faut 1 étudier chez l'animal qui la présente à son maximum, chez le cochon domestique où on en rencontre dans les interstices celluleux de tous les muscles , dans l épaisseur des grands muscles , dans l'épaisseur du cœur, entre les colonnes charnues de ce viscère, entre les deux feuillets de ses valvules semi-lunaires , dans l'épaisseur de l'œsophage, de la langue , des musi les de l'œil , autour des nerfs optiques , à la surface et dans l'épaisseur du cerveau , sous la pie-mère, dans l'épaisseur des circonvolutions.
2" Crsticeiques dans la substance cérébrale. Fischer est le premier qui ait signalé le cysticerque , qu'il appelle tœnia hjdaligèiie , dans les plexus choroïdes de l'homme. Le sujet de cette observation était un jeune homme sur lequel il n'avait aucun renseignement. Il y avait vingt-trois cysticerques. Fischer assure que ces vers n'étaient pas enveloppés par un kyste particulier; mais il est probable , contrairement à l'assertion de Bremser qui admet , ainsi que je l'ai déjà dit, des cysticerques sans kyste , que le kyste a échappé à l'observateur en raison de sa ténuité.
Sur le cadavre d'une femme morte hydropique, Treutler a trouvé quinze cysticerques daui un plexus choroïde et deux dans l'autre. Treutler croit qu'ils ne sont pas de la même espèce que ceux de Fischer , parce qu'il ne trouva qu'un seul suçoir et une seule couronne composée de six crochets. Mais Rudolphi et Bremser pensent que ces individus appartenaient à la même espèce, seulement qu'ils étaient incomplètement développés. Bréra en a également trouvé un très-grand nombre dans les deux plexus choroïdes d'un apoplectique. Himly a trouvé des cysticerques, non-seulement dans le cerveau, mais encore dans, les poumons et les muscles d'un individu qui avait succombé par suite d'un cancer à la face. Je n'ai jamais vu des cysticerques dans les plexus choroïdes. Tous les kystes que j'ai eu occasion d'y rencontrer étaient des kystes séreux. Mais j ai vu plusieurs fois des cysticerques dans l'épaisseur des circonvolutions cérébrales. Chez plusieurs sujets il n'en existait qu'un seul. Je n'ai jamais vu un plus grand nombre de cysticerques que sur le cerveau d'un épileptique qui me fut envoyé de Bicêtre. II y en avait au moins cent : les uns dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien , du cerveau et du cervelet; les autres, contenus en totalité ou en partie dans l'épaisseur d'une circonvolution , un plus petit nombre occupait l'épaisseur du noyau central de l'hémisphère. Il n'en existait pas dans les plexus choroïdes ; le cervelet en présentait une cinquantaine. Tous avaient un kyste séreux très-mince , tous s'énucléaient avec la plus grande facilité , et le tissu cellulaire ambiant était sain. L'élève qui m'apporta ce cerveau m'assura que le même sujet en présentait un certain nombre dans l'épaisseur de la moelle épinière et à sa surface , dans le tissu cellulaire sousarachuoïden. M. Calnieil {Journal hebdomadaire , t. 1, p. 47) a publié deux observations de cysticerques dans l'encéphale.
Dans l'un de ces cas , il y avait neuf cysticerques ; quelques-uns occupaient le tissu-cellulaire sous-arachnoïdien, d'autres l'épaisseur des circonvolutions. Un d'eux soulevait la membrane ventriculaire entre la couche optique et le corps strié. Un autre était logé profondément entre les tubercules quadrijumeaux du côté gauche.
Dans l'autre cas , deux cysticerques étaient contenus dans l'épaisseur du plexus choroïde.
On chercherait vainement dans l'histoire clinique de ces deux malades, qui a été recueillie avec beaucoup de soin par M. Calmeil , des symptômes propres <t éclairer ultérieurement le diagnostic de cette lésion morbide. Ces entozoaires ne peuvent agir que de deux manières , et par la compression qu'ils exercent sur le cerveau et par l'irritation qu'ils déterminent sur la substance cérébrale. Mais, à moins d'en admettre un certain nombre , ou à moins que ces hydatides ne portent sur des parties importantes à la vie, la compression qu'exercent ces petits corps n'est pas assez grande pour produire des accidens. Quant à l'irritation , serait-ce par leurs mouvemens? mais, isolés dans un kyste, leurs mou-
vemens obscurs ne peuvent avoir aucune influence sur les parties voisines. On conçoit néanmoins que ces cysticerques , par leur seule présence comme corps étrangers , peuvent amener une inflammation de la substance cérébrale environnante ; et alors se déclareront tous les symptômes du ramollissement. M. Rostan { Recherches sur le ramollissement du cerveau , p. 413 ) en cite des exemples.
Du reste , l'homme n'est point sujet au cœnure du mouton ou hydatide polycéphale , qui produit chez cet animal le phénomène si remarquable et si connu du tournis.
De Céchinocoque de Vhomme. — La description que donne Bremser de l'échinocoque humain , me paraît appartenir à l'acéphalocyste. Je ne connais d'exemple bien constaté de cet entozoaire que celui que vient de publier M. Rendtorf, dans une thèse remarquable (de hydatidibus in corpore hurnano prœsertim in cerebro repertis ) , et dont on trouve l'image fidèle annexée aux planches de Bremser , par les soins de M. de Blainville. Le sac qui contenait toutes les hydatides ressemble exactement à une grosse acéphalocyste , il était énorme et pesait deux livres trois gros ( poids médicinal) : il remplissait le ventricule droit du cerveau , qu'il avait dilaté au point de réduire les parois de ce ventricule à une demi-ligne d'épaisseur. Il y avait soixante-onze hydatidei nageant au milieu de la sérosité. Elles étaient ovoïdes, globuleuses, pyriformes ; le plus grand nombre avait la grosseur d'un grain de raisin de Malaga, d'autres avaient un pouce et demi de diamètre. Toutes ces hydatides étaient indépendantes les unes des autres. Leur extrémité céphalique était armée d'une couronne de crochets ; mais on n'y rencontra pas de suçoirs , comme dans le cœnure.
L'obscurité dont s'enveloppe le diagnostic du cysticerque et de l'échinocoque ne permet pas d'aborder la question du traitement. Cependant, l'influence du régime sur la production du cysticerque chez le lapin et du cœnure chez le mouton, ne rend pas improbable l'influence d'un régime différent et de substances amères et stimulantes sur la destruction de ces helmintes.
Tels sont, en y comprenant les acéphalocystes , les principaux entozoaire» connus chez 1 homme.
Redi. Osservazioni intorno agli animali vivenli , etc. Venezia . 1741.
Pnllcis. De iofestjs vivenlibui intrà vivenlia. Koterdam , 1768.
Bloch, Abl'anlaceng von erzeugung der Gingœwecdewùimer , etc. Berlin , 1782.
P.-F.-C. JVerner. Verniiuni iiilesliDalium praeserlira l.cniaB bunianae brevis expositio. Lipsia;, 1782-1783 ; 3 pari. , in-8», fig.
Gocze. Versucb eîner naturi;escliiclile . etc. Leipzig, 1787.
Zeder. Eister nachtrag zur nalurgescbiclile , etc. Leipsig , 1800.
J^.-L. Brera. Traité des maladies vermineuses ; traduit de l'italien, avec des notes, par Barloli el Calvct. Paris, l80i, in-S" , fig.
Th. Laennec. Mémoire sur les vers, et principalement sur ceux qui se trouvent dans Ift corps bumain. Paris. 1804 , in-i" , avec 4 plancbes.
Rudolphi. Eutozoorum , sive verniii^m intestinalium historia. Ânistelodami , 1808 , 3 vol, in-S", fig. — Eutozoorum synopsis. Berolini, 1819, in-8°, fig.
J.-G. Bremser. Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l'bomm» traduit par Grundier, avec des noies de Blainville. Paris , 1824, in-S", figures.
S, Dellechiaje . Con)peodio di elniiutografia uniana. Wapoîi, 1825, in-8", allas de lOpfei ches.
Vandlilh de Jeude. Recueil de figures de vers intestinaux. Leide , 1829, in fol. F.-C.-H. Creplin. Kova; ohservaliones de entozooris. Berolini , 1829, in-S", fig. JE. Schmaltz. XiX tabiilie anatomiam eutozoorum illustrantes, cungestae , nec non explfcatione pieediltE. Dresde, 1831, in-4o.
{ Crbveilhieb. )
ENTÉrÉTOME. Voyez Awus contre nature.
EPHELIDE , s. f. ; ephelis , dérivé de iizt , sur, et de soleil. Les Gre' donnèrent d'abord le nom d'fj)i)),<-{ aux taches produites, sur les tégumens, par, les rayons solaires : Hippocrate employa cette expression dans ce sens ; mais il l'appliqua aussi aux maculatures qu'il avait observées à la face chez les femmei. grosses. Plus tard , on s'est servi de ce mot pour désigner plusieurs altératioi de la peau qui n'ont entre elles que des rapports éloignés , et le mot cphélide^ en vieillissant, est devenu à peu près synonyme de tache ou de maculature. Quelques nosologistes ont cherché à différencier, entre eux , ces divers change» mens de couleur de la peau par un adjectif qui rappelât un de leurs principaux caractères; mais ces dénominations composées sont elles-mêmes le plus ordinairement vicieuses : l'une ( éphélide solaire ) est un pléonasme ; l'autre (èphélide hépatique ) attribue sans fondement à l'action du foie la teinte jaune de la peau dans le chloasma. Enfin plusieurs mots ( chloasma , lentigo , lenticula , macula, vitiligo) ont été employés par d'autres pathologistes pour désigner les éphélides en général , ou seulement quelques-unes de leurs variétés.
§ 1. A l'exemple de Lorry , de P. et de J. Frank, j'ai employé ( Traité des maladies de la peau, t. 2, p. 2(J6) le mot Éphélide dans son acception littérale, bien indiquée par L. Blancard et Castelli , et m'en suis servi pour désigner le» taches brunes , produites sur la peau par l'action des rayons solaires. Souvent; peu nombreuses, larges, irrégulières et d'un brun foncé (ephelis umbrosa , P. Frank ) , elles sont quelquefois petites , circulaires et très-multipliées , d'un jaune fauve , se rapprochant du lentigo par leur forme et leur couleur (ephelis lentigo , 3. P. Frank). Elles apparaissent toujours au printemps, ou pendant les chaleurs de l'été , sur la face , le col , la partie supérieure du thorax et sur les mains, surtout chez les enfans et les individus qui ont la peau blanche et fine. Les femmes se servent de voiles pour prévenir le développement de cet taches. Quelques-unes poussent la précaution jusqu'à se laver les mains et le visage avec des solutions d'albumine ; d'autres , pour rendre à la peau brunie par le hdle sa teinte naturelle , en humectent la sui-face avec de la crcrae , du
ÉPHÉLIDE. (
petit lait ou tles eaux distillées aromatiques : les éphélides s'effacent aux approches de l'hiver.
S II. Éphélide hépatique ( Alibert ) ; vitiligo hepatica {Samages) ] macula hepatica (Seunet) -ylielis fuLvescens (Swédiaur) ; taches hépatiques ( chloasma, J. Frank) : altération de la peau caractérisée à son début et dans son état par une ou plusieurs taches , accidentelles , sèches, indolentes ou prurigineuses, d'un jaune pâle ou brun , développées sans causes extérieures appréciables , et dont la surlace est quelquefois turturacee. Les taches dites hèpaticjucs peuvent .se montrer sur toutes les régions du corps , mais apparaissent le plus ordinairement, à la nuque , à la poitrine , sur les seins , sur l'abdomen , aux aines et a la partie interne et supérieure des cuisses. On ne les voit ordinairement à la figure que chez les femmes enceintes.
La couleur des taches du chloasma , tantôt comparable au jaune-pâle des feuilles mortes de certains arbres, est quelquefois d'un jaune aussi prononcé que celui de la rhubarbe et du soufre ; chez les femmes brunes , leur teinte est toujours plus foncée. Les dimensions de ces taches sont très-variables; les unes ont plusieurs pouces de diamètre , les autres à peine quelques lignes. D'abord isolées, assez régulièrement arrondies , elles se multiplient, s'élargissent ou se réunissent en groupes plus ou moins nombreux. Alors elles forment de larges plaques irrégulières qui occupent quelquefois des surfaces si étendues , qu'au premier coup-d'œil les parties saines de la peau pourraient sembler le siège d'une décoloration morbide. Elles ne s'élèvent pas ordinairement au dessus du niveau des tégumens qui les entourent , surtout lorsqu'elles se développent sur une peau blanche et fine. Quelquefois, cependant, les points maculés paraissent au toucher légèrement proéminens ; leur surface devient le siège d'une démangeaison qui augmente par la chaleur et l'exercice , par l'usage des liqueurs fortes. Elle est ordinairement plus vive chez les femmes et les jeunes filles aux approches de la menstruation ; elle est excitée par des impressions morales et par la chaleur du lit. Lorsque les malades ne savent pas résister au besoin de se gratter, les démangeaisons deviennent quelquefois insupportables et occasionnent des insomnies fatigantes. Quelquefois l'épiderme se fendille à la surface des taches et se ilétache en petites lamelles furfuracées ( chloasma pseudo-poi'figo , J Frank ; pityriasis versicolor , Willan) ; parfois même, pendant l'élé , au commencement du printemps , on voit les taches jaunes du chloasma s'étendre, devenir plus prurigineuses et prendre une teinte rouge. J'ai observé cette transformation chez des femmes qui porlaient une ou plusieurs taches de chloasma entre les seins. Les taches dites hépatiques ne sont accompagnées d'aucun trouble des principales fonctions, lorsqu'elles existent indépendamment de toute complication.
La durée des taches du chloasma est très-variable. Je ne pense pas , toutefois , comme M. Biett , qu'elles puissent disparaître en quelques heures ; mais, d'un autre côté, je ne leur ai jamais vu prendre un caractère très-alarmant , comme M. Alibert dit l'avoir observé. Le plus ordinairement ces taches dites hépatiques se développent sans causes connues et persistent pendant plusieurs années, si elles ne sont point combattues par des moyens appropriés. Les hommes prennent rarement ce soin , à moins qu'elles ne soient prurigineuses ou qu'elles n'éveillent dans leur esprit la crainte d'une maladie du foie. La peau des femmes y est plus exposée que celle des hommes, surtout celle des femmes blondes dont la peau est fine et délicate; on les observe rarement chez les enfans. On a vu des femmes en être atteintes pendant quelques jours seulement, aux époques menstruelles. Ces taches naissent et disparaissent alors sans desquammation de l'épiderme. Plusieurs pulhologistes ont désigné sous les noms de chloasma gravidarum et de chloasma amenorrhicum de semblables taches dont l'apparition avait coïncidé avec la grossesse ou avec la suppression des menstrues. On les observe aussi chez les malades atteints d'inflammations chroniques de l'estomac ou des poumons; mais non dans une proportion qui tende à établir un rapport dans leur développement. Malgré l'opinion du vulgaire qui voit souvent dans ces taches l'indice d'une maladie de foie, il est certain qu'elles coïncident bien rarement avec les affections de cet organe. En les désignant sous le nom d'éphélides hépatiques , on a créé une dénomination que repoussent a la fois la sévérité du langage et l'observation clinique ; car cette altération du pigment de la peau se développe le plus souvent chez des individus dont toutes les principales fonctions sont régulières.
Plusieurs lambeaux de peau, présentant des taches de chloasma, ont été traitées par la putréfaction k l'air libre et par la macération. Sur les premiers, l'épiderme enlevé n'a pas emporté avec lui la matière colorante , qui est restée à la face externe du derme, sous la forme d'une couche brune, noirâtre ou grisâtre, facile à détacher avec le dos du scalpel; sur les autres, la matière colorante s'est partagée entre l'épiderme et le derme, à la surface duquel elle s'est présentée sous la forme d'une matière liquide, noirâtre ou grisâtre, déposée sur le sommet des papilles en couches d'une inégale épaisseur. A la surface du derme, on remarquait, en outre , une bande de couleur brunâtre que l'instrument ne pouvait enlever sans intéresser son tissu. Dans une autre circonstance j'ai constaté que l'épiderme, qu'on pouvait facilement enlever avec l'ongle, en petits lambeaux, était lui-même coloré en jaune sale , ou jaune terreux.
On observe des taches jaunes plus ou moins analogues à celles du chloasma à la partie interne des cuisses , chez les femmes qui se servent habituellement de chaufferettes. Il reste souvent pendant plusieurs semaines des taches d'un jaune brun sur les régions delà peau pourvues de follicules, après l'application des vésicatoires ; sur les points antérieurement occupés par des plaques syphilitiques de lèpre ou de psoriasis , par des croûtes d'impétigo, de variole, par des taches de purpura. Dans cette dernière affection la résorption du sang déposé dans le tissu de la peau explique seule les teintes variées qu'elle pré- DiCT. DE Mbdecime et de Chirurgie pratiques,
889 ) ENTROPION.
sente ; dans le chloasma elles sont dues à une sécrétion plus abondante du pigment; la cause delà coloration des taches consécutives aux plaques syphilitiques et de psoriasis est plus complexe.
Les taches hépatiques ne peuvent être confondues avec aucune autre coloration morbide de la peau. L'éphélide en diffère par sa teinte et par sa cause ; le lentigo,par sa forme et sa couleur rousse, coïncidant ordinairement avec une semblable coloration des cheveux. Les nœi'i , couleur café au lait , se rapprochent singulièrement des taches du chloasma par leur teinte ; mais ils en ditièrent en ce qu'ils sont congéniaux et incurables : leur surface n'est jamais furfuracée ni prurigineuse, comme l'est quelquefois celle du chloasma. L'absence de la teinte jaune qui le caractérise suffit pour le distinguer du pityriasis dont il se rapproche , lorsque les points affectés se couvrent de furfures. On a dit que le pityriasis ne s'accompagnait jamais de démangeaisons , et qu'elles existaient toujours dans les éphélides : c'est une double erreur.
Les taches du chloasma qui se manifestent chez les femmes, peu de jours après la conception, disparaissent q lelquefois à la fin du premier mois de la grossesse avec d'autres accidens qui l'ont annoncée : mais on les a vues persister pendant toute sa durée et même après l'accouchement.
Toutes les fois que ces taches existent indépendamment de toute autre altération, il faut les attaquer par les bains sulfureux. Ce moyen est bien préférable aux lotions émulsives , aux linimens chargés de camphre ou de borate de soude, aux pommades avec le laurier-cerise, etc. De toutes les maladies de la peau, les taches hépatiques sont peut-être celles dans lesquelles l'action salutaire des eaux sulfureuses est le plus remarquable. Une douzaine de bains sulfureux artificiels à 3" r. , d'une heure , répétés de deux jours l'un , font quelquefois complètement disparaître de larges taches de chloasma développées sur la peau depuis plusieurs années. On retire le même avantage des eaux sulfureuses naturelles; mais rien ne prouve que, dans ce cas, elles soient préférables. Aux sources , on fait co'incider leur usage , à l'intérieur , avec l'action des bains, qui, seuls, amènent toujours une guérison rapide. J'ai quelquelois prescrit les extraits de douce-amère et d'aconit à faible dose pour calmer l'imagination inquiète des malades sur les conséquences que pourrait entraîner une aussi prompte disparition de ces taches : des considérations du même ordre doivent quelquefois engager à respecter ces dépôts pigmentaires , lorsqu'ils coïncident avec une maladie chronique de l'estomac, de l'intestin, de l'utérus , etc.
§111. Éphélide LEMTiFORME ( Alibert ) ; cphelis lentigo; lenticula , yvi[gz\revaent taches de rousseur ; \eD.Ws,o (Lorry). Cet état de la peau est caractérisé par de petites taches pigmentaires, non proéminentes , d'un jaune fauve , lenticulaires, disséminées sur la face, la poitrine, les membres thoraciques , souvent congéniales ou apparues dès l'enfance sans causes appréciables. Les taches qui le caractérisent, d'une couleur analogue à celles des poils, diminuent ordinairement à l'époque de la puberté , persistent quelqnefois jusqu'à un âge avancé, et ne sont point accompagnées de démangeai.soii. Elles diffèrent des éphélides, en ce que ces dernières, développées pendant l'été sur les mains, sur le visage et d'autres parties du corps habituellement découvertes, disparaissent pendant l'hiver. Les premières sont accidentelles; les secondes sont persistantes , et presque exclusives aux individus dont les cheveux sont roux , les yeux d'un bleu pâle , et dont la peau des aisselles, des aines et des oreilles exhale une odeur insupportable.
Après avoir soumis à la macération plusieurs lambeaux de peau tachetée de lentigo , j"ai constaté que la matière colorante restait presque toujours fortement adhérente au derme , lorsqu'on en détachait l'épiderme. Le lentigo n'est point une maladie. Son étude, comme celle des pigmens , rentre dans les attributions de î'anatomiste.
§ IV. Éphélide lentiforme igkéale ( Alibert) ; ephelis ah igne ( Sauvages) ; cphelis spuria (J. P. Franck). Variété de la brûlure ; caractérisée par des taches qui se développent principalement sur la partie interne des jambes et des cuisses de femmes qui ont l'habitude , durant le froid de l'hiver, de placer sous leurs pieds des vases de terre contenant de la braise ou du charbon ardent. ( Foyez Crull're. )
§ V. Éphélide scorbutique ( Alibert) ; ephelis scorbutica (Sauvages ). Taches rouges ou brunes, d une grande grande étendue , produites par le sang déposé dans la peau et quelquefois dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ces taches indépendantes de violences extérieures, se montrent dans le scorbut et dans le pourpre. ( Voyez Méladermie , Purpura, Scorbut. ) ( P. Rater.)
ENTROPION, s. m.; introversio palpebrarum ; de ev , en dedans , et de T^.'mu, je tourne; renversement du bord libre des paupières vers le globe de l'œil.
Cette affection, ordinairement étendue à tout le bord de la paupière, n'est dans quelques cas , que partielle , et , alors , elle occupe plus spécialement la partie de ce bord qui avoisine la commissure externe; elle peut être l'effet de plusieurs causes.
Elle accompagne souvent les ophthalmies compliquées de photophobie et de sécrétion de larmes acres et brûlantes, et celles qui se développent chez les individus que leur profession contraint à examiner sans cesse des objets trèspetits, et qui clignent des yeux habituellement. Dans ces cas, en effet, le muscle orbiculaire des paupières irrité se contracte presque involontairement et convulsivement; la paupière inférieure passe au-dessous de la supérieure, et bientôt se renverse de manière à appliquer les cils dont son bord est garni à la surface de l'œil, et produire une augmentation considérable de l'irritation. Ce phénomène se fait aussi remarquer assez souvent lorsque l'œil s'enflamme à la suite de l'opération de la cataracte.
ENTROPIOIT.
ENTROPION.
Celte espèce d'entropion cesse ordinairement avec l'afiection dont il dépend.
Mais il existe un entropion permanent dont la cause la plus ordinaire est le raccourcissement du bord libre des paupières, par l'effet de cicatrices d'ulcérations produites par les inflammations chroniques de ce bord , et surtout par les inflammations scrofuleuses , lesquelles se propagent au cartilage tarse, allèrent sa texture et sa forme, et le courbent en dedans eu lui faisant éprouver une sorte de racornissement.
Dans ces cas , le boi d libre de la paupière renversée est dur , rouge , épais , calleux ; il présente çh et là des inégalités dues à des enfoncemeus qui correspondent aux ulcérations ou aux cicatrices qui ont succédé à celles-ci ; et , lorsque I on lire en dehors la peau de îa paupière, il ne se redresse que diHicderaent, ou même point.
Quelquefois encore, la maladie qui nous occupe reconnaît pour cause un allongement ou un boursouflement accompagné de relâchement de la peau de la paupière, et quelquefois aussi un racornissement ou une rétraction de la muqueuse qui revêt sa face interne, et qui dépend de la cicatrice d'une perte de substance, ou de quelque autre état morbide qui a donné une certaine rigidité à son tissu. On le voit aussi dépendre d'un commencement de paralysie des muscles ; enfin , dans quelques cas , l'entropion est dû au développement de tumeurs de natures diverses dans l'épaisseur de la paupière.
Quelle qu'en soit la cause , l'entropion , même passager, peut avoir , lorsque l'on n'y remédie pas , des résultats fâcheux par rapport à l'œil ; parce que les cils qui garnissent le bord libre de la paupière se trouvent en contact avec la surface antérieure de cet organe , et y déterminent une irritation des plus violentes, qui peut amener la perforation de la cornée , ou des inflammations qui se terminent par la perte de sa transparence. Il constitue une des causes les plus communes d'insuccès après l'opération de la cataracte; et c'est lui , qui, dans beaucoup de cas , fait toute la gravité de certaines ophlhalmies. Il présente alors cette particularité, que , déterminé par l'irritation , il devient à son tour la cause d'une irritation plus forte, par laquelle il est entretenu et qu'il entretient.
Mais c'est surtout l'entropion permanent qui peut avoir les conséquences les plus graves et toujours pour la mcme cause , c'est-à dire à cause du renversement des cils ( trichiasis) sur l'œil ; renversement qui occasionne une irrilalion continue , laquelle peut déterminer toutes les dégénérations dont la cornée est susceptible.
Il est donc de la plus haute importance de remédier à une affection qui peut avoir des suites si fâcheuses.
Le traitement vaille , en général , comme la cause à laquelle la maladie doit être attribuée.
Traitement. L'entropion pasager cesse , avons-nous dit , avec la cause qui lui a donné naissance. C'est donc en détruisant cette cause , c'est-à-dire , en mettant en usage les moyens les plus propres à faire cesser les ophthalmies très douloureuses, que l'on parvient à remédier au renversement de la paupière.
On peut cependant employer avec avantage un moyen direct de redresser la paupière, et, par conséquent, de soustraire le surcroit d'irritation ajouté à l'inllammation de la conjonctive par l'action des cils sur cette membrane ; ce moyen consiste en une bandelette de dyachylum gommé , dont une extrémité, de la largeur de la paupière et taillée obliquement en croissant, est appliquée sur le voile membraneux près de son bord , tandis que son corps est étendu sur les parties voisines. Il faut dire, toutefois, que, quand la cause du renversement est très-active, quand , par exemple, l'irritation et la douleur sont trèsintenses, ce moyen ne jouit pas toujours de toute l'eflicacité désirable.
Quant au traitement de l'entropion permanent , il se compose de plusieurs procédés opératoires.
Ces procédés sont : l'emploi de bandelettes agglutinatives , l'incision de la commissure externe des paupières , l'irritation de la peau de la paupière, sa destruction, et l'incision du cartilage tarse.
Les bandelettes, que l'on fait avec le taffetas dit d'Angleterre, et que l'on applique en les croisant, au nombre de deux ou trois, sur la paupière qui tend à se renverser, ont plusieurs fois réussi entre les mains de M. Demours, qui assure avoir guéri par ce moyen, dans l'espace de vingt jours, plusieurs entropions dus à une cause peu grave, telle qu'un relâchement peu considérable de la peau de la paupière, accompagné d'un légér œdème sous-cutané. On sent, en effet, qu'un moyen si peu actif ne peut guère réussir que dans des cas analogues à celui-ci.
L'incision de la commissure externe des paupières , mise en usage par M. Wardrop, réussit quelquefois , dans les mêmes circonstances , à redresser la paupière renversée ; mais cette méthode est généralement considérée comme peu efficace.
L'irritation de la peau de la paupière , au moyen de frictions faites avec le liniment ammoniacal, le baume de Fioraventi, la teinture de cantharides, etc., est encore un moyen doué de peu d'efficacité, et qui ne convient que dans les cas où il y a renversement léger par relâchement de la peau ou par un commencement de paralysie des muscles, ainsi que cela arrive sourent chez les individus fort avancés en âge, et chez lesquels on cherche , à cause de cette circonstance, plutôt à pallier qu'à combattre véritablement la maladie.
La méthode la plus efficace, et qui convient également au relâchement excessif de la peau , à la rétraction de la membrane muqueuse , à la déformation, par suite de cicatrices , du bord de cartilage tarse, et aux paralysies incomplètes des muscles palpébraux, c'est la destruction de la peau de la paupière, qui corrige le renversement et par l'excitation qu'elle transmet aux parties contractiles, et surtout parce que , la cicatrice de la perte de substance qui en résulte ne pouvant se guérir que par le rapprocheraeul de ses bords, il résulte
de l'opération une cicatrice d'une certaine étroitesse qui ramène en dehors le bord de la paupière qui se renverse en dedans. On exécute cette destruction de plusieurs manières.
Le plus ancien procédé est celui de Celse, qui consiste à saisir la peau de la paupière avec une pince, à la soulever pour lui faire former un pli transversal proportionné à la perte de substance que l'on veut faire, c'est-à-dire à l'étendue et à l'intensité du renversement, et à enlever le pli d'un coup de ciseaux.
Bastish déterminait la gangrènedu pli de la peau au moyen de la compression qu'il exerçait sur lui à l'aide d'une machine. M. Demours a substitué à cette machine une anse de fil d'archal dans laquelle il passe le pli cutané et qu'il tord ensuite par ses deux extrémités.
Enfin, on a essayé la cautérisation que l'on a pratiquée de plusieurs manières. Helling, Quadri et plusieurs autres se sont servis de l'acide sulfurique.
Pour l'appliquer, on commence par coller, au-dessous du point que l'on veut cautériser, une bandelette agglulinative qui garantit les parties placées au-dessous de ce point de l'action du caustique. Puis , à l'aide d'un morceau de bois , on étend sur la peau de la paupière une goutte d'acide sulfurique concentré , avec laquelle on recouvre une surface ovalairc transversalement d'une étendue en longueur et en largeur proportionnée au renversement. Au bout de huit à dix secondes, on essuie la peau pour enlever toute la portion d'acide non combinée.
Quelquefois celte seule application suffit pour déterminer une rétraction de la peau assez considérable pour redresser les cils ; alors l'opération est terminée. Dans le cas contraire, on applique sur le même point une nouvelle goutte d'acide, dont on recouvre une surface un peu plus étendue , et l'on réitère l'opération jusqu'à ce que l'on ait obtenu uue rétraction de la peau suffisante pour opérer le redressement des cils.
Quadri conseille , lorsque les cils commencent à s'écarter du globe de l'œil , de les rassembler en trois ou quatre faisceaux, autour de chacun desquels on noue un fil de soie , que l'on fixe ensuite au front ou à la joue , afin d'aider au redressement du bord de la paupière ; mais il faut peu compter sur ce moyen , parce que les bulbes des cils, irrités par le tiraillement , ne tardent point à suppurer, et alors les cils cèdent au moindre effort de traction.
Quoi qu'il en soit, après la chute des escarres, les plaies se cicatrisent en attirant leurs bords vers leur centre, avec toute la force dont l'on sait que sont douées les plaies résultant de brûlures au quatrième degré; et l'on conçoit que cette circonstance favorise singulièrement le redressement de la paupière déviée.
C'est de la même manière qu'agit la cautérisation à l'aide du fer rouge ; car I on a été jusqu'à proposer ce moyen, malgré le danger auquel il expose de brûler le globe de l'œil par la propagation de la chaleur à travers la mince épaisseur de la paupière.
Ware l'a même appliqué directement sur le muscle élévateur de la paupière, préalablement mis à découvert , dans un cas d'entropion par relâchement de ce muscle; et il a réussi à en déterminer la rétraction.
De tous ces procédés, l'excision pure et simple de la peau me parait le meilleur, parce qu'il est beaucoup plus simple, plus prompt, moins douloureux, et tout aussi efficace quand on enlève un lambeau de tégument d'une étendue suflisante pour suppléer à la faiblesse comparative de la tendance au rapprochement , moindre après les plaies avec perte de substance simple qu'après les brûlures.
Mais , pour être efficace , il faut que ce procédé soit convenablement appliqué, c'est-à-dire qu'il ne doit être employé que dans les cas où, avant l'opération, le doigt appliqué sur la paupière peut la ramener à sa direction naturelle.
On est convenu généralement de regarder comme incurables les entropions assez considérables pour ne pouvoir être corrigés momentanément par l'application du doigt, et, par conséquent, tous ceux, entre autres , dans lesquels le cartilage tarse est fortement courbé sur lui-même.
Dans plusieurs cas de ce genre, M. Saunders a remédié à la maladie en extirpant la presque totalité du cartilage tarse de la paupière supérieure. Pour faire cette opération , il commence par glisser , au-dessous de la paupière , une plaque de corne en forme de cuiller arrondie, dont la face concave regardait le globe oculaire, et dont la face convexe soutenait le voile membraneux, qu'elle sert à tendre convenablement ; cela fait, il incise les téguraens et le muscle orbiculaire parallèlement au bord de la paupière, immédiatement an ' dessus de la racine des cils , relève, en le disséquant, le lambeau formé par ces parties jusqu'au niveau du bord supérieur du cartilage tarse, divise la conjonctive le long de ce bord, et coupe le cartilage sur les côtes et près de son bord palpébral en ayant soin de ménager les points lacrymaux. Après l'opération , la plaie devient ordinairement le siège de fongosités , qu'il faut réprimer à l'aide de nilrate d'argent et quelquefois enlever avec l'instrument tranchant. Je u'ai jamais vu faire cette opération, mais elle me paraît délicate et surtout douloureuse. Privant la paupière du cartilage qui la tend et la soutient , elle doit remplacer la difformité résultant du renversement de la ])aupière par une difformité d'une autre nâture , et qui n'a sur la première que l'avantage de n'être point compliquée de déviation des cils. Mais comme on peut remédier à cette déviation par des procédés tout aussi sûrs et plus simples , je pense que , dans le cas dont il s'agit, il vaudrait mieux, pour le malade, remédier seulement au Trichiasis , par une des opérations qui seront indiquées quand il sera question de cette maladie, que de cherchera remédiera l'entropion par celle que je viens de décrire.
L'opération du trichiasis est encore sourent la seule qu'il convienne d'op-
EPIDÉMIQUES (MALADIES).
( Sî)l )
ÉPIDÉIUQUES (MALADIES).
poser aux entropions partiels avec déviation des cils dans le point correspondant au renversement. ( ^oj-ez Trichiasis. ) (L. J. Sanson. )
EPANCHEMENT, s. m. : effusio , suffusio. Accumulation de liquide , sorti de ses voies normales , et rassemblé en foyer , soit dans quelqu'une des cavités séreuses ou muqueuses du corps , soit dans la substance même des organes , ou dans les intervalles celluleux qui les séparent. Tous les liquides circulans ou sécrétés, l'air qui pénètre dans l'appareil respiratoire, et surtout les produits si diversifiés de l'action morbide , peuvent former la matière d'épancliemens plus ou moins considérables.
Partout où pénétrent, en s'extravasant , des fluides étrangers aux parties au sein desquelles ils s'arrêtent et se déposent , on voit se développer de l'excitation, et souvent un degré très-marqué de plilogose. Sous l'influence de ce mouvement morbide , les tissus s'épaississent , des adhérences se forment , et les cpanchemens, d'abord diffus et non limités, sont circonscrits et séparés des organes voisins par une barrière qu'ils ne peuvent aisément franchir. Comme dans les abcès, une sorte de membrane muqueuse anormale se développe, le« esivironne , altère la matière qui les forme , et devient le siège d'une action vitale énergique. Selon le degré d'irritation qui s'empare de cette membrane accidentelle, tantôt l'exhalation y prédomine sur l'absorption, et l'épanchenient, au lieu de se dissiper , augmente de volume , se rapproche des tégumens et se convertit en abcès ; tantôt l'absorption , au contraire, l'emporte sur l'action exhalante , et la résolution a lieu avec une rapidité plus ou moins grande; tantôt enfin , ces deux fonctions d'absorption et d'exhalation étant en équilibre, la matière épanchée ne subit aucun changement dans sa masse et la tumeur qu'elle forme reste stationnaire. Ce dernier cas est le plus rare ; on ne l'observe guère que dans les épanchemens de liquide séreux, inolTensifs, placés au milieu de tissus blancs, dont la vitalité est peu active. La sérosité, par exemple, épanchée entre les lames celluleuses , y reste quelquefois pendant long-temps sans éprouver d'altération ; il en est de même de la matière de certains abcès froids ou par congestion. Mais , chez le plus grand nombre de sujets, la surface interne des membranes qui circonscrivent les épanchemens verse un liquide séreux , qui se mêle à la matière épanchée , la délaie et lui imprime des conditions plus favorables à l'absorption. On peut se faire une idée exacte de ce mécanisme en examinant ce qui a lieu lorsque le cristallin séjourne dans la chambre antérieure de l'oeil, ou lorsque du pus est épanché derrière la cornée transparente.
Les épanchemens déterminent des accidens de deux ordres : les uns , immédiats et locaux , qui de'pendent du trouble mécanique apporté par la collection anormale à l'exercice des fonctions des parties qu'elle affecte; les autres, secondaires et généraux, qui sont dus à la réaction des tissus irrités sur les principaux viscères. Les premiers ont constamment lieu , et sont d'autant plus difficiles à supporter ou plus dangereux, que l'épanchement est plus considérable , et qu'il gêne des organes plus sensibles , plus mobiles ou plus importans à ia vie. Les seconds n'apparaissent que lorsque l'irritation provoquée par la matière épanchée , ou qui existait déjà avant l'épanchement , acquiert un haut «legré d'intensité et passe a l'état de phlegmasie aiguë. Alors surviennent avec la chaleur locale et de la douleur locale , de la fièvre, de l'agitation et tous les phénomènes des inflammations phlegmoneuses. Ils annoncent la conversion de l'épanchement en abcès.
Le traitement des épanchemens varie selon la cause qui les a provoqués , selon la nature des liquides qui les forment, et selon la violence et la gravité des accidens qu'ils déterminent. Dans les épanchemens sanguins, par exemple il importe de rechercher la source d'où provient le liquide et de la tarir, à l'aide de la ligature du vaisseau , du tamponnement , ou des autres moyens , tant internes qu'externes , dont l'art peut disposer.
Les liquides Irès-irritans , comme l'urine, les matières stercorales délayées, la bile échappée de sa vésicule , doivent être évacués aussitôt que leur présence est reconnue. Il faut ne pas craindre alors de pratiquer de longues et profondes incisions afin de leur ouvrir de larges issues : cette conduite est la seule qui puisse prévenir les inflammations gangréneuses et les vastes destructions des tissus que ces matières tendent à provoquer.
Les épanchemens , qui ne sont accompagnés d'aucun accident inflammatoire intense et dont l'absorption diminue le volume, peuvent être abandonnes à eux-mêmes. Des applications résolutives, aidées d'une douce et permanente compression, suflisent pour favoriser et hâter la marche salutaire de la nature. Lorsque des accidens inflammatoires se développent, il importe de les combattre à Taide de moyens généraux et locaux proportionnés à leur intensité; et presque toujours , aussitôt qu'on est parvenu a les dissiper , on voit l'épanchement, qui avait augmenté de volume pendant leur durée, et qui menaçait de *'abcéder, prendre, au contraire, la voie de la résolution. Enfin, lorsque les épanchemens gênent des organes très-importans , lorsqu'ils déterminent des phénomènes d'irritation dans les principaux viscères; lors, en un mot, que leur présence compromet la vie des sujets, il faut leur donner issue à l'aide d'opérations qui varient suivant les parties qu'on doit diviser pour arriver jusqu'à eux. ( Voyez Abcès , Akévkïsme , Emphtsème, Emptèmb , Plaie , Tbépan.)
(L.-J. BÉG7K.)
ÉPIDEMIQUES ( MALADIES). Le mot i>C épidémies a été employé en médecine dès les temps les plus anciens. Hippocrate en a fait usage pour désigner les maladies qui , sous l'influence des diverses conditions atmosphériques qu'il décrit, régnèrent pendant plusieurs années dans la contrée où il exerçait la médecine. Ses livres des Épidémies sont au nombre de ceux qui ont été le plus lus et commentés; pendant long-temps ils ont été proposés pour modèle aux médecins qui ont fait des recueils d'observations. Dans cet ouvrage, Hippocrate commence , en tête de chaque livre, par indiquer quel a clé l'élat de l'atmo-
sphère dans les diverses saisons ; il expose ensuite quelles sont les priiicipiiles maladies qui ont été observées dans chacune de ces saisons; puis, il cite à 1 appui de ces généralités un certain nombre d'observations particulières. Mais ses descriptions générales sont si vagues , et ses observations contiennent si peu de détails, qu'il ne saurait plus j' avoir guères de profit à lire les unes et les autres; toutefois il n'en faut pas moins reconnaître l'excellence de la méthode suivie ])ar Hippocrate dans ses livres des Epidémies; il était dans la voie de la saine observation , et tous ceux qui , depuis lui, ont contribué aux progrès n els de la médecine n'ont fait que suivre celte méthode appelée justement méthode hippocraliijue ; ils l'ont seuleoieut perfectionnée de plus en plus.
Hippocrate n'a donc employé le mot épidémie que pour désigner les maladies j qui pendant un temps donné, et sous l'influence de certaines conditions atraoj sphériques, régnent jiarmi le peuple; d'après son étymologie, voilà en effet tout j ce que ce mot signifie Mais plus fard on ne le prit )dus seulement dans une i acception aussi simple ; et il eut dans le langage médical plusieurs significations I dont nous allons essayer de préciser le sens.
i II y a trois siècles , Sydenham établit que l'ensemble des conditions extérieuj res auxquelles 1 homme est soumis créent en lui un certain nombre d'états nior- \ bides qui varient avec ces conditions elles-mêmes, durent et passent comme ! elles. Ces conditions , d'après Sydenham et d'après la plupart de ceux qui ont j adopté ses idées, ne sont pas le plus souvent saisissables par nos moyens d'in- I vestigalion. Elles ne consistent pas dans les variations qu'on peut remarquer sur j l'aiguille du baromètre, du thermomètre ou de l'hygromètre. Il ne faut pas plus I les chercher dans la nature des vents qui , pendant un temps donné , peuvent j souffler sur un pays. Ces conditions sont donc inconnues; peut-être, dit Syden- ■ ham, est-ce du sein de la terre que viennent à se dégager des effluves ou vapeurs j qui vont modifier le corps de l'homme, et il en résulte la production d'un état I morbide tout spécial, qui est ce que , dans le langage de Sydenham, il faut j ippeler Vaffection épidémique. Cette affection régnera toujours la même pendant j un temps plus ou moins long, jusqu'à ce que survienne un nouveau changement ! dans l'atmosphère, aussi inappréciable que le précédent, et qui amènera une autre affection épidéinique. Le temps pendant lequel durera chacune de ces alî'ec- (ions sera appelé constitution épidémique. Pendant ce temps, les maladies les plus ilifférentes pourront régner ; mais dans leurs symptômes, dans leur marche, dan» leur gravité, dans leur nature elle-même, elles seront modifiées par l'épidémie ) égnante,parle génie épidémique derèpo(]ue pendant laquelle elles aj)paraisse)it. De ce génie épidémique ne dépendent pas les Ibriiies extérieures des maladies; ce n'est pas lui qui crée en nombre plus ou moins grand des pneumonies, des angines, des érysipèles, des dysenteries, des rhumatismes. Mais à toutes ces maladies I différentes par leur siège il imprime une modification uniforme ; il les ramène à l'identité de nature, et par suite à l'identité de traitement. Dès lors il importe beaucoup moins eu thérapeutique de connaître le siège même d'une maladie j que de chercher h pénétrer quelle est la consiitutiun épidémique sous laquelle I elle a pris naissance ; car c'est sur cette constitution que devra être basé le j traitement. Or , ce n'est pas en observant les modifications de l'atmosphère i qu'on pourra parvenir à découvrir la nature de la constitution épidémique, I puisque les conditions de l air qui la produisent nous échappent euiièrement. I 11 faudra donc, pour arriver à une aussi importante découverte, étudier avec j le plus grand soin les maladies, afin de saisir , au milieu des symptômes varia- ' bles qu'elles présentent, les traits propres à caractériser l'influence exercée sur ! elles par le génie épidémique dominant ; voici, à cet égard , ce qu'avaient établi I les auteurs dont nous analj'.sons la doctrine. Il y a des temps , disent- ils , où toute maladie est accompagné d'une réaction vive , où l'exubérance du sang parait jouer le rôle principal. Alors règne la constitution inflammatoire, et, quelle que soit la forme extérieure de la maladie, les saignées sont dans ce cas éminemment utiles. Il y a d'autres temps où dans l'économie les matériaux de la bile se forment en beaucoup plus grande quantité que de coutume. 11 en résulte pour l'économie tantôt un état d'iri itation primitivement générale et restant telle, d'où production d'une simple fièvre sans symptôme prédominant vers aucun organe; tantôt cette irritation se concentre plus particulièrement sur un organe, d'où manifestation d'une phlegmasie. Mais cette phlegmasie , commt ! la fièvre, ne cède plus en pareil cas aux émissions sanguines. Elle est entretenue par rexubérance des matériaux de la bile; c'est la constitution biiieuse quirhgae alors, et les émélo-cathartiques deviennent alors aussi efficaces que l'étaient les .saignées dans la constitution inflammatoire; que la maladie se montre au meliccin sous la forme d'une pneumonie, d'un rhumatisme , etc. , peu importe. Dans cette forme ne se trouve pas l'indication à remplir : c'est la constitution (jui la donne. A d'autres époques les sécrétions muqueuses viennent à prédoj miner d'une manière singulière : les matériaux du mucus devenus trop abondans altèrent le sang., et, comme ceux de la bile , ils fatiguent , irritent par leur présence les différens solides auxquels ils arrivent avec le sang ; alors règne la constitution muqueuse ou catarrhale : et ici encore, quel que soit le masque de la maladie, un autre traitement, en rapport avec cette constitution , doit être mis en usage. Il peut aussi arriver des temps où, étant encore sous l influence de la vie , les élémens du corps humain, toutes les fois qu'il souflVc , tendent à se dissocier plus promptement, où , avant la mort , un état putride semble déjà commencer. Voilà encore une autre sorte de constitution souis l'influence de laquelle toute maladie sera accompagnée de phénomènes particuliers assez importans pour en changer la nature et pour en modifier le Irai tement; et c'est ainsi qu'une même maladie, une pneumonie , par exemple, devenant, suivant les temps où elle régnera , inflammatoire, bilieuse, muqueuse, putride, etc., pourra être une alfeclion qui, suivant ces temps divers, ! n aura rien de semblable que le siège.
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
L;i tloctiiiie que nous venons d'exposer mène à cette remarrjuahle conséquence, que toutes les maladies qui régnent simultanément dans un pays, quelque difTérentes qu'elles paraissent être les unes des autres, se tiennent cepentlant par un lien commun, qu'elles ont toutes un même caractère, et qu'elles nécessitent toutes un traitement uniforme. Cependant, en même temps que rogne dans une contrée l'une ou l'autre des constitutions épidémiques indiquées au précédent paragraphe [constitution stntionnaire de Sydenham), les changemens périodiques des saisons produisent dans le corps humain des modifications importantes , d où résulte , aux différentes époques de l'année , le retour régulier d'un certain nombre de maladies. Ce retour fonde ce que Sydenham appelait la constitution annuelle par opposition à la constitution stationnaire ; mais ce n'en est pas moins de cette dernière que les maladies produites par les changemens de saisons reçoivent leur caractère. Ainsi, à chaque passage de 1 hiver au printemps ,les variations de température ramènent un grand nombre d'inflammations aiguës de l'appareil respiratoire. Puis, aux approches de i'aulorane , I humidité atmosphérique produira en plus grand nombre des fièvres intermittentes , etc. Voilà l'influence de la constitution annuelle ; mais ces inflammations thoraciques , ces fièvres intermittentes varieront quant à leur caractère et à leur traitement, en raison de la natuie du génie épidémique qui régnera lors de leur apparition; voilà l'influence de la constitution stationnaire.
Enfin, indépendamment des influences régulières e.\ercées chaque année par la succession des saisons , d'autres influences pourront encore être ducs , soit aux variations de constitution atmosphérique que peut présenter une même saison , soit à des circonstances inilépendantes de l'atmosphère, telles que des modifications survenues dans l'alimentation d'un peuple, dans l'ensemble de ses habitudes physiques et morales, etc. Voila les constitutions intercurrentes.
Mais ce n'est pas tout : la constitution stationnaire n'a pas seulement pour effet d'miprimer un caractère particulier aux maladies produites sous l'influence des constitutions annuelle et intercurrente : elle peut aussi créer ces mêmes maladies, qui régneront alors d'une manière épidémique, sans qu'on puisse en rapporter la cause à aucune influence intérieure appréciable. Ainsi se développeront spontanément, et avec les conditions atmosphériques les plus opposées, des clysseuteries , des varioles, des rougeoles, des rhumatismes, des fièvres intermittentes , etc. ; et , de même que sous l'influence d'une des grandes constitutions stationnaires ci-dessus indiquées , on voit toutes les maladies revêtir un caractère identique, de même, lorsqu'une maladie en particulier se montre d'une manière épidémique, elle imprime aussi quelque chose de sa nature à toutes les autres maladies qui se développent en même temps qu'elle. A l'appui de cette assertion , on a souvent cité Stork et Lepecque de La Clôture , qui, dans des épidémies de fièvres miliaires décrites par eux, rapportent avoir observé que les péripneumonies , qui régnaient en même temps , se terminaient par une eru|)tion miliaire plus ou moins abondante. On a cité encore des cas d'épidémies de rougeoles pendant la durée desquelles toutes les maladies intercurrentes , quelle que fût leur nature, se compliquaient d'une afi'ection catarrhale semblable à celle qui accompagne 1 éruption rubéolique. Enfin, lorsque 1 épidémie a acquis un haut degré d'intensité , soit par la gravité de ses symptômes, soit par le nombre des individus qu'elle frappe, on lui a assigné pour un de ses caractères de faire disparaître , pendant qu'elle dure , les autres maladies. Ainsi, au rapport de Prosper Alpin, la plupart des maladies sporadiques cessent eu Égypte, dès que la peste s'y déclare. Pendant l'épidémie de peste qui ravagea Moscou vers la fin du dernier siècle, Orraiis afl:irme que, tout le temps que cette épidémie régna, ou ne vit dans Moscou aucun exemple de variole ; celle-ci reparut dès que la peste eût cessé; et dans 1 Orient , d après Shnurrer, n l'apparition de la variole, à l'époque où la peste règne, est pour >i les habitans d'un heureux augure, parce qu'elle indique infailliblement la fin « prochaine de l'épidémie pestilentielle. »
PJous venons de résumer , aussi fidèlement que nous l'avons pu, les idées professées par un grand nouibre d'auteurs anciens et modernes sur les maladies épidémiques. Dans ces idées , tout est-il vérité ? tout est il erreur? C'est ce que nous allons maintenant examiner.
Et d'abord il nous semble qu'on ne fait que formuler Ifi résultat de l'observation , lorsque l'on établit qu'à certaines périodes de son existence comme espèce , de même qu'à certaines époques de sa vie comme individu , l'homme subit dans son organisation des changemens, des modifications plus ou moins jaofondes , d'où résulte , dans l'espèce humaine , la manifestation périodique de différentes espèces d'états morbides qui, sévissant simultanément sur un grand nombre d'individus, sont appelés des épidémies.
Nous formulerons encore un autre résultat de I observation en établissant que, parmi ces épidémies , les unes peuvent être rapportées à des causes dont <in peut apprécier l'influence , tandis que les autres se développent sans qu'on puisse eu aucune laçon saisir les circonstances qui ont favorisé leur production Un troisième fait aussi incontestable que les précédeus , c'est que les maladies qui prennent naissance sous l'influence de causes appréciables sont aussi celles qui peuvent se produire d une manière toute spontanée.
Ces fiiils étant posés, il nous reste encore à demander a l'observation quels sont les élats morbides qui ont apparu sur la surface du globe avec les caractères que nous avons assignés à l'épidémie. A cet égafd, voici ce que nous apprend l'histoire de la science.
Il est d'abord des époques où les diverses maladies qui sévissent dans un lieu présentent toutes certains caractères qu'elles n'offriront plus à une autre époque. C'est ainsi qu'il est des temps où la plupart des affections aiguës qu'on observe dans un pays, s'accompagnent d une excitation remarquable du sys-
tème nerveux, dune réaction vive du système sanguin, tandis que, dans d'autres temps , ces mêmes affections coïncideront avec une singulière dépression des forces. Souvent des circonsianees extérieures, telles que des influences d'air et d'alimentation, rendront raison de cette physionomie différente des mêmes affections à diverses époques. Dans d'autres temps , vous verrez ces afl'ections tantôt se compliquer dans leur cours avec une merveilleuse facilité d'inflammations d'un grand nombre d'organes, tantôt donner lieu à un accroissement singulier de quelques sécrétions , soit de la bile, soit du mucus Quel médecin n'a pas observé certaines années pendant lesquelles la plupart des phlegmasies gastro-intestinales déterminaient l'afilux de torrens de bile dans.le tube digestif; tandis que, dans d'autres années , une sécrétion muqueuse surabondante était le principal phénomène qui accompagnât les gastro-entérites.
Ainsi , voilà un premier cas dans lequel , bien qu'il ne règne à proprement parler aucune maladie épidémique , cependant toutes les maladies offrent dans leurs symptômes ou dans leurs complications quelque chose d'identique. Il y avait donc un côté vrai dans les constitutions épidémiques, telles que les entendaient les anciens. Mais ce qui était inexact, c'était de déterminer la nature et le nombre de ces constitutions d'après des causes qu'ils n'admettaient que par hypothèse , ainsi qu'on a pu le voir plus haut. Leur constitution bilieuse reposait, par exemple , sur des idées toutes conjecturales; suivant que leurs idées théoriques les portaient ou à tirer du sang ou à administrer des émétocathartiques , ils justifiaient leur pratique en admettant tantôt la constitution inflammatoire , tantôt la constitution bilieuse. De nos jours nous avons vu un des hommes qui ont le plus honoré la médecine française, Laënnec, chercher à expliquer les succès de la méthode antiphlogistique appliquée au traitement de presque toutes les maladies, en établissant qu'à la longue à la constitutiou bilieuse qui avait régné en Europe vers la fin du dernier siècle avait succédé une constitution éminemment inflammatoire. Mais ce n'est là qu'une pure conjecture ; l'administration des émétiques, à notre avis, parut toute-puissante dans la guérison des maladies , tant que les idées de Stoll régnèrent sans contradiction dans nos écoles; plus lard, la médecine française subit l'empire des idées du célèbre prolësseurdu Val-de-Gràce, et dès-lors la méthode antiphlogistique, à peu près seule employée, parut aussi la seule efficace. Rien ne prouve dans tout cela une modification de la constitution épidémique; mais quelque exagération qu'on ait mise dans un pareil sujet, quelles que soient les hypothèses dont on l'ait encombré , il nous semble incontestable qu'on voit les maladies se présenter à certaines époques avec des caractères différens de ceux qu'elles offrent à d'autres époques, et nous ne voyons aucun inconvénient à conserver le nom de constitutions épidémiques à ces périodes de temps pendant lesquelles les maladies d'un pays , quelque différentes qu'elles soient d'ailleurs par leur siège et par leur nature, prennent ainsi, par leurs symptômes on par leurs complications une physionomie spéciale.
11 est aussi des temps où l'on voit une même espèce de maladie sévir dans un pays sur un grand nombre d'individus à la fois ; c'est là une épidémie à proprement parler. Mais tantôt cette épidémie n'est qu'une des maladies ordinairement sporadiques dans le pays, et toute maladie sporadique peut ainsi devenir épidémique ; tantôt c'eat une maladie étrangère qui y est apportée soit par voie lie contagion , soit par une influence inconnue ; tantôt enfin, c'est une maladie toute nouvelle, qui n'a exactement son analogue ni dans le pays où elle sévit, ni ilans aucun autre. Ce troisième cas est plus rare que les deux précédens ; cependant nous en avons vu à Paris même un remarquable exemple en 1828 et 1829. Pendant les étés de ces deux années on a vu régner dans cette ville une maladie singulière , non encore observée , qui s'est montrée aussi dans quelques autres lieux, dont les causes sont restées complètement inconnues, et dont nous ne retrouvons plus maintenant aucune trace.
Parmi les épidémies , les unes commencent simultanément dans un grand nombre de lieux à la fois ; les autres se déclarent d'abord dans un lieu , puis elles parcourent successivemeiit une étendue de pays souvent immense , affectant parfois dans leur extension une direction régulière. Ainsi, la peste d'Athènes, dont Thucydide nous a laissé une description , ne sévit en Grèce qu'après avoirparcouru successivement la Libye , l'Égypte, la Perse, le Troade, d'où elle arriva aux iles de l'Archipel , et de là à Athènes. En .562 , une autre peste , qui paraît avoir eu son origine en Éthiopie , se répandt sur une grande partie de l'Europe où elle exerça ses ravages pendant 52 ans. De I3'i8à 1386, l'Europe fut ravagée par une autre maladie pestilentielle, décrite par les auteurs sous le nom de mort noire ou de peste noire, qui ayant commencé dans le Kathai, province de la Chine , gagna de là , successivement, la Russie , la Pologne , l'Allemagne, la France , l'Italie , la Sicile , les côtes d'Afrique , les îles de la Méditerrannce et l'Espagne. En 1600 , il régna dans toute l'Europe un choléra-morbiis , dont le lieu d'origine n'a point été déterminé par les auteurs. Celte maladie exerça partout les plus grands ravages. Elle amenait la inort ayant le quatrième jour. Du reste, c'est là la seule épidémie de choléra observée ep Europe qui ait sévi à la fois sur tout le continent. Les autres n'ont été que partielles : telle fut l'épidémie de cboléra-morbus observée à Londres par Sydenham, de 1669 à 1672; celle observée à Paris par Malouin, pendant l'été de l'année 1750. Presque toutes les épidémies de dysenterie décrites par les auteurs n'ont régné non plus que dans des lieux circonscrits : dans une ville, dans upe commune, tout au plus dans une province. Cependant, en 1538 , il y eut aussi une épidémie de dysenterie qui envahit toute l'Europe. Fernel s'exprime ainsi sur cette épidémie : Jnno Clirisli 1538, djsenteriœ grattes wwersam Europam tantdferocilate populabantur , vix ut cii>itns ulla inimnnis et'aser'it (de abditis rerum causis, lib. 2, cap. 13). Les affections catarrhales, avec prédominance de symptômes du côté des voies respiratoires , ont eu très-souvent une tendance
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
( Sî)3 )
EPIDEMIQUES (MALADIES).
remarquable a envahir, soit simultanément, soit suecessivemciit, une immense étendue de pays, Ainsi, en 1729 et en 1730, apparut en Europe un catarrhe pulmonaire U'ès-grave , qui parcourut four à tour ia Russie, la Pologne, la Hongrie , TAUemagne , la Suède , le Danemarck. , la France , l'Angleterre , l'Italie et l'Espagne. En 1732, une autre épidémie caturrhale parut d'abord en Pologne, d'où elle s'étendit en Allemagne, en Suisse et en Hollande j dans le mois de décembre de la même année, elle sévit en Angleterre et en Écosse ; dans le mois de janvier, elle parcourut la Flandre , et vers le milieu de ce même mois, Paris en fut atteint; dans le mois de février , elle gagna l'Italie et l'Espagne, puis elle arriva en Amérique, où on la retrouva avec les mêmes caractères que ceux qui en avaient signalé l'e.tistence dans notre continent. Enfin , en 1775, toute l'Europe fut simultanément affectée par une nouvelle épidémie càtarrhale qui fut en même temps observée en Allemagne par StoU , en France par Vandermonde , en Angleterre par Heberden et Pringle , et qui , au rapport du père Cotte , avait déjà frappé les habitans de l'Ile-Bourbon lorsqu'on commença à la signaler en Europe. C'est cette épitiéaiie célèbre qui fut décrite dans certains pays sous le nom A'injlnenza , et en France sous celui de grippe.
Les exemples que nous venons de rapporter suffiront pour montrer cette remarquable propriété de certaines épidémies , d'envahir à la fois les pays les plus différens ; il devient alors difficile d'expliquer leur production par des conditions météorologiques identiques. Il est donc des épidémies qui marchent et s'étendent , en traversant successivement les climats les plus divers. Ainsi , le cholt'-ra-morbus qui ravage actuellement le nord de l'Europe s'est successivement piopagé , en moissonnant toutes les populations de l'Asie, des extrémités de l'Inde à Moscou. Il est au contraire d'autres épiilémies qui sont beaucoup plus fréquemment observées sous certaines latitudes , et qui ne l'ont jamais été sous d'autres. Dans ce cas se trouve la fièvre jaune : cette maladie ne s'est jamais montrée épidémiquement, que nous sachions , dans la latitude sud; on n'en a pas non plus d'exemple depuis 0° latitude nord jusqu'à 4" même latitude; en deçà de ce quatrième degré , sur 196 épidémies de fièvre jaune qui ont paru en Europe depuis trois cents ans , on a noté qu'on avait observé
De Oû
latitude
nord à 30" id.
106 épidémies
De 30
De 40
id.
De 50
id.
De 60
id.
On a dit que, lorsque les épidémies s'étendaient d'un pays à un autre, elles avaient une bien plus fréquente tendance à marcher de l'est à l'ouest que dans toute àutre direction. Cette remarque avait déjà été faite par Pline, relativement aux maladies pestilentielles : Observatum est a meridianis pavtibus ad occeisum solis pestilenliam sernper ire (Natur. Hist. , lib. 7, cap. .50). Nous n'avons point fait assez exactement sous ce rapport le relevé des diverses épidémies observées pour pouvoir juger la valeur d'une pareille assertion.
11 est des maladies épidémiques qui se propagent avec une extrême rapidité d'une contrée à une autre contrée ; il en est d'autres dont la propagation est au contraire très-lente , de telle sorte que c'est souvent plusieurs années seulement après qu'elles ont régné dans un pays , qu'on commence à les observer dans un autre; mais dans ce long intervalle de temps elles ne sont pas éteintes, et l'on peut en suivre les traces dans tous les pays intermédiaires.
D'autres fois la maladie épidémique disparait complètement ; puis , au moment où une contrée paraît en être entièrement délivrée, elle y reparaît tout-àcoup. C'est ainsi que nous avons vu la maladie épidémique, qui sévit à Paris il y a deux ans , régner dans cette ville pendant deux étés de suite, et ne pas se montrer pendant l'hiver intermédiaire entre ces deux étés.
Plusieurs épidémies affectent dans leur retour une certaine régularité ; on a ait, par exemple , que la fièvre jaune , endémique en certains lieux de l'Amérique, y devient épidémique à des époques déterminées (Humboldt). On a cru remarquer que dans plusieurs pays les épidémies de variole revenaient à des intervalles à peu près toujours les mêmes. Entre ces intervalles , l'on n'observe que quelques varioles sporadiques. Il faut ici admettre qu'il y a des temps où le principe contagieux de la variole prend une activité beaucoup plus grande , et où les individus qui n'ont pas encore eu la maladie présentent une bien plus grande aptitude à la contracter.
Considérées sous le rapport de leur durée, les épidémies présentent enli!elles de notables différences. Il en est qui disparaissent après avoir à peine dure un ou deux mois ; il en est d'autres qui persistent pendant un grand nombre d'années. Mais, dansée second cas, c'est ordinairement sur divers pays qu'elles vont successivement promener leurs ravages.
Une maladie épidémique ne reste pas toujours semblable à elle-même dans les différentes phases de son existence. Elle peut être divisée en plusieurs époques , dont chacune offre quelque chose de particulier sous le rapport tics symptômes , des complications , de la gravité des accidens , du mode de terminaison , et même du traitement. C'est même là un des grands traits qui distinguent une épidémie véritable des maladies sporadiques de même nature qui peuvent régner en grand nombre dans un j)ays. Ainsi , p;^r exemple , les pneumonies qui, au retour de chaque printemps, se développent en si grand nombre à Paris, n'ont le plus souvent aucun rapport les unes avec les autres; elles n'ont aucun caractère qui se retrouve dans toutes , et qui change lui-même à mesure que l'été remplace le printemps. Mais dans certaines années il arrive qu'au commencement de leur apparition toutes les pneunomies se ressemblent par certains caractères qui , plus tard , sont remplacés par d'autres , qu'on retrouve encore chez tous les malades ; la pneumonie est alors véritablement
DiCT. DE MÉDECINE ET DS CnintIHGlE PRATIQUES.
épidémique. De nombreux exemples pourraient nous servir à appuyer sur des I faits l'opinion que nous venons d'émettre. Ainsi , nous rappellerions la descripi tion , donnée par Sydenhani , de la dysenterie qui régna à Londres en 1669.
Au commencement de l'épidémie, dit Sydenham , les malades éprouvaient i surtout un mouvement fébrile intense, de vives douleurs abdominales , et ils ' avaient peu de déjections alvines. Plus tard , des évacuations abondantes eurent I lieu chez tous les malades, dès le principe de leur affection; il y avait alors j moins de fièvre et moins de douleurs. L'opium qui ne réussissait pas dans les I premiers temps de l'épidémie devenait alors très-utile. D'autres auteurs nous I ont transmis des descriptions de dysenteries épidémiques, qui offraient cette j circonstance, qu'au début de l'épidémie tous les individus malades n'avaient 1 qu'une simple diarrhée ; à une époque plus avancée de l'épidémie , c'était, chez i tous , les symptômes de dysenterie qu'on observait, et vers la fin on ne renconj trait plus rien de nouveau que des diarrhées. Ces différences se montrent encore j bien tranchées dans les épidémies de peste et de typhus. Suivant les époques j de ces épidémies , on voit souvent les mêmes symptômes prédominer chez tous i les malades, tantôt du côté du cerveau, tantôt du côté de la poitrine , tantôt I du côté du bas-ventre. Relativement à leur gravité, on a remarqué qu'en gé- I néral il y a , pour chaque épidémie, des époques où elle est beaucoup moins I dangereuse que dans d'autres, de telle sorte que, suivant les différens temps, j les individus qui en sont atteints ou meurent ou guérissent presque tous , quel j que soit le traitement auquel on les soumette. Enfin, relativement à ce traitej ment lui-même , il semble qu'on doive conclure de tout ce qui a été écrit sur les épidémies qu'il doit varier aussi aux différentes époques Je la maladie, comme varient les symptômes eux-mêmes. Il est des époques où tous les individus atteints de la maladie épidémique offrent une réaction qui indique l'emploi des émissions sanguines ; il est d'autres époques où cette réaction a disparu, où, à sa place, existe un abattement, une dépression des forces qui doit au moins rendre très-circonspect sur l'emploi des saignées ; de telle sorte que , sous le point de vue thérapeutique , il faut souvent, pendant une épidémie , établir le traitement moins d'après l'observation de chaque cas particulier, que d'après celle de la marche générale de l'épidémie, et de l'espèce de physionomie qu'elle présente à ses différentes époques, considérée dans l'ensemble des individus qu'elle a frappés.
Les maladies épidémiques ont été attribuées à un grand nombre do causes. Dans l'état actuel de nos connaissances , il est impossible de remonter toujours ' à ces causes, et nous sommes obligés de reconnaître que bien souvent des épidémies se développent sans que nous puissions trouver dans aucune des influences qui agissent sur l'homme la raison de ce développement. Toutefois , 1 il est d'autres cas où il n'en est plus ainsi. Les causes des épidémies doivent I être cherchées , 1 » dans l'atmosphère ; 2" dans les diverses substances que re- I çoivent les voies digestives ; 3° dans les modifications imprimées au système I nerveux par 1 exercice de l'intelligence ou lejeu des passions. Examinons tour à I tour le rôle que peuvent jouer ces diverses influences dans la production des j maladies épidémiques , et pour cela éludions les modifications, plus ou moins i faciles à saisir, que chacune d'elles imprime à l'économie.
Et d'abord remarquons que ces influences peuvent créer ou une simple disposition à contracter une maladie , ou une maladie même. Mais, à moins que I l'action de ces influences ne soit en opposition directe avec le maintien de la ! vie (chaleur ou froid excessif, poisons violons) , aucune ne produit d'état mor^ • bide d'une manière nécessaire et constante : pour que cet état morbide ait lieu, j il faut de la part des individus une certaine aptitude à le contracter , que l'on I désigne sous le nom de prédisposition ou d'opportunité. C'est !à ce qui explique ! pourquoi, dans le cours d'une épidémie, un certain nombre de personnes en sont préservées.
Dans le cas où un état morbide est produit, tantôt il est identique chez tous les individus , il est alors véritablement épidémique; tantôt cette identité n'a I pas lieu , et , bien que le même modificateur ait agi , il peut se manifester au- ! tant de formes morbides différentes qu'il y a d'individus frappés. Qu'un certain ! nombre de personnes passent subitement, par exemple, d'une atmosphère chaude dans une atmosphère froide; plusieurs n'en ressentiront aucun fâcheux effet , et, parmi celles qui seront atteintes , l'une aura une simple bronchite, une autre une pleurésie ou une pneumonie , une troisième une angine ; une I quatrième sera prise d'un rhumatisme, etc. Si toutefois il règne dans le pays ! une maladie épidémique dont la cause ait du rapport avec celle qui vient d'agir i sur la masse de personnes en question, ce sera cette maladie qui les frappera i en plus grand nombre; et ainsi pourra se produire occasionellement, suivant les temps , et sous l'influence de la même cause extérieure , ou une angine. \ légère, ou un cholera-morbus. Dans ces cas divers, il est bien évident que ! l'influence extérieure qui agit sur un grand nombre d'hommes réunis ne saurait être considérée que comme une simple cause occasionelle , et que c'est \a disposition intérieure , tantôt variable , tantôt ramenée à l'identité chez tous par la constitution épidémique qui , à propos de cette cause occasionelle, et mise en jeu par elle, détermine la nature même de la maladie, ses formes variables , sa gravité , ses complications ultérieures, ses terminaisons diverses , et enfin son traitement.
De toutes les influences que reçoit l'homme , soit du monde extérieur, soit de lui-même , soit de ses rapports avec ses semblables , il en est peu qui exercent sur lui une action aussi puissante que celles qu'il subit de la part de l'at- I mosphère ; il en est peu aussi auxquels on ait fait jouer un plus grand rôle dans la production, des maladies épidémiques.
L'atmosphère peut contribuer au développement des épidémies: I» parle* fluides impondérables qu'il contient (calorique , électricité, lumière) ; 2" par les
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
yariétés de son état hygrométrique ; 3° par les altérations diverses qu'il peut iubir dans sa composition ; i° par les variations de ses qualités physiques (augmentation ou diminution de pesanteur, état de mouvement ou de repos).
Les quantités variables de calorique libre qui existe dans un pays constituent la température de ce pays. Pour apprécier l influence exercée par cette température sur les maladies épidémiques d'une contrée , il faut connaître : l»la température moyenne de cette contrée ; 2° les variations de température auxquelles elle est soumise ; 3° les températures extrêmes qu'elle est susceptible d'éprouver. Entrons à cet égard dans quelques de'tails qui nous semblent indispensables à la connaissance des causes, trop souvent obscures, des maladies épidémiques.
Lorsqu'on a comparé, année par année, saison par saison, mois par mois, jour par jour , heure par heure , les différentes températures d'un pays , on en établit la température inojcnne , en prenant le terme moyen de tous ces nombres. Mais ce n'est pas seulement la température moyenne de l'année qu'il faut connaître} il ne faut pas négliger de rechercher celle de chaque saison, de chaque mois , puis celle des jours et des nuits. Pour trouver ces diverses températures moyennes , on retiendra les règles suivantes :
lo. Pour obtenir la température moyenne des jours ou des nuits , il faut diviser la somme d'un certain nombre d'observations diurnes ou nocturnes par le nombre de ces observations.
2°. Pour déterminer la température moyenne d'un mois , il faut diviser par 301a somme des températures moyennes de trente jours. Cela fait, on aura facilement la température moyenne des saisons.
3°. La somme des températures moyennes de tous les mois, divisée par 12, donne la température moyenne de l'année. Pour découvrir cette température à Paris , on pourrait se contenter, ainsi que l'a démontré M. Arago , d'observer la température chaque matin entre huit et neuf heures. La température de cette heure représentera à peu prés celle de l'année. Enfin l'on a trouvé parPexpélience que, jusqu'à des latitudes très-élevées , depuis le Cap-Nord, par exemple, jusqu'au Caire, la température moyenne de l'année était à peu près celle du mois d'octobre, dételle sorte qu'il suffira d'avoir déterminé la seconde pour connaître la première.
La connaissance des variations de température d'un pays n'est pas moins indispensable à celui qui voudra remonter aux causes des épidémies qui y régnent. Il doit connaître la variation de température des différentes heures d'un même jour , des différeus jours d'un même mois , et enfin des différens mois d'une même année.
Les variations de température des différentes heures d'un même jour, ou des différens jours d'un même mois , sont à leur maximum dans les pays méridionaux ; et de là , sans doute, une des causes puissantes de la physionomie particulière des maladies de ce pays. Quelle influence toute spéciale ne doivent pas avoir sur l'économie humaine ces jours du Sénégal, où du matin à midi le thermomètre marque une différence de 2U à 30 ! Mais ce qui n'est pas moins remarquable, et ce dont l'histoire des épidémies observées dans les pays chauds peut tirer un grand parti , c'est qu'en mer les variations de température deviennent d'autant plus faibles et plus rares qu'on se rapproche davantage de 1 equateur , ce qui est l'inverse de ce qu'on observe à terre. En temps ordinaire ,au rapport du voyageur Pérou , il y a fort peu de différence dans les mers équatoriales entre la température du jour, prise à l'ombre à midi, et celle de la nuit, prise à minuit. Celte différence des variations de température sur terre et sur mer dans les pays inler-tropicaux doit être sans doute une des causes des maladies que présentent les marins lorsqu'ils viennent à débarquer. Il est question dans le voyage de Péron , d'une diarrhée épidémique qui cessa brusquement dès que l'équipage eut regagné la pleine mer.
Dans les climats situés hors des tropiques , les variations de température de chaque nycthéinéron doivent exercer sur l'homme un autre genre d'influence- Elles deviennent à la vérité moins considérables , mais en même temps elles ne sont plus assujetties à des lois; elles ne sont plus uniformes. De là , pour l'économie , des modifications qui ne doivent certainement pas être de même nature que celles qui peuvent lui être imprimées par des vicissitudes atmosphériques qui chaque jour se reproduisent les mômes.
Les variations de température des saisons doivent aussi jouer un rôle tellement capital dans l'appréciation des causes des épidémies , qu'il nous semble utile de faire ressortir ici ce qui peut être , à cet égard , applicable à tous les pays.
On peut poser en loi que , plus on s'avance vers la partie septentrionale du globe, plus les différences entre les températures moyennes de l'hiver et de l'été deviennent considérables. Ainsi, depuis le 38« degré latitude nord jusqu'au 78= même latitude, la différence de température de [l'hiver et de l'été est, terme moyen, de 2Q°. Entre le 38e et le 20e latitude nord, la différence de température de l'hiver à l'été diminue; elle varie entre 10° et 20°. Entre 20» et Qo latitude nord, il n'y a plus que quelques degrés de différence entre la température de l'été et celle de l'hiver , jamais plus de 10°.
On comprend combien l'économie doit être diversement affectée suivant les différences plus ou moins considérables de température qui existent dans un pays entre l'hiver et l'été. Toutefois, l'homme est organise de telle façon qu'il peut également se conserver en santé , et dans un lieu où, comme à Pékin , la différence de température entre l'hiver et l'été est de 34» , et dans un lieu où , comme à Cumana , elle n'est plus que de 2°.
Du reste , n'oublions pas, lorsque nous voudrons déterminer quelle part peut avoir sur la production d'une épidémie le climat des pays où elle s'est manifestée , que la température moyenne d'une saison dans une contrée n'indique pas toujours la température moyenne d'une autre saison dans cette même contrée. Ainsi , Paris et Moscou , qiii ont en été h peu près la même température
moyenne (-4-18" Paris; -+■ 19» Moscou) , en ont une bien différente en hiver ( — 11" à Moscou; 3» à Paris). Bien que soumis pendant l'été à une même température, les habitans de ces deux villes n'en seront donc pas moins dans des conditions bien différentes , et c'est là un de ces cas , mentionnés par Sydenham , dans lesquels la cause d'une épidémie doit être cherchée moins dans la constitution même de la saison où on l'observe que dans la constitution de la saison précédente : Non possunt prœsenles morbi cognosci , nisi ex prceleritâ temporum constitutione , nec J'uturà diviiiari , nisi ex prcssentium consideratione.
Quant aux températures extrêmes , le médecin ne doit pas ignorer les maxima et les minima soit de chaleur , soit de froid , auxquels 1 homme a pu être exposé sur la surface du globe sans cesser de vivre. Il résulte des observations des voyageurs que, dans des circonstances rares à la vérité , l'homme a supporté d'une part une chaleur de -H 46" c. et d'autre part un froid de — 50». L'historien d une épidémie ne peut pas non plus ignorer que , dans les pays semblables aux nôtres, le rniniraum de chaleur de chaque nycthémère a lieu une heure avant le lever du soleil, et le maximum vers deux heures de l'après-midi. Il y a , en effet , des maladies dont les symptômes s'exaspèrent ou s'amendent à l'une ou à l'autre de ces époques.
Mais pour arriver à la connaissance de la température , consy;^érée comme un des élémens de l'état sanitaire d'un pays , il ne suffit pas d'avoir déterminé sur la carte la longitude et la latitude de ce pays ; car , sous une même latitude , les températures les plus différentes peuvent avoir lieu. Il faut donc que le médecin note avec soin les conditions qui , indépendamment de la distance d'un pays à l'équateur, en modifient la température. Ces conditions, dont la connaissance sert à établir la topogi-aphie médicale d'une contrée, doivent être cherchées :
lo. Dans le sol dont il faut considérer la nature même, l'élévation au dessus du niveau de la mer , la position basse ou haute par rapport aux sols voisins , enfin l'exposition.
1°. Dans les produits fournis par le sol, tels que les végétaux qui le couvrent. On sait, par exemple, que la présence ou l'absence des forêts change singulièrement la température d'un pays.
3». Dans les eaux qui baignent le sol. Relativement à l'influence exercée par ces eaux sur la température d'un lieu, le médecin admettra trois espèces de climat : le continental , le littoral , l'insulaire.
4°. Dans l'état hygrométrique de l'atmosphère.
5». Dans la nature , le nombre et la direction des vents qui soufflent habituellement ou accidentellement sur un pays.
Tous ces faits étant posés , recherchons jusqu'à quel point toutes les variétés de température que nous venons de signaler ont eu une influence sur la production des é|)idémies; pour cela, il s'agit de déterminer comment les divers organes peuvent être modifiés par une température , ou élevée , ou basse, ou variable.
Pour les animaux à sang chaud , parmi lesquels se trouve placé l'homme , l'élévation du thermomètre à 5o° c. parait être la limite de la vie permanente; au dessous de 20° c, la température ne doit plus être considérée comme élevée. C'est donc entre 20° et 50° c. que s'exerce l'influence de ce que nous appelons une température élevée.
L'homme n'est soumis que rarement à une température de 50 à 40» c. ; tantôt, à l'aide d une sueur abondante qui le débarrasse du calorique en excès , il résiste à l'action de celte haute température. Tantôt il y succombe, et alors la vie parait cesser par suite d'une congestion sanguine dont le cerveau devient le siège : congestion qui peut aller jusqu'à l'hémorrhagie. En 1743 , on observa à Pékin plusieurs morts subites, un jour où le thermomètre marquait à l'ombre 42° c.
De 40 à 35o c, on observe encore les mêmes phénomènes ; des observations ont prouvé que la mort peut résulter immédiatement de l'exposition de l'homme à cette température. Dans les cas de ce genre où l'ouverture des corps a été faite , tantôt l'on n'a rien trouvé qui pût expliquer la mort; tantôt l'on a constaté l'existence d'une forte congestion dans les vaisseaux cérébraux; tantôt enfin l'on a découvert des épanchemens sanguins en certains points des centres nerveux. Ainsi meurent quelquefois des moissonneurs au milieu de leurs travaux. Ainsi, au rapport de Linings , deux hommes tombèrent morts dans les rues de Charles Town , où ils étaient restés exposés au soleil , un jour que le thermomètre marquait à l'ombre 36" c.
De 35 à 30» c. , les différens phénomènes qui viennent d'être décrits peuvent encore se manifester; mais ils sont plus rares, et dépendent des dispositions individuelles. C'est ainsi que nous avons vu être emporté en quelques heures , par une attaque d'apoplexie , un enfant de 12 ans qui , depuis plusieurs jours , au mois de juillet , faisait en plein midi le trajet à pied de la barrière de Passy à la rue de Seine-Saint-Germain. Le jour de sa mort , ainsi que les jours précédens, le thermomètre marquait à l'ombre 33o c.; nous trouvâmes dans un des hémisphères cérébraux un énorme épancheraent de sang. Mais remarquez qu'au dessous de 35» c. des cas semblables ne sont plus que sporadiques, tandis qu'on les observe d'une manière épidémique au dessus de 35° c.
De 30 à 2O0 c, le système nerveux n'est plus aussi compromis. On ne voit plus survenir du coté de ce système des accidens aussi immédiatement fâcheux que sous l'iiiiluence des températures précédentes ; mais on observe encore dans ce système un certain nombre de modifications que nous allons passer en revue, en ne mentionnant que les faits bien constatés.
Si l'on ne peut pas douter que les symptômes qui caractérisent l'apoplexie aient été quelquefois le produit d'une température de 30° c, on ne peut plus affirmer que , abaissée au dessous de 30° c. , la température exerce encore une influence directe sur la production de l'apoplexie. Eu effet, au dessous de 30° c-
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
nous ne trouvons plus que la fréquence de l'apoplexie soit toujours en raison directe de l'intensité de la chaleur. L'histoire de la médecine atteste qu'il y a eu des époques où les apoplexies sont devenues plus communes, véritablement épidémiques , sans qu'on pût en accuser une plus grande élévation de la température. Ainsi, au rapport de Baglivi, un nombre d'apoplexies beaucoup plus considérable que de coutume fut observé , en Italie , en 1694 et 169.5, pendant un hiver rigoureux placé entre deux étés brûlans. En 1705, les apoplexies furent encore épidémiques à Rome , et Baglivi remarque qu'il n'y eut cette année-là rien de particulier dans la température. Mais ce n'est pas tout : des recherches récentes ont prouvé que l'élévation de la température, telle qu'elle existe dans nos étés ordinaires , ne donne pas lieu à un plus grand nombre d'apoplexies : loin de là , M. le docteur Falret a trouvé , qu en France, l'apoplexie était plus fréquente en hiver que dans les autres saisons. En Hollande , pendant une période de vingt années , Van-Swinden a observé que le plus grand nombre des apoplexies avait eu lieu en hiver, puis en automne , puis au printemps, puis en été ( /Annales d'iijgiène publique, tom. 2, pag. 233 ). Sous un autre climat , à Turin , M. Balbo a remarqué que , pendant une période de 25 ans , les morts subites avaient été plus fréquentes en hiver et au printemps qu'en été et en automne. Sur 155 cas d'hcraorrhagies ou de ramollissement du cerveau consignés dans les ouvrages de MM. Bouillaud, A. Lallemand , Rochoux , Rostan , où l'époque du dt^but de l'alFection est indiquée , nous avons tjouvé qu'il y en avait 82 qui avaient débuté pendant les six mois froids , et 73 pendant les six mois chauds. On voit qu'ici la différence n'est pas très-considérable; mais le chiffre est trop peu élevé , pour qu'on puisse en déduire rien de général : nous ne l'indiquons que comme un commencement de travail à poursuivre. Toutefois on rencontre dans ce relevé une circonstance particulière que nous n'omettrons pas de signaler : c'est que, si janvier est le mois le plus chargé, immédiatement après lui vient le mois de juillet; les deux mois les moins chargés sont avril et mai. Ainsi, l'on trouve que sur ces 155 cas d'affections cérébrales , il y en a eu
Janvier. .
. . 26 cas.
En Juillet.. . .
. 20 cas
Février.
ir
Septembre. . .
Novembre.
Décembre.
La température de 30 à 20° c. multiplie-t-elle les aliénations mentales ? "Voici à cet égard ce que disent les faits. Sur 448 cas d'aliénations mentales recueillis à Charenton, par M. Esquirol, en 1826 et 1827, il n'en a trouvé que sept dans lesquels l'aliénation ait été due à l'influence d'une température très-élevée. Sous ce rapport , le cas suivant rapporté par Neumann me semble digne d'intérêt. Un homme de 54 ans, après s'être livré à des travaux champêtres pénibles , s'endort, en été, en plein soleil. Au bout de quelques heures, il se réveille en délire ; celui-ci persiste pendant plusieurs jours, puis il est remplacé par un état d'idiotisme ; au bout d'un mois la mort a lieu : on trouve une adhérence intime des deux feuillets de l'arachnoïde qui tapisse la convexité des hémisphères , et de la sérosité dans les ventricule^^
L'influence des différens degrés de température sur l'aliénation mentale semble se montrer dans la manière dont prédominent suivant les saisons les diverses espèces de cette aliénation. Il résulte , en effet , des relevés de M. Esquirol que la manie est plus fréquente en été, que la monomanie et la démence sont plus uniformément répandues dans les différens mois de l'année, et qu'au printemps les suicides sont plus communs qu'à aucune autre époque de l'année. Mais voici quelque chose encore de plus singulier : des relevés de M. Falret il résulte que , tandis qu'au mois d'avril le nombre des suicides est plus considérable parmi les hommes que parmi les femmes : : 5 : 1 ; au mois d'août c'est l'inverse; et le rapport des femmes aux hommes devient alor- : r 5 : 1 .
On admet généralement qu'un grand nombre de névroses , telles que l'épilepsie , le tétanos, sont plus communes dans les pays ou règne une température élevée. Cependant on peut lire dans l'ouvrage du docteur Ozanamdes descriptions d'épilepsies et de tétanos épidémiques qui se sont déclarés dans des pays froids.
Les faits que nous venons de citer pourront faire voir l'influence, réelle dans certains cas, douteuse dans d'autres, exercée sur les centres nerveux par une température élevée. Mais là ne se borne pas son rôle : que dans un pays chaud vienne à sévir épidémiquement une maladie qui a son siège primitif hors des centres nerveux; dans ces pays , beaucoup plus facilement qu'ailleurs, les centres nerveux participeront vivement à la souffrance de tous les autres organes, soit qu'ils arrivent a un état viol, nt de surexcitation , soit que, d'abord excités , ils tombent rapidement dans un état de collapsus , d'adynamie. De là , la physionomie toute particulière des maladies épidémiques des pays chauds ; de là aussi leur gravité; de là enfin , les modifications que la mise en jeu des centres nerveux nécessite dans le traitement de ces épidémies : car dès que l'innervation est profondément troublée, méfiez-vous des émissions sanguines ti'op abonilantes.
Nous ne décrirons pas l'influence funeste exercée par une température trèsbasse sur les centres nerveux; elle est généralement connue : nous rappellerons seulement que l'homme peut beaucoup plus résister au grand froid qu'à l'ex- Ucme chaleur , et que dans les cas où , soumise à l'action d'un froid très-rigoureux , l'innervation s'est éteinte, c'est que d'autres influences malfaisantes agissaient sur elle. Ainsi , dans la malheureuse campagne de Russie , le défaut
j d'alimens,la démoralisation complète de l'armée favorisèrent singulièrement
I l'action délétère du froid; et cela est si vrai que, dans les expéditions vers les mers glaciales, dans celles notamment du capitaine Parry par delà le 85' degré latitude nord , on a vu des hommes supporter impunément une température
I infiniment plus basse que celle à laquelle fut soumise notre armée depuis Moscou jusqu'à Wilna.
Enfin les grandes variations de température peuvent produire dans le système nerveux des modifications d'où dépend la production de plusieurs maladies épidémiques. C'est ainsi que , dans la retraite de Moscou , les inflammations des méninges devinrent très-communes dans l'armée française , lorsque , ayant quitté les glaces de la Russie , elle trouva dans les villes de Prusse des appartemens chauffés par des poêles. On vit dans cette retraite , dit M. Larrey, plu-
' sieurs individus tomber raides morts au moment où ils s'approchaient du feu
j d'un bivouac.
Au lieu d'être soumis une fois à ce passage brusque d'un extrême de température à un autre extrême, l'homme peut habiter un pays où il soit soumis h ; lies transitions moins considérables, mais continuelles, de chaud et de froid, j Partout où existe à un haut degré cette condition atmosphérique , apparaît une I maladie singulière , qui , laissant l'intelligence intacte , affecle simultanément j la sensibilité et la contractibilité , exaltant l'une et diminuant l'autre. Connue I aux Indes , où elle a , comme la condition atmosphérique qui la produit , son maximum d'intensité, sous le nom de mal de ventre sec, c'est cette même [ maladie que nous connaissons en Europe sous le nom de colique de Madrid. I Aux Indes on ne saurait révoquer en doute la cause qui la produit. Ainsi, tous ; les ans , pendant les mois de décembre , janvier , février et mars souffle sur les côtes du Malabar un vent de montagne très-froid, qui produit à différentes ! époques d'une même journée une différence de 18° à 20° au thermomètre. Dès j que ce vent souffle, le barbiers (car c'est aussi le nom qu'on donne à cette I colique) commence à se manifester. On a vu des vaisseaux en être atteints aus- I sitôt qu'ils s'approchaient de la côte et en être tout à coup délivrés dès qu'ils I regagnaient la pleine mer. Mais , chose remarquable , et que nous retrouvons sans cesse dans l'histoire des épidémies , cette névrose , que nous venons de voir régner épidémiquement sous l'influence évidente d'une condition particulière de l'atmosphère, s'est développée en d'autres temps, en d'autres lieux , d'une manière également épidémique sans qu'une cause semblable lui ait donné naissance. Telle fut la colique épidémique qui régna en Poitou en 1572; (elle fut encore celle qui régna dans le comté de Devonshire en 1724. Enfin , ce sont encore ces mêmes symptômes qui se reproduisent chez les individus qui manient les préparations saturnines. Exemple bien frappant sans doute I d'accideus complètement identiques produits par les causes les plus dissem- ; blables !
j Nous venons de voir combien de causes d'épidémies peuvent avoir leur 1 source dans les modifications que l'air , par sa température , peut imprimer au système nerveu.x. Cette température n'exerce pas une influence moindre sur les autres appareils; et, en agissant sur eux, elle joue encore un grand rôle dans la production des épidémies. Etudiez, par exemple, l'action du calorique sur l'enveloppe cutanée : voyez comme il la modifie sous le rapport de sa sensibilité , de ses sécrétions diverses, de son absorption plus ou moins active, de la quantité de sang qui la parcourt; et dès lors, en raison des rapports intimes établis entre la peau et toutes les parties, que de causes d'épidémies dans ces modifications de fonctions! Mais, sous l'influence de diverses températures, diverses maladies épidémiques peuvent aussi frapper la peau elle-même , et si ces températures ne jouent pas toujours , dans la production de ces maladies, le rôle principal, au moins est-il utile de discuter la part variable que peut y prendre chacune d'elles ; et nous allons voir que cette part est loin d'être la mêaie pour toutes.
Ainsi , parmi les exanthèmes , il en est sur la production desquels l'élévation de la température exerce une influence non douteuse. M. Biett a vu la variole régner épidémiquement pendant des étés très-chauds ; l'urticaire est également plus commune pendant l'été. Il n'est pas certain , au contraire , que les épidémies de rougeole et de scarlatine soient plus fréquentes dans les saisons chaudes.
Parmi les vésicules , les sudamina m'ont paru toujours beaucoup plus communs en été : il en est de même de l'eczéma aigu ; il est douteux, au contraire, d'après les documens que nous possédons, que la fréquence de l'éruption miliuire soit en proportion directe de l'élévation de la température. Il parait du I moins qu'on a observé plus souvent des épidémies de cette affection du 45= au 50= degré latitude nord, que du 40= au 45<^. Cette all'ection est d'ailleurs endémique dans plusieurs provinces du nord de la France.
Observée dans toutes les saisons depuis Dantzik jusqu'au Sénégal , augmentant partout de fréquence en raison directe de l'entassement des hommes, de leur misère ride leur malpropreté , la gale est-elle cependant influencée dans son déveioppemen épidémique parla température? Remarquons d'abord avec M. Biett que, dans les pays méridionaux, dans l'été et dans le printemps , la gale se développe et marche avec beaucoup plus de rapidité que dans le nord, en hiver, et en automne. Dans quelques pays très-chaux, sur les bords du Sénégal , par exemple , la gale , véritablement épidémique au commencement de la saison pluvieuse, cesse sans le secours d'aucun remède, dès que les pluies ont commencé. D'un autre côté , Baglivi dit avoir observé qu'en Italie la gale était de son temps plus fréquente en hiver qu'en été. Mais il est vraisemblable qu'ici, comme dans la production de beaucoup d'autres épidémies , plusieurs causes agissent simultanément. Pour éclairer cette question dont la solution intéresse l'histoire des causes des épidémies en général (et c'est pour cela que nous
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
( SDG )
EPIDÉMIQUES (MALADIES ).
insistons), nous avons fuit sur les registres du bureau central un relevé des aJuiissioiis pour la gale dans les hôpitaux de Paris depuis 1801 jusqu'en 1815 (nous n'avons pas pu pousser plus loin ce relevé, parce que depuis 1815 ce n est plus le bureau central qui envoie les galeux dans les hôpitaux). De ce relevé il résulte que c'est pendant les mois de mars et d'avril que se présentent le plus grand nombre de galeux ; viennent ensuite les mois de mai , de décembre, de janvier, de février et de novembre ; puis les mois de juillet , d'août et de juin ; puis les deux mois d'octobre et de septembre. Plusieurs circonstances nous paraissent concourir pour produire ces résultats, qui semblent d'abord singuliers , et qui confirment en partie , pour P.iris , l'assertion de Baglivi. Si , en effet , la gale se montre à son maximum de fréquence au printemps et en hiver , cela ne dépend pas, à notre avis , de ce que le froid par lui-même favorise \n production de la gale; car alors elle devrait être plus fréquente en janvier qu'eu avril , et c'est le contraire qui a lieu. Mais c'est que pendant l'hiver l'entassement plus grand des individus, leur séjour dans des lieux où l'air circule moins librement favorise la contagion de la maladie : aussi la gale est-elle plus fréquente tn décembre qu'en novembre, parce que dans ce dernier mois 1 hibernation ne fait que commencer. Au printemps l'habitude d'entassement se conserve encore, et comme alors la température devient plus douce, la propagation de la gale doit encore être plus facile , et c'est aussi en mars et en avril que la gale a dans Paris son maximum de fréquence. La condition d'entassement et d'air limité cesse en été, et avec elle diminue la gale; mais la température a alors son ii>aximum d'influence , et la gale est plus fréquente encore dans cette .saison que pendant les mois de septembre et d octobre , où il n'y a pas encoi e d'entassement , et où a cessé la grande élévation de température. Ici donc la température joue un rôle incontestable : mais son influence se combine avec d'autres influences , et c'est ainsi que , par un examen approfondi des faits, on peut faire disparaître plusieurs contradictions qui semblent exister dans les auteurs sur les causes des épidémies.
Il s'en faut que la fréquence d'un grand nombre d'autres affections cutanées soit toujours en raison directe de l'élévation de la température. Plusieurs de ces maladies sont même endémiques parmi les peuples qui habitent l'extrémité septentrionale du globe , et , d'une autre part , on les retrouve aussi en grande quantité dans les nombreuses îles de l'Océan-Pacifique ; mais nul doute que , sous ces latitudes diverses, les maladies cutanées soient encore moins favorisées par des températures aussi différentes que par la malpropreté au milieu de iaquclie vivent également et le Groenlandais et l'habitant des îles de la mer du Sud; et voilà pourquoi, dans notre Europe du moyen âge, où les influences atmosphériques étaient à Irès-peu de choses près ce qu'elles sont aujourd hui , les maladies cutanées étaient cependant et plus fréquentes et plus graves que de nos jours.
Avant de terminer cette esquisse de l'influence exercée par les diverses températures sur la production des épidémies qui attaquent surtout les organes de la vie de relation, arrèlons-nous encore un instant sur les épidémies d'ophthaimie. Ici un grand fait nous frappe : c'est que les épidémies les plus graves de ce genre ont été observées sous les deux extrêmes de température , d'une part dans les sables de l'Afrique , et d'autre part dans les mers glaciales. On a remarqué aussi des ophlhalmies épidémiques dans un grand nombre d'îles de l'archipel indien; où elles frappaient surtout ceux qui dormaient en plein air pendant la nuit. A Paris , il résuite des relevés faits au bureau central de 1820 à 1827 que chaque année l'ophthalmie devient épidémique , ou du moins acquiert son maximum de fréquence à deux époques : 1» dans les trois mois où la température est la plus variable (mars, avril, mai); 2° dans les deux mois où la température est en général la plus élevée ( juillet et août ). D'autres relevés faits par le docteur Fallot , dans les hôpitaux de Mons et de Bruxelles , ont montre que , dans ces deux villes comme à Paris , les ophlhalmies ont leur maximum de fréquence au printemps et dans les grandes chaleurs de l'été.
Portons maintenant un rapide coup d'oeil sur les modifications que la température imprime a la fréquence ou à la gravité des épidémies dont le siège principal ou primitif réside dans les organes de la vie nutritive; et, sous ce point de vue, parlons tour à tour des maladies épidémique? dans lesquelles paraissent spécialement affectés les appareils de la digestion, de la respiration, des sécrétions.
Les maladies épidémiques qui ont pour siège principal le tube digestif ont été observées dans tous les pays et dans toutes les saisons. Mais , à mesure que la température change , on voit changer aussi la forme symptomatique de la maladie, bien que son siège reste le même. De là des affections d'aspect fort différent, soit sous le rapport des symptômes locaux eux-mêmes, soit sous le rapport des symptômes géné'-aux. C'est ainsi que la forme d'irritation intestinale qui constitue la dysenterie coïncide le plus souvent , dans son état épidémique , avec une température élevée, soit que celle-ci soit perraamente , soit qu'elle alterne avec une température basse. Des cinquante principales épidémies de dysenteries observées en Europe, dont l'histoire est consignée dans l'ouvrage du docteur Ozanam, nous avons trouvé que trente-six avaient régné en été , douze en automne, une en hiver et une au printemps. Sur 13900 individus atteints de dysenterieau Bengale , de 1820 à 1825 , le docteur Annesley a trouvé qu'il y en avait eu 2-100 pendant la saison froide, 4500 pendant la saison chaude et sèche , et 7000 pendant la saison chaude et humide. Tous les médecins anglais qui ont écrit , d'après leurs propres observations sur les maladies des pays chauds, ont parlé de la dysenterie comme d'une maladie qui frappait épidémiquement les Européens , plus ou moins long-temps après leur arrivée dans les pays équatoriaux; elle sévit parmi eux beaucoup plus que parmi les indigènes. Au contraire , le docteur Douglas , qui a décrit les maladies
I auxquelles lurent sujettes les troupes anglaises au Canada pendant un espace de vingt années, dit que, dans ce long intervalle de temps , on observa à peine quelques dysentériques. Nons n'ignorons pas toutefois qucla dysenterie s'est montrée épidémiquement au sein d'armées qui se battaient dans le nord de l'Europe; mais alors c'est dans la nature des alimens qu'il fallait en chercher
1 la cause.
I Les symptômes généraux qui se lient aux diverses nuances d'irritation gastroinlestinale, deviennent, en général, plus fréquentes, plus variées, et plus graves a mesure que la température s'élève. Alors surtout les centres nerveux s'affectent sympathiquement, et leurs désordres peuvent devenir assez prédominans pour masquer les souffrances intestinales , et faire méconnaître le point' de départ de la maladie.
Il est généralement admis que les diverses maladies aiguës de l'appareil respiratoire (les seules qui, pouvant régner épidémiquement, doivent nous occuper ici) , sont plus communes dans les pays froids et dans les saisons froides. Nous pensons qu'elles sont peut-être encore plus fréquentes dans les lieux et dans les temps où la température est remarquable par ses brusques variations. Du reste, sur 36 épidémies principales de catarrhes pulmonaires qui ont régné en Europe, depuis le quatorzième siècle jusqu'à nos jours , nous avons trouvé que 22 de ces épidémies avaient eu lieu en hiver, 12 au printemps, 11 en automne, et 5 j en été. Parmi les quatre autres, deux ont sévi pendant toute une année, une I pendant l'hiver et le printemps , et une enfin pendant l'automne , l'hiver et le I printemps. Nous sommes portés à penser qu'il doit en être des épidémies de pneumonies comme de celles de bronchites. Le silence absolu que garde Annesley sur ce genre de maladies, dans son ouvrage sur les maladies de l'Inde , nous porte à penser qu'elle est au moins fort rare dans les pays méri-» dionaux du globe. Mais si nous n'étendons pas nos observations au delà de l'Europe , nous ven ons qu'il s'en faut qu'il soit encore démontré que dans celte I partie du globe, la fréquence et la gravité des pneumonies diminuent avec l'éléj vation de la température. Le docteur Clarke, par exemple, dans son traité de l'influence des climats sur les maladies, dit avoir observé que les péripneumonies sont très-fréquentes à Rome , pendant l'hiver et pendant le printemps. Elles lui ont paru être dans cette ville plus intenses et plus dangereuses qu'en Angleterre, et que dans les pays du nord , en général. Le docteur Kreysig , de Dresde , a aussi remarqué qu'il n'avait jamais vu de cas aussi graves de pneu- I monie en Allemagne , que pendant son séjour à Pavie.
Si nous ne craignions de donner à cet article une extension beaucoup trop grande , nous aurions à suivre encore l'influence de la température sur d'autres maladies épidémiques, dans lesquelles les désordres prédominans se montrent j du côté des appareils de sécrétion. Ainsi nous verrions , dans les pays équato- I riaux , l'anasarque se montrer d'une manière épidémique chez les individus qui, j après avoir été soumis à la chaleur brûlante du jour , s'exposent sans précautions à la fraîcheur des nuits : espèce bien remarquable d hydropisie que ne peut i expliquer ni une inflammation, ni un obstacle mécanique apporté à la circu- } lation. Nous aurions à discuter jusqu'à quel point la température basse de nos i hivers est la cause exclusive de l'œdème du tissu cellulaire des nouveau-nés i œdème dont les observations d'Auvity , et celles de M. Billard, ont démontré i la plus grande fréquence en {,'iver qu'eu été. Nous aurions aussi à faire ressortir ! cette singulière tendance du foie à s'enflammer , et à suppurer dans les pays ! situés enlre les tropiques, de telle sorte que c'est surtout dans ces pays que les hépatites doivent être étudiées dans leur forme épidémique et endémique. Rien I de plus commun que de trouver à l'ouverture des corps des individus morts aux Indes orientales, de vastes abcès dans le foie : au contraire , quoi de plus rare en Europe ?
On n'a jusqu'à présent émis à peu près que des conjonctures sur la part qn« peut prendre l'électricité atmosphérique dans la production des épidémies. Ou sait qu'un assez grand nombre de maladies s'exaspèrent, lorsque l'air est chargé d'une grande quantité d'électricité libre. On a dit qu'il n'était pas rare de voir des accès de fièvre intermittente se produire d'une manière épidémique r.hex des matelots assaillis d'un orage au sein des mers équatoriales ; mais dans la reproduction de ces accès, l'humidité ne joue-t-elle pas ici un grand rôle? Un travail tout neuf à faire, serait celui qui consisterait à établir un rapport entre les variations de l'électromètre et diverses nuances de l'état morbide. Mais comme les grandes variations de l'électromètre coïncident ordinairement avec d'autres modifications atmosphériques , les conséquences à tirer d'un pareil travail seraient sans doute bien difficiles. D'une autre part, il est des états morbides qu'on attribue à certaines influences atmosphériques toutes différentes de l'électricité, et dans la production desquels il est cependant possible que cette électricité joue un rôle. Ainsi l'électricité atmosphérique est à son maximum dans les lieux où existe une végétation active, où se fait une grande évapoiation , où une certaine quantité d'eau couvre des plantes, où enfin le sol est jonché de débris d'animaux et de végétaux en putréfaction; dételle I sorte que les effets que l'on attribue soit à l'humidité de l'air , soit aux miasmes, pourraient bien aussi dépendre en partie de cet excès de fluide électrique libre répandu dans l'air, Que de difficultés !
Nous n'aurons encore que peu de chose à dire , parce qu'ici encore prcsqu» tout est hypothèse, sur le rôle que peut jouer le fluide lumineux dans la production des épidémies. Cependant pourrons-nous ne pas faire remarquer les conditions bien différentes dans lesquelles se trouvent les habitans des diverses parties du globe, sous le rapport de l'inégale répartition du fluide lumineux ! Ainsi , tandis que , près de l'équateur , ia nuit la plus longue est de douze heures , les Groenlandais , les Samoièdes , les Lapons , ont une nuit qui dure près de 50 jours ; et au delà du 78", la nuit est de 180 jours , ou de six mois.
EPIDEMIQUES (MALADIES). ( 897 )
Et ici n'y a-t-il pas encore à distinguer les pays dans lesquels les nuits sont toujours égaies aux jours, et ceux dans lesquels la durée proportionnelle des jours et des nuits varie avec les saisons ? Nul doute que , indépendamment de l'intensité même du fluide lumineux, la différence de sa durée d'impression ne doive être prise en considération sérieuse dans l étude des causes des maladies épidémiques. Ce n'est pas , d'ailleurs, en traversant seulement l'œil que la lumière va agir sur toute l'économie : elle paraît exercer une influence directe sur l'excitabilité des centres nerveux, sur la composition du sang, sur les fonctions de la peau. Il est, du reste , des cas singuliers de névroses de l'organe de la vue qui se sont montrés d'une manière épidéraique , sans qu'aucune modification du fluide luuiineux ait paru en être la cause. C'est ainsi que, sans aucune cause connue , on a vu une épidémie d'héméralopie apparaître à Montpellier, vers la fin du mois de janvier 1756, parmi les soldats de la garnison. On lit dans les mémoires de la Société royale de médecine, année 1786, l'histoire d'une nyctalopie qui , au retour de chaque printemps , frappait épidcmiquement les habitans de La Roche-Guyou. On a observé de pareilles épidémies parmi des solilats tenant garnison dans quelques villes du nord de la France ( Lille , Strasbourg , Thionville ) , et l'on a vu presque tout un équipage devenir nyctalope au moment où il passait la ligne.
On a fait jouer un grand rôle aux difFérens états hygrométriques de l'atmosphère dans la production des maladies épidémiques. Le médecin qui veut apprécier cette influence ne doit pas oublier que 1 humiilité d'un pays ou d'une année , ne se mesure pas sur la quantité totale de pluie tombée ; mais sur son mode de répartition. Ainsi , en principe général , bien que ce soit vers l équateur que lu quantité annuelle de pluie soit à son maximum , le nombre annuel des jours pluvieux va toujours en augmentant de l'équaleur vers les pôles. H doit y avoir une différence bien grande, relativement aux épidémies qui peuventy régner, entre ces régions équaloriales , on chaque année arrive une saison dite pluvieuse , les autres mois étant d'une sécheresse remarquable, et nos pays où la pluie n'a rien de constant ni dans sa quantité annuelle , ni dans ses retours. Ajoutons, d'ailleurs, que les courans d'air, les qualités du sol, ses degrés divers d'élévation , ses variétés d'exposition, la végctalion qui a lieu à sa surface , les eaux qui y stagnent ou qui le parcourent , le mode de distribution de ces eaux, la nature des habitations , sont autant de circonstances qui, indépendamment de la température , modifient singulièrement l'état hygrométrique d'un pays, et par suite, les maladies qui peuvent y régner. Ces maladies ont quelque chose de spécial. L'épuisement facile de l'innervation , des sympathies peu actives, une surabondance de sécrétion des membranes muqueuses, la solution lente de l'état morbide et sa tendance à la chronicité , tels sont les principaux traits des maladies épidémiques qui sévissent dans les pays humides. Là, dans leurs degrés infiniment variés, les irritations gastro-inteslinales prennent , de préférence , la forme de la fièvre muqueuse; là aussi , les irritations encéphaliques se développent lentement, et affectent un caractère de bénignité souvent trompeur; c'est dans un pays humide que Huxham a trouvé les nombreux modèles d'après lesquels il a tracé le tableau de sa fièvre lente nerveuse. Là, enfin, l'inflammation se dépouille souvent de ses traits caractéristiques ; l'irritation qui frappe une membrane muqueuse ne se traduit plus, dans bien de ces cas , que par un vice de sa sécrétion ; et c'est encore dans les pays humides que l'on peut trouver le type de cet état morbide que les pathologistes ont désigné sous le nom de catarrhe ou de flu.x.
Mêlés accidentellement à l'air , certains principes peuvent l'altérer de telle sorte qu'il en résulte la production de maladies épidémiques. Parmi ces principes , les uns appartiennent au règne inorganique ; c'est ainsi qu'au sein d'un grand nombre d'ateliers peuvent se dégager des vapeurs minérales qui produisent une maladie identique chez tous les ouvriers qui y travaillent. Mais c'est à peine là ce qu'on peut appeler une épidémie. D'autres de ces principes appartiennent au règne organisé. Tantôt ce sont des émanations qui se dégagent d'eaux stagnantes , au milieu desquelles se putréfient des débris de végétaux et d'animaux. Tantôt ce sont des miasmes que fournissent les corps vivans euxmêmes ; mais ici deux cas doivent être distingués : ou bien, ce sont des individus malades dont le corps exhalera des principes qui , traversant l'air, iront donner à des individus sains une affection semblable à celle qui existait chez les premiers; l'épidémie se produit alors par voie de contagion (voyez ce mot) ; ou bien , par le seul fait de leur grand entassement , des hommes vicieront l'air de telle sorte qu'il s'y formera des miasmes délétères , et que tous les individus qui respireront cet air seront menacés de contracter une maladie semblable chez tous, mais que l'on pourra empêcher de se répandre en détruisant l'entassement qui la cause; ainsi naissent et se multiplient la plupart des typhus. C'est par un ve'ritable empoisonnement que se produit tout ce groupe de maladies épidémiques.
Il est donc indubitable qu'un assez grand nombre d'épidémies sont dues à des influences atmosphériques appréciables; mais on ne saurait les rapporter toutes à ces influences; recherchons maintenant si les modifications qu'impriment à l'économie certaines espèces d'alimentations , ne peuvent pas aussi donner naissance à plusieurs maladies épidémiques.
Il nous semble qu'on a de beaucoup exagéré la part que l'alimentation a pu avoir dans la production des épidémies. Toutefois, celte part est réelle; et dans plus d'un cas , les alimens ont été la seule cause d'épidémies graves. Mais quel est leur mode d'action ?
Les alimens exercent une influence principale ou secondaire sur la production des épidémies de deux manières : d'abord ils peuvent leur donner naissance par l'action nuisible qu'ils exercent sur le tube digestif lui-même, soit qu'ils irritent la membrane muqueuse gastro-intestinale (ainsi agissent les fruits non encore
DiCT. DE MÉDECIME ET DE ChiRDRGIE PRATIQUES.
ÉPIDÉMIQUES (MALADIES)
parvenus a leur maturité pour produire la dysenterie ) ; soit que , au contraire , ils ne stimulent pas suffisamment la membrane muqueuse de l'estomac. (Ainsi naissent des diarrhées épidémiques au sein de populations qui se nourrissent de viandes non encore suflisamment faites ) ; soit qu'enfin ils offrent à l'estomac des substances réfractaires à l'action de cet organe (comme les viandes salées ou desséchées , comme les végétaux qui contiennent une grande proportion de ligneux ).
Il est d'autres cas où les épidémies produites parles alimens ne dépendent plus de l'influence directe qu'ils exercent sur le tube digestif, mais de l'action que leurs principes , mêlés au sang , vont exercer sur les diffcrens organes ; et ici plusieurs divisions doivent être établies.
Tantôt trop de matériaux réparateurs sont chaque jour distribués aux organes, et il peu! en résulter une pléthore qui favorisera la production d'un certain nombre de maladies ; mais , hàtons-nous de le dire , nous ne connaissons pas d'épidémies qui puissent êtie rapportées à une semblable cause.
Tantôt, au contraire, l'aliuientalion est insuffisante, les organes ne sont plus assez réparés. Dans un grand nombre d'épidémies, cette cause de maladie a joué uu rôle important : soit qu'elle produisît toute la maladie, comme ces hydropisies épidémiques qu'on a vu régner plus d'une fois dans des pays désolés par la disette, soit qu'elle imprimât à l'épidémie qu'une autre cause avait d'abord produite un cachet tout particulier.
Tantôt enfin les alimens ingérés dans l'estomac fournissent au sang des principes délétères qui , semblables à îles poisons, vont troubler le jeu des différens organes et y proiluire de graves désordres. Ainsi ont été produites les épidémies d'ergotisme observées en France et ailleurs , celles de rajihanie observées surtout en Allemagne. A la suite de l'usage plus ou moins long temps continué de blé ou de seigle de mauvaise qualité, on voyait se développer des épidémies caractérisées par des troubles variés de l'innervation et par la gangrène des extrémités inîérieures. C'était un poison qui portait dans toute l'économie sa pernicieuse influence.
Quelquefois aussi c'est dans la nature des boissons , des eaux d'un pays en particulier, et dans celle des condimens , qu'on a trouvé la cause des maladies épidémiques.
Nous avons passé en revue les principaux agens appartenant au monde extérieur, sous l'influence desquels peuvent naitre les épidémies. Mais ce n'est pas tout : les hommes réunis en société , portent dans les conditions de leur système nerveux d'autres causes d'épidémies. On les a vues se produire sous l'influence de fortes émotions qui frappent à la fois tous les habitans d'un même pays, et alors ce sont surtout des névroses épidémiques qu'on observe. Comment ne pas parler ici de ces remarquables phénomènes nerveux qui, après s'être montrés parmi les martyrs di s premiers temps du christianisme , puis parmi les sorciers et les possédés du moyen âge, se sont reproduits plus tard sous des formes toujours identiques, à Louvain autour du bûcher d'Urbain Grandier, dans les Cévennes parmi les protestans persécutés par Louis XIV , à Paris autour du tombeau du diacre Paris , et plus près de nous encore, autour du baquet de Mesmer. Rappelons encore d'autres névroses épidémiques produites par une autre modification puissante du système nerveux, par l'imitation ; sous l'influence de cette cause se sont manifestées, à diverses époques, des épidémies de chorées, d'épilepsies , de monomaiiies homicides ou suicides , etc.
En discutant dans cet article les causes des maladies épidémiques, nous n'avons pas dù entrer dans tous les détails qu'aurait pu comporter un pareil sujet. Nous n'avons dù nous arrêter qu'aux exemples les plus propres à faire ressortir la doctrine que nous nous proposions d'exposer. Dans les articles consacrés à la description des difiérentes maladies , on trouvera énumérées les principales circonstances au milieu desquelles chacune de ces maladies s'est montrée sous forme épidémique.
Hippocrale (œuvres il'). Des épidémies.
yl. Halîer. Historita morboruni uratisldviaï. Lausanne, 1746, in-4°.
L. Lepecq de la Clôture. Colleclion d'obsei valions sur les malaiiies el conslilulions épidémiques. Paris, 1776-1778, 3 vol. in-4°.
J. Sans. Observations sur les maliidies épidémiques ; traduit de l'auglais, par Jaubert, Avignon , 1778, ia-12.
Lebrun. Trailé théorique sur les maladies épidémiques. Paris, 1784, in-S", Retz . Précis sur les muladies éjjideuilques. Paris , 1 ^ 87 , in - 12. F. Fernandez. Tratado de las epidumias. Madrul, 1794, iu-4''.
R. Tf^illan. Reports on the iliseases in London , from 1796 to 1800. London , 1801 in-1' M. Snrcune. Hisloire raisonnée des maladies observées à Naples ; traduit de l'italien , par Bellay. Lyon , 1805 , 2 vol. in-8o.
J. Adarns. An inquiry into the lavvs of tlie épidémies. London , 1809, in-S". F. Schnurer. Materielieu zu eiuer allgemeinen oaturlehre der épidémie» und contagionen. Tubingue , 1810 , iH-8<'.
Gasc et Brcslau. JMalériaux pour servir i une doctrine générale sur les épidémies et la contagion. Paris , 1815 , in-8°.
T. Baleman. Reports on tlie diseases of London , and the State of the wealher, from 1804 to 1816. London, I8l9, in-8°,
C. Maclean. Resulls of an investigation respecling épidémie and pestilential discases. London , 1817 , 2 vol. in-8".
Ozanam. Histoire médicale , générale et particulière des maladies épidémiques , etc. Lyon , 1817-18-22, 5 vol. in-S».
P. Rayer. Hisloire de l'épidémie de suettc miliaire qui u régné dans le département de l'Oise. Paris, , 1822, in-8".
F.-E Fodéré. Leçous sur les épidémies el sur l'hygiène publique. Strasbourg, 1823, 4 vol. in-8o.
M. Dolleman. Disquisiliones hisloricîE de plerisque apud Belgas septentrionales endemiois morbis. Amst. , 1824, in-4».
EPILEPSIE. ( 898
M. Smith. Elemcnls of aclîology and pliilosophy of llie epiaemics. New-York , 1824, in-S". J. jénnesley. Skelclies of llie niosl prcvalffnl of llie India. London , 1831 , in-8». L.-F. Gasté. Quelques recherches historiques sur les épidémies des xvn= et xvm« siècles- {Journal universel et hebdomadaire de Médecine , t. 4 et 5. 1831. )
(Akdral.)
EPILEPSIE
EPILEPSIE ; epilcpsis , epilepsia , de ;ir!)«//?3(vtû , saisir. Morbus sacer et major, coniitialis , herculeus y morbus caducus , analepsia ^ eclnmpsia ; mal caduc, mal de saint Jean, mal des enfaiis.
Tels sont les clifTcrens noms employés à diverses époques pour désigner la maladie dont nous allons tracer la description.
Un homme semblait jouir de tous les attributs d'une santé parfaite; tout d'un coup, il pousse un cri, tombe sans connaissance; ses muscles sont agites de mouvemens convulsifs; sa respiration embarrassée, slertoreuse , sa face livide, l'écume qui sort de la bouche et pénètre avec bruit dans la trachée semblent annoncer une asphyxie prochaine ; mais peu à peu tous ces phénomènes diminuent , ils disparaissent enfin ; et celui qui les a éprouve's reste épuisé , abattu , lourd, stupide; mais la vie n'est plus menacée; toutes les fonctions auront bienl(it repris leur régularité accoutumée.
Cet ensemble d'acciilens se reproduisant à des intervalles variables , le plus souvent irréguliei s , constitue la forme la plus ordinaire de l'épilepsie.
Une autre forme existe, sans convulsions, sans turgescence de la face, sans écume à la bouche. Il suffit pour la constituer d'une perte subite de connaissance , avec insensibilité générale, relâchement des muscles, chute ou seulement vacillation du tronc. La tète s'incline sur la poitrine, ou se renverse en arrière; mais après cette attaque, qui souvent n'a pas duré une minute, la connaissance revient, le malade continue l'action dans laquelle il a été interrompu, sans avoir la conscience de ce qui s'est passé.
Le plus ordinairement ces deux formes de l'épilepsie se développent irrégulièrement chez les mêmes malades ; mais il n'est pas rare tie ne voir que la première d'entre elles. Il est moins commun , mais cela se rencontre néanmoins que la seconde constitue à elle seule toute la maladie.
Ainsi les auteurs qui, parlant de l'épilepsie, disent que c'est une maladie convulsive , ont raison dans la majorité des cas; mais si l'on veut que l'indication sommaire qu'on donne, faute d'une définition précise, ait quelque rigueur, il faut d'après ce que nous venons de dire, n'indiquer les convulsions que comme un sympt()me fréquent , mais non constant de la maladie.
Nous dirons, en conséquence, l'épilepsie caractérisée par une perte subite de connaissance avec insensibilité générale , relâchement complet des muscles volontaires; ou, ce qui est plus fréquent, convulsions quelquefois violentes et générales, quelquefois bornées à un seul côté du corps, à une partie de ce côté, à un muscle, à quelques fibres d'un nniscle. Lorsque ces convulsions existent, la respiration est sterloreuse , une salive écumcuse s'écoule de la bouche , la face est rouge , livide , ses vaisseaux , ceux du cou, sont gorgés de sang, etc. Nous ajouterons pour compléter, que les attaques se répètent à des intervalles variables , plus souvent irréguliers , quelquefois périodiques , et que , dans leurs intervalles, beaucoup d'épilcptiques semblent jouir d'une bonne santé.
L'épilepsie a été observée dès la plus haute antiquité. Dans les temps d'ignorance et de superstition , sa forme effrayante, son invasion subite, l'ont fait considérer comme infligée par le courroux des dieux. C'est de là que lui viennent quelques-uns des noms indiqués dans la synonymie. A Rome les assemblées du forum étaient dissoutes c|uand un épileptique tombait. La science est aujourd'hui débarrassée de toutes ces superstitions; mais elle n'est pas encore bien avancée dans la connaissance de cette maladie.
Étudions avec qiiehfues détails ses symptômes , son siège et ses causes probubles.
Chez le plus grand nombre des malades, l'attaque épileptique, avec ou sans convulsions, arrive sans être annoncée par aucun symptôme précurseur. Chez d'autres, elle est précédée de quelques-uns des phéiiornènes suivans :
La céphalalgie , une hémicrànie , des éblouissemens , des élourdissemens , des bourdonnemens d'oreilles, une coloration plus intense de la face , la dilatation des pupilles , une altération sensible tlu car:ictère , une extrême irritabilité , des hallucinations variables , annoncent dans bien des cas l'invasion prochaine d'une attaque : mais tous ces changemens existent un certain temps, un jour ou plus , avant qu'elle n'arrive ; tandis que , chez quelques malades , l'attaque est immédiatement précédée de phénomènes d'un autre genre.
Une sensation quelconque, doideur, froid, chaleur, prurit, se développe tout d'un coup dans un orteil, un doigt, la longueur d'un membre, dans le ventre ou dans le dos, et du point oii elle se manifeste, remonte graduellement jusqu'à la téte ; elle y an ive , et soudain lé malade tombe ; les convulsions éclatent.
Ce.s sensations particulières ont reçn-le nom iVnura epileptira. Peut-être des médecins , amis du merveilleux , et dupes de leur crédulité , ont-ils ajouté, dans ce qu'ils ont écrit sur l'aura , à ce que démontre l'observation sévère des faitsc'est ainsi qu'ils ont vu des auras que les malades pouvaient retenir renfermées dans leur main assez fortement pour empêcher leur ascension vers la tête et les suites de leur action sur le cerveau. C'est aller trop loin que de parta^er ces opinions; mais il faut aussi reprocher trop de scepticisme à ceux qui n'ont voulu rien admettre des sensations bizarres qu'on a désignées sous le nom A'aura cpdeptica. Au reste, que ces phénomènes existent ou non , ils n'influent pas sur la formedes attaques qui peuvent présenter un nombre infini de variétés dont il convient d'esquisser les principales. Dans les cas les plus ordinaires saisi de son attaque, 1 épileptique pousse un cri, tombe sans connaissance; des
convulsions plus ou moins étendues se manifestent. Mais il arrive aussi que les convulsions devancent la chute ; elles peuvent d'ailleurs offrir des combinaisons de mouvement très-singulières, et semblant liées à des actes appris dans l'état de santé. Ainsi , j'ai vu plusieurs fois une épileptique pousser un cri , pirouetter sur elle-même avec une grande vitesse, en faisant convulsivement d'innombrables signes de croix , puis tomber violemment à terre , où continuaient d'avoir lieu des convulsions qui n'offraient plus rien d'extraordinaire dans leur forme j mais dans le plus grand nombre de cas, le cri, la chute, les convulsions , se suivent instantanément ; l'éclair nest pas plus rapide; les convulsions offrent d'ailleurs autant de dificreiices qu'il peut y avoir de combinaisons dans l'action . des muscles. Tantôt, elles portent sur le plus grand nombre de ces organes, et ébranlent tout le corps d'horribles secousses; le plus souvent l'un des deux côtés du corps est plus violemment convulsé. La face est entraînée à droite ou à gauche ; le front, les sourcils , les globes oculaires , les lèvres tirées par saccades en sens inverse ; la mâchoire inférieure , violemment entraînée d'un côté à l'autre , et rapprochée de la supérieure , produit d'affreux grincemens ; la fracture des dents, la morsure, la dilacération , la section de la langue, en sont des suites communes ; ou bien tirée violemment en bas , la mâchoire inférieure se luxe , la bouche reste largement et forcément ouverte. Pendant cette scène affreuse, les mouvemens alternatifs de la respiration sont remplacés par de brusques secousses du thorax; l'air attiré et repoussé presque en même temps se combine avec des mucosités qu'il rend écuraeuses ; elles s'écoulent en moussant sur les lèvres , pénètrent d'un autre côté dans la trachée , et produisent en même temps un râle de suffocation , et sans doute aussi la couleur livide de la face par l'obstacle qu'elles apportent à la libre introduction de l'air dans les poumons. C'est alors que la face a acquis son degré le plus violent de turgescence , elle est violacée , les lèvres bleuâtres ; les veines jugulaires énormément distendues, se dessinent en serpentant sur le cou , l'asphyxie est imminente : elle arrive assez souvent si de pareilles attaques se répètent en grand nombre et tres-rapprochées les unes des autres. Mais le plus ordinairement, les convulsions cessent par degrés , quelques inspirations profondes ont lieu , les mouvemens du thorax reprennent peu à peu leur harmonie, la face perd sa coloration livide ; les yeux s'entr'ouvrent et après être resté quelque temps dans une sorte de stupeur, l'épileptique a repris connaissance ; mais il est abîmé de fatigue. Un besoin impérieux de sommeil lui prescrit un repos après lequel il revient à peu près a son état naturel , à moins qu'un accès de manie ou de démence ne succède pour quelque temps à cette attaque.
Chez plusieurs malades , au lieu de l'appareil hideux que nous venons de tracer, un léger cri, une convulsion bornée à quelques-uns des muscles de la face, une perte de connaissance d'une minute, suffisent pour constituer 1 accès; enfin on en voit chez lesquels, sans convulsion aucune, un soupir plaintif, le relâchement du système musculaire, la dilatation des pupilles coïncidant avec une perte de connaissance momentanée , composent toute la maladie.
Chez un assez grand nombre d'épileptiques , les attaques, quelle que soit leur forme , arrivent aussi bien dans le sommeil que dans la veille; dans le premier cas, les malades en sont instruits par l'extrême fatigue qu'ils éprouvent en se réveillant.
On a plus particulièrement réservé le nom d'attaques épileptiques ou de grand mal à la forme la plus violente ; et celui de vertiges epileptiqnes , de petit mal à l'autre forme.
11 n'est pas rare que pendant les attaques , surtout les grandes , les malades laissent aller l'urine , les matières fécales, le sperme; il est superflu d'ajouter que pendant leur durée, les mouvemens du coeur et des carotides sont d'une force, d'une vitesse désordonnées , qu'en même temps la peau se couvre d'une sueur abondante.
Chez la plupart des épileptiques la mémoire s'afi'aiblit peu à peu à mesure que les attaques se renouvellent; on observe dans leurs intervalles une diminution de l'intelligence qui, graduellement augmentée , amène enfin une démence confirmée. Chez d'autres , les attaques sont suivies d'accès de manie de la plus grande violence. Leur répétition prépare et accélère la même fin déplorable, la démence. Il n'est pas rare qu'à la suite d'attaques épileptiques , il existe pendant plusieurs jours une hémiplégie complète où seulement la paralysie d'un membre.
Enfin, chez ceux qui sont le moins sévèrement traités, une extrême irritabilité, des emportemens violens , un besoin désordonné d'action musculaire, et, en même temps , l'affaiblissement des membres pour les moindres causes, sont les conséquences les moins graves de la souffrance du cerveau dans les attaques; mais dans ce cas même , il reste sur le faciès de l'épileptique une empreinte particulière qu'un œil exercé reconnaît sans peine au premier abord.
Il est important de remarquer que la dégradation intellectuelle arrive plus constamment et plus vite chez les malades affectés de vertige ou petit mal, que chez ceux qui n'ont que des convulsions violentes ou grand mal.
Siège. On voit par ce qui précède que les symptômes principaux caractéristiques de l'épilepsie portent sur les fonctions de l'encéphale ; c'est donc l'encéphale qu'il faut considérer comme le siège principal du désordre qui amène les attaques d'épilepsie.
Si ce désordre existe primitivement dans l'encéphale lui-même, l'épilepsie est dite idiopathatique ; s'il est au contraire provoqué par l'action que la maladie d une partie plus ou moins distante de l'encéphale exerce sur lui , au moyen des communications qui l'unissent à cette partie, on dit l'épilepsie symptomalique ; mais il est plus facile d'établir cette distinction en théorie que de la justifier dans la pratique. Quel que soit, au reste , le degré d'importance qu'on lui accorde , il faut toujours rapporter à la souffrance de l'encéphale les phénomè-
ÉPILEPSIE
ÉPILEPSIE
nés essentiels des attaques cpileptiques. Mais pourquoi , tandis que rinlelligence et la sensibilité sont complètement abolies, l'action musculaire est-elle si souvent portée au plus haut degré d'intensité quelle puisse atteindre? Pourquoi cette opposition si tranchée dans deux ordres de symptômes fournis par la souffrance du même organe ? comment se peut-il que la même altération survenue brusquement paralyse l'intelligence et la sensibilité, et excite au plus haut degré l'action des muscles ?
En d'autres termes, pourquoi, par suite d'un dérangement subitement développé, la portion des centres nerveux qui préside à l'intelligence et à la sensibilité est-elle anéantie dans son action, tandis que celle qui préside aux mouvemens volontaires se trouve assez violemment excitée pour produire d horribles convulsions?
La science est encore trop peu avancée pour qu'on songe à résoudre ces questions secondaires. Bornons-nous à les signaler en passant, et cherchons si les travaux publiés sur l'épilepsie permettent de s'élever à des considérations de quelque importance sur sa véritable nature organique.
Depuis quelques années , la science des maladies mentales n'est plus restée bornée à l'exposition des symptômes, de la marche et des terminaisons de ces maladies.
L'anatomie pathologique a aussi dirigé son flambeau sur les altérations qui les causent. A sa lueur, les médecins modernes ont pu se flatter d'apercevoir une partie de la vérité.
Ces progrès ont été le signal de recherches dirigées dans le même sens sur la cause matérielle et la nature de l'épilepsie.
Il suflîsait de remarquer que , dans l'épilepsie comme dans l'aliénation mentale, les mêmes fonctions étaient altérées, quoique d'une manière différente, pour espérer que les progrès de l'une de ces maladies serviraient à l'autre.
C'est surtout aux Mémoires provoqués par le concours annuel fondé par M. Esquirol, qui, non content des lumières qu'il avait su répandre sur la doctrine si difficile des maladies mentales , voulait encore, par une institution généreuse , faire naître de nouvelles recherches sur cette partie de la science , que sont dus la plupart des travaux sur les rapports de l'épilepsie et de l'aliénation.
Plusieurs de ces ouvrages n'ont eu pour but que de signaler l'épilepsie comme cause de la folie. Nous ne nous arrêterons pas à prouver cette influence, elle est trop bien constatée. D'autres ont eu pour objet l'étude des rapports de ces deux maladies dans tontes leurs circonstances; ceux-ci méritent toute notre attention. MM. Bouchet et Casauvielh, dont le travail sur cette question fut couronné au concours de 182,ï, ont comparé l'aliénation mentale et l'épilepsie par rapport à leurs causes , leur marche , leurs symptômes , leurs terminaisons , et enfin au.\ altérations cérébrales qui les accouipagnenl.
Leurs recherches les ont conduits à établir une grande analogie entre ces deux affections, et en définitive à prétendre que l'épilepsie est le résultat d'une inflammation chronique de la substance blanche du cerveau , comme l'aliénation chronique est le résultat d'une inflammation chronique de la substance grise des circonvolutions du même organe.
Dans un rapport fort intéressant sur ce mémoire, M. le docteur Bouillaud, tout en rendant hommage à la sagacité de ses auteurs, crut devoir élever quelques doutes sur l'idée que l'épilepsie consiste essentiellement dans une inflammation chronique pure et simple de la substance blanche du cerveau , se fondant principalement sur l'opposition qui existe entre l'explosion presque instantanée des accès épileptiques , leur peu de durée, leur retour périodique, l'absence de tout symptôme pendant des intervalles quelquefois très-considérables , et l'altération constante qui constitue l'encéphalite caractérisée par l'endurcissement.
Les réflexions de M. Bouillaud sont pleines de justesse, mais les faits rapportés par MM. Bouchet et Casauvielh n'en subsistent pas moins ; je vais essayer, en traçant les résultats fournis par l'anatomie pathologique des épileptiques, de montrer les causes de l'interprétation forcée de MM. Bouchet et Casauvielh. Ces deux auteurs ont été dirigés dans leur travail par une idée constante, ils ont voulu montrer une analogie, une fraternité très-grande entre l'épilepsie et l'aliénation mentale; ils ont voulu faire ressortir les preuves de cette proposition tout aussi bien dans l'étude des symptômes que dans celle des altérations matérielles , cette préoccupation les a menés trop loin. Il est bien vrai que la plupart des épileptiques finissent par être aliénés , mais quelques-uns ne le deviennent jamais : et chez le plus grand nombre de ceux qui le deviennent , la maladie épileptiqne a été simple dans son début; ce n'est qu'à la longue et par la répétition des attaques que l'intelligence s'altère.
On voit de même chez les sujets qui ont éprouvé un grand nombre d'.Tttaques d'apoplexie, l'intelligence peu à j eu s'abolir, et la démence se prononcer. Il n'est pourtant venu encore à l'esprit de personne d'établir une très-grande fraternité entre l'apoplexie et l'aliénation mentale.
On voit aussi des aliénés devenir épileptiques , être frappés d'apoplexie ; mais ces remarques montrent simplement qu'en raison de leur siège dans le cerveau, ces maladies, loin d'être exclusives, se favorisent les unes les autres ; c'est h cette simple conséquence qu'il faut, je crois, s'arrêter, si l'on ne veut forcer les faits.
Au reste, consultons les résultats fournis par l'anatomie pathologique, et Toyons ce qu'ils apprennent relativement à ces questions.
Nous aurons soin , pour plus de clarté, d'examiner séparément les organes des épileptiques affectés de la maladie à son plus grand état de simplicité , et ceux des épileptiques chez lesquels existe déjà quelque complication.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES ÉPItEPTIQUES.
1". Si vous examinez le système nerveux d'un épileptique chez lequel les attaques n'ont pas été suivies d'un trouble durable dans l'exercice des fonctions intellectuelles et locomotrices , vous ne trouverez aucune altération constante si ce malade a succombé à une afifection étrangère à l'épilepsie.
Vous ne trouverez rien , absolument rien , qui diffère de l'état normal dans le plus grand nombre des cas de ce genre. Dans quelques-uns , vous rencontrerez des altérations telles que , un tubercule , un cancer , une production ostéo-calcaire , qui peut bien être regardée comme cause occasionelle du désordre qui a excité les attaques, mais ce désordre lui-même a tlisparu, comme les symptômes, le tubercule reste pourtant, aucun phénomène ne trahit sa présence.
2o L'inspection des organes encéphaliques des épileptiques , sans complication de désordre permanent dans les fonctions intellectuelles et locomotrices , vous offrira une altération constante toutes les fois que ces malades seront morts dans leurs attaques. Cette altération sera une injection générale trèsforte de la substance encéphalique ; la dure-mère , l'arachnoïde , le cerveau, le cervelet , etc. , seront gorgés d'un sang livide ; c'est aussi ce qu'on observe dans les mêmes organes des pendus, des asphyxiés. Ainsi cette altération, quoique constante chez les épileptiques morts dans l'accès , n'est pas caractéristique de l'épilepsie ; elle l'est plutôt de l'asphyxie à laquelle ont succombé les malades.
3» Chez les épileptiques offrant la complication d'un désordre intellectuel permanent, et aussi d'un affaiblissement dans les mouvemens, vous trouvez des altérations d'une autre espèce.
Voici celles de ces altérations qu'on a le plus fréquemment observées : L'induration de la substance blanche encéphalique offrant un aspect mat ; quelquefois, outre l'induration, injection générale de cette substance; dans le plus grand nombre des cas , dilatation considérable de ses vaisseaux sanguins.
Quelquefois diminution sensible dans la consistance générale de cette même substance , sorte de flaccidité et en même temps comme dans les cas précédens, dilatation considérable de ses vaisseaux.
Ces altérations , aussi bien que l'endurcissement précédemment indiqué, se rencontrent dans toutes les parties blanches de l'encéphale, dans l'intérieur des hémisphères co.Time dans le corps calleux, les cornes d'Ammon , les hémisphères cérébelleux ; la protubérance, les péiloncules cérébraux et cérébelleux; c'est une altération générale autant que possible.
Vous trouvez en même temps des inégalités h la surface de la substance grise, des marbrures, une teinte rosée dans son épaisseur; quelquefois une augmentation ou une diminution sensible de consistance; enfin, dans bien des cas des adhérences entre la surface des circonvolutions et les membranes. En un mot, des traces de phlegraasie chroniques dans les différentes parties de l'encéphale.
Ces remarques ne ressortent pas seulement de ma pratique ; le mémoire de MM. Bouchet et Casauvielh en contient plusieurs exemples; Morgagni en avait déjà publié quelques-uns.
Que peut-on conclure de ces données : 1" pour la nature de l'épilepsie ; 2° pour son analogie si étroite , si intime avec l'aliénation mentale ?
lo Les résultats négatifs de l'anatomie pathologique des épileptiques affectés d'attaques simples, sans complication de maladie mentale , démontrent qu'aucune altération constante n'existe dans le cerveau pour rendre raison de cette affection. N'en doit-il pas être ainsi , puisque , tous les symptômes de l'attaque passés , l'épileptique n'est plus malade , n'offre plus dans l'exercice de ses fonctions , de différence notable avec des individus sains ? Dans ces cas , découvrir la cause qid a déterminé les convulsions passées me semble une prétention aussi mal fondée que celle de rencontrer dans le cerveau la trace des changemens qu'il a pu subir pour diriger des mouvemens volontaires.
2» L'inspection des organes encéphaliques chez les épileptiques sans complication, morts dans une attaque, montrant une congestion cérébrale énorme, faut-il considérer cette congestion comme la cause de l'épilepsie?
Quelques raisons invitent à cette opinion : la congestion cérébrale est , de sa nature , un dérangenient passager, susceptible de résolution ; les accidens de l'épilepsie offrent le même caractère.
La congestion occupe toutes les parties de l'encéphale , les caractères de l'épilepsie consistent en symptômes qui portent sur toutes les fonctions cérébrales. On pourrait trouver encore plusieurs raisons de la même force ; mais que valent ces raisons sévèrement examinées ? bien peu de chose , si l'on regarde de près ce qui se passe. Comment peut on . d'abord , admettre qu'une congestion a eu lieu et s'est dissipée quelquefois dans l'esp ice de moins d'une minute ?
Comment expliquer par la congestion , qui sans contredit est moins forte au commencement de l'accès qu'à la fin , des symptômes dont la violence est diminuée , et cesse tout-à-fait lorsque la rougeur , la turgescence énorme de toutes les parties extérieures de la tête, la tension des jugulaires restent encore pour montrer que le cerveau est dans le plus haut point de congestion.
On a généralement trop de penchant à abuser de l'inrluence que la présence du sang dans nos organes peut produire pour n'être pas por'é à attribuer une grande importance au rôle que peut jouer sa présence dans le cerveau d'un épileptique au moment des attaques.
On ignore complètement le mécanisme de l'innervation* on cherche à expliquer ses dérangemcns par des changemcns survenus dans les phénomènes
ÉPILEPSIE
ÉPILEPSIE
mieux connus de la circulation. On ferait tout le contraire si , ne connaissant rien aux phénomènes de la circulation du sang, on possédaitune bonne lliéorie de l'action des centres nerveux.
La présence du sang, dans le cerveau des épileptiques , au moment des attaques, n'explique rien des phénomènes essentiels de l'épilepsie. Le sang est appelé , dans ces cas , par le travail morbide si actif dont le cerveau est le siège ; la congestion est augmentée, entretenue par les contractions énergiques et accélérées du cœur, et surtout par la tension convulsive des parois du thorax, par l'absence de véritables mouvemens d'inspiration si essentiels au retour du sang veineux dans le centre de la circulation. ( V oyez les recherches de M. Barry sur la circulation et le mémoire de M. Bérard sur le même sujet. )
Par suite de cette dernière circonstance , le sang s'amasse dans les jugulaires et de proche en proche dans les différentes parties de la face et du cerveau. Cet effet va toujours croissant à mesure que l'attaque se prolonge, ce n'est que lorsqu'elle a cessé que les mouvemens de dilatation de la poitrine ont repris leur rhjlhme que la congestion cérébrale peut diminuer. Ce n'est donc pas à la présence du sang dans le cerveau , à la congestion cérébrale en d'autres termes, qu'il faut attribuer les phénomènes de l'épilepsie.
N'oublions ])as néanmoins l'importance de celte complication ; souvenonsnous que l'épiieplique , mourant dans son accès , meurt aussi bien d'asphyxie et de congestion cérébrale que du désordre propre à la maladie ; et ne tombons pas dans un excès malheureux en négligeant une circonstance à laquelle une autre théorie accorde trop d'importance.
Nous avons vu que dans les cas simples d'épilepsie , la mort arrivant par une cause étrangère , on ne trouve rien ; et que , lorsque la mort arrive dans une attaque, les altérations qu'on observe ne peuvent être considérées comme constituant la maladie elle-même.
Il est clair d'après cela que tout rapprochement tenté entrel'épilepsie simple et l'aliénation mentale sans complication, s'écroule de lui-même si l'on veut s'appuyer sur l'analogie d'altération dans l'un et l'autre cas.
Il serait en effet bien étonnant que l analomie pathologique montrât beaucoup d'analogie là où Tobservation des sym[itômes en montre si peu. Quoi de commun entre la chute subite , mais passagère, d'un épileptique qui , délivré de son attaque , n'offre plus aucun désordre encéphalique et l'état continu d'aliénation simple.
C'est vraiment forcer les faits que de vouloir établir de pareilles analogies; nous n'en admettrons aucune entre les cas simples de maladie mentale et ceux d'épilepsie simple.
Il n'en sera pas de même pour les cas compliqués.
Nous avons vu l'altération lente de l'intelligence ( la démence) survenir fréquemment chez les épileptiques depuis long-temps affectés de leurs attaques; nous avons vu ce désordre , médiocre dans le principe, s'aggraver de plus en plus avec le temps et finir par se compliquer d'une faiblesse générale du système musculaire.
Si nous nous reportons aux altérations observées dans ces cas, nous voyons qu'elles consistent en endurcissement ou ramollissement général des différentes parties de la substance blanche ; que la substance grise , avec les mêmes changeraens dans la consistance, offre souvent des marbrures rouges, violacées et des adhérences avec les membranes : eh bien ! ces altérations sont aussi celles qu'offrent le plus constamment une classe nombreuse d'aliénés , ceux qui sont affectés de paralysie générale. sur ce sujet la thèse du docteur Délaye ,
les ouvrages de MM. Bayle , Calmeil , et enfin l'article Aliénation de ce Dictionnaire. )
Celte analogie dans les altérations est d'autant plus remarquable qu'elle existe aussi dans les symptômes comme nous Talions rapidement exposer.
Il semble en effet qu'à quelques légères différences près, ces deux maladies se composent essentiellement des mêmes phénomènes développés en sens inverse.
Dans l'une, il y a attaques d'épilepsie , puis symptômes d'aliénation , affaiblissement musculaire.
Dans l'autre, symptômes d'aliénation, affaiblissement musculaire, attaques convulsives , désignées par tous ceux qui les ont observées, du nom d'épileptiformes.
Dans l'épilepsie compliquée d'aliénation , les attaques d'épilepsie précèdent ordinairemeiif tout désordre intellectuel; ce désordre, lorsqu'il arrive , offre le plus souvent le caractère de la démence , ou , si dans le principe c'est une excitation maniaque, la perte graduelle de la mémoire , de la faculté de coordonner, de lier des idées, mêmes absurdes, en font bientôt une vraie démence. L'affaiblissement musculaire , caractérisé surtout par une sorte de bégaiement, se développe en même temps dans la même proportion. Dans l'alièiialion compli([uée de paralysie générale et d'attaques épileptiques, les premiers désordres sont des troubles inlellecluels , appartenant le plus souvent par leur forme à la démence , finissant toujours par y arriver lorsque dans le principe ils ont offert un autre caractère. L'affaiblissement des mouvements se manifeste ensuite par degrés ; il est sensible dans le principe par l'eaibarras des mouvemens de la langue ; enfin les attaques épileptii'ormes caractérisées par une perte subite de connaissance, insensibilité générale, convulsions , rougeur livide de la face , écume de la bouche, etc. , se manilestent.
Ainsi , d'un côté , pour premiers symptômes , attaques d'épilepsie ; de l'autre, attaques d'aliénation. Aux attaques d'épilepsie succède nn affaiblissement intellectuel , à celles d'aliénation un afl'aiblissement musculaire; arrivent enfin, dans le premier cas une démence confirmée, dans le second un affaiblissement musculaire de plus en plus prononcé. Dans les deux cas, la marche des acci-
dens semble s'arrêter dans Tîntervalle des attaques; leur retour est le signal de l'augmentation des désordres , jusqu'à ce qu'enfin la mort termine cette déplorable existence, et c'est un dernier trait qui complète l'analogie, que Vincurabilité absolue de ces deux espèces de maladies compliquées de désordres analogues de l'intelligence et du système locomoteur.
Ce n'est pas dans un but oiseux que j'ai cherché à faire ressortir l'analogie qui rapproche l'épilepsie compliquée de désordres intellectuels et d'affaiblissement musculaire , de l'aliénation compliquée de paralysie générale et d'attaques épileptiformes.
Comme cette épilepsie compliquée est la seule dans laquelle on trouve des altérations bien positives , bien constantes , que ces altérations sont les mêmes qui caractérisent la démence avec paralysie générale , j'en conclurai que les altérations persistantes observées dans ces cas appartiennent à l'ensemble des symptômes persistans , et n'apprennent rien pour la nature organique du désordre qui constitue l'épilepsie simple , dans laquelle, ainsi que nous l'avons dit, on ne trouve rien qui corresponde aux attaques.
Concluons que la cause matérielle de l'épilepsie simple est encore à fixer ; qu'elle est vraisemblablement aussi passagère que la durée des attaques , qu'elle consiste vraisemblablement dans une altération du mécanisme de l'innervation , que nous devons avoir bien de la peine à saisir, ignorans comme nous le sommes de ce mécanisme à l'état normal.
Mais remarquons que cette altération étant très-passagère , doit rentrer par cela même dans la classe de celles qui peuvent complètement disparaître et que c'est peut-être pour n'avoir pas distingué avec assez de soin les cas simples de ceux qui offrent des complications desespérantes, qu'on a porté un jugement désespérant sur l'épilepsie , dont bon nombre de cas , si je ne m'abuse, doivent être susceptibles de guérison.
Convenons toutefois que l'épilepsie est une maladie toujours grave, et que tous les cas de cette maladie qui offrent, comme complication , des désordres persistans dans les fonctions intellectuelles et locomotrices , sont vraisemblablement toujours au dessus des ressources de la nature.
Il est peu de maladies avec lesquelles l'épilepsie puisse être confondue. L'hystérie, avec laquelle elle offre peut-être le plus de ressemblance, en diffère essentiellement par l'absence de la perte de connaissance durant les attaques. Les enfans sont sujets, lors du travail de la dentition ou quand ils sont affectés de vers intestinaux, à des convulsions qui diffèrent de celles de l'épilepsie par leur durée beaucoup plus longue.
Causes. L'épilepsie est plus fréquente avant qu'après l'époque de la puberté. Sur soixante-six observations de femmes épileptiques, dont le début de la maladie et l'époque de la menstruation sont bien déterminés , les releve's de MM. Bouchet et Casauvielh (mémoire cité) portent trente-huit épilepsies avant la première menstruation et vingt-huit après.
Les femmes sont plus sujettes que les hommes à l'épilepsie , et dans les deux sexes le tempérament dit nerveux semblent y disposer davantage.
Quoique des sujets très heureusement constitués puissent tomber épileptiques, l'observation démontre que , dans le nombre de ceux qui le deviennent, beaucoup ont apporté en naissant une conformation imparfaite de l'encéphale. Les idiots et imbéciles dits de naissance sont très-sujets à l'épilepsie. L'influence héréditaire de l'épilepsie est généralement admise. La présence dans le cerveau de quelque production accidentelle , tubercule , acéphalocyste , etc., dispose à l'épilepsie.
L'épilepsie semblent plus fréquente dans les classes inférieures de la société que dans les classes moyennes. On a accusé tle produire l'épilepsie bien des causes différentes ; la suppression d'exanthèmes ou d'hémorrhagies habituelles, les excès alcooliques, vénériens, la masturbation , les chagrins , les violentes commotions morales , etc. Ces causes ont souvent leur part d'influence dans la production de la maladie; mais la peur est l'occasion la plus commune de son développement; la peur causée par la chute d'un épileptique expose peut-être plus encore que toute autre à cette maladie. Tout le monde sait ce qu'on a dit , à cet égard , de l'influence de l'imitation ; une cause très-légère de peur a quelquefois sufli pour déterminer l'épilepsie. Un enfanta le hoquet; sa mère, pour guérir le hoquet , produit un bruit soudain derrière l'enfant : il tombe épileptique , et l'est resté depuis. Mais n'insistons pas davantage sur l'examen des causes ; passons au traitement de l'épilepsie.
Traitement. Complètement inconnue dans sa nature organique , l'épilepsie est une de ces affections auxquelles l'art n'a jamais pu opposer de traitement bien rationel.
Nous remarquerons seulement que , dans la liste nombreuse de médicamens employés dans le traitement de l'épilepsie, ceux qui exercent sur l'encéphale une action spéciale figurent plus nombreux ; aussi, tout ce qui s'appelle antispasmodique est-il journellement prescrit par tous les praticiens ; la valériane, l'assa fœtida, le camphre, l'éthcr , le musc, etc., ont été administrés à tous les épileptiques ; et si ces moyens contribuent souvent à modérer les attaques , au moins faut-il avouer leur peu d'efiicacité pour guérir la maladie dan.» le plus grand nombre des cas. Les expériences entreprises avec l'acide prussique , la strychnine, la morphine, etc., n'ont jusqu'ici produit guères de bon résultats. On ne .saurait blâmer néanmoins ceux qui essaient avec prudence l'influeuce de ces agens thérapeutiques dont l'action spéciale sur le système nerveux est si bien constatée.
Que dire du nitrate d'argent? son moindre inconvénient n'est pas de produire à la surface de la peau une coloration ardoise; trop souvent il a détermina des gastrites , des ulcérations , des perforations de la membrane muqueuse , ou de toute l'épaisseur des parois de l'estomac ; aussi bon nombre de patriciens,
EPILEPSIE
dans les conseils qu'ils donnent aux épileptiques , ne se bornent pas à indiquer un traitement moins violent ; mais ajoutent-ils , de la manière la plus pressante , l'invitation de ne jamais user de nitrate d'argent. On aurait peine à trouver aujourd'hui des médecins disposés à en célébrer les avantages.
Au reste, si le nitrate d'argent a quelquefois interrompu les attaques d'épilepsie, c'est vraisemblablement en déterminant à la surface intérieure de l'estomac et des intestins une maladie qui suspendait par sa violence les phénomènes de l'épilepsie. Trop souvent l'autopsie a démontré ces tristes effets. C'est de la même manière que paraissent agir la plupart des remèdes secrtts prônés par quelques empiriques. Tous ces moyens ont pu être l'occasion d'un engouement passager de la part d'esprits faciles à passionner; ils ne peuvent longtemps supporter l'examen d'une expérience impartiale.
Nous convenons bien sincèrement ne faire qu'un cas très-médiocre de la plupart de ces prétendus spécifiques ; non que certains d'entre eux n'exercent quelquefois une at^tion assez marquée , mais il en est de même, dit M. Esquirol, de tous les nouveaux moyens : toutes les fois que les épileptiques changent de remèdes et de médecins , leurs attaques diminuent. Le traitement qui en général réussit le mieux dans les cas d'épilepsie récente est un traitement rationnel, quoique cette épithète ne lui convienne qu'imparfaitement. Puisque la maladie est inconnue dans sa véritable nature, on ne peut comprendre les rapports de tels ou tels agens thérapeutiques avec celle maladie inconnue; cependant comme il est hors de doute que le cerveau est dans l'épilepsie le siège d'un travail morbide, tout ce qui tend à calmer cet organe, à en détourner l'irritation, est plus rationnel qu'un moyen jeté au hasard dans l'estomac.
Nous donnerons , comme premier principe , d'éloigner autant que possible toute impression morale active sur le cerveau , toute action physique capable d'en déterminer l'excitation.
Le plus grand repos d'esprit, des distractions douces et soutenues, un exercice modéré du corps, un régime léger, rafraîchissant, sont toujours bons à pres- CJ'ire aux épileptiques. L'usage fréquent de bains tièdes pendant la durée desquels on entretient sur la tête des applications réfrigérantes.
Enfin, des sétons à la nuque, des moxasdans le voisinage du cerveau , m'ont souvent paru favorables aux malades, ainsi que l'usage assez fréquent de doux minératifs.
J'ai vu , sous l'influence de pareil traitement , des attaques d'épilepsie trèsfréquentes s'éloigner, puis disparaître chez plusieurs sujets.
Des applications périodiques de sangsues au siège chez les individus pléthoriques, à tête grosse et habituellement injectée , sont toujours utiles.
En6h , dans quelques cas , l'administration à l'intérieur de la térébenthine m'a paru suivie d'excellens effets.
Chez un malade que j'ai long-temps soigné , les bains tièdes , les applications réfrigérantes sur la tête , un séton à la nuque, n'avaient amené aucun changement favorable ; les attaques avaient lieu toutes les semaines; jamais depuis plusieurs années qu'avait commencé la maladie, un intervalle de douze jours n'avait réparé les accidcns. Depuis le jour où le malade fut soumis à l'usage de la térébenthine , à dose assez forte , il n'y a pas eu un vertige , pas une attaque de convulsions , et déjà plus de cinq mois sont écoulés depuis ce moment.
Les indications générales que j'ai données jusqu'à présent pour le traitement de la maladie sont applicables à la plupart des cas ordinaires ; mais dans ceux où quelque phénomène particulier, l'aura épileptica , existe, quoique bien souvent cette sensation doive procéder de la souffrance du cerveau , on peut tenter des moyens variés d'agir sur la partie qui semble le point de départ de Yaura. Je ne conseillerais jamais l'ablation de cette partie , ne fut-ce qu'un gros orteil ou un testicule ; mais un traitement propre à ramener à l'état normal un organe malade et siège de Vaura , ne peut être qu'avantageux à employer.
Je ne parle pas ici des précautions convenables dans tous les cas , il faut toujours que le lit d'un épileptique soit assez large et bas pour prévenir la gravité des chutes ; il faut le moins de meubles possible dans l'appartement qu'il habite; les cheminées, les poêles où ces malades se chaufifent , doivent être grillés; la température de l'appartement toujours peu élevée, etc.
Pour conclure, on n'a pas encore trouvé des moyens de traitement qui réussisse dans la majorité des cas récens de l'épilepsie ; mais trop de médecins négligent de traiter à cette époque cette maladie, qui doit être souvent susceptible de guérir : que tous ceux que leur position met à même de voir et de soigner un certain nombre de ces malades redoublent de zèle , d'etïbrts , et vraisemblablement ils obtiendront le prix le plus heureux de leur courage , la guérison d'un grand nombre de malades qu'on ne traite pas , parce qu'on se croit à l'avance convaincu de leur incurabilité.
S.-A--D. Tissot. Traité de l'épilepsie. ''.ausanne , 1770 , in-12.
T. Henning. Analecta litteraria cpilepsiam speclanlia. Lipsiae , 1798 , in-4.
J.-G -F. Maisonneuve. Recherches et observations sur l'épilepsie. Paris , 1823, în-8.
LulUer-W^inslow. Propositions médicales sur l'épilepsie. Paris, 1803, in-S.
J. Coohe. Hislory and melhod of cure of llie varions species epilepsy. London , 1822, io-S.
J. Graham. The results of expérience in the successAill treatment of epilepsy. London, 1823, in-8.
J.-B. Délaye. De la paralysie chez les aliénés. Paris , 1824, in-4.
L.-F. Calmeil. L'épilepsie étudiée sous le rapport de sou siège. Paris, 1824, in-4. — De la paralysie considérée chez les aliénés. Paris , 1826 , in-8.
J .-F . Most. La guérison de l'épilepsie par un nouveau procédé; traduit de l'allemand. Paris, 1825 , in-8.
Boitchet et Casauvielh. De l'épilepsie considérée dans ses rapports avec l'aliénation mentale. Paris, 1826, in-8.
DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
ÉPISTAXIS.
A. Portai, Observations sur la nature et le traitement de l'épilepsie. Paris, 1827, in-S. Babail. Essai sur l'épilepsie, et en particulier sur son traitement radical. Paris , 1830 , in-8. F . Hatin. De l'épilepsie considérée dans sa nature et dans ses causes, et des moyens propres à les guérir. Paris, 1830, in-8.
(A. FoVILLE.)
EPISPADIAS , s. m., de sur, et de s-tow, je divise ; conformation anormale qui consiste dans l'ouverture de l'urèthre à la face supérieure ou dorsale du pénis. L'épispadias est bien moins fréquent que la disposition opposée, c'està-dire la division de la paroi inférieure de l'urèthre, plus ou moins près du gland ou du scrotum. Il résulte, toutefois , comme cette dernière variété des anomalies de structure de nos organes, d'un arrêt survenu , durant la gestation, dans l'évolution régulière des parties qui en sont le siège. Mais, à raison du volume plus considérable des corps caverneux , de l'épaisseur plus grande des tissus placés au-dessus de l'urèthre , la paroi supérieure de ce canal est moins exposée que l'inférieure à s'ouvrir et à livrer passage à l'urine.
Dans les cas rares d'épispadias qui ont été observes , le gland était plus volumineux, arrondi, imperforé ; la verge n'ofi'rait qu'un développement incomplet, et, soit dans le sillon qui sépare le gland du prépuce , soit sur le dos du pénis , plus ou moins près de la symphyse pubienne existait une ouverture arrondie , déprimée , étroite , à bords tapissés par une membrane muqueuse anormale, à travers laquelle s'échappait, avec une liberté variable , l'urine sortie de la vessie. Ce vice de conformation s'oppose à l'accomplissement de l'acte génital, toutes les fois surtout que l'ouverture anormale est placée en arrière et rapprochée de la base de la verge. Ou ne saurait y remédier qu'à l'aide d'une opération dont les conditions de succès et le procédé d'exécution seront indiqués à l'article Hypospadias; car c'est pour cette dernière conformation anormale qu'on est le plus souvent invité à la pratiquer. (L.-J. Bégin.)
EPISTAXIS, s. m. iitiTZK^ii^ Mlj.oppx-/ioi., Hippocrate; hœniorrhrtgia, Sauvage, Linnée, Sagar; hœmorrhagia narinea, Hoffmann; épisiaxix , Vogcl , etc. On désigne ainsi tout écoulement de sang par les narines , quelle que soit la cause qui lui donne naissance.
L'épistaxis offre de nombreuses variétés, que l'on peut en général rapporter à deux chefs principaux : tantôt , en effet , la membrane olfactive et quelquesuns des vaisseaux nombreux qui entrent dans sa composition ont souffert une rupture véritable ; tantôt, au contraire, le sang, matière de l'hémorrhagie ^ trouve une issue au dehors par les porosités des vaisseaux qu'il parcourt ; dans ce dernier cas , c'est une véritable exhalation , analogue à celles de la graisse , de la sérosité, de la synovie , etc. Aux épistaxis du premier genre se rapportent tous ceux que produisent les coups, les chutes, les violences extérieures, ou les opérations chirurgicales que l'on pratique si souvent sur les fosses nasales : tandis que le second genre renferme les liémorrhagies nasales qui apparaissent si subitement, sous l'influence de l'insolation long-temps prcdongée, pendant les journées brûlantes de l'été, ou à la suite de violentes céphalalgies ; celles que produisent les exercices immodérés du corps, une course long-temps prolongée, l'exercice de la balançoire, l'action de courir quelque temps en tournant en cercle autour d'un point; et enfin celles qui signalent le début , la marche ou la crise d'une foule de maladies plus ou moins graves , etc.
Diverses conditions générales et locales de l'organisme disposent à l'épistaxis; et, d'abord, hàtons-nous de reconnaître que la vascularité très-grande de la pituitaire , ses houppes , en quelque sorte érecliles, et l'absence absolue d'épithelium dans la portion de cette membrane qui revêt la voûte des fosses nasales , sont autant de dispositions communes à tous les individus, et qui expliquent la fréquence de cette hémorrhagie comparée à celle des autres membranes muqueuses ; mais , en outre , le vplume considérable de la tête, les travaux intellectuels opiniâtres, le tempérament sanguin, la jeunesse, la bonne chère, etc., concourent aussi à rendre cette affeclion plus commune chez ceux qui réunissent les conditions précédentes.
Il est une espèce d'épistaxis qui apparaît subitement chez les individus lymphatiques, ou chez ceux qui ont été affaiblis depuis long-temps par d'autres hémorrhagies , par le scorbut, ou par des maladies chroniques; celle-là que l'on a qualifiée passive, par suite de l'idée, au moins contestable, qu'elle dépend simplement d'un relâchement des porosités exhalantes des vaisseaux, n'est précédée par aucun symptôme de congestion cérébrale; elle dure souvent longtemps , n'apporte aucun soulagement au malade , et laisse toujours après elle un affaiblissement plus ou moins grand et dangereux. Mais le plus ordinairement l'épistaxis est précédé d'une fluxion sanguine bien évidente vers la tête, un surcroît d'action vitale parait un instant se manifester de ce côté, et l'hémorrhagie , que l'on appelle alors active, est annoncée par des symptômes non équivoques : pesanteur de la tête, vertiges, éblouissemens, tuméfaction et sécheresse de la membrane pituiteuse, rougeurs des yeux , tinlemens d'oreilles , baltemens répétés et forts des artères carotides et temporales , refroidissement des pieds et des mains, frissons , accablement et lassitude générale, pouls quelquefois sautillant et dicrote. Bientôt après le sang coule en plus ou moins grande abondance, et le malade éprouve un soulagement proportionné à celte évacuation ; graduellement on voit disparaître tous les phénomènes que nous avons signalés comme appartenant au début de la maladie , l'organisme reprend son état normal , et le calme se rétablit. Le plus souvent la congestion céphalique qui précède l'épistaxis est générale ; cependant il arrive aussi parfois qu'elle se fait seulement d'un côté : le malade se plaint d'une héraicrârie très-forte , en même temps que la pituitaire du côté correspondant est exclusivement le siège d'une tension insolite; alors l'hémorrhagie se fait d'un côté seulement : d'autres fois l'hémicrânie n'est pas aussi parfaite , mais cependant la congestion est plus
iPISTAXIS.